La Légende du Chevalier du Soleil T5C1 : Fais peur aux enfants au point qu’ils soient trop effrayés pour dormir la nuit

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 5 : La Liche Immortelle, Partie 1

Roman d’origine en chinois par : 我 (Yu Wo)


Chapter 1: Frightening Children into Being too Scared to Sleep at Night – traduit du chinois à l’anglais par bleachpanda[PR!]
Chapitre 1 : Fais peur aux enfants au point qu’ils soient trop effrayés pour dormir la nuit – traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

« Sun, Sun ? »

Malgré le fait que je n’avais pas ouvert les yeux, je pouvais déjà percevoir une grande quantité de l’élément des ténèbres sous la forme d’un humain à côté de moi… C’est Roland !

Je jaillis presque du lit en allant lui agripper les épaules tout en hurlant avec agitation : « Pourquoi avoir fait cela ? Même si c’était sur mes ordres, ce genre de chose, ce genre de chose… Même si c’est moi qui te l’ai ordonné, tu n’aurais jamais dû le faire ! »

Roland resta planté là, sous le choc. Dès que j’arrêtai de le secouer, il s’enquit par réflexe : « Ce genre de chose ? Quel genre de chose ? »

« Tuer… » Je n’arrive même pas à prononcer les mots ! Pourquoi lui-ai ordonné de faire une telle chose ? Et je le lui ai même ordonné comme si c’était ce qu’il y avait de plus naturel au monde ! C’est inconcevable !

« Sun, est-ce que tu as fait un cauchemar ? » Roland me demanda avec perplexité : « Je t’ai entendu gémir plusieurs fois, alors j’ai décidé de venir vérifier si quelque chose n’allait pas, mais il ne s’était rien passé. Tu étais étendu dans ton lit en train de dormir. »

Un cauchemar ? Cette fois-ci, ce fut à mon tour d’être sous le choc. Après avoir entendu cela, je décidai d’étendre plus loin ma capacité à percevoir les éléments.

J’étais situé à l’intérieur d’une salle. Il n’y avait pas grand-chose dans la pièce, et j’étais assis sur un lit. À côté du lit se trouvaient une table et une chaise, et de nombreux documents étaient disposés sur cette table. La porte n’était pas une porte ordinaire en bois, mais plutôt une porte en fer, et il y avait une petite fenêtre au mur.

Il s’agissait de la chambre de confinement. Ah oui, c’est vrai ! Judgment m’avait envoyé en confinement.

Alors, c’était vraiment… vraiment juste un cauchemar ?

« Sun, est-ce que tu vas bien ? » me questionna Roland avec inquiétude.

Pourtant, ce rêve semblait si réel ! Je pouvais même ressentir les émotions que j’éprouvais au moment de lui donner l’ordre de tuer… Ce sentiment de vouloir tuer d’autres personnes uniquement parce que cela me paraissait divertissant. Je m’étais senti comme un enfant, un enfant qui faisait des choses, parce qu’il croyait que c’était intéressant et amusant, qui commettait des atrocités sans même se soucier le moins du monde de comment elles affecteraient les autres !

Cela me semblait très similaire à la fois où j’avais visité la Vallée de Trizer. Après que j’eus absorbé une grande quantité de l’élément des ténèbres, ce sentiment de vouloir faire comme il me plairait, sans me préoccuper des répercussions, sans rien pour me restreindre, sans qu’il n’y eût quoi que ce fût que je dusse faire ou que je ne devrais pas faire… J’avais tout délaissé sans la moindre hésitation. La seule chose qui m’avait importé était de savoir si mes actions me rendaient heureux ou non… Cette sensation m’avait terrifié.

« Sun, je pense que tu as simplement fait un cauchemar », déclara Roland, inquiet. « Je montais la garde à l’extérieur, et absolument personne n’est venu. »

Ah bon ? Cependant, il semblerait que cette chambre de confinement possède une porte cachée. Bien que personne ne soit entré, ça ne veut pas dire que je ne suis pas sorti ! J’ai peur d’avoir… Je n’aurais tout de même pas fait quelque chose pendant que je dormais, n’est-ce pas ?

J’ai entendu dire que, dans ce monde, il existe un état appelé le somnambulisme qui permet aux dormeurs de se lever pour faire des choses étranges dont ils n’ont aucune idée ou dont ils sont incapables de se rappeler… À cette pensée, je me sentis mal à l’aise. « Je dois aller les voir. »

« Aller voir qui ? » répliqua Roland, stupéfait

« Blaze, Leaf, Ice et Judgment. »

Je me levai et saisis mon manteau en même temps que je parlais. Après que je l’eus revêtu, je me dirigeai immédiatement vers la porte. Toutefois, Roland se précipita désespérément devant moi et décréta fermement : « Judgment a dit que, sans sa permission, tu n’es pas autorisé à quitter cette chambre de confinement ! »

« Je dois sortir ! »

« Non ! Judgment te l’a interdit ! » rétorqua Roland, de façon encore plus déterminée que plus tôt.

Une flamme de colère surgit en moi, et je ne pus m’empêcher de rugir : « Roland des Enfers ! Que les choses soient bien claires : c’est moi qui dirige le Temple Sacré ! »

Roland se figea, mais je me figeai également.

Quelle que fût la raison, je n’aurais pas dû lui crier dessus. Il ne faisait qu’obéir aux ordres et les suivre à la lettre. Qui plus est, il n’avait que très récemment repris le poste de Chevalier des Enfers. Il était tout à fait naturel qu’il ne fût pas sur la même longueur d’ondes que les autres.

Les Douze Chevaliers Sacrés savaient tous que, quand je donnais sérieusement un ordre, même Judgment ne pouvait s’opposer à moi. C’était pourquoi, normalement, ils m’écoutaient et suivaient mes ordres. Néanmoins, ce qui était pour moi un mystère demeurait comment les Douze Chevaliers Sacrés parvenaient à déterminer quand je donnais ou non un ordre avec sérieux. Je me l’étais demandé plus d’une fois. Comment font-ils pour déterminer si je donne un ordre avec sérieux ou non ? Si j’arrive à comprendre comment ils font, dans ce cas, à partir de ce moment-là, je pourrais prétendre être sérieux…

« Très bien ! »  Après que Roland eut froncé les sourcils et considéré la situation pendant un moment, il opina finalement d’un signe de tête. Cependant, une fois qu’il eut acquiescé, il ajouta avec une détermination encore plus inébranlable : « Mais, je dois venir avec toi, et cette fois tu n’as pas le droit de te débarrasser de moi à dessein. »

« Marché conclu ! » Je fus immédiatement d’accord.

Afin d’apaiser l’esprit de Roland, je décidai de lui prendre la main pour le mener en courant tout droit jusqu’au couloir où se trouvaient les quartiers des Douze Chevaliers Sacrés. La chambre la plus proche appartenait à Blaze. Je lâchai la main de Roland et poussai gentiment la porte.

Cette dernière n’était pas verrouillée, alors, quand je la poussai, elle s’ouvrit. J’allai silencieusement me tenir à côté du lit, observant la personne qui dormait dessus.

Le lit n’était pas du tout petit, mais Blaze était étendu seulement sur l’un des côtés avec les quatre membres écartés et la moitié de son corps suspendue hors du lit. C’est vraiment une position terrible pour dormir !

Je me souvins que Roland avait tranché net l’épaule de Blaze dans mon rêve… Toutefois, ma capacité à percevoir les éléments m’indiquait clairement qu’il n’y avait aucune blessure sur les épaules de la personne allongée sur le lit; celles-ci étaient en parfait état et complètement intactes.

Je poussai un profond soupir de soulagement. Cependant, dès l’instant suivant, je ne me sentais toujours pas rassuré, alors je l’appelai : « Blaze. »

La personne sur le lit sursauta un peu et bondit pratiquement hors du lit par la suite en s’écriant sur-le-champ : « QUI… Sun ? »

Après m’avoir reconnu, Blaze me contempla avec stupéfaction. Malgré le fait qu’il venait de se faire réveiller au beau milieu de la nuit, il était à l’évidence encore plein d’énergie. Ses gestes étaient si exagérés que même ses yeux s’écarquillèrent au point de devenir aussi grands que des soucoupes.

Je me penchai pour lui toucher l’épaule. Il se contenta de me regarder en retour d’un air absent ; il ne hurla pas du tout de douleur… Blaze va réellement bien ! Je poussai un autre soupir de soulagement.

Sans me soucier de savoir si Blaze avait davantage réagi à mes gestes, je quittai vite la pièce pour aller vérifier que Leaf allait bien, puisque sa chambre était située juste à côté de celle de Blaze. Néanmoins, à l’instant où je sortis, j’aperçus Leaf qui était debout dans le couloir. Son visage affichait une totale incrédulité. Il portait son pyjama, mais était pieds nus. Il tenait également son arc dans les mains.

Il y avait une disparité dans l’ensemble de l’image formée.

« Sun ? » Il dit nerveusement avec une petite voix : « Judgment ne t’avait-il pas envoyé en confinement ? Dépêche-toi d’y retourner ! Blaze a crié vraiment fort il y a un instant, il se pourrait qu’il ait également réveillé Judgment ! »

Je ne répondis pas. Je marchai seulement dans sa direction et agrippai Leaf par la tête pour la tourner à gauche et à droite.

« Sun… Ah ! Mon cou va finir par se briser, peux-tu faire ça moins fort ? » s’écria Leaf de douleur, mais il ne m’empêcha pas de lui bouger la tête. Il n’avait sans doute pas la moindre idée de ce que je faisais… C’est vraiment un type sympa !

Excellent ! Le cou et la tête de Leaf n’ont pas été séparés, et il arrive encore à crier de douleur, alors il doit se porter bien.

Après avoir projeté la tête de Leaf vers le côté, j’accourus à la chambre d’Ice. Bien que la porte ne fût pas ouverte, je pouvais déjà percevoir la situation derrière la porte.

Il était déjà tard, et pourtant Ice n’était toujours pas allé se coucher. Il se tenait dos à la porte, assis devant sa table. Un gâteau incomplet reposait sur sa table, et Ice était en train de créer des fleurs avec de la crème… J’ouvris la porte d’un coup de pied et surgis dans la pièce.

Ice sursauta presque de frayeur, saisissant immédiatement son gâteau, et il se retourna, se figeant sur place comme Blaze l’avait fait.

Je fonçai vers lui et, avec la main, envoyai valser d’une claque le gâteau qui était dans le chemin. Ensuite, je déchirai les vêtements qui recouvraient le torse d’Ice. Après l’avoir tâtonné, je découvris que sa peau était douce et lisse à cet endroit.

« Tout va bien ! »

Je poussai enfin un immense soupir de soulagement. Même si je n’ai pas encore vu Judgment, étant donné que Blaze, Leaf et Ice vont bien, dans ce cas Judgment doit forcément aller bien lui aussi ! Par conséquent, tout ce qu’il s’est passé était réellement juste un cauchemar. Rien de tout cela ne s’est produit. Je n’ai jamais ordonné à Roland de tuer Blaze et les autres. Roland n’a tué aucun d’eux. Et je n’ai définitivement pas tué Judgment ! C’est vraiment merveilleux…

« Tu as vu ça ? Sun s’est levé au beau milieu de la nuit pour aller déchirer les vêtements d’Ice ! Tss tss ! »

Des murmures provenant de différentes personnes dérivèrent jusqu’à moi depuis la porte.

« Après avoir expérimenté de nombreux échecs avec les princesses, se pourrait-il qu’il ait décidé de se risquer à jouer dans l’autre camp ? »

« Dans ce cas, à partir de maintenant, quand je vais aller dormir, je me rappellerai de verrouiller la porte… »

« Que peut faire une porte contre lui ? Même un dragon ne peut l’arrêter ! »

« Que devrions-nous faire alors ? »

« Dormir dans la même chambre que Judgment ou Hell ! Ce sont les plus forts parmi les Douze Chevaliers Sacrés, alors ils devraient être capables de tenir bon quelques temps… »

C’est moi ou cette conversation prend une tournure très étrange ? Je me retournai sur-le-champ, essayant d’éclaircir le malentendu : « Qu’est-ce que vous racontez ! Je ne suis pas attiré par les hommes… Judgment ? »

Hormis ces abominables enfoirés qui murmuraient des trucs à la porte, il y avait aussi la personne par laquelle j’avais le moins envie de me faire prendre qui se tenait là : le Capitaine-Chevalier du Jugement.

Je n’aurais jamais cru qu’il arriverait aussi vite. Il s’est même donné la peine de revêtir ses vêtements de façon propre et ordonnée, quoique ses vêtements ne consistent qu’en un morceau de tissu… Non, c’est une toge noire. Il suffit de la draper sur tout ton corps, et tu es prêt à sortir.

Confronté au regard glacial de Judgment, je ne pus que me préparer et expliquer : « J’ai fait un cauchemar. Je vous ai vu Blaze, Leaf, Ice et toi vous faire tuer. Alors, je me suis précipité jusqu’ici pour confirmer que tout le monde allait bien. »

Malgré le fait que ce que j’avais dit fût la vérité, mes paroles sonnaient si incroyables que même moi j’avais du mal à y croire.

Comme je m’y attendais, non seulement Judgment, mais même tous ceux qui étaient présents révélèrent une expression montrant qu’ils ne me croyaient pas du tout. Un peu découragé, je devinai : « Cependant, tu penses forcément que je raconte n’importe quoi, que je me suis en fait secrètement échappé et que j’invente une excuse au hasard pour te convaincre du contraire. »

Judgment leva légèrement le sourcil.

« En plus, je me trouve dans la chambre d’Ice, alors il y a de fortes chances pour que je sois venu lui réclamer des sucreries. »

Judgment sourit un peu.

« Et la raison pour laquelle j’ai déchiré les vêtements de Ice est probablement parce qu’il a essayé de me convaincre de retourner dans la chambre de confinement et que, si je ne le faisais pas, il irait tout te rapporter. Alors, afin de l’en empêcher, je l’ai agrippé dans un moment de désespoir et ai accidentellement déchiré ses vêtements… »

Judgment hocha la tête. Même les autres révélèrent des expressions comme s’ils venaient soudainement de réaliser ce qu’il s’était réellement passé… Sauf Earth ! Quelques secondes plus tôt, c’était lui qui avait proclamé que je m’étais levé au beau milieu de la nuit pour aller déchirer des vêtements ! Et, à présent, il ose encore afficher une expression soupçonneuse en me regardant ! Quel infâme personnage ! Je m’en souviendrai la prochaine fois, Earth ! Je vais définitivement te le faire payer !

« Judgment ! » grondai-je un peu avec colère : « Dis quelque chose ! N’importe quoi ! Après tout, je sais déjà que, comme je me suis secrètement enfui de la chambre de confinement, tu vas me confiner quelques jours de plus, n’est-ce pas ? »

« Tu te trompes. Je ne te punirai pas cette fois, parce que ce n’est pas nécessaire. » Judgment ouvrit finalement la bouche. Il me fit nonchalamment remarquer : « Sun, tu es en train de marcher sur le gâteau d’Ice. »

« … »

Une fois qu’il eut dit cela, je réalisai subitement… Pourquoi ai-je si froid dans le dos ?

Je m’empressai de dire : « Judgment, dépêche-toi ! Ramène-moi à la chambre de confinement ! N’as-tu pas dit que je n’ai pas le droit d’en sortir ? Je suis prêt à me faire incarcérer pendant trois jours de plus… Même une semaine m’irait ! Sinon, deux semaines ! Que dis-tu de deux semaines ? »

Il employa une vitesse phénoménale pour fermer la porte avec un « bang » sonore.

« … »

 

 

A… Atchoum !

J’éternuai très fort, puis reniflai. C’était plutôt surprenant. Se pourrait-il qu’il s’agisse réellement du légendaire… rhume ?

En tant que Chevalier du Soleil détenant la grâce du Dieu de la Lumière, je n’étais pas tombé malade depuis l’âge de dix ans. Mais, à présent, j’ai réellement attrapé un rhume ! Il semblerait que, cette fois, Ice soit vraiment furieux. Même le sort de glace qu’il a lancé sur moi était extrêmement puissant.

Ah… Ah… Atchoum !

Au même moment où j’éternuais, la porte de la chambre de confinement s’ouvrit, suivie par une voix inquiète me demandant : « Est-ce que tu vas bien ? »

Sans lever la tête, je répondis sèchement : « Je ne vais pas bien du tout. J’ai été envoyé en confinement; je dois remplir et corriger de la paperasse; Ice est en colère contre moi, et j’ai même attrapé un rhume. Je ne pourrais pas être plus misérable ! »

L’individu qui était venu me rendre visite se mit à rire. Même s’il riait, sa voix était toujours aussi grave que d’habitude. L’entendre ne pouvait vraiment pas améliorer l’humeur de quelqu’un… Même si vous effectuiez une recherche à travers la Cité du Bourgeon tout entière, à part le Capitaine-Chevalier du Jugement, vous ne trouveriez personne d’autre capable de produire un rire déprimant au point de ne pas pouvoir rendre quelqu’un plus joyeux.

« Es-tu vraiment si misérable ? » s’enquit Judgment tout en riant.

Après avoir éternué une nouvelle fois, je rétorquai : « Pourrais-je vraiment être plus misérable que maintenant ? »

Judgment leva la main et agita les documents qu’il tenait. Alors qu’il posait la paperasse sur la table, il déclara : « Ice a dit que, pour te punir d’avoir gaspillé de la nourriture, il ne te confectionnera pas de desserts pendant un mois. »

« …J’ai perdu l’envie de vivre à présent ! Tu pourrais aussi bien me tuer à ce stade ! »

Judgment révéla une expression qui se rapprochait d’un sourire sans l’être complètement. « La situation n’est pas si grave, non ? Je peux te donner mes sucreries, et tu vas sûrement demander à Leaf qu’il te donne les siennes également. »

« Ce n’est pas la même chose ! » m’exclamai-je avec objection. « Ice me confectionne toujours des sucreries extrêmement sucrées. C’est ce genre de desserts extrêmement sucrés que j’ai envie de manger ! »

« Ice a endurci son cœur en prenant la décision de ne pas te confectionner de desserts. À ce sujet, il n’y a rien que je puisse faire pour t’aider. Tu connais la personnalité de Ice. Il ne se fâche pas facilement, mais, une fois en colère, il ne sera définitivement pas facile à apaiser. En plus, cette fois, tu as piétiné un de ses desserts, une des choses qu’il chérit plus que tout, au point d’être irrécupérable. Alors, je crains que… »

En entendant tout ce qu’il avait dit jusque-là, mon visage s’assombrit. Si Ice, qui avait normalement un bon tempérament, pouvait être froissé par quelque chose, vous pouviez être certain que c’était de piétiner et gaspiller sans aucune bonne raison les desserts qu’il confectionnait.

Judgment soupira. Il dit avec impuissance : « Je ne peux pas t’aider dans le cas de Ice, mais, si tu pouvais me raconter le genre de cauchemar que tu as fait, je te laisserais sortir de la chambre de confinement et ferais rappeler Adair de vacances. »

Entendant les termes de Judgment, je réfléchis sérieusement à sa proposition. Être incarcéré dans la chambre de confinement ne me dérange pas vraiment… étant donné que, après tout, je m’enferme habituellement dans ma chambre. Donc, en ce moment, je ne fais que changer l’emplacement où je m’enferme. Mais, le terme le plus important de sa proposition est de « rappeler Adair de vacances » !

Si Adair était là, je pourrais lui refiler toute la paperasse et sortir pour acheter des confiseries. Même sans les desserts faits par Ice, j’arriverais à survivre pendant un mois. Si Adair était là et que j’apercevais quelqu’un que je détestais, je pourrais le lui laisser savoir discrètement et lui ordonner d’encercler et de tabasser la personne en question. Si Adair était là, je pourrais pratiquement ignorer toutes les lois et faire des bêtises… Ahem ! Je veux dire « faire comme il me plaira » !

Bien que j’adorerais absolument ravoir Adair, je fis exprès de révéler une expression perturbée et marchandai : « Mais, tu dois tout de même me donner tes sucreries ainsi que celle de Leaf ! »

Judgment acquiesça d’un signe de tête et affirma ensuite : « Je peux te donner les miennes, mais essaie d’éviter le plus possible de prendre les desserts de Leaf, en particulier quand la cafétéria du Temple Sacré est en vacances. Récemment, il a commencé à écrire des lettres à la princesse du Royaume de l’Orchidée Lunaire, et s’est donc mis à effectuer des dépenses supplémentaires pour de l’encre et du papier. Si tu prends également tous ses desserts, je crains qu’il ne meure de faim pendant les vacances. »

« Très bien », acceptai-je à contrecœur.

Judgment marcha jusqu’à moi et s’assit sur le bord du lit à côté de moi. Il me dit : « Maintenant, raconte ! Quel genre de cauchemar as-tu réellement eu qui puisse te pousser à réveiller tout le monde au beau milieu de la nuit ? »

J’hésitai l’espace d’un instant. Malgré le fait que je n’avais pas vraiment envie de songer à mon cauchemar, j’avais déjà accepté les termes de l’entente, alors je lui racontai tout ce qu’il s’était produit dedans clairement et en détails… jusqu’au moment où je le transperçais de mon épée et provoquais sa mort. C’était très malaisant ; je faillis être incapable de poursuivre.

Toutefois, l’expression de Judgment ne changea pas du début jusqu’à la fin. C’était comme si je ne racontais pas le geste effrayant de massacrer les Douze Chevaliers Sacrés, mais que je ne faisais que relater un rêve plutôt ordinaire. Grâce à cela, je réussis avec difficulté à terminer de lui raconter ce qu’il se passait dans le rêve.

Judgment écouta silencieusement jusqu’à la toute fin. Il demeura silencieux pendant un moment et s’enquit soudainement ensuite : « Sais-tu pourquoi ceux qui sont morts étaient Ice, Leaf et Blaze ? »

Je me figeai, ne comprenant pas ce qu’il essayait de me dire. Je lui demandai avec confusion : « Pourquoi eux ? Ce n’est qu’un rêve. Ce n’est pas comme si c’était moi qui les avais choisis. »

« Tu les as choisis », dit Judgment faiblement. « Parce que Leaf est mort une fois auparavant et que Ice et Blaze ont été blessés lors du plus récent incident. Tu ressens un fort sentiment de culpabilité à leur égard. À tes yeux, c’est comme si tu les avais tués toi-même. »

Ainsi… c’est pour cette raison ?

« Cesse de davantage jeter le blâme sur toi. » Judgment poussa un soupir. « Ice et Blaze comprennent ta personnalité, et c’est pourquoi ils t’ont pardonné ce qu’il s’est passé sans la moindre hésitation. Ils craignaient que tu te sentes trop coupable. Ne laisse pas leurs efforts être vains. Trouve en toi la force de te pardonner ! »

« Je ne rejette pas le blâme sur moi ! » rétorquai-je avec agitation. Entendre Judgment prononcer les mêmes mots qu’il avait dit dans le cauchemar, en me demandant de ne pas jeter le blâme sur moi, me fit me sentir très inconfortable. Cela me donnait l’impression que les évènements qui s’étaient produits dans le rêve étaient réels sauf qu’ils se produiraient dans le futur.

En entendant cette réponse, Judgment me regarda droit dans les yeux, me faisant frissonner. Je m’empressai de me défendre : « C’est tout naturel que je rejette le blâme sur moi à un certain point. C’est moi qui ai emmené Leaf hors du royaume et, quand il est mort, je n’étais même pas à ses côtés. En plus, j’ai même blessé Blaze et Ice de mes propres mains. Ils… Tous les trois ont été… À cause de moi… À cause de moi, ils ont tous les trois été… »

Judgment interrompit brutalement mes paroles de remords et dit avec fracas : « Ils dorment tous les trois tranquillement dans leurs chambres ! Leur seule inquiétude est que tu rejettes trop le blâme sur toi ! Sun, il n’y a pas que toi qui se sente triste lorsque tu blesses tes propres frères d’armes ! Stone m’a dit que, quand Leaf avait découvert que tu lui avais menti en affirmant ne pas être aveugle, il s’était senti si mal qu’il avait presque voulu s’arracher les yeux en espérant que ça te rendrait la vue ! »

« Il… Il n’a pas… » Je me levai presque d’un bond avec effroi.

Judgment répondit immédiatement : « Bien sûr que non, Stone a réussi à le convaincre de ne pas le faire. Qui plus est, même s’il s’était réellement arraché les yeux, il n’y aurait aucun moyen de te rendre la vue. C’est seulement en gardant ses yeux qu’il serait en mesure de t’aider. Il devrait comprendre une telle chose. »

Je me détendis. J’ai bien failli faire une crise cardiaque !

Judgment expliqua d’une voix profonde et sincère : « Sun, quand tes frères d’armes sont blessés, tu deviens profondément contrarié. Mais, l’opposé est également vrai; si tu étais blessé, nous serions aussi très inquiets. Par conséquent, si tu ne veux pas que cela se reproduise, la prochaine fois que tu dois faire quelque chose de dangereux, ne le fais pas seul ! »

Je gardai le silence pendant un long moment. Ensuite, je jetai un regard étrange à Judgment. Je lui fis remarquer avec stupéfaction : « Tu parles beaucoup aujourd’hui. »

« Je n’y peux rien », rétorqua Judgment avec froideur. D’une voix encore plus basse, il dit : « Si je ne te dis pas ça clairement tout de suite, je ne sais pas quel genre de choses dangereuses tu feras seul la prochaine fois, nous forçant alors tous à nettoyer derrière toi ! »

Il ne retenait vraiment pas les coups dans cette conversation. Ce n’est pas comme si je veux à dessein les forcer à régler les problèmes que je laisse dans mon sillage. Un brin déprimé, je déclarai : « Désolé, mais je ne me rappelle vraiment pas ce qu’il s’est passé ni pourquoi je me suis retrouvé au royaume de Kissinger, et j’ignore pourquoi j’avais également perdu la mémoire en plus de tout le reste. Je n’en ai réellement aucune idée ! »

« Tôt ou tard, nous découvrirons la vérité », affirma Judgment sans la moindre hésitation. Par la suite, il me regarda droit dans les yeux et décréta : « Si tu souhaites personnellement en faire l’investigation, promets-moi d’emmener d’autres Chevaliers Sacrés avec toi. Ne porte pas le poids du monde sur tes épaules. »

« D’accord. » Cette fois, j’acquiesçai sur-le-champ. Je n’avais aucune envie de perdre la mémoire à nouveau, et je ne souhaitais plus jamais blesser les Douze Chevaliers Sacrés de mes propres mains non plus.

Après avoir eu cette discussion jusqu’à ce point précis, Judgment adoucit enfin son expression. « Dans ce cas, je vais retourner dormir. Tu devrais retourner dans ta chambre également ! Avant que je ne vienne, j’avais déjà ordonné à Hell d’aller vaquer à ses occupations habituelles. » Lorsqu’il eut fini de parler, il se leva et tourna les talons pour s’éloigner.

Je l’observai se retourner, toujours sous l’impression qu’il y avait quelque chose d’étrange. Je ne pus m’empêcher d’ouvrir la bouche pour m’enquérir : « Judgment, tu n’es normalement pas du genre à revenir sur ta parole. Alors, comment se fait-il que tu aies affirmé que tu me confinerais pendant un mois, et pourtant tu es d’accord pour me relâcher malgré le fait qu’il ne se soit écoulé qu’un peu plus de deux semaines depuis ? »

Judgment s’arrêta de marcher et tourna lentement la tête dans ma direction. Avec un sourire, il annonça : « L’Aigle Silencieux de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre est en visite au Royaume du Son Oublié. Il en va de ta responsabilité de l’accueillir, alors je suis forcé de te relâcher. »

« … Je me suis encore fait avoir ! »

Énervé et exaspéré, je m’exclamai : « Judgment ! Tu… Tu es vraiment devenu mauvais, c’est moi qui te le dis ! »

Judgment éclata de rire et sortit de la pièce. « Il va de soi que je suis une “mauvaise” personne. Aurais-tu oublié que mon identité est celle du Capitaine-Chevalier du Jugement que tout le monde craint ? Alors ? Que dis-tu, bon et miséricordieux Capitaine-Chevalier du Soleil ? »

« Mais, je ne suis pas du tout une bonne personne, alors tu n’as pas le droit de devenir mauvais ! Si tu deviens réellement une mauvaise personne, cela ne ferait-il pas de moi ta plus grande victime ? Non, Judgment… Il faut impérativement que tu demeures une bonne personne, exactement comme Leaf… Hé ! Arrête de m’ignorer ! »

 

 

« Grisia ! Tu ne pourras jamais m’échapper. Tu ne pourras définitivement jamais m’échapper. Alors, reste tranquille et…. laisse-moi simplement te tuer, d’accord ? »

J’ouvris brusquement les yeux. Cette fois-ci, je ne paniquai pas comme la dernière fois. Au lieu de cela, je me servis en premier de ma capacité à percevoir les éléments. Comme je m’y attendais, je me trouvais dans ma chambre, et j’étais seul à l’intérieur. Personne ne s’apprêtait à me tuer.

Un autre mauvais rêve ?

Pourquoi est-ce que je fais des mauvais rêves aussi fréquemment ces derniers temps ? Pourrait-il s’agir d’un effet secondaire de ma perte de mémoire ? De plus, qui veut me tuer ? Est-ce Scarlet ? Et, quelle est la relation entre Rose et Scarlet ?

Ces questions étaient suffisantes pour me filer une sacrée migraine, et c’était avant même d’avoir pris en considération ce que Judgment m’avait annoncé. L’Aigle Silencieux de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre est en visite au Royaume du Son Oublié… Pourquoi est-il soudainement venu jusqu’ici ? Que celui qui fût à la tête de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre vînt au Royaume du Son Oublié, quartier général d’une religion ennemie, était aussi étrange que si moi, le Chevalier du Soleil, je me rendais au Royaume de Kissinger… Euuuuh !

D’accord, il est vrai que je me sois rendu au Royaume de Kissinger récemment, donc que celui-ci vienne au Royaume du Son Oublié ne paraît pas si étrange après tout.

Scarlet, Rose, l’élément des ténèbres, et l’Aigle Silencieux… Tout semble relié à la Cathédrale du Dieu de l’Ombre. Pourquoi ne débuterais-je pas mon investigation avec la Cathédrale du Dieu de l’Ombre ? Je finirai bien par découvrir quelque chose !

Cependant, la Cathédrale du Dieu de l’Ombre n’était pas un sujet qui m’était familier. Je devrais poser la question à quelqu’un pour en connaître davantage.

Une fois que je me fus levé et habillé, je me brossai les cheveux et touchai ensuite mon visage… Après deux semaines en confinement durant lesquelles j’avais été en mesure d’appliquer des masques tous les jours, ma peau était devenue si douce et claire que je préfèrerais presque toucher ma peau plutôt que celle d’une femme… Toutefois, si j’avais réellement la chance de toucher la peau d’une femme, je ne serais pas contre l’idée de ne pas avoir un visage avec une peau aussi magnifique !

Mais, je digresse… Dans tous les cas, même Roland affirmait que ma peau était devenue encore plus blanche que celle des créatures des ténèbres. Mon apparence ne pourrait pas avoir l’air plus parfaite, et elle collait bien à l’image du Chevalier du Soleil possédant une belle apparence et une magnifique peau claire. Par conséquence, en ce moment même, je pouvais sans problème sortir pour questionner les gens !

« La Cathédrale du Dieu de l’Ombre ? »

Storm leva les yeux au ciel. Brusquement, il dit : « Crois-tu réellement que je sais tout ? Je suis uniquement au courant des rumeurs concernant notre royaume ! Si tu comptes poser des questions au sujet d’un royaume aussi éloigné, j’ai bien peur de ne pas posséder ce genre de compétence remarquable ! »

« Je vois », répondis-je avec déception.

Sans doute parce qu’il voyait que j’étais extrêmement déçu, Storm secoua la tête et ajouta : « Tu poses la question à la mauvaise personne. Va demander à Cloud ! Il pourrait avoir lu des choses à ce sujet quelque part dans les livres. Ce type est une véritable encyclopédie ambulante ! »

En entendant la mention de Cloud, je réalisai subitement qu’il serait vraiment plus approprié de poser ces questions à ce dernier ! Il semblerait que j’aie posé tellement de questions à Storm récemment que, quand quelque chose se produit, ma première réaction est d’aller le voir pour le questionner.

« Tu as la gratitude de Sun, mon frère Storm, puisque tu as éclairci le brouillard dans lequel nageait Sun et lui as permis d’atteindre la splendeur du rayon de soleil, faisant de ce fait en sorte que Sun reçoive l’illumination joyeuse de la lumière. Sun remercie le Dieu de la Lumière, et Sun remercie son frère d’armes Storm. »

Storm rétorqua, son visage dénué d’expression : « Si tu tiens réellement à me remercier, ne me remercie plus jamais. Combien de fois faut-il que je te le répète ? Tu le fais exprès, n’est-ce pas ? C’est comme lorsque tu prononces nos noms de la mauvaise façon… Non ! Tais-toi ! Ne m’appelle pas par ce nom ! »

Je fermai la bouche et acquiesçai docilement d’un signe de tête. Puis, j’agitai la main en signe d’aurevoir. Après avoir effectué dix pas, je confirmai que je me trouvais à une distance assez éloignée pour que, peu importe à quelle vitesse il se déplacerait, il serait incapable de foncer sur moi, me mettre son poing dans la figure sans que les autres le remarquent, et retourner à sa position originale comme si rien ne s’était produit. Ce fut à ce moment précis que je lui dis aurevoir.

« À plus tard, “Décédeo”! »

« … »

De derrière moi provint la voix énervée de Storm : « Sun, Adair a encore besoin de trois jours de repos avant de pouvoir reprendre du service. Donc, pendant ces trois jours, n’oublie pas de t’occuper de ta paperasse ! Hé ! Ne fais pas semblant d’être sourd ! »

Je n’entends rien. Je suis sourd. Je n’entends rien… Je m’empressai de partir et me dirigeai tout droit vers la bibliothèque.

Depuis que le Pape avait renvoyé la bibliothécaire et avait ordonné à Cloud de s’occuper de la bibliothèque, Cloud n’était jamais parvenu à se libérer de ses fonctions à temps partiel en tant que nouveau bibliothécaire. Malgré l’abondance des récentes récoltes et l’augmentation des dons en argent auprès de l’Église, le Pape ne lui avait toujours pas permis de quitter ce poste.

Par conséquent, je suis sûr que ce foutu vieux Pape avait prévu le coup depuis le début. Pour éviter de devoir payer un salaire à un bibliothécaire, il a poussé le Capitaine-Chevalier du Nuage, qui possède déjà un poste haut-placé et bien rémunéré, à devenir le nouveau bibliothécaire gratuitement. C’est tout simplement… Un coup de génie !

Parce que, à présent, quand je suis à la recherche de Cloud, je n’ai plus besoin de me promener de façon disgracieuse en hurlant pour l’appeler en espérant le trouver au passage. Je n’ai qu’à me rendre à la bibliothèque pour le trouver, ce qui est beaucoup plus pratique. Plusieurs chevaliers sacrés, particulièrement ceux appartenant au Peloton du Chevalier du Nuage, avaient applaudi le plan concocté par le Pape pour économiser de l’argent.

Je pénétrai dans la bibliothèque, et plusieurs chevaliers levèrent la tête pour me saluer. Après avoir souri à chacun d’entre eux, je marchai jusqu’au bureau des renseignements de la bibliothèque et sonnai élégamment la cloche sur la table.

Je n’eus à faire sonner la cloche que deux fois avant que Cloud n’« émergeât » de derrière la table. Il ne révéla que sa tête et n’« émergea » pas d’avantage.

Je lui souris tout en le regardant, et il me regarda également en silence. Après nous être fixé du regard pendant quelques secondes, Cloud se leva tranquillement et me suivit sans un mot jusqu’à l’extérieur. Évidemment, lui seul gardait le silence ; je souriais et saluais les gens pendant toute la durée de notre déplacement. Bien que j’eusse toujours détesté sourire et saluer les gens, après avoir été confiné pendant deux semaines et n’avoir eu de contact qu’avec quelques-uns des Douze Chevaliers Sacrés, je ne trouvais plus l’idée aussi désagréable à présent.

Alors que je traversais le couloir du Temple Sacré avec un sourire aux lèvres, je dis à Cloud : « Je suis à la recherche d’informations concernant la Cathédrale du Dieu de l’Ombre. »

Cloud pencha la tête sur le côté et commença à relater d’une voix monotone : « Il y a environ sept cents ans, en l’an 125 du Calendrier Sacré, comme pour jeter une ombre sur l’Église du Dieu de la Lumière qui se fonde sur la bienveillance et sur le Monastère du Dieu de la Guerre qui valorise surtout la force, le mot “ténèbres” se mit à circuler parmi le peuple. Le point central était l’idée de pouvoir agir selon ses propres désirs… »

« Je ne veux pas connaître l’origine de son existence ! » le coupai-je un peu avec impuissance. « Mon service en tant que Chevalier du Soleil serait terminé d’ici à ce que je finisse de t’écouter me raconter toute leur Histoire. Parle-moi de la connexion entre le représentant de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre, les prêtres et prêtresses de l’ombre, et l’Aigle Silencieux. »

Cloud se figea pendant un moment, puis il ouvrit à nouveau la bouche pour ajouter : « Le représentant de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre est le Roi Démon. L’Aigle Silencieux ainsi que les prêtres et les prêtresses de l’ombre existent pour le servir. L’Aigle Silencieux est le commandant des chevaliers noirs. D’un autre côté, les prêtres et prêtresses sont peux nombreux, s’avoisinant habituellement à trente. Néanmoins, chaque prêtresse ou prêtre de l’ombre est extrêmement puissant… »

À présent, il paraissait perdu, ne sachant pas comment poursuivre.

Ce que Cloud venait de me relater était essentiellement les parties que je connaissais déjà. Hormis l’information de base, je n’en savais pas plus au sujet de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre.

J’hésitai. Puis, je pris l’initiative et lui demandai : « Dis-m’en plus à propos de leur représentant. Par exemple, comment est-il choisi ? »

Cloud hésita à son tour et secoua ensuite la tête. Il déclara : « Cette information n’a été inscrite dans aucun texte officiel aux archives. Je n’ai entendu que des rumeurs. »

« Ce n’est pas un problème, raconte-moi ce que tu as entendu ! » insistai-je. Après tout, les rumeurs sont parfois plus véridiques que ce qui est inscrit dans les livres !

« On raconte que c’est le Dieu de l’Ombre qui choisit le Roi Démon. »

Comment cela pourrait-il être possible ? Je devins silencieux. Sans doute parce qu’il avait vu l’expression sur mon visage, Cloud hocha la tête, comme pour montrer son accord. Toutefois, il ajouta : « Il ne s’agit probablement pas du Dieu de l’Ombre, mais plutôt d’une sorte de relique sacrée laissée par le Dieu, similaire à l’Épée Divine du Soleil. De nombreuses rumeurs racontent que le Dieu de la Lumière choisit son Chevalier du Soleil à travers l’Épée Divine du Soleil. »

Évidemment, ce ne sont ni l’Épée Divine du Soleil ni le Dieu de la Lumière lui-même qui choisissent le Chevalier du Soleil, mais plutôt le précédent Chevalier du Soleil. Personne n’est mieux placé que moi pour le savoir.

Il est vrai que j’ai déjà entendu cette rumeur auparavant. Quelque chose à propos de comment seul le véritable Chevalier du Soleil peut tirer l’Épée Divine du Soleil hors d’un rocher dans lequel elle a été enfoncée, et comment ceux qui ne sont pas l’élu étaient incapables de la retirer. Ou quelque chose comme quand le véritable Chevalier du Soleil touche l’Épée Divine du Soleil, l’épée divine se met à briller ou même parler, des histoires de ce genre. Elles ont toujours été les histoires que les bardes préféraient chanter.

Mais, en réalité, si vous étiez un chevalier sacré ou même un prêtre du Dieu de la Lumière, vous pouviez faire briller l’Épée Divine du Soleil, à condition que vous recouvriez l’épée avec de la lumière sacrée.

C’est sans oublier le fait que, si l’Épée Divine du Soleil était réellement enfoncée dans un rocher, parmi les Douze Chevaliers Sacrés, la personne qui aurait le moins de chance de pouvoir la retirer serait moi… D’accord, parfois, on ne peut pas se fier aux rumeurs non plus.

Néanmoins, tel que nous le disions plus tôt, la soi-disant idée selon laquelle le Dieu de l’Ombre choisit Son représentant peut aussi provenir d’une rumeur au sujet d’une relique sacrée. Je fis rapidement connaître à Cloud le fil de mes pensées et lui demandai alors : « Les chevaliers noirs ne possèderaient pas quelque chose comme l’Épée Divine de l’Ombre, n’est-ce pas ? »

Cloud secoua la tête : « Cette information n’est inscrite dans aucun texte. »

« Est-il possible que des fillettes puissent être des prêtresses de l’ombre ? » m’essayai-je à demander.

« Cette information n’est inscrite dans aucun texte. »

« Le Roi Démon et l’Aigle Silencieux entretiennent-ils une relation harmonieuse ? »

« Cette information n’est inscrite dans aucun texte. »

« …Existe-t-il une chose que tu connaisses et qui ne soit inscrite dans aucun texte ? »

Cloud n’hésita pas du tout une seconde pour employer un ton monotone et répondre : « Les gens ont besoin de manger, de dormir et d’aller aux toilettes. Je suis le Chevalier du Nuage. Tu es le Chevalier du Soleil. Nous ne devons provoquer ni ta colère ni celle du Capitaine-Chevalier du Jugement… »

« Je te remercie de tout cœur pour ta réponse, mais, je t’en prie, ferme-la ! »

Cloud ferma la bouche avec une extrême docilité.

Il semblerait que je ne fusse pas en mesure d’obtenir d’information utile de Cloud non plus. N’ai-je réellement pas d’autres options que d’aller questionner Rose ? À l’origine, je n’avais vraiment pas envie de partir à sa recherche jusqu’à ce que j’eusse clarifié certaines choses pour moi-même.

Cependant, si je dois aller trouver Rose pour découvrir la vérité, dans ce cas je le ferai. Après tout, c’est une question à laquelle je dois absolument obtenir une réponse. Sinon, je serai incapable de me débarrasser de ce sentiment de malaise… Je ne peux pas laisser un incident majeur tel que mon amnésie se reproduire !

Je me retournai pour faire face à Cloud. « Cloud, pour le moment, suis-moi pour régler certaines affaires avec moi. »

Puisque Judgment tenait à ce que je demandasse à l’un des Douze Chevaliers Sacrés de me suivre pour enquêter et ainsi empêcher le moindre accident de survenir, dans ce cas, je me devais évidemment de choisir celui qui était le plus obéissant et qui savait le mieux comment bien se comporter !

À l’origine, Leaf était également un très bon choix, étant donné que, si je lui avais ordonné de me suivre, j’aurais pu lui emprunter quelques-unes de ses épices pour le repas du soir ! Néanmoins, depuis qu’il a découvert que je lui ai menti, il me regarde sans cesse avec des yeux emplis d’une profonde tristesse, me faisant me sentir inconfortable. Par conséquent, il vaudrait mieux que je ne le lui demande pas !

« Le Pape m’a ordonné de rester à la bibliothèque », répondit Cloud sans expression.

Fichu vieux Pape ! Il possède de nombreux guérisseurs sous ses ordres qu’il pourrait employer, et pourtant je dois constamment me disputer avec lui pour l’empêcher de me voler mes chevaliers sacrés !

Je répliquai sur-le-champ : « Eh bien, réponds-tu aux ordres du Pape ou aux miens ? Que dis-tu, Capitaine-Chevalier du Nuage ? »

Cloud prit quelque secondes pour réfléchir. « Aux tiens. Les textes racontent que les Douze Chevaliers Sacrés doivent obéir au Chevalier du Soleil. »

…Donc, la raison pour laquelle tu es aussi obéissant, c’est parce que les écrits affirment que tu dois faire tout ce que je te dis ? Dans ce cas, devrais-je emprunter le manuscrit en question et forcer les Douze Chevaliers Sacrés à le lire ? Non, pas seulement les Douze Chevaliers Sacrés, le Pape devrait le lire lui aussi !

« Sun ! »

Je n’avais pas besoin de me retourner pour voir que Storm courrait rapidement dans ma direction. Une fois qu’il m’eût rejoint, il annonça clairement et brièvement : « Le Pape te cherche. »

Je regardai à gauche et à droite. Aucun chevalier sacré ne se trouvait à proximité, alors je changeai ma façon de parler et m’enquis simplement : « Que se passe-t-il ? »

« L’Aigle Silencieux vient d’arriver. » Après qu’il eut fini, Storm ajouta à voix basse : « Le Pape et Judgment ne semblent pas très ravis. La Cathédrale du Dieu de l’Ombre penche davantage vers l’élément des ténèbres, alors ils ne sont pas vraiment la bienvenue au Royaume du Son Oublié. »

L’Aigle Silencieux… Attendsun ? Il est arrivé juste au bon moment ! Je serai peut-être en mesure de lui soutirer quelques informations au sujet de Rose.

Toutefois, j’éprouvais également quelques doutes. L’Aigle Silencieux est en fait venu jusqu’ici par coïncidence à ce moment précis. Se pourrait-il… qu’il sache que j’ai visité le Royaume de Kissinger ?

Dans tous les cas, je vais aller à sa rencontre, et on verra bien !

La Légende du Chevalier du Soleil T5Prologue : Le soleil scellé

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 5 : La Liche Immortelle, Partie 1

Roman d’origine en chinois par : 我 (Yu Wo)


Prologue: The Sealed Sun – traduit du chinois à l’anglais par raylight[PR!]
Prologue : Le soleil scellé – traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

« Arrête-toi ! »

Je cessai d’avancer. Même si ces personnes ne représentaient aucune menace pour moi, m’arrêter pour m’amuser un peu avec elles semblait être une bonne façon de passer le temps.

« Regarde-nous… Tourne-toi, ouvre les yeux et regarde-nous ! » Je pouvais entendre que l’individu essayait de réprimer la contrariété dans sa voix, mais y arrivait très mal. En fin de compte, il hurlait pratiquement le reste de ses paroles.

« Pourquoi donc ? » Je choisis de ne pas suivre ses ordres et me contentai de sourire en disant : « Je n’ai pas besoin d’ouvrir les yeux. Je peux tous vous voir, et je perçois tout très clairement. »

Oui, je pouvais tout voir très clairement. Le temple derrière moi était à l’origine un édifice ordonné et spectaculaire. À l’entrée, il y avait deux gigantesques portes en pierre. Quand les portes étaient fermées, le centre formait un grand symbole représentant le soleil. De chaque côté se dressaient de longs piliers. Derrière les piliers de pierre, il y avait d’énormes murailles en forme d’éventails qui s’étendaient pour entourer une place centrale archée.

Cependant, qu’il s’agît de la porte, des piliers ou des murs, tout était orné de décorations insignifiantes, m’obligeant à dépenser davantage d’efforts physiques et mentaux que d’habitude pour percevoir ces choses inutiles !

Néanmoins, à présent, tout avait l’air beaucoup mieux. Tous les piliers s’étaient écroulés au sol, les motifs de décoration avaient été aplatis, et j’avais déjà détruit les deux gigantesques portes en pierre en les faisant exploser. Le temple tout entier avait été transformé en un énorme tas de pierres. Ainsi, percevoir le tout était devenu beaucoup plus aisé. Tout ce que j’avais besoin de percevoir était la forme grossière des choses pour éviter de trébucher sur des rochers en marchant. Pour ce qui était du genre de motifs décoratifs se trouvant sur les pierres, ils n’avaient plus aucune importance désormais.

« Sun ! Tourne-toi et regarde-nous ! »

Comme ce type est agaçant !

Je me téléportai simplement devant lui, avec seulement une distance d’environ dix centimètres restant entre nous, et ouvris ensuite les yeux. Tandis que je parlais, je lui crachai mes paroles au visage à chaque expiration. « Comme tu le voudras. Comment oses-tu me retenir et m’ordonner d’ouvrir les yeux ! Aurais-tu envie de mourir à ce point ? »

La respiration de l’autre personne s’accéléra, et l’homme dit avec panique : « Tes yeux… »

« Qu’est-ce qu’ils ont ? » Je le narguai. « Sont-ils noirs eux aussi ? Est-ce si inhabituel ? Mes yeux ne sont pas les seules choses à avoir changé de couleur. »

Au lieu de cela, il nia catégoriquement : « Ils ne sont pas noirs… Ils sont… »

« Je ne veux rien entendre ! » Après avoir poussé un grognement sourd, je ridiculisai : « Je suis incapable de voir la couleur que tu dirais de toute manière. Alors, le monde entier n’a besoin d’être que d’une seule couleur, et ce sera suffisant. C’est le noir, noir, et noir ! Hahaha ! »

Je relâchai une soudaine explosion de l’élément des ténèbres et envoyai valser son corps tout entier. Il avait déjà des blessures graves au départ, alors il était complètement dans l’incapacité de contrer l’attaque. Immédiatement après s’être pris l’attaque de plein fouet, il effectua plusieurs tonneaux sur le sol et se couvrit ensuite la bouche avec la main en toussant violemment. Ce qu’il expulsa hors de sa bouche en toussant fut du sang.

Parmi les chevaliers jonchant le sol, seuls deux d’entre eux étaient encore capables de tenir debout. Dès qu’ils virent que la personne grièvement blessée crachait beaucoup de sang, ils révélèrent instantanément une expression anxieuse et se levèrent pour l’aider à se relever. Toutefois, leurs propres blessures n’étaient pas non plus légères. Quand ils soulevèrent l’homme, ils manquèrent de basculer d’un côté et de l’autre. S’ils étaient réellement tombés, dans ce cas j’imagine que leurs blessures à tous les trois seraient devenues encore plus graves. Ils seraient tout bonnement morts par stupidité !

Me moquant, je déclarai : « Quelle bande d’imbéciles vous faîtes ! Si vous étiez restés éloignés de cet homme, vous auriez peut-être pu garder la vie sauve. »

Ils levèrent tous les trois la tête, et l’imbécile, qui était soutenu par les deux autres, rugit à mon intention : « Sun ! C’est vraiment ce que tu crois ? »

« Je suis Grisia. » répliquai-je avec mécontentement. Que vais-je devoir faire pour que ce type se souvienne enfin de mon nom ? Je l’ai toujours appelé par son nom. Il s’appelle… Euh ! Quel est son nom déjà… Ah, oui, c’est Lesus !

Je me souviens à présent. Avec un sourire, je dis : « Lesus du Jugement, si tu t’agenouilles devant moi et m’appelle Grisa, peut-être que j’envisagerai l’idée de t’épargner. »

Lesus me fixa du regard, et son expression afficha… du chagrin, je présume ? Peut-être que c’est le cas, ou peut-être que je m’imagine des choses. Il est sans doute juste contrarié. Qui sait, peut-être qu’il songe réellement à savoir s’il devrait s’agenouiller et me supplier de l’épargner ? Hahaha !

À ce moment précis, l’un des chevaliers qui soutenaient Lesus s’écria subitement : « Tu n’es pas Sun, et tu n’es pas non plus Grisia. Tu n’es rien du tout ! »

Je cessai brusquement de rire et toisai froidement celui qui avait parlé. Cette personne était… Chikus. C’est ça, son nom est Chikus. Il a cette sale manie de toujours me dire des choses que je n’aime pas entendre.

« Tue-les, Roland. Tue-les tous… » Je m’arrêtai un instant et désignai Lesus du doigt en ajoutant : « Sauf celui-là. Je vais personnellement lui régler son compte ! Tu peux commencer, j’ai envie d’admirer l’expression d’impuissance sur son visage alors que ses collègues meurent les uns après les autres ! »

« Compris ! » Roland me dépassa et marcha jusqu’à Lesus et les autres. Dans sa main, il tenait son héritage familial, une épée maudite.

C’est étrange, était-il là il y a un instant ? J’étais un peu soupçonneux. Théoriquement, rien ne devrait pouvoir échapper à mes capacités de perception, en particulier l’élément des ténèbres dense qui émanait de Roland.

Au même moment, Roland fondit vers l’avant avec sa lame, sa vitesse telle qu’il ne laissa qu’une traînée de lumière sombre derrière lui. Ce ne fut que lorsqu’il brandit son épée en direction de Chikus que je pus le voir nettement. Chikus fut complètement incapable de réagir à temps, et l’épée s’abattit sur son l’épaule. Celle-ci le traversa de part en part jusqu’à la poitrine, lui tranchant peut-être même le cœur en deux.

Avant même d’avoir le temps de pousser un hurlement, Chikus s’effondra sur-le-champ.

« Blaze ! »

L’autre chevalier qui soutenait Lesus était Elmairy. Il hurla avec agitation et s’apprêtait à foncer pour aider son autre collègue. Cependant, Roland retira l’épée du cadavre de Blaze et, d’un coup du revers, il parvint à couper net la tête d’Elmairy.

Je m’avançai vers le dernier chevalier avec un rire maniaque. À présent, il ne reste que Lesus. Celui-là… J’ai envie de m’occuper de lui personnellement !

Tout à coup, une ombre passa à toute vitesse et vint se tenir devant Lesus. Il s’agissait d’Ecilan. Il écarta les deux bras pour protéger Lesus et me cria : « Sun, arrête-toi maintenant ! Est-ce que tu te rends même compte de ce que tu es en train de faire ? Aucun des Douze Chevaliers Sacrés ne ferait jamais de mal aux autres Douze Chevaliers Sacrés, c’est toi-même qui l’as dit par le passé ! »

Je reniflai froidement en réponse, et Roland se précipita vers lui immédiatement. Il leva son épée et, de deux coups de sa lame, il blessa Ice en le marquant d’un X sur la poitrine. La blessure était si profonde qu’on pouvait voir le blanc de ses os.

Après avoir accompli son travail, il retira sa lame et recula de quelques pas. Ecilan s’écroula ensuite lentement. Évidemment, c’était le genre de chute dont personne ne pouvait jamais se relever.

« Arrête ! Arrête ! »

Lesus avait l’air si empreint de douleur, au point de donner l’impression de souhaiter être mort. Ce dernier leva une épée qui irradiait de la lumière sacrée… C’est étrange. Tenait-il cette épée il y a un instant ? J’étais de nouveau soupçonneux. Néanmoins, ce que dit Lesus par la suite attira automatiquement mon attention.

« Grisia, Grisia ! Je t’en supplie, prends l’Épée Divine du Soleil ! Prends-la ! »

« Puisque tu m’as appelé par mon nom… Très bien, comme tu voudras. »

Je marchai jusqu’à lui et tendis la main pour saisir l’Épée Divine du Soleil. La lumière sacrée à la surface de l’épée me fit me sentir extrêmement inconfortable. Elle m’aveuglait presque. Sur mes mains, je pouvais ressentir une sensation de chaleur, mais elle ne me faisait pas mal.

À cet instant, Lesus révéla une expression d’espoir. Il essaya d’appeler : « Sun ? »

Après que je l’eus regardé et lui eus retourné un sourire, il me sourit également. Toutefois, par la suite, il baissa la tête pour contempler le sol couvert de cadavres et, avec une grande souffrance apparente, il dit : « Su-Sun… Ne rejette pas trop le blâme sur toi; tout ça n’a rien à voir avec toi. Tout ça est la faute de la personne qui a causé leur mort. »

« Non, ça a quelque chose à voir avec moi. » Je rétorquai avec un sourire : « Parce que c’est moi qui ai ordonné à Roland de les tuer. »

Lesus se raidit.

À ce moment, j’enfonçai l’Épée Divine du Soleil vers l’avant et, avant même que Lesus eût cessé de bouger, la lame de l’épée avait déjà pénétré son torse, ne laissant dépasser que le pommeau.

Lesus tituba, mais parvint tout de même à tenir debout. Il leva même la tête et, avec un sourire amer, il décréta : « Grisia… Non, tu n’es pas Grisia. Même si tu avais été Grisia, celui-ci ne nous aurait jamais tués. Grisia est mort. Il est mort depuis longtemps. Tu n’es… Tu n’es que… »

Je suis… ?

Lesus, Lesus ! Ne t’écroule pas mort tout de suite, dis-moi…

Qui suis-je exactement ?

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle #14 : Quand mon Maître n’était pas encore mon Maître – Partie 3

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles

Roman d’origine en chinois par :  Yu Wo 


Side Story #14: When Teacher Wasn’t Yet Teacher Part Three – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Histoire parallèle #14 : Quand mon Maître n’était pas encore mon Maître – Partie 3 – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par AkaiiRia

« Je viens au rapport, Capitaine-Chevalier du Jugement. Je suis seulement parvenu à découvrir que le Chevalier du Soleil s’est préalablement rendu dans ce quartier avant de disparaître. Je n’ai pas réussi à découvrir autre chose. »

Kleenly rassembla son courage pour faire son rapport, en pressentant que les jours lui étaient comptés avant qu’il ne fût traîné de force et cloué au pilori.

Les sourcils de Chasel se froncèrent, et ce dernier contempla l’étroite allée devant laquelle ils se trouvaient. Ils avaient quitté les rues principales de la Cité du Bourgeon et se trouvaient déjà à bonne distance de l’Église du Dieu de la Lumière. Cependant, il ne trouvait pas étrange que Neo fût venu ici. Leur Chevalier du Soleil avait toujours été un grand imbécile pour ce qui était de son sens de l’orientation. Peu importe l’endroit où il se retrouverait dans la Cité du Bourgeon, cela n’aurait rien d’insolite.

Même si Neo prétendait toujours qu’il se baladait, tout le monde connaissait la vérité. Si vous ne vouliez pas que Neo fût en retard, ou si vous désiriez qu’il se présentât tout simplement à un rendez-vous ou une réunion, il valait mieux lui laisser un guide.

Après que Chasel eut murmuré ses pensées en aparté, il ordonna à Kleenly : « Nous allons entrer dans l’allée. Tu vas demander aux gens des environs si quelqu’un a vu un homme blond aux yeux bleus et à la peau pâle venir ici. Ne dis pas que c’est le Chevalier du Soleil. Neo ne portait peut-être pas son uniforme. »

Neo était une personne tellement tape-à-l’œil. Il devrait avoir laissé une forte et durable impression aux gens.

Chasel se tint sur le côté et observa la scène, tandis que Kleenly interrogeait chaque résident. Pour être franc, si cela avait été possible, il aurait voulu mener l’interrogatoire lui-même. De cette façon, il aurait pu chercher les sens cachés derrière leurs paroles. Malheureusement, il était entièrement vêtu de noir, et il dégageait une impression sérieuse et imposante. Une personne ordinaire se mettrait sur ses gardes dès qu’il ou elle l’apercevrait. Il n’était vraiment pas fait pour poser des questions — à moins que l’interrogatoire n’eût lieu au Tribunal.

Kleenly continua de questionner davantage d’habitants. Ils se souvenaient tous de Neo, mais personne ne lui avait parlé. Finalement, ils parvinrent à trouver quelqu’un qui possédait des informations utiles.

« Cette personne semble avoir discuté avec Aris. C’est la fille de la famille Hills. Sa maison se trouve au coin de cette rue là-bas. Quelle pauvre enfant ! Pour commencer, elle a perdu ses parents, et maintenant… »

Lorsqu’il obtint cette information, Kleenly tourna la tête et regarda Chasel. Ce dernier lui indiqua de se rendre au coin de la rue et de frapper à la porte.

Juste après avoir frappé, une jeune femme ouvrit la porte et se tint timidement dans son embrasure. Elle avait l’air d’avoir environ quinze ans.

Elle est encore si jeune. Ne me dîtes pas qu’elle est l’une des nombreuses conquêtes de mon Capitaine ? L’imagination de Kleenly s’emballa.

« Bonjour. » Voyant que la jeune femme le dévisageait avec méfiance et crainte, Kleenly fit de son mieux pour adoucir son ton. « Puis-je vous demander si vous êtes bien Aris ? »

La jeune femme acquiesça.

« Je suis un chevalier sacré de l’Église du Dieu de la Lumière, et je suis actuellement en train d’enquêter sur une affaire. Avez-vous parlé avec un homme blond aux yeux bleus récemment ? »

Aris hésita l’espace d’un instant, mais répondit tout de même : « Oui, en effet. »

« De quoi avez-vous parlé tous les deux ? »

La jeune femme refusa d’en dire plus. Elle fronça les sourcils et eut l’air de vouloir fermer la porte.

Kleenly expliqua immédiatement : « Cette personne est mon Capitaine. Récemment, il est revenu gravement blessé, mais il refuse d’expliquer quoi que ce soit. Nous voulons juste savoir ce qu’il s’est passé pour empêcher qu’il ne reçoive de si lourdes blessures à l’avenir ! »

Après avoir dit cela, Kleenly s’arrêta net, réalisant ce qu’il venait tout juste de dire et découvrant qu’il n’était en fait pas aussi indifférent qu’il l’avait cru quant au « style de vie paisible » qu’il avait mené ces dernières années. Lui et les autres disaient souvent que leur vie quotidienne était merveilleusement relaxante comparée à celle des autres pelotons.

Il était vrai qu’elle avait été relaxante, mais elle avait aussi été extrêmement monotone… Kleenly se sentait un brin abattu.

« Le Capitaine ne veut rien nous dire. Il pourrait tout aussi bien n’y avoir aucun membre dans son peloton, non ? Ah, ce n’est pas tout à fait exact non plus. Au moins, il a toujours besoin de nous pour “corriger des documents” », déclara-t-il d’un ton plein d’autodérision.

En l’entendant, la méfiance d’Aris s’estompa enfin. Elle essaya même de le consoler en lui disant : « Ne soyez pas triste. Cette personne a l’air d’être quelqu’un qui ne sait pas comment agir de concert avec les autres. »

Kleenly la dévisagea avec gratitude.

« Quand je l’ai rencontré, j’étais agenouillée devant ma maison, en pleurs. Ce grand frère est passé là par hasard et m’a demandé pourquoi je pleurais. Je lui ai révélé que mon petit frère avait disparu. »

« Comment a-t-il disparu ? » Kleenly était plutôt surpris. Il n’aurait jamais pensé que son Capitaine pût se préoccuper d’une jeune femme en larmes au bord de la route, tout particulièrement lorsqu’elle n’avait que quinze ans, ce qui la plaçait hors de la « catégorie » tombant sous la protection de son Capitaine.

Les lèvres d’Aris tremblèrent, et des larmes s’écoulèrent de ses paupières, lorsqu’elle expliqua : « Il jouait dehors quand un sale type l’a saisi de force. J’ai vu la scène se dérouler à travers la fenêtre, et je me suis lancée à leur poursuite, mais je n’ai pas du tout réussi à les rattraper. Il a disparu si simplement et abruptement, mon seul et unique frère ! »

En voyant ses joues trempées de larmes, Kleenly ne sut que faire.

« De quoi avait l’air le malfaiteur, et que portait-il ? »

Lorsqu’Aris redressa la tête, son champ de vision fut complètement obscurci par du noir. Elle fit un bond en arrière sous le choc, et referma immédiatement la porte avec un « bang » retentissant.

« … »

Chasel lui commanda froidement : « Qu’est-ce que tu attends pour frapper ? »

Kleenly s’empressa de frapper et expliqua : « C’est notre Capitaine-Chevalier du Jugement… »

De derrière la porte leur parvint un petit cri. Après un long moment, la porte s’entrouvrit légèrement, ne révélant que la moitié du visage de la personne terrifiée qui se trouvait derrière la porte.

Aris murmura : « Il portait des vêtements qui n’étaient pas vraiment à sa taille. Il avait un couteau accroché à la ceinture. »

« Est-ce qu’il avait quoi que ce soit d’accroché à ses mollets ? » s’enquit Chasel en détail.

Aris cligna des paupières et ouvrit la porte en grand. Elle s’écria sous l’effet de la surprise : « Vous demandez la même chose que ce grand frère ! Il y avait quelque chose ! Il y avait de nombreuses lanières de cuir enroulées autour de ses jambes ! »

« Je vois. C’est un des bandits des montagnes », dévoila Chasel avec douceur. « Leurs vêtements ne leur vont pas parce qu’ils sont volés pour la plupart. Ils doivent attacher les jambes de leur pantalon quand ils voyagent à travers les montagnes pour éviter que les moustiques et autres insectes ainsi que les sangsues ne rentrent. »

La vérité apparaissait au grand jour. Neo était mystérieusement parti exterminer un groupe de bandits, parce qu’il avait entendu l’histoire d’Aris.

« Pourrez-vous sauver mon frère ? » Aris dévisagea les deux personnes devant elle avec espoir. Elle leur demanda : « Ce grand frère m’a dit de ne pas m’inquiéter et que mon frère rentrerait assurément à la maison. A-t-il dit vrai ? »

Kleenly ne savait pas comment répondre. Le Chevalier du Soleil était bien revenu, mais le frère d’Aris n’était de toute évidence pas rentré. Cela veut-il dire…

« Ce grand frère dont vous parlez est le Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière », décréta Chasel de sa voix grave. « Si le Chevalier du Soleil a dit que votre frère rentrera, alors il le fera ! Oseriez-vous douter de la parole du Chevalier du Soleil ? »

Bien qu’Aris fût légèrement effrayée par l’expression glaciale du Chevalier du Jugement, ce qui emplit son cœur à cet instant fut l’espoir et non la peur. Avec un sourire baigné de larmes, elle affirma : « Je n’oserais jamais. »

 

 

Après avoir quitté l’allée, Kleenly s’enquit anxieusement à voix basse : « Capitaine-Chevalier du Jugement, est-ce vraiment bien de votre part d’affirmer une telle chose ? Nous ne savons pas où cet enfant a pu être revendu… »

« Neo ne laissera pas passer cela », l’interrompit Chasel. « Il n’a jamais connu le sens du mot abandonner. Puisqu’il en a fait la promesse à cette fille, il poursuivra ces brigands jusqu’au bout du monde, et ramènera le frère de celle-ci à la maison quoi qu’il advienne ! »

Ah bon ? Le Capitaine a vraiment un trait de caractère de ce genre ? Kleenly baissa la tête, quelque peu abattu, et dit : « Je ne connais pas assez bien mon Capitaine. »

Chasel ressentit une fois de plus l’envie de passer un sérieux savon à Neo.

« Si tel est le cas, alors vous devriez tous saisir cette opportunité pour montrer au Chevalier du Soleil que son peloton est utile ! Aucun de vous ne lui a été assigné afin de corriger des documents. Vous êtes tous capables de gérer des affaires bien plus importantes ! »

Kleenly redressa brusquement la tête. Nous pouvons nous occuper de cas bien plus importants… C’est vrai, au début, quand j’ai été choisi pour seconder le Chevalier du Soleil, le chef du Temple Sacré, je m’étais préparé à faire face à toutes sortes de difficultés et d’obstacles, et leur difficulté m’importait peu. Pourtant, quand ai-je commencé à me contenter de ma petite vie tranquille ?

Ce n’est pas ce que je voulais !

« Oui, nous prouverons notre valeur au Capitaine ! »

Voyant son expression déterminée, Chasel hocha la tête avec satisfaction. Voilà le Kleenly que je voulais à l’origine.

 

 

Toc, toc.

Après qu’on eût frappé à la porte, une voix à l’intérieur de la pièce s’enquit : « Qui est-ce ? »

« C’est Kleenly. »

« … Qui ? »

Kleenly réprima silencieusement la tristesse qu’il ressentit et clarifia : « Votre nouveau vice-capitaine. »

« Oh. Entre. »

Lorsqu’il entra, il vit que Neo était allongé sur le lit. Neo dévisagea Kleenly des pieds à la tête et demanda avec curiosité : « Pourquoi Chasel t’a-t-il choisi pour devenir mon vice-capitaine ? »

Kleenly répondit honnêtement : « Pour répondre à votre question, Capitaine-Chevalier du Soleil, je l’ignore. »

« Donc, tu ne le sais pas non plus… Eh bien, tant pis. Avec la personnalité de Chasel, c’est plus que probablement parce que tu es l’un des meilleurs au classement du Temple Sacré. »

Kleenly fut pris de court. Il était vrai que son classement était plutôt bon. Mon classement a donc été pris en considération ?

Non, la raison pour laquelle le Chevalier du Jugement l’avait choisi importait peu.

« Même si tu es mon vice-capitaine, tu peux juste continuer de faire ce que tu faisais avant. Tu n’as qu’à prendre ces documents et… »

Encore des documents ! Kleenly serra les dents et se prépara à couper son Capitaine en pleine phrase.

« Capitaine, j’ai préparé un plan. »

Neo s’interrompit et demanda avec confusion : « Quel plan ? Qui a décidé que tu devais faire un plan ? »

« Je l’ai décidé », répondit fermement Kleenly.

Neo ouvrit la bouche. Il contempla le membre de son peloton dont l’expression n’avait rien à voir avec celle qu’il avait l’habitude d’afficher par le passé. Neo en perdit ses mots.

« Parle. »

En entendant cela, la tension que Kleenly avait accumulée se relâcha en grande partie. Il s’approcha du lit et déplia une carte en expliquant : « Capitaine, j’ai fait des recherches sur tous les groupes de bandits du royaume. J’ai découvert qu’il y avait presque vingt grands groupes. Voici les endroits possibles pour leurs repaires. Je pense qu’ils représentent une disgrâce totalement infâme pour l’ordre public du Royaume du Son Oublié. Ils sont également un profond danger pour les citoyens, aussi je suggère que nous travaillions de concert avec les églises locales pour mener des troupes et les exterminer ! »

« Des groupes de bandits… » marmonna Neo, « Je comprends à présent. C’est Chasel, n’est-ce pas ? Tu es allé enquêter avec lui pour savoir pourquoi j’ai décimé un groupe de bandits ? »

Kleenly s’immobilisa. Son expression révéla à Neo tout ce qu’il avait besoin de savoir.

Neo fronça les sourcils, mais il rit et continua : « Je savais que Chasel et les autres ne lâcheraient pas l’affaire aussi facilement. Si l’un d’entre eux rentrait blessé, je ferais de même… »

Après en avoir dit autant, Neo leva la tête et regarda Kleenly : « Dis-moi ce qui doit être fait. »

Que Neo acceptât de l’écouter provoqua une éruption d’émotions inexprimables à l’intérieur de Kleenly. Il se mit immédiatement à expliquer : « Il y a presque vingt groupes de bandits. Si nous les attaquons un par un, les autres groupes vont sûrement se mettre sur leur garde et se cacheront encore plus loin, ce qui les rendra difficiles à localiser. C’est pourquoi nous devrions nous associer avec les églises locales et diviser notre attaque pour nous saisir de dix repaires à la fois. En l’espace de peu de temps, nous enchaînerons avec une deuxième vague d’attaques pour qu’ils ne puissent pas avoir le temps de changer de lieux. »

Neo acquiesça. « Ça ne me semble pas mal. Je ne suis pas très doué pour ce genre de choses… OK ! Tu seras responsable de faire ces arrangements. Souviens-toi juste de me nommer chef des troupes. Pour résumer, tu peux juste m’utiliser comme une pièce à employer sur un échiquier pour charger en avant et briser les lignes ennemies ! »

« Je n’oserais jamais vous traiter comme une pièce d’échec, Capitaine ! » s’écria Kleenly, surpris. « Capitaine-Chevalier du Soleil, ce n’est pas mon intention ! »

« Quelle intention ? » le rabroua Neo avec impatience. « Assez de balivernes ! Tu veux annihiler ces bandits ou non ? »

« B-Bien sûr que je le veux ! » s’empressa de répondre Kleenly.

« Alors, va organiser tout ça, et assure-toi de me laisser mener les troupes. Tu n’as qu’à me dire quoi faire quand le moment viendra. »

La situation n’est-elle pas à l’inverse de ce qu’elle devrait être ? Normalement, ne devrait-ce pas être au Chevalier du Soleil de décider de la stratégie à ordonner aux membres du peloton ? Kleenly eut l’impression que son esprit était un peu embrouillé.

« Oh, c’est vrai. » Neo se retourna subitement et se leva du lit. Il grinça des dents et déclara : « Chasel a mentionné la dernière fois que vous aviez perdu contre le Peloton du Chevalier du Jugement ? Viens. Nous allons nous entraîner ! »

Face à cette situation, Kleenly se dépêcha de protester : « Capitaine, vous êtes encore en convalescence ! Nous allons pratiquer nos compétences à l’épée avec diligence. S’il vous plaît… »

Neo gronda : « Quelle convalescence ! Je suis déjà rétabli, et cela fait si longtemps que je suis couché que j’en ai des fourmis dans tout le corps ! »

« Mais, le Chevalier du Jugement a dit que… »

Neo s’approcha tout à coup et le questionna : « Quoi ? Es-tu mon vice-capitaine ou celui de Chasel ? »

« Naturellement, je suis le vôtre ! » L’expression sévère de Neo terrorisa tellement Kleenly qu’il répondit du tac au tac, mais, puisque Neo s’était approché de si près, il remarqua également que son teint était bien plus pâle que d’ordinaire. On ne pouvait vraiment pas dire qu’il était « rétabli ».

Une fois qu’il s’en fut aperçu, Kleenly se calma immédiatement. Bien que l’expression du Chevalier du Soleil fût pleine de sévérité, Kleenly s’inquiétait davantage pour son « teint pâle ». Il hocha la tête et proposa : « Capitaine, s’il vous plaît, patientez un instant. Je vais rassembler les membres du peloton et leur indiquer de se préparer au terrain d’entraînement. Puis, je viendrai vous chercher pour que vous puissiez les superviser. »

« D’accord. » Neo acquiesça avec satisfaction, subitement convaincu qu’avoir un vice-capitaine n’était pas une si mauvaise chose.

Lorsqu’il eut quitté la pièce, la démarche de Kleenly se fit vive et empressée. Il devait rassembler le peloton et aussi… se rendre au Tribunal.

Capitaine-Chevalier du Soleil, je suis bien sous vos ordres, mais vous m’avez aussi ordonné d’obéir au Chevalier du Jugement, c’est pourquoi je vais suivre son commandement.

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle #13 : Quand mon Maître n’était pas encore mon Maître – Partie 2

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles

Roman d’origine en chinois par :  Yu Wo 


Side Story #13: When Teacher Wasn’t Yet Teacher Part Two – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Histoire parallèle #13 : Quand mon Maître n’était pas encore mon Maître – Partie 2 – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par AkaiiRia

Lorsque Chasel contempla le Peloton du Chevalier du Soleil qui s’était assemblé devant lui, l’expression sur son visage s’assombrit. Chaque chevalier sacré en mesure de rejoindre les pelotons des Douze Chevaliers Sacrés avait dû passer une sélection très rigoureuse, et cela était encore plus vrai pour le Peloton du Chevalier du Soleil. Si un chevalier sacré ne possédait pas une force excellente ou au moins des qualités que les autres n’avaient pas, il lui était impossible de devenir l’un des membres du peloton du chef du Temple Sacré.

Qui diable sont ces hommes paresseux qui se tiennent devant moi ?

Le regard de Chasel balaya les membres du peloton. Il en reconnut plusieurs. Son maître n’était pas une personne tyrannique ; avant de choisir les membres du peloton de Chasel, il lui avait envoyé une liste qu’il avait lue avec soin, même si son maître lui avait aussi mentionné qu’il ne serait peut-être pas en mesure d’acquérir ces hommes. Il avait simplement désiré que Chasel sélectionnât les quelques hommes qu’il voulait le plus, et il aurait fait de son mieux pour les obtenir.

Chasel repéra un homme qu’il avait demandé à son maître d’obtenir à n’importe quel prix. À l’origine, il avait espéré le recruter et avait prévu d’en faire son vice-capitaine après une période d’essai. Cependant, celui-ci était tout simplement trop populaire et avait déjà été sélectionné par le précédent Chevalier du Soleil.

Le candidat le plus populaire à cette époque est à présent dans cet état. Chasel ressentit une indescriptible fureur. Il plissa les yeux. Il se souvenait que le nom de cet homme était…

« Kleenly »

Le chevalier sacré qui se tenait au milieu fut pris au dépourvu. Il s’avança et répondit :

« Présent ! »

Au moins, sa réponse est assez rapide. Même si Chasel n’était toujours pas satisfait, au moins on pouvait dire de cet homme qu’il était le plus animé et discipliné de tous ces chevaliers sacrés faignants.

Chasel plissa à nouveau les yeux, mais de façon inquiétante, et lui demanda : « Avez-vous entendu parler de ce qui est arrivé au Capitaine-Chevalier du Soleil ? »

Les yeux de Kleenly s’écarquillèrent. Finalement, il répondit avec nervosité : « Il est arrivé quelque chose au Chevalier du Soleil ? »

Lorsque les autres entendirent la conversation, leurs regards se firent plus attentifs, et ils corrigèrent leur posture, ne restant plus aussi négligents qu’auparavant. Toutefois, cela contraria encore davantage Chasel.

Le Chevalier du Soleil ? Ces membres du peloton s’adressent à leur capitaine de la même façon qu’une personne ordinaire ?

« Le Capitaine-Chevalier du Soleil est rentré au Temple Sacré gravement blessé. »

Les hommes devant lui furent incapables de réagir immédiatement. Leurs esprits continuaient de considérer la signification des deux mots « gravement blessé ». Quelqu’un avait-il calomnié le Chevalier du Soleil au point de le blesser mentalement ?

Peu importe à quel point ils tournaient, retournaient et déformaient la question dans leur tête, ils ne parvinrent pas à relier le Chevalier du Soleil aux mots « gravement blessé ».

« Après avoir été soigné par les prêtres-guérisseurs, la vie du Capitaine-Chevalier du Soleil n’est plus en danger. Est-ce que l’un d’entre vous a connaissance de l’itinéraire de Neo hier ? » Idéalement, c’était le vice-capitaine qui devrait rendre compte de ce genre de détails, mais ce fichu Neo n’avait même pas nommé de vice-capitaine. Chasel était obligé de tous les consulter.

Il était « gravement blessé » ! Tout le monde était tellement sous le choc que leurs têtes se vidèrent. Le Chevalier du Soleil a réellement été blessé ? Quelqu’un a été capable de le blesser ?

Impatient, Chasel rugit : « Répondez-moi ! Où est allé Neo hier ? »

Cela les choqua encore davantage. L’imbattable Chevalier du Soleil avait reçu de graves blessures, et le gentil Chevalier du Jugement était dans une colère noire. Oh, Dieu de la Lumière… Que se passe-t-il aujourd’hui ?

Le regard de Chasel les transperça tel un couteau aiguisé. Ils avaient depuis longtemps abandonné leur attitude négligée et se tenaient parfaitement droits. Toutefois, peu importe à quel point chacun d’entre eux souhaitait répondre immédiatement à la question du Chevalier du Jugement, personne n’ouvrit la bouche pour le faire.

Chasel ne put que regarder en direction de Kleenly. D’autant que Chasel pouvait en dire, puisqu’il s’était agi du candidat le plus populaire à l’époque, il y avait de quatre-vingt à quatre-vingt-dix pour cent de chance qu’il fût l’assistant le plus apte du Peloton du Chevalier du Soleil. Il se pouvait qu’il en sache davantage.

Kleenly ignorait comment il était devenu la cible de l’attention du Chevalier du Jugement et pourquoi celui-ci connaissait même son nom. Puisqu’il s’était fait désigner, il ne put que rassembler son courage et lui répondre.

« Le Chevalier du Soleil nous a seulement ordonné de nous occuper de la paperasse. Il ne nous a jamais donné d’ordres relatifs à quoi que ce soit d’autre. » Il hésita avant de poursuivre : « Le Chevalier du Soleil nous a dit : “Ne venez pas me déranger pour une affaire sans importance”, donc nous… Nous n’allons voir le Chevalier du Soleil que pour recevoir ses instructions sur les documents les plus importants. Nous ne savons pas sur quelle affaire il travaillait récemment. »

Lorsqu’il eut fini, il vit le visage du Chevalier du Jugement s’assombrir soudainement. L’impression de gentillesse qu’il dégageait habituellement s’était transformée plus ou moins en… la présence émise par le Chevalier du Jugement dans les légendes.

« Notre devoir ces dernières années a été de corriger des documents. Après avoir fini cette tâche, nous n’avons rien d’autre à faire, et le Chevalier du Soleil ne nous a jamais donné d’autres ordres, c’est pourquoi… »

Plus Kleenly parlait, plus l’expression du Chevalier du Jugement s’assombrissait, faisant trembler d’effroi les cœurs de toute la troupe.

« Toi, tu viens avec moi. »

Pour commencer, Chasel désigna Kleenly. Après lui avoir donné un ordre, il désigna une personne au hasard et commanda : « Toi, tu vas aller chercher mon vice-capitaine. Dis-lui de venir me trouver au Sanctuaire de la Lumière. Quant à tous les autres… »

Il prit une profonde inspiration avant de crier : « En tant que membres du Peloton du Chevalier du Soleil, vous avez osé tirer au flanc et vous relâcher autant sur la discipline ! Juste parce que le Chevalier du Soleil ne vous dirige pas, cela veut-il dire que vous pouvez vous laisser aller de cette façon ? Est-ce que vous avez l’audace de toujours vous présenter comme des chevaliers sacrés, pire encore, comme des chevaliers sacrés du Peloton du Chevalier du Soleil ? »

Leurs visages blanchirent de honte. Même si cela faisait de nombreuses années qu’ils s’étaient relâchés, ce n’était pas comme s’ils avaient désiré une telle situation. C’était juste que le Chevalier du Soleil ne leur donnait jamais de travail. Toutefois, en définitive, ils étaient autrefois la crème de la crème du Temple Sacré. Confrontés aux critiques de Chasel, ils se sentirent tous coupables.

Chasel les mesura du regard un à un, puis rugit : « Que tout le monde se rende au Tribunal… »

Ils retinrent tous leur souffle.

« … et aille voir mon Peloton. Formez des paires avec eux et entraînez-vous à l’épée. Vous m’avez entendu ? »

« Oui, capitaine ! » crièrent-ils à l’unisson.

Chasel leur donna secrètement son approbation. Voilà, maintenant ils ressemblent enfin à un Peloton du Chevalier du Soleil digne de ce nom. Il se tourna et partit, Kleenly sur ses talons.

Bien que le Chevalier du Jugement fût déjà parti, personne n’osa bouger d’un pouce. Ils restèrent pétrifiés sur place pendant plusieurs minutes avant que quelqu’un ne prît enfin la parole.

« J’ai presque cru qu’il allait nous mettre en confinement… »

« Pff ! Le confinement ce n’est rien ! J’ai cru qu’il allait nous attacher aux poteaux pour nous torturer ! »

En guise de consolation, l’un d’entre eux les apaisa : « Nous avons fait fausse route. Le Chevalier du Jugement veut juste que nous pratiquions nos compétences à l’épée. »

Quelqu’un ne put s’empêcher de se plaindre : « Et alors, qu’est-ce que ça peut bien faire qu’il veuille qu’on s’entraîne ? Il n’avait pas besoin d’avoir l’air aussi terrifiant ! »

« Oh, je t’en prie. Depuis quand est-ce que le Chevalier du Jugement est censé posséder une expression bienveillante ? »

« C’est vrai. Nous l’avons vraiment mal jugé. Le Chevalier du Jugement de cette génération n’est pas si effrayant. Tout le monde dit que c’est le Chevalier du Soleil qui est le plus fort… »

 

 

Chasel conduisit Kleenly au Sanctuaire de la Lumière. Lorsqu’ils entrèrent dans la pièce où Neo se reposait, Chasel découvrit que Neo n’était pas en train de se reposer. Il était occupé à nettoyer l’Épée Divine du Soleil. Chasel fronça les sourcils devant cela. Il ne savait pas si Neo nettoyait son épée simplement pour tromper l’ennui, ou s’il avait prévu de l’utiliser plus tard, et donc il avait besoin de la polir maintenant.

Chasel plissa les yeux dangereusement et décida qu’il ferait mieux de commencer par mettre cette histoire au clair.

Neo releva la tête, ses sourcils se fronçant lorsqu’il remarqua Kleenly.

« Qui est-ce… ? Oh, c’est un de mes gars. »

Ainsi, tu n’es même pas capable de reconnaître un membre de ton propre peloton ? Chasel prit plusieurs profondes inspirations avant de parler : « Neo, tu as été blessé. Tu dois te reposer pour le moment, mais le Peloton du Chevalier du Soleil ne peut rester sans chef. Pourquoi ne pas profiter de cette opportunité pour choisir un vice-capitaine ? J’ai emmené quelqu’un. Que penses-tu de lui ? »

Lorsqu’il entendit les paroles du Chevalier du Jugement, Kleenly fut si sous le choc qu’il en resta bouche bée. Il ne s’était pas attendu à cette mention abrupte du poste de vice-capitaine. Même si, à l’origine, il avait désiré essayer d’obtenir ce poste, lorsqu’il avait rencontré le Chevalier du Soleil et découvert que celui-ci n’avait pas la moindre intention de choisir un vice-capitaine, Kleenly avait complètement oublié la question au fil du temps.

« Un vice-capitaine ? Qu’est-ce que ça peut faire que j’en choisisse un ou non ? » Neo n’était absolument pas intéressé par la question et ajouta : « Peu m’importe. »

« Dans ce cas, choisis-le. » Sans sourciller, Chasel dit : « Il s’appelle Kleenly. À partir d’aujourd’hui, il sera ton vice-capitaine. »

Neo hocha la tête, bien que cela ne lui fît ni chaud ni froid.

Il avait obtenu le poste à la suite d’un « peu importe ». Kleenly ignorait vraiment comment il devait le prendre. Il ne put que rester planté à côté du lit, contemplant en silence les deux chefs du Temple Sacré.

Chasel tira une chaise et s’assit. Il s’empara d’une pomme dans le panier à fruit et se mit à la peler. Il prit la parole d’une voix méthodique : « Ta maîtrise de l’épée est vraiment excellente, et pourtant le Peloton du Chevalier du Soleil sous ton commandement n’est même pas capable de gagner contre mon Peloton du Chevalier du Jugement. Ce fait m’a grandement surpris. »

Les yeux de Neo s’arrondirent, et il s’écria avec colère : « Mon peloton a perdu contre le tient ? Vraiment ? »

« Vraiment. » Le coin de la bouche de Chasel se redressa.

Les yeux écarquillés, Kleenly tourna la tête et dévisagea Chasel, mais il n’eut même pas le temps de faire remarquer que celui-ci mentait, car son capitaine le fusilla d’un regard noir de rage en hurlant : « Vous avez osé perdre contre le Peloton du Chevalier du Jugement ? »

« No… »

Avant même qu’il pût finir un mot, le Chevalier du Jugement lui coupa la parole. Chasel fronça les sourcils et demanda : « Avez-vous déjà gagné contre mon Peloton du Chevalier du Jugement ? »

« N-Non… » On ne s’est encore jamais affronté !

Neo ne put en croire ses oreilles, et il rugit : « Vous n’avez même pas gagné une seule fois ? »

Devant lui se tenait un Chevalier du Soleil dont la rage transperçait les cieux, mais derrière ce Chevalier du Soleil se tenait un Chevalier du Jugement qui le dévisageait de ses yeux glacials. À cet instant, Kleenly se dit qu’il préfèrerait être réuni auprès du Dieu de la Lumière plutôt que de se faire opprimer par à la fois le Chevalier du Soleil et le Chevalier du Jugement qui étaient sous Son Commandement.

« … Nous n’avons jamais gagné une seule fois. » Il ne mentait pas. Il avait juste omis de dire qu’ils ne s’étaient jamais battus auparavant.

Neo était si furieux qu’il pouvait à peine parler. « Bien, bien… »

« Ce sont tous des chevaliers sacrés, et ils ne faisaient que s’entraîner. Ce n’est pas si grave qu’ils aient perdu. » Chasel lui donna la pomme qu’il avait fini de peler. « Lorsque tu auras retrouvé tes forces, enseigne-leur tes compétences. Après tout, tu es le Chevalier du Soleil connu pour ses superbes capacités à l’épée. Ça ferait mauvaise impression si ton peloton était trop faible. »

« Mon peloton, trop faible… » Neo grinça des dents. « Ne t’inquiète pas. Je vais faire d’eux les plus forts chevaliers qui soient en moins de temps possible ! Dis à ton peloton d’attendre que mes hommes viennent les trouver pour “un entraînement amical” ! »

Chasel acquiesça et répondit : « Très bien, je leur ferai savoir. Mais, peu importe ce que tu prévois de faire plus tard, tu devrais te reposer pour le moment ! Oh, au fait, puis-je t’emprunter ton peloton pendant quelque temps ? Récemment, il y a eu plusieurs problèmes dans la ville. Mon vice-capitaine a les mains pleines avec toutes les enquêtes et il a besoin de davantage d’hommes pour l’assister. Est-ce que tu serais d’accord pour que ton peloton suive mes ordres ? »

Neo jeta un regard noir à Kleenly et répondit rageusement : « Prends-les ! Utilise-les autant que tu le veux ! Mieux même, fais en sorte qu’ils soient si occupés qu’ils n’aient plus le temps de manger ! »

Un coin des lèvres de Chasel se releva, et il accepta : « Pas de problème. » Il se tourna vers Kleenly et déclara : « À partir de maintenant, vous obéirez à mes ordres. Le Chevalier du Soleil n’a aucune objection à cela. Tu m’as entendu ? Tu as compris ? »

Kleenly avait entendu et compris. Il baissa la tête. Il avait complètement compris.

« Oui, capitaine ! »

Neo sursauta et sentit que quelque chose était anormal. « Chasel, tu… »

« Oh, c’est vrai, à propos de ma question de tout à l’heure. Pourquoi es-tu sorti de la ville pour aller massacrer un groupe de brigands ? Nous attendons toujours tes explications. »

« … Je suis fatigué. Je voudrais dormir. Pars ! »

Chasel soupira et se leva. « Très bien, puisque tu ne veux pas me le dire, je ne te poserai plus la question. »

Je vais juste enquêter par moi-même à la place !

 

 

« Capitaine-Chevalier du Jugement, Noley est venu prendre ses ordres. »

En sortant de la pièce, Chasel aperçut immédiatement son propre vice-capitaine, Noley, qui l’attendait à côté de la porte au grade à vous. Devant son supérieur, son attitude n’était ni trop servile ni trop dominante.

Même si Noley n’était pas la personne que Chasel convoitait le plus à l’époque, les faits avaient prouvé qu’une supervision soignée pouvait compenser les faiblesses naturelles. Et inversement, une oisiveté acquise pouvait aussi détruire une supériorité innée.

Lorsqu’il tourna la tête pour regarder le présent Kleenly, puis Noley, Chasel sentit que son vice-capitaine l’emportait sur chaque aspect ! Néanmoins, cela ne lui faisait aucunement plaisir. Il n’avait fallu que quelques années à Neo pour transformer les élites des pelotons de l’actuelle génération des Douze Chevaliers Sacrés en déchets.

Chasel bouillait d’envie d’accuser son Chevalier du Soleil du crime de gâcher imprudemment des talents naturels.

« Le Chevalier du Soleil a ordonné que le Peloton du Chevalier du Soleil obéisse à moi à partir de maintenant. Tu les dirigeras pour enquêter minutieusement sur toutes les informations en ville relatives à des groupes de bandits. Si la moindre information porte les traces de l’interférence du Chevalier du Soleil, vous devrez enquêter dessus de fond en comble ! »

« Oui, Capitaine ! » répondit Noley. Puisque le Chevalier du Jugement ne lui avait pas encore demandé de partir, il attendit en silence.

Chasel se tourna vers Kleenly et lui dit : « Tu as entendu ce que le Chevalier du Soleil a personnellement ordonné. À partir d’aujourd’hui, tu obéiras à mes ordres. »

« Oui, capitaine », répondit Kleenly, impuissant.

« Une fois que les blessures de Neo seront guéries, tu devras le suivre à la trace. S’il essaye de te semer à dessein, tu dois au moins apprendre où il se rend avant de me faire immédiatement ton rapport. »

En entendant cela, Kleenly hésita pendant un moment avant de finalement rétorquer : « Je suis le vice-capitaine du Chevalier du Soleil. Je ne suis pas votre vice-capitaine ! Même si le Chevalier du Soleil m’a ordonné que je suive vos ordres, je ne peux pas désobéir aux siens ! »

Pas mal, au moins il a gardé un peu de cran. Chasel décréta abruptement : « Le Chevalier du Jugement est censé assister le Chevalier du Soleil. Tu n’as rien à réfuter là-dessus, n’est-ce pas ? »

« … Non. »

« C’est pourquoi tu me relateras tout ce qui concerne la situation du Chevalier du Soleil afin que je puisse “l’assister de la meilleure façon qu’il soit”. Qu’y a-t-il de mal à cela ? »

Kleenly était légèrement désorienté. « Je… Je… »

« Noley », appela Chasel froidement. « Voici Kleenly. Il vient juste de devenir le vice-capitaine du Peloton du Chevalier du Soleil. Enseigne-lui comment être un vice-capitaine compétent. »

Noley sourit et répondit : « Pas de problème, Capitaine-Chevalier du Jugement. Donnez-moi deux semaines, et je lui ferai tout apprendre de A à Z. »

… Tout apprendre de A à Z ? Kleenly fut soudainement saisi de sueurs froides. Qui donc clamait que le plus effrayant et audacieux chevalier de cette génération était le Chevalier du Soleil… ?

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle #12 : Quand mon Maître n’était pas encore mon Maître – Partie 1

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles

Roman d’origine en chinois par :  Yu Wo 


Side Story #12: When Teacher Wasn’t Yet Teacher Part One – traduit du chinois vers l’anglais par dahlys[PR!]
Histoire parallèle #12 : Quand mon Maître n’était pas encore mon Maître – Partie 1 – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par AkaiiRia

Chasel entendit des bruits de pas qui approchaient à grande vitesse. Il leva légèrement les yeux, tandis qu’il finissait d’ajuster son apparence, et décida de commencer à s’habiller.

Est-ce vraiment nécessaire d’être aussi excité de si bonne heure ?

Il venait à peine d’enfiler sa chemise quand la porte fut ouverte à la volée. Chasel se demanda s’il avait échoué à projeter l’image qu’il fallait. Bien qu’il fût le Chevalier du Jugement, ce n’était pas la première fois qu’on défonçait sa porte. Ses collègues ne semblaient absolument pas le traiter de la façon que l’imposant Chevalier du Jugement aurait mérité de l’être.

Cependant, ils venaient tout juste d’être promus, et ses collègues Chevaliers Sacrés avaient encore largement le temps d’apprendre à mieux le connaître.

Rien ne presse.

Fahr se précipita dans sa chambre avec anxiété. Il ne prononça que deux mots : « C’est Neo ! »

Chasel leva les yeux et accorda un regard à Fahr avant de baisser à nouveau les yeux et de continuer à enfiler ses bottes. Il le questionna : « Que s’est-il passé ? »

« Il a été gravement blessé ! »

Chasel émit un bref « oh », puis boucla sa ceinture.

Fahr en resta stupéfait. Il s’écria : « Tu… Comment peux-tu encore continuer de t’habiller avec autant de calme ? »

Chasel répondit sans se presser : « Si j’étais le Chevalier du Soleil, peut-être que je me serais précipité à sa rencontre immédiatement. Mais, seulement voilà, je suis le Chevalier du Jugement. Quelle différence cela ferait-il même si je m’empressais d’aller le voir ? »

C’était peut-être vrai, mais Fahr n’était pas du tout satisfait du fait qu’il prît tout son temps alors qu’un de ses frères d’armes avait été grièvement blessé… Toutefois, en l’observant de plus près, il réalisa que Chasel n’avait absolument pas retardé son départ. En fait, ses gestes étaient rapides et efficaces.

Voyant cela, Fahr n’ajouta rien.

« Guide-moi jusqu’à lui et explique-moi la situation, pendant que nous marchons. » Chasel saisit ses robes noires de Chevalier du Jugement sur son porte-manteau et jeta le vêtement sur ses épaules pour l’enfiler rapidement, quittant la pièce avant Fahr.

Neo a été gravement blessé ? Peu importe sous quel angle il considérait la situation, il avait l’impression que c’était un tantinet trop improbable. Mais, qui donc est capable de blesser Neo du Soleil ?

Fahr désigna la direction à emprunter et lui emboîta le pas avec empressement. Chasel le rattrapa en augmentant la longueur de ses enjambées.  

« Wen m’a dit que les gardes de l’entrée principale étaient tellement sous le choc qu’ils se sont précipités ici comme des fous, et c’est par hasard qu’ils l’ont rencontré en chemin… »

« Wen s’est levé avant moi ? » Chasel sentait que ce détail ne faisait aucun sens. Même si Wen n’était pas le principal problème pour le moment, en tant que Chevalier du Jugement, il ne put s’empêcher de faire connaître ses doutes.

Chasel n’était peut-être pas celui qui se levait le plus tôt parmi les Douze Chevaliers Sacrés, mais Wen était assurément l’un des derniers à se lever.

Gêné, Fahr répondit : « Il n’a pas dormi du tout. Il a passé toute la nuit à boire à la taverne et est rentré à l’aurore. »

Chasel garda le silence. Même s’il trouvait que c’était vraiment imprudent pour le Chevalier de la Forêt de passer toute la nuit à boire à la taverne, il était le Chevalier du Jugement, pas le Chevalier du Soleil. Et, donc, ce n’était pas à lui que le Chevalier de la Forêt devait rendre des comptes. Quant à compter sur Neo pour s’en préoccuper… Neo lui-même était un ivrogne !

Fahr remarqua l’expression mécontente de Chasel et se dépêcha de changer de sujet en racontant : « Wen a dit que, dès que les gardes l’ont conduit jusqu’à l’entrée principale, il a trouvé Neo effondré sur un des escaliers. Son sang était répandu sur plus de dix marches, et il ne bougeait pas du tout. Wen était si surpris qu’il a même dessoulé d’un seul coup et qu’il a immédiatement frappé Neo à plusieurs reprises. Heureusement, Neo a fait du bruit, et il a su qu’il n’était pas encore mort. »

« … »

Les yeux de Fahr s’écarquillèrent. Est-ce que Chasel vient juste de… sourire ?

« Quoi ? » Les yeux de Chasel se tournèrent vers lui, l’expression glaciale qu’ils contenaient séant parfaitement à un Chevalier du Jugement.

« Rien du tout. » Fahr décida d’enfouir la scène dont il avait été témoin tout au fond de son cœur et de l’y laisser pourrir. Il changea encore une fois de sujet : « On dirait que Neo est vraiment blessé grièvement. »

« Mais, il pouvait encore émettre des sons, n’est-ce pas ? »

Toujours extrêmement inquiet, Fahr répondit : « Il s’est fait frapper plusieurs fois et pourtant il ne s’est pas levé pour tabasser Wen. Ça l’a tellement terrorisé qu’il a aussitôt emmené Neo à l’Église du Dieu de la Lumière, tout en criant “Sun est mourant” tandis qu’il courait. »

Quand il entendit cela, Chasel fronça les sourcils. Néanmoins, il n’avait aucune intention de poser davantage de questions étant donné qu’ils avaient déjà atteint leur destination. Il était inutile d’ajouter quoi que ce fût, quand ils pouvaient facilement obtenir toutes les réponses qu’ils souhaitaient en pénétrant dans la pièce.

À l’instant où ils entrèrent, il vit Wen appuyé à un mur avec une élégante flasque de vin à la main.

Chasel plissa légèrement les yeux en contemplant la flasque. Souriant avec embarras, Wen expliqua : « C’est du café qu’elle m’a préparé à la maison. Elle n’arrivait pas à trouver de bouteille, alors elle a vidé tout le vin qui était dans cette flasque. De nos jours, ma flasque à vin contient soit du café, soit un remède contre la gueule de bois. »

« Tu as une bonne épouse. » Chasel hocha la tête et ajouta : « Par contre, fais attention à ton image. »

Wen acquiesça d’un signe de tête en réponse et rangea sa flasque. Il pointa du doigt le seul et unique lit de la pièce et déclara : « Ça fait un moment qu’ils ont commencé à soigner Neo. Je ne connais pas sa situation actuelle. »

Chasel regarda dans la direction que lui indiquait Wen. Plusieurs prêtres-guérisseurs étaient rassemblés autour d’un lit, et une douce lumière sacrée emplissait la pièce. Il commença à s’approcher, mais s’arrêta soudainement avant d’atteindre le chevet du lit.

Fahr le suivait de près et faillit lui rentrer dedans, lorsque Chasel se figea. Fahr s’apprêtait à lui demander ce qu’il se passait, lorsqu’il s’aperçut que Chasel observait quelque chose qui se trouvait par terre. Il suivit son regard et remarqua qu’il s’agissait de vêtements rouges…

Non ! C’est l’uniforme du Chevalier du Soleil !

Chasel ramassa les vêtements. Le long pardessus d’un chevalier, la veste plus courte qui se portait en dessous, et la chemise étaient tous, sans exception, complètement couverts de rouge. L’acre odeur du sang trahissait la nature de cette couleur.

« Les guérisseurs ont dit qu’ils voulaient voir l’étendue de ses blessures, alors ils lui ont retiré ses habits », expliqua Wen derrière eux.

Chasel jeta les vêtements de côté et s’approcha du lit. Les guérisseurs lui firent naturellement de la place.

Les yeux de Neo étaient clos, tandis qu’il reposait sur le lit. Son visage était aussi blanc que les draps, et une grande blessure causée par une épée lui traversait la poitrine. Par chance, grâce aux efforts des prêtres-guérisseurs, la blessure avait commencé à se refermer et était déjà en train de cicatriser.

Chasel n’avait encore jamais vu Neo aussi faible. Il comprit soudainement pourquoi Wen avait eu la pulsion de le frapper. Il avait probablement espéré que Neo se lèverait immédiatement et lui rendrait la faveur par dix fois comme si de rien n’était.

« Neo… » Les yeux de Fahr s’écarquillèrent, comme il dévisageait le malade sur le lit, n’arrivant pas à croire qu’il s’agissait de Neo.

À ce stade, tout le monde avait rejoint la salle un à un. Il y avait trop de personnes, donc ils ne pouvaient pas tous s’entasser auprès du lit. Cependant, il était possible d’apercevoir Neo entre deux personnes. Ce qu’ils virent les troubla tellement qu’ils se mirent tous à parler en même temps.

« Qui est parvenu à blesser Neo si grièvement ? » murmura Lanbi. « Ne me dîtes pas que le Roi Démon s’est réveillé ? Qui d’autre aurait pu faire cela ? »

« Ce doit être le Roi Démon ! » Le visage terriblement pâle, Hayseth demanda : « Est-ce que notre génération est vraiment malchanceuse au point d’être obligée de subir l’avènement du Roi Démon ? »

« Je n’ai rien entendu à propos de l’avènement du Roi Démon… »

Furieux, les prêtres-guérisseurs s’écrièrent : « Taisez-vous ! Le patient a besoin de repos ! »

Chasel se retourna et jeta brièvement un regard à chaque personne présente. Il ordonna d’une voix basse : « Que tout le monde sorte. »

Les Chevaliers Sacrés sous ses ordres lui obéirent immédiatement, mais ceux qui dépendaient du Chevalier du Soleil n’étaient pas aussi obéissants. Un par un, ils commencèrent à protester.

Chasel plissa dangereusement les yeux. Il sentait qu’il avait en effet échoué à convenablement projeter l’image d’un Chevalier du Jugement. Auparavant, il pensait qu’il n’avait pas besoin d’être très autoritaire, puisque Neo, une personne si forte qu’il laissait une impression permanente dans le cœur des gens, était un membre de sa génération de chevaliers. Mais, à présent… il réalisait qu’il s’était trompé !

Wen essaya d’aider en disant : « Je vais rester ici. Vous devriez partir, les gars. Neo est blessé grièvement, alors ne faites pas trop de boucan ici… »

« Qui donc est grièvement blessé au juste ?! » Une voix familière retentit. Les émotions de chaque personne présente passèrent de la tristesse à la joie, alors que tous s’écriaient : « Neo ! »

La personne sur le lit s’assit, ce qui déclencha une vague de protestations de la part des prêtres-guérisseurs. Cependant, leurs remontrances étaient inutiles. Ils se firent même chasser par un Neo impatient, qui leur dit : « Que tout le monde aille voir ailleurs si j’y suis. Wen inclus ! Tu as osé me frapper tout à l’heure ! »

« Hein ? Tu appelles ça frapper ? Je t’ai juste “touché gentiment” plusieurs fois pour confirmer que tu étais encore vivant ! » Wen se retourna pour cacher sa fébrilité. Il déclara à tous : « D’accord, puisque Neo en a donné l’ordre, allons-nous-en. »

Quand tout le monde fut parti, la personne sur le lit se rallongea. Souriant, il s’exclama : « Hé, salut Chasel. »

Chasel compta silencieusement le nombre de blessures sur le corps de Neo. Il y en avait une sur la poitrine, une sur sa cuisse gauche, trois sur ses bras, et deux sur ses mollets. Je me demande s’il y a davantage de blessures sur son dos…

« Comment t’es-tu retrouvé blessé ? »

Neo sourit et répondit insouciamment : « Je me suis attiré des ennuis ! »

« Auprès de qui ? » Voyant que Neo n’avait vraiment pas envie de répondre, Chasel ajouta immédiatement : « Si tu as tué qui que ce soit, tu ferais mieux de me le dire maintenant. Sinon, quand on t’accusera de meurtre et qu’on viendra me le signaler, il me sera très difficile de régler le problème. »

« Ça ne deviendra pas une affaire de meurtre. » Neo haussa les épaules et continua : « C’était un groupe de bandits. Je les ai tous anéantis. C’était la première fois de ma vie que je tuais tellement de gens au point d’en avoir marre. Je suis vraiment crevé maintenant, donc je vais dormir. »

« Qu’est-ce qui t’a soudainement fait t’intéresser à un groupe de bandits ? » Chasel était extrêmement confus. La Cité du Bourgeon est la capitale et ne tolère donc pas l’existence de groupes de criminels dans les environs, au moins ne serait-ce que pour maintenir son image. J’ai bien peur qu’il faille franchir plusieurs montagnes pour tomber sur le groupe de bandits le plus proche. Pourquoi Neo se rendrait-il dans un lieu aussi éloigné pour anéantir un groupe de bandits sans raison officielle ?

« J’ai sommeil. » Neo se retourna, son dos faisant face à Chasel. Il n’avait visiblement aucune intention d’expliquer ses actes.

Il y avait une autre blessure sur le dos de Neo, ce qui faisait un total de huit. Chasel lui jeta un regard noir et sortit de la pièce. Comme il s’y attendait, personne n’était parti. Ils attendaient tous dehors.

Il les regarda et s’enquit : « Quelqu’un sait-il où le Chevalier du Soleil s’est rendu pendant tous ces jours où il avait disparu ? Où est son vice-capitaine ? Dîtes-lui de venir ici et de me faire un rapport ! »

Wen répondit immédiatement : « Sun n’a pas choisi de vice-capitaine. »

Chasel en resta stupéfait l’espace d’un instant. Il questionna davantage : « Pourquoi n’en a-t-il toujours pas choisi un ? Est-ce qu’il ne s’entend pas avec les membres de son peloton ? »

« Hum, non ce n’est pas ça », intervint Fahr, embarrassé. « Sun a dit que, puisqu’il est capable de diriger ses vingt chevaliers lui-même, ça n’a pas d’importance qu’il choisisse un vice-capitaine ou non. »

Chasel fronça les sourcils. Peu de temps s’était écoulé depuis qu’ils avaient été promus au rang de Douze Chevaliers Sacrés, alors tout le monde était encore occupé avec le transfert de leurs devoirs. Pour cette raison, personne n’avait surveillé les faits et gestes du Chevalier du Soleil depuis quelques temps. Cependant, Chasel n’aurait jamais envisagé que Neo n’avait même pas choisi de vice-capitaine !

« Cha… Judgment, qui a blessé Neo ? »

Comme ils venaient tout juste de succéder à la génération précédente, ils ne s’étaient pas encore habitués à leurs nouveaux titres. Toutefois, lorsqu’ils virent l’expression de Chasel, ils pensèrent tous sincèrement qu’ils feraient mieux de fournir un effort pour surveiller leur langage.

Chasel ne répondit pas directement. Il se contenta d’annoncer : « Il y a huit blessures causées par des lames sur le corps de Neo. »

Les visages autour de lui s’assombrirent. Wen rit froidement et l’interrogea : « Qui l’a blessé ? »

« Il a dit que c’était un groupe de bandits. »

Fahr rugit avec colère : « Un groupe de bandits a osé blesser le Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière ? Préparons les troupes pour tous les exterminer ! Je vais aller mobiliser les pelotons immédiatement… »

« Neo a dit qu’il les avait déjà tous tués. »

Toutes les personnes présentent devinrent déprimées. Ils avaient cru qu’il pourrait venger leur chef pour malheureusement réaliser que leur ennemi n’était déjà plus de ce monde. Avoir un Chevalier du Soleil trop puissant à leur tête faisait en sortes qu’ils n’arrivaient jamais à trouver une personne sur laquelle accomplir leur vengeance.

Chasel leur ordonna sobrement : « Convoquez le Peloton du Chevalier du Soleil ici. »

Confus, Wen demanda : « Pourquoi veux-tu les convoquer ? Comptes-tu démarrer une investigation ? Neo s’est peut-être simplement perdu et est tombé par hasard sur ces brigands. Tu devrais savoir qu’il n’a aucun sens de l’orientation… »

« C’est bien là le problème ! Neo n’arriverait pas à sortir d’un labyrinthe même si la sortie se trouvait juste devant lui ! » l’interrompit Chasel. Ce dernier s’écria avec colère : « C’est pourquoi il ne quitte jamais la ville sans une bonne raison. Quelque chose a dû se produire en ville qui l’ait mis en colère au point qu’il soit disposé à sortir. Aussi, quelqu’un a bien dû le guider ! Autrement, il n’aurait pas disparu pendant seulement “quelques jours”. Il aurait disparu pendant au moins quelques “semaines” ! »

Cette explication était très censée. Tout le monde savait à quel point le sens de l’orientation de Neo était terrible. Toutefois, ce que Chasel venait de dire n’était pas important pour l’instant. Non, ce qui était vraiment important, c’était le fait… qu’il venait de s’emporter et hurler en s’adressant à quelqu’un !

Chasel était le Chevalier du Jugement et possédait assurément l’attitude imposante qui seyait à ce rôle ; il ne souriait jamais. Cependant, sa génération comptait un Chevalier du Soleil incroyablement fort et violent prénommé Neo. Comparé à Neo, Chasel pouvait être considéré comme un homme cultivé et raffiné.

De plus, Chasel était toujours calme et maintenait une discipline de fer. Il n’avait jamais parlé sèchement à quiconque et se disputait rarement. Seuls les roturiers non informés craignaient l’actuel Chevalier du Jugement.

Mais, à présent, cet homme cultivé et raffiné venait de crier sur quelqu’un ?

Juste alors que tout le monde croyait que Chasel allait finalement craquer, l’expression sur son visage devint brusquement sereine, celui-ci se calmant et reprenant contenance.

« Je ne laisserai pas au Chevalier du Soleil une autre opportunité de disparaître mystérieusement pour annihiler un groupe de criminel, puis revenir après avoir reçu huit blessures. Wen, amène-moi le Peloton du Chevalier du Soleil ici immédiatement. Tu as cinq minutes ! »

Wen fit demi-tour et se lança à leur recherche.

« Fahr, tu as dit que tu voulais mobiliser les troupes, vas et fais-le maintenant. Si le Pape a le moindre problème à ce sujet, dis-lui de venir me trouver. »

Chasel regarda tout le monde avec une expression calme et décréta : « Aucun groupe de bandits n’est autorisé à exister à la portée de Neo. Est-ce bien compris ? »

… Non, il n’est absolument pas du tout calme !

Note de bas de page

Yu Wo a inclu une liste des noms de la 37ème génération des Douze Chevaliers Sacré au début de cet interlude. Voici son message :

J’espère que tout le monde a passé un super Nouvel An. Très bonne année à tous, et que vous soyez tous heureux chaque jour ! ^0^~~~~

Cette histoire est arrivée en tête parmi celles publiées pendant les vacances : Quand mon Maître n’était pas encore mon Maître.

Il semblerait que, tandis que je l’écrivais, une deuxième partie se soit ajoutée.

À l’origine, j’avais prévu que ce soit fini en une seule partie… Mais, bon. Tant pis. J’espère que tout le monde sera heureux pour l’année à venir. ^0^~~

Précédemment, dans les aventures du Chevalier du Soleil… Voici les noms des membres de la 37ème génération des Douze Chevaliers Sacrés ayant déjà fait une apparition :

Neo du Soleil
Lanbi de la Tempête
Fahr du Brasier
Chasel du Jugement
Eller de la Glace
Hayseth de la Lune

(Et, nous pouvons à présent ajouter Wen de la Forêt à la liste.)

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle #11 : Rendre un petit service

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles

Roman d’origine en chinois par :  Yu Wo 


Side Story #11: Doing a Small Favor – traduit du chinois vers l’anglais par dahlys[PR!]
Histoire parallèle #11 : Rendre un petit service – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par AkaiiRia

Rendre un petit service n’a l’air de rien, mais, lorsque la personne que vous aidez est Grisia, dans ce cas c’est toute une affaire.

Une petite faveur se transforme en deux petites faveurs, puis celles-ci se multiplient en trois cents petites faveurs…

Attendez, le nombre de faveurs n’augmenterait-il pas un peu trop vite ?

Même si le petit service à rendre à Grisia est de jeter des déchets au passage en sortant, vous ne devez absolument jamais l’aider…

 

 

Demos s’assit à sa place préférée sous une table où pratiquement personne ne le remarquerait. Cela le faisait se sentir à l’aise.

« Hé, es-tu encore accroupi là-dessous ? Tu vas finir par faire mourir de peur quelqu’un ! »

Il était bien dommage qu’aujourd’hui fût une exception, car un jeune homme étira ses jambes dès qu’il s’assit à la table. Demos n’eut même pas suffisamment de temps pour s’écarter avant d’être frappé, effrayant le jeune homme et le faisant jurer avec colère avant de tirer Demos de dessous la table.

Ce jeune homme était en fait le beau-frère de Demos, Yen. En entendant ce chahut colérique, sa sœur Aris sortit précipitamment de la cuisine en s’écriant : « Ne gronde pas petit Dee ! Pourquoi l’as-tu frappé si fort avec ton pied ? Tu vas le blesser ! »

« Il était encore caché sous la table ! » répondit Yen avec énervement. « Comment se fait-il qu’il ne comprenne pas, peu importe combien de fois on le lui répète ? Pourquoi ne peut-il pas juste aller jouer dehors avec les autres enfants au lieu de se cacher sous les tables ? Pourquoi cet enfant n’est-il pas un peu plus enjoué ? Il n’est pas mignon du tout ! »

Même si Yen le grondait verbalement sans arrêt, celui-ci avait relâché Demos, et il était même en train de vérifier ses bras pour s’assurer qu’il n’avait rien.

En entendant Yen critiquer Demos, les sourcils d’Aris se froncèrent, et elle était prête à éclater et libérer un torrent d’insultes de son cru. Cependant, elle aperçut Demos du coin de l’œil et se calma, réprimant sa rage intérieure. D’une féroce poigne, elle traîna son mari jusqu’à la cuisine.

Dès que la paire fut entrée dans la pièce, Aris s’écria avec indignation : « Ce n’est pas comme si tu ne savais pas ce qui s’était passé ! Demos a été capturé par des voleurs et est resté captif dans leur repaire pendant trois longues années ! Comment peux-tu t’attendre à ce qu’il soit enjoué en permanence ? »

« Je sais et je ne le blâme pas. Mais, ce n’est pas une bonne idée de le laisser continuer ainsi ! Tu ne veux pas le voir se cacher sous des tables pour le reste de sa vie, n’est-ce pas ? »

En entendant ces mots, Aris ressentit un sentiment intolérable. Son jeune frère et elle avaient dépendu l’un de l’autre pendant toute leur vie. Qui aurait cru qu’un jour son frère se ferait kidnapper et disparaîtrait, ne rentrant pas avant que trois années ne se fussent écoulées ? Et, c’était par pure chance que son frère avait été en mesure de se souvenir de l’endroit où ils vivaient en dépit du fait qu’il eût été si jeune à l’époque, et qu’il avait pu rentrer à la maison.

Aris ne découvrit que bien plus tard à propos de la triste vie qu’avait menée son frère pendant ces trois ans. D’abord, il s’était fait enlever par des bandits, ce qui avait résulté en sa captivité dans leur repaire pendant ces trois années, avant que ledit repaire ne fût nettoyé par des chevaliers sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière. Son cœur lui serrait chaque fois qu’elle pensait à la façon dont son frère s’était fait donner des ordres à droite à gauche tel un serviteur par ces maudits bandits.

Yen prit la main de sa femme et dit : « Aris, écoute-moi. Je viens juste d’apprendre que l’Église du Dieu de la Lumière recherche depuis peu des candidats pour la prochaine génération des Douze Chevaliers Sacrés. Pourquoi ne laisserions-nous pas Demos tenter sa chance ? »

Aris se figea et répondit avec hésitation : « Mais, Demos, tel qu’il est actuellement… »

« Allons, il n’y a pas de mal à essayer ! Au moins, ça le ferait sortir de la maison. Puisqu’il y aura beaucoup d’enfants qui rivaliseront pour devenir de futurs chevaliers, nous pouvons simplement traiter la situation comme s’il allait jouer avec d’autres enfants. »

Ce n’est pas une mauvaise idée, pensa Aris pour elle-même.

 

 

« Demos, est-ce que tu aimerais tenter ta chance aux sélections pour devenir l’un des Douze Chevaliers Sacrés ? »

« Les Douze Chevaliers Sacrés ? » Demos leva la tête et vit sa sœur lui adresser un sourire resplendissant. Pourtant, on aurait dit que, plus elle paraissait resplendissante, plus il avait envie de rester loin d’elle. Il préférerait être avec son beau-frère qui le grondait tout le temps, car sa sœur semblait trop formidable à son goût… et bien trop éblouissante au point d’en être aveuglante.

Même si sa sœur avait pris un ton inquisiteur pour lui demander son avis, Demos n’avait jamais été autorisé de donner « non » comme réponse pendant ses trois années de captivité dans le repaire des bandits, aussi il acquiesça et répondit par une affirmation. « Très bien. »

En recevant cette réponse, sa sœur révéla un sourire particulièrement brillant, une vue qui brillait réellement d’éclat, l’éblouissant au passage.

 

 

« … C’est trop lumineux ! »

Grisia s’accroupit pour regarder Demos face à face. En entendant cette remarque, Grisia le questionna, perplexe : « Lumineux ? Où est-ce lumineux ? »

Demos était accroupi derrière une armure exposée dans une fissure du couloir. C’était une zone sombre qui lui avait demandé pas mal d’effort pour la dénicher. Il y avait même une paire de rideaux rouges beaucoup trop grands de chaque côté de l’armure. En se cachant derrière ces rideaux, on devenait pratiquement indétectable. Plus il traînait avec ces personnes rayonnantes et plus il se sentait s’assombrir en retour. Comment quelqu’un comme moi est-il devenu l’un des Douze Chevaliers Sacrés ? Il n’était jamais parvenu à trouver une réponse à cette question, peu importe sous quel angle il avait examiné la question. Il avait rassemblé tous ses efforts pour se cacher à l’arrière… et, pourtant, Maître du Nuage avait semblé détester les enfants qui s’étaient empressés de s’attrouper devant lui.

« Ne venez pas traîner dans mes pattes. Allez jouer par vous-même. »

« Je vais vous montrer cette technique à l’épée une seule fois, ensuite entraînez-vous par vous-même. »

« Confirmez que vous avez fini de lire la liste des règles du Chevalier du Nuage. »

« Hum, ça n’a pas l’air très élégant… Il vaut mieux laisser tomber, j’imagine qu’on peut quand même considérer ça comme une forme de “dérive”. »

Son maître s’éclipsait toujours après avoir prononcé ce genre de phrases. En réalité, Demos appréciait assez la personnalité de Maître du Nuage. C’était précisément parce son maître avait ce genre de caractère qu’il pouvait toujours se cacher ici en dehors des cours. Personne ne l’avait jamais trouvé ici même après trois ans… à l’exception de Grisia qui était en ce moment accroupi devant lui. Il était extrêmement rayonnant, et son sourire était même plus radieux que celui de sa sœur. Depuis le début, Demos évitait Grisia à dessein.

« Eh ! Demos, même si je suis l’Apprenti-Chevalier du Soleil, ce n’est pas comme si mon corps émettait de la lumière… sauf quand je rassemble délibérément de la lumière sacrée. » Grisia tendit le bras et plaça ses mains sur celle de Demos : « Regarde ! Ta main est clairement un ton plus clair que la mienne, et pourtant je suis déjà bien pâle. »

« Non ! » Demos retira brusquement sa main. Voyant l’expression surprise de Grisia, Demos continua à voix basse : « Ne me touche pas, sinon ma noirceur va déteindre sur toi… »

Grisia fronça les sourcils et lui demanda : « Peu importe à quel point tu peux être sombre, il t’est impossible d’être aussi sombre que Lesus, non ? »

« Lesus n’est pas sombre. » Demos ne savait pas pourquoi il ne considérait pas Lesus comme sombre, alors même que ses yeux, ses cheveux et ses vêtements étaient tous noirs. Cependant, cette « noirceur » dont il parlait ne dépendait pas de l’apparence d’une personne.

Lesus marche toujours devant les autres, et il est à la fois fort et compétent, donc tout le monde l’écoute… Il n’est pas sombre du tout !

Grisia réfléchit à la question pendant un petit moment avant de répondre : « Si Lesus a l’air sombre, mais ne l’est pas en réalité, dans ce cas, juste parce que j’ai l’air lumineux, ça ne veut pas forcément dire que je brille vraiment, n’est-ce pas ? »

Demos fut pris de court, ne comprenant pas vraiment ce que Grisia essayait de dire. Grisia tendit la main et pinça la joue de Demos, mais ce dernier se contenta de le fixer d’un regard vide d’expression, ne comprenant pas qu’elles étaient les intentions derrière ce geste.

Après l’avoir pincé pendant une minute entière, Grisia le lâcha enfin et hocha la tête avec satisfaction, déclarant : « Ton score de personne qui ne dit jamais non est de 100 % ! Même si tout le monde dit qu’il est difficile de te fréquenter, la vérité est que personne n’a encore réussi à faire ta connaissance ! Pire encore, ton score est encore plus élevé que celui d’Elmairy ! »

« … Tu harcèles aussi Elmairy ? »

Grisia nia immédiatement et répliqua : « Bien sûr que non, je ne harcèle pas Fraisary ! »

… Fraisary ?

« Je lui ai juste demandé de m’aider avec quelques tâches, comme chasser les chiens, me laisser emprunter quelques condiments, et éditer des documents ! Je ne l’ai absolument pas harcelé. » Après avoir affirmé cela, Grisia sembla se plonger dans ses réflexions pendant quelques instants avant de murmurer : « Mais “Décédéo” est plus utile pour la paperasse. Dorénavant, il vaudrait mieux que je continue à l’utiliser pour corriger les documents. »

« C’est quoi un “Décédéo” ? »

« C’est Ceo bien entendu ! »

« … »

Même si Demos ne prononça pas le moindre mot en réponse, Grisia continua de parler : « Toutefois, le score de Décédéo n’est que de 50 %, il atteint à peine la moyenne ! Et pourtant, à partir du moment où je le trouve, tout ce que j’ai à faire est de poser les documents devant lui, et il ne peut pas s’empêcher d’aider à tous les corriger ! C’est tout simplement hilarant ! Je vais même te dire un secret : malgré son apparence féroce, Lesus a un score plutôt élevé, il est à 80 % ! Il ne rejette jamais mes requêtes, même quand je lui demande de m’aider à acheter des tartes aux myrtilles. »

Même Lesus a… Demos ne put retenir une exclamation : « Tu… tu es si sombre… »

« Impossible ! Je suis le futur Chevalier du Soleil, donc je suis naturellement très rayonnant ! »

« Grisia, où es-tu en train de t’immerger dans la lumière en ce moment ? Sors de là tout de suite ou sinon, en tant que ton maître, c’est moi qui viendrai te chercher ! »

En entendant cette voix gracieuse pourtant clairement beaucoup plus grave que d’ordinaire, Grisia ouvrit immédiatement les rideaux et, sans dire un mot, entra dans la crevasse où se cachait Demos. Juste après, il laissa les rideaux se refermer derrière lui.

Comme si sa tête était plongée dans le brouillard, un Demos perplexe regarda Grisia. Puis, peu de temps après, il entendit des pas qui se rapprochaient… des pas qui, contre toute attente, s’arrêtèrent juste devant les rideaux.

« Qui est-là ? »

Demos fut pris par surprise, ne s’attendant pas à ce qu’en un seul jour il se fît découvrir par deux personnes différentes. Il jeta un regard à Grisia à ses côtés ; il était clair qu’il n’avait aucune intention de répondre, aussi Demos n’eut d’autres choix que de légèrement entrouvrir les rideaux, ne laissant dépasser que sa tête, pour répondre : « C’est Demos. »

Le Chevalier du Soleil fronça élégamment les sourcils et l’interrogea : « As-tu vu Grisia ? »

Alors que le perplexe Demos délibérait sur la réponse à donner, il sentit qu’on lui pinçait le bas du dos, et il dût répondre : « Non. »

En entendant cela, Néo ne lui porta plus aucune attention et se retourna pour partir, murmurant vaguement : « Mais, où donc s’est-il enfui ? J’ai plusieurs documents qui sont dus pour demain… »

Dès que Néo fut parti, Demos voulu retourner se fondre dans son propre petit monde, mais Grisia avait déjà passé la tête à travers le rideau en s’exclamant : « Merci ! Oh, au fait, peux-tu me rendre un petit service ? »

Pourquoi avait-il eu l’impression que quelque chose clochait, lorsqu’il entendit « petit service » ? Demos était complètement décontenancé, mais rendre un petit service n’était pas grand-chose, aussi il acquiesça.

« Dans ce cas, aide-moi à récupérer les documents de Maître Néo, apporte-les à “Décédéo” et dis-lui que ce sont des documents qui doivent être terminés pour demain. » Grisia fit une pause pendant un bref instant avant de continuer : « Pourquoi me regardes-tu avec cet air soupçonneux ? Je ne peux pas faire ça moi-même, parce que j’ai d’autres préoccupations qui accaparent toute mon attention ! Si mon maître me trouve, il m’assignera à coup sûr d’autres tâches additionnelles. »

C’est donc pour ça. Demos hocha la tête, sortant à contrecœur de son petit monde, décidé à rendre ce petit service. Dans tous les cas, tout ce qu’il avait à faire était de récupérer des papiers, ce qui ne devrait pas prendre beaucoup de temps. Néanmoins, au même moment, le coin de son t-shirt fut soudainement attrapé par quelqu’un. Il tourna la tête, regardant d’un air sceptique Grisia qui affichait un sourire brillant et aveuglant. Ce dernier lui demanda tout en continuant de resplendir : « Puisque tu as déjà accepté de m’aider avec ce petit service, peux-tu aussi m’aider avec une autre faveur ? Détends-toi, il s’agit juste de livrer des messages. »

Si c’est juste transmettre des messages, ça ne devrait pas prendre trop longtemps. Demos acquiesça.

 

 

Ceo accepta immédiatement les documents, et Demos se sentit un peu heureux en son for intérieur. Tout ce qu’il me reste à faire est de transmettre quelques messages, et je pourrai retourner dans mon petit monde. Au moins, c’est bien mieux que d’avoir à corriger des piles de documents comme Ceo.

Néanmoins, Ceo qui était forcé de corriger cette pile de papiers révéla une expression de sympathie et s’enquit : « Est-ce que Grisia t’a demandé de lui rendre service ? »

Demos acquiesça.

Ceo lui fit remarquer avec douceur : « C’est également ce qu’il m’a dit quand il m’a demandé de l’aider à corriger des documents. » Ayant déclaré cela, Ceo tapota Demos sur le dos et continua : « Bienvenue dans le club des “peux-tu me rendre service”. »

Qu’est-ce qu’il y a de si terrible à aider et rendre un petit service à quelqu’un ? L’expression de Ceo donnait l’impression qu’il venait de prendre ses fonctions dans le club du « Risquons nos vies pour pourfendre un dragon » à la place. Demos ne comprenait vraiment pas.

 

 

« Grisia t’a dit de venir ici pour emprunter des condiments ? » lui demanda Elmairy tout en dévisageant Demos avec une intense curiosité. Même s’ils faisaient tous les deux partie des Douze Apprentis-Chevaliers Sacrés, et qu’ils appartenaient même tous à la « Bonne faction au grand cœur », il avait rarement été en contact avec Demos qui était réellement quelqu’un qu’on n’apercevait pas souvent.

Demos hocha la tête, puis répondit : « Il y a aussi des affaires sur lesquelles tu dois enquêter. Il a dit : “Les personnes sous investigations sont toutes du type maternel, donc assure-toi de t’habiller de façon encore plus adorable pour déclencher leur instinct maternel plus facilement.” » Même s’il n’avait pas du tout compris le sens derrière les paroles de Grisia, il n’était que responsable de les réciter mot pour mot.

Elmairy eut l’air un peu stupéfait pendant un instant avant de marmonner à voix basse : « Comment suis-je censé avoir l’air adorable quand j’ai déjà seize ans… ? »

Pourtant, lorsqu’il regarda de nouveau Demos, les yeux d’Elmairy étaient remplis de compassion, et il répondit d’un ton plein de pitié : « Merci pour ton dur travail. C’est tellement dommage qu’on ne puisse pas y faire grand-chose, donc, s’il te plaît, fais de ton mieux et tiens le coup. Si ça devient vraiment trop dur à supporter, je t’aiderai. Ça fait déjà un moment que j’aide fréquemment Ceo de toute façon. »

… ?

 

 

« Gisia a dit : “Il y a un grand nombre d’esprits malveillants qui sont apparus au terrain d’exécution le plus éloigné, et tu dois aller les exterminer.” »

En entendant cela, Chikus interrompit ce qu’il faisait avec stupéfaction. Pour être honnête, il n’avait détecté la présence de Demos que lorsque celui-ci avait commencé à parler. Il le jaugea de haut en bas, et Demos interpréta mal son geste, croyant que cela voulait dire que ses mots n’avaient pas été entendus clairement, aussi il les répéta une fois de plus.

« Oh, j’ai compris maintenant. » Chikus répondit d’un hochement de tête. Contrairement aux autres, il ne réconforta pas Demos avec sympathie. Il déclara plutôt d’un ton admiratif : « Grisia est vraiment incroyable. Quand je pense qu’il est même capable d’avoir à ses ordres le Capitaine-Chevalier Sacré le plus difficile à trouver et fréquenter. On dirait que Georgo est le seul qui n’ait aucune intention d’aider Grisia. Oh, c’est vrai ! Comment est-ce qu’il t’appelle ? »

« Qu’il m’appelle ? »

« Grisia n’utilise pas ton vrai nom pour parler de toi, non ? »

Demos répondit avec perplexité : « Il m’appelle juste par mon nom. »

« Oh… » Chikus réfléchit pendant un moment, puis répliqua : « C’est probablement juste parce que vous ne vous connaissez pas depuis assez longtemps. Tu comprendras bien assez tôt. »

… ?

 

 

Après avoir complété chaque tâche qui lui avait été assignée, Demos ressentit une joie provenir du fond de son cœur, tandis qu’il se mettait en marche vers son petit monde…

« Didi ! » Demos continua d’avancer. « Didi ! » La voix qui appelait gagna en intensité, mais Demos poursuivit son propre chemin, comme il n’avait pas de grand frère, et donc personne qui l’appellerait « petit frère »… Et, pourtant, il sentit soudainement quelqu’un l’agripper.

Il tourna la tête et découvrit qu’il s’agissait de Grisia qui se plaignit d’une voix pleine de ressentiment : « Je n’arrête pas de t’appeler depuis tout à l’heure. Pourquoi m’ignores-tu ? »

Il m’appeler ? Demos pencha la tête. J’ai clairement entendu Grisia appeler son petit frère… À moins qu’il essayait en fait de dire Deedee1 ?

Grisia s’accrocha à Demos de toutes ses forces et dit d’une voix très anxieuse : « Deedee, tu dois me rendre un petit service ! »

Est-ce que je ne viens pas déjà de l’aider ?

« Je me suis quand même fait prendre par mon maître ! La punition qu’il m’a donnée est de me rendre dans la forêt pour capturer un loup et le lui apporter. Mais, Ceo est déjà en train de m’aider à corriger des documents, Leaf est allé m’aider à enquêter sur ces affaires, et Blaze est parti exterminer les esprits au terrain d’exécution, donc il faut que ce soit toi qui m’accompagnes pour aller capturer un loup ! »

Mais, dans ce cas, qu’elles sont les tâches qui accaparent toute ton attention dont tu m’as parlé plus tôt ? Demos ne comprenait vraiment pas du tout, mais il n’avait pas l’habitude de désobéir aux ordres, alors il suivit Grisia sans discuter.

De toute façon, il faut juste affronter un loup, ça ne prendra pas beaucoup de temps.

 

 

Récupérer des documents n’avait pas pris beaucoup de temps.

Transmettre des messages n’avait pas pris beaucoup de temps.

Affronter un loup n’avait non plus pas pris beaucoup de temps…

Pourtant, Demos réalisa subitement que, avant de s’en rendre compte, il avait non seulement récupéré des documents, transmis des messages, affronté un loup, mais était aussi parti à la chasse de créatures des ténèbres, avait aidé à acheter des ingrédients pour des desserts, s’était occupé de documents, avait enquêté en secret, s’était renseigné sur diverses informations, avait donné une leçon à un idiot qui avait eu la malchance de provoquer la colère de Grisia, avait ajouté du laxatif dans le repas du roi sans se faire prendre… On pouvait dire que, toute la journée, tous les jours, il entendait un certain appel…

« Didi ! Rends-moi un petit service ! »

Peut-être qu’il aurait mieux valu que je rejoigne le club du « Risquons nos vies pour pourfendre un dragon » plutôt que d’aider Grisia avec ne serait-ce qu’un seul autre petit service ! pensa Demos pour lui-même, alors qu’il aidait Grisia avec encore une autre petite faveur.

 

 

Chikus éclata de rire en se tenant le ventre : « Hahahah ! Di… Didi ? Ouahahaha ! »

Ceo fronça les sourcils et fit remarquer : « Bizarrus, je trouve que tu n’es pas très bien placé pour te moquer des autres. »

Le rire de Chikus s’interrompit brusquement et ne se laissant pas faire, il répliqua : « Se faire appeler “Bizarre”, c’est toujours mieux que Décédéo ! Fais attention, s’il continue de t’appeler comme ça, un jour tu vas vraiment finir par “décéder” ! »

Elmairy se tapota la poitrine de soulagement et se réjouit : « C’est une bonne chose que Fraisary sonne à peu près plaisant à entendre… Je me demande comment Grisia appelle Georgo. »

Ceo répondit avec mauvaise humeur : « Puisque Georgo ne veut même pas l’aider, Grisia ne s’est pas embêté à lui donner un surnom étrange, comme il n’aura jamais l’occasion de l’utiliser pour lui demander une faveur à tout bout de champ. »

Ceci ayant été dit, le silence s’installa entre les quatre personnes.

Quelle honte ! Si j’avais su que ça finirait comme ça, à l’époque, je n’aurais jamais accepté d’aider Grisia avec « son petit service ».

Note de bas de page

1 Didi et Deedee : En chinois, « Didi » sert à désigner le petit frère et se prononce pareil que « Deedee » qui est utilisé dans le premier caractère pour le nom de Demos en chinois. Même si nous essayons d’occidentaliser les noms et les termes, nous avons pensé garder Didi car nous ne voulions pas perdre le jeu de mots de Grisia à propos de son « petit frère » dans la traduction.

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle #10 : Révéler la vérité à coups de pied

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles

Roman d’origine en chinois par :  Yu Wo 


Side Story #10: Kicking Forth the Truth – traduit du chinois vers l’anglais par dahlys[PR!]
Histoire parallèle #10 : Révéler la vérité à coups de pieds – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par AkaiiRia

Ouvrir les portes d’un grand coup de pied est vraiment addictif ; c’est si amusant et excitant !

Mais, certaines portes sont interdites. Chikus ne les avait ouvertes qu’une seule fois, et n’avait plus jamais osé les défoncer par la suite.

Lesus – même si tu défonces sa porte, il n’y a pas grand-chose à voir. Tout ce que tu verras sera simplement Lesus en train de corriger des documents, et il se mettra en colère.

Grisia – des choses extrêmement terrifiantes t’arriveront après avoir ouvert sa porte !

Le Pape – après avoir donné un coup de pied dans sa porte… ???

 

 

« Je dois avoir accumulé une dette envers Grisia dans ma vie antérieure, donc, dans cette vie-ci1, je suis obligé de la payer. Mais, ça ne me dérange pas, parce que les dix autres doivent également rembourser leurs dettes. » — Chikus.

« Balivernes ! C’est moi qui rembourse des dettes, espèce d’enfoiré ! » — Grisia.

 

 

« Chikus ! Je t’ai dit que tu ne pouvais défoncer que dix portes par semaine. Pourquoi en as-tu brisé plus de vingt en un seul jour ? »

Furieux, le Chevalier de Flamme punit son apprenti, le frappant sans pitié sur la tête à plusieurs reprises avec une pipe. C’était parce que le Pape l’avait mis en garde à maintes reprises que si Chikus continuait d’endommager trop de portes, les frais de réparations seraient tous à sa charge.

À l’origine, il avait pensé que ce n’était pas bien grave si son jeune apprenti débordant d’énergie ouvrait quelques portes à coups de pied. Ce n’étaient que des portes, alors il devait pouvoir se permettre de payer pour ces dégâts… Cependant, lorsque le Pape lui montra le nombre de portes que Chikus avait détruites aujourd’hui, il faillit vomir du sang. Chikus avait défoncé plus de vingt portes en un jour, ça ferait plus de cinq cents portes par mois. Même le salaire du Chevalier de Flamme ne serait pas suffisant pour compenser tous ces dégâts !

Après s’être fait taper sur le crâne plusieurs fois, Chikus baissa la tête, faisant semblant de se repentir. Toutefois, il n’avait pas retenu la leçon et murmura : « Pourquoi s’embêter à compter combien de portes j’ouvre à coups de pied ? Quand une personne voit une porte, elle ferait mieux de simplement la défoncer ! »

Le Chevalier de Flamme tira sur l’oreille de son apprenti sans aucune pitié jusqu’à ce que ce dernier gémisse : « AIE, AIE, AIE ! » Ce ne fut qu’à ce moment-là qu’il commença à se calmer un peu et le gronda : « Tu crois que tes pieds peuvent remplacer tes mains, hein ? Eh bien, puisque tu utilises tes pieds pour ouvrir les portes, et si je te forçais à les utiliser aussi pour manger ? »

« … »

Même si Chikus gardait le silence, il n’y avait aucune trace de peur dans son expression, parce qu’il savait que son maître ne lui ferait jamais faire ça. Son maître avait beau avoir l’air intimidant avec des pattes lui couvrant chaque côté des joues, mais il était en fait très sensible. S’il se servait véritablement de ses pieds pour manger, son maître serait sûrement la première personne à l’arrêter !

À l’instant où il vit l’expression de son apprenti, le Chevalier de Flamme sut que celui-ci ne craignait pas du tout sa menace. Pour sauver son salaire, il décida de faire quelque chose d’autre afin d’empêcher son apprenti de répandre le chaos. Il le mit en garde : « Tu n’es autorisé à défoncer que dix portes par semaine ! Si tu dépasses ce nombre, j-je réduirai ton argent de poche ! »

En entendant cela, Chikus s’exclama : « Maître, comment pouvez-vous me faire ça ? C’est de la maltraitance envers un enfant, le Dieu de la Lumière vous punira pour ça ! »

« Oh ? Tu dis que c’est de la maltraitance ? » Le Chevalier de Flamme était si en colère qu’il en rit : « Tu n’as jamais vécu ce que c’était de la vraie maltraitance ! Crois-tu vraiment que je ne peux pas prendre exemple sur Néo et te traiter de la même façon qu’il traite Grisia ? »

« Qu’est-ce que ça a de si terrible et effrayant ? » Sceptique, Chikus répliqua : « Le Chevalier du Soleil n’a-t-il pas juste besoin d’être élégant ? Je suis le Chevalier de Flamme, donc je dois être très agressif et défoncer des portes ! » Donner des coups de pied dans des portes n’est pas une compétence facile à maîtriser, et certaines portes ne peuvent être ouvertes qu’en les défonçant avec mon aura de combat !

« Ça n’a rien de terrifiant ? » Le Chevalier de Flamme leva les yeux au ciel et rétorqua sèchement : « D’où crois-tu que la pile de documents que Grisia ne peut jamais finir… »

« C’est n’importe quoi ! Grisia refourgue clairement tout son travail aux autres ! Depuis quand fait-il son boulot lui-même ? » le coupa immédiatement Chikus.

« … que la pile de documents qu’il ne peut jamais finir de refourguer aux autres provienne ? Je ne t’ai jamais fait t’occuper de la paperasse jusqu’à présent ! »

Après avoir entendu cela, Chikus hésita. Il ne voulait vraiment pas se retrouver coincé avec une pile de documents sur le dos, sinon il n’aurait plus le temps d’aller où bon lui semble ou pour s’amuser un peu. S’il devait corriger un tas de documents qui n’en finissaient jamais comme Céo… Chikus trembla à cette idée et n’osa plus continuer de se disputer avec son maître.

« Mais, dix portes par semaine, ce n’est vraiment pas assez ! » Il avait peur, mais Chikus connaissait bien son maître. Ce dernier avait l’air intimidant en apparence, mais il avait en fait le cœur très tendre.

Le Chevalier de Flamme réfléchit à la question pendant un moment, mais il avait lui aussi l’impression qu’il se montrait un peu strict. Il envisagea la quantité de portes qu’il pouvait se permettre d’acheter avec son salaire et répondit : « Tu n’es autorisé à défoncer que quinze portes par semaine. »

« D’accord ! On commence à compter à partir d’aujourd’hui ! » Chikus s’écria joyeusement : « Au revoir, Maître. Je vais aller défoncer des portes maintenant… » En voyant son maître le fusiller du regard, il se rectifia : « Je vais aller m’amuser un peu maintenant ! »

« Fiche le camp, aller ! » Le Chevalier de Flamme agita la main avec impatience.

Il se sentait un peu impuissant face à son apprenti. Toutefois, après y avoir songé davantage, il conclut que, pour les garçons, être plein d’entrain et actif était toujours une bonne chose. Aussi, son inquiétude diminua.

« Fahr, n’es-tu pas un peu trop généreux ? »

Une ombre descendit d’un arbre. Sans même avoir besoin de regarder, Fahr du Brasier sut immédiatement qu’il s’agissait de Lanbi de la Tempête, puisqu’il n’y avait que très peu de personnes qui n’avaient rien à faire durant les cours de développement de personnalité et qui aimaient se détendre sur des branches ou dans des buissons.

De plus, il avait détecté l’odeur de tabac un moment auparavant. Il m’a encore piqué mon tabac ! Soupir ! Ne peut-il donc pas aller acheter le sien ?

« Les enfants sont pleins de vitalité, donc, naturellement, quelques portes brisées sont inévitables. Inutile d’être si dur envers lui. »

Lanbi s’appuya contre l’arbre, tenant élégamment une longue pipe à tabac dans sa main. Il déclara d’un ton désapprobateur : « Si jamais Grisia avait osé défoncer des portes et que Néo avait été obligé de payer pour elles avec son salaire, je pense qu’on l’aurait retrouvé mort le jour suivant ! »

C’était en effet vrai. Fahr en resta sans voix. En réalité, ce n’était pas la première fois que quelqu’un lui disait qu’il gâtait trop Chikus. Néanmoins, la vue de Lanbi tenant sa précieuse pipe lui fit décréter avec exaspération : « N’utilise pas Néo comme exemple ! Strictement parlant, ce qu’il fait est véritablement de la maltraitance envers les enfants. Judgment devrait l’arrêter et le faire enfermer ! »

Après avoir inhalé du tabac puis avoir exhalé une longue expiration de fumée, Lanbi leva un sourcil et répondit : « Si tu veux vraiment être pointilleux, alors tu peux tout aussi bien dire que Néo est au moins coupable d’avoir maltraité toute l’Église du Dieu de la Lumière. Ce n’est pas aussi simple que de la maltraitance envers un enfant. »

En entendant cette réponse, Fahr répliqua avec impuissance : « Même dans ces jeunes années, Néo a toujours été un garçon problématique. »

« C’est vrai. À l’époque, nous disions toujours que nous n’arrivions pas à l’imaginer instruire un apprenti, mais, avant même de nous en rendre compte, nous sommes tous devenus des maîtres. »

Plein d’émotions, Fahr demanda avec intérêt : « Comment va ton apprenti dernièrement ? Dans quelques années, tous les apprentis deviendront la prochaine génération des Douze Chevaliers Sacrés. »

« Mis à part le fait qu’il a des cernes noirs sous les yeux, tout va plutôt bien. »

Farh était au courant que, récemment, Céo corrigeait des documents du matin au soir jusqu’à tard dans la nuit. Un peu embarrassé, il se réalisa : « On dirait vraiment que j’ai trop gâté Chikus. »

« Ce n’est pas nouveau. »

« Va au diable ! »

« Ne t’inquiète pas. » Souriant presque, Lanbi ajouta : « Grisia t’aidera à entraîner l’Apprenti-Chevalier de Flamme. Il n’acceptera jamais qu’il y ait un type inutile parmi ses hommes. Il sera sûr de mettre à profit “toutes leurs capacités” sans “laisser la moindre miette” jusqu’à ce qu’il “ne reste que leurs os une fois qu’il les aura avalés tout entier”. »

… On dirait que les cernes de son apprenti ne laissaient pas vraiment Lanbi indifférent après tout.

Déterminé à poursuivre leur discussion, Fahr argumenta : « Grisia n’a pas le choix. Il est encore très jeune, et pourtant il doit aider à nettoyer le chaos que Néo laisse dans son sillage. Même Chasel a dû admettre qu’avec l’aide de Grisia son fardeau a été réduit de façon significative. »

« Il sera un bon Chevalier du Soleil. » Lanbi souffla une nouvelle bouffée de fumée et ajouta : « Je suis juste un père avec le complexe de celui qui “marie sa fille”. Voir mon précieux enfant devenir la femme de quelqu’un d’autre me rend vraiment mécontent. Ignore-moi s’il te plaît. »

Fahr était sur le point de le corriger quand Lanbi reprit la parole en premier.

« Et inutile de me rappeler que Céo est un garçon. Depuis qu’il est enfant, ce petit rougit sans arrêt et a toujours été timide. Si je ne le considérais pas comme ma fille, je l’aurais déjà tabassé à mort depuis longtemps. »

En entendant cela, Farh déclara avec sympathie : « Au moins, il ne passe pas ses journées à détruire des portes. »

« C’est vrai ! » Avec une expression maussade sur le visage, Lanbi dit : « Tout ce qu’il sait faire, c’est taper du pied et dire “c’est impossible, je n’arriverai jamais à faire ça”. »

J’imagine que chaque famille a son petit chevalier problématique2

Fahr sortit sa pipe. Par coïncidence, Lanbi leva la sienne en même temps. Aussi, ils prirent tous les deux une longue bouffée de tabac et soufflèrent de grands anneaux de fumée dépressifs.

 

 

Je ne peux défoncer que quinze portes par semaine, donc je ne peux absolument pas défoncer une porte au hasard. Je dois choisir mes portes avec soin !

« Héhéhé ! » Tandis qu’il contemplait une porte, Chikus ricana comme un homme qui reluquait une femme avec des idées perverses en tête.

C’était une porte qu’il n’avait encore jamais défoncée : la porte de la chambre de Grisia.

Grisia l’avait maintes fois prévenu de ne pas défoncer sa porte, mais… c’était exactement pour cette raison qu’elle valait le coup d’être enfoncée à coups de pied ! C’était comme une porte interdite, donc la défoncer serait encore plus satisfaisant que d’ouvrir n’importe quelle autre porte !

Par conséquent, Chikus l’avait mise de côté jusqu’à présent. C’était une de ses attractions principales, donc il ne pouvait pas se permettre de la défoncer dès le départ.

Défoncer des portes est vraiment l’activité la plus amusante au monde !

La première porte qu’il avait défoncée avait été celle de Céo. C’était parce que son maître lui avait dit qu’il connaissait bien le Chevalier de la Tempête, par conséquent il n’y avait pas de problèmes à enfoncer la porte de son apprenti.

Au début, Chikus était un brin réticent. Qu’y a-t-il de mal à ouvrir avec mes mains une porte qui fonctionne parfaitement bien ? Pourquoi est-ce que je dois l’ouvrir à coups de pied ?

Mais, au moment où il défonça la porte, Chikus aperçut Céo tenant la photo d’une jeune femme et la contemplant en rougissant énormément. Il avait même une serviette enveloppée autour de la tête et était en train de se teindre les cheveux.

Aussi, quand Céo se rendit compte que sa porte venait d’être ouverte, il resta momentanément pétrifié. Cependant, après cela, il fut saisi d’effroi, et le voir éclater en sanglots avait été vraiment… trop divertissant !

Dès ce moment-là, Chikus devint accro à l’action de défoncer des portes. S’il pouvait voir toutes sortes de choses amusantes à chaque fois qu’il détruisait une porte, comment pourrait-il jamais s’arrêter de le faire ?

Oh, mais il avait aussi défoncé une porte ennuyeuse une fois. La porte de la chambre de Lesus.

Non seulement il n’y avait pas de spectacle amusant à regarder derrière la porte – Lesus n’avait fait que tourner lentement la tête vers lui et froncer les sourcils – mais, en plus, l’expression sinistre sur le visage de celui-ci l’avait fait à moitié mourir de peur, et il s’était fait sévèrement réprimander. Il n’y avait rien de bon dans tout cela ! Il avait décidé de ne plus jamais ouvrir la porte de Lesus sans son consentement !

Mais, défoncer la porte de Grisia sera surement beaucoup plus amusant !

Chikus était absolument certain de cela, puisque tout le monde savait que Grisia cachait de nombreux secrets explosifs !

Chikus prit une grande inspiration et se plaça devant la porte. Il leva son pied droit très haut et, de toutes ses forces, il frappa !

Bang !

Bang !

BANG !

La porte fut enfoncée ; Chikus essaya de se concentrer pour voir ce qu’il se passait à l’intérieur, mais il fut envoyé valser dans les airs ; il s’écrasa directement contre un mur. Tout son corps lui faisait un mal de chien, et son esprit était extrêmement confus. Il crut qu’il allait mourir.

« Chikus ? »

Cette voix, c’est Grisia ? Nan, comment ce type pourrait-il un jour prononcer mon nom correctement ? Mais, cette voix… Une douce chaleur se répandit dans son corps. C’était la sensation que l’on ressentait lorsqu’on se faisait soigner par la lumière sacrée.

Peu de temps après, Chikus se réveilla. Il observa stupidement la personne qui se tenait devant lui. C’était en effet Grisia, mais, pour le moment, il ne portait pas son uniforme d’Apprenti-Chevalier du Soleil. À la place, il portait un t-shirt blanc et un short, ses cheveux et son visage étaient encore humides.

Il était en train de prendre un bain ? pensa Chikus, encore étourdi.

« Mon cher frère, pourquoi as-tu défoncé ma porte ? » le questionna Grisia, surpris. « Ne te souviens-tu pas que je t’ai demandé de ne pas ouvrir ma porte à coups de pied ? »

Chikus répondit avec audace : « J-J’avais oublié. »

Même s’il reçut ce genre de réponse, Grisia continua de sourire. Il dit : « Mon cher frère, tu es vraiment vilain ! La prochaine fois, s’il te plaît, ne défonce pas ma porte. » À cet instant, il se pencha lentement en avant et murmura à l’oreille de Chikus : « La prochaine fois que tu toucheras à ma porte, je t’enverrai valser d’est en ouest à travers toute la Cité du Bourgeon. Et personne dans toute l’Église du Dieu de la Lumière n’osera te soigner ! »

Après avoir fini sa phrase, il s’écarta lentement. Souriant brillamment, il conclut : « Puisse le Dieu de la Lumière toujours te protéger, afin que tu sois libre de toute maladie ou souffrance et que tu ne commettes pas d’autres erreurs, mon cher frère. »

Le visage de Chikus pâlit. Il hocha la tête vigoureusement et nota mentalement de façon permanente : Je ne dois en absolument au cas défoncer la porte de Grisia !

Grisa effectua un demi-tour et referma derrière lui la porte qui avait été enfoncée et pendait maintenant de travers. Chikus entendit un grognement distinct ainsi que quelques mots qu’il ne comprit pas complètement : « Bordel ! Chaque fois que je mets un masque facial, quelqu’un vient me déranger. C’est forcément une malédiction… »

Après avoir reçu cette douloureuse leçon, Chikus décida de ne pas défoncer d’autres portes dans le Temple Sacré. Qui sait s’il n’allait pas enfoncer la porte d’un autre Grisia ?

Ainsi, il se rendit au Sanctuaire de la Lumière pour défoncer des portes. Cet endroit était plein de prêtres de toute façon, et il n’avait pas peur d’eux !

Chikus ne connaissait pas très bien le Sanctuaire de la Lumière, aussi, même une fois qu’il arriva à destination, il ne parvint pas à décider quelle porte défoncer. Il se promena ici et là, essayant d’identifier une porte satisfaisante.

Par chance, Chikus portait son uniforme. Tout le monde le reconnut en tant qu’Apprenti-Chevalier de Flamme, ainsi personne ne l’empêcha d’errer dans le sanctuaire.

Il finit enfin par trouver une porte adéquate. Le concept de la porte devant lui n’était pas moins élaboré que celui de la porte du Chef du Temple Sacré, le Chevalier du Soleil. Peut-être que c’est la porte de la chambre du Pape ?

« Le Pape ? » Chikus se frotta le menton. C’est assurément une bonne proie. J’ai entendu dire que le Pape est à un âge avancé, mais qu’il ressemble toujours à un adolescent. N’a-t-il donc pas plein de secrets ? Bien sûr que si !

En plus d’avoir l’apparence d’un adolescent, le Pape ne connaît que des sorts de soin et autres magies similaires. Je n’ai rien à craindre !

Ayant fini de réfléchir à la question, Chikus leva de nouveau son pied. Il prit une profonde inspiration, mais, alors qu’il abattait son pied, il se souvint soudainement que… Grisia aussi n’était qu’un adolescent.

BANG !

« Qui ose détruire ma porte de cette manière ? Ne savez-vous donc pas que j’ai posé des pièges magiques dessus… ? Quoi ? L’Apprenti-Chevalier de Flamme ? »

Le Pape sortit lentement de sa chambre, s’attendant à une invasion, mais ne vit que l’Apprenti-Chevalier de Flamme qui était prisonnier de ses pièges magiques. Les yeux de ce dernier étaient grands ouverts, et il contemplait quelque chose d’incroyable. C’était…

Le Pape réduisit immédiatement la quantité de magie qu’il avait rassemblé. S’il causait le moindre effet secondaire à long terme, beaucoup de gens viendraient se venger.

Fahr était l’un d’entre eux, et l’autre serait ce petit démon, Grisia. Ce garçon n’avait que quinze ans, mais il avait déjà essayé de le forcer à lui rendre le Chevalier des Enfers. Il l’avait même menacé et lui avait formellement interdit de toucher aux autres Chevaliers Sacrés.

« Soupir, tu continues de défoncer des portes à ce que je vois. Et tu as même l’audace de venir détruire la mienne à coups de pied ! Ma mise en garde auprès de ton maître n’a donc eu aucun effet ! Cependant, dans ton intérêt et pour éviter les représailles de Fahr et Grisia, cette fois-ci, et uniquement pour cette fois-ci, je vais te laisser t’en tirer. »

Le Pape marqua une pause à cet instant et réfléchit un moment avant de poursuivre : « Mais, j’ai envie de déduire la paie de ton maître… Non, oublions ça, Fahr te gâte beaucoup trop, ça ne servira à rien. Au lieu de ça, Grisia me devra une faveur. Et s’il refuse, tu iras en isolement pendant une année. Je suis sûr qu’il acceptera à contrecœur, puis te rendra la pareille, ha ha ha ! »

Grisia allait se venger sur lui… Chikus avait vraiment envie de pleurer. Il venait tout juste de l’offenser !

« Mon Enfant, tu ne peux pas te rappeler ce que tu as vu dans ma chambre ! » Avec un sourire enfantin sur le visage, le Pape usa de sa magie pour effacer les souvenirs les plus récents de Chikus.

Les yeux de Chikus s’agrandirent, comme si cela lui permettrait de se souvenir du grand secret qu’il avait découvert aujourd’hui. Mais, malheureusement…

« Hein ? Pourquoi est-ce que je suis au Sanctuaire de la Lumière ? Qu’est-ce que j’étais en train de faire à l’instant ? »

Chikus se gratta la tête. Il regarda à sa gauche et sa droite, mais ne vit personne. Pourquoi est-ce que je suis là… ? Soudainement, il eut une révélation.

« C’est vrai ! J’étais parti défoncer la porte de Grisia ! Comment est-ce que j’ai pu oublier ça ? Peu importe ! Je vais aller la défoncer maintenant ! Ce sera sûrement très amusant ! Je me demande quels secrets Grisia cache. Héhéhéhé… »

« … » Furieux, Grisia rugit : « Chikus du Brasier, est-ce que je t’aurais offensé dans ma vie antérieure ? Cette fois-ci, tu es vraiment un homme mort ! Je jure que, si je ne te donne pas tellement de travail au point de ne plus avoir le temps d’enfoncer la moindre porte, dans ce cas je ne m’appellerai plus Grisia3 ! »

Notes de bas de page

1« …dans ma vie antérieure, donc, dans cette vie-ci… » : Référence au concept de réincarnation.

2« …chaque famille a son petit chevalier problématique » : c’est un jeu de mots sur le proverbe chinois : « 家家有个搞的小 » (pinyin : jiā jiā yǒu gè nán gǎo dè xiǎo qǐ shì) qui signifie « chaque famille a son lot de difficultés » ; ou « 家家有本念的 » (pinyin : jiā jiā yǒu běn nán niàn de jīng) qui signifie « chaque famille a un texte qui est déplaisant à lire ».

3« …dans ce cas je ne m’appellerai plus Grisia » : en chinois, les gens déclarent souvent que, s’ils ne parviennent pas à faire quelque chose, ils inverseront leur nom et l’écriront dans ce sens. En gros, ça veut dire qu’ils ne seront plus dignes de leur nom.

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle #9 : Ma chère poupée vaudou

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles

Roman d’origine en chinois par : Yu Wo 


Side Story #9: Beloved Vaudou Doll – traduit du chinois vers l’anglais par Raylight[PR!]
Histoire parallèle #9 : Ma chère poupée vaudou – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par AkaiiRia

Légèrement anxieux, Elmairy examina la personne qui se tenait devant lui. Cette personne était complètement vêtue de noir. Même si le jeune homme ne portait pas ses robes noires habituelles et qu’il arborait simplement des habits ordinaires lui offrant une plus grande liberté de mouvement, celui-ci parvenait quand même à paraître intimidant, et ce en dépit du fait qu’il n’était pas réellement en colère.

Lesus semblait aussi solennel que le racontaient les rumeurs. Nous avons tous environ seize ans. Comment peut-il avoir l’air aussi imposant ?

Malgré y avoir réfléchi plus d’une centaine de fois, Elmairy n’arrivait toujours pas à trouver la réponse à cette question. En même temps, son compagnon l’effrayait légèrement.

En fait, il appartenait normalement à une faction différente de celle de Lesus et, en théorie, il n’aurait normalement pas dû y avoir de chance qu’ils accomplissent la moindre mission ensemble. Et donc, le fait de devoir cette fois-ci partir en mission avec Lesus le rendait extrêmement nerveux.

Cette mission requérait la collaboration de quelqu’un de doué dans l’utilisation de la lumière sacrée. Cependant, toutes les autres personnes du groupe d’Elmairy étaient occupées par d’autres affaires, ou ne voulaient pas y aller. Par conséquent, il ne lui était pas resté d’autre choix que de participer à l’excursion.

La voix distinctive de Lesus retentit : « Elmairy, est-ce que tu sens une quelconque présence de l’élément des ténèbres devant nous ? »

Elmairy se concentra sur ses perceptions extrasensorielles pendant un moment, puis secoua la tête : « Non. Mais, c’est parce que la distance est trop importante. S’il n’y a pas une large quantité de l’élément des ténèbres, je ne pourrai pas percevoir l’élément. Grisia est meilleur que moi dans ce domaine. »

Observant la maison lugubre qui se dressait devant lui, ainsi que son terrain vaste et sa grande cour abritée par des murs, Lesus conclut également que la distance était relativement grande. Il secoua la tête et dit : « Grisia est en effet très fort dans ce domaine. C’est bien dommage qu’il soit allé au palais avec le Chevalier du Soleil aujourd’hui. »

Elmairy continua de fixer Lesus du regard même lorsque celui-ci se tût. Le cœur de ce dernier vacilla, et il s’empressa d’ajouter de sa voix grave : « Mais, même s’il n’avait pas quitté le Temple Sacré, je ne serais jamais parti en mission avec l’Apprenti-Chevalier du Soleil ! »

Elmairy tressaillit et, d’une petite voix, il tenta d’expliquer : « Grisia est quelqu’un avec lequel il est facile de s’entendre. »

Lesus répliqua froidement : « Que ce soit le cas ou non m’importe peu. Ses compétences à l’épée sont plus que médiocres, et il force les autres à effectuer son travail à sa place. Si je devais partir en mission avec lui, j’ai bien peur d’être obligé de la compléter seul. »

« … »

Même s’il aurait aimé défendre l’honneur du futur chef de la « bonne faction au grand cœur », Elmairy ne parvint pas à trouver la moindre répartie. Les mots de Lesus avaient tapé dans le mille ! Il ne put s’empêcher de laisser échapper ses propres soupçons : « Il semblerait que tu connaisses bien les mauvaises habitudes de Grisia. Se pourrait-il que vous soyez proches tous les deux ? »

Le cœur de Lesus reçut encore une fois un choc, mais son visage demeura impassible. Après avoir affiché une expression insatisfaite, il renifla avec mépris et déclara : « Pourquoi serais-je proche de l’Apprenti-Chevalier du Soleil ? Il sera un jour aux commandes du Temple Sacré. Tout le monde observe ses moindres faits et gestes. Il n’est pas difficile de voir comment il se conduit. »

Elmairy réalisa soudainement quelque chose. C’est terrible ! Il semblerait que la mauvaise réputation des compétences à l’épée de Grisia ainsi que sa vilaine habitude de refiler son travail aux autres aient déjà atteint le Tribunal !

Lesus tourna la tête et ordonna aux cinq chevaliers sacrés qui se tenaient derrière lui : « Vous deux, allez à la porte de derrière et attendez mes instructions. Quant à vous, frappez à la porte et appelez le propriétaire trois fois. Si vous n’obtenez toujours pas de réponses après trois fois, enfoncez immédiatement la porte et entrez, puis commencez la fouille. »

« Bien reçu ! »

Elmairy était extrêmement impressionné par le sang-froid dont Lesus faisait preuve alors qu’il donnait ses ordres. Même si tout le monde savait qu’ils étaient les futurs Douze Chevaliers Sacrés, l’emphase était sur le mot « futur ». Il était inutile de mentionner le fait qu’ils étaient encore très jeunes. Par conséquent, les douze apprentis-chevaliers ne détenaient en réalité aucune autorité. La plupart d’entre eux auraient hésité et employé un ton moins impérieux en donnant des ordres à un groupe de chevaliers sacrés de plusieurs années leurs aînés. Toutefois, cela ne semblait pas le moins du monde déranger Lesus.

Aucun des chevaliers se faisant commander par un adolescent n’afficha le moindre signe de mécontentement ou de gêne sur leur visage. Ils révéraient Lesus, et Elmairy pouvait le constater juste à leur expression.

Lesus est vraiment incroyable. Toutefois, si c’était possible, Elmairy préfèrerait ne pas avoir à partir en mission avec lui, car la sensation d’oppression qui émanait de Lesus était tout simplement trop imposante. Se tenir à côté de Grisia est bien plus relaxant.

Lesus donna son dernier ordre. « Elmairy, tu restes derrière moi et tu couvres tout le monde. »

Ce n’est sûrement qu’une erreur de perception de ma part ? En entendant les paroles de Lesus, Elmairy réalisa brusquement que Grisia faisait toujours en sorte de refiler son travail aux autres. Par exemple, dans une situation telle que celle-ci, il n’y avait aucun doute qu’il ordonnerait aux chevaliers de s’approcher de l’ennemi tandis qu’il resterait à l’arrière pour apprécier la brise. Cependant, la tendance de Lesus à être extrêmement consciencieux était connue de tous, et il ne refilerait probablement jamais son travail aux autres.

Se tenir aux côtés de Grisia n’est finalement pas du tout relaxant non plus !

« Elmairy ! » Lesus avait avancé de plusieurs pas, lorsqu’il réalisa que la personne derrière lui ne l’avait pas suivi. Il cria : « Qu’est-ce que tu as à rêvasser comme ça ? Dépêche-toi de me suivre ! Et, sors ton arme par précaution ! »

« Oui, oui ! » Elmairy sursauta. Puis, il s’empressa de dégainer son arc qu’il portait sur son dos, prit une flèche et l’encocha.

Le chevalier sacré qui était plus loin devant eux appela trois fois le propriétaire. Sa voix était si forte que même les voisins apparurent aux fenêtres pour voir d’où venait tout ce chahut, mais aucune réponse ne parvint de la maison en question.

Elmairy était un brin nerveux. D’après le témoignage, quelqu’un employait la magie élémentaire des ténèbres ici. Et pire encore, cette magie servait à blesser les autres.

Bang !

La porte fut finalement enfoncée d’un coup de pied, et le groupe entra rapidement dans la maison. Ils fouillèrent les pièces les unes après les autres, ne laissant aucun indice leur échapper.

Même si la maison était loin d’être petite, il ne s’agissait pas non plus d’un manoir. Aussi, en quelques minutes à peine, en eurent-ils fait le tour plusieurs fois. Un chevalier sacré fit son rapport à Lesus : « Il n’y a personne à l’intérieur. »

Lesus fronça les sourcils et se tourna pour demander : « Elmairy, est-ce que tu ressens la présence de l’élément des ténèbres ? »

Elmairy secoua la tête.

Après que Lesus eut reçu sa réponse, son froncement de sourcils s’accentua.

« Peut-être que c’était une fausse alarme. » Elmairy tenta de trouver un raisonnement : « Le public à peu de connaissances concernant l’élément des ténèbres, et parfois, quand ils voient des évènements inhabituels, ils croient que quelqu’un utilise la magie noire. »

Lesus pensait également qu’il y avait de fortes probabilités pour que ce fût ce qu’il s’était passé, mais il préférait être plus prudent. Il s’adressa à tout le groupe : « Retournez enquêter une dernière fois. Si nous ne trouvons rien d’anormal, alors nous partirons… »

Je vais te tuer ! Meurs, espèce de sale mari infidèle !

Stupéfait, Elmairy s’écria : « Lesus, cette voix… »

Après s’être exclamé « On y va », Lesus se mit à courir. Elmairy et les autres chevaliers sacrés ne purent que se lancer à sa poursuite.

Ils débouchèrent au milieu d’une court. Elle n’était pas très grande, et il ne leur fallut qu’un instant pour réaliser que quelqu’un se tenait dans le bosquet, un immense arbre cachant la majeure partie de sa silhouette. Ils pouvaient entendre le flot sans fin de malédictions que la personne récitait, et ils pouvaient voir ses cheveux en bataille. D’autre part, les malédictions étaient accompagnées par un bruit de frappement, et la source de ce son était impossible à identifier.

En entendant les vicieuses malédictions qui s’échappaient de la bouche de cette personne, le dos d’Elmairy se couvrit de sueur froide. Néanmoins, Lesus n’hésita pas un instant et s’avança vivement en hurlant : « Posez votre arme à terre ! »

Après ce cri explosif, il put enfin voir clairement le visage de cette personne, mais cela le rendit temporairement stupéfait, parce qu’il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il devait faire.

« Lesus ? » Voyant que quelque chose clochait, Elmairy se précipita vers lui, mais il se figea également sur place, pétrifié.

Cette personne est… une femme ?

Qui plus est, c’était une femme extrêmement terrifiée. Même si ses cheveux étaient en bataille et que ses vêtements étaient en désordre, quand elle retrouva ses esprits et aperçut Lesus et les autres, elle devint si effrayée qu’elle ne pouvait même plus se tenir debout sans trembler. Elle laissa même tomber sur le sol l’objet qu’elle tenait dans les mains… Il s’agissait d’un marteau.

La femme recula de quelques pas et s’appuya contre l’arbre. À côté d’elle, une poupée faite de paille était clouée à l’arbre par de nombreux clous plantés de façon désordonnée.

« Vous… Vous… Mais, qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? » s’écria-t-elle, horrifiée.

Sur un ton grave, Lesus déclara : « Nous sommes les chevaliers sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière, et nous avons reçu un témoignage affirmant que quelqu’un utilisait la magie noire pour faire du mal à autrui. »

« La… La magie noire ? » La terreur de la femme amplifia au point qu’elle ne parvenait même plus à parler correctement. « Je ne faisais que… que… »

« Emmenez-la pour le moment. Souvenez-vous de ne pas baisser votre garde », ordonna Lesus aux chevaliers sacrés à ses côtés.

« Compris ! »

Elmairy pensait sincèrement que cette femme n’avait pas l’air de quelqu’un pratiquant la magie noire. L’élément des ténèbres n’était pas un élément facile à maîtriser. Si elle savait réellement comment lancer des sortilèges en employant l’élément des ténèbres, elle serait une nécromancienne relativement puissante et n’aurait pas affiché une expression aussi désemparée.

« Regarde s’il y a des traces de magie noire. » Lesus se pencha pour ramasser le marteau, puis le plaça dans les mains d’Elmairy en lui disant : « Même si je ne crois pas qu’il y ait de lien avec la magie noire, ma capacité à employer la lumière sacrée n’est pas assez forte. Peux-tu vérifier pour moi ? »

Après qu’Elmairy eut reçu le marteau, il le retourna pour l’examiner sous tous les angles. Ensuite, il secoua la tête et dit : « C’est juste un marteau normal. La concentration d’élément des ténèbres à l’intérieur n’est pas élevée. »

« N’est pas élevée ? Tu veux dire qu’il y en a ? » demanda Lesus.

En entendant sa question, Elmairy s’empressa de lui expliquer : « Tu as mal compris ce que je voulais dire. La composition de tous les objets est extrêmement compliquée, et ils sont pour la plupart constitués d’un mélange de différents éléments. Même si j’ai appris à ressentir la présence de l’élément des ténèbres, je suis incapable de déterminer si cet objet en possède ou non. Je peux seulement te dire que la quantité d’éléments des ténèbres à l’intérieur est normale. »

« Je vois. » Lesus hocha la tête et marmonna pendant un moment. Puis, il dit : « Essaie d’imiter les actions de la femme et de frapper la poupée de paille avec le marteau. Vois si tu ressens la présence de l’élément des ténèbres lorsque tu le fais. »

« Euh… D’accord. »

Même si Elmairy avait l’impression que c’était une requête un peu étrange et n’avait pas vraiment envie de le faire, il ne réussit malheusement pas à trouver une excuse pour refuser. Sans parler du fait que celui qui lui faisait cette demande était Lesus ! Ce n’est pas grave, je doute qu’il existe un seul chevalier sacré qui aurait le cran de lui dire « non » !

En fait, ce n’est pas tout à fait vrai, parce qu’il y avait au moins Grisia pour oser s’opposer à lui.

Elmairy s’approcha de l’arbre et fixa la poupée de paille du regard. N’ayant pas d’autres alternatives, il leva le marteau et frappa la poupée une fois. Puis, il se tourna vers Lesus. Ce dernier fronça un peu les sourcils et ordonna : « Continue. »

Elmairy ne put que lever à nouveau le marteau et l’abattre sur la poupée encore et encore. Plus il la frappait, plus il y mettait de la force, et plus il devenait absorbé dans cette tâche au point d’avoir oublié ce qu’il devait faire à l’origine…

« … Elmairy ! »

Elmairy reprit brusquement ses esprits et tourna la tête pour regarder autour de lui avec une expression de perplexité, tandis qu’il demandait : « Qu’est-ce qu’il y a ? »

« Cela suffit. » Lesus regarda Elmairy et, avec un brin de suspicion, il le questionna : « Est-ce que tout va bien ? »

Complètement confus, Elmairy répondit : « Oui, je vais bien. »

Après avoir observé Elmairy et confirmé qu’il était bel et bien de nouveau normal, Lesus s’enquit : « Est-ce que tu sens la moindre trace de l’élément des ténèbres ? »

« Non, absolument aucune. »

« Ah bon ? » Lesus réfléchit pendant un moment. L’expression envoûtée qu’Elmairy avait montrée juste avant l’inquiétait. Après avoir soigneusement considéré la question, il prit une décision. « Par précaution, je pense que tu devrais remettre le marteau et la poupée de paille à l’Apprenti-Chevalier du Soleil pour qu’il les examine. »

« Très bien. »

 

 

Après avoir frappé à la porte de Grisia, Elmairy attendit patiemment. C’était parce que, chaque fois qu’il frappait à la porte, huit fois sur dix Grisia était lent à répondre.

Elmairy entendit une variété de sons s’élever de l’autre côté de la porte. Le bruit perçant de quelque chose qui tombait, le son de l’eau qui coulait… Occasionnellement, il entendait même une voix jurer en disant « Bordel, c’est forcément une malédiction », mais Elmairy prétendit n’avoir rien entendu.

Il se remémora la fois où il avait inutilement demandé à Grisia : « Que faisais-tu ? » Immédiatement, Grisia lui avait flanqué une pile de documents entre les mains, pile qui mesurait au moins un demi-mètre de haut. Je me demande combien de temps il a mis pour accumuler autant de documents…

Lorsque la porte s’ouvrit, un adolescent aux cheveux blonds sortit de la chambre. Son sourire était incomparablement radieux, bien que ses cheveux et ses vêtements fussent encore un peu humides.

Était-il en train de prendre un bain ? Elmairy se sentit un peu désolé pour lui.

Grisia se lança dans son interminable questionnement : « Mon cher frère Leaf, sont-ce les murmures du Dieu de la Lumière, ou bien peut-être le sentiment que des frères devraient communiquer plus souvent l’un avec l’autre, qui t’ont poussé à venir frapper à ma porte… ? »

Afin de l’empêcher de continuer, Elmairy sortit immédiatement le marteau et la poupée de paille en lui expliquant : « Lesus m’a demandé de te montrer ceci. »

Grisia pencha la tête pour examiner les deux objets, son sourire radieux se crispant pendant l’espace d’une seconde. Perplexe, il demanda : « Qu’est-ce que mon frère Lesus souhaite que je découvre ? »

« Il veut savoir si tu perçois la moindre trace de magie noire en eux. » Elmairy lui narra brièvement, mais fidèlement, ce qu’il s’était passé. « Un citoyen nous a rapporté que quelqu’un près de sa maison utilisait la magie noire pour blesser les autres, donc Lesus et moi sommes allés enquêter… »

Après avoir entendu toute l’histoire, Grisia baissa la tête pour examiner le marteau et la poupée de paille une fois de plus, puis il fit signe à Elmairy d’entrer dans sa chambre.

Elmairy en fut un peu surpris, mais suivit tout de même Grisia.

« Il n’y a pas le moindre signe de magie noire ! »

Contre toute attente, Grisia annonça sa conclusion juste après avoir fermé la porte. Sans parler du fait que son ton n’était pas du tout « élégant ». Elmairy n’en fut pas particulièrement surpris. Les Douze Chevaliers Sacrés savaient que le degré d’élégance de Grisia changeait en fonction du nombre de personnes qui l’entouraient. Donc, plus le nombre diminuait, plus son élégance disparaissait également.

« En es-tu sûr ? » Elmairy était légèrement incertain, aussi il se mit immédiatement à décrire la situation à laquelle il avait été confronté précédemment. « Pourtant, la vision de cette femme tandis qu’elle frappait la poupée de paille était vraiment effrayante ! C’était presque comme si elle était possédée ! »

« Elle ne faisait qu’évacuer ses émotions négatives. » Grisia secoua la tête et dit : « Si frapper une poupée vaudou était de la magie noire, alors lancer des sortilèges serait bien trop facile. »

Elmairy pensait également cela, mais il ne comprenait pas l’autre phrase de Grisia. « En quoi est-ce que frapper une poupée vaudou aide à se défouler de ses émotions ? »

Grisia sourit et expliqua : « Ce n’est pas frapper la poupée vaudou qui t’aide, c’est frapper la personne qui t’a mis en colère qui t’aide à te défouler ! Tu imagines que la poupée vaudou est ton pire ennemi, tu enfournes même ses ongles ou ses cheveux à l’intérieur, puis tu le poignardes sans pitié avec un clou ! »

Les yeux d’Elmairy s’écarquillèrent, et il s’exclama : « Ça n’a pas l’air très sain tout ça ! »

« Qu’y a-t-il de si mal à faire ça ? » Grisia haussa les épaules en ajoutant : « C’est mieux qu’elle frappe la poupée vaudou plutôt que de réellement tuer son mari en le poignardant avec un couteau, tu ne crois pas ? »

Hum ? Quand tu présentes les choses sous cet angle, ça semble vraiment logique ! Elmairy contempla la poupée vaudou qu’il tenait dans ses mains et se rappela ce qu’il avait ressenti quand il avait suivi les instructions de Lesus et avait abattu le marteau sur celle-ci… Non ! Il en est hors de question, je ne peux pas me permettre de me laisser aller à un tel comportement excentrique !

« Oh, au fait, Fraisary… » commença soudainement Grisia.

« Mon nom est Elmairy… Laisse tomber. Que voulais-tu me dire ? »

« Tends tes deux mains. »

Elmairy fit ce qui lui était demandé et tendit les deux mains. À cet instant, une pile de documents, de près d’un demi-mètre de haut, lui fut flanquée entre les mains.

 

 

Grisia était actuellement à la recherche d’Elmairy, parce que la date de remise des documents était dépassée, et son maître lui cassait les pieds sans arrêt. Il n’avait pas d’autre choix que d’aller vérifier si Elmairy avait bientôt fini. Même s’il y a plus de chance pour que ce ne soit pas le cas, considérant le fait que cette pile de documents était aussi haute qu’une montagne…

S’il n’avait réellement pas terminé, Grisia serait obligé de se joindre à lui et de corriger la paperasse. Celui-ci se sentit un peu déprimé à cette idée, car ce qu’il détestait le plus était de s’occuper des documents. Pour corriger un document, il devait écrire les quatre mots « Dieu de la Lumière » au moins une vingtaine de fois. Ça revient à recevoir des lignes à copier en punition !

J’espère que Fraisary a déjà terminé. Grisia ouvrit la porte de la chambre d’Elmairy, puis, voyant une scène choquante se dérouler devant lui, il se figea sur place.

Elmairy leva le marteau et l’abattit avec force sur la poupée vaudou clouée au mur encore et encore. Il se mit même à hurler : « Sois maudit ! Tu me refiles sans cesse ton boulot ! J’arrive rarement à tout finir à temps et je suis obligé de passer des nuits blanches à travailler ! Tout ça parce que tout le monde sait que le Chevalier de la Forêt est incapable de refuser de rendre service à quelqu’un. Ce trait de personnalité est vraiment horrible ! Hein… Grisia ? »

Après avoir lancé des injures pendant un moment, Elmairy aperçut enfin Grisia qui se tenait devant la porte. Il en fut immédiatement horrifié.

« T-Tu… Qu’est-ce que tu fais là ? » Son visage était devenu blanc comme un drap. En tant qu’Apprenti-Chevalier Sacré, il était allé jusqu’à poser un geste aussi inapproprié que de frapper une poupée vaudou en maudissant une personne. Pire encore, cette personne l’avait pris en flagrant délit ! Est-ce que les gens interpréteront mal mes actions comme pour cette femme et croiront que je m’adonne à la sorcellerie ? Dans ce cas, mon maître sera forcé de me trouver un remplaçant… Et je risque également de finir sur le bûcher !

Grisia eut soudainement un très mauvais pressentiment. Si je dis que je l’ai surpris en train de frapper une poupée vaudou en me maudissant, est-ce qu’il va m’enfoncer un clou dans le corps à la place ?

Bien qu’Elmairy fût habituellement très facile à harceler, son intuition lui disait de ne jamais mentionner le fait qu’il l’avait vu frapper une poupée vaudou dans sa chambre, sinon il se pourrait qu’il ne vivat pas assez longtemps pour être promu Chevalier du Soleil.

« Je… Je vois… Je vois que la chambre de mon frère Elmairy est très propre ! »

Elmairy resta stupéfait. Grisia n’a pas l’intention de me dénoncer… ? Attends, comment est-ce qu’il vient de m’appeler ? À quand remonte la dernière fois qu’il a prononcé mon nom correctement ?

Agité, Grisia enchaîna : « Je suis juste venu récupérer les documents, et je t’assure n’avoir rien vu du tout. Aussi, je jure que, après avoir quitté cet endroit, je ne me souviendrai d’absolument rien ! »

Voyant que Grisia ne semblait vraiment pas avoir l’intention de le dénoncer, Elmairy expliqua alors timidement : « Je… Je ne faisais que tester si je pouvais réellement défouler mes émotions négatives avec cette méthode. J’ai découvert que c’était plutôt efficace, d-donc je… »

« Ahem ! »  Grisia se racla la gorge et dit : « Je suis juste venu récupérer les documents, et je n’ai rien vu. Par conséquent, tu n’as pas besoin de te justifier, dis-moi juste si tu as fini de t’occuper de la paperasse. »

Elmairy acquiesça d’un signe de tête, avança vers son bureau et ramassa une pile de documents. Il s’approcha de Grisia et s’apprêtait à les lui remettre, lorsqu’il s’immobilisa soudainement.

Juste au moment où Grisia envisageait de lui dérober les documents et s’enfuir, Elmairy lui demanda brusquement : « Grisia, peux-tu me donner une mèche de tes cheveux blonds ? »

« … D’accord. »

Grisia arracha une mèche de ses propres cheveux et la tendit à Elmairy d’une main, tandis que l’autre prenait les documents. Quand il ferma la porte derrière lui, il tenta de s’autohypnotiser en marmonnant : « C’est quelque chose qui me retombe dessus par ma propre faute. J’ai appris à Fraisary comment passer ses nerfs en plantant des clous dans une poupée vaudou, et je lui ai même dit d’y mettre des ongles et des cheveux… Non, non, non ! Je n’ai pas vu Fraisary poignarder des poupées vaudou… Je ne m’en souviens pas. Je ne me souviens de rien. Je ne me le rappellerai jamais… Plus tard, je ferais mieux d’aller boire un coup avec mon maître, jusqu’à ce que je sois complètement ivre, et ensuite je ferai comme si tout cela n’était qu’un rêve ! Ouais, c’est exactement ce que je vais faire ça ! »

Elmairy sourit en entendant ces marmonnements. Même s’il tenait toujours le marteau dans sa main, il n’éprouvait plus du tout l’envie de frapper la poupée vaudou.

Il la décloua du mur et fourra les cheveux blonds à l’intérieur. Après, Elmairy sourit à nouveau et déclara : « À partir de maintenant, je ferai appel à vous deux pour évacuer ma colère ! Ma chère poupée vaudou… Et Grisia. »

 

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle #8 : Devoir une faveur

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles

Roman d’origine en chinois par :  Yu Wo 


Side Story #8: Owing a Favor – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Histoire parallèle #8 : Devoir une faveur – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par AkaiiRia

Ceo de la Tempête n’arrivait pas à comprendre.

Devoir une faveur à quelqu’un. Être celui auquel quelqu’un doit une faveur.

En fin de compte, qui avait une dette envers qui ?

Autrement dit, quelle importance ?!

Si un conflit éclate entre toi et tes frères Chevaliers Sacrés, et que tu es en colère, tu n’as qu’à simplement les passer à tabac. Puisqu’ils te doivent une faveur et que tu leur en dois une, ajouter une faveur de plus ne fera aucune différence !

 

 

« Ceo, étant donné que les rayons du soleil aujourd’hui sont particulièrement chaleureux, pourrais-tu éventuellement aider Sun et lui accorder une petite faveur ? » Avec un sourire brillant et les deux mains jointes, Grisia lui adressa un regard implorant.

Si aujourd’hui était un jour ordinaire, lui accorder une faveur ne serait pas un problème, mais… Impuissant, Ceo répondit : « Mais, mon maître veut que je travaille sur mes missions. Je ne suis pas autorisé à faire autre chose tant que je n’aurai pas fini de m’entraîner. »

Grisia regarda à gauche. Ceo suivit son regard. Ne s’agit-il pas juste d’un couloir vide ? Grisia regarda à droite. Ceo suivit de nouveau le mouvement de ses yeux, mais encore une fois il ne vit qu’un couloir désert… Ils se tenaient au beau milieu du couloir. Peu importe dans quelle direction ils regardaient, tout ce qu’ils voyaient était un couloir.

Qu’est-ce que Grisia regarde au juste ? Ceo le fixa avec une expression remplie d’incompréhension.

Grisia posa encore une fois les yeux sur Ceo et, avec une expression désarmée, il lui demanda : « Quel genre de mission es-tu en train d’accomplir ici ? S’il s’agit de lire quelque chose, même si tu peux lire tout en étant debout, tu n’as aucun livre avec toi. Si c’est pratiquer ton escrime, tu n’as pas non plus d’épée dans les mains. Si tu ne veux pas m’aider, tu sais, tu devrais au moins essayer de trouver une meilleure excuse ! »

Ceo le fixa d’un regard vide pendant un instant, et il était sur le point d’expliquer qu’il n’essayait pas d’inventer une excuse lorsqu’une occasion de s’entraîner surgit soudain !

Avec hâte, il poussa Grisia sur le côté, fit un pas en avant et ouvrit grands les yeux…

« C’est l’Apprenti-Chevalier du Soleil et l’Apprenti-Chevalier de la Tempête ! Héhé, ils sont tous les deux si adorables ! »

Tant de… tant de… tant de jeunes femmes, aaaah ! Pourquoi est-ce qu’il y en a autant ?! Quand il aperçut une file entière de plus d’une dizaine de prêtresses qui se dirigeaient vers lui, gloussant sans arrêt, Ceo ne put persévérer davantage. Il se retourna et se rapetissa pour se cacher derrière Grisia.

« Hein ? » Ne comprenant pas ce qu’il faisait, Grisia commença à tourner la tête pour jeter un coup d’œil à Ceo, mais au même moment les prêtresses en face d’eux les interpellèrent.

« Apprenti-Chevalier du Soleil, comment fais-tu pour soigner tes si magnifiques cheveux blonds ? Ils sont si lisses et élégants, et brillent de mille éclats ! »

Bien évidemment, Grisia ne pouvait pas révéler sa formule de soin capillaire, aussi il leur adressa un sourire rayonnant et répondit : « Sun prend le Dieu de la Lumière à témoin et jure que chacune des Sœurs devant Sun est encore plus resplendissante que ses cheveux ! »

Les prêtresses se mirent à glousser. Elles restèrent jusqu’au moment où leur chef les enjoignit à se dépêcher. Tout en s’en allant, elles continuèrent de rire.

Une fois que Ceo entendit les rires disparaître au loin et que les prêtresses furent hors de portée de voix, il bondit et s’empressa de cligner des yeux sans arrêt dans leur direction.

« Est-ce que tu as des crampes aux yeux ? » Peu importe sous quel angle il observait la situation, il ne parvenait pas à comprendre ce que faisait ce type.

« Pas du tout ! » Ceo s’empressa de tourner la tête et répliqua : « Je m’entraîne à faire des clins d’œil ! »

« … Tu dois t’exercer à faire des clins d’œil ? »

« Bien sûr que je dois m’exercer ! Jeter des clins d’œil est vraiment difficile. En plus, toutes les jeunes femmes me sourient tout le temps ou me fixent avec des étoiles dans les yeux, et leur parfum sent tellement bon. Je n’ose pas les regarder en face… » Une fois rendu à ce point, Ceo ajouta avec découragement : « Au départ, je pensais que seules une ou deux prêtresses passeraient par le Temple Sacré, alors je les ai attendues ici. Mais, c’est finalement tout un groupe qui est apparu… »

Grisa se gratta la tête et expliqua : « Il n’y a probablement que les personnes comme la Prêtresse de la Radiance qui se promènent toutes seules ! Habituellement, les prêtresses viennent pour soigner les chevaliers sacrés. Une seule ou deux ne sont pas suffisantes, donc c’est naturel que tout un groupe vienne ! »

Entendant cela, le visage de Ceo se déconfit complètement. « Je ne peux pas compléter la mission que m’a donnée mon maître. Lancer des clins d’œil à cent femmes est trop difficile. J’en suis incapable ! » Il gémit avec désespoir.

Comme il disait ceci, ses yeux devinrent humides.

« N-Ne pleure pas ! Je vais t’aider ! » Lorsqu’il s’aperçut que les yeux de son camarade étaient devenus rouges et bouffis, Grisia s’empressa d’ajouter : « Aide-moi d’abord, et ensuite je te donnerai un coup de main. Qu’est-ce que tu en dis ? »

Sa vision brouillée par les larmes, Ceo lui demanda : « Est-ce que tu peux vraiment m’aider ? Même mon maître n’est pas parvenu à m’enseigner comment faire ! »

« Ne t’inquiète pas ! Je suis ton Chevalier du Soleil ! »

« Pas encore… »

« Hé ! Je le serai bientôt ! Dépêche-toi de venir m’aider. Ce que j’ai à faire est plus urgent ! »

Grisia prit Ceo par la main et le traîna derrière lui, ne lui laissant pas le temps de refuser ou reconsidérer l’affaire.

 

 

Boum !

« Qu’est-ce que c’est ? » Ceo contempla la montagne de papier que Grisia venait de jeter sur la table. Ses yeux s’agrandirent de surprise.

« Des documents administratifs », répondit simplement Grisia tout en plaçant de l’encre et des plumes sur la table, se préparant à les corriger.

« Des documents administratifs ? » Ceo pencha la tête et s’enquit avec confusion : « Pourquoi est-ce que tu dois corriger ces documents ? Nous sommes toujours en cours d’apprentissage. Nous n’avons pas encore à nous charger de la paperasse. »

« Va dire ça à mon maître », répondit Grisia avec impuissance. « Mais, d’abord, laisse-moi te dire ceci : personne dans toute l’Église du Dieu de la Lumière n’est assez brave pour le faire. »

« Qu’en est-il du Capitaine-Chevalier du Jugement ? » Même si la réputation du Chevalier du Soleil le plus fort de l’histoire était réellement intimidante, Ceo pensait que le Capitaine-Chevalier du Jugement n’était certainement pas quelqu’un à sous-estimer.

« Mon maître m’a gracieusement prévenu que, si je venais à laisser le Capitaine-Chevalier du Jugement découvrir cette histoire, tout le temps que j’aurais dû passer à corriger les documents il me forcerait à le passer à étudier comment me conduire avec grâce à la place. »

« Des leçons d’élégance ? » Perplexe, Ceo le questionna : « Quel est le problème avec ce genre de cours ? »

« Je dirais qu’elles sont probablement l’équivalent de tes leçons sur les clins d’œil… »

« Ah ! Je préférerais corriger de la paperasse plutôt que ça ! »

« Exactement, donc aide-moi à tout corriger ! » Grisia s’assit et flanqua une plume dans les mains de Ceo. Avec empressement, il ajouta : « Je dois rendre ces documents demain ! »

La plume à la main, Ceo était perdu. Quand il vit que Grisia avait déjà commencé à corriger la paperasse avec ferveur, il se sentit un peu trop embarrassé pour rester sans rien faire, aussi il se mit à corriger des documents administratifs pour la première fois de sa vie…

Bang !

Plus au moins au même moment, la porte s’ouvrit violemment, et l’écho d’un rugissement retentit. « Grisia, où est ton maître ? »

Dans sa nervosité, Ceo manqua d’envoyer valser la montagne de documents. Ils n’étaient pas censés être en train de les corriger, mais ils venaient d’être découverts ! Qu’allaient-ils faire ?!

Grisia leva la tête de la paperasse. « Probablement dans la cave à vin… Ahem ! Je veux dire, puis-je demander pour quelle raison le Capitaine-Chevalier de Flammes le recherche ? »

Attends, ne venons-nous pas d’être découverts ? Pourquoi reste-t-il aussi calme… ?

Le Capitaine-Chevalier de Flammes soupira doucement avant de répondre d’une voix dure : « Je n’arrive pas à croire qu’il est dans la cave à vin à un moment pareil… tsss ! Va chercher Neo et amène-le vite dans le grand hall ! »

« D’accord. » Grisia se leva et déclara : « Ceo, je reviens très vite. N’oublie pas de corriger la paperasse ! »

L’esprit de Ceo était actuellement dans un état de confusion total, par conséquent il accepta par réflexe avec un simple « OK ». Ce ne fut qu’après que Grisia et le Capitaine-Chevalier de Flammes furent partis qu’il se réveilla et réalisa que…

Il y avait une montagne de documents sur la table devant lui !

 

 

« Je n’arrive pas à croire que tu sois parvenu à tout corriger ! Tu es si impressionnant ! » décréta Grisia avec admiration.

Lorsque Ceo entendit cela, ses yeux, qui étaient déjà un peu vitreux, se firent encore plus distants, comme si celui-ci était à l’article de la mort. Il articula faiblement : « Ne m’as-tu pas dit qu’il fallait les rendre pour aujourd’hui ? J’ai passé toute la nuit à les corriger sans dormir… »

« C’est exact ! Ils doivent être rendus aujourd’hui ! » Dès qu’il eut finit sa phrase, Grisia murmura : « Mais, je les rends souvent en retard, vu que tout le monde sait que mon Maître Neo ne rend jamais sa paperasse à temps. »

« Qu’est-ce que tu viens de dire ? » Ceo n’avait pas tout à fait entendu le murmure additionnel de Grisia.

« Rien du tout ! » Grisia prit les documents d’une main. De son autre main, il agrippa Ceo par le bras et s’exclama : « Allons-y ! Tu m’as aidé à compléter la paperasse, maintenant c’est mon tour de t’aider à finir ta mission de jeter des clins d’œil ! »

« Tu t’en souviens encore ? » Ceo était un peu stupéfait. La nuit précédente, il avait songé plus d’une fois que Grisia l’avait dupé pour lui faire corriger ses documents à sa place, et qu’il n’avait aucune intention de l’aider à accomplir sa mission.

« Bien sûr ! »

Une fois qu’il eut rendu les documents, Grisia traîna Ceo jusqu’à un endroit et s’arrêta. Il tourna la tête et le questionna : « Comment te sens-tu, là tout de suite ? »

Fatigué, Ceo répondit : « Épuisé. Je n’ai pas du tout dormi, et j’ai lu un si grand nombre de documents. Ma vision est encore remplie de textes sur des demandes d’ordres, des demandes pour embaucher des employés supplémentaires, ou même remplir des tableaux pour répartir les frais d’allocations de tous les chevaliers sacrés pour l’année prochaine… »

« Fais un clin d’œil dans cette direction. »

« Pourquoi ? »

« Fais-le, c’est tout ! »

Désorienté, Ceo fit un clin d’œil.

« Il est tellement mignon ! »

« Et plutôt beau garçon ! »

Stupéfait, Ceo entendit des cris de filles perçants s’élever de la direction dans laquelle il avait fait un clin d’œil. Est-ce qu’il y a… des jeunes femmes par là-bas ?

Il ouvrit grand les yeux, tentant de concentrer sa vision pour voir ce qui l’entourait plus clairement, mais Grisia alla jusqu’à couvrir son regard. Puis, il enleva abruptement ses mains et dit : « Fais un clin d’œil vers la droite devant toi. »

Ceo suivit ses instructions. Lorsque ce fut fait, ses yeux furent de nouveau couverts. « Fais un clin d’œil à gauche devant toi. »

« Encore un clin d’œil à droite… »

Après avoir fait des clins d’œil plusieurs fois d’affilé, Grisia cessa enfin de couvrir les yeux de Ceo. Il applaudit. « La mission de lancer des clins d’œil à une centaine de jeunes femmes est accomplie ! »

Hein ? Ceo cligna des yeux et parvint enfin à discerner clairement les alentours. C’est… c’est le Sanctuaire de la Lumière ! Le Sanctuaire de la Lumière qui est rempli de prêtresses ! Immédiatement, il se cacha derrière Grisia.

Voyant Ceo agir de la sorte, Grisia l’entraîna simplement avec lui à l’extérieur. Une fois qu’ils furent dehors, il croisa les bras devant sa poitrine. Comme s’il pensait que c’était tout naturel, il déclara : « Je t’avais bien dit que je t’aiderais ! N’oublie pas, à présent tu me dois une faveur ! »

… Hein ?

 

 

Pendant le cours

« Tu as enfin appris comment lancer des clins d’œil aux jolies jeunes femmes sans rougir ! » Le Chevalier de la Tempête n’aurait pas pu être plus ému qu’à ce moment précis. Il tapota l’épaule de son apprenti et lui dit : « Je savais que tu y arriverais ! Ton maître est si fier de toi ! »

Parce qu’il avait passé toute la nuit à corriger des documents et que tout ce qu’il avait vu était des lignes de textes défilant devant ses yeux, il n’avait pas été en état de percevoir si les personnes en face de lui étaient des hommes ou des femmes…

On dirait que je dois vraiment une faveur à Grisia… ?

Ceo ne comprenait pas réellement ce qu’il se passait. Pourquoi est-ce qu’il devait quand même une faveur à Grisia alors qu’il l’avait aidé à corriger la paperasse ? Mais, dans tous les cas, Grisia l’avait aidé à enfin apprendre comment faire des clins d’œil. En résumé, il lui devait probablement encore une faveur… non ?

 

 

« Bien ! Voici la paperasse pour aujourd’hui ! » D’un geste, Grisia fourra une immense pile de documents entre ses mains. « Quand tu auras fini, ta vision sera remplie de lignes de texte, donc tu n’auras pas à t’inquiéter pour ce qui est de jeter des clins d’œil. Ça veut dire que tu me dois une autre faveur ! »

Pourquoi est-ce qu’il devrait encore une faveur à Grisia ? À l’évidence, c’était lui qui aidait Grisia à corriger cette paperasse. Je l’aide à s’occuper des documents, mais je lui dois quand même une faveur… Quel genre d’accord est-ce là ?

« Je t’ai aidé à corriger les documents ! » Ceo était un peu en colère à présent.

Grisia pencha la tête sur le côté et soupira. « Que vais-je faire de toi ? Très bien ! Disons que tu ne me devras pas de faveur supplémentaire dans ce cas. Mais, tu dois toujours me rendre un service pour la faveur d’avant ! »

… Pourquoi avait-il l’impression qu’il n’avait rien gagné dans tout cela ?

Cependant, afin de parvenir à lancer des clins d’œil sans rougir, il semblerait qu’il n’eût pas d’autres choix que de corriger de la paperasse…

Comment les choses ont-elles tourné ainsi ?

Alors qu’il corrigeait de la paperasse dans sa chambre, peu importe sous quel angle il considérait la question, Ceo ne parvenait pas à trouver la réponse à cette question. Toutefois, pendant ce laps de temps où il était absorbé dans ses réflexions, il termina de corriger dix autres documents.

« Ceo, qu’es-tu en train de faire ? Ces derniers temps, tout le monde raconte qu’ils t’aperçoivent très peu. Tu as l’air d’être très occupé ! »

« Maître. » Ceo avait corrigé des documents au point d’avoir la tête qui lui tournait. Quand il entendit un bruit, il leva simplement la tête. Lorsqu’il réalisa que c’était son maître qui l’avait interpelé, il continua à le fixer d’un regard vide, incapable de réagir.

« … Sur quoi est-ce que tu travailles comme ça ? »

Le Chevalier de la Tempête ramassa l’un des documents et y jeta un coup d’œil.

Oh non ! Je ne suis pas censé corriger des documents administratifs ! Même jusqu’à ce moment précis, Ceo n’avait pas été en mesure de réagir.

« Tu… » L’expression sur le visage du Chevalier de la Tempête se durcit. « … Tu aides Neo à corriger sa paperasse ? »

Je suis foutu ! Qu’est-ce que je suis censé faire ? Grisia…

« Tu ne m’aides même pas à corriger mes documents, et pourtant tu aides Neo à s’occuper des siens ? C’est moi ton maître ou c’est lui, hein ? »

… Quoi ? Timidement, Ceo répondit : « C’est Grisia qui me les a donnés. C’est lui que j’aide, pas le Capitaine-Chevalier du Soleil. »

« Je m’en moque ! » L’imposant Chevalier de la Tempête se mit à piquer une crise. « Si tu aides Neo à corriger sa paperasse, alors tu dois aussi m’aider à corriger la mienne ! »

Soudainement, Ceo eut l’impression que Grisia venait de lui ouvrir les yeux sur les nombreuses vérités cachées du Temple Sacré. Il acquiesça et répondit : « D’accord, maître, je vais vous aider à corriger vos documents, mais je ne veux plus avoir à suivre de leçons sur comment jeter des clins d’œil ! »

« … Tu as été corrompu par Grisia, mais c’est d’accord ! Puisque tu as déjà appris comment faire des clins d’œil, ce n’est pas bien grave si nous arrêtons les leçons. »

Avec un tel résultat, on dirait vraiment que je dois une immense faveur à Grisia, mais je l’ai également aidé à corriger une affreuse quantité de documents, non ? Ceo était un tantinet perplexe.

 

 

« Décédéo ! Tu dois encore me rendre un service, alors file-moi un coup de main ! »

« Décédéo, puisque tu me dois une faveur, viens vite m’aider ! »

Si tu continues à m’appeler Décédéo1, c’est toi qui vas bientôt être décédé !

« … Storm ! Vite, aide-moi ! Tu me dois une faveur ! »

Même après qu’il eût dépassé la vingtaine d’années et fût officiellement devenu le Chevalier de la Tempête, Ceo de la Tempête ne comprenait toujours pas pourquoi il devait une faveur à Grisia, et pourquoi il n’arrivait jamais à finir de lui rendre « cette unique faveur ».

Une fois, quand il avait corrigé de la paperasse sans dormir pendant trois jours d’affilé et que Grisia avait jeté une nouvelle montagne de documents devant lui, Ceo de la Tempête avait enfin explosé et rugit : « Grisia du Soleil ! »

D’un coup de pied, il envoya le collègue devant lui valser dans les airs, ce type qui ne cessait jamais de lui apporter de la paperasse. Ensuite, il courut jusqu’à lui et continua de le rouer de coups de pied.

« Aaaah ! » Grisia hurla et se baissa, mais il n’était pas aussi leste ou agile que Ceo. Il se fit de nouveau frapper, tandis qu’il se baissait et essayait de parler. « Pourquoi t’énerves-tu contre moi tout à coup ? Je ne comprends pas ! Je n’ai rien fait de mal récemment, non… ? Je veux dire, rien de particulièrement mauvais, pas vrai ? Aïe ! Ne me frappe pas au visage ! »

C’est exact, ça ne date pas d’hier. C’est juste que ça dure depuis huit ans à la place !

Alors qu’il sautait dans les airs pour donner un autre coup de pied, Ceo arrêta son pied juste à côté du visage de Grisia, faisant voltiger ses cheveux blonds avec la bourrasque engendrée par le vent. Par la suite, il déclara lentement : « Là, tout de suite, laisse-moi te tabasser autant que je le veux pour m’aider à faire évacuer ma colère, sinon je ne t’aiderai plus jamais à corriger le moindre document. Qu’est-ce que tu choisis ? »

« … Frappe-moi ! Assure-toi d’utiliser toute ta force ! Ne te retiens surtout pas. Ma lumière sacrée est très puissance. Je suis le Chevalier du Soleil avec les meilleures compétences en matière de soin dans toute l’Histoire, donc il n’y a aucun problème ! Vas-y ! »

Au même moment, la porte s’ouvrit. Leaf passa la tête par l’entrebâillement et demanda avec inquiétude : « Est-ce qu’il s’est passé quelque chose ? J’ai entendu des cris… Ne vous battez pas ! »

Avec une empreinte de pied sur le visage, Sun révéla son sourire le plus brillant et déclara : « Mon frère Leaf, comme on le dit souvent, se bagarrer est un signe d’affection et se disputer un signe d’amour. Mon frère Storm et moi ne faisions qu’échanger notre affection et notre amour fraternel et n’étions pas en train d’en venir aux poings. Il n’y a nul besoin de s’inquiéter. »

« … Désolé d’avoir interrompu votre moment de communication. »

Leaf se retira. La porte se referma immédiatement.

Le visage dénué d’expression, Ceo regarda Grisia qui affichait maintenant un vrai sourire et qui lui dit : « Décédéo, tu es mon subordonné, mais tu as osé me frapper. Ça constitue un crime très grave ! Tu as même été pris la main dans le sac par Leaf, mais regarde avec quelle adresse je t’ai aidé à expliquer tes actions. Tu me dois une autre immense faveur à présent ! »

« … »

Je vais te rendre cette faveur sur-le-champ !

COUP DE PIED !

Note de bas de page

1 Décédeo : C’est le surnom que Grisia a donné à Ceo. Dans la version chinoise, le surnom est Sĭwō (死喔). Sa prononciation est très similaire à celle de Ceo, mais le premier caractère signifie « meurt » ou « mort ». Pour information, l’équipe de traduction anglaise de PR ! a traduit ce surnom par « Deatheo ».

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle # 7 : Un style honnête

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles

Roman d’origine en chinois par :  Yu Wo 


Side Story #7: An Honest Style – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Histoire parallèle #7 : Un style honnête – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par AkaiiRia

La lumière du soleil est trop forte aujourd’hui !

Les yeux plissés, Georgo leva la main pour bloquer les rayons de soleil qui l’aveuglaient. Même s’il se situait dans l’un des couloirs du Temple Sacré, on y trouvait de nombreuses fenêtres de tailles gigantesques. Habituellement, elles étaient une excellente source de lumière pour le couloir, mais avec la météo d’aujourd’hui, où le ciel était dépourvu du moindre nuage, c’était lumineux au point de lui faire mal aux yeux.

Lorsqu’il baissa la main, Georgo découvrit immédiatement une silhouette mince plus loin devant lui, une silhouette qui possédait des cheveux dorés suffisamment brillants pour vous éblouir. Même s’il n’y voyait pas grand-chose, car la personne était de dos, la main qui était visible semblait aussi douce et claire que des lys blancs.

Une superbe beauté blonde… non, attendez, d’après sa silhouette, ce doit être une jeune beauté ! Une superbe jeune beauté blonde !    

Georgo se jeta en avant et bégaya tout en criant à pleine voix : « M-ma sœur, attendez. Vous avez fait tomber votre m-mouchoir… »

Simultanément, il sortit un mouchoir de sa veste. Ce genre de mouchoir d’un blanc pur sur lequel était brodé le symbole du Sanctuaire de la Lumière était automatiquement distribué à tous les chevaliers et les prêtres de l’Église. Cela signifiait que chaque ecclésiastique féminin portait un tel mouchoir, ce qui donnait d’autant plus de raisons à Georgo pour en porter toujours dix sur sa personne !

Ils n’étaient pas pour son usage personnel, mais plutôt pour qu’il pût aisément « ramasser » le mouchoir d’une femme n’importe où, n’importe quand.

La jeune beauté blonde se retourna et… se transforma en un jeune et magnifique blond.

C’était l’actuel Apprenti-Chevalier du Soleil, Grisia, le futur chef des Douze Chevaliers Sacrés, et le porte-parole du Dieu de la Lumière. Mais, de dos, sa silhouette ressemblait à celle d’une jeune beauté.

Un jeune… et magnifique blond. Le visage de Georgo se crispa un peu, et ce dernier murmura pour lui-même : « Bah, beurk, peuh ! Quel manque de chance ! »

La personne qui lui donnerait des ordres dans le futur ressemblait en fait à une jeune beauté ! S’il s’était agi d’une femme, cela ne l’aurait pas dérangé ; travailler sous les ordres d’une belle femme était au moins un festin pour les yeux, mais il avait fallu que son chef fût quelqu’un ressemblant à une beauté de dos, mais qui s’avérait être un homme lorsqu’il se retournait. Comment pourrait-il ne pas avoir envie de jurer jusqu’à en cracher du sang une fois confronté à une telle situation ?

« Ah ! » Grisia lança un sourire suffisamment brillant pour n’avoir rien à envier aux rayons de soleil d’aujourd’hui. « Le soleil est lumineux et joyeux aujourd’hui, et l’affection de Frère Georgo pour son ami mérite d’être louée. »

Tout en parlant, Grisia tendit la main pour saisir le mouchoir, mais à la place Georgo le rangea.

Arracher ces mouchoirs aux autres jeunes chevaliers lui avait demandé beaucoup d’efforts. Il fallait qu’il en use avec parcimonie, ou sinon un jour il se retrouverait face à une belle prêtresse à son goût mais sans mouchoir à ramasser et lui donner, ce qui l’affligerait de regrets aussi vastes que le ciel !

Grisia le fixa d’un regard vague pendant quelques instants avant de demander : « Hum… mon mouchoir ? »

Georgo répondit avec négligence : « Euh, je me suis trompé. C’était le mien finalement. »

Grisia fronça les sourcils pendant un moment et vérifia ses affaires. En effet, il avait toujours son mouchoir.

« Si tu n’as pas besoin de moi, je m’en vais ! » L’informa Georgo avant de se tourner pour partir. Il n’avait pas de temps à perdre en compagnie d’un homme.

« Attends un instant. Mon Frère Georgo, pourrais-tu aider Grisia en lui accordant une petite faveur ? »

Georgo le rejeta brusquement. « Non, je n’ai pas le temps. »

Grisia le fixa brièvement du regard. C’était la première fois que quelqu’un refusait si brutalement de l’aider. Normalement, en réponse à son sourire et ses requêtes, personne n’était capable de le rejeter si directement. Même s’ils étaient réellement très occupés, ils accepteraient tout de même de lui rendre service avec une expression réticente. Il pressa les deux mains l’une contre l’autre devant lui et dit d’un ton doux : « Ce n’est qu’une toute petite faveur, et ça ne te prendra pas très longtemps, Frère Georgo. »

Pas le moins du monde heureux, Georgo répliqua : « Dans ce cas, pourquoi ne me rends-tu pas un petit service en allant trouver Ceo à la place ? »

Se heurtant encore une fois à un os, le visage de Grisa se crispa l’espace d’un instant, mais il n’était pas prêt d’abandonner si facilement. Il afficha une expression gênée et rétorqua : « Mais, Frère Ceo est actuellement en train de corriger des documents et n’a pas de temps libre. »

« Alors va trouver Ecilan ! »

« Il est en train d’expérimenter pour concevoir de nouveaux desserts. »

« Chikus ? »

« Qui sait où il est parti s’amuser cette fois ? »

« Hum… Demos ? »

Grisia pencha la tête sur le côté et réfléchit un moment avant de s’enquérir avec confusion : « Qui est Demos ? »

« C’est l’Apprenti-Chevalier du Nuage ! » Georgo dévisagea Grisia avec incrédulité. « Tu n’arrives même pas à te souvenir du nom des cinq Chevaliers Sacrés sous ton commandement ? »

« Connais-tu bien l’Apprenti-Chevalier du Nuage ? » Lui demanda Grisia avec curiosité. « Je ne crois pas l’avoir aperçu souvent. »

« Non, je ne me rappelle même pas à quoi il ressemble », répondit Georgo avec honnêteté. « Son nom était très bizarre, c’est pour ça que je m’en suis souvenu. Va le trouver pour qu’il t’aide ! Je suis très occupé, et je n’ai pas de temps à te consacrer ! »

En entendant cela, Grisa lança plusieurs coups d’œil à Georgo, mais ce dernier ne semblait pas avoir la moindre intention de l’aider, aussi il ne put que baisser les bras. Il grommela : « Très bien, on dirait que je vais devoir chercher où se cache Demos. Il est vraiment difficile à trouver… »

Après avoir vu Grisia s’éloigner, Georgo se détendit enfin un brin. Il savait depuis le début que Grisia était toujours à la recherche de gens pour lui rendre service, donc il n’était pas près de tomber dans le panneau.

Personne ne voulait devenir comme Ceo, coincé à corriger des documents qui n’en finissaient jamais tous les jours ! Les rumeurs disaient que non seulement il devait corriger les documents restants lorsque son propre maître procrastinait, mais qu’en plus il devait aussi aider Grisia à corriger ceux de son maître Neo qui n’avait aucune intention de s’en occuper.

Pauvre Ceo ! Georgo observa une seule seconde de silence pour son camarade avant de se réjouir du fait que son maître fût une personne sérieuse et diligente dans son travail, qui ne se relâchait jamais et qui ne refilait aucun de ses documents à son apprenti. Ainsi, à part faire les devoirs que son maître lui assignait, Georgo n’avait pas vraiment d’autres choses à faire. Ses jours étaient remplis de temps libre.

Georgo aimait beaucoup ses jours paisibles, aussi il ne promettrait jamais, ô grand jamais, d’aider Grisia… Personne ne lui ayant prêté de l’aide ne serait-ce qu’une seule fois ne s’en était jamais bien sorti. Il suffit de voir comment avait fini Ceo, et n’importe qui comprendrait dans quel malheureux état il finirait.

Avant qu’il ne devienne vraiment l’un des Douze Chevaliers Sacrés, il tenait absolument à maintenir ce style de vie paisible… non ! Même une fois qu’il aurait hérité du titre de Chevalier Sacré, il tenait assurément à continuer de profiter de ce genre de jours tranquilles !

Avec douze personnes supportant le Temple Sacré, il n’avait aucune raison de se tuer à la tâche, n’est-ce pas ?

Cependant, Ceo sera probablement incapable d’échapper aux quatre mots « se tuer au travail ». Il était certainement destiné à prendre en charge la majorité de la paperasse du Temple Sacré. C’était de sa propre faute, il n’avait qu’à ne pas s’occuper de la paperasse si rapidement et si efficacement, faisant prendre à tout le monde l’habitude de lui refiler tous les documents à corriger.

Au même moment, les yeux de Georgo capturèrent la belle image d’une femme. À sa gauche devant lui se trouvait une figure svelte portant la robe d’une prêtresse, et elle avait de souple cheveux bruns bouclés. Immédiatement, il sortit de nouveau un mouchoir et s’exclama : « M-Ma sœur, attendez. Vous avez fait tomber votre m-mouchoir… »

Quand la sœur se retourna, Georgo se sentit un tantinet nerveux, craignant que la prêtresse ne se révélât être un prêtre encore une fois !

Ses peurs étaient infondées, et la sœur était bien une femme, elle avait même un magnifique visage ovale, des lèvres couleur cerise et une paire de grands yeux brillants. Et plus important que tout, elle avait une belle et opulente poitrine !

C’est le gros lot !

Les yeux de Georgo s’illuminèrent. Il était même sur le point de saliver, mais c’était une bonne chose qu’il eût déjà suivi plusieurs années d’éducation sur comment prétendre être honnête. Il afficha automatiquement une expression bêtement souriante.

« Oh ? Merci beaucoup ! » La prêtresse ne le soupçonna pas du tout et saisit promptement le mouchoir. « Merci. »

« P-Pas de problème. » Georgo toucha l’arrière de sa tête et s’empressa d’ajouter : « V-Voulez-vous venir dans ma chambre ? »

« Hein ? » La sœur fut grandement surprise.

Georgo sourit avec honnêteté et expliqua : « P-Parce que quelqu’un m’a donné b-beaucoup de sucreries ! Je ne peux v-vraiment pas toutes les finir, donc j-je voudrais vous en donner quelques-unes. Enfin, c’est-à-dire, s-si vous en voulez ? »

En entendant cela, la sœur se détendit et se réprimanda même intérieurement pour avoir eu une mauvaise pensée envers lui. Comment l’Apprenti-Chevalier de la Terre pourrait-il ressembler à un pervers ? Elle était sur le point de répondre « D’accord », mais, au moment où elle leva la tête, elle aperçut un sourire incomparablement lumineux et se pétrifia instantanément tout en fixant du regard le propriétaire de cette expression souriante.

Alors que Georgo célébrait le fait que sa proie avait mordu à l’appât, des cœurs apparurent soudainement dans les yeux de la jeune femme. Elle fixait d’un regard amoureux… non pas lui, mais bien « quelque chose » derrière lui !

Georgo tourna abruptement la tête, découvrant finalement que Grisia était en fait revenu, et que sur son visage était plâtré ce foutu sourire brillant suffisamment radieux pour donner envie aux gens de le tabasser à mort !

Grisia sourit tout en disant : « Mon Frère Georgo, cette sœur a un corps très svelte. Évidemment, elle doit avoir un maigre appétit et ne doit pas pouvoir manger beaucoup. S’il en reste, ce serait du gâchis, alors pourquoi ne me laisserais-tu pas avoir ces desserts ? Bien sûr, c’est si Ma Sœur me permettrait d’en prendre une part ? »

La prêtresse hocha rapidement la tête, secrètement ravie par les mots « très svelte ». Aussi, elle n’osa pas dire qu’elle voulait manger quoi que ce soit.

Grisia sourit et la remercia : « Je suis réellement reconnaissant, Ma Sœur. Même le Dieu de la Lumière est ému de votre amicale affection et de votre camaraderie. »

Après qu’il eut fini sa phrase, la sœur partit à contrecœur, se retournant tous les trois pas. En fin de compte, elle atteignit le coin du couloir et se retourna pour jeter plusieurs derniers regards avant d’enfin passer l’angle.

Lorsqu’elle fut hors de vue, Grisia laissa son brillant sourire se détendre un peu. Il avait tellement souri que ses joues en étaient un peu crispées. Il se tourna vers Georgo et lui demanda : « Devrions-nous aller dans ta chambre pour récupérer les desserts ? Ils ont été faits par Ice, n’est-ce pas ? »

Avec mauvaise humeur, Georgo répondit : « Je les ai tous mangés ! »

Grisia cligna des yeux et le questionna avec soupçon : « Mais, ne viens-tu pas de dire que tu allais en donner à cette prêtresse ? »

« Je viens de me rappeler que je les ai déjà tous mangés, d’accord ? » Répliqua Georgo avec obstination.

En entendant cela, Grisia ne répondit rien. Il pencha simplement la tête sur le côté et fixa Georgo du regard.

En voyant l’expression de Grisia, Georgo sentit brusquement un courant d’air glacé passer dans son dos !

En vérité, Grisia ne faisait que le regarder avec de grands yeux, mais pour quelque raison que ce fut, il sentit un vent menaçant souffler derrière lui, comme si quelque chose de terrible se préparait… Peut-être ferait-il mieux de sacrifier les desserts d’Ice ? Il devrait lui rester quelques biscuits dans sa chambre… Non ! Il n’allait pas faire ça !

Dans tous les cas, Grisia était le juste et honorable Chevalier du Soleil… Ah, le futur Chevalier du Soleil, donc ce n’était pas comme s’il pouvait lui faire quoi que ce soit !

« Je suis vraiment occupé, alors je m’en vais maintenant ! » Après avoir dit cela, Georgo se retourna et s’éclipsa immédiatement. Il repéra immédiatement sa prochaine cible… Même si elle n’était pas aussi idéale que la précédente, elle était quand même une prêtresse jeune, joyeuse et jolie !

Il se lança aussitôt à sa poursuite, oubliant l’expression de Grisia qui lui avait donné froid dans le dos.

 

 

Georgo se trouvait dans sa chambre, mais il n’était pas seul. Il y avait également une jeune et charmante prêtresse pleine d’entrain avec lui.

Ce n’était pas la première fois qu’il parvenait à attirer une jeune femme dans sa chambre, mais, par le passé, ils n’avaient fait que discuter. Cette fois, il allait définitivement atteindre l’étape suivante ! Au minimum, ils allaient s’embrasser !

Comme il le faisait d’ordinaire, Georgo employa ses tours conventionnels. « J-Je vais te préparer du thé pour que tu puisses le boire avec les biscuits. Tu préfères le thé n-noir ou le thé vert ? »

Même s’il s’agissait d’une simple question, la poser requérait de profondes compétences. S’il lui demandait si elle voulait du thé, une prêtresse qui était venue seule dans la chambre d’un homme se sentirait toujours un peu gênée. Elle trouverait sûrement cela trop embarrassant de rester pour prendre le thé, mais s’il lui demandait directement si elle voulait du thé noir ou vert, les prêtresses répondaient habituellement par l’un des deux choix, et elles étaient naturellement obligée de rester pour boire le thé et manger les desserts !

Georgo possédait au moins dix méthodes différentes pour faire en sorte qu’une femme reste dans sa chambre !

« Dans ce cas, je prendrai du thé noir. » Comme prévu, la sœur choisit l’un des thés.

« A-Alors, tu peux t’asseoir sur le lit en attendant ! » Tout en préparant le thé, il lui demanda s’il faisait trop chaud et si elle voulait qu’il ouvre la fenêtre, après quoi il lui servit les desserts. Être gentil et attentionné envers les femmes était une compétence dont personne ne pouvait se passer !

Une fois que le thé noir et les desserts furent tous les deux prêts, Georgo s’assit à un mètre de distance de la prêtresse. Ils mangèrent tout en discutant.

Même s’il bégayait chaque fois qu’il parlait, les prêtresses baissaient leur garde à cause de cela et le considéraient comme un jeune homme honnête et candide. Parfois, elles le taquinaient à dessein pour le voir bredouiller, puis elles souriraient joyeusement.

Avant que la sœur ne s’en rendit compte, Georgo se trouvait déjà assis juste à côté d’elle. La distance entre eux n’était que d’un bras !

Tandis qu’ils parlaient, le visage de Georgo s’approcha lentement, presque suffisamment proche pour l’embrasser. Même si la prêtresse était un tantinet timide, elle ne détourna pas le visage…

Bang !

« Mon Frère Georgo… Ah ! » Quand Grisia déboula dans la chambre et vit la situation, il s’exclama d’un ton plein de regret : « Je suis sincèrement désolé. Vous ai-je interrompu ? »

« N-Non ! » La sœur bondit sur ses pieds, le visage complètement rouge. Elle baissa la tête tout en s’écriant : « J-J’étais sur le point de partir ! »

Après avoir déclaré cela, elle fonça vers la porte et s’enfuit à la vitesse de l’éclair, quittant la pièce sans même dire aurevoir.

Ce ne fut que quand la prêtresse eut disparu que Georgo retrouva soudain ses esprits. Plein de colère, il hurla à son futur chef : « Qu’es-tu venu faire ici ? »

Grisia sourit joyeusement et répondit : « Je suis venu voir si tu avais fini de t’occuper de ce que tu devais faire. Peux-tu m’aider maintenant ? »

« Je t’ai dit que j’étais vraiment occupé ! »

« Vraiment occupé ? » Grisia contempla la porte de la chambre qui était restée grande ouverte.

Entêté, Georgo rétorqua : « Je suis occupé à essayer de me trouver une petite amie, d’accord ? »

« Tu es censé être le Chevalier de la Terre honnête et sincère », déclara Grisia en fronçant les sourcils. « Comment peux-tu te comporter comme le Chevalier de la Tempête aux mœurs légères ? »

Même dans cette situation, Georgo répondit avec audace et confiance : « Je montre de façon honnête et sincère que je suis une personne aux mœurs légères, ça te va ? »

Cela revenait à complètement jouer sur les mots et forcer sa propre logique ! Mais, Grisia pencha la tête sur le côté et poursuivit : « Ce n’est pas… comme si tu ne pouvais pas faire ça, mais est-ce que tu peux au moins me donner un coup de main ? »

« Je ne t’aiderai pas ! »

Grisia réfléchit pendant un instant, puis tenta de négocier : « Aide-moi, et je ne te dérangerai plus dans le futur. »

… Par ses mots, est-ce qu’il impliquait que, s’il ne l’aidait pas, Grisia comptait fréquemment venir le déranger ?

Georgo ne possédait pas beaucoup de choses, hormis une tendance à se montrer extrêmement têtu, aussi il répondit avec obstination : « Je ne t’aiderai pas ! »

« Aide-moi ! Sinon, je révèlerai ta véritable personnalité ! »

Immédiatement, Georgo gronda d’une voix basse : « Vas-y et révèle-la ! Qui a dit que j’avais peur de toi ? Tu devrais te regarder dans un miroir et voir à quoi ta personnalité ressemble ! J’ai dit que je ne t’aiderai pas, donc je ne t’aiderai pas ! »

« … Tu aurais dû devenir le Chevalier de la Pierre ! »

« C’est toi qui es fait pour être Stone ! Tu as déjà tout un tas de personnes pour te rendre service. Pourquoi as-tu aussi besoin que je te file un coup de main ? »

Les deux personnes à qui la position de Chevalier de la Pierre irait bien se fixèrent du regard, leur tempérament obstiné porteur d’une extrême ressemblance.

« Si tu n’acceptes pas de m’accorder une faveur, je viendrai vraiment te mettre des bâtons dans les roues encore et encore ! » L’avertit Grisia d’un ton menaçant.

Contre toute attente, Georgo prit un ton encore plus obstiné pour répliquer : « Même si tu viens me gêner à répétition, je n’accepterai jamais de t’aider ! Je ne l’accepterai absolument jamais de toute ma vie ! »

Grisia devint lui aussi enragé et menaça d’une voix basse : « Très bien ! Dans ce cas, battons-nous pour voir lequel d’entre nous est le plus têtu ! Je viendrai définitivement te gêner encore et encore ! »

« Eh bien, viens me gêner encore et encore et encore et encore ! »

« Ok ! Je viendrai à coup sûr encore et encore et encore et encore et encore… »

 

 

Storm fondit en larmes. Si vous avez le temps de vous gêner l’un et l’autre encore et encore, pourquoi ne venez-vous pas m’aider à corriger des documents ? Venez me déranger ! Je vous en supplie ! Pleure…