La Légende du Chevalier du Soleil T4C7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 7: Choose Your Companions for Slaying a Dragon – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

Comme je reprenais graduellement connaissance, je songeai à ouvrir les yeux, mais m’arrêtai net.

Pourquoi devrais-je ouvrir les yeux ? Je suis aveugle, je n’ai aucune raison de les ouvrir physiquement.

Les images dans ma tête devinrent plus nettes… Cependant, elles cessèrent tout à coup de devenir plus claires. Ma vue était toujours très floue, pas du tout comme elle était censée être auparavant.

J’ouvris les yeux en pensant qu’ils pourraient en fait servir à quelque chose, mais, même après m’être exécuté, les images autour de moi demeuraient toujours aussi floues et inchangées.

Je restai étonné, légèrement confus quant à pourquoi cela se produisait, jusqu’à ce que je me rendisse compte que l’élément des ténèbres autour de moi interférait avec ma capacité à sentir les autres éléments, provoquant le manque de netteté des images dans ma tête.

Ça n’a absolument rien à voir avec le fait d’ouvrir les yeux !

J’arrachai un morceau de tissu de mon vêtement et me mis à l’enrouler autour de ma tête pour couvrir mes yeux.

Après, je me levai et rugis à l’intention de ce qui se dissimulait dans les alentours : « Scarlet, où es-tu ? Cesse de te cacher. Je ne te fais pas confiance, je ne fais pas confiance à Ecilan, et je ne fais pas confiance à Sybil. Je ne fais confiance à personne ! »

« C’est très bien ! »

Cette fois, je ne fus pas pris au dépourvu. Je pensai à me retourner lentement et à faire face à la fillette derrière moi, mais m’arrêtai encore une fois. Le mouvement aurait été aussi inutile que d’ouvrir les yeux.

Je l’avais déjà « vue », donc je n’avais pas besoin de lui faire face. Elle avait l’air exactement comme avant, une petite fille, quoique à présent je doutasse fortement qu’elle en fût réellement une.

« Tu deviens de plus en plus comme tu aurais dû l’être. As-tu commencé à retrouver la mémoire ? » s’enquit Scarlet en se moquant.

Je tressaillis et me retournai par réflexe, en lâchant : « De quoi parles-tu ? »

« Ah ! Il semblerait que ce ne soit pas encore tout à fait le cas. » Scarlet, par contre, sourit et me questionna : « En vérité, tu n’as pas vraiment besoin de te retourner pour me voir, n’est-ce pas ? »

En entendant cela, ma fureur regrimpa, et je ne pus me retenir de hurler : « Ne change pas de sujet ! Scarlet, que diable entends-tu par-là ? Cesse de jouer aux devinettes avec moi, et ne disparais plus ! »

« Je n’y peux rien. Ils ont détruit mon corps, et maintenant je n’ai plus de forme, alors j’ai dû attendre un très long moment avant de pouvoir réapparaître devant toi ! »

Quoi ? Stupéfait, je lui demandai avec confusion : « Qui sont ces “ils” ? »

« Qui autre ? » Scarlet rit sous cape. « Qui autre que les personnes qui viennent tout juste d’essayer de te mentir ? »

« Le Chevalier de Flamme ? » m’étonnai-je. Puis, je restai silencieux pendant un instant avant de répondre avec une totale confiance : « Non, tu veux parler de l’Église du Dieu de la Lumière, n’est-ce pas ? »

« Bingo ! » Scarlet acquiesça d’un signe de tête, satisfaite, et ajouta avec un sourire : « Toutefois, pour être plus exacte, c’est du Chevalier du Soleil dont il s’agit. »

Le Chevalier du Soleil essaie de me duper ? J’hésitai, et pourtant je ne parvins pas à me retenir de la contredire : « Mais, Ecilan a dit que c’est moi le Chevalier du Soleil… »

Scarlet renifla avec dédain et éclata de rire. Le tintement de son rire résonna comme une clochette en argent pendant un bon bout de temps, jusqu’à ce qu’elle secouât la tête et répliquât : « Grisia, tu crois vraiment qu’il dit la vérité ? Tu es rempli de l’élément des ténèbres, tu pratiques la nécromancie, tu ne sais pas manier l’épée, et tu es tout sauf un bon cavalier… Même si tu as perdu la mémoire, tu ne peux pas réellement t’imaginer que tu es le Chevalier du Soleil, n’est-ce pas ? Tu ne remplis même pas les plus simples exigences pour être un chevalier ! »

« Je… » Je restai bouche-bée. C’est vrai ! À quoi diable m’attendais-je ?

Scarlet poussa soudainement un cri : « Oh non, je dois de nouveau m’en aller. Grisia, souviens-toi, ne fais confiance à personne. Sers-toi d’eux, mais ne leur fais pas confiance. »

Mon cœur sombra, et je lui demandai sèchement : « Même à toi ? »

« Oui, même à moi. »

Scarlet hocha la tête, puis déclara : « Décide par toi-même si tu veux suivre mes instructions ou non. À présent, je te préviens, tu es déjà arrivé à la destination désirée, soit l’entrée du plus grand territoire des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire : la Vallée de Trizer. L’objet que tu as perdu se trouve dans la partie la plus reculée de la vallée. Va le récupérer. Après, tu connaîtras l’entière vérité. »

La Valley de Trizer… C’était bien l’endroit où je voulais aller. J’avais à l’origine planifié d’attirer le Chevalier de Flamme ici, mais il ne m’aurait jamais traversé l’esprit que l’« objet » que j’avais perdu s’y trouverait également.

Bien que j’eusse intentionnellement suivi les instructions de me diriger vers le Nord-Est, telles que me les avait données Scarlet, je n’aurais jamais imaginé que mon choix serait exact au point de trouver l’endroit dont Scarlet m’avait parlé.

Malgré le fait que j’éprouvasse encore l’envie de poser de nombreuses questions, la silhouette de Scarlet s’estompait déjà. Remarquant cela, je me hâtai de lui demander : « Tu ne viens pas avec moi ? Dans ce cas, au moins, dis-moi, quel est cet objet que j’ai perdu ? »

« Tu le sauras… quand tu le verras, parce qu’il t’appartenait à l’origine. »

Alors que la silhouette de Scarlet se dissipait, sa voix devint de moins en moins distincte, comme si elle s’éloignait au gré du vent…

« Exactement de la même manière que tu savais que cette licorne t’appartenait également. »

Avant de disparaître, elle tendit la main et pointa l’un des coins. J’étendis ma capacité à sentir les éléments jusqu’à l’emplacement désigné et découvris sans surprise que l’endroit précédemment vacant était soudainement occupé par la licorne. Même Ecilan était toujours attaché sur son dos, mais ses yeux demeuraient fermement clos. Il n’avait pas l’air d’avoir repris connaissance.

Même après que la silhouette de Scarlet se fût complètement effacée, je me tins au même endroit avec le regard dans le vague jusqu’à ce que je me souvinsse que j’avais été blessé par une épée. Si je ne me dépêche pas de me soigner, je risque de mourir d’une perte de sang excessive… Hein !?

Où est passée ma blessure ?

Il n’y avait pas la moindre égratignure sur mon torse, ou même la moindre tache de sang. Si ce n’avait pas été dû au fait qu’il y avait une si grande déchirure dans ma chemise, j’aurais peut-être même douté d’avoir réellement été blessé.

Scarlet est-elle celle qui m’a soigné ? Dans ce cas, je ne commettrais pas une erreur en suivant ses instructions, n’est-ce pas ?

Mon esprit était embrouillé. Je n’avais absolument aucune idée de qui me mentait et de qui me disait la vérité, mais au moins, jusqu’à présent, Scarlet ne m’avait jamais fait le moindre mal. Elle m’avait apporté la licorne, m’avait offert Un Guide Complet de Sortilèges, m’avait sauvé des griffes de Chikus du Brazier, et m’avait même guéri ; qui plus est, elle m’avait également ramené la licorne et mon otage.

De ma main, j’attirai l’attention de la licorne qui s’empressa avec joie d’approcher et de me la lécher. Je donnai une claque sur sa tête du dos de ma main.

« Tu aimes tant me lécher, me prendrais-tu donc pour de la nourriture… »

Attendez une minute !

En parlant de se nourrir, que mange une licorne pour se sustenter ? Comment se fait-il que je ne croie pas l’avoir déjà vue manger quoi que ce soit ? Je fixai la licorne avec doute. Elle persistait à rester le plus près possible de ma main, en la léchant continuellement pour montrer son affection.

Elle ne se nourrit pas d’humains, j’espère ?

Quand je rétractai automatiquement ma main, la licorne se mit à hennir de mécontentement. Je la frappai de nouveau sur la tête. Une fois que la licorne eut poussé une plainte avec consternation, elle baissa la tête jusqu’à ce qu’elle touchât presque le sol.

À cette vue, mon cœur s’adoucit. Après tout, elle s’était montrée très docile pendant tout ce temps. La laisser me lécher la main un peu ne posait pas de problème… tant qu’elle n’essayait pas de me manger.

« Mais, bon, tu me lèches tout le temps. Tu ne m’as jamais mordu non plus, alors tu ne manges sans doute pas les humains, n’est-ce pas ? »

Je tendis la main avec hésitation. Le cheval leva instantanément la tête et recommença à me lécher la main. Que diable y a-t-il sur ma main qui soit si bon à lécher ?

Même si elle se nourrissait de « ma sueur », toute ma sueur se serait dissipée au bout de deux coups de langue. Hormis la salive de la bête, il ne restait assurément rien d’autre sur ma main… Une minute !

Ne me dîtes pas que… Je rassemblai avec doute un peu de l’élément sacré sur ma main. Mon corps attire naturellement une petite quantité de lumière sacrée. S’il reste quoi que ce soit sur ma main, il ne peut s’agir que de ça.

Une fois que j’eus terminé de rassembler l’élément, je me mis à observer les mouvements de la licorne. La bête était en fait si excitée qu’elle reniflait et donnait des coups de sabots, ses deux yeux brillant de désir… Pardon ? Je ne peux pas voir les couleurs, alors comment suis-je capable de voir que ses yeux brillent de désir ?

Si un cheval avait ouvert ses yeux encore plus gros que des pêches et que de la salive lui coulait le long du visage, alors je n’avais pas besoin d’être capable de voir les couleurs pour savoir que ses yeux devaient briller encore plus que ma lumière sacrée.

Par la suite, je tendis l’une de mes mains, laissai reposer mon menton sur l’autre, et m’assis par terre, laissant à contrecœur la licorne prendre son « repas ».

« Ainsi, tu me traitais vraiment comme ta nourriture pendant tout ce temps. Pas étonnant que tu aimes me lécher à ce point, petit glouton. »

Bien que je l’eusse traité de glouton, je rassemblai encore plus de l’élément sacré, laissant la licorne me lécher tout son soûl.

Après tout, ce cheval pervers et glouton était mon seul compagnon pour l’instant. Je me forçai à sourire, jetai un regard à la licorne, et marmonnai : « Dis-moi, je devrais vraiment te donner un nom, puisque tu es mon compagnon. »

En entendant cela, la licorne cessa de lécher sa nourriture, leva la tête, et hennit avec urgence.

« Tu veux un nom à ce point ? Très bien, laisse-moi y penser. Comment devrais-je t’appeler ? » Je fronçai les sourcils et commençai à réfléchir.

À ma question, la licorne utilisa sa tête pour me pousser un peu, et elle me mordit gentiment la main. Elle continuait à répéter les actions de me pousser et de me mordre la main.

« Ma main ? » m’enquis-je avec confusion.

Elle secoua la tête vigoureusement, s’arrêta un instant, et se mit à rassembler une quantité massive de lumière sacrée sur son corps à la place.

Comprenant en quelque sorte, je demandai : « La lumière ? »

La licorne fit basculer son long cou de haut en bas avec énergie. Elle se servit ensuite de la corne sur sa tête pour me toucher doucement, et puis continua de répéter la même action.

« Ta corne ? » la questionnai-je avec hésitation.

La licorne hocha la tête vigoureusement. Après avoir acquiescé, elle me fixa du regard avec beaucoup d’anticipation. Ne me questionnez pas non plus sur comment je peux être aveugle et quand même être capable de voir quelque chose comme de l’anticipation.

Si un cheval hennissait continuellement huit octaves plus hautes que la normale, avait des yeux plus gros que des pêches et ne cessait de frotter ses sabots sur le sol en direction de quelqu’un en particulier, seule une personne aveugle, sourde, et qui aurait perdu tout sens du toucher serait incapable de percevoir à quel point celui-ci anticipait ma réponse.

Je me sentis désolé pour Ecilan qui était toujours harnaché sur son dos. Il devait assurément dormir d’un sommeil très précaire.

« Ne fonce pas sur moi. Laisse-moi réfléchir… lumière et corne… Lumière et corne ! »

Une chose me traversa l’esprit, et je m’écriai : « J’ai compris, tu t’appelles… »

La licorne cessa tout mouvement et me fixa de ses grands yeux, n’osant même pas faire de bruit en reniflant.

« Blanchâtre ! »

« … »

C’est la première fois que je vois une licorne s’effondrer.

« La lumière et ta corne ne sont-elles pas toutes les deux blanches ? Elles devraient l’être, non ? Du moins, c’est ce que ma culture générale m’indique. Puisque tu as pointé la lumière et ta corne, et qu’elles sont toutes les deux de couleur blanche, tu dois t’appeler Blanchâtre. Pourquoi diable causes-tu donc tout ce raffut ? »

J’assenai avec mécontentement une claque sur la tête de Blanchâtre et le réprimandai : « Même si tu as désormais un nom, tu n’as pas besoin de sauter partout aussi joyeusement. Continue à faire du bruit et tu n’auras rien à dîner ce soir ! »

Blanchâtre n’osa plus sauter partout, mais émit des gémissements. Cette fois-ci, je ne l’en empêchai pas. Comme l’entrée de la vallée était si étrangement calme, faire un peu de bruit ne posait pas de problème.

Après avoir donné un nom à Blanchâtre, j’observai les environs. À ma gauche et à ma droite, il y avait des falaises. C’était uniquement droit devant moi qu’on retrouvait un territoire plat et flou, la raison du manque de netteté étant la super densité de l’élément des ténèbres qui était présent.

Devant moi devrait se trouver la Vallée de Trizer. Devrais-je me diriger vers elle ? Ou devrais-je partir, prendre Blanchâtre ainsi que le Chevalier de Glace avec moi et continuer de me faire poursuivre par des gens ?

Je me forçai à sourire.

En fait, je n’ai pas le choix.

À moins que je ne souhaitasse continuer à vivre comme un amnésique, fuyant les gens qui pourraient chercher à me tuer, je n’avais absolument pas d’autre choix que de suivre les instructions de Scarlet…

« Grisia ! »

Sursautant, j’étendis ma capacité à sentir les éléments et remarquai que l’appel provenait de Woodrow et des autres qui étaient arrivés avant moi. Ils surgirent de la vallée, en courant tout naturellement vers l’endroit où je me tenais.

Iacchi était le plus rapide. Il fut le premier à me rejoindre et me flanqua immédiatement une claque sur le dos, très fort. Alors que je me retournais douloureusement pour lui faire face, il émit brusquement un hurlement aussi puissant qu’un gong : « Grisia, qu’est-il arrivé à tes yeux ? »

Lorsqu’Igor et Woodrow m’eurent tous les deux rejoints, ils gardèrent leur regard rivé sur mes yeux avec surprise.

Je me rappelai alors que mes yeux étaient toujours bandés par un bout de tissu. Je le retirai tout de suite et les rassurai : « Rien, mes yeux me font juste un peu mal, alors je les ai bandés en attendant. »

« Ils sont déjà complètement guéris, pas vrai ? Ne nous fais plus peur comme ça. » Igor saisit ma tête entre ses deux mains et me fixa implacablement droit dans les yeux, comme s’il s’attendait à leur trouver une sorte de maladie incurable en les examinant.

Woodrow me suggéra avec inquiétude : « Est-ce que tu veux d’abord aller consulter un docteur pour les soigner ? Il se pourrait que tu sois tombé malade. »

« Impossible, tes sorts de soin ne font pas l’affaire ? » Iacchi laissa paraître une expression d’incrédulité.

« Les sorts de soin d’un guérisseur n’englobent pas tout. S’il s’agit d’une maladie ordinaire, ils n’auront pas tant d’effet. » Woodrow expliqua plus en profondeur, et ensuite se tourna vers moi pour demander : « Grisia, tu as sans doute essayé un sort de soin pour guérir tes yeux, et tu as remarqué que ça n’avait pas fonctionné, n’est-ce pas ? »

Je… Je ne pus qu’acquiescer d’un signe de tête.

« Oh non, il se pourrait vraiment que tu sois tombé malade », déclara Woodrow avec inquiétude, tout en posant une main sur mon front.

« Comment va-t-il ? Il n’y a rien qui cloche avec Grisia, n’est-ce pas ? » l’interrogea anxieusement Igor.

« Je ne crois pas qu’il ait de la fièvre. »

J’étendis mes sens pour examiner minutieusement leurs expressions. Ils semblaient tous arborer un air inquiet, et aucun d’entre eux n’affichait d’air inhabituel.

« Nous devrions emmener Grisia consulter un guérisseur… »

Comment pourrais-je laisser une telle chose se produire ? Il faut absolument que je retrouve l’objet que j’ai perdu ! Je m’empressai de refuser : « Non, c’est inutile. Le Chevalier de Flamme risque bientôt de nous rattraper, et je vais réellement mieux à présent. »

« Vraiment ? » me demanda Woodrow avec doute.

« Si tu ne te sens pas bien, ne te force pas trop », répliqua Igor d’une voix forte.

Ne fais confiance à personne.

Je ressentis subitement un douloureux pincement au cœur et me forçai à répondre : « Vraiment, tout va bien. »

Iacchi me donna une claque dans le dos et m’assura : « Dans ce cas, c’est parfait. Ce serait terrible si nous devions terminer cette aventure au prix de tes yeux. Ça n’en vaudrait pas le coup du tout. »

« C’est vrai, j’ai oublié de te féliciter. Tu as fait du bon travail ! » Woodrow me tapota l’épaule. Son tapotement était définitivement plus doux que celui d’Iacchi. Ce dernier me dit également : « Bien joué. »

Igor s’exclama : « J’ai beaucoup d’admiration pour toi, Grisia. Tu es parvenu à échapper au Chevalier de Flamme. Tu as énormément de talent… »

Sybil et Yuna m’ont trahi.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ne dis-tu rien ? » me demanda Iacchi, perplexe.

« Se pourrait-il que tes yeux te fassent de nouveau mal ? »

« Est-ce qu’ils te font encore mal ? » me questionna Igor, inquiet. « Si c’est le cas, nous devrions faire comme Woodrow a dit et aller les faire soigner. »

Sybil a même tiré une flèche sur moi.

« Grisia ? »

« Ce n’est rien… Vraiment, je vais bien… » J’affichai un sourire éclatant et dis : « Je me sens juste un peu fatigué. Tant que nous nous déplacerons lentement, je m’en sortirai. Nous devrions nous mettre en route. Nous serions dans de beaux draps si le Chevalier de Flamme nous rattrapait. »

Tout le monde hocha la tête.

 

Pendant notre route, Igor et Iacchi furent avertis par Woodrow de ne pas faire de sottises, sinon ils risquaient de me déranger alors que je me reposais, ainsi ils se montrèrent tous les deux très dociles. Ensuite, pendant que nous marchions, Woodrow me décrivit l’état actuel de la Vallée de Trizer, en baissant même la voix, me traitant comme si j’étais somnambule et qu’il avait peur de me réveiller !

« Depuis que nous avons atteint la Vallée de Trizer, nous avons suivi ton plan, en montant d’abord le campement aux frontières de la vallée, mais nous avons découvert quelque chose d’étrange. »

« Qu’y a-t-il d’étrange ? » Écouter ses chuchotements m’avait à moitié endormi. Quelque chose a enfin attiré mon attention.

Indécis, Woodrow fronça les sourcils et révéla : « La Valée de Trizer a toujours été l’un des trois plus grands territoires des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire. Elle devrait regorger de créatures des ténèbres et de monstres démoniaques, mais nous avons découvert une zone où il n’y a absolument aucun mort-vivant. »

Iacchi, qui devait s’ennuyer à mourir, s’interposa sur-le-champ : « Pendant que nous t’attendions, nous avons songé à aller y jeter un coup d’œil, mais… Héhé, malgré le fait que nous n’ayons pas trouvé de créatures des ténèbres, il y avait quand même des bêtes féroces ! Alors, nous n’y sommes pas vraiment allés… »

Absolument aucune trace de créatures des ténèbres… Cette anormalité me donna une impression de déjà-vu. Il se pourrait qu’il y eût un lien avec l’objet dont Scarlet m’avait parlé. Je ne pus me retenir de formuler mon désir : « Allons jeter un coup d’œil ! »

Stupéfait, Woodrow répliqua avec hésitation : « Mais, nous avons toujours un Chevalier de Glace inconscient sur les bras. N’est-ce pas une mauvaise idée ? »

« Ne t’inquiète pas, il ne se réveillera pas de sitôt. » Je déclarai avec indifférence : « Traitez-le comme faisant partie intégrante de la selle de Blanchâtre. »

« …Blanchâtre ? Qui est Blanchâtre ? » Woodrow, Iacchi et Igor arboraient tous un air perplexe sur le visage. Ils ne semblaient pas comprendre de qui je parlais.

Je répondis avec irritation : « À part la licorne, qui d’autre ici peut porter une selle ? »

Les yeux de tout le monde s’ouvrirent en grand, et après un certain temps Iacchi s’écria : « Tu as nommé une licorne Blanchâtre ? »

Je le niai sur-le-champ. « Non, c’est la licorne qui voulait ce nom. »

La licorne commença immédiatement à hennir bruyamment et à frapper le sol de ses sabots, en se cabrant même à l’occasion… Malheureux Ecilan ! Forcément, il ne pouvait qu’être en train de faire des cauchemars.

« … En es-tu sûr ? »

Je hochai la tête. « Oui, il me l’a montré en faisant des signes. »

« Depuis quand est-ce que les licornes ont des mains… » s’étonna Igor, l’air hébété.

« Il a pointé ma main et a brandi sa corne. » J’affirmai avec confiance : « Réfléchissez bien ! La lumière sacrée sur ma main est blanche, non ? Et la corne de la licorne est également blanche, pas vrai ? »

Ils acquiescèrent tous les trois de la tête. Je me sentis ravi. Par chance, je ne m’étais pas trompé en devinant.

« Il n’y a donc rien de mal à l’appeler Blanchâtre, n’est-ce pas ? »

« C’est vrai, quand tu le dis de cette façon ! Donc, son nom doit vraiment être Blanchâtre. »

Igor fut le premier à hocher la tête et à se mettre d’accord avec moi. Iacchi haussa les épaules et donna l’impression de ne pas se soucier de quel pourrait être le vrai nom de la licorne. Woodrow, toutefois, hésita un peu avant d’acquiescer.

La licorne hennit encore plus fort… Il est vraiment très excité ! Avoir un nom est-il vraiment merveilleux à ce point ?

À cet instant-là, Woodrow ne put s’empêcher de murmurer : « Mais, tu ne crois pas qu’il aurait aussi pu avoir fait référence à “Corne de la Lumière Sacrée ” ou quelque chose comme ça ? »

La licorne se mit tout à coup à hennir encore plus et à frapper le sol très fort de ses sabots.

« Tu es trop bruyant ! Si tu fais encore du tapage, tu ne recevras rien à dîner ! » hurlai-je à l’intention de Blanchâtre. Puis, je tournai la tête et rétorquai : « Ne trouves-tu pas étrange qu’un cheval possède un vocabulaire aussi sophistiqué ? Sans parler d’à quel point “Corne de la Lumière Sacrée” est terriblement long à prononcer. Blanchâtre n’est-il pas un nom plus aisé à prononcer et à comprendre ? »

Woodrow n’eut pas d’autre choix que de se ranger de mon côté : « C’est… C’est vrai. Il doit s’appeler Blanchâtre alors. »

J’acquiesçai d’un air détaché.

À cela, la licorne baissa la tête. Igor tendit la main pour la caresser et dit : « Blanchâtre est un nom qui ne sonne pas si mal. C’est définitivement moins long à prononcer que “Corne de la Lumière Sacré ”… Ah ! Tu m’as mordu, lâche-moi ! Tu me fais mal ! »

« Très bien, mettons-nous en route ! Blanchâtre, lâche la paume d’Igor… Je veux dire, lâche tout son bras. »

Par la suite, nous nous enfonçâmes encore plus profondément dans la vallée et fîmes halte assez aisément. Quelques sortes de créatures des ténèbres, plus particulièrement les morts-vivants, devenaient aussi nombreuses que de la mauvaise herbe sur une plaine. Nous avancions de deux pas, et une foule d’entre elles se précipitaient sur nous. Au début, Igor et Iacchi attaquèrent les créatures des ténèbres de bas niveau comme s’ils jouaient à un jeu, allant même jusqu’à faire une compétition du nombre de morts-vivants qu’ils achevaient.

Cependant, au fur et à mesure que nous continuions à marcher, nous commençâmes tous à remarquer quelque chose d’étrange. Peu importe combien nous en tuions, le nombre de créatures des ténèbres ne baissait pas, mais augmentait à la place. Même certains morts-vivants de bas niveau, qui auraient dû s’être enfuis après que l’un des leurs se soit fait massacrer, se jetèrent sur nous et nous attaquèrent par derrière.

Finalement, comparés aux cinq personnes et au cheval dans notre camp, les morts-vivants du camp opposé ressemblaient à une armée.

« Vite, dépêchez-vous de vous replier ! » s’écria Iacchi.

« Que se passe-t-il ? » Woodrow resta bouche-bée et poussa un cri de stupeur inhabituel à son caractère : « Quand nous sommes venus plus tôt, il n’y avait pas autant de créatures des ténèbres ! »

Tout de suite, Igor le guerrier brandit consciencieusement son épée… Bien que la pointe de sa lame tremblât suffisamment pour lui donner la forme d’un V.

« C’est probablement parce que Blanchâtre, Ecilan et moi sommes tous présents », réalisai-je.

« Nos corps sont remplis de lumière sacrée. Aux yeux de ces morts-vivants remplis de l’élément des ténèbres, nous sommes probablement aussi voyant qu’un immense feu de camp. Aussi, malgré le fait que ceux-ci devraient craindre l’élément sacré, nous avons envahi leur camp de base. Il y a de fortes chances pour que leur fureur l’ait emporté sur leur peur, et donc c’est pourquoi ils se regroupent pour nous attaquer. »

« E-Et maintenant, que sommes-nous censés faire ? » La voix d’Igor le guerrier, qui se tenait à l’avant du groupe, tremblait tellement qu’elle sonnait comme s’il était sur le point de se mettre à pleurer.

« Ne t’inquiète pas. » Je souris légèrement et ajoutai : « Tant que nous nous transformons en créatures des ténèbres, il n’y aura pas de problèmes. Celles-ci n’attaqueront pas l’un des leurs. »

« Nous transformer en créatures des ténèbres ? » Iacchi s’écria sur-le-champ d’un ton étrange : « Qui veut se transformer en l’une d’elle ! Il vaudrait mieux être mort plutôt que de s’accrocher à une existence contre-nature ! Je n’ai pas envie de mourir si jeune ! »

« Ne panique pas autant », rétorquai-je avec irritation. « Tu ne veux pas mourir. Crois-tu que j’en aie envie ? »

« Dans ce cas, qu’as-tu l’intention de faire… »

« Quel que soit ton plan, dépêche-toi ! Ils foncent déjà droit sur nous ! »

Iacchi n’avait même pas eu le temps de terminer sa question, lorsqu’Igor lui coupa la parole. En entendant le cri d’alarme d’Igor, Iacchi et Woodrow assumèrent automatiquement leur position de combat. Iacchi dégaina une dague et se tint derrière Igor. Woodrow, quant à lui, se transforma en panthère et alla se tenir à côté du guerrier du groupe.

Leur réaction me surprit. Ils font face à un si grand nombre de créatures des abysses, et pourtant ils ont encore envie de se battre ? Peut-être que je les ai trop sous-estimés.

Cependant, malgré tout, je n’avais aucune envie de me battre contre une armée toute entière.

Je dispersai plus de la moitié de la lumière sacrée entourant mon corps et me mis à rassembler l’élément des ténèbres. C’était encore plus facile que de rassembler de la lumière sacrée. L’élément des ténèbres ici était si dense que mes alentours étaient brumeux et rendaient me vue floue depuis le début. Je tendis simplement les mains. Sur-le-champ, celles-ci formèrent une énorme boule de l’élément des ténèbres si épaisse qu’elle pourrait servir de ballon de jeu.

Par la suite, j’enrobai tout le monde avec l’élément des ténèbres que j’avais rassemblé.

Sous le nuage de ténèbres, les morts-vivants cessèrent immédiatement de nous foncer dessus. Ils agirent comme s’ils avaient perdu de vue leur cible. Après avoir stupidement fixé l’endroit pendant un moment, ils commencèrent à nous chercher sans détecter quoi que ce soit. Après un certain temps, ils se dispersèrent. Certains nous dépassèrent même en flottant devant nous, mais aucun ne se donna la peine de nous accorder le moindre regard.

En constatant ceci, le trio terrifié à l’origine se calma et rengaina leurs armes. Même Woodrow retourna à sa forme humaine.

« C’est donc ce que tu avais voulu dire. Tu aurais dû t’expliquer plus tôt ! » Iacchi proclama bruyamment : « Explique mieux les choses la prochaine fois ! Nous transformer en créatures des ténèbres… Tu voulais nous faire mourir de peur ou quoi !? »

« Grisia, j’ai envie de te massacrer à coups de poing ! »

Fidèle à sa parole, après avoir rengainé son épée, Igor se précipita vers moi pour m’attraper, coinça ma tête entre ses bras et leva son poing… Je fus réellement inquiet pendant une seconde, songeant qu’il allait véritablement me donner un coup de poing, mais au lieu de cela il plaça son poing au sommet de ma tête et se mit alors à la frotter de l’arrière à l’avant sans s’arrêter.

« Hahaha ! Tu me chatouilles ! » J’avais envie de me gratter et je riais, tandis que je m’objectais avec véhémence : « C’est toi qui as mal compris. Je n’y suis pour rien ! »

« Petit farceur… » Entendant mes mots, Iacchi se mit également à me frotter la tête avec son poing.

Sur le côté, Woodrow secoua la tête avec une expression de totale impuissance sur son visage, comme il observait nos enfantillages.

Après m’être amusé quelques secondes, je repoussai Igor et déclarai avec indifférence : « Tu es réveillé, Chevalier de Glace ? »

Tout le monde cessa de jouer et tourna la tête pour regarder celui qui était attaché sur le dos de Blanchâtre. Ecilan avait réellement ouvert les yeux. Il demeura silencieux pendant un moment. Seules ses pupilles remuèrent de gauche à droite, comme s’il observait les alentours. Enfin, il murmura doucement : « Comment ai-je pu m’évanouir comme ça… »

Scarlet est probablement la responsable… Néanmoins, j’aurais pensé qu’elle aurait fait en sorte qu’il reste dans un état comateux jusqu’à la fin, juste au cas où il recommencerait à me mentir. Je n’aurais jamais songé que Scarlet le laisserait agir comme bon lui semble.

Ecilan se tourna pour me regarder et demanda à voix basse : « Blaze va-t-il bien ? »

« Oui. » Je ricanai et ne pus m’empêcher de me moquer en ajoutant : « Il est tellement en parfaite santé qu’il m’a presque tranché en deux. »

En entendant ceci, Ecilan s’enquit avec surprise : « Il ne savait pas que la personne qu’il attaquait était toi, n’est-ce pas ? »

« Il le savait », annonçai-je calmement. « Il a aussi affirmé que je n’étais absolument pas le Chevalier du Soleil. »

Ecilan cligna des yeux, le visage plein de confusion.

Woodrow me questionna vivement : « Que veux-tu dire par le Chevalier du Soleil ? »

J’hésitai, mais expliquai tout de même : « Rien. Pour s’échapper, Ecilan m’a menti en affirmant que j’étais le Chevalier du Soleil. Il voulait que je parte avec lui. »

« Toi, le Chevalier du Soleil ? » Iacchi ouvrit grand la bouche.

Nous nous bouchâmes les oreilles à l’unisson.

« Comment ça pourrait être possible~~ HAHAHA ! C’est si drôle que j’en ai mal à l’estomac ! » Iacchi rit en disant : « Si Grisia est le Chevalier du Soleil, dans ce cas, moi, je suis le pape ! »

Pauvre Ecilan… Étant donné qu’il était attaché comme un poulet, il était dans l’incapacité de se couvrir les oreilles et ne pouvait que souffrir à travers le rire explosif d’Iacchi. Malheureusement, bien que nous éprouvâmes de la sympathie à son égard, aucun de nous ne possédait de mains en surplus pour l’aider à bloquer le son.

Finalement, l’éclat de rire assourdissant d’Iacchi cessa, et ce fut uniquement à ce moment-là que nous baissâmes tous les trois nos mains. Je lançai deux sorts de guérison sur les oreilles d’Ecilan avec sympathie. L’expression de ce dernier montrait qu’il était probablement sur le point de s’évanouir encore une fois.

Woodrow murmura très bas : « Heureusement que l’ouïe des créatures des ténèbres n’est pas particulièrement bonne. Sinon, toutes celles qui se trouvent dans la vallée auraient été attirées par le vacarme. »

« Pauvre chose ! » Je frottai la tête d’Ecilan avec sympathie, et en même temps j’en profitai pour le décoiffer afin de le rendre moins attirant.

Ecilan me fixa froidement du regard.

Je ne savais pas pourquoi, mais, après m’être fait fusiller du regard par lui, je sentis subitement que quelque chose clochait. Je changeai immédiatement de sujet. « Ecilan, puisque tu affirmes me connaître, examine-moi bien. Te semble-t-il que quelque chose manque sur moi ? »

Contre toute attente, il répondit sans la moindre hésitation : « Il manque de nombreuses choses. »

« Je veux dire, est-ce que des objets très importants ont disparu ? » J’expliquai plus en profondeur : « Quelque chose que je garde toujours sur moi, sans jamais l’enlever, mais qui n’est plus là à présent ? »

Ecilan m’examina avec sérieux. Après un certain temps, il acquiesça d’un signe de tête et annonça : « Il te manque effectivement quelque chose. »

« Que manque-t-il ? » demandai-je avec agitation. Je vais enfin savoir ce que j’ai perdu.

« Il te manque… »

Chacun d’entre nous écouta attentivement la réponse.

Ecilan compléta avec un total sérieux : « Il te manque un petit sac sur lequel est brodé un symbole en forme de soleil, celui que je t’avais offert pour y garder tes sucreries. Tu ne l’enlèves jamais d’habitude. »

« … »

Si l’objet que Scarlet veut que je retrouve est un sachet de bonbons, je vais définitivement la hacher menu et faire des tartes de sa chair !

Ensuite, Ecilan ajouta brusquement : « Il semble aussi te manquer un collier, mais c’est quelque chose que tu as seulement commencé à porter il y a un mois. »

Je restai surpris. Il y a un mois ? « De quoi avait l’air ce collier ? »

Dénué de toute expression, Ecilan secoua la tête et répondit : « Je n’y ai jamais prêté attention. J’ai seulement entendu Metal affirmer qu’il t’avait vu porter un immense joyau. Il se demandait où tu l’avais pris et voulait informer le Pape du fait que tu l’avais volé… »

« … Quel est le nom du Chevalier du Métal ? »

« Laïca du Métal. »

Je jurai vicieusement : « Je me souviendrai de lui ! »

« Ah bon ? » Ecilan murmura : « Dans ce cas, il en sera assurément ému. Hormis celui du Capitaine-Chevalier du Jugement, tu vas également te rappeler de son nom correctement. Auparavant, chaque fois que tu t’adressais à lui, tu l’appelais Laïmace. »

« La-Laïmace ? Ha… » Iacchi éprouva de nouveau l’envie d’éclater de rire. Par chance, Igor parvint à lui couvrir la bouche juste à temps.

« Je l’appelais Laïmace ? » Je le questionnai avec curiosité : « Dans ce cas, comment t’appelais-je ? »

« … »

« Hé ! Parle ! » Je le narguai : « À moins que tu ne sois encore en train de me mentir ? Sinon, dis-le-moi ! Comment t’appelais-je ? »

« … »

La Légende du Chevalier du Soleil T4C6 : Vaincs Tes Ennemis En Chemin

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 6 : Defeat Enemies Along the Way – traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]
Chapitre 6 : Vaincs Tes Ennemis En Chemin – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Après avoir lancé le sort des Ailes de Dieu sur moi, je m’obligeai à courir à toute allure pendant une demi-heure pour rejoindre le reste de l’équipe.

Je pensais qu’ils seraient plus loin, mais ils étaient en fait étonnamment proches… En y repensant, je faillis être saisi de sueurs froides. Si j’étais resté une seconde de plus à discuter avec Ecilan, ils m’auraient peut-être déjà rattrapé.

Cependant, tandis que je m’approchais d’eux, je réalisai qu’ils étaient en train de faire une pause. Le feu de camp avait l’air d’être allumé depuis un bon moment déjà.

S’ils sont parvenus à se rapprocher autant de moi, pourquoi n’ont-ils pas continué leur poursuite ?

Bien que mon cœur fût rempli de soupçons, je lançai le sort Bouclier de Lumière sur moi, puis j’essayai de rester vigilant afin d’être prêt à m’enfuir à tout instant.

Contrairement à ce à quoi je m’attendais, personne ne ressemblait aux « gracieux, magnifiques et formidables chevaliers sacrés » dont Sybil ne cessait de faire les louanges. À la place, ils étaient tous allongés sur le sol de façon désordonnée, appuyés sur des branches, dormant directement dans la poussière, ou utilisant simplement les jambes de leur compagnon comme oreiller. D’après leur posture, j’imagine que tout le monde serait capable de deviner… qu’ils sont extrêmement fatigués.

Tous les chevaliers sacrés se ressemblaient : ils étaient sales, fatigués, et dormaient comme des loirs. Je n’arrivais même pas à distinguer lequel d’entre eux était le Chevalier de Flamme !

En plus, ils n’ont même pas assigné de chevalier sacré pour monter la garde durant la nuit !

Seules Yuna et Sybil étaient encore éveillées. Elles étaient toutes les deux assises au milieu des chevaliers sacrés qui étaient étendus sur le sol comme un tas de feuilles mortes Elles paraissent un peu fatiguées, mais si on les comparait aux chevaliers à leurs côtés, elles semblaient bien plus énergiques.

Cependant, même si elles semblent énergiques, il est impossible que les chevaliers sacrés aient confié la tâche de monter la garde à deux étrangères pendant qu’eux dorment, n’est-pas ?

La scène sous mes yeux me laissait complètement sans voix. Si je n’avais pas craint pour la vie de Sybil et de Yuna, je me serais contenté de rassembler une grande quantité de l’élément de la foudre pour la faire tomber sur eux. Même « un dieu marchant parmi les vivants » serait réexpédié au paradis après une telle attaque.

Après avoir avancé de quelques pas, je fus assailli par une forte odeur de sueur. C’était terriblement malodorant et aigre, très semblable à l’odeur de la nourriture en décomposition. C’est un mystère que Sybil et Yuna puissent quand même rester assises au beau milieu de ces chevaliers puants sans tourner de l’œil.

À cet instant-là, Sybil me remarqua. Elle arborait un air perplexe et incertain, quand elle tourna la tête vers moi, ne semblant pas sûre de savoir si elle devait sonner l’alarme ou non. En dépit de sa réaction, pas une seule personne parmi les chevaliers sacrés ne se rendit compte de la situation. Qui plus est, aucun d’entre eux ne bougea d’un pouce.

Alors que je sortais du couvert des arbres, les yeux de Sybil s’agrandirent. Je lui fis rapidement signe avec ma main pour lui dire de garder le silence, et je dispersai même l’élément sacré qui camouflait mon visage. Toutefois, elle continuait de me regarder avec les sourcils froncés, comme si elle ne m’avait pas reconnu. Mais, pourquoi ? J’ai clairement déjà dispersé l’élément qui couvrait mon visage…

Soudainement, je me rappelai qu’Ecilan avait lourdement insisté pour que j’enfile un masque qui recouvrirait l’intégralité de mon visage. Ne me dîtes pas que…

Je retirai mon masque.

Les yeux de Sybil s’agrandirent de nouveau, et elle laissa échapper un soupir de soulagement. Elle tira sur la manche de Yuna qui était assise à côté d’elle, lui faisant signe de regarder dans ma direction. Yuna détourna son regard du feu. Une fois qu’elle me fit face, elle manqua de laisser échapper un cri, et porta même les mains à sa bouche pour étouffer le son.

Je ne peux pas m’empêcher de remarquer que, quand les gens me regardent, ils tournent toujours leur visage vers moi… Non, c’est faux ! Ils se servent de leurs « yeux » pour me regarder avant d’être capables de me remarquer.

Pourquoi est-ce différent de ce que je fais ? Je n’ai pas besoin de faire face à quoi que ce soit, ou même d’utiliser mes yeux, pour pouvoir voir tout ce qui m’entoure.

C’est pour cette raison qu’Ecilan a dit que j’étais aveugle… Je ne pus m’empêcher de toucher mes yeux. C’est étrange. J’arrive pourtant à « voir » les objets. C’est juste que la méthode que j’emploie est différente de celle des autres.

Elle est différente de celle des autres… Dans ce cas, qui suis-je exactement ?

J’hésitai, mais je remis quand même le masque. Dans tous les cas, je me sens soulagé quand personne ne peut voir mon visage.

« Grisia. »

Sybil courut vers moi et parla à voix basse : « Pourquoi es-tu venu ici ? »

« La vitesse à laquelle ils avancent est trop rapide. Ils m’ont presque rattrapé. Pourquoi ne les avez-vous pas retardés ? » la questionnai-je en retour au même volume.

Sybil leva les yeux au ciel et continua de parler doucement : « Tu n’as pas idée d’à quel point le Chevalier de Flamme s’est montré féroce envers nous. Quand nous parlions trop, il nous engueulait en criant qu’il allait nous abandonner, Yuna et moi, sur le bord de la route, mais nous l’avons supplié avec persistance pour qu’il ne nous laisse pas là. Même l’excuse qu’un nécromancien en avait après nos vies ne nous a été d’aucune utilité… »

« Alors, il vous a abandonnées ? »

Sybil me fixa d’un regard stupéfait après avoir entendu ce que je venais de dire. Elle répondit comme si c’était l’évidence : « Bien sûr que non. »

Je reniflai avec dédain et répliquai : « S’il avait voulu vous abandonner, il l’aurait fait depuis longtemps. Pourquoi a-t-il perdu son temps à vous engueuler ? En résumé, ses paroles sont blessantes, mais en réalité il a le cœur tendre… »

« Qu’est-ce que tu en sais ? » rétorqua Sybil, mécontente. « Il aurait vraiment pu nous abandonner ! Tu n’as pas vu comment il était, quand il nous criait dessus. Il s’est montré vraiment méchant ! Il va sans dire que le Chevalier de Flamme est le plus féroce des Douze Chevaliers Sacrés. »

« Je… »

Je voulais dire que je le savais, bien sûr, mais je m’arrêtai brusquement de parler. Peut-être que je n’en suis pas si sûr ? D’abord, je ne connais pas le Chevalier de Flamme, donc c’était impossible que je sache s’il allait les abandonner ou non. Après tout, au début, il n’avait pas l’intention de les amener avec lui, n’est-ce-pas ?

« Alors, tu as finalement mordu à l’hameçon ? »

Je fus pris de cours. Au moment où j’entendis ces mots, la terre autour de moi explosa, et une personne surgit du sol. La quantité de l’élément du feu et de l’élément sacré de cette personne était bien plus grande que celle de tous les chevaliers sacrés réunis devant moi. Je n’arrive pas à croire que je ne l’ai pas remarqué… La réserve d’élément sacré chez Ecilan est anormalement élevée ; j’aurais dû me douter que Blaze, qui est également l’un des Douze Chevaliers Sacrés, posséderait une quantité phénoménale de l’élément sacré contrairement à un chevalier sacré ordinaire !

Et, alors, je me rendis compte de quelque chose d’autre. Dans la pile de chevaliers éparpillés sur le sol… il n’y a que sept personnes !

Le Chevalier de Flamme leva son épée géante et la porta à mon cou, pourtant je l’ignorai complètement pour confronter Sybil et Yuna. Essayant de toutes mes forces d’empêcher ma voix de trembler, je prétendis être calme et leur demandai : « Pourquoi m’avez-vous piégé ? »

Elles me fixèrent du regard et se mirent à bégayer tellement qu’elles ne parvinrent pas à former ne serait-ce qu’une demi-phrase cohérente.

Il était impossible qu’elles n’eussent pas remarqué l’absence du Chevalier de Flamme dans la pile de chevaliers par terre… Et, pourtant, elles n’avaient pas pris la peine de me mettre en garde ! Elles avaient même joué le jeu avec lui !

Tout à coup, le Chevalier de Flamme éclata de rire et déclara : « Excellent, excellent ! C’est la première fois que quelqu’un ose complètement m’ignorer ! Pour exprimer mon respect envers toi, je m’assurerai que ton voyage en enfer soit sans douleur. »

En entendant cela, je reportai mon attention sur le Chevalier de Flamme et lui répondis avec indifférence : « Fais comme il te plaira, à condition que cela ne te dérange pas que les sept chevaliers sacrés par terre m’accompagnent dans la mort. »

Le Chevalier de Flamme fut frappé de stupeur en entendant mes paroles. Puis, il s’empressa de hurler en réponse : « Que veux-tu dire ? »

« Même s’ils prétendent être endormis, la fatigue qu’ils ressentent est réelle. » Je ris froidement et poursuivis : « Ils sont si épuisés qu’ils n’ont eu conscience de ma présence qu’une fois emprisonnés par mes chaînes des ténèbres, après que j’aie eu positionné des os sous terre pour leur percer le cœur ! »

Le Chevalier de Flamme se retourna vivement pour vérifier. Chacun de ses chevaliers sacrés était en train de se débattre, et pourtant ils semblaient incapables de bouger ou de se lever.

Néanmoins, pas même une once d’inquiétude transparut dans son expression. À la place, avec le visage teinté de rage, il rugit en s’adressant à ses propres chevaliers : « Dépêchez-vous de vous libérer de ces choses ! Qu’est-ce que vous attendez ? Vraiment, vous faire prendre en otage… n’avez-vous donc pas honte ?! »

Un des chevaliers cria en retour : « N-nous avons essayé, mais nous n’arrivons pas à nous libérer, Capitaine ! »

En entendant cette réponse, le Chevalier de Flamme resta sans voix. À cet instant-là, je m’enquis lentement : « Alors, Chikus. Que dirais-tu de me laisser partir maintenant ? »

Il tourna immédiatement la tête pour me faire face, m’interrogeant avec incrédulité : « Comment m’as-tu appelé ? »

« Chaînes des Ténèbres ! »

Je rugis ces mots. Des chaînes noires densément compactées émergèrent rapidement autour du Chevalier de Flamme. Elles se rétrécirent vite, formant le second cocon humain après celui que j’avais confectionné pour Ecilan.

Cependant, le Chevalier de Flamme garda son calme et sa contenance, comme s’il n’était pas prisonnier d’un cocon géant fait de chaînes. Il se contenta de renifler avec dédain et de me railler : « Utiliser la magie des ténèbres pour affronter l’un des Douze Chevaliers Sacrés ? Tu pourrais aussi bien te servir d’une torche pour essayer de faire évaporer l’eau d’une rivière ! »

« Décharge Électrique ! » criai-je, comme j’exécutais l’unique magie de la foudre que la licorne m’avait appris. L’éclair suivit les chaînes des ténèbres et encercla le Chevalier de Flamme.

« … Ahhhh ! »

Un puissant et mortel courant électrique parcourut les chaînes, mais le Chevalier de Flamme poussa seulement un grognement étouffé avant d’émettre ensuite de la lumière sacrée dans une tentative pour faire fondre l’élément des ténèbres dont étaient faites chaînes. Toutefois, alors qu’il essayait de les faire fondre, je le ligotai rapidement avec de nouvelles chaînes et le récompensai gracieusement d’une nouvelle décharge électrique… Après quelques tentatives, il ouvrit la bouche pour parler. J’éprouvai alors l’envie d’approuver la phrase « un dieu marchant parmi les vivants » pour le décrire. Cet homme ressemblait à tout sauf  à un être humain ordinaire.

D’un ton empli de doutes, il me questionna : « Pour posséder un élément des ténèbres aussi puissant… Mais, qui es-tu donc ? »

Je ne pus m’empêcher de me sentir affecté par sa question. Je suis celui qui, plus que quiconque, veut connaître la réponse à cette question !

Toutefois, je cachai mon anxiété et demandai en retour : « Ecilan a dit que je suis le Chevalier du Soleil. Qu’en penses-tu ? »

Le Chevalier de Flamme provoqua une violente explosion de lumière sacrée. D’un seul coup, l’élément des ténèbres que j’avais rassemblé fut complètement dispersé. Par chance, les chaînes qui entouraient les autres chevaliers ne furent pas touchées. J’avais toujours des otages sous la main pour le menacer.

« Pfff ! » Il répondit d’un ton glacial : « As-tu l’intention de continuer à raconter des mensonges pour distraire mon attention ? Tu essayes de me duper, hein ? »

Ayant dit ce qu’il voulait, il se précipita brusquement vers moi. Je le fixai avec un regard vide, pendant un instant, avant d’être capable de réagir. Lorsque je me servis des otages pour le menacer, il interrompit son élan, mais il était déjà à moins d’un mètre de moi.

Surpris, je m’exclamai précipitamment : « Attends une seconde, et ne sois pas aussi brusque ! Ne me dis pas que tu ne te préoccupes pas des chevaliers sacrés… »

« Si tu en as les tripes, alors vas-y, tue-les ! »

Tout en rugissant ces mots, il tendit sa main, m’agrippant puissamment par le col, et attira mon visage à moins de dix centimètres du sien. Il ajouta férocement : « Je ne sais pas comment tu as réussi à soumettre Ice, mais il a dû tomber dans un piège sournois ! Si tu penses que je vais combattre honorablement comme le fait Ice, que je vais te donner l’opportunité d’utiliser tes coups bas, tu te trompes complètement ! Tant que je peux te tabasser jusqu’à te réduire en bouillie, merde, je me fous du reste ! Tu es un tel obstacle ! »

Un obstacle ? Je restai perplexe un instant avant de répliquer : « Oh, c’est vrai. N’es-tu pas à la recherche du Chevalier du Soleil ? Mais, tu vois, Ecilan a vraiment dit que c’était moi… »

« La ferme ! » Le Chevalier de Flammes eût l’air d’utiliser toute la puissance de ses cordes vocales pour rugir : « C’est impossible que tu sois Sun ! C’est définitivement impossible ! »

Définitivement impossible ? Je vois, c’est donc ainsi… Je demandai avec une voix dénuée d’émotion : « Ok, donc si c’est définitivement impossible que je sois le Chevalier du Soleil, dans ce cas ça veut dire qu’Ecilan me ment ? »

Le Chevalier de Flamme hurla avec rage : « Tu n’es pas autorisé à bafouer le nom de Sun plus longtemps ! Sun n’est absolument pas un tas de merde comme toi ! Jamais de sa vie il ne blesserait un autre chevalier sacré ! Jamais ! »

Après s’être époumoné, il leva sa longue épée géante et l’abattit sur moi. Une chaîne des ténèbres s’enroula immédiatement autour de sa main, l’empêchant d’achever son geste. Mais, avec juste une illumination de lumière sacrée, la chaîne se dissipa à nouveau. Même ainsi, ce court délai me laissa suffisamment de temps pour m’échapper de son emprise.

Je reculai de plusieurs pas, encore et encore, avant de m’exclamer : « Prison d’Os ! »

Telle une vision d’horreur, des os blancs surgirent du sol, s’accumulant couche par couche pour former des murs blancs faits d’ossements. Cependant, le Chevalier de Flamme n’eut même pas l’air d’y prêter la moindre attention. D’un geste de son épée, les os furent coupés aussi facilement que du papier.

Prison d’Os ! Je renforçai immédiatement les murs d’os avec de nouvelles couches.

« Ne bouge pas ! N’approche pas ! » l’avertis-je d’une voix menaçante. « À moins que tu ne veuilles voir tes chevaliers sacrés mourir sous tes yeux ! »

Je resserrai les chaînes autour des sept chevaliers sacrés, mais ils ne laissèrent échapper qu’un unique cri avant de ne plus émettre le moindre son. Toutefois, un seul cri fut suffisant. Comme je m’y attendais, le Chevalier de Flamme arrêta ses tentatives pour m’attaquer. Son expression laissait suggérer qu’il était sur le point d’exploser, mais il ne continua pas son assaut.

Même si ce chevalier n’arrête pas de me mettre au défi de les tuer, il n’y a vraiment que sa langue qui soit aiguisée, car il a le cœur tendre. Après avoir entendu le gémissement de ses chevaliers sacrés… Non ! Ce n’était même pas un gémissement. C’était juste un cri étouffé, mais ça a été suffisant pour l’arrêter. À présent, il n’ose plus lever la main sur moi.

Puisque je ne suis pas le Chevalier du Soleil, si je blesse les chevaliers sacrés, et même si je tue le Chevalier de Flamme, c’est sans importance, n’est-ce pas ?

Me sentant d’humeur insolente, j’ordonnai au Chevalier des Flammes : « Toi, poignarde-toi avec ton épée ! »

Quand le Chevalier de Flamme m’entendit, ses yeux devinrent si grands qu’on aurait dit qu’ils allaient se fendre en deux.

Yuna poussa un cri perçant : « Grisia, ne fais pas ça ! Ils veulent juste récupérer le Chevalier de Glace ! »

« Alors, tu crois vraiment ce qu’il dit ? » Je lui répondis avec cynisme et ridicule. Au même instant, afin de ne prendre aucun risque, je fabriquai plusieurs épées en os et les suspendis toutes au-dessus des chevaliers sacrés.

« Arrête ! »

Le Chevalier de Flamme leva son Épée Divine de Flamme une nouvelle fois, mais son geste et son cri disparurent simultanément tous les deux lorsque je posai une épée d’os au-dessus de la gorge d’un des chevaliers sacrés.

Bien qu’il baissât sa lame, sa voix tremblait de rage, lorsqu’il grogna : « Personne n’a le droit de poser une lame sur la gorge de mon vice-capitaine ! »

Je m’en doutais, j’ai choisi la bonne personne ! J’affichai un sourire suffisant. Depuis le début, ce chevalier sacré était celui chargé de répondre aux questions du Chevalier de Flamme. Je pouvais sentir qu’il était un peu différent du reste des chevaliers sacrés.

« Grisia, calme-toi ! » Yuna arborait un air si anxieux qu’elle semblait être au bord des larmes. Elle sanglota : « Laisse-les partir ! Le Chevalier de Flamme est l’un des Douze Chevaliers Sacrés ! Ils ne mentent jamais, et il veut vraiment juste sauver le Chevalier de Glace… »

La voix de Yuna disparut brusquement.

Aïe !

Soudain, je ressentis une violente douleur dans mon dos. Ce ne fut qu’à cet instant-là que je remarquai qu’une flèche était plantée dans mon corps ; Sybil se tenait non loin de là, son arc levé…

Le Chevalier des Flammes saisit cette opportunité pour m’attaquer. Je parvins de justesse à reculer d’un pas, mais sa gigantesque épée trancha tout de même mon épaule gauche jusqu’à ma poitrine, créant une large plaie béante.

Cela se termina avec un coup à l’estomac ; le Chevalier de Flamme me fit tomber à terre d’un coup de pied. Mon corps était étalé sur le sol, tandis que le Chevalier de Flamme pressait son genou contre mon abdomen pour me restreindre. Puis, il appuya de nouveau son Épée Divine de Flamme contre mon cou.

Mais, ce n’est absolument pas nécessaire. Si je le pouvais, je lui confirmerais que la douleur est tellement forte que je suis incapable de me lever. Rassembler l’élément des ténèbres est encore plus impossible. Hélas, j’ai si mal que je ne peux même pas ouvrir la bouche pour lui garantir tout ça.

« Grisia ! »

Sybil et Yuna accoururent. Même si Sybil était celle qui m’avait tiré dessus avec son arc un instant auparavant, elle était à présent anxieusement en train de négocier avec le Chevalier de Flamme : « Chevalier de Flamme ! Vous nous aviez promis que vous ne le tueriez pas ! »

« C’est pour ça qu’il est toujours en vie. » Il ne se retourna même pas vers elles, lorsqu’il leur répondit.

Je ris avec amertume. Et, dire que je pensais que c’était parce que j’avais reculé d’un pas que j’étais toujours en vie… Mais, apparemment non ? C’est uniquement parce que le Chevalier de Flamme se sentait d’humeur à faire preuve d’un peu de compassion ?

« Mais, mais… » Sybil bégaya avec anxiété, incapable de formuler ne serait-ce qu’une demi-phrase. Tout ce qu’elle parvint à faire fut de se tourner vers moi pour me dire : « Je suis désolée Grisia. Ne bouge pas imprudemment. Le Chevalier de Flamme ne te blessera pas. »

Oh ? À moins de me tuer, je ne crois pas qu’il puisse me blesser davantage.

Le Chevalier de Flamme s’exclama : « Il est temps pour moi de voir à quoi tu ressembles, ordure », tout en approchant sa main pour saisir mon masque.   

À ce stade, je perdis soudainement toute envie de me débattre. Je ferais aussi bien de le laisser voir mon visage. Peut-être même que je pourrais enfin savoir si je suis vraiment le Chevalier du Soleil ou non. Quel que soit le résultat, même si je ne suis pas le Chevalier du Soleil, ou même si mon visage finit sur les affiches des criminels recherchés à cause de cela, plus rien n’a d’importance.

Dis-le-moi ! Est-ce que je suis le Chevalier du Soleil, ou est-ce que je ne le suis pas ? Est-ce qu’Ecilan m’a vraiment menti ? Les yeux du Chevalier de Flamme s’agrandirent, et il poussa un cri d’exclamation.

« Tu… »

« Tu » ?

Est-ce que c’est : « “Tu” es vraiment le Chevalier du Soleil ? »

Ou est-ce : « En fin de compte, tu n’es qu’un misérable nécromancien recherché ? »

Qu’est-ce qui vient après le mot « “Tu” » ?

Je l’ignorais ; le Chevalier de Flamme était depuis longtemps hors de mon champ de vision. Je couvris mes deux yeux de mes mains, même si ce geste ne m’empêchait pas de voir…

Je criai : « Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu enlevé pile à ce moment ? »

« Scarlet ! »

Je me redressai et me tournai pour faire face à la petite fille, pendant que je criais son nom. Par la suite, je crachai une mare de sang. Ma conscience commença subitement à s’estomper. Tandis qu’un voile de ténèbres m’enveloppait, j’entendis la voix douce d’une petite fille. Elle contenait une pointe de compassion et une pointe de pitié…

« Parce qu’ils essayent de te tromper, Grisia. Ils te mentent. »

Oh ? Donc, en plus d’Ecilan qui me ment, il y a aussi Sybil, Yuna, et même le Chevalier de Flamme ?

Dans ce cas, cela ne veut-il pas simplement dire que tout le monde me ment ?

La Légende du Chevalier du Soleil T4C5 : Abats Divers Obstacles Durant Ton Voyage

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : 我 (Yu Wo)


Chapter 5: Overcome Various Obstacles of the Journey – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Chapitre 5 : Abats Divers Obstacles Durant Ton Voyage – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Après plusieurs jours de fuite, tout le monde était plutôt satisfait de vivre la vie de fugitifs. Même Ecilan, l’otage dont nous nous étions emparés, profitait d’une vie de plaisirs… Comment devrais-je expliquer cela ?

La toute première nuit, il jura au nom du Dieu de la Lumière qu’il ne tenterait pas de s’échapper ou de nous blesser. Il voulait que je disperse les Chaînes des Ténèbres qui entouraient son torse pour qu’il puisse… cuisiner pour nous tous !

On ne pouvait vraiment pas juger un livre à sa couverture. Même s’il était l’un des exaltés Douze Chevaliers Sacrés, ses compétences culinaires étaient même supérieures à celles de Yuna et Sybil combinées ! Une fois que nous eûmes mangé le repas qu’il nous avait préparés, le matin suivant, plus personne ne voulut manger les plats cuisinés par Yuna ou Sybil, même pas elles-mêmes.

J’ai une monture que je peux chevaucher et quelqu’un sur qui tester ma nécromancie. Même quand je suis las de tout cela, des repas délicieux m’attendent. Que pourrait-il y avoir de plus confortable au monde ?

« Est-ce que tu peux éviter de jouer avec des os tout en utilisant la lumière sacrée ? »

Ce n’était pas la première fois que Yuna protestait en disant : « C’est une violation du bon sens. Tu n’arrêtes pas de briser les principes fondamentaux de l’opposition polaire et de l’impossibilité de coexistence de l’élément sacré et l’élément des ténèbres. Tu enfreints complètement les règles. »

Je répliquai : « Tu veux dire que quand nos poursuivants nous rattraperons, je n’ai pas le droit d’utiliser la nécromancie pour les ralentir, pendant que j’emploie la lumière sacrée pour soigner Igor et les autres ? »

Après avoir entendu mon argument, les visages de tous les membres de l’équipe dont la profession requérait de se battre changèrent grandement. Ils s’empressèrent de réfuter les mots de Yuna, puis ils essayèrent de m’apaiser.

Pfff, je vais le dire à nouveau ! J’ai une monture que je peux chevaucher et quelqu’un sur qui tester ma nécromancie. Même quand je suis las de tout cela, des repas délicieux m’attendent et, même quand on me gronde parce que j’ai enfreint des règles, plein de personnes vont prendre mon parti et réprimander l’accusateur pour moi, puis ils vont même me consoler… Même si j’étais le Chevalier du Soleil, ma vie ne pourrait probablement pas être plus confortable que celle-ci !

Malheureusement, nos jours de plaisirs prirent fin après trois courtes journées.

Je bénissais souvent Woodrow avec le sort des Ailes de Dieu pour qu’il puisse partir en éclaireur. Aujourd’hui, quand il revint à notre campement et reprit sa forme humaine, il déclara solennellement : « Le Chevalier de Flamme nous a rattrapé. Je les ai vus, lui et ses chevaliers sacrés, quand j’étais sur la montagne. Ils sont une dizaine et à moins d’une journée de nous à pied. »

« Est-ce qu’ils ont des prêtres parmi eux ? » Je l’interrogeai pour avoir plus de détails.

Woodrow secoua la tête et répondit : « Non. »

« Pourquoi n’ont-ils amené aucun guérisseur ? » demandai-je, confus. « Ceux-ci ne pourraient-ils pas les aider en lançant le sort des Ailes de Dieu ? Il leur aurait été très utile pour hâter leur voyage, ne croyez-vous pas ? »

À ce moment-là, Ecilan expliqua froidement : « Un seul guérisseur n’est pas capable de lancer le sort des Ailes de Dieu sur dix personnes pendant une longue durée. Il faudrait qu’ils en amènent au moins deux avec eux, et il faudrait qu’ils aient un niveau avancé, voire supérieur. Même d’un tel niveau, ils seraient un fardeau. Ils ont une très mauvaise endurance, donc ils ne peuvent pas poursuivre leur périple sans s’arrêter, contrairement aux chevaliers sacrés. »

Je pressentis tout à coup que l’estimation de Woodrow pourrait s’avérer être fausse. Avec empressement, je demandai : « Combien de temps leur faudra-t-il pour nous rattraper ? »

« On parle du Chevalier de Flamme et de son peloton. » Étonnamment, Ecilan me répondit. « S’il a dit que ça leur prendrait un jour, dans ce cas il leur faudra cinq heures tout au plus. »

Les yeux de tous les membres du groupe s’agrandirent de surprise à ses mots.

Iacchi s’exclama : « Si vite ? Ce sont des chevaliers sacrés ou des voleurs !? »

« Pourquoi es-tu si franc ? »

Quelque chose d’autre me rendait plus soupçonneux. Même si Ecilan était un otage, il n’avait ni crié ni tenté de s’enfuir. Il avait même cuisiné pour nous, et à présent il allait jusqu’à révéler des informations sur ses alliés à ses kidnappeurs. Où diable peut-on trouver un otage aussi coopératif ? Il ferait aussi bien de rejoindre notre équipe !

« Parce qu’il n’y a aucune chance que vous puissiez vous échapper. La fois où je vous ai dit que Blaze était dans les alentours, savez-vous où il se trouvait ? » Il s’arrêta un instant avant de lentement donner la réponse : « À la Cité de l’Orée de la Forêt. »

Une fois qu’il nous eut révélé cela, tout le monde resta stupéfait. J’étais le seul qui s’enquit avec confusion : « Et donc quelle différence cela fait-il s’il se trouvait à la Cité de l’Orée de la Forêt ? »

Woodrow prit une profonde inspiration et m’apprit : « La Cité de l’Orée de la Forêt se situe à la frontière du Royaume du Son Oublié, mais c’est à une lointaine distance du Royaume de Kissinger. Pour une personne ordinaire, faire le trajet prendrait six… Non ! Il leur faudrait traverser des forêts, et ils risqueraient également de tomber sur des bandits et des bêtes sauvages. J’ai bien peur qu’une estimation correcte serait de dix jours. »

Je m’exclamai : « Pourtant, il ne leur a fallu que trois jours ? Ont-ils continué à voyager sans jamais s’arrêter pour se reposer ? Comment peut-on encore les considérer comme des humains ordinaires ? »

« Aucun d’entre nous n’est ordinaire. »

Ecilan prit soudainement la parole. Il se tourna vers moi et décréta nonchalamment : « Aucun de nous n’a jamais été normal. »

Je restai stupéfait pendant un moment. Je tournai la tête pour questionner tout le monde : « Croyez-vous ce qu’affirme Ecilan ? D’après lui, le Chevalier de Flamme nous rattrapera dans moins de cinq heures, et nous ne pourrons pas lui échapper. »

Immédiatement, Yuna répondit sévèrement : « Bien sûr. C’est un des croyants du Dieu de la Lumière, et c’est même l’un des Douze Chevaliers Sacrés qui sont à la tête de l’Église du Dieu de la Lumière. Tout le monde sait qu’ils ne mentent jamais ! »

« Il n’a nul besoin de nous mentir. Ce n’est pas comme si nous pouvions nous échapper de toute façon. »

Après que Woodrow eût lui-même affirmé cela, j’acceptai enfin ces faits. Même si j’avais perdu la mémoire, je ne croyais toujours pas qu’il existait en ce monde des personnes qui ne mentaient jamais.

« Puisque nous ne pouvons pas nous enfuir, alors nous ne pouvons que prendre l’initiative et passer à l’offensive », dis-je sereinement. « Répliquons en les attaquant à la place. »

« Tu veux affronter le Chevalier de Flamme ? » s’étonna immédiatement Igor d’une voix forte. « Serais-tu devenu fou ?! »

Les autres furent plus lents à exprimer leur surprise. Ce ne fut qu’après que le cri d’Igor les eût tirés de leur stupeur que leurs visages affichèrent une expression pleine de terreur.

J’expliquai soigneusement au groupe : « Ils ne sont que dix. Nous sommes six, et nous avons même un otage. Tant qu’on préparera des pièges, nos chances de l’emporter restent élevées… »

« Nos chances de l’emporter restent élevées ? Que dix ? » Les yeux d’Iachi s’agrandirent encore plus, tandis qu’il répliquait : « Est-ce que tu comprends seulement quel genre de personnes sont les Douze Chevaliers Sacrés ? Le Dieu de la Lumière possède Douze Chevaliers Sacrés, le Dieu de la Guerre a son Fils du Dieu de la Guerre, et la Cathédrale du Dieu de l’Ombre est représentée par l’Aigle Silencieux. Ce sont tous des personnages de légendes, et pourtant ils existent. Comparé au Dieu de la Lumière ou au Dieu de la Guerre ou que sais-je, c’est beaucoup plus facile de croire en l’existence de ces personnes… Ce sont presque des dieux vivants marchant parmi nous ! »

À ce stade, tout le monde me regardait, et ils hochaient même la tête un par un pour exprimer leur accord avec les propos d’Iacchi.

Ils sont puissants à ce point ? J’analysai de nouveau la situation, puis j’utilisai ma main pour tapoter la tête d’Ecilan. Je demandai : « Vous voulez dire que ce chevalier est un dieu vivant marchant parmi les simples mortels ? »

« … »

« Grisia, de bien des façons, toi non plus tu n’es pas un humain ordinaire ! » murmura Woodrow.

Yuna secoua la tête et soupira : « Le fait que l’élément des ténèbres et l’élément sacré coexistent en toi fait de toi une personne anormale. En plus, tu peux utiliser à la fois la magie sacrée et la nécromancie… mon dieu ! Je n’ai vraiment pas la moindre idée de qui tu peux bien être. »

Je penchai ma tête sur le côté pour réfléchir avant de dire : « Auparavant, tu as mentionné le fait que mes compagnons étaient un chevalier sacré et un elfe noir. Je me demande si c’est lié ? Peut-être qu’ils n’étaient pas mes compagnons, mais plutôt mes maîtres ? »

Quand tout le monde entendit cela, ils affichèrent subitement une expression de compréhension.

Alors que je voulais poursuivre et parler de Scarlet à tout le monde, Ecilan prit tout à coup la parole : « Si vous ne vous dépêchez pas de mettre en place vos pièges, j’ai bien peur que vous n’y arriviez pas à temps. Les pièges doivent être absolument parfaits, autrement ils ne pourront pas fonctionner sur le Chevalier de Flamme et son peloton. »

Écoutez-moi celui-là ! Mais, que lui prend-il ? Je me demande vraiment s’il n’éprouverait secrètement pas une rancœur contre le Chevalier de Flamme ! Attendez, les flammes et… la glace ? Peut-être que leur relation est vraiment mauvaise, comme dans le dicton. Maintenant que j’y pense, peut-être qu’Ecilan veut que quelqu’un fasse le sale travail à sa place1 ?

« Je ne le tuerai pas, mais ce n’est pas un problème si tu veux que je t’aide à lui causer quelques problèmes ! »

Après avoir compris la situation, je lui tapotai la tête et annonçai avec amabilité : « N’en dis pas plus. Tu as été si coopératif, en allant jusqu’à cuisiner pour nous, et même maintenant tu nous donnes autant d’informations. Te rendre un petit service va de soi. »

En entendant ceci, Ecilan me lança un regard vide.

Je m’en doutais, Il est probablement gêné que j’aie deviné ses pensées ?

« Très bien, venez-ici et écoutez mes instructions pour mettre en place les pièges… »

Iacchi protesta immédiatement : « Hé, tu sais vraiment comment poser des pièges ? Tu ne serais pas en train de voler le travail des voleurs ? »

« Il m’a déjà supplanté, alors pourquoi devrait-il se retenir pour toi ? » rétorqua froidement Yuna.

« Dieu soit loué, je ne suis pas menacé », se réjouit Igor. « Non seulement Grisia ne sait pas manier l’épée, mais en plus il n’arrive même pas à en tenir une correctement. »

Je roulai des yeux et rétorquai : « Je suis un guérisseur… et pour le peu qu’on en sait, je suis aussi un nécromancien. Ce n’est pas comme si ma profession requérait que j’utilise une épée ! »

Après que j’eus dit cela, je découvris qu’Ecilan me fixait avec de grands yeux.

Je baissai la tête pour lui grommeler avec mauvaise humeur : « Qu’est-ce que tu regardes ! Je ne suis pas un chevalier comme toi, donc ce ne devrait pas être si étrange que je ne sache pas manier l’épée ! »

Ecilan cessa de me fixer après avoir entendu ma réponse, mais son expression resta un peu étrange…

Taré va !

Je me cachai au sommet d’une petite colline avec la licorne à mes côtés. Ecilan était toujours sur le dos de la licorne. La seule différence était que, pendant la journée, il était simplement emballé, puis « placé » sur son dos, mais à présent il y était complètement ligoté.

De cette façon, même si le Chevalier de Flamme parvenait à tous nous soumettre, la licorne pourrait toujours s’enfuir avec lui. Je pense que le Chevalier de Flamme ne nous tuera pas avant d’avoir trouvé Ecilan, donc cette action était notre dernier recours, une garantie que, même si notre opération échouait et que tout le monde se faisait capturer, nous pourrions toujours avoir la vie sauve.

Par la suite, je laissai le paysage dans ma tête devenir encore plus grand, s’étendre de plus en plus tel un éventail… De cette manière, je découvris bientôt le Chevalier de Flamme.

L’élément du feu et la lumière sacrée du Chevalier de Flamme étaient si abondants que c’en était effrayant. Il aurait été difficile de le manquer. Toutefois, je découvris également que les estimations de Woodrow étaient fausses. Le nombre de nos adversaires ne s’élevait pas à dix personnes. Il n’y en avait que huit.

« Grisia, Grisia ! »

« Quoi ? » Mon attention était toujours focalisée sur le Chevalier de Flamme, donc je répondis à Ecilan sans vraiment l’écouter, mais soudain ma curiosité s’éveilla : « Oh, au fait, quel est le nom du Chevalier de Flamme ? »

Ecilan se tut pendant un instant avant de me réprimander à voix basse : « As-tu vraiment oublié ? Le nom de Blaze est Chikus, et son nom complet est Chikus Blaze, alors que ton nom complet est Grisia Sun ! »

Stupéfait, je détournai immédiatement mon attention du Chevalier de Flamme pour regarder Ecilan. Je lui demandai, confus : « Quelles absurdités me racontes-tu là ? Que veux-tu dire par là ? »

Ecilan employa un ton furieux que je ne l’avais encore jamais entendu utiliser pour rugir : « Grisia Sun ! Tu es le Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière. Tu es le chef des Douze Chevaliers Sacrés ! »

Je suis le Chevalier du Soleil ? Je suis le chef des Douze Chevaliers Sacrés ?

Je me tus pendant un long moment avant de sourire et de secouer la tête. « J’ai failli me faire avoir. Tu dois avoir inventé ces inepties pour m’empêcher de blesser ton compagnon, Blaze ! »

« Je ne t’ai pas menti ! »

Ecilan s’empressa d’ajouter : « Depuis le jour où tu as disparu, Judgment a envoyé huit groupes de personnes à ta recherche. Earth et Stone se sont rendus au Royaume de l’Orchidée Lunaire, tandis que Blaze et moi sommes venus à Kissinger. Les autres te cherchent partout à l’intérieur du royaume. »

« C’est absurde ! » protestai-je.

Mais, Ecilan refusa d’abandonner et continua d’affirmer : « Sun, tu dois me croire. Dépêche-toi de retourner au Temple Sacré. Judgment est furieux. Il a dit que si tu ne rentrais pas sain et sauf, il allait te tuer, et que si tu revenais avec des blessures, il allait te faire regretter de ne pas être mort. »

Je laissai échapper : « Dans ce cas, je crois qu’il vaudrait mieux que je ne rentre pas… » Après avoir dit cela, mon cœur se remplit de perplexité. Qui est Judgment ?

« Lesus du Jugement, c’est le nom complet du Capitaine-Chevalier du Jugement. » Dans la voix d’Ecilan semblait poindre une pointe de sympathie comme il disait : « Crois-moi, Sun, tu ne veux pas mettre Judgment en colère. C’est la seule personne qui te fasse peur. »

Pourquoi devrais-je avoir peur de lui ? Je reniflai froidement et répliquai : « Ton mensonge possède une faille très évidente ! »

« Une faille ? »

« Exactement. » Je souris en lui rappelant : « Peut-être l’as-tu oublié, mais Igor a justement dit tout à l’heure… que je ne peux même pas tenir une épée correctement ! Alors, comment pourrais-je possiblement être un chevalier ? Ton mensonge est trop évident ! »

« … »

Comme je m’y attendais, Ecilan resta sans voix. Je m’esclaffai avec dérision, puis je remarquai immédiatement que le Chevalier de Flamme et compagnie avaient presque atteint l’endroit où le premier piège avait été installé. Voyant cela, je m’empressai de donner des instructions à mes coéquipiers impliqués dans le premier piège.

Ecilan ajouta brusquement : « Ne blesse pas Blaze, ou sinon tu le regretteras toute ta vie. »

« Je ne vais pas le tuer. Je n’ai aucune intention de devenir un fugitif recherché par l’Église. »

Je donnai mes instructions tout en lui répondant. Après cela, il n’ajouta plus rien.

Que la série de pièges commence !

Étape numéro un : le piège des jolies filles.

Sybil et Yuna devaient s’allonger sur le bord de la route. D’après elles, des chevaliers sacrés n’abandonneraient jamais des femmes évanouies au bord de la route, donc le Chevalier de Flamme devrait les emmener avec lui. Cela donnerait aux deux filles la chance d’infiltrer leurs troupes !

« Ce piège fonctionnerait peut-être sur d’autres personnes. »

Ecilan prit soudain la parole : « Mais, Blaze a toujours été inattentif, et il va sans dire que, parmi les Douze Chevaliers Sacrés, le Chevalier de Flamme est le moins courtois. Il ne sait même pas comment et ne ressent pas le besoin de montrer de l’empathie envers les femmes. »

« … Pourquoi n’as-tu pas mentionné cela plus tôt ? » m’énervai-je avec un peu de ressentiment.

« Je n’ai aucune obligation à vous aider », répondit sobrement Ecilan.

Oh ! Je ne peux vraiment pas réfuter cette déclaration, puisqu’il est un otage et pas un camarade.

« Mais, tu ne pourrais pas coopérer encore une fois ? »

I-il vient de détourner sa tête, comme s’il ne voulait pas me prêter la moindre attention ! Quel genre d’attitude est-ce donc ? C’est lui l’otage, ou bien est-ce moi ?

Au loin, le Chevalier de Flamme ignora réellement Sybil et Yuna et les dépassa pour poursuivre sa route. Je pouvais même « voir » l’expression embarrassée sur le visage de Yuna et Sybil. Lorsqu’elles avaient entendu le plan pour la première fois, et que leur rôle serait d’infiltrer les rangs des chevaliers sacrés, elles avaient été si ravies…

Qui aurait cru que notre première étape serait un échec ? Je m’exclamai avec haine : « Quel genre de Chevalier de Flamme est-il ? C’est juste une ordure sans cœur ! »

Dès que j’eus proféré ces paroles, Ecilan s’écria avec sévérité : « Il n’est pas sans cœur ! Au contraire, il en a trop, Sun ! Quand tu as disparu, Blaze s’est désespérément précipité à ta recherche. L’étendue des recherches qu’il a menées était la plus vaste de nous tous. Pour couvrir un secteur de cette amplitude, lui et son peloton ont dû pousser leurs corps jusqu’à leurs limites. Il se montre impitoyable envers elles pour ton bien ! Ce n’est pas grave si tu oublies tout ! Mais, tu n’as pas le droit d’oublier que Blaze sera toujours la personne qui te soutiendra le plus. »

Après avoir entendu le ton agité d’Ecilan, je n’eus pas d’autres choix que de réfléchir à ses paroles. Je gardai le silence pendant un moment avant de lâcher : « Si je suis le Chevalier du Soleil, alors que je ne sais pas manier l’épée, que ma tête ne pense qu’à l’argent et aux belles femmes, et qu’en plus je pratique la nécromancie… Oh Mon Dieu de la Lumière ! Quel genre de Chevalier du Soleil farfelu suis-je donc ? »

Pour faire simple, je suis quelqu’un qui est l’exact opposé du « Chevalier du Soleil » dont Sybil ne cessait de me rabâcher les oreilles.

Ecilan resta silencieux un instant avant d’expliquer calmement : « Nous ne correspondons pas parfaitement aux modèles créés par l’imagination des gens du peuple, mais nous faisons de notre mieux pour ne pas les décevoir. » Il s’interrompit avant d’ajouter : « Si tu n’avais pas utilisé la nécromancie devant ces aventuriers, détruisant ainsi l’image du Chevalier du Soleil, je t’aurais dit que tu étais le Chevalier du Soleil dès l’instant où j’avais été en mesure de parler. »

Je vois. Ce n’est pas étonnant qu’il semblait souvent être sur le point de dire quelque chose, mais se ravisait l’instant d’après.

« Ecilan. »

Je l’appelai. Il se contenta de m’observer en silence. En m’excusant sincèrement, je lui expliquai : « Je ne me souviens vraiment pas de toi et du Chevalier de Flamme, donc que tu me dises la vérité ou que tu me racontes des mensonges est sans importance. Mes compagnons actuels sont Woodrow et les autres. C’est pourquoi je veux uniquement faire de mon mieux pour ne pas les décevoir. Toutefois, je te fais la promesse que, à moins que cela ne devienne une nécessité absolue, je ne blesserai aucun des chevaliers sacrés.

En entendant ceci, Ecilan répondit seulement avec un « oh », puis l’instant suivant il se rappela quelque chose. Il ajouta : « Sun, ne fais pas confiance à cette étrange fille. Elle est suspecte. »

« Tu as vu Scarlet ? »

Je souris faiblement et admis : « Pour une personne amnésique, tout le monde est suspect. »

Ecilan répliqua franchement : « Dans ce cas, ne fais confiance à personne, qu’il s’agisse de Scarlet, Woodrow ou même de moi et Blaze. »

Surpris, j’acquiesçai d’un signe de tête. « Très bien. »

Je redirigeai mon attention sur l’horizon et lançai un éclair dans cette direction. Cependant, ma cible n’était pas le Chevalier de Flamme et son peloton, mais plutôt Yuna et Sybil… Je pouvais presque entendre leurs cris rien qu’en voyant leurs bouches grandes ouvertes.

« Si deux dames sont attaquées, et que leurs vies sont en danger, pourra-t-il toujours les ignorer et les abandonner ? »

Je souris faiblement et ajoutai : « S’il poursuit sa route, dans ce cas je serai prêt à reconsidérer l’idée de savoir si cinq mille ducats d’or valent le coup d’affronter ce genre de… personne. »

Après une brève pause, je me retins d’employer les mots « sans cœur ». Même si je ne croyais pas complètement les paroles d’Ecilan, de même que celles de Scarlet, il y avait toujours cinquante pourcent de chance qu’il eût dit la vérité, donc je ne voulais pas insulter le Chevalier de Flamme.

Je ne pouvais croire Ecilan et Scarlet qu’à moitié. Quant à Woodrow et aux autres… Pour parler franchement, ils ne représentaient aucun danger pour moi, donc je n’avais pas besoin de m’inquiéter.

Pourtant, justement pour cette raison, ils étaient actuellement les personnes en qui j’avais le plus confiance.

Après cette attaque électrique, les chevaliers sacrés s’arrêtèrent enfin. Plein d’hésitation, ils se retournèrent pour jeter un coup d’œil aux jeunes femmes, avant de glisser simultanément leur regard vers leur commandant, le Chevalier de Flamme.

Le Chevalier de Flamme hésita, mais retourna quand même les sauver. Il lança un sort de soin sur les deux filles, leur posa quelques questions basiques, puis fouilla la zone sans rien trouver d’anormal. Deux chevaliers sacrés, l’un d’entre eux étant le Chevalier de Flamme en personne, portèrent Yuna et Sybil sur leur dos, puis reprirent leur chemin sans perdre plus de temps.

Venait ensuite ma prochaine tâche. Je grimpai sur la licorne, emportant avec moi Ecilan, et exécutai mon rôle principal : mener le Chevalier de Flamme par le bout du nez à travers toute la zone, afin que Woodrow et les autres obtinrent davantage de temps pour terminer les préparations.

Au début, je pensais que ce serait un travail très facile qui ne serait pas différent de la fois où j’avais dû m’enfuir. N’étais-je pas à cheval lors de ces deux occasions ?

Je l’étais !

Mais, cette fois-ci, je dus poursuivre ma fuite sans prendre de répit. Dès que mes pieds touchaient terre et que je laissais mon popotin se reposer, je ne pouvais prendre que deux bouchées de mes rations de survie avant de devoir remonter à cheval, comme si j’avais le feu aux fesses. Je devais continuer de chevaucher jour et nuit.

C’est comme si ces chevaliers sacrés n’avaient pas besoin de se reposer ! Ils restent sur mes talons et continuent de me poursuivre !

Une fois que j’eus atteint la route, ils firent apparaître des chevaux de je ne sais où, me forçant à ramener la licorne dans la forêt. Nous rebondissions de haut en bas sur le chemin cahoteux, aussi je fus obligé d’invoquer un sort de soin sur mon derrière, autrement, si j’avais continué à chevaucher de cette façon, mes fesses se seraient fendues en deux.

Lorsque j’entrai dans la forêt, ils descendirent de leurs montures et continuèrent de me traquer à pied.

Même si la licorne se déplaçait avec aise dans la forêt, à l’inverse d’un cheval ordinaire qui n’aurait même pas pu y pénétrer, elle transportait deux personnes ainsi que beaucoup de bagages sur son dos. Non seulement elle portait tout ce poids supplémentaire, mais en plus elle essayait de ne pas trop nous secouer. Aussi, n’était-t-elle pas beaucoup plus rapide que les chevaliers sacrés qui étaient à pied.

Ecilan annonça avec indifférence : « Nous sommes à la frontière entre le Royaume du Son Oublié et le Royaume de l’Orchidée Lunaire. L’Église du Dieu de la Lumière a encore beaucoup d’influence dans cet endroit. Donc, pour l’un des Douze Chevaliers Sacrés, qu’il s’agisse d’obtenir des informations ou de réquisitionner quelques chevaux des fermiers locaux, les deux peuvent facilement être accomplis. »

Mince ! Je n’avais pas pensé à cela. Au début, quand nous étions encore assez loin d’eux, nous aurions dû nous enfuir immédiatement au lieu de perdre du temps à nous inquiéter de savoir s’ils allaient ou non nous rattraper. Nous nous sommes mêmes sciemment arrêtés pour les attendre.

Cependant, ne les ai-je pas forcés à amener Yuna et Sybil avec eux ? Se pourrait-il qu’elles n’aient pas été capables de les ralentir… Ou bien est-ce que leur vitesse actuelle est le résultat obtenu lorsqu’ils sont ralentis ?

Quoi qu’il advienne, si les choses continuent ainsi, je me ferai éventuellement attrapé. S’ils me rattrapent avant que je n’atteigne ma destination, dans ce cas les choses vont mal tourner… Si cela se produit, alors je vais devoir prendre l’initiative et attaquer !

« Pfff ! Chikus Blaze est l’un des dieux qui vivent sur terre parmi nous ? »

Je reniflai froidement et ajoutai : « Je vais venir à ta rencontre pour le constater par moi-même. Je refuse de croire que tu sois réellement si divin ! »

Bien que je ne susse pas si la force d’un Chevalier Sacré durant la journée différait grandement de pendant la nuit, leur dieu était appelé « Dieu de la Lumière ». Donc, je pensais que ce serait mieux de ne pas les attaquer tant que le soleil brillerait dans le ciel. De plus, la nuit avait toujours été le meilleur moment pour se faufiler discrètement, et elle me procurerait un avantage indéniable, car il me serait plus facile de rassembler l’élément des ténèbres.

Je venais de me lancer dans une longue explication, mais, pour faire simple, je prévoyais d’effectuer un raid nocturne. Mon but était de blesser au moins quelques personnes afin de ralentir leur vitesse effarante de voyage.

D’après la théorie d’Iacchi, quand on faisait une mauvaise action, on se devait de porter quelque chose sur notre visage pour le masquer.

Ce fut pourquoi je pris le petit couteau d’Iacchi et que je l’aplatis pour en faire un masque en fer dont la forme était complètement tordue. Je passai une corde à travers et l’attachai à mon visage. Puis, j’enfilai la robe de prêtre de Yuna et la recouvris de l’élément des ténèbres. Pour finir, sur le bord de la route, je ramassai une branche vraiment déformée pour l’utiliser comme d’un bâton magique.

La dernière touche fut de couvrir mon visage d’une chape de l’élément des ténèbres. C’est un grand succès !

Une fois que je me fus occupé de tout, j’étais sûr à quatre-vingt pourcents que mon déguisement était parfaitement réussi, et je me tournai vers Ecilan pour confirmer : « Est-ce que je ressemble à un nécromancien ? »

« Non. »

Ecilan secoua la tête et m’expliqua : « Les nécromanciens ne portent pas de vêtements blancs. En plus, Blaze te reconnaîtra juste en voyant la couleur de tes cheveux et le bas de ton visage. »

Je restai stupéfait pendant un moment, puis je le questionnai : « Que veux-tu dire ? J’ai déjà enveloppé mon visage avec l’élément des ténèbres2, alors comment pourrait-il encore voir le bas de mon visage ? Et, qu’est-ce que ce “blanc”  dont tu parles au juste ? »

« … » Cette fois, ce fut au tour d’Ecilan de rester bouche-bée. Après un instant, il retrouva enfin la parole : « Ainsi, c’est de ça dont Leaf parlait en affirmant que tu étais devenu aveugle. C’est donc vrai ? »

« Leaf ? Je suis aveugle ? » Perdu, j’ajoutai : « J’arrive à te voir. »

« Vraiment ? » La voix d’Ecilan semblait contenir une grande colère, lorsqu’il cria d’une voix grave : « Dans ce cas, dis-moi, de quelle couleur sont mes cheveux ? »

« Quelle couleur ? » J’étais complètement perplexe. Pourquoi est-il autant en colère ? Incapable de trouver une réponse, je l’interrogeai de nouveau : « Qu’est-ce qu’une couleur ? »

Ecilan se tut. En fin de compte, il soupira : « Oublie ce que j’ai dit. Contente-toi de changer ton masque pour qu’il cache complètement ton visage, puis couvre tes cheveux et ta robe avec un élément des ténèbres suffisamment épais pour qu’il soit visible à l’œil nu. »

« Suffisamment épais pour être vu ? » Même une minuscule quantité d’élément peut être vue, non ?

« Rends-le simplement vraiment épais ! »

Ecilan semblait être très insistant sur ce point. Il n’arrêtait pas de répéter que, si je ne le faisais pas, alors je serais définitivement reconnu. Il ne souhaitait pas que Blaze découvrît que j’étais celui qui l’attaquait. Cela attristerait Blaze et bla, bla, bla.

Afin de ne pas être reconnu… ou peut-être simplement pour faire en sorte qu’Ecilan se tût, je n’eus pas d’autres choix que d’aplatir un autre couteau et de transformer mon masque pour qu’il cache l’intégralité de mon visage. Ensuite, je recouvris mes cheveux d’une couche très dense de l’élément des ténèbres. S’il arrivait tout de même à me reconnaître de cette façon, alors je, je… déciderais de ne plus jamais écouter les conseils d’Ecilan.

Cette fois, Ecilan fut enfin satisfait de mes efforts, et il cessa de m’enquiquiner. Cela me soulagea grandement. Chaque fois qu’il n’y avait personne dans les parages, ce chevalier se transformait en véritable pie, devenant complètement différent de l’image froide et impitoyable qu’il avait adoptée devant les autres. Il est si bruyant qu’il serait capable de réveiller les morts !

Une fois que j’eus terminé mes préparatifs, je tapotai l’encolure de la licorne et ordonnai à l’animal : « Licorne, attends ici avec lui et couvre moi. Ne t’enfuie pas. Si tu oses le faire, prends garde à toi ! »

La licorne acquiesça et lécha ma main. Puisqu’elle devrait m’aider plus tard, je décidai de la laisser faire pour cette fois.

J’essuyai nonchalamment la bave de la licorne sur son encolure, puis lançai immédiatement mon raid nocturne.

Dieu de la Lumière ! Vous feriez mieux de me protéger et de faire en sorte que mon attaque soit couronnée de succès… Ah, même si celui qui est attaqué est précisément Vôtre Chevalier Sacré, il vaudrait mieux ne pas Vous montrer partial !

Notes de bas de page

1« … peut-être qu’Ecilan veut que quelqu’un fasse le sal travail à sa place…  » : Une traduction littérale du texte chinois donnerait : « Tuer avec un couteau emprunté. » L’idée est que tu empruntes la main d’un tiers pour effectuer une mauvaise action.

2« …J’ai déjà enveloppé mon visage avec l’élément des ténèbres… » : Dans le texte original en chinois, Grisia dit qu’il a déjà enveloppé son visage avec l’élément sacré, mais l’équipe anglaise, de même que la nôtre, pense qu’il s’agit d’une erreur et qu’il faut écrire « élément des ténèbres » à la place.

La Légende du Chevalier du Soleil T4C4 : Recrute de Puissants Assistants

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 4: Recruit Powerful Assistants – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 4 : Recrute de Puissants Assistants – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Précédemment, lorsque la licorne et le Chevalier de Glace avaient lancé leur sort au même moment, j’avais eu le léger sentiment que… je serais capable de lancer ces sorts moi aussi. Qu’il s’agît de « Mur de Glace » ou de « Foudre », j’étais persuadé que j’avais la capacité de les lancer tous les deux. Si c’était réellement le cas, alors je devais saisir l’opportunité, pendant que le Chevalier de Glace avançait encore au ralenti. Je m’empressai donc de rassembler les éléments et de les jeter sur lui avant qu’il n’eût le temps de réagir !

Je franchis la petite porte d’un bond et criai aux trois personnes en face de moi : « Ne passez pas par cette route et ne me suivez pas ! »

En entendant cela, ils s’arrêtèrent tous les trois en plein élan et tournèrent la tête pour me regarder.

Je ne laissai pas la licorne s’arrêter, me contentant de rugir en passant à côté d’eux : « Vite, courez ! »

« Tu ne t’es même pas arrêté ! » protesta bruyamment Sybil. « Et dire que, pendant un instant, je me suis sentie touchée, lorsque je t’ai entendu dire que tu voulais partir seul de ton côté ! »

Je tournai la tête et grondai : « Si je m’arrête, je ferais tout aussi bien de courir droit en prison ! Idem, si vous ne vous mettez pas tous à courir maintenant, vous feriez aussi bien de marcher directement jusqu’aux geôles ! »

Une fois la discussion terminée, ils se séparèrent immédiatement et s’enfuirent dans des directions différentes.

À la minute où les trois se séparèrent, le Chevalier de Glace apparut derrière moi. Il n’y avait pas la moindre égratignure sur son corps, et pas même le moindre grain de poussière sur ses vêtements. Cependant, ce n’était pas particulièrement surprenant, puisque je ne l’avais pas pris pour cible ; à la place, j’avais visé les chevaliers sacrés qui avaient formé une barrière protectrice les transformant en un mur de métal dans son dos… Comme ils se tenaient là sans bouger, ils faisaient une cible facile, comme n’importe quel mur.

Le Chevalier de Glace ralentit à peine un instant, puis il ignora mes trois compagnons et se mit à ma poursuite.

En constatant que j’étais poursuivi, je talonnai ma monture : « Licorne, cours ! Galope aussi vite que tu le peux ! »

La licorne hennit bruyamment, paressant très excitée. Elle courut plus vite et encore plus vite, à un point tel que je pouvais à peine garder les yeux ouverts. Toutefois, cela n’avait aucune importance ; je pouvais tout aussi bien les fermer. Après tout, je n’avais toujours pas découvert s’il y avait la moindre différence entre ouvrir les yeux et les fermer.

Plutôt que d’être gêné par la vitesse affolante de la licorne, je me sentis soulagé, parce qu’une personne à pied ne pourrait jamais rivaliser avec un cheval… À moins que de nombreuses stalagmites ne cessassent d’apparaître devant ledit cheval.

Un pic de glace surgit soudainement du sol. Cependant, les réflexes de la licorne n’étaient pas à prendre à la légère. Elle fit un détour forcé de deux mètres autour du pilier de glace et l’esquiva. Pourtant, à peine quelques foulées après, une autre stalagmite jaillit devant nous. La licorne refusa encore de s’arrêter et l’évita une fois de plus en la contournant.

On aurait dit que la licorne était prête à affronter le Chevalier de Glace. Ses compétences d’évasion étaient en effet excellentes. Nous aurions presque pu parvenir à nous échapper… si je n’étais pas tombé de son dos.

« Stupide cheval ! » rugis-je tout en jetant un sort sacré sur mon pauvre arrière train qui avait presque été fendu en deux. « Tu as cru que j’étais collé à ton dos, dis-moi ? »

La licorne se figea sur place. Elle se retourna et me regarda avec une expression timide, mais n’ayant pas l’air de vouloir s’approcher pour autant. En fait, elle m’observa du regard un moment, puis se tourna pour regarder le Chevalier de Glace, comme si elle était très embêtée et voulait changer de cavalier… Imbécile de cheval !

Je venais tout juste de finir de soigner mon dos et étais sur le point de me relever pour frapper le cheval, quand une ombre s’abattit sur moi. Je penchai la tête et aperçus le visage aux muscles figés du Chevalier de Glace au-dessus de moi. Il arracha le masque sur mon visage.

C’est la fin !

Je blêmis, mais je découvris que l’expression du Chevalier de Glace avait également changé… Oh ? Alors, ses muscles faciaux ne sont pas complètement morts ?

C’était la première expression qui apparaissait sur le visage du Chevalier de Glace. Il me fixa avec un regard de pure stupéfaction… Une opportunité !

À l’attaque ! Peu importe quel sort je suis capable d’utiliser, je dois me dépêcher de le lancer !

« Comment se fait-il que tu sois ici, S… » Le Chevalier de Glace sembla hésiter, lorsqu’il me parla, mais, au milieu de sa phrase, il se tut subitement et me contempla avec des yeux agrandis de stupéfaction.

Avec une inspiration soudaine, je tendis mes deux mains vers lui et rugis : « Chaînes des Ténèbres, scellez mon ennemi ! »

Une grande quantité de l’élément des ténèbres sortit de mes mains, et des chaînes noires jaillirent brusquement du sol en se tortillant. Ces chaînes étaient composées de couches fortement concentrées de l’élément des ténèbres empilées les unes sur les autres.

En examinant les chaînes, je me demandai si le Chevalier de Glace en avait déjà vu auparavant, car son visage affichait une expression confuse.

C’est sans importance. Si on devait décrire ses réflexes, le seul qualificatif correct serait « lents », alors c’est le moment parfait pour le subjuguer !

D’innombrables chaînes s’enroulèrent autour du Chevalier de Glace de la tête aux pieds, se resserrant fermement autour de son corps et même de sa bouche. Je ne souhaitais pas qu’il fût en mesure de crier pour attirer l’attention des autres chevaliers à notre poursuite.

Après cela, il réagit enfin. Avec son bâtonnet divin, il s’empressa de briser les Chaînes des Ténèbres.

Tu crois vraiment que ce sera si facile ? Je lui adressai un rire froid et appelai : « Licorne, maintenant… Si tu oses me désobéir et ne pas l’attaquer, je vais aussi t’attacher ! »

La licorne se précipita aussitôt en avant, l’unique corne sur sa tête brillant avec bien plus de lumière sacrée qu’auparavant, et elle fonça tout droit sur le Chevalier de Glace. Cependant, cette attaque empêcha seulement le Chevalier de Glace de briser les chaînes. Il n’avait pas l’air d’avoir reçu la moindre blessure.

« Stupide cheval ! » rugis-je. « Tu ne vois pas que tout son corps est rempli de “lumière” ? Et pourtant tu veux utiliser l’élément sacré pour l’attaquer… Essaierais-tu de l’aider à soulager une démangeaison ? Sers-toi d’autres éléments pour l’attaquer ! »

La licorne hennit vers le ciel qui fut tout à coup recouvert par de nombreux nuages d’orage craquelés d’éclairs. Lorsque la foudre se mit à frapper en succession, le Chevalier de Glace n’eut plus le temps de briser les chaînes. Il s’empressa de rassembler l’élément de glace encore et encore pour former un mur de glace au-dessus de sa tête afin de bloquer les innombrables attaques foudroyantes qui le visaient.

Je dispersai le mur de glace qu’il venait de former et, comme il fut incapable de réagir instantanément, il se retrouva foudroyé par l’un des éclairs.

Un coup, deux coups… Le Chevalier de Glace ne tomba pas et ne perdit pas connaissance non plus. Il se contenta de me faire face, semblant me fixer du regard, sans pour autant abandonner ses tentatives pour solidifier l’élément de glace.

Cependant, sa capacité à le rassembler ne pouvait même pas être comparée à ma vitesse de dispersion. Incapable de former un mur de glace, il n’eut finalement pas d’autre choix que de s’appuyer sur la chose qui entourait son corps… Cette chose appelée… « Aura de Combat ! » me rappelai-je enfin.

La licorne continua de faire tomber la foudre, puis, quand la foudre s’arrêta enfin, elle m’observa.

« Tu ne peux plus continuer ? » Je levai les yeux vers le ciel et ajoutai avec mauvaise humeur : « Tu ne sers vraiment à rien ! Vaux-tu réellement 5000 ducats d’or ? »

Après avoir dit cela, je tournai la tête pour faire face au Chevalier de Glace. Le ciel était rempli d’encore plus de l’élément de la foudre, et celui-ci était encore plus puissant qu’avant. Néanmoins, cet élément de la foudre n’avait pas été invoqué par la licorne. C’était moi qui l’avais rassemblé.

Il ne reste plus assez de temps. Les chevaliers sacrés à l’arrière vont nous rattraper d’un instant à l’autre. Je dois le vaincre le plus rapidement possible !

La foudre s’abattit.

Le Chevalier de Glace leva la tête et contempla le ciel, et, pour une certaine raison, il dispersa l’aura de combat qui l’entourait… La foudre le frappa de plein fouet. Il ne tint debout que l’espace d’une seconde avant de simplement s’effondrer sur le sol.

Je fis un bond en arrière, sous le choc. Par chance, son cœur battait toujours. Il avait simplement dû perdre connaissance quand la foudre l’avait zappé.

Je m’approchai, ramassant d’abord l’immense sucette glacée divine, avant de donner un léger coup de pied à son propriétaire. En voyant qu’il ne réagissait pas, j’essuyai la sueur froide de mon visage.

J’avais craint que, même en joignant mes forces avec la licorne, nous ne pûmes pas vaincre le Chevalier de Glace. Par chance, nous y étions parvenus.

Par contre, je ne pouvais pas baisser ma garde. Je l’enveloppai de nombreuses Chaînes des Ténèbres. Ce ne fut que lorsqu’il ressembla à un énorme cocon noir que je m’arrêtai, satisfait de ma création.

Une fois que je me fus arrêté, j’entendis de lourds bruits de pas. Je me hâtai de chercher mon masque et de le remettre. À cet instant-là, les chevaliers qui se précipitaient vers nous ne se trouvaient qu’à une centaine de mètres de distance.

Je ricanai, plaçant lentement la pointe du bâtonnet de glace contre le cou de son propriétaire, même si dans un premier temps j’éprouvai quelques difficultés à trouver où il était situé… J’avais vraiment enroulé trop de chaînes autour de lui.

Je criai aux chevaliers sacrés : « Si vous n’accordez aucune importance à sa vie, alors approchez ! »

En voyant cela, tous les chevaliers sacrés s’arrêtèrent net. Leurs yeux s’agrandirent jusqu’à devenir aussi grands que ceux des chevaux.

Ce qui comptait vraiment, cependant, c’était qu’aucun d’entre eux n’osa bouger, exactement comme je l’avais prévu.

« Si vous osez vous lancer à notre poursuite, je ne pourrai pas garantir la vie du Chevalier de Glace ! »

Après avoir lancé ces menaces, je traînai le cocon géant jusqu’à la licorne et, sous les yeux de l’assistance, je menai calmement le cocon et ma monture loin de cet endroit.

 

 

Quand j’arrivai au point de rencontre que nous avions désigné avec à la fois le cocon et la licorne, les mâchoires de tous les membres du groupe tombèrent jusqu’à leur poitrine.

« Tu… Tu sais vraiment utiliser la magie ? » Iacchi fut le premier à déglutir et à me poser cette question avec un certain effroi.

Yuna ajouta avec un cri perçant : « C’est impossible ! Comment un guérisseur du Dieu de la Lumière sait-il lancer des sorts appartenant à une magie qui requiert l’utilisation de l’élément des ténèbres ? »

Comment voulez-vous que je le sache ? Même si vous me posez la question, je ne peux pas vous répondre ! Tout ce qui compte est que je sache comment l’utiliser.

« Grisia ! Qu’as-tu fait ? » Woodrow était réellement le chef du groupe. Il fut la première personne à aller au cœur du problème.

« Pourquoi cries-tu ainsi ? » La situation avait vraiment un peu dévié de mes prédictions, aussi je ne pouvais pas me permettre de perdre mon calme. Je pris un ton posé et répondis : « N’ai-je pas fait sortir la licorne de la ville pour que nous puissions la revendre plus tard et nous partager l’argent ? »

« Dans ce cas, qu’est-ce que c’est que ça ? » Woodrow pointa le cocon gisant par terre et s’écria : « Faire sortir la licorne en douce et la revendre c’est une chose, mais kidnapper le Chevalier de Glace en est une autre ! »

« Mon dieu ! Nous nous sommes fait un ennemi de l’Église du Dieu de la Lumière dans son ensemble… » murmura Yuna de son côté.

« Relâche-le immédiatement ! » rugit Woodrow.

« Le relâcher ? » Je rétorquai : « Si nous le laissons partir maintenant, que ferons-nous quand il se lancera à nos trousses avec les autres chevaliers à ses côtés ? Tant qu’il est entre nos mains, les chevaliers sacrés qui sont sur nos talons n’oseront pas nous approcher et nous trancher en morceaux ! »

Ayant entendu ma réponse, Woodrow tressaillit. Sa bouche s’ouvrit, comme s’il voulait toujours continuer à protester, mais, au final, il la referma et n’ajouta rien de plus.

Devant leur réaction, je les réconfortai : « Ne paniquez pas, dès que nous atteindrons un endroit où les chevaliers sacrés ne pourront pas nous suivre, nous pourrons le relâcher immédiatement et emmener la licorne là où nous le voudrons. Rien n’arrivera à aucun d’entre nous. »

Avec mes paroles, les expressions de tout le monde s’allégèrent. Cependant, Woodrow sembla lutter contre lui-même pendant un moment avant de marmonner : « Je suis vraiment désolé. Une fois que nous aurons partagé l’argent, il se peut que nos chemins se séparent. »

Mon cœur manqua un battement. Je regardai les autres. Même si leurs visages affichaient des expressions gênées, aucun d’entre eux ne prit la parole… J’abandonnai mon sourire et répliquai avec indifférence : « Ce n’est pas un problème. Tant que j’obtiens ma part de l’argent, cela ne me dérange pas. »

« Évidemment. » Woodrow hocha la tête dans un geste de confirmation.

J’acquiesçai également et proposai à tout le monde : « Pourquoi ne ferions-nous pas une pause ? Nous pourrons toujours continuer à discuter de notre destination demain matin. »

« D’accord. » Woodrow hocha de nouveau la tête et ajouta : « Dans ce cas, répartissons les tours de garde pour la nuit. »

« Ce n’est pas la peine, laissez-moi jouer le rôle de la sentinelle pour toute la nuit ! » Je souris et dis : « Après tout, comme vous le savez, j’ai déjà dormi pendant dix jours ! Si vous voulez me faire dormir maintenant, ce sera peut-être encore plus difficile que de kidnapper le Chevalier de Glace ! »

Tout le monde rit. Woodrow répondit poliment : « Merci de prendre cette peine, nous allons donc laisser cette tâche entre tes mains. »

Je le saluai d’un signe de tête.

 

 

« Ainsi, j’ai été abandonné… » J’employai un rocher comme oreiller et levai les yeux vers le ciel. La licorne dormait à ma gauche, tandis que le cocon géant était profondément endormi à ma droite. Tous les autres étaient également plongés dans un profond sommeil non loin de là. Leurs respirations étaient lentes et égales.

Bien qu’ils aient prévu de m’abandonner, ils ne se méfient toujours pas de moi.

 

Je me levai lentement et me dirigeai vers les autres qui dormaient. Ces gens sont vraiment naïfs ! Si je peux forcer le Chevalier de Glace à se soumettre, n’ai-je pas la capacité d’en faire autant avec eux ?

Pour commencer, un seul fugitif attire moins l’attention qu’un groupe entier. Ensuite, de cette façon, la récompense que j’obtiendrais ne serait pas de 1000 ducats d’or, mais plutôt de 25000 !

Je m’approchai de Sybil, me penchai lentement au-dessus d’elle et… la bordai doucement dans le manteau qu’elle utilisait comme couverture.

Vraiment ! C’est une adulte, mais elle repousse encore ses couvertures en dormant !

Je secouai la tête, frustré, et décidai de retourner à ma place pour me rallonger. Cependant, quand je me retournai, je découvris avec stupéfaction qu’une personne se tenait non loin de là.

C’est…

« Scarlet ? » m’exclamai-je, surpris.

Mais, la licorne dort toujours au même endroit que tout à l’heure ! Et, pourtant, Scarlet est apparue. N’était-elle pas une image invoquée par la licorne ? Ou bien est-ce que Scarlet n’apparaît que quand la licorne est endormie ? Ou peut-être qu’il n’y a aucune connexion entre elles…

Alors que j’étais toujours en pleine réflexion, Scarlet avait déjà sautillé jusqu’à moi, puis, tenant quelque chose dans ses deux mains comme s’il s’agissait d’un trésor  inestimable, elle déclara : « Grand Frère a fait tomber ça. »

C’était un livre.

« J’ai fait tomber ça ? » J’ouvris le livre et baissai la tête par réflexe pour lire à l’intérieur des pages… Il s’agissait encore d’une action que je ne pouvais pas comprendre. Mes yeux n’étaient d’aucune utilité pour « voir » quoi que ce soit sur le livre.

Je pouvais sentir les éléments ; le livre était fait de l’élément du bois et, par-dessus, il y avait une fine couche de l’élément de la pierre. Cet élément dessinait des « mots », mais j’éprouvais quelques difficultés à différencier du bois cette quantité si faible de l’élément de la pierre. Malgré tout, je parvins à déchiffrer les mots.

Sur la couverture du livre était écrit « Un Guide Complet des Sortilèges ».

« Il y a autre chose ! » Scarlet laissa échapper un léger rire qui tintait comme des clochettes, et ajouta innocemment : « Cependant, ce n’est pas ici. Dirige-toi vers le nord-est, et tu le trouveras là-bas. »

« De quoi s’agit-il ? »

Scarlet pencha la tête sur le côté et me dit : « Touche ta poitrine pour voir. »

En entendant cela, je tapotai ma poitrine. Instantanément, un sentiment de malaise m’enveloppa… N’y avait-il rien ici à l’origine ?

L’esprit empli de doutes, je relevai la tête et la questionnai : « Scarlet, tu as mon livre, et tu sais aussi où se trouvent mes affaires. Ça veut dire que tu sais qui je suis, n’est-ce pas… Scarlet ? »

Je m’arrêtai, surpris. Je ne ressentais plus la présence de Scarlet. Elle a encore disparu ? Que diable se passe-t-il ?

J’ouvris soudainement la bouche et demandai : « Tu es réveillé ? »

Cela n’avait rien à voir avec Scarlet. À la place, le Chevalier de Glace, qui était allongé à côté de moi, avait ouvert les yeux et me fixait du regard.

J’étais certain que si sa bouche n’avait pas été bâillonnée par les Chaînes des Ténèbres, il se serait certainement mis à hurler de rage. Je n’avais pas besoin de mes souvenirs pour le savoir ; très peu de personnes dans le monde aimeraient être ligotées comme un cocon.

Je retournai à ma place d’origine et m’y assis. Avec espièglerie, je tapotai sa tête et lui dis : « Ne panique pas. Quand nous aurons atteint un endroit suffisamment éloigné où tes chevaliers sacrés ne pourront plus nous rattraper, nous te laisserons partir. Alors, ne gaspille pas tes forces à lutter. »

Après une pause, je changeai de ton et déclarai froidement : « De cette façon, je n’aurai pas besoin de perdre mon énergie à te tabasser. »

Le Chevalier de Glace se contenta de cligner des yeux pour toute réponse. Après cela, il cessa réellement de remuer le moindre muscle et continua simplement à me fixer du regard.

Je passai toute la nuit à feuilleter les pages du « Guide Complet des Sortilèges ». Puis, j’employai le cobaye idéalement placé à portée de main à côté de moi, le Chevalier de Glace, pour expérimenter mes sorts.

« … »

L’élément de glace qui entourait le Chevalier de Glace avait tendance à automatiquement se rassembler autour de lui. Par chance, la vitesse à laquelle l’élément se rassemblait n’était toujours pas aussi rapide que ma capacité à le disperser.

 

 

Plus tard, nous reprîmes notre route afin d’échapper à nos poursuivants. Nous rencontrâmes assez vite notre premier problème : comment étions-nous censés transporter un cocon aussi grand qu’un humain ?

Sybil fut la première à lancer une suggestion. « Yuna peut lancer un sort d’augmentation de la force sur moi. Je le porterai sur mon dos ! »

Je suppose que l’apparence du Chevalier de Glace ne devait pas être laide. Même Sybil bavait devant lui.

« Pendant combien de temps comptes-tu le porter sur ton dos ? » lui demandai-je avec mauvaise humeur. « Un jour, trois jours, ou cinq jours ? Ou bien as-tu l’intention de compter la durée en semaines ? »

« C’est… » Sybil répondit avec hésitation : « Trois… Non ! Cinq jours ! »

Hmpf ! On dirait que le physique du Chevalier de Glace est à un niveau où « les gens sont prêts à le porter pendant cinq jours d’affilé ».

Subitement, je fus assailli par la curiosité et lui demandai : « Sybil, si tu devais me porter, pendant combien de jours accepterais-tu de le faire ? »

Sybil contempla mon visage solennellement et répondit : « En me basant uniquement sur ton apparence, je serais prête à te porter pendant une semaine, mais, après en être venue à connaître ta personnalité… »

« Ne me dis pas que c’est tombé à un jour ? » lui demandai-je avec un peu d’inquiétude.

« Non. » Sybil haussa ses épaules et ajouta : « Je veux seulement m’éloigner de toi autant que possible. »

« … »

Au moins mon apparence est suffisamment belle pour que « les gens soient prêts à me porter pendant sept jours d’affilé ». Après m’être auto-réconforté, je jetai un regard à la licorne, puis au Chevalier de Glace, avant de demander à ce dernier : « Hé ! Est-ce que tu es puceau ? »

Les mâchoires de tout le monde s’effondrèrent de nouveau jusqu’à leurs épaules.

Le Chevalier de Glace me lança simplement un regard noir, ne daignant même pas me retourner un seul mot en réponse. Comment ose-t-il me dévisager avec autant de dédain… Ah ! Sa bouche est toujours couverte par les Chaînes des Ténèbres !

Je m’empressai de les défaire et demandai à nouveau : « Tu peux parler maintenant. Alors, dépêche-toi et dis-moi, est-ce que tu es toujours puceau ? »

Il continua à me fixer de son regard noir sans prononcer le moindre mot.

« Même s’il l’était, il ne l’admettrait jamais, non ? Quelque chose d’aussi embarrassant… Euh ! Grisia, je ne dis pas que le fait que tu sois puceau est très embarrassant ! » s’empressa d’expliquer Igor.

Je toisai froidement Igor avant de sortir le bâtonnet glacé qui était pendu à ma taille. Le pressant contre le cou du Chevalier de Glace, je rugis : « Tu l’es, oui ou non ? Réponds-moi ! »

Malgré le fait qu’il fût menacé d’une mort imminente, le Chevalier de Glace maintint son silence de glace. Cela ne va pas. Ce n’est pas comme si je peux vraiment le tuer !

Peut-être que je devrais le torturer et le forcer à cracher le morceau ? Je m’interrogeai pendant un moment, en plein désarroi. Après un instant, au contraire, je me mis à sourire.

Je replaçai le bâton à ma taille, soulevai le Chevalier de Glace et le jetai vers la licorne… La licorne ne montra aucune intention d’esquiver l’énorme cocon.

« … Merde alors ! »

Tout le monde prit une profonde inspiration. Iacchi laissa échapper un juron. Finalement, Igor marmonna : « Depuis quand ce monde compte-t-il autant de vieux puceaux qui ont passé la vingtaine ? »

« Je ne suis pas puceau ! » niai-je vigoureusement.

Iacchi haussa les épaules, et Igor sourit de manière apaisante en affirmant : « Oui, oui ! Si tu dis que tu n’en es pas un, alors tu n’en es pas un. »

Après avoir résolu notre problème de transport, nous n’avions plus de temps à perdre. Nous entamâmes immédiatement notre voyage en tant que fugitifs. Pour moi, cela s’avérait également une chevauchée très ennuyeuse.

Comme je devais avancer à la même vitesse de marche que les autres, la licorne était obligée de trotter très lentement. Je m’ennuyais immensément et me mis à entretenir une conversation à sens unique avec le cocon. « J’ai remarqué que tout le monde t’appelaient le Chevalier de Glace. J’imagine que ce n’est pas ton vrai nom ? »

Le Chevalier de Glace secoua la tête.

Face à cela, ma curiosité grimpa en flèche, et je le questionnai : « Dans ce cas, quel est ton nom ? »

Il me fixa du regard pendant un certain temps avant de répondre lentement : « Ecilan de la Glace. »

« C’est si difficile à prononcer. » Je fronçai les sourcils. Ecilan ? Qui donnerait ce genre de nom à quelqu’un ?

« Je n’ai jamais espéré que tu prononces mon nom correctement », rétorqua-t-il platement.

J’étais surpris. « Qu’as-tu dit ? »

Il garda le silence pendant un moment et, si je ne me trompais pas, on aurait dit qu’il avait jeté un regard vers les autres du coin des yeux avant de rediriger son attention vers moi et de secouer la tête en disant : « Rien du tout. »

« Très bien, dans ce cas, Ecilan, est-ce qu’il y a d’autres membres des Douze Chevaliers Sacrés dans le coin ? »

Même si je lui avais posé cette question, je ne pensais pas vraiment qu’il me répondrait la vérité. Toutefois, même s’il me mentait, ce ne serait pas problématique. Je serais bien sûr capable de déterminer s’il ment ou pas, et à partir de là j’obtiendrais la réponse que je désirais !

« Oui, il y en a un. Le Capitaine-Chevalier de Flamme est proche. » Il hocha la tête.

Je restai stupéfait pendant un instant. Les battements de cœur d’Ecilan n’avaient pas du tout accélérés… Il n’a pas menti ! Il m’a vraiment révélé qu’un des membres des Douze Chevaliers Sacrés était dans le coin, et il m’a même dit de qui il s’agissait !

« Est-ce qu’il va se lancer à notre poursuite ? » lui demandai-je nerveusement.

Ecilan hocha de nouveau la tête et répondit sans la moindre hésitation : « Il le fera. »

C’est mauvais. Je fronçai les sourcils : « Et si je t’utilise comme otage pour le menacer ? »

Ecilan fronça les sourcils à son tour. Il avait l’air de réfléchir sérieusement à ma question. Après un moment, il expliqua en détails : « Il reculera, mais il n’abandonnera pas. Il n’abandonnera jamais. »

En entendant ses paroles, je m’enquis avec un sourire : « Quelle naïveté, tu crois vraiment que tes camarades ne t’abandonneront jamais ? »

Ecila acquiesça d’un signe de tête et répliqua : « Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs. »

« Ah bon ? » Le ton de ma voix descendit, et je rétorquai froidement : « Si une opportunité se présente, nous testerons cette théorie. Quand il sera sur le point de mourir, nous verrons si oui ou non s’il t’abandonnera. »

« Il ne le fera pas. » Ecilan me regarda et répéta d’une voix extrêmement ferme : « Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs. »

Je lui retournai un ricanement glacial. Dire qu’un chevalier avec un visage aussi froid et sans expression est en fait un idiot complètement naïf !

Tout de suite après, nous atteignîmes un embranchement. Tout le monde s’arrêta et se tourna vers Woodrow.

Woodrow lut le panneau et expliqua : « Si nous suivons le chemin sur la droite, nous nous dirigerons vers le nord-est et le Royaume de l’Orchidée Lunaire. Si nous prenons à gauche, alors nous passerons la frontière du Royaume du Son Oublié. Même s’il y a deux chemins, je ne pense pas que nous ayons le choix. »

Il porta son regard sur Ecilan, soupira et ajouta : « Kidnapper le Chevalier de Glace et pénétrer dans le Royaume du Son Oublié avec lui ? J’ai bien peur qu’à la minute où nous mettrions les pieds dans une ville, nous aurions droit à un allé simple pour les prisons. »

« C’est évident ! » Yuna me jeta un regard noir et raconta froidement : « Le Royaume du Son Oublié est la base de l’Église du Dieu de la Lumière. Tout le monde là-bas connaît les Douze Chevaliers Sacrés… »

« Et tout particulièrement leur chef, le Chevalier du Soleil ! » l’interrompit brusquement Sybil.

Après avoir prononcé ces mots, son visage afficha une expression pleine d’adoration, et d’une voix rêveuse elle ajouta : « Les rumeurs racontent que le Chevalier du Soleil a de lumineux cheveux blonds, des yeux bleus comme le ciel, et une peau aussi blanche et douce que le lait… »

Tout de suite, Sybil s’arrêta pour me contempler. Elle ne m’avait quand même pas utilisé comme « modèle de base » pour imaginer son Chevalier du Soleil, j’espère ?

Je ne pus me retenir de m’écrier d’une voix mécontente : « Le Chevalier du Soleil est-il une fille ? Toute ton explication semble décrire une sublime beauté ! »

« Il est magnifique ! » Sybil revint immédiatement sur terre et répliqua avec force : « De plus, c’est un bel homme vraiment élégant, contrairement à toi ! Même si vous avez la même couleur de cheveux, les mêmes yeux bleus et une peau claire, tu n’as absolument aucune classe ! »

« Un bel homme élégant ? »

Je tapotai la tête d’Ecilan et frottai intentionnellement ses cheveux pour les mettre en bataille avant de demander d’un ton satisfait : « Ce gars-là n’est-il pas aussi l’un des élégants Douze Chevaliers Sacrés ? Regarde-le à présent… Qu’y a-t-il d’élégant chez lui maintenant qu’il est emballé dans un cocon ? Ton Chevalier du Soleil est probablement exactement comme lui ! »

« Arrête de le maltraiter ! » Sybil poussa un cri perçant et se précipita pour remettre en ordre les cheveux d’Ecilan, et au passage elle en profita pour toucher discrètement son visage plusieurs fois jusqu’à ce qu’elle fût satisfaite. Elle daigna alors tourner son regard vers moi pour me répondre : « Qui plus est, le Chevalier de Glace n’a pas besoin d’être élégant. C’est le genre d’homme qui est froid et splendide ! De son côté, le Chevalier de Flamme, dont nous avons parlé hier, est du genre sauvage et colérique ! »

« Pardon ? L’Église du Dieu de la Lumière choisit-elle ses chevaliers en fonction de leur apparence ? » Je roulai des yeux, rétorquant avec mécontentement : « Pourquoi leurs chevaliers sont-ils tous si beaux ? »

« Ce n’est pas ça. » Yuna secoua la tête, son expression teintée d’une légère résignation : « C’est juste la façon dont les femmes les imaginent. Il est possible que la plupart des Douze Chevaliers Sacrés ne soient pas magnifiques. »

« Mais, le Chevalier de Glace est vraiment beau ! Les rumeurs ne sont pas nécessairement fausses ! » À l’instant où Sybil eut fini de crier ces mots, elle s’empressa de baisser la tête et de demander à Ecilan : « N’est-ce pas ? Au moins, le Chevalier du Soleil doit être un super beau garçon, hein ? »

Ecilan répondit avec indifférence : « Je ne connais pas tes standards de comparaison. »

Sybil l’interrogea vivement : « Il devrait être au moins plus beau que Grisia, non ? »

Il resta silencieux pendant un certain temps. Sous le barrage de questions incessantes de Sybil, il finit par répondre : « Il devrait avoir une beauté à peu près similaire. »

Sybil fronça les sourcils en entendant sa réponse, alors que je jubilais : « Tu vois ! Pourquoi se languir pour le Chevalier du Soleil ? Me regarder suffit amplement. »

« Il a définitivement plus de classe que toi ! » s’exclama Sybil avec indignation.

À cet instant, Woodrow nous dépassa, Sybil et moi, alors que nous étions encore en train de nous disputer, et s’approcha d’Ecilan pour le questionner avec le plus grand sérieux : « Que sont venus faire les Douze Chevaliers Sacrés dans un endroit aussi reculé ? Cet endroit fait même déjà parti du territoire du Dieu de l’Ombre. »

Ecilan lui donna pour unique réponse : « Nous sommes à la recherche de quelqu’un. »

« Qui cherchez-vous ? » lui demanda Woodrow, surpris.

Il regarda Woodrow avec indifférence et ne lui fit pas la grâce d’apporter une réponse à sa question.

Cependant, Woodrow n’osa pas le forcer à parler. Quand il vit qu’Ecilan n’allait pas lui répondre, Woodrow s’en alla de son propre chef.

À partir de là, nous poursuivîmes naturellement notre voyage. La seule différence était que nous avions arrêté de garder le silence pendant notre marche. Non seulement je me disputais avec Sybil pendant tout le trajet, mais Iacchi aussi s’approcha furtivement et toucha… Bien évidemment, il ne me toucha pas moi ! Il voulait toucher le bâton glacé qui pendait à ma taille.

Quant à Igor, il continua de m’interpeller à tort et à travers pour me demander si oui ou non je me rappelais d’autres sorts intéressants.

Je réfléchis un moment avant de descendre de la licorne et de m’accroupir. Je touchai la surface de la terre et cherchai en-dessous de sa croûte.

Hum ! On dirait qu’il n’y a pas le moindre squelette humain… Ah ! J’ai trouvé quelque chose d’intéressant !

Une fois que j’eus éloigné ma main de la terre, un tas de trucs gris sortit de la poussière.

« Des os ? » Sybil observa la pile d’ossements, confuse.

Je les manipulai soigneusement, injectant l’élément des ténèbres dans les os, puis je les emboîtai approximativement un par un, espérant ne pas me tromper… C’était vraiment dommage qu’il n’y eût pas de squelettes humains sous la terre, puisque j’avais à disposition un tas de squelettes vivants que j’aurais pu utiliser comme référence pour reconstituer ensemble les os d’un mort.

Après avoir fini de tous les rassembler, je réparai les articulations entre les os avec une épaisse couche de l’élément des ténèbres, l’utilisant comme remplacement pour les articulations qui avaient pourri. Afin de le rendre plus mignon, je me servis de l’élément des ténèbres pout remplacer sa chair et ses longues oreilles… Finalement, un lapin noir se mit à bondir autour de nous.

« Ne… nécromancien ! »

Yuna dit faiblement : « Je ne sais vraiment pas pourquoi, mais maintenant je n’ai même plus la force de crier. Grisia, il y a vraiment de moins en moins de chances pour que tu sois un guérisseur de l’Église du Dieu de la Lumière. »

Alors que les trois hommes contemplaient le lapin avec de grands yeux teintés d’effroi, Sybil était celle qui en avait le moins peur. Elle courut même jusqu’au lapin squelettique et le ramassa, me disant avec un visage rayonnant : « Il est trop mignon ! Grisia, ne le laisse pas disparaître ! »

Je haussai les épaules et acceptai : « Ok. »

Après avoir vu la réaction de Sybil, tout le monde regarda le lapin. Igor était tellement excité qu’une suggestion lui vint en tête : « Grisia, puisque tu as fabriqué un lapin, ça doit vouloir dire que tu peux aussi faire un cheval, non ? Si nous avions des montures, nous pourrions voyager plus vite. »

« Je peux le faire, tant qu’il y a des squelettes de chevaux dans le coin. »

« Où suis-je censé te trouver des squelettes de chevaux … » répondit Igor, découragé.

Je haussai à nouveau les épaules. S’il n’y avait aucun os, alors je ne pouvais rien faire non plus. Huit sorts de nécromancie sur dix requéraient des os.

« Dans ce cas, pourquoi tu ne me fabriquerais pas une dague en os pour que je m’amuse avec ? » demanda Igor avec excitation. « Dans toutes ces vieilles légendes, les guerriers qui sont parvenus à occire un dragon utilisaient toujours un des os du dragon pour fabriquer une lame. »

« Si tu me dessines un croquis, je t’en fabriquerai une. »

Iacchi nous interrompit avec une insulte : « Ce rustre-là ? Le fait qu’il sache comment écrire est déjà un miracle en soi ! Comme s’il était capable de dessiner quoi que ce soit… »

« Arrêtez de jouer ! Nous devrions poursuivre notre voyage ! » cria soudainement Woodrow d’une voix sombre. Tout le monde se rappela immédiatement que nous étions supposés être en train de fuir. Nous réprimâmes nos plaisanteries et reprîmes la route. Naturellement, j’étais de nouveau sur la licorne, et notre longue marche et chevauchée silencieuse reprit.

« Tu n’aurais pas dû utiliser la nécromancie devant eux. »

« Quoi ? » Je baissai la tête et dévisageai Ecilan qui était allongé horizontalement devant moi. C’était lui qui venait de parler, même si sa voix n’avait été rien d’autre qu’un murmure.

« Qu’as-tu dit ? »

Néanmoins, Ecilan se contenta de me fixer et maintint son silence.

Voyant cela, je prétendis ne pas l’avoir entendu du tout. J’attrapai le livre sur les sortilèges parmi mes affaires et continuai d’étudier d’autres sortilèges. Je les expérimentai également sur le chevalier qui était idéalement placé à côté de moi. Bien sûr, il s’agissait d’Ecilan qui n’était séparé de moi que par les Chaînes des Ténèbres.

« … »

On ne peut vraiment pas me blâmer pour aimer utiliser celui-ci comme cobaye. Ce n’est pas de ma faute s’il est si parfait dans ce rôle.

Peu importe à quel point j’expérimentais sur lui, il maintenait toujours son habituelle froideur glaciale, sans laisser échapper le moindre son ou même changer d’expression. À part me dévisager avec cette lueur glaciale dans les yeux, il ne fit jamais le moindre geste pour protester. Il était vraiment le cobaye modèle parmi tous les cobayes pour faire des expériences !

Je continuai joyeusement mes tests jusqu’à ce Sybil les remarque. Elle entra dans une colère noire, comme si on avait maltraité son mari. Et, ensemble avec une Yuna également furieuse, elles tirèrent chacune sur un côté de mon visage et me lancèrent un sérieux avertissement, m’ordonnant d’arrêter d’agresser le Chevalier de Glace. La peau de mon visage m’ayant presque été arrachée, je n’eus d’autres choix que d’abandonner mes expériences sur mon cobaye parfait. À la place, je pratiquai certains sortilèges qui ne nécessitaient pas de sujets tests.

Sortilège Capteur d’Os : Peut être utilisé pour repérer des os se trouvant sous terre.

Prison d’Os : Un sort défensif qui accorde la capacité d’utiliser les os pour créer un mur.

Perceur d’Os : Une épine faite d’os surgit du sol et perce l’ennemi.

Peu importe le nombre de sortilèges que je lis, ils parlent tous d’utiliser l’élément des ténèbres pour manipuler des os !

Je me contentai de sauter directement aux dernières pages du livre pour voir s’il y avait des sortilèges différents. Comme je m’y attendais, certains sortilèges intéressants apparurent, comme L’Approche de la Mort. C’était un sort d’attaque à grande échelle. Ses avantages étaient qu’il était très difficile de s’en défendre et de s’en échapper, parce que la zone affectée était très large. Cependant, son défaut était que la vitesse à laquelle mourrait l’adversaire était très lente, donc il y avait des chances pour que le lanceur ne puisse pas maintenir le sort suffisamment longtemps pour que l’ennemi périsse.

Toutefois, il pouvait au moins faire perdre leur pouvoir d’attaque à l’opposition. Ainsi, quand on affrontait un grand groupe d’ennemis, c’était un sort très utile. Du moins, c’était ce qu’affirmait le livre.

Ooohhhh ! Je devrais me dépêcher d’apprendre ce sortilège. Après tout, j’ai kidnappé le Chevalier de Glace, et il est donc possible que tout un essaim de chevaliers sacrés vienne à ma poursuite.

« Arrête de lire ça. Tu ne devrais rien apprendre de ce livre », déclara soudainement Ecilan.

« Oh ? » Je le questionnai tout en continuant à lire : « Alors qu’est-ce que je devrais apprendre à la place ? »

Ecilan, cependant, replongea de nouveau dans son silence. C’est vraiment un chevalier étrange !

Puisqu’il « n’avait pas d’autres commentaires », je continuai de tourner les pages du livre.

Invoquer un chevalier de la mort…

La Légende du Chevalier du Soleil T4C3 : Collecte des Fonds pour le Voyage

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 3: Raise Funds for the Journey – traduit du chinois à l’anglais par bleachpanda[PR!]
Chapitre 3 : Collecte Des Fonds Pour Le Voyage – traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ travail de vérification par LuluHime

Lorsque je retournai à la boutique d’armes, Igor était déjà parti. Il est sans doute devenu impatient et n’en pouvait simplement plus d’attendre, j’imagine ? Je m’empressai de rentrer à l’auberge. Comme je le pensais, tout le monde était déjà là au moment où j’ouvris la porte, incluant Igor qui m’avait laissé derrière.

« Où étais-tu passé ? » s’enquit Igor avec désintérêt, à l’instant où il me vit.

Je l’ignorai. Quand j’y réfléchis bien, je sentis que les femmes devraient être plus perceptives et meilleures que les hommes pour deviner quel âge avait une personne. Je me tournai vers Sybil et lui demandai : « Sybil, quel âge ai-je l’air d’avoir ? »

Sybil, qui était en train de nettoyer son filet, son lasso et d’autres trucs, se figea sur place pendant un instant. Même les autres cessèrent ce qu’ils faisaient et levèrent la tête pour me regarder.

J’observai Sybil avec un grand sérieux pendant un moment. Puis, elle se mit également à scruter mon visage avec attention en l’examinant de plus près. Finalement, avec un air confiant, elle devina : « Autour de vingt-trois ou vingt-quatre ans. Vingt-cinq ans, tout au plus. Tu ne peux pas être plus vieux que ça. »

Impossible… Je continuai à me renseigner davantage : « Est-il possible que je n’aie que dix-huit ans ? »

« Aucune chance ! » Sybil rejeta cette possibilité immédiatement.

Comment peut-il n’y avoir aucune chance que ce soit possible… Je me retournai, en demandant à Yuna, mon dernier espoir : « Yuna, qu’en penses-tu ? »

Yuna répondit inexplicablement : « Je pense que ce que Sybil a dit est exact ! Tu devrais être âgé d’environ vingt-trois ou vingt-quatre ans. »

Je tombai silencieux.

Ainsi, je suis âgé de vingt-trois ou vingt-quatre ans, voire même peut-être vingt-cinq, et je suis encore puceau… C’est encore plus difficile à accepter que l’idée que je sois une mauvaise personne !

« Grisia ? » Yuna me questionna gentiment : « Crois-tu être plus jeune que ce que nous disons ? Ne t’inquiète pas ! Il y a inévitablement des gens qui ont l’air plus mature que leur âge. Cependant, dix-huit ans, ça semble un peu trop tiré par les cheveux. Peut-être que tu as vingt ans… »

« Ah ! » s’exclama soudainement Sybil, en regardant en direction de la porte.

Il se trouva que la licorne que j’avais cachée à l’extérieur n’en pouvait plus d’attendre et était entrée. Elle trotta même tout le chemin jusqu’à mes côtés. Elle semblait se déplacer de façon plutôt raide et gardait un œil méfiant sur mes camarades autour.

« Comment l’as-tu trouvée ? » Tout le monde était extrêmement surpris, bien que leur joie l’éclipsât.

Moi, en revanche, je n’étais pas du tout ravi. Je répondis avec découragement : « Je ne l’ai pas trouvée. C’est elle qui m’a trouvé. »

Après que j’eus parlé, Sybil et Yuna allèrent se placer devant elle. Elles ne purent pas résister à l’envie de tendre la main pour essayer de toucher la licorne. Cependant, celle-ci les évita et vint se cacher à côté de moi. Elle se servit désespérément de sa tête pour se frotter contre moi, probablement parce que les actions de Sybil et Yuna l’avaient fait se sentir inconfortable et en danger. Elle frappa à répétition ses sabots sur le plancher et renifla profondément à travers son nez. Voyant cette situation, je ne pus que lui frotter la tête machinalement pour l’apaiser.

Je frottai… et frottai… Pourquoi est-ce que tout le monde a figé…?

Igor demanda, sidéré : « Les licornes ne touchent-elles pas uniquement les vierges ? »

Je devins raide. Je tentai sur-le-champ de le nier. « Je ne suis pas puceau ! …Ah ! »

C’en est fait de moi !

Ils restèrent tous stupéfaits. Ils tournèrent la tête pour me regarder, puis se remirent à contempler la licorne.

Comme la licorne n’était pas réconfortée par le frottement de ma main, elle devint instantanément mécontente. Elle se mit désespérément à frotter sa tête contre mon bras avec insatisfaction. J’essayai de la repousser de mon mieux, mais, en fin de compte, la force d’un humain ne pouvait pas rivaliser avec celle d’un cheval. L’animal ne voulait pas arrêter de frotter sa tête contre ma hanche. Imbécile de cheval !

À ce stade, Sybil fut la première à glousser pour ensuite éclater de rire.

Igor ne s’arrêta pas un instant pour songer à épargner mes sentiments et se tenait déjà l’estomac en rugissant de rire.

Woodrow tenta très fort de se retenir de rigoler, réprimant son envie au point d’en déformer son visage. Cependant, au final, il éclata tout de même de rire.

Iacchi afficha un visage rempli de sympathie. Il me tapota l’épaule, en essayant de me réconforter. « Peut-être que d’avoir perdu tes souvenirs est une bonne chose après tout, mon camarade. Hahaha ! Un puceau de vingt-cinq ans… Hahahahahahaha ! »

Mais, après m’avoir réconforté, son explosion de rires sonna comme si cent gongs se mettaient à résonner bruyamment en même temps… Par chance, cette fois-ci j’étais préparé ; je me couvris les oreilles avant son rire. Toutefois, comme les autres étaient en train de rire, ils ne réagirent pas assez vite, et ne purent se couvrir les oreilles à temps. Chaque personne fut secouée au point d’avoir la migraine et donnait l’impression que sa tête s’apprêtait à exploser.

Hmph ! C’est bien fait pour eux !

Après qu’Iacchi eut enfin terminé de rire, je rétorquai immédiatement : « Comment cela “vingt-cinq ans” ? D’après l’estimation de Sybil, il est possible que je n’aie que vingt-trois ans ! Yuna a même affirmé que j’avais peut-être vingt ans ! C’est exact ! Je n’ai forcément que vingt ans ! »

À cet instant, la licorne se mit tout à coup à me lécher la main… que je retirai instantanément et lui donnai une claque sur la tête. Bien que Sybil et Yuna fussent toujours en train de se remettre de leurs maux de tête, elles furent toutes les deux surprises de ma réaction subite. Néanmoins, cet imbécile de cheval ne fut pas du tout blessé ou indisposé ! En plus, il continua de me pousser la hanche… Incroyable !

Imbécile de cheval qui n’aime que les vierges ! Éloigne-toi de moi !

Je ne suis absolument pas puceau !

 

 

« Puisque Grisia a déjà ramené la licorne… Pfft ! Hahahahaha! »

Sybil essaya de se mettre à parler avec sérieux, uniquement pour échouer au milieu de sa phrase et se mettre à rire aux éclats. Elle riait tant que des larmes sortirent de ses yeux jusqu’à ce qu’il ne lui fût plus possible de parler. Cela fit redémarrer le fou rire d’Igor, et je me couvris rapidement les oreilles… Finalement, Iacchi n’éclata pas de rire ; à la place, il arbora un sourire très obscène. Il posa son bras autour de mon épaule et déclara : « Ne dis pas que je n’ai pas pris soin de toi ! La prochaine fois, je vais t’emmener pour faire l’expérience de la vraie affaire afin que tu puisses te retirer l’étiquette de puceau, héhéhéhé ! »

« Je ne suis pas puceau ! » protestai-je avec véhémence.

Après m’avoir entendu le nier, Iacchi se contenta de sourire, en lâchant un « héhéhé » et en n’ajoutant rien d’autre. Enflure !

Woodrow poursuivit notre conversation : « À présent que nous avons la licorne, allons chercher la récompense ! Nous ne devrions pas perdre de temps, autrement, si d’autres équipes essaient de s’en emparer par la force, nous allons avoir des problèmes. »

« Aller chercher quelle récompense !? Je rejette cette proposition ! » répondis-je avec aigreur.

« Ne sois pas fâché, Grisia. » Woodrow afficha un sourire forcé : « Nous n’avons pas fait exprès de nous moquer de toi ; nous ne faisions que plaisanter. »

« Je ne suis pas en colère. » Je souris un peu, en expliquant : « Je ne suis vraiment pas d’accord pour aller récupérer la récompense. »

Le rire de Sybil s’interrompit subitement, Woodrow tomba silencieux, Igor se gratta la tête, et Yuna était totalement confuse.

« Tu… ne songes pas à la garder comme monture, n’est-ce pas ? » s’enquit prudemment Igor.

Alors qu’Igor me posait la question, il se plaça comme s’il était sur le point de courir vers moi pour se saisir fermement de la licorne, juste au cas où j’essayerais de la monopoliser. Toutefois, la licorne se tenait solidement à mes côtés. Chaque fois que quelqu’un d’autre que moi essayait de s’en approcher, la corne sur sa tête, qui brillait déjà l’origine avec de la lumière sacrée, relâchait une lumière encore plus forte.

Alors, même si Igor s’était déjà positionné, il n’osa pas s’approcher.

« Je suis un guérisseur et non un chevalier, alors pourquoi garderais-je subitement un cheval sans aucune raison ? »

Je roulai des yeux à l’intention d’Igor, puis m’expliquai auprès de tout le monde. « Écoutez-moi bien. Étant donné que la Guilde des Aventuriers est encline à offrir cinq cent ducats d’or en récompense pour cette licorne, que croyez-vous que cela signifie ? »

« La licorne vaut beaucoup plus que cinq cent ducats d’or… »

Après que Woodrow eut répondu, il hésita pendant un moment, et ensuite continua en disant : « Nous comprenons, mais aucun groupe normal tenterait de discrètement glisser la licorne hors de la cité, parce qu’il y a des membres de la Guilde des Aventuriers qui gardent chacune des portes. Qui plus est, que l’on réussisse ou pas, il nous sera alors interdit d’interagir avec la guilde dans le futur, et nos têtes pourraient même être mises à prix ! »

« Dans ce cas, tant que nous ne laissons pas la guilde découvrir qu’il s’agit de nous, tout devrait bien aller, vous ne croyez pas ? » proposai-je naturellement.

« Comment serait-il possible que nous ne soyons pas découverts ? » Yuna me reprocha avec colère : « Grisia, tu fais encore n’importe quoi. »

Je fais n’importe quoi ? Je fus déconcerté pendant un instant. Pourquoi cela sonne-t-il si familier…? Il ne peut possiblement pas y avoir quelqu’un d’autre qui me répète tout le temps de cesser de faire n’importe quoi, n’est-ce pas ?

« Attendez, ça pourrait être possible ! » s’exclama Iacchi, en interrompant la conversation. « Nous pouvons nous déguiser pour le faire. »

« Nous déguiser ? » murmura Woodrow.

Nous déguiser ? Je fus stupéfait l’espace d’une seconde. Fait-il référence à l’idée d’utiliser d’autres éléments pour masquer notre apparence ? Malgré le fait que ce que je voulusse dire était quelque chose de similaire, je ne savais pas que cela s’appelait « se déguiser ».

« On ne peut pas faire ça ! » Yuna s’y opposa fortement, en me fusillant du regard et en s’écriant avec franchise : « On ne peut pas commettre de crimes. Grisia, tu es un guérisseur du Dieu de la Lumière. »

L’indécision combattit dans les yeux de Sybil, mais, quand elle jeta un coup d’œil à Yuna et vit son visage enragé, elle ne put qu’articuler avec hésitation : « Oui… Ça ne semble pas très convenable… »

Woodrow jeta également un coup d’œil en direction de Yuna, puis secoua la tête en déclarant : « On ne peut pas. On ne peut tout simplement pas. »

Je ne me souciais guère que tout le monde parlât contre moi. Je me tournai vers Iacchi, lui demandant carrément : « Iacchi, combien vaut la licorne ? »

Iacchi hésita une minute. Il traînassa, en disant : « On raconte que la Guilde des Aventuriers veut offrir la licorne à l’Aigle Silencieux de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre. Ils n’ont pas l’intention de la vendre. Cependant, si elle devait être vendue, d’après certaines informations provenant de quelques marchés de ventes aux enchères, c’est au minimum…au minimum… »

Tous tendirent l’oreille pour entendre le reste. Je fis exprès de hausser la voix sur le dernier mot, en le questionnant : « Au minimuuum ? »

« Au minimum cinq mille ducats d’or comme offre de départ. »

Je me retournai en une fraction de seconde, en me jetant au collet d’Iacchi, et hurlai avec alarme : « CINQ MILLE DUCATS D’OR !?!? »

Iacchi fut pris au dépourvu et répliqua en retour : « Je croyais que tu le savais ? »

Comment aurais-je pu le savoir !

J’ai seulement deviné que cet imbécile de cheval vaudrait assurément son pesant d’or, mais qui aurait pu savoir qu’il avait à ce point de la valeur ? Cinq mille ducats d’or ! C’est plus que dix fois le montant de la récompense offerte par la Guilde des Aventuriers ! Sans oublier de mentionner que ce prix n’est que le « minimum » !

« Cinq mille ducats d’or… »

J’essayai très fort d’imaginer à quoi cinq mille ducats d’or ressembleraient, seulement pour me rendre compte que je ne possédais aucun concept de ce montant de ducats d’or… Oubliez cinq mille ducats d’or ; je n’arrivais même pas à imaginer à quoi pouvaient ressembler mille ducats d’or !

Se pourrait-il… ? Se pourrait-il que je fusse extrêmement pauvre par le passé ?

« C-c-cinq mille ducats d’or… Ça fait tellement d’argent ! » couina Sybil.

« Cinq mille… Même le Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre dont j’ai toujours rêvé ne coûte que trois mille ducats d’or », marmonna Yuna pour elle-même.

Après cela, tout le monde regarda avec indécision en direction du leader actuel du groupe : Woodrow. On pouvait voir sur son visage qu’il était lui-même très hésitant. Remarquant que tout le monde l’observait, il dit rapidement : « Ne me regardez pas… Je ne suis pas celui qui l’a suggéré… Si vous devez regarder quelqu’un, regardez Grisia ! »

À l’unisson, tout le monde tourna la tête et me contempla. En premier, je révélai un sourire chaleureux pour apaiser leur anxiété et leur malaise, et ensuite j’ouvris lentement la bouche pour affirmer : « Pour la licorne, il devrait peu lui importer de savoir à qui elle sera vendue, étant donné que cela revient au même, n’est-ce pas ? En plus, regardez tous, elle a l’air de tellement m’aimer qu’elle préférerait forcément rester à mes côtés plutôt que de retourner à la Guilde des Aventuriers, non ? Si nous l’emmenions avec nous, elle serait incontestablement plus heureuse de rester avec moi plus longtemps. Par égard pour la licorne, ne ferions-nous pas une bonne action envers elle également ? »

Je frottai la tête de la licorne en me penchant, tandis que je souriais, et lui dis : « N’ai-je pas raison ? Mignonne petite licorne. »

Cet imbécile de cheval se mit avec persistance à me lécher le visage sans se retenir, laissant mon visage recouvert de salive… Je me demande si la salive de licorne vaut quoi que ce soit… En me basant sur sa valeur de cinq mille ducats d’or, il est possible que même sa salive puisse être vendue pour un ducat d’or !

« C’est vrai. La licorne a vraiment l’air de t’apprécier », admit Woodrow en hochant la tête.

Yuna le fusilla du regard avec véhémence et décréta, mécontente : « Woodrow, n’écoute pas les inepties de Grisia ! »

Iacchi avait déjà commencé à calculer : « Cinq cents devenant cinq mille… Dans ce cas, ça veut dire que chaque personne va obtenir cinq cents ducats d’or… »

« Sais-tu au moins comment calculer ? » Je fis le calcul avec impatience : « Quand vous enlevez 20 % de cinq mille ducats d’or pour ma part, et que vous soustrayez ensuite 20 % du reste pour les dépenses du groupe avant de diviser tout ce qui reste en parts égales entre vous cinq, cela devrait égaler six cent quarante ducats d’or chacun. Évidemment, si vous souhaitez réellement me donner cent ducats d’or en extra, cela ne me dérange pas vraiment. »

« Tu as déjà pris mille ducats d’or pour toi ! Et toi, tu veux toujours me soutirer de l’argent ? » Iacchi décréta avec découragement : « Tu es encore plus fait pour être un voleur que moi ! »

« Six cent quarante ducats d’or ! » Le visage de Sybil s’éclairait déjà avec un accord complet.

D’un autre côté, Yuna révéla une expression de vertige. Elle continua de marmonner : « Le Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre… Je ne peux pas commettre de crimes… Le Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre… »

Voyant que tout le monde avait l’air plutôt indécis, je poussai l’affaire un peu plus loin, en déclarant : « Comme la licorne va être contente, et que je vais être content, et que vous allez tout être contents, cela rend tout le monde content. Pourquoi ne devrions-nous pas le faire ? »

Pour ce qui est de la Guilde des Aventuriers et de l’Aigle Silencieux qui aurait dû avoir reçu la licorne… Je présume qu’ils ne seront pas contents, hein ? Toutefois, cela ne me concerne pas, étant donné que ce n’est pas comme si je les connaissais.

Tout le monde me regarda. Bien que leurs expressions montrassent à quel point ils hésitaient dans leur cœur, ils savaient également que ce n’était pas bien, ce qui les faisaient se battre intérieurement. Yuna, en particulier, continua à se marmonner à elle-même au sujet du Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre et de commettre des crimes… À la fin, ses marmonnements ne continrent que le Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre. Dieu seul sait où les mots « commettre des crimes » avaient été jetés…

En fin de compte, alors qu’elle tremblait, elle déclara : « Grisia, tu… tu n’es définitivement pas un guérisseur de l’Église du Dieu de la Lumière… À coup sûr, tu es un démon ! »

« Pourquoi dis-tu cela ? »

Je relâchai mon sourire le plus éclatant, et employai mon ton le plus innocent pour affirmer : « Tu vois ? Même la licorne m’adore ! À ses yeux, je suis vraiment le guérisseur du Dieu de la Lumière le plus aimant et le plus compatissant qui soit ! »

« Ce que nous voyons est assurément un démon… »

Sur le côté, Woodrow murmurait dans sa barbe : « Le niveau de ce démon est si élevé que même la licorne ne peut s’empêcher de remuer la queue et de ramper devant lui. »

J’ignorai automatiquement les paroles de Woodrow et fis face à tout le monde, leur demandant : « Si personne ne préfère les cinq cents ducats d’or aux cinq mille ducats d’or, dans ce cas nous devrions commencer à discuter de stratégies. Après tout, la licorne ne peut pas rester cachée ici éternellement sans être découverte par d’autres. »

Tous gardèrent le silence. Néanmoins, ils ne s’opposèrent pas à ce que j’avais dit. Il semblerait qu’ils aient tous succombé à l’appel des cinq mille ducats d’or.

Je levai l’index et poursuivis. « Premièrement, le problème auquel vous devez tous songer est de savoir comment sortir la licorne incognito. »

« Attends ! Attends ! Que veux-tu dire par le problème auquel “vous” devez tous songer ? » me questionna immédiatement Sybil, insatisfaite. « Si c’est nous qui devons réfléchir à la solution, alors de quoi es-tu responsable ? »

J’écartai avec impuissance les bras devant moi, en lui rappelant : « Je ne suis qu’un amnésique, après tout. Depuis l’instant où je me suis réveillé dans le présent, je ne me suis pas servi d’une seule compétence de guérisseur. Je veux d’abord tester mes capacités, juste au cas où je serais dans l’impossibilité d’aider au moment le plus crucial, et puisse même possiblement m’avérer être un boulet pour tout le monde. »

En entendant ceci, Sybil lâcha une sorte de « oh » réticent. Tous acquiescèrent également d’un signe de tête.

« Grisia, essaie de voir si tu peux lancer le sort des Ailes de Dieu. C’est pour augmenter la vitesse ; ça devrait s’avérer plutôt utile quand nous sortirons furtivement la licorne hors de la ville », me donna Yuna comme instruction. « Les sorts du Bouclier de Lumière et des Ailes de Dieu ont chacun différents effets et différentes utilisations. Le premier sert à se défendre contre les attaques physiques et l’autre augmente la vitesse. Les prêtres-guerriers, qui se spécialisent dans l’amplification des capacités au combat, ne sont pas très doués dans ce département. Cependant, le sort des Ailes de Dieu est un sort sacré plutôt difficile à effectuer. Hormis l’utilisation de l’élément sacré, il nécessite qu’on emploie également l’élément du vent. Par conséquent, ce ne sont pas tous les guérisseurs qui sont en mesure de lancer le sort. Alors, ce n’est pas grave si tu ne parviens pas à le lancer. »

Je haussai les épaules et déclarai à ce moment-là : « Je ferai de mon mieux pour essayer. »

« En premier, tente de rassembler l’élément de la lumière ! » m’instruisit Yuna.

Ce n’était pas un problème pour moi, étant donné que l’élément sacré se rassemblait toujours autour de moi en grandes quantités. J’avais simplement besoin de bouger la main, et l’élément sacré serait continuellement attiré par elle.

À cet instant-là, personne ne discutait plus de comment s’enfuir de la cité. Au contraire, ils observaient tous ma main, ahuris. Je regardai à gauche et à droite et choisis de relâcher le sort sur Igor, qui avait osé ne pas m’attendre au point de rencontre plus tôt, en hurlant : « Bouclier de Lumière ! »

Yuna soupira, en affirmant : « Ça ne fonctionne pas comme ça, Grisia. Tu dois d’abord réciter l’incantation… »

Après que l’aura de lumière eût entouré Igor, je me mis à réfléchir. Si nous l’employons à des fins de défense, dans ce cas l’élément sacré devrait être plus fermement lié ensemble…? Par conséquent, je recouvris l’aura de lumière d’une couche après l’autre avant de la compresser en une large et mince couverture. Par la suite, je me servis de cette large et mince couverture pour « enrouler » Igor. C’était exactement comme s’il portait une couche d’armure aussi mince que du papier.

Yuna poussa soudainement un petit cri : « Oh mon dieu… »

« Quoi ? Que s’est-il passé !? » s’écria Igor avec détresse. Il hurla de façon extrêmement nerveuse : « Yuna ? Ne me dis pas qu’il a fait quelque chose de travers ? Grisia ! Qu’est-ce que tu as foutu cette fois !? »

J’étais également sous le choc. Je n’ai pas réellement fait quelque chose de travers, n’est-ce pas? Mais, en regardant Igor, il n’a pas l’air d’y avoir quelque chose qui cloche chez lui, non ?

Yuna ne répondit pas à Igor et s’exclama tout à coup à la place : « Iacchi ! »

« Oui ? » glapit le voleur, aussi choqué que tous les autres.

À cet instant-là, tel un vrai leader, Yuna lui ordonna : « Attaque Igor. »

« Hein ? » Iacchi était stupéfait. En fait, tout le monde était abasourdi.

« Dépêche-toi ! »

Le visage tout entier d’Iacchi montrait à quel point il était perplexe et confus, mais sous la pression continuelle de Yuna, il décida de l’écouter. Alors qu’il était sur le point de lancer un coup de poing à Igor qui s’était déjà résigné à se faire frapper, Yuna lui commanda : « N’utilise pas tes poings ! Sers-toi d’une arme pour attaquer ! »

« Yuna… » pleurnicha Igor, sur le point de pleurer.

Iacchi se mit finalement à hésiter. Il baissa les poings, affichant une expression qui voulait dire : « Je n’ose pas. »

À ce moment-là, Woodrow leva tout d’un coup les yeux vers le ciel et rugit. Et ensuite… et ensuite… il commença à se transformer… De la fourrure poussa sur son corps, ses mains se changèrent en immenses pattes, et la vue des cinq griffes noires sur sa main fit même se redresser les cheveux sur ma tête. Si je devais me faire frapper par cette main, je cracherais définitivement un paquet de choses…

En fin de compte, Woodrow se métamorphosa en ours… Il était devenu un gros ours noir qui se tenait debout sur ses pattes, avec un éclaboussement de fourrure blanche ayant la forme d’un « V » sur le torse.

J’étais sidéré. Que se passe-t-il ? Woodrow est-il un humain? Ou est-ce un ours ?

« Woodrow ? » s’exclama Igor, sous le choc, comme son visage changeait complètement de couleur.

Cependant, Woodrow, qui s’était transformé en ours, l’avait déjà frappé avec une de ses pattes, le rendant incapable de résister. D’un seul coup, Igor atterrit sur le plancher à côté de lui. En dépit de cela, Woodrow ne cessa toujours pas de l’attaquer, et employa son pied pour lourdement lui piétiner la tête…

J’étais bouche-bée, ma bouche ouverte en un grand « O ». Que se passe-t-il exactement en ce moment ?

« Qu’est-ce que vous fabriquez tous ? »

Malgré le fait que Sybil fût un tantinet inquiète, elle était d’autant plus curieuse. Elle regarda Woodrow qui revenait petit à petit à sa forme humaine ainsi que le guerrier qui se relevait lentement. En fin de compte, elle s’enquit avec agitation : « Igor, est-ce que tu vas bien ? »

Igor tendit la main pour se masser un peu la tête avec un visage confus. Après qu’il eût entendu la question de Sybil, il se gratta la tête et la rassura : « Je vais bien. C’est étrange… Ça ne me fait pas du tout mal. »

« Vraiment ? Mais, Woodrow est extrêmement fort ! » Une fois que Sybil se fut écriée de surprise, elle tourna immédiatement la tête vers moi avec excitation et dit : « Grisia, je veux le sort moi aussi. »

Voyant qu’Igor arrivait encore à se frotter la tête et à rire stupidement, je me sentis enfin rasséréné. Après avoir entendu les paroles de Sybil, je rassemblai à nouveau aisément l’élément sacré, le compressant en une fine couche, et ensuite j’en enrobai Sybil également.

« Vite, vite ! » Dès que Sybil en eut été recouverte, elle ordonna sur-le-champ : « Iacchi, dépêche-toi de me frapper… Euh ! Sers-toi d’abord de tes poings pour me frapper ! »

Igor ayant déjà fait la démonstration, Iacchi n’hésita pas cette fois. Il ne se soucia même pas du fait qu’elle était une femme, lui donnant immédiatement un coup de poing. Bien que Sybil sût qu’elle ne serait sans doute pas blessée, elle ne put s’empêcher de fermer les yeux. Une seconde… Deux secondes…

Elle ouvrit les yeux et aperçut Iacchi employer toute sa force pour la frapper à succession. Elle s’exclama avec excitation : « Ça ne fait pas mal ! Ça ne fait vraiment pas mal ! »

« Bien sûr que ça ne fait pas mal. »

Yuna expliqua sur le ton de l’évidence : « Avec une quantité si dense d’élément sacré, j’ai bien peur que seule “l’Aura de Combat” puisse le briser. C’est incroyable, si Grisia peut lancer le sort Bouclier de Lumière sur tout le monde, dans ce cas nous n’avons même pas besoin de réfléchir à un plan. Nous pouvons directement nous évader de la cité. Il ne devrait pas y avoir beaucoup de guerriers de haut niveau qui sachent comment se servir de l’aura de combat dans la ville. »

Woodrow secoua la tête, rétorquant : « Ce n’est pas si simple, Yuna. Je suis sûr que tu peux également sentir à quel point employer le Bouclier de Lumière est extrêmement puissant et éprouvant, n’est-ce pas ? Si nous souhaitons que Grisia rassemble autant d’élément sacré, je crains que ce ne soit impossible… »

Iacchi, Yuna, Woodrow et, en dernier, moi-même… J’en ai fini avec nous tous ! Tout le monde a reçu le Bouclier de Lumière à présent. Ensuite, cela devrait être au tour du sort des Ailes de Dieu… D’après ce que je me souviens des paroles de Yuna, je crois que cela nécessite l’élément sacré combiné avec l’élément du vent. Oui ! Je me demande quelle quantité de l’élément du vent est nécessaire pour être suffisante ?

« … »

Je « tissai » l’élément sacré et l’élément du vent ensemble. Toutefois, cette action fit hurler Yuna. Elle me prévint tout de suite : « Sois prudent, Grisia. Mélanger différents éléments est très dangereux. Si tu te trompes, ça pourrait exploser ! »

En entendant ceci, tout le monde s’empila à l’encadrement de la porte. D’un côté, ils voulaient sortir par la porte et partir aussi vite que possible, mais, d’un autre côté, ils étaient très curieux et désiraient regarder.

J’ai fini de tisser ! Je considérai tout le monde du regard. Le plus éloigné vers la porte est Iacchi ! Son corps est presque déjà à moitié en dehors de la pièce.

Très bien ! Mon prochain sujet d’expérimentation, ce sera lui !

Je jetai la boule de lumière combinée à l’élément du vent sur Iacchi et effectuai quelques ajustements, rassemblant la plupart de l’aura sur ses mains et ses jambes. Pendant ce temps, les mains et les jambes d’Iacchi tremblèrent comme s’il souffrait d’un spasme. Après avoir fini d’effectuer les ajustements, j’ouvris la bouche et commandai : « Iacchi, essaie de courir. »

Iacchi hocha la tête, et ensuite je l’entendis murmurai « Je vous en prie, protégez-moi, Dieu de la Guerre », comme il se mettait en position pour commencer à courir. Puis, il fit un pas…

Bang !

À l’instant où il commençait à courir, il disparut. Ce ne fut pas avant que nous entendions un bruit qui ne perdait pas contre la puissance de ses cris que nous retrouvâmes un gros trou de forme humaine dans le mur de la pièce.

Les bouches d’Igor et de Sybil s’ouvrirent en un grand « O ».

Je jetai un regard au trou de forme humaine, sans expression. Le Bouclier de Lumière est un sort sacré du Dieu de la Lumière, et pourtant tu pries le Dieu de la Guerre qui a toujours été en mauvais termes avec le Dieu de la Lumière… Chercherais-tu à provoquer ta propre mort ?

« Iacchi, est-ce que tu vas bien ? » s’exclama Sybil.

« Ça va… »

Iacchi sortit la tête du trou dans le mur défoncé. Il sourit en jubilant comme il répondait : « Ça ne me fait pas mal du tout. »

Voyant cela, tout le monde poussa un soupir de soulagement. À cet instant-là, Yuna se retourna et commenta : « On dirait que tu as ajouté trop d’élément du vent. »

J’acquiesçai d’un signe de tête.

Il semblerait que, parce qu’il y avait une trop grande quantité de l’élément du vent, la vitesse était trop grande. Donc, je pense que cela fonctionnerait de façon beaucoup plus efficace si je réduisais la quantité d’élément du vent. Cependant… J’ignore pourquoi, mais j’ai cette impression que d’ajouter cette quantité d’élément du vent n’est pas du tout incorrect. C’est juste qu’Iacchi ne peut pas supporter une vitesse aussi rapide, c’est tout.

Si quelqu’un est capable de supporter cette vitesse, dans ce cas je suis certain qu’il peut devenir aussi rapide que le vent. Quelqu’un d’aussi rapide que le vent… Pour l’ennemi de cette personne, affronter ce type d’adversaire serait assurément pire que de faire face à une tornade !

Après avoir ajusté l’élément du vent à plusieurs reprises, je tentai de figurer la quantité appropriée d’élément du vent pour chaque personne. Iacchi et Sybil appartiennent originellement à des professions de type agile, alors je peux mettre un peu plus d’élément du vent dans leurs sorts. Pour Igor, Yuna et Woodrow, je dois en mettre un peu moins. Quant à moi… C’est environ la même quantité que pour le deuxième groupe.

On dirait que les guérisseurs du Dieu de la Lumière n’appartiennent pas au type agile après tout.

Iacchi, Sybil et Igor coururent tout autour de la pièce à toute allure, s’amusant avec tout leur cœur.

Yuna s’étonna : « Tu viens juste de lancer le Bouclier de Lumière et les Ailes de Dieu sur nous tous. Ta capacité à rassembler les éléments est beaucoup trop puissante… Non ! Tu essayais d’ajuster la quantité d’élément du vent, et donc tu as même lancé le sort des Ailes de Dieu à répétition plusieurs fois, non ? »

Je ris un peu, déclarant fièrement : « Ce ne serait pas non plus un problème même s’il y avait douze personnes ! »

En entendant ce nombre, Yuna fut sous le choc pendant un moment et marmonna ensuite : « Je n’ose vraiment plus affirmer que c’est impossible. Qui es-tu exactement, Grisia ? »

« Un guérisseur du Dieu de la Lumière », rétorquai-je, faisant halte pendant une minute par la suite, et ensuite lui demandai en retour : « N’est-ce pas ce que tu avais dit ? »

Yuna murmura silencieusement pour elle-même : « Vraiment ? Je n’ose vraiment plus affirmer que j’en suis sûre… »

« Ne nous soucions pas de qui je suis pour l’instant », dis-je à Yuna et Woodrow. « En premier lieu, nous devrions nous dépêcher de réfléchir à un plan pour nous enfuir de la cité, d’accord ? »

« Soupir ! »

Woodrow soupira en les regardant tous les trois en train de s’amuser avec tout leur cœur, et raisonna avec sincérité : « Nous n’avons pas besoin de réfléchir à un plan. Avec cette vitesse et la capacité d’annuler les attaques physiques, tant que nous ne rencontrons pas de classe Maître ou au-dessus, qui pourrait possiblement nous arrêter ? »

« Et si nous rencontrions vraiment des Maîtres? » Je ne parvenais pas à me libérer de ce sentiment d’insécurité et continuai de m’enquérir : « Après tout, il s’agit de cinq mille ducats d’or, n’est-il pas probable que la Guilde des Aventuriers puisse trouver des Maîtres pour garder les portes de la ville ? »

Woodrow et Yuna me fixèrent étrangement. Woodrow secoua la tête et lâcha : « Comment serait-il possible pour des Maîtres de garder les portes de la ville, quand chacun d’entre eux pourrait devenir le commandant de cette cité ? As-tu déjà vu un commandant garder les portes d’une cité ? »

J’étais sans mot. Les Maîtres sont incroyables à ce point ?

À environ ce moment, je ne savais pas quand, Iacchi avait déjà cessé de gambader et s’était précipité pour interrompre la conversation. « Je sais ! Je sais ! Il n’y a qu’un voleur de classe Maître dans la cité ; il n’y en a pas le moindre pour les autres professions. »

« Un voleur, hein ? »

Woodrow et Yuna se regardèrent. Le premier sourit et déclara : « C’est vraiment génial ! Même s’il est de classe Maître, un voleur n’appartient pas à un type de profession qui permet de bloquer les autres directement. Par conséquent, ruons-nous tout droit hors de la cité ! »

« Très bien ! » Je hochai la tête. Lorsque je me retournai et aperçus la licorne, je ressentis tout à coup ce sentiment d’insécurité dans mon cœur, me faisant m’empresser de demander : « Dans ce cas, qui sera chargé de suivre aux côtés de la licorne ? »

Woodrow et Yuna s’exclamèrent en même temps : « C’est toi évidemment ! »

« Quoi ? Je suis un guérisseur ! » Je m’y opposai naturellement d’une voix puissante : « Un guérisseur devrait rester à l’arrière et profiter de l’air frais ! »

« As-tu réellement perdu la mémoire… ? » commença de nouveau à se murmurer à lui-même Woodrow.

« Ouais, c’est habituellement comme ça. » Iacchi me tapota l’épaule et dit ensuite avec un visage impuissant : « Mais ! Grisia, tu dois savoir que la seule personne dans le groupe à toujours posséder sa chasteté, c’est toi ! Regarde, la licorne ne permettra pas à des personnes impures comme nous de l’approcher. C’est pourquoi, toi seul qui es pur et innocent peux l’emmener hors de la cité. »

Sans expression sur mon visage, je décrétai : « Crois-moi quand je dis que dans la seconde près je vais t’envoyer être réuni auprès du Dieu de la Lumière et lui permettre de te stériliser en une personne pure et vertueuse. »

Iacchi éclata brusquement de rire, mais ce n’était pas aussi terrible que le fait que son rire secouait mes oreilles jusqu’à ce qu’elles fussent sur le point d’exploser. Ma tête me donnait l’impression d’être sur le point de se fendre en deux, mais le pire était que je l’avais également entendu rire fort et rétorquer : « Grisia, rappelle-toi que tu es un guérisseur ! Les guérisseurs n’ont aucun pouvoir d’attaque. Donc, ta menace ne me fait pas peur du tout. »

…Peut-être que je devrais essayer de voir si je connais vraiment la magie.

 

 

Comme nous sortions tous, nous dissimulant continuellement avec de grandes difficultés, nous arrivâmes enfin près des portes de la cité accompagnés de la licorne sans que personne ne s’en rendît compte. Ainsi débutèrent les préparations de dernière minute avant notre fuite.

Pour s’enfuir, Yuna et Igor n’étaient pas assez rapides, alors, après que Yuna eût aidé tout le monde en leur lançant des sorts sacrés, ils se joignirent tous les deux aux groupes qui faisaient la queue pour sortir par les portes de la ville. Cela ne laissa donc que Sybil, Iacchi et Woodrow pour m’accompagner. Normalement, Woodrow non plus ne serait pas assez rapide, cependant dès qu’il se transformait en panthère, il était encore plus vif qu’Iacchi, le plus véloce de l’équipe.

« En combien d’animaux peux-tu te transformer exactement ? » m’enquis-je par curiosité, baissant la tête pour regarder la panthère en bas. Toutefois, il se contenta de me regarder et ne répondit pas.

« Woodrow ne peut pas parler après s’être métamorphosé en panthère ! » Sybil m’expliqua en souriant : « Il ne peut se transformer qu’en ours et en panthère. Quand il se change en ours, il gagne une grande quantité de force, et quand il se métamorphose panthère, sa vitesse augmente de façon significative. »

« Dans ce cas, Woodrow est responsable de faire du tapage pour faire diversion. Iacchi et Sybil, vous êtes en charge d’ouvrir la voie, et moi je vais me ruer tout droit vers l’extérieur. Si nous sommes séparés, alors employez toutes votre force pour courir jusqu’à l’endroit où Woodrow nous a dit de nous rassembler. »

Deux personnes et une panthère hochèrent la tête à mon intention. Après ça, nous enfilâmes tous les masques que nous avions préparés plus tôt. Iacchi était celui qui les avait prévus ; il avait dit que si nous devions commettre un crime, nous devions les porter… Ainsi, on dirait que dissimuler nos visages lors d’un crime est une forme de tradition ?

Je semblais comprendre, sans pour autant saisir complètement, tandis que je revêtais mon masque. Je saisis également l’occasion pour envelopper le visage de tout le monde avec une mince couche de lumière sacrée. De cette manière, notre apparence à tous n’était plus visible à présent.

Naturellement, Woodrow, qui s’était déjà changé en panthère, n’en avait pas besoin.

Je tirai la licorne vers moi. Elle me regarda. Je la regardai en retour. À ce moment-là, j’éprouvai brusquement un sentiment de malaise… Est-ce que je sais monter à cheval ?

Contemplant le dos impeccablement blanc de la licorne, je n’eus aucun sentiment qui me ferait apprécier cette balade. Je ressentais uniquement de l’anxiété, et que si je tombais du dos du cheval…

J’affichai une expression douloureuse et questionnai : « Que se passera-t-il si je tombe ? »

« Si tu tombes ? » répondit Sybil, troublée. « Ça n’a pas vraiment d’importance si tu tombes, n’est-ce pas ? Tu es un guérisseur du Dieu de la Lumière ! Tu peux simplement te guérir, et tout sera comme si de rien n’était ! »

C’est tout ? Mais, pourquoi est-ce que j’ai cette impression que, si je tombe du cheval, il y aura d’affreuses et terribles conséquences ?

Probablement parce qu’ils m’ont vu hésiter à l’idée de monter à cheval, Iacchi fronça les sourcils et déclara : « Grisia, on dirait que tu n’es jamais monté à cheval auparavant. »

« Je suis un guérisseur, pas un chevalier. C’est normal que je ne sache pas monter à cheval ! »

En entendant ceci, Iacchi se gratta la tête, incapable de réfuter mes paroles. « Tu as raison. Mais, si tu ne peux pas monter à cheval, comment vas-tu faire pour chevaucher la licorne ? »

« Eh bien, tant que je m’accroche à elle fermement et que je ne tombe pas de la licorne, dans ce cas cela devrait aller », affirmai-je, en essayant de m’en convaincre moi-même.

Sybil ne put se contenir et rétorqua : « Comment ça “tant que tu t’y accroches fermement” !? Es-tu même sûr que la licorne sait où elle doit aller ? »

« Licorne ! » Je me retournai pour faire face à la licorne et lui ordonnai : « Après ceci, quoi qu’il advienne, précipite-toi de l’autre côté des portes de la cité ! Compris ? »

La licorne acquiesça d’un signe de tête.

« Elle comprend le langage humain ? C’est incroyable… Se pourrait-il que… Cette licorne soit en fait un druide lui aussi ? » murmura Iacchi, amenant le vrai druide, Woodrow, à le bousculer légèrement.

Je pris une profonde inspiration et sautai de toutes mes forces, atterrissant sur le dos de la licorne avec une précision absolue. À cet instant, Iacchi siffla subitement : « Ta posture n’est pas mal ! Il est possible que tu saches comment chevaucher un cheval ! »

Vraiment ? Soudainement, je ressentis un accès de confiance. Avec mon pied, je donnai un coup à l’abdomen du cheval, et la licorne hennit également avec calme en réponse. Et alors, en un instant, elle se mit à courir…

« Ahaha ! »

Sybil rigola bruyamment et se retourna pour demander : « Iacchi, comment est-ce que c’est possible pour un cavalier de tomber du dos d’un cheval et de même atterrir les quatre fers en l’air ? »

Je me levai du sol et protestai avec indignation : « C’est juste que je ne m’agrippais pas correctement pendant un moment ! »

Après que je me fusse levé, je donnai une claque très forte sur la tête de la licorne, la condamnant. « Qu’est-ce qui t’a prise de te mettre à galoper si vite ! Essaierais-tu de me faire tomber et mourir ? »

La licorne hennit tranquillement avec un visage chagriné.

« D’accord, d’accord ! » En voyant que son visage était aussi triste, mon cœur s’adoucit. En retour, je l’avertis simplement : « À partir de maintenant, fais plus attention. »

La licorne me lécha alors joyeusement à nouveau. Le Dieu de la Lumière seul sait pourquoi ce cheval aime à ce point me lécher autant !

Par la suite, une fois que je fus monté sur le cheval, le Woodrow transformé en panthère se mit à courir le premier. Tandis qu’il se précipitait, son apparition provoqua effectivement du chahut dans la file de gens attendant de sortir par les portes de la cité. Il y eut constamment de petits cris de gens qui l’avaient aperçu, et il y eut même des personnes qui se mirent à hurler.

« D’où sort cette panthère ? »

Les gardes aux portes de la cité crièrent en vain. Puis, dix personnes se rassemblèrent en formation d’éventail et brandirent prudemment leurs lances, en visant Woodrow avec toutes les pointes.

« Vas-y maintenant ! »

Quand je tournai la tête, Sybil et Iacchi venait déjà de terminer de crier ces mots. Ils se ruèrent tous les deux sur-le-champ par la sortie. Suite à cela, je donnai un coup de pied au flanc du cheval, obligeant la licorne à suivre derrière eux et à galoper… Cette fois-ci, elle n’osa pas employer toute sa force pour galoper à toute vitesse. Elle courut même à une vitesse sûre et confortable. Une légère brise souffla, et je me sentis si confortable que je songeai que je pourrais aimer chevaucher des chevaux dorénavant.

Je soupirai : « C’est bien plus confortable que d’être porté sur le dos d’une personne. »

En prononçant ces mots, je sentis que c’était étrange. Comment pourrais-je savoir que chevaucher un cheval est bien plus confortable que d’être porté sur le dos d’une personne ? Je n’ai quand même pas été porté sur le dos d’une personne auparavant… ? Comment cela pourrait-il être possible ?

Néanmoins, ce n’était pas le moment d’examiner la question pour savoir si monter à cheval et être porté sur le dos de quelqu’un était mieux. Sybil et Iacchia avait déjà assommé le groupe de personnes à l’avant, m’aidant en ouvrant une voie. Je m’empressai de m’accrocher fermement à la licorne et ensuite lui dis à l’oreille : « Plus vite ! »

La licorne augmenta immédiatement sa vitesse, pendant que le son du vent sifflant dans mes oreilles devenait de plus en plus bruyant. Je n’étais plus très loin des portes de la cité et, pourtant, l’attention de tout le monde était déjà passée de Woodrow, Iacchi et Sybil à la licorne et moi.

« C’est la licorne ! » hurla une personne.

Au départ, tout le monde resta ahuri, seulement capable de garder la bouche ouverte. Malgré cela, tout de suite après, ils se préparèrent et donnèrent la chasse. Même les passants qui avaient crié à tous de rester loin de la panthère ouvrirent grands les yeux et commencèrent à lever diverses armes pour s’approcher de nous. Il y en avait même quelques-uns brandissant des balais !

Les gardes abandonnèrent instantanément la panthère et se retournèrent pour bloquer la licorne et la route que j’empruntais. Néanmoins, Sybil, Iacchi et Woodrow se mirent à les attaquer par derrière. Malgré le fait qu’ils affrontaient des lances, des couteaux, des épées et encore plus d’armes, ils n’avaient pas du tout peur de se servir de leurs corps pour repousser les lances. Cette action fit en sorte que ceux qui s’étaient approchés impulsivement remissent en question l’idée de continuer.

En particulier, ce ne fut seulement que lorsqu’ils furent tous les trois piqués par les lances – et pourtant seules les lances devinrent tordues et brisées alors qu’ils se tenaient debout parfaitement intacts, sans aucune blessure – que les pas de tout le monde firent halte à l’unisson. Les yeux de tous s’agrandirent encore plus que quand ils venaient tout juste d’apercevoir la licorne.

C’est l’opportunité parfaite pour faire une percée et s’enfuir… Je criai avec excitation : « Plus vite ! Licorne ! Va plus vite ! »

La licorne accéléra sur-le-champ la cadence. Le son exaltant du vent soufflait constamment à mes oreilles. La petite porte était droit devant moi. La licorne et moi manquâmes presque de nous ruer à l’extérieur, prêts à prendre les rênes. En plus, personne ne gardait la porte, alors nul ne pouvait nous arrêter !

Cependant, le son exaltant du vent fut brutalement interrompu par un bruit assourdissant.

Pas trop loin devant la licorne et moi, un gigantesque mur s’éleva du sol sans avertissement. Le pouls de la licorne manqua tout à coup un battement et donna l’impression qu’il voulait lâcher. Toutefois, parce que la force employée dans sa course juste avant avait été trop élevée, elle fut réellement incapable de freiner immédiatement. Ses sabots raclèrent sans cesse le sol, mais nous continuâmes toujours de glisser vers l’avant.

La seule raison pour laquelle je n’étais pas tombé du dos de la licorne fut parce que j’avais accroché tout mon corps au cou de la bête et m’étais désespérément agrippé à sa crinière.

Finalement, la licorne entra tout de même en collision avec le mur. Par chance, l’impact de la collision n’était pas trop fort. Elle chancela un peu et se stabilisa ensuite.

Mes battements de cœur s’accélérèrent rapidement. Je l’ai beaucoup trop échappé belle. Si la licorne n’avait pas immédiatement remarqué le mur et ne s’était pas arrêtée, la force de l’impact à cette vitesse m’aurait assurément fait perdre connaissance. Après m’être évanoui, la prochaine fois que je me serais réveillé, il se pourrait que je sois déjà en prison.

Après avoir soupiré de soulagement, j’analysai le mur qui avait surgi de nulle part. Ce mur était en fait composé entièrement de l’élément de glace.

« Que s’est-il passé ? »

Sybil, Iacchi et Woodrow foncèrent vers moi et contemplèrent le mur de glace, l’air ahuri.

« Brise-moi ce mur ! » hurlai-je avec colère.

« Le briser en utilisant quoi ? Nous ne sommes qu’une archère et un voleur ! » crièrent Sybil et Iacchi.

Qui vous demandait votre aide ? Je roulai les yeux à l’intention de chacun d’eux.

À cet instant-là, la corne de la licorne explosa avec une grande quantité de l’élément sacré. Une masse de lumière fonça à toute allure vers le mur de glace.

« Chargez ! »

Néanmoins, la licorne commença à pousser de bruyants hennissements. Elle avait l’air extrêmement mécontente. Ce fut uniquement dans la seconde suivante que je réalisai pourquoi elle était mécontente. C’était parce qu’une quantité colossale de l’élément de la glace s’était de nouveau rassemblée, créant un autre gigantesque mur de glace. Je pouvais le sentir : ce mur de glace était bien plus dense et solide que le premier. Je craignais que la licorne ne pût pas sur-le-champ relâcher une autre attaque pour la briser comme elle l’avait fait plus tôt.

Si ce n’est pas possible de le briser en une seule attaque, dans ce cas il nous sera impossible d’échapper aux attaques de la personne derrière nous… Celle qui a créé le mur de glace !

Je caressai le côté du cou de la licorne et lui dis doucement : « Retourne-toi. »

À ce stade, tout le monde s’était depuis longtemps retourné pour regarder derrière. Sybil hurla même : « Comment est-ce possible ? Ce sont… Ce sont des chevaliers sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière ? »

« Pas seulement ça… » La voix d’Iacchi tremblait frénétiquement : « Celui à l’avant, son symbole appartient aux… Douze Chevaliers Sacrés. »

« C’est le Chevalier de Glace ! » s’exclama Yuna. Sa voix donnait l’impression que la jeune femme s’apprêtait à s’évanouir.

Le Chevalier de Glace ?

Pourquoi cela sonne-t-il si familier ? Mon attention et ma concentration se déplacèrent sur l’individu à l’avant, en partant de son corps rempli des éléments de la glace et de la lumière jusqu’à son apparence individuelle. Son expression faciale était aussi gelée que la glace ; ses membres étaient aussi raides que la glace ; et ses mains tenaient un gros glaçon pointu !

Comme il fallait s’y attendre de la part du Chevalier de « Glace »… Est-ce que cet esquimau en pointe lui sert de nourriture rafraîchissante sur la route ?

Le Chevalier de Glace leva son gros glaçon aiguisé et le pointa sur nous. Froidement, il dit : « Ne bougez plus. »

« Qui croyez-vous menacer en brandissant une sucette glacée ? » rétorquai-je en retour d’un ton glacial que j’avais fait exprès de rendre plus grave de sorte d’éviter qu’il me reconnaisse plus tard.

Le Chevalier de Glace ne répliqua rien. En réponse à une telle provocation, il ne changea même pas d’expression. Cela me fit me demander : les muscles faciaux de ce type sont-ils gelés ?

D’un autre côté, tous ceux présents répondirent de façon extrêmement violente. Cela inclut mes camarades qui poussèrent un petit cri et retinrent leur souffle. Les chevaliers aux côtés du Chevalier de Glace explosèrent pratiquement de rage. Ils hurlèrent tous : « Silence ! Sales hérétiques insolents, comment osez-vous insulter l’Épée Divine de Glace de notre leader ! »

Une épée divine ? Peu importe sous quel angle on la regarde, elle rassemble à une sucette glacée… Au mieux, vous pouvez l’appeler…un bâtonnet divin ?

« Grisia. » Iacchi perdit ses moyens et se mit à parler de façon incohérente : « L-Le Ch-Chevalier de Glace est beaucoup plus fort que les professions de classe M-Maître. C’est impossible de le battre : il fait partie des Douze Chevaliers Sacrés. Que devrions-nous faire maintenant ? Que devrions-nous faire !? »

Je déclarai tranquillement : « Ne t’inquiète pas. Nous n’avons pas à gagner ; nous avons simplement besoin de nous échapper. »

Iacchi s’écria avec détresse : « C’est impossible, même si c’est seulement pour s’enfuir. Grisia, tu… tu souffres d’amnésie, c’est pour ça que tu ignores à quel point les Douze Chevaliers Sacrés sont redoutables. Ils sont… aussi redoutables que des dieux ! »

« Cesse de raconter autant de sottises. » Je roulai des yeux à son intention et lui ordonnai : « Je me moque qu’il soit un dieu ou un démon, bloquez-lui le passage et gagnez assez de temps à la licorne pour rassembler les éléments afin de briser le mur de glace. »

En entendant ceci, la mine d’Iacchi empira. Malgré tout, Sybil et lui, avec l’aide de Woodrow, se dressèrent entre la licorne et les chevaliers sacrés. Par la suite, ils adoptèrent une position prête pour l’attaque. Voyant cela, les chevaliers sacrés, d’un autre côté, semblaient assez surpris, à l’exception du Chevalier de Glace. Ses muscles faciaux ne bougèrent pas d’un millimètre.

« Levez les défenses », leur commanda le Chevalier de Glace sur un ton monotone.

Les chevaliers sacrés levèrent instantanément leurs boucliers, formant un mur de boucliers. Puis, dans les espaces entre les boucliers, ils firent dépasser leurs longues épées.

Plus de dix chevaliers sacrés ont formé une ligne de défense contre nous quatre ? N’ont-ils pas l’intention de nous poursuivre ?

À cet instant précis, une ouverture apparut dans le mur de bouclier. Le Chevalier de Glace sortit de derrière la formation et marcha ensuite lentement dans notre direction. Il fut le seul à venir vers nous.

À ce moment-là, la corne de la licorne libéra une immense quantité de l’élément de la foudre. Subitement, un éclair tomba du ciel et vint avec précision s’abattre sur le mur de glace derrière nous. Toutefois, je n’étais pas du tout content, parce que l’élément de la glace n’avait pas disparu.

Le Chevalier de Glace qui se tenait devant moi relâchait un excessivement puissant élément de la glace vers le mur de glace. Si nous ne le vainquons pas, nous n’en finirons pas de briser ces murs de glace, et nous n’aurons aucune raison de les briser non plus, étant donné qu’il peut continuellement créer des murs de glace jusqu’à ce que lui ou la licorne ne puisse plus rassembler aucun élément.

La licorne hennit avec colère en direction du ciel ; elle se mit même à incessamment racler ses sabots sur le sol. Elle désirait sans doute se précipiter sur le Chevalier de Glace pour avoir une bataille épique.

« Sois sage. » Je lui tapotai la tête sévèrement.

La licorne poussa un hennissement triste, puis baissa la tête. Elle lâcha même des pleurnichements, la faisant paraître comme si elle était face à une extrême injustice.

À ce stade, le Chevalier de Glace se trouvait ni plus ni moins à pratiquement dix pas de nous… Un mur de glace s’éleva abruptement depuis le sol, lui bloquant le passage.

Puis, la foudre s’abattit à nouveau derrière nous, identique à celle employée par la licorne auparavant.

« Dépêchez-vous de courir ! » hurlai-je.

Au départ, les trois d’entre eux à l’avant restèrent ahuris. Le premier à réagir fut Iacchi. Sans ajouter quoi que ce fût, il se retourna immédiatement et passa devant la licorne et moi : il était aussi rapide qu’un coup de vent. Ses actions firent reprendre leur sang-froid à Sybil et à Woodrow, et ceux-ci se retournèrent également et commencèrent à s’enfuir l’un après l’autre.

Lorsque Sybil me dépassa, je donnai un coup de pied au flanc du cheval. La licorne suivit sur-le-champ mes ordres et se retourna pour courir à toute vitesse.

Au beau milieu de notre fuite, je sentis que le mur de glace derrière moi avait déjà été brisé. Mais, inutile de m’inquiéter, j’avais déjà préparé quelques éclairs pour ralentir la poursuite du Chevalier de Glace.

En fin de compte, nous nous échappâmes de la cité.

 

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle # 3 : Faire Face Aux Ténèbres

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Les Histoires à Part de La Légende du Chevalier du Soleil

Roman d’origine en chinois par : 御 我 Yu Wo 


Facing The Darkness – traduit du chinois vers l’anglais par dahlys[PR!]
Faire Face Aux Ténèbres – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

Lesus du Jugement s’agenouilla au sol, avec la tête penchée et la main droite posée sur son cœur, alors qu’il priait devant le Symbole de la Lumière.

La chambre de prière avait été conçue avec soin afin que la pièce entière paraisse extrêmement sombre. Seule la fenêtre au-dessus du Symbole de la Lumière était ouverte, illuminant vivement le symbole.

Pour cette raison, le Chevalier du Jugement, tout vêtu de noir, était complètement enveloppé par les ténèbres, et on pouvait difficilement distinguer sa silhouette agenouillée devant le Symbole de la Lumière.

Le Chevalier du Jugement arrive, dépêchons-nous de nous en aller…

Vous ne savez qu’interroger des criminels enchaînés au mur ! Quelle sorte de Chevalier Sacré êtes-vous donc ?

Le Chevalier du Jugement est un homme cruel et sans cœur… Quoi qu’il arrive, ne le contrarie jamais !

Pardonnez-moi, pardonnez-moi… Les dieux ne sont-ils pas censés pardonner les pêcheurs ? Pourquoi ne me pardonnez-vous pas !?

Regarde-toi, entièrement couvert de vêtements aussi noirs que l’enfer. Quel genre de Chevalier Sacré es-tu donc ?

« Malgré le fait qu’il soit très occupé par son travail, le Chevalier du Jugement n’oublie jamais de prier la Lumière. Sun admire réellement un tel dévouement. »

En entendant soudainement la voix de quelqu’un, Lesus se pétrifia un moment avant de tourner la tête. La porte de la chambre de prière avait été ouverte, et une personne était appuyée contre l’encadrement. La lumière brillante provenant de l’extérieur faisait luire avec radiance ses cheveux blonds-dorés.

C’est si lumineux.

Lesus détourna le regard et garda la tête baissée. Il dit simplement : « Prier est à présent le seul moyen pour moi de confirmer que je suis bel et bien un Chevalier Sacré. »

Stupéfait, Grisia entra rapidement dans la salle et referma la porte. Il demanda : « Que s’est-il passé ? »

Lesus secoua la tête et répondit : « Je suis juste un peu confus. Je ne suis pas sûr de savoir si je suis réellement un Chevalier Sacré, ou si je suis… un bourreau. » Alors qu’il finissait cette phrase, sa voix devint presque trop faible pour être entendue.

Sous le choc, Grisia s’exclama : « Bien sûr que tu es un Chevalier Sacré, et tu es même le Chevalier du Jugement ! Lesus, si tu n’en es pas un, qui d’autre serait digne d’être appelé ainsi ? »

Lesus sourit faiblement et mentionna quelque chose qui n’avait rien à voir : « Grisia, sais-tu où se trouve le Symbole de la Lumière dans le Tribunal ? »

Déconcerté, Grisia répondit honnêtement : « Je n’y ai jamais prêté attention. »

« Afin de laisser les criminels se confesser et se repentir tout en regardant le Symbole de la Lumière, le symbole est placé sur le mur devant les criminels. Chaque fois que j’interroge des criminels, le symbole est illuminé derrière moi… Mon dos est toujours tourné au Symbole de la Lumière, alors que je fais face aux criminels et que je les interroge, en employant des méthodes plus cruelles qu’aucun d’entre eux n’ont jamais utilisées. »

Toutes sortes de méfaits malfaisants, d’appareils de torture, de coups de fouet, de sanctions à mort… Lesus se remémora les méthodes de torture auxquelles il était le plus communément exposé au quotidien. Aucune d’entre elles ne lui donnait l’impression d’être un Chevalier Sacré. Il n’éprouvait que le sentiment de faire face à une obscurité sans limite et que, s’il venait à perdre pied ne serait-ce qu’une fraction de seconde, il chuterait dans des ténèbres sans fin, pour ne jamais plus en ressortir…

Grisa répondit précipitamment : « Tu es le Chevalier du Jugement, et juger les criminels a toujours été la responsabilité du Chevalier du Jugement. Tu es donc forcément un Chevalier Sacré ! »

« C’est ce que tu crois ? Mais, j’ignore moi-même quand ce sera mon tour de sombrer dans ces ténèbres. » Lesus se leva et annonça brusquement : « Je devrais retourner au Tribunal. J’ai encore de nombreuses affaires à régler… et beaucoup d’audiences avec des criminels à conduire. »

Après qu’il eût fini de parler, il marcha en direction de la porte. Cependant, la voix de Grisia résonna derrière lui : « Lesus, même s’ils font face aux ténèbres avec le dos tourné à la Lumière, les Chevaliers Sacrés marchent tout de même sous la lumière, pas les ténèbres! »

Lesus s’arrêta.

« Si tu ne sacrifiais pas tes chances de faire face à la lumière, est-ce que la sécurité de la Cité du Bourgeon serait aussi splendide ? Et, pourtant, tu commences à regretter ta décision ? Lesus, regrettes-tu ton choix de te sacrifier pour que les citoyens puissent vivre dans la lumière ? »

Lesus se retourna et vit le Chevalier du Soleil qui se tenait dans l’obscurité avec une expression de tristesse sur le visage. Le Chevalier du Soleil demanda : « Lesus, regrettes-tu réellement d’avoir sacrifié tes chances de faire face à la lumière ? »

Même s’ils font face aux ténèbres avec le dos tourné à la Lumière, les Chevaliers Sacrés marchent tout de même sous la lumière, pas les ténèbres !

Bien que le Symbole de la Lumière derrière lui fût baignée dans la lumière du soleil, celui qui l’avait réellement sauvé était le Chevalier Sacré qui se tenait dans l’obscurité.

Si celui qui se tenait dans l’obscurité était la personne qui l’avait sauvé, peut-être qu’il pourrait aussi continuer à faire face aux ténèbres.

« Lesus ? »

Lesus sourit et questionna : « Grisia, même si je venais à sombrer dans les ténèbres, tu te contenterais de me ramener, n’est-ce pas ? »

« Bien sûr ! Nous sommes de bons amis après tout ! Par conséquent, Lesus, s’il-te-plaît, aide-moi à donner une leçon à Earth ! Cet enfoiré mérite d’être tabassé jusqu’à ce qu’il soit à moitié mort et à moitié paralysé ! On verra s’il ose encore exhiber devant moi la dernière femme qu’il a attiré par la suite ! »

« … »

Il semblerait que la question de savoir qui ramènera qui est encore incertaine !

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle # 6 : Doux Sourire

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Side Story #6: Sweet Smile – traduit du chinois à l’anglais par dahlys[PR!]
Histoire Parallèle #6 : Doux Sourire – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par LuluHime

Ecilan de Glace est éternellement inexpressif. Bien que personne ne puisse lire dans ses pensées, ses desserts sont toujours aux goûts de tous.

S’il y avait une chose qui pouvait représenter Ecilan, ce serait assurément ses desserts.

 

 

Son rêve, à l’origine, était de devenir un boulanger, mais par un certain coup du sort, il était devenu le Chevalier de Glace. Il avait dû changer et passer d’un enfant toujours souriant à une personne sans expression. Il avait aussi dû changer et passer d’une personne qui apportait chaleur et satisfaction à quelqu’un qui rendait les autres alertes et méfiants.

Il semblerait qu’il ait perdu beaucoup de choses, incluant son rêve.

Toutefois, Ecilan sentait tout de même qu’il avait gagné plus qu’il n’avait perdu.

Parce qu’en fait il y a plusieurs manières d’exprimer un sourire.

 

 

« Lan1, ne souris pas ! »

Le sourire d’Ecilan devint immédiatement rigide. Il ne faisait que saluer avec un sourire un apprenti chevalier sacré qui passait, étant donné qu’il connaissait cet enfant depuis longtemps. Il allait souvent livrer du pain chez lui.

C’est exact ; Ecilan était le fils d’un boulanger. Depuis qu’il était tout petit, il aspirait à devenir le meilleur boulanger de la Cité du Bourgeon. Son plus grand rêve était de démarrer une section de desserts en plus de confectionner du pain… Mais, présentement, il était l’Apprenti-Chevalier de Glace. Tout le monde l’appelait habituellement l’Apprenti-Chevalier de Glace.

Avec une expression de stupeur et d’horreur sur son visage, l’apprenti-chevalier devant eux s’inclina en face de la personne se trouvant derrière Ecilan. Après s’être incliné, il s’enfuit rapidement, comme si la personne derrière Ecilan était une inondation ravageuse ou une bête sauvage… Peut-être le Chevalier de Glace était-il plus effrayant qu’une inondation ravageuse ou qu’une bête sauvage ?

Ecilan fit disparaître le sourire et toute autre expression de son visage, devenant totalement inexpressif. Seulement à ce moment-là osa-t-il tourner la tête et faire face à la personne derrière lui. Il salua : « Bonjour, Maître ! »

Le Chevalier de Glace, Eller, le questionna, un peu agacé : « Lan, pourquoi est-ce que tu n’arrives pas à changer ton habitude de sourire ? C’est vraiment si difficile de ne pas sourire ? »

Ecilan se sentit victime d’une injustice. Par le passé, chaque fois qu’il livrait le pain, les gens faisaient l’éloge de son sourire. À présent, il ne pouvait plus sourire du tout.

Pourquoi était-il devenu le Chevalier de Glace ? Il n’avait fait qu’aller livrer du pain au Temple Sacré. À ce moment-là, le Temple Sacré était en pleine sélection d’Apprenti-Chevaliers. Il n’avait fait que passer, et n’avait même pas rejoint la sélection. Il n’avait aucune idée de ce que le Chevalier de Glace avait vu en lui… Ne disaient-ils pas que le Chevalier de la Pierre était le plus têtu parmi les Douze Chevaliers Sacrés ?

Cependant, ce jour-là, le Chevalier de la Pierre lui avait dit : « Tu as intérêt à docilement acquiescer de la tête et à accepter de devenir l’Apprenti-Chevalier de Glace ! Notre Chevalier de Glace est très têtu et n’écoutera pas les autres, alors il ne te permettra pas de dire non. »

Eller fronça les sourcils, s’exclamant d’une voix grave : « Et tu ne peux pas non plus afficher un air triste ! »

Quand il entendit cette déclaration, Ecilan fit de son mieux pour effacer chacune des expressions sur son visage.

Mécontent, Eller le réprimanda : « Je veux seulement que tu ne sourisses pas, est-ce si difficile ? Tu as vu que l’Apprenti-Chevalier du Jugement devait aussi agir de façon froide et calme ! Je ne t’ai même pas demandé d’en faire autant, et je veux uniquement que tu remplisses les exigences minimales du Chevalier de Glace. Si tu ne peux pas rester indifférent, dans ce cas, au moins, ne peux-tu pas être inexpressif ? »

Ecilan admit que Lesus devait travailler beaucoup plus dur que lui, mais il avait vraiment envie de rétorquer à son maître : « Votre vous actuel qui parle trop est totalement différent de comment le Chevalier de Glace indifférent et réservé devrait agir ! »

« De toute manière, à partir d’aujourd’hui, tu as intérêt à rester inexpressif et silencieux ! Si j’entends à nouveau quelqu’un dire “Ce garçon, Ecilan, est vraiment soucieux, poli et toujours souriant” ou quelque chose de la sorte, je vais… t’interdire l’accès à la cuisine ! »

Mais, depuis que je suis petit, Maman et Papa m’ont toujours enseigné que je devrais être poli envers les gens, que je ne devrais pas faire face aux gens avec une expression déplaisante… Ecilan eut à nouveau l’impression qu’on lui avait fait du mal injustement, mais à l’instant où il entendit qu’on lui interdirait l’accès à la cuisine, il se sentit comme s’il avait soudainement été foudroyé par un éclair ! De tout le Temple Sacré, son endroit préféré était la cuisine. Après tout, c’était le seul lieu où il pouvait cuisiner !

Eller regretta ce qu’il venait de dire dès l’instant où il le dit. S’il interdisait à Ecilan d’entrer dans la cuisine, qui allait lui préparer du pain ? Toutefois, c’était la façon la plus efficace de menacer Ecilan… Oublions ça ; il attendrait simplement jusqu’à-ce qu’Ecilan brise vraiment les règles avant d’y songer à nouveau !

« Lan, j’ai faim. Le pain est-il prêt à être mangé ? »

Ecilan répondit docilement : « Je m’en vais tout de suite à la cuisine pour vérifier s’il a terminé de cuire. Si c’est le cas, je viendrai vous l’apporter, Maître. »

Eller acquiesça d’un signe de tête. Alors qu’Ecilan était différent de Lesus qui était doué dans tous les domaines – Bon sang ! Chasel avait vraiment déniché un trésor ! – et qu’il y avait quelques problèmes avec l’entraînement d’Ecilan sur la personnalité du Chevalier de Glace, Lesus ne savait pas comment faire cuire du pain, particulièrement du pain aussi délicieux que celui qu’Ecilan confectionnait !

« Je vais t’attendre dans ma chambre. Sur ton chemin, va me chercher du vin fait par Neo en plus du pain. »

« D’accord. »

Ecilan poussa un soupir de soulagement. Comparé à l’entraînement spécial pour devenir inexpressif, il aimait mieux aller dans la cuisine pour confectionner du pain. Il souhaitait vraiment que son maître mangeât six repas par jours pour qu’il puisse passer toute la journée à l’intérieur de la cuisine !

 

 

En plus du plateau complet de pain, Ecilan avait aussi essayé de faire cuire un gâteau à la myrtille ! Malheureusement, c’était la première fois qu’il faisait cuire un gâteau, alors il n’avait pas encore trouvé la bonne quantité d’ingrédients à ajouter. En fin de compte, il avait mis trop de sucre, et le dessert était devenu trop sucré.

Ecilan pensa que ce serait dommage de le jeter, alors il décida de le ramener jusqu’à la chambre. Afin d’éviter de gaspiller de la nourriture, il le mangerait en buvant beaucoup d’eau.

Sur son chemin pour retourner à la chambre, il rencontra quelqu’un d’inattendu. Grisia arborait un large sourire radieux sur son visage, et il semblait constamment se murmurer quelque chose à lui-même. Je me demande ce qu’il dit… Est-ce qu’il récite les Règles du Dieu de la Lumière ? On raconte que le Chevalier du Soleil est le Chevalier Sacré le plus loyal au Dieu de la Lumière, en plus d’être le porte-parole de ce dernier…

Ce ne fut que lorsque Grisia se trouva à quelques pas de lui qu’Ecilan se rappela que ce dernier était le Chevalier du Soleil, alors que lui appartenait à la faction du côté du Chevalier du Jugement. A-Alors, ils ne devraient pas bien s’entendre l’un avec l’autre !

Ecilan afficha immédiatement un visage inexpressif. Cependant, il n’aurait jamais cru que Grisia s’arrêterait de marcher et regarderait… le plat dans ses mains.

« Wow, c’est un gâteau ! » s’exclama soudainement Grisia, et celui-ci tendit sur-le-champ la main pour prendre un morceau de gâteau.

« C-C’est un gâteau d’essai que j’ai fait cuire… Non ! » cria Ecilan, pris de panique. Mais, tout de suite après qu’il eut fini de crier, il réalisa que sa voix avait sonné fâchée, comme s’il le réprimandait.

La main de Grisia s’arrêta, et il baissa le regard sur le gâteau. Avec un peu de regret, il demanda : « Je ne peux pas le manger ? »

Ecilan commença à paniquer encore plus. Bien qu’il voulût s’expliquer, son maître venait tout juste de lui dire qu’il devait rester inexpressif et silencieux à partir d’aujourd’hui, ou il ne lui serait plus jamais permis de pénétrer dans la cuisine à nouveau… Que faire ?

En voyant le visage sans expression d’Ecilan, Grisia baissa la tête et s’excusa : « C’est… Je suis vraiment désolé d’avoir essayé de te prendre ton gâteau ; je t’en prie, ne sois pas fâché contre moi ! »

Ce n’est pas vrai… Je ne suis pas du tout en colère ! Ecilan était si nerveux qu’il avait envie de pleurer.

« Mais, puisque j’en ai déjà pris un morceau, s’il-te-plaît laisse-moi le manger ! » Dès que Grisia eut fini de parler, il s’enfuit en vitesse, comme s’il craignait qu’Ecilan voulût récupérer le morceau de gâteau.

Ecilan fixa le vide, sous le choc, étant donné qu’il n’avait pas du tout eu le temps de réagir. Sa première pensée fut : Je suis content que Grisia ne semble pas en colère. Immédiatement après cela, il se remémora qu’un morceau du gâteau avait été pris. C’est trop sucré, si Grisia le mange… Oublie ça, si c’est trop sucré, dans ce cas il devrait le recracher après une bouchée, non ?

Peut-être que Grisia aime les gâteaux à la myrtille ? À l’avenir, je devrais lui faire cuire quelques gâteaux. Il semblerait qu’il aime beaucoup les desserts, et  j’ai également très envie d’essayer de confectionner des desserts. Plus Ecilan y songeait, plus il se sentait heureux. Il ne put s’empêcher de sourire joyeusement, alors que son esprit était rempli de toutes sortes de desserts et de pains…

« Lan ! »

Ecilan sursauta de stupeur. Quand il se remit de son choc, il se rendit compte que son maître marchait actuellement vers lui avec fureur. Cela lui fit perdre ses moyens, puisqu’il savait qu’il n’était pas du tout inexpressif il y a un instant. Sans doute qu’il était même visiblement en train de sourire !

Eller se dirigea droit vers lui avec colère, puis se mit à le réprimander : « Je viens à peine de te demander de ne pas sourire, mais tu as immédiatement violé mes ordres ! Pourquoi es-tu un enfant aussi désobéissant ? Est-ce que c’est vraiment si dur de ne pas sourire ? À partir d’aujourd’hui, il t’est interdit d’entrer dans la cuisine jusqu’à ce que tu aies appris à ne pas sourire ! »

« Pourquoi est-ce que je ne peux pas sourire ? » Ecilan ne put plus se retenir de dire avec émotion : « Si je fais face aux gens avec une expression déplaisante, ne vont-ils pas être mécontents ? Peut-être qu’ils vont même me détester ! Dans ce cas-là, j’aurai un ami en moins ! »

Quand il entendit l’une des rares réponses remplies d’émotion d’Ecilan, Eller resta sans mots. Cet enfant n’était pas du genre à désobéir à ses aînés, alors pourquoi était-il si rebelle aujourd’hui ? D’ailleurs, il lui était impossible de réfuter les propos qu’il venait de tenir…

Les yeux d’Ecilan se remplirent de larmes, et il tenta de son mieux de les empêcher de couler. Toutefois, il ne pouvait simplement plus y résister, alors il donna vite le plateau à son maître et articula : « Maître, savourez votre repas. » Après cela, il s’empressa de se retourner et s’enfuit en courant.

« Lan ! »

Lorsqu’il entendit l’appel, Ecilan s’arrêta pendant un instant, mais ne se retourna pas. Au lieu de cela, il s’enfuit vite, parce que son visage était déjà couvert de larmes.

Ne parle pas de pleurer, Maître ne me permet même pas de sourire !

 

 

Ouuiinn… ouiin…

J-Je veux rentrer à la maison et devenir boulanger…

« Pourquoi pleures-tu ? Tu as l’air si triste… »

Stupéfait, Ecilan sauta de son lit. Il était couché sur son lit, mais il était presque tombé en bas de celui-ci à cause de l’appel soudain.

« Grisia ? »

Grisia l’observait avec des yeux remplis d’espoir. Cela fit rougir Ecilan. Il essuya vite ses larmes.

« Est-ce qu’il t’en reste ? »

« Hein ? » Ecilan fixa Grisia d’un regard vide.

Avec un air très enthousiaste sur le visage, Grisia s’enquit : « Est-ce qu’il te reste du gâteau ? »

« …C’est mon maître qui l’a au complet. »

« Quoi !? Ce gâteau était immense ! Est-ce qu’il a l’intention de le manger en entier par lui-même ? »

Ecilan n’avait aucune idée de ce qu’il se passait, mais il répondit tout de même : « Non, ce gâteau est trop sucré. Il se pourrait que mon maître ne le mange pas. »

« Il ne le mangera pas ? » Choqué, Grisia s’exclama : « Mais, ce gâteau est si délicieux ! S’il ne va pas le manger, est-ce qu’il va le jeter ?  Quel dommage ! Non, non, on ne peut pas le laisser être jeté ! »

Ecilan se trouvait toujours dans un état de confusion, mais Grisia l’agrippa en un mouvement et était sur  le point de le traîner hors de la pièce.

« Aller, allons retrouver le Chevalier de Glace et reprendre le gâteau ! »

Quoi !? Sidéré, Ecilan protesta : « A-Attends une minute… »

« Qu’est-ce que tu attends ? Si nous attendons plus longtemps, le gâteau va être jeté ! »

« J’ai du pain ici avec moi. Il est à la myrtille, exactement comme le gâteau ! S’il-te-plaît, ne pars pas à la recherche de mon maître ! »

Grisia s’arrêta et se tourna pour regarder Ecilan. Ce dernier sortit du pain d’une armoire et répandit de la confiture de myrtille sur le dessus avant de le donner à Grisia.

Grisia mordit impudemment dans le pain à l’instant où il le reçut. Quand il vit cela, Ecilan se détendit.

« Ce n’est pas assez sucré. Viens, allons chercher le gâteau ! »

Heeiiiiin ?

 

 

La vue de deux apprentis-chevaliers marchant ensemble attira beaucoup de regards de la part des gens. Grisia sourit pendant tout le chemin, mais, à côté de lui, Ecilan était complètement sans expression.

Grisia sourit et marmonna dans sa barbe en même temps. « Ah, bon sang, quelqu’un vient et je dois encore sourire. Mon visage est déjà raide ! Je n’ai vraiment pas envie de sourire, mais mon Maître va me massacrer si je ne le fais pas… Je vais sourire ! »

Les yeux d’Ecilan s’écarquillèrent tandis qu’il regardait Grisia. A-Alors c’est ce qu’il disait à chaque fois qu’il marmonnait dans sa barbe ?

En cours de route, Ecilan observa que Grisia devait révéler son plus brillant sourire chaque fois qu’une personne passait à côté d’eux. Quand il n’y avait plus personne dans les environs, il laissait ses muscles faciaux se détendre mais, à l’instant où quelqu’un apparaissait, il devait sourire sur-le-champ. Ecilan réalisa tout à coup que sourire n’était peut-être pas aussi facile qu’il y paraissait.

Lorsque Grisia remarqua qu’il y avait plusieurs personnes qui marchaient dans leur direction, son visage devint aussi pâle que de la cendre. Du coin de l’œil, il aperçut Ecilan et décida immédiatement de lui parler afin de ne pas avoir à sourire continuellement. Néanmoins, à l’instant où il vit les yeux rougis d’Ecilan, il commença à vouloir avoir une vraie discussion. Il ne put s’empêcher de demander : « Ecilan, pourquoi pleurais-tu il y a un instant ? »

« Je… Je me disais juste que je ne suis pas fait pour être le Chevalier de Glace. »

« Oh, dans ce cas, que veux-tu devenir ? »

« À l’origine, je voulais devenir le meilleur boulanger de la ville. »

« Ooooh ! Pas étonnant que tu sois si doué pour confectionner du pain et des gâteaux ! »

« Je ne le suis pas ; c’était la première fois que je faisais cuire un gâteau. Je l’ai même rendu trop sucré… » Ecilan ne put résister à l’envie de le questionner : « Tu ne trouves pas que le gâteau était trop sucré ? »

« Non, pas du tout ! Et il aurait même pu être plus sucré… Hmm ? Ce ne serait pas ton maître ? »

Ecilan tourna la tête pour voir. Effectivement, le Chevalier de Glace se tenait présentement sur un balcon à côté du corridor. Il n’était pas seul, puisque le Chevalier du Jugement était là lui aussi.

Grisia attrapa la main d’Ecilan et s’approcha discrètement de la fenêtre la plus proche du balcon.

Un peu perplexe, Ecilan demanda : « Ne cherchais-tu pas mon Maître ? »

« Si ! Mais d’abord, écoutons leur conversation ! »

Pourquoi est-ce que nous devons écouter leur conversation en premier… ? Ce n’est pas mal d’écouter aux portes ? Juste au moment où il songeait à corriger Grisia, il entendit une voix s’élever du balcon.

« Ai-je commis une erreur ? Peut-être que je n’aurais pas dû choisir Ecilan, étant donné qu’il ne faisait pas parti des enfants qui étaient venus pour la sélection. »

Ecilan sursauta sous le choc. Son Maître… regrettait-il de l’avoir choisi ?

M-Mais, il faisait déjà de son mieux pour s’adapter à sa nouvelle identité, et travaillait dur pour devenir le Chevalier de Glace. Il trouvait même que pratiquer le maniement de l’épée était extrêmement amusant, et il s’était familiarisé avec plusieurs Chevaliers Sacrés…

Sentant ses yeux commencer à lui brûler un peu, Ecilan tourna la tête et entreprit de s’éloigner. Toutefois, Grisia raffermit brusquement son emprise sur sa main. Quelle que soit la force avec laquelle il lutta, Grisia ne voulait pas le lâcher.

Encore une fois, ils entendirent la voix du Chevalier de Glace en provenance du balcon. Il déclara : « Mais, je n’ai vraiment pas envie de choisir un enfant qui a l’air glacial dès le départ ! Et Ecilan est un si bon enfant ! C’est un garçon soucieux, il respecte ses aînés, et il sait même comment pétrir le pain ! »

Ecilan se figea et cessa de lutter pour s’échapper.

Ils entendirent la voix grave du Chevalier du Jugement, qui affirmait : « Tu as raison. Si j’étais toi, je l’aurais aussi choisi, étant donné que c’est vraiment un bon garçon. Mais, tu n’as pas besoin de précipiter l’entraînement d’Ecilan pour correspondre à la personnalité qu’on “s’attend” à voir chez le Chevalier de Glace, puisqu’il n’est l’Apprenti-Chevalier de Glace que depuis légèrement moins de deux ans. »

« Mais… » La voix du Chevalier de Glace était remplie de frustration comme il révélait : « Tu devrais savoir que, récemment, beaucoup de gens se sont mis à parler de remplacer l’Apprenti -Chevalier de la Pierre. Des remarques de la part de ceux qui s’opposent à l’Apprenti-Chevalier du Soleil ont aussi fait surface. Si Lan n’apprend pas à être inexpressif, qu’est-ce que je vais faire lorsque des vagues de commentaires au sujet de le remplacer vont venir ? »

Chasel répondit simplement : « Ne t’inquiète pas, Neo ne permettra pas à la personne qu’il a choisie d’être remplacée. Tu devrais connaître sa personnalité depuis le temps. S’il n’est pas d’accord pour remplacer son apprenti, dans ce cas personne ne peut l’y contraindre. »

Toujours un peu inquiet, Eller ajouta : « Et qu’en est-il de l’Apprenti-Chevalier de la Pierre ? »

« Si nous en remplaçons un, ça forme un précédent pour en remplacer un deuxième. Par conséquent, Neo ne permettra définitivement pas à l’Apprenti-Chevalier de la Pierre d’être remplacé, parce que ça lui causerait des problèmes. »

En entendant ceci, Eller se sentit beaucoup plus calme. Puisque Neo ne permettrait pas à l’Apprenti-Chevalier de la Pierre d’être remplacé, alors il ne permettrait pas non plus à Ecilan d’être remplacé lui aussi. Avec le soutien de Neo, vous pouviez être sûr que les choses seraient beaucoup plus faciles. Parce que tout le monde savait que, une fois que Neo avait pris sa décision, il persisterait dans cette voie jusqu’à la toute fin, qu’il soit dans son droit ou pas… Même en forçant les gens à lui rendre service, il n’abandonnerait jamais jusqu’à la fin.

« Dans ce cas, je peux me détendre et prendre mon temps pour entraîner Ecilan. D’ailleurs, je devrais lui accorder plus de temps pour aller à la cuisine… Le gâteau qu’il a fait cette fois était beaucoup trop sucré ! Ses talents culinaires laissent encore énormément de place à l’amélioration ! Soupir, j’ai vraiment envie de le manger, mais c’est trop sucré… »

 

 

Seulement une fois que les bribes de la conversation des deux personnes se furent arrêtées après un bon bout de temps Ecilan se remit-il de sa stupeur. Il se rendit soudainement compte, Mon Maître me forçait-il à devenir inexpressif, ces derniers temps, parce qu’il avait peur que je sois remplacé ?

« Alors, tu veux devenir le Chevalier de Glace, ou un boulanger ? »

Stupéfait, Ecilan leva la tête et rencontra le regard sérieux de Grisia. Il réfléchit à sa question, et répondit avec hésitation : « J-Je veux… Je veux devenir le Chevalier de Glace ! Je n’aime pas le fait de ne pas pouvoir sourire, mais j’aime tout le reste ! Même si je ne deviens pas boulanger, je peux toujours confectionner du pain. Mais, si je ne deviens pas le Chevalier de Glace, je sens que je v-vais perdre pleins de choses ! » Comme mon Maître et les autres Chevaliers Sacrés. J’ai aussi promis à Lesus que je pratiquerais ma technique à l’épée avec lui !

« Tu aimes sourire ? » Un peu surpris, Grisia décréta : « Mais, sourire est très fatigant ! »

Ecilan y resongea. S’il devait sourire toute la journée comme Grisia, ce serait en effet très fatigant. Il expliqua avec honnêteté : « Mais, j’ai peur que si je ne souris pas, les gens vont me détester. »

En entendant cela, Grisia secoua la tête de façon exagérée et répliqua : « Qui a dit ça ? Tu ne m’as pas souris, mais je t’aime bien quand même ! Surtout les gâteaux que tu fais ! »

Ecilan cligna des yeux. Il réalisa que ce que Grisia venait de dire était exact. Bien qu’il ne lui eût pas souri, Grisia ne le détestait pas pour autant… Il sentit soudainement qu’il avait compris quelque chose.

Même s’il ne souriait pas, tant qu’il leur offrait des desserts, les gens ne sentiraient-ils pas qu’il n’était pas une personne détestable ?

Ainsi, les desserts… peuvent en fait remplacer les sourires ?

Note de bas de page

1 « Lan » : C’est le surnom qu’Eller a donné à Ecilan.

Invincible Partie 2 : L’Elfe Noir – Aldrizzt

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoires à Part

Roman d’origine en chinois par (Yu Wo)


Unbeatable Part 2: Dark Elf – Aldrizzt – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 2 : L’Elfe Noir – Aldrizzt – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin/Nocta

Il regarda à droite puis à gauche, mais ne vit pas ses bagages. Neo se rappela finalement que tout ce qu’il avait pris avec lui en partant était un paquet de rations déshydratées qu’il avait obtenu des cuisines. Il n’avait rien emmené d’autres, il ne pouvait donc évidemment pas avoir de bagages.

Dans une situation où il ne possédait aucun vêtement propre pour se changer, il n’avait pas d’autres choix que de remettre la tenue qu’il avait abandonnée. Ses habits empestaient la sueur et, comme il les avait jetés par terre sans y prêter attention, ils étaient maintenant couverts de terre.

Je dois remettre ces guenilles ? Neo afficha une expression pleine de dégoût. Mais, peu importe à quel point ses vêtements étaient dégoûtants et puants, les porter serait toujours mieux que se balader nu.

Avec un pied sur le bord, il venait juste de décider de remonter et de remettre ses vêtements sales, quand il entendit du bruit non loin de là. On percevait le bruissement des feuilles d’arbres, le claquement du métal contre du métal, et même des cris de personnes. En combinant les différents sons, on dirait que… un combat a lieu ?

Neo leva un sourcil et reposa ses vêtements sales. À la place, il ramassa son épée et retourna dans l’eau.

Peut-être que quelques personnes sont là pour me « donner » des vêtements. Même si leurs habits puent trop pour être portés, au moins ils auront des « bagages », non ?

Penser à cela mit Neo de bonne humeur. Il prit ainsi les choses tranquillement, tandis qu’il observait la situation se développer.

Le son du frottement des feuilles se faisait de plus en plus fort. Une seconde plus tard, un humain passa à toute vitesse entre les arbres et aboutit dans la clairière… Attendez, ce n’est pas un « humain ». Les yeux de Neo s’agrandirent légèrement.

Cette personne possédait en réalité une couronne de cheveux d’un blanc immaculé, une couleur très différente des cheveux blancs cendrés d’un vieil homme. Les cheveux de cette personne étaient blancs comme la neige, et cela semblait naturel, à la différence des cheveux grisonnants d’une vieille personne.

Dans la seconde suivante, il nota un trait encore plus remarquable. La peau de cet individu était d’une couleur presque noire.

Des cheveux blancs et la peau noire, une seule race au monde réunit ces traits.

Les elfes noirs.

L’individu sembla avoir remarqué Neo, mais il n’avait visiblement pas de temps à perdre pour porter attention à un humain dans un lac. Il se retourna immédiatement et avança lentement en jetant plusieurs sorts.

Les sorts ressemblaient à de grandes lames, mais celles-ci étaient à moitié transparentes. Alors que chaque sort lancé frappait un arbre, une entaille apparaissait immédiatement sur le tronc des arbres, et ces derniers se fendaient en deux là où ils étaient entaillés, comme s’ils avaient été coupés par une vraie lame.

Est que c’est Lame de Vent ? Ça ne semblait pas tout à fait exact, puisque Lame de Vent était un sort transparent et incolore, tandis que les lames de vents qu’il voyait avaient une légère coloration noire.

Est-ce une attaque de l’élément des ténèbres qui imite Lame de Vent ? Dans ce cas, je devrais l’appeler Lame de Ténèbres ! Neo haussa un sourcil. Même s’il était un chevalier, le sort Lame de Vent ne lui était pas inconnu… Son apprenti, Grisia, utilisait souvent ce sort comme d’un éventail, et la personne qu’il éventait avec ce sort était, avec une probabilité de 80-90 %, Neo lui-même.

Bien sûr, la puissance employée dans le but d’éventer était beaucoup plus faible, tellement faible qu’il lui aurait été difficile de couper une mèche de cheveux.

Après avoir jeté les sorts, l’elfe noir ne se détendit pas. Il déplaçait constamment ses pieds légèrement, et à chaque fois qu’il bougeait d’un pas, une petite flèche venait se planter dans le sol, à l’endroit où il se tenait auparavant

Hmm… Cet elfe noir sait comment se servir de sorts puissants. Il doit s’agir d’un mage, mais ses capacités physiques ne sont pas mal du tout ! À ce moment-là, tandis que Neo était appuyé sur le bord du lac en appréciant le spectacle, une flèche arriva par hasard droit sur lui. Il l’attrapa facilement et ouvrit sa main pour l’examiner de plus près. La flèche était petite mais très bien faite. Elle faisait seulement la longueur d’une main, mais le travail avait extrêmement été bien exécuté : la pointe de flèche était très aiguisée et l’empennage avait été particulièrement travaillé.

« Faites attention, la flèche est empoisonnée », cria l’elfe noir en se retournant brusquement.

L’elfe noir vient de me prévenir ?

Neo trouva cela un peu étrange, car les elfes noirs n’était pas une race bienveillante. En vérité, c’est une race plutôt connue. Tous les elfes noirs, des adultes aux jeunes enfants, les hommes autant que les femmes, sont sans exception mauvais et méprisables.

Mais, il s’avéra que l’elfe noir n’avait pas menti. À cet instant, Neo découvrit que, même s’il n’avait touché que l’axe de la flèche, son doigt commençait déjà à devenir violet.

Il félicita intérieurement ce poison. Quelle toxicité impressionnante ! Après cela, il appela un peu d’élément sacré et expulsa le poison. Même s’il avait perdu la faveur du Dieu de la Lumière, quelque chose d’aussi simple que de supprimer du poison n’était pas un problème de tout.

« L’antidote ! »

L’elfe noir courut subitement vers lui et jeta une petite bouteille à Neo. Il se tourna de nouveau pour faire face aux ennemis cachés dans les buissons.

Juste après qu’il se fût retourné, il laissa filtrer un grognement étouffé.

Neo l’observa et remarqua qu’une flèche avait percé le bras de l’elfe noir. De plus, l’elfe noir n’avait pas le temps de retirer la flèche, puisqu’il devait reculer de quelques pas afin d’esquiver la volée de flèches qui suivait.

Tout à coup – peut-être parce qu’ils avaient épuisé toutes leurs flèches, ou parce qu’ils avaient vu que l’elfe noir était touché – les ennemis cachés dans les buissons apparurent… Quoi ? Ce sont aussi des elfes noirs !

Il y en a quatre… non, cinq ? Trois d’entre eux transportaient des arbalètes minuscules, et les deux autres tenaient des rapières, ce qui suggérait que leurs professions étaient proches de celles de guerriers.

« Il semblerait que mon aventure ne soit pas si mal que ça ! Dès le début, je rencontre des elfes noirs qui sont des créatures extrêmement rares. Je n’ai jamais entendu parler de qui que ce soit ayant aperçu des elfes noirs durant les derniers siècles, et au moment où je les rencontre, je tombe sur un grand groupe ! » Neo contemplait la scène avec grand plaisir. Comme il avait un peu faim, il prit son sac de rations déshydratées et commença à les grignoter.

Cependant, il semblerait que l’elfe noir inhabituel n’avait plus d’espoir d’échapper à la mort. Non seulement il était empoisonné, mais il était aussi seul. En addition, c’était un mage au corps frêle.

Peu importe sous quel angle je considère la question, cet elfe est condamné ! De plus, il semble subir une bastonnade unilatérale et tenter de délayer l’heure de sa mort.

Les deux guerriers levèrent leurs rapières et sortirent des buissons. Malgré le fait qu’ils maintinssent une attitude vigilante, ils souriaient comme si leur plan avait déjà réussi, et qu’ils allaient facilement capturer le mage à l’instant suivant…

Les deux elfes noirs effectuèrent un pas en avant, mais une seconde plus tard les « deux » étaient devenus « un tas de morceaux ».

Oh ? Neo plissa les yeux et regarda attentivement la chair et le sang qui volaient dans tous les sens. Les coupures étaient très propres, il n’avait pas vu quel type d’attaque c’était, et la chair et le sang allèrent voler très haut et loin… Était-ce Lame de Ténèbres ?

Dans ce cas, d’où ces Lames de Ténèbres ont-elles été tirées ?

À l’instant, quand les archers avaient cessé de tirer, et que le groupe était sorti des buissons, le mage était déjà agenouillé sur le sol avec un air découragé à cause de la flèche empoisonnée. C’était pourquoi les deux guerriers avaient baissé leurs gardes, ce qui les avait menés à finir en morceaux en un instant… Ils étaient probablement morts avant même de réaliser qu’ils avaient été attaqués.

Les trois archers restants étaient clairement extrêmement alarmés et s’étaient tous figés sous le choc.

Le mage releva la tête et dit quelque chose dans la langue des elfes noirs.

Même si Neo ne put comprendre aucun mot, il parvint à deviner le sens global à partir de l’expression du mage… Ça ne devrait pas être très différent de « Vous êtes morts ».

Juste après cela, les trois archers furent coupés à la taille et tombèrent en six morceaux. Les coupures étaient aussi très nettes. Ces coupures ont probablement été causées par Lame de Ténèbres.

La magie n’était pas le point fort de Neo, donc il ne pouvait pas réellement comprendre comment le mage avait fait cela. Malgré tout, il se sentait terriblement curieux.

Tss, tss ! Neo ne put s’empêcher de penser, C’est dommage, si seulement Grisia était là ! Il pourrait définitivement m’expliquer ce qu’il s’est passé… De plus, il aurait probablement appris comment le faire ! Mais, en y repensant, laisser Grisia apprendre une magie aussi puissante n’est pas une si bonne chose au final.

Si mon élève devient fort, il ne sera plus aussi simple à intimider quand le Maître rentrera au Temple Sacré.

L’elfe noir se retourna et regarda Neo. Neo applaudit aussitôt généreusement en le félicitant : « Quel pouvoir incroyable ! Je n’ai jamais entendu parler d’un mage dispersant une escouade entière à lui tout seul. Tu n’es pas mauvais ! »

En entendant cela, l’elfe noir fixa précautionneusement l’humain dans le lac et tenta de demander : « Pouvez-vous me rendre la bouteille d’antidote, s’il-vous-plaît ? »

Au moins, il est poli. Neo renvoya la bouteille d’antidote. Au moment où l’elfe noir l’attrapa, il avala précipitamment l’antidote. Il arracha ensuite la petite flèche de son corps et la jeta au sol.

Après cela, il jaugea Neo. Même si l’elfe noir ne semblait plus être aussi méfiant qu’avant, il n’avait pas pour autant confiance. Avec une légère hésitation, il dit : « Vous… Je suis un elfe noir. »

« C’est vrai ! Tu es vraiment très sombre », dit Neo avec désinvolture. « Dans tous les cas, est-ce que tu as des vêtements de rechange ? Peux-tu m’en prêter des propres ? »

« … »

L’elfe noir fixa l’humain dans le lac. Une seconde plus tard, il s’évanouit.

 

 

Quand il rouvrit les yeux, Aldrizzt était absolument sûr qu’il allait se réveiller dans une prison ou un endroit similaire. Après tout, il était un elfe noir, et un humain se trouvait près de lui quand il n’avait pu plus en supporter davantage et s’était évanoui.

Les humains avaient toujours traité les elfes noirs comme une race maléfique. S’ils voyaient un elfe noir, ils ne le laisseraient pas partir facilement et tenteraient de le tuer sur-le-champ.

Le plus tragique dans tout ça c’était à quel point les humains avaient raison. Les elfes noirs étaient effectivement une race extrêmement maléfique, et personne ne comprenait mieux ce fait qu’Aldrizzt.

Pourquoi ne puis-je pas être comme tous les autres elfes noirs, et accepter le mal ? Si j’étais comme ça, les choses ne seraient-elles pas beaucoup plus simples ? songea Aldrizzt, un peu déprimé.

Mais, il savait que, si c’était si facile d’être maléfique, il n’aurait pas eu à devenir un traître et un fugitif aux yeux de son propre peuple. Ils ne lui avaient pas laissé d’autre choix que de s’échapper du monde souterrain et de remonter à la surface. Même ainsi, il n’avait pas su se débarrasser des elfes noirs à sa poursuite.

Vais-je vraiment être pourchassé toute ma vie, sans jamais être accepté par les gens des autres races ? Vais-je vivre le reste de mes jours en étant un fugitif solitaire ?

Aldrizzt se complut dans un auto-apitoiement pendant quelque temps…

« Les vêtements sont plutôt propres, mais tu es trop maigre, alors ils sont un peu serrés. »

Aldrizzt se figea un moment et releva brusquement la tête, seulement pour découvrir qu’il était cerné par la forêt… Il vit aussi un humain, et cet humain portait une des quelques tenues intactes qu’il lui restait.

Je ne suis pas en prison ?

L’humain s’assit et jeta négligemment un sac à Aldrizzt. Ce dernier l’ouvrit et réalisa que le sac était plein de rations déshydratées.

« Je vous en prie, rendez-moi mes vêtements… Il ne m’en reste pas beaucoup. » Les pensées d’Aldrizzt étaient confuses, puisqu’il ne comprenait pas ce que cet humain essayait de faire. Par contre, il comprenait tout de même la chose la plus importante.

Il n’était pas mesquin au point de refuser de se séparer de quelques vêtements, mais il avait encore de nombreux jours de voyage devant lui. Bien que les mages eussent toujours eu un grand potentiel pour gagner de l’argent, et donc qu’il ne manquerait pas d’aptitudes à employer pour s’enrichir et pourrait devenir un chasseur ou un mercenaire, il demeurait un elfe noir. Quoi qu’il fît, au moment où il serait aperçu par n’importe quel humain, il ne pourrait échapper au destin d’être pourchassé jusqu’à la mort.

Même entrer dans une ville pour acheter des vêtements était une mission impossible.

L’humain haussa les sourcils, indiquant qu’il n’avait pas la moindre intention de rendre les vêtements à Aldrizzt. Il dit seulement : « Mon nom est Neo. »

Aldrizzt répondit par réflexe : « Je suis Aldrizzt. »

Après avoir dit ça, il regarda les vêtements que Neo portait et se demanda s’il devait redemander leur restitution.

À ce moment-là, Neo lâcha mécontent : « Rien de grave, ce sont juste des vêtements. Je peux même te donner les miens ; il faut juste les laver, et ils seront mettables. Leur qualité est meilleure que celle des tiens d’ailleurs ! De toute façon, tu t’es évanoui à cause de la faim et de la fatigue, alors tu devrais manger quelque chose maintenant. »

Aldrizz réfléchit un instant et conclut qu’il n’avait pas besoin de s’énerver pour quelques vêtements, il commença ainsi simplement à manger. Dès le moment où les rations entrèrent dans sa bouche, il réalisa finalement à quel point il avait faim… Le groupe d’elfes noirs le traquait depuis trois jours, et en raison de cela il n’avait pas eu de temps pour chasser correctement pendant un total de trois jours.

Neo observait Aldrizzt manger avec un grand intérêt. Ce dernier fixait également Neo avec des yeux tout aussi curieux.

Leurs yeux se rencontrèrent, mais aucun des deux ne détourna le regard. Neo continua de scruter ouvertement l’autre personne, mais Aldrizzt sourit poliment et continua de manger ses rations déshydratées.

Des cheveux blancs, une peau noire et des yeux rouges. Même s’il portait un manteau à capuche, ce serait difficile de cacher les caractéristiques uniques d’un elfe noir. En réalité, il serait très difficile pour Aldrizzt de survivre à la surface, car la réputation des elfes noirs était établie à travers tout le continent.

Neo essaya de deviner avec enthousiasme pourquoi un elfe noir quitterait le monde souterrain pour venir à la surface. Est-il un criminel en fuite ? Ou n’a-t-il pas peur, parce que quelqu’un le couvre ? Hm… d’après le combat juste avant, il y a de plus fortes chances pour qu’il soit un criminel en fuite.

Parallèlement, Aldrizzt était aussi en train d’étudier Neo. Il ne pouvait pas estimer précisément l’âge d’un humain, et put uniquement supposer, d’après les cheveux dorés, les yeux bleus, et la peau presque vierge de rides de ce dernier, que Neo n’était pas très âgé.

Même s’il supposait que Neo ne fût pas très âgé, il sentait que Neo était un vétéran chevronné. Sa posture attentive et son regard aiguisé montraient tous deux que Neo n’était pas une personne à sous-estimer.

De plus, Neo prenait la posture élégante d’un aristocrate, et cette élégance était si naturelle qu’il paraissait être né avec. Cela conduisit l’elfe noir à le soupçonner fortement d’être un noble possédant un très haut statut.

Mais, quoi qu’il advînt, Neo n’était pas effrayé par lui. Aldrizzt était sûr de ce fait. Il se sentait plutôt excité, parce que, quoi que Neo pût escompter faire plus tard, au moins, Aldrizzt avait quelqu’un à qui parler… Combien de temps cela fait-il depuis la dernière fois que j’ai pu entretenir une vraie conversation avec une autre créature ?

Après avoir englouti rapidement la nourriture déshydratée, Aldrizzt ne put attendre plus longtemps et articula : « Bonjour, Neo. »

Neo haussa un sourcil, sourit, et copia malicieusement la façon de parler d’Aldrizzt : « Bonjour, Aldrizzt. »

Après avoir salué Neo, Aldrizzt ne savait pas vraiment comment continuer la conversation, mais soudain, il remarqua l’épée de Neo et lâcha : « Es-tu un guerrier ? »

« Je suis un chevalier. » Neo leva sa main et forma une petite bille d’élément sacré. Il ajouta : « Un chevalier sacré. »

« Un chevalier sacré ? » Maintenant, la curiosité d’Aldrizzt avait réellement été piquée.

Pour un elfe noir, un « chevalier sacré » était un travail qui n’existait que dans les légendes. Parmi son peuple, qui tendait vers une affinité avec l’élément des ténèbres, personne n’avait la possibilité de choisir une carrière liée à l’élément pur et sacré.

« Tu es un mage, n’est-ce pas ? » Neo ne put se retenir d’avantage et le questionna immédiatement : « Où diable as-tu caché ces Lames de Ténèbres, tout à l’heure ? »

« Lame de Ténèbres ? Tu veux dire %@#& ? Cela s’appelle-t-il Lame de Ténèbres dans le langage humain ? » Aldrizzt prononça quelque chose dans le langage des elfes noirs, et sourit ensuite. Il tendit la main, frappa le sol et répondit : « Je les ai cachés sous terre. »

Neo réalisa soudain ce qu’il s’était passé. Néanmoins, il y avait toujours quelque chose qu’il ne comprenait pas, donc il redemanda : « C’est possible que les guerriers aient été tranchés par des Lames de Ténèbres provenant du sol, mais les archers ont été coupés à la taille, alors il n’y a pas moyen qu’ils aient été tués par des Lames de Ténèbres cachées dans le sol ! L’angle est totalement incorrect ! »

Aldrizzt sourit à nouveau et répliqua : « C’est une forêt, Neo ! Hormis la terre, qu’est-ce qui est le plus abondant ? »

« Tu as caché les Lames de Ténèbres dans les arbres… Tu es doué. » Bien que Neo ne possédât pas une bonne compréhension de la magie, étant donné que son élève était meilleur en magie qu’à l’épée, il n’avait pas eu d’autres choix que d’apprendre beaucoup de choses sur la magie.

Cacher les Lames de Ténèbres sous terre et dans les arbres. Même si cela paraissait simple, la magie n’était pas quelque chose de très stable et devait être contrôlée avec précision pour que l’ennemi ne remarque rien. Par conséquent, cela ne pouvait pas avoir été une prouesse facile à accomplir.

Autrement, le Pape n’aurait pas fait cette expression classique – la mâchoire décrochée – quand il avait vu Grisia employer Lame de Vent comme d’un éventail.

« Quel mage ne voudrait pas s’éventer quand il fait très chaud ? Le problème est qu’une fois que tu perds le contrôle, inutile de penser à s’éventer, puisque tu auras séparé ta tête de ton corps ! Qui voudrait risquer sa vie, juste pour se rafraîchir ? »

Cependant, Grisia s’éventait depuis de nombreuses années, et n’avait pas encore été décapité. Depuis lors, Neo avait réalisé que son élève était un mage absolument brillant !

La chose tragique était le fait qu’il fût un chevalier sacré.

Aldrizzt observait Neo avec précaution, comme c’était le premier humain à avoir jamais discuté avec lui. Il découvrit que Neo était profondément plongé dans ses pensées et qu’il affichait une expression incompréhensible, comme s’il avait vu quelque chose de bizarre… Aldrizzt ne put s’empêcher de demander : « Ton expression est un peu étrange. Pourquoi donc ? »

« Je suis en deuil à cause de mon apprenti. »

Aldrizzt émit un son ressemblant à un « ah », et dit alors en s’excusant : « Je suis vraiment désolé, je ne savais pas que c’était quelque chose comme ça. Ton élève… devait être plutôt jeune, non ? C’est en effet regrettable. »

Neo haussa les épaules et répondit : « Il n’est plus si jeune que ça, puisqu’il a déjà vingt ans. »

« Vingt ? Alors quel âge as-tu ? » Aldrizzt était perplexe. Je me rappelle que les humains vivent au plus une centaine d’années, alors si l’élève de Neo a vingt ans, je suppose que Neo, le maître, devrait avoir au moins quarante ans ?

Neo eut un sourire resplendissant et proclama : « Trente ans. »

Même s’il sentait que quelque chose clochait dans cette affirmation, Aldrizzt ne connaissait pas grand-chose aux humains. Tout ce qu’il savait provenait des livres, alors il ne trouva rien d’étrange à ce qu’un étudiant et un maître eussent une différence d’âge de seulement dix ans.

« Pour les humains, une personne de vingt ans n’est en effet plus considérée comme un enfant, mais c’est quand même trop tôt pour rendre l’âme. Quel dommage. »

« …Qui est mort ? » Neo était stupéfait.

En entendant cela, Aldrizzt était aussi déconcerté. Il dit, un peu incertain : « Ton élève ? »

Le regard de Néo se vida pendant un moment. Puis, tout à coup, il éclata de rire, devenant de plus en plus bruyant jusqu’à ce que, en fin de compte, il se tînt le ventre en hurlant de façon hystérique. Il rigolait si fort qu’il pouvait à peine parler. « G-Grisia, il… il est vivant et va bien. A-avec la quantité d’élément sacré qu’il possède, n’importe qui peut mourir, sauf lui ! »

« Mais, n’étais-tu pas en deuil pour lui ? » Aldrizzt avait l’air plutôt déconcerté.

Neo rit bruyamment en disant : « C’est… c’est pour son travail que je fais mon deuil ! »

« Travail ? » Aldrizzt en fut encore plus confus. Pourquoi faudrait-il faire un deuil à propos d’un travail ?

À l’instant où il songea au métier de son élève, Neo cessa de rire. C’était tellement tragique qu’il ne pouvait en rire même s’il le voulait. Il avoua, un peu sombre : « Mon élève est un mage de génie. »

Et alors ? N’est-ce pas une bonne chose ? Aldrizzt en fut encore plus perturbé. Voyant cela, Neo tapota son épée pour rappeler à l’elfe noir sa profession.

Aldrizzt eut un regard vide pendant un moment avant de se rappeler que Neo était un chevalier sacré. L’élève d’un chevalier sacré est un mage de génie ?

« Il… y a vraiment de quoi s’attrister. »

Bien qu’il eût dit cela, Aldrizzt avait plutôt envie de rigoler. Comment un chevalier sacré peut-il entrainer un mage ?

« De quoi ris-tu ? » Neo roula des yeux et ajouta sèchement, mécontent : « Il se fait tard, alors dépêche-toi de manger les rations restantes. Nous allons trouver une cité et enregistrer notre groupe. »

« Groupe ? » s’enquit Aldrizzt, sans comprendre.

« Exactement ! » répondit Neo tranquillement « Un groupe avec un elfe noir et un humain… Appelons-le : l’Escouade des Humains Noirs ! Comment est-ce que ça sonne ? »

Horrible ! pensa Aldrizzt par réflexe. Mais, peu après, il se figea quelque temps … Qu’est-ce que je viens d’entendre ?

Un humain m’invite à devenir son compagnon ? Il devint silencieux pendant un moment. Bien qu’il en fût un peu heureux, il était surtout soupçonneux.

« Pourquoi moi ? Je suis un elfe noir. »

C’est amusant justement parce que tu es un elfe noir. Neo haussa les épaules et déclara : « Considère-toi comme chanceux ! À la base, je ne voulais pas trouver de compagnon, mais je n’ai pas d’autres choix, puisque j’ai oublié de prendre mes bagages quand je suis parti ! Du coup, je dois trouver un compagnon qui en possède. »

Ce ne serait pas plus simple d’aller chercher tes bagages ? Même si Aldrizzt voulait réfuter son argument, il n’osa pas le faire, de peur que Neo retournât réellement chercher ses bagages, plutôt que de chercher un compagnon qui en possédât.

Pour un elfe noir qui avait échappé à sa propre race et qui errait à la surface, un humain qui était d’accord pour discuter avec lui était extrêmement précieux. Par conséquent, il ne désirait pas abandonner ce compagnon. Même si celui-ci avait d’autres motivations, tant qu’il n’avait pas l’intention de le blesser, Aldrizzt pouvait fermer les yeux sur ça.

« Dans ce cas, je compte sur toi, Neo. »

Neo haussa un sourcil et répondit : « Je compte sur toi, également. »

 

 

Puisqu’Aldrizzt était là, Neo ne pouvait plus courir toute la journée comme il avait fait précédemment. Par conséquent, la vitesse à laquelle ils voyageaient n’était pas très élevée, et ils ne sortirent pas de la forêt même après une journée entière de marche.

Quand la nuit tomba, ils n’eurent pas d’autre choix que de s’arrêter de marcher. Ils décidèrent de passer la nuit dans la forêt.

Aldrizzt demanda poliment : « Neo, si ça ne te dérange pas trop, pourrais-tu démarrer un feu s’il-te-plait. Je vais aller chercher des herbes sèches pour faire un lit. »

« Démarrer un feu ? » Neo leva un sourcil et répliqua naturellement : « N’est-ce pas le travail du mage ? »

Dans le monde des elfes noirs, les tâches physiques revenaient toujours aux guerriers, mais… il se trouvait à présent dans le monde des humains… Peut-être que dans le monde des humains, faire un feu est le travail du mage ?

Bien qu’il fût à la base un mage des ténèbres, et qu’il lui était donc plus aisé d’appeler l’élément des ténèbres, rassembler l’élément du feu pour démarrer un feu ne posait pas un problème.

Mais, même s’il employait la magie, il avait tout de même besoin d’un combustible. Aldrizzt se leva et se résigna à aller chercher des branches sèches pour démarrer un feu quand, derrière lui, Neo cria : « Oh, et après avoir démarré un feu, aide-moi à laver mes vêtements. »

En voyant l’expression stupéfaite d’Aldrizzt, Neo ouvrit ses mains innocemment et expliqua : « Si tu laves mes vêtements pour que je puisse les mettre demain, alors je pourrai te rendre les tiens ! »

« … »

Même si cela avait l’air raisonnable, quelque chose semblait clocher. J’ai dû prêter mes vêtements propres à Neo, et maintenant je dois laver ses vêtements sales pour qu’il puisse me rendre mes vêtements salis ?

Malgré le fait que ce fût complètement déraisonnable, cela ne dérangeait pas Aldrizzt de laver les vêtements, comme Neo était actuellement la seule personne avec qui il pouvait entretenir une conversation décente.

Avec le sentiment que laver les vêtements des autres une fois ou deux fois était inoffensif, Aldrizzt acquiesça.

 

 

« Merci ! »

Aldrizzt attrapa les vêtements sales que Neo lui avait lancés, inexpressif, pendant que ce dernier se vautrait dans le lit qu’Aldrizzt avait fabriqué, mangeait le gibier qu’Aldrizzt avait chassé et cuit, tout cela en étant très détendu, puisqu’il avait laissé tout le travail à Aldrizzt…

Mais, Aldrizzt ne pouvait rien y redire, vu que ce n’était pas parce que Neo était trop paresseux pour faire quelque chose. C’était juste que :

Neo avait appris comment démarrer un feu, mais il ne devait jamais démarrer un feu, car toute la forêt brûlerait s’il le faisait.

Neo savait comment chasser, mais il ne devait jamais chasser, car il se perdrait au point de ne jamais rentrer.

Neo s’était porté volontaire pour laver les vêtements à tour de rôle avec Aldrizzt, mais il ne devait jamais laver des vêtements, car ceux-ci se transformeraient en guenilles après avoir été lavés par lui.

Neo avait aussi essayé de cuisiner, mais il ne devait simplement jamais cuisiner, car, à part de la nourriture à moitié cuite ou du charbon, il ne pouvait pas cuisiner quelque chose qu’un humain et un elfe noir accepteraient de manger.

Tout cela ne dérangeait pas vraiment Aldrizzt. D’ailleurs, que Neo fût là ou non, il devrait quand même allumer un feu, cuisiner de quoi manger et nettoyer des vêtements. Maintenant, il devait juste laver un ensemble de vêtements supplémentaire.

Néanmoins, pour Aldrizzt le pire était : Pourquoi Neo ne connait-il pas la direction dans laquelle nous devons aller pour rejoindre une cité ? Il n’arrive même pas à se rappeler de la direction de la ville dans laquelle il a vécu pendant quarante ans !

Par conséquent, même si Aldrizzt pouvait se servir de la position des corps célestes et de la façon dont la forêt poussait pour déterminer la direction … c’était totalement inutile ! Après tout, ils ignoraient dans quelle direction ils trouveraient une ville.

Aldrizzt n’eut pas d’autres choix que de choisir une direction au hasard et de traverser la forêt. La première fois qu’ils en étaient sortis, ils s’étaient retrouvés en haut d’une falaise. Je me suis même fait réprimander par Neo pour ne pas savoir voler, malgré le fait que je sois un mage ! Après s’être fait réprimandé par Neo, il avait été obligé de commencer à étudier le Sort de Vol.

La deuxième fois, il décida de traverser entièrement la forêt et de sortir par la direction opposée mais, parvenu à la moitié du trajet, il découvrit que la forêt profonde était un territoire elfique. Bien qu’« elfe » et « elfe noir » contiennent tous les deux le mot « elfe », il y avait un conflit sanglant qui opposait les membres deux races.  Au moment où l’une rencontrerait l’autre, leurs membres se battraient très probablement jusqu’à la mort. Donc, s’il osait mettre un pied en territoire elfique, il serait définitivement transformé en oursin par les maîtres-archers elfes.

La troisième fois qu’ils essayèrent de sortir de la forêt, ils virent un désert. Aldrizzt commençait sérieusement à se demander s’il expérimentait présentement une phase de malchance, ou si Neo portait tout simplement la poisse.

« Tss, Tss ! Nous nous sommes encore trompés de chemin ? » déclara froidement Neo. « Non pas que je tienne à le dire, Aldrizzt, mais pourquoi la route que tu choisis est-elle toujours la mauvaise ? »

Quand il entendit les mots de Neo, Aldrizzt ne put finalement en supporter davantage. Il se tourna et hurla sur son compagnon, qui ne savait rien faire d’autre que des remarques cyniques : « Comment oses-tu dire ça !? Comment se fait-il que ne connaisses même pas la direction de la cité dans laquelle tu as vécu pendant quarante ans … Attends, tu as dit que tu as vécu à la Cité du Bourgeon pendant quarante ans ? »

Il avait finalement trouvé la contradiction. Suspicieux, il grogna : « N’as-tu pas affirmé que tu avais seulement trente ans ? »

« C’est complètement sans importance ! » Neo changea immédiatement de sujet et souligna : « La chose importante est : qu’allons-nous faire maintenant ? »

« Je ne sais pas non plus », avoua Aldrizzt, extrêmement découragé.

Neo souleva un sourcil et demanda : « Si on essaye d’aller dans chacune des directions, on finira bien par trouver un chemin pour sortir d’ici, non ? »

Aldrizzt se figea un instant, puis hocha la tête.

« Alors, il n’y a rien à craindre », dit Neo tranquillement. « Après tout, je ne suis pas pressé, et toi ? »

Aldrizzt secoua la tête. Si même l’humain, Neo, n’est pas pressé, alors, étant un elfe noir dont l’espérance de vie est cinq à six fois supérieure à celle d’un humain, comme puis-je être pressé ?

« Y a-t-il quelque chose que tu veuilles faire ? » demanda encore Neo, pour confirmer.

Comme la seule chose qu’il désirait était d’échapper à la traque de son peuple, Aldrizzt secoua la tête une nouvelle fois.

« Alors, même si nous ne pouvons pas sortir de la forêt, pourquoi paniquer ? » Neo haussa les épaules et ajouta : « Dans tous les cas, si on continue à arpenter la forêt de long en large, on finira par trouver un moyen de sortir ! »

En entendant Neo dire cela et en voyant sa posture décontractée indiquant que cela ne le gênait pas du tout, Aldrizzt se sentit brusquement très mesquin. Neo a raison. Que va-t-il se passer si on ne parvient pas à sortir de la forêt ? Pour un elfe noir comme moi, une forêt est probablement beaucoup plus accueillante qu’une cité, puisque les arbres, l’herbe et les fleurs n’éprouvent aucun préjugé contre les elfes noirs.

Comparé à quelques temps auparavant, quand il était un elfe solitaire, il avait maintenant quelqu’un à qui parler, donc sa situation actuelle était bien meilleure que lorsqu’il s’était échappé seul… même s’il devait aider son bon-à-rien de compagnon à laver ses vêtements, chasser, cuisiner et faire les lits. Si Neo ne l’appelait pas en permanence par le mot « compagnon », il aurait définitivement songé qu’il était son serviteur.

Pourtant, comparé à une solitude sans fin, Aldrizzt préférait de loin à moitié s’énerver à mort contre Neo tous les jours.

Après avoir considéré tout cela, Aldrizzt cessa de paniquer. Il demanda même à son compagnon d’un ton blasé : « À partir de maintenant, allons-nous seulement marcher et nous balader au hasard, sans aucun objectif spécifique ? »

« Évidemment qu’il y a des objectifs », dit Neo. « J’ai beaucoup d’objectifs. »

Oh ? Curieux, Aldrizzt l’interrogea : « Quels sont tes objectifs ? »

« Mes objectifs ? Laisse-moi réfléchir… » Neo donna une liste détaillée de ses objectifs en ajoutant : « J’ai entendu dire qu’il y a beaucoup de maîtres-archers parmi les elfes, donc je pense que ce serait bien d’en dénicher un pour rejoindre notre groupe ? »

Ignores-tu réellement que les elfes et les elfes noirs comme moi sont des ennemis jurés ?

Aldrizzt était quelque peu déprimé. Peut-être que la raison pour laquelle Neo ne montre aucune discrimination envers les elfes noirs est simplement parce qu’il n’a pas la moindre idée du genre de caractère qu’ils possèdent ?

« Aussi, je n’ai jamais quitté le Royaume du Son Oublié avant, alors je veux aller visiter d’autres pays. »

Ça peut être fait facilement.

« Ça semble être un peu difficile de combattre un dragon, donc je vais laisser ça pour plus tard. »

… Donc, tu as conscience que combattre un dragon est « un peu » difficile ?

« Oh ! Entre le Fils du Dieu de la Guerre du Monastère du Dieu de la Guerre et l’Aigle Silencieux de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre, contre qui devrais-je me battre en premier ? »

« … »

Aldrizzt commença à se demander si être un elfe noir solitaire n’était pas une si mauvaise chose après tout.

Invincible Partie 1 : Prologue

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoires à Part

Roman d’origine en chinois par (Yu Wo)


Unbeatable Part 1: Prologue – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 1 : Prologue – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin/AkaiiRia

« Tu es vraiment fort, Neo… »

« Dans ce cas pourquoi t’inquiètes-tu autant pour moi ? »

Neo du Soleil regarda l’homme qui était son collègue depuis trente ans, Chasel du Jugement. Il était celui qui devrait le mieux connaître Neo.

C’est pourquoi il n’arrivait vraiment pas à comprendre pourquoi Chasel l’avait arrêté au moment où ils quittaient le Temple Sacré, une fois qu’ils avaient eu passé les rênes à la génération suivante des Douze Chevaliers Sacrés. Après que Chasel lui eut demandé où il voulait aller, son visage indiqua très clairement qu’il était inquiet.

Inquiet ? Mais, tout ce que Neo souhaitait faire, c’était de partir à l’aventure ! Avec sa force, de quoi fallait-il s’inquiéter ?

Voyant l’expression passablement impatiente de Neo, Chasel soupira et dit : « Au moins, promets-moi que tu trouveras un compagnon pour ton aventure. »

« Je n’ai pas besoin d’un compagnon », répliqua Neo, confiant. Je peux gérer tous les types de dangers, et même si je ne le peux pas, avoir un compagnon ne ferait que gêner ma retraite. Donc, pourquoi devrais-je en trouver un ?

C’est ce qui m’inquiète le plus, pensa Chasel.

Chasel proposa avec tact : « Pourquoi je ne viendrais pas avec toi jusqu’à la Guilde des Aventuriers pour t’aider à trouver un groupe ? »

« Ce n’est pas nécessaire ! » Neo roula des yeux et répondit sèchement, mécontent : «  Je ne veux pas être dans un groupe, c’est ennuyeux à mourir ! D’accord, n’en rajoute pas. Je pars à l’aventure maintenant, et reviendrai voir tout le monde quand j’en aurai le temps. »

« Attends, Neo… »

« Ne dis plus rien, je pars. » Neo fusilla Chasel du regard du coin de l’œil. Avec une confiance absolue, il ajouta : « Et tu ne peux pas m’en empêcher. »

En entendant cela, Chasel fut outré. Il s’inquiétait pour lui et, malgré tout, ce type lui répondait ainsi !

« Alors pars ! J’espère que le Dieu de la Lumière bénira ton voyage. »

« Au revoir ! »

Après cela, il partit sans se retourner.

 

 

Chasel fronça légèrement les sourcils en observant la silhouette de Neo s’effacer. Il se sentait toujours terriblement mal à l’aise. À ce moment-là, il entendit des bruits de pas derrière lui. Il se retourna et aperçut le coin d’un vêtement avec de nombreux motifs dorés brodés dessus. Hormis le Pape, personne dans l’Église du Dieu de la Lumière ne porte de telles robes.

Le Pape s’avança de quelques pas et s’arrêta à côté de Chasel dans l’entrée du Temple Sacré. Il regarda Neo s’éloigner et s’enquit : « Pourquoi t’inquiètes-tu autant ? Même si Neo ne reçoit plus la faveur du Dieu de la Lumière, il reste toujours inhumainement fort. »

« Mais, Neo… »

Chasel soupira et ajouta tristement : « Ne peut pas cuisiner, ne peut pas laver ses propres vêtements, et sans parler de lire une carte, il n’arrive même pas à différencier les directions. Aussi, il ne sait même pas que “Les branches d’arbres peuvent être utilisées pour démarrer un feu” ! On peut dire qu’il ne sait rien faire en dehors de se servir de son épée. Pour en rajouter, il n’a jamais économisé beaucoup d’argent et ne garde jamais beaucoup d’argent sur lui. Ce qui est encore pire, c’est qu’il ne sait pas vraiment combien les choses coûtent ! Et malgré cela, il veut partir seul à l’aventure et vivre par lui-même… Peut-il réellement survivre de cette façon ? »

Le Pape observa le dos du chevalier sacré qui s’estompait progressivement au loin, et révéla exactement la même expression d’inquiétude que Chasel. Il secoua la tête et soupira en disant : « Tu as raison, Chasel. Tu as raison depuis trente ans. Neo a toujours été une personne pour laquelle les autres s’inquiètent. »

« Il a même élevé un Chevalier du Soleil tout aussi préoccupant. »

Chasel soupira en songeant à la personnalité unique du nouveau Chevalier du Soleil… Avec un peu de chance, Lesus pourra le gérer.

« Maître, maître ! »

Entendant soudainement une voix derrière lui, Chasel se retourna. Il vit deux personnes l’une devant l’autre, trottinant vers lui. Les mouvements de la personne de devant étaient très gracieux, malgré le fait que celui-ci trottinât. Même ses cheveux dorés se balançaient en rythme, comme des notes de musiques dansantes. Il avait l’air…très agaçant.

Cette personne qui paraissait extrêmement agaçante était le successeur de Neo, le Chevalier du Soleil récemment promu, Grisia Sun.

Se pourrait-il que la capacité d’élever un tel enfant soit un type de talent ? Chasel ne pouvait vraiment pas comprendre quel genre de folie avait poussé Neo à élever son successeur comme le Chevalier du Soleil des légendes !

Après tout, dans le but d’élever un tel enfant, il avait dû faire de lui-même un exemple. Tant que Grisia était présent, il était obligé d’être particulièrement élégant. À la fin, inconsciemment, il était devenu remarquablement élégant… Était-ce ce qu’on appelait « Quand quelqu’un blesse les autres, il se blesse lui-même » ?

Chasel ne savait pas trop quoi en penser. Mais, durant les trente dernières années, Neo avait souvent fait des choses qui blessaient tout le monde, lui inclus.

Pendant que Chasel méditait, Grisia et son vice-capitaine l’avaient rejoint et le saluaient respectueusement.

Chasel retourna le salut en le réprimandant : « Ton maître est déjà parti. À partir de maintenant, tu ne peux dépendre que de toi. Même si tu te trouves en difficultés, tu ne peux plus te reposer sur ton maître. Compris ? »

Grisia fut silencieux un moment. Il sourit alors brillamment et dit d’un ton sincère : « Précédent Chevalier du Jugement, aujourd’hui, nous pouvons voir à quel point le Dieu de la Lumière bénit le peuple tandis qu’il nous baigne dans la lumière du soleil. Mon maître a débuté son aventure de la manière la plus parfaite qui soit, mais je me demande si, à cause d’une merveilleuse erreur du Dieu de la Lumière, mon maître n’aurait pas oublié quelque chose de négligeable. Cette chose est peut être sans importance, mais, comme mon maître me l’a toujours appris, nous ne devons pas ignorer une possible bonne action, peu importe à quel point elle est insignifiante, puisque nous ne devons jamais commettre de mauvaises actions, même si les conséquences en sont triviales. Même si cette chose est sans importance, ne pas l’avoir en sa possession peut occasionner de nombreuses difficultés… »

Chasel se retourna, sans expression, et regarda l’actuel vice-capitaine de la Section du Chevalier du Soleil, Adair. Ce dernier comprit immédiatement et commença à expliquer automatiquement : « Le Capitaine-Chevalier du So… Non ! L’ex Capitaine-Chevalier du Soleil a oublié de prendre ses bagages. »

« … Après lui. »

La Légende du Chevalier du Soleil T4C2 : Un Puissant Destrier

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : 我 (Yu Wo)


Chapter 2: A Powerful Steed – traduit du chinois à l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 2 : Un Puissant Destrier – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Iacchi raconta qu’après que la licorne se fût libérée, toute la ville avait été barricadée. On n’avait laissé que quelques passages de taille humaine pour y entrer, donc la licorne n’avait absolument pas pu s’échapper de la ville pour le moment. Cependant, pour une raison que l’on ignorait, même si des recherches avaient été menées méticuleusement pendant toute la nuit, la licorne n’avait pas encore été retrouvée.

Pour empêcher que la situation ne traînât trop en longueur, ce qui pourrait conduire à la fuite de la licorne ou à sa capture par un contrebandier, la Guilde des Aventuriers avait décidé d’offrir cinq cents ducats d’or comme récompense à quiconque parviendrait à la capturer. Les seules restrictions étaient que la licorne ne devait pas être tuée ou sérieusement blessée.

Je me mis à analyser les informations d’Iacchi, mais peu importe sous quel angle je les retournais, je ne pus que conclure que la première chose à faire était d’attraper la licorne avant quelqu’un d’autre.

Chaque minute compte ! Je demandai immédiatement aux autres : « Où est mon équipement ? »

En entendant mes mots, Sybil et Yuna échangèrent un regard. Ensuite, la première retira à contrecœur un badge et le contempla longuement avant de le placer dans ma main.

Je regardai le badge. Il faisait approximativement la taille de ma paume et était fait de métal, mais un très fort élément des ténèbres l’enveloppait. Il me fallait fournir un grand effort pour parvenir à distinguer l’élément de métal caractéristique de l’élément des ténèbres qui l’entourait, afin de voir la véritable forme du badge.

Un motif était gravé dessus : de simples lignes qui formaient un très imposant… animal.

Pendant un instant, je ne parvins pas à me rappeler de quel genre de créature il s’agissait. Je n’en avais probablement pas rencontré très souvent auparavant. Pourtant, le badge me semblait très familier, donc il devait être à moi.

J’attendis un peu, mais aucune d’entre elles ne fit le geste de me donner d’autres objets. Surpris, je leur demandai : « C’est tout ? Je n’ai même pas une épée ? Où sont mes vêtements ? »

Même si je portais des vêtements en ce moment, ils ne consistaient qu’en une simple chemise blanche et un pantalon marron. Mon instinct me disait que ce n’étaient pas mes vêtements et qu’il fallait absolument que je récupère mes habits d’origine quoi qu’il advînt… Ce n’était pas ces guenilles bon marché !

« Tu es un guérisseur. Les guérisseurs n’utilisent que des bâtons, pas des épées. »

Yuna me donna une explication détaillée. « Tes vieux vêtements ne peuvent plus être portés non plus. Nous t’avons trouvé dans la forêt, et tu étais entouré d’arbres et d’herbe carbonisés. Tout ton corps était brûlé, tes vêtements étaient noircis et déchirés, et ton bâton… Désolée, mais je pense qu’il a dû être consumé par les flammes. »

Consumé par les flammes… Pourquoi est-ce que je ne me sens même pas le moins du monde attristé en entendant cela ?

Quelque chose ne me semble pas normal, puisque cela aurait dû être un objet très précieux pour moi, n’est-ce pas ? Pourtant je ne me sens pas du tout attristé par sa perte. En y réfléchissant bien, peut-être que ce que j’ai perdu ne peut pas être détruit par le feu ?

J’imagine qu’il me faut laisser cette question de côté pour le moment. Je continuai à les interroger : « Il n’y a vraiment rien d’autre ? »

Yuna et Sybil secouèrent toutes les deux la tête.

Vraiment ? Je touchai l’espace devant ma poitrine. Je continue à avoir l’impression que je devrais avoir autre chose avec moi… Oh, tant pis !

« Très bien ! Maintenant, la première étape est de capturer une jeune vierge… »

« Tu veux vraiment capturer une vierge ? » laissa échapper Igor, choqué. Puis, il jeta un autre regard qui faisait pitié à Yuna avant de se tourner vers moi. « Tu ne peux pas deviner qui est vierge simplement en les regardant, alors comment comptes-tu en attraper une ? »

Je répondis comme s’il s’agissait d’une évidence : « Pourquoi ne pas attraper une petite fille ? Après tout, quand nous aurons fini d’attirer la licorne, nous pourrons simplement la ramener à sa maison ! »

« Capturer une petite fille ? Ça ne me paraît pas être une très bonne idée… » répliqua Woodrow qui était quelque peu troublé.

« Évidemment que ce n’est pas une bonne idée ! Nous ne pouvons absolument pas faire ça ! » Yuna me fixa avec un regard plein de colère. « Nous ne pourrions jamais faire une chose pareille, tu le regretterais forcément plus tard. Tu es un guérisseur du Dieu de la Lumière. Tout le monde sait que les guérisseurs du Dieu de la Lumière sont les personnes les plus gentilles qui soient. Si tu retrouves tes souvenirs après avoir fait tout cela, tu seras sûrement rempli de remords pour le restant de tes jours ! »

Rempli de remords pour le restant de mes jours ? Je me figeai. Suis-je… vraiment une personne si gentille ?

« Pourquoi es-tu si inquiète ? » se moqua Iacchi. « Nous n’avons pas besoin de capturer une petite fille, nous pouvons simplement en embaucher une ! »

Il hocha la tête et affirma en connaissance de cause : « Nous pouvons chercher une fille issue d’une famille pauvre. Pour dix ducats de bronze, nous pouvons l’embaucher pour une journée entière. Mais, nous devons faire attention à en employer une qui soit suffisamment jeune. Autrement elle pourrait ne plus être vierge. On n’y peut rien, puisqu’on parle d’une fille qui vient d’une famille pauvre après tout ! Dix ducats de bronze seront amplement suffisants pour l’embaucher toute une journée, peu importe ce que nous voudrions qu’elle fasse pour nous, hehehe… »

« Iacchi ! » le réprimanda Yuna d’une voix forte.

Iacchi haussa les épaules et s’arrêta de parler.

Je devins silencieux. Après avoir écouté les arguments d’Iacchi, je me sentais un peu inconfortable. Peut-être que Yuna a raison, et qu’il se pourrait que je ne sois pas une mauvaise personne après tout. Si je capture une petite fille, peut-être que j’éprouverai réellement des remords pour le reste de ma vie… Mais ! Puisque nous pouvons en engager une, tout devrait bien aller.

Pas besoin de capturer une petite fille, pourtant la mission nous est toujours ouverte… Je peux faire face à ma conscience aussi bien qu’à mon amour pour l’argent de cette façon. C’est vraiment la meilleure solution pour les deux mondes ! Il faut absolument que je prenne exemple sur Iacchi dans le futur ! 

Après avoir pris ma décision, je souris à Iacchi. Cependant, pour une raison quelconque, il ne fit que me rendre un fin sourire suffisant.

« Je comprends, tu peux aller embaucher une fillette », dit Iacchi. Il secoua la tête. D’abord, il afficha un air qui semblait dire que j’étais une cause perdue, puis il m’adressa un regard sournois tout en me lançant un clin d’œil. Finalement, il murmura : « Mon frère, ne suis-je pas sympa avec toi ? Chaque fois que tu me soigneras, assure-toi d’y mettre plus d’effort ! »

Peut-être que je ferais mieux de ne pas prendre exemple sur lui après tout.

« Hors de question ! » Yuna s’opposa immédiatement à sa suggestion et déclara catégoriquement : « Sybil et moi, nous allons nous occuper d’embaucher la petite fille. »

« Très bien dans ce cas ! »

Woodrow accepta immédiatement et entreprit de distribuer les rôles. « Yuna et Sybil iront engager une petite fille. Iacchi, tu vas continuer à rassembler des informations. Je vais aller préparer l’équipement pour attraper la licorne. Igor, toi et Grisia, vous pouvez partir en éclaireurs et commencer la recherche. »

Je regardai Igor et lui dis poliment : « Montre-moi le chemin. »

« Pas de soucis, camarade ! »

Igor me tapa l’épaule avec force, puis, avec trois onces de vaillance et deux onces de solennité, il annonça : « Viens avec moi, je dois emmener mon épée et mon armure de cuir pour les faire réparer. Ensuite, nous irons boire ! »

« Hein ? » Je m’arrêtai et demandai confirmation avec incertitude : « Mais, la recherche… »

Je voulus jeter un coup d’œil à mes autres coéquipiers, mais ils étaient tous partis l’un après l’autre, vraisemblablement pour accomplir les tâches qui leur avaient été assignées.

Igor expliqua de façon détachée : « On peut toujours l’effectuer en cours de route. Une taverne est aussi un bon endroit pour récolter des informations ! »

Je m’arrêtai un instant pour me tourner vers Woodrow qui s’était déjà approché de la porte. Woodrow se retourna lui aussi, me sourit et me rassura : « Ne sois pas si nerveux. Rassembler de l’information ne relève pas de la responsabilité d’un guerrier. Je veux juste qu’il garde l’œil et l’oreille ouverts. Je n’attends pas vraiment de lui qu’il rapporte des infos. Aussi, cela ne relève pas non plus de la responsabilité d’un guérisseur. Puisque tu accompagnes Igor à la taverne, profites-en et mange un morceau ! Tu as dormi pendant si longtemps, et même si nous t’avons fait boire du sirop, tu devrais être plutôt affamé, pas vrai ? »

Les guérisseurs sont bel et bien censés rester derrière et apprécier la brise d’air fraîche… Cette phrase surgit soudainement dans mon esprit, même si j’éprouvais un doute quant à savoir s’il s’agissait de « culture générale ».

« C’est parti ! Grisia, viens boire un coup avec moi… » Igor cessa de parler, me regarda avec un air de doute, avant de me demander avec hésitation : « Si on boit un verre ou deux, tu ne tomberas pas ivre mort, hein ? Tu n’as pas l’air d’être le type de personne qui tient l’alcool. »

Woodrow, qui était déjà sorti de la pièce, passa sa tête à travers l’embrasure avant de le mettre en garde : « Igor, si Grisia ne peut pas tenir l’alcool, ne le force pas à boire. Être un peu saoul n’est pas un problème, mais tu ne peux pas le laisser devenir complètement ivre. Tu connais les règles. »

« Bon, quelle déception… » murmura Igor, grognon.

Du vin !

Après que j’eus entendu cela, je ne pus plus me retenir de me lécher les lèvres… Peut-être que je n’étais pas quelqu’un qui ne pouvait pas supporter l’alcool après tout.

 

 

Igor et moi descendions la rue. Même s’il faisait nuit, la ville grouillait encore d’activité, et une foule de personnes s’y pressait. Les deux côtés de la rue étaient remplis d’étals, et divers types de marchandises y étaient proposés. De nombreux éléments de tous les types étaient fusionnés, et j’éprouvais de grandes difficultés à les dégager les uns des autres. Cependant, quand je parvenais à le faire et à reconstituer un objet, je ressentais un grand sentiment d’accomplissement.

« Grisia ! » cria soudainement Igor.

Bam !

Le paysage sous mes yeux devint noir, mon front me faisant tellement mal que je pus seulement m’accroupir et tenir ma tête entre mes mains…

« Mon dieu ! Ce pilier est si grand, et tu parviens quand même à rentrer dedans sans battre un cil ? » s’étonna Igor, stupéfait. « À quoi donc te servent tes grands yeux ? »

Je me suis donc cogné contre un pilier, pas étonnant que cela fasse si mal… Je grognai furieusement : « Il y a trop de choses dans le coin, je n’ai pas réussi à tout reconstituer à temps ! »

« Reconstituer quoi ? » s’enquit Igor, sans comprendre.

« Aïe, ça fait vraiment mal, aïe… » Je me frottai la tête et gémis. Ce coup m’avait vraiment donné l’impression de m’être fendu la tête en deux.

« Tu t’es cogné tellement fort dans le pilier que tu y as laissé des fissures. Quelque chose ne tournerait pas rond si tu n’avais pas mal. » Igor me réprimanda : « Tu es un guérisseur, soigne-toi, et, quand tu auras fini, dépêchons-nous de partir. Tout le monde nous fixe. »

Me soigner… Après m’être réveillé, même si je savais que j’étais un guérisseur, je n’avais pas encore utilisé de sort de guérison. Je me demande quelle est la première étape…

« Soin Mineur ! »

J’eus un moment d’absence, mais, lorsque je m’en rendis compte, l’élément sacré m’avait déjà entouré, et il se transforma en un élément différent avant de s’enfoncer dans mon front. Plus il s’enfonçait, plus la douleur s’atténuait.

Oh, c’est donc ainsi qu’on lance un sort de soin !

Une voix inconnue se mit à s’esclaffer : « Ahah ! Igor, je pensais que tu étais déjà un vrai imbécile. Je n’arrive pas à croire que ton ami est encore plus bête que toi. Il est même parvenu à faire des brèches dans un poteau. »

« Quoi ? Je ne suis pas bête au point de foncer dans un pilier… Et, Grisia n’est pas un idiot ! » rugit Igor. À la moitié de sa phrase, il réalisa son erreur et s’empressa de tourner la tête vers moi pour se corriger : « Vraiment, tu n’es pas un abruti. C’est juste que tes lourdes blessures sont à peine guéries, donc ton temps de réaction est un peu lent. C’est pourquoi tu n’as même pas remarqué ce pilier et que tu lui as foncé dedans juste comme ça. »

Si tu ne me l’avais pas expliqué, je ne m’en serais même pas préoccupé, mais, maintenant que tu l’as fait, tout ce dont j’ai envie c’est d’agripper ta tête et de la percuter contre le pilier !

« Est-ce que tu vas bien ? Le sort de soin de tout à l’heure a-t-il soigné tes blessures ? » Une voix plutôt gentille retentit, mais malheureusement il s’agissait de la voix d’un homme.

Avant que j’eusse la possibilité de répondre, la voix inconnue qui m’avait traité d’imbécile juste avant résonna de nouveau.

« Kylie, pourquoi veux-tu gâcher un autre sort de soin ? » Il déclara avec mauvaise humeur : « Même si c’est juste un Soin Mineur, tu ne peux le lancer que cinq fois par jour. »

Kylie, l’homme qui avait une voix gentille au point de donner des frissons aux gens, répliqua : « Ça ne devrait pas être un problème. Pendant les prochains jours, nous n’allons pas sortir de la ville, donc je n’aurai pas besoin d’utiliser de sort de soin. »

Je me levai et examinai les autres. Même si seulement deux personnes avaient parlé, en fait ils étaient quatre dans le groupe, et ils avaient l’air de former une équipe. La personne qui avait parlé en premier à Igor semblait être un guerrier, et son élément du vent était assez élevé, probablement parce qu’il se focalisait sur la vitesse. La personne qui m’avait soignée, nul besoin de le dire, était bien sûr un guérisseur. Son corps émettait naturellement de l’élément sacré, même si ce n’était pas autant que moi.

Cela veut-il dire que je suis plus fort que lui ?

Le type me faisait face, mais il questionna Igor plutôt que moi : « Igor, ce n’est pas l’un de tes coéquipiers n’est-ce pas ? »

« Bien sûr que si. Il vient juste de nous rejoindre. Grisia est un guérisseur. »

« Un guérisseur ? » Il avait l’air un peu surpris et demanda avec confusion : « Mais, n’avez-vous pas déjà Yuna qui a le rôle de prêtresse-guerrière ? »

Igor se vanta devant lui : « Grisia est un guérisseur du Dieu de la Lumière, comme le gamin efféminé de ton équipe. »

Qui ressemble à un gamin efféminé ?

L’efféminé Kylie laissa échapper un hoquet de surprise : « Donc, tu es en fait en camarade qui vient de l’Église du Dieu de la Lumière ? »

« Un guérisseur de l’Église du Dieu de la Lumière ? Tu n’essaierais pas de nous rouler ? »

Igor répliqua immédiatement : « Bien sûr que c’en est un, et les sorts de soin de Grisia sont même très puissants ! »

« Vraiment ? » Kylie semblait être plaisamment surpris et il affirma : « Tu as l’air très jeune ! Être aussi puissant à ton âge, c’est vraiment un accomplissement. À quel niveau te situes-tu ? »

Niveau ? Je me sentis perdu. Je n’avais absolument aucune idée d’à quel niveau je me situais en tant que guérisseur. Le fait que je fusse un guérisseur était même quelque chose que les autres avaient dû me révéler, et le fait que les guérisseurs fussent répartis entre différents niveaux était une chose dont je venais tout juste de prendre connaissance à l’instant.

« Grisia n’a pas besoin de prononcer la moindre incantation pour lancer un sort de Soin Mineur ! » Igor demanda avec curiosité : « Kylie, à quel niveau penses-tu qu’il soit, hein ? »

« Il n’a besoin d’aucune incantation !? »

Kylie poussa un cri aigu avec une voix retentissante, faisant sursauter tout le monde.

Après un certain temps, il parvint finalement à bredouiller : « Ce, ce… Normalement les incantations sont nécessaires, mais si c’est Soin Mineur, s’il est utilisé souvent, peut-être qu’en effet il est possible de ne pas utiliser l’incantation ! Les Cardinaux sont peut-être capables d’une telle prouesse… »

« Les Cardinaux ? » demandai-je. « De qui s’agit-il ? »

Kylie faillit en perdre sa langue et parvint tout juste à s’écrier : « Les Cardinaux sont les quatre évêques qui sont hiérarchiquement juste en dessous de sa Sainteté le Pape… Toi… es-tu vraiment un guérisseur ? »

« Je ne le sais pas non plus », répondis-je honnêtement.

« Tu ne le sais pas ? » Les yeux des quatre personnes de l’autre équipe s’ouvrirent encore plus grands.

Igor s’empressa de préciser : « C’est parce que Grisia a perdu la mémoire. »

« Il a perdu la mémoire ? »

Ils arboraient tous une expression de stupéfaction sur leurs visages. Leurs réactions étaient exactement identiques à celles de Woodrow et du reste du groupe la première fois qu’ils m’avaient entendu révéler une telle chose.

Après un instant, le garçon efféminé dit : « Grisia ? Je ne pense pas avoir déjà entendu parler d’un guérisseur portant le nom de Grisia ! »

En entendant cela, je me sentis légèrement déçu. Si quelqu’un me connaissait, alors j’aurais pu être en mesure de retrouver mes coéquipiers encore plus rapidement. Néanmoins, je répondis tout de même poliment : « Ce n’est pas grave. »

« Je suis vraiment navré de n’avoir pu t’être d’aucune aide. » Kylie m’adressa un regard plein d’excuse et ajouta : « Peut-être que tu devrais essayer de te rendre à l’Église. Pour quelqu’un qui se démarque autant que toi, de nombreuses personnes seront sûres de te connaître. Cependant, il n’y a pas de branche de l’Église du Dieu de la Lumière au Royaume de Kissinger, aussi je crains que tu ne doives te rendre au Royaume du Son Oublié. Ou peut-être que, au Royaume de l’Orchidée Lunaire qu’il te faudra traverser, il y aura quelques succursales de l’Église. »

Je hochai la tête et le remerciai : « Merci pour l’information. »

 

 

Je relevai la tête et fis descendre le contenu tout entier d’une bouteille de vin le long de l’intérieur de mon gosier avant d’être suffisamment satisfait pour m’essuyer la bouche.

À côté de moi, Igor me contemplait avec stupéfaction et s’exclama : « Grisia, arrête de boire ! Tu as déjà ingurgité trois bouteilles ! Mince, mince ! Si Woodrow découvre que je t’ai laissé t’enivrer, il va me tuer, c’est sûr… »

Je tournai la tête pour le regarder et prononçai en articulant bien : « Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches1… Qui est ivre déjà ? »

« Très bien… Tu n’es pas bourré. »

Igor se gratta la tête, se leva et déclara : « Dans ce cas, continues à boire, mais tu n’as pas intérêt à devenir ivre ! Je vais partir devant avec mon épée, l’armurerie est le magasin à côté. Aussi, je vais t’aider à payer tes boisons pour le moment. Mais, après, quand nous aurons fini nos missions et que tu auras reçu ta part, tu devras me rembourser ! »

« Dans ce cas, je ne boirai plus une seule goutte ! » m’écriai-je, surpris.

« … »

Une fois sorti de la taverne, je me plaignis avec mauvaise humeur : « Tu ne peux même pas payer un peu de vin ? »

« Tu as déjà bu trois bouteilles, ce n’était pas juste un peu de vin. Ce que tu as commandé coûte un ducat d’argent la bouteille… »

Même si je voulais dire que cela ne faisait que trois ducats d’argent, les mots refusèrent de quitter ma bouche. Une bouteille de vin coûtait en fait un ducat d’argent ! Je venais à l’instant d’engloutir trois ducats d’argent… Je n’avais même pas reçu ma part de la récompense des missions, et pourtant j’avais déjà acquis une dette de trois ducats d’argent !

Licorne, où es-tu ?

Mes cent ducats d’or, où êtes-vous ?

À cet instant, Igor se mit à rigoler bruyamment avant de dire : « Cependant, je ne m’attendais pas à te voir aussi bien tenir l’alcool ! Puisque nous avons une mission à compléter pour le moment, je ne peux pas te rejoindre pour un tour, mais un autre jour quand nous n’aurons pas de quêtes, allons boire tout notre saoul ! »

« C’est toi qui paies ? » demandai-je avec enthousiasme.

« …Tu n’es vraiment pas un avare ordinaire. Ton amour pour l’argent est encore plus grand que celui d’Iacchi, et c’est un voleur ! » Igor finit de marmonner avant de proposer avec entrain : « Le premier à être complètement bourré paie, qu’est-ce que tu dis de ça ? »

« Pas de problème ! »

Comme j’avais perdu la mémoire, je ne savais pas avec certitude quelle quantité de vin j’étais capable de boire, mais j’éprouvais cet étrange sentiment de confiance en moi… Si c’est une compétition de beuverie, je ne perdrai jamais contre qui que ce soit !

« Nous y sommes. » Igor s’arrêta et tourna la tête pour deviner : « Les armes ne t’intéressent pas, n’est-ce pas ? Si tu t’ennuies, on vend des bâtons de l’autre côté de la rue. Tu peux y aller et en choisir un nouveau. L’équipe t’avancera l’argent avec les fonds de notre groupe, mais plus tard ce sera déduit de ta récompense… Tss ! Ton expression me dit que si tu dois le payer de ta poche, tu n’achèteras rien ! »

Je hochai vigoureusement la tête.

Stupéfait, Igor argua : « Le guérisseur d’un groupe ne peut pas se balader sans bâton. Oublie ça ! Viens d’abord avec moi, et ensuite nous irons ensemble à l’étal des bâtons. Tu n’as plus tes souvenirs en ce moment, alors j’ai peur que le vendeur ne t’arnaque… eh ! Même si c’est peu probable, puisque tu aimes tant l’argent… Tellement qu’on dirait que tu as oublié avoir perdu la mémoire. »

« Quoi ! J’ai vraiment perdu la mémoire », protestai-je bruyamment.

« On ne dirait vraiment pas. Tu ne sembles même pas du tout inquiet ! » répliqua Igor, sa tête tournée vers moi, tout en entrant dans l’armurerie.

Je haussai les épaules et répondis : « C’est simplement que j’ai l’impression qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter et que mes camarades finiront assurément par venir me chercher. »

« J’imagine que oui … »

À la minute où nous pénétrâmes dans l’armurerie, le propriétaire s’approcha immédiatement pour nous saluer, ses yeux faisant des allers-retours entre Igor et moi. Instantanément, il porta son attention sur Igor, m’ignorant complètement. Devrais-je dire qu’il avait l’œil pour repérer les pingres ou était-ce qu’il avait l’œil pour repérer les guerriers ? Avec à peine un regard, il avait immédiatement déterminé que je n’étais pas quelqu’un qui se servait d’une épée dans sa profession, alors il n’avait même pas pris la peine de me saluer.

Voyant qu’Igor discutait avec enthousiasme avec le propriétaire, je ne pus que me promener tout seul dans l’armurerie. Pour autant que je pouvais en juger, les armes de la boutique étaient plutôt des épées et des couteaux. Des armes comme les épées me semblaient très familières, mais les bâtons me paraissaient complètement inconnus… Est-ce que j’utilise vraiment un bâton ?

Incapable de m’en empêcher, je saisis une épée et la fis tournoyer avec adresse. J’ai l’impression d’avoir déjà fait ça, peut-être que j’emploie vraiment des épées… Hein ? Où est passée l’épée ?

Confus, je fixai du regard ma main vide. Ne la tenais-je pas dans ma main une seconde auparavant ? Comment a-t-elle pu disparaître après que je l’aie eu simplement fait tournoyer deux fois ?

« Ah ! » Igor se mit soudainement à hurler, et le bruit clinquant du métal tombant sur le sol retentit.

Je regardai derrière moi. Oh ! Ainsi, l’épée s’est échappée de ma main et est carrément allée cogner l’arrière de la tête d’Igor… Par chance, c’est le pommeau qui l’a frappé !

« Grisia, qu’est-ce que tu m’as lancé… Merde ! »

Igor frotta l’arrière de son crâne qui lui était douloureux, puis il se tourna vers moi, regarda l’épée sur le sol, et me lança un regard incrédule. J’affichai immédiatement l’expression la plus innocente du monde et j’utilisai mon ton le plus triste pour me repentir : « Je suis désolé, ma main a momentanément glissé. »

« Ta gaffe a failli me coûter la vie… guérisseur ! Tu n’es pas autorisé à toucher une seule épée ! » Mécontent, Igor me mit en garde, puis il se retourna et continua de marchander avec le propriétaire.

Je m’approchai, ramassai l’épée et la rangeai à sa place d’origine. Après cela, je n’osai plus toucher la moindre lame… Peut-être que mon arme est vraiment le bâton après tout !

Au moins, si un bâton me glisse des mains et frappe quelqu’un, il ne provoquera la mort de personne.

Ne pas être autorisé à toucher quoi que ce fût m’ennuyait profondément. En regardant Igor qui était encore plongé dans un débat acharné avec le propriétaire, je songeai qu’il lui faudrait un long moment avant de finir de marchander les prix. Aussi, je lui criai : « Igor, je vais aller de l’autre côté jeter un coup d’œil aux bâtons ! »

« Ok, mais n’achète rien sans moi ! » Igor ne m’accorda même pas un regard, lorsqu’il me répondit.

« Très bien. »

Après lui en avoir fait la promesse, je sortis de l’armurerie et observai les alentours. Immédiatement, je découvris qu’à l’opposé de la boutique d’armes se trouvait un autre magasin où il y avait de faux bâtons en bois accrochés de chaque côté de la porte. Il devait s’agir de la boutique mentionnée par Igor plus tôt.

Je m’apprêtais à traverser la rue, quand, soudainement, je sentis qu’on tirait sur ma manche… Qui fait cela !?

Cela m’avait vraiment choqué que quelqu’un puisse apparaître soudainement si proche de moi… Je pouvais voir dans toutes les directions, donc personne n’aurait dû être capable de s’approcher de moi sans que je ne le remarque !

Je me retournai et fis face à cette personne, mais à cause de cela je ne pus rester sur mes gardes plus longtemps. La personne qui avait tiré ma manche n’atteignait que ma poitrine en termes de taille, avait un visage rond, arborait des cheveux qui lui descendaient jusqu’à la taille, et portait une longue jupe… C’est évidemment une petite fille !

Peut-être que je me suis trop concentré sur la recherche du magasin de bâtons de l’autre côté de la rue, et c’est pour cela que je ne l’ai pas remarquée !

Je me baissai pour me mettre à sa hauteur, et d’une gentille voix je lui demandai : « Salut, comment t’appelles-tu ? »

La petite fille répondit timidement : « Scarlet. »

Scarlet2 ? Quel nom étrange. Je continuai à l’interroger : « Veux-tu que Grand Frère fasse quelque chose pour toi, Scarlet ? »

« Grand frère… Viens avec moi ! »

Scarlet cessa subitement de tirer ma manche, à la place elle employa ses deux mains pour tirer ma main droite, et juste comme cela elle se mit à me traîner derrière elle par la force. Je lui expliquai rapidement : « Attends, attends un instant. J’attends un ami, donc je ne peux pas partir avec toi comme ça. »

Pourtant Scarlet n’abandonna pas la partie et continua de me traîner de toute ses forces. Tout ce temps, elle continuait de s’exclamer : « Viens avec moi, viens avec moi… »

Bien évidemment, je ne pouvais pas me laisser traîner comme cela par une petite fille. Même si j’étais un frêle guérisseur, je ne pourrais jamais permettre un tel embarras ! Cependant, Scarlet était très déterminée, aussi nous restâmes coincés dans une impasse pendant un moment. Finalement, les yeux de Scarlet qui débordaient de l’élément d’eau parvinrent à me vaincre avec succès.

Je ne pus que l’amener avec moi à l’armurerie. Je passai la tête à l’intérieur. Igor était encore en train de négocier avec le propriétaire, et il ne me semblait pas qu’il finirait d’ici peu. Je lui criai : « Igor, je pars devant. On se rejoint au magasin de bâtons, d’accord ? »

« Ça marche. » Igor ne se donna pas la peine de tourner la tête pour me répondre et continua de marchander.

Après avoir reçu son accord, je serrai ma poitrine avec mes deux bras, baissai les yeux pour regarder Scarlet, et lui appris tout d’un coup : « Très bien ! Maintenant, je suis tout à toi, alors tu peux m’emmener où tu veux. Contente ? »

Scarlet sourit immédiatement, et l’élément de l’eau dans ses yeux disparut également sans laisser de trace.

Je fus traîné pendant tout le chemin par Scarlet, et nous tournâmes à un nombre de coins de rues innombrable. Par chance, je remarquai que ma mémoire semblait être plutôt bonne. Même après avoir tourné trois fois à gauche, cinq fois à droite, puis après avoir emprunté la troisième rue en partant de la gauche d’une intersection à cinq avenues, je pouvais toujours me souvenir de la route.

Même si je me souviens de la route, cela sera problématique si je m’éloigne trop, puisqu’il faut encore que je trouve la licorne… Non, je veux dire, il faut encore que je retrouve Igor !

Curieux, je m’enquis : « Scarlet, où m’emmènes-tu ainsi ? »

Scarlet laissa échapper un petit rire qui ressemblait au carillon de clochettes d’argent et m’entraîna pour tourner dans une autre allée, avant de s’arrêter finalement et de désigner quelque chose devant nous. Elle dit doucement : « Vois par toi-même, Grand Frère ! »

Je me tournai pour regarder l’endroit que Scarlet avait désigné… Malgré le fait qu’il y avait une certaine distance entre nous, j’aperçus clairement ce que Scarlet avait voulu me montrer. Bien que j’eusse perdu la mémoire et que je n’eusse aucune idée de si j’avais déjà vu une telle créature auparavant, quand je la regardai je sus presque immédiatement de quoi il s’agissait…

C’était une licorne.

Nous nous trouvions devant une maison délabrée et la licorne était dans la cave. L’élément sacré qui émanait de la créature était si fort que c’en était surprenant. Même s’il y avait beaucoup d’éléments différents qui nous séparaient, je pouvais quand même clairement percevoir sa force. Elle avait bien la forme d’un cheval, mais était en quelque sorte plus fine et plus élégante qu’un cheval ordinaire.

La différence la plus évidente entre elle et un cheval était la corne sur sa tête. L’élément sacré de la corne était si puissant que je n’arrivais pas à la contempler trop longtemps et son contour était un peu flou.

Puis, elle redressa soudainement la tête pour regarder dans ma direction… Non ! C’est moi qu’elle regarde.

Elle me regardait, de la même façon que moi j’étais en train de la regarder.

Après qu’un certain temps se fût écoulé, je me remis de la surprise de voir une licorne pour la première fois. Je baissai la tête et demandai : « T’a-t-elle fait la requête de venir me chercher ? Scarlet… Scarlet ? »

Il n’y avait personne à côté de moi.

J’eus un moment d’absence, mais je ne me sentis pas particulièrement surpris. Après tout, j’étais actuellement une personne amnésique. Il y avait trop de choses que je ne comprenais pas. Peut-être qu’être capable de conjurer une petite fille était en fait une des capacités spéciales des licornes.

Je m’approchai de l’endroit où la licorne se trouvait et entrai dans la maison. L’intérieur était en ruine, avec des débris partout et des toiles d’araignée recouvrant presque toutes les choses. Le sol était aussi couvert d’une épaisse couche de poussière, comme si personne n’était entré là depuis une centaine d’années. Pas étonnant que personne n’eût pensé à venir ici pour chercher la licorne, mais… Comment la licorne était-elle parvenue à descendre dans cette cave ?

Puisque je pouvais clairement la « voir », je savais qu’à l’origine elle était assise sur le sol. Toutefois, au moment où elle avait remarqué que je m’approchais d’elle, elle s’était levée et s’était mise à tourner en rond à l’intérieur du sous-sol, comme si elle était très excitée.

J’accélérai encore mes pas, trouvai les escaliers qui menaient au sous-sol, et courus vers la pièce où était située la licorne.

Elle est juste devant moi, à cinq pas d’écart… Non, elle vient encore de s’avancer de deux pas.

Malgré le fait que je ne parvinsse pas à déterminer si Sybil était belle ou non, je savais que la licorne qui se tenait devant moi était extraordinairement belle, et qu’il devait définitivement s’agir d’un animal d’une élégance blanche comme la neige.

Attendez un instant… Blanche comme la neige ? J’avais encore quelques souvenirs de la neige cela devrait être quelque chose formé par la condensation de l’eau mais qu’était donc le « blanc » ?

À cet instant-là, la licorne s’approcha de nouveau, se tenant devant moi, et vint même frotter sa tête contre moi.

« Tu m’aimes bien, n’est-ce pas ? »

Je lui souris et tendis même la main pour frotter son encolure. Elle courba le cou et me regarda comme si elle appréciait beaucoup mes gratouilles, puis baissa même la tête pour lécher ma main…

« Ça chatouille, ne fais pas ça, hahaha ! N’es-tu pas censée uniquement aimer les vierges ? Je ne suis pas… » Je m’arrêtai brusquement. Un instant…

Se pourrait-il que je sois un pur et innocent… puceau !?

La licorne se mit alors encore plus intimement à frotter sa tête contre ma poitrine, toute sa tête blottie contre moi.

« Stupide cheval, va-t-en ! Je ne suis pas puceau ! »

La licorne, cependant, commença à me lécher le visage… Sale bâtard, suis-je tellement pur que tu ne puisses t’empêcher de me lécher !?

« Je sais ! Peut-être que je n’ai que dix-huit ans. »

Je pensai subitement à cette possibilité et murmurai : « Si c’est le cas, ce ne serait pas surprenant si j’étais puceau. C’est cela ! Absolument, je n’ai que dix-huit ans. Non ! Il se peut même que je n’aie que seize ans ! »

Notes de bas de page

1 « Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches… » : Dans la version originale, le proverbe se traduit par « Mange huit grappes de raisin, mais ne crache pas la peau des grappes, et ne mange pas les grappes jusqu’à en cracher la peau des grappes. » C’est une phrase difficile à prononcer très connue et populaire en chinois, mais une fois traduite, elle perd en difficulté, d’où le remplacement par un proverbe français.
2 « Scarlet » : Une traduction directe de son nom depuis le chinois serait « Poème rouge ». L’équipe anglaise de PR! a choisi de retenir la couleur de son nom et d’en faire une traduction plus lyrique, soit « Scarlet » pour capturer le fait que son nom n’est pas simplement basé sur une couleur. Pour la version française, nous avons opté de garder le même prénom que la team anglaise, car il est difficile d’en faire une meilleure adaptation sans qu’il perde complètement son sens d’origine.