La Reine Guerrière TP1C1 : Lumière et Ténèbres Partie 1

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La Reine Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman d’origine en chinois par :   (Yu Wo)


Chapter 1: Light and Shadow Part 1 – Traduit du chinois vers l’anglais par doza[PR!]
Chapitre 1 : Lumière et Ténèbres Partie 1 – Traduit de l’anglais vers le français par Irina
+ Travail de vérification par Nocta

 « Tu es vraiment quelqu’un de bien ! »

Le barde itinérant parcourut joyeusement du regard sa chambre. C’est vrai ! C’était une chambre pour lui tout seul. Il ne s’attendait pas à ce que l’excentrique Manteau Rouge ne fît pas que l’héberger, mais l’aidât aussi à louer une autre chambre. À la base, il avait senti que même dormir sur le sol serait suffisant. Assurément, il avait de la chance aujourd’hui.

« Jacasse encore et je vais te trancher avec mes sabres. »

Le barde s’exclama de surprise : « Je te demande pardon ? Tu utilises des sabres ? Normalement, tout le monde veut se servir de leur épée pour me découper en morceaux1. »

Il semblerait que ce type énerve fréquemment les autres. Manteau Rouge ne savait pas s’il fallait en rire ou en pleurer.

« Puisque que tu m’as si bien traité, je vais te chanter la Ballade de la Reine Guerrière une nouvelle fois comme berceuse avant que tu ailles dormir ! »

« Pas besoin… »

Néanmoins, le barde avait déjà ouvert la boucle et commencé à chanter la Ballade de la Reine Guerrière, qui avait une mélodie extrêmement douce. « La Reine Guerrière, c’est ainsi qu’on l’appelle… »

Comme il avait déjà commencé à chanter, Manteau Rouge arrêta aussitôt de protester. Il s’assit simplement sur le bord du lit, écoutant tranquillement cette chanson aussi calme que de l’eau.

Aha ! Je savais bien que cette personne aimait la Ballade de la Reine Guerrière. Il semblerait que je vais avoir les trois repas assurés pendant les trois prochains jours ! Le barde soupira de soulagement dans son cœur.

Ah ! C’est certain, le ciel me bénit en ce moment.

 

 

Il y avait des preuves pour confirmer que Manteau Rouge était un hôte généreux. Non seulement il assurait trois repas, mais il ne protestait même pas quand le barde commandait du vin cher en plus de son repas. Il ne semblait pas avoir une vraie notion de la valeur de l’argent.

Un ducat d’argent pour un verre de vin. Même certains membres de la noblesse basse ne pouvaient pas se permettre de boire à ce prix-là. Pourtant, quand le barde demanda s’il pouvait ajouter un verre de vin à la commande, Manteau Rouge avait simplement répondu : « Fais comme il te plaira. »

Il est forcément super riche ! Et donc, le barde décida de s’accrocher à cette personne jusqu’à la mort.

« Tu prends vraiment le bras quand on t’offre la main ! » Manteau Rouge jeta un regard à la coupe de vin dans la main du barde, mais employa comme d’habitude un ton indifférent pour dire : « J’espère que tu ne veux pas un dessert en plus, après ça ? »

« Ah ! » Le barde soupira en contemplant le vin délicieux, et répondit très poliment : « En fait, ce n’est pas nécessaire. Je ne suis pas intéressé par les desserts. »

Manteau Rouge s’appuya contre le dos du siège et déclara d’un tom calme : « C’est plutôt étrange, je pensais que tu aimerais beaucoup les desserts. »

« Pourquoi pensais-tu une telle chose ? » demanda le barde, avec curiosité.

« Parce que tu donnes la même impression qu’une tranche de gâteau. »

Le barde sourit doucement : « Oh, est-ce que tu veux dire que je suis aussi doux et beau qu’un gâteau ? »

Manteau Rouge lâcha un « Haha » rapide et répliqua : « Tu es comme un gâteau, tout dans l’apparence, mais sans substance. Manger une pomme est plus consistant. »

« C’est un malentendu total. Je suis en effet voyant, mais aussi très fiable. » protesta fortement le barde.

Sans une trace de politesse, Manteau Rouge le réprimanda : « Un type qui dépense tout son argent pour de l’huile capillaire au point de ne plus avoir d’argent afin de s’acheter à manger n’a absolument rien à voir avec le mot “fiable” ! »

« C’est… » Le visage du barde devint peiné, l’exemple sans merci le rendant totalement muet.

Sans rien à répondre, tout ce qu’il put faire fut de se frotter le nez. Dans tous les cas, il ne pouvait rien faire à Manteau Rouge.

Les deux baissèrent la tête et mangèrent la nourriture dans leurs assiettes. Quand Manteau Rouge eut presque fini, il leva la tête pour demander : « Vas-tu aller chanter la Ballade de la Reine Guerrière à la taverne ? C’est aujourd’hui, le deuxième jour ? »

« Oui ! » Le barde hocha la tête, et ne put s’empêcher de le questionner, poussé par la curiosité : « Et toi ? Que comptes-tu faire ? »

« Je vais me rendre à la Guilde des Aventuriers pour voir s’il n’y aurait pas une mission que je puisse prendre ! » Manteau Rouge haussa les épaules en disant : « Sinon, nous risquons de mourir de faim. »

« N’es-tu pas très riche ? » Le barde se figea. Comment cela pouvait-il être différent de ce qu’il avait supposé ?

Manteau Rouge sortit tout bonnement un porte-monnaie, le retourna et fit simplement résonner quelques ducats.

« Un ducat d’or et un ducat d’argent ? »

Le barde les compta encore et encore. La somme était si évidente que se tromper en comptant requerrait réellement du talent… Bonté divine ! Ils n’avaient pas encore payé pour la nourriture, et maintenant il venait tout juste de commander un verre de vin valant un ducat d’argent ! De plus, ils avaient mangé deux assiettes de nouilles à la bolognaise, deux bols de soupe épaisse, deux pains blancs et une assiette de bœuf. Aucun de ces mets n’est abordable, et ils alourdissent probablement la note d’un autre ducat d’argent ? Si c’est le cas…

« Il ne nous reste que neuf ducats d’argent ? » s’écria le barde, alarmé.

« C’est à moi qu’il ne reste que neuf ducats d’argent », appuya clairement Manteau Rouge.

« La ch-chambre… » Le barde paniquait tellement qu’il se mit à bégayer.

« Détends-toi, j’ai déjà payé les chambres à l’avance pour une semaine », répondit Manteau Rouge avec compréhension.

Le barde poussa un soupir de soulagement, soulagé de la fortune supplémentaire, tandis qu’il tapotait sa poitrine. « Dans ce cas, neuf ducats d’argent est suffisant. Je vais chanter la Ballade de la Reine Guerrière pendant deux jours supplémentaires, et après je pourrai commencer à gagner de l’argent. »

Il jeta un regard à Manteau Rouge et ne put s’empêcher de commenter : « Mais, encore une fois, tu es également trop négligent avec l’argent. Puisqu’il ne te restait qu’un ducat d’or et un ducat d’argent, pourquoi m’as-tu laissé commander ce verre de vin coûteux ? Ahh ! Ne me dis pas que tu as réservé deux chambres pour toute la semaine ? »

Après avoir reçu le hochement de tête de Manteau Rouge en guise de confirmation, le barde agita les deux mains dans les airs avec une expression de lamentation semblable à celle d’un sage sur son visage. Il inclina alors la tête et continua à marmonner : « Il n’était absolument pas nécessaire de réserver une chambre supplémentaire. Cela aurait été suffisant d’entasser deux personnes dans une même chambre, non ? C’est vraiment un gaspillage excessif d’argent. Maintenant, je ne sais même pas si le tenancier accepterait même de nous rembourser. Probablement pas… Sais-tu qu’un ducat d’or est suffisant pour faire vivre une famille confortablement pendant plus de six mois ? Pour une famille économe, cela peut être assez pour durer même huit ou neuf mois. Comment peux-tu le dépenser ainsi à la légère ? Si tu étais très riche, cela n’importerait pas, mais comment peux-tu être si extravagant !? Même si c’est difficile de vivre frugalement après avoir été habitué au luxe, comme tu es déjà à court de fonds, tu devrais apprendre à être économe… »

« Pourquoi ne commanderais-tu pas un autre verre de vin ? » proposa calmement Manteau Rouge.

« Impossible, comment pourrais-je encore boire du vin ? Nous allons bientôt manquer d’argent ! »  Le barde était très anxieux. Il restait seulement un ducat d’or et un ducat d’argent sur la table… Non, il ne restait que neuf ducats d’argent !

« Ne dis pas ça. Nous nous sommes rencontrés pour le meilleur ou pour le pire, donc il en va de mon devoir de t’offrir un verre de vin d’adieu. »

« D’adieu ? » Stupéfait, le barde demanda sans comprendre : « Ah, mais je ne pars pas ? Ne me dis pas que tu t’en vas ? »

« Je sais que tu ne pars pas, et je ne m’en vais pas non plus. » Manteau Rouge continua calmement, puis attrapa le col du barde et gronda férocement : « Mais, si tu continues encore à râler, dans ce cas j’ai bien peur d’être incapable de résister à l’envie de t’envoyer vers la mort d’un mouvement de mon sabre, en t’expédiant tout droit vers l’au-delà ! »

Le barde ferma la bouche avec obéissance. « Je ne me plaindrai plus, alors mangeons. »

Manteau Rouge ne répondit pas du tout.

« Vas-tu venir écouter la chanson ? » Le barde ne put s’empêcher de poser une autre question. Qu’il y eût une personne aimant écouter la Ballade de la Reine Guerrière assise dans l’audience était toujours mieux que de se retrouver dans une pièce remplie de gens qui le huassent ; quoique, étant un type plutôt froid, Manteau Rouge n’applaudirait probablement pas.

« Je vais voir si je peux venir plus tard. » Manteau Rouge regarda par la porte, en disant : « À part me rendre à la guilde, j’ai d’autres choses à faire. »

Le barde n’osa pas demander à Manteau Rouge ce qu’il allait faire, puisque, quand Manteau Rouge avait parlé, sa voix était descendue de plusieurs octaves. Il pensait que savoir ce qu’étaient ces “autres choses à faire” n’apporterait rien de bon à celui qui l’apprendrait.

« Puisque tu ne pars pas, je vais m’aller en premier. »

Comme Manteau Rouge parlait, il sembla jeter un regard au vin du barde. Le verre de vin était toujours plein à un tiers, mais il n’avait aucune intention d’attendre que le barde le finisse lentement. Il repoussa l’assiette en face de lui, quitta son siège, et se dirigea vers la porte de l’auberge.

« À plus tard. » Après avoir bruyamment salué Manteau Rouge, le barde continua à boire son vin, mais, quand il baissa la tête, il remarqua deux ducats brillants sur la table. Il se leva précipitamment et cria : « Attends, tu n’as pas pris ton argent ! »

Manteau Rouge ne se retourna même pas et répondit simplement : « Garde-le pour ton repas ! »

« Mais, du coup…  et toi ? »

La voix du barde devint de plus en plus faible à mesure qu’il parlait, et Manteau Rouge sortit. Même s’il l’appelait à nouveau, Manteau Rouge ne serait pas capable de l’entendre.

Pourquoi se montre-t-il si gentil envers moi ? Est-ce vraiment à cause de la Ballade de la Reine Guerrière ? Le barde pesa chacune des actions de Manteau Rouge, mais ne parvint toujours pas à se décider.

« Peut-être que ce n’est pas tant le fait qu’il soit sympa avec moi, mais plutôt le fait que son caractère est simplement affable ? »

Croyant qu’il avait déjà compris, le barde appela une serveuse pour finir de dresser l’addition et l’interroger sur des tavernes aux alentours où il pourrait chanter la Ballade de la Reine Guerrière.


La nuit était noire, et la lune brillait haut dans le ciel. Manteau Rouge rentra plutôt tard et se rendit dans sa chambre sans être accompagné, et sans avoir non plus l’intention de saluer le barde dans la chambre voisine.

En retirant son manteau, ses bottes et le reste, il regarda la liste de missions dans sa main. Plus il l’examinait, plus il avait mal à la tête… Ce n’était pas l’idée de remplir les missions qui lui donnait la migraine, mais plutôt le fait de réfléchir à comment atteindre les lieux.

Au début, il avait lui aussi employé le soleil, la lune et les étoiles pour se guider pendant ses voyages. Mais, après, il avait toujours eu des gens à ses côtés. Étant donné qu’ils avaient toujours été meilleurs que lui pour se diriger, cette capacité essentielle pour partir à l’aventure avait été mise de côté. Il n’aurait jamais songé que, tant d’années plus tard, il aurait à nouveau besoin de se déplacer seul. Ne pas être en mesure de s’orienter était soudainement devenu le plus grand obstacle de sa vie d’aventurier !

Peu de temps après, il y eut quelques coups frappés à la porte.

« Qui est-ce ? » Manteau Rouge ne leva même pas la tête.

« C’est moi… » En disant cela, la personne derrière la porte réalisa brusquement qu’il n’était pas assez proche de Manteau Rouge pour pouvoir utiliser « moi » comme substitut, donc il clarifia immédiatement : « Le barde qui chante la Ballade de la Reine Guerrière. »

Manteau Rouge regarda son manteau, hésitant à le remettre ou non, cependant il sentit que ce n’était pas nécessaire puisqu’il n’avait pas particulièrement l’intention de dissimuler son apparence. Il se sentit plutôt agacé, comme il demandait après y avoir réfléchi : « Qu’y a-t-il ? »

L’autre balbutia un peu et demanda : « A-Aurais-t-tu quelque chose pour traiter les blessures ? »

« Pour traiter les blessures ? » Manteau Rouge rigola. Les partisans du Saint Roi et de la Reine ne l’ont tout de même pas battu parce qu’il a chanté la Ballade de la Reine Guerrière, n’est-ce pas ?

Manteau Rouge réfléchit un instant, mais attrapa finalement son manteau et se drapa dedans. En fouillant dans son bagage pour trouver des médicaments, il s’exclama : « J’en ai. Entre. »

Manteau Rouge avait trouvé des médicaments au même moment où il avait entendu la porte s’ouvrir, il se retourna donc pour voir…

« Qu’est-il arrivé à ton visage ? » laissa-t-il échapper, stupéfait.

Le barde avait le nez ensanglanté et le visage boursouflé. Comparé à son apparence avenante du matin même, il semblait quasiment être une autre personne. Si ce n’avait pas été à cause de sa crinière de cheveux blonds et du fait qu’il portait les mêmes vêtements, Manteau Rouge ne l’aurait vraiment pas reconnu. Il a déjà une sale tête. Qui sait à quel point ses blessures cachées sous ses vêtements sont graves ?

Mais, encore une fois, peu importe sous quel angle on regardait le barde, il ne semblait pas être du genre à se battre avec les autres. C’était évident de par sa personnalité et sa profession, ainsi que son équipement qui était totalement non-adapté au combat. Il n’y avait pas une grande différence entre permettre au barde de se battre et le laisser mourir.

Comment un barde, qui n’a pratiquement aucune force de combat pour ainsi dire, peut-il finir avec le nez ensanglanté et le visage boursouflé, et en ayant l’air d’avoir traversé une bataille désespérée ? Même chanter la Ballade de la Reine Guerrière ne devrait pas avoir mené les gens au point de le battre jusqu’à le mettre dans cet état, non ?

« Peux-tu m’aider à appliquer la pommade ? » Le barde entra, remarqua la pommade médicinale dans les mains de Manteau Rouge, et le supplia : « Il y a aussi des blessures dans mon dos, alors je suis incapable de l’appliquer moi-même. »

En entendant cela, Manteau Rouge fronça les sourcils et lui ordonna : « Viens ici, enlève ton haut et ton pantalon, et assis-toi sur le lit. »

Le barde obéit docilement. Après avoir retiré son haut, les blessures initialement cachées par ses vêtements devinrent apparentes. Comme il s’y attendait, il n’y avait pas beaucoup de différence avec les blessures de son visage, il était entièrement couvert de bleus et de noirs.

Manteau Rouge toucha tout le corps du barde jusqu’à ce que ce dernier ressente de l’irritation de la tête aux pieds et se recule de plusieurs pas pour disparaitre au coin du lit, ses deux mains croisées sur la poitrine. Il demanda d’une voix tremblotante : « Qu-qu’est-ce que tu fais… Ne me dis pas que tu as des fétiches bizarres ? »

Manteau Rouge leva les yeux au ciel et répliqua d’un ton grincheux : « Je vérifiais juste si tu avais un os cassé ou pas, alors ne me regarde pas comme ça. De plus, en ce moment tu n’as pas l’air très différent d’une assiette de bolognaise. Personne ne pourrait s’intéresser à toi ! Aussi, quel genre d’homme tente de se couvrir le torse ? Si tu veux couvrir quelque chose, alors ne devrais-tu pas te couvrir le bas ? »

Le barde abaissa immédiatement ses mains pour couvrir ses parties intimes.

Voyant cela, Manteau Rouge eut presque envie de le frapper. Néanmoins, il n’y avait pas la moindre zone intacte sur le visage du barde où se prendre un coup, et il n’était pas assez cruel pour ajouter des blessures à celles qui existaient déjà. Il put seulement serrer les poings fermement et ronchonner sévèrement : « Reviens ici que je puisse appliquer la pommade ! »

« D’accord… »

Le barde jeta un regard aux poings fermement serrés de son compagnon. Bien que les mains de Manteau Rouge ne fussent pas très grandes et puissent même être considérées comme petites pour un homme, les articulations de ses doigts étaient denses et rugueuses, preuve de son entrainement considérable jour après jour. Il était difficile de dire s’il était capable de battre un homme fort, mais au moins ce n’était pas difficile de battre un barde. Donc, le barde retourna docilement à coté de Manteau Rouge et autorisa ce dernier à lui appliquer la pommade.

Manteau Rouge fit de son mieux pour appliquer la pommade gentiment, mais c’était impossible de le faire sans provoquer de la douleur pour ce genre de blessure. Néanmoins, dépassant ses espérances, le barde ne gémit même pas… Et ce, même si des larmes étaient suspendus aux coins de ses yeux tout le long du processus.

« Que s’est-il passé ? » le questionna Manteau Rouge, tandis qu’il appliquait la pommade.

« Je me suis fait battre », répondit le barde docilement.

« Je ne suis pas aveugle ! » Manteau Rouge le fusilla furieusement du regard, bien que le manteau fût sur le chemin et que le barde ne pût pas voir son expression. Il demanda froidement : « Pourquoi t’es-tu fait battre ? »

« Je chantais la Ballade de la Reine Guerrière, et j’ai été aperçu par la patrouille de la cité … »

« Juste parce que tu as chanté la Ballade de la Reine Guerrière, la patrouille t’as battu jusqu’à ce que tu ressembles à ça ? » Manteau Rouge fronça des sourcils. C’était différent de ce qu’il avait pensé. Se pourrait-il que la patrouille eût simplement été des fanatiques du Saint Roi ?

« Non, ils ont dit que, dans la cité, on devait payer pour gagner de l’argent. Ils ont même ajouté que, parce que j’avais insulté le Saint Roi, je devais payer le double. Mais, comme tu le sais, je suis incapable de donner de l’argent, alors ils m’ont battu. »

En général, les patrouilles n’avaient naturellement pas du tout le droit d’extorquer de l’argent aux gens. C’était juste que toutes les patrouilles dans les cités avaient plus ou moins ce genre de pratiques corrompues, fabriquant des règles bizarres pour prendre de l’argent à des étrangers qui paraissaient faibles. Ce genre de choses n’était pas du tout exceptionnel.

Sous la régence du Saint Roi, ces actes avaient été éradiqués de la capitale et de ses alentours. Néanmoins, cet endroit n’était pas près de la capitale, et donc, malheureusement, peu importe à quel point le Saint Roi était sage et capable, en fin de compte il avait seulement une seule paire d’yeux. Il n’y avait donc aucune chance qu’il puisse surveiller des endroits comme celui-là.

« Et l’argent que je t’avais donné ? » s’enquit tranquillement Manteau Rouge. « Pourquoi est-ce que tu ne le leurs as pas donné ? »

Le barde répondit fièrement : « Comment aurais-je pu le leurs donner ? Si j’avais fait une telle chose, nous n’aurions pas à manger pour aujourd’hui et demain. Ce n’est pas grave si je n’ai rien à manger, mais comment pourrais-je être responsable du fait que tu n’aies rien à manger également !? C’est ton argent, après tout ! »

« Il me reste encore des rations. » admit Manteau Rouge, son ton étant déjà devenu plus doux. Il était à présent en train d’appliquer la pommade sur la paume de la main. Cette main était trop affreuse pour être observée, gonflée jusqu’à ressembler à cinq saucisses. Cela fut aussi douloureux pour le barde qui prit une profondément inspiration.

Manteau Rouge fronça les sourcils très fort, tout en critiquant : « Ils sont allés trop loin, ils n’avaient pas besoin de t’infliger des blessures aussi graves juste parce que tu ne pouvais pas payer. »

Néanmoins, le barde défendit la patrouille : « Ce n’est pas ça ! Ils ne m’avaient pas battu aussi gravement au début. »

« Alors, que s’est-il passé exactement ? Tu ne peux donc pas tout relater d’un seul coup ? » Manteau Rouge commençait à fulminer un peu. De toute sa vie, il n’avait jamais vu un homme aussi mou que celui-là !

Se sentant un peu indigné, le barde avoua : « C’est parce qu’ils m’ont demandé tout mon argent et ont posé leurs sales pattes sur une danseuse… Je ne pouvais pas simplement rester planté là à regarder ! Donc, je me suis avancé et je l’ai protégée, en lui criant vite de partir. Par la suite, on m’a massacré jusqu’à ce que j’aie l’air de ça. »

En apprenant cela, Manteau Rouge sourit un peu face au ridicule de la situation. Il connaissait déjà la réponse, mais il demanda quand même : « Est-ce que cette danseuse s’est échappée ? »

Le barde devint silencieux un instant avant de répondre : « Non. »

Manteau Rouge le blâma légèrement : « Tu es vraiment un idiot. Sommes-nous dans un monde où une femme peut marcher seule ? Il est plus que probable que cette danseuse était venue se vendre. Des hommes la suivait surement pour s’assurer que l’argent serait collecté ensuite. Elle doit continuer à gagner de l’argent dans cette cité, alors elle ne peut pas se permettre d’offenser la patrouille. En fait, elle a probablement suivi la patrouille pour les payer avec son corps. »

Le barde se tut, et Manteau Rouge cessa aussi son interrogatoire. Il savait parfaitement que la situation avait été éclaircie d’un seul coup. Il n’y avait pas d’erreur à ce propos.

Il finit silencieusement d’appliquer la pommade, et tapota l’épaule du barde en disant : « J’ai terminé. »

Le barde broncha sur le tapotement, mais, pire encore, une douleur brulante lui traversa l’épaule. Il se plaignit : « Ne pourrais-tu pas être un peu plus gentil ? Je suis blessé… »

Manteau Rouge répondit froidement : « Puisque tu sais à quel point c’est douloureux, dans ce cas ne fais plus ce genre de choses stupides ! Maintenant, retourne dans ta chambre, dors pendant quelques jours, et ne sors pas du tout pendant un moment. Si tu rencontres la patrouille, tu recevras plus que ta part de douleur ! »

Le barde laissa échapper un « Oh ». Il se leva, récupéra son haut, et s’avança vers la porte. Néanmoins, il s’arrêta à mi-chemin, et hésita un peu avant de finalement tourner la tête pour demander : « Est-ce que je ressemble vraiment à de la bolognaise en ce moment ? »

Comme il parlait, il toucha son visage. Il était un barde dont le moyen de subsistance dépendait essentiellement de sa voix et de son apparence.

« C’est un peu mieux que ça. »

En considérant le fait que le barde avait été massacré, parce qu’il voulait faire une bonne action, Manteau Rouge n’éprouva plus autant l’envie de le réprimander, bien qu’il restât tout de même un imbécile.

« Vraiment ? Je suis toujours plutôt beau, non ? » En entendant cela, le barde rayonna de soulagement.

« Mm hm. »

« Beau à quel point ? »

Manteau Rouge jeta un coup d’œil à son visage et répondit sur un ton plat : « Aussi beau que du pain aux couleurs de l’arc-en-ciel. »

« … »

Note de bas de page

1 Je te demande pardon ? Tu utilises des sabres ? Normalement, tout le monde veut se servir de leur épée pour me découper en morceaux : Ce que le barde veut dire c’est que, normalement, les gens menacent d’utiliser leurs épées à double tranchant sur lui, alors que Manteau Rouge se sert de lames à simple tranchant. L’arme de Manteau Rouge est une sorte de dao, mais, étant donné que La Reine Guerrière a plus un style européen, nous n’appellerons pas ça un dao.

6 Responses

  1. L'amateur d'aéroplanes

    Faire une traduction de plusieurs romans en simultané, cela demande du courage 🙂

    Mème avec une PAL de livres “physiques” qui ne diminue pas, je tacherais de suivre cette nouvelle également.

    Bonne continuation.

    • Français

      Merci de suivre nos traductions. 🙂
      Par contre, je dois préciser que les chapitres de La Reine Guerrière vont être publiés très lentement. Alors, il ne faut pas s’attendre à ce que l’on publie un chapitre par mois pour ce projet-ci.

    • L'amateur d'aéroplanes

      Pas de problèmes 😉

  2. L'amateur d'aéroplanes

    Je signale une lettre oublié et une erreur sur une phrase au 3e paragraphe et un :

    Même chanter la Ballade d… la Reine Guerrière ne devrait pas avoir mené les gens au point de la/le battre

  3. L'amateur d'aéroplanes

    Deux mots à mettre au pluriel dans une phrase plus bas (dommage que l’on puisse corrigé les messages envoyé auparavant ) :

    Comme il s’y attendait, il n’y avait pas beaucoup de différence avec les blessures de son visage, il était entièrement couvert de bleu(s) et de noir(s).

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