La Légende du Chevalier du Soleil T4C10 – Tue le dragon

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un dragon

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 10: Slay the Dragon – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 10 : Tue le dragon – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par LuluHime

L’épée que Lesus du Jugement tenait à la main débordait d’élément sacré.

Alors que j’observais l’épée, elle laissa soudainement échapper une explosion d’élément sacré. Parce que j’étais actuellement saturé d’élément des ténèbres, je ressentis une douleur cuisante, comme si des flammes me dévoraient. C’était douloureux au point que je faillis crier.

Au même moment, quelque chose dans mon esprit s’effondra avec un craquement. Une myriade d’images et de mots affluèrent, comme un torrent dévalant une montagne, remplissant complètement mon esprit.

Je tombai à terre, vidé de mes forces, et m’accroupis en me tenant la tête. Faible, je ne pouvais que sentir l’inondation monter et s’écraser dans mon esprit…

« Le Dieu de la Lumière, dans sa bienveillance, pardonnera vos péchés. »

« Grisia, si tu n’es pas choisi comme Chevalier du Soleil, devenir un guérisseur ne serait pas mal non plus ! Dans ce cas, tu pourrais aider à guérir mes blessures dans le futur. »

« Apporter la justice est la raison d’être du Chevalier du Soleil. »

« Sun, tu ne peux plus voir du tout, n’est-ce pas ? Ne me mens pas. Et, ne poursuis pas le groupe du chevalier noir juste pour les laisser te lacérer les yeux afin de cacher ce fait. Je sais à quoi tu penses. Ne fais pas ça, je t’en prie… »

« Si tu oses à nouveau me cacher quelque chose, peu importe à quel point cette chose sera confidentielle, je te démasquerai devant tous les Douze Chevaliers Sacrés. »

« Je me souviens à présent. »

Je me levai lentement et relevai la tête en affichant un sourire éclatant. Exactement comme avant, je dois maintenir mon sourire en toutes circonstances.

« Je suis le Chevalier du Soleil, Grisia du Soleil. »

Ice me fixa longuement du regard. Son expression était légèrement incrédule, et il me demanda avec un instant de retard : « Tu te souviens maintenant ? Dans ce cas… quel est mon nom ? »

À cette question, je fronçai immédiatement les sourcils et réfléchis intensément avant de répondre : « Il me semble que c’est… Solan ? »

Le Chevalier de Glace me contempla avec un visage dénué d’expression.

« Non ? Alors, ce doit être Désolan. » Cette fois, je lui répondis en toute confiance.

« … »

« C’est Ecilan ! » Une fois qu’Ice m’eût corrigé, il ajouta avec surprise : « Sun, as-tu vraiment retrouvé la mémoire ? »

J’acquiesçai d’un signe de tête.

À cet instant, Judgment s’approcha de quelques pas.

Je penchai ma tête sur le côté et le questionnai, confus : « Judgment, comment as-tu fait pour arriver ici… »

Non ! Ce n’était pas seulement Jugdment. Plusieurs personnes se matérialisèrent, surgissant de nulle part. Storm, Earth, Cloud, Roland, Metal… Finalement et contre toute attente, tout le monde était venu.

En m’incluant, tous les membres des Douze Chevaliers Sacrés étaient présents !

« C’est donc grâce à un cercle de téléportation. »

Cependant, nous nous trouvons sur le territoire du Royaume de l’Orchidée Lunaire ! Qui est capable de téléporter onze personnes sur une aussi longue distance ? Même dans mon état actuel, je serais probablement incapable d’y parvenir. Après tout, je possède une quantité abondante de l’élément des ténèbres, et une téléportation sur une telle distance nécessiterait plutôt une large quantité de l’élément du vent.

Judgment se retourna et ordonna aux autres : « Commencez par soigner Blaze et Ice. Soignez-les autant que vous le pouvez. »

« D’accord. »

Après moi, ceux qui étaient relativement doués pour les sorts de guérison étaient Leaf et Earth qui se dirigèrent immédiatement vers le comateux Blaze et se mirent à lancer un sort de guérison. Cependant, le mieux qu’ils pouvaient lancer était Soin Modéré. Pour Blaze et Ice, qui étaient gravement blessés, cela revenait à essayer d’arrêter un feu de forêt avec un sceau d’eau.

Devant cette situation, je m’avançai immédiatement, mais je me souvins subitement que tout mon corps était rempli de l’élément des ténèbres. Dans ma condition, si je jetais des sorts de soin requérant l’élément sacré, je ne pourrais pas faire mieux que Leaf ou Earth.

« Sun, ton épée. »

Je tournai la tête et vis Judgment, avec l’Épée Divine du Soleil à la main, se tenant devant moi… L’Épée Divine du Soleil était naturellement mon épée, mais le fort élément sacré qu’elle émettait me rendait très inconfortable. Bien que je ne pusse pas la voir, je me sentais aveuglé et ébloui par celle-ci.

Je répondis avec répugnance : « Je n’en veux plus. »

J’avais l’horrible impression que, si je prenais l’Épée Divine du Soleil, je perdrais assurément la quantité considérable d’élément des ténèbres dans mon corps et redeviendrais une fois de plus… ce Chevalier du Soleil aux compétences médiocres dans le maniement de l’épée et qui ne pouvait même pas se protéger lui-même.

« Pourquoi ? » me demanda calmement Judgment.

Je restai silencieux pendant un instant, mais finis par expliquer : « Parce que je ne veux pas redevenir ce moi pathétique ! Je suis puissant maintenant. Je peux même enchaîner un dragon et l’empêcher de blesser Ice et Blaze ! »

« Ah bon ? » répliqua froidement Judgment. « Dans ce cas, pourquoi la jambe d’Ice est-elle si amochée ? Pourquoi Blaze est-il inconscient sur le sol ? »

« C’est parce que… » J’étais sans voix, mais tentai de me justifier : « J’avais perdu la mémoire, c’est pour cette raison que je les ai laissés être blessés. Cela ne se reproduira plus. »

En entendant ma réponse, Judgment répliqua immédiatement avec sévérité : « Alors, soigne-les, tous les deux. Soigne-les immédiatement ! »

Comment le pourrais-je… Mon corps était tellement chargé d’élément des ténèbres que je ne pouvais plus rassembler d’élément sacré en grande quantité. Même si je me forçais à lancer des sorts de soin ou des sorts sacrés, au mieux je pourrais seulement en lancer un de niveau modéré. Cependant, les blessures sur les corps de Blaze et d’Ice étaient si graves que seul Soin Ultime pourrait les guérir complètement.

Le moi d’avant aurait facilement pu lancer Soin Ultime, mais le moi actuel ne le pourra jamais.

« Prends-la ! » Judgment leva l’Épée Divine du Soleil et s’approcha de moi.

Ma réaction fut de reculer et de m’exclamer : « Je ne veux pas redevenir cette faible personne incapable de manier une épée ! Les laisser être blessés cette fois était purement un accident. J’avais perdu la mémoire. Cela ne se reproduira plus. Je suis puissant à présent. Non seulement je peux me protéger, mais je ne laisserai plus jamais les Douze Chevaliers Sacrés être blessés dans le futur. Je peux tous vous protéger… »

« Sun ! » Judgment m’interrompit sévèrement et hurla : « Aurais-tu oublié ce que tu nous as dit auparavant ? »

Ce que j’ai dit auparavant ?

Judgment cria : « Quand tu ne parvenais pas à apprendre le maniement de l’épée malgré tous tes efforts et que des rumeurs selon lesquelles l’Église du Dieu de la Lumière voulait te remplacer se sont mises à circuler, as-tu oublié ce que tu as annoncé devant ton maître, devant nous, devant tout le monde ? »

Je tressaillis, car cette fois-là…

Je n’arrive pas à apprendre le maniement de l’épée ? Et alors ! Qu’il en soit ainsi !

Je ne suis peut-être pas le Chevalier du Soleil le plus fort de l’Histoire comme mon maître, mais mes Douze Chevaliers Sacrés, une fois renforcés par mes sorts sacrés, deviendront « Les Douze Chevaliers Sacrés les plus puissants à avoir foulé le sol de notre monde ! »

Rien ne peut leur résister et m’atteindre ! Même sans savoir manier l’épée, je n’ai peur de rien !

J’avais clamé haut et fort quelque chose de ce genre auparavant…

« Prends ton Épée Divine du Soleil ! »

Judgment me tendit l’épée et retrouva sa façon calme de parler. « Sun, nous ne sommes les Douze Chevaliers Sacrés les plus puissants de l’Histoire qu’avec l’aide de tes sorts sacrés. C’est d’eux et de tes sorts de soin dont nous avons besoin, pas de ta protection ! Si tu nous considères toujours comme tes coéquipiers, dans ce cas prends ton épée et assiste-nous en tant que camarade. Ne te dresse pas seul devant nous pour nous protéger tel un héros ! »

Judgment continua de tenir l’épée en l’air, me scrutant du regard. Même si je ne pouvais pas voir, je pouvais toujours imaginer à quel point son expression était sévère.

Il ajouta lentement : « Un héros ou un coéquipier. C’est ton choix. »

Un coéquipier, bien sûr… Sans hésitation, je tendis la main. Mais, alors que j’étais sur le point de toucher l’épée, je m’arrêtai un instant pour examiner l’immense dragon qui se débattait. « Je ferais peut-être mieux de nous débarrasser du dragon d’abord… »

« PRENDS-LA ! » rugit Judgment.

Je tressaillis et le questionnai avec quelques doutes : « Mais, êtes-vous vraiment assez forts pour vaincre un dragon ? Il vaudrait peut-être mieux me laisser le tuer… »

Trois flèches filèrent soudainement à gauche, à droite et au-dessus de ma tête respectivement. Je réagis avec un temps de retard, mes yeux s’agrandissant quand je réalisai que la personne ayant tiré les flèches sur moi était en fait Leaf.

Ce dernier baissa lentement son arc, puis me sourit et décréta : « Si ces trois flèches avaient touché leur cible, tu serais déjà mort, Sun ! »

« Sun. »

Une voix retentit subitement à côté de moi. Je sursautai d’effroi pour ensuite remarquer que Storm était apparu sans aucun bruit à mes côtés et qu’il avait même posé une main sur mon épaule. Il déclara avec paresse : « Je t’en prie, Sun. Dépêche-toi de prendre cette épée et de lancer tes sorts sacrés sur nous. Après ça, allons massacrer ce dragon en vitesse et retournons à l’Église, d’accord ? Ça fait déjà plus de dix jours que je reste éveillé tard le soir pour travailler. J’ai vraiment envie de rentrer et de me mettre au lit… Aaaah ! Je suis épuisé. »

Earth se servit de la lumière sacrée pour solidifier un énorme bouclier, le plaça entre nous et le dragon, et, d’une façon « honnête et pleine de considération », il dit : « Prends vite cette foutue épée, Sun. Ne t’inquiète pas pour nous, nous sommes tous habitués à ce que tu paresses et lambines derrière nous pendant nos combats, alors tu peux prendre ton épée sans te faire de souci ! »

Cloud « se matérialisa » silencieusement depuis le coin de la caverne et fit même siffler son épée en l’agitant comme à l’entraînement — il était si rapide que je pouvais à peine le voir — puis, il regagna sans un mot le coin d’où il était venu. Pourquoi diable es-tu apparu ?

Ice tenait toujours Blaze d’une main, mais son autre main serrait fermement son bâtonnet divin… Pardon, je veux dire « l’Épée Divine de Glace ».

Moon redressa la tête avec arrogance tout en déployant le fouet qui pendait à sa taille, le faisant claquer avec fluidité à plusieurs reprises. Le craquement perçant qui retentit avait l’air terriblement douloureux, et sa posture était exactement comme celle d’une reine… Non ! Non ! Comme celle d’un roi !

Stone dégaina simplement son arme… une large épée à peu près de la taille d’une femme, mais qui pesait pourtant trois fois plus.

Roland, dans un geste rare, avait amené avec lui l’épée maudite que sa famille léguait de génération en génération, et il retira l’anneau que Rose lui avait donné, révélant son apparence de Seigneur de la Mort accompagnée d’un motif de flammes noires le long de ses veines ainsi que d’une paire d’ailes et de griffes tranchantes. Son aura de ténèbres n’était pas moins impressionnante que celle du dragon.

Enfin, Metal renifla dédaigneusement et déclara avec sarcasme : « Tu ne penses tout de même pas que nous avons besoin de ta protection pourrie, j’espère ? Contente-toi de lancer tes sorts sacrés et d’aller à l’arrière pour profiter de la brise, guérisseur ! »

En les regardant, je fus soudain pris de doutes. Pourquoi voulais-je devenir puissant ?

Le pouvoir… Je le possède depuis longtemps déjà !

Je n’hésitai plus et tendis la main pour prendre l’Épée Divine du Soleil.

 

 

L’élément des ténèbres retourna une fois de plus dans la Vallée de Trizer.

Les innombrables Chaînes des Ténèbres dans la caverne du dragon s’estompèrent une par une.

Remarquant qu’il était sur le point d’être libéré de ses entraves, le dragon noir rugit et agita ses griffes, comme s’il était impatient de détruire tout ce qui se trouvait devant lui. Judgment lâcha l’Épée Divine du Soleil, dégaina sa propre Épée Divine du Jugement, et se tourna pour me regarder.

Tout le monde me contempla. J’ouvris les yeux et laissai échapper une énorme quantité de l’élément sacré.

« Soin Ultime ! »

Blaze reprit connaissance. Ice se leva de nouveau.

« Ailes de Dieu ! »

« Bouclier de Lumière ! »

Lorsque les corps de tout le monde se mirent à briller sous l’effet des sorts sacrés, je levai mon Épée Divine du Soleil, la pointai sur le dragon noir enragé et ordonnai à mes Douze Chevaliers Sacrés :

« À présent, votre mission est de tuer le dragon ! »

Ils s’écrièrent à l’unisson.

« À mort ! »

 

 

Finalement, nous rentrâmes au Temple Sacré.

Après avoir rapporté au Pape que nous avions tué un dragon, ses yeux se mirent à scintiller, et nous l’observâmes ordonner à des clercs de déployer sur-le-champ du personnel afin de ramener le corps du dragon. Ses écailles pouvaient être utilisées pour fabriquer des armures, sa viande pour cuisiner de délicieux repas, ses os pour lancer des sorts, ses dents pour forger des armes, et ses muscles pour concevoir des médicaments. Même le sang du dragon pouvait être vendu à ceux qui croyaient qu’en boire les rendrait forts et aussi solides qu’un chêne.

J’eus immédiatement pitié de ce pauvre dragon.

Une fois notre rapport terminé, c’est avec l’air extrêmement épuisé que nous quittâmes tous le bureau du Pape pour retourner dans nos chambres respectives.

« Blaze ! Ice ! »

Dans le couloir, je les appelai avec une certaine hésitation.

Ils s’arrêtèrent tous les deux. Les autres nous dévisagèrent discrètement en tendant l’oreille pour écouter et prirent tout leur temps pour s’éloigner.

« Je… à propos de ce qu’il s’est passé là-bas, je suis désolé, vraiment désolé… »

Ice acquiesça d’un signe de tête. L’expression sur son visage était la même que d’ordinaire. Il semblait avoir accepté mes excuses.

En revanche, l’expression sur le visage de Blaze se durcit, ce qui me fit paniquer intérieurement. Se pourrait-il que j’aie été trop loin et que Blaze, qui m’a toujours soutenu, ne veuille pas me pardonner cette fois ?

Je fixai Blaze, l’air affolé. Après un court instant, son visage se relâcha, et il cria avec fureur : « Ne perds plus jamais la mémoire, Sun ! Quand tu es amnésique, tu te transformes en véritable ordure ! »

(C’en est une même en temps normal. Quelque part au loin, le murmure d’une personne inconnue s’éleva.)

Blaze garda le silence pendant un moment, puis rugit de nouveau : « Quand tu avais perdu la mémoire, tu n’étais pas une ordure ordinaire ! Tu étais plutôt le genre qui donne envie aux gens de te frapper ! »

Hé, hé ! Tu n’avais pas besoin de corriger tes mots à dessein !

(Même en temps normal, il donne envie aux gens de le frapper ! N’est-ce pas étrange ?)

Blaze sombra à nouveau dans le silence. Ice le réconforta en lui tapotant l’épaule.

Je me retournai, affichai mon sourire le plus éclatant et dis : « Sun n’aurait jamais cru que, après que les frères de Sun eurent occis le dragon, ils seraient toujours aussi énergiques et enthousiastes. Cela doit être dû à la clémence du Dieu de la Lumière, qui a éradiquée l’épuisement des frères de Sun afin de leur permettre de continuer à répandre avec une foi inébranlable l’éclat du Dieu de la Lumière. Sun se sent si ému par cette grâce et souhaite apporter son aide à ses frères. Et si nous nous hâtions de partir immédiatement pour faire une tournée dans les rues et d’y chanter des hymnes sacrés ? Qu’en pensent les frères de Sun ? »

Le public aux alentours se dispersa instantanément.

Humph ! Ils ont enfin décampé. Je repris ma position initiale et affichai de nouveau une expression innocente, comme si j’avais appris des erreurs que j’avais commises, et contemplai Blaze avec des yeux tristes.

Son expression s’était grandement adoucie, toutefois Blaze me demanda tout de même avec incertitude : « Tu ne referas plus quelque chose comme jeter Ice en pâture à un dragon, n’est-ce pas ? »

Je lui jurai avec confiance : « Même s’il s’agit d’Earth, je ne le jetterai pas en pâture au dragon. J’en fais le serment ! »

(Va au diable !)

Je tournai la tête pour regarder autour de nous. J’ai l’impression d’avoir entendu la voix d’Earth…

Blaze hocha la tête, me flanqua une claque sur le dos avec force, et déclara d’une voix forte : « Dans ce cas, c’est parfait. Je vais me coucher. Pour te retrouver, je n’ai pas fermé l’œil depuis plusieurs jours. »

J’acquiesçai et me tournai vers Ice.

Ice secoua simplement la tête et dit : « Je ne t’en veux pas. »

Merci à tous les deux.

 

 

Ce ne fut qu’après que tout le monde eut rattrapé son manque de sommeil que nous commençâmes à gérer les conséquences des évènements.

Woodrow et les autres étaient revenus avec nous. Une fois qu’ils eurent accepté de ne pas révéler ma véritable nature, je les autorisai à soit continuer leur visite du Temple Sacré, soit à partir… En fait, je ne craignais pas vraiment qu’ils révèlent quoi que ce soit.

Et même s’ils osaient, qui les croirait ?

Au total, trente-huit générations de Douze Chevaliers Sacrés étaient passées, et chaque génération avait dû tenir secrète la vraie personnalité de chacun de leurs membres pendant vingt ans. C’est sur cette base que l’image des Douze Chevaliers Sacrés avait été construite. Était-ce là une chose qu’une équipe de cinq aventuriers pouvait détruire si facilement ?

Je m’allongeai sur mon lit, mon corps complètement recouvert du masque facial blanchissant que je venais juste de finir de préparer… D’après Roland, ma couleur de peau actuelle était seulement une peu plus blanche que le tiramisu préparé par Ice.

Lorsque j’avais entendu cela, j’en avais été si choqué que l’envie m’avait presque saisi de me frapper la tête encore et encore jusqu’à reperdre la mémoire pour toujours.

Heureusement, après trois jours de traitement, Roland m’avait assuré que ma peau avait la teinte du miel à présent.

Tout en laissant le masque reposer sur mon corps, je repensai aux évènements qui s’étaient produits quand j’avais perdu mes souvenirs. Qu’est-ce que je fabriquais au Royaume de Kissinger ? Même en ayant retrouvé la mémoire, je n’ai absolument aucun souvenir de ce qu’il s’est produit. Scarlet y est-elle pour quelque chose ? La véritable identité de Scarlet, ce pourrait-il que ce soit… Mais, pourquoi m’aurait-elle blessée ? De plus, qu’est-il arrivé à Blanchâtre ? Il me semble que Scarlet l’a amené avec elle…

Toc, toc !

… Maudite soit cette malédiction !

« Lequel des frères de Sun se tient devant sa porte, venu ici pour discuter du chemin de la bienveillance avec Sun, suivant l’égérie du Dieu de la Lumière ? »

« Grisia… »

Cette voix, c’est… J’étendis ma capacité de détection jusqu’à ce qu’elle atteigne l’extérieur de ma chambre. Après avoir confirmé l’identité de la personne, je ne pus faire autrement que de rincer l’équivalent de mon salaire qui était étalé sur mon corps, les larmes aux yeux, et ensuite changer de vêtements.

« Sybil. » Quand j’ouvris la porte, je lui demandai à contrecœur : « As-tu besoin de quelque chose ? »

Sybil entra dans ma chambre d’un pas assuré, examina le sol avec curiosité, et me questionna : « Pourquoi le sol est-il mouillé ? Étais-tu en train de prendre un bain ? C’est génial ! »

En quoi est-ce génial ? J’étais un peu perdu.

Sybil me sourit et annonça : « Je suis venue te dire au revoir. »

« Vous partez déjà ? » lui demandai-je, perplexe. « Pourquoi les autres ne sont-ils pas venus avec toi ? »

« Les autres viendront plus tard. »

« Plus tard ? » Je me grattai le visage sans comprendre. Pourquoi ne sont-ils pas venus ensemble ?

« Tu es vraiment… complètement différent de ce que j’avais imaginé ! » Sybil s’approcha de moi, en m’admirant de haut en bas, et ajouta : « Seule ton apparence est exactement comme on le raconte : des cheveux dorés, des yeux bleus et une peau blanche comme le lait. Euh… Tu es plus sombre maintenant, plutôt comme du lait au miel. »

Ne remue pas le couteau dans la plaie !

« Mais tu y ressembles vraiment plus ! »

« J’y ressemble ? » Pourquoi Sybil raconte-t-elle autant de choses bizarres aujourd’hui ? Je lui demandai, perdu : « À quoi est-ce que je ressemble plus ? »

Sybil s’approcha encore davantage. Je pouvais sentir une odeur de jasmin sur elle… Pourquoi porte-t-elle subitement du parfum ? Elle sourit et dit : « Tu ressembles plus à une personne ordinaire… Pourquoi y a-t-il une odeur de parfum sur toi ? Tu en as mis ? »

« Non. »

Une odeur de parfum flottait en permanence autour de moi. Je n’y pouvais rien. Après avoir passé dix ans à étaler des masques blanchissants pour la peau, dont la plupart étaient à base de lavande, cette senteur était toujours imprégnée sur moi. Mon maître, Néo, n’aimait pas la lavande. Il avait pour habitude d’utiliser des masques faits avec de l’extrait de rose, donc il était toujours entouré d’une odeur de rose.

Sybil pencha la tête sur le côté et s’enquit avec curiosité : « Se pourrait-il qu’il s’agisse de l’odeur de la virginité ? »

« … Bien sûr que non ! »

« Ce parfum n’est-il pas celui des puceaux ? »

« Absolument pas. »

« Dans ce cas, qu’en est-il de la personne elle-même ? J’ai presque pensé que tu clamerais ne pas être vierge, comme tu le faisais avant ? »

« … »

« Est-ce que tu veux… ? » Sybil fit un pas de plus vers moi, tout son corps presque pressé contre moi. Je pouvais même sentir son souffle qu’elle expirait lorsqu’elle parlait.

« …te séparer pour toujours de ce mot ? »

Je sursautai. Est-ce que cela pourrait vouloir dire que…

Alors que j’étais encore pétrifié par le choc, le visage de Sybil s’approchait, ses lèvres presque sur les miennes. Cependant, ce fut sa poitrine qui se pressa en premier contre mon torse. La douce sensation de ces deux monticules était vraiment fantastique… Se pourrait-il qu’aujourd’hui soit le jour où je laisserai derrière moi mes jours de pucelage et d’ermite d’église ?

Mon bien aimé Dieu de la Lumière ! J’ai décidé de faire de ce jour pour toujours un jour de remerciement et de grâce, et, chaque année à cette date, j’irai me recueillir devant Votre statue pour Vous remercier…

BAM !

« Aaaah, je s-suis vraiment désolé. Est-ce que je vous ai interrompus ? »

MAUDIT. SOIS-TU. EARTH !

Puisque tu sais déjà que tu nous interromps, fiche le camp ! Alors que Sybil se retournait pour regarder Earth, j’employai immédiatement mon regard le plus effrayant du monde pour le foudroyer, mes yeux lui communiquant un brûlant « Hors de ma vue ! »

« S-Sun, j’ai quelque chose d’important à te dire… » Earth lança un regard plein d’excuses et de gêne à Sybil.

Cette dernière baissa la tête. Elle semblait en fait embarrassée et s’empressa de répondre : « Ce… Ce n’est pas grave. J’ai fini de lui dire au revoir, je ferais mieux d’y aller… Grisia, à la prochaine. »

À la prochaine ? Et quand est-ce que ce sera ? Ce soir ?

Néanmoins, avant que j’eusse pu lui poser la question, Sybil s’était déjà enfuie. Son expression était celle de quelqu’un qui n’avait pas l’intention de revenir. Mais, mon jour de gratitude…

Earth me tapota l’épaule et déclara avec sincérité : « S-Sun, se pourrait-il que ce soit ce qu’on appelle un juste châtiment ? »

Hé, hé ! Tu es l’un des Douze Chevaliers Sacrés du Dieu de la lumière ! Quel châtiment ? Attends un peu, et on verra si je ne vais pas te considérer comme un traître pour ce que tu viens de me faire et ensuite t’attacher à un poteau pour t’y brûler jusqu’à ce que mort s’ensuive !

Je criai à Earth avec colère : « Si tu as fini, pars d’ici tout de suite ! » 

« J’avais vraiment quelque chose à te dire ! » Earth haussa les épaules et continua : « Judgment te cherche. »

« … Judgment me cherche ? Pourquoi n’est-il pas venu lui-même ? »

« Il veut que tu le rejoignes et que tu participes à la réunion. »

Earth sourit subitement. C’était le même sourire sincère que d’habitude, et je ne saurais dire s’il s’agissait de mon imagination ou non, mais j’avais l’impression que ce sourire était encore plus méprisable que d’ordinaire. Pourtant, je ne l’ai pas mis en colère récemment, non ? Je suis parti pendant si longtemps, je n’ai donc pas pu lui mettre des bâtons dans les roues, lorsqu’il séduisait sa quarante-et-unième ou quarante-deuxième conquête ! (Juste pour clarifier, je n’ai pas fait d’erreur en comptant. C’est juste que le nombre de femmes qui sont entrées dans sa chambre augmente beaucoup trop vite ! Maudit soit-il !)

… Peut-être que, parce que j’utilise ma capacité à sentir les éléments, je me suis trompé sur son expression ?

Ainsi, donc, il fallait que j’aille participer à une réunion. Mais, que diable s’est-il passé de si important pour que même moi je sois obligé d’y être présent ?

J’étais légèrement perplexe, mais j’acquiesçai quand même d’un signe de tête et répondis : « Très bien. Allons-y ! »

La Légende du Chevalier du Soleil T4C9 – Fais comme il te plaira

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un dragon

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 9: Do As You Please – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 9 : Fais comme il te plaira – traduit de l’anglais au français par Lala Su / Nocta
+ travail de vérification par Nocta / AkaiiRia

Une grande quantité de l’élément des ténèbres était continuellement aspirée dans mon corps, formant même un courant semblable à un tourbillon autour de moi, et bloquant le chemin à Ecilan et à tous les autres. Dès le début, ni Woodrow ni les autres n’avaient pénétré dans la grotte. À présent, ils reculaient même de quelques pas. Seul Ecilan luttait désespérément pour s’approcher de moi.

Après que l’élément des ténèbres se fût rué sur moi pour être aspiré, l’élément sacré que mon corps possédait en abondance à l’origine fut lentement expulsé hors de moi. Cependant, ce procédé n’était pas du tout douloureux. Au contraire, il me donnait une sensation de confortable insouciance ; j’avais même envie d’absorber encore plus de l’élément des ténèbres… Plus il y en aura, mieux ce sera !

« Cette sensation est fantastique ! »

Finalement, après avoir aspiré et absorbé presque tout l’élément des ténèbres présent dans la vallée, je poussai un soupir de satisfaction. Je ne m’étais jamais senti aussi bien, et c’était presque comme si tout mon être était rempli de pouvoir, presque comme si… Je suis invulnérable !

À cet instant, la frêle silhouette de Scarlet se matérialisa. Elle sautilla vers moi, pencha la tête sur le côté pour me fixer du regard et me demanda en gloussant : « Grisia, quelles sont tes impressions ? »

« J’ai l’impression… que tu es vraiment agaçante ! »

Une main gigantesque surgit à côté de Scarlet et la saisit brusquement, à l’image de quelqu’un qui attrapait un rat par la queue. Toutefois, il n’y avait pas là de quoi être surpris, puisque c’était moi qui avais utilisé l’élément des ténèbres pour créer cette main massive ; la main était complètement sous mon contrôle.

Cette main gigantesque suspendit Scarlet dans les airs devant moi. Je tendis une de mes mains, tapotai légèrement sa joue, puis déclarai en souriant : « Par conséquent, tu devrais disparaitre, d’accord ? »

À ce moment, un étrange rictus se dessina sur le visage de Scarlet. Il n’y avait aucune haine dans ses yeux. Au contraire, elle répondit joyeusement : « Il semblerait que tu sois enfin redevenu toi-même !1 »

Ses mots enflammèrent mon cœur avec fureur. Je rugis : « Cesse de raconter des inepties que je ne comprends pas ! Tu es vraiment insupportable. Je ne veux plus jamais te revoir ! »

La main gigantesque l’emporta abruptement dans le ciel, puis resserra violemment sa prise… Je m’étais préparé à entendre Scarlet hurler et pleurer, mais les cris tant attendus furent remplacés par des rires cristallins et empreints de folie. Alors que ce qui pouvait être considéré comme un rire diabolique – ou bien peut-être était-ce un hurlement – retentissait, la main resserra davantage son emprise, et le corps de la fillette explosa.

« Sun ! Pourquoi as-tu tué cette petite fille… ? »

Ecilan se précipita vers moi. Mais, il interrompit sa question mi-phrase pour s’exclamer avec encore plus de stupeur : « Sun ! T-Tes cheveux ont changé de couleur ! Ils sont devenus noirs ! »

« Ah bon ? » Je touchai mes cheveux, ne prenant même pas la peine de me tourner vers lui pour répondre : « Je ne peux pas discerner les couleurs, donc même si tu me dis qu’ils sont noirs maintenant, je ne me rappelle pas quelle couleur ils étaient avant. »

« Ils étaient de couleur dorée ! » répondit immédiatement Ecilan.

Par la suite, il s’approcha et examina mon visage avec une expression légèrement inquiète. Néanmoins, après un bref instant, il se détendit et me demanda simplement avec perplexité : « Ton visage n’a pas changé, mais pourquoi gardes-tu les yeux fermés ? »

Je ris et répliquai avec une question : « Pourquoi devrais-je les ouvrir ? »

Ecilan en resta sans voix et répondit avec hésitation : « Tu n’as pas besoin de les ouvrir, mais j’aimerais voir s’ils ont aussi changé de couleur… »

GRROOOAAAAAARRRR !

Je sursautai. Ecilan dégaina sa Stalactite Divine et chercha l’origine du rugissement tout en s’exclamant d’un ton alarmé : « D’où venait ce rugissement ? »

« Un dragon… Je n’arrive pas à y croire ! Il y a vraiment un dragon ! »

Après qu’Iacchi eût poussé un cri perçant, lui et ses deux compagnons terrorisés se précipitèrent à mes côtés. À leurs yeux, j’étais devenu leur garde du corps.

Je m’exclamai avec colère : « C’est maintenant que vous vous décidez à m’approcher ? N’étiez-vous tous pas en train de m’observer avec crainte deux secondes auparavant ? »

En entendant cela, leurs visages prirent une expression embarrassée. Igor s’empressa de bégayer : « M-Mais, tes cheveux sont devenus noirs tout d’un coup, et t’as l’air d’une tout autre personne. Tu donnes l’impression que tu pourrais saisir un couteau à n’importe quel moment pour nous égorger. Normal qu’on soit terrifiés par ce genre de changement ! »

Woodrow ajouta avec doute : « De plus, ne nous tournais-tu pas le dos pendant tout ce temps ? Comment aurais-tu pu voir nos expressions ? »

Je haussai les épaules et expliquai : « Je peux tout voir, si j’étends ma capacité de perception suffisamment loin. Je peux même voir ce dragon. C’est un si beau dragon des ténèbres, même s’il n’est pas aussi magnifique que mon Éternelle Tranquillité, car il est teinté par quelques impuretés. Il a vraiment l’air d’être dans une colère noire, mais ça ne me surprend guère. Il vit sans doute ici, parce que la vallée déborde de l’élément des ténèbres ! Mais, maintenant que je l’ai tout absorbé, évidemment que ça l’a rendu furieux ! »

Même après avoir entendu ma brève explication, la confusion sur leurs visages ne se dissipa absolument pas. À la place, ils me dévisagèrent tous les trois avec un air encore plus sidéré.

Malgré le fait que j’avais vu leur réaction exagérée, j’étais trop occupé à observer le dragon des ténèbres pour me préoccuper d’éclairer leur lanterne. Je ris doucement. S’il y a vraiment un dragon, alors je peux suivre mon plan d’origine, même si on dirait que ce n’est plus nécessaire. Ce plan me paraît suffisamment intéressant, donc le mettre en pratique pour passer le temps me semble être une bonne idée.

J’interpellai Ecilan avec nonchalance : « Ecilan. »

Quand il m’entendit, Ecilan se tourna vers moi et me dévisagea avec suspicion. Je lui souris, et il murmura d’un ton surpris : « Sun… ? »

Il se pencha lentement sur le côté avant de finalement tomber à terre, inconscient. Je le corrigeai de nouveau : « Mon nom est Grisia. »

« Grisia, tu as assommé le Chevalier de Glace ? » s’exclama Woodrow d’un ton alarmé.

« Comment t’as fait ça ? » demanda Igor, stupéfait.

Iacchi poussa un petit cri aigu : « Tu sais même comment lancer le Sort de Paralysie ? »

Je ris et répondis avec excitation : « Pas seulement le Sort de Paralysie ! À l’instant, je viens de me souvenir de plusieurs sorts plutôt utiles ! »

Woodrow m’interrogea d’un air soupçonneux : « Mais, pourquoi l’as-tu assommé ? »

« Si je ne lui avais pas fait perdre connaissance, comment étions-nous censés continuer le plan ? »

Woodrow me regarda, bouche bée : « Tu prévois toujours de le suivre ? »

« Bien entendu », rétorquai-je, sur le ton de l’évidence.

Mon plan d’origine pouvait se résumer en une seule phrase… Trouver un moyen de blesser gravement tous les chevaliers sacrés, y compris le Chevalier de Flamme et le Chevalier de Glace.

Ces chevaliers sacrés n’avaient pas emmené avec eux de prêtres qui puissent guérir leurs blessures. Alors, s’ils étaient gravement blessés, ils auraient définitivement besoin de temps pour se rétablir. Nous profiterions alors du temps où ils se seraient arrêtés pour nous enfuir le plus loin possible et vendre la licorne.

Toutefois, la partie la plus difficile à mener à bien est… Comment blesser gravement « un dieu vivant marchant parmi les simples mortels » ?

Ce problème m’avait causé une véritable migraine. Par chance, Iacchi m’avait fourni une bonne « arme ». Iacchi avait suggéré d’aller dans la Vallée de Trizer, qui n’était pas située loin de nous. Apparemment, un dragon y avait établi résidence. D’après Iacchi, si nous jetions Ecilan aux dents du dragon, Chikus Blaze n’aurait pas d’autres choix que de se précipiter à son secours. Après tout, c’était Ecilan lui-même qui avait déclaré : « Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs. »

Quand le moment aurait été venu, nous aurions réveillé le dragon… puis nous aurions pu profiter du spectacle d’un affrontement dragon contre humain depuis un endroit sûr.

Entre un dragon et deux des Douze Chevaliers Sacrés, qui était le plus fort ?

En vérité, trouver la réponse à cette question importait peu. En tant que membres des Douze Chevaliers Sacrés, ils devraient tous les deux être capables d’échapper aux griffes du dragon. C’était à contrecœur que Yuna et Sybil avaient accepté cet argument et pris part au plan avec grande réticence.

Cependant, à présent que je pouvais voir le dragon, je réalisai que deux membres des Douze Chevaliers Sacrés ne seraient sans doute pas suffisants pour opposer une quelconque résistance. Les griffes du dragon sont plus grandes que ces deux-là combinés !

Si nous laissons Ecilan avec le dragon et attirons Chikus Blaze jusqu’ici, est-ce qu’ils parviendraient vraiment à survivre ? Dans tous les cas, une bataille entre un dragon et des chevaliers sacrés, ha ! Il s’agira assurément d’un spectacle intéressant.

« Tu as facilement maîtrisé le Chevalier de Glace. » Woodrow insista sombrement : « Il ne devrait y avoir nul besoin d’utiliser un dragon pour le blesser gravement. Pourquoi tiens-tu toujours à poursuivre avec le plan ? »

« Parce que c’est amusant ! » répondis-je simplement. Je fis signe à la licorne, Blanchâtre, qui se tenait non loin de là, et l’appelai : « Blanchâtre, viens ici et porte le Chevalier de Glace. »

Tandis que Blanchâtre trottait lentement vers nous, Igor cria soudainement : « Pourquoi est-ce que Blanchâtre est devenu noir ! »

« Noir ? » J’étais surpris et murmurai avec intérêt : « Ainsi, l’élément des ténèbres est de couleur noire ? Dans ce cas, se pourrait-il que l’élément sacré soit blanc ? Ou est-il doré ? »

Une fois que Blanchâtre m’eût rejoint, je me souvins qu’il se nourrissait d’élément « sacré ». Mais, maintenant, je ne peux plus en rassembler. Dans ces conditions, va-t-il continuer à m’obéir ?

Néanmoins, Blanchâtre était devenu « noir ». Par conséquent, à mes yeux, son élément sacré avait disparu. En fait, il était rempli de l’élément des ténèbres… Exactement comme moi…

Je tendis ma main et dispersai un peu de l’élément des ténèbres contenu dans mon corps. Blanchâtre baissa sa tête et se mit à lécher l’élément des ténèbres, comme si sa nourriture n’avait subi aucun changement. Toutefois, il n’était pas aussi plein d’entrain et agaçant que d’habitude, et se contenta de silencieusement manger l’élément des ténèbres. C’était un peu difficile de s’habituer à ce changement.

« Est-ce que ça veut dire qu’il faut changer son nom pour Noireau ? » Igor fixa Blanchâtre avec un regard vide, tandis que la licorne mangeait.

Je levai les yeux au ciel et répliquai avec colère : « Je lui ai déjà donné un nom. Je ne veux pas devoir me souvenir d’un second. Allons-y. »

Une fois que Blanchâtre eût terminé son repas, j’installai Ecilan sur son dos, puis tournai la tête pour annoncer au reste de l’équipe : « Partons à la recherche de ce dragon. »

« Mais, mais… Le Chevalier de Flamme n’est pas encore là, non ? » s’écria Iacchi. « Ne me dis pas que tu as toujours l’intention de jeter le Chevalier de Glace au dragon ? Le dragon est déjà réveillé ! »

« Le Chevalier de Flamme est arrivé. »

Un moment auparavant, je l’avais aperçu de l’autre côté de la forêt. Le Chevalier de Flamme possédait des attributs de l’élément sacré et de l’élément du feu aussi intenses que le soleil. Je souris légèrement et ajoutai : « Il a emmené Sybil et Yuna avec lui ! »

Je fis mon apparition dans les airs au-dessus d’eux, mais, comme je n’avais aucune intention de descendre, je continuai de flotter. Puis, je baissai la tête et contemplai le groupe de chevaliers sacrés. Le Chevalier de Flamme était à leur tête, tandis que son vice-capitaine se tenait à l’arrière. Sybil et Yuna, quant à elles, étaient à l’abri au centre.

« Salut, Chikus ! »

Le Chevalier de Flamme s’arrêta net et me fixa du regard avec stupéfaction. Cette fois, je ne portais pas de masque.

Après un court instant de silence, il balbutia : « Tes cheveux… Et pourquoi fermes-tu les yeux ? »

Sans attendre ma réponse, il continua de me questionner : « Est-ce que tes blessures sont guéries ? N’avais-tu pas pris Ice avec toi ? Où est-il ? »

Il a le ton d’une personne qui parle avec un de ses vieux amis, mais je ne le connais pas ! Je déteste cette impression de ne rien savoir ! Je rugis : « Ferme-la, Chikus Blaze, je ne te connais pas ! »

« Tu as vraiment perdu la mémoire ? » Blaze déglutit et bafouilla : « On dirait que c’est vrai, tu ne m’as jamais appelé correctement par mon nom auparavant. »

Surpris, je ne pus m’empêcher de lui demander : « Comment est-ce que je t’appelle d’habitude ? »

Ecilan avait aussi dit quelque chose dans ce genre par le passé, j’étais vraiment curieux. C’est purement de la curiosité. Qu’il soit en train de me mentir ou non, cela n’a pas d’importance, et il n’y a rien de mal à simplement l’écouter !

Le Chevalier de Flamme me regarda un moment avant de répondre : « Tu m’appelles rarement par mon nom, et je préfèrerais que tu prononces mon nom correctement… Tu m’appelles toujours Bizarrus. »

« Je dois le faire exprès. »

« C’est ce que tout le monde pense également… » Le Chevalier de Flamme ajouta : « Tu te trompes avec les noms de presque tout le monde, à part celui de Judgment. »

« Grisia, tu es vraiment le Chevalier du Soleil ? » Sur le côté, Sybil poussa presque un cri : « C’est impossible ! »

« Et pourquoi pas ? » Je la fixai d’un regard froid et dis d’un ton menaçant : « À présent, tu sais sur qui tu as tiré une flèche ? »

Sybil recula, tout son corps maintenant caché derrière un chevalier sacré se tenant à ses côtés.

Blaze fronça les sourcils et me demanda avec perplexité : « Sun, il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond chez toi… Où est Ice exactement ? »

Je répliquai avec indifférence : « Quelque part où, si tu continues de perdre ton temps à discuter avec moi, il se pourrait qu’il se fasse dévorer jusqu’à l’os. »

Blaze vacilla, réagissant enfin. Il prit une profonde inspiration. « Tu n’as quand même pas… » L’expression sur son visage se contorsionna violemment, et Blaze rugit avec incrédulité : « Ne me dis pas que tu as osé le jeter au dragon ? Sun ! »

« C’est exactement ce que j’ai fait. Dis-moi, Chikus, que comptes-tu faire maintenant ? »

Je lui posai cette question avec nonchalance, mais dès que j’eus fini ma phrase il s’enquit immédiatement : « Où est Ice ? »

« Tu as vraiment l’intention d’aller le sauver ? » Stupéfait, je lui demandai avec suspicion : « Sais-tu quel genre de créature est un dragon ? »

Le Chevalier de Flamme ne me répondit pas et renouvela sa question : « Où est Ice, Sun ? »

Je levai un sourcil et pointai immédiatement un doigt dans la bonne direction, n’osant pas croire qu’il se précipiterait vraiment au-delà du dragon sans la moindre hésitation.

« Protège ces deux-là. »

Le Chevalier de Flamme désigna Sybil et Yuna en s’adressant à moi, puis fit signe à ses chevaliers sacrés et s’élança immédiatement dans la direction que j’avais indiquée. Ce qui me surprit encore plus fut que tous les autres chevaliers sacrés le suivirent sans la moindre hésitation, comme s’ils étaient sur le point d’affronter un monstre ordinaire et non pas un féroce dragon.

Voyant que lui et ses sept chevaliers sacrés avaient vraiment l’intention de se rendre là-bas, je m’exclamai avec stupeur : « Attends une minute ! Tu comptes vraiment aller le sauver ? Tu suis vraiment ce qu’Ecilan a dit : ‘Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs ?’ Juste à cause de cette phrase, tu as réellement l’intention d’aller au-devant de ta propre mort ? »

« Il a dit ça ? » Le Chevalier de Flamme ne se retourna pas, et s’adressa à moi de dos. Sa tête se tourna légèrement dans ma direction, et Blaze me demanda : « Sais-tu qui a été la première personne à prononcer cette phrase ? »

J’haussai les épaules et tentai une réponse au hasard : « Le Dieu de la Lumière ? Le Pape ? »

« C’est toi. »

Je le fixai d’un regard vide, mais le Chevalier des Flamme était déjà loin, ne semblant pas vouloir perdre une seconde de plus. Je continuai de contempler sa silhouette qui s’éloignait.

« Grisia ? » Sybil s’approcha avec crainte et s’enquit : « Tu ne vas pas les aider ? »

Je repris mes esprits et répondis froidement : « As-tu oublié qui a jeté Ice au dragon ? Pourquoi irais-je les sauver ? »

« E-Es-tu vraiment le Chevalier du Soleil ? » me questionna-t-elle avec stupéfaction.

Encore cette question ! Je rugis avec rage : « Comment le saurais-je ? Je ne sais même pas qui je suis ! Je ne sais pas si je suis un type bien ou un sale type, si je devrais vous protéger ou prendre ma revanche et tuer deux menteuses immédiatement… Je n’en sais rien ! »

Quand l’écho de mon rugissement retomba, les deux femmes me regardèrent avec crainte. Elles avaient toutes les deux reculé de plusieurs mètres, n’osant pas rester à côté de moi.

Après un certain temps, Sybil rassembla son courage et implora d’une petite voix : « Grisia, va aider Blaze et les autres ! »

Je rétorquai d’un ton glacial : « Tu n’as pas le droit de me demander de faire quoi que ce soit ! N’oublie pas que tu as tiré sur moi ! Que je ne songe pas à te tuer est déjà un miracle. Et maintenant tu oses me donner un ordre ? Pour qui te prends-tu ? »

J’étais à la moitié de ma phrase, quand je vis Sybil baisser la tête, l’air de ployer sous le poids de la culpabilité. Cependant, juste au moment où je comptais conclure ma tirade, elle dégaina brusquement son arc pour décocher les flèches qui pendaient à son épaule et tira salve après salve dans ma direction en hurlant : « Stupide Grisia ! Pourquoi es-tu si méchant ! »

« Qu’est-ce que tu fabriques ? » Je m’empressai d’utiliser l’élément des ténèbres pour créer un bouclier, bloquant de justesse les volées de flèches qui m’étaient adressées.

Les tirs de Sybil ne s’arrêtèrent pas là ; il semblerait qu’elle ne sera pas satisfaite avant d’avoir épuisé tout son stock de flèches. Tout en tirant, elle gronda : « Je craignais simplement que tu finisses réellement par les tuer ! Cette fois-là, la façon dont tu as traité les chevaliers sacrés… tu as même ordonné au Chevalier de Flamme de se blesser avec sa propre épée… Tu as vraiment dépassé les bornes ! »

Suivant l’exemple de Sybil, Yuna se mit également à crier : « C’est vrai ! Ces chevaliers sacrés étaient déjà très, très fatigués, et tu as visiblement profité de leur faiblesse ! Pour retrouver le Chevalier du Soleil, pour sauver le Chevalier de Glace, ils avaient déjà oublié le sens du mot « repos » ! Pourtant, même dans cet état d’épuisement, ils étaient prêts à s’occuper de nous tout en continuant leur marche forcée ! Même si le Chevalier de Flamme n’arrêtait pas de crier sur nous, il ne nous a jamais abandonnées sur le bord de la route… Ils voulaient seulement se dépêcher pour sauver le Chevalier de Glace, puis continuer de chercher le Chevalier du Soleil. C’était tout ce qu’ils désiraient ! »

Sybil épuisa toutes ses flèches, mais continua de serrer son arc. Deux traits remplis de l’élément de l’eau coulèrent le long de ses joues, et elle ajouta en hoquetant : « En fin de compte, la personne qu’ils cherchaient, c’était toi… toi, le méprisable scélérat qui a failli les tuer ! »

J’en restai sans voix.

Yuna, mécontente, ajouta : « Ce jour-là, quand tu as disparu, le Chevalier de Flamme est resté planté sur place pendant très longtemps, et il n’arrêtait pas de marmonner… »

« Il n’arrêtait pas de marmonner ‘Qui diable es-tu donc ?’ » Par réflexe, je pensai à cette réponse.

« Non ! »

Les deux femmes hurlèrent de concert : « Il marmonnait ‘J’ai blessé Sun !’ »

« Va sauver le Chevalier de Flamme ! » me commanda Sybil.

« Et le Chevalier de Glace ! » ajouta Yuna.

Elles prirent des voix encore plus sérieuses et strictes en rugissant : « Va t’excuser auprès d’eux ! »

… J’eus soudain l’impression que ces deux femmes étaient encore plus effrayantes que le Chevalier de Flamme.

À cet instant précis, le rugissement d’un dragon retentit au loin. Elles pâlirent immédiatement et s’écrièrent en cœur : « Grisia ! »

« D’accord, d’accord ! Je vais y aller. »

Après tout, j’avais déjà prévu d’aller profiter du spectacle. Je ferais aussi bien de leur faire croire que j’y vais pour les aider.

Je volai donc vers l’endroit où se trouvait le dragon. Tout en volant, j’étendis ma capacité de perception pour comprendre ce qu’il s’était passé.

Même si j’avais amené Woodrow et les autres à la caverne où se trouvait le dragon, je les avais laissés dans un passage qui était trop étroit pour que le dragon puisse y entrer. Ainsi, le dragon ne nous avait même pas remarqués. J’avais aussi dit à Woodrow et aux autres de surveiller Ecilan et de ne rien faire avant mon arrivée, non ?

Alors, pourquoi… La scène à laquelle je fus confrontée était celle d’Ecilan et du reste du groupe acculés au fond de la caverne par le dragon. Ils dépendaient du mur de glace d’Ecilan pour se protéger du dragon qui essayait d’engouffrer sa tête dans le passage. Il ouvrit même son énorme mâchoire pour cracher un torrent corrosif de l’élément des ténèbres.

Que se passe-t-il, bon sang ? Je ne comprends vraiment pas. Je les ai laissés seuls pendant quelques minutes. Comment la situation a-t-elle pu dégénérer à ce point ?

Et ce chevalier, Chikus. Même moi je pouvais entendre la frustration dans le rugissement du dragon. S’était-il véritablement jeté tête baissée avec ses chevaliers sacrés dans la gueule du dragon sans le moindre plan ? Maudit soit-il ! Aussi irréfléchi qu’il soit, il ne devrait pas être aussi inconscient !

Merde !

J’accélérai ma vitesse de vol et me précipitai vers eux.

Quand je les atteignis, je remarquai que sept chevaliers sacrés protégeaient Woodrow et les autres, tandis qu’ils évacuaient la caverne du dragon. Néanmoins, Ecilan et Chikus n’étaient pas parmi eux.

Je m’arrêtai net devant eux et les interrogeai avec froideur : « Vous prévoyez vous enfuir en laissant derrière vous le Chevalier de Glace et le Chevalier de Flamme ? »

« C’est le Capitaine qui nous a interdit de retourner dans la grotte afin de ne pas le gêner pendant le combat ! »

Le vice-capitaine… Non ! Tous les sept chevaliers sacrés avaient les yeux grands ouverts, à tel point qu’on aurait dit qu’ils allaient jaillir hors de leur orbite. Leurs mains étaient serrées en poing, comme s’ils essayaient de résister à quelque chose.

« Le Capitaine nous a ordonné d’évacuer immédiatement tous les citoyens. Le dragon est complètement enragé, il se mettra à tuer chaque créature qu’il verra, et il nous poursuivra sûrement… »

Le vice-capitaine ne put terminer sa phrase. Je compris aussi ce qu’il sous-entendait. Lorsque le dragon se lancerait à leur poursuite, leur capitaine serait probablement dans son ventre.

Je me tournai vers Woodrow et les autres et m’exclamai avec rage : « À quoi pensiez-vous ? Ne vous avais-je pas demandé de ne rien faire avant que j’arrive ? »

Woodrow avait l’air d’avoir une peur bleue. Il bégaya : « C-C’était une petite fille ! Elle est apparue subitement et a brisé les chaînes que tu avais utilisées pour enchainer le Chevalier de Glace, puis elle nous a tous jetés dans la grotte du dragon, et elle a emmené Blanchâtre avec elle. Si le Chevalier de Glace n’avait pas distrait le dragon, nous aurions tous été tués. Mais, sa jambe droite s’est fait éclabousser par de l’acide craché par le dragon… »

Scarlet ? Ne l’avais-je pas tuée ? J’ai vraiment été trop imprudent.

« Vous tous, partez immédiatement ! » leur ordonnai-je. « Allez récupérer Sybil et Yuna en chemin, et dépêchez-vous de quitter cette maudite vallée ! »

Après avoir entendu mes paroles, les chevaliers sacrés affichèrent une expression surprise, mais la seconde suivante une lueur d’espoir se dessina sur leurs visages. Ils acquiescèrent et emmenèrent immédiatement Woodrow et les deux autres avec eux.

Je respirai un bon coup et visualisai la situation dans la caverne du dragon. Ecilan et Chikus avaient une bonne coordination ; ils ne se déplaçaient pas ensemble, mais couraient de chaque côté du dragon, divisant son attention. Si l’un d’entre eux était sur le point de se faire attraper, l’autre envoyait des sorts pour irriter le dragon.

Cependant, ils ne purent utiliser cette stratégie que quelques fois avant qu’elle cesse de fonctionner. Que ce fût parce qu’Ecilan n’arrivait plus à maintenir le rythme ou que ses attaques magiques étaient trop faibles, ou bien que ce fût parce que le dragon refusait de se faire avoir par le même piège, ce dernier décida de concentrer ses attaques sur Chikus.

Chikus courait de toutes ses forces. Par chance, il était vraiment une cible trop petite pour le gigantesque dragon. Pour cette raison, la créature avait du mal à l’attaquer. Même si c’était dangereux, il ne se fit pas non plus écraser par ses pattes.

Il courut et hurla à Ecilan : « Ice ! Sauve-toi ! »

Ecilan trainait à moitié sa jambe droite. Sa chaire avait pourri, mais son état continuait d’empirer, car l’acide restant agissait toujours. Même s’il faisait de son mieux pour éviter de montrer sa douleur, l’élément de l’eau qui coulait sur son visage le trahissait. Même ainsi, il rassembla toutes ses forces pour utiliser le sort Flèche de Glace et attaquer le dragon, tentant d’attirer de nouveau son attention.

Il cria en réponse : « Blaze ! Tu es plus proche de l’entrée, sors le premier ! »

Ces deux-là… À quoi jouent-ils ?

Ne supportant pas d’en entendre davantage, je m’engouffrai dans la caverne, réduisant ma hauteur de vol. Je tendis la main à Chikus et lui dis : « Attrape ma main ! »

« Tu n’es pas Sun ! Je n’ai pas besoin de l’aide d’un imposteur dans ton genre ! »

Après m’avoir vu, Chikus recula et ignora complètement le dragon derrière lui. Il prit même le temps de me hurler : « Sun n’aurait jamais jeté Ice aux griffes d’un dragon ! »

Il…il vient de frapper ma main et de la repousser… Le scélérat ! Je faillis exploser de colère.

« Blaze ! »

Non loin de là, Ecilan tenta de s’approcher de nous. Mais, à présent, sa jambe droite avait presque pourri jusqu’à l’os. Il ne pouvait que trainer son pied droit derrière lui, et il lui était impossible d’avancer plus vite.

Je tendis de nouveau la main à Chikus et lui dis d’un ton monotone : « Je te l’offre pour la dernière fois. Prends. Ma. Main. »

La réponse que me donna Chikus fut de repousser de nouveau ma main. Toutes traces d’émotion désertèrent mon visage, et je m’envolai au loin. Au même moment, le dragon se servit de sa queue pour balayer Chikus. Il alla s’écraser contre le mur avec un bruit sourd.

Quand il glissa à terre, son corps atterrit sur le ventre. Il ne tressaillit même pas.

Cependant, par coïncidence, il était tombé non loin d’Ecilan.

« Blaze ! »

Ecilan se précipita vers Chikus, le souleva et vérifia désespérément sa respiration. Quand il confirma qu’il était encore en vie, Ecilan poussa un soupir de soulagement et s’empressa de le porter jusqu’à un trou dans le mur de la caverne.

Pendant ce temps, je continuai de flotter dans les airs. Le dragon ouvrit sa gueule pour rugir vers moi, mais il ne m’attaqua pas ; on aurait dit qu’il était en quelque sorte désemparé.

Il était probablement désorienté parce que la quantité de l’élément des ténèbres qui m’entourait était encore plus épaisse que celle qui accompagnait normalement les créatures des ténèbres. Le dragon ne semblait pas savoir s’il devait m’attaquer ou non.

Finalement, il y renonça, tourna la tête et fonça vers Ecilan et Chikus.

Pff ! Si Ecilan me supplie de l’aider, alors j’y songerais. Quant à Chikus… Aucune chance !

« Sun, aide-moi… »

Lorsqu’Ecilan vit que le dragon se dirigeait vers lui, il m’appela immédiatement à son secours. Satisfait, j’étais sur le point de le sauver, lorsque j’entendis la deuxième partie de sa phrase.

« … à sauver Blaze ! Sa blessure est très grave ! Vite, aide-le ! »

Qu’est-ce qui ne va pas avec ces deux-là ? Ne leur arrive-t-il pas de penser à eux avant les autres ? Je rugis avec fureur : « Si c’est pour t’aider, je veux bien y songer, mais pour lui… je refuse de considérer la question ! »

Ecilan tressaillit, mais il reprit immédiatement ses esprits, parce que le dragon avait déjà atteint le trou devant lequel lui et Chikus se tenaient. Il poussa Chikus à l’intérieur de l’ouverture et utilisa son propre corps comme bouclier pour le protéger. Puis, il lança le sort Mur de Glace pour bloquer le gaz putride qui déferlait de la gueule du dragon.

Vraiment, c’en est assez ! Je ne veux plus me préoccuper d’eux ! Je ferais aussi bien d’aller chercher Woodrow et les autres !

Je me retournai pour partir…

« Sun ! Je t’en prie ! Sauve au moins Blaze ! »

Entendant le cri déchirant d’Ecilan, je m’arrêtai de nouveau et restai figé dans les airs… J’ai décidé de les abandonner de mon propre chef, alors pourquoi suis-je de moins en moins heureux ?

Tss ! Je n’y comprends vraiment plus rien !

« Chaînes des Ténèbres ! »

Je me retournai et libérai une grande quantité de chaînes des ténèbres, remplissant presque toute la caverne et prenant soin de bien attacher le dragon afin d’enfin arrêter ses mouvements. Il avait l’air très mécontent et lutta férocement contre les chaînes en rugissant.

Je flottai jusqu’au trou où s’abritait Ecilan. Il luttait pour tirer Chikus tout en trainant sa jambe blessée. Je baissai la tête pour le regarder et dis avec dédain : « Tu es vraiment faible ! Est-ce que tu peux vraiment prétendre être l’un des Douze Chevaliers Sacrés ? »

Ecilan ne prêta pas la moindre attention à mes insultes. Il tenait Chikus dans ses bras et me supplia avec ferveur : « Sun, dépêche-toi de sauver Blaze. Si tu utilises Soin Ultime… »

« Mets-toi à genoux et supplie-moi ! »

En entendant cela, Ecilan sursauta et afficha une expression incrédule.

« Pourquoi es-tu si surpris ? » Je ris et poursuivis : « Je n’ai aucune raison de t’aider sans condition, non ? Tout ce que je te demande, c’est de te mettre à genoux et de me supplier. Juste en faisant cela, tu peux sauver deux vies. Cela n’en vaut-il pas la peine ? »

« Bien sûr que tu as une raison. » Ecilan cria : « Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs ! La voilà ta raison ! Sun, tu ne t’en souviens toujours pas ? »

« Je ne m’en souviens toujours pas. »

Je répondis avec nonchalance : « De toute façon, que je m’en souvienne ou pas est sans importance, puisque cela ne me concerne plus ! À partir de maintenant, je voyagerai où bon me semblera et ferai comme il me plaira ! »

« À part au Temple Sacré, tu n’iras nulle part ! »

Je vacillai et me retournai par réflexe. En apercevant la silhouette de celui qui venait de parler, je poussai un cri de surprise.

« Lesus du Jugement ! »

 

Note de bas de page

1« Il semblerait que tu sois enfin redevenu toi-même ! » : Dans le texte d’origine en chinois, Scarlet s’adresse à Grisia avec une forme respectueuse de « vous » qui n’a pas d’équivalent en anglais. Aussi, en français, la phrase aurait été traduite de façon que Scarlet parle avec plus de respect que d’ordinaire et aurait donné quelque chose comme : « Il semblerait que vous soyez enfin de retour ! » Ce qui aurait sonné très étrange. Pour cette raison, comme pour la traduction en anglais, nous avons choisi de respecter le sens de la phrase originale « redevenir comme avant » plutôt que sa forme trop respectueuse.

Invincible Partie 6 : Publication sur le blog

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 6: Blog Post – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 6 : Publication sur le blog – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

Publication sur le blog de Yu Wo le 03/04/09 : Invincible = Pas d’ennemis

Sur la page couverture du livre Invincible, il y avait cette phrase : « Neo, tu es vraiment très fort… Mais, “nous” sommes invincibles. »

De nombreux lecteurs semblent avoir mal compris cette déclaration. En fait, cette phrase a été prononcée par le Chevalier du Jugement Chasel, et non pas par Aldrizzt. Le « nous » fait référence aux « Douze Chevaliers Sacrés » et non à Neo et Aldrizzt.

Le vrai sens de cette déclaration est comme suit : « Neo, tu es peut-être très fort, et tu peux vaincre tous tes ennemis, mais les Douze Chevaliers Sacrés peuvent faire battre en retraite ces ennemis sans même avoir à se battre. »

C’est-à-dire que la véritable signification du mot « invincible » est : « pas d’ennemis ».

 

 

Pour être exacte, il y a de nombreuses idées derrière l’écriture du livre « Invincible », donc celui-ci n’est pas vraiment adapté pour être présenté sous la forme d’une nouvelle. Cependant, le contenu sied bien à Neo, par conséquent je l’ai quand même écrit. Ces idées auraient probablement été mieux décrites si elles avaient été utilisées dans un roman à part entière. Même si je n’aime pas décrire les idées qui se trouvent derrière une histoire après qu’elle ait été complétée, il me faut une année pour écrire un roman (C’est une estimation moyenne !). D’ici là, tout le monde aurait déjà tout oublié. Donc, tant pis, j’ai quand même décidé d’en parler.

 

 

Aussi, je n’ai pas l’intention de publier d’autres exemplaires d’Invincible. S’il-vous-plaît, ne me harcelez pas à ce sujet~ <囧>

Comme certains lecteurs voulaient savoir pourquoi il n’y aurait pas davantage de copies d’Invincible de disponibles, laissez-moi vous expliquer certains points : comparé aux livres précédents, beaucoup plus d’exemplaires d’Invincible ont été imprimés… presque deux fois plus qu’Eclipse Hunter. Je ne peux pas possiblement faire imprimer plus de copies que je pourrais en vendre, et je ne peux pas non plus estimer combien de personnes vont acheter mes livres. Il me restait encore des livres après deux jours de vente, alors que la longue queue s’était depuis longtemps dissipée. Ces livres restants se sont vendus très lentement. Et ceux qui ont été mis de côté pour les librairies étaient généralement destinés à ceux qui ne pouvaient vraiment pas venir à la vente. De ce fait, je pense que les lecteurs qui sont venus à la rencontre organisée ont pu facilement se procurer le livre.

En plus, je n’ai aucune intention de réimprimer les livres, puisqu’une expérience difficile est amplement suffisante ~囧~

Ouaip, j’imagine que les écrivains devraient juste bien se tenir et trouver des éditeurs pour imprimer leurs livres (se fait frapper).

 

 

Certains lecteurs ont demandé pourquoi je n’ai pas directement trouvé un éditeur. Ma réponse est celle-ci : étant donné qu’Invincible ne contient pas beaucoup de mots, j’ai été obligée de soit le publier comme un doujin ou soit d’abandonner l’idée de le faire publier tout court. En plus, il est trop mince pour même figurer dans un magazine commercial~~~囧

C’est pourquoi j’ai publié ce livre comme un doujin ! Ainsi, je peux faire tout ce que je veux avec. @@

S’il avait été publié dans un magazine commercial, les parties où Invincible ne respecte pas les lois sur les droits d’auteurs auraient été enlevées. C’est donc pourquoi Invincible a été publié sur le marché du doujin.

Voilà, tout le monde. C’est tout !

Note Finale : Comme d’habitude, Invincible sera publié en ligne après qu’un certain laps de temps se sera écoulé.

N. B. : Tout le monde, je vous prie de ne pas paniquer. Je n’ai pas divagué au début de cette publication parce que j’étais en colère !

Invincible Partie 5 : Postface

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 5: Afterword – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 5 : Postface – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

En fait, le personnage d’Aldrizzt peut être vu comme une incarnation du ressentiment.

Moi, Yu Wo, j’aime beaucoup le livre La Trilogie de l’Elfe Noir écrit par Monsieur R.A Salvatore. Même si je trouve ce roman extrêmement intéressant, il n’est pas très connu en Taiwan. Et, comme je rencontre rarement d’autres camarades de lecture, j’ai accumulé pas mal de ressentiment.

Le personnage principal de La Trilogie de l’Elfe Noir est un elfe noir (évidemment !) et le nom de ce personnage est Drizzt Do’Urden. C’est un personnage que j’aime vraiment, vraiment beaucoup.

Ainsi, naquit Aldrizzt. (J’adooore Drizzt~~~)

La plupart des traits de caractère de Drizzt ont été repris pour Aldrizzt à un certain niveau, on peut probablement le considérer comme un doujin.

Cependant, puisque La Trilogie de l’Elfe Noir est publiée commercialement, je ne peux pas vraiment écrire un doujinshi. C’est pourquoi je n’ai pas trop copié. D’un autre côté, puisque Invincible a été publié dans le marché du doujin, je peux me permettre de traiter Aldrizzt comme s’il était Drizzt et écrire comme je le souhaite.

J’ai enfin écrit un doujin ! (Après avoir passé trois ans à me faire appeler une auteure de doujin.)

J’espère que tout le monde aime Aldrizzt, et que vous pourrez aussi lire l’histoire du véritable « Drizzt Do’Urden » ! C’est un excellent personnage, et La Trilogie de l’Elfe Noir est aussi très intéressante à lire.

 

 

Maintenant que j’ai fini de recommander un bon livre, il est temps que je parle d’Invincible.

Dans La Légende du Chevalier du Soleil, je n’ai pas écrit grand-chose au sujet du partenariat entre Neo et Aldrizzt. C’est principalement parce que cette série est écrite depuis la perspective de Grisia à la première personne, et leur histoire n’est pas l’histoire principale, donc ce n’est pas bon d’écrire trop de choses à leur propos.

Cependant, ils sont en fait une paire très amusante, donc j’ai tout spécialement écrit le livre « Invincible » en leur honneur.

 

 

Tout le monde doit déjà avoir réalisé que le Neo dans Invincible n’est pas exactement le même que le Neo dans La Légende du Chevalier du Soleil. En fait, cette version est plus proche de la vérité.

 La Légende du Chevalier du Soleil est racontée du point de vue de Grisia, donc elle inclut son opinion personnelle ainsi que quelques malentendus qu’il a à propos de son maître. Certains sont même dus au jeu d’acteur de Neo quand il était le Chevalier du Soleil. Une fois que tout cela a été mis ensemble, le Neo de La Légende du Chevalier du Soleil a été créé.

Toutefois, dans Invincible, Neo n’est pas un professeur. Il a le même statut que ceux autour de lui, donc il a révélé une bonne partie de sa véritable personnalité.

En fait, ce livre peut être lu en même temps que le Vol.4 de La Légende du Chevalier du Soleil. La compréhension que le Grisia amnésique avait de son maître était parfaitement correcte !

 

 

Pour finir, afin de remercier ceux qui ont déployé de grands efforts en faisant la queue dans le but d’acheter Invincible, je me dois de révéler quelques informations au sujet du Vol.5 de La Légende du Chevalier du Soleil.

Le titre du Vol.5 de La Légende du Chevalier du Soleil est « La liche Immortelle (Partie 1) ».

Aussi, Neo et Aldrizzt feront à nouveau leur apparition.

D’ici là, je souhaite à tous d’avoir leurs propres méthodes pour être invincibles.

Yu Wo

Décembre 2008

La Légende du Chevalier du Soleil Histoire à Part # 5 : Commettre Une Erreur

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La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires à Part

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


“Side Story #5: Making a Mistake” – traduit du chinois à l’anglais par Lucathia[PR!]
« Histoire à Part #5 : Commettre une Erreur » – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par LuluHime

Au départ, il avait voulu devenir le Chevalier du Jugement dans l’espoir d’expier l’erreur qu’il avait presque commise.

Quand son maître lui avait demandé pourquoi il désirait lui succéder comme Chevalier du Jugement, il avait cru que c’était parce qu’il voulait s’assurer que les criminels n’eussent jamais la chance de commettre un second crime.

En fin de compte, il comprit que le prérequis pour s’assurer que ce fût bien le cas était que lui-même ne se permît jamais de commettre une erreur… Le prix à payer pour l’une d’entre elle pouvait être la vie d’un innocent, la destruction d’une famille, ou pire préjudice.

Le Chevalier du Jugement n’avait jamais le droit de commettre une erreur.

 

 

Lesus Lucen se concentrait, tandis qu’il balançait sa lame en direction d’une marionnette en bois. Il était jeune et n’arrivait pas encore à soulever une vraie épée, mais il était si compétent avec des dagues que même les adultes qui connaissaient le maniement de l’épée n’osaient pas le sous-estimer.

En réalité, aucun homme dans la famille Lucen n’osait plus accepter les défis de Lesus à présent. Pour la plupart, ils étaient tous chevaliers ou avaient d’autres professions qui pratiquaient l’art de l’épée. Perdre face à un enfant de douze ans serait humiliant, et ils n’étaient pas assez confiants à l’idée de l’emporter contre Lesus.

Phil Lucen était également l’un des hommes qui n’osaient plus accepter les défis de son neveu, mais il ne se sentait pas rabaissé à ce sujet ou jaloux de celui-ci, puisque le garçon était en réalité depuis longtemps devenu son fils.

Un merveilleux talent inné, une disposition sérieuse, et la tragédie de perdre ses deux parents étaient ce qui avait créé le Lesus Lucen actuel.

Si on lui donnait encore quelques années, Lesus deviendrait assurément un chevalier formidable.

Cependant, Phil croyait que Lesus préférerait rester moyen toute sa vie plutôt que de voir ses parents succomber à cette calamité.

 

 

J’ai entendu dire qu’il était soupçonné d’avoir commis de nombreux cambriolages et meurtres, hormis qu’il n’y avait eu aucune preuve, alors il avait été libéré.

Ah ! S’il n’avait pas été libéré, dans ce cas mon frère aîné et ma belle-sœur ne seraient pas… Le meurtrier a-t-il été retrouvé ?

Il est toujours en fuite, mais j’ai entendu dire que le Chevalier du Jugement est vraiment furieux. Il a envoyé plusieurs chevaliers sacrés, qui sont en train de traquer le criminel qui s’est échappé. Ils amassent des preuves également, espérant le condamner à mort par pendaison immédiatement après qu’il soit capturé.

Pourquoi amasser des preuves ? Il devrait être pendu sur-le-champ !

Ne dis pas ça. Ce n’est pas comme s’ils pouvaient exécuter les gens sans raison…

 

 

« Lesus. »

Lesus arrêta de balancer sa lame et tourna la tête pour regarder Phil, son oncle. Malgré le fait que son oncle lui eût dit clairement qu’il pouvait l’appeler Père, il savait qu’il ne l’appellerait jamais par autre chose. Son vrai père et sa vraie mère étaient déjà décédés. Personne ne pourrait prendre leurs places.

« Lesus, tu seras content d’entendre ceci. » Phil sourit en déclarant : « Tes parents vont enfin être vengés ! Le cambrioleur a été attrapé il y a quelques jours, et il va être pendu aujourd’hui. Pourquoi n’irions-nous pas au terrain d’exécution pour assister à sa mise à mort ? Ne le dis pas à ta tante par contre ; elle ne veut pas que tu y ailles. »

Le criminel qui a tué mes parents va être pendu ? Lesus était stupéfait, et pourtant il ne se sentait pas heureux. En fait, ne sachant pas quoi faire, il se retourna et s’enfuit.

« Lesus ? Où vas-tu comme ça ? Lesus ! »

 

 

Quand il aurait dû être pendu, il ne l’a pas été, provoquant ainsi la mort de mes parents. S’il est pendu maintenant, contre qui suis-je censé prendre ma revanche ?

En colère, Lesus courut jusqu’à l’Église du Dieu de la Lumière, une expression de haine sur son visage. Il portait même une dague à sa taille et, pourtant, le plus surprenant était que les chevaliers sacrés à la porte ne lui barrèrent pas le chemin, lui permettant de faire irruption à l’intérieur de l’Église.

Ce ne fut pas avant qu’il eût mis le pied à l’intérieur de l’Église du Dieu de la Lumière, avec des chevaliers sacrés passant fréquemment à côté de lui, et que ses pas eurent ralenti qu’il se réveilla enfin, surpris de découvrir qu’il avait foncé tête baissée à l’intérieur de l’Église. Pourquoi les gardes aux portes ne m’ont-ils pas arrêté ?

« Es-tu perdu ? »

Lesus sursauta, tournant la tête pour apercevoir un chevalier sacré en train de se pencher pour le regarder. Puisque la personne affichait un sourire et n’avait pas l’air de lui vouloir du mal, Lesus hocha rapidement la tête pour lui répondre. « Oui. »

« Viens ici. » Le chevalier sacré le mena jusqu’à une fenêtre et lui pointa l’extérieur. « Vous devriez être en train de vous rassembler là-bas. Tu vois ces autres personnes ? »

Curieux, Lesus jeta un coup d’œil à l’extérieur de la fenêtre. Il y avait une petite esplanade avec de nombreux enfants qui s’y trouvaient et qui semblaient avoir environ le même âge que lui.

Il fut confus pendant un instant. Toutefois, il se rappela immédiatement que son oncle avait mentionné que le Temple Sacré sélectionnait présentement la prochaine génération des Douze Chevaliers Sacrés. Son oncle lui avait même demandé s’il voulait participer à la sélection. À ce moment-là, par contre, son cœur était fixé sur sa vengeance, alors il n’avait ressenti absolument aucun intérêt pour la sélection.

Pas étonnant que les gardes ne m’aient pas arrêté. Ils pensaient probablement que je participais moi aussi à la sélection.

« Si tu veux aller aux toilettes, c’est juste là-bas dans le coin. »

Lesus détourna la tête de la fenêtre. Le chevalier sacré sourit et dit dans un murmure : « Si tu es juste curieux et que tu jettes un coup d’œil aux alentours, ce n’est également pas un problème, assure-toi simplement de ne pas errer trop loin à l’intérieur. C’est dans le temple intérieur que les chambres des Douze Capitaines-Chevaliers Sacrés se trouvent. L’endroit est interdit d’accès ! »

En entendant parler des chambres des Douze Chevaliers Sacrés, Lesus ne battit pas un seul cil tandis qu’il s’enquérait : « Où est le temple intérieur où je ne suis pas censé aller ? J’ai peur de peut-être me retrouver là par accident. »

Sans le moindre soupçon, le chevalier sacré lui pointa la direction.

Lesus acquiesça d’un signe de tête pour montrer qu’il avait compris. Néanmoins, une fois que le chevalier sacré fût parti, il se dirigea sur-le-champ dans la direction où il n’était pas autorisé à aller. Il n’eut pas besoin de se rendre très loin avant de passer sous une porte en arche, et l’apparence des corridors changea. Comparés aux majestueux corridors qui se trouvaient à l’extérieur, ceux-ci étaient beaucoup plus ordinaires.

Lesus ralentit ses pas, vérifiant avec soin qu’il n’y avait personne autour de lui. Il savait que s’il était remarqué ici, il se ferait assurément jeter dehors.

Il n’y avait absolument personne dans les couloirs, probablement parce qu’il faisait encore jour en ce moment. Les Chevaliers Sacrés doivent être en train d’accomplir leurs devoirs à l’extérieur ! présuma Lesus pour lui-même.

Quelqu’un vient ! Lesus se dépêcha de tourner dans un corridor à part, et ensuite sortit subrepticement la tête pour regarder. La personne se tenait à côté de la fenêtre, faisant face à l’extérieur. Avec la tunique noire qu’il portait, et les longs cheveux noirs qu’il avait et qui atteignaient sa taille, sa silhouette, vue par derrière, était un véritable voile de ténèbres.

Des cheveux noirs et une tunique noire… Le Chevalier du Jugement !

C’est la personne qui a laissé le criminel s’en aller, causant la mort de mes parents… C’est lui aussi un meurtrier !

Lesus empoigna la dague accrochée à sa taille, regardant calmement à sa droite et à sa gauche, s’assurant qu’il n’y avait personne en vue.

En général, la plupart des gens ne sont pas très vigilants envers les enfants, de plus la sélection a lieu en ce moment. Le Chevalier du Jugement songera probablement que je suis également un candidat. Si je prétends être perdu, et que je saisis ensuite cette chance pour attaquer une fois qu’il est proche, je pourrais vraiment réussir…

Malgré le fait qu’il ne fût qu’un simple enfant de douze ans, sa concentration avait toujours été au-dessus de celle des autres personnes. Il s’était entraîné avec son épée depuis un très jeune âge, et avait souffert de la catastrophe de perdre ses deux parents, alors Lesus avait depuis longtemps développé un comportement calme et logique qui aurait effrayé les autres.

Il cacha la dague derrière son dos, se pinça les paupières pour faire sortir des larmes, fixa une expression de peur sur son visage, et était sur le point de sortir de sa cachette…

« Chasel ! »

Lesus se recacha vite.

« Quelque chose ne va pas avec toi récemment ? Tout le monde se sentait si nerveux qu’ils sont venus me dire que tu étais dans une rage terrible, et ils veulent que je règle le problème. Pourquoi es-tu si furieux de toute manière ? Si quelqu’un t’as provoqué, pourquoi ne vas-tu pas l’achever ? »

Lesus sortit secrètement la tête et aperçut un homme aux yeux bleus et aux cheveux dorés. L’homme portait également un uniforme blanc de chevalier avec les bords brodés en or, et gardait une épée dorée à sa taille. Avec autant de traits aussi voyants, même s’il n’avait jamais posé les yeux sur cette personne auparavant, il savait tout de même qui il était : le leader des Douze Chevaliers Sacrés, le Chevalier du Soleil.

Le Chevalier du Jugement qui s’était fait appeler Chasel se retourna, les sourcils froncés. Il annonça froidement : « Dans ce cas, tu ferais aussi bien de me tuer, Neo ! »

À la fois le Chevalier du Soleil, Neo, et Lesus qui était caché derrière le mur, sursautèrent de surprise. Cette fois-ci, c’était au tour de Neo de froncer les sourcils. Il demanda : « De quoi parles-tu ? Pourquoi me dis-tu soudainement de te tuer ? »

« Ne m’as-tu pas demandé contre qui j’étais furieux, et dit que je devrais l’achever ? » répondit Chasel sans émotion : « Je suis furieux contre moi-même. »

Neo détendit ses sourcils, et s’enquit avec compréhension : « C’est à propos du  cas d’aujourd’hui, au sujet du criminel qui est sur le point d’être pendu ? »

Son cœur battant la chamade, Lesus s’empressa de se concentrer pour regarder le Chevalier du Jugement, Chasel. Ce dernier, les sourcils toujours froncés profondément, hocha la tête.

« Si la personne a déjà été attrapée, et que la situation a été résolue, pourquoi es-tu contrarié ? » Neo s’arrêta brusquement à la moitié de ce qu’il disait et demanda ensuite de façon quelque peu étrange : « Attends, ne vas-tu pas toujours assister aux exécutions ? Tu m’as dit que, puisque tu étais celui qui les condamnait à mort, c’était comme si tu étais celui qui les tuait, alors tu devrais toujours au moins aller regarder leurs derniers instants, ou quelque chose de similaire. »

« J’ai peur d’aller assister à l’exécution. »

Stupéfait, Neo le questionna : « Tu crois qu’il y a un problème avec la sentence du criminel ? »

En entendant cela, Lesus, qui s’était caché sur le côté, dégaina haineusement la dague depuis l’arrière de son dos.

Toutefois, Chasel secoua la tête et déclara : « Ce criminel mérite sa sentence. Ce que j’ai peur de confronter, c’est la victime. Le mari et la femme qui ont été tués ont laissé derrière eux un enfant. L’enfant a seulement un peu plus de dix ans, probablement autour du même âge que ceux à l’extérieur sur la place au moment même, je crois ? »

Après qu’il eut dit cela, il tourna à nouveau la tête pour regarder par la fenêtre. Neo n’était pas non plus très doué pour réconforter les gens. Sur le coup, il ne savait pas vraiment quoi dire pour remonter le moral de l’autre personne.

Voyant le Chevalier du Jugement révéler une expression de visible angoisse, Lesus réalisa soudainement que celui-ci n’était pas aussi cruel, froid et insensible que la rumeur le disait… Ainsi, même le Chevalier du Jugement peut ressentir du regret pour avoir relâché un criminel par erreur ?

« Le Dieu de la Lumière a confié au Chevalier du Jugement la tâche de discipliner les criminels afin de protéger les innocents, pourtant la vraie difficulté ne réside pas dans le fait de discipliner les criminels, mais plutôt dans le fait de discerner qui est coupable et qui est innocent. Une fois que la condamnation à mort est donnée, il n’existe plus la moindre marge de manœuvre pour la retirer, alors jamais ne suis-je enclin à la donner à la légère… Pourtant, être trop prudent a causé la mort d’encore plus de personnes. »

Neo fronça les sourcils un peu plus et affirma : « Chasel, c’est impossible pour les humains de ne jamais commettre d’erreurs. »

Sans attendre qu’il eût terminé, Chasel se retourna vivement et cria avec agitation : « Le Chevalier du Jugement n’a pas le droit de commettre d’erreurs ! C’était mon erreur, et pourtant quelqu’un d’autre en a souffert les conséquences. Ce mari et cette femme, cet enfant… Comment ai-je pu commettre une telle erreur ? »

Un bruit retentit.

« Qui va là !? »

Neo se retourna. Au même moment, il avait déjà dégainé l’Épée Divine du Soleil qui pendait à sa taille. L’épée en main, il resta alerte, jetant des regards à la dague qui gisait sur le plancher au coin du couloir. Juste au moment où il commençait à se sentir confus, il vit un enfant lentement s’approcher.

Il ne pensait pas que ce serait un enfant. Neo le fixa d’un air ébahi. Quoi qu’il advienne, il ne pouvait pas se battre contre un enfant, et l’enfant avait déjà laissé tomber sa dague sur le sol, alors il était complètement désarmé et sans défense.

Chasel poussa sur le pommeau de l’épée de Neo, et sur un ton de réprimande il dit : « N’effraye pas le petit. »

Neo émit un son de « tsk » et rengaina simplement son épée.

Chasel s’avança de quelques pas, faisant de son mieux pour alléger son ton tandis qu’il demandait : « Mon enfant, qu’es-tu venu faire ici ? »

« Je, je… » Après que Lesus eût bégayé pendant un bon bout de temps, il s’exclama très fort : « Je veux m’inscrire pour la sélection du Chevalier du Jugement ! »

« T’inscrire pour la sélection ? » Neo décréta brusquement : « Les inscriptions se sont terminées hier ! »

Cependant, Chasel agita la main pour faire cesser les propos de son compagnon, puis il s’enquit : « Quel est ton nom ? Sais-tu comment te servir d’une épée ? »

« Lesus Lucen. » Lesus hocha frénétiquement la tête et répondit : « Je sais comment me servir d’une épée ! »

À ce moment-là, Neo scruta curieusement l’enfant de la tête aux pieds. « Des cheveux noirs et des yeux noirs, ton apparence passe ! Mais, le travail du Chevalier du Jugement est très difficile, et tu dois attacher les criminels sur les murs et les fouetter jusqu’à-ce que leur peau se déchire. Tu n’as pas peur ? »

En entendant cela, le visage de Lesus pâlit immédiatement.

« Neo, ne fais pas peur au garçon ! » Chasel lança un regard noir à son compagnon et continua de demander à Lesus : « As-tu la permission de tes parents pour entrer dans la sélection ? »

Lesus baissa la tête en disant : « Pas de parents. J’ai seulement mon oncle. »

« Ton oncle est-il au courant alors ? »

Après avoir hésité pendant un instant, Lesus secoua la tête.

Voyant cela, Chasel fronça les sourcils.

Neo commenta délibérément : « La période d’inscription est déjà terminée. Tu ne songes pas à briser les règles pour lui, n’est-ce pas ? Est-ce quelque chose que le Chevalier du Jugement respectueux des lois devrait faire ? »

Entendant cela, Chasel leva les yeux au ciel à son intention. Neo se contenta de rigoler, puisqu’il ne faisait que plaisanter. Jusqu’à présent, tous les enfants qui s’étaient inscrits pour devenir le Chevalier du Jugement étaient indisciplinés et turbulents. Il ne pouvait pas trouver de faute à Chasel pour vouloir élargir ses options même un tout petit peu. Au moins, cet enfant devant eux donnait une bonne première impression.

Chasel baissa la tête pour regarder le garçon. Même s’il savait que la période d’inscription était déjà passée, et malgré le fait qu’il sût qu’être le Chevalier du Jugement était un travail ardu et ingrat, que d’avoir manqué la période d’inscription pouvait même s’avérer être une bénédiction plutôt qu’une infortune pour l’enfant, pourtant…

À ce moment-là, Lesus révéla brusquement une expression déterminée. Il s’inclina à un angle de quatre-vingt-dix degrés et s’exclama : « Chevalier du Jugement, je suis désolé ! »

Surpris, Chasel fixa l’enfant qui s’inclinait présentement devant lui à un angle de quatre-vingt-dix degrés. Il s’accroupit afin de regarder le garçon dans les yeux, mais découvrit que le garçon regardait ailleurs, effrayé à l’idée de rencontrer ses yeux. Il tendit la main pour caresser la tête du petit. D’une façon réconfortante, il dit : « N’aie pas peur, je ne te ferai aucun mal. Dis-moi, pourquoi me présentes-tu tes excuses ? »

Lesus se démonta, mais refusa de laisser une seule larme s’échapper. Il continua simplement de répéter : « Je…désolé. Je suis vraiment désolé ! »

Voyant cela, Chasel ignorait ce qu’il devait faire. Il ne put que tenir la main de l’enfant. « Allons-y. Nous allons rendre visite à ton oncle pour voir s’il est d’accord pour te laisser t’inscrire. »

« Mon oncle est d’accord ! » Lesus ajouta précipitamment : « Il m’a demandé auparavant si je désirais y entrer. » Même s’il avait dit cela, à ce moment-là son oncle semblait avoir dit quelque chose à propos d’entrer dans la sélection du Chevalier du Soleil ou de quelque autre chevalier, mais il ne s’en rappelait pas vraiment. Tout de même, le Chevalier du Jugement devrait être aussi être convenable, pas vrai ?

« Quoi qu’il en soit, au strict minimum nous devons tout de même le lui demander. »

« D’accord. » Lesus hocha très docilement la tête.

Après avoir dit au revoir à Neo, Chasel mena le garçon par la main et dit : « Allons-y. »

« D’accord. »

Neo les observa tous les deux s’en aller. Le plus vieux et le plus jeune, tous les deux avec une tête de cheveux noirs, avaient presque l’air d’un père et d’un fils. Il rit un peu, et murmura : « Lesus Lucen ? Je pense qu’il est temps de t’appeler Lesus du Jugement à la place ? »

 

 

Grisia écouta l’histoire pendant qu’il mangeait ses biscuits aux myrtilles. Une fois que Lesus atteignit ce tournant de l’histoire, il lui demanda avec perplexité : « Ton oncle a-t-il vraiment donné son accord pour te laisser entrer dans la sélection du Chevalier du Jugement ? Je me souviens que ces enfants qui avaient pris part à la sélection du Chevalier du Jugement étaient tous mauvais… »

En quelque sorte avec impuissance, Lesus répondit : « Quand mon oncle a entendu que je souhaitais entrer dans la sélection du Chevalier du Jugement, il a immédiatement hurlé qu’il voulait m’évincer de la famille. Ma tante était si choquée qu’elle s’est évanouie… Mais, finalement, il a accepté et m’a même amené pour participer à tous les différents tests. »

Grisia leva un sourcil, ne croyant pas du tout aux paroles de Lesus.

« …sauf que, chaque fois que je réussissais l’un des tests, ils finissaient par pleurer violemment pendant trois jours.

– Dans ce cas, qu’est-il arrivé quand tu as été choisi ?

– …ils ont pleuré pendant environ un mois… »

La Légende du Chevalier du Soleil T4C8 : Prends le mauvais embranchement sur la route

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un dragon

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)

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Chapter 8: Take the Wrong Fork in the Road – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Chapitre 8 : Prends le mauvais embranchement sur la route – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Nous continuâmes de nous enfoncer davantage dans la vallée avec Woodrow pour guide. Tout au long de notre marche, je découvris que les choses étaient telles qu’ils les avaient décrites. Il y avait de moins en moins de créatures des ténèbres. En fin de compte, il n’en resta pratiquement aucune.

Cependant, les autres ne remarquèrent pas que l’élément des ténèbres devenait aussi de plus en plus épars et qu’il était remplacé par l’élément de l’eau.

L’explication derrière la disparition des créatures des ténèbres était à présent évidente : l’élément des ténèbres s’était tellement dissipé qu’il ne permettait plus de les alimenter.

Mais, pourquoi y aurait-il soudainement une parcelle de terre imprégnée de l’élément de l’eau dans cette vallée qui déborde de l’élément des ténèbres ?

Alors que je réfléchissais, Ecilan m’interrompit avec une question simple et précise : « Où va-t-on ? »

J’hésitai, puis lui dis : « Je cherche quelque chose… » 

« Donc, tu es à la recherche de quelque chose ? » Devant nous, Woodrow demanda soudainement : « Tu penses que quelque chose qui t’appartient se trouve dans une zone démunie de créatures mortes-vivantes ? »

« Oui. » J’acquiesçai.

« De quoi s’agit-il ? » nous interrompit Iacchi avec excitation. « Un trésor ? »

Je haussai les épaules et répondis : « Je ne m’en rappelle pas non plus, c’est juste que je pense avoir perdu quelque chose, et je dois le retrouver. »

Si je ne le retrouve pas, une fin terrible m’attend… Même si Scarlet n’avait jamais rien mentionné de tel, mes « connaissances générales » me disaient que si je ne parvenais pas à trouver cette chose, je subirais définitivement un destin plus tragique encore que de devenir une créature des ténèbres.

« C’est problématique. » Woodrow, qui était à l’avant du groupe, tourna soudainement la tête et s’enquit : « Grisia, quel chemin ? »

Il me fallut un moment pour remarquer que, non loin de nous, le chemin se divisait en deux. Un imposant massif de ronces et d’os divisait la route. Il sembla que nous ne pûmes le traverser qu’une fois avoir décidé quelle voie emprunter.

Je ne sus pas immédiatement quelle route choisir. Nous ne pouvions pas vraiment nous séparer en deux équipes. Woodrow et les deux autres n’étaient pas assez forts pour former une équipe à eux tous seuls…

« Ok, allons à droite. Blanchâtre et Ecilan iront à gauche. » Je tapotai l’encolure de Blanchâtre et lui ordonnai : « Si tu trouves quoi que ce soit d’étrange, reviens immédiatement. Je te récompenserai avec de l’élément de la lumière ! »

Blanchâtre acquiesça joyeusement avec de grands mouvements de tête, tandis qu’Ecilan me dévisageait simplement avec son regard glacial.

J’ignorai complètement son regard et ordonnai à Blanchâtre : « Vas-y ! »

 « Hé, ce n’est pas un peu trop cruel de ta part ? » Les yeux d’Igor s’écarquillèrent d’incrédulité.

« Au moins, détache l’une de ses mains ! » cria Iacchi. « Et s’il se retrouvait dans une situation dangereuse ? »

« C’est vrai que c’est un peu cruel », ajouta Woodrow avec hésitation.

Avec mon visage dénué d’expression, je rétorquai : « Si l’un de vous trois parvient à le battre tandis qu’une de ses mains est détachée, dans ce cas je délierai l’une des mains. Alors, lequel d’entre vous veut s’essayer le premier ? »

Ils se consultèrent du regard l’espace d’une seconde pour considérer la question avant de déclarer à l’unanimité : « Finalement, pas la peine de le détacher. »

Je levai les yeux au ciel à leur intention, puis tapotai la croupe de Blanchâtre pour lui signaler qu’il pouvait partir. Blanchâtre se dirigea vers le chemin de gauche sans aucune appréhension apparente et, comme d’habitude, Ecilan, qui ne parlait que rarement en présence des autres, ne protesta pas non plus. Il fut silencieusement emporté par Blanchâtre.

Ensuite, nous prîmes le chemin de droite. Notre groupe était bien plus bruyant qu’Ecilan, qui ne souhaitait pas parler, et que la licorne, qui ne le pouvait simplement pas. Iacchi ne cessa de me casser les pieds pour me forcer à me rappeler quel objet je cherchais.

« Il se peut que ce soit une sorte de gemme », finis-je par inventer. Je dis juste « qu’il se peut » qu’il s’agisse de cela, ce qui veut dire que c’est possiblement vrai !

« Une gemme ? De quelle grosseur ? » Après avoir entendu mes mots, les yeux d’Iacchi s’agrandirent immédiatement.

Pas du tout impressionné, je répondis : « Probablement aussi gros que tes yeux en ce moment ! »

Immédiatement, ils s’agrandirent encore davantage… Euh…  Tu crois vraiment qu’en faisant ça la gemme va grossir ?

« Grisia. »

Soudainement, Woodrow baissa le ton et recula jusqu’à se trouver à ma hauteur pour me parler.

« Qu’y a-t-il ? »

Je tournai la tête pour regarder Woodrow. Même si cette action n’était pas nécessaire pour regarder quelqu’un, il fallait que je fasse semblant pour éviter que Woodrow et les autres ne découvrent que quelque chose clochait avec mes yeux.

« Je n’arrête pas de penser que le Chevalier de Glace se comporte un peu étrangement », lança-t-il avec hésitation.

Lorsque j’entendis ses soupçons, je m’écriai avec mauvaise humeur : « Il est bizarre depuis le début, l’as-tu oublié ? Il est même allé jusqu’à affirmer que j’étais le Chevalier du Soleil ! »

« Non ! Ce n’est pas ça qui est étrange ! »

Woodrow secoua immédiatement la tête et poursuivit ses explications plus en détail : « Je continue de penser que, puisqu’il est l’un des Douze Chevaliers Sacrés, il ne devrait pas être aussi faible. J’ai même entendu dire que les compétences à l’épée du Chevalier de Glace de cette génération étaient extrêmement bonnes. Donc, vraiment, nous n’aurions pas dû être capables de l’attraper si facilement, et il devrait être en mesure de s’échapper quand il veut… même si, en fait, j’ai simplement l’impression qu’il n’en a pas envie. »

Je m’arrêtai, le questionnant avec perplexité : « Il n’est pas le plus faible parmi les Douze Chevaliers Sacrés ? »

Woodrow, Iacchi, et même Igor secouèrent la tête avec véhémence.

Je gardai le silence pendant un long moment avant de leur demander : « Si l’on devait le comparer au Chevalier de Flamme, qui est le plus fort des deux ? »

Cette fois, ce fut Iacchi qui répondit : « Ça devrait être le Chevalier de Glace ! Il est connu pour être un as du maniement de l’épée, mais je n’ai jamais entendu d’éloges à propos des combats à l’épée du Chevalier de Flamme. »

Pourtant, le Chevalier de Flamme est vraiment fort. J’ai eu beaucoup de mal à le soumettre avec mon élément des ténèbres. Dans ce cas, comment suis-je parvenu à vaincre le Chevalier de Glace qui est encore plus fort ?

« Cela ne voudrait-il pas dire qu’il a fait exprès de perdre depuis le début ? » marmonnai-je. Quand je découvris l’air perplexe des autres, je m’empressai d’ajouter : « Oublions-le pour le moment. La licorne l’a déjà emporté au loin, donc il ne se mettra pas en travers de notre chemin. »

Avec hésitation, Woodrow s’enquit : « Alors, notre plan originel… »

« Bien sûr, nous allons continuer de suivre le plan d’origine. » Je déclarai froidement : « Même si mon élément des ténèbres ne peut pas le vaincre, je possède naturellement d’autres façons d’assurer la victoire. »

« Très bien ! Je te crois ! » Ils hochèrent tous les trois la tête.

« Bien. » J’acquiesçai, puis les interrogeai avec curiosité : « Dans ce cas, puis-je vous demander à présent si ces trois choses devant nous sont aussi des créatures des ténèbres ? »

Je désignai de la main un endroit non loin de nous. J’avais découvert la présence de trois étranges créatures quelque temps auparavant. Bien que leurs corps fussent conçus de l’élément des ténèbres, ce dernier n’était pas très abondant. Au lieu de cela, l’élément de métal était beaucoup plus dense, éveillant ma curiosité. Je n’avais en réalité jamais vu ce genre de créature possédant plus de l’élément du métal que tout autre chose.

Leur apparence paraissait également très étrange. Je n’ai jamais vu quoi que ce soit qui leur ressemble… Ah ! Je veux dire « jamais » depuis que je me suis réveillé en tout cas.

Elles étaient plutôt larges, probablement plus hautes qu’un homme adulte, et leur forme était relativement « carrée ». Même si elles avaient la silhouette basique d’un humain avec un visage, un corps et quatre membres assortis, elles étaient plutôt grossières. Leurs têtes étaient des cubes, tandis que leurs deux bras n’étaient même pas de la même longueur. Vraiment, elles ressemblaient à des pantins en bois qu’on aurait assemblés incorrectement, la seule différence étant qu’elles étaient faites de métal plutôt que de bois.

Même si ces trois créatures appartenaient à la même espèce, elles avaient toutes des apparences différentes… Pour être plus précis, elles étaient toutes déformées à différents degrés.

Woodrow et les autres regardèrent dans la direction que j’avais indiquée et se pétrifièrent tous les trois au même moment.

Ne me dites pas qu’ils ne le savent pas non plus ? Je me grattai la tête.

Ils s’écrièrent tout à coup à l’unisson : « Des pantins ensorcelés ! »

Au début, je voulus leur demander ce qu’étaient « des pantins ensorcelés », mais, lorsque je tournai la tête, je vis que mes trois compagnons, qui se tenaient à mes côtés encore un instant auparavant, avaient disparu sans laisser la moindre trace… Ils se sont enfuis à leur simple vue !

Au moins, Woodrow avait un sens moral. Il tourna la tête vers moi et cria : « Grisia, sauve-toi ! Les pantins ensorcelés sont des créatures fabriquées par des alchimistes. Leur pouvoir est inépuisable, et il ne faut surtout pas sous-estimer leur vitesse. Quelle que soit la façon dont tu les attaques, ils ne se fatigueront pas… En résumé, sauve-toi vite ! »

Je m’élançai avec empressement dans la même direction que les autres et lançai le sort des Ailes de Dieu sur moi. Il ne me fallut pas longtemps pour rattraper Igor qui était à l’arrière du groupe.

« G-Grisia, moi-moi aussi je veux le sort des Ailes de Dieu… ! », me hurla-t-il tout en courant. Il m’adressa une expression implorante.

Hmph ! Tu as osé t’enfuir sans moi !

Devant son expression pleine de remords, je fis preuve de générosité et lui jetai le sort des Ailes de Dieu.

Par la suite, nous rattrapâmes facilement Woodrow et Iacchi. J’attendais de leur part qu’ils se repentent.

Woodrow se tourna pour nous regarder, puis regarder derrière nous… Il ne montra aucun signe de regret, mais afficha plutôt une expression éperdument désespérée : le genre d’expression que quelqu’un arborait lorsqu’il faisait face à une mort imminente.

Je savais pourquoi il faisait cette tête, car j’entendais la source de son désespoir. Derrière nous, le fracas produit par les trois patins ensorcelés qui nous poursuivaient se rapprochait… En passant devant les deux dernières personnes, je leur jetai le sort des Ailes de Dieu, et nous nous miment à courir de toutes nos forces.

Cependant, les trois choses derrière nous étaient encore plus rapides. À cet instant, je remarquai qu’elles avaient des roues à la place des pieds !

Si nous arrivons à les semer, dans ce cas je changerai de métier et deviendrai un véhicule plutôt qu’un humain !

On ne peut pas continuer ainsi. Je lançai de multiples attaques magiques derrière moi.

« Prison d’Os ! »

Les pantins heurtèrent de plein fouet ma Prison d’Os et la réduisirent en poussière. C’était comme s’ils n’avaient rencontré aucun obstacle.

« Chaînes des Ténèbres ! »

Ils traînèrent un tas de chaînes dans leur sillage, leur vitesse inchangée tandis qu’ils continuaient de foncer vers nous.

« Magie de la Foudre ! »

I-Ils… Pourquoi ai-je l’impression qu’ils sont encore plus rapides maintenant ?

Se pourrait-il qu’ils fonctionnent à l’électricité, et que je vienne de les aider à accélérer ?

Sans s’arrêter de courir, Woodrow tourna la tête vers moi et m’avertit : « Grisia, ils ont une très forte immunité contre la magie. C’est inutile ! »

« Que suis-je censé faire dans ce cas ? » J’éprouvais l’envie de pleurer, mais aucune larme ne coulait.

Parmi nous quatre, Igor et moi étions probablement les plus lents. Au moins, Igor était un guerrier, tandis que j’étais un prêtre et un nécromancien. Si les trois monstres derrière nous me rattrapaient, je serais à coup sûr réduit en miettes.

Iacchi hurla : « On te le dit depuis le début ! Cours et sauve ta peau ! »

Tu as vraiment l’air détendu ! Ils sont déjà… juste derrière moi !

Tout en me retournant, je dégainai l’Épée Divine de Glace juste à temps pour apercevoir un pantin ensorcelé m’attaquer avec son énorme main. Sa paume était même plus large que ma tête. Si elle m’avait touché, ma tête aurait probablement été réduite en bouillie, comme une vulgaire tomate écrasée par un chariot.

N’ayant pas d’autres choix, je brandis au hasard l’épée au-dessus de ma tête pour bloquer l’attaque… Clang !

Je ne m’y attendais pas ! Cette chose au-dessus de moi qui ressemble à un glaçon pointu a réussi à bloquer ce coup sans éclater en fragments de glace… C’est vraiment une excellente arme ! À partir de maintenant, je vais respectueusement t’appeler, la « Stalactite Divine ! » 

À cet instant, le pantin ensorcelé m’attaqua brusquement par le côté, frappant carrément le tranchant de la Stalactite Divine. Toutefois, la Stalactite Divine resta fidèle à son nom – la lame ne se brisa naturellement pas – même si en fait j’aurais préféré que ce fût le cas.

Si elle s’était brisée, au moins il me serait resté la moitié de la stalactite dans les mains. Qu’elle se fût fait projeter au loin signifiait que je n’avais même plus la moitié d’une arme pour me défendre.

« … »

Je contemplai mes mains vides. J’avais perdu la Stalactite Divine, et les trois pantins ensorcelés, qui ne craignaient pas la magie et qui avaient des poings plus gros que ma tête, se dressaient devant moi… Cette fois, je suis mort !

Faisant à présent face aux énormes mains que les patins ensorcelés utilisaient comme armes, je ne pus qu’esquiver en me fiant à la vitesse que m’accordait le sort des Ailes de Dieu. Je parvins tout juste à éviter quelques attaques. En plus de toutes leurs caractéristiques, les pantins ensorcelés semblaient avoir une forme basique d’intelligence. Ils formèrent un triangle pour m’encercler, me piégeant à l’intérieur et ne me laissant aucune échappatoire…

« GROAWRRR ! »

Le rugissement de l’ours était si fort qu’il me fit mal aux oreilles. Un espace vide apparut dans l’encerclement, et Igor à lui tout seul me tira hors du confinement.

« Les amis… »

J’étais extrêmement, extrêmement stupéfait. Devant moi, Woodrow s’était métamorphosé en ours et se battait avec deux des pantins ensorcelés, pendant qu’Iacchi détournait l’attention du troisième. Enfin, Igor brandit son épée pour venir en aide à Woodrow et affronter l’un des deux pantins.

Je n’aurais jamais cru qu’ils viendraient me sauver… N’avaient-ils pas décidé de m’abandonner depuis qu’ils m’ont vu kidnapper le Chevalier de Glace ? N’ont-ils pas dit que nos routes se sépareraient une fois que nous aurions partagé l’argent de la vente de la licorne ?

Alors, pourquoi sont-ils venus me sauver ?

« Grisia, renforce un peu plus l’effet protecteur du Bouclier de Lumière ! » s’exclama Igor.

« Fais-le pour moi aussi ! Et fais en sorte que mes Ailes de Dieu soient un peu plus rapides ! » La voix d’Iacchi me parvint, ses cris semblant venir de toutes les directions comme il courrait dans tous les sens. 

Leurs paroles éliminèrent les doutes qui avaient envahi mon esprit. Je me levai et me mis à rassembler de l’élément sacré et de l’élément du vent…

« Grisia, attention ! »

« Bouclier de Lumière ! »

Je venais de renforcer les Boucliers de Lumière qui protégeaient les corps de tout le monde, lorsque j’entendis l’avertissement d’Iacchi. Subitement, je sentis que quelque chose clochait… Pourquoi y a-t-il une ombre au-dessus de ma tête ? Au moment où j’utilisai ma capacité de perception, mon souffle se coupa. Je n’aurais jamais songé qu’il y aurait un quatrième pantin ensorcelé !

Ce dernier leva son immense main pour m’attaquer… Bam !

Je fus projeté sur le côté, mais, par chance, je ne fus pas blessé. Je n’avais pas été projeté par l’attaque. On m’était rentré dedans, mais ce n’était pas le pantin ensorcelé. C’était en fait Blanchâtre, la licorne ! Elle est revenue !

« Merci. »

Après être tombé par terre en position assise, je parvins à remercier la licorne en tremblant. Elle n’avait cependant pas de temps à m’accorder, comme elle était actuellement engagée au combat contre le quatrième pantin ensorcelé et se servait de sa corne pour le maintenir à distance.

Voyant la situation, je la mis vivement en garde : « Blanchâtre, n’utilise pas de sorts de l’élément de la foudre. Ils deviendront encore plus forts sinon ! »

Dès que j’entendis le hennissement de Blanchâtre en réponse, je jetai rapidement sur elle les sorts de Bouclier de Lumière et des Ailes de Dieu. Une fois que ce fut fait, j’eus enfin un peu de temps pour vérifier la situation des autres. Néanmoins, je ne m’étais pas attendu à devoir les regarder avec impuissance, alors qu’ils se faisaient frapper encore et encore par les pantins ensorcelés. Dieu merci, le sort Bouclier de Lumière les protégeait. Personne ne semblait avoir reçu de blessures graves.

Toutefois, après chaque coup bloqué, l’épaisseur de leurs Boucliers de Lumière s’amenuisait. Je ne pouvais que continuer à les aider en réparant leurs boucliers. Même s’ils ne recevaient aucune blessure grave, ils avaient l’air de s’épuiser rapidement, et tout particulièrement Iacchi. Il n’était pas très fort à la base, et ses armes enduites de poison étaient complètement inefficaces contre des ennemis faits de métal. Il n’arrivait pas à leur causer de dégâts et ne pouvait qu’effectuer des allers-retours pour les faire tourner en rond.

Que devrais-je faire ? Woodrow et les autres ne pourront pas tenir indéfiniment, et le combat de Blanchâtre semble tout aussi ardu, particulièrement parce qu’il ne peut pas utiliser la magie de la foudre.

Alors que j’agonisais pour trouver une solution, Iacchi commit un impair. Il trébucha sur des pierres. Ne laissant pas passer cette bavure, le pantin ensorcelé l’envoya impitoyablement valser dans les airs, et son corps s’écrasa contre un arbre. Pendant un moment, il fut incapable de se relever, et il semblerait que la collision l’eût désorienté.

Cependant, le pantin ensorcelé qu’il combattait parut perdre tout intérêt pour lui et se précipita dans ma direction.

C’est mauvais pour moi… Ma magie rendue inutile, je ne savais plus quoi faire. Hormis jeter des sorts, que sais-je faire d’autre ?

« Sun, vite, détache-moi ! » s’écria Ecilan.

L’espace d’une seconde, je restai abasourdi, avant de me rappeler que j’avais toujours cet assistant. Je m’empressai de reculer et d’esquiver les attaques du pantin ensorcelé, tout en dissolvant les Chaînes des Ténèbres qui emprisonnaient Ecilan. Néanmoins, diviser mon attention me mena à une chute. Mon genou gauche entra en contact direct avec le sol, et mon genou droit se cogna carrément sur une pierre. J’entendis le bruit de quelque chose qui se fendait en deux…

J’étais à moitié vautré sur le sol, et la douleur était si forte que j’avais rapproché mes genoux contre mon torse, momentanément incapable de reprendre mes esprits.

Au milieu de ma crise de couleur aiguë, je lançai le sort de Soin sur mon genou. Une fois que j’eus enfin soigné ma blessure, je me relevai et me remis à courir. Toutefois, une ombre apparut soudainement au-dessus de ma tête, m’enveloppant une nouvelle fois. Le pantin ensorcelé derrière moi m’avait déjà rattrapé… Euh, quand j’ai lancé le Bouclier de Lumière sur tout le monde, ai-je oublié d’également le lancer sur moi afin de me protéger ?

Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me rappeler d’autre chose que de la magie et des sorts de soin, lorsque la situation est à ce point désespérée… Ecilan ! Tu as osé m’appeler Sun ! Si je suis vraiment le Chevalier du Soleil, pourquoi est-ce que je ne parviens toujours pas à me souvenir de techniques de chevalier, alors que je fais face à une mort certaine ?

« Grisia ! » hurla Iacchi, paniqué.

Je protégeai ma tête de mes mains, prêt à accueillir soit une douleur vive soit les ténèbres éternelles.

Clang !

Ecilan accourut vers moi sans perdre en vitesse, alors même qu’il se penchait pour ramasser sa Stalactite Divine. Il para l’attaque avec précision, sauvant ainsi ma vie inutile.

Tout en maniant son épée et en affrontant le pantin ensorcelé, il me dicta : « Lance sur moi ta magie de soutien ! »

J’eus une seconde de stupéfaction avant de le bénir promptement avec Bouclier de Lumière. Au moment de lancer les Ailes de Dieu, j’hésitai sur le moment. Je ne sais pas quelle quantité de l’élément du vent je devrais utiliser…

« Sun, le sort des Ailes de Dieu ! »

Ecilan me pressa d’une voix forte tout en attirant les quatre pantins ensorcelés en même temps. Cela permit à Woodrow et aux autres d’arrêter de se battre et de reprendre leur souffle. Comme le nombre de pantins ensorcelés avait augmenté, la situation d’Ecilan commençait à être de plus en plus critique au fur et à mesure que les secondes s’écoulaient.

Tant pis ! Je vais le bénir. S’il tombe, dans ce cas… je pourrai toujours le guérir avec mon sort de Soin !

« Ailes de Dieu ! » J’utilisai la même quantité de l’élément du vent que la toute première fois où j’avais jeté ce sort. C’était la quantité qui avait accordé à Iacchi la vitesse lui permettant de traverser les murs. C’était vraiment un pari risqué. Ce serait terrible si Ecilan tombait, parce qu’il bougeait trop vite ; cependant, je ne pouvais pas m’empêcher de vouloir tenter le coup. Il doit bien exister quelqu’un capable de supporter ce genre de vitesse, sinon je n’aurais pas utilisé une si grande quantité de l’élément du vent avec autant de naturel, n’est-ce pas ?

« C’est trop rapide ! » Iacchi poussa un hurlement strident. « Grisia, tu t’es trompé sur la quantité ! »

Je ne répondis pas à sa remarque et regardai simplement Ecilan qui ne trébucha absolument pas. Au contraire, il était aussi rapide que le vent. Une fois qu’il eut mené les quatre pantins ensorcelés au même endroit, il se mit à leur régler leur compte.

À cet instant, qu’il s’agît de Woodrow, Iacchi ou Igor, tout le monde se tint à mes côtés et fixa Ecilan avec vénération. Je commençais enfin à comprendre pourquoi tout le monde admirait autant les Douze Chevaliers Sacrés.

Même moi, qui ne comprenais rien au maniement de l’épée, je pouvais dire, d’après la posture générale d’Ecilan, qu’il était très fort et vraiment très habile avec cette arme.

La Stalactite Divine d’un blanc argenté devint une courbe leste et épurée entre ses mains, ses déplacements si fluides que personne n’aurait pu trouver autre chose que de la beauté dans les lignes laissées dans son sillage. En y ajoutant les mouvements agiles et fougueux d’Ecilan, son combat était aussi beau qu’une danse… J’eus même l’impression qu’il ne pouvait y avoir meilleure musique d’accompagnement que les éclats métalliques nés de la collision de la Stalactite Divine et des pantins ensorcelés.

En revanche, aucun de ces détails n’était la source de notre admiration. Le point principal était qu’il se battait à un contre quatre, et pourtant il avait manifestement le dessus. En moins de dix minutes, les pantins ensorcelés furent cloués au sol, roués de coups. 

Une fois qu’ils ressemblèrent à des jouets cassés et qu’ils furent incapables de localiser leurs ennemis, réduits à un état où ils ne pouvaient qu’attaquer dans tous les sens en restant coincés au même endroit, Ecilan effectua un bond en arrière. Il se servit alors de plusieurs gigantesques stalactites pour annihiler les pantins enchantés, qui ne pouvaient rien esquiver, et les réduire en pièces détachées.

Devant ce spectacle, je poussai un profond soupir et déclarai : « T-tu es aussi rapide que le vent. »

« Le vent ? »

Ecilan rengaina son épée sans se presser et secoua la tête. « Je ne suis pas si rapide. C’est Storm qui est aussi rapide que le vent. »

« Storm ? » Je clignai des yeux.

Cette fois, je n’eus pas besoin de poser la question. Ecilan se mit à m’expliquer sans que je l’y encourage : « Ceo Storm, l’un des Douze Chevaliers Sacrés. Il est aussi ton très compétent assistant. Toute ta part de travail est accomplie par lui et ton vice-capitaine. »

« … Mais, dans ce cas, qu’est-ce que je fais ? »

Ecilan eut un instant de réflexion avant de répondre : « Tu fais la même chose qu’en ce moment. »

« Ce que je fais en ce moment ? » Perplexe, je dis : « Je ne fais rien de spécial en ce moment… Attends ! Où est-ce que tu vas ? Tu es notre otage… »

Ecilan avait fait volte-face et ne s’éloignait ni vivement ni lentement.

« En es-tu sûr ? » m’interrompit Iacchi d’un ton moqueur. « Quelqu’un qui n’est pas enchaîné, qui manie une épée divine, et dont les capacités sont amplifiées par de la magie de soutien, est-il vraiment un otage ? »

Je restai sans voix.

Avec la mine sombre, Igor s’exclama : « Il y a un instant, nous ne pouvions rien contre ces monstres de métal à un contre un, mais il les a vaincus à lui tout seul ! »

Woodrow marmonna : « Peut-être devrions-nous nous considérer comme les otages à présent. »

Je déglutis, plutôt d’accord avec les propos de Woodrow. Mais, je ne peux pas laisser Ecilan partir comme ça ! S’il s’en va, que va-t-il advenir de mon plan ?

Je courus vivement après lui. Quand je l’approchai, il maintint son allure. Je le questionnai nerveusement : « Hé, hé ! Est-ce que tu prévois de t’échapper ? »

Derrière moi, Iacchi dit à voix basse : « Je pense plutôt que c’est nous qui devrions nous enfuir… »

 « Non ! » répondit Ecilan simplement et clairement.

Je poussai un soupir de soulagement, même si j’étais confus. Je l’interrogeai encore : « Dans ce cas… tu en as assez d’être ligoté, donc tu as décidé de te promener, et tu remonteras sur le dos de la licorne plus tard ? »

« Non ! »

Je m’arrêtai, frustré, et criai : « Dans ce cas, que comptes-tu faire maintenant ? Crache le morceau ! Ce n’est pas comme si nous pouvions te vaincre, alors si tu veux nous tuer ou nous défigurer, il n’en tient qu’à toi ! »

En entendant cela, il s’arrêta enfin et se tourna pour me répondre : « N’as-tu pas dit que tu cherchais quelque chose ? Je vais t’aider à le trouver. Une fois que ce sera fait, tu rentreras avec moi. »

Mon esprit se figea momentanément après avoir entendu sa réponse, avant de se remettre à calculer la situation. Qui sait sur quoi l’on va tomber la prochaine fois ? Si nous avons l’aide d’Ecilan, nous serons assurément capables de surmonter les problèmes avec facilité. Cela ne peut que nous être bénéfique sans aucun désavantage… Mais, en fin de compte, devrais-je vraiment retourner au Temple Sacré avec lui ?

Je me mis à sourire. Quel mal y a-t-il à faire une promesse ? Dans tous les cas, ma culture générale me dit que, dans ce monde, il existe le concept de « ne pas honorer sa parole ».  

« D’accord ! »

Ecilan approuva.

Woodrow et les autres se précipitèrent vers nous. En m’entendant accepter la proposition d’Ecilan, leurs visages perdirent toute trace de tension. Il était évident qu’ils étaient plutôt contents de pouvoir travailler pacifiquement avec le Chevalier de Glace.

Je me souvins tout à coup d’une question qui m’était venue plus tôt. Je m’enquis avec curiosité : « Oh, c’est vrai. À propos de ce que tu as dit tout à l’heure, qu’étais-je en train de faire à ce moment-là ? »

« Courir frénétiquement dans tous les sens », répondit Ecilan sans même tourner la tête.

Avec la présence d’Ecilan, le voyage qui s’ensuivit fut en effet aisé et plaisant. C’était comme si nous suivions un parcours touristique et que notre seule responsabilité était de pousser des cris d’alarme chaque fois que nous apercevions des bêtes sauvages démoniaques. Ecilan se précipitait alors à leur rencontre et d’un « swoosh » les envoyait valdinguer à l’horizon.

« Ouah ! Celui-là a volé si loin, je ne le vois même plus ! Peut-être qu’il a atterri directement à l’entrée de la vallée », s’étonna Iacchi tout en faisant claquer sa langue de surprise.

« Es-tu pressé ? » demandai-je, d’un air ahuri. « Pourquoi es-tu aussi cruel envers les animaux ? »

Parce qu’il était lui aussi un animal, Blanchâtre s’était depuis longtemps caché derrière moi, redoutant d’être accidentellement pris pour une bête démoniaque et de se faire envoyer valser au loin d’un seul coup d’épée.

Tandis qu’Ecilan repoussait une étrange créature qui avait la tête d’une vache, le corps d’un humain et les jambes d’un cheval, il se contenta de répondre : « Oui. »

« Pourquoi es-tu si pressé ? »

« Je veux me dépêcher de rejoindre Blaze. » Ecilan fit une pause avant de jeter un coup d’œil aux autres. Même si son expression trahissait son hésitation, il continua toutefois d’expliquer : « Blaze sait que la personne qu’il a blessée c’est toi. Il doit se sentir terriblement coupable. Je dois te ramener auprès de lui pour le rassurer. »

En entendant sa réponse, je restai stupéfait. Avec entêtement, je répliquai : « Mais, il a affirmé qu’il n’y avait aucune chance que je sois le Chevalier du Soleil ! »

Ecilan déclara sans la moindre hésitation : « Il doit y avoir un malentendu. »

…Très bien ! Je l’admets. Il a hurlé que je ne pouvais pas être le Chevalier du Soleil avant d’avoir vu mon visage. Et, après l’avoir aperçu, il n’a eu le temps de ne dire que le mot « tu ». Il est possible que, après le « tu », il voulait dire quelque chose comme « tu es le Chevalier du Soleil » !

Cependant… si Ecilan n’essaie pas de me piéger, alors ça veut dire que c’est Scarlet qui me ment ? Je n’ai toujours aucune idée de qui me manipule. Ma confusion ne fait qu’augmenter. Mais, demander de l’aide à Ecilan ne me sert à rien. Il ne dira jamais qu’il est celui qui me ment.  

Je le questionnai avec perplexité : « Je pensais que Blaze et toi vous ne vous entendiez pas ? »

Ecilan me dévisagea. Cette fois, ce fut à son tour de rester perplexe. « Non. »

« Alors, vous vous entendez vraiment bien ? » C’était complètement en dehors de mes attentes. Ecilan n’a-t-il pas l’intention de saisir l’opportunité de la dernière fois pour prendre sa revanche ?

« Pas particulièrement bien. »

« Oh ? » Un peu curieux, je lui demandai : « Dans ce cas, avec lequel des Douze Chevaliers Sacrés t’entends-tu le mieux ? »

Ecilan réfléchit sérieusement à la question avant de me répondre : « Toi. »

« Moi ? » Je me désignai du doigt. Ecilan acquiesça d’un signe de tête, confirmant ses paroles.

À ce moment précis, les trois personnes qui avaient tendu l’oreille pour épier notre conversation écarquillèrent les yeux les uns après les autres et protestèrent vigoureusement : « Comment est-ce possible ? Tout le monde sait que le Chevalier de Glace est l’un des subordonnés du Chevalier du Jugement et qu’il est complètement en froid avec la faction du Chevalier du Soleil ! »

J’avais également entendu Sybil parler du fait que le Chevalier du Soleil est la personne la plus bienveillante au monde, tandis que le Chevalier du Jugement est cruel et sans cœur. Donc, ils sont incompatibles. J’adressai un regard plein de suspicion à Ecilan, le questionnant davantage : « Pourquoi s’entend-on si bien ? »

Ecilan répondit par réflexe : « Parce que tu aimes manger des sucreries. »

Mais… ces deux déclarations, « j’aime manger des sucreries » et « je m’entends bien avec toi », n’ont aucune connexion l’une avec l’autre, non ?

Je jetai un coup d’œil aux autres pour observer leurs expressions faciales. Comme je m’y attendais, eux aussi étaient troublés. Je ne suis pas le seul à ne pas comprendre ce qu’il vient de dire.

« J’aime manger des sucreries, et… » Quel lien y a-t-il avec le fait que nous nous entendions bien ?

Avant que j’eusse pu finir ma phrase, Ecilan hocha immédiatement la tête et prit la parole : « C’est exact, tout particulièrement les desserts à la myrtille, et il faut qu’ils soient très sucrés. Au début, ça m’a compliqué la tâche, parce que tes desserts doivent toujours être extrêmement sucrés. Personne ne partage ce même goût, alors je devais toujours préparer ta part séparément. En revanche, il y a le Chevalier des Enfers qui aime que le goût des aliments soit très relevé et qui m’a dit que ça ne le dérangeait pas de manger des desserts à la myrtille. Maintenant, je peux préparer vos parts ensemble, ce qui me facilite beaucoup plus la tâche… Ah ! »

Il avait probablement remarqué nos expressions décontenancées. Son long monologue sur les desserts s’arrêta abruptement, et il me fixa avec une pointe de désespoir dans le regard.

Percevant son désespoir, Woodrow et les autres furent encore plus surpris. La bouche d’Igor s’ouvrit même en grand, et on aurait dit que sa mâchoire allait tomber.

Je n’étais pas aussi surpris à vrai dire. Je savais déjà depuis longtemps que, tant qu’il n’y avait personne dans les alentours, Ecilan se transformait en personne bavarde. Il s’était simplement transformé en personne qui, « même s’il y avait des gens aux alentours », continuerait de jacasser.

Ecilan semblait ignorer comment réagir. Il alla se cacher derrière mon dos, tout son corps pratiquement dissimulé par le mien. Voyant cela, je haussai les épaules et dis aux autres : « Très bien ! Il suffit ! Qu’il soit bavard ou silencieux n’a aucune importance. Cessez de rendre les choses difficiles pour lui. Prétendez n’avoir rien entendu ! »

Woodrow et la compagnie firent preuve de tact. Même si c’était un peu difficile, ils tentèrent du mieux qu’ils le pouvaient de faire disparaître leurs expressions stupéfaites, se contentant de jeter des regards à Ecilan du coin des yeux. De son côté, Ecilan avait depuis longtemps baissé la tête, n’osant même pas nous regarder.

« Alors, comme ça, même le froid Chevalier de Glace peut rougir ? » rit Iacchi en silence.

« Ne ramène pas le sujet sur le tapis, à cause de toi son visage rougit encore plus », le réprimanda immédiatement Woodrow à voix basse.

Il rougit ? Je tentai de l’examiner de plus près, mais Ecilan venait de baisser la tête encore plus… Ah… Je ne peux pas distinguer les couleurs ! Mince ! Je n’avais encore jamais autant désiré voir une « couleur » qu’à ce moment-ci.

Ice est en train de rougir ! Si je racontais ça à Judgment, il se contenterait de sourire et refuserait complètement de me croire… Je me figeai.

Sun, Ice m’a donné un sac de bonbons au miel. Je n’aime pas les sucreries. Tu peux l’avoir !

Si tu n’as pas l’intention de les manger, alors ne les accepte pas !

Si je ne les accepte pas, il sera contrarié…

Tout le monde s’arrêta net. Ils posèrent tous leurs regards sur moi avec confusion, l’un après l’autre. Je me tournai vers Ecilan pour lui demander : « Le Chevalier du Jugement n’aime pas les sucreries, n’est-ce pas ? »

Ecilan redressa la tête. Il s’empressa de m’interroger : « Sun, tu as retrouvé la mémoire ? »

« Non, c’est juste… » J’hésitai. La conversation qui était soudainement apparue dans mon esprit me semblait extrêmement familière, mais, en fin de compte, je répondis quand même : « Non, c’est juste que j’ai deviné au hasard. »

« Tu es donc toujours amnésique ? » Ecilan semblait déçu, mais il endura tout de même sa déception et expliqua : « Le Capitaine-Chevalier du Jugement n’aime en effet pas les sucreries, mais, quand je lui en amène, il en mange toujours au moins quelques bouchées devant moi. »

« On dirait que c’est quelqu’un de bien. » Je regardai Woodrow et les autres avec quelques doutes. N’ont-ils pas affirmé que le Chevalier du Jugement est cruel et sans cœur ?

Cependant, leurs expressions étaient encore plus perdues que la mienne. On dirait que la majorité des informations qu’ils avaient sur les Douze Chevaliers Sacrés n’étaient pas fiables.

Je soupirai avant de m’arrêter devant la paroi d’une montagne. Tapant dessus, je commandai : « Ecilan, brise-moi ce mur ! »

« Pourquoi briser un mur ? »

Les mots venaient à peine de quitter la bouche d’Iacchi qu’Ecilan avait déjà agi selon mes instructions. Il rassembla une large quantité de l’élément de glace, fabriqua une stalactite, puis s’éloigna lentement du mur. Sans la moindre hésitation, il lança la stalactite contre la paroi montagneuse, l’envoyant s’écraser contre elle.

Le formidable retentissement de la collision nous força à nous couvrir les oreilles. Les débris de l’impact engendrèrent un large nuage de poussière, nous obligeant à reculer. Iacchi protesta bruyamment : « Grisia, aurais-tu perdu la raison ? Pourquoi as-tu demandé au Chevalier de Glace de briser ce mur sans aucun avertissement… ? »

« Parce que ce que je cherche se trouve derrière. »

Les débris tombaient toujours. L’air était rempli de l’élément de la terre. Je devinais que Woodrow et les autres ne pouvaient probablement rien voir en ce moment, mais, moi, j’apercevais clairement la chose au fond. Elle était composée de tellement de l’élément de l’eau que même la plus épaisse des parois montagneuses ne pouvait m’empêcher de la « voir ». Il semblerait que ce fût la raison pour laquelle cette vallée était une zone dépourvue de l’élément des ténèbres, imprégnée à la place de l’élément de l’eau.

« Qu’est-ce que c’est ? » Ecilan fut le premier à poser la question.

Je n’eus pas le temps de répondre, car Igor s’était déjà bruyamment exclamé : « WOW ! Il y a une immense caverne à l’intérieur ! »

« Une gemme ! » hurla soudainement Iacchi avec un cri terriblement perçant.

C’est… une gemme ? Je ne pouvais voir qu’un amoncellement d’un très puissant élément de l’eau à un emplacement précis. Comme l’élément de l’eau était si dense, je ne parvenais pas à sentir une forme en particulier. Ainsi, il s’agit réellement d’une gemme.

Cette gemme est en fait remplie d’un élément de l’eau d’une puissance fantastique. Je n’avais encore jamais senti une telle pureté dans l’homogénéité des éléments. Elle n’est composée que d’un seul type d’élément, sans aucune impureté… C’est inconcevablement magnifique !

C’était la toute première fois que je sentais que quelque chose était vraiment « beau ». Je ne pus me retenir d’entrer dans la grotte, voulant m’en approcher.

Ecilan fronça les sourcils et m’avertit : « Sun, ne va pas à l’intérieur. J’ai l’impression que quelque chose cloche avec cet endroit… »

Je tournai la tête vers lui et rétorquai : « Ne m’appelle pas Sun ! Je suis Grisia. Et aussi, si je ne vais pas à l’intérieur, comment vais-je récupérer mon bien ? »

Ecilan cligna des paupières avant de me contempler avec solennité. Puis, il proposa un compromis. « Très bien, Grisia, va récupérer ta gemme. Après, tu viens avec moi retrouver Blaze. »

Je trébuchai à l’entrée de la cave, l’élément de l’eau étant trop dense pour que je parvienne à sentir la forme du sol. Je dus renforcer ma capacité de perception avant de pouvoir marcher sans tomber. Ensuite, plus je m’approchais de la gemme, plus elle me semblait familière. Une gemme possédant un élément de l’eau aussi puissant… j’avais déjà été en contact avec celle-ci auparavant.

Grave Avertissement : NE VENDS PAS LA GEMME ! Je viendrai te retrouver quand j’en aurai besoin. Si elle est perdue, tu es mort.

Cette gemme est bel et bien à moi… Je vais enfin pouvoir la récupérer !

Je marchai jusqu’à la plateforme en pierre sur laquelle était posée la gemme et tendis la main pour l’attraper sans la moindre hésitation. Hormis la sensation d’humidité lorsque ma main la toucha, je ressentis également un grand sentiment de soulagement dans mon cœur. Finalement, je ne serai pas obligé de mourir !

« Sun ! Dépêche-toi de sortir de là ! »

À cet instant, Ecilan cria soudainement : « Sous tes pieds… ! »

Sous mes pieds… Je n’avais pas besoin de baisser le regard pour découvrir qu’un cercle complexe était apparu sous mes pieds. Il était dessiné avec de l’élément de l’eau, et la source semblait être la gemme que je tenais.

Hahaha, tu as enfin mis la main sur l’Éternelle Tranquillité !

Lorsque j’entendis cette voix, je fis une brève pause avant de demander lentement : « Scarlet… Qu’as-tu fait ? »

Scarlet rit, ses éclats de rire semblables aux tintements de clochettes d’argent résonnant en échos dans toute la caverne.

Ecilan se précipita dans la grotte.

Même si j’avais l’impression que quelque chose n’allait pas, je ne lâchai pas ce qui se trouvait dans ma main… l’Éternelle Tranquillité.

« Une fois que tu as eu récupéré l’Éternelle Tranquillité, le cercle magique sur le sol s’est activé. Combiné avec l’Éternelle Tranquillité, le cercle magique scellera tout l’élément des ténèbres présent dans la Vallée de Trizer à l’intérieur de ton corps. Par la suite… tu ne seras plus le Chevalier du Soleil ! »

Je ne le serai plus ?

Donc, ça signifie que je suis le Chevalier du Soleil ?

« Sun ! »

Pourquoi… le cri d’Ecilan semble-t-il provenir de si loin ?

Invincible Partie 4 : Nous Sommes Invicibles

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 4: We Are Unbeatable – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 4 : Nous Sommes Invincibles – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

Alors qu’ils étaient encore à l’extérieur de la ville, Aldrizzt arrêta soudainement de marcher. Il enfila d’abord son manteau et descendit la capuche jusqu’à son menton. Ensuite, il mit des gants. Après qu’il se fût emmitouflé de la tête aux pieds, il demanda à Neo avec un peu d’inquiétude : « De quoi ai-je l’air ? »

Puisque je me suis enveloppé comme ça, personne ne devrait pouvoir dire que je suis un elfe noir, n’est-ce pas ?

Neo l’examina attentivement et commenta ensuite : « Je pense que… »

Que penses-tu ? Aldrizzt attendit l’opinion de Neo nerveusement.

« Je pense que tu as l’air extrêmement louche. »

« … » Aldrizzt resta silencieux pendant un instant. Il lâcha sèchement, mécontent : « Ça va sans dire ! Je veux savoir si tu peux dire que je suis un elfe noir au premier regard ! »

Neo leva un sourcil et dit négligemment : « Qu’est-ce que ça peut bien faire si tu es reconnu ? »

Aldrizzt secoua la tête et fit remarquer : « Si les humains découvrent que je suis un elfe noir, ils vont définitivement nous chasser hors de la ville. Nous ne pouvons plus aller chasser dans la forêt. Dans ce cas, si nous ne pouvons pas non plus aller en ville pour acheter à manger, ne risquons-nous pas de mourir de faim ? »

Neo fronça les sourcils et cessa de protester contre le déguisement d’Aldrizzt.

Ensuite, ils pénétrèrent dans la cité. Neo n’était pas très intéressé par cette petite ville, mais Aldrizzt ne pouvait s’empêcher de regarder partout. Bien qu’il fût à la surface depuis quelque temps, il n’était jamais entré dans une cité auparavant. Maintenant qu’il était dans une ville, c’était évident qu’il allait être fasciné.

Étonnamment, cette petite ville près de la forêt était très vivante. Néanmoins, de nombreuses personnes portaient l’équipement des aventuriers et transportaient même des bagages. Puisqu’ils ne paraissaient pas être du coin, il s’agissait très fort probablement d’aventuriers en voyage.

Aussi, parce que les voyageurs étaient très variés, personne ne vint leur chercher des ennuis, malgré l’attirail d’Aldrizzt qui attirait pas mal de regards soupçonneux. Aldrizzt poussa un grand soupir de soulagement, il n’avait plus peur d’entrer en contact avec des humains.

Neo marcha avec confiance jusqu’à un bâtiment en briques avec un panneau « Guilde des Aventuriers du Continent » suspendu sur la porte. C’était également un endroit qu’Aldrizzt n’avait jamais vu auparavant. Il n’y avait pas foule à l’intérieur, puisqu’il y avait seulement un peu plus de dix personnes. Ils se tenaient face aux murs de chaque côté, par groupes de deux ou de trois, tous en train de consulter les annonces placardées aux murs.

Est-ce qu’il pourrait s’agir de la Guilde des Aventuriers dont on parle dans les livres ? Curieux, Aldrizzt demanda à son compagnon : « Es-tu déjà venu ici par le passé ? La route te semblait très familière. »

Neo pointa le toit et dit : « La Guilde des Aventuriers dresse toujours un drapeau sur son toit. S’il s’était agi d’une cité plus grande, je n’aurais peut-être pas été en mesure d’apercevoir ce drapeau. Mais, cette ville n’est pas très grande, alors je l’ai remarqué au moment même où nous sommes arrivés. »

Une fois qu’ils eurent fini de parler, il entra dans le bâtiment de la guilde. Aldrizzt le suivit précipitamment.

Quand ils furent à l’intérieur, Neo suggéra : « Tu devrais d’abord aller vérifier s’il n’y a pas une mission que nous pourrions prendre. Je vais enregistrer notre équipe et m’occuper de quelques menus problèmes. »

Aldrizzt acquiesça. Il marcha alors jusqu’au mur et observa les annonces avec curiosité.

Neo s’avança seul jusqu’au comptoir de la réception. Il commença par enregistrer le nom de leur équipe et se prépara à envoyer un message à la Cité du Bourgeon. C’était l’une des choses que Chasel lui avait dit qu’il devait faire quoiqu’il arrive. Quand l’un des Douze Chevaliers Sacrés voyageait, il devait impérativement envoyer au moins un message à la Cité du Bourgeon tous les mois.

Quoique, Neo avait l’étrange impression que cette règle avait principalement été créée pour son bien, puisque, parmi sa génération des Douze Chevaliers Sacrés, la majorité d’entre eux restait à la Cité du Bourgeon ou était rentrée dans leur ville d’origine. À part lui, personne d’autre ne semblait voyager.

Est-il vraiment nécessaire de s’inquiéter autant à mon sujet ? Vous voyez, je suis parti à l’aventure depuis un long moment maintenant. Ne suis-je pas encore en vie et bien-portant ? Qu’ont-ils tous à s’inquiéter pour rien ? Soupir !

Néanmoins, il était forcé de docilement effectuer ces choses triviales comme on le lui avait ordonné. Bien que Chasel ne l’effrayât pas le moins du monde, il serait pénible que ce dernier vînt à s’énerver réellement, particulièrement puisque tout le monde semblait avoir accepté de tout cœur quand celui-ci avait suggéré cette règle. S’il n’obéissait pas, il y avait un risque pour que onze personnes vinssent chercher les ennuis pour le récupérer.

Il obtint un crayon et du papier auprès des employés de la Guilde et commença à rédiger ce que Chasel lui avait demandé d’écrire : sa localisation, ses compagnons, ce qu’il allait faire ensuite…

Concernant son compagnon, Neo hésita un peu avant d’écrire qu’Aldrizzt était un elfe noir. Par la suite, il mentionna brièvement qu’ils étaient pourchassés par ses semblables. Évidemment, il le mentionna juste en passant et précisa même qu’il s’agissait là d’un problème bénin qu’il aurait tôt fait de résoudre.

En ce qui avait trait à sa localisation, il écrivit : « Je ne sais pas. » Pour ce qu’il allait faire ensuite, il inscrivit négligemment : « Explorer les alentours. » Il prévoyait d’écrire la même chose dans le futur.

Quand il eut fini d’écrire, Neo passa le message à l’employé de la Guilde, qui lui sourit et lui dit automatiquement : « Le coût total pour envoyer votre message et enregistrer votre équipe est de trente-cinq ducats d’argent. »

Neo fouilla dans ses poches et parvint à en extirper un ducat d’or et plus de dix ducats d’argent pour payer la facture.

« Ahhh ! »

Entendant subitement un cri, Neo se retourna par réflexe. Quelqu’un regardait Aldrizzt avec horreur. Quand Aldrizzt fit un pas pour se rapprocher de lui, cette personne recula hâtivement de plusieurs pas et chancela même, tombant presque au sol.

Voyant cela, Aldrizzt semblait ignorer quoi faire. Il tira même inconsciemment sa capuche plus bas sur son visage.

Au même moment, les personnes autour semblaient trouver que quelque chose clochait. L’un après l’autre, ils observèrent Aldrizzt avec prudence.

La personne terrifiée fixa Aldrizzt et bégaya : « N-Noir… »

« Aldrizzt ! Allons-y. Je suis totalement mort de faim, alors allons chercher quelque chose à manger », le héla Neo. Il marcha jusqu’à Aldrizzt, attrapa le bras de son compagnon en un mouvement, et tira dessus sans sembler se préoccuper des gens qu’ils laissaient derrière.

« Il a vu mon visage », déclara Aldrizzt avec anxiété après avoir été tiré hors de la Guilde.

« Et alors ? » répliqua Neo, pas du tout inquiet. « Tu n’as rien fait dont tu doives avoir honte. Tu n’es peut-être pas aussi beau que moi, mais ton physique est quand même passable, bien qu’un peu noir. »

« Si je n’étais pas noir, je serais simplement un elfe ! » aboya Aldrizzt. Il continua nerveusement. « Quand même, il a découvert que je suis un elfe noir. J’ai peur que… »

Neo se tourna vivement vers lui, attrapa les épaules d’Aldrizzt et dit avec sérieux : « Aldrizzt, tu veux vivre à la surface et partir à l’aventure avec moi. Pensais-tu réellement que personne ne découvrirait que tu es un elfe noir ? »

« Je sais que c’est impossible, mais nous sommes actuellement poursuivis par mon peuple. Nous avons aussi été chassés de la forêt par les elfes… »

Neo l’interrompit impatiemment en affirmant : « Ne sois pas aussi râleur ! Il y a seulement cinquante elfes noirs à nos trousses. Si le pire venait à arriver, nous n’aurions qu’à les combattre. »

Aldrizzt secoua la tête. Il croyait que Neo ne connaissait pas non plus ce que représentaient « cinquante elfes noirs ». Non seulement chaque membre de sa race était doué au combat, mais ils étaient également des experts dans les embuscades et l’utilisation d’armes cachées. Pour résumer, bien que Neo ait été le Chevalier du Soleil, il serait absolument impossible pour deux personnes de vaincre cinquante elfes noirs !

Neo regarda autour de lui. Même si cette ville n’était pas très grande, il y avait un certain nombre d’auberges. Cela avait assurément un lien avec tous les aventuriers présents. Il ne put s’empêcher de marmonner : « Y a-t-il un bon endroit pour partir à l’aventure ? Pourquoi y a-t-il autant d’aventuriers ici ? »

« C’est juste derrière toi ! » répondit Aldrizzt. « Cette grande forêt est définitivement un bon endroit pour partir à l’aventure. »

« Vraiment ? » dit Neo avec suspicion. « Comment se fait-il que je n’aie pas le sentiment qu’il y a quoi que ce soit d’assez dangereux pour y mériter une aventure ? »

Aldrizzt soupira et expliqua : « Ce n’est pas dangereux uniquement parce que c’est toi et moi qui y étions. Je suis un elfe noir qui a plus d’une centaine d’années, et tu es le Chevalier du Soleil. Évidemment que nous ne pensons pas que c’est dangereux ! Je crains qu’il n’y ait pas beaucoup d’aventures dans ce monde que nous ne puissions gérer. »

« Oh, vraiment ? Ne sommes-nous pas pourchassés par cinquante elfes noirs en ce moment ? » rétorqua simplement Neo, tandis qu’il considérait l’auberge la plus luxueuse d’un regard et avançait vers elle sans hésitation.

Au moment où Aldrizzt aperçut cette auberge propre et ordonnée avec un mobilier plutôt somptueux, il se sentit en situation précaire. Il murmura rapidement : « Neo, as-tu de l’argent ? »

« Oui. » Neo ne mentait pas ; même après avoir payé la Guilde, il devait encore avoir soixante-dix ou quatre-vingts ducats d’argent.

Quand Aldrizzt entendit la réponse de Neo, il se calma. Bien qu’il n’eût jamais vu où Neo gardait son argent, si Neo disait qu’il en avait, alors c’était probablement le cas.

Au moment où ils entrèrent dans l’auberge, quelqu’un vint immédiatement à leur rencontre. Neo ordonna très naturellement : « Préparez une chambre pour deux, mais, d’abord, servez-nous à manger et de l’alcool. Je veux du vin d’au moins dix ans d’âge, de la soupe en entrée, la spécialité de votre chef comme plat principal — mais, il doit y avoir de la viande — et des fruits locaux pour les essayer. »

Pendant que Neo commandait la nourriture, Aldrizzt contempla l’intérieur de l’auberge. Il y avait peu de clients, mais la plupart d’entre eux ressemblaient à des marchands plutôt qu’à des aventuriers. Il semblerait que les aventuriers ne restassent pas souvent dans des auberges de haute classe. Les marchands ne paraissent pas s’intéresser à l’Aldrizzt momifié, mais ils étaient extrêmement intrigués par Neo, dont les actions étaient très raffinées. Aldrizzt en soupira de soulagement.

Après qu’ils se fussent assis, Aldrizzt observa Neo avant de soupirer à nouveau et de déclarer : « Si tu ne m’avais pas dit que tu étais un chevalier sacré, j’aurais pensé que tu étais un prince. Tu agis vraiment comme un aristocrate, et un de rang extrêmement élevé en plus. »

« Oh. » Neo haussa les épaules et expliqua : « J’entretenais une bonne relation avec la famille royale et je me rendais souvent au palais. Par conséquent, j’ai toujours voyagé avec le prince et la princesse. »

Ce qu’il ne disait pas, par contre, était que, chaque fois qu’ils voyageaient, les gens pensaient qu’il était le prince et traitaient le vrai prince comme son assistant.

« Assez parlé, mangeons ! Il est impoli de parler et de manger en même temps. »

Tu n’étais pas aussi exigeant quand nous étions dans la forêt, donc pourquoi parler soudainement de bonnes manières quand nous allons à l’auberge ? Aldrizzt était soupçonneux, mais il ne répondit pas et se contenta de manger en silence.

Durant les quelques jours suivants, sous le prétexte d’aller à la Guilde pour vérifier s’il y avait des missions adaptées qu’ils pourraient prendre, Neo passa toute la journée à se promener, jusqu’à ce qu’il eût exploré toute la cité. Aldrizzt, quant à lui, n’osa pas sortir, car il avait peur que des gens découvrent qu’il était un elfe noir.

Bien que Neo l’eût réprimandé, Neo ne pouvait rien faire pour améliorer la situation d’Aldrizzt, et il aurait été étrange de le traîner jusqu’à l’extérieur. En fin de compte, Neo laissa Aldrizzt faire ce qu’il voulait et, à la place, passa ses journées à se faire plaisir en visitant la Guilde des Aventuriers, des tavernes et en se promenant en ville.

 

 

« Neo ! Neo ! » cria Aldrizzt avec panique.

Neo grogna, s’étira paresseusement et s’assit sur le lit. Il demanda paresseusement : « Qu’y a-t-il ? J’ai trop dormi ? » Neo était plutôt surpris, puisqu’il se réveillait d’habitude à une heure fixe.

« Non, c’est le milieu de la nuit. »

« Dans ce cas, pourquoi m’as-tu réveillé ? » Mécontent, Neo ouvrit les yeux, seulement pour remarquer qu’Aldrizzt arborait une expression extrêmement horrifiée. Il resta bouche bée pendant un moment avant de demander : « Que se passe-t-il ? »

Aldrizzt, qui se tenait près de la fenêtre, tourna la tête vers Neo. Quand il vit que Neo était enfin réveillé, il pointa du doigt l’extérieur par la fenêtre et dit d’une voix tremblante : « Regarde… »

Neo se leva nonchalamment et regarda par la fenêtre. Il aperçut immédiatement de nombreuses torches qui brillaient vivement, et les gens qui les tenaient avaient même encerclé l’extérieur de l’auberge. À la lumière des torches, Neo pouvait voir que ces personnes étaient armées jusqu’aux dents avec des expressions tendues, mais emplies d’intention meurtrière.

Puisqu’Aldrizzt et lui n’avaient rien fait de mal en ville, la seule chose qui aurait pu provoquer une telle situation était le fait qu’Aldrizzt était un elfe noir.

Surpris, Neo émit plusieurs « tsk ». Il lâcha : « Les habitants de cette ville savent comment garder un secret. Je me suis baladé dehors ces derniers jours, mais je n’ai jamais senti d’animosité émaner de qui que ce soit. Serait-ce parce que ce sont tous des aventuriers ? »

Peut-être est-ce parce que tu es trop obtus ? pensa Aldrizzt silencieusement. Néanmoins, il n’était pas en état de se disputer avec son compagnon dans ce genre de situation. Inquiet, il demanda : « Neo, que devrait-on faire maintenant ? »

Neo répondit à la question d’Aldrizzt par un haussement de sourcil. Il n’avait pas d’idée bien définie en tête et songea plutôt, Je suis déjà pourchassé par des elfes noirs et des elfes, est-ce que les humains vont également rejoindre la mêlée ? Mon aventure est réellement devenue dangereuse et excitante !

Parce qu’il ne recevait pas de réponse de la part de Neo après avoir attendu un certain temps, Aldrizzt se tourna pour observer les humains rassemblés. Dans son cœur, il avait déjà pris sa décision. Il décréta simplement : « Neo, tu dois partir. »

Neo répondit naturellement de manière inattendue : « Évidemment que je pars ! Est-ce que tu insinues que je devrais rester et laisser des gens m’abattre ? »

En entendant cela, Aldrizzt sourit amèrement en son for intérieur. Neo était toujours tellement franc. Il ne s’était même pas donné la peine de décorer ses mots en disant des choses telles que « Il ne pouvait réellement pas supporter de laisser son compagnon derrière lui, mais il ne pouvait pas non plus s’opposer à sa propre race, donc il n’avait pas d’autre choix ».

Neo a vraiment dit qu’il allait partir avec une si grande franchise… Bien qu’il eût beaucoup de plaintes à formuler, Aldrizzt n’en exprima aucune à voix haute. Il murmura seulement : « Dans ce cas, au revoir. »

« Tu as fini de faire tes adieux ? »

« Oui. »

« Alors, on y va ! »

Hein ? Avant qu’Aldrizzt pût réagir, Neo l’avait déjà attrapé par la taille avec un bras, l’avait pris sur son épaule, s’était appuyé contre le rebord de la fenêtre avec l’autre, s’était penché à l’extérieur et avait sauté sur le toit. En cherchant désespérément dans les alentours un autre toit sur lequel il pouvait sauter, Neo râla auprès de son compagnon : « As-tu déjà appris le Sort de Vol ? Si oui, on pourrait s’enfuir en volant ! »

« Je ne peux pas l’apprendre aussi vite. Le Sort de Vol n’est pas facile à apprendre, et je ne suis pas très familier avec l’élément du vent », grommela Aldrizzt. Mais, il se rappela immédiatement quelque chose de plus important : « Neo, n’allais-tu pas partir ? »

« Évidemment », répliqua Neo, comme si la réponse était évidente. « Je suis déjà encerclé. Si je ne pars pas, cela ne revient-il pas à demander à être transformé en viande hachée ? »

Je voulais dire : ne vas-tu pas partir seul et laisser derrière toi un compagnon aussi problématique ? Toutefois, en voyant les actions de Neo à ce moment-là, ça ne semblait pas du tout être le cas. Aldrizzt sentit soudain que la conversation entre son compagnon et lui-même avait été comparable à celle entre une poule et un canard.

Neo traversa plusieurs toits. Il baissa le regard et se rendit compte que la foule en bas le suivait. Quelques-uns le copiaient même et étaient grimpés sur les toits. Néanmoins, ces personnes étaient probablement des voleurs agiles et d’autres classes similaires, donc même s’ils étaient grimpés sur les toits, ils n’osaient pas l’approcher trop rapidement. Au lieu de cela, ils gardaient leurs distances et calaient leur vitesse sur celle de Neo et d’Aldrizzt, en criant continuellement et en rapportant leur position aux personnes en bas : « L’elfe noir est là ! »

« Ne les laissez pas partir ! »

« Après eux ! »

Hormis le bruit des poursuivants de Neo et d’Aldrizzt, le reste de la ville était aussi silencieux qu’une cité fantôme. Dans le même temps, il n’y avait pas de lumière dans les rues, ce qui rendait leur poursuite d’autant plus facile. Tant qu’une personne trouvait le duo, tout ce qu’il avait à faire était de crier pour attirer une poignée d’hommes.

Ont-ils évacué les habitants en premier ? Ils se sont vraiment bien préparés ! D’un côté, Aldrizzt ne savait pas s’il devait applaudir la prévoyance des humains ou soupirer devant son destin inéluctable d’être capturé. Quoi qu’il arrivât, la seule chose dont il pouvait être sûr était qu’il était en effet un poids. S’il n’était pas entré dans la ville, alors ces habitants n’auraient pas été obligés d’être évacués pendant la nuit.

D’un autre côté, Neo commençait sérieusement à s’énerver, car il était incapable de semer ses poursuivants.

Ces elfes noirs qui attaquaient dès le moment où ils s’approchaient, il pouvait les tuer sans hésitation, mais dans ce cas-ci ils étaient tous humains. À l’exception des aventuriers, il y avait des personnes qui semblaient être des citoyens ordinaires parmi eux, donc il était réticent à les attaquer négligemment.

Après y avoir réfléchi, Neo put seulement dire, irrité : « Commençons par nous cacher dans la forêt. La plupart des gens ne peuvent pas nous y suivre. »

« Mais, les elfes nous ont interdit d’entrer dans la forêt », lui rappela Aldrizzt, sous le choc.

« Ignore-les. Dans tous les cas, les elfes ne sont pas aussi vicieux que les humains. Je ne crois pas qu’ils nous tueront si nous ne résistons pas ! Les humains, en revanche, se feront un plaisir de nous attacher à un bûcher et de nous brûler vif si nous ne leur résistons pas. »

En entendant cela, Aldrizzt resta muet. Est-ce que Neo sait qu’il est aussi un humain ?

Une fois que Neo eût pris sa décision, il ne se préoccupa plus de savoir si Aldrizzt était d’accord ou non. Il courut sur-le-champ jusqu’à la frontière de la petite ville. Puisque la ville n’avait pas de grandes portes, Neo balança un coup de pied dans la palissade et annonça qu’il quittait la ville.

Aldrizzt regarda derrière eux et son cœur sombra. Il révéla : « Ils nous suivent toujours. »

Neo émit un « mm » et accéléra sa foulée, tandis qu’il courrait vers la forêt. Quand il fut à environ cent mètres de la lisière, il s’arrêta net.

Perplexe, Aldrizzt demanda : « Neo ? »

Neo ne répondit pas, mais il n’en avait pas besoin. Aldrizzt avait déjà vu la raison pour laquelle Neo s’était arrêté de courir.

Une ligne entière d’elfes se tenait à la lisière de la forêt, avec leurs arcs prêts et une flèche encochée, comme s’ils attendaient qu’ils fassent tous les deux un pas de plus… Aldrizzt se retourna uniquement pour voir que le groupe d’humains les avait déjà rattrapés. Bien qu’ils eurent l’air d’avoir peur de s’approcher maintenant, une fois que plus d’humains se seraient rassemblés, ils les attaqueraient sans aucun doute.

Des humains devant eux et des elfes dans la forêt derrière eux…

Neo fronça les sourcils en voyant les elfes et se retourna pour regarder les humains. Il sentait que la situation actuelle devenait plutôt délicate. Qu’ils puissent gagner ou non était une chose, mais le plus gros problème était de savoir si oui ou non ils devaient attaquer. Les humains en face de lui étaient principalement des habitants effrayés et des aventuriers engagés, tandis que les elfes dans la forêt étaient connus pour faire partie d’une race bienveillante. Donc, à moins qu’il n’y fût contraint, il ne souhaitait ni les tuer ni les blesser.

Cependant, au vu de la situation actuelle, s’il ne les blessait pas, ils allaient probablement les blesser tous les deux…

« Pose-moi, Neo. » Aldrizzt descendit du dos de Neo et déclara calmement : « Neo, pars ! Nous nous sommes juste rencontrés par chance et ne sommes même pas des amis proches… »

« Alors, tu n’aurais pas dû m’aider à laver mes vêtements, à cuisiner, à faire les lits, et à chasser ! » Furieux, Neo lui coupa la parole et affirma à voix basse : « Tu t’es montré si généreux envers moi, si je te tournais le dos et partais maintenant, ne deviendrais-je pas un être méprisable, sans honte et ingrat ? À présent, tu devrais te taire et porter plus attention aux membres de ta propre race. As-tu remarqué qu’ils se cachaient dans les buissons des deux côtés ? »

Aldrizzt hocha la tête. Évidemment qu’il les avait remarqués. Il avait demandé à Neo de partir parce qu’il avait découvert que, en plus des humains et des elfes, les gens de son peuple se cachaient dans les buissons de tous les côtés, rendant leurs chances de fuite nulles.

Neo observa les elfes qui maintenaient leurs arcs levés, pensant qu’il n’y avait probablement pas beaucoup de place pour la négociation avec eux. Donc, il n’eut pas d’autre choix que de se tourner et de faire face aux humains. Aux humains qui semblaient prêts à les charger et à attaquer à tout moment, il affirma : « Je suis le précédent Chevalier du Soleil, Neo du Soleil. Au nom des Douze Chevaliers Sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière, je vous jure que cet elfe noir a déjà abandonné les ténèbres et a choisi de suivre la voie de la lumière… »

Avant qu’il eût même pu terminer de parler, la foule humaine avait déjà commencé à hurler furieusement.

« Ordure ! Comment pourrais-tu être le Chevalier du Soleil ? »

« Le Chevalier du Soleil n’aiderait jamais un elfe noir ! »

« C’est un elfe noir qui ne cessera jamais de faire le mal. En aidant un elfe noir, tu as trahi tous ceux de ton espèce ! »

« Les traîtres doivent mourir… TUEZ-LE ! »

Au moment où quelqu’un prononça les mots « tuez-le », la foule humaine s’éveilla et se mit à crier au meurtre et à la tuerie. Quelques-uns brandirent même leurs armes avec des yeux injectés de sang.

« Vous voulez me tuer, moi, le traître aux humains, c’est ça ? » Neo était si livide qu’il rit à la place. « Vous devriez connaître votre place ! Même si vous êtes assez nombreux, je n’ai pas une haute opinion de gens comme vous. Si vous n’étiez pas humains, je vous aurais déjà tous tués d’un coup d’épée il y a longtemps ! »

Après avoir dit cela, il dégaina réellement son épée. Des rayons de lune cruels se reflétèrent sur la lame…

« Arrête ! »

Aldrizzt enlaça Neo qui fulminait et s’écria : « Tu ne peux pas faire ça ! Neo, tu ne peux pas les blesser, c’est ton peuple ! »

Outré, Neo rugit : « Lâche-moi, je dois massacrer ces idiots qui ne savent pas ce qui est bon pour eux ! Ils ne peuvent même pas te vaincre, et ils osent dire qu’ils veulent me tuer ? Me tuer, moi, Neo du Soleil ? Laisse-moi les tuer et nous ouvrir la voie ! »

« Non ! Tu ne dois pas être imprudent ! » Aldrizzt s’accrocha à lui aussi fermement que possible. Il ne laisserait jamais Neo tuer des humains.

Non seulement les humains n’étaient pas effrayés de voir Neo sortir son épée, ils levèrent même leurs propres armes plus haut et commencèrent à le condamner haut et fort. Le contenu de leurs insultes était si horrible que même Aldrizzt ne pouvait supporter de les entendre, encore moins Neo.

Par conséquent, Aldrizzt serra Neo encore plus fort pour l’empêcher de charger et de tuer des gens.

Néanmoins, Neo n’avait plus l’intention de briser l’étreinte d’Aldrizzt. Il resta silencieux un moment. Puis, sans aucun avertissement, il relâcha un croissant d’aura de combat avec un balancement de sa lame, visant calmement et judicieusement devant les humains.

Voyant cela, Aldrizzt poussa un grand soupir de soulagement. Il avait cru que Neo trancherait directement en deux les gens qui l’avaient insulté.

À cet instant-là, la scène devint complètement immobile et silencieuse, à l’exception du nuage de poussières qui traversaient le ciel en s’élevant de la profonde tranchée horizontale creusée dans le sol. Quelques personnes qui ressemblaient à des citoyens en furent tellement terrifiées que leurs jambes devinrent aussi molles que de la gelée, ce qui les fit tomber au sol. Cependant, il y avait aussi les aventuriers expérimentés qui crièrent immédiatement : « Vous tous, n’ayez crainte ! De l’aide arrive, et ils sont seulement deux. De plus, les elfes dans la forêt vont nous aider. »

La présence des elfes avec leurs longs arcs semblait redonner du courage aux humains. Là aussi, ils ne savaient pas que les elfes ne feraient pas un mouvement tant que Neo et Aldrizzt n’entreraient pas dans la forêt.

Les elfes… Aldrizzt comprit finalement ce qu’il devait faire ! Il lâcha Neo, se retourna et courut vers la forêt… Pendant un moment, Neo en fut surpris. Il se tourna alors instantanément, le rattrapa précipitamment et agrippa le bras du mage sans aucun effort.

Par la suite, Neo fixa froidement Aldrizzt du regard. Se sentant coupable après avoir été fixé par les yeux sévères de celui-ci, Aldrizzt détourna le regard.

Comme il toisait Aldrizzt, Neo déclara avec une confiance absolue : « Tu pensais mettre fin à tout ça en courant vers la forêt et en laissant les elfes tirer sur toi jusqu’à ce que tu meures, n’est-ce pas ? »

Bien qu’il eût posé une question, il n’avait pas besoin de recevoir une réponse. Le corps d’Aldrizzt qui se raidissait soudainement lui suffit.

Neo renifla froidement avant de réprimander son compagnon : « N’y songe même pas. Moi, Neo du Soleil, je n’ai jamais laissé un compagnon mourir sous mes yeux ! Laisse-moi te dire, je ne laisserai aucun de ceux-là — cela inclut humains, elfes et elfes noirs — te tuer ! »

Sous le coup de la panique, Aldrizzt répliqua immédiatement : « Tu ne peux pas possiblement tous les tuer, et je ne te laisserai jamais faire une chose pareille. »

Neo promit simplement : « Je vais faire de mon mieux pour ne pas les tuer. Ce n’est pas si difficile. »

« Même si tu ne veux pas les tuer, les gens de mon peuple se cachent de ce côté. Ils ne vont sûrement pas rester là à regarder. Quand le moment arrivera, peut-être que toi, moi, les humains, et même ces elfes vont mourir de leurs mains ! »

Aldrizzt le supplia sincèrement : « S’il-te-plaît, Neo ! Même si tu ne me laisses pas entrer dans la forêt, laisse au moins mon peuple me ramener ! Ils ne me tueront peut-être pas, puisque nous sommes de la même race… » Pendant qu’il parlait, sa voix devint de plus en plus faible, car il ne pouvait même pas se convaincre lui-même de ses paroles.

Neo renifla avec dédain. Il ne croyait pas du tout que les elfes noirs laisseraient partir Aldrizzt. Il était possible qu’ils ne le tuassent pas immédiatement, mais ce serait uniquement parce qu’ils voudraient d’abord le torturer cruellement !

« Neo… » Quand Aldrizzt aperçut l’expression de Neo, il comprit immédiatement que Neo n’avait aucune intention de faire comme il avait dit.

Neo annonça sur un ton glacial : « Nous allons d’abord nous occuper des humains, et ensuite de ces elfes noirs. À présent, commence à préparer des sorts magiques pour m’aider, ou mets-toi sur le côté sagement ! »

Naturellement, Aldrizzt ne pouvait pas laisser Neo se battre seul. La seule chose qu’il pouvait faire était de réfléchir à quel sort magique minimiserait le plus les dégâts.

Tant qu’il avait son épée en main, Neo était paré pour la bataille. En même temps, les humains commençaient aussi à s’enflammer. Désormais, la bataille pouvait commencer à tout moment…

« Vous tous, cessez cette folie. »

Dans le silence, un simple ordre demandant aux gens de s’arrêter résonna. Le ton était très plat, mais il était aussi tellement imposant que personne ne pouvait l’ignorer.

Un certain nombre de personnes tournèrent la tête. Seulement alors, ils remarquèrent des gens formant une ligne en se tenant derrière eux. Ils n’étaient pas nombreux, juste onze. Les armures de ces chevaliers étaient toutes d’une couleur différente, et les armes qu’ils tenaient étaient également différentes — il y avait des épées, un arc, et même un grand bouclier —, mais ils avaient tous une chose en commun : un maintien solennel qui était si intense que personne ne pouvait détourner les yeux.

Qu’il s’agît de leurs armes ou de leurs vêtements, ces personnes ne semblaient pas être des aventuriers ordinaires. Ils se tenaient simplement là de manière détendue, mais ils relâchaient quand même une aura qui faisait sentir qu’ils ne devaient pas être sous-estimés. Ceci faisait comprendre à toutes les personnes que ces chevaliers n’étaient pas à prendre à la légère.

À la tête du groupe, une personne à l’allure très sombre se tenait au milieu de ces hommes en armures et les dirigeait. Non seulement ses cheveux et ses yeux étaient noirs, mais même les vêtements qu’il portait étaient totalement noirs. Tout son corps émettait une aura intimidante, particulièrement ses yeux dont le regard était aussi aiguisé que des lames de rasoir, ce qui faisait sentir aux personnes qu’ils regardaient qu’elles étaient interrogées.

Ce chef guida les autres à travers la foule humaine. Partout sur leur passage, les humains se poussaient pour leur ouvrir la voie… Finalement, ils se tinrent entre les humains et le duo.

D’un côté, Aldrizzt était réellement déconcerté. Il n’arrivait pas à comprendre pourquoi autant de personnes étaient apparues si soudainement et leva sa garde, car ils paraissaient très forts.

D’un autre côté, le regard de Neo se mit à se promener. Neo regardait tout — le ciel, le sol, l’herbe, et les elfes — à l’exception de ces onze personnes, et plus particulièrement ce chef vêtu de noir.

Le chef jeta un regard à Neo, puis se tourna pour faire face à la foule. Il décréta simplement : « Nous sommes les Douze Chevaliers Sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière. Je suis le Chevalier du Jugement. Maintenant, est-ce que quelqu’un pourrait me dire pourquoi vous encerclez notre Chevalier du Soleil ? »

Le Chevalier du Soleil ? Au début, tout le monde fut confus, mais ils se rappelèrent immédiatement ce que « tout le continent savait » à propos du Chevalier du Soleil : des cheveux dorés, des yeux bleus et une prestance belle et gracieuse.

À part les elfes, une seule personne correspondait à cette description, et c’était précisément celle qui se tenait aux côtés de l’elfe noir.

À ce stade, Aldrizzt fixa Neo avec une totale stupéfaction. Embarrassé et incapable de continuer à prétendre qu’il ne connaissait pas ces personnes, ce dernier demanda : « Chasel, tout le monde… Pourquoi êtes-vous là ? »

Au moment où le groupe de chevaliers sacrés entendit sa question, ils se retournèrent tous et levèrent les yeux au ciel à l’intention de leur Chevalier du Soleil. Après tout, la seule raison qui les avait poussés à venir était pour lui porter secours. Sinon, serait-ce possible pour ces onze personnes de passer par hasard tous ensemble à ce moment précis ?

« Les Douze Chevaliers Sacrés ? » La foule commença à s’agiter.

« Pourrait-il s’agir d’imposteurs ? »

« Non, ce sont les vrais ! » Quelqu’un les reconnut et s’écria : « Je suis déjà allé à la Cité du Bourgeon auparavant. Ce sont les véritables Douze Chevaliers Sacrés ! »

« Les Douze Chevaliers Sacrés sont apparus dans cette petite ville ! Oh mon Dieu de la Lumière ! »

« Mais, l’elfe noir… »

Le silence tomba dans la foule.

Chasel du Jugement attendit jusqu’à ce que tout le monde eût arrêté de s’agiter avant d’expliquer : « Inspiré par le Dieu de la Lumière, cet elfe noir a abandonné le mal et a embrassé la bonté. Bien que je trouve une telle action suspicieuse et que je pense que tous les criminels devraient subir un procès, le Chevalier du Soleil est déterminé à l’accepter avec un esprit ouvert et bienveillant. Aussi, pour le laisser expérimenter davantage la bienveillance du Dieu de la Lumière, tout comme pour sentir davantage l’amour du Dieu de la Lumière envers le monde, le Chevalier du Soleil l’a laissé voyager avec lui afin de lui prêcher les principes du Dieu de la Lumière. »

« Je vois. » Comme s’ils comprenaient subitement, tout le monde commença à louer : « Le Chevalier du Soleil est vraiment quelqu’un de bienveillant ! Il accepte même de pardonner à un elfe noir. »

C’était la première fois que Neo réalisait à quel point Chasel était doué pour raconter des absurdités !

Aldrizzt regarda Neo avec 10 000 % de suspicion, tout en pensant, Neo a même songé à tuer des humains pour résoudre son problème ! En quoi est-il bienveillant ?

À ce stade, la plupart des humains avaient posé leurs armes. Peu importe à quel point ils étaient braves, ils n’osaient pas user de leurs épées sur les Douze Chevaliers Sacrés.

Neo s’avança jusqu’aux côtés des Douze Chevaliers Sacrés et les salua d’abord d’un bref coup d’œil. Il se retourna ensuite, mais au lieu de faire face aux humains ou à la forêt, il regarda en direction des buissons… Il dit sévèrement : « Écoutez bien, elfes noirs cachés dans l’ombre. La radiance du Dieu de la Lumière brille maintenant sur Aldrizzt. Si jamais vous osez à nouveau le contaminer avec vos ténèbres, l’Église du Dieu de la Lumière ne vous le pardonnera jamais ! »

Quand ils entendirent que des elfes noirs se cachaient à proximité, tous les humains poussèrent un cri de surprise. Un certain nombre d’entre eux commença à s’approcher des Douze Chevaliers Sacrés.

De leur côté, les elfes qui étaient restés silencieux jusqu’à présent s’exclamèrent subitement, légèrement choqués, avant de se mettre à murmurer entre eux. Cette fois, les elfes parvinrent à une décision beaucoup plus rapidement que précédemment. Ils décochèrent des flèches en visant les buissons pour vérifier, et quelques grognements étouffés retentirent.

À présent, les elfes ne visaient plus Neo et Aldrizzt avec leur arc, mais pointaient plutôt leurs armes vers les buissons à la place. Même leurs yeux étaient devenus très aiguisés et alertes.

En comparaison à un elfe noir solitaire, ils haïssaient évidemment beaucoup plus un groupe d’elfes noirs.

« Neo, devons-nous nous battre ? » demanda Chasel.

Neo fronça les sourcils comme il réfléchissait à la question. Il répondit alors : « Non, ces elfes noirs sont en désavantage. Ils ne choisiront pas de riposter. Il n’est pas nécessaire de les chasser et de tous les tuer. »

Chasel acquiesça d’un signe de tête. Il avait lui aussi vu les mouvements dans les buissons, mais ces mouvements s’éloignaient au lieu de se rapprocher. De plus, les elfes ne semblaient pas enclins à les massacrer, à en juger par la manière dont ils avaient envoyé leurs flèches. Leur but paraissait être de repousser les elfes noirs, plutôt que de les tuer.

À ce moment-là, un elfe s’avança. C’était l’elfe femelle nommée Evaclair. Elle ne portait aucune arme ; à la place, elle s’avança vers Neo et décréta : « Je m’excuse pour ma grossièreté, Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière. Puisque même l’Église du Dieu de la Lumière, qui hait les ténèbres au plus haut point, a accepté cet elfe noir, ce dernier a certainement embrassé la lumière. Nous, les elfes, sommes aussi soulagés d’entendre cela. »

Après s’être excusée, Evaclair tourna la tête pour sourire à Aldrizzt. Elle lui dit : « Nous sommes vraiment désolés pour la requête déraisonnable dont nous vous avons gratifié. Je vous prie de ne pas la prendre pas à cœur. Désormais, vous pourrez entrer et quitter la forêt librement. »

Aldrizzt ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit. Son cœur était empli de tant de gratitude qu’il ne pouvait presque pas empêcher ses yeux de déborder de larmes.

Neo tapota l’épaule d’Aldrizzt et rappela aux elfes : « Son nom est Aldrizzt. Rappelez-vous bien son apparence et son nom. Si jamais vous l’attaquez dans le futur, nous vous réclamerons justice, même si vous êtes des elfes ! »

Evaclair hocha la tête et retourna dans la forêt.

Aldrizzt l’observa partir. Dans le même temps, il contempla également les elfes dans la forêt. La plupart lui sourirent quand ils découvrirent qu’il les regardait. Cela le fit se sentir extrêmement ému…

Neo se tourna pour faire face à Chasel. Il haussa un sourcil et demanda : « Est-ce vraiment une bonne idée d’utiliser les noms de l’Église du Dieu de la Lumière et des Douze Chevaliers Sacrés ? N’avons-nous pas déjà pris notre retraite ? »

« Tu t’inquiètes vraiment pour ce genre de détails ? » le taquina Chasel. Après avoir reçu un regard de Neo, il sourit et répondit : « Avant de venir, j’ai envoyé un messager à Grisia avec un message verbal. J’ai expliqué brièvement que tu avais des ennuis, et j’ai aussi ajouté qu’il se pourrait que j’aie à utiliser le nom des Douze Chevaliers Sacrés. Je crois qu’il trouvera une méthode pour garder ce problème secret. Bien que les compétences à l’épée de ton élève soient terribles, sa capacité à régler des problèmes est bien meilleure que la tienne. »

En entendant cela, Neo renifla dédaigneusement. Il répliqua : « Vous devriez vous occuper de vos affaires. Même si vous n’étiez pas venus, j’aurais pu résoudre ce problème seul ! »

« Oui, oui », rétorqua Chasel, à moitié convaincu. Il se tourna pour faire face à l’elfe noir et s’enquit demanda : « Es-tu Aldrizzt ? »

« Oui… » Aldrizzt sursauta sur le coup de l’émotion.

D’une part, comparé à Neo, qui avait précédemment été à la tête du Temple Sacré, Aldrizzt était beaucoup plus effrayé par le précédent Chevalier du Jugement. Après tout, Aldrizzt fréquentait Neo depuis quelque temps maintenant. C’était tout simplement impossible d’être effrayé par quelqu’un qui ne savait rien faire à part manier l’épée.

D’autre part, Chasel semblait très strict. De plus, le Chevalier du Jugement n’était pas connu pour sa gentillesse.

Chasel toisa Aldrizzt. Avec une trace de sourire, il confia : « Hormis posséder une belle apparence et des capacités à l’épée exceptionnelles, Neo est inutile. Par conséquent, je vais devoir te confier la responsabilité de te charger de tout le reste. »

« Hé, hé ! Qu’entends-tu par-là, Chasel ? » protesta Neo.

Aldrizzt sourit. Comme il regardait la foule qui se dispersait et les elfes amicaux, il dit avec gratitude : « Je n’aurais jamais imaginé que ce conflit puisse se résoudre ainsi. Il n’a pas été nécessaire d’employer la violence, et aucun innocent n’a été blessé dans le processus. »

« Évidemment », dit Chasel, confiant. « Nous sommes les Douze Chevaliers Sacrés, et notre parole est plus convaincante que la violence. Est-ce que tu comprends enfin, Neo ? »

Neo se contenta de renifler avec froideur. Alors qu’il rengainait son épée, il répliqua : « Je pensais que j’allais enfin pouvoir me battre tout mon saoul ! Vous n’êtes vraiment que des fouineurs. »

« Du début à la fin, as-tu déjà frappé le premier ? » demanda Chasel, un peu abasourdi.

« Non », répondit Neo en secouant la tête.

« C’est en effet vraiment surprenant ! Je pensais que tu démarrerais un massacre pour résoudre tous tes problèmes ! » Après avoir dit cela, Chasel remarqua l’expression pleine de doutes d’Aldrizzt. Il sourit et s’enquit : « Croyais-tu que Neo ne pouvait pas vaincre cinquante elfes noirs ? C’est quelqu’un qui, à lui tout seul, a attaqué plus de cent-cinquante bandits armés, ce qui incluait des archers et des mages. En fin de compte, il les a tous exterminés… Néanmoins, à ce moment-là, il avait encore la faveur du Dieu de la Lumière. Ce n’est plus le cas. »

Aldrizzt se figea sous le choc. Un homme seul contre plus de cent-cinquante bandits armés ?

« Même sans la faveur du Dieu de la Lumière, je suis toujours aussi fort ! » souligna instantanément Neo.

À cet instant-là, un chevalier avec une série de couteaux pendue à sa taille éclata de rire et rétorqua : « Tu es peut-être toujours aussi fort qu’avant, mais tu n’es plus impossible à tuer ! Neo, à ce moment-là, n’as-tu pas été blessé plus de dix fois et presque tué ? »

« Huit blessures ! Combien de fois dois-je me répéter, Metal ? J’ai seulement reçu huit blessures. De plus, j’ai marché jusqu’au Temple Sacré par mes propres moyens, donc je n’ai pas vraiment failli être tué ! » Neo tourna la tête et commença à se disputer sans fin avec Métal.

D’un ton moqueur, le Chevalier du Métal dit : « Oh ? Je me rappelle que quelqu’un s’était évanoui sur l’escalier du Temple Sacré et ne parvenait plus à se lever. Leaf, le Chevalier Sacré le plus sympa d’entre nous, a même dû te porter jusque dans le Temple Sacré. »

« Si tu n’avais rien dit, j’aurais tout oublié… » Neo tourna la tête pour faire face à un autre chevalier qui portait un arc. Il s’exclama avec colère : « Leaf! Cette fois-là, tu as saisi l’opportunité pour me frapper plusieurs fois ! Tu as totalement ignoré le fait que j’étais sérieusement blessé ! »

Le Chevalier de la Forêt, qui portait son arc sur son dos, fit immédiatement glisser son arme entre ses mains et encocha une flèche avant de répondre : « Ah bon ? N’étais-tu pas censé n’avoir que des blessures mineures ? Serais-tu en train d’admettre que tu étais sérieusement blessé à ce moment-là ? »

« Bien sûr que non… »

Avec une courte hésitation, Aldrizzt déclara : « Plus de cent-cinquante bandits armés… S’il est si fort, alors nous aurions réellement pu tuer cinquante elfes noirs à nous deux. Néanmoins, quand nous étions pourchassés, Neo n’a jamais pris l’initiative pour attaquer. »

Chasel sourit simplement et devina : « Je suppose que c’était probablement parce qu’il ne voulait pas massacrer ton peuple sous tes yeux ? Le tempérament de Neo a toujours été mauvais, et il résout tout avec son épée. C’est seulement quand il a atteint l’âge de quarante ans qu’il a commencé à contrôler un peu son sale caractère, soupir… »

« Neo a dit qu’il avait seulement trente ans », l’interrompit Aldrizzt, sans expression.

Chasel fit une pause avant de murmurer : « Ne lui dis pas que j’ai exposé son mensonge. Il déteste par-dessus tout qu’on lui rappelle qu’il est vieux. »

En entendant cela, Aldrizzt décida de confirmer quelques-unes de ses hypothèses concernant Neo. Il l’interrogea : « Et il est très vaniteux ? »

« Exactement », acquiesça immédiatement Chasel.

« Il va au-delà de ses limites pour maintenir son image ? »

« Personne n’est meilleur que lui pour ça. Il a même élevé un apprenti qui se dépasse tout autant. »

« Il préfèrerait mourir plutôt que d’admettre qu’il s’est trompé ? »

« C’est plus difficile de lui faire admettre qu’il s’est trompé que de le tuer ! » Extrêmement satisfait, Chasel hocha la tête et dit : « Aldrizzt, il semblerait que tu le comprennes très bien. Dans ce cas, dans le futur, je vais devoir te charger du lourd fardeau appelé Neo. »

« Puis-je refuser ? » s’enquit Aldrizzt, son visage n’arborant aucune expression.

« Tu peux. Mais, si tu refuses, l’Église du Dieu de la Lumière ne te protégera pas. Donc, si tu veux marcher librement à la surface, tu devras prendre soin de lui. »

« Est-ce une menace ? » Bien qu’il eût dit cela, Aldrizzt avait un sourire sur le visage. Le Chevalier du Jugement ne l’effrayait plus.

Chasel dit chaleureusement : « Ne te méprends pas, le Dieu de la Lumière n’emploierait jamais une méthode aussi vile que la menace… »

Aldrizzt considéra Chasel avec une grande méfiance.

« …mais, l’Église du Dieu de la Lumière le fera. »

 

 

Bien que cela ne fît pas très longtemps depuis que les Douze Chevaliers sacrés eussent pris leur retraite et fussent partis sur leurs chemins respectifs, dans le passé, ils avaient rarement été séparés pendant une aussi longue période de temps. Donc, une fois que la situation fut résolue, ils retournèrent tous à la taverne et eurent une soirée arrosée… mais, la seule personne qui ne pouvait pas boire était Neo lui-même.

C’était parce que « tout le continent savait » que le Chevalier du Soleil ne supportait pas l’alcool ! Dans une taverne où il était entouré par des citoyens curieux, Neo ne pouvait définitivement pas se permettre de boire de l’alcool.

Alors qu’il voyait tous les autres vider une bouteille après l’autre, Neo perdit presque contenance. En rugissant le mot « DEHORS ! », il chassa tout le monde de la taverne et traîna Aldrizzt jusqu’au comptoir pour payer l’addition, planifiant de courir jusqu’à une ville où personne ne savait qu’il était le Chevalier du Soleil pour boire autant qu’il le souhaitait.

« Trois ducats d’or ? »

Au moment où il entendit le montant de l’addition, Neo se figea. Il se retourna pour… OH NON ! Ils étaient tous réellement partis, il ne pouvait donc pas leur demander de l’argent. « Je vois… Euh ! Je pense qu’il est encore tôt, et le soleil ne s’est pas encore levé, donc je suppose que je vais attendre que le soleil se lève avant de partir. »

Après avoir entendu la réponse de Neo, le tenancier resta stupéfait. Souriant largement, il dit : « C-C’est… Vous avez l’argent pour payer l’addition, n’est-ce pas ? »

À ce moment-là, sans compter le tenancier, même Aldrizzt fixa Neo avec 10 000 % de suspicion. Neo dévoila immédiatement le sourire commercial du Chevalier du Soleil et dit poliment : « Hmm? Qu’avez-vous dit ? Mes plus sincères excuses, moi, Neo du Soleil, je ne vous ai pas entendu clairement. »

Le tenancier se figea un moment. Seulement alors, il se rappela que la personne en face de lui n’était pas un citoyen ordinaire, mais plutôt le Chevalier du Soleil ! Juste le fait de se rappeler qu’il venait d’insinuer que « le Chevalier du Soleil voulait partir sans payer » lui donna des sueurs froides. Pensant qu’il n’était jamais trop tard pour réparer ses erreurs, il se reprit : « Je voulais dire, voulez-vous manger quelque chose avant de retourner dans votre chambre ? »

« Je ne serais pas contre », dit Neo avec élégance et naturel. « Dans ce cas, servez-nous à manger, je vous prie ! »

 

 

Après qu’ils eussent mangé de tout leur content, ils retournèrent dans la chambre. Aldrizzt planifiait de rattraper un peu le sommeil en retard, quand il remarqua que Neo commençait à empaqueter ses vêtements. Avant qu’Aldrizzt ne comprît la situation, Neo avait déjà fini de faire ses paquets. Neo se retourna et annonça : « Allons-y, Aldrizzt ! »

« Quoi ? » Aldrizzt eut le regard perdu dans le vide pendant un moment avant de répondre, confus : « Le soleil ne s’est même pas encore levé, où veux-tu aller ? »

Neo resta silencieux un instant avant de répondre : « …Dans la forêt, pour inviter Evaclair à rejoindre notre équipe ? »

Aldrizzt fut surpris quand il entendit les paroles de Neo. Il se demanda : Pourquoi n’a-t-il pas invité Evaclair quand nous étions dans la forêt tout à l’heure ? Pourquoi le faire maintenant, au milieu de la nuit ? Et pourquoi la réponse de Neo ressemble-t-elle à une question, et pas à une affirmation ?

« Vite, vite ! » insista Neo. « Si nous ne les rattrapons pas vite, les elfes vont être trop loin ! »

Aldrizzt plissa les yeux et dit d’un ton dangereux : « Neo ? »

« Hmm? Y a-t-il un problème ? » Neo employa l’ultime technique du Chevalier du Soleil : le sourire rayonnant. Néanmoins, cela n’avait absolument aucun effet sur Aldrizzt qui connaissait bien la personnalité de Neo. Les yeux d’Aldrizzt se plissèrent à nouveau, tandis qu’il devenait mille fois plus soupçonneux qu’auparavant.

Neo n’eut pas d’autre choix que d’arrêter de sourire et de répondre honnêtement : « J’ai seulement soixante-dix ducats d’argent. »

« …Neo, séparons-nous, d’accord ? »

« Nous séparer ? Tu viens juste de promettre à Chasel de veiller sur moi ! Et avec toi parti, qui va m’aider à laver mes vêtements, à chasser, à cuisiner, et à faire le lit ? »

« Chasel ? »

« Ne raconte pas d’âneries, sa cuisine est si mauvaise que même les globs s’enfuiraient. »

« Tu veux parler de ta cuisine, non ? »

Comme ils sortaient par la fenêtre, ils n’oublièrent pas de se disputer. Ils s’enfuirent toujours plus loin…

Le jour suivant, une aventure épique pour des aventuriers légendaires démarra quand le tenancier hurla de désespoir : « AHHH ! Le Chevalier du Soleil s’est enfui sans payer ! »

Leur histoire commença officiellement ici.

 

— FIN —

La Légende du Chevalier du Soleil T4C7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 7: Choose Your Companions for Slaying a Dragon – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

Comme je reprenais graduellement connaissance, je songeai à ouvrir les yeux, mais m’arrêtai net.

Pourquoi devrais-je ouvrir les yeux ? Je suis aveugle, je n’ai aucune raison de les ouvrir physiquement.

Les images dans ma tête devinrent plus nettes… Cependant, elles cessèrent tout à coup de devenir plus claires. Ma vue était toujours très floue, pas du tout comme elle était censée être auparavant.

J’ouvris les yeux en pensant qu’ils pourraient en fait servir à quelque chose, mais, même après m’être exécuté, les images autour de moi demeuraient toujours aussi floues et inchangées.

Je restai étonné, légèrement confus quant à pourquoi cela se produisait, jusqu’à ce que je me rendisse compte que l’élément des ténèbres autour de moi interférait avec ma capacité à sentir les autres éléments, provoquant le manque de netteté des images dans ma tête.

Ça n’a absolument rien à voir avec le fait d’ouvrir les yeux !

J’arrachai un morceau de tissu de mon vêtement et me mis à l’enrouler autour de ma tête pour couvrir mes yeux.

Après, je me levai et rugis à l’intention de ce qui se dissimulait dans les alentours : « Scarlet, où es-tu ? Cesse de te cacher. Je ne te fais pas confiance, je ne fais pas confiance à Ecilan, et je ne fais pas confiance à Sybil. Je ne fais confiance à personne ! »

« C’est très bien ! »

Cette fois, je ne fus pas pris au dépourvu. Je pensai à me retourner lentement et à faire face à la fillette derrière moi, mais m’arrêtai encore une fois. Le mouvement aurait été aussi inutile que d’ouvrir les yeux.

Je l’avais déjà « vue », donc je n’avais pas besoin de lui faire face. Elle avait l’air exactement comme avant, une petite fille, quoique à présent je doutasse fortement qu’elle en fût réellement une.

« Tu deviens de plus en plus comme tu aurais dû l’être. As-tu commencé à retrouver la mémoire ? » s’enquit Scarlet en se moquant.

Je tressaillis et me retournai par réflexe, en lâchant : « De quoi parles-tu ? »

« Ah ! Il semblerait que ce ne soit pas encore tout à fait le cas. » Scarlet, par contre, sourit et me questionna : « En vérité, tu n’as pas vraiment besoin de te retourner pour me voir, n’est-ce pas ? »

En entendant cela, ma fureur regrimpa, et je ne pus me retenir de hurler : « Ne change pas de sujet ! Scarlet, que diable entends-tu par-là ? Cesse de jouer aux devinettes avec moi, et ne disparais plus ! »

« Je n’y peux rien. Ils ont détruit mon corps, et maintenant je n’ai plus de forme, alors j’ai dû attendre un très long moment avant de pouvoir réapparaître devant toi ! »

Quoi ? Stupéfait, je lui demandai avec confusion : « Qui sont ces “ils” ? »

« Qui autre ? » Scarlet rit sous cape. « Qui autre que les personnes qui viennent tout juste d’essayer de te mentir ? »

« Le Chevalier de Flamme ? » m’étonnai-je. Puis, je restai silencieux pendant un instant avant de répondre avec une totale confiance : « Non, tu veux parler de l’Église du Dieu de la Lumière, n’est-ce pas ? »

« Bingo ! » Scarlet acquiesça d’un signe de tête, satisfaite, et ajouta avec un sourire : « Toutefois, pour être plus exacte, c’est du Chevalier du Soleil dont il s’agit. »

Le Chevalier du Soleil essaie de me duper ? J’hésitai, et pourtant je ne parvins pas à me retenir de la contredire : « Mais, Ecilan a dit que c’est moi le Chevalier du Soleil… »

Scarlet renifla avec dédain et éclata de rire. Le tintement de son rire résonna comme une clochette en argent pendant un bon bout de temps, jusqu’à ce qu’elle secouât la tête et répliquât : « Grisia, tu crois vraiment qu’il dit la vérité ? Tu es rempli de l’élément des ténèbres, tu pratiques la nécromancie, tu ne sais pas manier l’épée, et tu es tout sauf un bon cavalier… Même si tu as perdu la mémoire, tu ne peux pas réellement t’imaginer que tu es le Chevalier du Soleil, n’est-ce pas ? Tu ne remplis même pas les plus simples exigences pour être un chevalier ! »

« Je… » Je restai bouche-bée. C’est vrai ! À quoi diable m’attendais-je ?

Scarlet poussa soudainement un cri : « Oh non, je dois de nouveau m’en aller. Grisia, souviens-toi, ne fais confiance à personne. Sers-toi d’eux, mais ne leur fais pas confiance. »

Mon cœur sombra, et je lui demandai sèchement : « Même à toi ? »

« Oui, même à moi. »

Scarlet hocha la tête, puis déclara : « Décide par toi-même si tu veux suivre mes instructions ou non. À présent, je te préviens, tu es déjà arrivé à la destination désirée, soit l’entrée du plus grand territoire des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire : la Vallée de Trizer. L’objet que tu as perdu se trouve dans la partie la plus reculée de la vallée. Va le récupérer. Après, tu connaîtras l’entière vérité. »

La Valley de Trizer… C’était bien l’endroit où je voulais aller. J’avais à l’origine planifié d’attirer le Chevalier de Flamme ici, mais il ne m’aurait jamais traversé l’esprit que l’« objet » que j’avais perdu s’y trouverait également.

Bien que j’eusse intentionnellement suivi les instructions de me diriger vers le Nord-Est, telles que me les avait données Scarlet, je n’aurais jamais imaginé que mon choix serait exact au point de trouver l’endroit dont Scarlet m’avait parlé.

Malgré le fait que j’éprouvasse encore l’envie de poser de nombreuses questions, la silhouette de Scarlet s’estompait déjà. Remarquant cela, je me hâtai de lui demander : « Tu ne viens pas avec moi ? Dans ce cas, au moins, dis-moi, quel est cet objet que j’ai perdu ? »

« Tu le sauras… quand tu le verras, parce qu’il t’appartenait à l’origine. »

Alors que la silhouette de Scarlet se dissipait, sa voix devint de moins en moins distincte, comme si elle s’éloignait au gré du vent…

« Exactement de la même manière que tu savais que cette licorne t’appartenait également. »

Avant de disparaître, elle tendit la main et pointa l’un des coins. J’étendis ma capacité à sentir les éléments jusqu’à l’emplacement désigné et découvris sans surprise que l’endroit précédemment vacant était soudainement occupé par la licorne. Même Ecilan était toujours attaché sur son dos, mais ses yeux demeuraient fermement clos. Il n’avait pas l’air d’avoir repris connaissance.

Même après que la silhouette de Scarlet se fût complètement effacée, je me tins au même endroit avec le regard dans le vague jusqu’à ce que je me souvinsse que j’avais été blessé par une épée. Si je ne me dépêche pas de me soigner, je risque de mourir d’une perte de sang excessive… Hein !?

Où est passée ma blessure ?

Il n’y avait pas la moindre égratignure sur mon torse, ou même la moindre tache de sang. Si ce n’avait pas été dû au fait qu’il y avait une si grande déchirure dans ma chemise, j’aurais peut-être même douté d’avoir réellement été blessé.

Scarlet est-elle celle qui m’a soigné ? Dans ce cas, je ne commettrais pas une erreur en suivant ses instructions, n’est-ce pas ?

Mon esprit était embrouillé. Je n’avais absolument aucune idée de qui me mentait et de qui me disait la vérité, mais au moins, jusqu’à présent, Scarlet ne m’avait jamais fait le moindre mal. Elle m’avait apporté la licorne, m’avait offert Un Guide Complet de Sortilèges, m’avait sauvé des griffes de Chikus du Brazier, et m’avait même guéri ; qui plus est, elle m’avait également ramené la licorne et mon otage.

De ma main, j’attirai l’attention de la licorne qui s’empressa avec joie d’approcher et de me la lécher. Je donnai une claque sur sa tête du dos de ma main.

« Tu aimes tant me lécher, me prendrais-tu donc pour de la nourriture… »

Attendez une minute !

En parlant de se nourrir, que mange une licorne pour se sustenter ? Comment se fait-il que je ne croie pas l’avoir déjà vue manger quoi que ce soit ? Je fixai la licorne avec doute. Elle persistait à rester le plus près possible de ma main, en la léchant continuellement pour montrer son affection.

Elle ne se nourrit pas d’humains, j’espère ?

Quand je rétractai automatiquement ma main, la licorne se mit à hennir de mécontentement. Je la frappai de nouveau sur la tête. Une fois que la licorne eut poussé une plainte avec consternation, elle baissa la tête jusqu’à ce qu’elle touchât presque le sol.

À cette vue, mon cœur s’adoucit. Après tout, elle s’était montrée très docile pendant tout ce temps. La laisser me lécher la main un peu ne posait pas de problème… tant qu’elle n’essayait pas de me manger.

« Mais, bon, tu me lèches tout le temps. Tu ne m’as jamais mordu non plus, alors tu ne manges sans doute pas les humains, n’est-ce pas ? »

Je tendis la main avec hésitation. Le cheval leva instantanément la tête et recommença à me lécher la main. Que diable y a-t-il sur ma main qui soit si bon à lécher ?

Même si elle se nourrissait de « ma sueur », toute ma sueur se serait dissipée au bout de deux coups de langue. Hormis la salive de la bête, il ne restait assurément rien d’autre sur ma main… Une minute !

Ne me dîtes pas que… Je rassemblai avec doute un peu de l’élément sacré sur ma main. Mon corps attire naturellement une petite quantité de lumière sacrée. S’il reste quoi que ce soit sur ma main, il ne peut s’agir que de ça.

Une fois que j’eus terminé de rassembler l’élément, je me mis à observer les mouvements de la licorne. La bête était en fait si excitée qu’elle reniflait et donnait des coups de sabots, ses deux yeux brillant de désir… Pardon ? Je ne peux pas voir les couleurs, alors comment suis-je capable de voir que ses yeux brillent de désir ?

Si un cheval avait ouvert ses yeux encore plus gros que des pêches et que de la salive lui coulait le long du visage, alors je n’avais pas besoin d’être capable de voir les couleurs pour savoir que ses yeux devaient briller encore plus que ma lumière sacrée.

Par la suite, je tendis l’une de mes mains, laissai reposer mon menton sur l’autre, et m’assis par terre, laissant à contrecœur la licorne prendre son « repas ».

« Ainsi, tu me traitais vraiment comme ta nourriture pendant tout ce temps. Pas étonnant que tu aimes me lécher à ce point, petit glouton. »

Bien que je l’eusse traité de glouton, je rassemblai encore plus de l’élément sacré, laissant la licorne me lécher tout son soûl.

Après tout, ce cheval pervers et glouton était mon seul compagnon pour l’instant. Je me forçai à sourire, jetai un regard à la licorne, et marmonnai : « Dis-moi, je devrais vraiment te donner un nom, puisque tu es mon compagnon. »

En entendant cela, la licorne cessa de lécher sa nourriture, leva la tête, et hennit avec urgence.

« Tu veux un nom à ce point ? Très bien, laisse-moi y penser. Comment devrais-je t’appeler ? » Je fronçai les sourcils et commençai à réfléchir.

À ma question, la licorne utilisa sa tête pour me pousser un peu, et elle me mordit gentiment la main. Elle continuait à répéter les actions de me pousser et de me mordre la main.

« Ma main ? » m’enquis-je avec confusion.

Elle secoua la tête vigoureusement, s’arrêta un instant, et se mit à rassembler une quantité massive de lumière sacrée sur son corps à la place.

Comprenant en quelque sorte, je demandai : « La lumière ? »

La licorne fit basculer son long cou de haut en bas avec énergie. Elle se servit ensuite de la corne sur sa tête pour me toucher doucement, et puis continua de répéter la même action.

« Ta corne ? » la questionnai-je avec hésitation.

La licorne hocha la tête vigoureusement. Après avoir acquiescé, elle me fixa du regard avec beaucoup d’anticipation. Ne me questionnez pas non plus sur comment je peux être aveugle et quand même être capable de voir quelque chose comme de l’anticipation.

Si un cheval hennissait continuellement huit octaves plus hautes que la normale, avait des yeux plus gros que des pêches et ne cessait de frotter ses sabots sur le sol en direction de quelqu’un en particulier, seule une personne aveugle, sourde, et qui aurait perdu tout sens du toucher serait incapable de percevoir à quel point celui-ci anticipait ma réponse.

Je me sentis désolé pour Ecilan qui était toujours harnaché sur son dos. Il devait assurément dormir d’un sommeil très précaire.

« Ne fonce pas sur moi. Laisse-moi réfléchir… lumière et corne… Lumière et corne ! »

Une chose me traversa l’esprit, et je m’écriai : « J’ai compris, tu t’appelles… »

La licorne cessa tout mouvement et me fixa de ses grands yeux, n’osant même pas faire de bruit en reniflant.

« Blanchâtre ! »

« … »

C’est la première fois que je vois une licorne s’effondrer.

« La lumière et ta corne ne sont-elles pas toutes les deux blanches ? Elles devraient l’être, non ? Du moins, c’est ce que ma culture générale m’indique. Puisque tu as pointé la lumière et ta corne, et qu’elles sont toutes les deux de couleur blanche, tu dois t’appeler Blanchâtre. Pourquoi diable causes-tu donc tout ce raffut ? »

J’assenai avec mécontentement une claque sur la tête de Blanchâtre et le réprimandai : « Même si tu as désormais un nom, tu n’as pas besoin de sauter partout aussi joyeusement. Continue à faire du bruit et tu n’auras rien à dîner ce soir ! »

Blanchâtre n’osa plus sauter partout, mais émit des gémissements. Cette fois-ci, je ne l’en empêchai pas. Comme l’entrée de la vallée était si étrangement calme, faire un peu de bruit ne posait pas de problème.

Après avoir donné un nom à Blanchâtre, j’observai les environs. À ma gauche et à ma droite, il y avait des falaises. C’était uniquement droit devant moi qu’on retrouvait un territoire plat et flou, la raison du manque de netteté étant la super densité de l’élément des ténèbres qui était présent.

Devant moi devrait se trouver la Vallée de Trizer. Devrais-je me diriger vers elle ? Ou devrais-je partir, prendre Blanchâtre ainsi que le Chevalier de Glace avec moi et continuer de me faire poursuivre par des gens ?

Je me forçai à sourire.

En fait, je n’ai pas le choix.

À moins que je ne souhaitasse continuer à vivre comme un amnésique, fuyant les gens qui pourraient chercher à me tuer, je n’avais absolument pas d’autre choix que de suivre les instructions de Scarlet…

« Grisia ! »

Sursautant, j’étendis ma capacité à sentir les éléments et remarquai que l’appel provenait de Woodrow et des autres qui étaient arrivés avant moi. Ils surgirent de la vallée, en courant tout naturellement vers l’endroit où je me tenais.

Iacchi était le plus rapide. Il fut le premier à me rejoindre et me flanqua immédiatement une claque sur le dos, très fort. Alors que je me retournais douloureusement pour lui faire face, il émit brusquement un hurlement aussi puissant qu’un gong : « Grisia, qu’est-il arrivé à tes yeux ? »

Lorsqu’Igor et Woodrow m’eurent tous les deux rejoints, ils gardèrent leur regard rivé sur mes yeux avec surprise.

Je me rappelai alors que mes yeux étaient toujours bandés par un bout de tissu. Je le retirai tout de suite et les rassurai : « Rien, mes yeux me font juste un peu mal, alors je les ai bandés en attendant. »

« Ils sont déjà complètement guéris, pas vrai ? Ne nous fais plus peur comme ça. » Igor saisit ma tête entre ses deux mains et me fixa implacablement droit dans les yeux, comme s’il s’attendait à leur trouver une sorte de maladie incurable en les examinant.

Woodrow me suggéra avec inquiétude : « Est-ce que tu veux d’abord aller consulter un docteur pour les soigner ? Il se pourrait que tu sois tombé malade. »

« Impossible, tes sorts de soin ne font pas l’affaire ? » Iacchi laissa paraître une expression d’incrédulité.

« Les sorts de soin d’un guérisseur n’englobent pas tout. S’il s’agit d’une maladie ordinaire, ils n’auront pas tant d’effet. » Woodrow expliqua plus en profondeur, et ensuite se tourna vers moi pour demander : « Grisia, tu as sans doute essayé un sort de soin pour guérir tes yeux, et tu as remarqué que ça n’avait pas fonctionné, n’est-ce pas ? »

Je… Je ne pus qu’acquiescer d’un signe de tête.

« Oh non, il se pourrait vraiment que tu sois tombé malade », déclara Woodrow avec inquiétude, tout en posant une main sur mon front.

« Comment va-t-il ? Il n’y a rien qui cloche avec Grisia, n’est-ce pas ? » l’interrogea anxieusement Igor.

« Je ne crois pas qu’il ait de la fièvre. »

J’étendis mes sens pour examiner minutieusement leurs expressions. Ils semblaient tous arborer un air inquiet, et aucun d’entre eux n’affichait d’air inhabituel.

« Nous devrions emmener Grisia consulter un guérisseur… »

Comment pourrais-je laisser une telle chose se produire ? Il faut absolument que je retrouve l’objet que j’ai perdu ! Je m’empressai de refuser : « Non, c’est inutile. Le Chevalier de Flamme risque bientôt de nous rattraper, et je vais réellement mieux à présent. »

« Vraiment ? » me demanda Woodrow avec doute.

« Si tu ne te sens pas bien, ne te force pas trop », répliqua Igor d’une voix forte.

Ne fais confiance à personne.

Je ressentis subitement un douloureux pincement au cœur et me forçai à répondre : « Vraiment, tout va bien. »

Iacchi me donna une claque dans le dos et m’assura : « Dans ce cas, c’est parfait. Ce serait terrible si nous devions terminer cette aventure au prix de tes yeux. Ça n’en vaudrait pas le coup du tout. »

« C’est vrai, j’ai oublié de te féliciter. Tu as fait du bon travail ! » Woodrow me tapota l’épaule. Son tapotement était définitivement plus doux que celui d’Iacchi. Ce dernier me dit également : « Bien joué. »

Igor s’exclama : « J’ai beaucoup d’admiration pour toi, Grisia. Tu es parvenu à échapper au Chevalier de Flamme. Tu as énormément de talent… »

Sybil et Yuna m’ont trahi.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ne dis-tu rien ? » me demanda Iacchi, perplexe.

« Se pourrait-il que tes yeux te fassent de nouveau mal ? »

« Est-ce qu’ils te font encore mal ? » me questionna Igor, inquiet. « Si c’est le cas, nous devrions faire comme Woodrow a dit et aller les faire soigner. »

Sybil a même tiré une flèche sur moi.

« Grisia ? »

« Ce n’est rien… Vraiment, je vais bien… » J’affichai un sourire éclatant et dis : « Je me sens juste un peu fatigué. Tant que nous nous déplacerons lentement, je m’en sortirai. Nous devrions nous mettre en route. Nous serions dans de beaux draps si le Chevalier de Flamme nous rattrapait. »

Tout le monde hocha la tête.

 

Pendant notre route, Igor et Iacchi furent avertis par Woodrow de ne pas faire de sottises, sinon ils risquaient de me déranger alors que je me reposais, ainsi ils se montrèrent tous les deux très dociles. Ensuite, pendant que nous marchions, Woodrow me décrivit l’état actuel de la Vallée de Trizer, en baissant même la voix, me traitant comme si j’étais somnambule et qu’il avait peur de me réveiller !

« Depuis que nous avons atteint la Vallée de Trizer, nous avons suivi ton plan, en montant d’abord le campement aux frontières de la vallée, mais nous avons découvert quelque chose d’étrange. »

« Qu’y a-t-il d’étrange ? » Écouter ses chuchotements m’avait à moitié endormi. Quelque chose a enfin attiré mon attention.

Indécis, Woodrow fronça les sourcils et révéla : « La Valée de Trizer a toujours été l’un des trois plus grands territoires des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire. Elle devrait regorger de créatures des ténèbres et de monstres démoniaques, mais nous avons découvert une zone où il n’y a absolument aucun mort-vivant. »

Iacchi, qui devait s’ennuyer à mourir, s’interposa sur-le-champ : « Pendant que nous t’attendions, nous avons songé à aller y jeter un coup d’œil, mais… Héhé, malgré le fait que nous n’ayons pas trouvé de créatures des ténèbres, il y avait quand même des bêtes féroces ! Alors, nous n’y sommes pas vraiment allés… »

Absolument aucune trace de créatures des ténèbres… Cette anormalité me donna une impression de déjà-vu. Il se pourrait qu’il y eût un lien avec l’objet dont Scarlet m’avait parlé. Je ne pus me retenir de formuler mon désir : « Allons jeter un coup d’œil ! »

Stupéfait, Woodrow répliqua avec hésitation : « Mais, nous avons toujours un Chevalier de Glace inconscient sur les bras. N’est-ce pas une mauvaise idée ? »

« Ne t’inquiète pas, il ne se réveillera pas de sitôt. » Je déclarai avec indifférence : « Traitez-le comme faisant partie intégrante de la selle de Blanchâtre. »

« …Blanchâtre ? Qui est Blanchâtre ? » Woodrow, Iacchi et Igor arboraient tous un air perplexe sur le visage. Ils ne semblaient pas comprendre de qui je parlais.

Je répondis avec irritation : « À part la licorne, qui d’autre ici peut porter une selle ? »

Les yeux de tout le monde s’ouvrirent en grand, et après un certain temps Iacchi s’écria : « Tu as nommé une licorne Blanchâtre ? »

Je le niai sur-le-champ. « Non, c’est la licorne qui voulait ce nom. »

La licorne commença immédiatement à hennir bruyamment et à frapper le sol de ses sabots, en se cabrant même à l’occasion… Malheureux Ecilan ! Forcément, il ne pouvait qu’être en train de faire des cauchemars.

« … En es-tu sûr ? »

Je hochai la tête. « Oui, il me l’a montré en faisant des signes. »

« Depuis quand est-ce que les licornes ont des mains… » s’étonna Igor, l’air hébété.

« Il a pointé ma main et a brandi sa corne. » J’affirmai avec confiance : « Réfléchissez bien ! La lumière sacrée sur ma main est blanche, non ? Et la corne de la licorne est également blanche, pas vrai ? »

Ils acquiescèrent tous les trois de la tête. Je me sentis ravi. Par chance, je ne m’étais pas trompé en devinant.

« Il n’y a donc rien de mal à l’appeler Blanchâtre, n’est-ce pas ? »

« C’est vrai, quand tu le dis de cette façon ! Donc, son nom doit vraiment être Blanchâtre. »

Igor fut le premier à hocher la tête et à se mettre d’accord avec moi. Iacchi haussa les épaules et donna l’impression de ne pas se soucier de quel pourrait être le vrai nom de la licorne. Woodrow, toutefois, hésita un peu avant d’acquiescer.

La licorne hennit encore plus fort… Il est vraiment très excité ! Avoir un nom est-il vraiment merveilleux à ce point ?

À cet instant-là, Woodrow ne put s’empêcher de murmurer : « Mais, tu ne crois pas qu’il aurait aussi pu avoir fait référence à “Corne de la Lumière Sacrée ” ou quelque chose comme ça ? »

La licorne se mit tout à coup à hennir encore plus et à frapper le sol très fort de ses sabots.

« Tu es trop bruyant ! Si tu fais encore du tapage, tu ne recevras rien à dîner ! » hurlai-je à l’intention de Blanchâtre. Puis, je tournai la tête et rétorquai : « Ne trouves-tu pas étrange qu’un cheval possède un vocabulaire aussi sophistiqué ? Sans parler d’à quel point “Corne de la Lumière Sacrée” est terriblement long à prononcer. Blanchâtre n’est-il pas un nom plus aisé à prononcer et à comprendre ? »

Woodrow n’eut pas d’autre choix que de se ranger de mon côté : « C’est… C’est vrai. Il doit s’appeler Blanchâtre alors. »

J’acquiesçai d’un air détaché.

À cela, la licorne baissa la tête. Igor tendit la main pour la caresser et dit : « Blanchâtre est un nom qui ne sonne pas si mal. C’est définitivement moins long à prononcer que “Corne de la Lumière Sacré ”… Ah ! Tu m’as mordu, lâche-moi ! Tu me fais mal ! »

« Très bien, mettons-nous en route ! Blanchâtre, lâche la paume d’Igor… Je veux dire, lâche tout son bras. »

Par la suite, nous nous enfonçâmes encore plus profondément dans la vallée et fîmes halte assez aisément. Quelques sortes de créatures des ténèbres, plus particulièrement les morts-vivants, devenaient aussi nombreuses que de la mauvaise herbe sur une plaine. Nous avancions de deux pas, et une foule d’entre elles se précipitaient sur nous. Au début, Igor et Iacchi attaquèrent les créatures des ténèbres de bas niveau comme s’ils jouaient à un jeu, allant même jusqu’à faire une compétition du nombre de morts-vivants qu’ils achevaient.

Cependant, au fur et à mesure que nous continuions à marcher, nous commençâmes tous à remarquer quelque chose d’étrange. Peu importe combien nous en tuions, le nombre de créatures des ténèbres ne baissait pas, mais augmentait à la place. Même certains morts-vivants de bas niveau, qui auraient dû s’être enfuis après que l’un des leurs se soit fait massacrer, se jetèrent sur nous et nous attaquèrent par derrière.

Finalement, comparés aux cinq personnes et au cheval dans notre camp, les morts-vivants du camp opposé ressemblaient à une armée.

« Vite, dépêchez-vous de vous replier ! » s’écria Iacchi.

« Que se passe-t-il ? » Woodrow resta bouche-bée et poussa un cri de stupeur inhabituel à son caractère : « Quand nous sommes venus plus tôt, il n’y avait pas autant de créatures des ténèbres ! »

Tout de suite, Igor le guerrier brandit consciencieusement son épée… Bien que la pointe de sa lame tremblât suffisamment pour lui donner la forme d’un V.

« C’est probablement parce que Blanchâtre, Ecilan et moi sommes tous présents », réalisai-je.

« Nos corps sont remplis de lumière sacrée. Aux yeux de ces morts-vivants remplis de l’élément des ténèbres, nous sommes probablement aussi voyant qu’un immense feu de camp. Aussi, malgré le fait que ceux-ci devraient craindre l’élément sacré, nous avons envahi leur camp de base. Il y a de fortes chances pour que leur fureur l’ait emporté sur leur peur, et donc c’est pourquoi ils se regroupent pour nous attaquer. »

« E-Et maintenant, que sommes-nous censés faire ? » La voix d’Igor le guerrier, qui se tenait à l’avant du groupe, tremblait tellement qu’elle sonnait comme s’il était sur le point de se mettre à pleurer.

« Ne t’inquiète pas. » Je souris légèrement et ajoutai : « Tant que nous nous transformons en créatures des ténèbres, il n’y aura pas de problèmes. Celles-ci n’attaqueront pas l’un des leurs. »

« Nous transformer en créatures des ténèbres ? » Iacchi s’écria sur-le-champ d’un ton étrange : « Qui veut se transformer en l’une d’elle ! Il vaudrait mieux être mort plutôt que de s’accrocher à une existence contre-nature ! Je n’ai pas envie de mourir si jeune ! »

« Ne panique pas autant », rétorquai-je avec irritation. « Tu ne veux pas mourir. Crois-tu que j’en aie envie ? »

« Dans ce cas, qu’as-tu l’intention de faire… »

« Quel que soit ton plan, dépêche-toi ! Ils foncent déjà droit sur nous ! »

Iacchi n’avait même pas eu le temps de terminer sa question, lorsqu’Igor lui coupa la parole. En entendant le cri d’alarme d’Igor, Iacchi et Woodrow assumèrent automatiquement leur position de combat. Iacchi dégaina une dague et se tint derrière Igor. Woodrow, quant à lui, se transforma en panthère et alla se tenir à côté du guerrier du groupe.

Leur réaction me surprit. Ils font face à un si grand nombre de créatures des abysses, et pourtant ils ont encore envie de se battre ? Peut-être que je les ai trop sous-estimés.

Cependant, malgré tout, je n’avais aucune envie de me battre contre une armée toute entière.

Je dispersai plus de la moitié de la lumière sacrée entourant mon corps et me mis à rassembler l’élément des ténèbres. C’était encore plus facile que de rassembler de la lumière sacrée. L’élément des ténèbres ici était si dense que mes alentours étaient brumeux et rendaient me vue floue depuis le début. Je tendis simplement les mains. Sur-le-champ, celles-ci formèrent une énorme boule de l’élément des ténèbres si épaisse qu’elle pourrait servir de ballon de jeu.

Par la suite, j’enrobai tout le monde avec l’élément des ténèbres que j’avais rassemblé.

Sous le nuage de ténèbres, les morts-vivants cessèrent immédiatement de nous foncer dessus. Ils agirent comme s’ils avaient perdu de vue leur cible. Après avoir stupidement fixé l’endroit pendant un moment, ils commencèrent à nous chercher sans détecter quoi que ce soit. Après un certain temps, ils se dispersèrent. Certains nous dépassèrent même en flottant devant nous, mais aucun ne se donna la peine de nous accorder le moindre regard.

En constatant ceci, le trio terrifié à l’origine se calma et rengaina leurs armes. Même Woodrow retourna à sa forme humaine.

« C’est donc ce que tu avais voulu dire. Tu aurais dû t’expliquer plus tôt ! » Iacchi proclama bruyamment : « Explique mieux les choses la prochaine fois ! Nous transformer en créatures des ténèbres… Tu voulais nous faire mourir de peur ou quoi !? »

« Grisia, j’ai envie de te massacrer à coups de poing ! »

Fidèle à sa parole, après avoir rengainé son épée, Igor se précipita vers moi pour m’attraper, coinça ma tête entre ses bras et leva son poing… Je fus réellement inquiet pendant une seconde, songeant qu’il allait véritablement me donner un coup de poing, mais au lieu de cela il plaça son poing au sommet de ma tête et se mit alors à la frotter de l’arrière à l’avant sans s’arrêter.

« Hahaha ! Tu me chatouilles ! » J’avais envie de me gratter et je riais, tandis que je m’objectais avec véhémence : « C’est toi qui as mal compris. Je n’y suis pour rien ! »

« Petit farceur… » Entendant mes mots, Iacchi se mit également à me frotter la tête avec son poing.

Sur le côté, Woodrow secoua la tête avec une expression de totale impuissance sur son visage, comme il observait nos enfantillages.

Après m’être amusé quelques secondes, je repoussai Igor et déclarai avec indifférence : « Tu es réveillé, Chevalier de Glace ? »

Tout le monde cessa de jouer et tourna la tête pour regarder celui qui était attaché sur le dos de Blanchâtre. Ecilan avait réellement ouvert les yeux. Il demeura silencieux pendant un moment. Seules ses pupilles remuèrent de gauche à droite, comme s’il observait les alentours. Enfin, il murmura doucement : « Comment ai-je pu m’évanouir comme ça… »

Scarlet est probablement la responsable… Néanmoins, j’aurais pensé qu’elle aurait fait en sorte qu’il reste dans un état comateux jusqu’à la fin, juste au cas où il recommencerait à me mentir. Je n’aurais jamais songé que Scarlet le laisserait agir comme bon lui semble.

Ecilan se tourna pour me regarder et demanda à voix basse : « Blaze va-t-il bien ? »

« Oui. » Je ricanai et ne pus m’empêcher de me moquer en ajoutant : « Il est tellement en parfaite santé qu’il m’a presque tranché en deux. »

En entendant ceci, Ecilan s’enquit avec surprise : « Il ne savait pas que la personne qu’il attaquait était toi, n’est-ce pas ? »

« Il le savait », annonçai-je calmement. « Il a aussi affirmé que je n’étais absolument pas le Chevalier du Soleil. »

Ecilan cligna des yeux, le visage plein de confusion.

Woodrow me questionna vivement : « Que veux-tu dire par le Chevalier du Soleil ? »

J’hésitai, mais expliquai tout de même : « Rien. Pour s’échapper, Ecilan m’a menti en affirmant que j’étais le Chevalier du Soleil. Il voulait que je parte avec lui. »

« Toi, le Chevalier du Soleil ? » Iacchi ouvrit grand la bouche.

Nous nous bouchâmes les oreilles à l’unisson.

« Comment ça pourrait être possible~~ HAHAHA ! C’est si drôle que j’en ai mal à l’estomac ! » Iacchi rit en disant : « Si Grisia est le Chevalier du Soleil, dans ce cas, moi, je suis le pape ! »

Pauvre Ecilan… Étant donné qu’il était attaché comme un poulet, il était dans l’incapacité de se couvrir les oreilles et ne pouvait que souffrir à travers le rire explosif d’Iacchi. Malheureusement, bien que nous éprouvâmes de la sympathie à son égard, aucun de nous ne possédait de mains en surplus pour l’aider à bloquer le son.

Finalement, l’éclat de rire assourdissant d’Iacchi cessa, et ce fut uniquement à ce moment-là que nous baissâmes tous les trois nos mains. Je lançai deux sorts de guérison sur les oreilles d’Ecilan avec sympathie. L’expression de ce dernier montrait qu’il était probablement sur le point de s’évanouir encore une fois.

Woodrow murmura très bas : « Heureusement que l’ouïe des créatures des ténèbres n’est pas particulièrement bonne. Sinon, toutes celles qui se trouvent dans la vallée auraient été attirées par le vacarme. »

« Pauvre chose ! » Je frottai la tête d’Ecilan avec sympathie, et en même temps j’en profitai pour le décoiffer afin de le rendre moins attirant.

Ecilan me fixa froidement du regard.

Je ne savais pas pourquoi, mais, après m’être fait fusiller du regard par lui, je sentis subitement que quelque chose clochait. Je changeai immédiatement de sujet. « Ecilan, puisque tu affirmes me connaître, examine-moi bien. Te semble-t-il que quelque chose manque sur moi ? »

Contre toute attente, il répondit sans la moindre hésitation : « Il manque de nombreuses choses. »

« Je veux dire, est-ce que des objets très importants ont disparu ? » J’expliquai plus en profondeur : « Quelque chose que je garde toujours sur moi, sans jamais l’enlever, mais qui n’est plus là à présent ? »

Ecilan m’examina avec sérieux. Après un certain temps, il acquiesça d’un signe de tête et annonça : « Il te manque effectivement quelque chose. »

« Que manque-t-il ? » demandai-je avec agitation. Je vais enfin savoir ce que j’ai perdu.

« Il te manque… »

Chacun d’entre nous écouta attentivement la réponse.

Ecilan compléta avec un total sérieux : « Il te manque un petit sac sur lequel est brodé un symbole en forme de soleil, celui que je t’avais offert pour y garder tes sucreries. Tu ne l’enlèves jamais d’habitude. »

« … »

Si l’objet que Scarlet veut que je retrouve est un sachet de bonbons, je vais définitivement la hacher menu et faire des tartes de sa chair !

Ensuite, Ecilan ajouta brusquement : « Il semble aussi te manquer un collier, mais c’est quelque chose que tu as seulement commencé à porter il y a un mois. »

Je restai surpris. Il y a un mois ? « De quoi avait l’air ce collier ? »

Dénué de toute expression, Ecilan secoua la tête et répondit : « Je n’y ai jamais prêté attention. J’ai seulement entendu Metal affirmer qu’il t’avait vu porter un immense joyau. Il se demandait où tu l’avais pris et voulait informer le Pape du fait que tu l’avais volé… »

« … Quel est le nom du Chevalier du Métal ? »

« Laïca du Métal. »

Je jurai vicieusement : « Je me souviendrai de lui ! »

« Ah bon ? » Ecilan murmura : « Dans ce cas, il en sera assurément ému. Hormis celui du Capitaine-Chevalier du Jugement, tu vas également te rappeler de son nom correctement. Auparavant, chaque fois que tu t’adressais à lui, tu l’appelais Laïmace. »

« La-Laïmace ? Ha… » Iacchi éprouva de nouveau l’envie d’éclater de rire. Par chance, Igor parvint à lui couvrir la bouche juste à temps.

« Je l’appelais Laïmace ? » Je le questionnai avec curiosité : « Dans ce cas, comment t’appelais-je ? »

« … »

« Hé ! Parle ! » Je le narguai : « À moins que tu ne sois encore en train de me mentir ? Sinon, dis-le-moi ! Comment t’appelais-je ? »

« … »

Invincible Partie 3 : Le Chevalier du Soleil – Neo du Soleil

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 3: Sun Knight –- Neo Sun – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 3 : Le Chevalier du Soleil –- Neo du Soleil – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

La seule chose qui montrait que Neo se comportait comme un compagnon de voyage était qu’il ouvrait toujours la voie !

Aussi, il s’agissait effectivement d’un compagnon compétent, ne laissant aucun ennemi attaquer le mage par-derrière.

Qui plus est, il était plutôt fort, même selon les standards du peuple d’Aldrizzt, qui était très versé dans l’art du combat.

Cependant, c’était là où s’arrêtait la compréhension d’Aldrizzt concernant la force de Neo.

Hormis le fait que les mages ne comprenaient pas bien la classe des manieurs d’épée, les deux ne rencontrèrent pas vraiment de difficultés. C’est probablement parce que nous continuons de chercher un chemin pour sortir et ne sommes pas entrés plus profondément au cœur de la forêt ! Par conséquent, malgré le fait qu’il sût que Neo était plutôt fort, Aldrizzt ignorait à quel point il l’était réellement.

Bien qu’il fût extrêmement curieux à propos de l’humain appelé Neo, Aldrizzt ne le questionna pas du tout sur lui-même.

C’était parce que Neo n’avait jamais questionné l’elfe noir sur son passé, même pas sur la raison pour laquelle il était pourchassé par son propre peuple. Donc, Aldrizzt n’interrogea pas Neo sur son passé, lui non plus. Il ne lui avait même pas demandé son nom de famille.

Puisque Neo l’avait respecté, Aldrizzt respecterait évidemment Neo.

Cependant, comme ils passaient de plus en plus de temps ensemble, l’elfe noir devenait de plus en plus convaincu que… peut-être, Neo était simplement trop paresseux pour le lui demander.

Avec cette épiphanie, Aldrizzt se mit à se rendre compte que résister à la tentation de lui poser des questions était probablement très stupide.

Afin de tester sa théorie, il choisit la question la plus simple.

« Neo, quel est ton nom de famille ? »

Neo leva un sourcil, mais ne répondit pas immédiatement.

« Tu n’as pas à le dire, si tu ne veux pas. Ça ne me dérange pas », clarifia immédiatement Aldrizzt.

« Non. » Neo haussa les épaules et répondit : « Je songeais simplement à quel nom je devrais employer maintenant. »

Quel nom il devrait employer ? Aldrizzt était un peu confus.

« Oublie ça. Je l’ai utilisé pendant la majorité de ma vie, donc revenir à mon nom d’origine ferait trop bizarre », dit simplement Neo. « Je m’appelle Neo du Soleil. »

« Quel nom inhabituel ! » Aldrizzt répéta silencieusement le nom complet de son compagnon pour lui-même. « Moi, j’ai abandonné mon nom de famille et n’en utiliserai plus. »

Neo ne sembla pas se préoccuper de sa réponse, mais il donna l’impression de se rappeler quelque chose et demanda : « Oh, dans tous les cas, j’ai presque oublié de te le demander. Pourquoi es-tu venu à la surface ? »

Aldrizzt se figea.

Neo fronça les sourcils et insista, impitoyable : « Dépêche-toi de me le dire ! »

Comme il s’y attendait, la raison pour laquelle Neo n’avait rien demandé n’avait aucun rapport avec un respect mutuel… Aldrizzt grommela : « Pourquoi devrais-je te le dire ? Toi non plus, tu ne m’as jamais parlé de tes origines. »

En entendant cela, Neo ne répondit pas à sa question et demanda plutôt : « As-tu entendu parler de l’Église du Dieu de la Lumière ? »

Aldrizzt était encore plus confus. Même s’il ne comprenait pas pourquoi Neo amenait soudainement l’Église dans la conversation, il acquiesça et répondit : « Oui, c’est la plus grande religion à la surface. »

En fait, elle ne peut plus être considérée comme la plus grande ! Le Pape veut sans doute restaurer sa gloire ancienne, mais, à présent, le Monastère du Dieu de la Guerre a déjà beaucoup plus de croyants. Même la Cathédrale du Dieu de l’Ombre montre des signes qu’elle a dépassé l’Église.

Bien que l’Église du Dieu de la Lumière devra probablement travailler dur pour recruter plus de fidèles, c’est maintenant le problème de Grisia. Pas le moins du monde perturbé, Neo expliqua tranquillement : « Je suis la trente-septième génération du Chevalier du Soleil qui vient juste de partir à la retraite. C’est tout. »

Qu’est-ce que je viens d’entendre ?

« Tu es le Chevalier du Soleil ? » Aldrizzt se remit sur ses pieds d’un seul bond, sous le choc.

Neo haussa les épaules et le corrigea : « Je suis le précédent Chevalier du Soleil. »

Aldrizzt l’observa, incrédule, et s’enquit en tremblant : « Vas-tu m’attraper et me faire un procès à l’Église ? »

« Un procès ? Serais-tu devenu fou ? Je suis le précédent Chevalier du Soleil, pas le Chevalier du Jugement. De toute façon, aurais-tu commis un crime qui requerrait qu’on te fasse un procès ? »

« Je suis un elfe noir. » Aldrizzt n’était pas du tout convaincu que le Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière eût le droit de laisser un elfe noir en liberté.

Neo répliqua avec un peu d’impatience : « Combien de fois vas-tu te répéter ? Je ne suis pas aveugle, je vois bien que tu es très noir. »

Aldrizzt était plutôt anxieux et, pendant une seconde, il voulut s’enfuir. Mais, il savait que, s’il s’enfuyait, il ne trouverait probablement plus jamais une autre personne qui accepterait de lui parler.

La solitude qu’il avait sentie quand il s’était enfui de son pays d’origine le saisirait à nouveau. D’ailleurs, est-ce que je serai en mesure de trouver un autre « Neo » la prochaine fois ?

Aldrizzt s’assit et ne parla pas pendant un très long moment. Neo ne le pressa pas.

Finalement, il ouvrit la bouche et raconta : « Les elfes noirs sont une race très connue et, pour être honnête, leur réputation n’est pas injustifiée. Ils… Non ! Ça devrait être “nous”. Tout ce que nous faisons est très malveillant. Nous considérons les actes méprisables comme vertueux, les tueries comme un divertissement, et nous faisons croire aux gens que nos méfaits ont été causés par nos ennemis : les elfes. Un jour, j’ai participé à une mission visant à massacrer un village d’elfes, et j’ai presque tué un elfe de mes propres mains, même si ce n’était qu’un enfant ! Malgré le fait que je ne l’aie pas tué, il a ensuite été assassiné par d’autres membres de ma race. »

Aldrizzt tenait sa tête entre ses mains tout en parlant, comme s’il n’osait pas regarder le visage de Neo.

« Alors, tu n’as tué aucun elfe en fin de compte ? »

Aldrizzt leva la tête et fixa Neo du regard, totalement sous le choc.

Neo ajouta avec confiance : « Tu n’as donc pas du tout besoin d’être effrayé de les rencontrer ! Ce n’est pas comme si tu leur devais quelque chose. »

« J’ai observé mon peuple massacrer un village d’elfes sans les en empêcher. » Aldrizzt ne pensait pas qu’il était innocent après avoir fait une telle chose.

« Si tu t’étais rebellé, est-ce que tu aurais pu gagner contre ton peuple ? »

Aldrizzt répondit honnêtement : « Non, il y avait beaucoup de guerriers chevronnés dans l’escouade. Et, avec la force que je possédais à l’époque, je n’aurais eu aucune chance de vaincre tout le monde. »

Neo haussa les épaules et dit : « Alors, dans le pire des cas, le seul crime que tu aies commis a été de ne pas vouloir mourir. Si tu étais accusé de n’importe quel autre crime, je demanderais au procureur “Seriez-vous volontaire pour aider dans une situation où la mort est certaine et où personne ne serait sauvé ?” »

« Oui, je le ferais. »

Neo se tourna pour faire face à Aldrizzt, et ce dernier le regarda avec un air déterminé en appuyant chaque mot : « Si on me donnait une autre chance, je préférerais mourir avec l’enfant plutôt que de regretter ce moment pour le reste de ma vie. »

En voyant l’expression de l’elfe noir, Neo comprit qu’il pensait ce qu’il disait. Il sourit et affirma : « Dans ce cas, tu peux garder la tête haute en face des elfes. Tu es un elfe noir qui serait prêt à mourir pour sauver un enfant elfe, alors pourquoi devrais-tu baisser la tête de honte ? Tu devrais la lever avec fierté. »

En entendant cela, Aldrizzt se figea un moment. Il regarda alors Neo et lui demanda avec incrédulité : « Tu crois vraiment ce que je dis ? Tu crois aux paroles d’un elfe noir ? »

« Pourquoi ne te croirais-je pas ? » Neo ricana et lui posa des questions rhétoriques : « À quel point un elfe noir qui aide un étranger à laver ses vêtements, à cuisiner les repas, à faire son lit et à chasser peut-il être mauvais ? »

Aldrizzt sentit que Neo n’avait simplement aucun instinct de survie et avança : « Peut-être ai-je fait ces choses pour gagner ta confiance ? »

« Y aurait-il un autre membre de ta race qui aiderait un passant à laver ses vêtements, à cuisiner le repas, à faire son lit et à chasser uniquement pour gagner sa confiance ? » Neo renifla avec dérision et continua : « Si c’est vrai, alors les elfes noirs sont probablement plus bienveillants que les humains ! »

Aldrizzt resta bouche bée une nouvelle fois.

« Dans ce cas, allons trouver un archer elfe ! »

Est-ce que Neo s’est donné autant de mal pour me convaincre simplement parce qu’il veut trouver un archer elfe ? Aldrizzt se sentit soulagé, mais ajouta néanmoins avec impuissance : « Tu devras te tenir prêt à intervenir, si nous ne nous entendons pas lui et moi. »

« Tu es celui qui devrait être prudent ! Puisque nous allons tous être des compagnons, je ne prendrai parti ni pour l’un ni pour l’autre. » Neo réfléchit et demanda avec un peu d’incertitude : « Mais, tu es un mage. Les mages ne sont-ils pas très faibles face aux archers ? »

« Je ne suis pas un mage ordinaire, je suis un elfe noir. » Aldrizzt sourit et dit : « Je suis probablement plus agile que la plupart des assassins, et je sais aussi comment manier les épées courtes. »

« C’est vrai. » Neo acquiesça en même temps qu’il se rappelait à quel point il avait de tout son cœur louangé les capacités d’Aldrizzt, la première fois qu’ils s’étaient rencontrés. Il suggéra avec enthousiasme : « Nous devrions faire un duel un de ces jours… Non ! Faisons-le maintenant ! Nous n’avons rien de mieux à faire de toute façon. »

En entendant cela, Aldrizzt força un sourire. Me battre en duel avec le Chevalier du Soleil ?

À en juger par son expression, Neo se rendit compte qu’Aldrizzt ne voulait vraiment pas faire un duel. Il n’avait pas pu participer à une bataille satisfaisante depuis des jours et se battre le démangeait, il proposa donc de meilleures conditions : « Tu peux utiliser à la fois les épées courtes et la magie. Que dis-tu de cela… »

Avant qu’il eût fini de parler, il bondit soudainement en direction d’Aldrizzt et le poussa.

Au début, Aldrizzt pensait que Neo voulait l’attaquer, mais il réalisa immédiatement son erreur. Neo n’avait pas brandi son épée contre lui. À la place, au moment où il avait renversé Aldrizzt, il s’était instantanément levé et tourné vers la forêt.

Le crissement d’une épée retentit alors, pendant que Neo dégainait la lame suspendue à sa hanche. Il la balança, et le son du métal contre le métal se fit clairement entendre.

Ce fut seulement à ce moment-là qu’Aldrizzt remarqua les deux flèches courtes plantées dans le sol. Une avait été repoussée par l’épée de Neo, et l’autre était plantée à l’endroit où il était assis. Si Neo ne l’avait pas poussé, il aurait sans aucun doute été touché par les flèches.

Neo leva son épée, mais même s’il était à 120 000 % en alerte, il ne put saisir la localisation de l’ennemi. Il pouvait voir occasionnellement des ombres passer, mais était incapable de repérer ses adversaires pour les attaquer.

« C’est mon peuple ! » s’écria Aldrizzt, alarmé. Son visage était extrêmement pâle.

Il avait pensé que son peuple avait abandonné les poursuites, puisqu’aucun chasseur n’avait été vu depuis longtemps. Il avait commencé à entretenir un mince espoir ; l’espoir qu’il pourrait finalement échapper aux jours de traque. Il n’aurait jamais imaginé que…

Neo balança son épée et balaya d’autres flèches courtes comme il hurlait : « Ramasse ton bâton magique, Aldrizzt ! »

Surpris, Aldrizzt obéit immédiatement à l’ordre de Neo et se leva. Il agrippa son bâton aussi fermement que possible et murmura une suite d’incantations. Ensuite, un rideau noir à moitié transparent se dressa devant eux.

Une fois que le rideau noir se fut dressé, leurs opposants arrêtèrent de tirer leurs flèches courtes. Ils émergèrent des buissons par groupe de deux ou trois : un, deux… cinq… huit… quinze… dix-huit… vingt-cinq… trente…

Ce n’est pas une escouade, c’est une armée !

En voyant cela, Aldrizzt poussa un cri de surprise. Il n’avait jamais vu autant de chasseurs auparavant. Si autant de chasseurs étaient apparus avant qu’il rencontre Neo, il aurait très fort probablement déjà été capturé.

Je vois, donc la période de paix était parce qu’ils rassemblaient autant d’elfes noirs ?

Subitement, Neo, qui se tenait devant lui, demanda à voix basse : « Aldrizzt, connais-tu à peu près la portée de ces petites arbalètes ? »

« 10 mètres, tout au plus. »

« Et la portée de leurs sorts magiques ? »

« Quatre-vingts mètres, tout au plus. »

Neo médita cela un moment et demanda alors : « Si nous courons sans nous arrêter, pendant combien de temps peux-tu continuer à courir ? »

« Pendant environ une demi-heure, je crois… Était-ce nécessaire d’exprimer ta curiosité maintenant, dans cette situation ? » Aldrizzt était extrêmement tenté de lever les yeux au ciel à l’attention de Neo. En temps normal, il ne posait aucune question. Et, c’était à l’instant précis où ils se trouvaient dans une situation de vie ou de mort qu’il posait ce genre de questions.

Neo réussit à rouler des yeux à l’attention d’Aldrizzt en premier. Il lâcha d’un ton dédaigneux : « Une demi-heure ? Tu es trop faible ! »

« Je suis un mage, pas un guerrier », ne put s’empêcher de rétorquer Aldrizzt. « Les mages humains sont-ils doués pour la course ? »

« Euuh… Ils seraient probablement près de l’effondrement au bout d’une demi-minute. »

Et c’est mon endurance qui est mauvaise ? Aldrizzt était rempli de suspicion, mais ce n’était pas le moment d’examiner l’endurance des mages humains.

Quand cinquante membres de sa race furent sortis des buissons, Aldrizzt paniqua et s’enquit : « Que vas-tu faire maintenant ? Si tu veux t’enfuir, je ne te blâmerai pas. Tu viens juste de dire que ne pas vouloir mourir n’est pas considéré comme un crime, alors tu devrais vite t’enfuir… »

« Je vais faire… ça ! »

Comme il disait « ça », Neo relâcha son aura de combat. Il concentra celle-ci dans l’épée qu’il tenait dans sa main et agita la pointe de cette dernière en la pointant vers le sol. Son aura de combat émergea en une attaque en forme de croissant de lune et, au moment où elle toucha le sol, la terre explosa avec un grand bang, créant un gigantesque nuage de poussière.

Ainsi, c’est à ceci que ressemble la force du Chevalier du Soleil ?

Comme la poussière retombait finalement, la mâchoire d’Aldrizzt tomba quand il aperçut la tranchée profonde qui s’étendait à l’horizontale devant lui. La crevasse était tellement noire et profonde qu’il était impossible d’en voir le fond…

Il était sur le point de s’approcher pour voir de plus près, lorsque quelqu’un le souleva subitement. Surpris, Aldrizzt cria : « Neo ? »

Neo se mit à avancer à grandes enjambées, accélérant avant de répondre : « Tu es responsable de distraire l’ennemi. Donne-moi le temps de courir 24 mètres à partir de maintenant, et je m’occuperai du reste. »

Aldrizzt était étourdi, mais c’est au même moment qu’il entendit les chasseurs reprendre leurs esprits et recommencer leur poursuite implacable.

Il n’avait pas d’autre choix que de faire ce que Neo lui avait demandé. À part renforcer le rideau noir qui les protégeait tous les deux, il se mit à jeter des sorts de types très variés. Les sorts qu’il jetait n’incluaient aucune magie avec des dommages très importants ; à la place, il jetait des sorts qui étaient connus dans le monde de la magie comme des tours de passe-passe. Par exemple, rendre le sol glissant et produire des sons affreux et assourdissants.

Ces sorts étaient tous très simples, il pouvait donc en jeter beaucoup en même temps et les utiliser pour gérer plus de cinquante ennemis. Le plus important était que, même si ces sorts n’étaient que des petits tours, ils étaient suffisants pour ralentir les mouvements de l’ennemi.

Parfois, il cachait même un sort provoquant des dégâts parmi ses tours de passe-passe, ce qui obligeait leurs ennemis à esquiver et à repousser tous les sorts au lieu de les ignorer.

Après que deux archers eurent leurs figures réduites en morceaux, les mouvements des elfes noirs ralentirent, comme il s’y attendait. Avec de grandes précautions, ils évitèrent chaque sort.

Bien que les elfes noirs eurent ralenti la cadence, Aldrizzt et Neo se trouvaient toujours dans la mire de leurs attaques magiques. Pas mal de sorts de l’élément des ténèbres leur étaient toujours lancés.

Au début, Aldrizzt était un peu inquiet à ce sujet. Mais, lorsqu’il réalisa plus tard que les sorts les plus destructifs les rataient grâce aux mouvements évasifs de Neo, il se calma beaucoup comme il pouvait facilement bloquer les sorts mineurs restants.

Aldrizzt ne put s’empêcher de le féliciter : « Pour quelqu’un qui ne peut pas se retourner et voir, tu esquives les attaques vraiment avec précision. »

Neo renifla et lâcha : « Pour quelqu’un qui ne peut pas se retourner ? Pour le Chevalier du Soleil, l’élément des ténèbres est facile à sentir, exactement comme une souris arrive à sentir le fromage. Même un reniflement serait suffisant ! Je n’ai pas besoin de regarder ! »

À ce moment-là, Neo bondit brusquement avec énergie pour éviter un sort magique dangereux. Alors qu’il était sur le point d’atterrir, un assassin surgit des buissons, la dague dans sa main vraisemblablement sur le point de poignarder le bras de Neo. Puisqu’il était sur le point d’atterrir et qu’il portait Aldrizzt avec ses deux mains, il n’avait aucun moyen d’esquiver ou de bloquer l’attaque avec son épée.

Soudain, avec un « boum », un sort des ténèbres en forme de balle envoya valser l’assassin. Ce dernier retomba dans les buissons d’où il ne se releva plus jamais.

Après avoir envoyé valser l’assassin, Aldrizzt regarda derrière Neo. Peu de sorts étaient lancés vers eux désormais, sans doute parce que les mages étaient à bout de force. Néanmoins, un certain nombre d’assassins et de guerriers étaient toujours sur leurs talons. Il suggéra donc : « Neo, laisse-moi grimper sur ton dos, comme ça tes deux mains seront libres pour manier ton épée. »

Neo lui jeta un coup d’œil et répondit froidement : « Grimpe sur mon dos si tu veux ! Mais assure-toi de te tenir fermement et de ne pas tomber, parce que je ne me retournerai pas pour te ramasser. »

Aldrizzt roula des yeux vers Neo et commença alors à bouger.

Les elfes noirs sont vraiment agiles ! le complimenta silencieusement Neo. Un mouvement aussi large n’avait pas semblé affecter sa course du tout, et sa vitesse était proprement choquante.

Aldrizzt agrippa simplement l’épaule de Neo et, avec un grand mouvement bien calibré, il s’était balancé sans effort sur le dos de Neo.

Ses mains étant à présent libres, Neo dégaina immédiatement son épée et trancha en deux tous les elfes noirs qui portaient des épées ou des dagues. Les poissons occasionnels qui glissaient à travers le filet étaient alors expédiés dans l’au-delà par la magie d’Aldrizzt.

Ces deux-là furent ainsi pourchassés la majorité de la journée de cette manière. Maintenant, le nombre d’assassins et de guerriers avait diminué, mais ils étaient toujours à leurs trousses. Au moment où ils s’arrêteraient, plus d’elfes noirs les rattraperaient instantanément.

Malgré le fait qu’il n’y eût aucun problème avec l’endurance de Neo, porter une personne et courir en même temps n’était pas quelque chose d’agréable à faire. Il demanda, maussade, à la personne sur son dos : « Aldrizzt, as-tu commis des actes très répréhensibles en t’enfuyant de chez toi ? Ne sont-ils pas un peu trop persistants ? »

« Euh… J’ai détruit un temple, plusieurs rues, l’une des portes de la cité et un pont. »

« Tu n’aurais pas simplement pu t’enfuir discrètement ? » dit Neo, sarcastique. « Si tu fais une telle scène, ils sont obligés de te traquer qu’ils le veuillent ou non, sinon ce serait totalement embarrassant ! »

Aldrizzt éclata de rire et ne put s’empêcher de rétorquer : « Je n’ai pas eu le choix. Ils m’ont enfermé dans un temple, ainsi j’ai dû détruire le temple ; ils ont refusé d’ouvrir les portes de la cité pour me laisser partir, alors j’ai été forcé de détruire les portes de la cité ; par la suite, ils ont continué de me pourchasser, j’ai donc dû détruire le pont juste après l’avoir traversé. »

Neo leva les yeux au ciel et le réprimanda : « Tu aurais aussi pu brûler la forêt tout entière ! »

« Brûler les forêts est ta spécialité, pas la mienne. Je sais seulement cuisiner. »

« Tu appelles ça cuisiner ? Au mieux, la nourriture que tu prépares peut seulement être considérée comme comestible. »

« Au moins, c’est mieux que… le tas d’ordures que tu as cuisiné que même un glob n’a pas voulu manger quand tu as essayé de le nourrir ! »

« C’est juste que le glob n’avait pas faim… »

La route devint soudainement très bruyante, lorsqu’ils se mirent tous les deux à se chamailler.

 

 

Au bout d’un laps de temps inconnu, Aldrizzt fut réveillé par une violente secousse. Au moment où il se réveilla, il s’exclama doucement, pris au dépourvu : « Je me suis endormi ? J–Je… »

Neo me portait consciencieusement sur son dos en essayant de s’échapper, et je me suis endormi !

Comme s’il ne s’en préoccupait pas du tout, Neo dit : « Ce n’est pas comme si tu pouvais faire quoi que ce soit même si tu ne dormais pas. »

« Laisse-moi descendre et courir, tu dois être fatigué. »

Bien qu’Aldrizzt sentît que la chose la plus équitable serait de porter Neo en retour, il savait que, avec son endurance physique, il s’évanouirait réellement au bout d’une demi-minute s’il devait porter une personne et courir. Donc, la seule chose qu’il pouvait faire était de courir lui-même.

« Fatigué ? Qui crois-tu que je sois ? » Neo renifla avec dédain. Sans se préoccuper de cacher la fierté dans sa voix, il décréta : « Je suis un chevalier sacré, une classe connue pour son endurance. De plus, je suis le chevalier sacré avec le plus haut rang, le Chevalier du Soleil ! Quelque chose d’aussi mineur ne peut possiblement pas me fatiguer. »

Voyant que Neo ne semblait pas du tout se forcer, Aldrizzt se détendit, mais ajouta quand même : « Pose-moi par terre pour que je puisse courir seul, ou alors tout mon corps sera presque aussi raide qu’un cadavre à force de maintenir cette position. »

Sans rien ajouter, Neo arrêta finalement de courir et laissa Aldrizzt descendre de son dos.

Aldrizzt étira un peu ses bras et ses jambes pendant que Neo saisissait l’opportunité pour prendre quelques bouchées de rations déshydratées. Par la suite, ils recommencèrent tous les deux à fuir.

Même s’il savait qu’il devrait économiser son énergie, Aldrizzt ne put retenir sa curiosité et demanda : « Honnêtement, combien de temps peux-tu courir en me portant ? »

Neo haussa les épaules et répondit : « Si je ne me repose pas du tout, environ trois jours. »

C’est incroyable… Aldrizzt sentit que c’était totalement inconcevable. Courir en portant une personne pendant trois jours ? Dans une forêt sinueuse en plus ! J’ai bien peur que même le meilleur guerrier de mon peuple ne puisse pas faire une chose pareille.

Il regarda à gauche et à droite, planifiant d’inspecter l’état de la route, mais, après avoir examiné le paysage environnant, son visage changea radicalement. Il rappela brusquement à son compagnon en disant : « Arrête-toi sur-le-champ, Neo ! »

Déconcerté, Neo arrêta de courir et demanda : « Qu’est-ce qu’il y a… Ah ! Tu veux aller aux toilettes ? Shoo, shoo ! Éloigne-toi de moi ! »

« Qui veut aller aux toilettes ! » lâcha sèchement Aldrizzt. Soupir ! C’est vraiment difficile de maintenir une attitude nerveuse près de Neo.

Quand Neo haussa les sourcils pour exprimer son interrogation, Aldrizzt expliqua : « Un peu plus et nous serons sur le territoire des elfes. »

« Oh ? » demanda rhétoriquement Neo. « Puisque les elfes haïssent les elfes noirs avec passion, ils ne seront pas heureux d’en voir autant sur leur territoire, n’est-ce pas ? »

Aldrizzt se figea un moment avant d’acquiescer et de dire : « D’accord, allons-y. Ils pourront nous aider à chasser mon peuple. »

Sur la route, ils alternèrent entre la course et le repos. Bien que cela ne dérangeât pas Neo de porter une personne sur son dos, Aldrizzt était peu disposé à être porté, quelle qu’en fût la raison. Il préférait se forcer à courir jusqu’à ce qu’il n’eût plus de souffle.

Remarquant qu’Aldrizzt avait couru jusqu’à ce qu’il fût presque hors d’haleine, mais refusait toujours de dire qu’il voulait se reposer, Neo haussa un sourcil et annonça : « Je suis fatigué, arrêtons-nous pour manger quelque chose. »

Ce fut seulement à cet instant-là qu’Aldrizzt s’arrêta de courir. Il était tellement essoufflé qu’il n’arrivait même pas à parler, toutefois, quand il regarda la personne à côté de lui qui affirmait être fatiguée, le visage de cette personne n’était même pas rouge, pas plus que cette personne ne respirait fort. Il n’a pas du tout l’air fatigué ! Cela lui faisait vraiment se demander s’il devait être heureux que son compagnon fût si endurant et ne le ralentirait pas, ou s’il devait haïr son compagnon pour avoir une si bonne endurance et le forcer à courir jusqu’à ce qu’il fût mort de fatigue.

Neo sortit calmement les rations déshydratées et en donna un morceau à Aldrizzt avant de commencer à manger. Tandis qu’il mâchait, il demanda : « Combien de temps avant que nous atteignions le territoire des elfes ? »

Aldrizzt examina les environs et répondit : « Nous sommes déjà dans le territoire des elfes. J’ai seulement lu dans les livres qu’ils laissaient des marques sur les arbres, donc je ne suis pas sûr jusqu’à quelle profondeur nous devons nous aventurer dans leur territoire avant qu’ils se montrent. »

« Aussi loin que ça ! » dit Neo.

Neo jeta le dernier morceau de rations déshydratées dans sa bouche et scruta la forêt, une main déjà placée sur son épée.

Aldrizzt se figea et entendit alors également le bruissement des feuilles d’arbres. Il regarda vers les buissons et remarqua que des gens étaient dissimulés dans les espaces entre les feuilles d’arbres. Tout de suite, ils se montrèrent.

S’agit-il des elfes, les ennemis jurés des elfes noirs ?

Ils avaient des corps longs et sveltes, qui n’étaient pas très différents de celui d’Aldrizzt. La plus grande différence était, naturellement, la couleur de leur peau qui était très pâle. Qui plus est, aucun elfe n’avait les cheveux blancs : la plupart avaient des cheveux bruns ou dorés.

Ils examinèrent tous les deux les elfes, tout comme les elfes observaient Aldrizzt. D’après leurs visages, ils étaient extrêmement sous le choc. Néanmoins, ils devinrent à la longue encore plus sérieux, révélant des expressions de colère et de haine.

Aldrizzt n’était pas du tout surpris de voir leur réaction, étant donné que les elfes et les elfes noirs avaient toujours été des ennemis jurés. Fondamentalement, il avait déjà été témoin de leur nature généreuse, étant donné que ceux-ci ne l’avaient pas attaqué dès l’instant où ils l’avaient vu. Si la situation avait été inversée, et qu’un groupe d’elfes noirs avait rencontré un elfe solitaire, sans aucun doute, la meilleure chose qui aurait pu arriver à cet elfe aurait été une mort rapide.

Neo se leva. Les elfes se sentirent apparemment provoqués par son action, puisqu’ils levèrent simultanément leurs armes — principalement des arcs — et les pointèrent sur lui.

À ce moment-là, Aldrizzt se leva également. Il se rapprocha de deux pas de Neo, et se tint épaule contre épaule avec lui. Il leva alors la tête fièrement et plongea son regard dans celui des elfes qui les encerclaient.

Comme l’avait dit Neo, il n’avait rien fait de mal.

Même avec les légendaires maîtres-archers de la race des elfes pointant leurs arcs et leurs flèches sur lui, Neo n’eut aucun mal à déclarer d’une voix traînante : « D’abord, je rencontre des elfes noirs. Ensuite, je rencontre des elfes. Si j’avais su que partir à l’aventure serait si amusant, j’aurais laissé mon travail à Grisia deux ans plus tôt. »

En entendant cela, Aldrizzt inclina la tête, roula des yeux à l’intention de Neo et rétorqua : « Je plains réellement ton apprenti. » Par la suite, il se tourna pour faire face aux elfes et cria : « Je suis un elfe noir, mais l’humain près de moi est innocent. S’il-vous-plaît, ne lui faites pas de mal. »

« Aldrizzt, quel genre d’absurdité es-tu en train de raconter ? Je suis en effet innocent, mais tu l’es également ! »

Après avoir réprimandé Aldrizzt, Neo regarda les nombreux elfes présents et hurla : « Nous sommes pourchassés par une armée d’elfes noirs et cherchons votre protection ! »

Tous les elfes se figèrent sous le choc pendant un certain temps avant de se tourner vers Aldrizzt.

« C’est un… » Neo se tut un instant avant de trouver les mots justes. Il poursuivit : « … Déserteur fuyant les elfes noirs. Vous ne voudriez surement pas tuer un elfe noir qui a changé pour devenir une meilleure personne et un humain qui est très gentil pour commencer, n’est-ce pas ? »

Toi ? Gentil ? Si c’est vrai, dans ce cas les elfes noirs ne doivent pas être maléfiques en comparaison. Aldrizzt dut employer toutes ses forces pour empêcher son expression faciale de changer.

En entendant l’affirmation de Neo, les elfes froncèrent des sourcils avec incrédulité. Toutefois, ils n’attaquèrent toujours pas. Quelques elfes avaient même posé leurs armes et commencé à parler entre eux, comme s’ils discutaient de ce qu’ils devraient faire. Cependant, ils parlaient dans le langage des elfes que Neo ne comprenait pas.

Neo murmura à son compagnon : « Est-ce que tu comprends le langage des elfes ? »

Aldrizzt leva à nouveau les yeux au ciel et répliqua : « Dès l’instant où des elfes et des elfes noirs se rencontrent, ils se mettent à s’entretuer. Penses-tu réellement que nous discutons avec l’ennemi ? »

Neo émit un « tss » et commanda à moitié : « La prochaine fois, tu devras apprendre le langage des elfes, parce que je n’autoriserai pas notre compagnon elfe à parler dans mon dos dans le langage des elfes sans que j’en comprenne un mot ! »

Est-ce que c’est vraiment le moment de s’inquiéter de savoir si notre futur compagnon elfe va parler dans ton dos ? Tu devrais plutôt t’inquiéter de savoir si nous allons être transformés en oursins par les flèches des elfes !

Aldrizzt jeta discrètement un coup d’œil aux elfes qui débattaient encore. Il n’y avait aucune indication quant à la fin de leur discussion, comme ils parlaient sans se presser avec une attitude relaxée et sans signe de colère sur leurs visages. Ils semblaient juste au milieu d’une discussion très ordinaire comme s’ils se demandaient où ils iraient chasser aujourd’hui.

Aldrizzt les observa joyeusement. Pendant ce temps, les expressions furieuses sur le visage des elfes, qui tenaient encore leurs armes, disparurent progressivement. À la place, ils contemplaient Aldrizzt avec curiosité.

Cependant, Neo commençait à se lasser d’attendre et avait déjà bâillé Dieu sait combien de fois. Il se plaignit : « Qu’est-ce qui leur prend autant de temps ? Quelle inefficacité. »

Aldrizzt répondit brusquement : « Leurs vies ne sont pas aussi courtes que celles des humains. Crois-tu vraiment qu’ils se préoccupent de choses comme l’efficacité ? »

Neo fronça les sourcils et afficha une expression peinée. Il demanda : « Ils ne vont pas parler pendant une centaine d’années, j’espère ? »

Aldrizzt sourit et secoua la tête en disant : « Ça ne va pas aller jusque-là, mais, puisque les elfes vivent approximativement cinq fois plus longtemps que les humains, le temps qu’ils passent à discuter doit aussi être cinq fois plus longs. Donc, en considérant la durée que les humains passent à discuter, tu devrais être capable d’estimer combien de temps les elfes vont y passer. »

Neo réfléchit et répondit : « En me basant sur la durée que le Chevalier du Jugement et moi passons à discuter, les elfes devraient avoir fini d’ici une minute. Mais, si on se base sur la durée que le Pape et ses prêtres passent à débattre de problèmes… »

« Combien de temps cela prendrait-il ? »

« J’aimerais mieux faire demi-tour et combattre cinquante elfes noirs, plutôt que de gâcher ma vie ici. Sache que j’ai qu… »

Soupçonneux, Aldrizzt tourna immédiatement la tête et s’enquit : « Qu… ? »

« Qu… Qu… que je ne suis plus un jeune homme ! » Neo toussa et dit avec impatience : « Tu dois savoir que nous, les humains, ne vivons pas aussi longtemps que les elfes ou les elfes noirs, alors nous devons faire bon usage de notre temps. »

Aldrizzt plissa son regard déjà très fin. Il considéra Neo d’un œil très méfiant, pendant que ce dernier employait ses vingt ans d’expérience à être le Chevalier du Soleil pour sourire radieusement à Aldrizzt comme si rien ne clochait dans ses propos.

« Si je puis vous demander, avez-vous fini de discuter tous les deux ? »

Neo et Aldrizzt restèrent tous les deux surpris. Ils se retournèrent et découvrirent que tous les elfes les fixaient, leur discussion depuis longtemps terminée.

À ce moment-là, un elfe s’avança et dit avec courtoisie dans le langage des humains : « Si vous souhaitez continuer à discuter, cela ne nous dérange pas d’attendre. »

Neo se vers Aldrizzt et lui s’enquit : « Devons-nous discuter de quoi que ce soit d’autre ? »

Aldrizzt rouspéta : « Pourquoi aurais-je quelque chose à te dire ? »

Neo haussa les épaules et fit face à l’elfe. Il déclara : « Nous avons fini de discuter. »

L’elfe responsable des négociations les observa, un peu intrigué. Ce fut seulement quand il eut entendu la réponse de Neo qu’il hocha la tête et dit : « Nous sommes d’accord pour vous escorter tous les deux jusqu’à la lisière de la forêt, mais vous devez jurer de ne plus jamais entrer dans cette forêt. Si vous osez à nouveau y mettre les pieds, nous ne montrerons aucune pitié envers vous. Soyez certains de prendre note de ce point. »

Neo n’était pas très satisfait de la conclusion à laquelle les elfes étaient arrivés, mais Aldrizzt poussa un grand soupir de soulagement. Au départ, il s’était préparé à l’idée de mourir entre les mains des elfes et n’aurait jamais cru que les elfes le laisseraient partir, encore moins qu’ils l’escorteraient.

Aldrizzt remercia d’abord les elfes d’un signe de la main avant d’ajouter anxieusement : « Merci d’offrir de nous escorter, mais il vaudrait mieux que vous envoyiez davantage d’elfes, parce que nous sommes poursuivis par plus de cinquante elfes noirs. Nous en avons bien tué quelques-uns, mais ils ne sont sans doute pas moins de cinquante. Par conséquent, si vous n’êtes pas assez nombreux, vous ne réussirez pas à effrayer mon peuple. »

L’elfe se raidit quand il entendit le rappel amical d’Aldrizzt. Toutefois, par la suite, il sembla s’en vouloir de sa réaction et acquiesça donc à nouveau d’un signe de tête.

Bien qu’il eût reçu ce genre de réponse, Aldrizzt en était tout de même très heureux. Auparavant, même s’il avait rencontré des humains, ceux-ci ne lui auraient pas offert un simple hochement de tête en réponse. À la place, ils auraient sans doute hurlé, se seraient enfuis en courant, ou l’auraient attaqué sur-le-champ. Maintenant que les elfes, qui étaient censés être ses ennemis jurés, le traitaient avec une réponse plus ou moins amicale, il en ressentait un réel sentiment d’accomplissement.

Néanmoins, Neo était extrêmement insatisfait. Durant les vingt années où j’ai été le Chevalier du Soleil, quand ai-je déjà été traité de la sorte ? Sa mine était sombre, alors qu’il ricanait : « Mon partenaire vous a gentiment avertis, et vous lui témoignez ce genre d’attitude ? Vous croyez-vous vraiment à ce point supérieurs aux autres ? »

« Neo, ne dis pas ça. » Aldrizzt interrompit rapidement son compagnon. Il continua en disant : « Après tout, les elfes ne sont pas obligés de nous escorter. »

« Bien sûr qu’ils en ont l’obligation ! Si tu rencontrais un elfe qui était pourchassé, ne lui tendrais-tu pas une main salvatrice ? Et en l’aidant, est-ce que tu agirais comme si tu étais supérieur aux autres ? »

Confronté au reproche de Neo, Aldrizzt hésita. Naturellement, il tendrait une main pour venir en aide à son prochain, et il n’agirait pas comme s’il était supérieur. Mais…

Neo rit froidement et annonça de manière extrêmement arrogante : « Nous préférons nous battre jusqu’à la mort sous le regard du Dieu de la Lumière, plutôt que d’accepter votre charité au prix de notre dignité ! »

L’elfe regarda Neo, complètement sous le choc. Pendant un instant, il ne sut pas comment réagir.

« Aldrizzt, c’est le moment de partir ! » Sans donner aux elfes le temps de réfléchir, Neo invita Aldrizzt à le suivre et se tourna réellement pour partir.

Aldrizzt sursauta, puis se dépêcha de le suivre.

Après qu’ils eurent tous les deux marché en silence sur une certaine distance, Aldrizzt nota de vagues signes que des personnes les suivaient. Inquiet, il observa les traqueurs pendant quelque temps, uniquement pour découvrir avec surprise que les traqueurs étaient en réalité…

« Les elfes nous suivent », murmura-t-il à Neo.

Neo inclina la tête en arrière et jeta un regard. Il regarda alors immédiatement vers l’avant comme si rien n’était arrivé et dit sans apprécier : « Ce sont eux qui aiment nous suivre, je ne voulais pas de leur aide. »

Aldrizzt rit presque tout haut. En même temps, il se détendit également. Si une armée complète d’elfes était aux alentours, son peuple n’oserait surement pas les attaquer. Ils étaient, après tout, à la surface. Aussi, ils se trouvaient dans la forêt où vivaient les elfes, donc les elfes noirs n’avaient pas l’avantage.

Et, agir quand ils n’avaient pas l’avantage n’était assurément pas le style des elfes noirs.

 

 

Les elfes avaient tenu leur parole, escortant les deux compagnons jusqu’à la sortie de la forêt. Le voyage était extrêmement paisible, et pas un seul elfe noir ne fut aperçu.

Alors que les deux compagnons sortaient de la forêt, la première chose qu’ils virent ne fut pas une falaise ou un désert, mais une petite ville pas très éloignée. Aldrizzt en ressentit un réel exploit. Toutes les choses sont disposées à changer, et peut-être que son extrême malchance d’avant était maintenant devenue de la chance.

Ils entendirent un bruit derrière eux et se retournèrent simultanément, seulement pour voir un elfe apparaître entre les arbres. Vu son allure, il devait probablement être l’elfe qui avait été chargé des négociations.

L’elfe les observa tous les deux et déclara sévèrement : « Nous avons honoré notre promesse, donc honorez la vôtre s’il-vous-plaît. N’entrez plus jamais dans la forêt. »

Neo émit seulement un « hmph », mais Aldrizzt hocha immédiatement la tête.

Bien que Neo n’exprimât pas son accord, la personne dont les elfes se méfiaient le plus était Aldrizzt. Par conséquent, après qu’Aldrizzt lui eût fait sa promesse, l’elfe se retourna pour partir.

« Attends ! »

L’elfe s’arrêta de marcher et se retourna vers l’humain qui lui avait crié d’attendre.

Neo sourit joyeusement en posant une série de questions : « Quel est ton nom ? Es-tu un homme ou une femme ? Un archer ou un mage ? »

Surpris, Aldrizzt observa Neo avec une expression bizarre. Il pensa, Est-ce que Neo va vraiment demander à l’elfe de joindre notre groupe ?

L’elfe fixa froidement Neo et répondit : « Je suis Evaclair. » Après cela, elle partit sans se retourner.

Quand l’elfe fut loin, Aldrizzt murmura : « Ne pouvais-tu pas voir que c’était une femme elfe ? Comment as-tu pu lui poser une question aussi impolie ? »

Plutôt que de répondre à Aldrizzt, Neo s’enquit : « Est-ce que tous les elfes présents étaient des femmes ? »

Aldrizzt fixa Neo étrangement et répondit naturellement : « Non, il y avait à peu près autant d’hommes que de femmes. »

« Je n’arrive pas du tout à les différencier… »

Aldrizzt eut soudain un mauvais pressentiment. Il demanda vivement : « Attends, tu sais que je suis un homme, n’est-ce pas ? »

« Évidemment que je le sais ! »

Aldrizzt se calma.

Neo dit fièrement : « Je m’en suis rendu compte trois jours après que nous nous soyons rencontrés. »

« … »

La Légende du Chevalier du Soleil T4C6 : Vaincs Tes Ennemis En Chemin

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 6 : Defeat Enemies Along the Way – traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]
Chapitre 6 : Vaincs Tes Ennemis En Chemin – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Après avoir lancé le sort des Ailes de Dieu sur moi, je m’obligeai à courir à toute allure pendant une demi-heure pour rejoindre le reste de l’équipe.

Je pensais qu’ils seraient plus loin, mais ils étaient en fait étonnamment proches… En y repensant, je faillis être saisi de sueurs froides. Si j’étais resté une seconde de plus à discuter avec Ecilan, ils m’auraient peut-être déjà rattrapé.

Cependant, tandis que je m’approchais d’eux, je réalisai qu’ils étaient en train de faire une pause. Le feu de camp avait l’air d’être allumé depuis un bon moment déjà.

S’ils sont parvenus à se rapprocher autant de moi, pourquoi n’ont-ils pas continué leur poursuite ?

Bien que mon cœur fût rempli de soupçons, je lançai le sort Bouclier de Lumière sur moi, puis j’essayai de rester vigilant afin d’être prêt à m’enfuir à tout instant.

Contrairement à ce à quoi je m’attendais, personne ne ressemblait aux « gracieux, magnifiques et formidables chevaliers sacrés » dont Sybil ne cessait de faire les louanges. À la place, ils étaient tous allongés sur le sol de façon désordonnée, appuyés sur des branches, dormant directement dans la poussière, ou utilisant simplement les jambes de leur compagnon comme oreiller. D’après leur posture, j’imagine que tout le monde serait capable de deviner… qu’ils sont extrêmement fatigués.

Tous les chevaliers sacrés se ressemblaient : ils étaient sales, fatigués, et dormaient comme des loirs. Je n’arrivais même pas à distinguer lequel d’entre eux était le Chevalier de Flamme !

En plus, ils n’ont même pas assigné de chevalier sacré pour monter la garde durant la nuit !

Seules Yuna et Sybil étaient encore éveillées. Elles étaient toutes les deux assises au milieu des chevaliers sacrés qui étaient étendus sur le sol comme un tas de feuilles mortes Elles paraissent un peu fatiguées, mais si on les comparait aux chevaliers à leurs côtés, elles semblaient bien plus énergiques.

Cependant, même si elles semblent énergiques, il est impossible que les chevaliers sacrés aient confié la tâche de monter la garde à deux étrangères pendant qu’eux dorment, n’est-pas ?

La scène sous mes yeux me laissait complètement sans voix. Si je n’avais pas craint pour la vie de Sybil et de Yuna, je me serais contenté de rassembler une grande quantité de l’élément de la foudre pour la faire tomber sur eux. Même « un dieu marchant parmi les vivants » serait réexpédié au paradis après une telle attaque.

Après avoir avancé de quelques pas, je fus assailli par une forte odeur de sueur. C’était terriblement malodorant et aigre, très semblable à l’odeur de la nourriture en décomposition. C’est un mystère que Sybil et Yuna puissent quand même rester assises au beau milieu de ces chevaliers puants sans tourner de l’œil.

À cet instant-là, Sybil me remarqua. Elle arborait un air perplexe et incertain, quand elle tourna la tête vers moi, ne semblant pas sûre de savoir si elle devait sonner l’alarme ou non. En dépit de sa réaction, pas une seule personne parmi les chevaliers sacrés ne se rendit compte de la situation. Qui plus est, aucun d’entre eux ne bougea d’un pouce.

Alors que je sortais du couvert des arbres, les yeux de Sybil s’agrandirent. Je lui fis rapidement signe avec ma main pour lui dire de garder le silence, et je dispersai même l’élément sacré qui camouflait mon visage. Toutefois, elle continuait de me regarder avec les sourcils froncés, comme si elle ne m’avait pas reconnu. Mais, pourquoi ? J’ai clairement déjà dispersé l’élément qui couvrait mon visage…

Soudainement, je me rappelai qu’Ecilan avait lourdement insisté pour que j’enfile un masque qui recouvrirait l’intégralité de mon visage. Ne me dîtes pas que…

Je retirai mon masque.

Les yeux de Sybil s’agrandirent de nouveau, et elle laissa échapper un soupir de soulagement. Elle tira sur la manche de Yuna qui était assise à côté d’elle, lui faisant signe de regarder dans ma direction. Yuna détourna son regard du feu. Une fois qu’elle me fit face, elle manqua de laisser échapper un cri, et porta même les mains à sa bouche pour étouffer le son.

Je ne peux pas m’empêcher de remarquer que, quand les gens me regardent, ils tournent toujours leur visage vers moi… Non, c’est faux ! Ils se servent de leurs « yeux » pour me regarder avant d’être capables de me remarquer.

Pourquoi est-ce différent de ce que je fais ? Je n’ai pas besoin de faire face à quoi que ce soit, ou même d’utiliser mes yeux, pour pouvoir voir tout ce qui m’entoure.

C’est pour cette raison qu’Ecilan a dit que j’étais aveugle… Je ne pus m’empêcher de toucher mes yeux. C’est étrange. J’arrive pourtant à « voir » les objets. C’est juste que la méthode que j’emploie est différente de celle des autres.

Elle est différente de celle des autres… Dans ce cas, qui suis-je exactement ?

J’hésitai, mais je remis quand même le masque. Dans tous les cas, je me sens soulagé quand personne ne peut voir mon visage.

« Grisia. »

Sybil courut vers moi et parla à voix basse : « Pourquoi es-tu venu ici ? »

« La vitesse à laquelle ils avancent est trop rapide. Ils m’ont presque rattrapé. Pourquoi ne les avez-vous pas retardés ? » la questionnai-je en retour au même volume.

Sybil leva les yeux au ciel et continua de parler doucement : « Tu n’as pas idée d’à quel point le Chevalier de Flamme s’est montré féroce envers nous. Quand nous parlions trop, il nous engueulait en criant qu’il allait nous abandonner, Yuna et moi, sur le bord de la route, mais nous l’avons supplié avec persistance pour qu’il ne nous laisse pas là. Même l’excuse qu’un nécromancien en avait après nos vies ne nous a été d’aucune utilité… »

« Alors, il vous a abandonnées ? »

Sybil me fixa d’un regard stupéfait après avoir entendu ce que je venais de dire. Elle répondit comme si c’était l’évidence : « Bien sûr que non. »

Je reniflai avec dédain et répliquai : « S’il avait voulu vous abandonner, il l’aurait fait depuis longtemps. Pourquoi a-t-il perdu son temps à vous engueuler ? En résumé, ses paroles sont blessantes, mais en réalité il a le cœur tendre… »

« Qu’est-ce que tu en sais ? » rétorqua Sybil, mécontente. « Il aurait vraiment pu nous abandonner ! Tu n’as pas vu comment il était, quand il nous criait dessus. Il s’est montré vraiment méchant ! Il va sans dire que le Chevalier de Flamme est le plus féroce des Douze Chevaliers Sacrés. »

« Je… »

Je voulais dire que je le savais, bien sûr, mais je m’arrêtai brusquement de parler. Peut-être que je n’en suis pas si sûr ? D’abord, je ne connais pas le Chevalier de Flamme, donc c’était impossible que je sache s’il allait les abandonner ou non. Après tout, au début, il n’avait pas l’intention de les amener avec lui, n’est-ce-pas ?

« Alors, tu as finalement mordu à l’hameçon ? »

Je fus pris de cours. Au moment où j’entendis ces mots, la terre autour de moi explosa, et une personne surgit du sol. La quantité de l’élément du feu et de l’élément sacré de cette personne était bien plus grande que celle de tous les chevaliers sacrés réunis devant moi. Je n’arrive pas à croire que je ne l’ai pas remarqué… La réserve d’élément sacré chez Ecilan est anormalement élevée ; j’aurais dû me douter que Blaze, qui est également l’un des Douze Chevaliers Sacrés, posséderait une quantité phénoménale de l’élément sacré contrairement à un chevalier sacré ordinaire !

Et, alors, je me rendis compte de quelque chose d’autre. Dans la pile de chevaliers éparpillés sur le sol… il n’y a que sept personnes !

Le Chevalier de Flamme leva son épée géante et la porta à mon cou, pourtant je l’ignorai complètement pour confronter Sybil et Yuna. Essayant de toutes mes forces d’empêcher ma voix de trembler, je prétendis être calme et leur demandai : « Pourquoi m’avez-vous piégé ? »

Elles me fixèrent du regard et se mirent à bégayer tellement qu’elles ne parvinrent pas à former ne serait-ce qu’une demi-phrase cohérente.

Il était impossible qu’elles n’eussent pas remarqué l’absence du Chevalier de Flamme dans la pile de chevaliers par terre… Et, pourtant, elles n’avaient pas pris la peine de me mettre en garde ! Elles avaient même joué le jeu avec lui !

Tout à coup, le Chevalier de Flamme éclata de rire et déclara : « Excellent, excellent ! C’est la première fois que quelqu’un ose complètement m’ignorer ! Pour exprimer mon respect envers toi, je m’assurerai que ton voyage en enfer soit sans douleur. »

En entendant cela, je reportai mon attention sur le Chevalier de Flamme et lui répondis avec indifférence : « Fais comme il te plaira, à condition que cela ne te dérange pas que les sept chevaliers sacrés par terre m’accompagnent dans la mort. »

Le Chevalier de Flamme fut frappé de stupeur en entendant mes paroles. Puis, il s’empressa de hurler en réponse : « Que veux-tu dire ? »

« Même s’ils prétendent être endormis, la fatigue qu’ils ressentent est réelle. » Je ris froidement et poursuivis : « Ils sont si épuisés qu’ils n’ont eu conscience de ma présence qu’une fois emprisonnés par mes chaînes des ténèbres, après que j’aie eu positionné des os sous terre pour leur percer le cœur ! »

Le Chevalier de Flamme se retourna vivement pour vérifier. Chacun de ses chevaliers sacrés était en train de se débattre, et pourtant ils semblaient incapables de bouger ou de se lever.

Néanmoins, pas même une once d’inquiétude transparut dans son expression. À la place, avec le visage teinté de rage, il rugit en s’adressant à ses propres chevaliers : « Dépêchez-vous de vous libérer de ces choses ! Qu’est-ce que vous attendez ? Vraiment, vous faire prendre en otage… n’avez-vous donc pas honte ?! »

Un des chevaliers cria en retour : « N-nous avons essayé, mais nous n’arrivons pas à nous libérer, Capitaine ! »

En entendant cette réponse, le Chevalier de Flamme resta sans voix. À cet instant-là, je m’enquis lentement : « Alors, Chikus. Que dirais-tu de me laisser partir maintenant ? »

Il tourna immédiatement la tête pour me faire face, m’interrogeant avec incrédulité : « Comment m’as-tu appelé ? »

« Chaînes des Ténèbres ! »

Je rugis ces mots. Des chaînes noires densément compactées émergèrent rapidement autour du Chevalier de Flamme. Elles se rétrécirent vite, formant le second cocon humain après celui que j’avais confectionné pour Ecilan.

Cependant, le Chevalier de Flamme garda son calme et sa contenance, comme s’il n’était pas prisonnier d’un cocon géant fait de chaînes. Il se contenta de renifler avec dédain et de me railler : « Utiliser la magie des ténèbres pour affronter l’un des Douze Chevaliers Sacrés ? Tu pourrais aussi bien te servir d’une torche pour essayer de faire évaporer l’eau d’une rivière ! »

« Décharge Électrique ! » criai-je, comme j’exécutais l’unique magie de la foudre que la licorne m’avait appris. L’éclair suivit les chaînes des ténèbres et encercla le Chevalier de Flamme.

« … Ahhhh ! »

Un puissant et mortel courant électrique parcourut les chaînes, mais le Chevalier de Flamme poussa seulement un grognement étouffé avant d’émettre ensuite de la lumière sacrée dans une tentative pour faire fondre l’élément des ténèbres dont étaient faites chaînes. Toutefois, alors qu’il essayait de les faire fondre, je le ligotai rapidement avec de nouvelles chaînes et le récompensai gracieusement d’une nouvelle décharge électrique… Après quelques tentatives, il ouvrit la bouche pour parler. J’éprouvai alors l’envie d’approuver la phrase « un dieu marchant parmi les vivants » pour le décrire. Cet homme ressemblait à tout sauf  à un être humain ordinaire.

D’un ton empli de doutes, il me questionna : « Pour posséder un élément des ténèbres aussi puissant… Mais, qui es-tu donc ? »

Je ne pus m’empêcher de me sentir affecté par sa question. Je suis celui qui, plus que quiconque, veut connaître la réponse à cette question !

Toutefois, je cachai mon anxiété et demandai en retour : « Ecilan a dit que je suis le Chevalier du Soleil. Qu’en penses-tu ? »

Le Chevalier de Flamme provoqua une violente explosion de lumière sacrée. D’un seul coup, l’élément des ténèbres que j’avais rassemblé fut complètement dispersé. Par chance, les chaînes qui entouraient les autres chevaliers ne furent pas touchées. J’avais toujours des otages sous la main pour le menacer.

« Pfff ! » Il répondit d’un ton glacial : « As-tu l’intention de continuer à raconter des mensonges pour distraire mon attention ? Tu essayes de me duper, hein ? »

Ayant dit ce qu’il voulait, il se précipita brusquement vers moi. Je le fixai avec un regard vide, pendant un instant, avant d’être capable de réagir. Lorsque je me servis des otages pour le menacer, il interrompit son élan, mais il était déjà à moins d’un mètre de moi.

Surpris, je m’exclamai précipitamment : « Attends une seconde, et ne sois pas aussi brusque ! Ne me dis pas que tu ne te préoccupes pas des chevaliers sacrés… »

« Si tu en as les tripes, alors vas-y, tue-les ! »

Tout en rugissant ces mots, il tendit sa main, m’agrippant puissamment par le col, et attira mon visage à moins de dix centimètres du sien. Il ajouta férocement : « Je ne sais pas comment tu as réussi à soumettre Ice, mais il a dû tomber dans un piège sournois ! Si tu penses que je vais combattre honorablement comme le fait Ice, que je vais te donner l’opportunité d’utiliser tes coups bas, tu te trompes complètement ! Tant que je peux te tabasser jusqu’à te réduire en bouillie, merde, je me fous du reste ! Tu es un tel obstacle ! »

Un obstacle ? Je restai perplexe un instant avant de répliquer : « Oh, c’est vrai. N’es-tu pas à la recherche du Chevalier du Soleil ? Mais, tu vois, Ecilan a vraiment dit que c’était moi… »

« La ferme ! » Le Chevalier de Flammes eût l’air d’utiliser toute la puissance de ses cordes vocales pour rugir : « C’est impossible que tu sois Sun ! C’est définitivement impossible ! »

Définitivement impossible ? Je vois, c’est donc ainsi… Je demandai avec une voix dénuée d’émotion : « Ok, donc si c’est définitivement impossible que je sois le Chevalier du Soleil, dans ce cas ça veut dire qu’Ecilan me ment ? »

Le Chevalier de Flamme hurla avec rage : « Tu n’es pas autorisé à bafouer le nom de Sun plus longtemps ! Sun n’est absolument pas un tas de merde comme toi ! Jamais de sa vie il ne blesserait un autre chevalier sacré ! Jamais ! »

Après s’être époumoné, il leva sa longue épée géante et l’abattit sur moi. Une chaîne des ténèbres s’enroula immédiatement autour de sa main, l’empêchant d’achever son geste. Mais, avec juste une illumination de lumière sacrée, la chaîne se dissipa à nouveau. Même ainsi, ce court délai me laissa suffisamment de temps pour m’échapper de son emprise.

Je reculai de plusieurs pas, encore et encore, avant de m’exclamer : « Prison d’Os ! »

Telle une vision d’horreur, des os blancs surgirent du sol, s’accumulant couche par couche pour former des murs blancs faits d’ossements. Cependant, le Chevalier de Flamme n’eut même pas l’air d’y prêter la moindre attention. D’un geste de son épée, les os furent coupés aussi facilement que du papier.

Prison d’Os ! Je renforçai immédiatement les murs d’os avec de nouvelles couches.

« Ne bouge pas ! N’approche pas ! » l’avertis-je d’une voix menaçante. « À moins que tu ne veuilles voir tes chevaliers sacrés mourir sous tes yeux ! »

Je resserrai les chaînes autour des sept chevaliers sacrés, mais ils ne laissèrent échapper qu’un unique cri avant de ne plus émettre le moindre son. Toutefois, un seul cri fut suffisant. Comme je m’y attendais, le Chevalier de Flamme arrêta ses tentatives pour m’attaquer. Son expression laissait suggérer qu’il était sur le point d’exploser, mais il ne continua pas son assaut.

Même si ce chevalier n’arrête pas de me mettre au défi de les tuer, il n’y a vraiment que sa langue qui soit aiguisée, car il a le cœur tendre. Après avoir entendu le gémissement de ses chevaliers sacrés… Non ! Ce n’était même pas un gémissement. C’était juste un cri étouffé, mais ça a été suffisant pour l’arrêter. À présent, il n’ose plus lever la main sur moi.

Puisque je ne suis pas le Chevalier du Soleil, si je blesse les chevaliers sacrés, et même si je tue le Chevalier de Flamme, c’est sans importance, n’est-ce pas ?

Me sentant d’humeur insolente, j’ordonnai au Chevalier des Flammes : « Toi, poignarde-toi avec ton épée ! »

Quand le Chevalier de Flamme m’entendit, ses yeux devinrent si grands qu’on aurait dit qu’ils allaient se fendre en deux.

Yuna poussa un cri perçant : « Grisia, ne fais pas ça ! Ils veulent juste récupérer le Chevalier de Glace ! »

« Alors, tu crois vraiment ce qu’il dit ? » Je lui répondis avec cynisme et ridicule. Au même instant, afin de ne prendre aucun risque, je fabriquai plusieurs épées en os et les suspendis toutes au-dessus des chevaliers sacrés.

« Arrête ! »

Le Chevalier de Flamme leva son Épée Divine de Flamme une nouvelle fois, mais son geste et son cri disparurent simultanément tous les deux lorsque je posai une épée d’os au-dessus de la gorge d’un des chevaliers sacrés.

Bien qu’il baissât sa lame, sa voix tremblait de rage, lorsqu’il grogna : « Personne n’a le droit de poser une lame sur la gorge de mon vice-capitaine ! »

Je m’en doutais, j’ai choisi la bonne personne ! J’affichai un sourire suffisant. Depuis le début, ce chevalier sacré était celui chargé de répondre aux questions du Chevalier de Flamme. Je pouvais sentir qu’il était un peu différent du reste des chevaliers sacrés.

« Grisia, calme-toi ! » Yuna arborait un air si anxieux qu’elle semblait être au bord des larmes. Elle sanglota : « Laisse-les partir ! Le Chevalier de Flamme est l’un des Douze Chevaliers Sacrés ! Ils ne mentent jamais, et il veut vraiment juste sauver le Chevalier de Glace… »

La voix de Yuna disparut brusquement.

Aïe !

Soudain, je ressentis une violente douleur dans mon dos. Ce ne fut qu’à cet instant-là que je remarquai qu’une flèche était plantée dans mon corps ; Sybil se tenait non loin de là, son arc levé…

Le Chevalier des Flammes saisit cette opportunité pour m’attaquer. Je parvins de justesse à reculer d’un pas, mais sa gigantesque épée trancha tout de même mon épaule gauche jusqu’à ma poitrine, créant une large plaie béante.

Cela se termina avec un coup à l’estomac ; le Chevalier de Flamme me fit tomber à terre d’un coup de pied. Mon corps était étalé sur le sol, tandis que le Chevalier de Flamme pressait son genou contre mon abdomen pour me restreindre. Puis, il appuya de nouveau son Épée Divine de Flamme contre mon cou.

Mais, ce n’est absolument pas nécessaire. Si je le pouvais, je lui confirmerais que la douleur est tellement forte que je suis incapable de me lever. Rassembler l’élément des ténèbres est encore plus impossible. Hélas, j’ai si mal que je ne peux même pas ouvrir la bouche pour lui garantir tout ça.

« Grisia ! »

Sybil et Yuna accoururent. Même si Sybil était celle qui m’avait tiré dessus avec son arc un instant auparavant, elle était à présent anxieusement en train de négocier avec le Chevalier de Flamme : « Chevalier de Flamme ! Vous nous aviez promis que vous ne le tueriez pas ! »

« C’est pour ça qu’il est toujours en vie. » Il ne se retourna même pas vers elles, lorsqu’il leur répondit.

Je ris avec amertume. Et, dire que je pensais que c’était parce que j’avais reculé d’un pas que j’étais toujours en vie… Mais, apparemment non ? C’est uniquement parce que le Chevalier de Flamme se sentait d’humeur à faire preuve d’un peu de compassion ?

« Mais, mais… » Sybil bégaya avec anxiété, incapable de formuler ne serait-ce qu’une demi-phrase. Tout ce qu’elle parvint à faire fut de se tourner vers moi pour me dire : « Je suis désolée Grisia. Ne bouge pas imprudemment. Le Chevalier de Flamme ne te blessera pas. »

Oh ? À moins de me tuer, je ne crois pas qu’il puisse me blesser davantage.

Le Chevalier de Flamme s’exclama : « Il est temps pour moi de voir à quoi tu ressembles, ordure », tout en approchant sa main pour saisir mon masque.   

À ce stade, je perdis soudainement toute envie de me débattre. Je ferais aussi bien de le laisser voir mon visage. Peut-être même que je pourrais enfin savoir si je suis vraiment le Chevalier du Soleil ou non. Quel que soit le résultat, même si je ne suis pas le Chevalier du Soleil, ou même si mon visage finit sur les affiches des criminels recherchés à cause de cela, plus rien n’a d’importance.

Dis-le-moi ! Est-ce que je suis le Chevalier du Soleil, ou est-ce que je ne le suis pas ? Est-ce qu’Ecilan m’a vraiment menti ? Les yeux du Chevalier de Flamme s’agrandirent, et il poussa un cri d’exclamation.

« Tu… »

« Tu » ?

Est-ce que c’est : « “Tu” es vraiment le Chevalier du Soleil ? »

Ou est-ce : « En fin de compte, tu n’es qu’un misérable nécromancien recherché ? »

Qu’est-ce qui vient après le mot « “Tu” » ?

Je l’ignorais ; le Chevalier de Flamme était depuis longtemps hors de mon champ de vision. Je couvris mes deux yeux de mes mains, même si ce geste ne m’empêchait pas de voir…

Je criai : « Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu enlevé pile à ce moment ? »

« Scarlet ! »

Je me redressai et me tournai pour faire face à la petite fille, pendant que je criais son nom. Par la suite, je crachai une mare de sang. Ma conscience commença subitement à s’estomper. Tandis qu’un voile de ténèbres m’enveloppait, j’entendis la voix douce d’une petite fille. Elle contenait une pointe de compassion et une pointe de pitié…

« Parce qu’ils essayent de te tromper, Grisia. Ils te mentent. »

Oh ? Donc, en plus d’Ecilan qui me ment, il y a aussi Sybil, Yuna, et même le Chevalier de Flamme ?

Dans ce cas, cela ne veut-il pas simplement dire que tout le monde me ment ?