Invincible Partie 6 : Publication sur le blog

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 6: Blog Post – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 6 : Publication sur le blog – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

Publication sur le blog de Yu Wo le 03/04/09 : Invincible = Pas d’ennemis

Sur la page couverture du livre Invincible, il y avait cette phrase : « Neo, tu es vraiment très fort… Mais, “nous” sommes invincibles. »

De nombreux lecteurs semblent avoir mal compris cette déclaration. En fait, cette phrase a été prononcée par le Chevalier du Jugement Chasel, et non pas par Aldrizzt. Le « nous » fait référence aux « Douze Chevaliers Sacrés » et non à Neo et Aldrizzt.

Le vrai sens de cette déclaration est comme suit : « Neo, tu es peut-être très fort, et tu peux vaincre tous tes ennemis, mais les Douze Chevaliers Sacrés peuvent faire battre en retraite ces ennemis sans même avoir à se battre. »

C’est-à-dire que la véritable signification du mot « invincible » est : « pas d’ennemis ».

 

 

Pour être exacte, il y a de nombreuses idées derrière l’écriture du livre « Invincible », donc celui-ci n’est pas vraiment adapté pour être présenté sous la forme d’une nouvelle. Cependant, le contenu sied bien à Neo, par conséquent je l’ai quand même écrit. Ces idées auraient probablement été mieux décrites si elles avaient été utilisées dans un roman à part entière. Même si je n’aime pas décrire les idées qui se trouvent derrière une histoire après qu’elle ait été complétée, il me faut une année pour écrire un roman (C’est une estimation moyenne !). D’ici là, tout le monde aurait déjà tout oublié. Donc, tant pis, j’ai quand même décidé d’en parler.

 

 

Aussi, je n’ai pas l’intention de publier d’autres exemplaires d’Invincible. S’il-vous-plaît, ne me harcelez pas à ce sujet~ <囧>

Comme certains lecteurs voulaient savoir pourquoi il n’y aurait pas davantage de copies d’Invincible de disponibles, laissez-moi vous expliquer certains points : comparé aux livres précédents, beaucoup plus d’exemplaires d’Invincible ont été imprimés… presque deux fois plus qu’Eclipse Hunter. Je ne peux pas possiblement faire imprimer plus de copies que je pourrais en vendre, et je ne peux pas non plus estimer combien de personnes vont acheter mes livres. Il me restait encore des livres après deux jours de vente, alors que la longue queue s’était depuis longtemps dissipée. Ces livres restants se sont vendus très lentement. Et ceux qui ont été mis de côté pour les librairies étaient généralement destinés à ceux qui ne pouvaient vraiment pas venir à la vente. De ce fait, je pense que les lecteurs qui sont venus à la rencontre organisée ont pu facilement se procurer le livre.

En plus, je n’ai aucune intention de réimprimer les livres, puisqu’une expérience difficile est amplement suffisante ~囧~

Ouaip, j’imagine que les écrivains devraient juste bien se tenir et trouver des éditeurs pour imprimer leurs livres (se fait frapper).

 

 

Certains lecteurs ont demandé pourquoi je n’ai pas directement trouvé un éditeur. Ma réponse est celle-ci : étant donné qu’Invincible ne contient pas beaucoup de mots, j’ai été obligée de soit le publier comme un doujin ou soit d’abandonner l’idée de le faire publier tout court. En plus, il est trop mince pour même figurer dans un magazine commercial~~~囧

C’est pourquoi j’ai publié ce livre comme un doujin ! Ainsi, je peux faire tout ce que je veux avec. @@

S’il avait été publié dans un magazine commercial, les parties où Invincible ne respecte pas les lois sur les droits d’auteurs auraient été enlevées. C’est donc pourquoi Invincible a été publié sur le marché du doujin.

Voilà, tout le monde. C’est tout !

Note Finale : Comme d’habitude, Invincible sera publié en ligne après qu’un certain laps de temps se sera écoulé.

N. B. : Tout le monde, je vous prie de ne pas paniquer. Je n’ai pas divagué au début de cette publication parce que j’étais en colère !

Invincible Partie 5 : Postface

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 5: Afterword – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 5 : Postface – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

En fait, le personnage d’Aldrizzt peut être vu comme une incarnation du ressentiment.

Moi, Yu Wo, j’aime beaucoup le livre La Trilogie de l’Elfe Noir écrit par Monsieur R.A Salvatore. Même si je trouve ce roman extrêmement intéressant, il n’est pas très connu en Taiwan. Et, comme je rencontre rarement d’autres camarades de lecture, j’ai accumulé pas mal de ressentiment.

Le personnage principal de La Trilogie de l’Elfe Noir est un elfe noir (évidemment !) et le nom de ce personnage est Drizzt Do’Urden. C’est un personnage que j’aime vraiment, vraiment beaucoup.

Ainsi, naquit Aldrizzt. (J’adooore Drizzt~~~)

La plupart des traits de caractère de Drizzt ont été repris pour Aldrizzt à un certain niveau, on peut probablement le considérer comme un doujin.

Cependant, puisque La Trilogie de l’Elfe Noir est publiée commercialement, je ne peux pas vraiment écrire un doujinshi. C’est pourquoi je n’ai pas trop copié. D’un autre côté, puisque Invincible a été publié dans le marché du doujin, je peux me permettre de traiter Aldrizzt comme s’il était Drizzt et écrire comme je le souhaite.

J’ai enfin écrit un doujin ! (Après avoir passé trois ans à me faire appeler une auteure de doujin.)

J’espère que tout le monde aime Aldrizzt, et que vous pourrez aussi lire l’histoire du véritable « Drizzt Do’Urden » ! C’est un excellent personnage, et La Trilogie de l’Elfe Noir est aussi très intéressante à lire.

 

 

Maintenant que j’ai fini de recommander un bon livre, il est temps que je parle d’Invincible.

Dans La Légende du Chevalier du Soleil, je n’ai pas écrit grand-chose au sujet du partenariat entre Neo et Aldrizzt. C’est principalement parce que cette série est écrite depuis la perspective de Grisia à la première personne, et leur histoire n’est pas l’histoire principale, donc ce n’est pas bon d’écrire trop de choses à leur propos.

Cependant, ils sont en fait une paire très amusante, donc j’ai tout spécialement écrit le livre « Invincible » en leur honneur.

 

 

Tout le monde doit déjà avoir réalisé que le Neo dans Invincible n’est pas exactement le même que le Neo dans La Légende du Chevalier du Soleil. En fait, cette version est plus proche de la vérité.

 La Légende du Chevalier du Soleil est racontée du point de vue de Grisia, donc elle inclut son opinion personnelle ainsi que quelques malentendus qu’il a à propos de son maître. Certains sont même dus au jeu d’acteur de Neo quand il était le Chevalier du Soleil. Une fois que tout cela a été mis ensemble, le Neo de La Légende du Chevalier du Soleil a été créé.

Toutefois, dans Invincible, Neo n’est pas un professeur. Il a le même statut que ceux autour de lui, donc il a révélé une bonne partie de sa véritable personnalité.

En fait, ce livre peut être lu en même temps que le Vol.4 de La Légende du Chevalier du Soleil. La compréhension que le Grisia amnésique avait de son maître était parfaitement correcte !

 

 

Pour finir, afin de remercier ceux qui ont déployé de grands efforts en faisant la queue dans le but d’acheter Invincible, je me dois de révéler quelques informations au sujet du Vol.5 de La Légende du Chevalier du Soleil.

Le titre du Vol.5 de La Légende du Chevalier du Soleil est « La liche Immortelle (Partie 1) ».

Aussi, Neo et Aldrizzt feront à nouveau leur apparition.

D’ici là, je souhaite à tous d’avoir leurs propres méthodes pour être invincibles.

Yu Wo

Décembre 2008

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire à Part # 5 : Commettre Une Erreur

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires à Part

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


“Side Story #5: Making a Mistake” – traduit du chinois à l’anglais par Lucathia[PR!]
« Histoire à Part #5 : Commettre une Erreur » – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par LuluHime

Au départ, il avait voulu devenir le Chevalier du Jugement dans l’espoir d’expier l’erreur qu’il avait presque commise.

Quand son maître lui avait demandé pourquoi il désirait lui succéder comme Chevalier du Jugement, il avait cru que c’était parce qu’il voulait s’assurer que les criminels n’eussent jamais la chance de commettre un second crime.

En fin de compte, il comprit que le prérequis pour s’assurer que ce fût bien le cas était que lui-même ne se permît jamais de commettre une erreur… Le prix à payer pour l’une d’entre elle pouvait être la vie d’un innocent, la destruction d’une famille, ou pire préjudice.

Le Chevalier du Jugement n’avait jamais le droit de commettre une erreur.

 

 

Lesus Lucen se concentrait, tandis qu’il balançait sa lame en direction d’une marionnette en bois. Il était jeune et n’arrivait pas encore à soulever une vraie épée, mais il était si compétent avec des dagues que même les adultes qui connaissaient le maniement de l’épée n’osaient pas le sous-estimer.

En réalité, aucun homme dans la famille Lucen n’osait plus accepter les défis de Lesus à présent. Pour la plupart, ils étaient tous chevaliers ou avaient d’autres professions qui pratiquaient l’art de l’épée. Perdre face à un enfant de douze ans serait humiliant, et ils n’étaient pas assez confiants à l’idée de l’emporter contre Lesus.

Phil Lucen était également l’un des hommes qui n’osaient plus accepter les défis de son neveu, mais il ne se sentait pas rabaissé à ce sujet ou jaloux de celui-ci, puisque le garçon était en réalité depuis longtemps devenu son fils.

Un merveilleux talent inné, une disposition sérieuse, et la tragédie de perdre ses deux parents étaient ce qui avait créé le Lesus Lucen actuel.

Si on lui donnait encore quelques années, Lesus deviendrait assurément un chevalier formidable.

Cependant, Phil croyait que Lesus préférerait rester moyen toute sa vie plutôt que de voir ses parents succomber à cette calamité.

 

 

J’ai entendu dire qu’il était soupçonné d’avoir commis de nombreux cambriolages et meurtres, hormis qu’il n’y avait eu aucune preuve, alors il avait été libéré.

Ah ! S’il n’avait pas été libéré, dans ce cas mon frère aîné et ma belle-sœur ne seraient pas… Le meurtrier a-t-il été retrouvé ?

Il est toujours en fuite, mais j’ai entendu dire que le Chevalier du Jugement est vraiment furieux. Il a envoyé plusieurs chevaliers sacrés, qui sont en train de traquer le criminel qui s’est échappé. Ils amassent des preuves également, espérant le condamner à mort par pendaison immédiatement après qu’il soit capturé.

Pourquoi amasser des preuves ? Il devrait être pendu sur-le-champ !

Ne dis pas ça. Ce n’est pas comme s’ils pouvaient exécuter les gens sans raison…

 

 

« Lesus. »

Lesus arrêta de balancer sa lame et tourna la tête pour regarder Phil, son oncle. Malgré le fait que son oncle lui eût dit clairement qu’il pouvait l’appeler Père, il savait qu’il ne l’appellerait jamais par autre chose. Son vrai père et sa vraie mère étaient déjà décédés. Personne ne pourrait prendre leurs places.

« Lesus, tu seras content d’entendre ceci. » Phil sourit en déclarant : « Tes parents vont enfin être vengés ! Le cambrioleur a été attrapé il y a quelques jours, et il va être pendu aujourd’hui. Pourquoi n’irions-nous pas au terrain d’exécution pour assister à sa mise à mort ? Ne le dis pas à ta tante par contre ; elle ne veut pas que tu y ailles. »

Le criminel qui a tué mes parents va être pendu ? Lesus était stupéfait, et pourtant il ne se sentait pas heureux. En fait, ne sachant pas quoi faire, il se retourna et s’enfuit.

« Lesus ? Où vas-tu comme ça ? Lesus ! »

 

 

Quand il aurait dû être pendu, il ne l’a pas été, provoquant ainsi la mort de mes parents. S’il est pendu maintenant, contre qui suis-je censé prendre ma revanche ?

En colère, Lesus courut jusqu’à l’Église du Dieu de la Lumière, une expression de haine sur son visage. Il portait même une dague à sa taille et, pourtant, le plus surprenant était que les chevaliers sacrés à la porte ne lui barrèrent pas le chemin, lui permettant de faire irruption à l’intérieur de l’Église.

Ce ne fut pas avant qu’il eût mis le pied à l’intérieur de l’Église du Dieu de la Lumière, avec des chevaliers sacrés passant fréquemment à côté de lui, et que ses pas eurent ralenti qu’il se réveilla enfin, surpris de découvrir qu’il avait foncé tête baissée à l’intérieur de l’Église. Pourquoi les gardes aux portes ne m’ont-ils pas arrêté ?

« Es-tu perdu ? »

Lesus sursauta, tournant la tête pour apercevoir un chevalier sacré en train de se pencher pour le regarder. Puisque la personne affichait un sourire et n’avait pas l’air de lui vouloir du mal, Lesus hocha rapidement la tête pour lui répondre. « Oui. »

« Viens ici. » Le chevalier sacré le mena jusqu’à une fenêtre et lui pointa l’extérieur. « Vous devriez être en train de vous rassembler là-bas. Tu vois ces autres personnes ? »

Curieux, Lesus jeta un coup d’œil à l’extérieur de la fenêtre. Il y avait une petite esplanade avec de nombreux enfants qui s’y trouvaient et qui semblaient avoir environ le même âge que lui.

Il fut confus pendant un instant. Toutefois, il se rappela immédiatement que son oncle avait mentionné que le Temple Sacré sélectionnait présentement la prochaine génération des Douze Chevaliers Sacrés. Son oncle lui avait même demandé s’il voulait participer à la sélection. À ce moment-là, par contre, son cœur était fixé sur sa vengeance, alors il n’avait ressenti absolument aucun intérêt pour la sélection.

Pas étonnant que les gardes ne m’aient pas arrêté. Ils pensaient probablement que je participais moi aussi à la sélection.

« Si tu veux aller aux toilettes, c’est juste là-bas dans le coin. »

Lesus détourna la tête de la fenêtre. Le chevalier sacré sourit et dit dans un murmure : « Si tu es juste curieux et que tu jettes un coup d’œil aux alentours, ce n’est également pas un problème, assure-toi simplement de ne pas errer trop loin à l’intérieur. C’est dans le temple intérieur que les chambres des Douze Capitaines-Chevaliers Sacrés se trouvent. L’endroit est interdit d’accès ! »

En entendant parler des chambres des Douze Chevaliers Sacrés, Lesus ne battit pas un seul cil tandis qu’il s’enquérait : « Où est le temple intérieur où je ne suis pas censé aller ? J’ai peur de peut-être me retrouver là par accident. »

Sans le moindre soupçon, le chevalier sacré lui pointa la direction.

Lesus acquiesça d’un signe de tête pour montrer qu’il avait compris. Néanmoins, une fois que le chevalier sacré fût parti, il se dirigea sur-le-champ dans la direction où il n’était pas autorisé à aller. Il n’eut pas besoin de se rendre très loin avant de passer sous une porte en arche, et l’apparence des corridors changea. Comparés aux majestueux corridors qui se trouvaient à l’extérieur, ceux-ci étaient beaucoup plus ordinaires.

Lesus ralentit ses pas, vérifiant avec soin qu’il n’y avait personne autour de lui. Il savait que s’il était remarqué ici, il se ferait assurément jeter dehors.

Il n’y avait absolument personne dans les couloirs, probablement parce qu’il faisait encore jour en ce moment. Les Chevaliers Sacrés doivent être en train d’accomplir leurs devoirs à l’extérieur ! présuma Lesus pour lui-même.

Quelqu’un vient ! Lesus se dépêcha de tourner dans un corridor à part, et ensuite sortit subrepticement la tête pour regarder. La personne se tenait à côté de la fenêtre, faisant face à l’extérieur. Avec la tunique noire qu’il portait, et les longs cheveux noirs qu’il avait et qui atteignaient sa taille, sa silhouette, vue par derrière, était un véritable voile de ténèbres.

Des cheveux noirs et une tunique noire… Le Chevalier du Jugement !

C’est la personne qui a laissé le criminel s’en aller, causant la mort de mes parents… C’est lui aussi un meurtrier !

Lesus empoigna la dague accrochée à sa taille, regardant calmement à sa droite et à sa gauche, s’assurant qu’il n’y avait personne en vue.

En général, la plupart des gens ne sont pas très vigilants envers les enfants, de plus la sélection a lieu en ce moment. Le Chevalier du Jugement songera probablement que je suis également un candidat. Si je prétends être perdu, et que je saisis ensuite cette chance pour attaquer une fois qu’il est proche, je pourrais vraiment réussir…

Malgré le fait qu’il ne fût qu’un simple enfant de douze ans, sa concentration avait toujours été au-dessus de celle des autres personnes. Il s’était entraîné avec son épée depuis un très jeune âge, et avait souffert de la catastrophe de perdre ses deux parents, alors Lesus avait depuis longtemps développé un comportement calme et logique qui aurait effrayé les autres.

Il cacha la dague derrière son dos, se pinça les paupières pour faire sortir des larmes, fixa une expression de peur sur son visage, et était sur le point de sortir de sa cachette…

« Chasel ! »

Lesus se recacha vite.

« Quelque chose ne va pas avec toi récemment ? Tout le monde se sentait si nerveux qu’ils sont venus me dire que tu étais dans une rage terrible, et ils veulent que je règle le problème. Pourquoi es-tu si furieux de toute manière ? Si quelqu’un t’as provoqué, pourquoi ne vas-tu pas l’achever ? »

Lesus sortit secrètement la tête et aperçut un homme aux yeux bleus et aux cheveux dorés. L’homme portait également un uniforme blanc de chevalier avec les bords brodés en or, et gardait une épée dorée à sa taille. Avec autant de traits aussi voyants, même s’il n’avait jamais posé les yeux sur cette personne auparavant, il savait tout de même qui il était : le leader des Douze Chevaliers Sacrés, le Chevalier du Soleil.

Le Chevalier du Jugement qui s’était fait appeler Chasel se retourna, les sourcils froncés. Il annonça froidement : « Dans ce cas, tu ferais aussi bien de me tuer, Neo ! »

À la fois le Chevalier du Soleil, Neo, et Lesus qui était caché derrière le mur, sursautèrent de surprise. Cette fois-ci, c’était au tour de Neo de froncer les sourcils. Il demanda : « De quoi parles-tu ? Pourquoi me dis-tu soudainement de te tuer ? »

« Ne m’as-tu pas demandé contre qui j’étais furieux, et dit que je devrais l’achever ? » répondit Chasel sans émotion : « Je suis furieux contre moi-même. »

Neo détendit ses sourcils, et s’enquit avec compréhension : « C’est à propos du  cas d’aujourd’hui, au sujet du criminel qui est sur le point d’être pendu ? »

Son cœur battant la chamade, Lesus s’empressa de se concentrer pour regarder le Chevalier du Jugement, Chasel. Ce dernier, les sourcils toujours froncés profondément, hocha la tête.

« Si la personne a déjà été attrapée, et que la situation a été résolue, pourquoi es-tu contrarié ? » Neo s’arrêta brusquement à la moitié de ce qu’il disait et demanda ensuite de façon quelque peu étrange : « Attends, ne vas-tu pas toujours assister aux exécutions ? Tu m’as dit que, puisque tu étais celui qui les condamnait à mort, c’était comme si tu étais celui qui les tuait, alors tu devrais toujours au moins aller regarder leurs derniers instants, ou quelque chose de similaire. »

« J’ai peur d’aller assister à l’exécution. »

Stupéfait, Neo le questionna : « Tu crois qu’il y a un problème avec la sentence du criminel ? »

En entendant cela, Lesus, qui s’était caché sur le côté, dégaina haineusement la dague depuis l’arrière de son dos.

Toutefois, Chasel secoua la tête et déclara : « Ce criminel mérite sa sentence. Ce que j’ai peur de confronter, c’est la victime. Le mari et la femme qui ont été tués ont laissé derrière eux un enfant. L’enfant a seulement un peu plus de dix ans, probablement autour du même âge que ceux à l’extérieur sur la place au moment même, je crois ? »

Après qu’il eut dit cela, il tourna à nouveau la tête pour regarder par la fenêtre. Neo n’était pas non plus très doué pour réconforter les gens. Sur le coup, il ne savait pas vraiment quoi dire pour remonter le moral de l’autre personne.

Voyant le Chevalier du Jugement révéler une expression de visible angoisse, Lesus réalisa soudainement que celui-ci n’était pas aussi cruel, froid et insensible que la rumeur le disait… Ainsi, même le Chevalier du Jugement peut ressentir du regret pour avoir relâché un criminel par erreur ?

« Le Dieu de la Lumière a confié au Chevalier du Jugement la tâche de discipliner les criminels afin de protéger les innocents, pourtant la vraie difficulté ne réside pas dans le fait de discipliner les criminels, mais plutôt dans le fait de discerner qui est coupable et qui est innocent. Une fois que la condamnation à mort est donnée, il n’existe plus la moindre marge de manœuvre pour la retirer, alors jamais ne suis-je enclin à la donner à la légère… Pourtant, être trop prudent a causé la mort d’encore plus de personnes. »

Neo fronça les sourcils un peu plus et affirma : « Chasel, c’est impossible pour les humains de ne jamais commettre d’erreurs. »

Sans attendre qu’il eût terminé, Chasel se retourna vivement et cria avec agitation : « Le Chevalier du Jugement n’a pas le droit de commettre d’erreurs ! C’était mon erreur, et pourtant quelqu’un d’autre en a souffert les conséquences. Ce mari et cette femme, cet enfant… Comment ai-je pu commettre une telle erreur ? »

Un bruit retentit.

« Qui va là !? »

Neo se retourna. Au même moment, il avait déjà dégainé l’Épée Divine du Soleil qui pendait à sa taille. L’épée en main, il resta alerte, jetant des regards à la dague qui gisait sur le plancher au coin du couloir. Juste au moment où il commençait à se sentir confus, il vit un enfant lentement s’approcher.

Il ne pensait pas que ce serait un enfant. Neo le fixa d’un air ébahi. Quoi qu’il advienne, il ne pouvait pas se battre contre un enfant, et l’enfant avait déjà laissé tomber sa dague sur le sol, alors il était complètement désarmé et sans défense.

Chasel poussa sur le pommeau de l’épée de Neo, et sur un ton de réprimande il dit : « N’effraye pas le petit. »

Neo émit un son de « tsk » et rengaina simplement son épée.

Chasel s’avança de quelques pas, faisant de son mieux pour alléger son ton tandis qu’il demandait : « Mon enfant, qu’es-tu venu faire ici ? »

« Je, je… » Après que Lesus eût bégayé pendant un bon bout de temps, il s’exclama très fort : « Je veux m’inscrire pour la sélection du Chevalier du Jugement ! »

« T’inscrire pour la sélection ? » Neo décréta brusquement : « Les inscriptions se sont terminées hier ! »

Cependant, Chasel agita la main pour faire cesser les propos de son compagnon, puis il s’enquit : « Quel est ton nom ? Sais-tu comment te servir d’une épée ? »

« Lesus Lucen. » Lesus hocha frénétiquement la tête et répondit : « Je sais comment me servir d’une épée ! »

À ce moment-là, Neo scruta curieusement l’enfant de la tête aux pieds. « Des cheveux noirs et des yeux noirs, ton apparence passe ! Mais, le travail du Chevalier du Jugement est très difficile, et tu dois attacher les criminels sur les murs et les fouetter jusqu’à-ce que leur peau se déchire. Tu n’as pas peur ? »

En entendant cela, le visage de Lesus pâlit immédiatement.

« Neo, ne fais pas peur au garçon ! » Chasel lança un regard noir à son compagnon et continua de demander à Lesus : « As-tu la permission de tes parents pour entrer dans la sélection ? »

Lesus baissa la tête en disant : « Pas de parents. J’ai seulement mon oncle. »

« Ton oncle est-il au courant alors ? »

Après avoir hésité pendant un instant, Lesus secoua la tête.

Voyant cela, Chasel fronça les sourcils.

Neo commenta délibérément : « La période d’inscription est déjà terminée. Tu ne songes pas à briser les règles pour lui, n’est-ce pas ? Est-ce quelque chose que le Chevalier du Jugement respectueux des lois devrait faire ? »

Entendant cela, Chasel leva les yeux au ciel à son intention. Neo se contenta de rigoler, puisqu’il ne faisait que plaisanter. Jusqu’à présent, tous les enfants qui s’étaient inscrits pour devenir le Chevalier du Jugement étaient indisciplinés et turbulents. Il ne pouvait pas trouver de faute à Chasel pour vouloir élargir ses options même un tout petit peu. Au moins, cet enfant devant eux donnait une bonne première impression.

Chasel baissa la tête pour regarder le garçon. Même s’il savait que la période d’inscription était déjà passée, et malgré le fait qu’il sût qu’être le Chevalier du Jugement était un travail ardu et ingrat, que d’avoir manqué la période d’inscription pouvait même s’avérer être une bénédiction plutôt qu’une infortune pour l’enfant, pourtant…

À ce moment-là, Lesus révéla brusquement une expression déterminée. Il s’inclina à un angle de quatre-vingt-dix degrés et s’exclama : « Chevalier du Jugement, je suis désolé ! »

Surpris, Chasel fixa l’enfant qui s’inclinait présentement devant lui à un angle de quatre-vingt-dix degrés. Il s’accroupit afin de regarder le garçon dans les yeux, mais découvrit que le garçon regardait ailleurs, effrayé à l’idée de rencontrer ses yeux. Il tendit la main pour caresser la tête du petit. D’une façon réconfortante, il dit : « N’aie pas peur, je ne te ferai aucun mal. Dis-moi, pourquoi me présentes-tu tes excuses ? »

Lesus se démonta, mais refusa de laisser une seule larme s’échapper. Il continua simplement de répéter : « Je…désolé. Je suis vraiment désolé ! »

Voyant cela, Chasel ignorait ce qu’il devait faire. Il ne put que tenir la main de l’enfant. « Allons-y. Nous allons rendre visite à ton oncle pour voir s’il est d’accord pour te laisser t’inscrire. »

« Mon oncle est d’accord ! » Lesus ajouta précipitamment : « Il m’a demandé auparavant si je désirais y entrer. » Même s’il avait dit cela, à ce moment-là son oncle semblait avoir dit quelque chose à propos d’entrer dans la sélection du Chevalier du Soleil ou de quelque autre chevalier, mais il ne s’en rappelait pas vraiment. Tout de même, le Chevalier du Jugement devrait être aussi être convenable, pas vrai ?

« Quoi qu’il en soit, au strict minimum nous devons tout de même le lui demander. »

« D’accord. » Lesus hocha très docilement la tête.

Après avoir dit au revoir à Neo, Chasel mena le garçon par la main et dit : « Allons-y. »

« D’accord. »

Neo les observa tous les deux s’en aller. Le plus vieux et le plus jeune, tous les deux avec une tête de cheveux noirs, avaient presque l’air d’un père et d’un fils. Il rit un peu, et murmura : « Lesus Lucen ? Je pense qu’il est temps de t’appeler Lesus du Jugement à la place ? »

 

 

Grisia écouta l’histoire pendant qu’il mangeait ses biscuits aux myrtilles. Une fois que Lesus atteignit ce tournant de l’histoire, il lui demanda avec perplexité : « Ton oncle a-t-il vraiment donné son accord pour te laisser entrer dans la sélection du Chevalier du Jugement ? Je me souviens que ces enfants qui avaient pris part à la sélection du Chevalier du Jugement étaient tous mauvais… »

En quelque sorte avec impuissance, Lesus répondit : « Quand mon oncle a entendu que je souhaitais entrer dans la sélection du Chevalier du Jugement, il a immédiatement hurlé qu’il voulait m’évincer de la famille. Ma tante était si choquée qu’elle s’est évanouie… Mais, finalement, il a accepté et m’a même amené pour participer à tous les différents tests. »

Grisia leva un sourcil, ne croyant pas du tout aux paroles de Lesus.

« …sauf que, chaque fois que je réussissais l’un des tests, ils finissaient par pleurer violemment pendant trois jours.

– Dans ce cas, qu’est-il arrivé quand tu as été choisi ?

– …ils ont pleuré pendant environ un mois… »

Invincible Partie 4 : Nous Sommes Invicibles

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 4: We Are Unbeatable – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 4 : Nous Sommes Invincibles – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

Alors qu’ils étaient encore à l’extérieur de la ville, Aldrizzt arrêta soudainement de marcher. Il enfila d’abord son manteau et descendit la capuche jusqu’à son menton. Ensuite, il mit des gants. Après qu’il se fût emmitouflé de la tête aux pieds, il demanda à Neo avec un peu d’inquiétude : « De quoi ai-je l’air ? »

Puisque je me suis enveloppé comme ça, personne ne devrait pouvoir dire que je suis un elfe noir, n’est-ce pas ?

Neo l’examina attentivement et commenta ensuite : « Je pense que… »

Que penses-tu ? Aldrizzt attendit l’opinion de Neo nerveusement.

« Je pense que tu as l’air extrêmement louche. »

« … » Aldrizzt resta silencieux pendant un instant. Il lâcha sèchement, mécontent : « Ça va sans dire ! Je veux savoir si tu peux dire que je suis un elfe noir au premier regard ! »

Neo leva un sourcil et dit négligemment : « Qu’est-ce que ça peut bien faire si tu es reconnu ? »

Aldrizzt secoua la tête et fit remarquer : « Si les humains découvrent que je suis un elfe noir, ils vont définitivement nous chasser hors de la ville. Nous ne pouvons plus aller chasser dans la forêt. Dans ce cas, si nous ne pouvons pas non plus aller en ville pour acheter à manger, ne risquons-nous pas de mourir de faim ? »

Neo fronça les sourcils et cessa de protester contre le déguisement d’Aldrizzt.

Ensuite, ils pénétrèrent dans la cité. Neo n’était pas très intéressé par cette petite ville, mais Aldrizzt ne pouvait s’empêcher de regarder partout. Bien qu’il fût à la surface depuis quelque temps, il n’était jamais entré dans une cité auparavant. Maintenant qu’il était dans une ville, c’était évident qu’il allait être fasciné.

Étonnamment, cette petite ville près de la forêt était très vivante. Néanmoins, de nombreuses personnes portaient l’équipement des aventuriers et transportaient même des bagages. Puisqu’ils ne paraissaient pas être du coin, il s’agissait très fort probablement d’aventuriers en voyage.

Aussi, parce que les voyageurs étaient très variés, personne ne vint leur chercher des ennuis, malgré l’attirail d’Aldrizzt qui attirait pas mal de regards soupçonneux. Aldrizzt poussa un grand soupir de soulagement, il n’avait plus peur d’entrer en contact avec des humains.

Neo marcha avec confiance jusqu’à un bâtiment en briques avec un panneau « Guilde des Aventuriers du Continent » suspendu sur la porte. C’était également un endroit qu’Aldrizzt n’avait jamais vu auparavant. Il n’y avait pas foule à l’intérieur, puisqu’il y avait seulement un peu plus de dix personnes. Ils se tenaient face aux murs de chaque côté, par groupes de deux ou de trois, tous en train de consulter les annonces placardées aux murs.

Est-ce qu’il pourrait s’agir de la Guilde des Aventuriers dont on parle dans les livres ? Curieux, Aldrizzt demanda à son compagnon : « Es-tu déjà venu ici par le passé ? La route te semblait très familière. »

Neo pointa le toit et dit : « La Guilde des Aventuriers dresse toujours un drapeau sur son toit. S’il s’était agi d’une cité plus grande, je n’aurais peut-être pas été en mesure d’apercevoir ce drapeau. Mais, cette ville n’est pas très grande, alors je l’ai remarqué au moment même où nous sommes arrivés. »

Une fois qu’ils eurent fini de parler, il entra dans le bâtiment de la guilde. Aldrizzt le suivit précipitamment.

Quand ils furent à l’intérieur, Neo suggéra : « Tu devrais d’abord aller vérifier s’il n’y a pas une mission que nous pourrions prendre. Je vais enregistrer notre équipe et m’occuper de quelques menus problèmes. »

Aldrizzt acquiesça. Il marcha alors jusqu’au mur et observa les annonces avec curiosité.

Neo s’avança seul jusqu’au comptoir de la réception. Il commença par enregistrer le nom de leur équipe et se prépara à envoyer un message à la Cité du Bourgeon. C’était l’une des choses que Chasel lui avait dit qu’il devait faire quoiqu’il arrive. Quand l’un des Douze Chevaliers Sacrés voyageait, il devait impérativement envoyer au moins un message à la Cité du Bourgeon tous les mois.

Quoique, Neo avait l’étrange impression que cette règle avait principalement été créée pour son bien, puisque, parmi sa génération des Douze Chevaliers Sacrés, la majorité d’entre eux restait à la Cité du Bourgeon ou était rentrée dans leur ville d’origine. À part lui, personne d’autre ne semblait voyager.

Est-il vraiment nécessaire de s’inquiéter autant à mon sujet ? Vous voyez, je suis parti à l’aventure depuis un long moment maintenant. Ne suis-je pas encore en vie et bien-portant ? Qu’ont-ils tous à s’inquiéter pour rien ? Soupir !

Néanmoins, il était forcé de docilement effectuer ces choses triviales comme on le lui avait ordonné. Bien que Chasel ne l’effrayât pas le moins du monde, il serait pénible que ce dernier vînt à s’énerver réellement, particulièrement puisque tout le monde semblait avoir accepté de tout cœur quand celui-ci avait suggéré cette règle. S’il n’obéissait pas, il y avait un risque pour que onze personnes vinssent chercher les ennuis pour le récupérer.

Il obtint un crayon et du papier auprès des employés de la Guilde et commença à rédiger ce que Chasel lui avait demandé d’écrire : sa localisation, ses compagnons, ce qu’il allait faire ensuite…

Concernant son compagnon, Neo hésita un peu avant d’écrire qu’Aldrizzt était un elfe noir. Par la suite, il mentionna brièvement qu’ils étaient pourchassés par ses semblables. Évidemment, il le mentionna juste en passant et précisa même qu’il s’agissait là d’un problème bénin qu’il aurait tôt fait de résoudre.

En ce qui avait trait à sa localisation, il écrivit : « Je ne sais pas. » Pour ce qu’il allait faire ensuite, il inscrivit négligemment : « Explorer les alentours. » Il prévoyait d’écrire la même chose dans le futur.

Quand il eut fini d’écrire, Neo passa le message à l’employé de la Guilde, qui lui sourit et lui dit automatiquement : « Le coût total pour envoyer votre message et enregistrer votre équipe est de trente-cinq ducats d’argent. »

Neo fouilla dans ses poches et parvint à en extirper un ducat d’or et plus de dix ducats d’argent pour payer la facture.

« Ahhh ! »

Entendant subitement un cri, Neo se retourna par réflexe. Quelqu’un regardait Aldrizzt avec horreur. Quand Aldrizzt fit un pas pour se rapprocher de lui, cette personne recula hâtivement de plusieurs pas et chancela même, tombant presque au sol.

Voyant cela, Aldrizzt semblait ignorer quoi faire. Il tira même inconsciemment sa capuche plus bas sur son visage.

Au même moment, les personnes autour semblaient trouver que quelque chose clochait. L’un après l’autre, ils observèrent Aldrizzt avec prudence.

La personne terrifiée fixa Aldrizzt et bégaya : « N-Noir… »

« Aldrizzt ! Allons-y. Je suis totalement mort de faim, alors allons chercher quelque chose à manger », le héla Neo. Il marcha jusqu’à Aldrizzt, attrapa le bras de son compagnon en un mouvement, et tira dessus sans sembler se préoccuper des gens qu’ils laissaient derrière.

« Il a vu mon visage », déclara Aldrizzt avec anxiété après avoir été tiré hors de la Guilde.

« Et alors ? » répliqua Neo, pas du tout inquiet. « Tu n’as rien fait dont tu doives avoir honte. Tu n’es peut-être pas aussi beau que moi, mais ton physique est quand même passable, bien qu’un peu noir. »

« Si je n’étais pas noir, je serais simplement un elfe ! » aboya Aldrizzt. Il continua nerveusement. « Quand même, il a découvert que je suis un elfe noir. J’ai peur que… »

Neo se tourna vivement vers lui, attrapa les épaules d’Aldrizzt et dit avec sérieux : « Aldrizzt, tu veux vivre à la surface et partir à l’aventure avec moi. Pensais-tu réellement que personne ne découvrirait que tu es un elfe noir ? »

« Je sais que c’est impossible, mais nous sommes actuellement poursuivis par mon peuple. Nous avons aussi été chassés de la forêt par les elfes… »

Neo l’interrompit impatiemment en affirmant : « Ne sois pas aussi râleur ! Il y a seulement cinquante elfes noirs à nos trousses. Si le pire venait à arriver, nous n’aurions qu’à les combattre. »

Aldrizzt secoua la tête. Il croyait que Neo ne connaissait pas non plus ce que représentaient « cinquante elfes noirs ». Non seulement chaque membre de sa race était doué au combat, mais ils étaient également des experts dans les embuscades et l’utilisation d’armes cachées. Pour résumer, bien que Neo ait été le Chevalier du Soleil, il serait absolument impossible pour deux personnes de vaincre cinquante elfes noirs !

Neo regarda autour de lui. Même si cette ville n’était pas très grande, il y avait un certain nombre d’auberges. Cela avait assurément un lien avec tous les aventuriers présents. Il ne put s’empêcher de marmonner : « Y a-t-il un bon endroit pour partir à l’aventure ? Pourquoi y a-t-il autant d’aventuriers ici ? »

« C’est juste derrière toi ! » répondit Aldrizzt. « Cette grande forêt est définitivement un bon endroit pour partir à l’aventure. »

« Vraiment ? » dit Neo avec suspicion. « Comment se fait-il que je n’aie pas le sentiment qu’il y a quoi que ce soit d’assez dangereux pour y mériter une aventure ? »

Aldrizzt soupira et expliqua : « Ce n’est pas dangereux uniquement parce que c’est toi et moi qui y étions. Je suis un elfe noir qui a plus d’une centaine d’années, et tu es le Chevalier du Soleil. Évidemment que nous ne pensons pas que c’est dangereux ! Je crains qu’il n’y ait pas beaucoup d’aventures dans ce monde que nous ne puissions gérer. »

« Oh, vraiment ? Ne sommes-nous pas pourchassés par cinquante elfes noirs en ce moment ? » rétorqua simplement Neo, tandis qu’il considérait l’auberge la plus luxueuse d’un regard et avançait vers elle sans hésitation.

Au moment où Aldrizzt aperçut cette auberge propre et ordonnée avec un mobilier plutôt somptueux, il se sentit en situation précaire. Il murmura rapidement : « Neo, as-tu de l’argent ? »

« Oui. » Neo ne mentait pas ; même après avoir payé la Guilde, il devait encore avoir soixante-dix ou quatre-vingts ducats d’argent.

Quand Aldrizzt entendit la réponse de Neo, il se calma. Bien qu’il n’eût jamais vu où Neo gardait son argent, si Neo disait qu’il en avait, alors c’était probablement le cas.

Au moment où ils entrèrent dans l’auberge, quelqu’un vint immédiatement à leur rencontre. Neo ordonna très naturellement : « Préparez une chambre pour deux, mais, d’abord, servez-nous à manger et de l’alcool. Je veux du vin d’au moins dix ans d’âge, de la soupe en entrée, la spécialité de votre chef comme plat principal — mais, il doit y avoir de la viande — et des fruits locaux pour les essayer. »

Pendant que Neo commandait la nourriture, Aldrizzt contempla l’intérieur de l’auberge. Il y avait peu de clients, mais la plupart d’entre eux ressemblaient à des marchands plutôt qu’à des aventuriers. Il semblerait que les aventuriers ne restassent pas souvent dans des auberges de haute classe. Les marchands ne paraissent pas s’intéresser à l’Aldrizzt momifié, mais ils étaient extrêmement intrigués par Neo, dont les actions étaient très raffinées. Aldrizzt en soupira de soulagement.

Après qu’ils se fussent assis, Aldrizzt observa Neo avant de soupirer à nouveau et de déclarer : « Si tu ne m’avais pas dit que tu étais un chevalier sacré, j’aurais pensé que tu étais un prince. Tu agis vraiment comme un aristocrate, et un de rang extrêmement élevé en plus. »

« Oh. » Neo haussa les épaules et expliqua : « J’entretenais une bonne relation avec la famille royale et je me rendais souvent au palais. Par conséquent, j’ai toujours voyagé avec le prince et la princesse. »

Ce qu’il ne disait pas, par contre, était que, chaque fois qu’ils voyageaient, les gens pensaient qu’il était le prince et traitaient le vrai prince comme son assistant.

« Assez parlé, mangeons ! Il est impoli de parler et de manger en même temps. »

Tu n’étais pas aussi exigeant quand nous étions dans la forêt, donc pourquoi parler soudainement de bonnes manières quand nous allons à l’auberge ? Aldrizzt était soupçonneux, mais il ne répondit pas et se contenta de manger en silence.

Durant les quelques jours suivants, sous le prétexte d’aller à la Guilde pour vérifier s’il y avait des missions adaptées qu’ils pourraient prendre, Neo passa toute la journée à se promener, jusqu’à ce qu’il eût exploré toute la cité. Aldrizzt, quant à lui, n’osa pas sortir, car il avait peur que des gens découvrent qu’il était un elfe noir.

Bien que Neo l’eût réprimandé, Neo ne pouvait rien faire pour améliorer la situation d’Aldrizzt, et il aurait été étrange de le traîner jusqu’à l’extérieur. En fin de compte, Neo laissa Aldrizzt faire ce qu’il voulait et, à la place, passa ses journées à se faire plaisir en visitant la Guilde des Aventuriers, des tavernes et en se promenant en ville.

 

 

« Neo ! Neo ! » cria Aldrizzt avec panique.

Neo grogna, s’étira paresseusement et s’assit sur le lit. Il demanda paresseusement : « Qu’y a-t-il ? J’ai trop dormi ? » Neo était plutôt surpris, puisqu’il se réveillait d’habitude à une heure fixe.

« Non, c’est le milieu de la nuit. »

« Dans ce cas, pourquoi m’as-tu réveillé ? » Mécontent, Neo ouvrit les yeux, seulement pour remarquer qu’Aldrizzt arborait une expression extrêmement horrifiée. Il resta bouche bée pendant un moment avant de demander : « Que se passe-t-il ? »

Aldrizzt, qui se tenait près de la fenêtre, tourna la tête vers Neo. Quand il vit que Neo était enfin réveillé, il pointa du doigt l’extérieur par la fenêtre et dit d’une voix tremblante : « Regarde… »

Neo se leva nonchalamment et regarda par la fenêtre. Il aperçut immédiatement de nombreuses torches qui brillaient vivement, et les gens qui les tenaient avaient même encerclé l’extérieur de l’auberge. À la lumière des torches, Neo pouvait voir que ces personnes étaient armées jusqu’aux dents avec des expressions tendues, mais emplies d’intention meurtrière.

Puisqu’Aldrizzt et lui n’avaient rien fait de mal en ville, la seule chose qui aurait pu provoquer une telle situation était le fait qu’Aldrizzt était un elfe noir.

Surpris, Neo émit plusieurs « tsk ». Il lâcha : « Les habitants de cette ville savent comment garder un secret. Je me suis baladé dehors ces derniers jours, mais je n’ai jamais senti d’animosité émaner de qui que ce soit. Serait-ce parce que ce sont tous des aventuriers ? »

Peut-être est-ce parce que tu es trop obtus ? pensa Aldrizzt silencieusement. Néanmoins, il n’était pas en état de se disputer avec son compagnon dans ce genre de situation. Inquiet, il demanda : « Neo, que devrait-on faire maintenant ? »

Neo répondit à la question d’Aldrizzt par un haussement de sourcil. Il n’avait pas d’idée bien définie en tête et songea plutôt, Je suis déjà pourchassé par des elfes noirs et des elfes, est-ce que les humains vont également rejoindre la mêlée ? Mon aventure est réellement devenue dangereuse et excitante !

Parce qu’il ne recevait pas de réponse de la part de Neo après avoir attendu un certain temps, Aldrizzt se tourna pour observer les humains rassemblés. Dans son cœur, il avait déjà pris sa décision. Il décréta simplement : « Neo, tu dois partir. »

Neo répondit naturellement de manière inattendue : « Évidemment que je pars ! Est-ce que tu insinues que je devrais rester et laisser des gens m’abattre ? »

En entendant cela, Aldrizzt sourit amèrement en son for intérieur. Neo était toujours tellement franc. Il ne s’était même pas donné la peine de décorer ses mots en disant des choses telles que « Il ne pouvait réellement pas supporter de laisser son compagnon derrière lui, mais il ne pouvait pas non plus s’opposer à sa propre race, donc il n’avait pas d’autre choix ».

Neo a vraiment dit qu’il allait partir avec une si grande franchise… Bien qu’il eût beaucoup de plaintes à formuler, Aldrizzt n’en exprima aucune à voix haute. Il murmura seulement : « Dans ce cas, au revoir. »

« Tu as fini de faire tes adieux ? »

« Oui. »

« Alors, on y va ! »

Hein ? Avant qu’Aldrizzt pût réagir, Neo l’avait déjà attrapé par la taille avec un bras, l’avait pris sur son épaule, s’était appuyé contre le rebord de la fenêtre avec l’autre, s’était penché à l’extérieur et avait sauté sur le toit. En cherchant désespérément dans les alentours un autre toit sur lequel il pouvait sauter, Neo râla auprès de son compagnon : « As-tu déjà appris le Sort de Vol ? Si oui, on pourrait s’enfuir en volant ! »

« Je ne peux pas l’apprendre aussi vite. Le Sort de Vol n’est pas facile à apprendre, et je ne suis pas très familier avec l’élément du vent », grommela Aldrizzt. Mais, il se rappela immédiatement quelque chose de plus important : « Neo, n’allais-tu pas partir ? »

« Évidemment », répliqua Neo, comme si la réponse était évidente. « Je suis déjà encerclé. Si je ne pars pas, cela ne revient-il pas à demander à être transformé en viande hachée ? »

Je voulais dire : ne vas-tu pas partir seul et laisser derrière toi un compagnon aussi problématique ? Toutefois, en voyant les actions de Neo à ce moment-là, ça ne semblait pas du tout être le cas. Aldrizzt sentit soudain que la conversation entre son compagnon et lui-même avait été comparable à celle entre une poule et un canard.

Neo traversa plusieurs toits. Il baissa le regard et se rendit compte que la foule en bas le suivait. Quelques-uns le copiaient même et étaient grimpés sur les toits. Néanmoins, ces personnes étaient probablement des voleurs agiles et d’autres classes similaires, donc même s’ils étaient grimpés sur les toits, ils n’osaient pas l’approcher trop rapidement. Au lieu de cela, ils gardaient leurs distances et calaient leur vitesse sur celle de Neo et d’Aldrizzt, en criant continuellement et en rapportant leur position aux personnes en bas : « L’elfe noir est là ! »

« Ne les laissez pas partir ! »

« Après eux ! »

Hormis le bruit des poursuivants de Neo et d’Aldrizzt, le reste de la ville était aussi silencieux qu’une cité fantôme. Dans le même temps, il n’y avait pas de lumière dans les rues, ce qui rendait leur poursuite d’autant plus facile. Tant qu’une personne trouvait le duo, tout ce qu’il avait à faire était de crier pour attirer une poignée d’hommes.

Ont-ils évacué les habitants en premier ? Ils se sont vraiment bien préparés ! D’un côté, Aldrizzt ne savait pas s’il devait applaudir la prévoyance des humains ou soupirer devant son destin inéluctable d’être capturé. Quoi qu’il arrivât, la seule chose dont il pouvait être sûr était qu’il était en effet un poids. S’il n’était pas entré dans la ville, alors ces habitants n’auraient pas été obligés d’être évacués pendant la nuit.

D’un autre côté, Neo commençait sérieusement à s’énerver, car il était incapable de semer ses poursuivants.

Ces elfes noirs qui attaquaient dès le moment où ils s’approchaient, il pouvait les tuer sans hésitation, mais dans ce cas-ci ils étaient tous humains. À l’exception des aventuriers, il y avait des personnes qui semblaient être des citoyens ordinaires parmi eux, donc il était réticent à les attaquer négligemment.

Après y avoir réfléchi, Neo put seulement dire, irrité : « Commençons par nous cacher dans la forêt. La plupart des gens ne peuvent pas nous y suivre. »

« Mais, les elfes nous ont interdit d’entrer dans la forêt », lui rappela Aldrizzt, sous le choc.

« Ignore-les. Dans tous les cas, les elfes ne sont pas aussi vicieux que les humains. Je ne crois pas qu’ils nous tueront si nous ne résistons pas ! Les humains, en revanche, se feront un plaisir de nous attacher à un bûcher et de nous brûler vif si nous ne leur résistons pas. »

En entendant cela, Aldrizzt resta muet. Est-ce que Neo sait qu’il est aussi un humain ?

Une fois que Neo eût pris sa décision, il ne se préoccupa plus de savoir si Aldrizzt était d’accord ou non. Il courut sur-le-champ jusqu’à la frontière de la petite ville. Puisque la ville n’avait pas de grandes portes, Neo balança un coup de pied dans la palissade et annonça qu’il quittait la ville.

Aldrizzt regarda derrière eux et son cœur sombra. Il révéla : « Ils nous suivent toujours. »

Neo émit un « mm » et accéléra sa foulée, tandis qu’il courrait vers la forêt. Quand il fut à environ cent mètres de la lisière, il s’arrêta net.

Perplexe, Aldrizzt demanda : « Neo ? »

Neo ne répondit pas, mais il n’en avait pas besoin. Aldrizzt avait déjà vu la raison pour laquelle Neo s’était arrêté de courir.

Une ligne entière d’elfes se tenait à la lisière de la forêt, avec leurs arcs prêts et une flèche encochée, comme s’ils attendaient qu’ils fassent tous les deux un pas de plus… Aldrizzt se retourna uniquement pour voir que le groupe d’humains les avait déjà rattrapés. Bien qu’ils eurent l’air d’avoir peur de s’approcher maintenant, une fois que plus d’humains se seraient rassemblés, ils les attaqueraient sans aucun doute.

Des humains devant eux et des elfes dans la forêt derrière eux…

Neo fronça les sourcils en voyant les elfes et se retourna pour regarder les humains. Il sentait que la situation actuelle devenait plutôt délicate. Qu’ils puissent gagner ou non était une chose, mais le plus gros problème était de savoir si oui ou non ils devaient attaquer. Les humains en face de lui étaient principalement des habitants effrayés et des aventuriers engagés, tandis que les elfes dans la forêt étaient connus pour faire partie d’une race bienveillante. Donc, à moins qu’il n’y fût contraint, il ne souhaitait ni les tuer ni les blesser.

Cependant, au vu de la situation actuelle, s’il ne les blessait pas, ils allaient probablement les blesser tous les deux…

« Pose-moi, Neo. » Aldrizzt descendit du dos de Neo et déclara calmement : « Neo, pars ! Nous nous sommes juste rencontrés par chance et ne sommes même pas des amis proches… »

« Alors, tu n’aurais pas dû m’aider à laver mes vêtements, à cuisiner, à faire les lits, et à chasser ! » Furieux, Neo lui coupa la parole et affirma à voix basse : « Tu t’es montré si généreux envers moi, si je te tournais le dos et partais maintenant, ne deviendrais-je pas un être méprisable, sans honte et ingrat ? À présent, tu devrais te taire et porter plus attention aux membres de ta propre race. As-tu remarqué qu’ils se cachaient dans les buissons des deux côtés ? »

Aldrizzt hocha la tête. Évidemment qu’il les avait remarqués. Il avait demandé à Neo de partir parce qu’il avait découvert que, en plus des humains et des elfes, les gens de son peuple se cachaient dans les buissons de tous les côtés, rendant leurs chances de fuite nulles.

Neo observa les elfes qui maintenaient leurs arcs levés, pensant qu’il n’y avait probablement pas beaucoup de place pour la négociation avec eux. Donc, il n’eut pas d’autre choix que de se tourner et de faire face aux humains. Aux humains qui semblaient prêts à les charger et à attaquer à tout moment, il affirma : « Je suis le précédent Chevalier du Soleil, Neo du Soleil. Au nom des Douze Chevaliers Sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière, je vous jure que cet elfe noir a déjà abandonné les ténèbres et a choisi de suivre la voie de la lumière… »

Avant qu’il eût même pu terminer de parler, la foule humaine avait déjà commencé à hurler furieusement.

« Ordure ! Comment pourrais-tu être le Chevalier du Soleil ? »

« Le Chevalier du Soleil n’aiderait jamais un elfe noir ! »

« C’est un elfe noir qui ne cessera jamais de faire le mal. En aidant un elfe noir, tu as trahi tous ceux de ton espèce ! »

« Les traîtres doivent mourir… TUEZ-LE ! »

Au moment où quelqu’un prononça les mots « tuez-le », la foule humaine s’éveilla et se mit à crier au meurtre et à la tuerie. Quelques-uns brandirent même leurs armes avec des yeux injectés de sang.

« Vous voulez me tuer, moi, le traître aux humains, c’est ça ? » Neo était si livide qu’il rit à la place. « Vous devriez connaître votre place ! Même si vous êtes assez nombreux, je n’ai pas une haute opinion de gens comme vous. Si vous n’étiez pas humains, je vous aurais déjà tous tués d’un coup d’épée il y a longtemps ! »

Après avoir dit cela, il dégaina réellement son épée. Des rayons de lune cruels se reflétèrent sur la lame…

« Arrête ! »

Aldrizzt enlaça Neo qui fulminait et s’écria : « Tu ne peux pas faire ça ! Neo, tu ne peux pas les blesser, c’est ton peuple ! »

Outré, Neo rugit : « Lâche-moi, je dois massacrer ces idiots qui ne savent pas ce qui est bon pour eux ! Ils ne peuvent même pas te vaincre, et ils osent dire qu’ils veulent me tuer ? Me tuer, moi, Neo du Soleil ? Laisse-moi les tuer et nous ouvrir la voie ! »

« Non ! Tu ne dois pas être imprudent ! » Aldrizzt s’accrocha à lui aussi fermement que possible. Il ne laisserait jamais Neo tuer des humains.

Non seulement les humains n’étaient pas effrayés de voir Neo sortir son épée, ils levèrent même leurs propres armes plus haut et commencèrent à le condamner haut et fort. Le contenu de leurs insultes était si horrible que même Aldrizzt ne pouvait supporter de les entendre, encore moins Neo.

Par conséquent, Aldrizzt serra Neo encore plus fort pour l’empêcher de charger et de tuer des gens.

Néanmoins, Neo n’avait plus l’intention de briser l’étreinte d’Aldrizzt. Il resta silencieux un moment. Puis, sans aucun avertissement, il relâcha un croissant d’aura de combat avec un balancement de sa lame, visant calmement et judicieusement devant les humains.

Voyant cela, Aldrizzt poussa un grand soupir de soulagement. Il avait cru que Neo trancherait directement en deux les gens qui l’avaient insulté.

À cet instant-là, la scène devint complètement immobile et silencieuse, à l’exception du nuage de poussières qui traversaient le ciel en s’élevant de la profonde tranchée horizontale creusée dans le sol. Quelques personnes qui ressemblaient à des citoyens en furent tellement terrifiées que leurs jambes devinrent aussi molles que de la gelée, ce qui les fit tomber au sol. Cependant, il y avait aussi les aventuriers expérimentés qui crièrent immédiatement : « Vous tous, n’ayez crainte ! De l’aide arrive, et ils sont seulement deux. De plus, les elfes dans la forêt vont nous aider. »

La présence des elfes avec leurs longs arcs semblait redonner du courage aux humains. Là aussi, ils ne savaient pas que les elfes ne feraient pas un mouvement tant que Neo et Aldrizzt n’entreraient pas dans la forêt.

Les elfes… Aldrizzt comprit finalement ce qu’il devait faire ! Il lâcha Neo, se retourna et courut vers la forêt… Pendant un moment, Neo en fut surpris. Il se tourna alors instantanément, le rattrapa précipitamment et agrippa le bras du mage sans aucun effort.

Par la suite, Neo fixa froidement Aldrizzt du regard. Se sentant coupable après avoir été fixé par les yeux sévères de celui-ci, Aldrizzt détourna le regard.

Comme il toisait Aldrizzt, Neo déclara avec une confiance absolue : « Tu pensais mettre fin à tout ça en courant vers la forêt et en laissant les elfes tirer sur toi jusqu’à ce que tu meures, n’est-ce pas ? »

Bien qu’il eût posé une question, il n’avait pas besoin de recevoir une réponse. Le corps d’Aldrizzt qui se raidissait soudainement lui suffit.

Neo renifla froidement avant de réprimander son compagnon : « N’y songe même pas. Moi, Neo du Soleil, je n’ai jamais laissé un compagnon mourir sous mes yeux ! Laisse-moi te dire, je ne laisserai aucun de ceux-là — cela inclut humains, elfes et elfes noirs — te tuer ! »

Sous le coup de la panique, Aldrizzt répliqua immédiatement : « Tu ne peux pas possiblement tous les tuer, et je ne te laisserai jamais faire une chose pareille. »

Neo promit simplement : « Je vais faire de mon mieux pour ne pas les tuer. Ce n’est pas si difficile. »

« Même si tu ne veux pas les tuer, les gens de mon peuple se cachent de ce côté. Ils ne vont sûrement pas rester là à regarder. Quand le moment arrivera, peut-être que toi, moi, les humains, et même ces elfes vont mourir de leurs mains ! »

Aldrizzt le supplia sincèrement : « S’il-te-plaît, Neo ! Même si tu ne me laisses pas entrer dans la forêt, laisse au moins mon peuple me ramener ! Ils ne me tueront peut-être pas, puisque nous sommes de la même race… » Pendant qu’il parlait, sa voix devint de plus en plus faible, car il ne pouvait même pas se convaincre lui-même de ses paroles.

Neo renifla avec dédain. Il ne croyait pas du tout que les elfes noirs laisseraient partir Aldrizzt. Il était possible qu’ils ne le tuassent pas immédiatement, mais ce serait uniquement parce qu’ils voudraient d’abord le torturer cruellement !

« Neo… » Quand Aldrizzt aperçut l’expression de Neo, il comprit immédiatement que Neo n’avait aucune intention de faire comme il avait dit.

Neo annonça sur un ton glacial : « Nous allons d’abord nous occuper des humains, et ensuite de ces elfes noirs. À présent, commence à préparer des sorts magiques pour m’aider, ou mets-toi sur le côté sagement ! »

Naturellement, Aldrizzt ne pouvait pas laisser Neo se battre seul. La seule chose qu’il pouvait faire était de réfléchir à quel sort magique minimiserait le plus les dégâts.

Tant qu’il avait son épée en main, Neo était paré pour la bataille. En même temps, les humains commençaient aussi à s’enflammer. Désormais, la bataille pouvait commencer à tout moment…

« Vous tous, cessez cette folie. »

Dans le silence, un simple ordre demandant aux gens de s’arrêter résonna. Le ton était très plat, mais il était aussi tellement imposant que personne ne pouvait l’ignorer.

Un certain nombre de personnes tournèrent la tête. Seulement alors, ils remarquèrent des gens formant une ligne en se tenant derrière eux. Ils n’étaient pas nombreux, juste onze. Les armures de ces chevaliers étaient toutes d’une couleur différente, et les armes qu’ils tenaient étaient également différentes — il y avait des épées, un arc, et même un grand bouclier —, mais ils avaient tous une chose en commun : un maintien solennel qui était si intense que personne ne pouvait détourner les yeux.

Qu’il s’agît de leurs armes ou de leurs vêtements, ces personnes ne semblaient pas être des aventuriers ordinaires. Ils se tenaient simplement là de manière détendue, mais ils relâchaient quand même une aura qui faisait sentir qu’ils ne devaient pas être sous-estimés. Ceci faisait comprendre à toutes les personnes que ces chevaliers n’étaient pas à prendre à la légère.

À la tête du groupe, une personne à l’allure très sombre se tenait au milieu de ces hommes en armures et les dirigeait. Non seulement ses cheveux et ses yeux étaient noirs, mais même les vêtements qu’il portait étaient totalement noirs. Tout son corps émettait une aura intimidante, particulièrement ses yeux dont le regard était aussi aiguisé que des lames de rasoir, ce qui faisait sentir aux personnes qu’ils regardaient qu’elles étaient interrogées.

Ce chef guida les autres à travers la foule humaine. Partout sur leur passage, les humains se poussaient pour leur ouvrir la voie… Finalement, ils se tinrent entre les humains et le duo.

D’un côté, Aldrizzt était réellement déconcerté. Il n’arrivait pas à comprendre pourquoi autant de personnes étaient apparues si soudainement et leva sa garde, car ils paraissaient très forts.

D’un autre côté, le regard de Neo se mit à se promener. Neo regardait tout — le ciel, le sol, l’herbe, et les elfes — à l’exception de ces onze personnes, et plus particulièrement ce chef vêtu de noir.

Le chef jeta un regard à Neo, puis se tourna pour faire face à la foule. Il décréta simplement : « Nous sommes les Douze Chevaliers Sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière. Je suis le Chevalier du Jugement. Maintenant, est-ce que quelqu’un pourrait me dire pourquoi vous encerclez notre Chevalier du Soleil ? »

Le Chevalier du Soleil ? Au début, tout le monde fut confus, mais ils se rappelèrent immédiatement ce que « tout le continent savait » à propos du Chevalier du Soleil : des cheveux dorés, des yeux bleus et une prestance belle et gracieuse.

À part les elfes, une seule personne correspondait à cette description, et c’était précisément celle qui se tenait aux côtés de l’elfe noir.

À ce stade, Aldrizzt fixa Neo avec une totale stupéfaction. Embarrassé et incapable de continuer à prétendre qu’il ne connaissait pas ces personnes, ce dernier demanda : « Chasel, tout le monde… Pourquoi êtes-vous là ? »

Au moment où le groupe de chevaliers sacrés entendit sa question, ils se retournèrent tous et levèrent les yeux au ciel à l’intention de leur Chevalier du Soleil. Après tout, la seule raison qui les avait poussés à venir était pour lui porter secours. Sinon, serait-ce possible pour ces onze personnes de passer par hasard tous ensemble à ce moment précis ?

« Les Douze Chevaliers Sacrés ? » La foule commença à s’agiter.

« Pourrait-il s’agir d’imposteurs ? »

« Non, ce sont les vrais ! » Quelqu’un les reconnut et s’écria : « Je suis déjà allé à la Cité du Bourgeon auparavant. Ce sont les véritables Douze Chevaliers Sacrés ! »

« Les Douze Chevaliers Sacrés sont apparus dans cette petite ville ! Oh mon Dieu de la Lumière ! »

« Mais, l’elfe noir… »

Le silence tomba dans la foule.

Chasel du Jugement attendit jusqu’à ce que tout le monde eût arrêté de s’agiter avant d’expliquer : « Inspiré par le Dieu de la Lumière, cet elfe noir a abandonné le mal et a embrassé la bonté. Bien que je trouve une telle action suspicieuse et que je pense que tous les criminels devraient subir un procès, le Chevalier du Soleil est déterminé à l’accepter avec un esprit ouvert et bienveillant. Aussi, pour le laisser expérimenter davantage la bienveillance du Dieu de la Lumière, tout comme pour sentir davantage l’amour du Dieu de la Lumière envers le monde, le Chevalier du Soleil l’a laissé voyager avec lui afin de lui prêcher les principes du Dieu de la Lumière. »

« Je vois. » Comme s’ils comprenaient subitement, tout le monde commença à louer : « Le Chevalier du Soleil est vraiment quelqu’un de bienveillant ! Il accepte même de pardonner à un elfe noir. »

C’était la première fois que Neo réalisait à quel point Chasel était doué pour raconter des absurdités !

Aldrizzt regarda Neo avec 10 000 % de suspicion, tout en pensant, Neo a même songé à tuer des humains pour résoudre son problème ! En quoi est-il bienveillant ?

À ce stade, la plupart des humains avaient posé leurs armes. Peu importe à quel point ils étaient braves, ils n’osaient pas user de leurs épées sur les Douze Chevaliers Sacrés.

Neo s’avança jusqu’aux côtés des Douze Chevaliers Sacrés et les salua d’abord d’un bref coup d’œil. Il se retourna ensuite, mais au lieu de faire face aux humains ou à la forêt, il regarda en direction des buissons… Il dit sévèrement : « Écoutez bien, elfes noirs cachés dans l’ombre. La radiance du Dieu de la Lumière brille maintenant sur Aldrizzt. Si jamais vous osez à nouveau le contaminer avec vos ténèbres, l’Église du Dieu de la Lumière ne vous le pardonnera jamais ! »

Quand ils entendirent que des elfes noirs se cachaient à proximité, tous les humains poussèrent un cri de surprise. Un certain nombre d’entre eux commença à s’approcher des Douze Chevaliers Sacrés.

De leur côté, les elfes qui étaient restés silencieux jusqu’à présent s’exclamèrent subitement, légèrement choqués, avant de se mettre à murmurer entre eux. Cette fois, les elfes parvinrent à une décision beaucoup plus rapidement que précédemment. Ils décochèrent des flèches en visant les buissons pour vérifier, et quelques grognements étouffés retentirent.

À présent, les elfes ne visaient plus Neo et Aldrizzt avec leur arc, mais pointaient plutôt leurs armes vers les buissons à la place. Même leurs yeux étaient devenus très aiguisés et alertes.

En comparaison à un elfe noir solitaire, ils haïssaient évidemment beaucoup plus un groupe d’elfes noirs.

« Neo, devons-nous nous battre ? » demanda Chasel.

Neo fronça les sourcils comme il réfléchissait à la question. Il répondit alors : « Non, ces elfes noirs sont en désavantage. Ils ne choisiront pas de riposter. Il n’est pas nécessaire de les chasser et de tous les tuer. »

Chasel acquiesça d’un signe de tête. Il avait lui aussi vu les mouvements dans les buissons, mais ces mouvements s’éloignaient au lieu de se rapprocher. De plus, les elfes ne semblaient pas enclins à les massacrer, à en juger par la manière dont ils avaient envoyé leurs flèches. Leur but paraissait être de repousser les elfes noirs, plutôt que de les tuer.

À ce moment-là, un elfe s’avança. C’était l’elfe femelle nommée Evaclair. Elle ne portait aucune arme ; à la place, elle s’avança vers Neo et décréta : « Je m’excuse pour ma grossièreté, Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière. Puisque même l’Église du Dieu de la Lumière, qui hait les ténèbres au plus haut point, a accepté cet elfe noir, ce dernier a certainement embrassé la lumière. Nous, les elfes, sommes aussi soulagés d’entendre cela. »

Après s’être excusée, Evaclair tourna la tête pour sourire à Aldrizzt. Elle lui dit : « Nous sommes vraiment désolés pour la requête déraisonnable dont nous vous avons gratifié. Je vous prie de ne pas la prendre pas à cœur. Désormais, vous pourrez entrer et quitter la forêt librement. »

Aldrizzt ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit. Son cœur était empli de tant de gratitude qu’il ne pouvait presque pas empêcher ses yeux de déborder de larmes.

Neo tapota l’épaule d’Aldrizzt et rappela aux elfes : « Son nom est Aldrizzt. Rappelez-vous bien son apparence et son nom. Si jamais vous l’attaquez dans le futur, nous vous réclamerons justice, même si vous êtes des elfes ! »

Evaclair hocha la tête et retourna dans la forêt.

Aldrizzt l’observa partir. Dans le même temps, il contempla également les elfes dans la forêt. La plupart lui sourirent quand ils découvrirent qu’il les regardait. Cela le fit se sentir extrêmement ému…

Neo se tourna pour faire face à Chasel. Il haussa un sourcil et demanda : « Est-ce vraiment une bonne idée d’utiliser les noms de l’Église du Dieu de la Lumière et des Douze Chevaliers Sacrés ? N’avons-nous pas déjà pris notre retraite ? »

« Tu t’inquiètes vraiment pour ce genre de détails ? » le taquina Chasel. Après avoir reçu un regard de Neo, il sourit et répondit : « Avant de venir, j’ai envoyé un messager à Grisia avec un message verbal. J’ai expliqué brièvement que tu avais des ennuis, et j’ai aussi ajouté qu’il se pourrait que j’aie à utiliser le nom des Douze Chevaliers Sacrés. Je crois qu’il trouvera une méthode pour garder ce problème secret. Bien que les compétences à l’épée de ton élève soient terribles, sa capacité à régler des problèmes est bien meilleure que la tienne. »

En entendant cela, Neo renifla dédaigneusement. Il répliqua : « Vous devriez vous occuper de vos affaires. Même si vous n’étiez pas venus, j’aurais pu résoudre ce problème seul ! »

« Oui, oui », rétorqua Chasel, à moitié convaincu. Il se tourna pour faire face à l’elfe noir et s’enquit demanda : « Es-tu Aldrizzt ? »

« Oui… » Aldrizzt sursauta sur le coup de l’émotion.

D’une part, comparé à Neo, qui avait précédemment été à la tête du Temple Sacré, Aldrizzt était beaucoup plus effrayé par le précédent Chevalier du Jugement. Après tout, Aldrizzt fréquentait Neo depuis quelque temps maintenant. C’était tout simplement impossible d’être effrayé par quelqu’un qui ne savait rien faire à part manier l’épée.

D’autre part, Chasel semblait très strict. De plus, le Chevalier du Jugement n’était pas connu pour sa gentillesse.

Chasel toisa Aldrizzt. Avec une trace de sourire, il confia : « Hormis posséder une belle apparence et des capacités à l’épée exceptionnelles, Neo est inutile. Par conséquent, je vais devoir te confier la responsabilité de te charger de tout le reste. »

« Hé, hé ! Qu’entends-tu par-là, Chasel ? » protesta Neo.

Aldrizzt sourit. Comme il regardait la foule qui se dispersait et les elfes amicaux, il dit avec gratitude : « Je n’aurais jamais imaginé que ce conflit puisse se résoudre ainsi. Il n’a pas été nécessaire d’employer la violence, et aucun innocent n’a été blessé dans le processus. »

« Évidemment », dit Chasel, confiant. « Nous sommes les Douze Chevaliers Sacrés, et notre parole est plus convaincante que la violence. Est-ce que tu comprends enfin, Neo ? »

Neo se contenta de renifler avec froideur. Alors qu’il rengainait son épée, il répliqua : « Je pensais que j’allais enfin pouvoir me battre tout mon saoul ! Vous n’êtes vraiment que des fouineurs. »

« Du début à la fin, as-tu déjà frappé le premier ? » demanda Chasel, un peu abasourdi.

« Non », répondit Neo en secouant la tête.

« C’est en effet vraiment surprenant ! Je pensais que tu démarrerais un massacre pour résoudre tous tes problèmes ! » Après avoir dit cela, Chasel remarqua l’expression pleine de doutes d’Aldrizzt. Il sourit et s’enquit : « Croyais-tu que Neo ne pouvait pas vaincre cinquante elfes noirs ? C’est quelqu’un qui, à lui tout seul, a attaqué plus de cent-cinquante bandits armés, ce qui incluait des archers et des mages. En fin de compte, il les a tous exterminés… Néanmoins, à ce moment-là, il avait encore la faveur du Dieu de la Lumière. Ce n’est plus le cas. »

Aldrizzt se figea sous le choc. Un homme seul contre plus de cent-cinquante bandits armés ?

« Même sans la faveur du Dieu de la Lumière, je suis toujours aussi fort ! » souligna instantanément Neo.

À cet instant-là, un chevalier avec une série de couteaux pendue à sa taille éclata de rire et rétorqua : « Tu es peut-être toujours aussi fort qu’avant, mais tu n’es plus impossible à tuer ! Neo, à ce moment-là, n’as-tu pas été blessé plus de dix fois et presque tué ? »

« Huit blessures ! Combien de fois dois-je me répéter, Metal ? J’ai seulement reçu huit blessures. De plus, j’ai marché jusqu’au Temple Sacré par mes propres moyens, donc je n’ai pas vraiment failli être tué ! » Neo tourna la tête et commença à se disputer sans fin avec Métal.

D’un ton moqueur, le Chevalier du Métal dit : « Oh ? Je me rappelle que quelqu’un s’était évanoui sur l’escalier du Temple Sacré et ne parvenait plus à se lever. Leaf, le Chevalier Sacré le plus sympa d’entre nous, a même dû te porter jusque dans le Temple Sacré. »

« Si tu n’avais rien dit, j’aurais tout oublié… » Neo tourna la tête pour faire face à un autre chevalier qui portait un arc. Il s’exclama avec colère : « Leaf! Cette fois-là, tu as saisi l’opportunité pour me frapper plusieurs fois ! Tu as totalement ignoré le fait que j’étais sérieusement blessé ! »

Le Chevalier de la Forêt, qui portait son arc sur son dos, fit immédiatement glisser son arme entre ses mains et encocha une flèche avant de répondre : « Ah bon ? N’étais-tu pas censé n’avoir que des blessures mineures ? Serais-tu en train d’admettre que tu étais sérieusement blessé à ce moment-là ? »

« Bien sûr que non… »

Avec une courte hésitation, Aldrizzt déclara : « Plus de cent-cinquante bandits armés… S’il est si fort, alors nous aurions réellement pu tuer cinquante elfes noirs à nous deux. Néanmoins, quand nous étions pourchassés, Neo n’a jamais pris l’initiative pour attaquer. »

Chasel sourit simplement et devina : « Je suppose que c’était probablement parce qu’il ne voulait pas massacrer ton peuple sous tes yeux ? Le tempérament de Neo a toujours été mauvais, et il résout tout avec son épée. C’est seulement quand il a atteint l’âge de quarante ans qu’il a commencé à contrôler un peu son sale caractère, soupir… »

« Neo a dit qu’il avait seulement trente ans », l’interrompit Aldrizzt, sans expression.

Chasel fit une pause avant de murmurer : « Ne lui dis pas que j’ai exposé son mensonge. Il déteste par-dessus tout qu’on lui rappelle qu’il est vieux. »

En entendant cela, Aldrizzt décida de confirmer quelques-unes de ses hypothèses concernant Neo. Il l’interrogea : « Et il est très vaniteux ? »

« Exactement », acquiesça immédiatement Chasel.

« Il va au-delà de ses limites pour maintenir son image ? »

« Personne n’est meilleur que lui pour ça. Il a même élevé un apprenti qui se dépasse tout autant. »

« Il préfèrerait mourir plutôt que d’admettre qu’il s’est trompé ? »

« C’est plus difficile de lui faire admettre qu’il s’est trompé que de le tuer ! » Extrêmement satisfait, Chasel hocha la tête et dit : « Aldrizzt, il semblerait que tu le comprennes très bien. Dans ce cas, dans le futur, je vais devoir te charger du lourd fardeau appelé Neo. »

« Puis-je refuser ? » s’enquit Aldrizzt, son visage n’arborant aucune expression.

« Tu peux. Mais, si tu refuses, l’Église du Dieu de la Lumière ne te protégera pas. Donc, si tu veux marcher librement à la surface, tu devras prendre soin de lui. »

« Est-ce une menace ? » Bien qu’il eût dit cela, Aldrizzt avait un sourire sur le visage. Le Chevalier du Jugement ne l’effrayait plus.

Chasel dit chaleureusement : « Ne te méprends pas, le Dieu de la Lumière n’emploierait jamais une méthode aussi vile que la menace… »

Aldrizzt considéra Chasel avec une grande méfiance.

« …mais, l’Église du Dieu de la Lumière le fera. »

 

 

Bien que cela ne fît pas très longtemps depuis que les Douze Chevaliers sacrés eussent pris leur retraite et fussent partis sur leurs chemins respectifs, dans le passé, ils avaient rarement été séparés pendant une aussi longue période de temps. Donc, une fois que la situation fut résolue, ils retournèrent tous à la taverne et eurent une soirée arrosée… mais, la seule personne qui ne pouvait pas boire était Neo lui-même.

C’était parce que « tout le continent savait » que le Chevalier du Soleil ne supportait pas l’alcool ! Dans une taverne où il était entouré par des citoyens curieux, Neo ne pouvait définitivement pas se permettre de boire de l’alcool.

Alors qu’il voyait tous les autres vider une bouteille après l’autre, Neo perdit presque contenance. En rugissant le mot « DEHORS ! », il chassa tout le monde de la taverne et traîna Aldrizzt jusqu’au comptoir pour payer l’addition, planifiant de courir jusqu’à une ville où personne ne savait qu’il était le Chevalier du Soleil pour boire autant qu’il le souhaitait.

« Trois ducats d’or ? »

Au moment où il entendit le montant de l’addition, Neo se figea. Il se retourna pour… OH NON ! Ils étaient tous réellement partis, il ne pouvait donc pas leur demander de l’argent. « Je vois… Euh ! Je pense qu’il est encore tôt, et le soleil ne s’est pas encore levé, donc je suppose que je vais attendre que le soleil se lève avant de partir. »

Après avoir entendu la réponse de Neo, le tenancier resta stupéfait. Souriant largement, il dit : « C-C’est… Vous avez l’argent pour payer l’addition, n’est-ce pas ? »

À ce moment-là, sans compter le tenancier, même Aldrizzt fixa Neo avec 10 000 % de suspicion. Neo dévoila immédiatement le sourire commercial du Chevalier du Soleil et dit poliment : « Hmm? Qu’avez-vous dit ? Mes plus sincères excuses, moi, Neo du Soleil, je ne vous ai pas entendu clairement. »

Le tenancier se figea un moment. Seulement alors, il se rappela que la personne en face de lui n’était pas un citoyen ordinaire, mais plutôt le Chevalier du Soleil ! Juste le fait de se rappeler qu’il venait d’insinuer que « le Chevalier du Soleil voulait partir sans payer » lui donna des sueurs froides. Pensant qu’il n’était jamais trop tard pour réparer ses erreurs, il se reprit : « Je voulais dire, voulez-vous manger quelque chose avant de retourner dans votre chambre ? »

« Je ne serais pas contre », dit Neo avec élégance et naturel. « Dans ce cas, servez-nous à manger, je vous prie ! »

 

 

Après qu’ils eussent mangé de tout leur content, ils retournèrent dans la chambre. Aldrizzt planifiait de rattraper un peu le sommeil en retard, quand il remarqua que Neo commençait à empaqueter ses vêtements. Avant qu’Aldrizzt ne comprît la situation, Neo avait déjà fini de faire ses paquets. Neo se retourna et annonça : « Allons-y, Aldrizzt ! »

« Quoi ? » Aldrizzt eut le regard perdu dans le vide pendant un moment avant de répondre, confus : « Le soleil ne s’est même pas encore levé, où veux-tu aller ? »

Neo resta silencieux un instant avant de répondre : « …Dans la forêt, pour inviter Evaclair à rejoindre notre équipe ? »

Aldrizzt fut surpris quand il entendit les paroles de Neo. Il se demanda : Pourquoi n’a-t-il pas invité Evaclair quand nous étions dans la forêt tout à l’heure ? Pourquoi le faire maintenant, au milieu de la nuit ? Et pourquoi la réponse de Neo ressemble-t-elle à une question, et pas à une affirmation ?

« Vite, vite ! » insista Neo. « Si nous ne les rattrapons pas vite, les elfes vont être trop loin ! »

Aldrizzt plissa les yeux et dit d’un ton dangereux : « Neo ? »

« Hmm? Y a-t-il un problème ? » Neo employa l’ultime technique du Chevalier du Soleil : le sourire rayonnant. Néanmoins, cela n’avait absolument aucun effet sur Aldrizzt qui connaissait bien la personnalité de Neo. Les yeux d’Aldrizzt se plissèrent à nouveau, tandis qu’il devenait mille fois plus soupçonneux qu’auparavant.

Neo n’eut pas d’autre choix que d’arrêter de sourire et de répondre honnêtement : « J’ai seulement soixante-dix ducats d’argent. »

« …Neo, séparons-nous, d’accord ? »

« Nous séparer ? Tu viens juste de promettre à Chasel de veiller sur moi ! Et avec toi parti, qui va m’aider à laver mes vêtements, à chasser, à cuisiner, et à faire le lit ? »

« Chasel ? »

« Ne raconte pas d’âneries, sa cuisine est si mauvaise que même les globs s’enfuiraient. »

« Tu veux parler de ta cuisine, non ? »

Comme ils sortaient par la fenêtre, ils n’oublièrent pas de se disputer. Ils s’enfuirent toujours plus loin…

Le jour suivant, une aventure épique pour des aventuriers légendaires démarra quand le tenancier hurla de désespoir : « AHHH ! Le Chevalier du Soleil s’est enfui sans payer ! »

Leur histoire commença officiellement ici.

 

— FIN —

La Légende du Chevalier du Soleil T4C7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 7: Choose Your Companions for Slaying a Dragon – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

Comme je reprenais graduellement connaissance, je songeai à ouvrir les yeux, mais m’arrêtai net.

Pourquoi devrais-je ouvrir les yeux ? Je suis aveugle, je n’ai aucune raison de les ouvrir physiquement.

Les images dans ma tête devinrent plus nettes… Cependant, elles cessèrent tout à coup de devenir plus claires. Ma vue était toujours très floue, pas du tout comme elle était censée être auparavant.

J’ouvris les yeux en pensant qu’ils pourraient en fait servir à quelque chose, mais, même après m’être exécuté, les images autour de moi demeuraient toujours aussi floues et inchangées.

Je restai étonné, légèrement confus quant à pourquoi cela se produisait, jusqu’à ce que je me rendisse compte que l’élément des ténèbres autour de moi interférait avec ma capacité à sentir les autres éléments, provoquant le manque de netteté des images dans ma tête.

Ça n’a absolument rien à voir avec le fait d’ouvrir les yeux !

J’arrachai un morceau de tissu de mon vêtement et me mis à l’enrouler autour de ma tête pour couvrir mes yeux.

Après, je me levai et rugis à l’intention de ce qui se dissimulait dans les alentours : « Scarlet, où es-tu ? Cesse de te cacher. Je ne te fais pas confiance, je ne fais pas confiance à Ecilan, et je ne fais pas confiance à Sybil. Je ne fais confiance à personne ! »

« C’est très bien ! »

Cette fois, je ne fus pas pris au dépourvu. Je pensai à me retourner lentement et à faire face à la fillette derrière moi, mais m’arrêtai encore une fois. Le mouvement aurait été aussi inutile que d’ouvrir les yeux.

Je l’avais déjà « vue », donc je n’avais pas besoin de lui faire face. Elle avait l’air exactement comme avant, une petite fille, quoique à présent je doutasse fortement qu’elle en fût réellement une.

« Tu deviens de plus en plus comme tu aurais dû l’être. As-tu commencé à retrouver la mémoire ? » s’enquit Scarlet en se moquant.

Je tressaillis et me retournai par réflexe, en lâchant : « De quoi parles-tu ? »

« Ah ! Il semblerait que ce ne soit pas encore tout à fait le cas. » Scarlet, par contre, sourit et me questionna : « En vérité, tu n’as pas vraiment besoin de te retourner pour me voir, n’est-ce pas ? »

En entendant cela, ma fureur regrimpa, et je ne pus me retenir de hurler : « Ne change pas de sujet ! Scarlet, que diable entends-tu par-là ? Cesse de jouer aux devinettes avec moi, et ne disparais plus ! »

« Je n’y peux rien. Ils ont détruit mon corps, et maintenant je n’ai plus de forme, alors j’ai dû attendre un très long moment avant de pouvoir réapparaître devant toi ! »

Quoi ? Stupéfait, je lui demandai avec confusion : « Qui sont ces “ils” ? »

« Qui autre ? » Scarlet rit sous cape. « Qui autre que les personnes qui viennent tout juste d’essayer de te mentir ? »

« Le Chevalier de Flamme ? » m’étonnai-je. Puis, je restai silencieux pendant un instant avant de répondre avec une totale confiance : « Non, tu veux parler de l’Église du Dieu de la Lumière, n’est-ce pas ? »

« Bingo ! » Scarlet acquiesça d’un signe de tête, satisfaite, et ajouta avec un sourire : « Toutefois, pour être plus exacte, c’est du Chevalier du Soleil dont il s’agit. »

Le Chevalier du Soleil essaie de me duper ? J’hésitai, et pourtant je ne parvins pas à me retenir de la contredire : « Mais, Ecilan a dit que c’est moi le Chevalier du Soleil… »

Scarlet renifla avec dédain et éclata de rire. Le tintement de son rire résonna comme une clochette en argent pendant un bon bout de temps, jusqu’à ce qu’elle secouât la tête et répliquât : « Grisia, tu crois vraiment qu’il dit la vérité ? Tu es rempli de l’élément des ténèbres, tu pratiques la nécromancie, tu ne sais pas manier l’épée, et tu es tout sauf un bon cavalier… Même si tu as perdu la mémoire, tu ne peux pas réellement t’imaginer que tu es le Chevalier du Soleil, n’est-ce pas ? Tu ne remplis même pas les plus simples exigences pour être un chevalier ! »

« Je… » Je restai bouche-bée. C’est vrai ! À quoi diable m’attendais-je ?

Scarlet poussa soudainement un cri : « Oh non, je dois de nouveau m’en aller. Grisia, souviens-toi, ne fais confiance à personne. Sers-toi d’eux, mais ne leur fais pas confiance. »

Mon cœur sombra, et je lui demandai sèchement : « Même à toi ? »

« Oui, même à moi. »

Scarlet hocha la tête, puis déclara : « Décide par toi-même si tu veux suivre mes instructions ou non. À présent, je te préviens, tu es déjà arrivé à la destination désirée, soit l’entrée du plus grand territoire des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire : la Vallée de Trizer. L’objet que tu as perdu se trouve dans la partie la plus reculée de la vallée. Va le récupérer. Après, tu connaîtras l’entière vérité. »

La Valley de Trizer… C’était bien l’endroit où je voulais aller. J’avais à l’origine planifié d’attirer le Chevalier de Flamme ici, mais il ne m’aurait jamais traversé l’esprit que l’« objet » que j’avais perdu s’y trouverait également.

Bien que j’eusse intentionnellement suivi les instructions de me diriger vers le Nord-Est, telles que me les avait données Scarlet, je n’aurais jamais imaginé que mon choix serait exact au point de trouver l’endroit dont Scarlet m’avait parlé.

Malgré le fait que j’éprouvasse encore l’envie de poser de nombreuses questions, la silhouette de Scarlet s’estompait déjà. Remarquant cela, je me hâtai de lui demander : « Tu ne viens pas avec moi ? Dans ce cas, au moins, dis-moi, quel est cet objet que j’ai perdu ? »

« Tu le sauras… quand tu le verras, parce qu’il t’appartenait à l’origine. »

Alors que la silhouette de Scarlet se dissipait, sa voix devint de moins en moins distincte, comme si elle s’éloignait au gré du vent…

« Exactement de la même manière que tu savais que cette licorne t’appartenait également. »

Avant de disparaître, elle tendit la main et pointa l’un des coins. J’étendis ma capacité à sentir les éléments jusqu’à l’emplacement désigné et découvris sans surprise que l’endroit précédemment vacant était soudainement occupé par la licorne. Même Ecilan était toujours attaché sur son dos, mais ses yeux demeuraient fermement clos. Il n’avait pas l’air d’avoir repris connaissance.

Même après que la silhouette de Scarlet se fût complètement effacée, je me tins au même endroit avec le regard dans le vague jusqu’à ce que je me souvinsse que j’avais été blessé par une épée. Si je ne me dépêche pas de me soigner, je risque de mourir d’une perte de sang excessive… Hein !?

Où est passée ma blessure ?

Il n’y avait pas la moindre égratignure sur mon torse, ou même la moindre tache de sang. Si ce n’avait pas été dû au fait qu’il y avait une si grande déchirure dans ma chemise, j’aurais peut-être même douté d’avoir réellement été blessé.

Scarlet est-elle celle qui m’a soigné ? Dans ce cas, je ne commettrais pas une erreur en suivant ses instructions, n’est-ce pas ?

Mon esprit était embrouillé. Je n’avais absolument aucune idée de qui me mentait et de qui me disait la vérité, mais au moins, jusqu’à présent, Scarlet ne m’avait jamais fait le moindre mal. Elle m’avait apporté la licorne, m’avait offert Un Guide Complet de Sortilèges, m’avait sauvé des griffes de Chikus du Brazier, et m’avait même guéri ; qui plus est, elle m’avait également ramené la licorne et mon otage.

De ma main, j’attirai l’attention de la licorne qui s’empressa avec joie d’approcher et de me la lécher. Je donnai une claque sur sa tête du dos de ma main.

« Tu aimes tant me lécher, me prendrais-tu donc pour de la nourriture… »

Attendez une minute !

En parlant de se nourrir, que mange une licorne pour se sustenter ? Comment se fait-il que je ne croie pas l’avoir déjà vue manger quoi que ce soit ? Je fixai la licorne avec doute. Elle persistait à rester le plus près possible de ma main, en la léchant continuellement pour montrer son affection.

Elle ne se nourrit pas d’humains, j’espère ?

Quand je rétractai automatiquement ma main, la licorne se mit à hennir de mécontentement. Je la frappai de nouveau sur la tête. Une fois que la licorne eut poussé une plainte avec consternation, elle baissa la tête jusqu’à ce qu’elle touchât presque le sol.

À cette vue, mon cœur s’adoucit. Après tout, elle s’était montrée très docile pendant tout ce temps. La laisser me lécher la main un peu ne posait pas de problème… tant qu’elle n’essayait pas de me manger.

« Mais, bon, tu me lèches tout le temps. Tu ne m’as jamais mordu non plus, alors tu ne manges sans doute pas les humains, n’est-ce pas ? »

Je tendis la main avec hésitation. Le cheval leva instantanément la tête et recommença à me lécher la main. Que diable y a-t-il sur ma main qui soit si bon à lécher ?

Même si elle se nourrissait de « ma sueur », toute ma sueur se serait dissipée au bout de deux coups de langue. Hormis la salive de la bête, il ne restait assurément rien d’autre sur ma main… Une minute !

Ne me dîtes pas que… Je rassemblai avec doute un peu de l’élément sacré sur ma main. Mon corps attire naturellement une petite quantité de lumière sacrée. S’il reste quoi que ce soit sur ma main, il ne peut s’agir que de ça.

Une fois que j’eus terminé de rassembler l’élément, je me mis à observer les mouvements de la licorne. La bête était en fait si excitée qu’elle reniflait et donnait des coups de sabots, ses deux yeux brillant de désir… Pardon ? Je ne peux pas voir les couleurs, alors comment suis-je capable de voir que ses yeux brillent de désir ?

Si un cheval avait ouvert ses yeux encore plus gros que des pêches et que de la salive lui coulait le long du visage, alors je n’avais pas besoin d’être capable de voir les couleurs pour savoir que ses yeux devaient briller encore plus que ma lumière sacrée.

Par la suite, je tendis l’une de mes mains, laissai reposer mon menton sur l’autre, et m’assis par terre, laissant à contrecœur la licorne prendre son « repas ».

« Ainsi, tu me traitais vraiment comme ta nourriture pendant tout ce temps. Pas étonnant que tu aimes me lécher à ce point, petit glouton. »

Bien que je l’eusse traité de glouton, je rassemblai encore plus de l’élément sacré, laissant la licorne me lécher tout son soûl.

Après tout, ce cheval pervers et glouton était mon seul compagnon pour l’instant. Je me forçai à sourire, jetai un regard à la licorne, et marmonnai : « Dis-moi, je devrais vraiment te donner un nom, puisque tu es mon compagnon. »

En entendant cela, la licorne cessa de lécher sa nourriture, leva la tête, et hennit avec urgence.

« Tu veux un nom à ce point ? Très bien, laisse-moi y penser. Comment devrais-je t’appeler ? » Je fronçai les sourcils et commençai à réfléchir.

À ma question, la licorne utilisa sa tête pour me pousser un peu, et elle me mordit gentiment la main. Elle continuait à répéter les actions de me pousser et de me mordre la main.

« Ma main ? » m’enquis-je avec confusion.

Elle secoua la tête vigoureusement, s’arrêta un instant, et se mit à rassembler une quantité massive de lumière sacrée sur son corps à la place.

Comprenant en quelque sorte, je demandai : « La lumière ? »

La licorne fit basculer son long cou de haut en bas avec énergie. Elle se servit ensuite de la corne sur sa tête pour me toucher doucement, et puis continua de répéter la même action.

« Ta corne ? » la questionnai-je avec hésitation.

La licorne hocha la tête vigoureusement. Après avoir acquiescé, elle me fixa du regard avec beaucoup d’anticipation. Ne me questionnez pas non plus sur comment je peux être aveugle et quand même être capable de voir quelque chose comme de l’anticipation.

Si un cheval hennissait continuellement huit octaves plus hautes que la normale, avait des yeux plus gros que des pêches et ne cessait de frotter ses sabots sur le sol en direction de quelqu’un en particulier, seule une personne aveugle, sourde, et qui aurait perdu tout sens du toucher serait incapable de percevoir à quel point celui-ci anticipait ma réponse.

Je me sentis désolé pour Ecilan qui était toujours harnaché sur son dos. Il devait assurément dormir d’un sommeil très précaire.

« Ne fonce pas sur moi. Laisse-moi réfléchir… lumière et corne… Lumière et corne ! »

Une chose me traversa l’esprit, et je m’écriai : « J’ai compris, tu t’appelles… »

La licorne cessa tout mouvement et me fixa de ses grands yeux, n’osant même pas faire de bruit en reniflant.

« Blanchâtre ! »

« … »

C’est la première fois que je vois une licorne s’effondrer.

« La lumière et ta corne ne sont-elles pas toutes les deux blanches ? Elles devraient l’être, non ? Du moins, c’est ce que ma culture générale m’indique. Puisque tu as pointé la lumière et ta corne, et qu’elles sont toutes les deux de couleur blanche, tu dois t’appeler Blanchâtre. Pourquoi diable causes-tu donc tout ce raffut ? »

J’assenai avec mécontentement une claque sur la tête de Blanchâtre et le réprimandai : « Même si tu as désormais un nom, tu n’as pas besoin de sauter partout aussi joyeusement. Continue à faire du bruit et tu n’auras rien à dîner ce soir ! »

Blanchâtre n’osa plus sauter partout, mais émit des gémissements. Cette fois-ci, je ne l’en empêchai pas. Comme l’entrée de la vallée était si étrangement calme, faire un peu de bruit ne posait pas de problème.

Après avoir donné un nom à Blanchâtre, j’observai les environs. À ma gauche et à ma droite, il y avait des falaises. C’était uniquement droit devant moi qu’on retrouvait un territoire plat et flou, la raison du manque de netteté étant la super densité de l’élément des ténèbres qui était présent.

Devant moi devrait se trouver la Vallée de Trizer. Devrais-je me diriger vers elle ? Ou devrais-je partir, prendre Blanchâtre ainsi que le Chevalier de Glace avec moi et continuer de me faire poursuivre par des gens ?

Je me forçai à sourire.

En fait, je n’ai pas le choix.

À moins que je ne souhaitasse continuer à vivre comme un amnésique, fuyant les gens qui pourraient chercher à me tuer, je n’avais absolument pas d’autre choix que de suivre les instructions de Scarlet…

« Grisia ! »

Sursautant, j’étendis ma capacité à sentir les éléments et remarquai que l’appel provenait de Woodrow et des autres qui étaient arrivés avant moi. Ils surgirent de la vallée, en courant tout naturellement vers l’endroit où je me tenais.

Iacchi était le plus rapide. Il fut le premier à me rejoindre et me flanqua immédiatement une claque sur le dos, très fort. Alors que je me retournais douloureusement pour lui faire face, il émit brusquement un hurlement aussi puissant qu’un gong : « Grisia, qu’est-il arrivé à tes yeux ? »

Lorsqu’Igor et Woodrow m’eurent tous les deux rejoints, ils gardèrent leur regard rivé sur mes yeux avec surprise.

Je me rappelai alors que mes yeux étaient toujours bandés par un bout de tissu. Je le retirai tout de suite et les rassurai : « Rien, mes yeux me font juste un peu mal, alors je les ai bandés en attendant. »

« Ils sont déjà complètement guéris, pas vrai ? Ne nous fais plus peur comme ça. » Igor saisit ma tête entre ses deux mains et me fixa implacablement droit dans les yeux, comme s’il s’attendait à leur trouver une sorte de maladie incurable en les examinant.

Woodrow me suggéra avec inquiétude : « Est-ce que tu veux d’abord aller consulter un docteur pour les soigner ? Il se pourrait que tu sois tombé malade. »

« Impossible, tes sorts de soin ne font pas l’affaire ? » Iacchi laissa paraître une expression d’incrédulité.

« Les sorts de soin d’un guérisseur n’englobent pas tout. S’il s’agit d’une maladie ordinaire, ils n’auront pas tant d’effet. » Woodrow expliqua plus en profondeur, et ensuite se tourna vers moi pour demander : « Grisia, tu as sans doute essayé un sort de soin pour guérir tes yeux, et tu as remarqué que ça n’avait pas fonctionné, n’est-ce pas ? »

Je… Je ne pus qu’acquiescer d’un signe de tête.

« Oh non, il se pourrait vraiment que tu sois tombé malade », déclara Woodrow avec inquiétude, tout en posant une main sur mon front.

« Comment va-t-il ? Il n’y a rien qui cloche avec Grisia, n’est-ce pas ? » l’interrogea anxieusement Igor.

« Je ne crois pas qu’il ait de la fièvre. »

J’étendis mes sens pour examiner minutieusement leurs expressions. Ils semblaient tous arborer un air inquiet, et aucun d’entre eux n’affichait d’air inhabituel.

« Nous devrions emmener Grisia consulter un guérisseur… »

Comment pourrais-je laisser une telle chose se produire ? Il faut absolument que je retrouve l’objet que j’ai perdu ! Je m’empressai de refuser : « Non, c’est inutile. Le Chevalier de Flamme risque bientôt de nous rattraper, et je vais réellement mieux à présent. »

« Vraiment ? » me demanda Woodrow avec doute.

« Si tu ne te sens pas bien, ne te force pas trop », répliqua Igor d’une voix forte.

Ne fais confiance à personne.

Je ressentis subitement un douloureux pincement au cœur et me forçai à répondre : « Vraiment, tout va bien. »

Iacchi me donna une claque dans le dos et m’assura : « Dans ce cas, c’est parfait. Ce serait terrible si nous devions terminer cette aventure au prix de tes yeux. Ça n’en vaudrait pas le coup du tout. »

« C’est vrai, j’ai oublié de te féliciter. Tu as fait du bon travail ! » Woodrow me tapota l’épaule. Son tapotement était définitivement plus doux que celui d’Iacchi. Ce dernier me dit également : « Bien joué. »

Igor s’exclama : « J’ai beaucoup d’admiration pour toi, Grisia. Tu es parvenu à échapper au Chevalier de Flamme. Tu as énormément de talent… »

Sybil et Yuna m’ont trahi.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ne dis-tu rien ? » me demanda Iacchi, perplexe.

« Se pourrait-il que tes yeux te fassent de nouveau mal ? »

« Est-ce qu’ils te font encore mal ? » me questionna Igor, inquiet. « Si c’est le cas, nous devrions faire comme Woodrow a dit et aller les faire soigner. »

Sybil a même tiré une flèche sur moi.

« Grisia ? »

« Ce n’est rien… Vraiment, je vais bien… » J’affichai un sourire éclatant et dis : « Je me sens juste un peu fatigué. Tant que nous nous déplacerons lentement, je m’en sortirai. Nous devrions nous mettre en route. Nous serions dans de beaux draps si le Chevalier de Flamme nous rattrapait. »

Tout le monde hocha la tête.

 

Pendant notre route, Igor et Iacchi furent avertis par Woodrow de ne pas faire de sottises, sinon ils risquaient de me déranger alors que je me reposais, ainsi ils se montrèrent tous les deux très dociles. Ensuite, pendant que nous marchions, Woodrow me décrivit l’état actuel de la Vallée de Trizer, en baissant même la voix, me traitant comme si j’étais somnambule et qu’il avait peur de me réveiller !

« Depuis que nous avons atteint la Vallée de Trizer, nous avons suivi ton plan, en montant d’abord le campement aux frontières de la vallée, mais nous avons découvert quelque chose d’étrange. »

« Qu’y a-t-il d’étrange ? » Écouter ses chuchotements m’avait à moitié endormi. Quelque chose a enfin attiré mon attention.

Indécis, Woodrow fronça les sourcils et révéla : « La Valée de Trizer a toujours été l’un des trois plus grands territoires des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire. Elle devrait regorger de créatures des ténèbres et de monstres démoniaques, mais nous avons découvert une zone où il n’y a absolument aucun mort-vivant. »

Iacchi, qui devait s’ennuyer à mourir, s’interposa sur-le-champ : « Pendant que nous t’attendions, nous avons songé à aller y jeter un coup d’œil, mais… Héhé, malgré le fait que nous n’ayons pas trouvé de créatures des ténèbres, il y avait quand même des bêtes féroces ! Alors, nous n’y sommes pas vraiment allés… »

Absolument aucune trace de créatures des ténèbres… Cette anormalité me donna une impression de déjà-vu. Il se pourrait qu’il y eût un lien avec l’objet dont Scarlet m’avait parlé. Je ne pus me retenir de formuler mon désir : « Allons jeter un coup d’œil ! »

Stupéfait, Woodrow répliqua avec hésitation : « Mais, nous avons toujours un Chevalier de Glace inconscient sur les bras. N’est-ce pas une mauvaise idée ? »

« Ne t’inquiète pas, il ne se réveillera pas de sitôt. » Je déclarai avec indifférence : « Traitez-le comme faisant partie intégrante de la selle de Blanchâtre. »

« …Blanchâtre ? Qui est Blanchâtre ? » Woodrow, Iacchi et Igor arboraient tous un air perplexe sur le visage. Ils ne semblaient pas comprendre de qui je parlais.

Je répondis avec irritation : « À part la licorne, qui d’autre ici peut porter une selle ? »

Les yeux de tout le monde s’ouvrirent en grand, et après un certain temps Iacchi s’écria : « Tu as nommé une licorne Blanchâtre ? »

Je le niai sur-le-champ. « Non, c’est la licorne qui voulait ce nom. »

La licorne commença immédiatement à hennir bruyamment et à frapper le sol de ses sabots, en se cabrant même à l’occasion… Malheureux Ecilan ! Forcément, il ne pouvait qu’être en train de faire des cauchemars.

« … En es-tu sûr ? »

Je hochai la tête. « Oui, il me l’a montré en faisant des signes. »

« Depuis quand est-ce que les licornes ont des mains… » s’étonna Igor, l’air hébété.

« Il a pointé ma main et a brandi sa corne. » J’affirmai avec confiance : « Réfléchissez bien ! La lumière sacrée sur ma main est blanche, non ? Et la corne de la licorne est également blanche, pas vrai ? »

Ils acquiescèrent tous les trois de la tête. Je me sentis ravi. Par chance, je ne m’étais pas trompé en devinant.

« Il n’y a donc rien de mal à l’appeler Blanchâtre, n’est-ce pas ? »

« C’est vrai, quand tu le dis de cette façon ! Donc, son nom doit vraiment être Blanchâtre. »

Igor fut le premier à hocher la tête et à se mettre d’accord avec moi. Iacchi haussa les épaules et donna l’impression de ne pas se soucier de quel pourrait être le vrai nom de la licorne. Woodrow, toutefois, hésita un peu avant d’acquiescer.

La licorne hennit encore plus fort… Il est vraiment très excité ! Avoir un nom est-il vraiment merveilleux à ce point ?

À cet instant-là, Woodrow ne put s’empêcher de murmurer : « Mais, tu ne crois pas qu’il aurait aussi pu avoir fait référence à “Corne de la Lumière Sacrée ” ou quelque chose comme ça ? »

La licorne se mit tout à coup à hennir encore plus et à frapper le sol très fort de ses sabots.

« Tu es trop bruyant ! Si tu fais encore du tapage, tu ne recevras rien à dîner ! » hurlai-je à l’intention de Blanchâtre. Puis, je tournai la tête et rétorquai : « Ne trouves-tu pas étrange qu’un cheval possède un vocabulaire aussi sophistiqué ? Sans parler d’à quel point “Corne de la Lumière Sacrée” est terriblement long à prononcer. Blanchâtre n’est-il pas un nom plus aisé à prononcer et à comprendre ? »

Woodrow n’eut pas d’autre choix que de se ranger de mon côté : « C’est… C’est vrai. Il doit s’appeler Blanchâtre alors. »

J’acquiesçai d’un air détaché.

À cela, la licorne baissa la tête. Igor tendit la main pour la caresser et dit : « Blanchâtre est un nom qui ne sonne pas si mal. C’est définitivement moins long à prononcer que “Corne de la Lumière Sacré ”… Ah ! Tu m’as mordu, lâche-moi ! Tu me fais mal ! »

« Très bien, mettons-nous en route ! Blanchâtre, lâche la paume d’Igor… Je veux dire, lâche tout son bras. »

Par la suite, nous nous enfonçâmes encore plus profondément dans la vallée et fîmes halte assez aisément. Quelques sortes de créatures des ténèbres, plus particulièrement les morts-vivants, devenaient aussi nombreuses que de la mauvaise herbe sur une plaine. Nous avancions de deux pas, et une foule d’entre elles se précipitaient sur nous. Au début, Igor et Iacchi attaquèrent les créatures des ténèbres de bas niveau comme s’ils jouaient à un jeu, allant même jusqu’à faire une compétition du nombre de morts-vivants qu’ils achevaient.

Cependant, au fur et à mesure que nous continuions à marcher, nous commençâmes tous à remarquer quelque chose d’étrange. Peu importe combien nous en tuions, le nombre de créatures des ténèbres ne baissait pas, mais augmentait à la place. Même certains morts-vivants de bas niveau, qui auraient dû s’être enfuis après que l’un des leurs se soit fait massacrer, se jetèrent sur nous et nous attaquèrent par derrière.

Finalement, comparés aux cinq personnes et au cheval dans notre camp, les morts-vivants du camp opposé ressemblaient à une armée.

« Vite, dépêchez-vous de vous replier ! » s’écria Iacchi.

« Que se passe-t-il ? » Woodrow resta bouche-bée et poussa un cri de stupeur inhabituel à son caractère : « Quand nous sommes venus plus tôt, il n’y avait pas autant de créatures des ténèbres ! »

Tout de suite, Igor le guerrier brandit consciencieusement son épée… Bien que la pointe de sa lame tremblât suffisamment pour lui donner la forme d’un V.

« C’est probablement parce que Blanchâtre, Ecilan et moi sommes tous présents », réalisai-je.

« Nos corps sont remplis de lumière sacrée. Aux yeux de ces morts-vivants remplis de l’élément des ténèbres, nous sommes probablement aussi voyant qu’un immense feu de camp. Aussi, malgré le fait que ceux-ci devraient craindre l’élément sacré, nous avons envahi leur camp de base. Il y a de fortes chances pour que leur fureur l’ait emporté sur leur peur, et donc c’est pourquoi ils se regroupent pour nous attaquer. »

« E-Et maintenant, que sommes-nous censés faire ? » La voix d’Igor le guerrier, qui se tenait à l’avant du groupe, tremblait tellement qu’elle sonnait comme s’il était sur le point de se mettre à pleurer.

« Ne t’inquiète pas. » Je souris légèrement et ajoutai : « Tant que nous nous transformons en créatures des ténèbres, il n’y aura pas de problèmes. Celles-ci n’attaqueront pas l’un des leurs. »

« Nous transformer en créatures des ténèbres ? » Iacchi s’écria sur-le-champ d’un ton étrange : « Qui veut se transformer en l’une d’elle ! Il vaudrait mieux être mort plutôt que de s’accrocher à une existence contre-nature ! Je n’ai pas envie de mourir si jeune ! »

« Ne panique pas autant », rétorquai-je avec irritation. « Tu ne veux pas mourir. Crois-tu que j’en aie envie ? »

« Dans ce cas, qu’as-tu l’intention de faire… »

« Quel que soit ton plan, dépêche-toi ! Ils foncent déjà droit sur nous ! »

Iacchi n’avait même pas eu le temps de terminer sa question, lorsqu’Igor lui coupa la parole. En entendant le cri d’alarme d’Igor, Iacchi et Woodrow assumèrent automatiquement leur position de combat. Iacchi dégaina une dague et se tint derrière Igor. Woodrow, quant à lui, se transforma en panthère et alla se tenir à côté du guerrier du groupe.

Leur réaction me surprit. Ils font face à un si grand nombre de créatures des abysses, et pourtant ils ont encore envie de se battre ? Peut-être que je les ai trop sous-estimés.

Cependant, malgré tout, je n’avais aucune envie de me battre contre une armée toute entière.

Je dispersai plus de la moitié de la lumière sacrée entourant mon corps et me mis à rassembler l’élément des ténèbres. C’était encore plus facile que de rassembler de la lumière sacrée. L’élément des ténèbres ici était si dense que mes alentours étaient brumeux et rendaient me vue floue depuis le début. Je tendis simplement les mains. Sur-le-champ, celles-ci formèrent une énorme boule de l’élément des ténèbres si épaisse qu’elle pourrait servir de ballon de jeu.

Par la suite, j’enrobai tout le monde avec l’élément des ténèbres que j’avais rassemblé.

Sous le nuage de ténèbres, les morts-vivants cessèrent immédiatement de nous foncer dessus. Ils agirent comme s’ils avaient perdu de vue leur cible. Après avoir stupidement fixé l’endroit pendant un moment, ils commencèrent à nous chercher sans détecter quoi que ce soit. Après un certain temps, ils se dispersèrent. Certains nous dépassèrent même en flottant devant nous, mais aucun ne se donna la peine de nous accorder le moindre regard.

En constatant ceci, le trio terrifié à l’origine se calma et rengaina leurs armes. Même Woodrow retourna à sa forme humaine.

« C’est donc ce que tu avais voulu dire. Tu aurais dû t’expliquer plus tôt ! » Iacchi proclama bruyamment : « Explique mieux les choses la prochaine fois ! Nous transformer en créatures des ténèbres… Tu voulais nous faire mourir de peur ou quoi !? »

« Grisia, j’ai envie de te massacrer à coups de poing ! »

Fidèle à sa parole, après avoir rengainé son épée, Igor se précipita vers moi pour m’attraper, coinça ma tête entre ses bras et leva son poing… Je fus réellement inquiet pendant une seconde, songeant qu’il allait véritablement me donner un coup de poing, mais au lieu de cela il plaça son poing au sommet de ma tête et se mit alors à la frotter de l’arrière à l’avant sans s’arrêter.

« Hahaha ! Tu me chatouilles ! » J’avais envie de me gratter et je riais, tandis que je m’objectais avec véhémence : « C’est toi qui as mal compris. Je n’y suis pour rien ! »

« Petit farceur… » Entendant mes mots, Iacchi se mit également à me frotter la tête avec son poing.

Sur le côté, Woodrow secoua la tête avec une expression de totale impuissance sur son visage, comme il observait nos enfantillages.

Après m’être amusé quelques secondes, je repoussai Igor et déclarai avec indifférence : « Tu es réveillé, Chevalier de Glace ? »

Tout le monde cessa de jouer et tourna la tête pour regarder celui qui était attaché sur le dos de Blanchâtre. Ecilan avait réellement ouvert les yeux. Il demeura silencieux pendant un moment. Seules ses pupilles remuèrent de gauche à droite, comme s’il observait les alentours. Enfin, il murmura doucement : « Comment ai-je pu m’évanouir comme ça… »

Scarlet est probablement la responsable… Néanmoins, j’aurais pensé qu’elle aurait fait en sorte qu’il reste dans un état comateux jusqu’à la fin, juste au cas où il recommencerait à me mentir. Je n’aurais jamais songé que Scarlet le laisserait agir comme bon lui semble.

Ecilan se tourna pour me regarder et demanda à voix basse : « Blaze va-t-il bien ? »

« Oui. » Je ricanai et ne pus m’empêcher de me moquer en ajoutant : « Il est tellement en parfaite santé qu’il m’a presque tranché en deux. »

En entendant ceci, Ecilan s’enquit avec surprise : « Il ne savait pas que la personne qu’il attaquait était toi, n’est-ce pas ? »

« Il le savait », annonçai-je calmement. « Il a aussi affirmé que je n’étais absolument pas le Chevalier du Soleil. »

Ecilan cligna des yeux, le visage plein de confusion.

Woodrow me questionna vivement : « Que veux-tu dire par le Chevalier du Soleil ? »

J’hésitai, mais expliquai tout de même : « Rien. Pour s’échapper, Ecilan m’a menti en affirmant que j’étais le Chevalier du Soleil. Il voulait que je parte avec lui. »

« Toi, le Chevalier du Soleil ? » Iacchi ouvrit grand la bouche.

Nous nous bouchâmes les oreilles à l’unisson.

« Comment ça pourrait être possible~~ HAHAHA ! C’est si drôle que j’en ai mal à l’estomac ! » Iacchi rit en disant : « Si Grisia est le Chevalier du Soleil, dans ce cas, moi, je suis le pape ! »

Pauvre Ecilan… Étant donné qu’il était attaché comme un poulet, il était dans l’incapacité de se couvrir les oreilles et ne pouvait que souffrir à travers le rire explosif d’Iacchi. Malheureusement, bien que nous éprouvâmes de la sympathie à son égard, aucun de nous ne possédait de mains en surplus pour l’aider à bloquer le son.

Finalement, l’éclat de rire assourdissant d’Iacchi cessa, et ce fut uniquement à ce moment-là que nous baissâmes tous les trois nos mains. Je lançai deux sorts de guérison sur les oreilles d’Ecilan avec sympathie. L’expression de ce dernier montrait qu’il était probablement sur le point de s’évanouir encore une fois.

Woodrow murmura très bas : « Heureusement que l’ouïe des créatures des ténèbres n’est pas particulièrement bonne. Sinon, toutes celles qui se trouvent dans la vallée auraient été attirées par le vacarme. »

« Pauvre chose ! » Je frottai la tête d’Ecilan avec sympathie, et en même temps j’en profitai pour le décoiffer afin de le rendre moins attirant.

Ecilan me fixa froidement du regard.

Je ne savais pas pourquoi, mais, après m’être fait fusiller du regard par lui, je sentis subitement que quelque chose clochait. Je changeai immédiatement de sujet. « Ecilan, puisque tu affirmes me connaître, examine-moi bien. Te semble-t-il que quelque chose manque sur moi ? »

Contre toute attente, il répondit sans la moindre hésitation : « Il manque de nombreuses choses. »

« Je veux dire, est-ce que des objets très importants ont disparu ? » J’expliquai plus en profondeur : « Quelque chose que je garde toujours sur moi, sans jamais l’enlever, mais qui n’est plus là à présent ? »

Ecilan m’examina avec sérieux. Après un certain temps, il acquiesça d’un signe de tête et annonça : « Il te manque effectivement quelque chose. »

« Que manque-t-il ? » demandai-je avec agitation. Je vais enfin savoir ce que j’ai perdu.

« Il te manque… »

Chacun d’entre nous écouta attentivement la réponse.

Ecilan compléta avec un total sérieux : « Il te manque un petit sac sur lequel est brodé un symbole en forme de soleil, celui que je t’avais offert pour y garder tes sucreries. Tu ne l’enlèves jamais d’habitude. »

« … »

Si l’objet que Scarlet veut que je retrouve est un sachet de bonbons, je vais définitivement la hacher menu et faire des tartes de sa chair !

Ensuite, Ecilan ajouta brusquement : « Il semble aussi te manquer un collier, mais c’est quelque chose que tu as seulement commencé à porter il y a un mois. »

Je restai surpris. Il y a un mois ? « De quoi avait l’air ce collier ? »

Dénué de toute expression, Ecilan secoua la tête et répondit : « Je n’y ai jamais prêté attention. J’ai seulement entendu Metal affirmer qu’il t’avait vu porter un immense joyau. Il se demandait où tu l’avais pris et voulait informer le Pape du fait que tu l’avais volé… »

« … Quel est le nom du Chevalier du Métal ? »

« Laïca du Métal. »

Je jurai vicieusement : « Je me souviendrai de lui ! »

« Ah bon ? » Ecilan murmura : « Dans ce cas, il en sera assurément ému. Hormis celui du Capitaine-Chevalier du Jugement, tu vas également te rappeler de son nom correctement. Auparavant, chaque fois que tu t’adressais à lui, tu l’appelais Laïmace. »

« La-Laïmace ? Ha… » Iacchi éprouva de nouveau l’envie d’éclater de rire. Par chance, Igor parvint à lui couvrir la bouche juste à temps.

« Je l’appelais Laïmace ? » Je le questionnai avec curiosité : « Dans ce cas, comment t’appelais-je ? »

« … »

« Hé ! Parle ! » Je le narguai : « À moins que tu ne sois encore en train de me mentir ? Sinon, dis-le-moi ! Comment t’appelais-je ? »

« … »

Invincible Partie 3 : Le Chevalier du Soleil – Neo du Soleil

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 3: Sun Knight –- Neo Sun – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 3 : Le Chevalier du Soleil –- Neo du Soleil – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

La seule chose qui montrait que Neo se comportait comme un compagnon de voyage était qu’il ouvrait toujours la voie !

Aussi, il s’agissait effectivement d’un compagnon compétent, ne laissant aucun ennemi attaquer le mage par-derrière.

Qui plus est, il était plutôt fort, même selon les standards du peuple d’Aldrizzt, qui était très versé dans l’art du combat.

Cependant, c’était là où s’arrêtait la compréhension d’Aldrizzt concernant la force de Neo.

Hormis le fait que les mages ne comprenaient pas bien la classe des manieurs d’épée, les deux ne rencontrèrent pas vraiment de difficultés. C’est probablement parce que nous continuons de chercher un chemin pour sortir et ne sommes pas entrés plus profondément au cœur de la forêt ! Par conséquent, malgré le fait qu’il sût que Neo était plutôt fort, Aldrizzt ignorait à quel point il l’était réellement.

Bien qu’il fût extrêmement curieux à propos de l’humain appelé Neo, Aldrizzt ne le questionna pas du tout sur lui-même.

C’était parce que Neo n’avait jamais questionné l’elfe noir sur son passé, même pas sur la raison pour laquelle il était pourchassé par son propre peuple. Donc, Aldrizzt n’interrogea pas Neo sur son passé, lui non plus. Il ne lui avait même pas demandé son nom de famille.

Puisque Neo l’avait respecté, Aldrizzt respecterait évidemment Neo.

Cependant, comme ils passaient de plus en plus de temps ensemble, l’elfe noir devenait de plus en plus convaincu que… peut-être, Neo était simplement trop paresseux pour le lui demander.

Avec cette épiphanie, Aldrizzt se mit à se rendre compte que résister à la tentation de lui poser des questions était probablement très stupide.

Afin de tester sa théorie, il choisit la question la plus simple.

« Neo, quel est ton nom de famille ? »

Neo leva un sourcil, mais ne répondit pas immédiatement.

« Tu n’as pas à le dire, si tu ne veux pas. Ça ne me dérange pas », clarifia immédiatement Aldrizzt.

« Non. » Neo haussa les épaules et répondit : « Je songeais simplement à quel nom je devrais employer maintenant. »

Quel nom il devrait employer ? Aldrizzt était un peu confus.

« Oublie ça. Je l’ai utilisé pendant la majorité de ma vie, donc revenir à mon nom d’origine ferait trop bizarre », dit simplement Neo. « Je m’appelle Neo du Soleil. »

« Quel nom inhabituel ! » Aldrizzt répéta silencieusement le nom complet de son compagnon pour lui-même. « Moi, j’ai abandonné mon nom de famille et n’en utiliserai plus. »

Neo ne sembla pas se préoccuper de sa réponse, mais il donna l’impression de se rappeler quelque chose et demanda : « Oh, dans tous les cas, j’ai presque oublié de te le demander. Pourquoi es-tu venu à la surface ? »

Aldrizzt se figea.

Neo fronça les sourcils et insista, impitoyable : « Dépêche-toi de me le dire ! »

Comme il s’y attendait, la raison pour laquelle Neo n’avait rien demandé n’avait aucun rapport avec un respect mutuel… Aldrizzt grommela : « Pourquoi devrais-je te le dire ? Toi non plus, tu ne m’as jamais parlé de tes origines. »

En entendant cela, Neo ne répondit pas à sa question et demanda plutôt : « As-tu entendu parler de l’Église du Dieu de la Lumière ? »

Aldrizzt était encore plus confus. Même s’il ne comprenait pas pourquoi Neo amenait soudainement l’Église dans la conversation, il acquiesça et répondit : « Oui, c’est la plus grande religion à la surface. »

En fait, elle ne peut plus être considérée comme la plus grande ! Le Pape veut sans doute restaurer sa gloire ancienne, mais, à présent, le Monastère du Dieu de la Guerre a déjà beaucoup plus de croyants. Même la Cathédrale du Dieu de l’Ombre montre des signes qu’elle a dépassé l’Église.

Bien que l’Église du Dieu de la Lumière devra probablement travailler dur pour recruter plus de fidèles, c’est maintenant le problème de Grisia. Pas le moins du monde perturbé, Neo expliqua tranquillement : « Je suis la trente-septième génération du Chevalier du Soleil qui vient juste de partir à la retraite. C’est tout. »

Qu’est-ce que je viens d’entendre ?

« Tu es le Chevalier du Soleil ? » Aldrizzt se remit sur ses pieds d’un seul bond, sous le choc.

Neo haussa les épaules et le corrigea : « Je suis le précédent Chevalier du Soleil. »

Aldrizzt l’observa, incrédule, et s’enquit en tremblant : « Vas-tu m’attraper et me faire un procès à l’Église ? »

« Un procès ? Serais-tu devenu fou ? Je suis le précédent Chevalier du Soleil, pas le Chevalier du Jugement. De toute façon, aurais-tu commis un crime qui requerrait qu’on te fasse un procès ? »

« Je suis un elfe noir. » Aldrizzt n’était pas du tout convaincu que le Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière eût le droit de laisser un elfe noir en liberté.

Neo répliqua avec un peu d’impatience : « Combien de fois vas-tu te répéter ? Je ne suis pas aveugle, je vois bien que tu es très noir. »

Aldrizzt était plutôt anxieux et, pendant une seconde, il voulut s’enfuir. Mais, il savait que, s’il s’enfuyait, il ne trouverait probablement plus jamais une autre personne qui accepterait de lui parler.

La solitude qu’il avait sentie quand il s’était enfui de son pays d’origine le saisirait à nouveau. D’ailleurs, est-ce que je serai en mesure de trouver un autre « Neo » la prochaine fois ?

Aldrizzt s’assit et ne parla pas pendant un très long moment. Neo ne le pressa pas.

Finalement, il ouvrit la bouche et raconta : « Les elfes noirs sont une race très connue et, pour être honnête, leur réputation n’est pas injustifiée. Ils… Non ! Ça devrait être “nous”. Tout ce que nous faisons est très malveillant. Nous considérons les actes méprisables comme vertueux, les tueries comme un divertissement, et nous faisons croire aux gens que nos méfaits ont été causés par nos ennemis : les elfes. Un jour, j’ai participé à une mission visant à massacrer un village d’elfes, et j’ai presque tué un elfe de mes propres mains, même si ce n’était qu’un enfant ! Malgré le fait que je ne l’aie pas tué, il a ensuite été assassiné par d’autres membres de ma race. »

Aldrizzt tenait sa tête entre ses mains tout en parlant, comme s’il n’osait pas regarder le visage de Neo.

« Alors, tu n’as tué aucun elfe en fin de compte ? »

Aldrizzt leva la tête et fixa Neo du regard, totalement sous le choc.

Neo ajouta avec confiance : « Tu n’as donc pas du tout besoin d’être effrayé de les rencontrer ! Ce n’est pas comme si tu leur devais quelque chose. »

« J’ai observé mon peuple massacrer un village d’elfes sans les en empêcher. » Aldrizzt ne pensait pas qu’il était innocent après avoir fait une telle chose.

« Si tu t’étais rebellé, est-ce que tu aurais pu gagner contre ton peuple ? »

Aldrizzt répondit honnêtement : « Non, il y avait beaucoup de guerriers chevronnés dans l’escouade. Et, avec la force que je possédais à l’époque, je n’aurais eu aucune chance de vaincre tout le monde. »

Neo haussa les épaules et dit : « Alors, dans le pire des cas, le seul crime que tu aies commis a été de ne pas vouloir mourir. Si tu étais accusé de n’importe quel autre crime, je demanderais au procureur “Seriez-vous volontaire pour aider dans une situation où la mort est certaine et où personne ne serait sauvé ?” »

« Oui, je le ferais. »

Neo se tourna pour faire face à Aldrizzt, et ce dernier le regarda avec un air déterminé en appuyant chaque mot : « Si on me donnait une autre chance, je préférerais mourir avec l’enfant plutôt que de regretter ce moment pour le reste de ma vie. »

En voyant l’expression de l’elfe noir, Neo comprit qu’il pensait ce qu’il disait. Il sourit et affirma : « Dans ce cas, tu peux garder la tête haute en face des elfes. Tu es un elfe noir qui serait prêt à mourir pour sauver un enfant elfe, alors pourquoi devrais-tu baisser la tête de honte ? Tu devrais la lever avec fierté. »

En entendant cela, Aldrizzt se figea un moment. Il regarda alors Neo et lui demanda avec incrédulité : « Tu crois vraiment ce que je dis ? Tu crois aux paroles d’un elfe noir ? »

« Pourquoi ne te croirais-je pas ? » Neo ricana et lui posa des questions rhétoriques : « À quel point un elfe noir qui aide un étranger à laver ses vêtements, à cuisiner les repas, à faire son lit et à chasser peut-il être mauvais ? »

Aldrizzt sentit que Neo n’avait simplement aucun instinct de survie et avança : « Peut-être ai-je fait ces choses pour gagner ta confiance ? »

« Y aurait-il un autre membre de ta race qui aiderait un passant à laver ses vêtements, à cuisiner le repas, à faire son lit et à chasser uniquement pour gagner sa confiance ? » Neo renifla avec dérision et continua : « Si c’est vrai, alors les elfes noirs sont probablement plus bienveillants que les humains ! »

Aldrizzt resta bouche bée une nouvelle fois.

« Dans ce cas, allons trouver un archer elfe ! »

Est-ce que Neo s’est donné autant de mal pour me convaincre simplement parce qu’il veut trouver un archer elfe ? Aldrizzt se sentit soulagé, mais ajouta néanmoins avec impuissance : « Tu devras te tenir prêt à intervenir, si nous ne nous entendons pas lui et moi. »

« Tu es celui qui devrait être prudent ! Puisque nous allons tous être des compagnons, je ne prendrai parti ni pour l’un ni pour l’autre. » Neo réfléchit et demanda avec un peu d’incertitude : « Mais, tu es un mage. Les mages ne sont-ils pas très faibles face aux archers ? »

« Je ne suis pas un mage ordinaire, je suis un elfe noir. » Aldrizzt sourit et dit : « Je suis probablement plus agile que la plupart des assassins, et je sais aussi comment manier les épées courtes. »

« C’est vrai. » Neo acquiesça en même temps qu’il se rappelait à quel point il avait de tout son cœur louangé les capacités d’Aldrizzt, la première fois qu’ils s’étaient rencontrés. Il suggéra avec enthousiasme : « Nous devrions faire un duel un de ces jours… Non ! Faisons-le maintenant ! Nous n’avons rien de mieux à faire de toute façon. »

En entendant cela, Aldrizzt força un sourire. Me battre en duel avec le Chevalier du Soleil ?

À en juger par son expression, Neo se rendit compte qu’Aldrizzt ne voulait vraiment pas faire un duel. Il n’avait pas pu participer à une bataille satisfaisante depuis des jours et se battre le démangeait, il proposa donc de meilleures conditions : « Tu peux utiliser à la fois les épées courtes et la magie. Que dis-tu de cela… »

Avant qu’il eût fini de parler, il bondit soudainement en direction d’Aldrizzt et le poussa.

Au début, Aldrizzt pensait que Neo voulait l’attaquer, mais il réalisa immédiatement son erreur. Neo n’avait pas brandi son épée contre lui. À la place, au moment où il avait renversé Aldrizzt, il s’était instantanément levé et tourné vers la forêt.

Le crissement d’une épée retentit alors, pendant que Neo dégainait la lame suspendue à sa hanche. Il la balança, et le son du métal contre le métal se fit clairement entendre.

Ce fut seulement à ce moment-là qu’Aldrizzt remarqua les deux flèches courtes plantées dans le sol. Une avait été repoussée par l’épée de Neo, et l’autre était plantée à l’endroit où il était assis. Si Neo ne l’avait pas poussé, il aurait sans aucun doute été touché par les flèches.

Neo leva son épée, mais même s’il était à 120 000 % en alerte, il ne put saisir la localisation de l’ennemi. Il pouvait voir occasionnellement des ombres passer, mais était incapable de repérer ses adversaires pour les attaquer.

« C’est mon peuple ! » s’écria Aldrizzt, alarmé. Son visage était extrêmement pâle.

Il avait pensé que son peuple avait abandonné les poursuites, puisqu’aucun chasseur n’avait été vu depuis longtemps. Il avait commencé à entretenir un mince espoir ; l’espoir qu’il pourrait finalement échapper aux jours de traque. Il n’aurait jamais imaginé que…

Neo balança son épée et balaya d’autres flèches courtes comme il hurlait : « Ramasse ton bâton magique, Aldrizzt ! »

Surpris, Aldrizzt obéit immédiatement à l’ordre de Neo et se leva. Il agrippa son bâton aussi fermement que possible et murmura une suite d’incantations. Ensuite, un rideau noir à moitié transparent se dressa devant eux.

Une fois que le rideau noir se fut dressé, leurs opposants arrêtèrent de tirer leurs flèches courtes. Ils émergèrent des buissons par groupe de deux ou trois : un, deux… cinq… huit… quinze… dix-huit… vingt-cinq… trente…

Ce n’est pas une escouade, c’est une armée !

En voyant cela, Aldrizzt poussa un cri de surprise. Il n’avait jamais vu autant de chasseurs auparavant. Si autant de chasseurs étaient apparus avant qu’il rencontre Neo, il aurait très fort probablement déjà été capturé.

Je vois, donc la période de paix était parce qu’ils rassemblaient autant d’elfes noirs ?

Subitement, Neo, qui se tenait devant lui, demanda à voix basse : « Aldrizzt, connais-tu à peu près la portée de ces petites arbalètes ? »

« 10 mètres, tout au plus. »

« Et la portée de leurs sorts magiques ? »

« Quatre-vingts mètres, tout au plus. »

Neo médita cela un moment et demanda alors : « Si nous courons sans nous arrêter, pendant combien de temps peux-tu continuer à courir ? »

« Pendant environ une demi-heure, je crois… Était-ce nécessaire d’exprimer ta curiosité maintenant, dans cette situation ? » Aldrizzt était extrêmement tenté de lever les yeux au ciel à l’attention de Neo. En temps normal, il ne posait aucune question. Et, c’était à l’instant précis où ils se trouvaient dans une situation de vie ou de mort qu’il posait ce genre de questions.

Neo réussit à rouler des yeux à l’attention d’Aldrizzt en premier. Il lâcha d’un ton dédaigneux : « Une demi-heure ? Tu es trop faible ! »

« Je suis un mage, pas un guerrier », ne put s’empêcher de rétorquer Aldrizzt. « Les mages humains sont-ils doués pour la course ? »

« Euuh… Ils seraient probablement près de l’effondrement au bout d’une demi-minute. »

Et c’est mon endurance qui est mauvaise ? Aldrizzt était rempli de suspicion, mais ce n’était pas le moment d’examiner l’endurance des mages humains.

Quand cinquante membres de sa race furent sortis des buissons, Aldrizzt paniqua et s’enquit : « Que vas-tu faire maintenant ? Si tu veux t’enfuir, je ne te blâmerai pas. Tu viens juste de dire que ne pas vouloir mourir n’est pas considéré comme un crime, alors tu devrais vite t’enfuir… »

« Je vais faire… ça ! »

Comme il disait « ça », Neo relâcha son aura de combat. Il concentra celle-ci dans l’épée qu’il tenait dans sa main et agita la pointe de cette dernière en la pointant vers le sol. Son aura de combat émergea en une attaque en forme de croissant de lune et, au moment où elle toucha le sol, la terre explosa avec un grand bang, créant un gigantesque nuage de poussière.

Ainsi, c’est à ceci que ressemble la force du Chevalier du Soleil ?

Comme la poussière retombait finalement, la mâchoire d’Aldrizzt tomba quand il aperçut la tranchée profonde qui s’étendait à l’horizontale devant lui. La crevasse était tellement noire et profonde qu’il était impossible d’en voir le fond…

Il était sur le point de s’approcher pour voir de plus près, lorsque quelqu’un le souleva subitement. Surpris, Aldrizzt cria : « Neo ? »

Neo se mit à avancer à grandes enjambées, accélérant avant de répondre : « Tu es responsable de distraire l’ennemi. Donne-moi le temps de courir 24 mètres à partir de maintenant, et je m’occuperai du reste. »

Aldrizzt était étourdi, mais c’est au même moment qu’il entendit les chasseurs reprendre leurs esprits et recommencer leur poursuite implacable.

Il n’avait pas d’autre choix que de faire ce que Neo lui avait demandé. À part renforcer le rideau noir qui les protégeait tous les deux, il se mit à jeter des sorts de types très variés. Les sorts qu’il jetait n’incluaient aucune magie avec des dommages très importants ; à la place, il jetait des sorts qui étaient connus dans le monde de la magie comme des tours de passe-passe. Par exemple, rendre le sol glissant et produire des sons affreux et assourdissants.

Ces sorts étaient tous très simples, il pouvait donc en jeter beaucoup en même temps et les utiliser pour gérer plus de cinquante ennemis. Le plus important était que, même si ces sorts n’étaient que des petits tours, ils étaient suffisants pour ralentir les mouvements de l’ennemi.

Parfois, il cachait même un sort provoquant des dégâts parmi ses tours de passe-passe, ce qui obligeait leurs ennemis à esquiver et à repousser tous les sorts au lieu de les ignorer.

Après que deux archers eurent leurs figures réduites en morceaux, les mouvements des elfes noirs ralentirent, comme il s’y attendait. Avec de grandes précautions, ils évitèrent chaque sort.

Bien que les elfes noirs eurent ralenti la cadence, Aldrizzt et Neo se trouvaient toujours dans la mire de leurs attaques magiques. Pas mal de sorts de l’élément des ténèbres leur étaient toujours lancés.

Au début, Aldrizzt était un peu inquiet à ce sujet. Mais, lorsqu’il réalisa plus tard que les sorts les plus destructifs les rataient grâce aux mouvements évasifs de Neo, il se calma beaucoup comme il pouvait facilement bloquer les sorts mineurs restants.

Aldrizzt ne put s’empêcher de le féliciter : « Pour quelqu’un qui ne peut pas se retourner et voir, tu esquives les attaques vraiment avec précision. »

Neo renifla et lâcha : « Pour quelqu’un qui ne peut pas se retourner ? Pour le Chevalier du Soleil, l’élément des ténèbres est facile à sentir, exactement comme une souris arrive à sentir le fromage. Même un reniflement serait suffisant ! Je n’ai pas besoin de regarder ! »

À ce moment-là, Neo bondit brusquement avec énergie pour éviter un sort magique dangereux. Alors qu’il était sur le point d’atterrir, un assassin surgit des buissons, la dague dans sa main vraisemblablement sur le point de poignarder le bras de Neo. Puisqu’il était sur le point d’atterrir et qu’il portait Aldrizzt avec ses deux mains, il n’avait aucun moyen d’esquiver ou de bloquer l’attaque avec son épée.

Soudain, avec un « boum », un sort des ténèbres en forme de balle envoya valser l’assassin. Ce dernier retomba dans les buissons d’où il ne se releva plus jamais.

Après avoir envoyé valser l’assassin, Aldrizzt regarda derrière Neo. Peu de sorts étaient lancés vers eux désormais, sans doute parce que les mages étaient à bout de force. Néanmoins, un certain nombre d’assassins et de guerriers étaient toujours sur leurs talons. Il suggéra donc : « Neo, laisse-moi grimper sur ton dos, comme ça tes deux mains seront libres pour manier ton épée. »

Neo lui jeta un coup d’œil et répondit froidement : « Grimpe sur mon dos si tu veux ! Mais assure-toi de te tenir fermement et de ne pas tomber, parce que je ne me retournerai pas pour te ramasser. »

Aldrizzt roula des yeux vers Neo et commença alors à bouger.

Les elfes noirs sont vraiment agiles ! le complimenta silencieusement Neo. Un mouvement aussi large n’avait pas semblé affecter sa course du tout, et sa vitesse était proprement choquante.

Aldrizzt agrippa simplement l’épaule de Neo et, avec un grand mouvement bien calibré, il s’était balancé sans effort sur le dos de Neo.

Ses mains étant à présent libres, Neo dégaina immédiatement son épée et trancha en deux tous les elfes noirs qui portaient des épées ou des dagues. Les poissons occasionnels qui glissaient à travers le filet étaient alors expédiés dans l’au-delà par la magie d’Aldrizzt.

Ces deux-là furent ainsi pourchassés la majorité de la journée de cette manière. Maintenant, le nombre d’assassins et de guerriers avait diminué, mais ils étaient toujours à leurs trousses. Au moment où ils s’arrêteraient, plus d’elfes noirs les rattraperaient instantanément.

Malgré le fait qu’il n’y eût aucun problème avec l’endurance de Neo, porter une personne et courir en même temps n’était pas quelque chose d’agréable à faire. Il demanda, maussade, à la personne sur son dos : « Aldrizzt, as-tu commis des actes très répréhensibles en t’enfuyant de chez toi ? Ne sont-ils pas un peu trop persistants ? »

« Euh… J’ai détruit un temple, plusieurs rues, l’une des portes de la cité et un pont. »

« Tu n’aurais pas simplement pu t’enfuir discrètement ? » dit Neo, sarcastique. « Si tu fais une telle scène, ils sont obligés de te traquer qu’ils le veuillent ou non, sinon ce serait totalement embarrassant ! »

Aldrizzt éclata de rire et ne put s’empêcher de rétorquer : « Je n’ai pas eu le choix. Ils m’ont enfermé dans un temple, ainsi j’ai dû détruire le temple ; ils ont refusé d’ouvrir les portes de la cité pour me laisser partir, alors j’ai été forcé de détruire les portes de la cité ; par la suite, ils ont continué de me pourchasser, j’ai donc dû détruire le pont juste après l’avoir traversé. »

Neo leva les yeux au ciel et le réprimanda : « Tu aurais aussi pu brûler la forêt tout entière ! »

« Brûler les forêts est ta spécialité, pas la mienne. Je sais seulement cuisiner. »

« Tu appelles ça cuisiner ? Au mieux, la nourriture que tu prépares peut seulement être considérée comme comestible. »

« Au moins, c’est mieux que… le tas d’ordures que tu as cuisiné que même un glob n’a pas voulu manger quand tu as essayé de le nourrir ! »

« C’est juste que le glob n’avait pas faim… »

La route devint soudainement très bruyante, lorsqu’ils se mirent tous les deux à se chamailler.

 

 

Au bout d’un laps de temps inconnu, Aldrizzt fut réveillé par une violente secousse. Au moment où il se réveilla, il s’exclama doucement, pris au dépourvu : « Je me suis endormi ? J–Je… »

Neo me portait consciencieusement sur son dos en essayant de s’échapper, et je me suis endormi !

Comme s’il ne s’en préoccupait pas du tout, Neo dit : « Ce n’est pas comme si tu pouvais faire quoi que ce soit même si tu ne dormais pas. »

« Laisse-moi descendre et courir, tu dois être fatigué. »

Bien qu’Aldrizzt sentît que la chose la plus équitable serait de porter Neo en retour, il savait que, avec son endurance physique, il s’évanouirait réellement au bout d’une demi-minute s’il devait porter une personne et courir. Donc, la seule chose qu’il pouvait faire était de courir lui-même.

« Fatigué ? Qui crois-tu que je sois ? » Neo renifla avec dédain. Sans se préoccuper de cacher la fierté dans sa voix, il décréta : « Je suis un chevalier sacré, une classe connue pour son endurance. De plus, je suis le chevalier sacré avec le plus haut rang, le Chevalier du Soleil ! Quelque chose d’aussi mineur ne peut possiblement pas me fatiguer. »

Voyant que Neo ne semblait pas du tout se forcer, Aldrizzt se détendit, mais ajouta quand même : « Pose-moi par terre pour que je puisse courir seul, ou alors tout mon corps sera presque aussi raide qu’un cadavre à force de maintenir cette position. »

Sans rien ajouter, Neo arrêta finalement de courir et laissa Aldrizzt descendre de son dos.

Aldrizzt étira un peu ses bras et ses jambes pendant que Neo saisissait l’opportunité pour prendre quelques bouchées de rations déshydratées. Par la suite, ils recommencèrent tous les deux à fuir.

Même s’il savait qu’il devrait économiser son énergie, Aldrizzt ne put retenir sa curiosité et demanda : « Honnêtement, combien de temps peux-tu courir en me portant ? »

Neo haussa les épaules et répondit : « Si je ne me repose pas du tout, environ trois jours. »

C’est incroyable… Aldrizzt sentit que c’était totalement inconcevable. Courir en portant une personne pendant trois jours ? Dans une forêt sinueuse en plus ! J’ai bien peur que même le meilleur guerrier de mon peuple ne puisse pas faire une chose pareille.

Il regarda à gauche et à droite, planifiant d’inspecter l’état de la route, mais, après avoir examiné le paysage environnant, son visage changea radicalement. Il rappela brusquement à son compagnon en disant : « Arrête-toi sur-le-champ, Neo ! »

Déconcerté, Neo arrêta de courir et demanda : « Qu’est-ce qu’il y a… Ah ! Tu veux aller aux toilettes ? Shoo, shoo ! Éloigne-toi de moi ! »

« Qui veut aller aux toilettes ! » lâcha sèchement Aldrizzt. Soupir ! C’est vraiment difficile de maintenir une attitude nerveuse près de Neo.

Quand Neo haussa les sourcils pour exprimer son interrogation, Aldrizzt expliqua : « Un peu plus et nous serons sur le territoire des elfes. »

« Oh ? » demanda rhétoriquement Neo. « Puisque les elfes haïssent les elfes noirs avec passion, ils ne seront pas heureux d’en voir autant sur leur territoire, n’est-ce pas ? »

Aldrizzt se figea un moment avant d’acquiescer et de dire : « D’accord, allons-y. Ils pourront nous aider à chasser mon peuple. »

Sur la route, ils alternèrent entre la course et le repos. Bien que cela ne dérangeât pas Neo de porter une personne sur son dos, Aldrizzt était peu disposé à être porté, quelle qu’en fût la raison. Il préférait se forcer à courir jusqu’à ce qu’il n’eût plus de souffle.

Remarquant qu’Aldrizzt avait couru jusqu’à ce qu’il fût presque hors d’haleine, mais refusait toujours de dire qu’il voulait se reposer, Neo haussa un sourcil et annonça : « Je suis fatigué, arrêtons-nous pour manger quelque chose. »

Ce fut seulement à cet instant-là qu’Aldrizzt s’arrêta de courir. Il était tellement essoufflé qu’il n’arrivait même pas à parler, toutefois, quand il regarda la personne à côté de lui qui affirmait être fatiguée, le visage de cette personne n’était même pas rouge, pas plus que cette personne ne respirait fort. Il n’a pas du tout l’air fatigué ! Cela lui faisait vraiment se demander s’il devait être heureux que son compagnon fût si endurant et ne le ralentirait pas, ou s’il devait haïr son compagnon pour avoir une si bonne endurance et le forcer à courir jusqu’à ce qu’il fût mort de fatigue.

Neo sortit calmement les rations déshydratées et en donna un morceau à Aldrizzt avant de commencer à manger. Tandis qu’il mâchait, il demanda : « Combien de temps avant que nous atteignions le territoire des elfes ? »

Aldrizzt examina les environs et répondit : « Nous sommes déjà dans le territoire des elfes. J’ai seulement lu dans les livres qu’ils laissaient des marques sur les arbres, donc je ne suis pas sûr jusqu’à quelle profondeur nous devons nous aventurer dans leur territoire avant qu’ils se montrent. »

« Aussi loin que ça ! » dit Neo.

Neo jeta le dernier morceau de rations déshydratées dans sa bouche et scruta la forêt, une main déjà placée sur son épée.

Aldrizzt se figea et entendit alors également le bruissement des feuilles d’arbres. Il regarda vers les buissons et remarqua que des gens étaient dissimulés dans les espaces entre les feuilles d’arbres. Tout de suite, ils se montrèrent.

S’agit-il des elfes, les ennemis jurés des elfes noirs ?

Ils avaient des corps longs et sveltes, qui n’étaient pas très différents de celui d’Aldrizzt. La plus grande différence était, naturellement, la couleur de leur peau qui était très pâle. Qui plus est, aucun elfe n’avait les cheveux blancs : la plupart avaient des cheveux bruns ou dorés.

Ils examinèrent tous les deux les elfes, tout comme les elfes observaient Aldrizzt. D’après leurs visages, ils étaient extrêmement sous le choc. Néanmoins, ils devinrent à la longue encore plus sérieux, révélant des expressions de colère et de haine.

Aldrizzt n’était pas du tout surpris de voir leur réaction, étant donné que les elfes et les elfes noirs avaient toujours été des ennemis jurés. Fondamentalement, il avait déjà été témoin de leur nature généreuse, étant donné que ceux-ci ne l’avaient pas attaqué dès l’instant où ils l’avaient vu. Si la situation avait été inversée, et qu’un groupe d’elfes noirs avait rencontré un elfe solitaire, sans aucun doute, la meilleure chose qui aurait pu arriver à cet elfe aurait été une mort rapide.

Neo se leva. Les elfes se sentirent apparemment provoqués par son action, puisqu’ils levèrent simultanément leurs armes — principalement des arcs — et les pointèrent sur lui.

À ce moment-là, Aldrizzt se leva également. Il se rapprocha de deux pas de Neo, et se tint épaule contre épaule avec lui. Il leva alors la tête fièrement et plongea son regard dans celui des elfes qui les encerclaient.

Comme l’avait dit Neo, il n’avait rien fait de mal.

Même avec les légendaires maîtres-archers de la race des elfes pointant leurs arcs et leurs flèches sur lui, Neo n’eut aucun mal à déclarer d’une voix traînante : « D’abord, je rencontre des elfes noirs. Ensuite, je rencontre des elfes. Si j’avais su que partir à l’aventure serait si amusant, j’aurais laissé mon travail à Grisia deux ans plus tôt. »

En entendant cela, Aldrizzt inclina la tête, roula des yeux à l’intention de Neo et rétorqua : « Je plains réellement ton apprenti. » Par la suite, il se tourna pour faire face aux elfes et cria : « Je suis un elfe noir, mais l’humain près de moi est innocent. S’il-vous-plaît, ne lui faites pas de mal. »

« Aldrizzt, quel genre d’absurdité es-tu en train de raconter ? Je suis en effet innocent, mais tu l’es également ! »

Après avoir réprimandé Aldrizzt, Neo regarda les nombreux elfes présents et hurla : « Nous sommes pourchassés par une armée d’elfes noirs et cherchons votre protection ! »

Tous les elfes se figèrent sous le choc pendant un certain temps avant de se tourner vers Aldrizzt.

« C’est un… » Neo se tut un instant avant de trouver les mots justes. Il poursuivit : « … Déserteur fuyant les elfes noirs. Vous ne voudriez surement pas tuer un elfe noir qui a changé pour devenir une meilleure personne et un humain qui est très gentil pour commencer, n’est-ce pas ? »

Toi ? Gentil ? Si c’est vrai, dans ce cas les elfes noirs ne doivent pas être maléfiques en comparaison. Aldrizzt dut employer toutes ses forces pour empêcher son expression faciale de changer.

En entendant l’affirmation de Neo, les elfes froncèrent des sourcils avec incrédulité. Toutefois, ils n’attaquèrent toujours pas. Quelques elfes avaient même posé leurs armes et commencé à parler entre eux, comme s’ils discutaient de ce qu’ils devraient faire. Cependant, ils parlaient dans le langage des elfes que Neo ne comprenait pas.

Neo murmura à son compagnon : « Est-ce que tu comprends le langage des elfes ? »

Aldrizzt leva à nouveau les yeux au ciel et répliqua : « Dès l’instant où des elfes et des elfes noirs se rencontrent, ils se mettent à s’entretuer. Penses-tu réellement que nous discutons avec l’ennemi ? »

Neo émit un « tss » et commanda à moitié : « La prochaine fois, tu devras apprendre le langage des elfes, parce que je n’autoriserai pas notre compagnon elfe à parler dans mon dos dans le langage des elfes sans que j’en comprenne un mot ! »

Est-ce que c’est vraiment le moment de s’inquiéter de savoir si notre futur compagnon elfe va parler dans ton dos ? Tu devrais plutôt t’inquiéter de savoir si nous allons être transformés en oursins par les flèches des elfes !

Aldrizzt jeta discrètement un coup d’œil aux elfes qui débattaient encore. Il n’y avait aucune indication quant à la fin de leur discussion, comme ils parlaient sans se presser avec une attitude relaxée et sans signe de colère sur leurs visages. Ils semblaient juste au milieu d’une discussion très ordinaire comme s’ils se demandaient où ils iraient chasser aujourd’hui.

Aldrizzt les observa joyeusement. Pendant ce temps, les expressions furieuses sur le visage des elfes, qui tenaient encore leurs armes, disparurent progressivement. À la place, ils contemplaient Aldrizzt avec curiosité.

Cependant, Neo commençait à se lasser d’attendre et avait déjà bâillé Dieu sait combien de fois. Il se plaignit : « Qu’est-ce qui leur prend autant de temps ? Quelle inefficacité. »

Aldrizzt répondit brusquement : « Leurs vies ne sont pas aussi courtes que celles des humains. Crois-tu vraiment qu’ils se préoccupent de choses comme l’efficacité ? »

Neo fronça les sourcils et afficha une expression peinée. Il demanda : « Ils ne vont pas parler pendant une centaine d’années, j’espère ? »

Aldrizzt sourit et secoua la tête en disant : « Ça ne va pas aller jusque-là, mais, puisque les elfes vivent approximativement cinq fois plus longtemps que les humains, le temps qu’ils passent à discuter doit aussi être cinq fois plus longs. Donc, en considérant la durée que les humains passent à discuter, tu devrais être capable d’estimer combien de temps les elfes vont y passer. »

Neo réfléchit et répondit : « En me basant sur la durée que le Chevalier du Jugement et moi passons à discuter, les elfes devraient avoir fini d’ici une minute. Mais, si on se base sur la durée que le Pape et ses prêtres passent à débattre de problèmes… »

« Combien de temps cela prendrait-il ? »

« J’aimerais mieux faire demi-tour et combattre cinquante elfes noirs, plutôt que de gâcher ma vie ici. Sache que j’ai qu… »

Soupçonneux, Aldrizzt tourna immédiatement la tête et s’enquit : « Qu… ? »

« Qu… Qu… que je ne suis plus un jeune homme ! » Neo toussa et dit avec impatience : « Tu dois savoir que nous, les humains, ne vivons pas aussi longtemps que les elfes ou les elfes noirs, alors nous devons faire bon usage de notre temps. »

Aldrizzt plissa son regard déjà très fin. Il considéra Neo d’un œil très méfiant, pendant que ce dernier employait ses vingt ans d’expérience à être le Chevalier du Soleil pour sourire radieusement à Aldrizzt comme si rien ne clochait dans ses propos.

« Si je puis vous demander, avez-vous fini de discuter tous les deux ? »

Neo et Aldrizzt restèrent tous les deux surpris. Ils se retournèrent et découvrirent que tous les elfes les fixaient, leur discussion depuis longtemps terminée.

À ce moment-là, un elfe s’avança et dit avec courtoisie dans le langage des humains : « Si vous souhaitez continuer à discuter, cela ne nous dérange pas d’attendre. »

Neo se vers Aldrizzt et lui s’enquit : « Devons-nous discuter de quoi que ce soit d’autre ? »

Aldrizzt rouspéta : « Pourquoi aurais-je quelque chose à te dire ? »

Neo haussa les épaules et fit face à l’elfe. Il déclara : « Nous avons fini de discuter. »

L’elfe responsable des négociations les observa, un peu intrigué. Ce fut seulement quand il eut entendu la réponse de Neo qu’il hocha la tête et dit : « Nous sommes d’accord pour vous escorter tous les deux jusqu’à la lisière de la forêt, mais vous devez jurer de ne plus jamais entrer dans cette forêt. Si vous osez à nouveau y mettre les pieds, nous ne montrerons aucune pitié envers vous. Soyez certains de prendre note de ce point. »

Neo n’était pas très satisfait de la conclusion à laquelle les elfes étaient arrivés, mais Aldrizzt poussa un grand soupir de soulagement. Au départ, il s’était préparé à l’idée de mourir entre les mains des elfes et n’aurait jamais cru que les elfes le laisseraient partir, encore moins qu’ils l’escorteraient.

Aldrizzt remercia d’abord les elfes d’un signe de la main avant d’ajouter anxieusement : « Merci d’offrir de nous escorter, mais il vaudrait mieux que vous envoyiez davantage d’elfes, parce que nous sommes poursuivis par plus de cinquante elfes noirs. Nous en avons bien tué quelques-uns, mais ils ne sont sans doute pas moins de cinquante. Par conséquent, si vous n’êtes pas assez nombreux, vous ne réussirez pas à effrayer mon peuple. »

L’elfe se raidit quand il entendit le rappel amical d’Aldrizzt. Toutefois, par la suite, il sembla s’en vouloir de sa réaction et acquiesça donc à nouveau d’un signe de tête.

Bien qu’il eût reçu ce genre de réponse, Aldrizzt en était tout de même très heureux. Auparavant, même s’il avait rencontré des humains, ceux-ci ne lui auraient pas offert un simple hochement de tête en réponse. À la place, ils auraient sans doute hurlé, se seraient enfuis en courant, ou l’auraient attaqué sur-le-champ. Maintenant que les elfes, qui étaient censés être ses ennemis jurés, le traitaient avec une réponse plus ou moins amicale, il en ressentait un réel sentiment d’accomplissement.

Néanmoins, Neo était extrêmement insatisfait. Durant les vingt années où j’ai été le Chevalier du Soleil, quand ai-je déjà été traité de la sorte ? Sa mine était sombre, alors qu’il ricanait : « Mon partenaire vous a gentiment avertis, et vous lui témoignez ce genre d’attitude ? Vous croyez-vous vraiment à ce point supérieurs aux autres ? »

« Neo, ne dis pas ça. » Aldrizzt interrompit rapidement son compagnon. Il continua en disant : « Après tout, les elfes ne sont pas obligés de nous escorter. »

« Bien sûr qu’ils en ont l’obligation ! Si tu rencontrais un elfe qui était pourchassé, ne lui tendrais-tu pas une main salvatrice ? Et en l’aidant, est-ce que tu agirais comme si tu étais supérieur aux autres ? »

Confronté au reproche de Neo, Aldrizzt hésita. Naturellement, il tendrait une main pour venir en aide à son prochain, et il n’agirait pas comme s’il était supérieur. Mais…

Neo rit froidement et annonça de manière extrêmement arrogante : « Nous préférons nous battre jusqu’à la mort sous le regard du Dieu de la Lumière, plutôt que d’accepter votre charité au prix de notre dignité ! »

L’elfe regarda Neo, complètement sous le choc. Pendant un instant, il ne sut pas comment réagir.

« Aldrizzt, c’est le moment de partir ! » Sans donner aux elfes le temps de réfléchir, Neo invita Aldrizzt à le suivre et se tourna réellement pour partir.

Aldrizzt sursauta, puis se dépêcha de le suivre.

Après qu’ils eurent tous les deux marché en silence sur une certaine distance, Aldrizzt nota de vagues signes que des personnes les suivaient. Inquiet, il observa les traqueurs pendant quelque temps, uniquement pour découvrir avec surprise que les traqueurs étaient en réalité…

« Les elfes nous suivent », murmura-t-il à Neo.

Neo inclina la tête en arrière et jeta un regard. Il regarda alors immédiatement vers l’avant comme si rien n’était arrivé et dit sans apprécier : « Ce sont eux qui aiment nous suivre, je ne voulais pas de leur aide. »

Aldrizzt rit presque tout haut. En même temps, il se détendit également. Si une armée complète d’elfes était aux alentours, son peuple n’oserait surement pas les attaquer. Ils étaient, après tout, à la surface. Aussi, ils se trouvaient dans la forêt où vivaient les elfes, donc les elfes noirs n’avaient pas l’avantage.

Et, agir quand ils n’avaient pas l’avantage n’était assurément pas le style des elfes noirs.

 

 

Les elfes avaient tenu leur parole, escortant les deux compagnons jusqu’à la sortie de la forêt. Le voyage était extrêmement paisible, et pas un seul elfe noir ne fut aperçu.

Alors que les deux compagnons sortaient de la forêt, la première chose qu’ils virent ne fut pas une falaise ou un désert, mais une petite ville pas très éloignée. Aldrizzt en ressentit un réel exploit. Toutes les choses sont disposées à changer, et peut-être que son extrême malchance d’avant était maintenant devenue de la chance.

Ils entendirent un bruit derrière eux et se retournèrent simultanément, seulement pour voir un elfe apparaître entre les arbres. Vu son allure, il devait probablement être l’elfe qui avait été chargé des négociations.

L’elfe les observa tous les deux et déclara sévèrement : « Nous avons honoré notre promesse, donc honorez la vôtre s’il-vous-plaît. N’entrez plus jamais dans la forêt. »

Neo émit seulement un « hmph », mais Aldrizzt hocha immédiatement la tête.

Bien que Neo n’exprimât pas son accord, la personne dont les elfes se méfiaient le plus était Aldrizzt. Par conséquent, après qu’Aldrizzt lui eût fait sa promesse, l’elfe se retourna pour partir.

« Attends ! »

L’elfe s’arrêta de marcher et se retourna vers l’humain qui lui avait crié d’attendre.

Neo sourit joyeusement en posant une série de questions : « Quel est ton nom ? Es-tu un homme ou une femme ? Un archer ou un mage ? »

Surpris, Aldrizzt observa Neo avec une expression bizarre. Il pensa, Est-ce que Neo va vraiment demander à l’elfe de joindre notre groupe ?

L’elfe fixa froidement Neo et répondit : « Je suis Evaclair. » Après cela, elle partit sans se retourner.

Quand l’elfe fut loin, Aldrizzt murmura : « Ne pouvais-tu pas voir que c’était une femme elfe ? Comment as-tu pu lui poser une question aussi impolie ? »

Plutôt que de répondre à Aldrizzt, Neo s’enquit : « Est-ce que tous les elfes présents étaient des femmes ? »

Aldrizzt fixa Neo étrangement et répondit naturellement : « Non, il y avait à peu près autant d’hommes que de femmes. »

« Je n’arrive pas du tout à les différencier… »

Aldrizzt eut soudain un mauvais pressentiment. Il demanda vivement : « Attends, tu sais que je suis un homme, n’est-ce pas ? »

« Évidemment que je le sais ! »

Aldrizzt se calma.

Neo dit fièrement : « Je m’en suis rendu compte trois jours après que nous nous soyons rencontrés. »

« … »

La Légende du Chevalier du Soleil T4C6 : Vaincs Tes Ennemis En Chemin

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 6 : Defeat Enemies Along the Way – traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]
Chapitre 6 : Vaincs Tes Ennemis En Chemin – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Après avoir lancé le sort des Ailes de Dieu sur moi, je m’obligeai à courir à toute allure pendant une demi-heure pour rejoindre le reste de l’équipe.

Je pensais qu’ils seraient plus loin, mais ils étaient en fait étonnamment proches… En y repensant, je faillis être saisi de sueurs froides. Si j’étais resté une seconde de plus à discuter avec Ecilan, ils m’auraient peut-être déjà rattrapé.

Cependant, tandis que je m’approchais d’eux, je réalisai qu’ils étaient en train de faire une pause. Le feu de camp avait l’air d’être allumé depuis un bon moment déjà.

S’ils sont parvenus à se rapprocher autant de moi, pourquoi n’ont-ils pas continué leur poursuite ?

Bien que mon cœur fût rempli de soupçons, je lançai le sort Bouclier de Lumière sur moi, puis j’essayai de rester vigilant afin d’être prêt à m’enfuir à tout instant.

Contrairement à ce à quoi je m’attendais, personne ne ressemblait aux « gracieux, magnifiques et formidables chevaliers sacrés » dont Sybil ne cessait de faire les louanges. À la place, ils étaient tous allongés sur le sol de façon désordonnée, appuyés sur des branches, dormant directement dans la poussière, ou utilisant simplement les jambes de leur compagnon comme oreiller. D’après leur posture, j’imagine que tout le monde serait capable de deviner… qu’ils sont extrêmement fatigués.

Tous les chevaliers sacrés se ressemblaient : ils étaient sales, fatigués, et dormaient comme des loirs. Je n’arrivais même pas à distinguer lequel d’entre eux était le Chevalier de Flamme !

En plus, ils n’ont même pas assigné de chevalier sacré pour monter la garde durant la nuit !

Seules Yuna et Sybil étaient encore éveillées. Elles étaient toutes les deux assises au milieu des chevaliers sacrés qui étaient étendus sur le sol comme un tas de feuilles mortes Elles paraissent un peu fatiguées, mais si on les comparait aux chevaliers à leurs côtés, elles semblaient bien plus énergiques.

Cependant, même si elles semblent énergiques, il est impossible que les chevaliers sacrés aient confié la tâche de monter la garde à deux étrangères pendant qu’eux dorment, n’est-pas ?

La scène sous mes yeux me laissait complètement sans voix. Si je n’avais pas craint pour la vie de Sybil et de Yuna, je me serais contenté de rassembler une grande quantité de l’élément de la foudre pour la faire tomber sur eux. Même « un dieu marchant parmi les vivants » serait réexpédié au paradis après une telle attaque.

Après avoir avancé de quelques pas, je fus assailli par une forte odeur de sueur. C’était terriblement malodorant et aigre, très semblable à l’odeur de la nourriture en décomposition. C’est un mystère que Sybil et Yuna puissent quand même rester assises au beau milieu de ces chevaliers puants sans tourner de l’œil.

À cet instant-là, Sybil me remarqua. Elle arborait un air perplexe et incertain, quand elle tourna la tête vers moi, ne semblant pas sûre de savoir si elle devait sonner l’alarme ou non. En dépit de sa réaction, pas une seule personne parmi les chevaliers sacrés ne se rendit compte de la situation. Qui plus est, aucun d’entre eux ne bougea d’un pouce.

Alors que je sortais du couvert des arbres, les yeux de Sybil s’agrandirent. Je lui fis rapidement signe avec ma main pour lui dire de garder le silence, et je dispersai même l’élément sacré qui camouflait mon visage. Toutefois, elle continuait de me regarder avec les sourcils froncés, comme si elle ne m’avait pas reconnu. Mais, pourquoi ? J’ai clairement déjà dispersé l’élément qui couvrait mon visage…

Soudainement, je me rappelai qu’Ecilan avait lourdement insisté pour que j’enfile un masque qui recouvrirait l’intégralité de mon visage. Ne me dîtes pas que…

Je retirai mon masque.

Les yeux de Sybil s’agrandirent de nouveau, et elle laissa échapper un soupir de soulagement. Elle tira sur la manche de Yuna qui était assise à côté d’elle, lui faisant signe de regarder dans ma direction. Yuna détourna son regard du feu. Une fois qu’elle me fit face, elle manqua de laisser échapper un cri, et porta même les mains à sa bouche pour étouffer le son.

Je ne peux pas m’empêcher de remarquer que, quand les gens me regardent, ils tournent toujours leur visage vers moi… Non, c’est faux ! Ils se servent de leurs « yeux » pour me regarder avant d’être capables de me remarquer.

Pourquoi est-ce différent de ce que je fais ? Je n’ai pas besoin de faire face à quoi que ce soit, ou même d’utiliser mes yeux, pour pouvoir voir tout ce qui m’entoure.

C’est pour cette raison qu’Ecilan a dit que j’étais aveugle… Je ne pus m’empêcher de toucher mes yeux. C’est étrange. J’arrive pourtant à « voir » les objets. C’est juste que la méthode que j’emploie est différente de celle des autres.

Elle est différente de celle des autres… Dans ce cas, qui suis-je exactement ?

J’hésitai, mais je remis quand même le masque. Dans tous les cas, je me sens soulagé quand personne ne peut voir mon visage.

« Grisia. »

Sybil courut vers moi et parla à voix basse : « Pourquoi es-tu venu ici ? »

« La vitesse à laquelle ils avancent est trop rapide. Ils m’ont presque rattrapé. Pourquoi ne les avez-vous pas retardés ? » la questionnai-je en retour au même volume.

Sybil leva les yeux au ciel et continua de parler doucement : « Tu n’as pas idée d’à quel point le Chevalier de Flamme s’est montré féroce envers nous. Quand nous parlions trop, il nous engueulait en criant qu’il allait nous abandonner, Yuna et moi, sur le bord de la route, mais nous l’avons supplié avec persistance pour qu’il ne nous laisse pas là. Même l’excuse qu’un nécromancien en avait après nos vies ne nous a été d’aucune utilité… »

« Alors, il vous a abandonnées ? »

Sybil me fixa d’un regard stupéfait après avoir entendu ce que je venais de dire. Elle répondit comme si c’était l’évidence : « Bien sûr que non. »

Je reniflai avec dédain et répliquai : « S’il avait voulu vous abandonner, il l’aurait fait depuis longtemps. Pourquoi a-t-il perdu son temps à vous engueuler ? En résumé, ses paroles sont blessantes, mais en réalité il a le cœur tendre… »

« Qu’est-ce que tu en sais ? » rétorqua Sybil, mécontente. « Il aurait vraiment pu nous abandonner ! Tu n’as pas vu comment il était, quand il nous criait dessus. Il s’est montré vraiment méchant ! Il va sans dire que le Chevalier de Flamme est le plus féroce des Douze Chevaliers Sacrés. »

« Je… »

Je voulais dire que je le savais, bien sûr, mais je m’arrêtai brusquement de parler. Peut-être que je n’en suis pas si sûr ? D’abord, je ne connais pas le Chevalier de Flamme, donc c’était impossible que je sache s’il allait les abandonner ou non. Après tout, au début, il n’avait pas l’intention de les amener avec lui, n’est-ce-pas ?

« Alors, tu as finalement mordu à l’hameçon ? »

Je fus pris de cours. Au moment où j’entendis ces mots, la terre autour de moi explosa, et une personne surgit du sol. La quantité de l’élément du feu et de l’élément sacré de cette personne était bien plus grande que celle de tous les chevaliers sacrés réunis devant moi. Je n’arrive pas à croire que je ne l’ai pas remarqué… La réserve d’élément sacré chez Ecilan est anormalement élevée ; j’aurais dû me douter que Blaze, qui est également l’un des Douze Chevaliers Sacrés, posséderait une quantité phénoménale de l’élément sacré contrairement à un chevalier sacré ordinaire !

Et, alors, je me rendis compte de quelque chose d’autre. Dans la pile de chevaliers éparpillés sur le sol… il n’y a que sept personnes !

Le Chevalier de Flamme leva son épée géante et la porta à mon cou, pourtant je l’ignorai complètement pour confronter Sybil et Yuna. Essayant de toutes mes forces d’empêcher ma voix de trembler, je prétendis être calme et leur demandai : « Pourquoi m’avez-vous piégé ? »

Elles me fixèrent du regard et se mirent à bégayer tellement qu’elles ne parvinrent pas à former ne serait-ce qu’une demi-phrase cohérente.

Il était impossible qu’elles n’eussent pas remarqué l’absence du Chevalier de Flamme dans la pile de chevaliers par terre… Et, pourtant, elles n’avaient pas pris la peine de me mettre en garde ! Elles avaient même joué le jeu avec lui !

Tout à coup, le Chevalier de Flamme éclata de rire et déclara : « Excellent, excellent ! C’est la première fois que quelqu’un ose complètement m’ignorer ! Pour exprimer mon respect envers toi, je m’assurerai que ton voyage en enfer soit sans douleur. »

En entendant cela, je reportai mon attention sur le Chevalier de Flamme et lui répondis avec indifférence : « Fais comme il te plaira, à condition que cela ne te dérange pas que les sept chevaliers sacrés par terre m’accompagnent dans la mort. »

Le Chevalier de Flamme fut frappé de stupeur en entendant mes paroles. Puis, il s’empressa de hurler en réponse : « Que veux-tu dire ? »

« Même s’ils prétendent être endormis, la fatigue qu’ils ressentent est réelle. » Je ris froidement et poursuivis : « Ils sont si épuisés qu’ils n’ont eu conscience de ma présence qu’une fois emprisonnés par mes chaînes des ténèbres, après que j’aie eu positionné des os sous terre pour leur percer le cœur ! »

Le Chevalier de Flamme se retourna vivement pour vérifier. Chacun de ses chevaliers sacrés était en train de se débattre, et pourtant ils semblaient incapables de bouger ou de se lever.

Néanmoins, pas même une once d’inquiétude transparut dans son expression. À la place, avec le visage teinté de rage, il rugit en s’adressant à ses propres chevaliers : « Dépêchez-vous de vous libérer de ces choses ! Qu’est-ce que vous attendez ? Vraiment, vous faire prendre en otage… n’avez-vous donc pas honte ?! »

Un des chevaliers cria en retour : « N-nous avons essayé, mais nous n’arrivons pas à nous libérer, Capitaine ! »

En entendant cette réponse, le Chevalier de Flamme resta sans voix. À cet instant-là, je m’enquis lentement : « Alors, Chikus. Que dirais-tu de me laisser partir maintenant ? »

Il tourna immédiatement la tête pour me faire face, m’interrogeant avec incrédulité : « Comment m’as-tu appelé ? »

« Chaînes des Ténèbres ! »

Je rugis ces mots. Des chaînes noires densément compactées émergèrent rapidement autour du Chevalier de Flamme. Elles se rétrécirent vite, formant le second cocon humain après celui que j’avais confectionné pour Ecilan.

Cependant, le Chevalier de Flamme garda son calme et sa contenance, comme s’il n’était pas prisonnier d’un cocon géant fait de chaînes. Il se contenta de renifler avec dédain et de me railler : « Utiliser la magie des ténèbres pour affronter l’un des Douze Chevaliers Sacrés ? Tu pourrais aussi bien te servir d’une torche pour essayer de faire évaporer l’eau d’une rivière ! »

« Décharge Électrique ! » criai-je, comme j’exécutais l’unique magie de la foudre que la licorne m’avait appris. L’éclair suivit les chaînes des ténèbres et encercla le Chevalier de Flamme.

« … Ahhhh ! »

Un puissant et mortel courant électrique parcourut les chaînes, mais le Chevalier de Flamme poussa seulement un grognement étouffé avant d’émettre ensuite de la lumière sacrée dans une tentative pour faire fondre l’élément des ténèbres dont étaient faites chaînes. Toutefois, alors qu’il essayait de les faire fondre, je le ligotai rapidement avec de nouvelles chaînes et le récompensai gracieusement d’une nouvelle décharge électrique… Après quelques tentatives, il ouvrit la bouche pour parler. J’éprouvai alors l’envie d’approuver la phrase « un dieu marchant parmi les vivants » pour le décrire. Cet homme ressemblait à tout sauf  à un être humain ordinaire.

D’un ton empli de doutes, il me questionna : « Pour posséder un élément des ténèbres aussi puissant… Mais, qui es-tu donc ? »

Je ne pus m’empêcher de me sentir affecté par sa question. Je suis celui qui, plus que quiconque, veut connaître la réponse à cette question !

Toutefois, je cachai mon anxiété et demandai en retour : « Ecilan a dit que je suis le Chevalier du Soleil. Qu’en penses-tu ? »

Le Chevalier de Flamme provoqua une violente explosion de lumière sacrée. D’un seul coup, l’élément des ténèbres que j’avais rassemblé fut complètement dispersé. Par chance, les chaînes qui entouraient les autres chevaliers ne furent pas touchées. J’avais toujours des otages sous la main pour le menacer.

« Pfff ! » Il répondit d’un ton glacial : « As-tu l’intention de continuer à raconter des mensonges pour distraire mon attention ? Tu essayes de me duper, hein ? »

Ayant dit ce qu’il voulait, il se précipita brusquement vers moi. Je le fixai avec un regard vide, pendant un instant, avant d’être capable de réagir. Lorsque je me servis des otages pour le menacer, il interrompit son élan, mais il était déjà à moins d’un mètre de moi.

Surpris, je m’exclamai précipitamment : « Attends une seconde, et ne sois pas aussi brusque ! Ne me dis pas que tu ne te préoccupes pas des chevaliers sacrés… »

« Si tu en as les tripes, alors vas-y, tue-les ! »

Tout en rugissant ces mots, il tendit sa main, m’agrippant puissamment par le col, et attira mon visage à moins de dix centimètres du sien. Il ajouta férocement : « Je ne sais pas comment tu as réussi à soumettre Ice, mais il a dû tomber dans un piège sournois ! Si tu penses que je vais combattre honorablement comme le fait Ice, que je vais te donner l’opportunité d’utiliser tes coups bas, tu te trompes complètement ! Tant que je peux te tabasser jusqu’à te réduire en bouillie, merde, je me fous du reste ! Tu es un tel obstacle ! »

Un obstacle ? Je restai perplexe un instant avant de répliquer : « Oh, c’est vrai. N’es-tu pas à la recherche du Chevalier du Soleil ? Mais, tu vois, Ecilan a vraiment dit que c’était moi… »

« La ferme ! » Le Chevalier de Flammes eût l’air d’utiliser toute la puissance de ses cordes vocales pour rugir : « C’est impossible que tu sois Sun ! C’est définitivement impossible ! »

Définitivement impossible ? Je vois, c’est donc ainsi… Je demandai avec une voix dénuée d’émotion : « Ok, donc si c’est définitivement impossible que je sois le Chevalier du Soleil, dans ce cas ça veut dire qu’Ecilan me ment ? »

Le Chevalier de Flamme hurla avec rage : « Tu n’es pas autorisé à bafouer le nom de Sun plus longtemps ! Sun n’est absolument pas un tas de merde comme toi ! Jamais de sa vie il ne blesserait un autre chevalier sacré ! Jamais ! »

Après s’être époumoné, il leva sa longue épée géante et l’abattit sur moi. Une chaîne des ténèbres s’enroula immédiatement autour de sa main, l’empêchant d’achever son geste. Mais, avec juste une illumination de lumière sacrée, la chaîne se dissipa à nouveau. Même ainsi, ce court délai me laissa suffisamment de temps pour m’échapper de son emprise.

Je reculai de plusieurs pas, encore et encore, avant de m’exclamer : « Prison d’Os ! »

Telle une vision d’horreur, des os blancs surgirent du sol, s’accumulant couche par couche pour former des murs blancs faits d’ossements. Cependant, le Chevalier de Flamme n’eut même pas l’air d’y prêter la moindre attention. D’un geste de son épée, les os furent coupés aussi facilement que du papier.

Prison d’Os ! Je renforçai immédiatement les murs d’os avec de nouvelles couches.

« Ne bouge pas ! N’approche pas ! » l’avertis-je d’une voix menaçante. « À moins que tu ne veuilles voir tes chevaliers sacrés mourir sous tes yeux ! »

Je resserrai les chaînes autour des sept chevaliers sacrés, mais ils ne laissèrent échapper qu’un unique cri avant de ne plus émettre le moindre son. Toutefois, un seul cri fut suffisant. Comme je m’y attendais, le Chevalier de Flamme arrêta ses tentatives pour m’attaquer. Son expression laissait suggérer qu’il était sur le point d’exploser, mais il ne continua pas son assaut.

Même si ce chevalier n’arrête pas de me mettre au défi de les tuer, il n’y a vraiment que sa langue qui soit aiguisée, car il a le cœur tendre. Après avoir entendu le gémissement de ses chevaliers sacrés… Non ! Ce n’était même pas un gémissement. C’était juste un cri étouffé, mais ça a été suffisant pour l’arrêter. À présent, il n’ose plus lever la main sur moi.

Puisque je ne suis pas le Chevalier du Soleil, si je blesse les chevaliers sacrés, et même si je tue le Chevalier de Flamme, c’est sans importance, n’est-ce pas ?

Me sentant d’humeur insolente, j’ordonnai au Chevalier des Flammes : « Toi, poignarde-toi avec ton épée ! »

Quand le Chevalier de Flamme m’entendit, ses yeux devinrent si grands qu’on aurait dit qu’ils allaient se fendre en deux.

Yuna poussa un cri perçant : « Grisia, ne fais pas ça ! Ils veulent juste récupérer le Chevalier de Glace ! »

« Alors, tu crois vraiment ce qu’il dit ? » Je lui répondis avec cynisme et ridicule. Au même instant, afin de ne prendre aucun risque, je fabriquai plusieurs épées en os et les suspendis toutes au-dessus des chevaliers sacrés.

« Arrête ! »

Le Chevalier de Flamme leva son Épée Divine de Flamme une nouvelle fois, mais son geste et son cri disparurent simultanément tous les deux lorsque je posai une épée d’os au-dessus de la gorge d’un des chevaliers sacrés.

Bien qu’il baissât sa lame, sa voix tremblait de rage, lorsqu’il grogna : « Personne n’a le droit de poser une lame sur la gorge de mon vice-capitaine ! »

Je m’en doutais, j’ai choisi la bonne personne ! J’affichai un sourire suffisant. Depuis le début, ce chevalier sacré était celui chargé de répondre aux questions du Chevalier de Flamme. Je pouvais sentir qu’il était un peu différent du reste des chevaliers sacrés.

« Grisia, calme-toi ! » Yuna arborait un air si anxieux qu’elle semblait être au bord des larmes. Elle sanglota : « Laisse-les partir ! Le Chevalier de Flamme est l’un des Douze Chevaliers Sacrés ! Ils ne mentent jamais, et il veut vraiment juste sauver le Chevalier de Glace… »

La voix de Yuna disparut brusquement.

Aïe !

Soudain, je ressentis une violente douleur dans mon dos. Ce ne fut qu’à cet instant-là que je remarquai qu’une flèche était plantée dans mon corps ; Sybil se tenait non loin de là, son arc levé…

Le Chevalier des Flammes saisit cette opportunité pour m’attaquer. Je parvins de justesse à reculer d’un pas, mais sa gigantesque épée trancha tout de même mon épaule gauche jusqu’à ma poitrine, créant une large plaie béante.

Cela se termina avec un coup à l’estomac ; le Chevalier de Flamme me fit tomber à terre d’un coup de pied. Mon corps était étalé sur le sol, tandis que le Chevalier de Flamme pressait son genou contre mon abdomen pour me restreindre. Puis, il appuya de nouveau son Épée Divine de Flamme contre mon cou.

Mais, ce n’est absolument pas nécessaire. Si je le pouvais, je lui confirmerais que la douleur est tellement forte que je suis incapable de me lever. Rassembler l’élément des ténèbres est encore plus impossible. Hélas, j’ai si mal que je ne peux même pas ouvrir la bouche pour lui garantir tout ça.

« Grisia ! »

Sybil et Yuna accoururent. Même si Sybil était celle qui m’avait tiré dessus avec son arc un instant auparavant, elle était à présent anxieusement en train de négocier avec le Chevalier de Flamme : « Chevalier de Flamme ! Vous nous aviez promis que vous ne le tueriez pas ! »

« C’est pour ça qu’il est toujours en vie. » Il ne se retourna même pas vers elles, lorsqu’il leur répondit.

Je ris avec amertume. Et, dire que je pensais que c’était parce que j’avais reculé d’un pas que j’étais toujours en vie… Mais, apparemment non ? C’est uniquement parce que le Chevalier de Flamme se sentait d’humeur à faire preuve d’un peu de compassion ?

« Mais, mais… » Sybil bégaya avec anxiété, incapable de formuler ne serait-ce qu’une demi-phrase. Tout ce qu’elle parvint à faire fut de se tourner vers moi pour me dire : « Je suis désolée Grisia. Ne bouge pas imprudemment. Le Chevalier de Flamme ne te blessera pas. »

Oh ? À moins de me tuer, je ne crois pas qu’il puisse me blesser davantage.

Le Chevalier de Flamme s’exclama : « Il est temps pour moi de voir à quoi tu ressembles, ordure », tout en approchant sa main pour saisir mon masque.   

À ce stade, je perdis soudainement toute envie de me débattre. Je ferais aussi bien de le laisser voir mon visage. Peut-être même que je pourrais enfin savoir si je suis vraiment le Chevalier du Soleil ou non. Quel que soit le résultat, même si je ne suis pas le Chevalier du Soleil, ou même si mon visage finit sur les affiches des criminels recherchés à cause de cela, plus rien n’a d’importance.

Dis-le-moi ! Est-ce que je suis le Chevalier du Soleil, ou est-ce que je ne le suis pas ? Est-ce qu’Ecilan m’a vraiment menti ? Les yeux du Chevalier de Flamme s’agrandirent, et il poussa un cri d’exclamation.

« Tu… »

« Tu » ?

Est-ce que c’est : « “Tu” es vraiment le Chevalier du Soleil ? »

Ou est-ce : « En fin de compte, tu n’es qu’un misérable nécromancien recherché ? »

Qu’est-ce qui vient après le mot « “Tu” » ?

Je l’ignorais ; le Chevalier de Flamme était depuis longtemps hors de mon champ de vision. Je couvris mes deux yeux de mes mains, même si ce geste ne m’empêchait pas de voir…

Je criai : « Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu enlevé pile à ce moment ? »

« Scarlet ! »

Je me redressai et me tournai pour faire face à la petite fille, pendant que je criais son nom. Par la suite, je crachai une mare de sang. Ma conscience commença subitement à s’estomper. Tandis qu’un voile de ténèbres m’enveloppait, j’entendis la voix douce d’une petite fille. Elle contenait une pointe de compassion et une pointe de pitié…

« Parce qu’ils essayent de te tromper, Grisia. Ils te mentent. »

Oh ? Donc, en plus d’Ecilan qui me ment, il y a aussi Sybil, Yuna, et même le Chevalier de Flamme ?

Dans ce cas, cela ne veut-il pas simplement dire que tout le monde me ment ?

La Légende du Chevalier du Soleil T4C5 : Abats Divers Obstacles Durant Ton Voyage

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : 我 (Yu Wo)


Chapter 5: Overcome Various Obstacles of the Journey – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Chapitre 5 : Abats Divers Obstacles Durant Ton Voyage – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Après plusieurs jours de fuite, tout le monde était plutôt satisfait de vivre la vie de fugitifs. Même Ecilan, l’otage dont nous nous étions emparés, profitait d’une vie de plaisirs… Comment devrais-je expliquer cela ?

La toute première nuit, il jura au nom du Dieu de la Lumière qu’il ne tenterait pas de s’échapper ou de nous blesser. Il voulait que je disperse les Chaînes des Ténèbres qui entouraient son torse pour qu’il puisse… cuisiner pour nous tous !

On ne pouvait vraiment pas juger un livre à sa couverture. Même s’il était l’un des exaltés Douze Chevaliers Sacrés, ses compétences culinaires étaient même supérieures à celles de Yuna et Sybil combinées ! Une fois que nous eûmes mangé le repas qu’il nous avait préparés, le matin suivant, plus personne ne voulut manger les plats cuisinés par Yuna ou Sybil, même pas elles-mêmes.

J’ai une monture que je peux chevaucher et quelqu’un sur qui tester ma nécromancie. Même quand je suis las de tout cela, des repas délicieux m’attendent. Que pourrait-il y avoir de plus confortable au monde ?

« Est-ce que tu peux éviter de jouer avec des os tout en utilisant la lumière sacrée ? »

Ce n’était pas la première fois que Yuna protestait en disant : « C’est une violation du bon sens. Tu n’arrêtes pas de briser les principes fondamentaux de l’opposition polaire et de l’impossibilité de coexistence de l’élément sacré et l’élément des ténèbres. Tu enfreints complètement les règles. »

Je répliquai : « Tu veux dire que quand nos poursuivants nous rattraperons, je n’ai pas le droit d’utiliser la nécromancie pour les ralentir, pendant que j’emploie la lumière sacrée pour soigner Igor et les autres ? »

Après avoir entendu mon argument, les visages de tous les membres de l’équipe dont la profession requérait de se battre changèrent grandement. Ils s’empressèrent de réfuter les mots de Yuna, puis ils essayèrent de m’apaiser.

Pfff, je vais le dire à nouveau ! J’ai une monture que je peux chevaucher et quelqu’un sur qui tester ma nécromancie. Même quand je suis las de tout cela, des repas délicieux m’attendent et, même quand on me gronde parce que j’ai enfreint des règles, plein de personnes vont prendre mon parti et réprimander l’accusateur pour moi, puis ils vont même me consoler… Même si j’étais le Chevalier du Soleil, ma vie ne pourrait probablement pas être plus confortable que celle-ci !

Malheureusement, nos jours de plaisirs prirent fin après trois courtes journées.

Je bénissais souvent Woodrow avec le sort des Ailes de Dieu pour qu’il puisse partir en éclaireur. Aujourd’hui, quand il revint à notre campement et reprit sa forme humaine, il déclara solennellement : « Le Chevalier de Flamme nous a rattrapé. Je les ai vus, lui et ses chevaliers sacrés, quand j’étais sur la montagne. Ils sont une dizaine et à moins d’une journée de nous à pied. »

« Est-ce qu’ils ont des prêtres parmi eux ? » Je l’interrogeai pour avoir plus de détails.

Woodrow secoua la tête et répondit : « Non. »

« Pourquoi n’ont-ils amené aucun guérisseur ? » demandai-je, confus. « Ceux-ci ne pourraient-ils pas les aider en lançant le sort des Ailes de Dieu ? Il leur aurait été très utile pour hâter leur voyage, ne croyez-vous pas ? »

À ce moment-là, Ecilan expliqua froidement : « Un seul guérisseur n’est pas capable de lancer le sort des Ailes de Dieu sur dix personnes pendant une longue durée. Il faudrait qu’ils en amènent au moins deux avec eux, et il faudrait qu’ils aient un niveau avancé, voire supérieur. Même d’un tel niveau, ils seraient un fardeau. Ils ont une très mauvaise endurance, donc ils ne peuvent pas poursuivre leur périple sans s’arrêter, contrairement aux chevaliers sacrés. »

Je pressentis tout à coup que l’estimation de Woodrow pourrait s’avérer être fausse. Avec empressement, je demandai : « Combien de temps leur faudra-t-il pour nous rattraper ? »

« On parle du Chevalier de Flamme et de son peloton. » Étonnamment, Ecilan me répondit. « S’il a dit que ça leur prendrait un jour, dans ce cas il leur faudra cinq heures tout au plus. »

Les yeux de tous les membres du groupe s’agrandirent de surprise à ses mots.

Iacchi s’exclama : « Si vite ? Ce sont des chevaliers sacrés ou des voleurs !? »

« Pourquoi es-tu si franc ? »

Quelque chose d’autre me rendait plus soupçonneux. Même si Ecilan était un otage, il n’avait ni crié ni tenté de s’enfuir. Il avait même cuisiné pour nous, et à présent il allait jusqu’à révéler des informations sur ses alliés à ses kidnappeurs. Où diable peut-on trouver un otage aussi coopératif ? Il ferait aussi bien de rejoindre notre équipe !

« Parce qu’il n’y a aucune chance que vous puissiez vous échapper. La fois où je vous ai dit que Blaze était dans les alentours, savez-vous où il se trouvait ? » Il s’arrêta un instant avant de lentement donner la réponse : « À la Cité de l’Orée de la Forêt. »

Une fois qu’il nous eut révélé cela, tout le monde resta stupéfait. J’étais le seul qui s’enquit avec confusion : « Et donc quelle différence cela fait-il s’il se trouvait à la Cité de l’Orée de la Forêt ? »

Woodrow prit une profonde inspiration et m’apprit : « La Cité de l’Orée de la Forêt se situe à la frontière du Royaume du Son Oublié, mais c’est à une lointaine distance du Royaume de Kissinger. Pour une personne ordinaire, faire le trajet prendrait six… Non ! Il leur faudrait traverser des forêts, et ils risqueraient également de tomber sur des bandits et des bêtes sauvages. J’ai bien peur qu’une estimation correcte serait de dix jours. »

Je m’exclamai : « Pourtant, il ne leur a fallu que trois jours ? Ont-ils continué à voyager sans jamais s’arrêter pour se reposer ? Comment peut-on encore les considérer comme des humains ordinaires ? »

« Aucun d’entre nous n’est ordinaire. »

Ecilan prit soudainement la parole. Il se tourna vers moi et décréta nonchalamment : « Aucun de nous n’a jamais été normal. »

Je restai stupéfait pendant un moment. Je tournai la tête pour questionner tout le monde : « Croyez-vous ce qu’affirme Ecilan ? D’après lui, le Chevalier de Flamme nous rattrapera dans moins de cinq heures, et nous ne pourrons pas lui échapper. »

Immédiatement, Yuna répondit sévèrement : « Bien sûr. C’est un des croyants du Dieu de la Lumière, et c’est même l’un des Douze Chevaliers Sacrés qui sont à la tête de l’Église du Dieu de la Lumière. Tout le monde sait qu’ils ne mentent jamais ! »

« Il n’a nul besoin de nous mentir. Ce n’est pas comme si nous pouvions nous échapper de toute façon. »

Après que Woodrow eût lui-même affirmé cela, j’acceptai enfin ces faits. Même si j’avais perdu la mémoire, je ne croyais toujours pas qu’il existait en ce monde des personnes qui ne mentaient jamais.

« Puisque nous ne pouvons pas nous enfuir, alors nous ne pouvons que prendre l’initiative et passer à l’offensive », dis-je sereinement. « Répliquons en les attaquant à la place. »

« Tu veux affronter le Chevalier de Flamme ? » s’étonna immédiatement Igor d’une voix forte. « Serais-tu devenu fou ?! »

Les autres furent plus lents à exprimer leur surprise. Ce ne fut qu’après que le cri d’Igor les eût tirés de leur stupeur que leurs visages affichèrent une expression pleine de terreur.

J’expliquai soigneusement au groupe : « Ils ne sont que dix. Nous sommes six, et nous avons même un otage. Tant qu’on préparera des pièges, nos chances de l’emporter restent élevées… »

« Nos chances de l’emporter restent élevées ? Que dix ? » Les yeux d’Iachi s’agrandirent encore plus, tandis qu’il répliquait : « Est-ce que tu comprends seulement quel genre de personnes sont les Douze Chevaliers Sacrés ? Le Dieu de la Lumière possède Douze Chevaliers Sacrés, le Dieu de la Guerre a son Fils du Dieu de la Guerre, et la Cathédrale du Dieu de l’Ombre est représentée par l’Aigle Silencieux. Ce sont tous des personnages de légendes, et pourtant ils existent. Comparé au Dieu de la Lumière ou au Dieu de la Guerre ou que sais-je, c’est beaucoup plus facile de croire en l’existence de ces personnes… Ce sont presque des dieux vivants marchant parmi nous ! »

À ce stade, tout le monde me regardait, et ils hochaient même la tête un par un pour exprimer leur accord avec les propos d’Iacchi.

Ils sont puissants à ce point ? J’analysai de nouveau la situation, puis j’utilisai ma main pour tapoter la tête d’Ecilan. Je demandai : « Vous voulez dire que ce chevalier est un dieu vivant marchant parmi les simples mortels ? »

« … »

« Grisia, de bien des façons, toi non plus tu n’es pas un humain ordinaire ! » murmura Woodrow.

Yuna secoua la tête et soupira : « Le fait que l’élément des ténèbres et l’élément sacré coexistent en toi fait de toi une personne anormale. En plus, tu peux utiliser à la fois la magie sacrée et la nécromancie… mon dieu ! Je n’ai vraiment pas la moindre idée de qui tu peux bien être. »

Je penchai ma tête sur le côté pour réfléchir avant de dire : « Auparavant, tu as mentionné le fait que mes compagnons étaient un chevalier sacré et un elfe noir. Je me demande si c’est lié ? Peut-être qu’ils n’étaient pas mes compagnons, mais plutôt mes maîtres ? »

Quand tout le monde entendit cela, ils affichèrent subitement une expression de compréhension.

Alors que je voulais poursuivre et parler de Scarlet à tout le monde, Ecilan prit tout à coup la parole : « Si vous ne vous dépêchez pas de mettre en place vos pièges, j’ai bien peur que vous n’y arriviez pas à temps. Les pièges doivent être absolument parfaits, autrement ils ne pourront pas fonctionner sur le Chevalier de Flamme et son peloton. »

Écoutez-moi celui-là ! Mais, que lui prend-il ? Je me demande vraiment s’il n’éprouverait secrètement pas une rancœur contre le Chevalier de Flamme ! Attendez, les flammes et… la glace ? Peut-être que leur relation est vraiment mauvaise, comme dans le dicton. Maintenant que j’y pense, peut-être qu’Ecilan veut que quelqu’un fasse le sale travail à sa place1 ?

« Je ne le tuerai pas, mais ce n’est pas un problème si tu veux que je t’aide à lui causer quelques problèmes ! »

Après avoir compris la situation, je lui tapotai la tête et annonçai avec amabilité : « N’en dis pas plus. Tu as été si coopératif, en allant jusqu’à cuisiner pour nous, et même maintenant tu nous donnes autant d’informations. Te rendre un petit service va de soi. »

En entendant ceci, Ecilan me lança un regard vide.

Je m’en doutais, Il est probablement gêné que j’aie deviné ses pensées ?

« Très bien, venez-ici et écoutez mes instructions pour mettre en place les pièges… »

Iacchi protesta immédiatement : « Hé, tu sais vraiment comment poser des pièges ? Tu ne serais pas en train de voler le travail des voleurs ? »

« Il m’a déjà supplanté, alors pourquoi devrait-il se retenir pour toi ? » rétorqua froidement Yuna.

« Dieu soit loué, je ne suis pas menacé », se réjouit Igor. « Non seulement Grisia ne sait pas manier l’épée, mais en plus il n’arrive même pas à en tenir une correctement. »

Je roulai des yeux et rétorquai : « Je suis un guérisseur… et pour le peu qu’on en sait, je suis aussi un nécromancien. Ce n’est pas comme si ma profession requérait que j’utilise une épée ! »

Après que j’eus dit cela, je découvris qu’Ecilan me fixait avec de grands yeux.

Je baissai la tête pour lui grommeler avec mauvaise humeur : « Qu’est-ce que tu regardes ! Je ne suis pas un chevalier comme toi, donc ce ne devrait pas être si étrange que je ne sache pas manier l’épée ! »

Ecilan cessa de me fixer après avoir entendu ma réponse, mais son expression resta un peu étrange…

Taré va !

Je me cachai au sommet d’une petite colline avec la licorne à mes côtés. Ecilan était toujours sur le dos de la licorne. La seule différence était que, pendant la journée, il était simplement emballé, puis « placé » sur son dos, mais à présent il y était complètement ligoté.

De cette façon, même si le Chevalier de Flamme parvenait à tous nous soumettre, la licorne pourrait toujours s’enfuir avec lui. Je pense que le Chevalier de Flamme ne nous tuera pas avant d’avoir trouvé Ecilan, donc cette action était notre dernier recours, une garantie que, même si notre opération échouait et que tout le monde se faisait capturer, nous pourrions toujours avoir la vie sauve.

Par la suite, je laissai le paysage dans ma tête devenir encore plus grand, s’étendre de plus en plus tel un éventail… De cette manière, je découvris bientôt le Chevalier de Flamme.

L’élément du feu et la lumière sacrée du Chevalier de Flamme étaient si abondants que c’en était effrayant. Il aurait été difficile de le manquer. Toutefois, je découvris également que les estimations de Woodrow étaient fausses. Le nombre de nos adversaires ne s’élevait pas à dix personnes. Il n’y en avait que huit.

« Grisia, Grisia ! »

« Quoi ? » Mon attention était toujours focalisée sur le Chevalier de Flamme, donc je répondis à Ecilan sans vraiment l’écouter, mais soudain ma curiosité s’éveilla : « Oh, au fait, quel est le nom du Chevalier de Flamme ? »

Ecilan se tut pendant un instant avant de me réprimander à voix basse : « As-tu vraiment oublié ? Le nom de Blaze est Chikus, et son nom complet est Chikus Blaze, alors que ton nom complet est Grisia Sun ! »

Stupéfait, je détournai immédiatement mon attention du Chevalier de Flamme pour regarder Ecilan. Je lui demandai, confus : « Quelles absurdités me racontes-tu là ? Que veux-tu dire par là ? »

Ecilan employa un ton furieux que je ne l’avais encore jamais entendu utiliser pour rugir : « Grisia Sun ! Tu es le Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière. Tu es le chef des Douze Chevaliers Sacrés ! »

Je suis le Chevalier du Soleil ? Je suis le chef des Douze Chevaliers Sacrés ?

Je me tus pendant un long moment avant de sourire et de secouer la tête. « J’ai failli me faire avoir. Tu dois avoir inventé ces inepties pour m’empêcher de blesser ton compagnon, Blaze ! »

« Je ne t’ai pas menti ! »

Ecilan s’empressa d’ajouter : « Depuis le jour où tu as disparu, Judgment a envoyé huit groupes de personnes à ta recherche. Earth et Stone se sont rendus au Royaume de l’Orchidée Lunaire, tandis que Blaze et moi sommes venus à Kissinger. Les autres te cherchent partout à l’intérieur du royaume. »

« C’est absurde ! » protestai-je.

Mais, Ecilan refusa d’abandonner et continua d’affirmer : « Sun, tu dois me croire. Dépêche-toi de retourner au Temple Sacré. Judgment est furieux. Il a dit que si tu ne rentrais pas sain et sauf, il allait te tuer, et que si tu revenais avec des blessures, il allait te faire regretter de ne pas être mort. »

Je laissai échapper : « Dans ce cas, je crois qu’il vaudrait mieux que je ne rentre pas… » Après avoir dit cela, mon cœur se remplit de perplexité. Qui est Judgment ?

« Lesus du Jugement, c’est le nom complet du Capitaine-Chevalier du Jugement. » Dans la voix d’Ecilan semblait poindre une pointe de sympathie comme il disait : « Crois-moi, Sun, tu ne veux pas mettre Judgment en colère. C’est la seule personne qui te fasse peur. »

Pourquoi devrais-je avoir peur de lui ? Je reniflai froidement et répliquai : « Ton mensonge possède une faille très évidente ! »

« Une faille ? »

« Exactement. » Je souris en lui rappelant : « Peut-être l’as-tu oublié, mais Igor a justement dit tout à l’heure… que je ne peux même pas tenir une épée correctement ! Alors, comment pourrais-je possiblement être un chevalier ? Ton mensonge est trop évident ! »

« … »

Comme je m’y attendais, Ecilan resta sans voix. Je m’esclaffai avec dérision, puis je remarquai immédiatement que le Chevalier de Flamme et compagnie avaient presque atteint l’endroit où le premier piège avait été installé. Voyant cela, je m’empressai de donner des instructions à mes coéquipiers impliqués dans le premier piège.

Ecilan ajouta brusquement : « Ne blesse pas Blaze, ou sinon tu le regretteras toute ta vie. »

« Je ne vais pas le tuer. Je n’ai aucune intention de devenir un fugitif recherché par l’Église. »

Je donnai mes instructions tout en lui répondant. Après cela, il n’ajouta plus rien.

Que la série de pièges commence !

Étape numéro un : le piège des jolies filles.

Sybil et Yuna devaient s’allonger sur le bord de la route. D’après elles, des chevaliers sacrés n’abandonneraient jamais des femmes évanouies au bord de la route, donc le Chevalier de Flamme devrait les emmener avec lui. Cela donnerait aux deux filles la chance d’infiltrer leurs troupes !

« Ce piège fonctionnerait peut-être sur d’autres personnes. »

Ecilan prit soudain la parole : « Mais, Blaze a toujours été inattentif, et il va sans dire que, parmi les Douze Chevaliers Sacrés, le Chevalier de Flamme est le moins courtois. Il ne sait même pas comment et ne ressent pas le besoin de montrer de l’empathie envers les femmes. »

« … Pourquoi n’as-tu pas mentionné cela plus tôt ? » m’énervai-je avec un peu de ressentiment.

« Je n’ai aucune obligation à vous aider », répondit sobrement Ecilan.

Oh ! Je ne peux vraiment pas réfuter cette déclaration, puisqu’il est un otage et pas un camarade.

« Mais, tu ne pourrais pas coopérer encore une fois ? »

I-il vient de détourner sa tête, comme s’il ne voulait pas me prêter la moindre attention ! Quel genre d’attitude est-ce donc ? C’est lui l’otage, ou bien est-ce moi ?

Au loin, le Chevalier de Flamme ignora réellement Sybil et Yuna et les dépassa pour poursuivre sa route. Je pouvais même « voir » l’expression embarrassée sur le visage de Yuna et Sybil. Lorsqu’elles avaient entendu le plan pour la première fois, et que leur rôle serait d’infiltrer les rangs des chevaliers sacrés, elles avaient été si ravies…

Qui aurait cru que notre première étape serait un échec ? Je m’exclamai avec haine : « Quel genre de Chevalier de Flamme est-il ? C’est juste une ordure sans cœur ! »

Dès que j’eus proféré ces paroles, Ecilan s’écria avec sévérité : « Il n’est pas sans cœur ! Au contraire, il en a trop, Sun ! Quand tu as disparu, Blaze s’est désespérément précipité à ta recherche. L’étendue des recherches qu’il a menées était la plus vaste de nous tous. Pour couvrir un secteur de cette amplitude, lui et son peloton ont dû pousser leurs corps jusqu’à leurs limites. Il se montre impitoyable envers elles pour ton bien ! Ce n’est pas grave si tu oublies tout ! Mais, tu n’as pas le droit d’oublier que Blaze sera toujours la personne qui te soutiendra le plus. »

Après avoir entendu le ton agité d’Ecilan, je n’eus pas d’autres choix que de réfléchir à ses paroles. Je gardai le silence pendant un moment avant de lâcher : « Si je suis le Chevalier du Soleil, alors que je ne sais pas manier l’épée, que ma tête ne pense qu’à l’argent et aux belles femmes, et qu’en plus je pratique la nécromancie… Oh Mon Dieu de la Lumière ! Quel genre de Chevalier du Soleil farfelu suis-je donc ? »

Pour faire simple, je suis quelqu’un qui est l’exact opposé du « Chevalier du Soleil » dont Sybil ne cessait de me rabâcher les oreilles.

Ecilan resta silencieux un instant avant d’expliquer calmement : « Nous ne correspondons pas parfaitement aux modèles créés par l’imagination des gens du peuple, mais nous faisons de notre mieux pour ne pas les décevoir. » Il s’interrompit avant d’ajouter : « Si tu n’avais pas utilisé la nécromancie devant ces aventuriers, détruisant ainsi l’image du Chevalier du Soleil, je t’aurais dit que tu étais le Chevalier du Soleil dès l’instant où j’avais été en mesure de parler. »

Je vois. Ce n’est pas étonnant qu’il semblait souvent être sur le point de dire quelque chose, mais se ravisait l’instant d’après.

« Ecilan. »

Je l’appelai. Il se contenta de m’observer en silence. En m’excusant sincèrement, je lui expliquai : « Je ne me souviens vraiment pas de toi et du Chevalier de Flamme, donc que tu me dises la vérité ou que tu me racontes des mensonges est sans importance. Mes compagnons actuels sont Woodrow et les autres. C’est pourquoi je veux uniquement faire de mon mieux pour ne pas les décevoir. Toutefois, je te fais la promesse que, à moins que cela ne devienne une nécessité absolue, je ne blesserai aucun des chevaliers sacrés.

En entendant ceci, Ecilan répondit seulement avec un « oh », puis l’instant suivant il se rappela quelque chose. Il ajouta : « Sun, ne fais pas confiance à cette étrange fille. Elle est suspecte. »

« Tu as vu Scarlet ? »

Je souris faiblement et admis : « Pour une personne amnésique, tout le monde est suspect. »

Ecilan répliqua franchement : « Dans ce cas, ne fais confiance à personne, qu’il s’agisse de Scarlet, Woodrow ou même de moi et Blaze. »

Surpris, j’acquiesçai d’un signe de tête. « Très bien. »

Je redirigeai mon attention sur l’horizon et lançai un éclair dans cette direction. Cependant, ma cible n’était pas le Chevalier de Flamme et son peloton, mais plutôt Yuna et Sybil… Je pouvais presque entendre leurs cris rien qu’en voyant leurs bouches grandes ouvertes.

« Si deux dames sont attaquées, et que leurs vies sont en danger, pourra-t-il toujours les ignorer et les abandonner ? »

Je souris faiblement et ajoutai : « S’il poursuit sa route, dans ce cas je serai prêt à reconsidérer l’idée de savoir si cinq mille ducats d’or valent le coup d’affronter ce genre de… personne. »

Après une brève pause, je me retins d’employer les mots « sans cœur ». Même si je ne croyais pas complètement les paroles d’Ecilan, de même que celles de Scarlet, il y avait toujours cinquante pourcent de chance qu’il eût dit la vérité, donc je ne voulais pas insulter le Chevalier de Flamme.

Je ne pouvais croire Ecilan et Scarlet qu’à moitié. Quant à Woodrow et aux autres… Pour parler franchement, ils ne représentaient aucun danger pour moi, donc je n’avais pas besoin de m’inquiéter.

Pourtant, justement pour cette raison, ils étaient actuellement les personnes en qui j’avais le plus confiance.

Après cette attaque électrique, les chevaliers sacrés s’arrêtèrent enfin. Plein d’hésitation, ils se retournèrent pour jeter un coup d’œil aux jeunes femmes, avant de glisser simultanément leur regard vers leur commandant, le Chevalier de Flamme.

Le Chevalier de Flamme hésita, mais retourna quand même les sauver. Il lança un sort de soin sur les deux filles, leur posa quelques questions basiques, puis fouilla la zone sans rien trouver d’anormal. Deux chevaliers sacrés, l’un d’entre eux étant le Chevalier de Flamme en personne, portèrent Yuna et Sybil sur leur dos, puis reprirent leur chemin sans perdre plus de temps.

Venait ensuite ma prochaine tâche. Je grimpai sur la licorne, emportant avec moi Ecilan, et exécutai mon rôle principal : mener le Chevalier de Flamme par le bout du nez à travers toute la zone, afin que Woodrow et les autres obtinrent davantage de temps pour terminer les préparations.

Au début, je pensais que ce serait un travail très facile qui ne serait pas différent de la fois où j’avais dû m’enfuir. N’étais-je pas à cheval lors de ces deux occasions ?

Je l’étais !

Mais, cette fois-ci, je dus poursuivre ma fuite sans prendre de répit. Dès que mes pieds touchaient terre et que je laissais mon popotin se reposer, je ne pouvais prendre que deux bouchées de mes rations de survie avant de devoir remonter à cheval, comme si j’avais le feu aux fesses. Je devais continuer de chevaucher jour et nuit.

C’est comme si ces chevaliers sacrés n’avaient pas besoin de se reposer ! Ils restent sur mes talons et continuent de me poursuivre !

Une fois que j’eus atteint la route, ils firent apparaître des chevaux de je ne sais où, me forçant à ramener la licorne dans la forêt. Nous rebondissions de haut en bas sur le chemin cahoteux, aussi je fus obligé d’invoquer un sort de soin sur mon derrière, autrement, si j’avais continué à chevaucher de cette façon, mes fesses se seraient fendues en deux.

Lorsque j’entrai dans la forêt, ils descendirent de leurs montures et continuèrent de me traquer à pied.

Même si la licorne se déplaçait avec aise dans la forêt, à l’inverse d’un cheval ordinaire qui n’aurait même pas pu y pénétrer, elle transportait deux personnes ainsi que beaucoup de bagages sur son dos. Non seulement elle portait tout ce poids supplémentaire, mais en plus elle essayait de ne pas trop nous secouer. Aussi, n’était-t-elle pas beaucoup plus rapide que les chevaliers sacrés qui étaient à pied.

Ecilan annonça avec indifférence : « Nous sommes à la frontière entre le Royaume du Son Oublié et le Royaume de l’Orchidée Lunaire. L’Église du Dieu de la Lumière a encore beaucoup d’influence dans cet endroit. Donc, pour l’un des Douze Chevaliers Sacrés, qu’il s’agisse d’obtenir des informations ou de réquisitionner quelques chevaux des fermiers locaux, les deux peuvent facilement être accomplis. »

Mince ! Je n’avais pas pensé à cela. Au début, quand nous étions encore assez loin d’eux, nous aurions dû nous enfuir immédiatement au lieu de perdre du temps à nous inquiéter de savoir s’ils allaient ou non nous rattraper. Nous nous sommes mêmes sciemment arrêtés pour les attendre.

Cependant, ne les ai-je pas forcés à amener Yuna et Sybil avec eux ? Se pourrait-il qu’elles n’aient pas été capables de les ralentir… Ou bien est-ce que leur vitesse actuelle est le résultat obtenu lorsqu’ils sont ralentis ?

Quoi qu’il advienne, si les choses continuent ainsi, je me ferai éventuellement attrapé. S’ils me rattrapent avant que je n’atteigne ma destination, dans ce cas les choses vont mal tourner… Si cela se produit, alors je vais devoir prendre l’initiative et attaquer !

« Pfff ! Chikus Blaze est l’un des dieux qui vivent sur terre parmi nous ? »

Je reniflai froidement et ajoutai : « Je vais venir à ta rencontre pour le constater par moi-même. Je refuse de croire que tu sois réellement si divin ! »

Bien que je ne susse pas si la force d’un Chevalier Sacré durant la journée différait grandement de pendant la nuit, leur dieu était appelé « Dieu de la Lumière ». Donc, je pensais que ce serait mieux de ne pas les attaquer tant que le soleil brillerait dans le ciel. De plus, la nuit avait toujours été le meilleur moment pour se faufiler discrètement, et elle me procurerait un avantage indéniable, car il me serait plus facile de rassembler l’élément des ténèbres.

Je venais de me lancer dans une longue explication, mais, pour faire simple, je prévoyais d’effectuer un raid nocturne. Mon but était de blesser au moins quelques personnes afin de ralentir leur vitesse effarante de voyage.

D’après la théorie d’Iacchi, quand on faisait une mauvaise action, on se devait de porter quelque chose sur notre visage pour le masquer.

Ce fut pourquoi je pris le petit couteau d’Iacchi et que je l’aplatis pour en faire un masque en fer dont la forme était complètement tordue. Je passai une corde à travers et l’attachai à mon visage. Puis, j’enfilai la robe de prêtre de Yuna et la recouvris de l’élément des ténèbres. Pour finir, sur le bord de la route, je ramassai une branche vraiment déformée pour l’utiliser comme d’un bâton magique.

La dernière touche fut de couvrir mon visage d’une chape de l’élément des ténèbres. C’est un grand succès !

Une fois que je me fus occupé de tout, j’étais sûr à quatre-vingt pourcents que mon déguisement était parfaitement réussi, et je me tournai vers Ecilan pour confirmer : « Est-ce que je ressemble à un nécromancien ? »

« Non. »

Ecilan secoua la tête et m’expliqua : « Les nécromanciens ne portent pas de vêtements blancs. En plus, Blaze te reconnaîtra juste en voyant la couleur de tes cheveux et le bas de ton visage. »

Je restai stupéfait pendant un moment, puis je le questionnai : « Que veux-tu dire ? J’ai déjà enveloppé mon visage avec l’élément des ténèbres2, alors comment pourrait-il encore voir le bas de mon visage ? Et, qu’est-ce que ce “blanc”  dont tu parles au juste ? »

« … » Cette fois, ce fut au tour d’Ecilan de rester bouche-bée. Après un instant, il retrouva enfin la parole : « Ainsi, c’est de ça dont Leaf parlait en affirmant que tu étais devenu aveugle. C’est donc vrai ? »

« Leaf ? Je suis aveugle ? » Perdu, j’ajoutai : « J’arrive à te voir. »

« Vraiment ? » La voix d’Ecilan semblait contenir une grande colère, lorsqu’il cria d’une voix grave : « Dans ce cas, dis-moi, de quelle couleur sont mes cheveux ? »

« Quelle couleur ? » J’étais complètement perplexe. Pourquoi est-il autant en colère ? Incapable de trouver une réponse, je l’interrogeai de nouveau : « Qu’est-ce qu’une couleur ? »

Ecilan se tut. En fin de compte, il soupira : « Oublie ce que j’ai dit. Contente-toi de changer ton masque pour qu’il cache complètement ton visage, puis couvre tes cheveux et ta robe avec un élément des ténèbres suffisamment épais pour qu’il soit visible à l’œil nu. »

« Suffisamment épais pour être vu ? » Même une minuscule quantité d’élément peut être vue, non ?

« Rends-le simplement vraiment épais ! »

Ecilan semblait être très insistant sur ce point. Il n’arrêtait pas de répéter que, si je ne le faisais pas, alors je serais définitivement reconnu. Il ne souhaitait pas que Blaze découvrît que j’étais celui qui l’attaquait. Cela attristerait Blaze et bla, bla, bla.

Afin de ne pas être reconnu… ou peut-être simplement pour faire en sorte qu’Ecilan se tût, je n’eus pas d’autres choix que d’aplatir un autre couteau et de transformer mon masque pour qu’il cache l’intégralité de mon visage. Ensuite, je recouvris mes cheveux d’une couche très dense de l’élément des ténèbres. S’il arrivait tout de même à me reconnaître de cette façon, alors je, je… déciderais de ne plus jamais écouter les conseils d’Ecilan.

Cette fois, Ecilan fut enfin satisfait de mes efforts, et il cessa de m’enquiquiner. Cela me soulagea grandement. Chaque fois qu’il n’y avait personne dans les parages, ce chevalier se transformait en véritable pie, devenant complètement différent de l’image froide et impitoyable qu’il avait adoptée devant les autres. Il est si bruyant qu’il serait capable de réveiller les morts !

Une fois que j’eus terminé mes préparatifs, je tapotai l’encolure de la licorne et ordonnai à l’animal : « Licorne, attends ici avec lui et couvre moi. Ne t’enfuie pas. Si tu oses le faire, prends garde à toi ! »

La licorne acquiesça et lécha ma main. Puisqu’elle devrait m’aider plus tard, je décidai de la laisser faire pour cette fois.

J’essuyai nonchalamment la bave de la licorne sur son encolure, puis lançai immédiatement mon raid nocturne.

Dieu de la Lumière ! Vous feriez mieux de me protéger et de faire en sorte que mon attaque soit couronnée de succès… Ah, même si celui qui est attaqué est précisément Vôtre Chevalier Sacré, il vaudrait mieux ne pas Vous montrer partial !

Notes de bas de page

1« … peut-être qu’Ecilan veut que quelqu’un fasse le sal travail à sa place…  » : Une traduction littérale du texte chinois donnerait : « Tuer avec un couteau emprunté. » L’idée est que tu empruntes la main d’un tiers pour effectuer une mauvaise action.

2« …J’ai déjà enveloppé mon visage avec l’élément des ténèbres… » : Dans le texte original en chinois, Grisia dit qu’il a déjà enveloppé son visage avec l’élément sacré, mais l’équipe anglaise, de même que la nôtre, pense qu’il s’agit d’une erreur et qu’il faut écrire « élément des ténèbres » à la place.

La Légende du Chevalier du Soleil T4C4 : Recrute de Puissants Assistants

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 4: Recruit Powerful Assistants – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 4 : Recrute de Puissants Assistants – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Précédemment, lorsque la licorne et le Chevalier de Glace avaient lancé leur sort au même moment, j’avais eu le léger sentiment que… je serais capable de lancer ces sorts moi aussi. Qu’il s’agît de « Mur de Glace » ou de « Foudre », j’étais persuadé que j’avais la capacité de les lancer tous les deux. Si c’était réellement le cas, alors je devais saisir l’opportunité, pendant que le Chevalier de Glace avançait encore au ralenti. Je m’empressai donc de rassembler les éléments et de les jeter sur lui avant qu’il n’eût le temps de réagir !

Je franchis la petite porte d’un bond et criai aux trois personnes en face de moi : « Ne passez pas par cette route et ne me suivez pas ! »

En entendant cela, ils s’arrêtèrent tous les trois en plein élan et tournèrent la tête pour me regarder.

Je ne laissai pas la licorne s’arrêter, me contentant de rugir en passant à côté d’eux : « Vite, courez ! »

« Tu ne t’es même pas arrêté ! » protesta bruyamment Sybil. « Et dire que, pendant un instant, je me suis sentie touchée, lorsque je t’ai entendu dire que tu voulais partir seul de ton côté ! »

Je tournai la tête et grondai : « Si je m’arrête, je ferais tout aussi bien de courir droit en prison ! Idem, si vous ne vous mettez pas tous à courir maintenant, vous feriez aussi bien de marcher directement jusqu’aux geôles ! »

Une fois la discussion terminée, ils se séparèrent immédiatement et s’enfuirent dans des directions différentes.

À la minute où les trois se séparèrent, le Chevalier de Glace apparut derrière moi. Il n’y avait pas la moindre égratignure sur son corps, et pas même le moindre grain de poussière sur ses vêtements. Cependant, ce n’était pas particulièrement surprenant, puisque je ne l’avais pas pris pour cible ; à la place, j’avais visé les chevaliers sacrés qui avaient formé une barrière protectrice les transformant en un mur de métal dans son dos… Comme ils se tenaient là sans bouger, ils faisaient une cible facile, comme n’importe quel mur.

Le Chevalier de Glace ralentit à peine un instant, puis il ignora mes trois compagnons et se mit à ma poursuite.

En constatant que j’étais poursuivi, je talonnai ma monture : « Licorne, cours ! Galope aussi vite que tu le peux ! »

La licorne hennit bruyamment, paressant très excitée. Elle courut plus vite et encore plus vite, à un point tel que je pouvais à peine garder les yeux ouverts. Toutefois, cela n’avait aucune importance ; je pouvais tout aussi bien les fermer. Après tout, je n’avais toujours pas découvert s’il y avait la moindre différence entre ouvrir les yeux et les fermer.

Plutôt que d’être gêné par la vitesse affolante de la licorne, je me sentis soulagé, parce qu’une personne à pied ne pourrait jamais rivaliser avec un cheval… À moins que de nombreuses stalagmites ne cessassent d’apparaître devant ledit cheval.

Un pic de glace surgit soudainement du sol. Cependant, les réflexes de la licorne n’étaient pas à prendre à la légère. Elle fit un détour forcé de deux mètres autour du pilier de glace et l’esquiva. Pourtant, à peine quelques foulées après, une autre stalagmite jaillit devant nous. La licorne refusa encore de s’arrêter et l’évita une fois de plus en la contournant.

On aurait dit que la licorne était prête à affronter le Chevalier de Glace. Ses compétences d’évasion étaient en effet excellentes. Nous aurions presque pu parvenir à nous échapper… si je n’étais pas tombé de son dos.

« Stupide cheval ! » rugis-je tout en jetant un sort sacré sur mon pauvre arrière train qui avait presque été fendu en deux. « Tu as cru que j’étais collé à ton dos, dis-moi ? »

La licorne se figea sur place. Elle se retourna et me regarda avec une expression timide, mais n’ayant pas l’air de vouloir s’approcher pour autant. En fait, elle m’observa du regard un moment, puis se tourna pour regarder le Chevalier de Glace, comme si elle était très embêtée et voulait changer de cavalier… Imbécile de cheval !

Je venais tout juste de finir de soigner mon dos et étais sur le point de me relever pour frapper le cheval, quand une ombre s’abattit sur moi. Je penchai la tête et aperçus le visage aux muscles figés du Chevalier de Glace au-dessus de moi. Il arracha le masque sur mon visage.

C’est la fin !

Je blêmis, mais je découvris que l’expression du Chevalier de Glace avait également changé… Oh ? Alors, ses muscles faciaux ne sont pas complètement morts ?

C’était la première expression qui apparaissait sur le visage du Chevalier de Glace. Il me fixa avec un regard de pure stupéfaction… Une opportunité !

À l’attaque ! Peu importe quel sort je suis capable d’utiliser, je dois me dépêcher de le lancer !

« Comment se fait-il que tu sois ici, S… » Le Chevalier de Glace sembla hésiter, lorsqu’il me parla, mais, au milieu de sa phrase, il se tut subitement et me contempla avec des yeux agrandis de stupéfaction.

Avec une inspiration soudaine, je tendis mes deux mains vers lui et rugis : « Chaînes des Ténèbres, scellez mon ennemi ! »

Une grande quantité de l’élément des ténèbres sortit de mes mains, et des chaînes noires jaillirent brusquement du sol en se tortillant. Ces chaînes étaient composées de couches fortement concentrées de l’élément des ténèbres empilées les unes sur les autres.

En examinant les chaînes, je me demandai si le Chevalier de Glace en avait déjà vu auparavant, car son visage affichait une expression confuse.

C’est sans importance. Si on devait décrire ses réflexes, le seul qualificatif correct serait « lents », alors c’est le moment parfait pour le subjuguer !

D’innombrables chaînes s’enroulèrent autour du Chevalier de Glace de la tête aux pieds, se resserrant fermement autour de son corps et même de sa bouche. Je ne souhaitais pas qu’il fût en mesure de crier pour attirer l’attention des autres chevaliers à notre poursuite.

Après cela, il réagit enfin. Avec son bâtonnet divin, il s’empressa de briser les Chaînes des Ténèbres.

Tu crois vraiment que ce sera si facile ? Je lui adressai un rire froid et appelai : « Licorne, maintenant… Si tu oses me désobéir et ne pas l’attaquer, je vais aussi t’attacher ! »

La licorne se précipita aussitôt en avant, l’unique corne sur sa tête brillant avec bien plus de lumière sacrée qu’auparavant, et elle fonça tout droit sur le Chevalier de Glace. Cependant, cette attaque empêcha seulement le Chevalier de Glace de briser les chaînes. Il n’avait pas l’air d’avoir reçu la moindre blessure.

« Stupide cheval ! » rugis-je. « Tu ne vois pas que tout son corps est rempli de “lumière” ? Et pourtant tu veux utiliser l’élément sacré pour l’attaquer… Essaierais-tu de l’aider à soulager une démangeaison ? Sers-toi d’autres éléments pour l’attaquer ! »

La licorne hennit vers le ciel qui fut tout à coup recouvert par de nombreux nuages d’orage craquelés d’éclairs. Lorsque la foudre se mit à frapper en succession, le Chevalier de Glace n’eut plus le temps de briser les chaînes. Il s’empressa de rassembler l’élément de glace encore et encore pour former un mur de glace au-dessus de sa tête afin de bloquer les innombrables attaques foudroyantes qui le visaient.

Je dispersai le mur de glace qu’il venait de former et, comme il fut incapable de réagir instantanément, il se retrouva foudroyé par l’un des éclairs.

Un coup, deux coups… Le Chevalier de Glace ne tomba pas et ne perdit pas connaissance non plus. Il se contenta de me faire face, semblant me fixer du regard, sans pour autant abandonner ses tentatives pour solidifier l’élément de glace.

Cependant, sa capacité à le rassembler ne pouvait même pas être comparée à ma vitesse de dispersion. Incapable de former un mur de glace, il n’eut finalement pas d’autre choix que de s’appuyer sur la chose qui entourait son corps… Cette chose appelée… « Aura de Combat ! » me rappelai-je enfin.

La licorne continua de faire tomber la foudre, puis, quand la foudre s’arrêta enfin, elle m’observa.

« Tu ne peux plus continuer ? » Je levai les yeux vers le ciel et ajoutai avec mauvaise humeur : « Tu ne sers vraiment à rien ! Vaux-tu réellement 5000 ducats d’or ? »

Après avoir dit cela, je tournai la tête pour faire face au Chevalier de Glace. Le ciel était rempli d’encore plus de l’élément de la foudre, et celui-ci était encore plus puissant qu’avant. Néanmoins, cet élément de la foudre n’avait pas été invoqué par la licorne. C’était moi qui l’avais rassemblé.

Il ne reste plus assez de temps. Les chevaliers sacrés à l’arrière vont nous rattraper d’un instant à l’autre. Je dois le vaincre le plus rapidement possible !

La foudre s’abattit.

Le Chevalier de Glace leva la tête et contempla le ciel, et, pour une certaine raison, il dispersa l’aura de combat qui l’entourait… La foudre le frappa de plein fouet. Il ne tint debout que l’espace d’une seconde avant de simplement s’effondrer sur le sol.

Je fis un bond en arrière, sous le choc. Par chance, son cœur battait toujours. Il avait simplement dû perdre connaissance quand la foudre l’avait zappé.

Je m’approchai, ramassant d’abord l’immense sucette glacée divine, avant de donner un léger coup de pied à son propriétaire. En voyant qu’il ne réagissait pas, j’essuyai la sueur froide de mon visage.

J’avais craint que, même en joignant mes forces avec la licorne, nous ne pûmes pas vaincre le Chevalier de Glace. Par chance, nous y étions parvenus.

Par contre, je ne pouvais pas baisser ma garde. Je l’enveloppai de nombreuses Chaînes des Ténèbres. Ce ne fut que lorsqu’il ressembla à un énorme cocon noir que je m’arrêtai, satisfait de ma création.

Une fois que je me fus arrêté, j’entendis de lourds bruits de pas. Je me hâtai de chercher mon masque et de le remettre. À cet instant-là, les chevaliers qui se précipitaient vers nous ne se trouvaient qu’à une centaine de mètres de distance.

Je ricanai, plaçant lentement la pointe du bâtonnet de glace contre le cou de son propriétaire, même si dans un premier temps j’éprouvai quelques difficultés à trouver où il était situé… J’avais vraiment enroulé trop de chaînes autour de lui.

Je criai aux chevaliers sacrés : « Si vous n’accordez aucune importance à sa vie, alors approchez ! »

En voyant cela, tous les chevaliers sacrés s’arrêtèrent net. Leurs yeux s’agrandirent jusqu’à devenir aussi grands que ceux des chevaux.

Ce qui comptait vraiment, cependant, c’était qu’aucun d’entre eux n’osa bouger, exactement comme je l’avais prévu.

« Si vous osez vous lancer à notre poursuite, je ne pourrai pas garantir la vie du Chevalier de Glace ! »

Après avoir lancé ces menaces, je traînai le cocon géant jusqu’à la licorne et, sous les yeux de l’assistance, je menai calmement le cocon et ma monture loin de cet endroit.

 

 

Quand j’arrivai au point de rencontre que nous avions désigné avec à la fois le cocon et la licorne, les mâchoires de tous les membres du groupe tombèrent jusqu’à leur poitrine.

« Tu… Tu sais vraiment utiliser la magie ? » Iacchi fut le premier à déglutir et à me poser cette question avec un certain effroi.

Yuna ajouta avec un cri perçant : « C’est impossible ! Comment un guérisseur du Dieu de la Lumière sait-il lancer des sorts appartenant à une magie qui requiert l’utilisation de l’élément des ténèbres ? »

Comment voulez-vous que je le sache ? Même si vous me posez la question, je ne peux pas vous répondre ! Tout ce qui compte est que je sache comment l’utiliser.

« Grisia ! Qu’as-tu fait ? » Woodrow était réellement le chef du groupe. Il fut la première personne à aller au cœur du problème.

« Pourquoi cries-tu ainsi ? » La situation avait vraiment un peu dévié de mes prédictions, aussi je ne pouvais pas me permettre de perdre mon calme. Je pris un ton posé et répondis : « N’ai-je pas fait sortir la licorne de la ville pour que nous puissions la revendre plus tard et nous partager l’argent ? »

« Dans ce cas, qu’est-ce que c’est que ça ? » Woodrow pointa le cocon gisant par terre et s’écria : « Faire sortir la licorne en douce et la revendre c’est une chose, mais kidnapper le Chevalier de Glace en est une autre ! »

« Mon dieu ! Nous nous sommes fait un ennemi de l’Église du Dieu de la Lumière dans son ensemble… » murmura Yuna de son côté.

« Relâche-le immédiatement ! » rugit Woodrow.

« Le relâcher ? » Je rétorquai : « Si nous le laissons partir maintenant, que ferons-nous quand il se lancera à nos trousses avec les autres chevaliers à ses côtés ? Tant qu’il est entre nos mains, les chevaliers sacrés qui sont sur nos talons n’oseront pas nous approcher et nous trancher en morceaux ! »

Ayant entendu ma réponse, Woodrow tressaillit. Sa bouche s’ouvrit, comme s’il voulait toujours continuer à protester, mais, au final, il la referma et n’ajouta rien de plus.

Devant leur réaction, je les réconfortai : « Ne paniquez pas, dès que nous atteindrons un endroit où les chevaliers sacrés ne pourront pas nous suivre, nous pourrons le relâcher immédiatement et emmener la licorne là où nous le voudrons. Rien n’arrivera à aucun d’entre nous. »

Avec mes paroles, les expressions de tout le monde s’allégèrent. Cependant, Woodrow sembla lutter contre lui-même pendant un moment avant de marmonner : « Je suis vraiment désolé. Une fois que nous aurons partagé l’argent, il se peut que nos chemins se séparent. »

Mon cœur manqua un battement. Je regardai les autres. Même si leurs visages affichaient des expressions gênées, aucun d’entre eux ne prit la parole… J’abandonnai mon sourire et répliquai avec indifférence : « Ce n’est pas un problème. Tant que j’obtiens ma part de l’argent, cela ne me dérange pas. »

« Évidemment. » Woodrow hocha la tête dans un geste de confirmation.

J’acquiesçai également et proposai à tout le monde : « Pourquoi ne ferions-nous pas une pause ? Nous pourrons toujours continuer à discuter de notre destination demain matin. »

« D’accord. » Woodrow hocha de nouveau la tête et ajouta : « Dans ce cas, répartissons les tours de garde pour la nuit. »

« Ce n’est pas la peine, laissez-moi jouer le rôle de la sentinelle pour toute la nuit ! » Je souris et dis : « Après tout, comme vous le savez, j’ai déjà dormi pendant dix jours ! Si vous voulez me faire dormir maintenant, ce sera peut-être encore plus difficile que de kidnapper le Chevalier de Glace ! »

Tout le monde rit. Woodrow répondit poliment : « Merci de prendre cette peine, nous allons donc laisser cette tâche entre tes mains. »

Je le saluai d’un signe de tête.

 

 

« Ainsi, j’ai été abandonné… » J’employai un rocher comme oreiller et levai les yeux vers le ciel. La licorne dormait à ma gauche, tandis que le cocon géant était profondément endormi à ma droite. Tous les autres étaient également plongés dans un profond sommeil non loin de là. Leurs respirations étaient lentes et égales.

Bien qu’ils aient prévu de m’abandonner, ils ne se méfient toujours pas de moi.

 

Je me levai lentement et me dirigeai vers les autres qui dormaient. Ces gens sont vraiment naïfs ! Si je peux forcer le Chevalier de Glace à se soumettre, n’ai-je pas la capacité d’en faire autant avec eux ?

Pour commencer, un seul fugitif attire moins l’attention qu’un groupe entier. Ensuite, de cette façon, la récompense que j’obtiendrais ne serait pas de 1000 ducats d’or, mais plutôt de 25000 !

Je m’approchai de Sybil, me penchai lentement au-dessus d’elle et… la bordai doucement dans le manteau qu’elle utilisait comme couverture.

Vraiment ! C’est une adulte, mais elle repousse encore ses couvertures en dormant !

Je secouai la tête, frustré, et décidai de retourner à ma place pour me rallonger. Cependant, quand je me retournai, je découvris avec stupéfaction qu’une personne se tenait non loin de là.

C’est…

« Scarlet ? » m’exclamai-je, surpris.

Mais, la licorne dort toujours au même endroit que tout à l’heure ! Et, pourtant, Scarlet est apparue. N’était-elle pas une image invoquée par la licorne ? Ou bien est-ce que Scarlet n’apparaît que quand la licorne est endormie ? Ou peut-être qu’il n’y a aucune connexion entre elles…

Alors que j’étais toujours en pleine réflexion, Scarlet avait déjà sautillé jusqu’à moi, puis, tenant quelque chose dans ses deux mains comme s’il s’agissait d’un trésor  inestimable, elle déclara : « Grand Frère a fait tomber ça. »

C’était un livre.

« J’ai fait tomber ça ? » J’ouvris le livre et baissai la tête par réflexe pour lire à l’intérieur des pages… Il s’agissait encore d’une action que je ne pouvais pas comprendre. Mes yeux n’étaient d’aucune utilité pour « voir » quoi que ce soit sur le livre.

Je pouvais sentir les éléments ; le livre était fait de l’élément du bois et, par-dessus, il y avait une fine couche de l’élément de la pierre. Cet élément dessinait des « mots », mais j’éprouvais quelques difficultés à différencier du bois cette quantité si faible de l’élément de la pierre. Malgré tout, je parvins à déchiffrer les mots.

Sur la couverture du livre était écrit « Un Guide Complet des Sortilèges ».

« Il y a autre chose ! » Scarlet laissa échapper un léger rire qui tintait comme des clochettes, et ajouta innocemment : « Cependant, ce n’est pas ici. Dirige-toi vers le nord-est, et tu le trouveras là-bas. »

« De quoi s’agit-il ? »

Scarlet pencha la tête sur le côté et me dit : « Touche ta poitrine pour voir. »

En entendant cela, je tapotai ma poitrine. Instantanément, un sentiment de malaise m’enveloppa… N’y avait-il rien ici à l’origine ?

L’esprit empli de doutes, je relevai la tête et la questionnai : « Scarlet, tu as mon livre, et tu sais aussi où se trouvent mes affaires. Ça veut dire que tu sais qui je suis, n’est-ce pas… Scarlet ? »

Je m’arrêtai, surpris. Je ne ressentais plus la présence de Scarlet. Elle a encore disparu ? Que diable se passe-t-il ?

J’ouvris soudainement la bouche et demandai : « Tu es réveillé ? »

Cela n’avait rien à voir avec Scarlet. À la place, le Chevalier de Glace, qui était allongé à côté de moi, avait ouvert les yeux et me fixait du regard.

J’étais certain que si sa bouche n’avait pas été bâillonnée par les Chaînes des Ténèbres, il se serait certainement mis à hurler de rage. Je n’avais pas besoin de mes souvenirs pour le savoir ; très peu de personnes dans le monde aimeraient être ligotées comme un cocon.

Je retournai à ma place d’origine et m’y assis. Avec espièglerie, je tapotai sa tête et lui dis : « Ne panique pas. Quand nous aurons atteint un endroit suffisamment éloigné où tes chevaliers sacrés ne pourront plus nous rattraper, nous te laisserons partir. Alors, ne gaspille pas tes forces à lutter. »

Après une pause, je changeai de ton et déclarai froidement : « De cette façon, je n’aurai pas besoin de perdre mon énergie à te tabasser. »

Le Chevalier de Glace se contenta de cligner des yeux pour toute réponse. Après cela, il cessa réellement de remuer le moindre muscle et continua simplement à me fixer du regard.

Je passai toute la nuit à feuilleter les pages du « Guide Complet des Sortilèges ». Puis, j’employai le cobaye idéalement placé à portée de main à côté de moi, le Chevalier de Glace, pour expérimenter mes sorts.

« … »

L’élément de glace qui entourait le Chevalier de Glace avait tendance à automatiquement se rassembler autour de lui. Par chance, la vitesse à laquelle l’élément se rassemblait n’était toujours pas aussi rapide que ma capacité à le disperser.

 

 

Plus tard, nous reprîmes notre route afin d’échapper à nos poursuivants. Nous rencontrâmes assez vite notre premier problème : comment étions-nous censés transporter un cocon aussi grand qu’un humain ?

Sybil fut la première à lancer une suggestion. « Yuna peut lancer un sort d’augmentation de la force sur moi. Je le porterai sur mon dos ! »

Je suppose que l’apparence du Chevalier de Glace ne devait pas être laide. Même Sybil bavait devant lui.

« Pendant combien de temps comptes-tu le porter sur ton dos ? » lui demandai-je avec mauvaise humeur. « Un jour, trois jours, ou cinq jours ? Ou bien as-tu l’intention de compter la durée en semaines ? »

« C’est… » Sybil répondit avec hésitation : « Trois… Non ! Cinq jours ! »

Hmpf ! On dirait que le physique du Chevalier de Glace est à un niveau où « les gens sont prêts à le porter pendant cinq jours d’affilé ».

Subitement, je fus assailli par la curiosité et lui demandai : « Sybil, si tu devais me porter, pendant combien de jours accepterais-tu de le faire ? »

Sybil contempla mon visage solennellement et répondit : « En me basant uniquement sur ton apparence, je serais prête à te porter pendant une semaine, mais, après en être venue à connaître ta personnalité… »

« Ne me dis pas que c’est tombé à un jour ? » lui demandai-je avec un peu d’inquiétude.

« Non. » Sybil haussa ses épaules et ajouta : « Je veux seulement m’éloigner de toi autant que possible. »

« … »

Au moins mon apparence est suffisamment belle pour que « les gens soient prêts à me porter pendant sept jours d’affilé ». Après m’être auto-réconforté, je jetai un regard à la licorne, puis au Chevalier de Glace, avant de demander à ce dernier : « Hé ! Est-ce que tu es puceau ? »

Les mâchoires de tout le monde s’effondrèrent de nouveau jusqu’à leurs épaules.

Le Chevalier de Glace me lança simplement un regard noir, ne daignant même pas me retourner un seul mot en réponse. Comment ose-t-il me dévisager avec autant de dédain… Ah ! Sa bouche est toujours couverte par les Chaînes des Ténèbres !

Je m’empressai de les défaire et demandai à nouveau : « Tu peux parler maintenant. Alors, dépêche-toi et dis-moi, est-ce que tu es toujours puceau ? »

Il continua à me fixer de son regard noir sans prononcer le moindre mot.

« Même s’il l’était, il ne l’admettrait jamais, non ? Quelque chose d’aussi embarrassant… Euh ! Grisia, je ne dis pas que le fait que tu sois puceau est très embarrassant ! » s’empressa d’expliquer Igor.

Je toisai froidement Igor avant de sortir le bâtonnet glacé qui était pendu à ma taille. Le pressant contre le cou du Chevalier de Glace, je rugis : « Tu l’es, oui ou non ? Réponds-moi ! »

Malgré le fait qu’il fût menacé d’une mort imminente, le Chevalier de Glace maintint son silence de glace. Cela ne va pas. Ce n’est pas comme si je peux vraiment le tuer !

Peut-être que je devrais le torturer et le forcer à cracher le morceau ? Je m’interrogeai pendant un moment, en plein désarroi. Après un instant, au contraire, je me mis à sourire.

Je replaçai le bâton à ma taille, soulevai le Chevalier de Glace et le jetai vers la licorne… La licorne ne montra aucune intention d’esquiver l’énorme cocon.

« … Merde alors ! »

Tout le monde prit une profonde inspiration. Iacchi laissa échapper un juron. Finalement, Igor marmonna : « Depuis quand ce monde compte-t-il autant de vieux puceaux qui ont passé la vingtaine ? »

« Je ne suis pas puceau ! » niai-je vigoureusement.

Iacchi haussa les épaules, et Igor sourit de manière apaisante en affirmant : « Oui, oui ! Si tu dis que tu n’en es pas un, alors tu n’en es pas un. »

Après avoir résolu notre problème de transport, nous n’avions plus de temps à perdre. Nous entamâmes immédiatement notre voyage en tant que fugitifs. Pour moi, cela s’avérait également une chevauchée très ennuyeuse.

Comme je devais avancer à la même vitesse de marche que les autres, la licorne était obligée de trotter très lentement. Je m’ennuyais immensément et me mis à entretenir une conversation à sens unique avec le cocon. « J’ai remarqué que tout le monde t’appelaient le Chevalier de Glace. J’imagine que ce n’est pas ton vrai nom ? »

Le Chevalier de Glace secoua la tête.

Face à cela, ma curiosité grimpa en flèche, et je le questionnai : « Dans ce cas, quel est ton nom ? »

Il me fixa du regard pendant un certain temps avant de répondre lentement : « Ecilan de la Glace. »

« C’est si difficile à prononcer. » Je fronçai les sourcils. Ecilan ? Qui donnerait ce genre de nom à quelqu’un ?

« Je n’ai jamais espéré que tu prononces mon nom correctement », rétorqua-t-il platement.

J’étais surpris. « Qu’as-tu dit ? »

Il garda le silence pendant un moment et, si je ne me trompais pas, on aurait dit qu’il avait jeté un regard vers les autres du coin des yeux avant de rediriger son attention vers moi et de secouer la tête en disant : « Rien du tout. »

« Très bien, dans ce cas, Ecilan, est-ce qu’il y a d’autres membres des Douze Chevaliers Sacrés dans le coin ? »

Même si je lui avais posé cette question, je ne pensais pas vraiment qu’il me répondrait la vérité. Toutefois, même s’il me mentait, ce ne serait pas problématique. Je serais bien sûr capable de déterminer s’il ment ou pas, et à partir de là j’obtiendrais la réponse que je désirais !

« Oui, il y en a un. Le Capitaine-Chevalier de Flamme est proche. » Il hocha la tête.

Je restai stupéfait pendant un instant. Les battements de cœur d’Ecilan n’avaient pas du tout accélérés… Il n’a pas menti ! Il m’a vraiment révélé qu’un des membres des Douze Chevaliers Sacrés était dans le coin, et il m’a même dit de qui il s’agissait !

« Est-ce qu’il va se lancer à notre poursuite ? » lui demandai-je nerveusement.

Ecilan hocha de nouveau la tête et répondit sans la moindre hésitation : « Il le fera. »

C’est mauvais. Je fronçai les sourcils : « Et si je t’utilise comme otage pour le menacer ? »

Ecilan fronça les sourcils à son tour. Il avait l’air de réfléchir sérieusement à ma question. Après un moment, il expliqua en détails : « Il reculera, mais il n’abandonnera pas. Il n’abandonnera jamais. »

En entendant ses paroles, je m’enquis avec un sourire : « Quelle naïveté, tu crois vraiment que tes camarades ne t’abandonneront jamais ? »

Ecila acquiesça d’un signe de tête et répliqua : « Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs. »

« Ah bon ? » Le ton de ma voix descendit, et je rétorquai froidement : « Si une opportunité se présente, nous testerons cette théorie. Quand il sera sur le point de mourir, nous verrons si oui ou non s’il t’abandonnera. »

« Il ne le fera pas. » Ecilan me regarda et répéta d’une voix extrêmement ferme : « Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs. »

Je lui retournai un ricanement glacial. Dire qu’un chevalier avec un visage aussi froid et sans expression est en fait un idiot complètement naïf !

Tout de suite après, nous atteignîmes un embranchement. Tout le monde s’arrêta et se tourna vers Woodrow.

Woodrow lut le panneau et expliqua : « Si nous suivons le chemin sur la droite, nous nous dirigerons vers le nord-est et le Royaume de l’Orchidée Lunaire. Si nous prenons à gauche, alors nous passerons la frontière du Royaume du Son Oublié. Même s’il y a deux chemins, je ne pense pas que nous ayons le choix. »

Il porta son regard sur Ecilan, soupira et ajouta : « Kidnapper le Chevalier de Glace et pénétrer dans le Royaume du Son Oublié avec lui ? J’ai bien peur qu’à la minute où nous mettrions les pieds dans une ville, nous aurions droit à un allé simple pour les prisons. »

« C’est évident ! » Yuna me jeta un regard noir et raconta froidement : « Le Royaume du Son Oublié est la base de l’Église du Dieu de la Lumière. Tout le monde là-bas connaît les Douze Chevaliers Sacrés… »

« Et tout particulièrement leur chef, le Chevalier du Soleil ! » l’interrompit brusquement Sybil.

Après avoir prononcé ces mots, son visage afficha une expression pleine d’adoration, et d’une voix rêveuse elle ajouta : « Les rumeurs racontent que le Chevalier du Soleil a de lumineux cheveux blonds, des yeux bleus comme le ciel, et une peau aussi blanche et douce que le lait… »

Tout de suite, Sybil s’arrêta pour me contempler. Elle ne m’avait quand même pas utilisé comme « modèle de base » pour imaginer son Chevalier du Soleil, j’espère ?

Je ne pus me retenir de m’écrier d’une voix mécontente : « Le Chevalier du Soleil est-il une fille ? Toute ton explication semble décrire une sublime beauté ! »

« Il est magnifique ! » Sybil revint immédiatement sur terre et répliqua avec force : « De plus, c’est un bel homme vraiment élégant, contrairement à toi ! Même si vous avez la même couleur de cheveux, les mêmes yeux bleus et une peau claire, tu n’as absolument aucune classe ! »

« Un bel homme élégant ? »

Je tapotai la tête d’Ecilan et frottai intentionnellement ses cheveux pour les mettre en bataille avant de demander d’un ton satisfait : « Ce gars-là n’est-il pas aussi l’un des élégants Douze Chevaliers Sacrés ? Regarde-le à présent… Qu’y a-t-il d’élégant chez lui maintenant qu’il est emballé dans un cocon ? Ton Chevalier du Soleil est probablement exactement comme lui ! »

« Arrête de le maltraiter ! » Sybil poussa un cri perçant et se précipita pour remettre en ordre les cheveux d’Ecilan, et au passage elle en profita pour toucher discrètement son visage plusieurs fois jusqu’à ce qu’elle fût satisfaite. Elle daigna alors tourner son regard vers moi pour me répondre : « Qui plus est, le Chevalier de Glace n’a pas besoin d’être élégant. C’est le genre d’homme qui est froid et splendide ! De son côté, le Chevalier de Flamme, dont nous avons parlé hier, est du genre sauvage et colérique ! »

« Pardon ? L’Église du Dieu de la Lumière choisit-elle ses chevaliers en fonction de leur apparence ? » Je roulai des yeux, rétorquant avec mécontentement : « Pourquoi leurs chevaliers sont-ils tous si beaux ? »

« Ce n’est pas ça. » Yuna secoua la tête, son expression teintée d’une légère résignation : « C’est juste la façon dont les femmes les imaginent. Il est possible que la plupart des Douze Chevaliers Sacrés ne soient pas magnifiques. »

« Mais, le Chevalier de Glace est vraiment beau ! Les rumeurs ne sont pas nécessairement fausses ! » À l’instant où Sybil eut fini de crier ces mots, elle s’empressa de baisser la tête et de demander à Ecilan : « N’est-ce pas ? Au moins, le Chevalier du Soleil doit être un super beau garçon, hein ? »

Ecilan répondit avec indifférence : « Je ne connais pas tes standards de comparaison. »

Sybil l’interrogea vivement : « Il devrait être au moins plus beau que Grisia, non ? »

Il resta silencieux pendant un certain temps. Sous le barrage de questions incessantes de Sybil, il finit par répondre : « Il devrait avoir une beauté à peu près similaire. »

Sybil fronça les sourcils en entendant sa réponse, alors que je jubilais : « Tu vois ! Pourquoi se languir pour le Chevalier du Soleil ? Me regarder suffit amplement. »

« Il a définitivement plus de classe que toi ! » s’exclama Sybil avec indignation.

À cet instant, Woodrow nous dépassa, Sybil et moi, alors que nous étions encore en train de nous disputer, et s’approcha d’Ecilan pour le questionner avec le plus grand sérieux : « Que sont venus faire les Douze Chevaliers Sacrés dans un endroit aussi reculé ? Cet endroit fait même déjà parti du territoire du Dieu de l’Ombre. »

Ecilan lui donna pour unique réponse : « Nous sommes à la recherche de quelqu’un. »

« Qui cherchez-vous ? » lui demanda Woodrow, surpris.

Il regarda Woodrow avec indifférence et ne lui fit pas la grâce d’apporter une réponse à sa question.

Cependant, Woodrow n’osa pas le forcer à parler. Quand il vit qu’Ecilan n’allait pas lui répondre, Woodrow s’en alla de son propre chef.

À partir de là, nous poursuivîmes naturellement notre voyage. La seule différence était que nous avions arrêté de garder le silence pendant notre marche. Non seulement je me disputais avec Sybil pendant tout le trajet, mais Iacchi aussi s’approcha furtivement et toucha… Bien évidemment, il ne me toucha pas moi ! Il voulait toucher le bâton glacé qui pendait à ma taille.

Quant à Igor, il continua de m’interpeller à tort et à travers pour me demander si oui ou non je me rappelais d’autres sorts intéressants.

Je réfléchis un moment avant de descendre de la licorne et de m’accroupir. Je touchai la surface de la terre et cherchai en-dessous de sa croûte.

Hum ! On dirait qu’il n’y a pas le moindre squelette humain… Ah ! J’ai trouvé quelque chose d’intéressant !

Une fois que j’eus éloigné ma main de la terre, un tas de trucs gris sortit de la poussière.

« Des os ? » Sybil observa la pile d’ossements, confuse.

Je les manipulai soigneusement, injectant l’élément des ténèbres dans les os, puis je les emboîtai approximativement un par un, espérant ne pas me tromper… C’était vraiment dommage qu’il n’y eût pas de squelettes humains sous la terre, puisque j’avais à disposition un tas de squelettes vivants que j’aurais pu utiliser comme référence pour reconstituer ensemble les os d’un mort.

Après avoir fini de tous les rassembler, je réparai les articulations entre les os avec une épaisse couche de l’élément des ténèbres, l’utilisant comme remplacement pour les articulations qui avaient pourri. Afin de le rendre plus mignon, je me servis de l’élément des ténèbres pout remplacer sa chair et ses longues oreilles… Finalement, un lapin noir se mit à bondir autour de nous.

« Ne… nécromancien ! »

Yuna dit faiblement : « Je ne sais vraiment pas pourquoi, mais maintenant je n’ai même plus la force de crier. Grisia, il y a vraiment de moins en moins de chances pour que tu sois un guérisseur de l’Église du Dieu de la Lumière. »

Alors que les trois hommes contemplaient le lapin avec de grands yeux teintés d’effroi, Sybil était celle qui en avait le moins peur. Elle courut même jusqu’au lapin squelettique et le ramassa, me disant avec un visage rayonnant : « Il est trop mignon ! Grisia, ne le laisse pas disparaître ! »

Je haussai les épaules et acceptai : « Ok. »

Après avoir vu la réaction de Sybil, tout le monde regarda le lapin. Igor était tellement excité qu’une suggestion lui vint en tête : « Grisia, puisque tu as fabriqué un lapin, ça doit vouloir dire que tu peux aussi faire un cheval, non ? Si nous avions des montures, nous pourrions voyager plus vite. »

« Je peux le faire, tant qu’il y a des squelettes de chevaux dans le coin. »

« Où suis-je censé te trouver des squelettes de chevaux … » répondit Igor, découragé.

Je haussai à nouveau les épaules. S’il n’y avait aucun os, alors je ne pouvais rien faire non plus. Huit sorts de nécromancie sur dix requéraient des os.

« Dans ce cas, pourquoi tu ne me fabriquerais pas une dague en os pour que je m’amuse avec ? » demanda Igor avec excitation. « Dans toutes ces vieilles légendes, les guerriers qui sont parvenus à occire un dragon utilisaient toujours un des os du dragon pour fabriquer une lame. »

« Si tu me dessines un croquis, je t’en fabriquerai une. »

Iacchi nous interrompit avec une insulte : « Ce rustre-là ? Le fait qu’il sache comment écrire est déjà un miracle en soi ! Comme s’il était capable de dessiner quoi que ce soit… »

« Arrêtez de jouer ! Nous devrions poursuivre notre voyage ! » cria soudainement Woodrow d’une voix sombre. Tout le monde se rappela immédiatement que nous étions supposés être en train de fuir. Nous réprimâmes nos plaisanteries et reprîmes la route. Naturellement, j’étais de nouveau sur la licorne, et notre longue marche et chevauchée silencieuse reprit.

« Tu n’aurais pas dû utiliser la nécromancie devant eux. »

« Quoi ? » Je baissai la tête et dévisageai Ecilan qui était allongé horizontalement devant moi. C’était lui qui venait de parler, même si sa voix n’avait été rien d’autre qu’un murmure.

« Qu’as-tu dit ? »

Néanmoins, Ecilan se contenta de me fixer et maintint son silence.

Voyant cela, je prétendis ne pas l’avoir entendu du tout. J’attrapai le livre sur les sortilèges parmi mes affaires et continuai d’étudier d’autres sortilèges. Je les expérimentai également sur le chevalier qui était idéalement placé à côté de moi. Bien sûr, il s’agissait d’Ecilan qui n’était séparé de moi que par les Chaînes des Ténèbres.

« … »

On ne peut vraiment pas me blâmer pour aimer utiliser celui-ci comme cobaye. Ce n’est pas de ma faute s’il est si parfait dans ce rôle.

Peu importe à quel point j’expérimentais sur lui, il maintenait toujours son habituelle froideur glaciale, sans laisser échapper le moindre son ou même changer d’expression. À part me dévisager avec cette lueur glaciale dans les yeux, il ne fit jamais le moindre geste pour protester. Il était vraiment le cobaye modèle parmi tous les cobayes pour faire des expériences !

Je continuai joyeusement mes tests jusqu’à ce Sybil les remarque. Elle entra dans une colère noire, comme si on avait maltraité son mari. Et, ensemble avec une Yuna également furieuse, elles tirèrent chacune sur un côté de mon visage et me lancèrent un sérieux avertissement, m’ordonnant d’arrêter d’agresser le Chevalier de Glace. La peau de mon visage m’ayant presque été arrachée, je n’eus d’autres choix que d’abandonner mes expériences sur mon cobaye parfait. À la place, je pratiquai certains sortilèges qui ne nécessitaient pas de sujets tests.

Sortilège Capteur d’Os : Peut être utilisé pour repérer des os se trouvant sous terre.

Prison d’Os : Un sort défensif qui accorde la capacité d’utiliser les os pour créer un mur.

Perceur d’Os : Une épine faite d’os surgit du sol et perce l’ennemi.

Peu importe le nombre de sortilèges que je lis, ils parlent tous d’utiliser l’élément des ténèbres pour manipuler des os !

Je me contentai de sauter directement aux dernières pages du livre pour voir s’il y avait des sortilèges différents. Comme je m’y attendais, certains sortilèges intéressants apparurent, comme L’Approche de la Mort. C’était un sort d’attaque à grande échelle. Ses avantages étaient qu’il était très difficile de s’en défendre et de s’en échapper, parce que la zone affectée était très large. Cependant, son défaut était que la vitesse à laquelle mourrait l’adversaire était très lente, donc il y avait des chances pour que le lanceur ne puisse pas maintenir le sort suffisamment longtemps pour que l’ennemi périsse.

Toutefois, il pouvait au moins faire perdre leur pouvoir d’attaque à l’opposition. Ainsi, quand on affrontait un grand groupe d’ennemis, c’était un sort très utile. Du moins, c’était ce qu’affirmait le livre.

Ooohhhh ! Je devrais me dépêcher d’apprendre ce sortilège. Après tout, j’ai kidnappé le Chevalier de Glace, et il est donc possible que tout un essaim de chevaliers sacrés vienne à ma poursuite.

« Arrête de lire ça. Tu ne devrais rien apprendre de ce livre », déclara soudainement Ecilan.

« Oh ? » Je le questionnai tout en continuant à lire : « Alors qu’est-ce que je devrais apprendre à la place ? »

Ecilan, cependant, replongea de nouveau dans son silence. C’est vraiment un chevalier étrange !

Puisqu’il « n’avait pas d’autres commentaires », je continuai de tourner les pages du livre.

Invoquer un chevalier de la mort…

La Légende du Chevalier du Soleil T4C3 : Collecte des Fonds pour le Voyage

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 3: Raise Funds for the Journey – traduit du chinois à l’anglais par bleachpanda[PR!]
Chapitre 3 : Collecte Des Fonds Pour Le Voyage – traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ travail de vérification par LuluHime

Lorsque je retournai à la boutique d’armes, Igor était déjà parti. Il est sans doute devenu impatient et n’en pouvait simplement plus d’attendre, j’imagine ? Je m’empressai de rentrer à l’auberge. Comme je le pensais, tout le monde était déjà là au moment où j’ouvris la porte, incluant Igor qui m’avait laissé derrière.

« Où étais-tu passé ? » s’enquit Igor avec désintérêt, à l’instant où il me vit.

Je l’ignorai. Quand j’y réfléchis bien, je sentis que les femmes devraient être plus perceptives et meilleures que les hommes pour deviner quel âge avait une personne. Je me tournai vers Sybil et lui demandai : « Sybil, quel âge ai-je l’air d’avoir ? »

Sybil, qui était en train de nettoyer son filet, son lasso et d’autres trucs, se figea sur place pendant un instant. Même les autres cessèrent ce qu’ils faisaient et levèrent la tête pour me regarder.

J’observai Sybil avec un grand sérieux pendant un moment. Puis, elle se mit également à scruter mon visage avec attention en l’examinant de plus près. Finalement, avec un air confiant, elle devina : « Autour de vingt-trois ou vingt-quatre ans. Vingt-cinq ans, tout au plus. Tu ne peux pas être plus vieux que ça. »

Impossible… Je continuai à me renseigner davantage : « Est-il possible que je n’aie que dix-huit ans ? »

« Aucune chance ! » Sybil rejeta cette possibilité immédiatement.

Comment peut-il n’y avoir aucune chance que ce soit possible… Je me retournai, en demandant à Yuna, mon dernier espoir : « Yuna, qu’en penses-tu ? »

Yuna répondit inexplicablement : « Je pense que ce que Sybil a dit est exact ! Tu devrais être âgé d’environ vingt-trois ou vingt-quatre ans. »

Je tombai silencieux.

Ainsi, je suis âgé de vingt-trois ou vingt-quatre ans, voire même peut-être vingt-cinq, et je suis encore puceau… C’est encore plus difficile à accepter que l’idée que je sois une mauvaise personne !

« Grisia ? » Yuna me questionna gentiment : « Crois-tu être plus jeune que ce que nous disons ? Ne t’inquiète pas ! Il y a inévitablement des gens qui ont l’air plus mature que leur âge. Cependant, dix-huit ans, ça semble un peu trop tiré par les cheveux. Peut-être que tu as vingt ans… »

« Ah ! » s’exclama soudainement Sybil, en regardant en direction de la porte.

Il se trouva que la licorne que j’avais cachée à l’extérieur n’en pouvait plus d’attendre et était entrée. Elle trotta même tout le chemin jusqu’à mes côtés. Elle semblait se déplacer de façon plutôt raide et gardait un œil méfiant sur mes camarades autour.

« Comment l’as-tu trouvée ? » Tout le monde était extrêmement surpris, bien que leur joie l’éclipsât.

Moi, en revanche, je n’étais pas du tout ravi. Je répondis avec découragement : « Je ne l’ai pas trouvée. C’est elle qui m’a trouvé. »

Après que j’eus parlé, Sybil et Yuna allèrent se placer devant elle. Elles ne purent pas résister à l’envie de tendre la main pour essayer de toucher la licorne. Cependant, celle-ci les évita et vint se cacher à côté de moi. Elle se servit désespérément de sa tête pour se frotter contre moi, probablement parce que les actions de Sybil et Yuna l’avaient fait se sentir inconfortable et en danger. Elle frappa à répétition ses sabots sur le plancher et renifla profondément à travers son nez. Voyant cette situation, je ne pus que lui frotter la tête machinalement pour l’apaiser.

Je frottai… et frottai… Pourquoi est-ce que tout le monde a figé…?

Igor demanda, sidéré : « Les licornes ne touchent-elles pas uniquement les vierges ? »

Je devins raide. Je tentai sur-le-champ de le nier. « Je ne suis pas puceau ! …Ah ! »

C’en est fait de moi !

Ils restèrent tous stupéfaits. Ils tournèrent la tête pour me regarder, puis se remirent à contempler la licorne.

Comme la licorne n’était pas réconfortée par le frottement de ma main, elle devint instantanément mécontente. Elle se mit désespérément à frotter sa tête contre mon bras avec insatisfaction. J’essayai de la repousser de mon mieux, mais, en fin de compte, la force d’un humain ne pouvait pas rivaliser avec celle d’un cheval. L’animal ne voulait pas arrêter de frotter sa tête contre ma hanche. Imbécile de cheval !

À ce stade, Sybil fut la première à glousser pour ensuite éclater de rire.

Igor ne s’arrêta pas un instant pour songer à épargner mes sentiments et se tenait déjà l’estomac en rugissant de rire.

Woodrow tenta très fort de se retenir de rigoler, réprimant son envie au point d’en déformer son visage. Cependant, au final, il éclata tout de même de rire.

Iacchi afficha un visage rempli de sympathie. Il me tapota l’épaule, en essayant de me réconforter. « Peut-être que d’avoir perdu tes souvenirs est une bonne chose après tout, mon camarade. Hahaha ! Un puceau de vingt-cinq ans… Hahahahahahaha ! »

Mais, après m’avoir réconforté, son explosion de rires sonna comme si cent gongs se mettaient à résonner bruyamment en même temps… Par chance, cette fois-ci j’étais préparé ; je me couvris les oreilles avant son rire. Toutefois, comme les autres étaient en train de rire, ils ne réagirent pas assez vite, et ne purent se couvrir les oreilles à temps. Chaque personne fut secouée au point d’avoir la migraine et donnait l’impression que sa tête s’apprêtait à exploser.

Hmph ! C’est bien fait pour eux !

Après qu’Iacchi eut enfin terminé de rire, je rétorquai immédiatement : « Comment cela “vingt-cinq ans” ? D’après l’estimation de Sybil, il est possible que je n’aie que vingt-trois ans ! Yuna a même affirmé que j’avais peut-être vingt ans ! C’est exact ! Je n’ai forcément que vingt ans ! »

À cet instant, la licorne se mit tout à coup à me lécher la main… que je retirai instantanément et lui donnai une claque sur la tête. Bien que Sybil et Yuna fussent toujours en train de se remettre de leurs maux de tête, elles furent toutes les deux surprises de ma réaction subite. Néanmoins, cet imbécile de cheval ne fut pas du tout blessé ou indisposé ! En plus, il continua de me pousser la hanche… Incroyable !

Imbécile de cheval qui n’aime que les vierges ! Éloigne-toi de moi !

Je ne suis absolument pas puceau !

 

 

« Puisque Grisia a déjà ramené la licorne… Pfft ! Hahahahaha! »

Sybil essaya de se mettre à parler avec sérieux, uniquement pour échouer au milieu de sa phrase et se mettre à rire aux éclats. Elle riait tant que des larmes sortirent de ses yeux jusqu’à ce qu’il ne lui fût plus possible de parler. Cela fit redémarrer le fou rire d’Igor, et je me couvris rapidement les oreilles… Finalement, Iacchi n’éclata pas de rire ; à la place, il arbora un sourire très obscène. Il posa son bras autour de mon épaule et déclara : « Ne dis pas que je n’ai pas pris soin de toi ! La prochaine fois, je vais t’emmener pour faire l’expérience de la vraie affaire afin que tu puisses te retirer l’étiquette de puceau, héhéhéhé ! »

« Je ne suis pas puceau ! » protestai-je avec véhémence.

Après m’avoir entendu le nier, Iacchi se contenta de sourire, en lâchant un « héhéhé » et en n’ajoutant rien d’autre. Enflure !

Woodrow poursuivit notre conversation : « À présent que nous avons la licorne, allons chercher la récompense ! Nous ne devrions pas perdre de temps, autrement, si d’autres équipes essaient de s’en emparer par la force, nous allons avoir des problèmes. »

« Aller chercher quelle récompense !? Je rejette cette proposition ! » répondis-je avec aigreur.

« Ne sois pas fâché, Grisia. » Woodrow afficha un sourire forcé : « Nous n’avons pas fait exprès de nous moquer de toi ; nous ne faisions que plaisanter. »

« Je ne suis pas en colère. » Je souris un peu, en expliquant : « Je ne suis vraiment pas d’accord pour aller récupérer la récompense. »

Le rire de Sybil s’interrompit subitement, Woodrow tomba silencieux, Igor se gratta la tête, et Yuna était totalement confuse.

« Tu… ne songes pas à la garder comme monture, n’est-ce pas ? » s’enquit prudemment Igor.

Alors qu’Igor me posait la question, il se plaça comme s’il était sur le point de courir vers moi pour se saisir fermement de la licorne, juste au cas où j’essayerais de la monopoliser. Toutefois, la licorne se tenait solidement à mes côtés. Chaque fois que quelqu’un d’autre que moi essayait de s’en approcher, la corne sur sa tête, qui brillait déjà l’origine avec de la lumière sacrée, relâchait une lumière encore plus forte.

Alors, même si Igor s’était déjà positionné, il n’osa pas s’approcher.

« Je suis un guérisseur et non un chevalier, alors pourquoi garderais-je subitement un cheval sans aucune raison ? »

Je roulai des yeux à l’intention d’Igor, puis m’expliquai auprès de tout le monde. « Écoutez-moi bien. Étant donné que la Guilde des Aventuriers est encline à offrir cinq cent ducats d’or en récompense pour cette licorne, que croyez-vous que cela signifie ? »

« La licorne vaut beaucoup plus que cinq cent ducats d’or… »

Après que Woodrow eut répondu, il hésita pendant un moment, et ensuite continua en disant : « Nous comprenons, mais aucun groupe normal tenterait de discrètement glisser la licorne hors de la cité, parce qu’il y a des membres de la Guilde des Aventuriers qui gardent chacune des portes. Qui plus est, que l’on réussisse ou pas, il nous sera alors interdit d’interagir avec la guilde dans le futur, et nos têtes pourraient même être mises à prix ! »

« Dans ce cas, tant que nous ne laissons pas la guilde découvrir qu’il s’agit de nous, tout devrait bien aller, vous ne croyez pas ? » proposai-je naturellement.

« Comment serait-il possible que nous ne soyons pas découverts ? » Yuna me reprocha avec colère : « Grisia, tu fais encore n’importe quoi. »

Je fais n’importe quoi ? Je fus déconcerté pendant un instant. Pourquoi cela sonne-t-il si familier…? Il ne peut possiblement pas y avoir quelqu’un d’autre qui me répète tout le temps de cesser de faire n’importe quoi, n’est-ce pas ?

« Attendez, ça pourrait être possible ! » s’exclama Iacchi, en interrompant la conversation. « Nous pouvons nous déguiser pour le faire. »

« Nous déguiser ? » murmura Woodrow.

Nous déguiser ? Je fus stupéfait l’espace d’une seconde. Fait-il référence à l’idée d’utiliser d’autres éléments pour masquer notre apparence ? Malgré le fait que ce que je voulusse dire était quelque chose de similaire, je ne savais pas que cela s’appelait « se déguiser ».

« On ne peut pas faire ça ! » Yuna s’y opposa fortement, en me fusillant du regard et en s’écriant avec franchise : « On ne peut pas commettre de crimes. Grisia, tu es un guérisseur du Dieu de la Lumière. »

L’indécision combattit dans les yeux de Sybil, mais, quand elle jeta un coup d’œil à Yuna et vit son visage enragé, elle ne put qu’articuler avec hésitation : « Oui… Ça ne semble pas très convenable… »

Woodrow jeta également un coup d’œil en direction de Yuna, puis secoua la tête en déclarant : « On ne peut pas. On ne peut tout simplement pas. »

Je ne me souciais guère que tout le monde parlât contre moi. Je me tournai vers Iacchi, lui demandant carrément : « Iacchi, combien vaut la licorne ? »

Iacchi hésita une minute. Il traînassa, en disant : « On raconte que la Guilde des Aventuriers veut offrir la licorne à l’Aigle Silencieux de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre. Ils n’ont pas l’intention de la vendre. Cependant, si elle devait être vendue, d’après certaines informations provenant de quelques marchés de ventes aux enchères, c’est au minimum…au minimum… »

Tous tendirent l’oreille pour entendre le reste. Je fis exprès de hausser la voix sur le dernier mot, en le questionnant : « Au minimuuum ? »

« Au minimum cinq mille ducats d’or comme offre de départ. »

Je me retournai en une fraction de seconde, en me jetant au collet d’Iacchi, et hurlai avec alarme : « CINQ MILLE DUCATS D’OR !?!? »

Iacchi fut pris au dépourvu et répliqua en retour : « Je croyais que tu le savais ? »

Comment aurais-je pu le savoir !

J’ai seulement deviné que cet imbécile de cheval vaudrait assurément son pesant d’or, mais qui aurait pu savoir qu’il avait à ce point de la valeur ? Cinq mille ducats d’or ! C’est plus que dix fois le montant de la récompense offerte par la Guilde des Aventuriers ! Sans oublier de mentionner que ce prix n’est que le « minimum » !

« Cinq mille ducats d’or… »

J’essayai très fort d’imaginer à quoi cinq mille ducats d’or ressembleraient, seulement pour me rendre compte que je ne possédais aucun concept de ce montant de ducats d’or… Oubliez cinq mille ducats d’or ; je n’arrivais même pas à imaginer à quoi pouvaient ressembler mille ducats d’or !

Se pourrait-il… ? Se pourrait-il que je fusse extrêmement pauvre par le passé ?

« C-c-cinq mille ducats d’or… Ça fait tellement d’argent ! » couina Sybil.

« Cinq mille… Même le Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre dont j’ai toujours rêvé ne coûte que trois mille ducats d’or », marmonna Yuna pour elle-même.

Après cela, tout le monde regarda avec indécision en direction du leader actuel du groupe : Woodrow. On pouvait voir sur son visage qu’il était lui-même très hésitant. Remarquant que tout le monde l’observait, il dit rapidement : « Ne me regardez pas… Je ne suis pas celui qui l’a suggéré… Si vous devez regarder quelqu’un, regardez Grisia ! »

À l’unisson, tout le monde tourna la tête et me contempla. En premier, je révélai un sourire chaleureux pour apaiser leur anxiété et leur malaise, et ensuite j’ouvris lentement la bouche pour affirmer : « Pour la licorne, il devrait peu lui importer de savoir à qui elle sera vendue, étant donné que cela revient au même, n’est-ce pas ? En plus, regardez tous, elle a l’air de tellement m’aimer qu’elle préférerait forcément rester à mes côtés plutôt que de retourner à la Guilde des Aventuriers, non ? Si nous l’emmenions avec nous, elle serait incontestablement plus heureuse de rester avec moi plus longtemps. Par égard pour la licorne, ne ferions-nous pas une bonne action envers elle également ? »

Je frottai la tête de la licorne en me penchant, tandis que je souriais, et lui dis : « N’ai-je pas raison ? Mignonne petite licorne. »

Cet imbécile de cheval se mit avec persistance à me lécher le visage sans se retenir, laissant mon visage recouvert de salive… Je me demande si la salive de licorne vaut quoi que ce soit… En me basant sur sa valeur de cinq mille ducats d’or, il est possible que même sa salive puisse être vendue pour un ducat d’or !

« C’est vrai. La licorne a vraiment l’air de t’apprécier », admit Woodrow en hochant la tête.

Yuna le fusilla du regard avec véhémence et décréta, mécontente : « Woodrow, n’écoute pas les inepties de Grisia ! »

Iacchi avait déjà commencé à calculer : « Cinq cents devenant cinq mille… Dans ce cas, ça veut dire que chaque personne va obtenir cinq cents ducats d’or… »

« Sais-tu au moins comment calculer ? » Je fis le calcul avec impatience : « Quand vous enlevez 20 % de cinq mille ducats d’or pour ma part, et que vous soustrayez ensuite 20 % du reste pour les dépenses du groupe avant de diviser tout ce qui reste en parts égales entre vous cinq, cela devrait égaler six cent quarante ducats d’or chacun. Évidemment, si vous souhaitez réellement me donner cent ducats d’or en extra, cela ne me dérange pas vraiment. »

« Tu as déjà pris mille ducats d’or pour toi ! Et toi, tu veux toujours me soutirer de l’argent ? » Iacchi décréta avec découragement : « Tu es encore plus fait pour être un voleur que moi ! »

« Six cent quarante ducats d’or ! » Le visage de Sybil s’éclairait déjà avec un accord complet.

D’un autre côté, Yuna révéla une expression de vertige. Elle continua de marmonner : « Le Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre… Je ne peux pas commettre de crimes… Le Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre… »

Voyant que tout le monde avait l’air plutôt indécis, je poussai l’affaire un peu plus loin, en déclarant : « Comme la licorne va être contente, et que je vais être content, et que vous allez tout être contents, cela rend tout le monde content. Pourquoi ne devrions-nous pas le faire ? »

Pour ce qui est de la Guilde des Aventuriers et de l’Aigle Silencieux qui aurait dû avoir reçu la licorne… Je présume qu’ils ne seront pas contents, hein ? Toutefois, cela ne me concerne pas, étant donné que ce n’est pas comme si je les connaissais.

Tout le monde me regarda. Bien que leurs expressions montrassent à quel point ils hésitaient dans leur cœur, ils savaient également que ce n’était pas bien, ce qui les faisaient se battre intérieurement. Yuna, en particulier, continua à se marmonner à elle-même au sujet du Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre et de commettre des crimes… À la fin, ses marmonnements ne continrent que le Bâton de la Radiance du Dieu de la Guerre. Dieu seul sait où les mots « commettre des crimes » avaient été jetés…

En fin de compte, alors qu’elle tremblait, elle déclara : « Grisia, tu… tu n’es définitivement pas un guérisseur de l’Église du Dieu de la Lumière… À coup sûr, tu es un démon ! »

« Pourquoi dis-tu cela ? »

Je relâchai mon sourire le plus éclatant, et employai mon ton le plus innocent pour affirmer : « Tu vois ? Même la licorne m’adore ! À ses yeux, je suis vraiment le guérisseur du Dieu de la Lumière le plus aimant et le plus compatissant qui soit ! »

« Ce que nous voyons est assurément un démon… »

Sur le côté, Woodrow murmurait dans sa barbe : « Le niveau de ce démon est si élevé que même la licorne ne peut s’empêcher de remuer la queue et de ramper devant lui. »

J’ignorai automatiquement les paroles de Woodrow et fis face à tout le monde, leur demandant : « Si personne ne préfère les cinq cents ducats d’or aux cinq mille ducats d’or, dans ce cas nous devrions commencer à discuter de stratégies. Après tout, la licorne ne peut pas rester cachée ici éternellement sans être découverte par d’autres. »

Tous gardèrent le silence. Néanmoins, ils ne s’opposèrent pas à ce que j’avais dit. Il semblerait qu’ils aient tous succombé à l’appel des cinq mille ducats d’or.

Je levai l’index et poursuivis. « Premièrement, le problème auquel vous devez tous songer est de savoir comment sortir la licorne incognito. »

« Attends ! Attends ! Que veux-tu dire par le problème auquel “vous” devez tous songer ? » me questionna immédiatement Sybil, insatisfaite. « Si c’est nous qui devons réfléchir à la solution, alors de quoi es-tu responsable ? »

J’écartai avec impuissance les bras devant moi, en lui rappelant : « Je ne suis qu’un amnésique, après tout. Depuis l’instant où je me suis réveillé dans le présent, je ne me suis pas servi d’une seule compétence de guérisseur. Je veux d’abord tester mes capacités, juste au cas où je serais dans l’impossibilité d’aider au moment le plus crucial, et puisse même possiblement m’avérer être un boulet pour tout le monde. »

En entendant ceci, Sybil lâcha une sorte de « oh » réticent. Tous acquiescèrent également d’un signe de tête.

« Grisia, essaie de voir si tu peux lancer le sort des Ailes de Dieu. C’est pour augmenter la vitesse ; ça devrait s’avérer plutôt utile quand nous sortirons furtivement la licorne hors de la ville », me donna Yuna comme instruction. « Les sorts du Bouclier de Lumière et des Ailes de Dieu ont chacun différents effets et différentes utilisations. Le premier sert à se défendre contre les attaques physiques et l’autre augmente la vitesse. Les prêtres-guerriers, qui se spécialisent dans l’amplification des capacités au combat, ne sont pas très doués dans ce département. Cependant, le sort des Ailes de Dieu est un sort sacré plutôt difficile à effectuer. Hormis l’utilisation de l’élément sacré, il nécessite qu’on emploie également l’élément du vent. Par conséquent, ce ne sont pas tous les guérisseurs qui sont en mesure de lancer le sort. Alors, ce n’est pas grave si tu ne parviens pas à le lancer. »

Je haussai les épaules et déclarai à ce moment-là : « Je ferai de mon mieux pour essayer. »

« En premier, tente de rassembler l’élément de la lumière ! » m’instruisit Yuna.

Ce n’était pas un problème pour moi, étant donné que l’élément sacré se rassemblait toujours autour de moi en grandes quantités. J’avais simplement besoin de bouger la main, et l’élément sacré serait continuellement attiré par elle.

À cet instant-là, personne ne discutait plus de comment s’enfuir de la cité. Au contraire, ils observaient tous ma main, ahuris. Je regardai à gauche et à droite et choisis de relâcher le sort sur Igor, qui avait osé ne pas m’attendre au point de rencontre plus tôt, en hurlant : « Bouclier de Lumière ! »

Yuna soupira, en affirmant : « Ça ne fonctionne pas comme ça, Grisia. Tu dois d’abord réciter l’incantation… »

Après que l’aura de lumière eût entouré Igor, je me mis à réfléchir. Si nous l’employons à des fins de défense, dans ce cas l’élément sacré devrait être plus fermement lié ensemble…? Par conséquent, je recouvris l’aura de lumière d’une couche après l’autre avant de la compresser en une large et mince couverture. Par la suite, je me servis de cette large et mince couverture pour « enrouler » Igor. C’était exactement comme s’il portait une couche d’armure aussi mince que du papier.

Yuna poussa soudainement un petit cri : « Oh mon dieu… »

« Quoi ? Que s’est-il passé !? » s’écria Igor avec détresse. Il hurla de façon extrêmement nerveuse : « Yuna ? Ne me dis pas qu’il a fait quelque chose de travers ? Grisia ! Qu’est-ce que tu as foutu cette fois !? »

J’étais également sous le choc. Je n’ai pas réellement fait quelque chose de travers, n’est-ce pas? Mais, en regardant Igor, il n’a pas l’air d’y avoir quelque chose qui cloche chez lui, non ?

Yuna ne répondit pas à Igor et s’exclama tout à coup à la place : « Iacchi ! »

« Oui ? » glapit le voleur, aussi choqué que tous les autres.

À cet instant-là, tel un vrai leader, Yuna lui ordonna : « Attaque Igor. »

« Hein ? » Iacchi était stupéfait. En fait, tout le monde était abasourdi.

« Dépêche-toi ! »

Le visage tout entier d’Iacchi montrait à quel point il était perplexe et confus, mais sous la pression continuelle de Yuna, il décida de l’écouter. Alors qu’il était sur le point de lancer un coup de poing à Igor qui s’était déjà résigné à se faire frapper, Yuna lui commanda : « N’utilise pas tes poings ! Sers-toi d’une arme pour attaquer ! »

« Yuna… » pleurnicha Igor, sur le point de pleurer.

Iacchi se mit finalement à hésiter. Il baissa les poings, affichant une expression qui voulait dire : « Je n’ose pas. »

À ce moment-là, Woodrow leva tout d’un coup les yeux vers le ciel et rugit. Et ensuite… et ensuite… il commença à se transformer… De la fourrure poussa sur son corps, ses mains se changèrent en immenses pattes, et la vue des cinq griffes noires sur sa main fit même se redresser les cheveux sur ma tête. Si je devais me faire frapper par cette main, je cracherais définitivement un paquet de choses…

En fin de compte, Woodrow se métamorphosa en ours… Il était devenu un gros ours noir qui se tenait debout sur ses pattes, avec un éclaboussement de fourrure blanche ayant la forme d’un « V » sur le torse.

J’étais sidéré. Que se passe-t-il ? Woodrow est-il un humain? Ou est-ce un ours ?

« Woodrow ? » s’exclama Igor, sous le choc, comme son visage changeait complètement de couleur.

Cependant, Woodrow, qui s’était transformé en ours, l’avait déjà frappé avec une de ses pattes, le rendant incapable de résister. D’un seul coup, Igor atterrit sur le plancher à côté de lui. En dépit de cela, Woodrow ne cessa toujours pas de l’attaquer, et employa son pied pour lourdement lui piétiner la tête…

J’étais bouche-bée, ma bouche ouverte en un grand « O ». Que se passe-t-il exactement en ce moment ?

« Qu’est-ce que vous fabriquez tous ? »

Malgré le fait que Sybil fût un tantinet inquiète, elle était d’autant plus curieuse. Elle regarda Woodrow qui revenait petit à petit à sa forme humaine ainsi que le guerrier qui se relevait lentement. En fin de compte, elle s’enquit avec agitation : « Igor, est-ce que tu vas bien ? »

Igor tendit la main pour se masser un peu la tête avec un visage confus. Après qu’il eût entendu la question de Sybil, il se gratta la tête et la rassura : « Je vais bien. C’est étrange… Ça ne me fait pas du tout mal. »

« Vraiment ? Mais, Woodrow est extrêmement fort ! » Une fois que Sybil se fut écriée de surprise, elle tourna immédiatement la tête vers moi avec excitation et dit : « Grisia, je veux le sort moi aussi. »

Voyant qu’Igor arrivait encore à se frotter la tête et à rire stupidement, je me sentis enfin rasséréné. Après avoir entendu les paroles de Sybil, je rassemblai à nouveau aisément l’élément sacré, le compressant en une fine couche, et ensuite j’en enrobai Sybil également.

« Vite, vite ! » Dès que Sybil en eut été recouverte, elle ordonna sur-le-champ : « Iacchi, dépêche-toi de me frapper… Euh ! Sers-toi d’abord de tes poings pour me frapper ! »

Igor ayant déjà fait la démonstration, Iacchi n’hésita pas cette fois. Il ne se soucia même pas du fait qu’elle était une femme, lui donnant immédiatement un coup de poing. Bien que Sybil sût qu’elle ne serait sans doute pas blessée, elle ne put s’empêcher de fermer les yeux. Une seconde… Deux secondes…

Elle ouvrit les yeux et aperçut Iacchi employer toute sa force pour la frapper à succession. Elle s’exclama avec excitation : « Ça ne fait pas mal ! Ça ne fait vraiment pas mal ! »

« Bien sûr que ça ne fait pas mal. »

Yuna expliqua sur le ton de l’évidence : « Avec une quantité si dense d’élément sacré, j’ai bien peur que seule “l’Aura de Combat” puisse le briser. C’est incroyable, si Grisia peut lancer le sort Bouclier de Lumière sur tout le monde, dans ce cas nous n’avons même pas besoin de réfléchir à un plan. Nous pouvons directement nous évader de la cité. Il ne devrait pas y avoir beaucoup de guerriers de haut niveau qui sachent comment se servir de l’aura de combat dans la ville. »

Woodrow secoua la tête, rétorquant : « Ce n’est pas si simple, Yuna. Je suis sûr que tu peux également sentir à quel point employer le Bouclier de Lumière est extrêmement puissant et éprouvant, n’est-ce pas ? Si nous souhaitons que Grisia rassemble autant d’élément sacré, je crains que ce ne soit impossible… »

Iacchi, Yuna, Woodrow et, en dernier, moi-même… J’en ai fini avec nous tous ! Tout le monde a reçu le Bouclier de Lumière à présent. Ensuite, cela devrait être au tour du sort des Ailes de Dieu… D’après ce que je me souviens des paroles de Yuna, je crois que cela nécessite l’élément sacré combiné avec l’élément du vent. Oui ! Je me demande quelle quantité de l’élément du vent est nécessaire pour être suffisante ?

« … »

Je « tissai » l’élément sacré et l’élément du vent ensemble. Toutefois, cette action fit hurler Yuna. Elle me prévint tout de suite : « Sois prudent, Grisia. Mélanger différents éléments est très dangereux. Si tu te trompes, ça pourrait exploser ! »

En entendant ceci, tout le monde s’empila à l’encadrement de la porte. D’un côté, ils voulaient sortir par la porte et partir aussi vite que possible, mais, d’un autre côté, ils étaient très curieux et désiraient regarder.

J’ai fini de tisser ! Je considérai tout le monde du regard. Le plus éloigné vers la porte est Iacchi ! Son corps est presque déjà à moitié en dehors de la pièce.

Très bien ! Mon prochain sujet d’expérimentation, ce sera lui !

Je jetai la boule de lumière combinée à l’élément du vent sur Iacchi et effectuai quelques ajustements, rassemblant la plupart de l’aura sur ses mains et ses jambes. Pendant ce temps, les mains et les jambes d’Iacchi tremblèrent comme s’il souffrait d’un spasme. Après avoir fini d’effectuer les ajustements, j’ouvris la bouche et commandai : « Iacchi, essaie de courir. »

Iacchi hocha la tête, et ensuite je l’entendis murmurai « Je vous en prie, protégez-moi, Dieu de la Guerre », comme il se mettait en position pour commencer à courir. Puis, il fit un pas…

Bang !

À l’instant où il commençait à courir, il disparut. Ce ne fut pas avant que nous entendions un bruit qui ne perdait pas contre la puissance de ses cris que nous retrouvâmes un gros trou de forme humaine dans le mur de la pièce.

Les bouches d’Igor et de Sybil s’ouvrirent en un grand « O ».

Je jetai un regard au trou de forme humaine, sans expression. Le Bouclier de Lumière est un sort sacré du Dieu de la Lumière, et pourtant tu pries le Dieu de la Guerre qui a toujours été en mauvais termes avec le Dieu de la Lumière… Chercherais-tu à provoquer ta propre mort ?

« Iacchi, est-ce que tu vas bien ? » s’exclama Sybil.

« Ça va… »

Iacchi sortit la tête du trou dans le mur défoncé. Il sourit en jubilant comme il répondait : « Ça ne me fait pas mal du tout. »

Voyant cela, tout le monde poussa un soupir de soulagement. À cet instant-là, Yuna se retourna et commenta : « On dirait que tu as ajouté trop d’élément du vent. »

J’acquiesçai d’un signe de tête.

Il semblerait que, parce qu’il y avait une trop grande quantité de l’élément du vent, la vitesse était trop grande. Donc, je pense que cela fonctionnerait de façon beaucoup plus efficace si je réduisais la quantité d’élément du vent. Cependant… J’ignore pourquoi, mais j’ai cette impression que d’ajouter cette quantité d’élément du vent n’est pas du tout incorrect. C’est juste qu’Iacchi ne peut pas supporter une vitesse aussi rapide, c’est tout.

Si quelqu’un est capable de supporter cette vitesse, dans ce cas je suis certain qu’il peut devenir aussi rapide que le vent. Quelqu’un d’aussi rapide que le vent… Pour l’ennemi de cette personne, affronter ce type d’adversaire serait assurément pire que de faire face à une tornade !

Après avoir ajusté l’élément du vent à plusieurs reprises, je tentai de figurer la quantité appropriée d’élément du vent pour chaque personne. Iacchi et Sybil appartiennent originellement à des professions de type agile, alors je peux mettre un peu plus d’élément du vent dans leurs sorts. Pour Igor, Yuna et Woodrow, je dois en mettre un peu moins. Quant à moi… C’est environ la même quantité que pour le deuxième groupe.

On dirait que les guérisseurs du Dieu de la Lumière n’appartiennent pas au type agile après tout.

Iacchi, Sybil et Igor coururent tout autour de la pièce à toute allure, s’amusant avec tout leur cœur.

Yuna s’étonna : « Tu viens juste de lancer le Bouclier de Lumière et les Ailes de Dieu sur nous tous. Ta capacité à rassembler les éléments est beaucoup trop puissante… Non ! Tu essayais d’ajuster la quantité d’élément du vent, et donc tu as même lancé le sort des Ailes de Dieu à répétition plusieurs fois, non ? »

Je ris un peu, déclarant fièrement : « Ce ne serait pas non plus un problème même s’il y avait douze personnes ! »

En entendant ce nombre, Yuna fut sous le choc pendant un moment et marmonna ensuite : « Je n’ose vraiment plus affirmer que c’est impossible. Qui es-tu exactement, Grisia ? »

« Un guérisseur du Dieu de la Lumière », rétorquai-je, faisant halte pendant une minute par la suite, et ensuite lui demandai en retour : « N’est-ce pas ce que tu avais dit ? »

Yuna murmura silencieusement pour elle-même : « Vraiment ? Je n’ose vraiment plus affirmer que j’en suis sûre… »

« Ne nous soucions pas de qui je suis pour l’instant », dis-je à Yuna et Woodrow. « En premier lieu, nous devrions nous dépêcher de réfléchir à un plan pour nous enfuir de la cité, d’accord ? »

« Soupir ! »

Woodrow soupira en les regardant tous les trois en train de s’amuser avec tout leur cœur, et raisonna avec sincérité : « Nous n’avons pas besoin de réfléchir à un plan. Avec cette vitesse et la capacité d’annuler les attaques physiques, tant que nous ne rencontrons pas de classe Maître ou au-dessus, qui pourrait possiblement nous arrêter ? »

« Et si nous rencontrions vraiment des Maîtres? » Je ne parvenais pas à me libérer de ce sentiment d’insécurité et continuai de m’enquérir : « Après tout, il s’agit de cinq mille ducats d’or, n’est-il pas probable que la Guilde des Aventuriers puisse trouver des Maîtres pour garder les portes de la ville ? »

Woodrow et Yuna me fixèrent étrangement. Woodrow secoua la tête et lâcha : « Comment serait-il possible pour des Maîtres de garder les portes de la ville, quand chacun d’entre eux pourrait devenir le commandant de cette cité ? As-tu déjà vu un commandant garder les portes d’une cité ? »

J’étais sans mot. Les Maîtres sont incroyables à ce point ?

À environ ce moment, je ne savais pas quand, Iacchi avait déjà cessé de gambader et s’était précipité pour interrompre la conversation. « Je sais ! Je sais ! Il n’y a qu’un voleur de classe Maître dans la cité ; il n’y en a pas le moindre pour les autres professions. »

« Un voleur, hein ? »

Woodrow et Yuna se regardèrent. Le premier sourit et déclara : « C’est vraiment génial ! Même s’il est de classe Maître, un voleur n’appartient pas à un type de profession qui permet de bloquer les autres directement. Par conséquent, ruons-nous tout droit hors de la cité ! »

« Très bien ! » Je hochai la tête. Lorsque je me retournai et aperçus la licorne, je ressentis tout à coup ce sentiment d’insécurité dans mon cœur, me faisant m’empresser de demander : « Dans ce cas, qui sera chargé de suivre aux côtés de la licorne ? »

Woodrow et Yuna s’exclamèrent en même temps : « C’est toi évidemment ! »

« Quoi ? Je suis un guérisseur ! » Je m’y opposai naturellement d’une voix puissante : « Un guérisseur devrait rester à l’arrière et profiter de l’air frais ! »

« As-tu réellement perdu la mémoire… ? » commença de nouveau à se murmurer à lui-même Woodrow.

« Ouais, c’est habituellement comme ça. » Iacchi me tapota l’épaule et dit ensuite avec un visage impuissant : « Mais ! Grisia, tu dois savoir que la seule personne dans le groupe à toujours posséder sa chasteté, c’est toi ! Regarde, la licorne ne permettra pas à des personnes impures comme nous de l’approcher. C’est pourquoi, toi seul qui es pur et innocent peux l’emmener hors de la cité. »

Sans expression sur mon visage, je décrétai : « Crois-moi quand je dis que dans la seconde près je vais t’envoyer être réuni auprès du Dieu de la Lumière et lui permettre de te stériliser en une personne pure et vertueuse. »

Iacchi éclata brusquement de rire, mais ce n’était pas aussi terrible que le fait que son rire secouait mes oreilles jusqu’à ce qu’elles fussent sur le point d’exploser. Ma tête me donnait l’impression d’être sur le point de se fendre en deux, mais le pire était que je l’avais également entendu rire fort et rétorquer : « Grisia, rappelle-toi que tu es un guérisseur ! Les guérisseurs n’ont aucun pouvoir d’attaque. Donc, ta menace ne me fait pas peur du tout. »

…Peut-être que je devrais essayer de voir si je connais vraiment la magie.

 

 

Comme nous sortions tous, nous dissimulant continuellement avec de grandes difficultés, nous arrivâmes enfin près des portes de la cité accompagnés de la licorne sans que personne ne s’en rendît compte. Ainsi débutèrent les préparations de dernière minute avant notre fuite.

Pour s’enfuir, Yuna et Igor n’étaient pas assez rapides, alors, après que Yuna eût aidé tout le monde en leur lançant des sorts sacrés, ils se joignirent tous les deux aux groupes qui faisaient la queue pour sortir par les portes de la ville. Cela ne laissa donc que Sybil, Iacchi et Woodrow pour m’accompagner. Normalement, Woodrow non plus ne serait pas assez rapide, cependant dès qu’il se transformait en panthère, il était encore plus vif qu’Iacchi, le plus véloce de l’équipe.

« En combien d’animaux peux-tu te transformer exactement ? » m’enquis-je par curiosité, baissant la tête pour regarder la panthère en bas. Toutefois, il se contenta de me regarder et ne répondit pas.

« Woodrow ne peut pas parler après s’être métamorphosé en panthère ! » Sybil m’expliqua en souriant : « Il ne peut se transformer qu’en ours et en panthère. Quand il se change en ours, il gagne une grande quantité de force, et quand il se métamorphose panthère, sa vitesse augmente de façon significative. »

« Dans ce cas, Woodrow est responsable de faire du tapage pour faire diversion. Iacchi et Sybil, vous êtes en charge d’ouvrir la voie, et moi je vais me ruer tout droit vers l’extérieur. Si nous sommes séparés, alors employez toutes votre force pour courir jusqu’à l’endroit où Woodrow nous a dit de nous rassembler. »

Deux personnes et une panthère hochèrent la tête à mon intention. Après ça, nous enfilâmes tous les masques que nous avions préparés plus tôt. Iacchi était celui qui les avait prévus ; il avait dit que si nous devions commettre un crime, nous devions les porter… Ainsi, on dirait que dissimuler nos visages lors d’un crime est une forme de tradition ?

Je semblais comprendre, sans pour autant saisir complètement, tandis que je revêtais mon masque. Je saisis également l’occasion pour envelopper le visage de tout le monde avec une mince couche de lumière sacrée. De cette manière, notre apparence à tous n’était plus visible à présent.

Naturellement, Woodrow, qui s’était déjà changé en panthère, n’en avait pas besoin.

Je tirai la licorne vers moi. Elle me regarda. Je la regardai en retour. À ce moment-là, j’éprouvai brusquement un sentiment de malaise… Est-ce que je sais monter à cheval ?

Contemplant le dos impeccablement blanc de la licorne, je n’eus aucun sentiment qui me ferait apprécier cette balade. Je ressentais uniquement de l’anxiété, et que si je tombais du dos du cheval…

J’affichai une expression douloureuse et questionnai : « Que se passera-t-il si je tombe ? »

« Si tu tombes ? » répondit Sybil, troublée. « Ça n’a pas vraiment d’importance si tu tombes, n’est-ce pas ? Tu es un guérisseur du Dieu de la Lumière ! Tu peux simplement te guérir, et tout sera comme si de rien n’était ! »

C’est tout ? Mais, pourquoi est-ce que j’ai cette impression que, si je tombe du cheval, il y aura d’affreuses et terribles conséquences ?

Probablement parce qu’ils m’ont vu hésiter à l’idée de monter à cheval, Iacchi fronça les sourcils et déclara : « Grisia, on dirait que tu n’es jamais monté à cheval auparavant. »

« Je suis un guérisseur, pas un chevalier. C’est normal que je ne sache pas monter à cheval ! »

En entendant ceci, Iacchi se gratta la tête, incapable de réfuter mes paroles. « Tu as raison. Mais, si tu ne peux pas monter à cheval, comment vas-tu faire pour chevaucher la licorne ? »

« Eh bien, tant que je m’accroche à elle fermement et que je ne tombe pas de la licorne, dans ce cas cela devrait aller », affirmai-je, en essayant de m’en convaincre moi-même.

Sybil ne put se contenir et rétorqua : « Comment ça “tant que tu t’y accroches fermement” !? Es-tu même sûr que la licorne sait où elle doit aller ? »

« Licorne ! » Je me retournai pour faire face à la licorne et lui ordonnai : « Après ceci, quoi qu’il advienne, précipite-toi de l’autre côté des portes de la cité ! Compris ? »

La licorne acquiesça d’un signe de tête.

« Elle comprend le langage humain ? C’est incroyable… Se pourrait-il que… Cette licorne soit en fait un druide lui aussi ? » murmura Iacchi, amenant le vrai druide, Woodrow, à le bousculer légèrement.

Je pris une profonde inspiration et sautai de toutes mes forces, atterrissant sur le dos de la licorne avec une précision absolue. À cet instant, Iacchi siffla subitement : « Ta posture n’est pas mal ! Il est possible que tu saches comment chevaucher un cheval ! »

Vraiment ? Soudainement, je ressentis un accès de confiance. Avec mon pied, je donnai un coup à l’abdomen du cheval, et la licorne hennit également avec calme en réponse. Et alors, en un instant, elle se mit à courir…

« Ahaha ! »

Sybil rigola bruyamment et se retourna pour demander : « Iacchi, comment est-ce que c’est possible pour un cavalier de tomber du dos d’un cheval et de même atterrir les quatre fers en l’air ? »

Je me levai du sol et protestai avec indignation : « C’est juste que je ne m’agrippais pas correctement pendant un moment ! »

Après que je me fusse levé, je donnai une claque très forte sur la tête de la licorne, la condamnant. « Qu’est-ce qui t’a prise de te mettre à galoper si vite ! Essaierais-tu de me faire tomber et mourir ? »

La licorne hennit tranquillement avec un visage chagriné.

« D’accord, d’accord ! » En voyant que son visage était aussi triste, mon cœur s’adoucit. En retour, je l’avertis simplement : « À partir de maintenant, fais plus attention. »

La licorne me lécha alors joyeusement à nouveau. Le Dieu de la Lumière seul sait pourquoi ce cheval aime à ce point me lécher autant !

Par la suite, une fois que je fus monté sur le cheval, le Woodrow transformé en panthère se mit à courir le premier. Tandis qu’il se précipitait, son apparition provoqua effectivement du chahut dans la file de gens attendant de sortir par les portes de la cité. Il y eut constamment de petits cris de gens qui l’avaient aperçu, et il y eut même des personnes qui se mirent à hurler.

« D’où sort cette panthère ? »

Les gardes aux portes de la cité crièrent en vain. Puis, dix personnes se rassemblèrent en formation d’éventail et brandirent prudemment leurs lances, en visant Woodrow avec toutes les pointes.

« Vas-y maintenant ! »

Quand je tournai la tête, Sybil et Iacchi venait déjà de terminer de crier ces mots. Ils se ruèrent tous les deux sur-le-champ par la sortie. Suite à cela, je donnai un coup de pied au flanc du cheval, obligeant la licorne à suivre derrière eux et à galoper… Cette fois-ci, elle n’osa pas employer toute sa force pour galoper à toute vitesse. Elle courut même à une vitesse sûre et confortable. Une légère brise souffla, et je me sentis si confortable que je songeai que je pourrais aimer chevaucher des chevaux dorénavant.

Je soupirai : « C’est bien plus confortable que d’être porté sur le dos d’une personne. »

En prononçant ces mots, je sentis que c’était étrange. Comment pourrais-je savoir que chevaucher un cheval est bien plus confortable que d’être porté sur le dos d’une personne ? Je n’ai quand même pas été porté sur le dos d’une personne auparavant… ? Comment cela pourrait-il être possible ?

Néanmoins, ce n’était pas le moment d’examiner la question pour savoir si monter à cheval et être porté sur le dos de quelqu’un était mieux. Sybil et Iacchia avait déjà assommé le groupe de personnes à l’avant, m’aidant en ouvrant une voie. Je m’empressai de m’accrocher fermement à la licorne et ensuite lui dis à l’oreille : « Plus vite ! »

La licorne augmenta immédiatement sa vitesse, pendant que le son du vent sifflant dans mes oreilles devenait de plus en plus bruyant. Je n’étais plus très loin des portes de la cité et, pourtant, l’attention de tout le monde était déjà passée de Woodrow, Iacchi et Sybil à la licorne et moi.

« C’est la licorne ! » hurla une personne.

Au départ, tout le monde resta ahuri, seulement capable de garder la bouche ouverte. Malgré cela, tout de suite après, ils se préparèrent et donnèrent la chasse. Même les passants qui avaient crié à tous de rester loin de la panthère ouvrirent grands les yeux et commencèrent à lever diverses armes pour s’approcher de nous. Il y en avait même quelques-uns brandissant des balais !

Les gardes abandonnèrent instantanément la panthère et se retournèrent pour bloquer la licorne et la route que j’empruntais. Néanmoins, Sybil, Iacchi et Woodrow se mirent à les attaquer par derrière. Malgré le fait qu’ils affrontaient des lances, des couteaux, des épées et encore plus d’armes, ils n’avaient pas du tout peur de se servir de leurs corps pour repousser les lances. Cette action fit en sorte que ceux qui s’étaient approchés impulsivement remissent en question l’idée de continuer.

En particulier, ce ne fut seulement que lorsqu’ils furent tous les trois piqués par les lances – et pourtant seules les lances devinrent tordues et brisées alors qu’ils se tenaient debout parfaitement intacts, sans aucune blessure – que les pas de tout le monde firent halte à l’unisson. Les yeux de tous s’agrandirent encore plus que quand ils venaient tout juste d’apercevoir la licorne.

C’est l’opportunité parfaite pour faire une percée et s’enfuir… Je criai avec excitation : « Plus vite ! Licorne ! Va plus vite ! »

La licorne accéléra sur-le-champ la cadence. Le son exaltant du vent soufflait constamment à mes oreilles. La petite porte était droit devant moi. La licorne et moi manquâmes presque de nous ruer à l’extérieur, prêts à prendre les rênes. En plus, personne ne gardait la porte, alors nul ne pouvait nous arrêter !

Cependant, le son exaltant du vent fut brutalement interrompu par un bruit assourdissant.

Pas trop loin devant la licorne et moi, un gigantesque mur s’éleva du sol sans avertissement. Le pouls de la licorne manqua tout à coup un battement et donna l’impression qu’il voulait lâcher. Toutefois, parce que la force employée dans sa course juste avant avait été trop élevée, elle fut réellement incapable de freiner immédiatement. Ses sabots raclèrent sans cesse le sol, mais nous continuâmes toujours de glisser vers l’avant.

La seule raison pour laquelle je n’étais pas tombé du dos de la licorne fut parce que j’avais accroché tout mon corps au cou de la bête et m’étais désespérément agrippé à sa crinière.

Finalement, la licorne entra tout de même en collision avec le mur. Par chance, l’impact de la collision n’était pas trop fort. Elle chancela un peu et se stabilisa ensuite.

Mes battements de cœur s’accélérèrent rapidement. Je l’ai beaucoup trop échappé belle. Si la licorne n’avait pas immédiatement remarqué le mur et ne s’était pas arrêtée, la force de l’impact à cette vitesse m’aurait assurément fait perdre connaissance. Après m’être évanoui, la prochaine fois que je me serais réveillé, il se pourrait que je sois déjà en prison.

Après avoir soupiré de soulagement, j’analysai le mur qui avait surgi de nulle part. Ce mur était en fait composé entièrement de l’élément de glace.

« Que s’est-il passé ? »

Sybil, Iacchi et Woodrow foncèrent vers moi et contemplèrent le mur de glace, l’air ahuri.

« Brise-moi ce mur ! » hurlai-je avec colère.

« Le briser en utilisant quoi ? Nous ne sommes qu’une archère et un voleur ! » crièrent Sybil et Iacchi.

Qui vous demandait votre aide ? Je roulai les yeux à l’intention de chacun d’eux.

À cet instant-là, la corne de la licorne explosa avec une grande quantité de l’élément sacré. Une masse de lumière fonça à toute allure vers le mur de glace.

« Chargez ! »

Néanmoins, la licorne commença à pousser de bruyants hennissements. Elle avait l’air extrêmement mécontente. Ce fut uniquement dans la seconde suivante que je réalisai pourquoi elle était mécontente. C’était parce qu’une quantité colossale de l’élément de la glace s’était de nouveau rassemblée, créant un autre gigantesque mur de glace. Je pouvais le sentir : ce mur de glace était bien plus dense et solide que le premier. Je craignais que la licorne ne pût pas sur-le-champ relâcher une autre attaque pour la briser comme elle l’avait fait plus tôt.

Si ce n’est pas possible de le briser en une seule attaque, dans ce cas il nous sera impossible d’échapper aux attaques de la personne derrière nous… Celle qui a créé le mur de glace !

Je caressai le côté du cou de la licorne et lui dis doucement : « Retourne-toi. »

À ce stade, tout le monde s’était depuis longtemps retourné pour regarder derrière. Sybil hurla même : « Comment est-ce possible ? Ce sont… Ce sont des chevaliers sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière ? »

« Pas seulement ça… » La voix d’Iacchi tremblait frénétiquement : « Celui à l’avant, son symbole appartient aux… Douze Chevaliers Sacrés. »

« C’est le Chevalier de Glace ! » s’exclama Yuna. Sa voix donnait l’impression que la jeune femme s’apprêtait à s’évanouir.

Le Chevalier de Glace ?

Pourquoi cela sonne-t-il si familier ? Mon attention et ma concentration se déplacèrent sur l’individu à l’avant, en partant de son corps rempli des éléments de la glace et de la lumière jusqu’à son apparence individuelle. Son expression faciale était aussi gelée que la glace ; ses membres étaient aussi raides que la glace ; et ses mains tenaient un gros glaçon pointu !

Comme il fallait s’y attendre de la part du Chevalier de « Glace »… Est-ce que cet esquimau en pointe lui sert de nourriture rafraîchissante sur la route ?

Le Chevalier de Glace leva son gros glaçon aiguisé et le pointa sur nous. Froidement, il dit : « Ne bougez plus. »

« Qui croyez-vous menacer en brandissant une sucette glacée ? » rétorquai-je en retour d’un ton glacial que j’avais fait exprès de rendre plus grave de sorte d’éviter qu’il me reconnaisse plus tard.

Le Chevalier de Glace ne répliqua rien. En réponse à une telle provocation, il ne changea même pas d’expression. Cela me fit me demander : les muscles faciaux de ce type sont-ils gelés ?

D’un autre côté, tous ceux présents répondirent de façon extrêmement violente. Cela inclut mes camarades qui poussèrent un petit cri et retinrent leur souffle. Les chevaliers aux côtés du Chevalier de Glace explosèrent pratiquement de rage. Ils hurlèrent tous : « Silence ! Sales hérétiques insolents, comment osez-vous insulter l’Épée Divine de Glace de notre leader ! »

Une épée divine ? Peu importe sous quel angle on la regarde, elle rassemble à une sucette glacée… Au mieux, vous pouvez l’appeler…un bâtonnet divin ?

« Grisia. » Iacchi perdit ses moyens et se mit à parler de façon incohérente : « L-Le Ch-Chevalier de Glace est beaucoup plus fort que les professions de classe M-Maître. C’est impossible de le battre : il fait partie des Douze Chevaliers Sacrés. Que devrions-nous faire maintenant ? Que devrions-nous faire !? »

Je déclarai tranquillement : « Ne t’inquiète pas. Nous n’avons pas à gagner ; nous avons simplement besoin de nous échapper. »

Iacchi s’écria avec détresse : « C’est impossible, même si c’est seulement pour s’enfuir. Grisia, tu… tu souffres d’amnésie, c’est pour ça que tu ignores à quel point les Douze Chevaliers Sacrés sont redoutables. Ils sont… aussi redoutables que des dieux ! »

« Cesse de raconter autant de sottises. » Je roulai des yeux à son intention et lui ordonnai : « Je me moque qu’il soit un dieu ou un démon, bloquez-lui le passage et gagnez assez de temps à la licorne pour rassembler les éléments afin de briser le mur de glace. »

En entendant ceci, la mine d’Iacchi empira. Malgré tout, Sybil et lui, avec l’aide de Woodrow, se dressèrent entre la licorne et les chevaliers sacrés. Par la suite, ils adoptèrent une position prête pour l’attaque. Voyant cela, les chevaliers sacrés, d’un autre côté, semblaient assez surpris, à l’exception du Chevalier de Glace. Ses muscles faciaux ne bougèrent pas d’un millimètre.

« Levez les défenses », leur commanda le Chevalier de Glace sur un ton monotone.

Les chevaliers sacrés levèrent instantanément leurs boucliers, formant un mur de boucliers. Puis, dans les espaces entre les boucliers, ils firent dépasser leurs longues épées.

Plus de dix chevaliers sacrés ont formé une ligne de défense contre nous quatre ? N’ont-ils pas l’intention de nous poursuivre ?

À cet instant précis, une ouverture apparut dans le mur de bouclier. Le Chevalier de Glace sortit de derrière la formation et marcha ensuite lentement dans notre direction. Il fut le seul à venir vers nous.

À ce moment-là, la corne de la licorne libéra une immense quantité de l’élément de la foudre. Subitement, un éclair tomba du ciel et vint avec précision s’abattre sur le mur de glace derrière nous. Toutefois, je n’étais pas du tout content, parce que l’élément de la glace n’avait pas disparu.

Le Chevalier de Glace qui se tenait devant moi relâchait un excessivement puissant élément de la glace vers le mur de glace. Si nous ne le vainquons pas, nous n’en finirons pas de briser ces murs de glace, et nous n’aurons aucune raison de les briser non plus, étant donné qu’il peut continuellement créer des murs de glace jusqu’à ce que lui ou la licorne ne puisse plus rassembler aucun élément.

La licorne hennit avec colère en direction du ciel ; elle se mit même à incessamment racler ses sabots sur le sol. Elle désirait sans doute se précipiter sur le Chevalier de Glace pour avoir une bataille épique.

« Sois sage. » Je lui tapotai la tête sévèrement.

La licorne poussa un hennissement triste, puis baissa la tête. Elle lâcha même des pleurnichements, la faisant paraître comme si elle était face à une extrême injustice.

À ce stade, le Chevalier de Glace se trouvait ni plus ni moins à pratiquement dix pas de nous… Un mur de glace s’éleva abruptement depuis le sol, lui bloquant le passage.

Puis, la foudre s’abattit à nouveau derrière nous, identique à celle employée par la licorne auparavant.

« Dépêchez-vous de courir ! » hurlai-je.

Au départ, les trois d’entre eux à l’avant restèrent ahuris. Le premier à réagir fut Iacchi. Sans ajouter quoi que ce fût, il se retourna immédiatement et passa devant la licorne et moi : il était aussi rapide qu’un coup de vent. Ses actions firent reprendre leur sang-froid à Sybil et à Woodrow, et ceux-ci se retournèrent également et commencèrent à s’enfuir l’un après l’autre.

Lorsque Sybil me dépassa, je donnai un coup de pied au flanc du cheval. La licorne suivit sur-le-champ mes ordres et se retourna pour courir à toute vitesse.

Au beau milieu de notre fuite, je sentis que le mur de glace derrière moi avait déjà été brisé. Mais, inutile de m’inquiéter, j’avais déjà préparé quelques éclairs pour ralentir la poursuite du Chevalier de Glace.

En fin de compte, nous nous échappâmes de la cité.