La Reine Guerrière TP1C7 : Entrelacées

posted in: La Reine Guerrière | 0

La Reine Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Chapter 7: Intertwined—traduit du chinois vers l’anglais pas CesiumBlack[PR!]
Chapitre 7 : Entrelacées – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par Nocta

Ils coururent tous les deux pendant une assez longue période de temps. Ce ne fut qu’en voyant que Silvestre cherchait désespérément son souffle, comme s’il était sur son lit de mort, que Manteau Rouge ralentit ses pas jusqu’à marcher.

Silvestre poussa un soupir de soulagement. Après avoir marché le long d’une section de la route et avoir retrouvé son souffle, il lâcha immédiatement : « Reine Guerrière, viens avec moi retrouver mon maître ! »

« Non ! » répliqua Manteau Rouge d’une voix forte.

Silvestre sursauta, mais n’avait pas l’intention d’abandonner aussi aisément. Après s’être donné autant de mal pour trouver la Reine Guerrière, il ne pouvait pas abandonner, quoi qu’il advienne !

« Ce n’est pas très loin d’ici, à seulement deux jours de voyage… »

Manteau Rouge cessa de marcher, ses iris noirs sondant le visage du barde. Elle répondit indifféremment : « Je n’irai pas voir LL avec toi. »

En entendant cela, Silvestre pencha la tête et demanda tristement : « Même s’il s’agit d’une tombe, tu n’es toujours pas d’accord pour y aller ? »

Manteau Rouge était sous le choc. Elle regarda en direction de Silvestre, se servant de ses yeux pour lui en demander silencieusement la confirmation. Son compagnon acquiesça d’un signe de tête.

Ce ne fut qu’après une très longue pause que Manteau Rouge força une courte phrase à sortir de sa bouche. « Comment est-il mort ? »

« D’une maladie », déclara honnêtement Silvestre. « Il y a deux ans, mon maître a attrapé la tuberculose et est mort après être resté cloué au lit pendant un mois. Son corps n’allait pas très bien dès le départ, et il toussait souvent de façon incontrôlable pour une raison que j’ignore… »

« C’était des blessures internes. » Manteau Rouge expliqua calmement : « Il avait précédemment souffert de blessures internes extrêmement graves. »

Silvestre écarquilla les yeux. Il n’était pas au courant de cela, présumant toujours que son maître avait toujours été malade. D’ailleurs, son maître ne lui avait jamais parlé de ce problème.

« Avant de mourir, mon maître voulait que je te retrouve. Il ne me laisserait hériter de sa harpe et ne me libérerait de mon devoir de chanter La Ballade de la Reine Guerrière pendant trois jours que si je te retrouvais et recevais une réponse. » Silvestre employa un ton implorant pour la supplier : « Que tu veuilles me donner une réponse ou pas, je t’en prie, viens au moins avec moi rendre visite à mon maître ! »

Manteau Rouge fut incapable de refuser cette requête d’aller montrer ses respects à un camarade décédé.

 

 

Alors qu’ils marchaient tous les deux à travers la forêt, Manteau Rouge était, à l’origine, satisfaite de simplement rester silencieuse et de suivre Silvestre, mais plus ils avançaient et plus elle songeait que quelque chose n’allait pas. Elle avait initialement cru que cette forêt n’était qu’un lieu à mi-chemin de leur destination, mais ils marchaient dans les environs depuis un long moment déjà. Ne me dîtes pas que c’est notre destination ?

« Tu n’as pas enterré LL dans une forêt, j’espère ? » Manteau Rouge agrippa rageusement Silvestre par le col, en grondant : « Si tu l’as enterré ici, il va être déterré et dévoré par des animaux sauvages ! Si la tombe de LL a été déterrée, c’est moi qui vais te creuser une tombe ! »

Silvestre s’empressa de nier : « Non, non, j’ai enterré mon Maître dans un très joli endroit surplombant la mer ! C’est juste que je dois d’abord aller retrouver Dieu, avant de rejoindre mon Maître ! Je me souviens de L’avoir posé sur un arbre dans cette forêt, mais pourquoi est-ce que je n’arrive pas à retrouver cet arbre… »

Le visage de Manteau Rouge était inexpressif.

Apercevant son visage vide d’expression, Silvestre pressentit que la situation avait pris une mauvaise tournure, alors il cria vite : « Dieu ! Où es-tu !? J’ai oublié où je t’ai laissé ! Sors vite ! »

« Même si un glob doré existait vraiment, tu t’imagines réellement qu’il t’aurait attendu dans cet arbre pendant tout ce temps ? »

« Évidemment ! » Silvestre hocha la tête avec confiance, en affirmant : « Sans moi, Dieu ne bougera pas d’un millimètre ! »

Bon sang, j’ai envie de te frapper jusqu’à-ce que tu sois celui qui ne peux pas bouger d’un millimètre ! Manteau Rouge était sur le point de perdre son sang-froid. Elle ignorait honnêtement où LL avait déniché un étudiant aussi ridicule.

« Aïe ! »

Le corps tout entier de Silvestre se retrouva soudainement plaqué au sol. Il lâcha quelques grognements de douleur, jusqu’à-ce qu’il entende Manteau Rouge dire : « Toujours pas debout ? Est-ce que tu as besoin que je te donne un coup de pied ou deux ? »

Normalement, ne devrait-on pas demander si la personne a besoin d’aide pour se relever ? Se sentant contrarié, Silvestre se remit debout. Cependant, il découvrit que sa tête était plutôt étrange.

« Oh non, ma tête est vraiment lourde ! Je crois que j’ai peut-être une commotion cérébrale ! »

Après qu’il eût fini de crier d’inquiétude, il remarqua que le regard de Manteau Rouge était en quelque sorte bizarre. En fait, on aurait dit que son regard n’était pas rivé sur lui mais plutôt au-dessus de sa tête… Il s’écria de surprise et de joie : « Ah ! Dieu, tu es revenu ? »

Manteau Rouge fronça les sourcils et regarda la chose sur la tête de Silvestre. Elle avait l’air du même glob régulier : un glob transparent et gélatineux qui ressemblait à de la gelée de fruit. C’était simplement que le glob n’était pas de l’habituelle couleur verte, mais plutôt d’une couleur dorée à la place. Elle ne s’attendait pas vraiment à ce qu’il y ait réellement un glob doré… Attendez, est-ce qu’il a des yeux ?

Malgré le fait qu’ils fussent très petits, tels deux graines de sésame suspendues à l’intérieur d’une gelée de fruit, ils avaient vraiment l’air d’yeux. Cependant, les globs ne devraient pas avoir d’yeux. Qui plus est, il y avait même un design coloré brillant au centre de cette chose en forme de tas, qui ressemblait à un motif décoratif au premier coup d’œil.

En dépit de ce qu’était cette chose, il n’y avait aucune chance pour que ce fût un dieu, même si Silvestre le serrait dans ses bras en répétant encore et encore : « Dieu, c’est une bonne chose que tu ne te sois pas perdu ! », « Dieu, tu étais en forme ces derniers jours ? », « Hahaha, cesse de remuer, tu me chatouilles ! »

Si c’est un dieu, dans ce cas il y a un dieu dans chaque maison… gardé dans la niche du chien à l’extérieur !

« Dieu, voici une nouvelle amie ! Dis bonjour ! » Silvestre lui présenta Manteau Rouge.

« Dieu » voulut montrer une attitude amicale, donnant initialement l’impression qu’il voulait sauter sur elle. Toutefois, en voyant les yeux de Manteau Rouge remplis d’un avertissement qui semblait vouloir dire « Si tu oses t’approcher, je vais te transformer en chaire à pâté », « Dieu » retourna immédiatement dans les bras de Silvestre, se servant même d’une queue qu’il venait tout juste de sortir pour fermement se jeter sur son bras, refusant de saluer l’autre parti même sous menace de mort.

« Haha, Dieu est juste un peu timide ! » dit Silvestre en riant.

« Tu l’appelles Dieu ? » Manteau Rouge déclara d’un ton monotone : « Je vais lui donner un nouveau nom. À partir de maintenant, appelons-le Oh-mon-dieu ! »

« Oh-mon-dieu ? » Silvestre approuva d’un signe de tête : « C’est un très beau nom. Dieu est mon petit Dieu, après tout ! »

C’est « Oh-mon-dieu » comme pour : oh mon dieu, qu’est-ce que c’est que cette chose !? Manteau Rouge ne se donna pas la peine d’expliquer davantage, étant donné que la seule raison pour laquelle elle avait donné un nom à Oh-mon-dieu était pour empêcher Silvestre d’appeler un glob mutant « Dieu » à plusieurs reprises au milieu d’une cité, et afin d’éviter les problèmes que cela pourrait occasionner.

Manteau Rouge lui rappela de façon impassible : « Il se fait tard ! Nous devrions nous dépêcher. »

« Tu as raison ! »

 

 

« Nous y sommes, nous y sommes ! »

Ils atteignirent tous les deux leur destination dans la soirée le jour suivant, beaucoup plus rapidement que les deux jours prédits par Sylvestre. C’était évidemment dû à leurs deux styles de voyage excessivement différents. Silvestre s’arrêtait fréquemment pour observer des fleurs ou de l’herbe, mais Manteau Rouge, qui venait tout juste de recevoir les nouvelles de la mort d’un camarade, n’avait aucune inclinaison ou patience pour faire une telle chose.

Après avoir reçu des coups de pieds plusieurs fois, Silvestre n’avait plus tendance à s’arrêter fréquemment lui non plus.

Il y avait de l’herbe près du bord de la falaise. La vue était superbe, permettant aux gens de surveiller l’océan.

Malgré le fait que Silvestre eût dit que c’était à cet endroit, il n’y avait aucune pierre tombale. Manteau Rouge jeta un regard extrêmement peu amical à Silvestre.

Ce dernier désigna immédiatement du doigt le gros rocher qui ne se trouvait pas très loin, en disant : « Mon maître est enterré à côté de cette grosse pierre, parce qu’il ne voulait pas que je lui dresse une pierre tombale. Il souhaitait aussi être enterré directement dans la terre, ne voulant même pas d’un cercueil. Il a dit qu’une fois qu’on meurt, on doit retourner à la terre, et même si nous sommes mis dans un cercueil et recevons une pierre tombale, n’allons-nous pas pourrir de toute manière ? Alors, ça n’a aucun sens. »

Manteau Rouge regarda le rocher qui mesurait presque la moitié de la taille d’un homme, en même temps que des bribes provenant de l’explication de Silvestre étaient captés par ses oreilles. « Je craignais de ne pas retrouver son lieu de repos, alors je l’ai enterré à côté de cette grosse pierre. »

Manteau Rouge hocha la tête, étant donné que d’être enterré directement dans la terre sonnait vraiment comme quelque chose que LL préférerait. Elle marcha en direction du large rocher…

« Tu marches déjà sur mon maître », fit remarquer Silvestre.

Manteau Rouge recula de deux pas, inexpressive, et baissa la tête en fixant le sol du regard.

« Hum, je crois que tu lui marches toujours sur les pieds », affirma Silvestre, un peu à contrecoeur.

« Dans ce cas, laisse-le se faire marcher dessus ! » Manteau Rouge cria soudainement avec colère : « Il le mérite de toute manière ! Pour ne même pas m’avoir dit qu’il était mourant, cet enfoiré ! »

Silvestre n’osa pas faire le moindre bruit.

Après avoir hurlé, Manteau Rouge se tut et, durant un long moment, ne prononça pas un seul mot. Elle resta ainsi pendant si longtemps que Silvestre commençait à somnoler. Il avait vraiment trop repoussé ses limites durant leur voyage hier soir et aujourd’hui, et il était si fatigué qu’il pourrait s’asseoir sur le sol et tomber sur-le-champ endormi…

« Lorenzo, tu te trompais. »

La phrase murmurée réveilla Silvestre. En fait, c’était plutôt surprenant à quel point il était alerte en ce moment, regardant fixement le dos de Manteau Rouge avec anxiété.

« Quand tu m’as demandé si j’aimais toujours Lancel, je ne t’ai pas répondu. Peut-être que je l’aimais encore, mais, alors que j’empêchais le massacre fait par les démons, certainement, la majorité du temps je ne faisais que prier afin qu’il n’y ait pas de brèche dans le col de la montagne, et afin que les soldats à mes côtés vivent suffisamment longtemps pour voir un autre jour. Oublie l’idée de recevoir des nouvelles du mariage de Lancel, même si ça avait été des nouvelles de sa mort, j’ai bien peur que j’aurais tout de même seulement été capable de me soucier de savoir s’il y avait suffisamment de gens pour apporter leur soutien sur les lignes de front ou trouver comment mieux protéger le col.

« Honnêtement, je ne suis pas faite pour parler d’amour. »

Même si la racine de toute cette histoire était en fait l’amour, en fin de compte, cette raison initiale n’a plus d’importance… En songea à cela, Manteau Rouge lâcha un rire auto dépréciatif.

« Dans ce cas, que désires-tu faire après tout cela ? » s’enquit tranquillement Silvestre, profondément inquiet à l’idée de mettre en colère Manteau Rouge qui s’adressait présentement à un vieil ami.

Manteau Rouge devint silencieuse, puis ouvrit la bouche : « Je désire contempler le ciel, la liberté ; c’étaient les rêves que j’avais à l’origine et que j’avais oubliés pendant trop longtemps : le désir d’explorer chaque parcelle de ce monde. »

Finissant de parler, elle observa silencieusement le gros rocher, les yeux remplis de chagrin. Elle ne pouvait s’empêcher de regretter qu’elle n’eût pas clarifié ses intentions ce jour-là, provoquant un malentendu qui n’avait toujours pas été éclairci. Néanmoins, ils étaient déjà séparés par la mort…

Silvestre s’agenouilla sur le sol et se mit à creuser comme s’il voulait déterrer LL. Ceci força Manteau Rouge à n’avoir pas d’autre choix que de mettre ses inquiétudes de côté, serrant les dents en demandant : « Qu’est-ce que tu fabriques ? »

Silvestre répondit sur un ton de voix joyeux : « Je déterre la harpe ! J’ai enfin obtenu une réponse au bout de nombreuses difficultés, alors je peux enfin hériter de la harpe de mon maître. »

La harpe ? Manteau Rouge ne poursuivit pas la conversation, l’observant silencieusement pendant qu’il déterrait une boîte en bois. Lorsqu’il l’ouvrit pour voir ce qu’il y avait à l’intérieur, il y trouva effectivement une harpe, l’arche de l’instrument de musique décoré avec des gravures dorées et des joyaux verts.

La harpe était très familière à Manteau Rouge, étant donné qu’elle était le trésor de Lorenzo. Il était évident qu’elle était maintenant devenue le trésor de quelqu’un d’autre. Silvestre la contempla comme il contemplerait une amante, et il y avait tant d’émerveillement dans ses yeux qu’ils semblaient sur le point de déborder. Même quand « Dieu » tendit un bras gélatineux doré pour y toucher, il reçut une tape sur la main de la part de Silvestre, ne Le laissant pas la salir.

« Puisque tu aimes cette harpe à ce point, pourquoi ne l’as-tu pas prise tout suite après la mort de LL ? »

Silvestre répondit naturellement : « Je ne le pouvais évidemment pas ! J’avais déjà promis à mon maître que je ne prendrais la harpe que lorsque j’aurais reçu une réponse à la question ! »

Manteau Rouge sourit et déclara calmement : « Ton maître était idiot, mais tu es encore plus stupide qu’il ne l’était ! »

« Oui ! » Silvestre dit tout heureux : « Mon maître m’a même dit que, si je n’avais pas été aussi idiot, il ne m’aurait jamais pris comme apprenti. Il m’a également appris que ce que la Reine Guerrière déteste le plus ce sont les gens malins ! Elle a un jour dit à ces gens malins : “Vous pouvez continuer à vous servir de votre intelligence pour les choses sans importance ; je n’écouterai même pas une seule des inepties que vous raconterez de toute manière ! Suivez mes ordres ou goûtez de ma lame en premier, faîtes votre choix !” »

« Je ne suis pas la Reine Guerrière. » Manteau Rouge lâcha sans enthousiasme : « Du moins, plus maintenant. »

En entendant la première phrase, Silvestre resta sous le choc l’espace d’un instant, mais après avoir entendu la dernière… « Du moins, plus maintenant » ? Comme elle ne l’est plus, cela veut donc dire qu’elle l’était auparavant, n’est-ce pas ?

Silvestre commença à sourire, saisissant sa chance pour la questionner : « Si tu n’es pas la Reine Guerrière, comment devrais-je t’appeler ? »

Manteau Rouge demeura sans réaction pendant un moment, mais répondit tout de même : « Je porte plusieurs noms. Lame-dansante Dragon était celui que j’utilisais le plus souvent, par le passé, mais je ne veux plus m’en servir à présent. Hmmm… Tu peux simplement m’appeler Carol. »

« Dansante ? Une lame dansante, comme dans une danse ? Et ton nom de famille est Dragon ? C’est un nom de famille très inhabituel. » Silvestre était cependant très curieux au sujet des origines du nom Lame-dansante.

Carol lui jeta un rapide regard de surprise dissimulée, décrétant : « Tu es la première personne à bien comprendre, vu que Lame-dansante est en vérité un nom qui m’a été donné par les elfes. Cependant, tous ceux qui l’entendent présument toujours qu’il fait référence à une lame brandit lors d’une bataille, alors plus tard j’ai employé directement Lame-guerrière à la place. »

« Tu as vu des elfes ? » Silvestre en fut jaloux au point que ses yeux sortirent presque de leurs orbites. Ces elfes, magnifiques mais n’existant pourtant que dans les légendes, étaient assurément la race que tous les bardes voyageurs avaient le plus envie de voir.

« Il y a longtemps. » La réponse brève de Carol indiqua clairement qu’elle n’avait pas envie de fournir une explication.

« Peux-tu.. » Me dire qui t’a donné le nom de Carol ?

« Non. » Carol lui coupa la parole d’un seul mot.

« Je n’ai encore rien dit ! » protesta sur-le-champ Silvestre.

« J’ai dit non. »

« Pas même une seule chose ? »

« Non. »

« Dans ce cas, est-ce que je peux arrêter de te suivre ? »

« Non. » Après que Carol eût répondu par réflexe, elle le fixa d’un regard vide pendant un moment, puis fronça les sourcils à l’intention du barde.

Silvestre laissa paraître un sourire qui était si doux au regard qu’il semblait pouvoir attendrir le coeur de n’importe quelle femme. Il dit ensuite : « Ainsi, je ne peux pas arrêter de te suivre ? Dans ce cas, je n’ai pas d’autre choix que de te suivre ! Je suis ravi de faire ta connaissance, Carol. Je m’appelle Silvestre Uriah Nate, et je veux devenir le plus grand barde voyageur au monde ! »

En entendant ce nom vire-langue, Carol déclara calmement : « Oh, alors c’est Sun (S.U.N) ? Pas mal, c’est plutôt facile à retenir. »

« …Tu peux m’appeler Silvestre. »

« Sun, il se fait tard. Nous devrions y aller maintenant. »

« Si ce n’est pas assez court, tu peux m’appeler Silvie… Attends ! Que viens-tu de dire ? Nous devrions y aller maintenant ? Tu veux dire que je peux vraiment te suivre ? Carol, ne marche pas si vite, attends-moi ! »

La Reine Guerrière TP1C6 – Lumière et Ténèbres partie 6

posted in: La Reine Guerrière | 0

Femme Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman version d’origine en chinois par –   (Yu Wo)
______________________________________________________________________________________________


Chapter 6: Light and Shadow Part 6 – Traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]

Chapitre 6 : Lumière et Ténèbres Partie 6 – Traduit de l’anglais vers le français par Irina
+ travail de vérification par Nocta

Cent pièces d’or ? Tout le monde présent dans la salle était complètement sous le choc. Un à un, ils se tournèrent vers la personne qui avait parlé. Sylvestre ne fit pas exception. Il regarda droit vers cette personne, et ce fut avec une immense joie et surprise qu’il s’écria : « Manteau Rouge ! »

Un manteau d’un rouge écarlate particulièrement vif apparut sur le pas de la porte. Cette entrée excessivement dramatique laissa momentanément perplexe chaque personne présente dans la salle. Seul l’hôte de la vente aux enchères, l’homme obèse, paraissait un peu alarmé par la situation. Il connaissait plutôt bien chacune des personnes qui venaient lui acheter des esclaves, et pourtant il n’avait jamais vu cet homme au manteau rouge.

L’homme obèse balaya rapidement la salle du regard. Il manquait en effet quelques familles nobles, certaines d’entre elles faisant partie de celles qu’il ne pouvait vraiment pas se permettre d’offenser. Et si cet individu était envoyé par l’une de ces familles ? Il n’osa pas le moins du monde provoquer cette personne, donc il continua de parler d’un ton très respectueux.

« Puis-je demander si vous possédez une invitation, messire ? »

Manteau Rouge sortit sa main de sous son manteau pour défaire le ruban qui fermait son vêtement, permettant ainsi au manteau de glisser et tomber sur le sol. Sa véritable apparence fut alors enfin révélée.

Sa silhouette était grande et élancée, ses jambes étaient longues, et sa taille était fine. Les proportions de son corps, contrairement à ce que l’on pourrait s’attendre, ressemblaient à celles d’une femme, sauf qu’il n’y avait pas de courbes distinctes au niveau de sa poitrine. Donc, il pouvait aussi bien s’agir d’une femme avec peu de poitrine que d’un homme avec de puissants pectoraux. Néanmoins, à cause de son visage ovale et de ses traits plus fins et délicats que ceux du mâle moyen, une accablante majorité de personnes penseraient que la personne devant eux était une femme… si ce n’était pour ses yeux.

Ses yeux noirs, dans lesquels brûlait une rage meurtrière, ne ressemblaient en rien à ceux d’une femme. Au contraire, ils ressemblaient davantage à ceux d’un ancien général d’armée qui aurait tué d’innombrables personnes. Une fois que vos yeux avaient rencontré les siens, sa silhouette, sa taille, ses proportions corporelles, son visage ovale et ses traits délicats étaient totalement oubliés. Il suffisait de voir cette paire d’yeux noirs pour savoir que cette personne était un homme.

« Pour enfreindre la loi en vendant des esclaves en privé et même arrêter de force des citoyens, n’avez-vous donc aucun scrupule, gouverneur ? »

Quand cet individu eut terminé de parler sur un ton glacial, le visage de toutes les personnes présentes avait changé de couleur, et l’homme obèse… non, on doit s’adresser à lui comme le gouverneur maintenant. Son visage était blanc comme un drap. Il tenta de se défendre aussi vigoureusement que possible : « Que…Qui êtes-vous ? N’essayez pas d’influencer qui que ce soit avec vos calomnies ! Nous nous sommes simplement rassemblés afin d’échanger les esclaves que nous possédons déjà ! »

Les esclaves causèrent immédiatement un tumulte, réfutant les uns après les autres les propos du gouverneur.

« Bien sûr que non ! »

« Nous avons été enlevés et amenés ici ! »

« Nous ne sommes pas des esclaves ! »

Le gouverneur s’exclama promptement : « Il y a de nombreux aristocrates présents dans cette pièce, et je suis le gouverneur de cette cité. Allez-vous croire ce que nous disons ? Ou irez-vous jusqu’à écouter les mensonges de ces misérables paysans ? »

Manteau Rouge ne lui accorda pas la moindre attention. Il pointa Sylvestre du doigt et lui ordonna : « Toi, raconte-nous ce qu’il s’est passé jusqu’à maintenant. »

Assistant à cette scène, Cale fut saisi de stupeur. Il avait une vague idée de ce qu’il se tramait, donc ses yeux ne contenaient plus d’animosité envers Sylvestre quand il le regardait. À la place, on pouvait y voir poindre un zeste d’amusement… Il est très rare de rencontrer un agent sous couverture à ce point inutile.

Sylvestre relata les événements en débordant de confiance : « Ils ont capturé des gens qui ne sont pas volontaires pour les vendre comme esclaves durant cette vente aux enchères. »

L’expression faciale du gouverneur se contorsionna de manière si affreuse qu’on aurait difficilement pu imaginer un visage plus laid. Cependant, il tenta tout de même de crisper un sourire en disant : « Cet esclave est en réalité très désobéissant, c’est pourquoi son propriétaire l’a amené ici afin de l’échanger pour en obtenir un qui soit un peu plus obéi— »

« Cet homme est l’un de mes serviteurs », l’interrompit Manteau Rouge au milieu de son discours. « Mais, vous l’avez fait prisonnier, ce qui m’a obligé à le chercher pendant deux jours ! »

Le gouverneur fut saisi de stupeur. Il grogna : « En fait, il s’agit juste d’une tentative flagrante de ramener gratuitement un esclave chez vous ! »

Manteau rouge ignora l’accusation et, à la place, se tourna vers Sylvestre. Il lui commanda : « Sors ton insigne pour le leur montrer ! »

Mon insigne ? Sylvestre le fixa d’un regard vide, mais, puisqu’il ne possédait qu’un seul insigne, il le sortit d’une poche intérieure de ses vêtements. Il s’agissait de l’insigne de la rose blanche du barde impérial !

Tout le monde resta bouche-bée, les yeux rivés sur l’insigne en forme de rose. Pendant un moment, personne n’osa croire que l’insigne de la rose blanche du Roi Sacré pouvait réellement apparaître dans un endroit pareil.

Le gouverneur, qui se tenait juste à côté de Sylvestre, était celui qui pouvait la voir la plus distinctement. Les gravures sur l’insigne étaient dessinées de façon si délicate et si gracieuse qu’il ne pouvait en aucun cas s’agir d’un faux.

Maintenant que j’y pense, j’aurais sans doute pu me libérer si j’avais sorti mon insigne quand je me suis fait capturer… Alors qu’il observait les expressions faciales des personnes dans l’assistance passer de la surprise à l’effroi, Sylvestre se sentit soudainement un peu sot.

Au même moment, le gouverneur comprit qu’il lui était impossible de plaider l’innocence plus longtemps. Le regard fuyant, il s’aperçut que la foule regardait dans toutes les directions dans l’espoir de trouver une issue, comme s’ils voulaient s’enfuir. Après tout, s’ils parvenaient à s’échapper, personne ne serait en mesure de les accuser du moindre crime. En fin de compte, seul le gouverneur n’avait nulle part où s’enfuir !

Le gouverneur se tourna vers le capitaine de la milice et s’écria : « Si le Roi Sacré entend parler de cette affaire, nous sommes tous morts ! Cet homme est seul. Il suffit de le tuer, et tous nos problèmes seront réglés ! Gardes, à l’attaque ! »

Si cet individu mourait, tous ceux présents n’auraient pas d’autres choix que de contribuer à dissimuler ce crime. Le gouverneur songea qu’il avait élaboré le plan parfait : s’ils devaient survivre, ils survivraient tous ensemble ; s’ils devaient couler, ils couleraient tous ensemble !

Acheter des esclaves était une chose. Laisser un des hommes du Roi Sacré se faire tuer sans réagir en était une autre. Si les deux individus liés à l’insigne mouraient, aucune personne dans la salle ne serait disculpée du crime !

Le capitaine de la patrouille était désemparé et ne savait plus ce qu’il se devait de faire. Aider à capturer des gens pour les vendre comme esclaves lui rapportait une bonne commission, alors il était plus que prêt à s’en charger. Cependant, il n’avait pas le cran de tuer le détenteur d’un insigne de la rose blanche.

« Attaquez-les, bon sang ! » La bouche du gouverneur en était déformée par la rage. Il fustigea vigoureusement le capitaine : « S’ils s’échappent d’ici, il nous sera impossible de nous en sortir ! C’est la peine capitale qui nous attend tous ! »

La peine capitale… Une fois ces trois mots prononcés, le capitaine de la milice rassembla immédiatement son courage. Si je les tue et me fais prendre, c’est la mort qui m’attend. Si je ne les tue pas, je mourrai assurément… Autant risquer ma peau !

Le capitaine de la milice se tourna vers ses hommes pour hurler : « Vous avez entendu ? Bougez-vous et tuez-les ! Si chaque personne leur porte un coup, ils finiront bien par périr ! »

Au même moment, Cale se précipita vers Sylvestre et le jeta à bas de l’estrade. Il cria ensuite aux autres esclaves : « Vite, protégez-les ! S’ils meurent, on nous faire taire également ! »

De toute évidence, les esclaves n’avaient aucun problème à obéir à Cale. Après avoir reçu ses ordres, ils se rassemblèrent désespérément autour de Sylvestre pour le dissimuler à la vue des autres. Néanmoins, comme Manteau Rouge était beaucoup plus loin, et que la patrouille de la cité fonçait droit vers lui, c’est avec impuissance que les esclaves ne purent qu’observer la scène, alors qu’on dégainait épée après épée pour les pointer sur Manteau Rouge.

Cale était si inquiet qu’il avait presque arrêté de respirer. Toutefois, quand il se retourna, il remarqua que Sylvestre ne semblait pas le moins du monde inquiet pour son allié et qu’il arborait au contraire une expression plutôt excitée, comme s’il brûlait d’impatience que le spectacle commence… L’esprit de Cale tournant à plein régime, il pouvait comprendre une chose : se débarrasser de la personne au manteau rouge ne sera pas chose aisée.

Vite ! Dépêchez-vous de charger ! Manteau Rouge n’hésitera pas à vous massacrera et à vous réduire à l’état douloureux et misérable de pulpe sanglante ! Sylvestre était si ravi que la patrouille de la cité fût sur le point de faire face à l’infortune de se battre contre Manteau Rouge qu’il faillit pousser des cris d’encouragement !

Une épée s’abattit sur la tête de Manteau Rouge pour la trancher. Cependant, Manteau Rouge ne daigna même pas lui accorder un regard. Manteau Rouge leva le bras pour attraper la main armée du garde et se servit alors de son autre main pour frapper le garde en plein ventre. Le tout se déroula si rapidement que le coup parut presque invisible. Le garde avait alors été propulsé vers arrière avant que quiconque ait eût le temps de s’en apercevoir.

Bien qu’il eût des dizaines d’adversaires à affronter, chacun armé d’une épée, Manteau Rouge ne paraissait pas du tout s’en inquiéter. Aussi détendu que s’il prenait tranquillement un verre, il envoyait valser d’un coup de poing chacun de ses assaillants.

Assistant à cette scène, Cale eût l’impression que ses yeux étaient sur le point de sortir de leurs orbites. D’où tire-t-il une force pareille ?

« Quel… »

Cale jeta un regard en biais à Sylvestre. Il se doutait plus ou moins de ce que ce dernier allait dire. Quelles capacités extraordinaires ! Quels mouvements superbes ! Quelle démonstration grandiose de puissance ! Ce serait quelque chose de ce genre, n’est-ce pas ?

« …style de combat ennuyeux ! » dit Sylvestre, l’air considérablement déçu.

Il avait cru qu’il aurait enfin la chance d’admirer la force considérable de Manteau Rouge ainsi que sa puissance divine. Il pensait que Manteau Rouge aurait manié sa lame à la vitesse de la lumière, que chaque mouvement aurait émis un sifflement de vent, pour ensuite envoyer ses adversaires dans la stratosphère, et que le tout se serait terminé avec une explosion d’aura de combat si forte qu’elle aurait fait s’écrouler le bâtiment ! Mais, en fin de compte… Manteau Rouge ne se préoccupait pas de la fierté des gardes et se contentait de se battre avec ses poings. Il n’employait même pas de feintes. Il agrippait simplement la main armée de son adversaire et l’envoyait au tapis d’un unique coup de poing. C’était ennuyeux à mourir.

« Ennuyeux ? » Cale trouva cette situation difficile à croire, tandis qu’il répliquait : « Qu’est-ce qui cloche chez toi ? Sa technique de combat est simple et efficace. Elle est purement létale ! »

« Une technique létale, dis-tu ? » demanda Sylvestre avec curiosité.

Cale acquiesça et expliqua : « S’il balançait des épées à la place de ses poings, chaque coup porté reviendrait à une vie perdue ! On peut voir tout de suite que ce type a dû faire partie de l’armée ! »

Bien sûr ! Et il tenait même le plus haut grade de toute l’armée ! Après tout, Manteau Rouge est la Reine Guerrière qui a mené une armée pour anéantir la race des démons ! »

Comme il était le seul à connaître la véritable identité de Manteau Rouge, Sylvestre ressentait une fierté incommensurable. Il avait depuis longtemps oublié que Manteau Rouge n’avait jamais admis être la Reine Guerrière.

Après que Manteau Rouge eut fait mordre la poussière au cinquième ou sixième garde – en à peine quelques secondes – les autres gardes n’osèrent plus l’attaquer. Même ceux qui s’étaient dirigés vers les esclaves s’étaient immobilisés comme s’ils craignaient qu’un seul mouvement pût provoquer l’ire de cet étrange individu qui avait neutralisé les autres gardes d’un seul coup de poing.

Pendant que tout le monde contemplait silencieusement Manteau Rouge, et que personne n’osait bouger d’un millimètre, Manteau Rouge hurla quelque chose à laquelle personne ne s’attendait.

« Barde, allons-y ! »

Sylvestre le fixa d’un regard vide. Nous partons déjà ? Mais, je n’ai pas encore eu droit à mon spectacle !

 

 

Manteau Rouge était empreint d’une immense fureur, tandis qu’il faisait face au gouverneur et s’exclamait : « Je suis la Reine Guerrière ! Comment osez-vous tenter de porter la main sur moi ! »

En entendant cela, le gouverneur fut terrorisé au point qu’il tomba à genoux pour implorer grâce : « Vous… Non… que dis-je ! Ma Dame ! Vous êtes la Reine Guerrière ? La célèbre Reine Guerrière qui a anéanti la race des démons ? »

Manteau Rouge … Non. On doit s’adresser à elle comme la Reine Guerrière. Elle rit froidement et clama : « C’est moi ! »

Le gouverneur s’écria avec désespoir : « J’ai eu l’audace d’agresser le Reine Guerrière… Mon crime ne saurait être pardonné que par cent mille morts ! » Il s’évanouit alors et s’effondra au sol.

La Reine Guerrière jeta un regard de dégoût au gouverneur, puis se tourna pour regarder Sylvestre. L’expression sur son visage était beaucoup plus gentille, et son ton était beaucoup plus chaleureux alors qu’elle s’adressait à Sylvestre.

« Sylvestre, c’est entièrement grâce à toi, qui as risqué ta vie en revenant comme agent sous couverture, que nous avons réussi à l’arrêter sur place. Dans le cas contraire, il nous aurait très probablement échappé. »

« Ce n’était pas grand-chose ! » Sylvestre sourit humblement et dit avec une élégance inégalée : « Nul besoin de le mentionner, c’était un si petit problème. D’une simple requête de la Reine Guerrière, je braverais même les fournaises de l’enfer et les courants déchaînés. Moi, Sylvestre, ne pourrais en aucun cas décliner une… »

 

 

« Aaaaaah ! Aaaaïïïïe ! Aaïïe ! Aaaaaaaaaaaaaaïïïïïeeeee ! »

Quand Sylvestre eut regagné ses esprits, Manteau Rouge retira ses deux doigts. D’après son expression faciale et sa position, elle paraissait totalement innocente. Personne n’aurait pensé qu’elle venait de pincer les joues de quelqu’un.

« Pourquoi m’as-tu pincé les joues ? » Sylvestre se sentait terriblement vexé, au point que deux larmes tombèrent de ses yeux et coulèrent le long de ses joues.

« On doit y aller. Quelqu’un va vite venir nettoyer ce bazar. » Évidemment, Manteau Rouge ne lui révéla pas que la véritable raison était que son expression lui donnait envie de le frapper. Elle se contenta de jeter un bref regard en disant : « Tu peux rester ici si tu veux. »

« N-Non ! Je viens avec toi ! » répondit précipitamment Sylvestre. Il avait réellement peur que Manteau Rouge l’abandonne ici. Il ne savait pas non plus combien de temps il lui faudrait pour la retrouver.

Ah, oui ! Sylvestre tourna la tête pour regarder Cale. Peu importe à quel point il y réfléchissait, il n’arrivait pas à trouver quoi dire à l’autre partie. Il se contenta finalement d’un simple : « Au revoir Cale. À la prochaine ! »

Cale fixa Sylvestre un instant. Puis, il tourna soudainement les talons et s’enfuit, se glissant dehors plus rapidement que Manteau Rouge et Sylvestre.

L’instant suivant, depuis l’extérieur résonnèrent des bruits de pas qui ne ressemblaient pas à ceux émis par une foule ordinaire.

Manteau Rouge attrapa subitement Sylvestre dans ses bras et sauta par la fenêtre pour s’échapper en un éclair.

Au même moment, les personnes restantes dans la salle reprirent brusquement leurs esprits et tentèrent également de s’échapper, mais il était déjà trop tard. La porte d’entrée fut enfoncée et…

« La division chargée de l’application des lois est là pour s’occuper de cette affaire. Personne n’est autorisé à bouger. Quiconque osera tenter de s’enfuir sera exécuté sans poser de questions ! »

Reine Guerrière TP1C5 – Lumière et Ténèbres partie 5

posted in: La Reine Guerrière | 0

Femme Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman version d’origine en chinois par – 御 我 (Yu Wo)

______________________________________________________________________________________________

Chapter 5: Light and Shadow Part 5 – Traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]
Chapitre 5 : Lumière et Ténèbres Partie 5 – Traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Au moment où Sylvestre parla, Manteau Rouge lui couvrit la bouche et s’approcha de son oreille pour murmurer : « Ne dis rien. Hoche la tête en réponse. Me fais-tu confiance ? »

Sylvestre cligna plusieurs fois des yeux. Quand il entendit la question de Manteau Rouge, il acquiesça immédiatement en hochant la tête comme s’il martelait de l’ail. Mais, par la suite, il réalisa qu’il n’avait absolument aucune base sur laquelle fonder sa confiance en Manteau Rouge. Il ne connaissait pas le vrai nom de l’autre parti, et il n’avait pas non plus vu son visage une seule fois… Sans mentionner le fait qu’il n’était même pas sûr de quel sexe était Manteau Rouge.

« Suis-moi. »

Manteau Rouge lâcha Sylvestre, puis se retourna pour quitter le sous-sol. Sylvestre s’empressa de le suivre et jeta un regard en arrière pour observer le reste du groupe avant de partir. Tout le monde dormait comme des morts. Même Cale, qui était supposé être de garde, s’était lui aussi endormi. Sylvestre ne saurait dire si c’était parce qu’il était vraiment épuisé ou si Manteau Rouge en était la cause.

Si Manteau Rouge est vraiment la Reine Guerrière, je la supplierai assurément de revenir pour vous aider, les amis. Sylvestre s’en fit la promesse.

 

 

De bruyantes explosions retentirent l’une après l’autre. Cale s’était immédiatement réveillé à la première explosion sonore, mais sa réaction n’était pas assez vive. Quelqu’un fracassa la porte du sous-sol d’un coup de pied, et cette dernière s’écrasa par terre. Cale leva la tête, uniquement pour apercevoir un bout de l’uniforme noir que l’équipe de patrouille portait. Son cœur sombra lorsqu’il comprit que, cette fois, leur tentative de fuite s’était vouée en échec.

Pourtant, il y avait toujours une chose qu’il ne comprenait pas. Comment l’équipe de patrouille est-elle parvenue à trouver cet endroit en un si court laps de temps ?  

Même si cette ville n’est pas vraiment grande, elle reste d’une taille considérable. De plus, ils ne peuvent pas mener des fouilles ouvertement en public. Alors, comment ont-ils découvert la porte secrète cachée dans le plancher avec une telle facilité et rapidité ? 

Il croyait difficilement que l’équipe de patrouille, qui était si paresseuse qu’elle avait laissé l’endroit sans surveillance pendant une demi-heure au moment de la relève, pouvait être experte en recherche de fugitifs.

« Sortez d’ici, vous tous ! Le premier à traîner derrière sera fouetté ! Foutue bande de bons à rien ! À cause de vous je me suis fait engueuler par le seigneur de la ville ! »

La couleur sur le visage des esclaves était celle de la cendre. Certains affichaient des mines si abattues que c’était comme s’ils faisaient face à une mort certaine. Ils grimpèrent hors du sous-sol un par un, et comme ils s’y étaient attendus, ils reçurent une série de coups.

Le capitaine de la patrouille s’adressa à eux avec des paroles grossières : « Bon sang, si ce n’était pas du fait que la vente aux enchères a lieu demain et que le seigneur de la ville nous a ordonné de ne pas y aller trop fort avec vous, je vous aurais tous battus à mort ! »

En dépit de l’ordre du seigneur de la ville, l’équipe de patrouille leva quand même la main sur les esclaves de temps en temps. De toute façon, voyant que les esclaves arboraient déjà un bon nombre de blessures, tant qu’ils ne les estropiaient pas, ils pouvaient toujours satisfaire leur seigneur.

« Sylvestre ? »

Cale fut choqué de voir un visage qu’il connaissait parmi les gardes. Il réalisa immédiatement pourquoi les gardes étaient parvenus à les retrouver si facilement…

Sylvestre les avait trahis !

Cale rugit : « Je vais te tuer ! » Puis, immédiatement, il bondit dans la direction de Sylvestre avec une expression semblable à celle d’un fou. Cependant, il fut aussitôt plaqué au sol par plusieurs gardes.

Terrifié, Sylvestre recula de plusieurs pas. Il adoptait normalement une attitude décontractée et n’avait pas pour habitude de provoquer de fortes animosités ; c’est pourquoi c’était la première fois qu’il voyait une personne diriger une haine aussi vicieuse sur lui.

« Capitaine, nous avons fini de les restreindre ! » rapporta un garde d’une voix forte.

Le capitaine de la patrouille éclata d’un rire malicieux, tandis qu’il adressait un reproche à ses subordonnés. « Vous avez fini ? N’importe quoi ! Tu ne sais donc pas comment faire les choses ? Tu vois ce gigolo qui est encore là ? Ligote-le avec le reste ! »

L’équipe de patrouille rit à l’unisson et s’approcha du gigolo dont leur chef venait de parler.

Sylvestre les fixa du regard, sous le choc. Il s’empressa de s’y opposer avec frénésie : « Attendez ! N’aviez-vous pas promis de me laisser partir si je vous disais où les autres étaient cachés ? »

Le capitaine de la patrouille rit à gorge déployée. « Quand est-ce que j’ai dit ça ? Tu ferais mieux de ne pas raconter de telles conneries ici ! »

Un membre de la patrouille tordit les mains de Sylvestre derrière son dos et enroula une corde autour d’elles. Sylvestre n’osa pas protester. Il se contenta de crier mélancoliquement avec des larmes dans les yeux : « Vous me l’aviez clairement promis ! Comment pouvez-vous revenir sur votre parole ? »

Cale renifla : « Comme ça, il est revenu sur sa promesse. Qu’est-ce que tu peux y faire ? Tu l’as vraiment cru ? J’imagine que ta tête est pleine de m**** après tout ! »

Sylvestre baissa la tête. Même s’il se sentait profondément incompris, il n’osa pas en réfuter la moindre ligne.

« Enfermez ce type dans une cellule séparée pour l’épargner de se faire dépecer par les autres détenus. Si un seul d’entre eux meurt, le seigneur de la ville ne nous le pardonnera pas ! » Le capitaine de la patrouille sourit malicieusement : « Mais, ne l’enfermez pas trop loin. Nous ne voudrions pas que ce gigolo se sente seul. Enfermons-les dans des cellules adjacentes pour qu’ils puissent discuter. »

 

 

Wow ! Manteau Rouge, tu vas vraiment me faire tuer à ce rythme !

Sylvestre se tassa dans le coin le plus éloigné de la cellule adjacente. Il avait l’impression de subir une profonde injustice au point d’être prêt à pleurer amèrement jusqu’à ce qu’il en perde la voix.

Les insultes et les condamnations provenant de la cellule de prison voisine retentissaient sans interruption. Par chance, ceux que ses voisins de cellule maudissaient étaient ses parents, grands-parents et ainsi de suite, qu’il n’avait jamais rencontrés auparavant. Personne ne maudit son maître, donc il n’avait nul besoin de les démentir et de défendre la réputation de son maître.

Cale était le seul parmi eux qui ne gaspilla pas son souffle à crier et à l’injurier. Il se contentait de fusiller froidement Sylvestre de ses yeux brillant d’une profonde haine… Si les barres séparant les deux cellules de la prison venaient soudainement à disparaître, pendant que le reste des esclaves se précipiterait probablement ici pour me passer à tabac, est-ce que Cale en profiterait pour me tuer ?

Chaque fois qu’il remarquait la haine dans les yeux de Cale, Sylvestre sentait des frissons glaciaux le parcourir le long du dos. En fin de compte, il ne put plus supporter de le regarder et se replia sur lui-même, essayant désespérément de s’hypnotiser lui-même pour s’endormir rapidement.

Toutefois, avec les injures de vingt personnes dans la cellule adjacente, qui n’était pas à plus de trois mètres, peu importe à quel point une personne pouvait avoir la peau dure, il lui serait impossible de s’endormir !

Cependant, les insultes s’interrompirent complètement d’un seul coup. Sylvestre trouva cela étrange, alors il leva la tête pour regarder. Les esclaves qui étaient précédemment rassemblés sur le côté le plus proche de lui se dispersèrent pour laisser passer quelqu’un. Cale s’approcha. Il s’arrêta juste devant les barres et fixa directement Sylvestre.

Après l’avoir fixé des yeux un long moment, Cale ouvrit finalement la bouche pour parler. « Pourquoi nous as-tu trahis ? J’y ai repensé encore et encore, mais ça n’a aucun sens. Tu n’es pas le genre de personne qui trahirait quelqu’un… parce que tu n’as pas le cerveau pour le faire ! Quelqu’un qui a en tête la trahison n’aurait pas donné son nom, n’est-ce pas ? »

Tu n’arrives pas à voir que c’est simplement parce que je suis en fait quelqu’un de bien ? Sylvestre se sentait encore plus offensé que jamais. Il jeta un coup d’œil aux membres de la patrouille dehors. Ils sont assis assez loin, peut-être que les insultes étaient trop bruyantes ?

Seulement à cet instant Sylvestre osa parler. Rapidement et à voix basse, il déclara : « Je n’ai trahi aucun de vous ! Je le jure ! »

Cale renifla avec dédain. Il n’avait pas du tout l’air de croire Sylvestre.

Sylvestre aurait voulu tout lui expliquer, mais, après avoir réfléchi à l’avertissement d’une certaine personne, il ne pouvait plus prendre le risque de parler. Peu importe à quel point Cale est effrayant, il n’est certainement pas plus terrifiant que CETTE personne ! Eh bien… cette personne ne m’a jamais attaqué… mais j’imagine qu’elle serait absolument terrifiante si elle le faisait !

Après cet instant de réflexion, il pencha légèrement la tête pour éviter le regard de Cale et ne s’aventura pas à prononcer la moindre protestation.

« Sylvestre, quel que soit le plan que tu as conçu, tu ferais mieux de te rappeler que je me vengerai définitivement de toi pour nous avoir trahi ! »

En entendant cela, Sylvestre redressa la tête, plus alarmé qu’auparavant. Il faillit se lancer dans une longue explication. Mais, après avoir considéré le fait qu’il se pourrait que le malentendu fût éclairci dans peu de temps, il se restreignit. 

Les deux partis tombèrent silencieux. Même les esclaves qui criaient des insultes sans arrêt s’interrompirent, comme si Cale les avait déjà aidés à atteindre un verdict. Au milieu de cette désagréable forme de tranquillité, le soleil s’éleva de plus en plus haut dans le ciel, et midi sonna enfin.

Bien qu’il fût « enfin » midi, en vérité, quand ils avaient été ramenés dans la prison, il était déjà presque passé l’aube. Ils n’étaient restés dans la prison qu’environ trois heures. Peut-être que c’était simplement le fait d’être confronté à des yeux remplis d’une telle animosité qui fit que Sylvestre comprit enfin ce que cela faisait d’avoir l’impression qu’un jour passait aussi lentement qu’une année.

Quand les membres de la patrouille le traînèrent brusquement hors de sa cellule, Sylvestre combattit l’envie de les remercier. Cependant, à la seconde suivante, il ravala immédiatement sa gratitude, comme les autres esclaves étaient aussi escortés hors de la cellule adjacente. Ils se tenaient seulement à quelques mètres de lui. Il redoutait que, si l’équipe de patrouille venait à relâcher leur étreinte, ils chargeassent droit sur lui pour le tabasser.

Par chance, la présente équipe de patrouille avait une attitude bien plus sérieuse en comparaison à celle de la nuit précédente. Les membres semblaient n’avoir aucune intention de lambiner sur le chemin, aussi ils surveillèrent les autres esclaves très fermement pendant tout le trajet. Une fois qu’ils eurent entassé tout le monde dans deux chariots tirés par des chevaux comme s’ils étaient des marchandises, ils se mirent en route, les chariots chancelant et tremblant. Ils ne s’arrêtèrent enfin qu’après un assez long moment.

Tout le monde fut vite débarqué du chariot et forcé de se tenir en rang devant un immeuble désert dont l’apparence rappelait des ruines. Néanmoins, une fois qu’ils furent entrés dans le bâtiment, l’intérieur était propre et soigné, et plusieurs personnes étaient déjà debout ou assises. Ces personnes étaient vêtues d’atours relativement magnifiques, particulièrement celles qui étaient assises. Les vêtements qu’ils portaient démontraient qu’ils venaient définitivement d’un milieu noble.

Sylvestre était particulièrement curieux et regardait partout. Il remarqua que tout le monde dans cet endroit portait un masque, comme s’ils participaient à un bal masqué.

Un des hommes masqués s’avança jusqu’à un petit podium. Ses vêtements avaient l’air plutôt luxueux, mais même la magnificence de ses vêtements n’était d’aucune utilité pour améliorer sa silhouette. Son gros ventre était presque sur le point de faire craquer ses vêtements.

Cet homme obèse parla plaisamment. « Toutes les personnes ci-présentes sont des clients de longue date. Alors, expliquer les règles une nouvelle fois serait inutile, n’est-ce pas ? »

Cette annonce provoqua des éclats de rire légers.

« Aujourd’hui, nous présenterons un total de vingt esclaves. Le prix de départ sera de cinq pièces d’or. »

Du mécontentement perça dans le parterre d’invités. « Pourquoi y en a-t-il si peu cette fois ? » 

« À ce propos… Récemment, les conditions ne nous ont pas été très favorables, aussi nous n’avons pu mener nos affaires effrontément. Je vous prie de vous en contenter cette fois ! »  L’homme obèse parla avec un sourire, non seulement parce que les personnes devant lui détenaient l’or qui serait bientôt à lui, mais aussi parce qu’il y avait un grand nombre d’aristocrates qu’il ne pouvait se permettre d’offenser dans la salle. Ainsi, il s’empressa de poursuivre : « Cependant, la qualité des esclaves que nous avons obtenus cette fois est vraiment superbe. Voyez ! Ils sont tous solidement bâtis. Je vous garantis qu’ils seront utiles ! »

Les grommellements de mécontentement cessèrent. Le gros homme essuya furtivement la sueur de son visage et déclara promptement le début de la vente aux enchères.

Le premier esclave montré avait une stature moyenne et n’était pas « solidement bâti », contrairement à ce que l’homme au gros ventre avait décrit. En dépit de cela, le prix monta sans problème avec les gens du parterre plaçant cinquante pièces d’argent chaque fois qu’ils levaient leur plaquette en bois. Il ne fallut pas longtemps pour que le prix dépasse les dix pièces d’or. Ce fait laissa Sylvestre sous le choc. Il n’avait jamais eu recours aux services d’un esclave auparavant. Alors, il n’aurait jamais imaginé qu’ils valaient une somme d’argent aussi considérable. Pas étonnant que le seigneur de la cité ait pris un risque aussi désespéré !

En fin de compte, le premier esclave fut vendu pour vingt-cinq pièces d’or. L’homme obèse contrôlait à peine le sourire sur son visage. Le prix atteint dans cette enchère était encore plus élevé que ceux de la précédente… probablement dû au manque de stock cette fois.

Les esclaves furent vendus l’un après l’autre. Le prix était toujours d’au moins vingt pièces d’or, et les esclaves qui étaient grands et forts dépassaient même les trente pièces d’or.

Quand ce fut finalement au tour de Cale, il redressa son menton de manière hautaine. Son visage, qui donnait à l’homme l’air d’être impossible à dompter, ne fut évidemment pas bien reçu. En plus, sa silhouette était maigre et squelettique. Le prix auquel il fut vendu n’atteignit que dix-huit pièces d’or, devenant le prix le plus bas du jour. 

Sylvestre, qui venait immédiatement après Cale, monta sur l’estrade. Même si sa stature n’était pas massive, il mesurait plus d’un mètre quatre-vingt, et les traits de son visage n’étaient pas mal du tout non plus. Son visage affichait également une expression timide. Aux yeux des aristocrates en concurrence, cet esclave était beau et grand, et il donnait l’impression qu’il serait incroyablement obéissant. Il devint naturellement l’objet avec le plus de valeur de cette vente aux enchères.

Le gros homme sur l’estrade savait clairement qu’il allait devenir l’esclave le plus précieux du jour, aussi il s’était servi des autres esclaves pour préparer l’atmosphère plus tôt. Ensuite, uniquement dans une situation où il ne resterait presque plus d’esclaves et où l’atmosphère serait enthousiaste, il amènerait Sylvestre à la vente. Tout était planifié pour atteindre le plus grand prix possible aux enchères. 

Toutefois, contrairement à ses attentes, le prix de vente de Sylvestre n’augmentait pas particulièrement vite, bien qu’il y eût un petit nombre d’individus bien précis qui continuaient obstinément à renchérir. Lorsqu’il fut témoin de la situation, l’homme au ventre bedonnant ne s’en inquiéta pas le moins du monde et s’en réjouit même secrètement. Il savait très bien que les gens se battraient pour une cible sur laquelle ils voulaient vraiment mettre la main. L’audience ne s’empresserait pas de proposer un prix, mais attendrait patiemment jusqu’à la toute dernière minute pour lever leur plaquette.

Même si le prix montait très lentement, il atteignit tout de même graduellement plus de trente pièces d’or. Néanmoins, ce n’était rien comparé au prix auquel il finirait. La situation commença à changer, tandis qu’un plus grand nombre de personnes se mettait à parier activement. 

Sylvestre trouva cette situation inconcevable. Il n’aurait jamais imaginé qu’il valait autant d’argent. Chaque fois qu’une personne levait sa plaquette, il ne pouvait s’empêcher de jeter un regard à l’apparence de cette personne.

Malgré le fait qu’il ne pouvait pas voir leur visage, puisqu’ils étaient masqués, il pouvait toujours deviner quelques vagues indications à propos de la personne en question à partir de sa silhouette et de la façon dont elle était vêtue. Les gens qui ciblaient Sylvestre étaient pour la plupart ceux qui se tenaient debout. Comme ils étaient debout, ils ne faisaient clairement pas partie de la noblesse et, à la place, occupaient les statuts de serviteurs ou de domestiques. Mais, les vêtements qu’ils portaient n’étaient en rien inférieurs à ceux des aristocrates assis. Il était plus que probable que les familles nobles pour lesquelles ils travaillaient étaient encore plus illustres que celles présentes. Après tout, les membres de véritables familles nobles proéminentes ne visiteraient pas un tel endroit en personne. 

Comparé au rythme décontracté d’un peu plus tôt, une fois que le prix eut excédé les trente pièces d’or, les enchères augmentèrent en l’espace d’un clin d’œil. Un homme sur la gauche, qui ressemblait à un domestique, monta l’enchère à trente-cinq pièces d’or d’un seul coup, tandis qu’une dame sur la droite alla aussi loin que de monter l’offre à quarante.

Je n’aurais jamais cru que je valais autant d’argent… Sylvestre regrettait énormément de ne pas s’être vendu plus tôt.

À cet instant précis, une voix au ton glacial tonna depuis le fond de la salle. « Cent pièces d’or ! »

La Reine Guerrière TP1C4 : Lumière et Ténèbres Partie 4

posted in: La Reine Guerrière | 0

Femme Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman version d’origine en chinois par –   (Yu Wo)


Chapter 4 : Light and Shadow Part 4 – Traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]
Chapitre 4 : Lumière et Ténèbres Partie 4 – Traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

« Épargne ta salive. Ils reviendront plus tard te forcer à signer un contrat d’esclavage. »

Le barde se retourna. Celui qui venait de parler était l’un des esclaves. Il était si couvert de crasse, avec un corps fin et frêle, qu’il était impossible de définir son genre. Si ce n’était pas pour sa voix indubitablement masculine, il lui aurait été impossible de définir son genre uniquement à partir de son apparence.

« Mais, comment est-ce possible ? » déclara gravement le barde. « Les esclaves ne sont autorisés à signer un contrat d’esclavage qu’une fois par an, lors de la journée qui y est dédiée ! En plus, un gouverneur, ou quelqu’un d’aussi important, doit être présent dans la ville pour servir de témoin ! »

« Où donc crois-tu être ? » répondit l’esclave d’un ton moqueur. « N’es-tu pas dans la prison du gouverneur ? »

En entendant cela, le barde fixa le vide pendant un moment avant de réaliser ce qu’il se passait. Il bégaya : « La gouverneur vi-viole les lois établies par le Roi Sacré en laissant des gens abandonner leur liberté en secret ? Co-comment peut-il oser faire une chose pareille ? »

L’esclave répondit sans grand enthousiasme : « S’il n’y avait pas d’argent à gagner dans ce trafic, personne ne le ferait. Néanmoins, les gens afflueront tant qu’il y aura de l’argent impliqué, même si c’est pour tuer d’autres personnes. De nos jours, dix ducats d’or ne sont pas toujours suffisants pour acheter un esclave par des moyens légaux. Mais, si quelqu’un capturait des esclaves pour les vendre, il pourrait gagner dix ducats d’or de cette manière. Y a-t-il un travail plus simple que celui-ci ? »

À ces mots, le barde devint très curieux au sujet de cet homme : son ton et son attitude étaient difficilement ceux d’un esclave. Il ne put s’empêcher de demander : « As-tu également été capturé et amené ici ? »

L’esclave resta silencieux durant un instant. Il répondit ensuite avec indifférence : « On peut dire ça. Un des esclaves s’est échappé hier, donc tu as probablement été capturé pour le remplacer. Après tout, le jour de la vente aux enchères arrive bientôt. Ils n’ont probablement pas assez de temps pour le chercher. »

Le barde se figea. Il s’enquit avec curiosité : « Une vente aux enchères ? »

« Oui, celle où l’on vend des esclaves clandestinement. » L’esclave poursuivit sans aucun enthousiasme : « C’est sans doute la vente la plus importante de la cité. Il reste encore deux jours avant l’événement. Tu ferais mieux de te dépêcher et de prendre une apparence moins soignée. »

« Pourquoi ? » Les yeux du barde s’élargirent. Lui qui était une personne aimant être propre à l’extrême !

L’esclave affirma d’un ton encore plus moqueur qu’avant : « Les esclaves sales sont envoyés au travail manuel. Les esclaves qui sont trop beaux sont envoyés pour travailler au lit. Mais, je suppose que, si tu préfères te prélasser au lit, alors fait ce que tu peux pour préserver ton joli minois ! »

Le visage du barde vira au rouge écarlate à ces propos. Il ramassa précipitamment une poignée de terre au sol et l’étala sur son visage. Toutefois, il vomit presque en se l’appliquant. La terre, à cet endroit, empestait. Elle ne sentait pas seulement la terre, mais également les excréments et la nourriture rance.

Le barde fut si dégoûté par cette odeur que des larmes commencèrent à couler de ses yeux, pourtant il ne pouvait pas non plus retirer la terre de son visage. Il gémit comme s’il était à un enterrement : « Pourquoi une telle chose se produit-elle ? Ne sommes-nous pas en période de paix et de prospérité ? Le Roi Sacré ne permettrait jamais qu’on vende des esclaves dans la clandestinité… »

L’esclave renifla avec dédain : « Hmph ! Le Roi Sacré ? Pour des gueux comme nous, savoir qui est roi ne fait aucune différence. Nous ne sommes pas en position de recevoir « sa grâce », et il est peu probable qu’il se préoccupe d’endroits comme celui-ci. »

Le barde voulut s’opposer à cette affirmation, puisqu’il avait visité de nombreuses cités en paix sous la guidance du Roi Sacré durant son voyage et que c’était la première fois qu’il se retrouvait dans une situation pareille. Mais, au lieu de cela, il se plongea dans ses pensées.

L’esclave considéra le barde d’un air étrange et, avec une certaine curiosité, lui demanda : « Qu’y-a-t-il ? Tu as sombré dans le désespoir aussi vite ? »

Le barde secoua un peu la tête et répondit de manière assez confuse : « Non. Je pensais juste à un de mes amis. Il m’a abandonné, il y a à peine cinq minutes, et ne s’est pas préoccupé du fait que j’aie été kidnappé. »

« Et tu le considères toujours comme ton ami ? » L’esclave leva les yeux au ciel, ceux-ci étaient enfouis sous ses longs cheveux ébouriffés.

Le barde ne prêta pas attention à ce que l’esclave lui disait. Il continua de parler tout seul : « Oh ! Au contraire, en considérant ce que tu as dit précédemment, j’ai l’impression que ce serait loin d’être une coïncidence si cette personne apparaissait ici. Peut-être qu’elle attendait justement la vente aux enchères clandestine. Si c’est le cas, je pense que je n’ai plus de souci à me faire… »

Pourtant, le capitaine de patrouille a affirmé que Manteau Rouge est un homme, mais la Reine Guerrière est une femme. Si Manteau Rouge est vraiment un homme, alors ce n’est définitivement pas la Reine Guerrière… Aaargh ! Je me retrouve à la case de départ ! 

« Sniff, sniff… Jamais de toute ma vie, je n’ai autant voulu voir une femme à ce point. » Le barde avait envie de pleurer, mais aucune larme ne coulait. Si Manteau Rouge était vraiment un homme, non seulement il avait échoué dans sa quête de retrouver la Reine Guerrière, mais en plus il risquait de devenir un esclave… Ayez pitié de moi !

« Tu es coincé en prison, et la seule chose à laquelle tu penses est une femme ? » Le bas du visage de l’esclave tiqua. Il voulait vraiment faire souffrir cet idiot devant lui, qui racontait n’importe quoi.

Le barde répliqua : « Évidemment que je pense à une femme ! Sinon, qui viendra nous sauver ? »

« Quoi ? » L’esclave se figea. Cependant, il songea au fait que l’homme devant lui était propre et beau à l’origine. Peut-être était-il le gigolo d’une femme, donc il souhait naturellement que ladite femme vînt le sauver.

« Par contre, je ne sais pas si Manteau Rouge est vraiment une femme ou pas… Sniff. Si j’avais su qu’une telle chose se produirait, je n’aurais pas laissé Dieu dans la forêt, parce que, au moins, Il aurait été capable de me sauver ! Après tout, c’est Dieu ! Même si c’est le Dieu des Globs, Dieu demeure quand même Dieu ! »

« … En fait, tu n’es qu’un pauvre fou ! »

 

 

« Hé ! Réveille-toi ! Comment arrives-tu à dormir comme une masse dans un endroit pareil ? »

Le barde se frotta les yeux et demanda avec confusion : « Oh… Le soleil est-il déjà levé ? »

« Tu peux attendre le lever du soleil si tu veux, mais, moi, je m’en vais avant ! »

« Tu t’en vas ? » Le barde avait le regard vide, tandis qu’il demandait : « Où donc ? »

« Hors de cette geôle, évidemment ! » L’esclave leva les yeux au ciel. Il ajouta sèchement : « Tu es encore en train de dormir ? Eh bien, je ne vais pas rester là à t’attendre. Salut ! »

Le barde resta stupéfait pendant un instant. Il cligna fort des yeux, et se réveilla enfin.

Les esclaves étaient tous rassemblés dans un coin, mais le nombre de personnes se réduisait progressivement un par un… Quand il ne resta que trois ou quatre personnes, le barde réalisa qu’ils avaient creusé un trou et partaient par-là !

Il en fut sans voix. Ce fut seulement lorsque presque tout le monde fût sorti qu’il regagna ses esprits. Il lâcha doucement : « Attendez-moi ! », et se débrouilla pour se tortiller à travers le trou derrière eux.

Quand il arriva de l’autre côté, il respira à fond l’air frais environnant, et laissa son regard se poser sur le ciel étoilé. Le barde comprit brutalement à quel point la liberté était précieuse. Être capable de d’échapper à cette misère remplissait son cœur d’un sentiment de béatitude.

Il se retourna pour examiner le trou. Bien qu’il ne fût pas très grand, sa taille était suffisante pour qu’un homme adulte puisse s’y faufiler. Il ne ressemblait pas quelque chose que quelqu’un aurait pu creuser à mains nues.

« Hé ! Hého ! Hum… Toi ! Comment as-tu réussi à creuser ce trou ? »

L’esclave leva encore une fois les yeux au ciel et répliqua : « Hé ? J’ai un nom, tu sais. C’est Cale ! Je prenais mon repas quand j’ai été capturé, donc j’ai caché ma cuillère à soupe sur moi à ce moment-là. Nous l’avons utilisée pour creuser. »

« Oh, Cale. Heureux de faire ta connaissance. Mon nom est Sylvestre. »

« Ce nom est long et pompeux… Es-tu un noble ? Par ici. » Après avoir parlé, peut-être parce que le barde lui avait également donné son nom, Cale agrippa ce dernier pour l’empêcher d’être séparé du reste du groupe dans la nuit noire.

« Je ne suis pas un noble. Ce nom m’a été donné par mon maître. »

Sylvestre étouffa un rire et secoua la tête pour nier. Cependant, il n’en était pas trop sûr non plus. Après tout, Lorenzo Louis, en tant que barde impérial, n’était pas seulement un noble, mais possédait également l’un des plus hauts rangs existants. Et puisque Sylvestre était le seul apprenti et successeur de Lorenzo, même s’il avait échoué à tout hériter de Lorenzo, il était vrai qu’il possédait quand même un certain statut.

« Que tout le monde s’arrête. On va se cacher ici pour le moment ! »

Sylvestre écarquilla les yeux. Cet endroit se trouve à peine à deux rues de la résidence du gouverneur ! Et moi qui pensais que nous allions bouger pendant toute la nuit. J’étais même inquiet à l’idée d’être laissé derrière puisque je n’ai aucune endurance physique !

« Cale, n’allons-nous pas quitter la ville ? » Les autres esclaves paraissaient également inquiets.

Cale secoua la tête et répondit : « Les portes de la cité ne sont pas ouvertes la nuit. Par contre, pas besoin de paniquer. Le gouverneur n’osera pas créer trop de remous en nous cherchant dans la ville. Après tout, vendre des esclaves sans permission est illégal. »

Tout le monde entra dans une maison. Cale s’accroupit immédiatement et tapota le sol avec sa main. En fin de compte, il ouvrit une porte secrète. « Entrez. Il y a un sous-sol. »

Les esclaves sautèrent dans l’ouverture un par un. Le sous-sol n’était pas aussi petit qu’il en avait l’air, et il y avait même de nombreuses conserves de nourriture disposées sur des étagères. Même si les conserves étaient couvertes de poussière, pour les prisonniers qui n’avaient pas eu un vrai repas depuis bien longtemps et qui auraient même mangé du pain piétiné, ce n’était qu’un détail.

Cale lança un pot à Sylvestre. Ce dernier fut incapable de réagir immédiatement et tituba pendant un bon moment avant de réussir à retrouver son équilibre.

« Mange. Ne t’inquiète pas. J’en ai déjà mangé auparavant. C’est vrai que le goût mais tu ne risques pas d’en mourir. »

Sylvestre fronça les sourcils en considérant le pot particulièrement sale. Toutefois, il ne pouvait que frotter le pot sur ses vêtements avant de manger la nourriture à l’intérieur sans se plaindre.

Bien que Sylvestre aimât la nourriture de qualité et fût très sélectif dans ce qu’il mangeait, après avoir suivi son maître par monts et marées pendant des années, il avait mangé tout ce qu’il était possible d’imaginer. Et c’est sans mentionner le fait que, au moment où il avait rencontré son maître, il était obligé d’apprendre à cuisiner : pouvoir manger des rations déshydratées était considéré comme un repas de luxe. Et dans le cas où ils auraient fini toutes les rations et ne parvenaient toujours pas à localiser une ville, dans ce cas il devait se préparer mentalement à goûter toutes sortes de choses, que ce fût à moitié cuit ou brûlé, telles que de la viande de grenouille bouillie aux herbes ou un banquet de globs.

En mangeant la nourriture vinaigrée qui avait un peu tourné, Sylvestre commença à réfléchir à sa situation.

Je ne peux m’empêcher de penser que notre évasion a été trop simple. J’ai l’impression d’oublier quelque chose… Ah ! C’est vrai. Les gardes n’ont pas essayé de nous empêcher de nous enfuir du tout ! Il s’exclama : «  Nous avons été très chanceux que les gardes aient été retenus ailleurs pour quelque raison ! »

« Chanceux ? » Cale rit froidement et répondit : « Je les ai observés pendant plusieurs jours. Ces gardes sont incroyablement paresseux. Quand ils effectuent leur rotation, ceux de l’équipe d’avant partent en avance, et ceux de l’équipe d’après arrivent en retard. L’intervalle où il n’y a personne dure environ une demi-heure au minimum. »

Une demi-heure ? Le barde fut consterné tandis qu’il percutait : Il n’y a pas plus de douze heures de lumière par jour… Ces gardes se laissent aller dans des proportions incroyables !

Cale donnait des ordres à tout le monde, tel un général. « Vous pourrez faire ce que vous voulez quand vous aurez fini de manger, mais gardez le volume sonore bas. Essayez de ne pas parler du tout si vous le pouvez, sauf si vous souhaitez que les équipes de recherches nous repèrent. »

Quoi ? Personne ne veut partir seul ? Sylvestre observa les gens autour de lui avec stupéfaction. Il y avait environ vingt personnes, et pratiquement tout le monde avait l’air inquiet. Au moins, Cale semblait être quelqu’un qui savait ce qu’il faisait, et il avait déjà réussi à tous les faire sortir de prison.

Sylvestre était également effrayé à l’idée de partir. Il avait déjà rencontré les gardes deux fois. S’il ne faisait que mettre un pied dans la rue, il se ferait forcément capturer de nouveau.

Après avoir mangé, personne n’osa prononcer le moindre mot. La plupart d’entre eux se contentèrent de baisser la tête et de s’endormir.

Sylvestre avait à l’origine eu l’intention de discuter avec Cale, mais il reçut un regard noir et fut même réprimandé par un « Pas de bruit » sec. Il n’avait rien à faire et n’avait pas particulièrement sommeil, mais essaya quand même de dormir.

Petit à petit, il succomba au sommeil. Au début, il ne pouvait pas dormir du tout, néanmoins, quand il fut à moitié endormi, il sentit brusquement quelqu’un le pousser. Immédiatement, il se réveilla et la couleur rouge apparut sous ses yeux…

« Manteau… » Rouge ?

La Reine Guerrière TP1C3 : Lumière et Ténèbres Partie 3

posted in: La Reine Guerrière | 0

Femme Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman version d’origine en chinois par – 御 我 (Yu Wo)


Chapter 3 : Light and Shadow Part 3 – Traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]
Chapitre 3 : Lumière et Ténèbres Partie 3 – Traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

Manteau Rouge le fixa d’un air ahuri. La Ballade de la Reine Guerrière qu’il venait tout juste d’entendre n’était pas la même que celle qu’il avait entendue auparavant. L’attitude du barde était aussi très étrange. Bien qu’il eût gardé la tête basse tout le long et qu’il n’eût pas regardé Manteau Rouge du tout, les questions constantes relevées par la chanson donnaient presque l’impression qu’elles lui étaient posées.

Manteau Rouge jeta un bref coup d’œil au barde et passa son jugement. « Cette chanson est horrible. Si tu choisis de chanter ce morceau aujourd’hui, ne me blâme pas quand tu te feras frapper par quelqu’un. »

« Ah bon ? » Le barde se frotta le nez et déclara de façon plutôt innocente : « Mais, LL m’a dit que je dois poser ce genre de questions chaque fois que j’arrive à un nouvel endroit ! S’il advenait que la Reine Guerrière m’entende par chance et soit d’accord pour m’offrir une réponse, LL m’a promis qu’il échangerait la harpe qu’il traîne toujours avec lui pour cette réponse et qu’il me libérerait de son décret selon lequel je dois toujours chanter la Ballade de la Reine Guerrière pendant au moins trois jours chaque fois que j’arrive à un nouvel endroit… »

Quand il eut terminé de parler, le barde regarda en direction de Manteau Rouge et demanda : « Qu’en penses-tu ? Pourquoi la Reine Guerrière a-t-elle voulu partir ? Était-ce parce que le Saint Roi ne l’aimait pas, alors rester avec un amant qui ne l’aimait même pas était trop douloureux à supporter ? Ou était-ce parce que le Saint Roi l’a obligée à partir ? Ou peut-être était-ce parce que la Reine Sainte avait délibérément rendu les choses difficiles… »

Manteau Rouge interrompit les rêveries infinies du barde et affirma de façon mécontente : « Vous, les bardes voyageurs ! Vous poussez tout simplement votre réflexion trop loin. Pour le peu que vous en sachiez, la Reine Guerrière aurait très bien pu sentir que les jours qui passaient étaient trop ennuyeux, et elle est partie de son propre chef. »

Il ne s’attendait pas à ce que Manteau Rouge répondît réellement à ses questions. Le barde rassembla son courage et poussa davantage la question. « Si la raison pour laquelle elle est partie était vraiment comme tu l’as dit, que c’était parce que sa vie était trop ennuyeuse, dans ce cas que regardait-elle alors ? »

Manteau Rouge répondit froidement : « Comment le saurais-je ? »

Le barde lâcha un « oh » et se sentit assez déçu, mais il n’osa pas poser une autre question à Manteau Rouge.

Les deux voyageurs marchèrent en silence pendant un moment. Soudainement, Manteau Rouge commença à parler : « C’est possible que ce qu’elle regardait soit le guerrier et la guérisseuse, ses précédents compagnons, mais que son esprit se rappelait des souvenirs de douleur et de souffrance provenant de la guerre. Et alors, elle s’était rendu compte que la fin heureuse qu’elle avait imaginée se révélait en fait assez ennuyeuse. »

Alors que le barde écoutait l’opinion de Manteau Rouge, il était à l’origine surpris, mais, comme il songeait prudemment à ce que Manteau Rouge lui avait dit, il ne put s’empêcher de proclamer :

« Certaines personnes sont nées pour poursuivre des combats sans fin ! Le bonheur dont tu parles ne peut être obtenu à la fin d’une guerre, mais à travers chacune des batailles combattues. »

En entendant cela, Manteau Rouge fixa le barde dans les yeux et demeura silencieux.

Le barde cessa de marcher et éclata de rire. Manteau Rouge s’arrêta également et le questionna froidement : « Pourquoi ris-tu ? »

Le barde laissa paraître un immense sourire et annonça : « Je suppose que je n’ai plus besoin de chanter la Ballade de la Reine Guerrière. Es-tu d’accord pour venir avec moi le voir ? »

« Qui ça ? »

Le barde répondit sur un ton détaché : « Évidemment, je parle de Lorenzo Louis. C’est mon Maître et aussi la personne que tu as surnommée “LL”… »

« C’est encore toi ! Dire que tu oserais rester dans cette ville. Ne t’avais-je pas ordonné de déguerpir d’ici hier !? »

Le barde resta stupéfait. Il se retourna pour voir la même équipe de patrouille de la veille. Le capitaine de la patrouille, qui était plus d’une tête plus grand qu’une personne normale, fusillait férocement le barde du regard. Il avait aussi amené avec lui cinq de ses membres d’équipes, et ils marchaient tout droit en direction du barde.

Pendant qu’ils approchaient, le capitaine de la patrouille reçut une image bien plus claire du visage du barde. Il réalisa tout à coup que la blessure sur le visage du barde était presqu’entièrement guérie.

Nous ne nous sommes pas montrés suffisamment impitoyables hier ? Il se mit à douter.

C’est bien ma chance… Je n’arrive pas à croire que nous soyons tombés sur la patrouille avant même d’avoir atteint la taverne. Le barde finit par mieux comprendre juste à quel point sa chance pouvait être terrible.

À présent, par contre, ce n’est pas comme la dernière fois ! Manteau Rouge est avec moi. Personne n’oserait lever la main sur moi ! Oui… Si je regarde la situation sous cet angle, je suppose que ma chance n’est point aussi terrible que je le croyais, après tout ! Suite à cette réflexion, le barde recommença à faire face à la vie avec un optimisme débordant.

« Tsk. » Le capitaine de la patrouille hésita un instant, puis se tourna pour crier à son équipe. « Saisissez-vous de ce cinglé et jetez-le-moi au cachot.  Nous étions en route pour faire notre rapport de mission de toute manière. »

Après avoir reçu l’ordre, deux des membres de l’équipe se précipitèrent sur-le-champ pour l’exécuter et agrippèrent sans effort le barde.

En réalité, le barde, qui n’avait même pas la force d’attacher un poulet, ne résista pas du tout. Il fixa Manteau Rouge avec de grands yeux, anticipant avec excitation de quel genre d’attaque ce dernier se servirait en premier. Un coup de poing pour envoyer deux personnes valser simultanément ? Ou est-ce que ce serait plus classe de leurs donner un coup de pied ?

Comme c’était difficile d’ignorer le regard fervent du barde, le capitaine de la patrouille remarqua enfin la présence de Manteau Rouge. Il s’enquit froidement : « Es-tu son compagnon ? »

« Pas du tout, je ne le connais pas », répondit indifféremment Manteau Rouge.

Ou peut-être que ce sera un coup direct de sa lame pour les trancher en deux ! LL a dit auparavant que son tempérament avait toujours été plutôt bouillonnant… Attendez une minute ! Que vient de dire Manteau Rouge !? L’expression que le barde avait sur le visage changea instantanément.

« Tu es un type raisonnable, on dirait ! Emmenez-moi cet homme. » Le capitaine de la patrouille lança ses ordres, et les deux membres de la patrouille emmenèrent tout de suite le barde en le traînant.

Pendant qu’il se faisait emmener, le barde se retourna frénétiquement pour hurler : « Attendez une seconde ! Manteau Rouge ! Pourquoi ne viens-tu pas à ma rescousse ? »

Mais, il ne réussit qu’à apercevoir un manteau de couleur rouge avant que sa tête ne fût remise en place très durement par les deux personnes qui restreignaient ses mouvements. Cela manqua de lui faire une entorse au cou et lui fit si mal que chaque partie de son visage se crispait d’agonie.

À ce stade, le capitaine de la patrouille était rempli de soupçons. Il jaugea Manteau Rouge de la tête aux pieds et lui ordonna directement : « Enlève tout de suite ta capuche ! »

En entendant cela, une étincelle d’espoir se ralluma chez le barde. Si c’est vraiment elle, elle ne va certainement pas accepter de faire ce que les autres lui ordonnent… Cependant, dans la seconde suivante, le capitaine de la patrouille cracha moqueusement : « Pfff ! Ainsi, tu es vraiment un homme. Dire que je pensais que tu étais une femme, avec ta petite silhouette et ton manteau de couleur rouge… Comme c’est ennuyeux. Allons-y ! »

Un homme ? Le barde se figea. Comment est-ce possible ? Manteau Rouge n’est pas cette personne ? Manteau Rouge n’est pas…

La Reine Guerrière ?

Il essaya désespérément de se retourner pour lui jeter un autre regard comme si sa vie en dépendait, mais les deux membres de la patrouille maintinrent, avec véhémence, sa tête en place, l’empêchant de regarder autour de lui de sa propre volonté.

Juste un regard serait suffisant. Laissez-moi jeter un seul coup d’œil… Manteau Rouge ! Es-tu la Reine Guerrière ou pas ?

 

 

Brandit une lame, adore porter des vêtements d’un rouge flamboyant, de petite taille, possède une voix si grave qu’elle ressemble à celle d’un homme, des pupilles noires brûlantes… Chaque détail correspond exactement aux traits énoncés par Maître Louis. Manteau Rouge s’intéresse aussi clairement à la fois à la Ballade de la Reine Guerrière et au surnom de LL. Et pour couronner le tout, ce que Manteau Rouge a dit plus tôt…

N’importe qui aurait conclu que Manteau Rouge est bel et bien la Reine Guerrière !

Peu importe sous quel angle le barde considérait la question, Manteau Rouge était forcément la Reine Guerrière. Mais, pourquoi diable le capitaine de patrouille a-t-il déclaré qu’elle était un homme ?

« Pardonnez-moi, mais j’ai une question ! » demanda le barde aux deux membres de la patrouille qui lui maintenaient la tête vers le bas. Compte tenu de la position précaire dans laquelle il se trouvait, avec ses pieds levés au-dessus du sol, sa posture et sa façon de parler étaient incroyablement polies. Il s’enquit : « La Reine Guerrière est une femme, n’est-ce pas ? »

Les deux membres de la patrouille restèrent abasourdis. Ils eurent l’air très confus comme ils lui répondaient : « De quoi donc est-ce que tu parles ? »

Le barde dit avec hâte : « Mais, c’est de la Reine Guerrière qui est la seconde épouse du Saint Roi et la commandante de l’armée ! Elle devrait en effet être une femme, n’est-ce pas ? Ou y aurait-il une chance pour qu’elle soit un homme à la place ? »

Ils étaient tous les deux tellement abasourdis que leur teint changea de couleur. Ils s’exclamèrent : « T-Tu oses calomnier le Saint Roi !? »

« Je ne l’ai pas calomnié ! » Le barde était grandement alarmé. Il ajouta rapidement : « Je ne faisais que me renseigner sur la Reine Guerrière. Je ne parlais pas du tout en mal du Saint Roi ! »

« Tu… » Un des membres de la patrouille était tellement choqué qu’il n’arrivait même pas à parler.

L’autre membre de la patrouille réagit différemment. Il hurla directement : « Balivernes ! Évidemment que la Reine Guerrière est une femme ! Penses-tu honnêtement que le Saint Roi prendrait un homme comme épouse ? Quel blasphème ! »

Oh ! Cela a du sens. Le barde hocha la tête avec compréhension. « Je comprends maintenant. Merci pour votre explication. Quand on y pense, si la Reine Guerrière était de sexe masculin, mon Maître me l’aurait certainement précisé. »

En entendant cela, l’un des membres de la patrouille leva son poing. Il frappa le barde tandis qu’il continuait à le réprimander : « Tu oses encore parler ! Tu demandes simplement à te faire donner une maudite raclée ! Tu as l’audace d’affirmer que la femme du Saint Roi est un homme ! »

L’autre membre de la patrouille se précipita pour arrêter les actions de son partenaire. Il l’exhorta soigneusement : « Vas-y doucement ! Il y a définitivement plusieurs choses qui clochent dans la tête de ce type. Qui plus est, en gardant à l’esprit ce qu’il y a en réserve pour lui plus tard, on n’a pas besoin de dépasser les bornes, pas vrai ? »

Assez vite, l’autre abaissa son poing en réponse aux paroles de son partenaire. « Ha ha ha, je suppose que tu as raison. On ne peut pas endommager ce visage après tout. Un visage endommagé ne vaut rien si on essaie de le vendre. »

Ne vaut rien si on essaie de le vendre ? Le barde était perdu dans ses pensées. Alors, mon visage est en fait quelque chose qui vaut la peine d’être vendu ? Si je l’avais su plus tôt, je l’aurais vendu chaque fois que mon estomac était vide et que je n’avais pas d’argent. Je me demande combien je pourrais demander…

Alors qu’il était encore perdu dans ses pensées, les deux membres de la patrouille le projetèrent soudainement vers l’avant d’une forte poussée. Heureusement, le barde avait depuis longtemps l’habitude d’être jeté par terre par les autres. Sans plus tarder, il se roula par réflexe dans la posture qui était la moins susceptible de lui laisser recevoir des blessures. Après avoir gémi pendant un certain temps, il se releva promptement du plancher, observa les alentours, et fut choqué de réaliser que cet endroit était une cellule de prison.

La geôle contenait déjà pas mal de gens. Ces personnes avaient toutes la mine sombre et gardaient la tête basse. Malgré l’agitation qu’il y avait eu quand il avait été jeté dans la prison, aucun d’eux n’avait réagi.

Le barde trouva cela incroyablement étrange. Il examina les gens autour de lui. À sa grande surprise, chacun d’eux portait une marque sur le bras droit. Ce-C’est la marque… d’un esclave !

À ce moment-là, les deux membres de la patrouille fermèrent la porte de la cellule, puis la verrouillèrent fermement.

Le barde se précipita vers les barres de fer et cria : « Attendez ! Pourquoi m’avez-vous amené ici ? Je n’ai pas choisi de vendre mon corps ! Je ne suis pas un esclave ! »

« Tu en seras un désormais ! » Le garde s’amusa du malheur du barde tout en parlant : « Détends-toi ! Avec un visage comme le tien, tu attireras certainement l’attention de nombreuses riches ménagères. Après ça, qui sait, peut-être que ton visage va devenir encore plus joli qu’en ce moment ! »

« Mes félicitations ! Ha ha ha ! » Ils ignorèrent simplement tous les deux les protestations du barde et quittèrent la prison tout en riant aux éclats.

« Comment les choses en sont-elles arrivées là ? »

Le barde fut laissé dans un état second. Bien qu’il eût en effet été victime d’intimidation pendant son voyage, personne n’avait jamais été aussi loin que de l’enlever pour le vendre. Longtemps depuis la création du pays, le Saint Roi avait fixé des règles strictes. L’esclavage n’était autorisé que si c’était la volonté de la personne qui était vendue. Même les parents n’avaient pas le droit de vendre leurs enfants. De plus, quel que fût le prix pour lequel il était vendu, tous les contrats expireraient après vingt ans. Après vingt ans, l’esclave pouvait demander à être libéré, à moins qu’il ne fût prêt à se vendre une fois de plus.

« Laissez-moi sortir ! Je ne suis pas d’accord pour vendre mon corps ! » Le barde hurla frénétiquement : « Vous vous trompez ! Je ne veux pas vendre mon corps ! »

La Reine Guerrière TP1C2 : Lumière et Ténèbres Partie 2

posted in: La Reine Guerrière | 1

La Reine Guerrière Prologue Tome 1 : Lumière et Ténèbres

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 2: Light and Shadow Part 2 – traduit du chinois vers l’anglais par raylight[PR!]
Chapitre 2 : Lumière et Ténèbres Partie 2 – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

Le lendemain matin, Manteau Rouge descendit nonchalamment la volée de marches de l’escalier. En bas, la salle n’était ni très bondée ni bruyante. L’échelle des prix de cette auberge était considérée au-dessus de la moyenne, aussi les aventuriers ordinaires ne restaient pas ici. Au contraire, ceux qui s’arrêtaient dans cette auberge étaient principalement des marchands. Comparés aux aventuriers qui aimaient parler d’une voix forte, les marchands étaient d’ordinaire plus discrets et ne provoqueraient pas volontairement de problèmes. De plus, ils étaient moins susceptibles d’accorder de l’attention à une personne vêtue d’un manteau rouge, et ils ne s’acharneraient pas avec entêtement à essayer de lever la capuche du manteau de cette personne pour voir ce qu’il y avait dessous.

C’était précisément la raison principale pour laquelle Manteau Rouge, bien qu’étant un aventurier, avait choisi de résider dans cette auberge.

Il s’assit à une table vide et, tout en mangeant les rations qu’il avait apportées en bas, il réfléchit à ce qu’il devrait faire dorénavant. Il avait déjà dépensé l’argent qui était en sa possession, aussi il était grand temps qu’il accomplît quelques missions pour gagner de l’argent. Autrement, s’il devait voyager loin dans le futur, il n’en aurait pas assez pour s’acheter des rations et de l’équipement de base. D’un autre côté…

Il cessa tout à coup de réfléchir et de manger, et à la place il se concentra pour écouter ce que les personnes installées à la table voisine étaient en train de dire. Trois marchands étaient assis là, et ils parlaient entre eux avec un ton feutré. Leurs expressions étaient extrêmement similaires, comme ils fronçaient tous leurs sourcils avec un air inquiet. Ils commencèrent bientôt à échanger des informations.

« La taxe pour entrer dans cette ville n’est-elle pas un peu trop lourde ? L’année dernière, nous n’avions eu besoin de payer que vingt ducats d’argent pour entrer dans la ville avec un chariot de cargaison, n’est-ce pas ? Maintenant, le coût est passé à un ducat d’or ! M-même la taxe pour entrer dans la capitale n’est pas aussi importante. S’il s’agit de marchandises bas de gamme, le chariot entier de biens peut être acheté avec un ducat d’or. »

« Je pense que je ne reviendrai pas dans cette ville la prochaine fois. Je préférerais hâter mon voyage un peu plus et me reposer à la cité suivante. »

« Arrête de rêver. J’arrive tout juste de la ville voisine, et la taxe là-bas vient aussi tout juste d’augmenter. Pour un chariot de marchandises, tu dois payer quatre-vingt ducats d’argent. »

« Quoi ? »

Les expressions sur le visage de tous les marchands s’affaissèrent, et ils échangèrent des regards. L’un d’entre eux ne put s’empêcher de râler à voix basse : « On dirait que les seigneurs des cités de cette région sont tous plutôt unis ! »

Un autre marchand, apparemment le plus âgé du groupe, s’empressa de murmurer : « N’en dis pas plus. Comparé à avant, au moins nous pouvons vivre nos jours confortablement. Louanges soient faites au Saint Roi ! »

Les deux autres s’empressèrent de répéter le chant : « Loué soit le Saint Roi. » Cependant, après avoir dit cela, les trois marchands continuèrent de froncer leurs sourcils. Ayant perdu l’envie de discuter, ils finirent rapidement de manger, puis s’en allèrent vaquer à leurs autres occupations.

À ce moment-là, Manteau Rouge se remit à manger ses rations. Il ne s’interrogeait plus sur ce qu’il devait faire en premier, mais au lieu de cela il se mit à songer au royaume dans son ensemble : le Royaume de la Lumière Sacrée.

Le Saint Roi… Son vrai nom était en fait Lancel Ornister1. Logiquement parlant, il devrait être appelé Roi Lancel ou Roi Ornister. Cependant, afin d’exprimer leur révérence à son égard, les citoyens l’appelaient le Saint Roi.

Le Roi Lancel avait officiellement créé ce pays dans la première année de son règne, durant la première année du Calendrier Sacré. Toutefois, ce ne fut que dans la troisième année du Calendrier qu’il parvint à unifier le continent dans sa totalité. À présent, la douzième année du Calendrier Sacré n’était pas encore achevée, et pourtant des seigneurs corrompus étaient déjà apparus ?

Ou peut-être que Manteau Rouge en demandait trop ?

Cet endroit était vraiment loin de la capitale. Ces brèves neuf années de règne n’avaient peut-être pas été suffisantes pour permettre au Roi Lancel de contrôler tout ce qu’il se tramait dans le pays. Sans mentionner le fait que, au cours de ces neuf années, un pays voisin avait tenté d’envahir le royaume, et la guerre s’était prolongée pendant un an et huit mois.

Après avoir mis fin à la longue période de chaos, il n’a été au pouvoir que depuis neuf ans et a même dû mener une guerre de deux ans durant cette période. En dépit de tout cela, il a quand même été en mesure de laisser les citoyens mener une vie confortable. Peu importe ce qu’on peut trouver à y redire, c’est véritablement un exploit incroyable, et de fait les citoyens tiennent le Saint Roi en haute estime.

« Toi… Celui qui porte un manteau rouge ! »

En entendant cela, Manteau Rouge tourna la tête. Comme il s’y attendait, il vit le barde qui était la seule personne qu’il connaissait dans le coin. Le barde descendit l’escalier.

Hein ? Manteau Rouge dévisagea le barde. Hier, son visage était tellement enflé qu’il ressemblait à une miche de pain, mais les ecchymoses avaient diminué de moitié aujourd’hui. Il ne restait qu’une grosse bosse sur son front et quelques égratignures ici et là.

« Tes blessures guérissent vraiment rapidement. » Il était un tantinet stupéfait.

À ces mots, le barde déclara fièrement : « Eh bien ? Je ne ressemble plus à une miche de pain, n’est-ce pas ? »

« C’est vrai. » Manteau Rouge l’admit avec indifférence.

« Sais-tu pourquoi je peux guérir si rapidement ? Tu ne le sais pas, non ? » Le barde se mit à sourire bêtement, comme si avoir un secret dont Manteau Rouge ignorait tout était une victoire sans précédent.

Cependant, Manteau Rouge ne répondit pas. Il se contenta de mâcher ses propres rations. Il trouvait en effet cela étrange, mais il n’avait aucune intention de poser des questions à ce sujet. Chaque aventurier avait ses propres secrets, et en savoir moins sur les secrets des autres signifiait qu’il serait moins en danger quand il voyagerait. C’était un principe de base dont chaque aventurier expérimenté avait connaissance.

Même si le barde affichait une expression conflictuelle, il continua à papoter sans s’arrêter : « Tu veux que je te le dise ? C’est un secret, mais puisque tu m’as autant aidé, ne pas te le dire donnerait l’impression que je ne suis pas reconnaissant envers mon bienfaiteur… Si tu veux vraiment savoir, alors je peux te le dire ! Est-ce que tu veux savoir ? Tu veux que je te le dise, hein ? »

Ce type, est-ce que ça le tuerait de ne pas parler !? Légèrement vexé, Manteau Rouge gronda : « Si tu veux le dire, alors dis-le ! Continue à débiter des sornettes, et je t’aiderai à regagner l’apparence que tu avais hier ! »

Malgré tout, non seulement le barde ne perdit pas son courage, mais il révéla même une expression satisfaite. Ému, il affirma : « Je savais que tu voulais vraiment connaître ce secret ! »

Ce type est au-delà de tout espoir ! Manteau Rouge utilisa sa main pour supporter son front, sentant une migraine approcher. Il regrettait profondément de s’être préoccupé de ce type ne serait-ce qu’un instant. Il aurait dû le laisser vivre en buvant de l’huile pour cheveux et s’autoriser un peu de paix et de tranquillité.

Le barde sourit mystérieusement et révéla : « Si je te dis que c’est une bénédiction de Dieu, est-ce que tu me croirais ? »

« Dieu ? »

Le ton de Manteau Rouge montrait qu’il trouvait cela extrêmement étrange. Plutôt que de dire qu’il était surpris parce qu’il venait d’entendre le mot « Dieu », il était incapable de lutter contre ce barde qui faisait une déclaration aléatoire comme ça sans donner d’explication. Un peu impatient, il demanda : « Quand tu dis Dieu, qu’entends-tu par là exactement ? »

Le barde répondit avec une conviction absolue : « Bien évidemment, Dieu est cette sorte de petite chose douce et spongieuse qui peut prendre des formes différentes et qui rebondit partout. »

Manteau Rouge se tut l’espace d’un moment avant de déclarer avec indifférence : « On dirait plutôt cette sorte de créature molle qu’on appelle un glob et qui rampe dans la forêt. Pas Dieu. »

« Oh ! » Le barde semblait perdu et dit : « Maintenant que tu en parles, c’est vrai qu’ils sont vraiment semblables ! Cependant, les globs sont verts, mais Dieu est d’une couleur dorée ! Qui sait… Il se pourrait qu’il soit le Dieu des globs ? »

Après avoir présenté les choses sous cet angle, tu ne vas tout de même pas me raconter que tu es un glob !

« Même si tes blessures ont été soignées, ne vas pas errer partout sans but. Si les gardes t’aperçoivent, les choses tourneront mal pour toi. »

Manteau Rouge fit de son mieux pour réprimer son envie d’envoyer valser cet idiot de barde d’un coup de poing, et il détourna la conversation de cette histoire de Dieu des globs… S’ils continuaient de parler de ça, il se mettrait réellement à tabasser le barde jusqu’à en faire de la bouillie, même s’il n’aimait pas être violent avec ceux qui n’avaient aucune capacité de combat.

À la place, le barde révéla une expression troublée. Pleurnichant, il s’y opposa : « Euh… Néanmoins, je ne peux suivre ton conseil ! Je dois encore chanter la Ballade de la Reine Guerrière pendant un jour de plus, donc je dois sortir. »

Manteau Rouge fronça les sourcils, se souvenant de la règle étrange que le barde avait mentionnée précédemment selon laquelle il devait chanter la Ballade de la Reine Guerrière pendant trois jours, chaque fois qu’il arrivait dans une nouvelle ville. Il ne lui en demanda pas la raison, mais le questionna avec indifférence : « Tu ne peux pas manquer ne serait-ce qu’un jour ? »

Le barde ne put que répondre avec impuissance : « Je n’ai pas le choix. Mon maître m’a formellement annoncé que, si je voulais qu’il me prenne comme disciple, je devais accepter une condition. Celle-ci était que, une fois après que je serais devenu un vrai barde, chaque fois que je visiterais un nouvel endroit, je serais obligé de chanter la Ballade de la Reine Guerrière pendant trois jours. Cette règle est très stricte, mais mon maître, c’est… c’est vraiment un barde exceptionnel ! »

On dirait que, même si je ne lui en demande pas la raison, il va tout me révéler de sa propre initiative… En voyant les yeux fervents du barde emplis d’anticipation et l’expression « même si tu ne demandes rien, je vais quand même t’en parler » inscrite sur son visage, Manteau Rouge sentit un autre mal de tête poindre à l’horizon. Il ne put que se plier à la volonté du barde, et il s’enquit : « Qui est ton maître ? »  

À cette question, l’expression d’anticipation qui emplissait les yeux du barde disparut. Il affecta une expression sobre, toussa bruyamment une ou deux fois, puis redressa son menton. D’une manière complètement empreinte de fierté, il dévoila la réponse : « Lorenzo Louis. »

« Le barde surnommé LL ? »

À ce nom, Manteau Rouge fut réellement un peu surpris. Il rit, puis dit avec un soupçon d’incrédulité : « LL est le barde impérial employé par le Saint Roi. »

« Il l’était autrefois. Cependant, quand la Reine Guerrière a épousé le Saint Roi, il a quitté la Cité Sacrée », ajouta-t-il immédiatement, juste pour clarifier les choses.

On aurait juré qu’il y avait l’ombre d’un sourire sur les lèvres de Manteau Rouge, alors qu’il rétorquait : « L’apprenti du barde impérial a été réduit à un état où il se fait tabasser par la patrouille de la ville jusqu’à ce que sa tête ressemble à celle d’un cochon ? Tu penses que je vais te croire ? »

Le barde sortit rapidement un insigne de la poche de sa chemise. L’insigne était fait d’un entrelacement de fils dorés et blancs, et il avait la forme d’une rose blanche. Dans la partie dorée au centre de la rose, il y avait un luth. Le luth était même spécialement arrangé en forme de L.

Comme tout le monde le savait, la rose blanche était l’emblème du Saint Roi. Toutes les personnes qui avaient un insigne de rose blanche étaient des subordonnés directs de Sa Majesté. De plus, juste en regardant l’objet qui avait été fait à la main et placé au centre de la rose, on pouvait déduire quelle était la profession de la personne.

« Mon maître a dit qu’il ne voulait pas de cet objet de toute façon, donc il me l’a donné. Si je venais à vraiment manquer d’argent durant mon voyage, il m’a dit que je pouvais le vendre. J’ai essayé de le vendre dans le passé, mais dès que les vendeurs ont vu qu’il s’agissait d’un insigne de rose blanche, ils ont refusé de l’acheter. »

Bien sûr qu’ils refuseraient de l’acheter. C’est l’insigne de la rose blanche personnellement remis par le Saint Roi. Tous ceux qui l’ont sont des individus renommés. Qui oserait acheter et garder un tel insigne ?

Cependant, même s’il possédait cet insigne, Manteau Rouge ne se laissa pas impressionner. Il répliqua : « Ça ne prouve pas grand-chose. Il perd toujours ses affaires. »

Le barde s’assit pendant un moment, stupéfait. Plein de doutes, il demande ensuite : « Qu’as-tu dit ? »

Manteau Rouge garda le silence un instant avant de répondre avec nonchalance : « J’ai dit que les gens perdent tout le temps leurs affaires, donc peut-être que tu l’as juste ramassé. »

« C’est la vérité ! Mon maître me l’a donné ! »

Le barde était extrêmement anxieux, mais il n’avait aucun moyen de convaincre Manteau Rouge… Son maître était bel et bien très doué pour perdre ses affaires. Si quelqu’un possédant un des objets de son maître venait et lui disait qu’il était lui aussi un élève de LL, même le barde lui-même suspecterait que la personne l’avait juste ramassé.

« Si tu le dis, alors il doit en être ainsi. » Manteau Rouge ne précisa pas s’il le croyait ou s’il le reconnaissait comme étant un disciple de LL. Il se contenta d’une remarque désinvolte et revint au sujet principal : « Dans une telle situation, ton maître te pardonnerait si tu venais à ne pas chanter pendant un des trois jours. Je pense qu’il ne voudrait pas non plus te voir être tabassé à mort. »

« Non, il ne me pardonnerait pas. »

D’une manière assez inattendue, le barde était très calme alors qu’il répondait : « Il me réprimanderait seulement en disant : “Dire qu’à ce moment-là, passé la porte de la Vallée des Lames Écarlates et avec seulement cinq milles hommes, la Reine Guerrière est parvenue à empêcher l’invasion de l’armée des démons qui comptait cinquante-mille soldats. Elle a même réussi à les retenir pendant pas moins de trois mois. Toi, de ton côté, tu n’arrives même pas à simplement chanter la Ballade de la Reine Guerrière durant trois jours. Pourquoi est-ce que tu ne vas pas simplement te frapper la tête et mourir sous la statue de la Reine Guerrière ?” »

« Ton maître a tort. » Manteau Rouge objecta nonchalamment : « Te comparer avec la Reine Guerrière, c’est comme frapper un rocher avec une miche de pain. Dès le départ, ce ne serait pas une bataille équitable. ».

On aurait cru que le barde était sur le point de pleurer, et il se plaignit avec tristesse : « Tu es encore plus impitoyable que mon maître… »

À cet instant-là, Manteau Rouge avala la dernière de ses rations. Dans un bruissement de cape, il se leva et annonça simplement : « Allons-y ! »

« Où donc ? » Le barde leva la tête et le dévisagea, perplexe.

Manteau Rouge répliqua : « Quoi ? Tu ne vas pas chanter ? Par pure coïncidence, je veux aussi écouter cette chanson, alors allons-y ensemble. »

En entendant cela, les yeux azurs du barde s’illuminèrent instantanément d’espoir.

Manteau Rouge doit être vraiment fort !

Ce n’était pas son intuition qui le lui disait, mais bien une déduction. Une personne qui portait un manteau rouge aussi tape à l’œil partout où elle se rendait était soit un aventurier débutant imprudent, soit une personne qui pouvait régler n’importe quelle sorte de problèmes !

À en juger par les actions de Manteau Rouge jusqu’à présent, il n’était définitivement pas un aventurier débutant.

Avant même que le barde pût prononcer ne serait-ce qu’un demi-mot, Manteau Rouge le coupa immédiatement, lui donnant froidement comme avertissement : « Si tu dis quoi que ce soit qui contienne ce que je considère être des mots inutiles, j’utiliserai une méthode plus directe qui te rendra incapable de sortir aujourd’hui : je te frapperai au point où tu ne pourras que rester allonger au lit et où tu n’auras plus besoin de chanter. »

« Des mots inutiles ? » Le barde lâcha aussitôt un flot de protestations. « Comment serait-il possible que j’emploie des mots superflus ? Je n’ai jamais rien dit qui ne soit pas nécessaire auparavant. Sur ce point, tu peux te détendre, car je suis un barde ! Être excessivement pointilleux à propos de mon choix de vocabulaire est mon point fort. Je peux te garantir que chacune de mes phrases est aussi élégante qu’un chant d’oiseau et aussi claire que l’eau qui court dans un ruisseau… »

En entendant cela, Manteau Rouge empoigna le col du barde d’une main, puis le souleva du sol, le forçant d’une position assise à une position où il était à demi suspendu dans les airs.

Le barde ferma la bouche et cligna des yeux innocemment. Il n’osa pas bouger un seul muscle et était complètement dans le flou quant à pourquoi Manteau Rouge était de nouveau en colère… Mais, une fois encore, sa force est vraiment impressionnante. Comme je le pensais, c’est quelqu’un de fort !

Avec la présence de Manteau Rouge, il ne serait assurément pas tabassé par la patrouille jusqu’à être réduit à l’apparence d’une miche de pain… Le prérequis étant que Manteau Rouge fût à même de contrôler sa rage et de le laisser vivant pour qu’il pût aller chanter.

Manteau Rouge le maintint dans les airs pendant un moment. Il était difficile de dire s’il essayait de contenir sa colère, ou s’il se demandait par quelle partie du corps il devrait commencer à le tabasser. Cela dura jusqu’à ce que plusieurs serveurs de l’auberge s’approchent d’eux. Sans attendre qu’ils parlent, Manteau Rouge avait déjà reposé le barde et s’était retourné pour leur assurer : « Tout va bien. »

Se retournant, Manteau Rouge baissa la tête. De sous la capuche de son manteau, le barde aperçut une paire d’yeux noirs qui émettaient une aura meurtrière et de la sévérité. Manteau Rouge s’adressa au barde et grogna mot après mot : « À part “oui” et “non”, tous les autres sont des mots inutiles ! »

Son grondement retomba, et Manteau Rouge sortit de l’auberge sans même regarder en arrière. Voyant l’ombre de Manteau Rouge, le barde stupéfait murmura : « Comme des flammes d’ébène brûlantes. » Après quoi, il se mit immédiatement debout et courut vers Manteau Rouge.

Une fois qu’il eut rattrapé Manteau Rouge, il ralentit et se mit à marcher à ses côtés. Bien qu’ils fussent encore assez loin de la taverne, il avait déjà commencé à fredonner doucement.

Les saisons se succèdent, le temps s’égrène.
Le regard perdu vers une cité lointaine,
Le ménestrel itinérant
Se remémore l’époque d’antan… 

Oh, ménestrel !
Un sourire lumineux posé sur tes lèvres.
Oh, ménestrel !
Le regard distant passant au-delà des gens.
Oh, ménestrel !
Tu demeures toujours hors de portée.
Vers quoi donc ton regard est-il tourné ? 

Doucement, le ménestrel fredonne :
Qu’importe la distance,
De la femme de légende
Jamais mes yeux ne se détourneront. 

Oh, Reine Guerrière !
Le Saint Roi et la Reine
Ont-ils annihilé
Ta faculté d’aimer ?

Oh, Reine Guerrière !
Les flammes d’ébène dans tes yeux,
Ne peuvent-elles être avivées
Que dans le feu des hostilités ?

Oh, Reine Guerrière !
Tes yeux qui sont si froids et indifférents,
Que contemplent-ils réellement ? 

Note de bas de page

1 Lancel Ornister : Originellement appelé Lancero Ornister par Yu Wo, comme c’est expliqué dans le livre d’illustrations de La Reine Guerrière. Lancel et Lancero sont tous les deux des noms équitablement corrects, mais l’équipe anglaise a préféré choisir Lancel qui leur semblait plus adapté pour un nom de roi. Lancero est une sorte de parcours militaire, un genre de soldat et est également moins fréquemment utilisé en tant que nom. Un équivalent en français serait Lance, cependant, l’équipe française a choisi de garder la version anglaise dans ce cas-ci.

La Reine Guerrière TP1C1 : Lumière et Ténèbres Partie 1

posted in: La Reine Guerrière | 6

La Reine Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman d’origine en chinois par :   (Yu Wo)


Chapter 1: Light and Shadow Part 1 – Traduit du chinois vers l’anglais par doza[PR!]
Chapitre 1 : Lumière et Ténèbres Partie 1 – Traduit de l’anglais vers le français par Irina
+ Travail de vérification par Nocta

 « Tu es vraiment quelqu’un de bien ! »

Le barde itinérant parcourut joyeusement du regard sa chambre. C’est vrai ! C’était une chambre pour lui tout seul. Il ne s’attendait pas à ce que l’excentrique Manteau Rouge ne fît pas que l’héberger, mais l’aidât aussi à louer une autre chambre. À la base, il avait senti que même dormir sur le sol serait suffisant. Assurément, il avait de la chance aujourd’hui.

« Jacasse encore et je vais te trancher avec mes sabres. »

Le barde s’exclama de surprise : « Je te demande pardon ? Tu utilises des sabres ? Normalement, tout le monde veut se servir de leur épée pour me découper en morceaux1. »

Il semblerait que ce type énerve fréquemment les autres. Manteau Rouge ne savait pas s’il fallait en rire ou en pleurer.

« Puisque que tu m’as si bien traité, je vais te chanter la Ballade de la Reine Guerrière une nouvelle fois comme berceuse avant que tu ailles dormir ! »

« Pas besoin… »

Néanmoins, le barde avait déjà ouvert la boucle et commencé à chanter la Ballade de la Reine Guerrière, qui avait une mélodie extrêmement douce. « La Reine Guerrière, c’est ainsi qu’on l’appelle… »

Comme il avait déjà commencé à chanter, Manteau Rouge arrêta aussitôt de protester. Il s’assit simplement sur le bord du lit, écoutant tranquillement cette chanson aussi calme que de l’eau.

Aha ! Je savais bien que cette personne aimait la Ballade de la Reine Guerrière. Il semblerait que je vais avoir les trois repas assurés pendant les trois prochains jours ! Le barde soupira de soulagement dans son cœur.

Ah ! C’est certain, le ciel me bénit en ce moment.

 

 

Il y avait des preuves pour confirmer que Manteau Rouge était un hôte généreux. Non seulement il assurait trois repas, mais il ne protestait même pas quand le barde commandait du vin cher en plus de son repas. Il ne semblait pas avoir une vraie notion de la valeur de l’argent.

Un ducat d’argent pour un verre de vin. Même certains membres de la noblesse basse ne pouvaient pas se permettre de boire à ce prix-là. Pourtant, quand le barde demanda s’il pouvait ajouter un verre de vin à la commande, Manteau Rouge avait simplement répondu : « Fais comme il te plaira. »

Il est forcément super riche ! Et donc, le barde décida de s’accrocher à cette personne jusqu’à la mort.

« Tu prends vraiment le bras quand on t’offre la main ! » Manteau Rouge jeta un regard à la coupe de vin dans la main du barde, mais employa comme d’habitude un ton indifférent pour dire : « J’espère que tu ne veux pas un dessert en plus, après ça ? »

« Ah ! » Le barde soupira en contemplant le vin délicieux, et répondit très poliment : « En fait, ce n’est pas nécessaire. Je ne suis pas intéressé par les desserts. »

Manteau Rouge s’appuya contre le dos du siège et déclara d’un tom calme : « C’est plutôt étrange, je pensais que tu aimerais beaucoup les desserts. »

« Pourquoi pensais-tu une telle chose ? » demanda le barde, avec curiosité.

« Parce que tu donnes la même impression qu’une tranche de gâteau. »

Le barde sourit doucement : « Oh, est-ce que tu veux dire que je suis aussi doux et beau qu’un gâteau ? »

Manteau Rouge lâcha un « Haha » rapide et répliqua : « Tu es comme un gâteau, tout dans l’apparence, mais sans substance. Manger une pomme est plus consistant. »

« C’est un malentendu total. Je suis en effet voyant, mais aussi très fiable. » protesta fortement le barde.

Sans une trace de politesse, Manteau Rouge le réprimanda : « Un type qui dépense tout son argent pour de l’huile capillaire au point de ne plus avoir d’argent afin de s’acheter à manger n’a absolument rien à voir avec le mot “fiable” ! »

« C’est… » Le visage du barde devint peiné, l’exemple sans merci le rendant totalement muet.

Sans rien à répondre, tout ce qu’il put faire fut de se frotter le nez. Dans tous les cas, il ne pouvait rien faire à Manteau Rouge.

Les deux baissèrent la tête et mangèrent la nourriture dans leurs assiettes. Quand Manteau Rouge eut presque fini, il leva la tête pour demander : « Vas-tu aller chanter la Ballade de la Reine Guerrière à la taverne ? C’est aujourd’hui, le deuxième jour ? »

« Oui ! » Le barde hocha la tête, et ne put s’empêcher de le questionner, poussé par la curiosité : « Et toi ? Que comptes-tu faire ? »

« Je vais me rendre à la Guilde des Aventuriers pour voir s’il n’y aurait pas une mission que je puisse prendre ! » Manteau Rouge haussa les épaules en disant : « Sinon, nous risquons de mourir de faim. »

« N’es-tu pas très riche ? » Le barde se figea. Comment cela pouvait-il être différent de ce qu’il avait supposé ?

Manteau Rouge sortit tout bonnement un porte-monnaie, le retourna et fit simplement résonner quelques ducats.

« Un ducat d’or et un ducat d’argent ? »

Le barde les compta encore et encore. La somme était si évidente que se tromper en comptant requerrait réellement du talent… Bonté divine ! Ils n’avaient pas encore payé pour la nourriture, et maintenant il venait tout juste de commander un verre de vin valant un ducat d’argent ! De plus, ils avaient mangé deux assiettes de nouilles à la bolognaise, deux bols de soupe épaisse, deux pains blancs et une assiette de bœuf. Aucun de ces mets n’est abordable, et ils alourdissent probablement la note d’un autre ducat d’argent ? Si c’est le cas…

« Il ne nous reste que neuf ducats d’argent ? » s’écria le barde, alarmé.

« C’est à moi qu’il ne reste que neuf ducats d’argent », appuya clairement Manteau Rouge.

« La ch-chambre… » Le barde paniquait tellement qu’il se mit à bégayer.

« Détends-toi, j’ai déjà payé les chambres à l’avance pour une semaine », répondit Manteau Rouge avec compréhension.

Le barde poussa un soupir de soulagement, soulagé de la fortune supplémentaire, tandis qu’il tapotait sa poitrine. « Dans ce cas, neuf ducats d’argent est suffisant. Je vais chanter la Ballade de la Reine Guerrière pendant deux jours supplémentaires, et après je pourrai commencer à gagner de l’argent. »

Il jeta un regard à Manteau Rouge et ne put s’empêcher de commenter : « Mais, encore une fois, tu es également trop négligent avec l’argent. Puisqu’il ne te restait qu’un ducat d’or et un ducat d’argent, pourquoi m’as-tu laissé commander ce verre de vin coûteux ? Ahh ! Ne me dis pas que tu as réservé deux chambres pour toute la semaine ? »

Après avoir reçu le hochement de tête de Manteau Rouge en guise de confirmation, le barde agita les deux mains dans les airs avec une expression de lamentation semblable à celle d’un sage sur son visage. Il inclina alors la tête et continua à marmonner : « Il n’était absolument pas nécessaire de réserver une chambre supplémentaire. Cela aurait été suffisant d’entasser deux personnes dans une même chambre, non ? C’est vraiment un gaspillage excessif d’argent. Maintenant, je ne sais même pas si le tenancier accepterait même de nous rembourser. Probablement pas… Sais-tu qu’un ducat d’or est suffisant pour faire vivre une famille confortablement pendant plus de six mois ? Pour une famille économe, cela peut être assez pour durer même huit ou neuf mois. Comment peux-tu le dépenser ainsi à la légère ? Si tu étais très riche, cela n’importerait pas, mais comment peux-tu être si extravagant !? Même si c’est difficile de vivre frugalement après avoir été habitué au luxe, comme tu es déjà à court de fonds, tu devrais apprendre à être économe… »

« Pourquoi ne commanderais-tu pas un autre verre de vin ? » proposa calmement Manteau Rouge.

« Impossible, comment pourrais-je encore boire du vin ? Nous allons bientôt manquer d’argent ! »  Le barde était très anxieux. Il restait seulement un ducat d’or et un ducat d’argent sur la table… Non, il ne restait que neuf ducats d’argent !

« Ne dis pas ça. Nous nous sommes rencontrés pour le meilleur ou pour le pire, donc il en va de mon devoir de t’offrir un verre de vin d’adieu. »

« D’adieu ? » Stupéfait, le barde demanda sans comprendre : « Ah, mais je ne pars pas ? Ne me dis pas que tu t’en vas ? »

« Je sais que tu ne pars pas, et je ne m’en vais pas non plus. » Manteau Rouge continua calmement, puis attrapa le col du barde et gronda férocement : « Mais, si tu continues encore à râler, dans ce cas j’ai bien peur d’être incapable de résister à l’envie de t’envoyer vers la mort d’un mouvement de mon sabre, en t’expédiant tout droit vers l’au-delà ! »

Le barde ferma la bouche avec obéissance. « Je ne me plaindrai plus, alors mangeons. »

Manteau Rouge ne répondit pas du tout.

« Vas-tu venir écouter la chanson ? » Le barde ne put s’empêcher de poser une autre question. Qu’il y eût une personne aimant écouter la Ballade de la Reine Guerrière assise dans l’audience était toujours mieux que de se retrouver dans une pièce remplie de gens qui le huassent ; quoique, étant un type plutôt froid, Manteau Rouge n’applaudirait probablement pas.

« Je vais voir si je peux venir plus tard. » Manteau Rouge regarda par la porte, en disant : « À part me rendre à la guilde, j’ai d’autres choses à faire. »

Le barde n’osa pas demander à Manteau Rouge ce qu’il allait faire, puisque, quand Manteau Rouge avait parlé, sa voix était descendue de plusieurs octaves. Il pensait que savoir ce qu’étaient ces “autres choses à faire” n’apporterait rien de bon à celui qui l’apprendrait.

« Puisque tu ne pars pas, je vais m’aller en premier. »

Comme Manteau Rouge parlait, il sembla jeter un regard au vin du barde. Le verre de vin était toujours plein à un tiers, mais il n’avait aucune intention d’attendre que le barde le finisse lentement. Il repoussa l’assiette en face de lui, quitta son siège, et se dirigea vers la porte de l’auberge.

« À plus tard. » Après avoir bruyamment salué Manteau Rouge, le barde continua à boire son vin, mais, quand il baissa la tête, il remarqua deux ducats brillants sur la table. Il se leva précipitamment et cria : « Attends, tu n’as pas pris ton argent ! »

Manteau Rouge ne se retourna même pas et répondit simplement : « Garde-le pour ton repas ! »

« Mais, du coup…  et toi ? »

La voix du barde devint de plus en plus faible à mesure qu’il parlait, et Manteau Rouge sortit. Même s’il l’appelait à nouveau, Manteau Rouge ne serait pas capable de l’entendre.

Pourquoi se montre-t-il si gentil envers moi ? Est-ce vraiment à cause de la Ballade de la Reine Guerrière ? Le barde pesa chacune des actions de Manteau Rouge, mais ne parvint toujours pas à se décider.

« Peut-être que ce n’est pas tant le fait qu’il soit sympa avec moi, mais plutôt le fait que son caractère est simplement affable ? »

Croyant qu’il avait déjà compris, le barde appela une serveuse pour finir de dresser l’addition et l’interroger sur des tavernes aux alentours où il pourrait chanter la Ballade de la Reine Guerrière.


La nuit était noire, et la lune brillait haut dans le ciel. Manteau Rouge rentra plutôt tard et se rendit dans sa chambre sans être accompagné, et sans avoir non plus l’intention de saluer le barde dans la chambre voisine.

En retirant son manteau, ses bottes et le reste, il regarda la liste de missions dans sa main. Plus il l’examinait, plus il avait mal à la tête… Ce n’était pas l’idée de remplir les missions qui lui donnait la migraine, mais plutôt le fait de réfléchir à comment atteindre les lieux.

Au début, il avait lui aussi employé le soleil, la lune et les étoiles pour se guider pendant ses voyages. Mais, après, il avait toujours eu des gens à ses côtés. Étant donné qu’ils avaient toujours été meilleurs que lui pour se diriger, cette capacité essentielle pour partir à l’aventure avait été mise de côté. Il n’aurait jamais songé que, tant d’années plus tard, il aurait à nouveau besoin de se déplacer seul. Ne pas être en mesure de s’orienter était soudainement devenu le plus grand obstacle de sa vie d’aventurier !

Peu de temps après, il y eut quelques coups frappés à la porte.

« Qui est-ce ? » Manteau Rouge ne leva même pas la tête.

« C’est moi… » En disant cela, la personne derrière la porte réalisa brusquement qu’il n’était pas assez proche de Manteau Rouge pour pouvoir utiliser « moi » comme substitut, donc il clarifia immédiatement : « Le barde qui chante la Ballade de la Reine Guerrière. »

Manteau Rouge regarda son manteau, hésitant à le remettre ou non, cependant il sentit que ce n’était pas nécessaire puisqu’il n’avait pas particulièrement l’intention de dissimuler son apparence. Il se sentit plutôt agacé, comme il demandait après y avoir réfléchi : « Qu’y a-t-il ? »

L’autre balbutia un peu et demanda : « A-Aurais-t-tu quelque chose pour traiter les blessures ? »

« Pour traiter les blessures ? » Manteau Rouge rigola. Les partisans du Saint Roi et de la Reine ne l’ont tout de même pas battu parce qu’il a chanté la Ballade de la Reine Guerrière, n’est-ce pas ?

Manteau Rouge réfléchit un instant, mais attrapa finalement son manteau et se drapa dedans. En fouillant dans son bagage pour trouver des médicaments, il s’exclama : « J’en ai. Entre. »

Manteau Rouge avait trouvé des médicaments au même moment où il avait entendu la porte s’ouvrir, il se retourna donc pour voir…

« Qu’est-il arrivé à ton visage ? » laissa-t-il échapper, stupéfait.

Le barde avait le nez ensanglanté et le visage boursouflé. Comparé à son apparence avenante du matin même, il semblait quasiment être une autre personne. Si ce n’avait pas été à cause de sa crinière de cheveux blonds et du fait qu’il portait les mêmes vêtements, Manteau Rouge ne l’aurait vraiment pas reconnu. Il a déjà une sale tête. Qui sait à quel point ses blessures cachées sous ses vêtements sont graves ?

Mais, encore une fois, peu importe sous quel angle on regardait le barde, il ne semblait pas être du genre à se battre avec les autres. C’était évident de par sa personnalité et sa profession, ainsi que son équipement qui était totalement non-adapté au combat. Il n’y avait pas une grande différence entre permettre au barde de se battre et le laisser mourir.

Comment un barde, qui n’a pratiquement aucune force de combat pour ainsi dire, peut-il finir avec le nez ensanglanté et le visage boursouflé, et en ayant l’air d’avoir traversé une bataille désespérée ? Même chanter la Ballade de la Reine Guerrière ne devrait pas avoir mené les gens au point de le battre jusqu’à le mettre dans cet état, non ?

« Peux-tu m’aider à appliquer la pommade ? » Le barde entra, remarqua la pommade médicinale dans les mains de Manteau Rouge, et le supplia : « Il y a aussi des blessures dans mon dos, alors je suis incapable de l’appliquer moi-même. »

En entendant cela, Manteau Rouge fronça les sourcils et lui ordonna : « Viens ici, enlève ton haut et ton pantalon, et assis-toi sur le lit. »

Le barde obéit docilement. Après avoir retiré son haut, les blessures initialement cachées par ses vêtements devinrent apparentes. Comme il s’y attendait, il n’y avait pas beaucoup de différence avec les blessures de son visage, il était entièrement couvert de bleus et de noirs.

Manteau Rouge toucha tout le corps du barde jusqu’à ce que ce dernier ressente de l’irritation de la tête aux pieds et se recule de plusieurs pas pour disparaitre au coin du lit, ses deux mains croisées sur la poitrine. Il demanda d’une voix tremblotante : « Qu-qu’est-ce que tu fais… Ne me dis pas que tu as des fétiches bizarres ? »

Manteau Rouge leva les yeux au ciel et répliqua d’un ton grincheux : « Je vérifiais juste si tu avais un os cassé ou pas, alors ne me regarde pas comme ça. De plus, en ce moment tu n’as pas l’air très différent d’une assiette de bolognaise. Personne ne pourrait s’intéresser à toi ! Aussi, quel genre d’homme tente de se couvrir le torse ? Si tu veux couvrir quelque chose, alors ne devrais-tu pas te couvrir le bas ? »

Le barde abaissa immédiatement ses mains pour couvrir ses parties intimes.

Voyant cela, Manteau Rouge eut presque envie de le frapper. Néanmoins, il n’y avait pas la moindre zone intacte sur le visage du barde où se prendre un coup, et il n’était pas assez cruel pour ajouter des blessures à celles qui existaient déjà. Il put seulement serrer les poings fermement et ronchonner sévèrement : « Reviens ici que je puisse appliquer la pommade ! »

« D’accord… »

Le barde jeta un regard aux poings fermement serrés de son compagnon. Bien que les mains de Manteau Rouge ne fussent pas très grandes et puissent même être considérées comme petites pour un homme, les articulations de ses doigts étaient denses et rugueuses, preuve de son entrainement considérable jour après jour. Il était difficile de dire s’il était capable de battre un homme fort, mais au moins ce n’était pas difficile de battre un barde. Donc, le barde retourna docilement à coté de Manteau Rouge et autorisa ce dernier à lui appliquer la pommade.

Manteau Rouge fit de son mieux pour appliquer la pommade gentiment, mais c’était impossible de le faire sans provoquer de la douleur pour ce genre de blessure. Néanmoins, dépassant ses espérances, le barde ne gémit même pas… Et ce, même si des larmes étaient suspendus aux coins de ses yeux tout le long du processus.

« Que s’est-il passé ? » le questionna Manteau Rouge, tandis qu’il appliquait la pommade.

« Je me suis fait battre », répondit le barde docilement.

« Je ne suis pas aveugle ! » Manteau Rouge le fusilla furieusement du regard, bien que le manteau fût sur le chemin et que le barde ne pût pas voir son expression. Il demanda froidement : « Pourquoi t’es-tu fait battre ? »

« Je chantais la Ballade de la Reine Guerrière, et j’ai été aperçu par la patrouille de la cité … »

« Juste parce que tu as chanté la Ballade de la Reine Guerrière, la patrouille t’as battu jusqu’à ce que tu ressembles à ça ? » Manteau Rouge fronça des sourcils. C’était différent de ce qu’il avait pensé. Se pourrait-il que la patrouille eût simplement été des fanatiques du Saint Roi ?

« Non, ils ont dit que, dans la cité, on devait payer pour gagner de l’argent. Ils ont même ajouté que, parce que j’avais insulté le Saint Roi, je devais payer le double. Mais, comme tu le sais, je suis incapable de donner de l’argent, alors ils m’ont battu. »

En général, les patrouilles n’avaient naturellement pas du tout le droit d’extorquer de l’argent aux gens. C’était juste que toutes les patrouilles dans les cités avaient plus ou moins ce genre de pratiques corrompues, fabriquant des règles bizarres pour prendre de l’argent à des étrangers qui paraissaient faibles. Ce genre de choses n’était pas du tout exceptionnel.

Sous la régence du Saint Roi, ces actes avaient été éradiqués de la capitale et de ses alentours. Néanmoins, cet endroit n’était pas près de la capitale, et donc, malheureusement, peu importe à quel point le Saint Roi était sage et capable, en fin de compte il avait seulement une seule paire d’yeux. Il n’y avait donc aucune chance qu’il puisse surveiller des endroits comme celui-là.

« Et l’argent que je t’avais donné ? » s’enquit tranquillement Manteau Rouge. « Pourquoi est-ce que tu ne le leurs as pas donné ? »

Le barde répondit fièrement : « Comment aurais-je pu le leurs donner ? Si j’avais fait une telle chose, nous n’aurions pas à manger pour aujourd’hui et demain. Ce n’est pas grave si je n’ai rien à manger, mais comment pourrais-je être responsable du fait que tu n’aies rien à manger également !? C’est ton argent, après tout ! »

« Il me reste encore des rations. » admit Manteau Rouge, son ton étant déjà devenu plus doux. Il était à présent en train d’appliquer la pommade sur la paume de la main. Cette main était trop affreuse pour être observée, gonflée jusqu’à ressembler à cinq saucisses. Cela fut aussi douloureux pour le barde qui prit une profondément inspiration.

Manteau Rouge fronça les sourcils très fort, tout en critiquant : « Ils sont allés trop loin, ils n’avaient pas besoin de t’infliger des blessures aussi graves juste parce que tu ne pouvais pas payer. »

Néanmoins, le barde défendit la patrouille : « Ce n’est pas ça ! Ils ne m’avaient pas battu aussi gravement au début. »

« Alors, que s’est-il passé exactement ? Tu ne peux donc pas tout relater d’un seul coup ? » Manteau Rouge commençait à fulminer un peu. De toute sa vie, il n’avait jamais vu un homme aussi mou que celui-là !

Se sentant un peu indigné, le barde avoua : « C’est parce qu’ils m’ont demandé tout mon argent et ont posé leurs sales pattes sur une danseuse… Je ne pouvais pas simplement rester planté là à regarder ! Donc, je me suis avancé et je l’ai protégée, en lui criant vite de partir. Par la suite, on m’a massacré jusqu’à ce que j’aie l’air de ça. »

En apprenant cela, Manteau Rouge sourit un peu face au ridicule de la situation. Il connaissait déjà la réponse, mais il demanda quand même : « Est-ce que cette danseuse s’est échappée ? »

Le barde devint silencieux un instant avant de répondre : « Non. »

Manteau Rouge le blâma légèrement : « Tu es vraiment un idiot. Sommes-nous dans un monde où une femme peut marcher seule ? Il est plus que probable que cette danseuse était venue se vendre. Des hommes la suivait surement pour s’assurer que l’argent serait collecté ensuite. Elle doit continuer à gagner de l’argent dans cette cité, alors elle ne peut pas se permettre d’offenser la patrouille. En fait, elle a probablement suivi la patrouille pour les payer avec son corps. »

Le barde se tut, et Manteau Rouge cessa aussi son interrogatoire. Il savait parfaitement que la situation avait été éclaircie d’un seul coup. Il n’y avait pas d’erreur à ce propos.

Il finit silencieusement d’appliquer la pommade, et tapota l’épaule du barde en disant : « J’ai terminé. »

Le barde broncha sur le tapotement, mais, pire encore, une douleur brulante lui traversa l’épaule. Il se plaignit : « Ne pourrais-tu pas être un peu plus gentil ? Je suis blessé… »

Manteau Rouge répondit froidement : « Puisque tu sais à quel point c’est douloureux, dans ce cas ne fais plus ce genre de choses stupides ! Maintenant, retourne dans ta chambre, dors pendant quelques jours, et ne sors pas du tout pendant un moment. Si tu rencontres la patrouille, tu recevras plus que ta part de douleur ! »

Le barde laissa échapper un « Oh ». Il se leva, récupéra son haut, et s’avança vers la porte. Néanmoins, il s’arrêta à mi-chemin, et hésita un peu avant de finalement tourner la tête pour demander : « Est-ce que je ressemble vraiment à de la bolognaise en ce moment ? »

Comme il parlait, il toucha son visage. Il était un barde dont le moyen de subsistance dépendait essentiellement de sa voix et de son apparence.

« C’est un peu mieux que ça. »

En considérant le fait que le barde avait été massacré, parce qu’il voulait faire une bonne action, Manteau Rouge n’éprouva plus autant l’envie de le réprimander, bien qu’il restât tout de même un imbécile.

« Vraiment ? Je suis toujours plutôt beau, non ? » En entendant cela, le barde rayonna de soulagement.

« Mm hm. »

« Beau à quel point ? »

Manteau Rouge jeta un coup d’œil à son visage et répondit sur un ton plat : « Aussi beau que du pain aux couleurs de l’arc-en-ciel. »

« … »

Note de bas de page

1 Je te demande pardon ? Tu utilises des sabres ? Normalement, tout le monde veut se servir de leur épée pour me découper en morceaux : Ce que le barde veut dire c’est que, normalement, les gens menacent d’utiliser leurs épées à double tranchant sur lui, alors que Manteau Rouge se sert de lames à simple tranchant. L’arme de Manteau Rouge est une sorte de dao, mais, étant donné que La Reine Guerrière a plus un style européen, nous n’appellerons pas ça un dao.

La Reine Guerrière TPrologue#1 : En un instant

posted in: La Reine Guerrière | 0

La Reine Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Prologue: In a Flash – Traduit du chinois vers l’anglais par dahlys[PR!]
Prologue : En un instant – Traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par LuluHime

Si vous pouviez retourner au jour où vous vous êtes rencontrés, que feriez-vous tous les deux ?

« Ah ! Le destin est insondable comme cela. Personne n’aurait jamais été en mesure de deviner qu’une telle rencontre ordinaire puisse mener à un tel avenir extraordinaire. Bien que notre rencontre ce jour-là ait contribué à un futur resplendissant, je me retrouve parfois à me souvenir des jours ordinaires. Si le temps pouvait être rembobiné, choisirais-je de pénétrer dans cette taverne où nous nous sommes rencontrés…? Ah, non ! Même si cette taverne n’avait pas existé, nous nous serions définitivement rencontrés de toute façon, parce que notre rencontre fut un destin indispensable ! »

– Barde

« Avec ma lame, je couperais la taverne, la destinée, et cet enfoiré en deux en même temps. »

– Manteau Rouge

 

 

Cher Saint Roi…
Puisse votre lumière toujours briller sur le Royaume de la Lumière Sacrée.
Vous rappelez-vous ?
Dans ce monde où à la fois la lumière et les ténèbres existent,
Celle défendant vos arrières,
Quel était son nom déjà ?

Lorsqu’ils se rencontrèrent pour la première fois…
Le chevalier arborait un sourire éblouissant,
L’épéiste balança bravement ses deux lames,
La guérisseuse soigna doucement toutes blessures et douleurs
Et le barde chanta leurs aventures.
Quand tous vos compagnons s’étaient réunis à vos côtés,
Vous rappelez-vous ?
Cette lame qui tua vos ennemis,
Quel était son nom déjà ?

Ah ! Destinée…
Le chevalier parcourut la voie d’un roi,
Une route pleine de sang et de danger.
Lorsque leurs yeux se rencontrèrent, il n’y avait nul besoin de parole.
Sans besoin de serment ni de promesse,
Les compagnons combattirent d’innombrables batailles.
Vous rappelez-vous ?
Elle qui vous suivait toujours fidèlement,
Quel était son nom déjà ?

S’il-vous-plait, épousez-moi…
Comme le temps passait, le chevalier devint roi,
Et les compagnons se dispersèrent de tous les côtés.
Même à ce moment, cette femme ne changea jamais.
Sur le trône, le Saint Roi et la Reine.
Sur le tapis rouge, elle qui s’agenouilla loyalement.
Vous rappelez-vous ?
Après que cette demande de trois mots lui fut formulée,
Elle fut nommée la Reine Guerrière !

Cher Saint Roi…
Puisse votre lumière toujours briller sur le Royaume de la Lumière Sacrée.

La personne portant un manteau rouge s’assit silencieusement au comptoir du bar de la taverne, un siège spécialement réservé pour les personnes seules qui ne connaissaient personne. Derrière elle, un barde vagabond chantait l’histoire du Saint Roi. Sa voix était très belle, son ton clair et pénétrant. Ses compétences pour chanter étaient également très bonnes, si bonnes que même Manteau Rouge, une personne qui avait voyagé partout dans le monde entier, n’osait pas affirmer avoir entendu de voix plus belle que celle de ce barde.

Cependant, il était évident que les voyageurs dans la taverne n’appréciaient pas son chant. C’était juste une chanson, alors c’était acceptable même si elle ne recueillait aucun applaudissement, mais elle attira en fait plusieurs « chuuut » et des regards noirs à la place.

« Il semblerait que tu aies choisi la mauvaise chanson… » murmura Manteau Rouge d’une voix basse et quelque peu rauque, rendant impossible de dire si la voix appartenait à un homme ou à une femme.

« Ah bon ? Mais, il s’agit de ma chanson préférée : “La Ballade de la Reine Guerrière” ! »

Manteau Rouge ne sembla pas le moins du monde surpris d’entendre cette voix claire et pénétrante derrière lui. Sous sa capuche, les coins de la bouche de Manteau Rouge s’élevèrent à peine un peu, et il dit simplement : « À ma connaissance, la “Ballade de la Reine Guerrière” ne se chante pas de cette manière. »

Comme si c’était seulement naturel, après s’être assis à côté de Manteau Rouge, le barde insista : « Celle que j’ai chantée est la vraie “Ballade de la Reine Guerrière”, incontestablement ! »

Souriant, Manteau Rouge secoua la tête et chanta doucement.

La Reine Guerrière, tel est son titre.
D’un seul mouvement gracieux, elle regarda le chevalier
Et fut pour toujours  fascinée par sa grandeur et ses cheveux blonds.
Suivant l’homme qu’elle aimait, elle combattit une bataille ardue.
Pour l’homme qu’elle aimait, elle brandit son arme.
Pour la magnifique guérisseuse, sa sœur adorée, elle sourit
Tandis qu’elle observait la ravissante union de la guérisseuse et du chevalier.
Lorsque le Saint Roi et la Reine échangèrent leurs vœux,
La Reine Guerrière leva ses armes et protégea le couple,
Jusqu’à ce que le dernier de leurs ennemis se soit replié.
Ensemble, le Saint Roi et la Reine régnèrent sur leur Royaume de paix.
La Reine Guerrière regarda au loin, en disant :
« Ma mission a été accomplie.
Il est temps pour moi de retourner aux côtés de Dieu. »
Ainsi une magnifique silhouette se transforma en étoile filante,
Et s’envola à l’horizon.

Après avoir chanté à voix basse, Manteau Rouge sourit et commenta : « Ceci est la “Ballade de la Reine Guerrière” que tout le monde connaît, n’est-ce pas ? »

Soudainement, le barde rit et déclara : « Ha ! C’est effectivement une femme au grand cœur. On peut l’envoyer à la guerre, ensuite épouser une autre belle femme, et elle ne se sentira même pas jalouse. Après qu’on n’ait plus besoin d’elle, on peut simplement lui dire de ficher le camp et de retourner au paradis. Une femme parfaite en effet ! »

Manteau Rouge fut stupéfait pendant un moment. Il avait seulement eu l’intention de faire un commentaire au hasard, alors il n’avait même pas eu une vue d’ensemble sur le visage du barde. Cependant, il était maintenant extrêmement curieux au sujet de ce barde qui avait osé proférer quelque chose d’aussi scandaleux, alors il ne put s’empêcher de se tourner pour le regarder.

Voyant Manteau Rouge se retourner pour le regarder, le barde se tourna lui aussi et sourit de façon charismatique à Manteau Rouge.

Manteau Rouge lui sourit légèrement en retour.

Le jeune homme en face de Manteau Rouge ressemblait exactement à un barde vagabond typique. Sur son dos, il traînait un luth, l’instrument le plus commun d’un barde. Une assez jolie cloche de bronze pendait à sa taille. Le barde lui-même avait de superbes cheveux blonds qui étaient négligemment drapés sur ses épaules, et ses yeux brillants étaient aussi bleus que le ciel azur. À en juger par son jeune visage, il était seulement un peu plus âgé que vingt ans. Aussi, il donnait l’impression qu’il se situait quelque part entre un garçon et un homme. Quand il souriait, il ressemblait à un garçon qui n’était pas encore mature, mais s’il devenait sérieux, même lui donnerait probablement l’impression d’être un homme adulte à ce moment-là.

« Vous êtes si bizarre ! Les manteaux ne sont-ils pas normalement verts ou bruns, pour que vous puissiez vous en servir afin de dissimuler vos traces ? » Le barde blond observa Manteau Rouge de façon curieuse. Bien que le manteau ne fût pas d’un rouge éclatant mais plutôt d’une nuance de rouge plus sombre, il ressortait du lot comme une tache dans une forêt ou une prairie.

« Sans doute est-ce parce que je n’ai nullement besoin de dissimiler mes traces », répondit simplement Manteau Rouge, sans plus d’explication.

« Quelle étrange personne. » Le barde n’en était pas vraiment ennuyé, et il sourit simplement comme un petit garçon.

Après que Manteau Rouge eut fini d’admirer ce sourire de petit garçon innocent, il ne dit plus rien. Il baissa seulement la tête et commença à manger la nourriture dans son assiette.

« Que diriez-vous de m’offrir à boire ? » proposa soudainement le barde, bien qu’il ne s’attendît pas à obtenir ce qu’il voulait. Après tout, chaque fois qu’il chantait la « Ballade de la Reine Guerrière », les visiteurs dans la taverne ne l’appréciaient jamais. Laissez tomber l’idée de lui lancer quelques ducats de bronze, s’ils ne l’avaient pas chassé hors de la taverne, ce serait déjà considéré comme une journée au-dessus de la moyenne.

C’était parce que l’excellente réputation du Saint Roi et de la Reine était connue de loin, et beaucoup les aimaient. Cette « Ballade de la Reine Guerrière », avec sa nature diffamatoire, n’était pas une chanson qui pouvait être chantée de façon arbitraire. Ainsi, il n’avait osé la chanter que dans de petites tavernes situées dans des régions isolées. S’il chantait cette chanson dans la capitale, ce ne serait pas étrange s’il était même tué, pas vrai ?

Manteau Rouge leva la tête légèrement et demanda : « Est-ce qu’une bière et un bol de nouilles à la bolognaise ferait l’affaire ? »

« Je ne serais pas contre un bol de nouilles à la bolognaise en extra. » Le barde rayonna. Aujourd’hui c’est mon jour de chance !

 

 

« Avec une voix comme la tienne, si tu chantais des ballades normales, obtenir suffisamment de quoi manger ne serait pas un problème », dit simplement Manteau Rouge. Bien que le contenu de cette affirmation ressemblât à un conseil, le ton de Manteau rouge le faisait sonner comme une simple déclaration des faits.

« Je chante des ballades normales. » Le barde cligna des yeux, engloutit les nouilles à la bolognaise dans sa bouche, et soutint de façon résolue : « Cependant, chanter la “Ballade de la Reine Guerrière” pendant trois jours après être arrivé dans une ville est la règle que je me suis imposé. Seulement à ce moment-là, puis-je chanter des ballades normales. »

« Si c’est le cas, dans ce cas pourquoi obtenir de quoi manger est-il un problème ? » Manteau rouge était extrêmement perplexe à ce sujet. Même s’il était aussi curieux de savoir pourquoi le barde devait en premier chanter la « Ballade de la Reine Guerrière » pendant trois jours, il ne voulait pas devenir trop proche avec celui-ci, alors il évita simplement de poser des questions à ce propos.

Un petit peu embarrassé, le barde entortilla une mèche de ses cheveux blonds autour d’un de ses doigts et expliqua : « Eh bien, je ne suis pas entré dans une grande ville depuis un long moment, et il se trouvait justement que je n’avais plus de mon huile préférée pour cheveux à fragrance de rose, alors j’ai décidé d’en acheter un petit peu plus. J’ai dépensé tout mon argent pour acheter de l’huile pour cheveux, en oubliant que je devais quand même chanter la “Ballade de la Reine Guerrière” pendant trois jours…  »

« Après avoir jeûné pendant trois jours, je parie que tu serais même prêt à boire de l’huile pour cheveux », répliqua Manteau Rouge sur un ton agacé après  avoir entendu le barde donner une telle explication.

« Que diriez-vous de ceci : si vous me laissez rester avec vous dans votre chambre, et m’achetez une chope de bière ainsi qu’un bol de nouilles à la bolognaise par jour, je vous chanterai la “Ballade de la Reine Guerrière” tous les jours, d’accord ? » suggéra le barde, ayant pris la décision de « squatter chez cette personne pendant trois jours même s’il se faisait réprimander pour être sans vergogne ». Après tout, être appelé sans vergogne est bien mieux que d’être suffisamment affamé pour boire de l’huile pour cheveux !

« Qui veut écouter la “Ballade de la Reine Guerrière” ? » Manteau Rouge leva secrètement les yeux au ciel.

« Vous ! » Comme si la réponse était évidente, le barde assura : « Si vous n’aimiez pas écouter la “Ballade de la Reine Guerrière”, m’auriez-vous offert des nouilles à la bolognaise ? »

En entendant cela, Manteau Rouge devint silencieux.

« Que pensez-vous de ceci dans ce cas : je vous chanterai n’importe quelle chanson que vous voulez entendre ! N’aimez-vous pas écouter ma voix ? » Le barde ne savait pas vraiment ce qu’il avait dit de mauvais, pour avoir rendu Manteau Rouge silencieux. Effrayé à l’idée qu’il allait devoir boire de l’huile capillaire pendant les trois prochains jours, le barde n’eut d’autre choix que de changer son offre en désespoir de cause.

« Quand ai-je dit que j’aimais écouter ta voix, hein ? » Manteau Rouge roula secrètement des yeux encore une fois. Ce barde semble avoir ce passe-temps de « deviner les pensées des autres personnes ».

Se sentant extrêmement blessé, le barde dit : « Mais, il n’y a pas si longtemps, vous avez dit “Avec une voix comme la tienne, si tu chantais des ballades normales, obtenir suffisamment de quoi manger ne serait pas un problème”. Cela ne signifie-t-il pas que vous aimez écouter ma voix ? »

Agacé, Manteau Rouge répondit : « Non. »

Après avoir parlé, et ne désirant pas s’impliquer davantage avec le barde, Manteau Rouge laissa assez d’argent pour payer la nourriture et les boissons de deux personnes et se tourna pour partir… lorsqu’un coin de sa cape fut agrippé.

Un tantinet fâché, Manteau Rouge se retourna et était sur le point d’obliger le barde à le lâcher, mais au lieu de cela il le vit en train de tirer pathétiquement sur sa cape, ses larges yeux bleus pleins de larmes ayant l’air sur le point de se mettre à pleurer. Le barde supplia doucement : « S’il-vous-plaît ! Vous ne pouvez pas vraiment supporter de me voir devenir assez affamé pour boire de l’huile capillaire, n’est-ce pas ? Prenez simplement soin de moi pendant trois jours ! Je vous en prie ? »

« … »