1/2 Prince T5C3 : Neurotic et DanDan

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Tome 5 : Un Prince n’Existe Plus

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 3: Neurotic and DanDan – traduit du chinois vers l’anglais par Amgine[PR!]
Chapitre 3 : Neurotic et DanDan – traduit de l’anglais au français par Elynor
+ travail de vérification par Yukomin

« J’aimerais aller dans un endroit isolé pour m’entraîner. Ça te va, Doll ? »

J’y pensais depuis un moment. Comment pourrais-je l’expliquer ? Je ne voulais pas porter de masque, mais je ne souhaitais pas non plus avoir d’ennuis.

« Doll est d’accord quoi que tu décides », répondit Doll en riant. L’allure digne de princesse qu’elle arborait précédemment s’était volatilisée on ne sait où. Je me grattai le menton, lançai un vague : « mm », et marchai silencieusement. Doll examina ma réaction peu concernée, mais n’ajouta rien et se contenta de me suivre docilement. Ce fut ainsi que nous continuâmes notre voyage sans échanger presque aucun mot. J’avais l’intention de me rendre dans la Vallée des Nymphes Errantes le plus rapidement possible afin d’évacuer ma frustration au combat.

Ce ne fut pas avant d’avoir atteint la vallée que Doll parla, haletant sous la surprise : « C’est si joli ici ! Quel est cet endroit ? » La scène était effectivement étonnante. J’observai le champ de fleurs s’étendant à l’horizon. Certaines étaient étincelantes et immaculées telle la neige, tandis que d’autres étaient suffisamment roses pour nous inspirer un sentiment d’adoration. D’autres, encore, étaient d’une teinte de violet douce et mystérieuse. Parmi les fleurs se dressaient quelques cerisiers en pleine floraison. Leurs pétales virevoltaient dans la vallée entière, intensifiant de ce fait le portrait d’une beauté utopique.

Je répondis doucement à la question de Doll : « La Vallée des Nymphes Errantes ».

« Comme ce nom convient bien1… Attends une seconde, la Vallée des Nymphes Errantes ? » L’expression amoureuse qu’avait Doll à la base changea brusquement, et elle tourna la tête dans ma direction pour me lancer un regard affolé : « Grand frère Prince n’essaye pas de se rendre dans le Repaire des Nymphes Errantes, n’est-ce pas ? »

J’acquiesçai. Doll semblait sur le point de déclarer quelque chose, mais s’arrêta et se contenta de continuer à me fixer silencieusement. Bien évidemment, je savais pourquoi elle appréhendait tellement ce qui allait suivre. Toutes les nymphes de la vallée étaient des beautés allant au-delà du comparable. Quand le jeu était encore fraîchement paru, des pervers grouillaient sans arrêt dans le coin pour les reluquer. Pourtant, parmi tous ces pervers, qu’ils fussent venus seuls, à deux ou en groupe, pas un seul n’en est ressorti vivant… Même si les pervers souhaitaient venir se rincer l’œil, ils ne pouvaient pas se permettre de jeter leurs vies aux orties et cessèrent peu à peu de venir dans la Vallée des Nymphes Errantes.

De plus, le nombre de joueurs venant s’entraîner dans le coin diminuait également pour deux raisons. Premièrement, tous les hommes étaient invariablement affectés par l’apparence physique des nymphes et retenaient la puissance de leurs attaques et même parfois commençaient à rêver les yeux éveillés avec de la salive s’échappant de leur bouche. Comment quiconque pourrait-il se battre dans ces conditions ? Deuxièmement, les nymphes n’étaient pas des monstres ordinaires. Les nymphes se divisaient en trois sous-catégories : celles du niveau 60 portant des robes rouges, celles du niveau 70 avec des robes bleues, et enfin celles du niveau 80 arborant des robes violettes. Il y avait aussi des rumeurs sur un boss nommé Celestial2, même si personne ne l’avait encore aperçu à ce jour. Seulement une ou deux photos des robes violettes étaient visibles sur internet. Et, leur beauté rivalisait avec celle de Lolidragon, elles n’étaient donc pas une bonne cible pour que les hommes puissent s’entraîner. C’était pourquoi il y avait très peu de signes de passage humain dans le Repaire des Nymphes Errantes…

« Ne t’inquiète pas. Je ne prévois d’attaquer que les nymphes aux robes bleues. Même si elles se promènent toujours par groupes de deux ou trois, je devrais être capable de m’en sortir avec l’aide de tes squelettes. » Je ne pus m’empêcher d’encourager un peu Doll. Elle acquiesça et me suivit dans le Repaire des Nymphes Errantes.

Comme il fallait s’y attendre, les nymphes aux robes rouges étaient élégantes et des beautés raffinées. Inutile de se demander pourquoi les hommes n’arrivaient pas à les attaquer : qui souhaiterait se battre contre des filles aussi belles que celles-ci ?

D’un coup net, j’attaquai l’une d’entre elles. En voyant l’expression choquée de la nymphe, je ricanai froidement. Je n’étais pas l’un de ces gentilshommes qui croyaient en la galanterie après tout. À présent, les deux autres nymphes proches de nous avaient commencé à se rapprocher, me rendant maladroit à parer leurs attaques. Mais, Doll invoqua immédiatement huit squelettes de flamme, inversant la situation de trois contre un et la transformant à neuf contre trois. Avec une extrême facilité, j’expédiai les trois adorables nymphes au nirvana et m’enfonçai plus profondément dans le repaire, me préparant à rencontrer de nouvelles nymphes et à passer un bon moment à les écraser !

Alors que j’étais accompagné de Doll, nous continuâmes à nous battre de la même manière tout le long du chemin. Hormis pour combattre, nous ne nous arrêtâmes que pour manger nos rations lorsque nous commençâmes à avoir faim, et nous servîmes de cette opportunité pour nous reposer. Au bout d’un moment, nous nous étions connectés et déconnectés un si grand nombre de fois que nous en avions perdu le compte. Et, pourtant, pendant tout ce temps, nous avions à peine prononcé une demi-phrase.

Il y avait peu de temps, dans le monde réel, j’avais vu le professeur Min Gui Wen et grand frère Zhuo au campus, et ils semblaient très soucieux. Est-ce que c’est parce qu’ils s’inquiètent pour moi ? Je songeai soudainement, Est-ce que je ne devrais pas au moins envoyer un message privé aux joueurs de la Cité de l’Infini ? N’est-ce pas irresponsable de ma part de prendre Doll avec moi et de m’évanouir dans la nature sans laisser de traces ?

À ma connexion suivante, je discutai de ce problème avec Doll. Pendant qu’elle grignotait ses rations, elle me répondit : « Doll l’a déjà expliqué à grand frère Wolf. »

« Oh, donc tu lui as dit que tu étais venue t’entraîner avec moi ? » Dans ce cas, ça devrait aller, puisque ma tâche originale était de me concentrer sur la montée de mes niveaux de toute manière.

« Non, Doll a dit : “Doll et grand frère Prince se sont enfuis de la maison”. » Les yeux innocents de Doll étincelaient.

Enfuis. De. La. Maison ? Je sentis mes genoux faillir. C’est… C’est encore pire que de ne rien dire du tout. Pas étonnant que Gui et Wicked m’aient semblé inquiets à mort, pensai-je.

« Et, puis, grand frère Wolf a ordonné à Doll de bien suivre grand frère Prince, ou sinon grand frère Prince se perdrait et finirait dieu sait où. » Les mots innocents de Doll me frappèrent de plein fouet.

« Allons-y, il est temps de s’entraîner », déclarai-je, ennuyé. Nous étions en train de marcher, quand mes yeux se posèrent avec surprise sur une nymphe à robe violette qui était seule. Il n’y avait aucune chance que je rate une opportunité aussi rare. J’annonçai promptement : « Doll, je vais me battre à un contre un avec cette robe violette, donc n’interfère pas. » Doll acquiesça avec obéissance. Je levai mon Dao Noir, et pile au moment où je m’apprêtais à l’attaquer de tout mon cœur…

« Chaînes de Glace ! » Accompagnant ce cri, une chaîne faite de glace s’enroula autour du corps de la nymphe à la robe violette qui peinait à se libérer.

« Dépêche-toi, mon chou. Donne-lui un coup fatal avant qu’elle ne se délivre. »

« Pas de soucis, chérie. »

Je sourcillai en entendant cet échange et penchai la tête vers le passage pour enquêter sur la situation. Puis, j’aperçus un homme brandissant un glaive d’une taille intimidante s’approcher de la nymphe immobilisée.

En balançant son glaive, il murmura : « Hé, beauté ! Ne me blâme pas si je ne montre aucune pitié. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même pour être si mignonne que ma p’tite chérie ne puisse pas résister à la tentation de te prendre comme animal de compagnie… »  Deux ou trois coups suffirent à faire tomber cette pauvre nymphe au sol.

« Capture réussie ! Youpi, nous l’avons attrapée ! Mon chou, t’es le meilleur. » Une femme portant une robe de magicien était en train de le féliciter. Il me semble que c’est elle qui a lancé le sort des Chaînes de Glace. Après que la femme eût annoncé : « capture », la robe violette disparue sans laisser de traces.

Je n’arrive pas à croire que quelqu’un m’ait volé un monstre3. C’est une honte, mais je ne peux rien y faire. Pile quand je m’apprêtais à m’éloigner…

« Mon chou, regarde, il y a une personne charmante près de toi ! » cria la femme en me désignant, ce qui fit que le guerrier brandissant un énorme glaive tourna la tête vers moi et me fixa avec stupéfaction.

Le guerrier s’exclama soudainement sous le choc : « Les rumeurs s’avèrent donc vraies : la légendaire Celestial est en réalité un homme ! »

Quoi ? La légendaire Celestial est un homme ? Première nouvelle en ce qui me concerne.

« Super, c’est juste splendide. Mon Chou, il semblerait que nous ne soyons pas venus jusqu’au Continent Central en vain. Celestial est vraiment séduisant. » La femme me fixa intensément, son visage rougissant sous l’excitation.

« Mais, s’il-te-plaît, sois prudente, ma chérie. On dit que Celestial est fort au-delà de ce qu’il est possible de croire, et que c’est l’un des trois boss les plus forts ! » L’homme scrutait chacun de mes mouvements très attentivement.

Attendez une seconde. Je fronçai légèrement les sourcils. Ne me dites pas que ces deux-là me prennent pour Celestial ? Comment c’est possible ? Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer. Mes oreilles pointues ne suffisent donc pas à me désigner comme un elfe ?

« Chaînes de Glace ! » hurla très fort la femme, tandis qu’une femme des neiges apparaissait subitement devant elle et commençait à lancer sa propre magie… Alors, c’est une invocatrice ? Je me rappelai vaguement qu’une telle classe existait.

Mais, attendez un instant ! P-pourquoi une chaîne de glace est-elle apparue autour de moi ? Je levai les yeux. Oh mon Dieu ! Le Guerrier était prêt à me hacher menu avec son épée impressionnante, et, bloqué comme je l’étais par les chaînes, je n’avais aucun moyen de dégainer mon Dao Noir pour me défendre. Je n’eus pas d’autre choix que de sauter sur le côté, mais je perdis l’équilibre et tombai au sol. Repérant une ouverture, le guerrier au gigantesque glaive ne perdit pas de temps à balancer sa lame et la dirigea directement sur moi.

« Grand frère Prince ! » Tandis que Doll poussait le cri le plus désespéré que l’on pût imaginer, elle lança son corps par-dessus moi pour bloquer l’attaque à ma place.

« Doll, pousse-toi de là immédiatement ! » m’écriai-je, terrifié à l’idée qu’elle fût être blessée. Surpris, l’épéiste avec l’énorme épée détourna promptement son attaque, et son arme s’écrasa sur le sol juste devant nous, soulevant un épais nuage de poussière. Nous nous fixâmes, les grands yeux de l’homme réfléchissant les miens, plus petits, pendant un bon moment avant que je ne déclarasse froidement : « Je suis un joueur. »

Sur le coup, de grosses perles de sueur froide apparurent sur le visage du guerrier à la grande lame, et les chaînes de glace qui m’entouraient disparurent. Regardant derrière lui, je pus voir l’invocatrice sourire avec embarras.

« Hmph ! » Je reniflai froidement et me relevai, pendant que Doll, suspendue à ma poitrine, tremblotait toujours de peur.

« Mes plus sincères excuses… Il s’agit là d’un malentendu. Mon épouse et moi-même sommes ici pour découvrir si Celestial est en réalité un homme ou non. De plus, ma femme étant une invocatrice, si c’est possible, elle aimerait beaucoup en faire une de ses invocations. C’est la seule raison qui nous ait amenés à vous attaquer. Je vous en prie, n’en soyez pas offensé », s’excusa le guerrier au glaive de taille impressionnante avec un sourire penaud.

« Oh, tu as oublié de t’introduire, mon Chou. Enchantée, mon nom est DanDan4, et je suis une Invocatrice. » Elle arborait un sourire étincelant. Son visage ovale était aussi mignon que le suggérait son nom. Ensuite, elle désigna le guerrier au grand glaive, en expliquant : « Voici mon mari. Il s’appelle Neurotic5, et c’est un guerrier. »

« Un guerrier possédant la force de déplacer des montagnes, avec un glaive si large que personne d’autre ne peut le brandir. Voici ma lame, Épée Ultime. » Comme s’il avait peur que son explication détaillée ne fût pas suffisamment claire, Neurotic commença à brandir avec exubérance son épée, remuant le vent dans d’impressionnants moulinets.  Malheureusement pour lui, faisant à peu près ma taille, et n’étant pas tellement plus musclé que mon corps élancé d’elfe, ça donnait l’illusion d’un enfant s’amusant avec une grosse épée.

« Nous partons. » Je portai Doll dans mes bras et m’éloignai sans un regard en arrière.

« Attendez un instant, brave champion », me héla DanDan, surprise.

Je m’arrêtai. Brave Champion ? Pourquoi est-ce que chaque personne que je rencontre parle surtout en ancienne prose dernièrement ? De toute façon, je ne pouvais rien faire par rapport à leur façon de parler, et je souhaitais toujours n’entretenir aucun autre rapport avec eux. Mon humeur était suffisamment mauvaise, et le fait qu’ils m’eussent cloué au sol avait simplement ajouté de l’huile sur le feu.

« Attendez un instant, camarade extra-séduisant, fort et charmant jeune garçon, guerrier honorable et juste, euh… l’homme le plus chanceux au monde ayant la femme la plus mignonne… » Ayant totalement épuisé sa réserve de titres, Neurotic n’eut d’autre choix que de commencer à débiter des sornettes.

Je m’arrêtai net et me retournai, leur répliquant avec colère : « Qu’est-ce que c’est que ces inepties que vous me balancez là ? C’est ma sœur, non ma femme. »

Ces deux-là parurent assez choqués, mais reprirent aussitôt leurs esprits. Neurotic me répondit même avec un sourire mielleux. « Oh, dans ce cas, l’homme le plus chanceux qui soit avec la petite sœur la plus mignonne au monde, pouvez-vous, je vous prie, nous indiquer vos glorieux noms ? Cela devient quelque peu épuisant de se référer à vous ainsi. »

Doll, que je portais toujours, parla tout à coup : « Comment pouvez-vous ne pas le reconnaître ? »

Neurotic se gratta le crâne. « Quoi ? Notre frère estimé serait-il très célèbre à travers le Continent Central ? »

DanDan lâcha même un « Oh mon Dieu », son visage affichant sa repentance, tandis qu’elle affirmait : « Nous sommes réellement désolés dans ce cas. Mon mari et moi-même venons tout juste d’arriver du Continent de l’Ouest, et nous ne sommes pas encore très familiers avec celui-ci. Nous n’avons probablement pas encore pu entendre votre célèbre nom. »

« D’où vous venez n’a aucune importance. Tant que vous jouez à Second Life, alors il est impossible que vous ne connaissiez pas le porte-parole du jeu, Prince ! » proclama Doll, débordante de confiance.

Les deux individus nous contemplèrent avec perplexité en entendant ça. DanDan murmura : « Le porte-parole de Second Life ? Je ne suis pas allée sur le site officiel depuis quelques temps, et donc maintenant Second Life a un porte-parole ! »

Cependant, sceptique, Neurotic s’enquit : « Je ne suis pas allé sur le site depuis un bon moment, alors je ne sais rien de ce qui concerne cette histoire de porte-parole, mais Prince est un nom que j’ai eu l’occasion d’entendre de nombreuses fois auparavant. Seriez-vous l’Elfe Sanguinaire de la Cité de l’Infini ? »

Je gardai mon expression fermée, ne souhaitant rien admettre, mais Doll répondit à ma place : « C’est exact, grand frère Prince est le suzerain de la Cité de l’Infini. »

« Quel luxe de trouver par le plus grand des hasards celui que nous cherchions un peu partout », déclara nerveusement Neurotic, alors que sa femme et lui-même me fixaient de leurs yeux brillants. « En plus de confirmer que la fameuse Celestial de la Vallée des Nymphes Errantes était un homme, la seconde raison nous ayant poussé à venir sur le Continent Central était de jeter un coup d’œil à l’homme célèbre de par sa beauté dans Second Life : le Seigneur de la Cité de l’Infini. »

« Ne dites pas “Seigneur de la Cité de l’Infini” en parlant de moi ! » protestai-je, rudement.

« Euh, alors l’Elfe Sanguinaire ? » me questionna Neurotic en hésitant.

« Je possède un nom, vous savez ? » rétorquai-je de mon ton le plus glacial.

DanDan déglutit et s’essaya très précautionneusement : « Prince ? »

Je reniflai avec dédain, fis signe à Doll, et me tournai promptement pour partir. Derrière moi, Doll expliqua avec hésitation aux deux autres : « Je suis navrée de tout ça. Grand frère Prince est de mauvaise humeur, mais veuillez venir nous visiter à la Cité de l’Infini une prochaine fois ! » Comme elle terminait cette justification, elle courut à petits pas jusqu’à moi et me prit la main.

« Mais, je n’en ai pas encore vu suffisamment. » La voix teintée de regret de DanDan à l’arrière était toujours audible.

« Oh, aller, ma chérie. Il est de mauvaise humeur, alors arrêtons de l’embêter. »

« Mais… »

« C’est pourquoi nous devrions les suivre silencieusement à distance. Nous ne les ennuierons pas d’avantage avec nos bavardages. »

« Ce que tu dis fait du sens. Je voulais simplement voir de quoi Prince avait l’air de toute façon, donc ne pas parler me convient tout à fait. »

Entendre leur discussion ne fit qu’empirer ma colère à chacune de leurs phrases. Ils me prennent pour quoi ? Un singe dans un zoo sur qui lorgner à leur convenance ? Toutefois, ne désirant pas leur parler de nouveau, je ne pouvais que laisser les choses comme elles étaient.

La situation perdura jusqu’à ce que Doll me demande timidement : « Grand frère Prince, est-ce que nous ne serions pas allés trop en profondeur ? Ça semble dangereux par ici. » Oh, c’est vrai, j’étais tellement énervé que j’ai oublié où j’allais. Je regardai à gauche, puis à droite, et il y avait des robes violettes dans toutes les directions. Si je continuais tout droit, elles allaient définitivement nous attaquer en groupe.

Je ne pus pas me retenir de déglutir légèrement, et me reculai très prudemment pour retourner sur mes pas.

« Ouaouh, tu mérites réellement le titre d’Elfe Sanguinaire, tu vas même jusqu’à te promener dans un endroit aussi dangereux, et tu restes calme comme si tu te baladais dans ton jardin. » DanDan claqua ses lèvres d’admiration.

Neurotic secoua également la tête en me faisant des louanges : « C’est simplement miraculeux. Nous avons tous les deux déjà été attaqués par des nymphes à plusieurs reprises, mais Prince est capable de maintenir la distance de sécurité minimale pour rester sauf pendant tout ce temps, et n’a pas été attaqué par une seule nymphe. Cette capacité à déterminer la distance de sécurité est tout simplement épatante. » (Note de l’auteur : chaque type de monstre possède une distance de sécurité propre. Quand un joueur s’approche trop de celui-ci, dépassant cette distance de sécurité, le monstre l’attaque automatiquement.)

Euh, je crois que c’est ce que les gens appellent communément une chance de tous les diables… Lolidragon levait toujours les yeux au ciel et me disait : Prince, c’est ridicule comme tu as une chance de tous les diables. En imaginant l’expression étonnée, avec sa mâchoire qui se décroche légèrement, je ne pus empêcher les coins de ma bouche de se relever.

« Hé, il est encore plus séduisant avec un sourire. » DanDan me fixait en bavant.

En entendant ça, j’effaçai automatiquement ce sourire, et la regardai un peu méchamment.

« Cette expression de colère n’est pas mal non plus », acquiescèrent Neurotic et DanDan avec acharnement. Ils soupirèrent tous les deux à l’unisson : « Ah, ce voyage en vaut réellement la chandelle. »

Je ne pus pas me retenir de lâcher à brûle pourpoint : « Je peux excuser l’attitude de DanDan, mais qu’est-ce qui cloche chez toi, Neurotic ? Tu ne réalises pas que je suis un gars ? »

Neurotic parla d’un ton détaché : « La beauté peut être appréciée par n’importe qui. Ma chérie et moi-même sommes tous les deux obsédés par la beauté, et c’est pourquoi nous avons uni nos efforts dans la recherche de la beauté ensemble ! Ce n’est pas différent cette fois, nous sommes venus jusqu’au Continent Central à la recherche des nymphes et de Celestial dans la Vallée des Nymphes Errantes, et bien sûr pour te trouver, toi, également. »

« Ce couple est dingue », dis-je en me grattant le visage, impuissant.

« Tu acceptes enfin de nous parler. Le risque d’être tués par les nymphes environnantes que nous combattions et te suivre avec persistance se révèle utile », s’exclama DanDan, très émue, en me regardant.

« Hmph ! » Je détournai le visage, ne leur accordant plus mon attention.

« Héhé, ainsi le fameux Elfe Sanguinaire s’avère être un grand garçon borné », rigola Neurotic.

« De qui tu parles, un grand garçon borné ? Je… » Pile quand j’allais balancer ma répartie, Doll poussa un cri d’alarme strident. J’eus à peine le temps d’apercevoir une sorte d’ombre blanche pendant un bref instant avant que Doll, qui me tenait encore la main une seconde auparavant, ne disparaisse sans laisser de trace !

Je cherchai dans pratiquement tout le passage. Pas loin de moi, je remarquai une personne possédant une tête androgyne envoûtante qui serrait Doll très fermement. Cette dernière avait le visage blême de peur.

« Magnifique… » Cette chose au genre ambigu murmura d’un ton hypnotisant, et eut même l’audace de coller sa langue sur la joue de Doll pour la lécher. Doll elle-même donnait l’impression d’avoir très envie de vomir, luttant vigoureusement pour s’enfuir des mains de ce pervers, mais sans grand succès.

Furieux, je m’apprêtais à charger vers eux, mais Neurotic attrapa ma main et m’arrêta. Je me tournai pour le fixer avec rage. Cependant, il regardait l’androgyne avec incertitude.

« Celestial ? » questionna Neurotic.

Il s’agit de Celestial ? Mon expression changea drastiquement. Je n’ai absolument aucune chance de gagner contre l’un des trois monstres les plus puissants, pervers ou non. Mais, Doll est entre ses mains maintenant…

Tandis que je réalisais ceci, mon humeur devint très sombre, puisque c’était entièrement de ma faute. Tout se serait bien passé si je n’avais pas emmené Doll dans la Vallée des Nymphes Errantes.

« Gente demoiselle, pourquoi ne deviendrais-tu pas mon épouse ? » proposa Celestial en frottant sa tête contre le visage de Doll.

Doll était pétrifiée par la peur. « Ouin ! Grand frère Prince, dépêche-toi de venir sauver Doll ! Doll est effrayée par cette personne. »

Fait chier ! Qui diable a créé ce pervers ? Il sait même comment harceler Doll sexuellement !

Je me tournai vers Neurotic et DanDan, les yeux implorants : « Je vous en supplie, les gars, aidez-moi à sauver ma coéquipière ! »

Neurotic se gratta l’arrière de la tête et déclara : « Pas de soucis ! DanDan et moi sommes spécifiquement venus défier Celestial de toute façon. »

DanDan rajouta même en riant, confiante : « Ne t’inquiète pas, Prince. Mon chéri est en fait un guerrier d’élite, placé neuvième dans le classement officiel. Il t’aidera assurément à sauver cette jolie fille. »

« Je ne suis rien comparé à toi, chérie. Tu es une invocatrice d’élite, classée cinquième », répliqua Neurotic, le visage empreint de respect.

Je sautai de joie. Il semblerait qu’on puisse sauver Doll après tout. « Dans ce cas, je vais compter sur votre aide à tous les deux. »

« Aucun souci ! » s’exclamèrent de concert Neurotic et DanDan.

Leurs expressions niaises furent remplacées par une contenance sérieuse. DanDan se mit à chanter plusieurs sortes d’incantations. Une armure vivante complète apparut, puis se sépara automatiquement et vint se monter d’elle-même sur le corps de Neurotic. Faisant tourniller sa grande épée en poussant un hurlement violent, ce dernier chargea en direction de Celestial. Je me hâtai à sortir mon Dao Noir et me ruai aussi sur Celestial.

« Ah. » Celestial ricana tout à coup avec mépris. Après avoir récité une phrase que je ne parvins par à saisir, une dizaine de nymphes à robe violette apparut subitement en comblant l’espace entre lui et nous.

Nous arrêtâmes tous de respirer sous la surprise. Neurotic et DanDan murmurèrent également en voyant cela : « Ça va faire mal. »

« Squelettes à l’armure de flamme, dépêchez-vous de venir à mon aide. » Même capturée, Doll n’était pas du genre à rester les bras croisés. Elle s’empressa d’invoquer ses squelettes.

« Une nécromancienne ? » La mâchoire de DanDan et Neurotic leur tomba, sous le choc.

En voyant qu’ils étaient abasourdis, je leur criai anxieusement : « Grouillez-vous de sauver Doll ! »

« Ok ! » Neurotic fit abstraction de ce qu’il voyait en entendant mon désespoir. Après avoir rugi bruyamment, il se lança dans un combat à la mêlée sans merci contre la dizaine de robes violettes. Avoir l’aide des squelettes à l’armure de flamme de Doll était une bonne chose. Ça rendait possible de les éliminer lentement une à une.

Je pouvais voir qu’une dizaine de robes violettes ne posait aucun problème à Neurotic, c’est pourquoi je me contentai de chercher une issue pour délivrer Doll. De son côté, DanDan était fidèle à sa réputation d’invocatrice classée officiellement au cinquième rang. En constatant mon intention de sauver Doll, elle invoqua également une femme des neiges. Cette dernière activa ses chaînes de glace pour tenter de mettre Celestial à terre, afin d’ainsi me permettre de sauver Doll avec succès.

« Chaînes de glace ! »

« Dissipation ! » renifla froidement Celestial avec dédain. À l’aide d’un seul mot, non seulement la chaîne de la femme des neiges se volatilisa, mais elle fut également frappée d’une immense contre-attaque, lui faisant cracher du sang.

Ignorant le fait que Celestial ne fût pas restreint, je me précipitai tout de même vers lui pour sauver Doll. Alors que j’atteignais presque Celestial, une forme blanche apparue brusquement devant moi, me frappant brutalement à la poitrine. L’impact fut si important que je volai en arrière, m’écrasant avec force contre un mur. Je crachai du sang frais comme je peinais à réprimer la douleur provenant de mon torse. Il me semblait avoir plusieurs côtes cassées.

« Grand frère Prince ! » cria Doll, désemparée.

DanDan fut également surprise et rappela la femme des neiges, effectuant une nouvelle invocation. Cette fois-ci, il s’agissait d’un Katana couvert de sang.

DanDan fixa furieusement Celestial, et hurla : « Voyons voir si tu arrives à gérer une invocation de niveau 95 : Lame de sang. » La Lame de Sang se balança à mi-hauteur, puis fila avec vélocité vers Celestial. C’est une bonne chose que Neurotic et DanDan ne soient pas mes ennemis ici… Je dégoulinais de sueur froide, tandis que j’observais l’aura démoniaque de la Lame de Sang trancher l’air.

La fureur de Celestial irradia, en même temps qu’il s’écriait avec colère : « Satin Céleste ! »

La chose blanche vola de nouveau, contrant la Lame de Sang. La seule différence était que je pouvais désormais la voir. Cela s’avéra être une bande de soie. La Lame de Sang et le Satin Céleste se préparaient au combat, chacun tentant d’atteindre le revers de l’autre. Lame de Sang essaya désespérément de couper le Satin Céleste en deux, mais, malheureusement, la capacité du Satin Céleste à se modifier, passant d’une fluidité flexible à une rigidité semblable à de l’acier, parait toutes les attaques de Lame de Sang.

« Perce ! » J’entendis soudainement l’ordre émanant de Celestial, et une seconde forme blanche s’élança en visant… DanDan ?

« Évite-le, DanDan ! » hurlai-je à pleins poumons, et la dégagea prestement du passage avec mon corps, comme le tissu blanc se plantait sans pitié dans mon épaule. Je grognai avec rudesse et dus tomber sur un genou.

« Chérie ? » Neurotic se retourna avec anxiété en entendant un gémissement de douleur. Quand il s’aperçut que DanDan était à terre et que j’étais gravement blessé, il se débarrassa des nymphes à robe violette avec une grande puissance. Il fonça vers nous et sortit une potion rouge pour raviver la santé afin de me la faire boire.

Sans Neurotic, la pression pesant sur les squelettes s’accrut grandement. Doll ne pouvait que diriger les squelettes pour retenir temporairement les attaques persistantes des nymphes à robe violette.

Celestial ricana à nouveau, récitant la même incantation que je n’avais pas réussi à comprendre plus tôt. Comme je le craignais, une dizaine de nouvelles nymphes à robes violettes surgirent devant nous. En incluant celles que Neurotic n’avait pas encore achevé, il y avait un total de dix-sept robes violettes. Nos quatre visages changèrent drastiquement d’expression.

Alors que la situation empirait à ce point, je me préparai. Je leur déclarai calmement : « Les gars, fuyez immédiatement. S’il s’agit de fuir, ça ne devrait pas être trop dur pour vous deux. »

« Et que comptes-tu faire ? » demanda Neurotic, confus.

« Je vais rester. Même si je dois mourir, je n’abandonnerai pas mes compagnons », affirmai-je, déterminé.

« Bien ! » Neurotic leva le pouce vers moi, et joua de sa lame. « Dans ce cas, dépêche-toi de finir ta potion, pour que nous puissions les charger ensemble. »

Étonné, je demandai : « Avec vous ? »

« Ne sois pas idiot. Moi, Neurotic, je n’abandonnerais jamais mes camarades, à moins de mourir en combattant. » Il rigola de tout son cœur.

Je fronçai les sourcils. « Nous ne sommes pas amis pourtant. »

« Ah, mon gars, ne t’embête pas avec des futilités ! Nous avons discuté, donc nous pouvons nous dire camarades à présent… » Avant que DanDan eût pu finir sa phrase, elle se tourna brusquement vers Celestial avec un frisson.

Cette fois, Doll laissa également échapper un cri d’étonnement. Je pivotai rapidement la tête et regardai, mais seulement pour voir Celestial qui tenait Doll dans ses bras et qui volait. Ce ne fut qu’à cet instant-là que je me rendis compte de la présence d’un cercle magique au plafond. D’après la direction que prenait CelestialNe me dites pas qu’il va passer à travers ? Sitôt cette pensée entrée dans ma tête, je me ruai vers Celestial et bondis de toute ma volonté, mais ne parvins pas à attraper ne serait-ce qu’un bout de vêtement. Celestial et Doll s’étaient déjà évanouis dans le portail…

« Doll ! »

Notes de bas de page

1 Cela conviendrait bien à des nymphes, étant d’aussi jolies créatures, de vivre dans une place enchantée comme celle-ci.

2 Celestial : (天仙). Cela signifie littéralement « Immortalité des cieux », mais également « beauté paradisiaque ».

3 Voler un monstre : Un terme de jeux en ligne décrivant la situation où un joueur porte le coup final sur un monstre et l’achève, recevant de ce fait tout le crédit alors que cet ennemi était déjà ciblé par un tiers. C’est une pratique assez mal vue, même s’il n’existe aucune règle en ce qui la concerne.

4 DanDan : Son nom (蛋蛋) signifie littéralement « œuf » ou « forme ovale ». Le nom chinois répète souvent un terme pour le renforcer.

5 Neurotic : Son nom (神经兮兮) signifie littéralement « ayant un désordre nerveux » mais est souvent utilisé pour décrire une personne « ultra-sensible, et réagit, ou prend offense de façon inattendue, à l’encontre de ce qui semblerait anodin ». Le manhua se réfère à lui en tant que « Wacko », mais l’équipe anglaise pense que Neurotic lui convient mieux et est plus proche de ce que l’écrivaine voulait dire. C’est aussi pourquoi l’équipe française l’a également gardé.

1/2 Prince T5C2 : Conflit

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Volume 5 : Un Prince N’Existe Plus

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 2: Conflict – traduit du chinois vers l’anglais par Erihppas[PR!]
Chapitre 2 : Conflit – traduit de l’anglais au français par Elynor
+ travail de vérification par Yukomin

« On dirait bien que beaucoup de personnes sur le Continent Central refusent d’admettre que Prince est un être supérieur. » Nan Gong Zui fronça pensivement les sourcils, après avoir écouté White Bird décrire les événements de la journée.

« Je pense qu’il y a plusieurs facteurs : premièrement, le niveau de Prince n’est pas assez élevé ; deuxièmement, Prince n’a pas survécu lors de l’affrontement final du Tournoi des Aventuriers ; et troisièmement, devenir le porte-parole lui a non seulement apporté l’admiration de beaucoup, mais également la jalousie de plein d’autres », expliqua Wicked en détail.

Nan Gong Zui fronça encore plus les sourcils. Il me regarda avec inquiétude. « Prince, la seule chose que tu puisses faire maintenant, est de t’entraîner durement et de monter de niveaux. »

Je haussai les épaules. « Aucun problème. Comparé au travail administratif et à tous les trucs militaires, je préfère m’entraîner. »

« Ce qui est encore plus important que d’augmenter tes niveaux c’est de te construire une réputation ! » déclara White Bird avec détermination.

« Réputation ? » Tout le monde fixait White Bird, et à l’exception de moi, ils semblaient tous d’accord avec elle. Sérieusement ? Je ne suis pas déjà suffisamment respecté comme ça ?

« Attendez une minute… Comment je peux ne pas avoir une assez bonne réputation ? Est-ce que je n’ai pas toujours utilisé l’image de l’Elfe Sanguinaire en public ? » argumentai-je rapidement. Est-ce que c’est une sorte de blague ? Je n’ai pas envie d’être encore plus estimé ! Je n’arriverais pas à le supporter si tout le monde se mettait à me vénérer de la même façon que la bande des cinq…

White Bird me regarda avec incertitude et m’expliqua avec hésitation : « Monseigneur, votre manque de réputation est possiblement dû à votre apparence. »

« Apparence ? » Je fus surpris un instant. Qu’est-ce qui ne va pas avec mon apparence ? Est-ce que je serais trop séduisant pour être respecté ?

Belle-sœur Yu Lian intervint soudainement : « Tu veux dire que Prince paraît trop jeune ? »

White Bird hocha timidement la tête. « Si je puis me permettre de vous le demander franchement, Monseigneur, quel âge avez-vous ? »

À cette question, ils se tournèrent tous vers moi et me regardèrent comme s’ils tentaient de me mesurer. Quelque peu mal à l’aise sous leurs regards scrutateurs, je répondis rapidement : « Vingt ans. »

« Vingt ? C’est plus que ce que je pensais, mais ça reste très jeune. Parmi les quatre autres seigneurs, on dit que le plus jeune a vingt-quatre ans. Sans oublier que, Monseigneur, vous semblez n’avoir que dix-sept ou dix-huit ans. » White Bird soupira avec une expression abattue.

Gui ne sembla pas d’accord. « Son apparence convient. Le vrai problème est que Prince s’implique rarement dans les affaires quotidiennes de la cité. De nombreuses personnes ont aperçu les chefs des différents départements en chair et en os, mais n’ont vu Prince qu’en photo sur le site officiel de Second Life. »

Je ne pus m’empêcher de lever les yeux au ciel en entendant les paroles de Gui. « Ce n’est pas de ma faute. Tout le monde m’a obligé à faire la tournée de concert, et maintenant je dois m’entraîner dur pour rattraper mon retard. Quand est-ce que je trouverais le temps de m’impliquer dans les affaires courantes de la cité ? »

Tout le monde soupira en entendant mes propos, et chacun de leurs visages afficha une expression d’impuissance.

« Ça ne peut pas continuer ainsi. La réputation de notre suzerain doit être établie », déclara White Bird, inhabituellement déterminée. « Et je vais définitivement songer à quelque chose ! »

Pour une raison que j’ignorais, je me mis tout à coup à frissonner.

 

 

À l’instant où je vis tout le monde s’agenouiller devant moi, incluant les membres d’Odd Squad, de Dark Emperor, de la Team Rose et des autres, je fus totalement perdu sur ce que je devais faire. Ça ne faisait aucune différence que White Bird m’eût prévenu de cet événement, cette soi-disant cérémonie d’allégeance.

Pour se préparer à la prochaine mise à jour, tout comme aux prochaines invasions de la Cité du Soleil, de la Cité de la Lune et de la Cité de l’Étoile, nous décidâmes d’organiser une cérémonie durant laquelle chaque personne devait me jurer allégeance, à moi, le suzerain de la Cité de l’Infini. En premier lieu, la cérémonie allait permettre d’annoncer au grand public l’intention de la Cité de l’Infini de conquérir les cités officielles, et deuxièmement elle permettrait d’établir cette chose concernant la réputation que je ne parvenais pas à comprendre réellement.

« Moi, Ugly Wolf, je jure de servir le suzerain de la Cité de l’Infini, Prince, d’une loyauté sans faille. » Grand frère Wolf me regarda avec une expression solennelle. Ça allait de soi, il était également agenouillé, et pourtant, en entendant sa déclaration, je me sentis un peu… mécontent ? Pourquoi grand frère Wolf doit-il se prosterner devant moi ?

« Moi, Yu Lian… »

« Moi, Guiliastes … »

« Doll… »

« Lolidragon… »

« Wicked … »

« Nan Gong Zui… »

« Rose… »

Un à un, mes proches amis me jurèrent fidélité. Est-ce que je ne devrais pas me sentir heureux ? Pourquoi mon cœur ressent-il seulement le vide, comme si je venais tout juste de perdre quelque chose d’important ?

Après que chacun m’eût juré fidélité, je déclamai les mots que m’avait enseigné White Bird. Employant un ton solennel que je n’avais jamais utilisé auparavant, je décrétai : « Moi, Suzerain de la Cité de l’Infini, Prince, j’accepte vos serments. À partir d’aujourd’hui, vous êtes tous mes loyaux sujets. Je jure de tous vous guider vers la célébrité et la gloire à travers Second Life. »

Tout le monde s’exclama à l’unisson : « Vive la Cité de l’Infini ! »

« Vive… la Cité de l’Infini », répétai-je, empli d’un sentiment de vide, tant dans mes mots que dans mon cœur.

 

 

À la fin de la cérémonie, sur chaque visage rayonnait la joie et l’excitation précédant chaque bataille. J’avais un sourire forcé sur le mien, mais mon cœur était lourd.

« Monseigneur, votre entraînement avance-t-il bien aujourd’hui ? » Grand frère Wolf me tapota le dos en souriant.

Je souris sèchement en entendant ses mots. « Grand frère Wolf, pourquoi m’appelles-tu également “Monseigneur” ? »

Grand frère Wolf se gratta la tête, haussa les épaules et s’expliqua : « Parce que White Bird nous a ordonné de vous parler ainsi à partir de maintenant, et ce afin de construire votre réputation en tant que seigneur de la Cité de l’Infini. C’était également le but de la cérémonie d’allégeance d’aujourd’hui. »

« Je n’y suis pas habitué », ronchonnai-je, déprimé. « Pourquoi est-ce-que même les membres d’Odd Squad doivent s’agenouiller devant moi ? Je préférerais que vous me taquiniez comme avant plutôt que de vous courber devant moi. »

« Prince… » m’appela Grand frère Wolf d’une voix hésitante.

« C’est “Monseigneur” ! » rappela Lolidragon à grand frère Wolf, en me frappant impitoyablement à la tête. « Grand frère Wolf, n’oublie pas les ordres de White Bird. »

Elle se retourna à la fin de sa phrase et me lança un regard fier. « Ne vas pas t’imaginer que j’ai envie de m’incliner face à toi. Si ce n’était pas nécessaire de te bâtir une réputation, je ne plierais pas devant un gamin comme toi. »

« Lolidragon ! Ne t’adresse pas ainsi à notre souverain », lui reprocha doucement White Bird, visiblement mécontente du ton de Lolidragon.

« Pourquoi est-ce que j’ai besoin de me bâtir une réputation ? » Je ne pus réfréner ma colère tandis que le ressentiment que j’avais refoulé ces derniers jours augmentait soudainement. « Ce ne serait pas mieux si on était tous amis ? Pourquoi me vénérer comme si j’étais une sorte de dieu ? »

« Monseigneur ! » Grand frère Wolf et Lolidragon me regardaient avec des expressions choquées, comme s’ils étaient surpris de ma subite poussée de rage. Les rires bruyants de la foule environnante cessèrent, comme les personnes commençaient doucement à nous fixer du regard les uns après les autres.

« Monseigneur… » White Bird paniqua alors que ses yeux balayaient la foule dont l’attention s’était tournée vers nous, et elle fronça les sourcils dans ma direction.

Après avoir remarqué que tous les membres d’Odd Squad étaient rassemblés, la Team Rose, Wicked et tous les autres présents nous observèrent d’un air préoccupé. Voyant leurs expressions aller de pair avec les froncements de sourcils de Nan Gong Zui et White Bird, mon cœur se vida tel un ballon dégonflé, comme si toute mon énergie m’était enlevée. J’agitai la main avec fatigue. « Désolé, je suis juste très fatigué. Je vais aller me reposer un peu. »

Je me retournai et partis, sans accorder un seul autre regard aux personnes présentes. J’atteignis le hall principal avant de réaliser brusquement que je ne savais pas où me rendre. Yun Fei et Jing… je vais aller les chercher, ils vont forcément me comprendre.

Je marchai, un peu déprimé, en direction de la demeure de Lü Jing et Yun, puis défonçai la porte d’un grand coup. Comme je m’y attendais, le cri de Yun Fei retentit sur-le-champ.

« Prince, je t’ai déjà dit un millier de fois que les portes pouvaient se casser ! Et, tu vas payer pour les dommages si c’est le cas ! » Mon humeur s’éclaircit rapidement en raison de la façon dont Yun Fei m’avait parlé. Il était le même qu’auparavant et ne m’appelait pas « Monseigneur ».

« La cérémonie d’Allégeance est déjà terminée ? » La voix de ma mère résonna soudainement à mon oreille.

« Papa, Maman, vous êtes tous là ! » Je me tournai, surpris. Non seulement Jing et Yun étaient ici, mais mes deux parents étaient également présents dans la pièce.

« Bien sûr, tout le monde allait s’incliner et te jurer loyauté, mais tu ne t’attendais pas à ce que tes parents s’agenouillent aussi devant toi, pas vrai ? » me demanda Jing, imperturbable.

« En parlant de la cérémonie, je commence à devenir fou. Pourquoi est-ce que tout le monde doit s’agenouiller et me jurer fidélité !? » Je ne pus refréner mes sentiments plus longtemps et commençai à crier, souhaitant éjecter toute ma frustration. « Ce sont mes amis, pourquoi ont-ils l’obligation de m’appeler “Monseigneur”, et celle de s’agenouiller pour m’honorer !? »

Tout le monde fut choqué de mon explosion. Ce ne fut qu’après un moment de silence que Jing parla. « Mais, parce que c’est nécessaire. »

« Foutaise, nous ne faisions pas ça avant, et il n’y avait aucun problème, non ? » argumentai-je rapidement. On n’avait pas besoin d’établir une quelconque réputation.

« Xiao Lan, c’est nécessaire. » Mon père me scruta avec une expression sérieuse. « La Cité de l’Infini se renforce en s’agrandissant, et de plus en plus de personnes se joignent à elle. Ce dont ils ont besoin c’est un roi qu’ils peuvent suivre, et non un ami. »

Roi… Pourquoi est-ce qu’on continue de me rabâcher les oreilles avec ce mot ? Pourquoi suis-je tout le temps couronné de mots si pesants ?

« Xiao Lan, tu es déjà sur cette voie, et, à moins de souhaiter tout abandonner, tu dois continuer d’aller de l’avant », affirma ma mère avec gravité.

« Je… Je suis d’accord pour aller de l’avant, je n’apprécie simplement pas la façon dont mes amis se sont métamorphosés en sujets. Est-ce que, même ça, c’est trop demander ? » Je ne pus m’empêcher de m’étouffer.

« Xiao Lan ! » Yun m’agrippa les épaules. « Qu’est-ce que tu fabriques ? On dirait quelqu’un d’autre. Tu es supposée être quelqu’un qui avance aveuglément et qui n’abandonne pas quelles que soient les difficultés ! Tu es le cœur de ce groupe, ta confusion et tes larmes ne doivent en aucun cas être dévoilées. »

« Mais, je peux pleurer ! Et, il m’arrive d’être confuse ! » Je fermai les yeux et pleurai. « Je ne suis pas Dieu, je ne suis pas si bien ! »

« Xiao Lan… » Tout le monde se leva avec surprise, souhaitant venir me réconforter.

Je m’échappai désespérément des bras de Yun, essuyai mes larmes, et sortis de la maison sans un regard en arrière.

Ils s’exclamèrent tous les quatre avec surprise : « Xiao Lan, attends ! »

Je ne pris même pas la peine de tourner la tête, alors que je leur répliquais d’une voix forte : « Ne me suivez pas, je n’ai pas envie de vous écouter pour l’instant ! »

Usant de toute la vitesse dont je pouvais faire preuve, je filai comme le vent, loin du lieu où je pensais trouver du réconfort à l’origine. Je n’avais pas anticipé le fait que même Jing et Yun, ainsi que mes parents, seraient incapables de comprendre mes sentiments. Qui d’autre pourrait les comprendre ? Je souris mi-figue mi-raisin, levai les yeux, et réalisai que je me trouvais en face du Restaurant de l’Infini.

Naturellement, j’y entrai. À l’instant où je décidais d’aller boire tranquillement dans un coin, j’aperçus Kenshin et Arctic Fox assis sur le balcon, en train de boire silencieusement, et avec divers mets en accompagnement trônant sur la table. Je m’approchai arrogamment d’eux, m’assis et attrapai directement le pichet d’Arctic Fox et le vidai d’une traite.

Arctic Fox regarda sans dire un mot, tandis que j’agrippais la cruche. Après que je l’eus finie cul-sec, il déclara doucement : « C’est un mélange de vodka et de whisky. »

Comme Kenshin levais les yeux pour rencontrer ceux de Arctic Fox, ce dernier ajouta : « Très fort. Un humain normal serait ivre-mort après quelques verres. »

Kenshin et Arctic Fox me fixèrent du regard de concert. En voyant leurs regards, je commençai à m’énerver à nouveau. « Qu’est-ce que vous regardez ? Vous savez que je suis le suzerain de la Cité de l’Infini ? Allez me commander plus de vin. »

Kenshin détourna le regard et affirma calmement en une seule phrase : « Il est saoul. »

« Mouais. » répondit Artic Fox d’une voix également calme.

Bon sang, ils ne me commandent pas de vin ! Je ne pus réprimer ma rage et frappai la table de mon poing. « Serveur, apporte à cette table plus de vin ainsi que chacun des plats que vous avez immédiatement ! »

« Aurais-tu décidé de jeter ta vie aux orties ? En gaspillant ainsi de l’argent, tu ferais mieux de te montrer prudent face à la colère de belle-sœur Yu Lian ». La petite voix de Lolidragon provint de derrière.

Je ne tournai pas la tête, et ne souhaitai pas même répondre.

Lolidragon soupira et s’assit près de moi : « Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi es-tu si énervé ? Il ne s’agit que de la cérémonie d’allégeance, tu n’as pas besoin de le prendre tellement à cœur. »

J’étais si furieux que je répliquai d’une voix très forte : « Qu’est-ce que tu entends par seulement une cérémonie d’allégeance ? Vous êtes tous mes amis, vous n’étiez pas supposés vous agenouiller devant moi en premier lieu ! »

« C’est vrai que nous sommes amis, mais nous sommes également tes sujets. Qu’est-ce qui cloche avec le fait que des subordonnés s’inclinent pour te jurer leur loyauté ? » Lolidragon me fusilla du regard, les sourcils froncés.

« Qu’entends-tu par sujets… Vous êtes tous mes amis ! Mes amis ! » Après avoir hurlé jusqu’à ce que ma voix se brise, j’attrapai le pichet de vin que le serveur venait de délivrer et bus désespérément, comme si cette seule action pouvait effacer la misère de mon cœur.

Il semblerait que je l’eusse effrayée, car Lolidragon resta sans voix un moment. Elle continua à m’observer sans dire le moindre mot, tandis que j’engloutissais follement le vin.

Finalement, elle parla d’une voix solennelle et avec sincérité. « Prince, tu n’es plus un prince sans attache, mais un roi avec de lourdes responsabilités sur tes épaules. »

J’arrêtai de boire. Pourquoi ces mots me semblent-ils si lourds ? Roi ? Moi ? Je répondis, plein d’amertume : « Lolidragon, je n’aime pas cette situation. Je déteste la façon dont tout le monde me traite, et puis je déteste aussi ces… ces titres seigneuriaux. »

Lolidragon se leva lentement, inspira longuement et déclara : « Prince, tu voulais créer une légende. Mais, se pourrait-il que tu savoures les moments de joie de la légende, mais refuses de supporter les responsabilités et les douleurs qui l’accompagnent ? »

J’en restai bouche-bée, et ne pus que contempler Lolidragon, pendant qu’elle quittait le restaurant sans jeter un regard en arrière. Je baissai la tête et regardai la cruche d’un air ahuri. Mes sentiments étaient si mélangés que je ne savais même pas ce que je ressentais à ce moment.

« Prince… Est-ce que ça va ? » s’enquit une voix féminine derrière moi. Mon cœur se serra. Lolidragon est-elle revenue ?

L’expression inquiète de Phoenix apparut devant mes yeux. Mon sentiment d’espoir naissant s’évanouit en moi, et mon cœur se vida davantage. Je balançai la main en direction de Phoenix et lui lançai d’un ton brusque « Arrête de m’emmerder ! »

Par la suite, je retournai la tête et me remis à boire et à manger… Mais, ensuite je remarquai que Kenshin et Arctic Fox fixaient un point au-dessus de mon épaule en fronçant les sourcils. Je bougeai rapidement la tête pour voir. Phoenix versait silencieusement des larmes.

J’étais pétrifié, ne sachant pas le moins du monde comment réagir. Mais, Phoenix parlait déjà, et, malgré les deux sillons de larmes qui coulaient sur son visage, sa voix était étonnamment posée. « Prince, en fait tu ne t’es jamais soucié de moi, n’est-ce pas ? »

« Je… »  Qu’est-ce que je pourrais lui dire ? Si Phoenix n’était pas tombée amoureuse de moi, nous aurions peut-être pu être de bons amis, mais étant donné qu’elle a craqué pour moi, elle était destinée à être blessée… Est-ce que ça a réellement été le bon choix de la laisser m’aimer dès le départ ? Je réalisai soudainement avec horreur que je n’avais encore jamais songé à ce qu’il pouvait arriver par la suite.

Je ne savais pas quoi répondre, et elle ne donnait pas l’impression d’attendre une quelconque réponse. Elle ferma les yeux, pleurant toujours silencieusement et, en se retournant, elle commença à s’éloigner. « Mes sentiments brûlent d’une passion telles les flammes du Phoenix et, pourtant, ceux que j’aime me traitent tout le temps avec plus de froideur que la pointe d’un iceberg ! »

« Phoenix… » Je ne pouvais que regarder stupidement la silhouette dévastée de Phoenix qui s’éloignait. Même après qu’elle eût disparu depuis un certain temps, je ne parvenais pas à détacher le regard.

« Prince… » Deux voix m’appelèrent à l’unisson, et à la porte apparurent les deux silhouettes que je connaissais le mieux : Wicked et Gui.

Ils arrivèrent tous les deux devant moi au même moment, et je les fixai d’un air hébété.

« Prince, tu n’as pas besoin de supporter toutes ces responsabilités. Si tu penses que c’est trop douloureux, laisse tout tomber », décréta Wicked en me tapotant gentiment la tête.

« Je peux vraiment faire ça ? » Je souris mélancoliquement. Tout quitter juste comme ça ? Abandonner la promesse de créer une légende avec les membres d’Odd Squad ?

« Xiao… Prince. » Wicked soupira doucement et n’ajouta rien de plus.

« Votre Majesté, si vous souhaitez verser des larmes, alors je vous prie de le faire sur les épaules de votre Gui ! » Gui me prit dans ses bras avec compassion. Je me figeai un instant, puis levai ensuite la tête et le regardai. Il profitait de moi1 comme d’habitude, mais, soudainement, je sentis que je comprenais quelque chose.

« Se pourrait-il que tu le fasses exprès ? » le questionnai-je.

« Pardon ? » L’expression de Gui se métamorphosa en une fraction de seconde, puis retourna vivement à la normale, soit à une expression sur-enjouée. « Oh, je ne peux simplement me contrôler quand je suis près de vous, votre Majesté ! » prétendis Gui.

« Tu profites toujours de moi… Est-ce que tu ne me crées pas volontairement une raison de te frapper ? » Je fixai Gui droit dans les yeux, ne lui permettant pas d’agir comme un idiot. « Tu me laisses te frapper pour que je puisse évacuer ma frustration, pas vrai ? » m’écriai-je d’une voix rauque. « Pourquoi acceptes-tu de te sacrifier comme ça ? Pourquoi endurer une telle douleur et même une telle humiliation ? »

J’attrapai son col et le foudroyai du regard, ne lui laissant guère l’opportunité de s’échapper. « D’aller aussi loin pour moi, est-ce que ça en vaut réellement la peine ? Tu ne connais même pas mon vrai nom ! »

L’expression de Gui se fit tout à coup plus douce. Il me caressa gentiment les joues, et ses yeux affichaient un tel mélange de joie et de douleur que je me sentis confus après les avoir regardés. « Si mes larmes peuvent être utilisées en échange de ton sourire, dans ce cas cela en vaut plus que la peine. »

Soudainement, Gui fut brutalement jeté au sol. Même si Wicked tentait désespérément de lancer un regard furieux à Gui, il ne put dissimuler la douleur qui transparaissait dans ses yeux ainsi que sur son visage. Gui lui rendit bravement son regard, ses yeux montrant une détermination sans regret.

« Pourquoi est-ce que je n’arrête pas de blesser les gens ? » marmonnai-je. Mes yeux étaient aussi vides qu’un trou noir. « Est-ce que je vais finir par tout le temps blesser des gens quels que soient mes choix ? »

« Prince ? » Wicked et Gui m’observèrent, sous le choc, fortement préoccupés.

En un instant, je me levai et me dirigeai vers la porte. Gui et Wicked me suivirent, et je m’arrêtai tout d’un coup, me retournai et les priai : « Ne me suivez pas, j’aimerai avoir un peu de temps seul pour pouvoir penser. Je vous en prie, ne me suivez pas. »

Gui et Wicked s’arrêtent net, et, malgré leurs grandes différences, leurs yeux révélèrent les mêmes inquiétudes et compassions à mon égard au même instant.

Parmi ces deux personnes qui m’aiment aussi profondément, laquelle est-ce que je devrais blesser ? Lquelle est-ce que je pourrais cruellement me permettre de blesser ? Grand frère Zhuo qui m’attend depuis huit ans ? Ou Gui qui va jusqu’à sacrifier sa dignité pour moi ? La question est si difficile, si difficile !

En sortant du restaurant et en marchant dans les rues de ma propre cité, je me rappelai alors une conversation que j’avais entretenue avec mon frère dans le jeu en ligne The World auquel nous avions l’habitude de jouer.

 

 

« Hé, pourquoi les autres ont du fric, des terres et la gloire, et nous n’avons rien peu importe à quel point nous nous entraînons ? » Après avoir massacré un nombre infini de monstres qui débarquaient, je ne pus m’empêcher de me plaindre.

Me protégeant du front des attaques, mon abruti de frérot roula des yeux. « Tu appelles ça s’entraîner dur ? Tu ne connais même pas les efforts que les gens ont dû fournir avant de pouvoir réussir ! »

« Tu en es sûr ? Si ça se trouve, ils se contentent de tout avoir grâce à l’argent », lui répondis-je avec dédain.

« Bon, arrête d’envier les autres maintenant. Posséder une cité n’est pas forcément une bonne chose. Pourquoi ne songes-tu pas aux responsabilités qui reposent sur leurs épaules ? » répliqua insouciamment Heartless Wind.

« Quelles responsabilités ? Tu veux dire celles de s’allonger et de récolter les loyers ? » ne pus-je me réfréner de rétorquer.

Heartless Wind me regarda comme s’il devait enseigner à un enfant désespérant. « Sœurette, tu ne comprends pas. Mon ami possède une cité. Chaque jour, il s’inquiète à propos de tout, de perdre sa cité, ses pertes, ses dettes, de la tension qui règne parmi ses compagnons, des personnes qui ne l’acceptent pas et qui souhaitent lui dérober son trône. Et puis, quand on possède un château, on doit en conquérir un deuxième, puis un troisième… En fin de compte, tu ne peux pas avoir la paix tant que tu n’as pas conquis le jeu tout entier, et cela représente de très lourdes responsabilités. »

Je lui répondis sans penser : « Je ne veux pas d’un deuxième château, mais un seul. Pourquoi devrais-je dominer le jeu en entier ? »

Comme il manqua d’être coupé en deux par des monstres, Heartless Wind ne se soucia pas de poursuivre le débat. Il se contenta de marmonner une dernière chose en retour, des mots que je ne pris pas à cœur à ce moment-là mais qui m’apparaissaient clairement à présent. « Il y a des situations qui ne te permettent pas d’avoir le choix. Seules les personnes n’ayant pas suivi le même chemin peuvent en parler avec autant de légèreté. »

 

 

« En effet, seules les personnes qui n’ont pas suivi un chemin identique peuvent en parler si légèrement ! » Je fermai les yeux, permettant aux larmes de s’échapper du coin de mes yeux.

« Grand frère Prince… » La voix hésitante de Doll atteignit mes oreilles.

Ne souhaitant pas que la jeune Doll me voit ainsi, je ne lui fis pas face. « Je vais bien. J’ai seulement besoin d’être seul un instant. Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour moi, Doll. »

« Grand frère Prince, est-ce que Doll peut marcher avec toi ? »

« J’aimerai être seul pour un moment… » la rejetai-je implacablement.

Cependant, Doll se mit devant moi, attrapa ma main et, employant une voix douce que je n’avais jamais entendu provenir d’elle, elle déclara : « Ne ressasse pas ce sujet tout seul, tu ne feras que perdre ton temps. Laisse-moi au moins t’accompagner. Je pense pouvoir comprendre ta douleur : celle des dirigeants. »

Je la fixai d’abord avec un sourire amer, qui signifiait mon doute. « Comment pourrais-tu comprendre ? »

« Comment une vraie princesse dans la vie courante pourrait-elle ne pas comprendre ? » En entendant cette remarque, je me tournai vers Doll, choqué, tandis que je rencontrais son expression majestueuse de laquelle émanait de l’élégance. Elle sourit légèrement en déclarant : « Laisse-moi t’accompagner maintenant, tu te sentiras mieux par rapport au fait de gouverner. »

Je me sentirai mieux d’être un dirigeant ? Une princesse est en train de me dire que je me sentirais mieux sur le fait de posséder le titre de Roi ? Avant aujourd’hui, j’aurais définitivement déclaré que c’était impossible, mais maintenant… Je ne pouvais que sourire amèrement. « C’est impossible pour moi de me sentir mieux par rapport à ça ; je… me suis embourbé. Je ne peux ni avancer, ni même faire demi-tour ! »

« C’est parce que tu ne te concentres que sur la douleur, qu’elle soit pour aller de l’avant ou pour abandonner, et tu oublies la joie qu’il y a dans chacun des deux choix », répondit Doll. Elle parla d’une manière résolue, et pourtant ses mots sonnèrent vagues à mon oreille. « Néanmoins, allons juste nous balader. Il y aura toujours un chemin, tout du moins tant que tu ne stagneras pas dans un coin, simplement à ruminer les choses. » Doll me poussa brutalement dans le dos, et en un clin d’œil nous atteignîmes les portes de la cité.

« Où allons-nous ? » demandai-je, stupéfait.

« Le ciel est infini, le monde est vaste ; nous pouvons aller où bon nous semble ! »

 

 

Pendant ce temps, au Restaurant de l’Infini…

Arctic Fox demanda posément : « Que vient-il de se passer ? »

« Quelque chose qui ne nous concerne pas. » Kenshin sirota son thé avec indifférence. Les émotions humaines étaient beaucoup trop complexes, ce n’était pas quelque chose qu’il arrivait comprendre.

« Ça ne nous est pas totalement étranger », soupira Arctic Fox.

« Même s’il est notre suzerain, nous n’avons pas à nous occuper de ses affaires privées », répliqua Kenshin sans ménagement.

« Non, ça nous concerne. » Arctic Fox fronça les sourcil en scrutant la table débordant de victuailles et de vin. « Nous devons payer l’addition. »

« … »

Note de bas de page

1 profitait de moi : En chinois cette phrase était : 吃豆腐 (chī dòu fǔ), lit. « Manger du tofu ». On dit que l’origine de cette expression est la suivante : Dans les temps anciens, les magasins de tofu étaient généralement tenus par des couples. Le mari faisait du tofu la nuit que la femme vendait le jour durant. Comme ils mangeaient fréquemment du tofu, leur peau était naturellement douce et lisse. Ça attirait beaucoup de clients (principalement des hommes, considérant que la femme tenait le magasin le jour), et les hommes utilisaient l’expression « manger du tofu » comme un euphémisme sur le fait d’aller au magasin de tofu pour flirter avec la tenancière, ce pourquoi les femmes jalouses harponnaient leur mari à coup de : « Es-tu allé manger du tofu aujourd’hui encore ? » Aujourd’hui, on utilise cette expression pour parler des pervers, ou bien des hommes qui profitent des faiblesses pour prendre avantage sur les femmes.

1/2 Prince T5C1 : Le Titre de Roi Invaincu

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Tome 5: Un Prince n’Existe Plus

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 1: The Title of Undefeatable King – traduit du chinois à l’anglais par Evangeline[PR!]
Chapitre 1 : Le Titre du Roi Invaincu – traduit de l’anglais au français par Elynor
+ Travail de vérification par Nocta

« Fairsky, tes sentiments ont-ils réellement changés ? »

« Tsss, je n’avais jamais réalisé que Sunshine avait un tel pouvoir de séduction. Il a attrapé Fairsky dans ses filets avant même que nous le remarquions. »

À peine arrivés à la Cité de l’Infini, tout le monde nous encercla, puis bombarda Fairsky et Sunshine de questions. Le couple embarrassé et pris au piège n’eut d’autres choix que de répondre au déluge de questions. Tous souriaient en félicitant le couple. Seule Lolidragon, qui connaissait entièrement l’histoire, ne souriait pas. J’espionnai son soupir du coin de l’œil.

« En tout cas, nous vous souhaitons le meilleur à tous les deux ! » Chacun riait joyeusement.

« Mm-merci tout le monde », balbutia Fairsky.

« Ok, ça suffit. Arrêtez d’embêter Fairsky et Sunshine, les gars. Maintenant, venez écouter l’explication de Lolidragon sur la dernière mise à jour de Second Life. » Grand frère Wolf sourit et nous fit signe.

Tout le monde se tut et regarda Lolidragon qui commença à expliquer les détails de la mise à jour. « Le point majeur de la nouvelle mise à jour est de rendre Second Life plus réaliste. Plusieurs aspects de la vie quotidienne, qui n’étaient pas nécessaires auparavant, sont maintenant requis. Par exemple, vous n’aviez pas besoin de prendre de douche ou de bain car votre corps ne se salissait jamais, mais, suite à l’installation de la mise à jour, si vous ne vous lavez pas après un jour de combat, la puanteur deviendra insupportable. »

Prendre un bain ? Je me souvins soudainement que… Même si je suis un homme, je n’ai encore jamais vu mon « côté masculin » auparavant. Si nous devons prendre un bain, ça ne voudrait donc pas dire que je devrais « le » regarder ? Hum… Je n’aurais jamais songé que la première fois que je verrais l’une de ces choses (en excluant l’incident de la collecte de celles des dragons pour de l’or) ce serait la mienne. Wow, je ne sais même pas par où commencer pour tenter d’expliquer mes émotions…

« Prince, si tu as peur de cette partie de ton corps, je peux t’aider ! Détends-toi et écarte les jambes… » La remarque sarcastique de Lolidragon me parvint via le canal de messages privés.

« Hé ! » Écarter les jambes ?! Je pensai, est-ce que tu veux me faire accoucher ? Je ne pus me réfréner de lui faire les gros yeux.

« Mais, tu devras quand même aller aux toilettes par toi-même », chuchota Lolidragon dans le vide.

Quoi ? Je dois aussi aller aux toilettes ? Mon esprit se vida pendant un instant. Donc, je devrais vivre l’expérience d’utiliser mon *** pour aller aux toilettes aussi ?

« Deuxièmement, sauf pour ceux qui sont impliqués dans l’entraînement, la population de NPC va commencer à se réduire. Entre autres, les NPC qui gèrent les magasins dans la Cité du Soleil, de la Lune et de l’Étoile vont éventuellement disparaître pour être remplacés par de vrais joueurs. » Quand elle remarqua que j’étais toujours en train de ruminer sur le sujet précédent, Lolidragon se sourit à elle-même et continua son explication. Après qu’elle eut terminé sa phrase, belle-sœur Yu Lian fronça les sourcils.

« Même si ça ne coûtera pas plus cher d’engager des joueurs plutôt que des NPC, ils seront plus compliqués à gérer. » murmura belle-sœur Yu Lian, en se demandant si la mise à jour était une bonne ou une mauvaise nouvelle.

Finalement, Lolidragon prononça la partie la plus importante de son explication. « Je pense que le changement le plus radical de cette mise à jour est que les Cités du Soleil, de la Lune et de l’Étoile pourront désormais être conquises par les joueurs. »

« Les rumeurs sont donc vraies. » grimaça grand frère Wolf. « Qu’est-ce que vous en pensez ? »

« C’est évident ! Bien sûr, nous devons aller les conquérir ! » Un éclat brilla dans les yeux de White Bird, comme si elle avait attendu ce moment toute sa vie.

« Conquérir les trois cités, unir le continent central ! »  Nan Gong Zui balança ces huit mots avec conviction. La détermination et la passion qui brillaient clairement dans ses yeux se propagèrent aux autres également, faisant accélérer leurs battements de cœur sous la joie et l’excitation.

AAAHHH ! Une autre guerre ? On dirait que mon rêve d’obtenir un peu de repos n’est plus possible désormais… Zut ! Pourquoi est-ce que je n’ai jamais de chance ? À peine ai-je accompli mon boulot qu’une nouvelle pile de tâches apparait. Je vais mourir d’une surcharge de travail !

J’écoutai avec morosité tout le monde discuter de quelle façon on pourrait prendre les cités.  Dieu merci, tout le monde sait que je ne suis qu’un idiot de militaire, ça ne fait donc aucune différence que j’écoute ou non la discussion… Cependant, en tant que suzerain, je ne peux pas aller faire une sieste, n’est-ce pas ? Même si j’en ai réellement envie…

« La première chose que nous devons faire est de choisir un plan d’attaque. Avec trois cités ouvertes à la conquête, il y a probablement beaucoup d’autres joueurs qui planifient de les prendre également, mais nous avons un avantage non négligeable par rapport à eux : les forces militaires de la Cité de l’Infini progressent très rapidement ces derniers jours. Tout ceci grâce au groupe de l’Infini, et spécialement grâce à notre suzerain. » White Bird s’inclina gracieusement devant moi, ce qui me choqua suffisamment pour me faire me tenir droit sur ma chaise et acquiescer légèrement en retour. C’est étrange, ça me file la chair de poule à chaque fois que je vois White Bird avoir une attitude respectueuse envers moi…

White Bird poursuivit : « Je pense que si nous faisions tomber une des cités en premier, ce ne serait qu’une question de temps avant de pouvoir conquérir les deux autres cités également. »

« Mmmh, si nous n’attaquons qu’une cité, quel serait le meilleur choix ? » se demanda Broken Sword à voix haute.

« Que dites-vous de la Cité de la Lune ? » suggéra Nan Gong Zui. « La Cité de la Lune est connue pour avoir été la base des Lames Vertueuses, ce sera donc un territoire familier pour nous, ce qui serait d’une grande aide lors d’une bataille. »

« Ouais ! Prenons la Cité de la Lune ! » rugit tout le monde avec excitation.

« C’est donc la Cité de la Lune, c’est ça ? » Je me levai, en tournant mon regard en direction de la Cité de la Lune. Ainsi, cette vénérable cité dont l’atmosphère est calquée sur le thème de la Chine Antique sera bientôt baptisée par le feu des guerres ? Quelle tristesse…

La voix insensible de Lolidragon fit écho : « Si tu tentes de regarder en direction de la Cité de la Lune, alors je suis au regret de t’informer que tu regardes à l’exact opposé. »

« … Dans ce cas, qu’est-ce que je suis censé faire ? » Ignorant automatiquement Lolidragon, je me tournai pour questionner Nan Gong Zui.

« Prince, quel est ton niveau actuel ? » me demanda tout à coup Zui.

« Laisse-moi voir. » Tsss, ça fait si longtemps que je n’ai pas vérifié mon niveau que j’ai presque oublié que ça existait. Je fis appel au menu et lis honnêtement à voix haute. « Niveau 76 ! »

« Niveau 76 ? Ce rang tourne autour de la centième place du classement des joueurs. » songea Nan Gong Zui à voix haute, puis il se tourna vers moi : « Je ne crois pas que ton niveau soit suffisamment élevé. »

« Sur les cinq suzerains ayant gagné ou acquis leur propre territoire sur chacun des cinq continents, ceux de l’Est, de l’Ouest, du Sud, du Nord et Central, votre niveau semble être le plus faible », déclara prudemment White Bird dans un froncement de sourcils, comme si elle était inquiète que ses mots pussent m’énerver.

« Ah bon ? » rigolai-je stupidement. Ce n’est pas de ma faute ! Après le tournois, j’ai abouti sur le continent de l’Est et, durant ce laps de temps, j’étais soit en train d’aider Jing et Yun à augmenter leurs niveaux, soit à courir à travers le contient en tentant de résoudre des quêtes cachées. J’ai à peine monté de quelques niveaux pendant ce temps. Et, pire encore, pendant ce mois passé en tournée, je n’ai même pas réussi à gagner ne serait-ce que la moitié d’un niveau… En fait, en découvrant que j’avais seulement chuté à la centième place de la liste, je devrais glousser discrètement.

« Par conséquent, mon Seigneur, je vous prie d’augmenter votre niveau. Nous allons nous arranger pour que certaines personnes se consacrent à vous aider lors de vos entrainements », requit très poliment White Bird.

« Certaines personnes ? Je ne pourrais pas simplement aller m’entraîner avec Odd Squad ? »  Globalement, j’étais habitué à jouer avec les membres d’Odd Squad, et nous pourrions utiliser notre coordination naturelle.

White Bird sembla troublée. « Les membres d’Odd Squad ont des rôles importants dans les départements militaires et administratifs, ils n’auront donc probablement pas le temps de s’entrainer avec vous. »

« On ne peut rien y faire ? » Je me sentis un peu déprimé. Je me demande depuis combien de temps nous ne nous sommes pas entraînés tous ensemble moi et les membres d’Odd Squad.

« Prince, ne soit pas déçu. Nous allons venir te retrouver dès que nous aurons du temps libre. » Grand frère Wolf rit et me donna une bonne claque dans le dos.

« Bien. Au moins Gui, Wicked et Phoenix vont venir avec moi, n’est-ce pas ? » demandai-je en me tournant vers ces trois-là.

« Je veux aller avec son altesse… » Gui n’avait même pas terminé sa phrase qu’il était muselé par Fairsky et Sunshine qui l’entrainèrent au loin.

« Tu te moques de nous, j’espère ! La tonne de travail qui s’entasse au département de construction est suffisante pour m’enterrer, et pourtant tu veux t’échapper ? Sunshine, assure-toi de tenir Gui fermement ; s’il ose bouger ne serait-ce qu’un doigt, assomme-le avec ta magie jusqu’à ce qu’il ne puisse plus bouger à nouveau ! » ordonna Fairsky à Sunshine avec une indignation justifiée, et Sunshine suivit ses ordres sagement, tel un mari soumis. Ce couple harmonieux partage des liens si profonds…

« Je… » Wicked avait à peine articulé un mot que Nan Gong Zui et Broken Sword posèrent fermement leurs mains sur son épaule et sourirent chaleureusement. C’est moi, ou leurs yeux étaient en train de dire : « N’y songe même pas, tu ne sortiras jamais de ce château ! Soumets-toi à ton destin ! »

Phoenix ne tenta même pas de prononcer le moindre mot. Pour être honnête, même moi je n’oserais pas aller à l’encontre de l’autorité de belle-sœur Yu Lian !

« Donc, je vais devoir m’entraîner seul ? » Je regardai le trio, ma déception évidente dans les yeux.

« Mon Seigneur, nous allons engager quelques joueurs pour y aller avec vous », déclara White Bird encore une fois, en ayant l’air légèrement troublée. « Mais, j’espère que mon seigneur maintiendra une aura royale devant ces autres personnes pour éviter de décevoir nos hommes. »

J’affichai également une expression inquiète et m’enquis avec confusion : « Comment je suis censé maintenir une aura royale ? »

« Pour faire simple, tu te mets en mode elfe sanguinaire, et ça ira », expliqua Lolidragon.

« Je dois maintenir cette attitude fatigante en tout temps ? » soupirai-je. L’elfe sanguinaire n’est même pas mon vrai moi ! Pourquoi est-ce que tout le monde aime le faux-moi ?

 

 

« C’est un honneur de s’entraîner avec vous, Votre Majesté ! » En observant les cinq paires d’yeux brillants d’adoration et de déférence, je me demandai combien de fois j’allais soupirer dans mon esprit. Heureusement, Western Wind, qui se tenait sur le côté, ne m’envoyait pas spécialement de signe d’adoration. Malheureusement, son expression haineuse n’était pas exactement ce qu’il y avait de plus relaxant non plus.

« Sur les ordres de la commandante White Bird, nous devons donner tout ce que nous avons afin d’aider notre suzerain à monter de niveau, et donc notre première et principale préoccupation est Sa Majesté. Tout le monde a bien compris ? » demanda le guerrier qui menait le groupe.

« Bien sûr ! Notre suzerain est la personne la plus importante, alors, en cas de danger, ma priorité sera de soigner notre seigneur. Ne me blâmez pas si vous mourez pendant le processus. » Celui qui parla cette fois-ci était bien sûr un prêtre. La déférence excessive dans ses yeux me donna la sensation d’être dans un temple de la déesse de la Mer1.

« Ne vous inquiétez pas Monseigneur, nous vous protégerons et irons jusqu’à empêcher tous les monstres de vous toucher ! » promit l’archer avec une détermination inébranlable.

Hé ! Vous allez empêcher les monstres de me toucher ? Et comment diable je vais pouvoir monter de niveaux dans ce cas ? Je me sentis totalement exaspéré jusqu’au plus profond de moi.

« Hmph ! Le suzerain n’a besoin de la protection d’aucun d’entre vous ; la meilleure chose que vous puissiez faire est de ne pas être un fardeau pour lui. » Le mage jeta un regard glacial aux autres, puis se tourna pour me regarder avec une expression ardente et pleine de ferveur. « Après tout, notre Seigneur est le roi invaincu. C’est lui le plus fort de tous. Il n’a encore jamais perdu un combat auparavant. »

« Tu as raison. Monseigneur, excusez-nous de notre imprudence. » Étonnamment, les autres n’étaient pas du tout énervés. Ils continuaient simplement de me fixer avec adoration.

Le roi invaincu ? Ces personnes ne sont-elles pas en train de mentir honteusement ? Je ne peux même pas compter le nombre de fois où je suis mort. De plus, je suis même mort une fois devant le public pendant le tournoi. C’est ça qu’ils appellent invaincu ? Sans mentionner le plus fort ! Je ne pourrais pas garantir ma victoire si je me battais contre Wicked ou Nan Gong Zui, et sans parler de Kenshin qui pourrait m’écarteler telle une créature vivante disséquée d’un simple revers de la main. De plus, White Bird n’avait-elle pas déclaré à l’instant que, des cinq suzerains, mon niveau était le plus faible ?

Zut ! Plus j’y pense, plus je ressens mes propres faiblesses. Je ferais mieux d’aller monter de niveaux ! Ignorant les cinq regards flamboyants d’adoration émis par le groupe, je lançai platement un « allons-y ».

« Joli garçon, moi, je n’admettrai jamais que tu es imbattable par contre. » murmura dédaigneusement Western Wind. « Un jour, je te ferai mordre la poussière. Mais, d’ici là, tu ferais mieux de ne perdre contre personne d’autre. »

« Ouais, ouais. » J’agitai la main, irrité.

Western Wind renifla avec dédain, puis se tut.

Le roi-serpent, soi-disant roi de tous les serpents, n’était pas tout à fait au même niveau qu’un boss. Cependant, dans les tréfonds de l’abysse des serpents, il y en avait un certain nombre qui étaient physiquement imposants, étonnamment forts, vifs comme l’éclair et possédant des crocs venimeux. Je décidai de régler leur compte à ce genre de monstres ennuyants en pensant que ce serait un challenge de les vaincre, et aussi parce que je n’avais pas eu l’occasion de m’entrainer depuis très longtemps.

Après tout, dans un jeu comme Second Life, tout ne tournait pas autour de la montée de niveau. Le plus important était de faire le meilleur usage possible de ses capacités.

« Ce genre de monstre est puissant et ne donne pas beaucoup de points d’expérience… T’es sûr que tu veux faire ça, gamin ? » Western Wind regarda le roi-serpent avec doute.

« Ouaip, je veux m’entrainer. Le roi-serpent n’est pas facile à tuer et ne donne pas tant de points d’expérience que ça, donc il n’y a pas beaucoup de joueurs par ici. Quand il n’y a personne autour pour nous voler notre proie, c’est le moment le plus propice pour se lâcher et en profiter, non ? » Je levai le sourcil en regardant Western Wind. Pendant ce temps, j’avais déjà ciblé et isolé un roi-serpent.

« Inutile de se demander pourquoi il est notre suzerain ! Il pense différemment des gens normaux. » Je ne savais pas qui avait parlé, mais les cinq personnes hochèrent la tête et me lancèrent à nouveau des regards admiratifs.

Sentant venir la migraine, j’atteignis presque ma limite. Tout ce que je pouvais faire était de prétendre que les regards remplis d’admirations étaient invisibles. Je me tournai alors vers Western Wind qui était le seul à ne pas me fixer avec des yeux brillants. « Hé Western Wind la femme canon, il est temps de s’entrainer ! »

« Bon sang ! Joli garçon, tu ne comprends pas le langage humain ou quoi ? Je suis un mec, gamin ! Combien de fois je vais devoir te le répéter ? » rugit Western Wind, mécontent comme toujours, alors qu’il levait son épée vers le roi-serpent avec moi.

« Puis-je vous demander de quelle façon nous pourrions vous apporter notre assistance, Monseigneur ? » me demanda le guerrier du groupe, surpris et confus.

« Les gars, vous pouvez aller vous entrainer vous aussi. Si j’ai besoin de soins, je viendrai vous retrouver. » répondis-je avec une certaine apathie.

« Ne serait-il pas plus judicieux de simplement vous suivre, Monseigneur ? » protesta rapidement le prêtre.

« Pas besoin », déclarai-je dédaigneusement en secouant ma main. Et puis quoi encore ? À force d’être suivi par ces paires d’yeux brillants d’admiration, je me sentirais mal de la tête aux orteils, alors n’essayez même pas de me convaincre de continuer à m’entrainer avec eux dans les parages.

« Si tel est le désir de notre Seigneur, nous nous y plierons. » Ils arborèrent tous les cinq une expression de grande déception, puis s’éloignèrent très lentement en me lançant des regards éplorés. Si un inconnu était passé à ce moment-ci, il aurait probablement cru que je venais juste de rejeter cinq amants.

Finalement, quand les cinq hommes furent hors de mon champ de vision, je poussai un soupir de soulagement, relâchai mes muscles faciaux jusque-là figés, puis retournai à la normale, à savoir avec une expression détendue.

Western Wind me regarda, puis secoua la tête avec exaspération. « Tsss, j’aimerais vraiment que tu montres cette expression à ces cinq idiots. S’ils voyaient ça, je refuse de croire qu’ils continueraient à t’admirer et à t’appeler “monseigneur” sans arrêt. »

« Bien sûr, va les appeler. » Je baillai d’un air nonchalant et ajoutai : « Si tu ne crains pas que White Bird te hache menu. »

« Gamin, je n’ai pas peur de cette bonne femme oiseau », répliqua Western Wind en reniflant avec dédain.

Je levai un sourcil. « White Bird et belle-sœur Yu Lian sont très proches ! »

Comme je le pensais, aussitôt que le nom de Yu Lian fut mentionné, Western Wind arrêta d’argumenter et commença à bouder silencieusement ; il ne tenta même pas de glisser le surnom « gamin » une dernière fois.

Maintenant que nous étions sur ce sujet, je me devais de repenser un peu plus aux évènements antérieurs. Pourquoi Western Wind avait-il peur de belle-sœur Yu Lian ?

Retournons à l’époque ou Western Wind avait rejoint la Cité de l’Infini. Son premier travail lui avait été confié par belle-sœur Yu Lian. Vous souvenez-vous de ce que j’avais mentionné auparavant ? J’ignore pourquoi, mais nos fans ont absolument adoré le combat inattendu qui avait eu lieu pendant le premier concert, donc Western Wind avait reçu l’ordre d’aller sur scène et de me défier à chaque concert depuis.

Je me souviens que lorsque Western Wind avait reçu les premiers ordres de belle-sœur Yu Lian, il avait d’abord déclaré : « Aucune chance, gamine. »

Belle-sœur Yu Lian avait affiché l’un de ces faux sourires menaçants qui étaient sa spécialité… d’où je me tenais, j’avais pensé que Western Wind venait de signer son arrêt de mort. Belle-sœur Yu Lian avait déclaré : « Mmmh ? Je pensais que tu étais venu à la Cité de l’Infini pour défier Prince ? C’est pour ça que je t’ai confié ce travail : je pensais que tu aurais été ravi d’accepter ! Mais… peut-être que tu as d’ores et déjà été soumis par notre Prince invaincu lors de ta défaite et que tu crains de le défier un jour à nouveau ? »

En entendant cela, Western Wind avait explosé de colère : « Quel blasphème ! Le mot peur ne fait pas partie de mon vocabulaire, gamine ! »

C’est ainsi que Western Wind était devenu le plus grand élément comique du spectacle. Il s’était faire réduire en poussière par moi à chaque fois, et il y avait même des spectateurs pour hurler « Plus fort ! » et « Pas assez de sang ! », etc. m’obligeant à utiliser de plus en plus de force contre lui inévitablement.

Le deuxième « incident », qui avait fait réaliser à Western Wind que la mortelle belle-sœur Yu Lian n’était pas une personne que l’on pouvait traiter à la légère, avait été quand la construction de la librairie s’était terminée. Belle-sœur Yu Lian avait songé qu’il n’y avait pas assez de livres dans le magasin. Et, puisque Fairsky et Phoenix étaient de vraies filles, il n’était pas convenable de les exposer pour attirer plus de lecteurs masculins. De ce fait, une personne, plutôt bien roulée pendant la journée, s’était retrouvée enrôlée pour la création d’un album photo spécial en maillot de bain.

Et, ce n’était pas tout. Belle-sœur Yu Lian avait cru que, puisqu’il n’y avait aucun homme musclé dans le Groupe de l’Infini, nous ne serions pas capables d’attirer les lecteurs qui les appréciaient. Ainsi, elle avait enrôlé une personne qui semblait très musclée la nuit pour tirer un deuxième album photo. En fait, c’est un peu dégoûtant de voir tous ces pectoraux rebondis. Je ne sais vraiment pas comment qui que ce soit peut aimer ce genre de corps… Hum, hum, je n’ai pas maté délibérément ! Je ne l’ai vraiment, mais vraiment pas fait !

Repensant à ces incidents, je me retournai et observai Western Wind la femme canon, en tentant à grand peine de retenir mon fou-rire.

« Beau gosse ! Pourquoi diable est-ce que tu te marres ? » Western Wind considéra mon expression étrange d’un air soupçonneux.

Je recomposai rapidement un visage normal. « P-Pour rien du tout, continuons l’entrainement ! »

Terminant ma phrase, j’ignorai l’expression confuse de Western Wind et me lançai vers un autre roi-serpent. Je me sentis nettement mieux. Eh bien, au moins ma situation est toujours un peu mieux que celle de Western Wind la femme canon.

Marchant derrière le serpent, je ressentis l’excitation monter en jaugeant son imposante silhouette. Je caressai gentiment mon Dao Noir. « Mon ami, ça fait longtemps que tu n’as pas gouté à du sang frais. Je suis désolé de t’avoir fait subir ça, alors maintenant profite du festin ! »

Avec un « shhh », je dégainai mon Dao Noir et eus soudainement une idée machiavélique. D’un pied, je marchai simplement sur la queue du roi-serpent, faisant en sorte de lui faire tirer la langue en grimaçant de douleur. Il se tourna avec la bouche grande ouverte. Quand il me vit, il plissa légèrement les yeux puis se jeta sur moi, dans l’intention de m’arracher la tête.

Je ris froidement et évitai l’attaque sans effort, en me dérobant par la gauche. Ensuite, j’eus un bref aperçu d’un bout de sa queue se balançant vers moi à pleine force. Pivotant sur mes orteils, je sautai sur sa queue et brandis fièrement mon Dao Noir vers sa tête. Avant que je n’eusse pu lui trancher la tête, le roi-serpent se tourna et se jeta à nouveau sur moi. D’un seul mouvement, je baissai la tête pour esquiver tout en me servant simultanément de mon Dao Noir pour scinder le roi-serpent en deux parties égales depuis sa gorge.

Finalement, je me retournai et lui coupai également la tête, rabattant mes paupières et laissant le sang chaud m’asperger la figure. J’ouvris les yeux, essuyai le sang de mon visage et soupirai. J’ai enfin pu combattre tout mon saoul encore une fois.

« Eh merde ! Mais, t’es malade ou quoi, gamin ? Pourquoi est-ce que tu te laisses être recouvert de sang ? » Western Wind fixa avec stupéfaction le sang qui me couvrait de la tête aux pieds.

Je remuai mon index et lui demandai avec espièglerie : « Tu te souviens de mon surnom ? »

« L’Elfe Sanguinaire… » répondit Western Wind automatiquement, puis il se gratta la tête. « Oh, c’est pour ça que tu es appelé l’elfe sanguinaire alors. Ainsi, le joli garçon a une sorte de passetemps pervers. »

« Qui est un pervers ? On appelle ça une soif de sang, et c’est cool, tu saisis ? » répliquai-je en me tordant la bouche.

Western Wind m’adressa un signe de la main universel : un poing fermé duquel ne dépassait que le doigt du milieu fièrement dressé. « Cool ? Si quiconque appelle ça cool, je me couperai la tête pour te faire une soupe, bon sang. »

« Ultra-cool… » Les mots retentirent en écho derrière nous.

Je fis volte-face pour m’apercevoir que l’équipe de cinq personnes était de retour. Les yeux de la joueuse continuaient de jaillir tels des cœurs, et les gars restaient debout, les poings serrés et les yeux remplis d’admiration et d’excitation. Tout ce qui leur restait à faire était de s’agenouiller et de crier : « Acclamez le roi ! »

Je soupirai intérieurement. Il semblerait que je ne vais pas pouvoir m’entrainer seul aujourd’hui. Tout en me désolant sur ce fait, je ne pus m’empêcher de murmurer à Western Wind : « Hé, va me faire cette soupe ! »

 

 

« Suzerain, comment avance l’entrainement ? » Juste au moment où nous arrivions à la Cité de l’Infini, nous vîmes Lolidragon et Kong Kong occupés à planter… des pièges à ce qu’il semblerait. Lolidragon était tellement exténuée qu’elle me salua brièvement de la tête. Mais, malgré son épuisement, Kong Kong s’approcha et me questionna joyeusement.

« Pas trop mal », lui répondis-je affairé, puis je continuai ma route, suivi de mon groupe de cinq admirateurs ainsi que de Western Wind qui était toujours en train de se demander s’il devait ou non tenir sa promesse de s’auto-décapiter pour me faire une soupe avec sa tête.

Kong Kong regarda les cinq personnes et cria : « Ce n’est pas tous les jours que vous avez la chance de vous entrainer avec notre seigneur. Est-ce que vous vous êtes rendus utiles ? Et l’un de vous a-t-il appris quelque chose après avoir observé notre seigneur en train de combattre ? »

« Évidemment ! Nous avons observé attentivement chaque mouvement de notre souverain ! » répondit rapidement le guerrier.

« Notre suzerain est si puissant ! Il mérite réellement le titre de roi invaincu ! » Les yeux passionnés et fiers de la femme mage ne cessaient de me scruter.

« Roi invaincu ? Ce surnom lui va comme un gant ! » Les yeux de Kong Kong brillaient, comme si cette phrase venait d’être utilisée pour le décrire lui-même. Il jubila de plaisir : « Je ne veux pas fanfaronner par rapport à notre seigneur, mais le jour où l’Elfe Sanguinaire sera vaincu va être le jour où de l’or pleuvra directement du ciel. »

Ils acquiescèrent tous les cinq aussitôt que ces mots eurent quitté sa bouche.

La voix de Lolidragon retentit sur le chat de messages privés « Roi invaincu ? Si les mots de Kong Kong étaient vrais, j’aurais eu le crâne écrasé par cet or depuis longtemps, et belle-sœur Yu Lian n’aurait plus de problème d’argent désormais. »

« Hé, au moins nous n’avons jamais subi de réelle défaite. On gagne toujours à la fin, non ? »

Lolidragon esquissa un sourire froid et s’enquit avec nonchalance : « De toute façon, qu’est-ce qui ne va pas ? J’ai remarqué que tu semblais un peu pâle quand tu es revenu. Est-ce que ces cinq joueurs étaient trop faibles ? Ou est-ce qu’ils étaient des boulets ? Tu veux que j’aille demander à White Bird de te sélectionner un autre groupe ? »

Affligé, je répondis en soupirant : « Ça n’a rien à voir avec leur force. C’est juste qu’ils m’admirent vraiment trop et que ça a tendance à me rendre inconfortable. »

« Ah, White Bird les a spécifiquement choisis pour t’aider parce qu’ils t’admirent profondément et ne sont pas si faibles. Tu crois que cette décision a eu l’effet inverse ? » me demanda Lolidragon, en retenant un rire.

« Oh, je t’en prie. Est-ce-que tu réalises qu’ils étaient à deux doigts de m’acheter de l’encens et des fruits pour élever un autel qui m’aurait été dédié ? » maugréai-je. Qui voudrait recevoir des offrandes comme s’il était l’empereur de Jade2 ?

« Je vois ce que tu veux dire. » Lolidragon et moi écoutâmes les cinq admirateurs en train d’entretenir une conversation passionnée avec Kong Kong à propos de mes « miracles », en nous demandant s’ils étaient réellement en train de parler de moi ou du seigneur Jésus Christ.

En fin de compte, Lolidragon déclara : « Bon, si tu n’aimes pas cette équipe, tu devrais en parler avec White Bird. »

« Ouais », lâchai-je en écoutant le groupe derrière moi décrire à quel point, dans un donjon en particulier, j’avais séparé la Mer Rouge3. Je pensai intérieurement, Je dois faire en sorte que White Bird change l’équipe pour moi.

« Monseigneur ! » White Bird se précipita sur moi à la seconde où j’arrivai au château. Elle n’attendit pas de réponse, et poursuivit rapidement mais respectueusement : « Monseigneur, il y a deux équipes d’aventuriers qui souhaiteraient nous rejoindre. Je vous prie d’aller rencontrer leurs chefs ! »

« Oh, d’accord », agréais-je avec un léger soupçon de déception. J’avais à l’origine prévu de prendre une pause au Restaurant de l’Infini.

« Monseigneur, allez d’abord voir Phoenix et récupérer votre nouvelle. » Sur ce, White Bird s’inclina et s’en alla Dieu seul sait où.

J’ignorais à quoi ressemblerait la cape de mes rêves, mais je réprimai mon excitation et m’empressai d’aller retrouver Phoenix.

« Phoenix ! » J’entrai en trombe dans le bureau en criant son nom.

Phoenix, qui travaillait dur avec la tête plongée dans le livre des comptes, se tourna et me regarda avec surprise. Puis, elle me questionna avec exubérance : « Est-ce que Prince aurait besoin de mes services ? »

Les yeux étincelants, je réclamai avec plein d’anticipation : « La cape ! Où est ma cape ? »

En entendant ce que je voulais, Phoenix lâcha un « oh » déçu, sortit un gros colis de son sac antique et me le confia. Même si l’expression de Phoenix semblait un peu déconfite, je ne me sentais pas trop concerné. J’attrapai le colis et commençai à le déchirer.

« Ouah ! » m’exclamai-je, surpris. Cette cape ne ressemble en rien à celle des super-héros auxquelles je songeais. À la place, cette épaisse cape de velours avec cette fourrure blanche est comme… comme le genre qu’un roi porterait le jour de son couronnement, le genre qui traîne quelques mètres derrière celui qui la porte !

« J’ai choisis le tissu ! » m’annonça Phoenix joyeusement.

« Oh… Mais, ce n’est pas un peu trop ? » parvins-je finalement à articuler après avoir pris une longue inspiration.

« Tu ne l’aimes pas ? » demanda Phoenix.

« Elle n’est pas si mal », admis-je dans un haussement d’épaule.

« Vraiment ? » Soudainement, l’esprit de Phoenix sembla sombrer à un tout autre niveau, et elle resta muette comme une tombe.

À cet instant, belle-sœur Yu Lian vint à ma rencontre et me s’enquit en souriant : « Alors, comment la trouves-tu ? »

« C’est… » J’hésitai. « Ce n’est pas un peu trop ostentatoire ? »

« Ça te donnera une allure royale ! » conclut belle-sœur Yu Lian, et ensuite elle ajouta avec une pointe d’exaspération : « Elle a été créée pour satisfaire les goûts de White Bird. J’aurais préféré employer un tissu plus modeste, tu sais, pour économiser de l’argent. Mais, ça devrait aller comme ça. Après tout, tu rencontreras un tas de personnes dans le futur, et tu devras assister à des cérémonies en tout genre en plus d’autres activités, alors c’est bien d’avoir une cape qui rehausse ta dignité. »

Des cérémonies ? Au moment où j’étais sur le point de poser ma question, White Bird surgit de nulle part avec un air paniqué sur le visage. Sans un mot, elle m’aida à enfiler la cape et me félicita respectueusement : « La cape vous va très bien, Monseigneur. À présent, venez tout de suite assister à la rencontre des chefs d’équipe dans le hall principal. »

« Oh », dis-je d’un air absent à White Bird, pendant que j’inspectais scrupuleusement chaque détail de la cape que je portais.

White Bird paniqua encore plus : « Je vous prie de vous dépêcher, Monseigneur. Ils attendent depuis un très long moment. »

« Très bien, allons-y. » J’haussai les épaules et me dirigeai vers le hall principal avec White Bird qui me suivait de près.

« S’il-vous-plaît, n’oubliez pas vos manières, Monseigneur. » White Bird scruta mon expression nonchalante avec inquiétude.

« Oui, je sais. » Je m’étirai paresseusement, fermai les yeux et inspirai longuement. En ouvrant les paupières, l’ombre d’un sourire s’afficha sur mon visage, mais mes yeux fixes étaient capables de geler quiconque m’approcherait à moins de trois pieds : ma fameuse posture d’elfe sanguinaire.

En débarquant dans le hall, j’aperçus un groupe d’à peine une dizaine de personnes en train de prendre le thé. J’analysai la foule avec un sourire calme, puis m’assis sur le trône.

Tous les regards étaient braqués sur moi, tandis que je sirotais avec flegme la tasse de thé que me servait White Bird. Puis, je regardai chacun des invités et commençai mon discours de bienvenue officiel. « Je suis le suzerain de la Cité de l’Infini, Prince. Au nom de la Cité de l’Infini, je vous souhaite à tous la bienvenue… »

Je n’avais même pas terminé qu’une personne intervint : « Attendez ! »

J’avais donné de nombreux discours de bienvenue, mais c’était la première fois qu’une personne osait m’interrompre. Je regardai avec curiosité la personne en question. C’était un gars d’apparence calme. Dans ses yeux, on pouvait clairement constater qu’il ne croyait pas du tout en ma force.

« Oui ? » répondis-je avec ce demi-sourire si caractéristique. Peut-être que cet accueil ne sera pas aussi ennuyeux que les précédents.

L’homme calme fit un signe de salutation de la main et commença un discours avec une attitude très imposante : « J’ai eu ouïe dire que Prince, le seigneur de la Cité de l’Infini que j’ai l’honneur de rencontrer aujourd’hui, est un homme légendaire, dont la force n’a aucun égal, et qui possède un nombre inestimable de serviteurs. De ce que je vois aujourd’hui, il est certain, par votre attitude, que vous n’êtes point une personne ordinaire. Mais, ce n’est pas suffisant pour que mes frères et moi rejoignions la Cité de l’Infini. Nous aimerions juger de votre force par nous-même. »

Je ne pus me retenir de lui lancer un regard empreint de suspicion. Hé, mon gars, tu es vraiment obligé de sortir ces inepties grandiloquentes ? Tu te crois dans une sorte de roman d’arts martiaux de la Chine antique ou quoi ? Ou, est-ce que tu es juste bloqué dans le mauvais livre ? Tu te prends pour un agneau égaré d’un des romans de Jin Yong4? Je pensais que seul White Bird s’exprimait comme ça. Mais, après avoir rencontré ce phénomène aujourd’hui, je réalise que la façon de parler de White Bird n’était rien comparée à la sienne.

« Monseigneur, répondez-lui ! » La voix paniquée de White Bird retentit sur le canal de messages privés.

Je souris et répondis franchement à cet imitateur de Jin Yong : « Et, que proposez-vous à la place ? Parlez directement, inutile de tourner autour du pot. »

« Bien. Comme je l’espérais, le suzerain de la Cité de l’Infini va droit au but. » Cet imitateur de Jin Yong leva son pouce et me regarda avec un air respectueux.

Il désigna un homme vêtu de noir et déclara avec un visage éclatant de fierté : « Il s’agit de notre meilleur combattant, Arctic Fox. »

J’observai Arctic Fox. Rien qu’en entendant son nom on pouvait supposer que c’était un homme glacial, et je ne fus pas déçu sur ce point. Il avait des cheveux noirs de jais assortis à ses yeux, des vêtements noirs… pour faire simple il était vêtu de noir de la tête aux pieds. Il affichait une expression qui voulait dire : « Énervez-moi, et je vous tuerai. Ne me gênez pas, et j’aurai quand même envie de vous tuer… » Inutile de se demander pourquoi il s’appelait Arctic Fox. Si mon regard pouvait être décrit comme capable de geler l’air à trois pieds de distance, le sien atteignait les huit pieds sans hésiter, et il me toisait de toute sa puissance.

« Si le suzerain ou l’un de ses hommes peut vaincre Arctic Fox, dans ce cas nous resterons à la Cité de l’Infini et nous vous jurerons fidélité à jamais. » Malgré sa déclaration, cet imitateur de Jin Yong affichait clairement sa confiance en la victoire d’Arctic Fox.

Sentant le poids du regard glacial d’Arctic Fox sur moi, j’éprouvai soudainement le besoin de le tabasser en bonne et due forme, aussi me levai-je avec rage, prêt à accepter le défi.

« Ne le défie pas ! » À cet instant-là, la voix de Nan Gong Zui retentit sur le canal de messages privés. Je levai les yeux pour m’apercevoir que Zui venait d’entrer et lui jetai un regard confus. Il expliqua sur le canal de messages privés : « Arctic Fox est le troisième meilleur joueur de Second Life, il se trouve au minimum au niveau 92. Il utilise l’une des trois armes légendaires, la Lame Sanglante. Je crains que tu ne sois probablement même pas une menace pour lui, Prince. »

Je m’esclaffai intérieurement en entendant ça…et me rassis promptement. Zut ! Où diable Kenshin était-il allé trainer ?

Zui était assez complaisant quand il disait que je ne serais probablement pas une menace pour lui. Je ne suis définitivement pas une menace pour lui ! J’ai au moins conscience de ça. Même si nous ne sommes pas certains de son niveau actuel, 16 niveaux d’écart c’est beaucoup trop important. De plus, affronter cet Arctic Fox avec son arme légendaire et son attitude de maniaque des combats, est-ce que j’ai réellement une chance de l’emporter ? Eh bien, non, pas à moins qu’il ne soit soudainement pris d’un sévère mal de ventre… mais, nous ne tombons pas malade dans le jeu, donc je ferais mieux d’arrêter d’espérer un miracle.

« Puisque vous avez sélectionné votre meilleur joueur, je suppose que je vais choisir le mien également ! » déclarai-je à l’imitateur de Jin Yong avec un air indifférent. Je le dis en sachant que j’avais déjà ordonné à Kenshin de venir, et qu’il était au château, probablement déjà en route.

Petite explication : les animaux de compagnie ne peuvent pas envoyer de messages privés, et seul leur maître peut leur parler sur de longues distances. J’avais prévenu tous les habitants de la Cité de l’Infini que Sunshine et Kenshin étaient mes gardes personnels et qu’ils n’écouteraient et n’obéiraient à personne d’autre. Jusqu’à présent, personne n’avait encore eu de soupçons. Même si certaines personnes avaient envoyé des messages privés à Kenshin, ils auront probablement pensé qu’il ne souhaitait simplement pas répondre.

« Meilleur joueur ? Je pensais que le suzerain était le meilleur joueur de la Cité de l’Infini », répliqua l’homme avec confusion.

Je souris à nouveau. « Vous me portez en trop haute estime. Il y a toujours plus fort que soi. De plus, j’ai été surchargé de travail et j’ai dû quelque peu négliger mon entrainement. Comment pourrais-je être le meilleur joueur ? »

Cet imitateur de Jin Yong ne sembla pas trop s’en préoccuper, probablement dû à la confiance qu’il plaçait en ce joueur qui se trouvait au rang numéro trois, Arctic Fox. Il annonça simplement : « Dans ce cas, que le meilleur joueur de la Cité de l’Infini s’avance ! »

J’entraperçus cette remarquable tête rousse du coin de l’œil et lançai avec un certain soulagement : « Kenshin, c’est toi qui combattras Arctic Fox. »

Tout le monde se tourna vers la porte, regardant Kenshin avec doutes. Comme Kenshin ne faisait jamais rien de plus que nécessaire, il attrapa simplement son katana de la main gauche et s’avança vers Arctic Fox. Ce dernier dut sentir que Kenshin allait être un adversaire puissant, et son regard s’alluma sous l’excitation.

C’est… la bataille des hommes sans émotion ! Je soupirai. Pourquoi tous les joueurs les plus forts sont-ils froids et impassibles ? Se pourrait-il que le fait de trop s’entrainer transforme le sang en glace ?

J’attendis tranquillement le début du combat du siècle. Pourquoi est-ce que j’étais si détendu ? Eh bien, c’est que je faisais confiance à Kenshin à 100%. Inutile de souligner qu’il était la récompense d’une quête cachée. Il faut simplement considérer le fait qu’il était le boss final de la Caverne du Démon. C’est impossible pour une personne seule de vaincre le boss final d’une quête. Avez-vous déjà vu une personne réussir ?

De plus, Arctic Fox n’était qu’au niveau 92… Bon, quelqu’un au niveau 76 comme moi n’était pas en position de dire « que » au niveau 92. Mais, contre le niveau 100 de Kenshin, un niveau 92 restait faible. Pour ne rien oublier, les compétences de Kenshin dépassaient celles d’un joueur normal de niveau 100 de toute façon. Je doutais que même un joueur au niveau 120 puisse le vaincre seul, et le niveau le plus haut atteint aujourd’hui n’était que de 95. En conclusion, si Kenshin était un joueur, il serait le meilleur joueur de Second Life.

Donc, de quoi est-ce que je devrais m’inquiéter ? Si je ne me souciais pas de mon image de suzerain, je serais déjà en train de manger du popcorn et de boire d’un soda en ce moment.

En bas de l’esplanade où se trouvait le trône, tout le monde avait déserté le terrain pour les laisser se battre. Aucun des deux n’avait lâché le moindre mot depuis le début, mais je pouvais clairement voir que le visage inexpressif d’Arctic Fox commençait à vaciller. Juste au moment où je pensais qu’Arctic Fox s’apprêtait à bouger, il le fit.

Arctic Fox s’élança vivement vers Kenshin avec une vitesse qui m’aurait laissé dans un nuage de poussière. En un battement de cœur, Arctic Fox se retrouva juste en face de Kenshin et donna un coup de son épée Lame Sanglante. Kenshin remua à peine. Il dégaina simplement à moitié son katana et bloqua l’attaque. Les réflexes d’Arctic Fox étaient remarquablement vifs ; quand les deux lames se heurtèrent, sa jambe partit balayer le bas du corps de Kenshin. Cependant, Kenshin n’était pas une cible facile. Il se baissa légèrement, et la jambe d’Arctic Fox rencontra son genou… je crois que le résultat d’un duel tibia/genou est évident pour tout le monde ! Et, même si vous l’ignorez, je vous déconseille de le tester par vous-même. Je ne prends aucune responsabilité en ce qui concerne les résultats.

Constatant que le visage inexpressif d’Arctic Fox avait légèrement frémi, je pouvais affirmer que ça avait dû faire un mal de chien ! Ignorant la douleur, Arctic Fox brandit rapidement son épée pour lancer une nouvelle attaque. Cependant, Kenshin avait déjà sorti son sabre, et j’arrivais seulement à écouter le tintement constant du métal contre le métal, ainsi qu’à apercevoir quelques éclats d’argent entre les deux adversaires.

« Hurlement du Loup ! » Arctic Fox projeta plusieurs vagues de pression en forme de croissant de lune vers Kenshin pour l’entailler. Il les suivit ensuite de très près, en se dirigeant tout droit vers Kenshin lui-même. Il n’y avait aucun moyen d’éviter cette attaque, et je me levai de mon trône sous l’effet de la surprise. Je voulais vraiment plonger là-bas pour sauver Kenshin.

Kenshin est un animal de compagnie, et les animaux peuvent revivre, mais s’il meurt et est ressuscité, est-ce qu’il va garder sa conscience de soi ? Même Lolidragon n’en est pas certaine. Je ne veux prendre aucun risque, et ne surtout pas mettre la conscience de soi de Kenshin en péril.

« Transpercement du Néant ! » Kenshin assena froidement son attaque. Avant que j’eusse pu voir ce qu’il se passait, il se tenait déjà derrière Arctic Fox et ses croissants du Hurlement du Loup. Après s’être figé un instant, Arctic Fox s’écroula involontairement, teintant le sol immaculé d’une large mare de sang. Cependant, il ne se mua pas en une colonne de lumière qui s’envolait. Il semblerait que Kenshin eût prudemment évité de l’achever.

Tout le monde, moi y compris, s’était figé, pas totalement certain de ce qu’il venait de se produire. Comment Kenshin avait-il exactement réussi à éviter Hurlement du Loup ? Et depuis quand Arctic Fox avait-il reçu des blessures aussi graves ? C’était impressionnant… J’avais un tas de questions, mais je n’étais pas assez stupide pour laisser Kenshin étaler ses secrets devant toutes ces personnes. Pourquoi laisserais-je qui que ce soit d’autre découvrir les capacités de mes animaux de compagnie et y trouver des faiblesses !?

Je me rassis lentement et décrétai calmement : « Le duel est terminé, les gars. Vous pouvez guérir Arctic Fox. »

L’expression calme de l’imitateur de Jin Yong changea drastiquement, et il hurla des insultes vicieuses à l’égard d’Arctic Fox. « Sale moins que rien ! Tu m’avais dit que tu ne perdrais contre personne sauf le meilleur joueur du classement appelé Undying Man ! Maintenant que tu as perdu contre un gamin inconnu, à quoi est-ce que tu peux bien me servir ?! »

Ce gars calme échangea son expression sereine contre une expression remplie de violence, et sortit son épée pour attaquer Arctic Fox qui était étendu sans défense à terre. J’étais tellement choqué que je n’arrivais pas à articuler quoi que ce soit. Je me contentai de regarder inutilement Arctic Fox qui était sur le point de se faire massacrer sous mes yeux.

« Envol du Dragon ! » Une vie se vaporisa sous le doux murmure de Kenshin. Le gars calme n’eut même pas la chance d’émettre un gémissement avant de se changer en pilier de lumière s’élevant dans le ciel.

J’étais en quelque sorte sous le choc. C’était la première fois que Kenshin intervenait sans recevoir d’ordre de ma part.

« Grand frère ! » Les camarades du défunt glapirent et fusillèrent farouchement Kenshin du regard. Suite au regard que Kenshin leur lança en retour, ils reculèrent effrayés et détournèrent les yeux.

L’un d’entre eux se retourna et me cria : « Suzerain de la Cité de l’Infini ! Que signifie tout ceci ? Nos équipes sont venues se joindre à la Cité de l’Infini et pourtant vous avez tué notre grand frère ! »

Je me moquai d’un ton glacial : « Si vous aviez réellement eu l’intention de vous joindre à la Cité de l’Infini, dans ce cas vous ne seriez pas allés dégoter le troisième meilleur joueur de Second Life, Arctic Fox, pour me défier. Il est clair que vous vouliez uniquement créer des problèmes ! »

Après avoir déclaré cela, les personnes qui me faisaient face devinrent pâles, mais elles tinrent bon. « C’est faux ! Nous voulions simplement savoir si la Cité de l’Infini nous convenait ! »

« Ça n’a aucun sens ! Hors de ma vue. Je vais vous pardonner pour aujourd’hui, mais si l’un d’entre vous ose revenir chercher nous des ennuis, la Cité de l’Infini se montrera sans merci envers vous. » répondis-je froidement, et je me tournai vers White Bird avec impatience. « White Bird ! Montre la sortie à nos invités ! »

« Oui, Monseigneur. » Après avoir acquiescé avec respect, elle se retourna vers l’équipe avec un air féroce : « Comment osez-vous venir à la Cité de l’Infini pour jouer vos sales tours. Gardes ! »

« Ici ! » Un groupe de gars portant des armures identiques envahit soudainement la place et répondit à l’unisson.

Je manquai presque de recracher mon thé. Depuis quand est-ce qu’on a des gardes ? Même moi, le suzerain, je l’ignorais. Je leur dirai « Wei Wu… »5 un peu plus tard.

« Le suzerain a donné l’ordre de raccompagner ces personnes à l’extérieur ! » cria White Bird en fixant glacialement les invités indésirables.

« À vos ordres ! » scandèrent les gardes encore une fois à l’unisson, puis ils commencèrent à exécuter l’ordre, dirigeant les invités hors du hall principal en faisant des moulinets avec leur dao. Les soi-disant invités réalisèrent que la situation tournait mal pour eux et se dépêchèrent donc de se retirer, non sans m’avoir auparavant accordé des regards ulcérés.

« Je suis vraiment désolée, Monseigneur. » White Bird se tourna soudainement vers moi et s’excusa, le visage rempli de remords. « J’aurais d’abord dû vérifier s’ils souhaitaient réellement rejoindre la Cité de l’Infini ou s’ils cherchaient uniquement des ennuis. Je m’excuse de vous avoir obligé à vous en occuper vous-même. »

« Pas de soucis », lui répliquai-je, en me sentant peu concerné. Mes yeux étaient rivés sur la scène qui se déroulait un peu plus bas. Kenshin et Arctic Fox se scrutaient froidement. N’importe qui, en voyant ça, penserait certainement qu’ils souhaitaient s’entre-tuer. Mais d’après mon expérience avec les expressions de Kenshin, la conversation silencieuse donnait à peu près ceci :

« Ça va ? » Premier regard de Kenshin.

« Ça va. » Réponse du visage d’Arctic Fox.

« De l’aide ? » Deuxième regard de Kenshin qui soulevait légèrement un sourcil.

« Non. » Arctic Fox baissa les yeux et commença à boire une potion rouge.

Arctic Fox se leva doucement. Même si la potion rouge ne l’avait pas complètement guéri, c’était suffisant pour qu’il puisse à nouveau bouger. Il me jeta d’abord un coup d’œil, puis à Kenshin. Ça voulait probablement dire : « Je peux partir ? »

Kenshin leva les yeux vers moi, attendant mes ordres. J’arquai les sourcils en signe de refus, et Kenshin fronça légèrement les siens. Il regarda à nouveau Arctic Fox avant de lui répondre « non » du regard.

Arctic Fox ne sembla guère surpris. Il me fixa directement avec l’air de dire : « Tuez-moi, torturez-moi, faites ce que vous voulez. » Cette tête m’énerva, je lui parlai donc d’une voix inamicale : « Tu as débarqué ici en cherchant des ennuis. Alors, dis-moi, que devrais-je faire de toi ? »

« Comme vous voulez. » Le ton indifférent d’Arctic Fox me fit penser qu’on parlait du destin d’un tiers.

En observant son expression apathique, je pensai, Il ne cillerait probablement pas si je le faisais fouetter ou même si je le tuais. Donc, à quoi bon le punir ? Je préfèrerais aller battre Gui. Au moins, lui, il hurlerait pour me faire plaisir.

« Eh bien, oublie ça, puisque tu as été abandonné par le chef de ton équipe », dis-je nonchalamment.

Arctic Fox ricana : « Je n’appartiens à aucune équipe. »

Entendre ça attisa ma curiosité : « Alors, pourquoi es-tu venu aujourd’hui ? »

« Pour défier le plus fort ! » Les yeux d’Arctic Fox s’animèrent d’une lumière guerrière.

Mmh ? Intéressant. Je fomentai immédiatement un plan pour faire en sorte qu’Arctic Fox reste. Pourquoi je l’autoriserais à rester ? Eh bien, si je disposais d’un autre joueur puissant que je pouvais envoyer combattre, je n’aurais pas besoin de me reposer autant sur Kenshin.

« Rejoins la Cité de l’Infini ! » Je sautai les formalités pour aller droit au but.

« Non ! » Arctic Fox me donna également une réponse claire et nette.

Je révélai un discret sourire sournois. « Joins-toi à moi. Après ça, je te promets que tu pourras défier Kenshin autant de fois que tu le souhaiteras. »

En entendant ça, les yeux d’Arctic Fox hésitèrent. Quand même, le regard que me jette Kenshin à l’instant est un peu trop sévère.

Je jouai ma carte ultime. « Ou peut-être que tu es effrayé à l’idée de le défier une nouvelle fois ? Bon, je peux le comprendre. Kenshin est si fort qu’il semble à peine humain. Ce n’est pas surprenant que tu sois apeuré. »

« N’importe quoi ! » Arctic Fox plissa dangereusement les yeux.

Je ris malicieusement. Ce stratagème n’échoue jamais, que ce soit belle-sœur Yu Lian qui l’utilise contre Western Wind ou moi-même pour tromper Arctic Fox.

L’expression d’Arctic Fox devint soudainement affreuse : « Je n’obéis à aucun ordre. »

« Dans ce cas, tu peux avoir le même rôle que Kenshin et devenir mon garde personnel. Tu n’auras à écouter personne, à l’exception de moi. Et, à part quand je t’appellerais pour relever les défis d’adversaires puissants, je ne donne généralement aucun ordre », lui assurai-je doucement avec le sourire.

« Hum… » Arctic Fox hésita, mais, quand il se tourna pour contempler Kenshin, le regard qu’il exprimait était celui qu’on adressait à un être aimé. Il examina Kenshin de la tête aux pieds, puis des pieds à la tête. Par la suite, l’agrément sur son visage remplaça le désaccord.

Je ne ressentis pas le besoin d’attendre la réponse et continuai : « D’accord, le marché est conclu dans ce cas. Quand, je n’ai aucun ordre à te donner, tu peux suivre Kenshin, ou il peut te suivre. Tous les deux, vous pouvez aller où bon vous semble, mais je vous demanderais simplement de ne pas quitter le Continent Central. »

Avant de quitter la pièce, je ne résistai pas à la tentation de jeter un bref regard à Kenshin. Je fus certain à 100% qu’il souhaitait m’envoyer à la Caverne du Démon en tant que fantôme !

Notes de bas de page

1 Déesse de la mer : Māzǔ (媽祖) est la déesse de la mer qui veille sur les marins et les pêcheurs. Comme Taiwan est une île, les ancêtres des Taiwanais devaient se reposer sur les bienfaits de la mer pour se sustenter et obtenir des richesses, c’est pourquoi 媽祖 est très vénérée là-bas. Pour plus d’informations (en anglais) : http://en.wikipedia.org/wiki/Mazu_%28goddess%29

2 Empereur de Jade : Au sein de la culture Taoïste populaire, l’empereur de Jade est l’un des dieux suprêmes, régnant sur les cieux ainsi que sur tous les royaumes inférieurs, incluant celui des hommes et de l’Enfer. Pour plus d’informations (en anglais) : http://en.wikipedia.org/wiki/Jade_Emperor

3 Séparé la mer rouge : Il s’agit d’une référence biblique. Moïse divisa la mer rouge lorsqu’il guida le peuple d’Israël hors de l’esclavage égyptien. Il y a un manque de clarté. Est-ce censé être un fait totalement différent de la référence à Jésus Christ (qui avait accompli de nombreux miracles, mais pas celui-ci) ou est-ce une méconnaissance des traditions chrétiennes de l’auteure Yu Wo ?

4 Jin Yong : Comme il a été mentionné dans l’un des chapitres précédents, Jin Yong est un auteur chinois de roman wuxia très célèbre. Lolidragon était à l’origine un des personnages de son roman Le retour des héros condor. Pour plus d’informations (en anglais) : http://en.wikipedia.org/wiki/Jin_Yong

5 Wei Wu : La phrase 威武 (wēi wǔ) signifie littéralement « formidable / prestige militaire ». C’est à l’origine une citation du philosophe chinois Mencius, « le prestige militaire ne peut être influencé » (威武不能屈), et qui a été adoptée comme réplique d’ouverture standard dans les cours de justice chinois.

1/2 Prince T4Extra : Le Soleil Devrait Briller dans le Ciel Bleu

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Tome 4 : Les Musiciens Ambulants de la Cité de l’Infini

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Extra Chapter : The Sun Should Shine in the Fair Sky – traduit du chinois vers l’anglais par [PR !]
Chapitre Extra : Le Soleil devrait Briller dans le Ciel Bleu1 – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

« Arrête de m’emmerder. Je vais définitivement être le porte-parole, que tu décides de jouer pour le groupe ou non ne tient qu’à toi ! » répliqua Prince avec colère.

Même après qu’elle se fût enfuie, elle pouvait encore visualiser parfaitement le visage impatient de Prince lorsqu’il l’avait réprimandée.

« Prince a vraiment dépassé les bornes cette fois. Je l’aime tellement, mais comment peut-il se comporter comme un tel Don Juan ? Et, il accepte même autant les hommes que les femmes ! » Fairsky jura tout en pleurant. Les mots pleins d’impact que Prince avait employés l’avaient vraiment blessée.

« Je me suis enfuie il y a si longtemps… Pourquoi personne n’est-il venu à ma recherche après tout ce temps ? » se demanda Fairsky en regardant par-dessus son épaule, alors qu’elle courait. Ne me dites pas qu’ils ne veulent vraiment plus de moi ? C’est mauvais ! Fairsky se mit à courir dans le sens inverse avec anxiété.

Bam ! Elle rentra de plein fouet dans quelqu’un, comme elle passait au détour d’un coin.

« Hé ! On ne t’a jamais appris qu’il fallait garder les yeux ouverts et regarder autour de soi quand on marche ? » protesta Fairsky avec colère, en massant son front rougi et douloureusement gonflé.

« Fairsky, c’est moi, Sunshine », annonça l’homme avec lequel elle était entrée en collision. Comme Sunshine était un mage de constitution fragile, il avait reçu de bien plus grands dégâts que Fairsky, et était dans un état d’étourdissement. Sans la voix forte et familière de Fairsky, il n’aurait même pas réalisé que c’était elle qu’il venait de percuter.

Fairsky se rendit enfin compte que la personne mourante, allongée sur le sol, était l’un de ses propres coéquipiers.

« Sunshine ? Que fais-tu ici ? » s’enquit Fairsky.

« Je te cherchais », répondit Sunshine, alors qu’il se remettait lentement sur ses pieds.

« Alors, il n’y a que toi qui soit venu me trouver… Je n’ai pas envie de rentrer », déclara Fairsky, en adoptant un comportement enfantin et en refusant de se lever. Quand elle pensa à quel point les autres ne se préoccupaient pas d’elle, son cœur se remplit de ressentiment, et ses yeux devinrent humides.

« Nous sommes vraiment en retard pour le début du concert, alors tout le monde a dû monter sur scène malgré tout », expliqua gentiment Sunshine.

« Je m’en fiche. Je n’y retournerai pas. Personne ne m’aime de toute façon. » Alors que Fairsky parlait, des larmes se mirent à couler de ses yeux. C’est vrai ; Prince m’a toujours dépréciée parce que je ne suis pas raisonnable, alors que Phoenix, Wicked et Gui sont mes rivaux en amour.

« Il y a des gens qui t’aiment. Comme moi ; je t’aime beaucoup », affirma Sunshine en souriant. Il avait toujours pensé que cette fille qui aimait crier et annoncer clairement ses opinions de façon bruyante était intéressante. Elle dit toujours ce qu’elle pense et exprime ses émotions avec honnêteté, pas comme les autres qui pensent une chose et en disent une autre. Ce genre de personne me donne vraiment la migraine.

En entendant une réponse aussi directe de la part de Sunshine, même une fille aussi franche que Fairsky ne put s’empêcher de rougir, et elle s’exclama : « Tu mens ! Je ne suis pas du tout féminine. Je ne sais pas quand m’arrêter lorsque je parle, je ne suis pas aussi belle que Lolidragon ou Phoenix, et je suis toujours déraisonnable… ! » Alors qu’elle énumérait tous ses défauts, Fairsky réalisa qu’elle en avait vraiment beaucoup et éclata en sanglot. Pas étonnant que personne ne m’aime. Mais, s’ils veulent que je sois gentille comme Phoenix ou charmante et belle comme Lolidragon, je ne peux pas non plus faire ça. C’est vraiment mon destin de ne jamais avoir de place dans le cœur de Prince ?

Sunshine ne put se retenir de rire, tandis qu’il contemplait Fairsky qui l’ignorait et s’enfonçait toute seule dans la dépression. Elle est vraiment mignonne, songea-t-il.

« Mais, tu es honnête, et différente des autres qui dissimulent toujours leurs véritables sentiments », déclara-t-il.

« Vraiment… ? » le questionna Fairsky, pleine de doute, à voix basse. « Mais, tous les autres me disent toujours que, en agissant ainsi, je suis déraisonnable. »

« Tu es déraisonnable. Si tu ne l’étais pas, tu ne serais pas toi », répliqua Sunshine avec un sourire.

« Quoi ? Je ne suis pas déraisonnable ! » Le tempérament fougueux de Fairsky se raviva.

« Eh bien, quoi ? C’est vrai. Si Wicked n’était pas toujours sérieux, il ne serait pas Wicked. Si Gui arrêtait d’être étrange, il ne serait plus Gui non plus. Qui plus est, il y a Kenshin. » Sunshine rigola. « Si un jour Kenshin devenait soudainement un moulin à parole, je penserais probablement qu’il est devenu fou. » Sunshine poursuivit avec gentillesse : « C’est pourquoi ton honnêteté est la partie la plus attirante chez toi, Fairsky. Ne te force pas à devenir gentille, parce que tu perdrais ton éclat si tu faisais ça. »

« Vraiment ? » En entendant Sunshine parler d’elle ainsi, Fairsky rougit d’une façon qui ne lui ressemblait pas.

« Oui ! » Sunshine hocha la tête avec conviction.

Fairsky se leva en faisant la moue et dit à contrecœur : « Ok alors, retournons là-bas. »

« OK. » Sunshine sourit de nouveau tout en sortant son tapis volant, se préparant pour « l’opération de sauvetage » dont le groupe aurait besoin. S’ils étaient en retard, ces quatre personnes pourraient même se faire arracher tous leurs vêtements, comme la dernière fois quand Prince avait presque connu un destin aussi funeste.

« Tu es une personne tellement étrange, à toujours sourire ainsi. Qu’est-ce qui est si amusant ? »  Fairsky continua de lui faire des réflexions, même alors qu’elle montait sur le tapis volant.

Sunshine répondit avec un éclat de rire : « Puisqu’il n’y a pas de raison d’être triste, bien sûr que je vais sourire. »

« Quelle personne étrange », murmura Fairsky, et pourtant elle appréciait beaucoup le sourire de Sunshine.

 

 

Fairsky s’était préparée à se promener dans la ville afin de trouver un immeuble adéquat pour construire la librairie. Mais, Prince, étant un glouton, n’allait jamais abandonner sa nourriture pour l’accompagner dans son exploration de la ville. Fairsky se plaignit silencieusement à elle-même : Je me demande pourquoi Prince aime tant manger…

« Gui m’a demandé de chercher un bâtiment par moi-même. Hmph, comme si personne ne savait qu’il voulait juste rester un moment de plus aux côtés de Prince. » Fairsky bouda, se préparant à contrecœur à chercher toute seule un emplacement.

En entendant les murmures boudeurs de Fairsky, Sunshine rigola et dit : « Pourquoi ne t’accompagnerais-je pas ? »

Aux mots de Sunshine, les yeux plaintifs de Fairsky devinrent immédiatement suppliants : « Vraiment ? Tu veux bien venir avec moi ? » demanda-t-elle.

« Bien sûr que je veux bien. Kenshin, tu veux venir aussi ? » Après que Sunshine eut répondu à la question de Fairsky, il se tourna pour regarder Kenshin qui était froid et silencieux comme d’ordinaire.

Kenshin secoua la tête. « Non. »

« Vraiment ? Dans ce cas, allons-y, Fairsky. » Sunshine regarda Fairsky avec un sourire, tandis que le cœur de cette dernière se mettait soudain à battre plus vite sans aucune raison apparente.

« Sunshine, à ton avis, quel serait le meilleur endroit pour construire une librairie ? » s’enquit Fairsky en serrant joyeusement le bras de Sunshine. « Est-ce qu’on devrait construire la librairie quelque part dans un endroit reculé, pour viser une atmosphère tranquille, ou alors dans le centre-ville où il y a beaucoup de passage ? »

« Ne pouvons-nous pas en construire aux deux endroits ? » la questionna Sunshine, perplexe.

« En construire aux deux endroits ? » répéta Fairsky, pendant que son cerveau qui avait un don inné pour les affaires se mettait à tourner à toute allure. Il a raison. Les deux librairies ciblent des personnes différentes. Nous pouvons construire une librairie ordinaire dans la zone du centre-ville en premier, puis, quand elle sera devenue populaire, nous allons pouvoir construire une autre librairie combinée à un café dans un endroit calme.

« Sunshine, tu es trop intelligent. » Après avoir choisi les emplacements, Fairsky était si heureuse qu’elle oublia toute restreinte en enlaçant et en embrassant Sunshine.

« Ah bon ? » Sunshine était complètement confus, mais il toucha quand même sa joue qui venait d’être embrassée tout en souriant bêtement.

« Franchement, chaque jour qui passe, la Cité de l’Infini devient de plus en plus animée. Elle aura assurément du succès », commenta Fairsky, alors qu’elle regardait joyeusement les gens autour d’elle marchant dans les rues qu’elle avait créées ensemble avec Gui, louant la beauté de la Cité de l’Infini. Elle se sentait touchée que ces temps paisibles fussent enfin arrivés après toutes les difficultés qu’elle avait dû traverser.

« Allons nous promener près de la place publique ! » suggéra Fairsky. La fontaine sur la place publique est très belle. Quand j’ai vu le design préparé par Gui, je me suis jurée que je m’y rendrais définitivement pour y jeter un coup d’œil quand sa construction serait terminée. Même si Gui est un type bizarre, qu’il est homo, et qu’il essaie effrontément de se battre avec moi pour Prince… son talent est réel.  

« Bien sûr, j’ai aussi envie d’aller y jeter un coup d’œil », répondit Sunshine.

« Wow ! Il y a tellement de personnes ici ! » Fairsky hoqueta de surprise à la vue de la mer de gens

« Évidemment. Cet endroit est après tout l’une des attractions touristiques les plus connues de la Cité de l’Infini. C’est La Fontaine des Vœux d’Amour », déclara soudainement Passant A qui était à côté d’eux.

« La Fontaine des Vœux d’Amour ? » Fairsky et Sunshine étaient tous les deux stupéfaits. Depuis quand cette fontaine portait-elle ce nom ?

« Oui. La rumeur raconte que, si un couple jette des pièces dans la fontaine et que la fontaine lance un jet d’eau, il leur sera accordé un amour éternel. C’est pourquoi tout le monde fait la queue pour jeter des pièces », expliqua Passant A.

« Une telle chose existe vraiment ? » demanda Fairsky, perplexe.

« Cette rumeur a été répandue par Yu Lian », se souvint Sunshine. Il murmura gentiment à l’oreille de Fairsky : « Elle a dit que c’était une bonne façon de gagner de l’argent, parce que les gens amoureux ont toujours un QI plus bas. »

« Oh, je vois. Mais, maintenant je n’arrive pas à voir à quoi ressemble la fontaine », dit Fairsky tout en essayant vigoureusement d’apercevoir la fontaine depuis l’endroit où elle se tenait. « Puisque nous n’avons pas d’autres choses importantes à faire, pourquoi ne ferions-nous pas la queue pour regarder la fontaine nous aussi ? » suggéra Fairsky.

« Certainement. » Sunshine accepta avec plaisir. Il avait toujours aimé rester dans les endroits où les gens se rassemblaient, pour les observer.

Après avoir attendu pendant un très long moment — jusqu’à ce que le ciel fût devenu noir et que la lumière des étoiles se fût mise à illuminer la terre — Fairsky et Sunshine aperçurent enfin la fontaine. Malgré l’heure tardive, ils avaient en fait de la chance, parce que la véritable beauté de la fontaine pouvait uniquement être révélée la nuit.

« C’est si beau ! » ne put s’empêcher de s’exclamer Fairsky, alors qu’elle avait enfin réalisé son souhait de se tenir devant la fontaine. La fontaine elle-même avait la forme d’un croissant de lune et était faite d’un matériau complètement transparent contenant une poudre argentée et scintillante encastrée. La poudre argentée et scintillante ressemblait à des étoiles cachées à l’intérieur de la fontaine, clignotant pour les gens qui passaient devant. Au-delà du sommet de la colonne d’eau centrale resplendissait doucement un soleil jaune baignant la place publique de sa douce et tendre lumière, donnant à l’endroit une atmosphère romantique. Ce n’était pas étonnant que le QI des couples amoureux eût diminué quand ils venaient ici.

« Jetons des pièces nous aussi. » Voyant les autres couples faire ça, Sunshine ne put s’empêcher de vouloir lancer quelques pièces à son tour.

« Très bien. L’argent va revenir à la Cité de l’Infini de toute façon », approuva Fairsky en échouant à réprimer son rire. Même si nous ne jetons pas de pièces, elles nous seront de toute façon dérobées par Yu Lian un jour.

« On devrait en lancer une ensemble. Tout le monde le fait de cette façon », remarqua Sunshine tout en prenant les mains de Fairsky et en plaçant une pièce au milieu de leurs paumes mises en coupe. Il ne remarqua pas le visage rougissant de Fairsky, alors qu’il s’exécutait. D’un autre côté, même s’il l’avait remarqué, il n’aurait probablement pas compris ce qu’il se passait de toute manière.

« Vole ! » crièrent-ils à l’unisson.

Lorsque la pièce toucha la surface de l’eau, une colonne d’eau se dressa de manière imprévue, et la charmante danse de l’eau fut activée. Alors que les gracieux jets d’eau dansaient dans la fontaine, les personnes dans les alentours leurs jetèrent des regards de bénédiction ou d’envie. Fairsky et Sunshine se regardèrent avec impuissance, l’un et l’autre, avec le visage écarlate et une expression embarrassée.

Tout cela était une coïncidence, n’est-ce pas ?

« Sunshine, que ferais-tu si tu aimais énormément une personne, mais que cette personne ne t’aimait pas ? » demanda Fairsky tout en léchant le Tanghulu2 qu’elle venait tout juste d’acheter. Sunshine mangeait joyeusement une glace à ses côtés.

Après y avoir réfléchi, Sunshine répondit : « Je n’ai jamais aimé une personne auparavant, donc je ne sais pas ce que je ferais. »

« Tu n’es jamais tombé amoureux avant ? » s’enquit Fairsky, stupéfaite. Impossible ! Sunshine, qui a l’air d’avoir dans la vingtaine, n’a jamais aimé personne auparavant ?

« Je ne pense pas. Quel genre d’émotion est la sensation de tomber amoureux ? » questionna Sunshine, avec perplexité. Il n’y pouvait rien. Après tout, cela ne faisait que six mois qu’il avait développé sa propre conscience de soi. Qui plus est, il n’était jamais sorti hors de la Caverne du Démon jusqu’à il y a deux mois. Il n’aurait pas pu comprendre ce qu’était l’amour en une si courte période.

Cependant, Fairsky était étonnée elle aussi. Qu’est-ce que l’amour ? Elle répondit avec une légère hésitation : « Si tu aimes beaucoup quelqu’un, tu penses tout le temps à cette personne, tu veux rester à ses côtés. Et, quand c’est le cas, tu es très heureux… »

« Je vois. Donc, Fairsky, tu dois beaucoup aimer rester avec Prince ? Quand tu es avec Prince, tu es très heureuse ? » demanda Sunshine à Fairsky en retour.

Fairsky en resta totalement stupéfaite. Est-ce que je suis vraiment heureuse ? Quand elle y repensait, elle avait l’impression qu’elle était toujours en colère contre l’attitude de Prince envers elle, et en plus elle devait être la rivale de Phoenix avec laquelle elle s’entendait vraiment bien. Il semblerait… qu’elle ne fût pas du tout heureuse ?

« Fairsky ? » l’appela Sunshine, et la regardant avec incertitude après ne pas avoir entendu sa réponse pendant un long moment. Contre toute attente, il découvrit que des larmes coulaient le long des joues de Fairsky. Il ne put s’empêcher de tendre la main et d’essuyer les larmes sur son visage, en lui demandant : « Qu’est-ce qu’il y a ? Pourquoi pleures-tu ? »

« Je… je viens soudainement de réaliser que, quand je suis avec Prince, je ne suis pas du tout heureuse », répliqua Fairsky, d’une voix choquée.

« Dans ce cas, est-ce que ce ne serait pas mieux si tu ne restais pas avec Prince ? » lui demanda Sunshine, légèrement perplexe quant à pourquoi elle continuait de faire quelque chose qui ne la rendait pas heureuse.

« Mais… mais… » Fairsky était réticente. J’ai poursuivi Prince pendant si longtemps. Si j’abandonne maintenant, ce serait un tel gâchis.

« De plus, Fairsky, tu ne ris jamais quand tu es aux côtés de Prince ! Je pense que tu es plus jolie quand tu ris ! » ajouta Sunshine avec un brillant sourire. « Exactement comme ça. »

« Vraiment ? Je suis plus belle comme ça ? » s’enquit Fairsky tout en se mettant à sourire sans s’en rendre compte.

« Oui », assura Sunshine avec conviction.

Fairsky continua à sourire et déclara, un peu touchée : « Sunshine, je suis toujours très heureuse quand je suis avec toi ! Es-tu heureux, toi aussi, quand nous sortons ensemble tous les deux ? »

« Je suis très heureux », répondit Sunshine sans même hésiter, puis il sembla abruptement se rendre compte de quelque chose. « Oh ! J’aime beaucoup rester avec toi, Fairsky, et j’attends toujours avec impatience notre prochain rendez-vous. Dans ce cas, est-ce que ça veut dire que je suis amoureux de toi ? »

« Qu’est-ce que tu racontes !? » s’exclama Fairsky avec un visage rouge comme une pivoine. Sunshine dit toujours tout ce qu’il veut sans prendre le temps de considérer les choses avant ! Il a encore plus de cran que moi !

« Ce n’est pas de l’amour ? » encaissa Sunshine, légèrement déçu, puisqu’il pensait avoir enfin compris ce qu’était l’amour.

Ils marchèrent tous les deux en silence pendant quelque temps, jusqu’à ce que Fairsky n’y tienne plus et demande : « Est-ce que tu aimes vraiment beaucoup être avec moi ? »

« J’aime beaucoup ça », dit Sunshine, en hochant la tête fermement.

Quand elle vit que Sunshine avait répondu à sa question sans même vaciller un seul instant, Fairsky rougit tellement que même ses oreilles devinrent écarlates. Elle demanda d’une voix tremblante : « D-dans ce cas, y a-t-il d’autres personnes que tu aimes plus que moi ? »

Sunshine réfléchit intensément et répondit : « J’aime beaucoup Prince aussi, comme c’est quelqu’un avec qui c’est facile de s’entendre … »

Il aime Prince ? Il est gay, lui aussi ? Le cœur de Fairsky se mit à sombrer…

« Mais, je préfère davantage être avec Fairsky, parce que c’est plus facile de deviner ce à quoi tu penses qu’avec Prince, puisque tu exprimes tout sur ton visage », expliqua Sunshine avec un sourire. Ahahah, l’expression constamment changeante de Fairsky me donne toujours envie de rire.

« Je ne fais pas ça ! » nia complètement Fairsky. Je n’exprime absolument pas toutes mes émotions sur mon visage.

« Tu ne le fais pas ? » Sunshine ne put se retenir de rigoler tout haut. Alors, qui est cette personne qui est en train de bouder en ce moment ?

« Idiot, bien sûr que non », répondit Fairsky. Elle était tellement embarrassée qu’elle se mit en colère et frappa le dos de Sunshine avec force.

« Aie, ça fait mal ! Ne me frappe pas ; je ne faisais que dire la vérité », se défendit Sunshine, en riant bruyamment alors qu’il évitait les gifles mortelles de Fairsky.

Tandis qu’elle regardait Sunshine protéger son dos avec ses deux mains tout en reculant et en la surveillant avec prudence, Fairsky ne put s’empêcher de le pourchasser en criant : « Ne cours pas, laisse-moi te frapper ! »

« Je t’ai attrapé ! » Fairsky s’élança sans merci sur Sunshine, comme si elle était un tigre affamé bondissant sur un agneau, faisant tomber Sunshine sur le sol.

En contemplant le sourire lumineux de Sunshine, Fairsky ne put se retenir de sourire elle aussi. Elle cacha son visage en l’enfonçant dans le torse de Sunshine et répéta fermement : « Je t’ai attrapé. »

« Moi aussi, je t’ai attrapée », dit Sunshine, tout en enlaçant Fairsky en retour et en caressant ses cheveux joyeusement.

Notes de bas de page

1 Le Soleil Devrait Briller dans le Ciel Bleu : Ce titre vient d’un jeu de mots chinois avec le nom de Fairsky et de Sunshine. Malheureusement, ce jeu de mots se perd dans la traduction française. On le retrouve dans la version anglaise « The Sun Should Shine in the Fair Sky ». Le titre français est une traduction littérale. « Sun shine » veut dire « soleil brillant », et « fair sky » veut dire « ciel bleu/clair ».

2 Tanghulu : Une friandise hivernale traditionnelle. Pour plus d’informations (en anglais) vous pouvez consulter le lien suivant http://en.wikipedia.org/wiki/Tanghulu

1/2 Prince T4C11 : La Grande Mise à Jour

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Tome 4 : Les Musiciens Ambulants de la Cité de l’Infini

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 11: The Great Patch – traduit du chinois à l’anglais par Starie[PR!]
Chapitre 11 : La Grande Mise à Jour – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

Après que j’eus traîné urgemment Fairsky, Sunshine, Jing, et Yun dans la salle, je posai mes mains sur les épaules de Fairsky et décrétai de façon solennelle : « Fairsky, tu ne peux pas aimer Sunshine. » J’ignorai Jing et Yun pour l’instant, alors qu’ils se tenaient sur le côté. En entendant mes paroles, ils furent si surpris que leurs yeux avaient l’air d’être sur le point de sortir de leurs orbites.

Fairsky ouvrit la bouche et ensuite la ferma à nouveau, avant d’enfin parvenir à cracher un seul mot : « Pourquoi ? »

Je fronçai des sourcils fermement, en regardant Sunshine et en me demandant si je devais révéler le fait qu’il était un NPC ou pas. En réponse, Sunshine fronça les sourcils de la même façon.

« Permets-moi d’expliquer, Prince », demanda Sunshine d’une voix douloureuse.

« Dans ce cas, dis-moi, pourquoi est-ce que je ne peux pas t’aimer ? » s’enquit Fairsky d’une voix tremblante. « Je refuse de croire… Je refuse définitivement de croire que tu n’éprouves pas de sentiments pour moi. Après tout, nous nous entendons très bien depuis ces derniers jours, pas vrai ? »

Ils s’entendent très bien ? Quand est-ce que c’est arrivé ? Pensai-je, en fronçant des sourcils.

« Pas étonnant que les chances de voir Fairsky aux côtés de Grand Frère aient été basses ces derniers temps. Elle était en fait en train de tomber amoureuse de quelqu’un d’autre », murmura Yun pour lui-même, avant que les deux « filles », Jing et moi, lui couvrissent rapidement la bouche.

« Mais, je ne sais pas comment t’aimer. C’est impossible pour moi de t’aimer, je… » Sunshine n’avait même pas terminé sa phrase quand il fut embrassé de force par Fairsky. Il fut si choqué que ses bras s’agitèrent frénétiquement, essayant de toutes ses forces de repousser Fairsky. Mais, la cruauté du jeu s’appliquait ici : la force d’un mage ne pouvait pas se comparer à celle d’une voleuse.

Pendant ce temps, nous, les trois intrus, fixions avec la bouche grande ouverte Sunshine qui se faisait embrasser de force sans éprouver la moindre culpabilité. Puis, la scène qui apparaissait souvent dans les romans d’amour se déroula simplement devant nos yeux : La personne qui se faisait embrasser par la force (normalement la protagoniste, mais dans notre situation il s’agissait du contraire) commençait par lutter pendant un long moment, mais quand elle découvrait qu’elle ne pouvait pas s’échapper, elle permettait avec impuissance de se faire embrasser, jusqu’à ce qu’elle commence fermement à serrer dans ses bras la personne qui l’embrassait par la force… Maintenant, Jing, Yun et moi observions de façon hébétée Sunshine et Fairsky s’embrasser et se serrer dans les bras l’un et l’autre, ayant tous les deux l’air profondément intoxiqués.

« Un amour si profond, comme c’est émouvant ! » Jing sortit un mouchoir et commença de façon questionnable à essuyer de véritables larmes du coin de ses yeux.

Yun me tapota l’épaule, fit un clin d’œil et dit : « Grand frère, ce n’est pas comme si tu as besoin de Fairsky, alors pourquoi ne la donnes-tu pas à Sunshine ? »

« Pas besoin, mon œil. Ce n’est pas ça le problème : le problème c’est que Sunshine n’est même pas humain ! » hurlai-je très fort. Mes deux meilleurs amis n’avaient même pas compris les circonstances !

Comme je finissais de hurler, je remarquai que Jing et Yun regardaient directement derrière moi en arborant des expressions de malaise excessif. Je me retournai et vis que Fairsky avait enfin mis fin à cette longue séance de baiser pendant que je parlais et se tenait à présent debout derrière moi, visiblement en train de fulminer.

*CLAQUE* Je fus frappé au visage avec une si grande force que je faillis me briser le cou.

« Je t’ai mal jugé, Prince. Même si je ne t’aime plus, tu ne devrais pas insulter Sunshine et dire qu’il n’est pas humain1. » Fairsky retint ses larmes, son regard déçu rivé sur moi.

C’est un énorme malentendu. Je n’étais pas en train de l’insulter, je ne faisais que dire la vérité, songeai-je, en massant la zone douloureuse sur ma joue.

« Fairsky, Prince dit la vérité, je ne suis vraiment pas humain », déclara Sunshine avec grande difficulté.

« Sunshine, pourquoi est-ce que tu t’insultes également !? » L’expression de Fairsky passa à la désapprobation extrême, tandis qu’elle criait sur Sunshine.

Sunshine tint les épaules de Fairsky fermement et, avec un niveau d’agitation que je n’avais jamais vu auparavant, répondit : « Je ne m’insulte pas, Fairsky. Je n’appartiens pas à la race humaine : je suis seulement un NPC qui a développé une conscience de soi. »

Fairsky se figea pendant un long moment. Puis, sur un ton d’énorme incrédulité, elle articula faiblement : « Que viens-tu de dire ? »

« Je suis un NPC », répéta Sunshine, semblant peiné.

« C’est impossible. C’est totalement impossible. Comment est-ce que tu pourrais être un NPC ? Tu me mens ! » cria Fairsky. « Même si tu ne m’aimes pas, tu n’as pas à me mentir de cette façon ! »

« Fairsky, c’est la vérité. Sunshine et Kenshin sont tous les deux mes animaux de compagnie humains. La différence entre eux et les NPCs normaux c’est qu’ils ont développé une conscience d’eux-mêmes. » Je détruisis sévèrement la dernière once d’espoir de Fairsky. Souffrir à court-terme…est mieux que de souffrir à long-terme, pas vrai ?

« Comment c’est possible…? » Fairsky s’agenouilla faiblement sur le sol, ses larmes tombant tel un fil brisé de perles et ses pleurs étouffés brisant le cœur de tous ceux qui les entendaient.

À part permettre à Fairsky de pleurer toutes les larmes de son corps, il n’y avait rien d’autre que l’on pouvait faire, alors nous nous tînmes stupidement debout sur le côté.

« Fairsky… » Sunshine s’accroupit à côté d’elle avec une expression de désarroi, et Fairsky enfouit son visage dans la poitrine de celui-ci, pleurant à chaudes larmes.

« Je suis désolé. Je n’avais pas l’intention de te le cacher à dessein. » Sunshine serra Fairsky affectueusement dans ses bras, les yeux remplis d’un regret infini.

« C’est de ta faute ! C’est entièrement de ta faute pour m’avoir trompée ! » Fairsky se mit violemment et de façon incontrôlable à frapper des poings contre la poitrine de Sunshine, en hurlant de chagrin. « Comment c’est possible !? Je pensais même avoir enfin trouvé l’amour de ma vie ! Sale menteur, pourquoi étais-tu si gentil envers moi ? Si gentil au point que je n’ai pas pu m’empêcher de tomber amoureuse de toi, et c’est seulement maintenant que tu m’avoues que tu es un NPC ! Comment veux-tu que j’accepte tout ça !? »

« Je suis désolé, je n’aurais pas dû te mentir. » Sunshine ne put que se confondre en excuses, son expression de défaite était une vision déchirante à contempler.

En voyant cette paire, l’une pleurant comme une cascade et l’autre se blâmant continuellement, je ressentis de la pitié à leur égard et ne pus me retenir d’ouvrir la bouche pour réconforter Fairsky. « Fairsky, ce n’est pas comme si Sunshine l’avait fait exprès. Même s’il est un NPC, je suis sûr que les sentiments qu’il ressent pour toi sont vrais et qu’il n’essayait pas délibérément de te le cacher. Alors, tu n’as plus besoin de le blâmer. »

Contre toute attente, Sunshine répliqua de façon inflexible : « Non, c’est précisément de ma faute. Quoi qu’il arrive, je n’aurais pas dû permettre que Fairsky soit blessée. »

Alors que Sunshine finissait de parler, le son des pleurs de Fairsky s’estompa tout d’un coup. Elle leva la tête avec une expression captivée, et le regard dans ses yeux… fit se dresser mes cheveux sur ma tête, étant donné qu’il montrait une détermination que l’on voyait quand on mettait sa vie en jeu.

« Sunshine, maintenant que tout a été dit et fait, est-ce que tu m’aimes, oui ou non ? »

Sunshine afficha un beau sourire triste. (La description est étrange mais, croyez-moi, il n’y a pas de meilleurs mots.2) « Est-ce possible pour moi d’aimer quelqu’un ? Fairsky, je ne suis qu’une séquence de chiffres, un programme informatique. Je ne comprends rien à l’amour, ni ne sais-je si je peux aimer quelqu’un ou pas. »

Fairsky regarda directement Sunshine. « Est-ce que tu aimes être avec moi ? »

Sunshine se raidit légèrement, et ensuite hocha la tête.

« À part moi, est-ce qu’il y a une autre personne pour laquelle tu éprouves les mêmes sentiments ? »

Sunshine secoua la tête fermement.

« Alors, en ignorant tout le reste, est-ce que tu serais d’accord pour rester avec moi pour toujours ? » L’expression de Fairsky exprimait un extrême désir ardent.

Sunshine considéra la question très sérieusement et, comme je l’avais dit avant, il ne peut pas raconter de mensonges, alors il répondit avec honnêteté : « Je suis d’accord. En fait, c’est l’un de mes plus grands désirs, d’être en mesure de passer l’éternité avec toi, Fairsky. »

C’est mauvais ! Mon alarme interne se mit à sonner de façon incessante.

« Dans ce cas, je suis d’accord moi aussi », déclara Fairsky avec une expression résolue. « Ça m’est égal si tu es humain ou pas. Pour moi, tu as plus d’émotions qu’un humain. Je me fiche de savoir si tu comprends ce qu’est l’amour ou pas. Si ce n’est pas le cas, alors je vais t’aider à comprendre. »

« Mais, Fairsky, je n’existerai pas pour toujours, et il n’y a aucun moyen pour moi de rester avec toi pour toujours. » Sunshine arborait une expression heureuse mais inquiète. Après tout, il vivait une vie qui n’était pas vraiment une vie, étant simplement limité à un système de jeu.

« Les gens disent que ce n’est pas grave si nous n’avons pas l’éternité, c’est plus que suffisant d’être ensemble dans l’instant présent. En dépit de ce que le futur pourrait être, en ce moment je veux seulement être avec toi ! Est-ce que tu comprends ? » s’enquit Fairsky.

« Je comprends. » Le sourire de Sunshine était aussi radieux que la signification de son nom.

« Ouiiinnn, quel beau discours ! Contentez-vous de vivre dans l’instant présent. C’est si émouvant ! » Jing tenait un mouchoir et se mouchait désespérément le nez.

« Oui, c’est tout bonnement le destin, Grand Frère, alors ne gâche plus la fête à présent ! » Yun me tapota l’épaule encore une fois.

En entendant ces deux idiots raconter des âneries, Sunshine et Fairsky se retournèrent, en me regardant avec des expressions effrayées et pourtant de désir. C’était le genre d’expression que ferait une fille qui aurait peur que sa méchante belle-mère ne la laisse pas épouser la personne qu’elle aime… Hé, ne vous méprenez pas, vous croyez vraiment que je suis si cruel ?

J’étais également ému, et donc, après avoir volé le mouchoir de Jing et m’être mouché le nez avec, j’annonçai d’une voix pleine de sanglots : « Puisqu’aucun de vous deux n’a d’objections, faîtes comme ça vous plaît. »

« C’est génial, Sunshine ! » Fairsky agrippa Sunshine, puis le serra dans ses bras et le fit tournoyer en cercles, avant d’encore une fois l’embrasser de force.

Fairsky, montre un peu de réserve… Sinon, au moins considère le fait qu’il y a trois célibataires qui vous observent ici. Ce genre de démonstration d’affection vraiment mignonne va seulement nous faire mourir d’envie.

« Prince, qu’est-ce qu’il s’est passé ? » La voix de Lolidragon retentit soudainement du canal de message privé, me donnant une vilaine frousse. « Je viens d’entendre une rumeur vraiment très étrange. »

« Tu parles du fait que Fairsky soit amoureuse de Sunshine, pas vrai ? » répondis-je avec impuissance, en observant le couple qui tournoyait et s’embrassait joyeusement.

« Alors, c’est vrai ? » Le ton de Lolidragon sonnait ahuri, comme si elle venait tout juste d’entendre dire que ses produits de marque Chanel étaient faux. « Lui as-tu révélé que Sunshine est un NPC ? »

« Je le lui ai dit, mais après qu’elle ait eu fini de pleurer, elle a affirmé que ça lui était égal, et ils sont tous les deux actuellement en train de se délecter dans la célébration de leur amour. »

« Célébration, mon œil ! » hurla abruptement Lolidragon, presque au point de me rendre sourd. « Cette situation est vraiment grave ! Pense-y : même si Second Life pouvait exister pour toujours, les nouvelles selon lesquelles Sunshine possède une conscience de soi peuvent être révélées à tout moment. Si Sunshine se fait effacer, que va faire Fairsky ? »

« Mais, ces deux-là ont dit qu’ils se fichaient de ce qui arriverait dans le futur et veulent seulement vivre dans le présent… » Je fronçai des sourcils, en songeant, Même s’ils ont dit ça, si Sunshine venait à disparaître, dans ce cas Fairsky aurait forcément le cœur complètement brisé, pas vrai ?

« Et aussi, peu importe à quel point la conscience de soi de Sunshine est développée, il reste une simple séquence de chiffres. Peut-être qu’il ne peut tout simplement pas comprendre la signification de l’amour. » Le ton de Lolidragon empira progressivement.

Je considérai la question calmement. « Je crois qu’il comprend. »

« Comment est-ce que tu pourrais le savoir…? »

J’interrompis Lolidragon et déclarai avec conviction : « Fairsky est très sincère à ce sujet, et je pense que, si Sunshine n’avait pas compris ce qu’était l’amour, il lui aurait été impossible de faire en sorte que Fairsky tombe amoureuse de lui si sérieusement. Il n’y a rien que nous puissions faire contre ça. »

Lolidragon resta silencieuse pendant un moment, avant de lentement dire : « Quoi qu’il arrive, cette situation est condamnée à se terminer à tragédie, Prince. »

« Peut-être qu’un miracle va se produire. » Je jetai un regard de spéculation au couple ivre de joie, malgré le fait que même moi je ne plaçais pas beaucoup d’espoir dans les chances qu’un tel miracle survienne.

« D’accord, dans ce cas nous allons mettre de côté la situation de Fairsky pour l’instant. Après tout, nous n’avons pas d’autres idées. » On dirait que Lolidragon a quelque chose de plus à dire ?

Lolidragon prit une grande inspiration avant de poursuivre. « Prince, j’ai quelque chose d’important à t’annoncer : Second Life va avoir une grande mise à jour. »

« Une…grande…mise à jour ? » répétai-je en me figeant. Une mise à jour ? Je n’ai même pas encore essayé toutes les fonctionnalités du jeu, et il va déjà y avoir une mise à jour ?

« Ouais, et le plus gros changement est que les trois cités préprogrammées du Soleil, de l’Étoile, et de la Lune, vont être ouvertes à l’invasion des joueurs », expliqua Lolidragon avec excitation. « En ce moment, tout le monde discute pour savoir quelle cité ils vont envahir en premier, et ils se sont tous mis d’accord sur le fait d’attendre la décision du suzerain. Prince, est-ce qu’on peut prendre d’assaut la Cité de l’Étoile ? J’adore l’air européen de la Cité de l’Étoile ! »

« Nous allons envahir d’autres cités ? » Mon expression changea légèrement. On vient à peine de terminer la construction de la Cité de l’Infini et nous devons déjà envahir d’autres cités ? On dirait vraiment que j’enchaîne les épreuves ; je ne peux même pas me reposer quelques instants.

« Oui, suzerain de la Cité de l’Infini, et cette fois tu as intérêt à ne pas sournoisement disparaître encore une fois », répondit Lolidragon d’un ton moqueur.

Je haussai les épaules. « Tant que Nan Gong Zui ne me demande pas d’aller boire un coup avec lui à nouveau, je pense que je peux docilement rester à la Cité de l’Infini cette fois. »

Notes de bas de page

1 « …dire qu’il n’est pas humain » : 不是人 (bú shì rén), littéralement « pas humain ». C’est une insulte commune en chinois et qui veut dire que la personne n’a plus de conscience humaine, ou que la personne est un animal.

2 « La description est étrange mais, croyez-moi, il n’y a pas de meilleurs mots. » : C’est une véritable phrase écrite par Yu Wo. La description est étrange en chinois, parce que c’est inhabituellement utilisé pour décrire un sourire féminin.

1/2 Prince T4C10 : Western Wind, Une Personne dans la Même Situation que Moi?

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Tome 4 : Les Musiciens Ambulants de la Cité de l’Infini

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 10: XiMen Feng, Someone in the Same Situation as Me? – traduit du chinois à l’anglais par Erihppas[PR!]
Chapitre 10 : Western Wind, Une Personne dans la Même Situation que Moi? – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par Nocta

Avec son visage assombri par une expression troublée et un froncement de sourcil exacerbé, Gui présenta ses plus sincères excuses : « Je suis vraiment désolé, tout le monde. Mes problèmes personnels ont causé l’interruption du concert. »

« Ça n’a pas d’importance ; ce n’était pas si grave de toute manière. Mais, quelle est la vérité au sujet de la situation entre toi et Western Wind ? » répondis-je, comme grand frère Wolf soignait la blessure sur mon bras.

« Il m’a dérobé ma bien-aimée, tu ne comprends TOUJOURS pas !? » hurla soudainement Western Wind qui était fermement attachée sur le côté.

« En dehors de mon Prince, tu as également volé l’homme de quelqu’un d’autre ? » Fairsky regarda Gui avec incrédulité.

Le visage de Gui vira au rouge vif, et il rugit en réponse avec les poings serrés : « C’est faux, et Prince ne t’appartient pas non plus ! »

Wicked s’enquit froidement : « Dans ce cas, pourquoi cette femme ferait-elle une telle accusation ? »

En entendant les paroles de Wicked, Gui dégonfla comme un ballon troué. Il répondit, comme s’il était tourmenté par une migraine atroce : « Je ne comprends pas non plus, mais puisqu’elle a dit qu’elle était Western Wind, et a même mentionné Lovely Consort… Alors, j’imagine que ça doit être relié à cet incident. Avant de me joindre à Odd Squad, j’avais fait équipe avec un couple, c’est-à-dire Western Wind et Lovely Consort. Cependant, Lovely Consort m’a plus tard confié qu’elle était tombée amoureuse de moi. Et, afin d’éviter le harcèlement constant de Lovely Consort et les attaques de Western Wind, je n’ai pas eu d’autre choix que de prendre mes jambes à mon cou. »

« Salaud, c’est entièrement à cause de toi si le cœur de Lovely Consort s’est détourné de moi. » Western Wind était si en colère que les veines sur sa tête saillaient, une vue qui ne seyait pas à son visage élégant.

« Euh… navré, mais j’ai une question. » Regardant la poitrine clairement volumineuse de Western Wind, je parlai avec hésitation. « Tu… es une fille, pas vrai ? Et Lovely Consort, ce nom sonne comme si c’était une fille elle aussi, non ? Ne te méprends pas… Je n’ai rien contre les homosexuels. »

« C’est toi l’enfoiré d’homo ! Je suis un gars, gamin ! » Western Wind me fusilla férocement du regard.

Un gars ? Se pourrait-il que ce Western Wind soit comme Ming Huang, un gars qui a l’air d’une fille ? J’étais un peu soupçonneux. Mais, ça ne se peut pas ; la poitrine de Ming Huang est aussi plate qu’une planche à repasser, et la poitrine de Western Wind… Hmph, elle est deux tailles plus grosses que la mienne en tant que fille. Comment ça pourrait être un gars ?

Je penchai la tête, étudiant avec doutes la paire de jars de viande de Western Wind. Ne me dîtes pas qu’elles sont fausses ? Je plaçai distraitement mes paumes sur les deux boules de chair. Mmm, elles sont douces. Je les pressai à deux reprises. Elles sont aussi assez rebondies. Étrange, elles doivent être vraies !

« P-Prince, Votre Majesté… ! » Les yeux de Gui sortirent de leurs orbites, fixés sur moi… eh bien, sur mes mains.

Phoenix et Fairsky fixaient également mes mains avec des visages rouges. Je n’étais pas sûr si je m’imaginais des choses ou pas, mais on aurait dit qu’elles avalaient toutes les deux leur salive et regardaient mes mains avec des expressions de désir.

« Enlève tes sales pattes de moi, gamin ! » s’énerva enfin Western Wind, qui s’était figée de stupeur. Les yeux de Western Wind fusillaient mes mains au point qu’ils avaient l’air d’être sur le point de sortir de leurs orbites. Troublé, je retirai mes mains afin d’éviter la possibilité qu’elle prenne le risque de mourir pour m’arracher la main avec les dents.

« Tu es clairement une fille. » Je signalai la vérité sans la moindre réserve.

Tout le monde acquiesça. Je l’avais déjà effrontément touchée pour confirmer, alors restait-il la moindre place à l’erreur ?

« Si ce n’avait pas été à cause de cet enflure de Guiliastes, je ne me serais jamais retrouvé dans cet état ! » hurla Western Wind avec colère.

« Qu’est-ce que tu veux dire ? » Je me grattai la tête, toujours incapable de m’y retrouver dans cette situation sans queue ni tête1. Ne me dîtes pas que Gui est même capable d’effectuer une opération pour un changement de sexe ?

Agissant comme si l’endroit lui appartenait, le patron Western Wind s’assit sans la moindre courtoisie. Avec les jambes croisées, il renifla un peu, et entreprit de nous raconter son histoire.

« Bordel, après avoir découvert que le cœur de Lovely Consort s’était détourné de moi, je me suis juré de tuer ce voyou de Guiliastes jusqu’à-ce qu’il retombe au niveau un. Qui aurait pu deviner que ce voyou s’échapperait préalablement, en me forçant à le pourchasser sur plusieurs kilomètres. »

À ça, Gui sourit avec impuissance.

« Par chance, cet abruti de Guiliastes attirait tellement l’attention que tu pouvais le localiser juste en posant nonchalamment des questions à son sujet un peu partout. Je l’ai poursuivi jusqu’à une falaise, et j’ai découvert un morceau des vêtements de cette enflure sur le bord. Forcément, cet enfoiré devait s’être caché en bas de la falaise pour m’échapper ! Hmph, tu crois que j’aurais abandonné comme ça, gamin ? J’ai installé une corde sur-le-champ et j’ai continué la chasse. » Western Wind semblait particulièrement fière de sa propre persévérance.

Mon regard se tourna vers Gui. Il n’a pas l’air d’être du genre à descendre une falaise juste pour éviter quelqu’un ; l’endurance d’un barde n’est pas si grande, et il pourrait très bien perdre prise à mi-chemin et mourir dans sa chute.

Présentement, Gui avait pris une expression résignée, et il articula silencieusement : tactique de diversion.

Ça explique tout. Je me grattai la tête. On dirait que Gui s’est aussi rendu compte que Western Wind n’est pas du genre à regarder avant de sauter dans le tas.

« Qui aurait pu penser que, au lieu de trouver ce salopard, je rencontrerais une sorte de quête cachée à la place ? » Western Wind fit une grimace étrange. « Cette maudite bête mythique est même allée jusqu’à dire que je recevrais une quelconque punition divine si je ne parvenais pas à la vaincre. Il n’y avait aucune chance pour que je puisse vaincre cette créature monstrueuse dont la coquille était aussi dense qu’un mur d’acier, alors j’ai dû recevoir sa punition divine. Qui aurait imaginé que cette punition divine me transformerait en fille !? » se plaignit bruyamment Western Wind.

À ça, l’expression de Lolidragon, Wicked, et la mienne changèrent légèrement. Jamais je n’aurais imaginé que je ne serais pas la seule travestie dans Second Life ! Dire que j’ai un camarade ici ! La seule différence c’est que je suis une fille qui est devenue un gars, et qu’il est un gars qui est devenu une fille. Je me demande qui est le plus malchanceux ?

Après un certain temps, comme nous étions tous les deux dans le même bateau, j’ouvris sans enthousiasme la bouche pour réconforter Western Wind. « Euh… Au moins, tu es tout de même assez mignonne. »

« N’importe quoi, c’est fichtrement problématique ! » hurla très fort Western Wind.

Problématique ? Je trouve que ce n’est pas si mal. Au moins, le jeu ne simule pas le « problème » mensuel des femmes… Pensai-je.

« Est-ce que tu regarderais de haut les femmes ? » Lolidragon renifla froidement.

« Les femmes, ça ne veut rien dire. » Western Wind se leva lentement et marcha en direction de la fenêtre puisque ses jambes étaient détachées, permettant aux derniers rayons du soleil couchant de baigner son corps. « Le problème que j’ai mentionné n’a rien à voir avec les femmes, mais… »

Alors que le soleil se couchait, la nuit tomba soudainement à l’extérieur, et le corps de Western Wind commença également à changer : son corps devint lentement plus grand et musclé, sa coupe de cheveux longs se transforma en coupe rase, les courbes de sa poitrine s’aplatirent peu à peu jusqu’à ce que, enfin, elle devienne un « il ».

Nous poussâmes un petit cri de surprise devant la transformation inimaginable, incapable de revenir à nous pendant un long moment jusqu’à ce que, enfin, je relâche ma respiration et dise : « C’est assurément plus vite qu’une opération pour un changement de sexe. »

« Western Wind, que se passe-t-il ici exactement ? » s’enquit Gui avec perplexité.

« C’est entièrement la faute de cette bête mythique. » Western Wind parla avec une voix dure et virile qui seyait à son langage vulgaire. Il fronça les sourcils avec impatience. « Je n’avais pas envie de devenir une femme, alors le résultat de nos négociations a été que je me transformerais en femme le matin et que je retournerais à ma forme d’homme quand la nuit tomberait. »

« C’est effectivement très problématique », répondis-je, résistant avec difficulté à la tentation de sourire.

« Nooooon, sans blague ! Hé, détache-moi vite. La corde est hyper trop serrée. » Western Wind arborait une expression d’inconfort.

Gui me regarda avec un brin d’hésitation. Après que j’eusse haussé les épaules, indiquant que ça n’avait aucune importance, Gui se tourna pour à nouveau faire face à Western Wind. « Avant que je ne te détache, tu dois d’abord promettre que tu ne feras jamais de mal à Prince. »

Western Wind rigola. « Oublie ça. Même si je ne me bats pas contre lui par vengeance, j’aimerais quand même l’affronter, gamin. Ce beau garçon a du talent. »

J’éclatai bruyamment de rire. « Pourquoi est-ce que tu ne rejoins pas simplement la Cité de l’Infini ? Dans ce cas, tu serais en mesure de me provoquer en duel quand ça te chanterait. »

« Prince, ce n’est pas une bonne idée. Et s’il te blessait ? » Il y avait de l’inquiétude inscrite partout sur le visage de Gui.

Je répliquai sans la moindre peur : « Ça va aller. Je n’ai pas combattu de monstres depuis quelques temps déjà, et je me sens rouillé. Au moins, maintenant, j’aurai quelqu’un avec qui m’entraîner. Si je me blesse, je n’aurai qu’à aller trouver grand-frère Wolf pour me guérir et, si je perds, ça voudrait juste dire que j’ai besoin de plus de pratique. Mais… » Je mis au défi Western Wind avec confiance : « Je n’ai aucune intention de perdre. »

Les yeux de Western Wind étincelèrent. « Ha ! On dirait que le beau garçon a des couilles ! »

« Arrête de m’appeler beau garçon, ou je vais me mettre à t’appeler femme canon », dis-je à Western Wind d’une manière à moitié menaçante.

« Tu n’oserais pas ! » s’indigna furieusement Western Wind.

« Oh que si j’oserais, Western Wind la femme canon qui porte du bonnet de taille C. » Je dégainai le Dao Noir et tranchai net la corde qui attachait Western Wind d’une seule entaille.

Les yeux de Western Wind brillèrent d’excitation, tandis qu’il brandissait son épée, en me regardant comme le ferait un tigre gourmand. Je pouvais voir qu’il était également un amoureux des combats.

« Ne me déçois pas, Western Wind. » Je levai le Dao Noir, mes yeux pétillants avec l’exaltation d’accepter le combat.

Western Wind chargea immédiatement tête baissée sans réfléchir. Je secouai la tête. Western Wind aime peut-être se battre, mais il n’aime pas se servir de son cerveau pour combattre. Je déplaçai légèrement mon corps sur le côté, esquivant son nouveau coup de pied en le poussant simultanément, le forçant à presque tomber à plat sur le dos.

« Bordel ! » hurla Western Wind. Insatisfait de sa défaite, il fonça à nouveau droit vers moi.

Voyant qu’il n’avait toujours pas appris sa leçon, je levai les sourcils légèrement. On dirait que je vais devoir obliger son corps à s’en rappeler à la place. Je trouvai une ouverture, agrippai le poignet de Western Wind qui tenait son épée, et lui jetai férocement un coup de pied à l’estomac avec mon pied droit. Il serra douloureusement les dents, pendant que je lui arrachais son épée, en souriant un peu. Commençons le massacre !

Je me servis de mes quatre membres, en plus de l’épée et du fourreau comme d’armes mortelles… Combo Coup de Boule ! Coupe Transversale ! Je lançai même mes bottes dans sa direction, tandis que je criais à répétition : « On va voir si tu oses à nouveau interrompre mon concert ! »

« Pfiou ! Ce combat était si libérateur », affirmai-je, comme je rangeais joyeusement mon Dao Noir, me craquant le cou et effectuant quelques exercices d’étirements. Très bien ! C’est l’heure de manger. Avant de partir, je n’oubliai pas de me retourner, de pointer mon doigt vers le tas de chair ensanglantée sur le sol, et de donner des instructions à Wicked qui était en charge du département militaire. « Rappelle-toi de recruter Western Wind dans l’armée. Son niveau et ses capacités aux arts martiaux ne sont pas mal du tout, et il peut même librement utiliser son sex-appeal comme d’une tactique. Ce serait difficile de recruter une seule personne avec ce genre de talent même après dix ans. »

« Oui », répondit Wicked, alors qu’il regardait Western Wind avec les sourcils froncés, complotant probablement pour trouver l’unité la plus surmenée et merdique afin qu’il la rejoigne.

« Très bien, allons tous au Restaurant de l’Infini pour manger ! » Je menai le groupe joyeusement, me préparant à me rendre à mon Restaurant de l’Infini chéri pour un repas gratuit… Héhéhé, ne pas avoir à payer de repas au Restaurant de l’Infini a prouvé être le plus grand avantage que j’aie eu depuis que je suis devenu le suzerain.

« J’ai déjà fait des plans avec Sunshine pour aller essayer la nourriture des marchands ambulants, alors je ne viendrai pas avec vous », annonça Fairsky avec un peu d’hésitation.

« Oh », répondis-je, en me mordillant le pouce. Fairsky et Sunshine ont l’air de se rapprocher ces derniers jours. Est-ce qu’ils sont devenus de bons amis ? Ce n’est pas une mauvaise chose… Au moins, ça garde Fairsky heureuse.

« D’accord, allons manger ! »  Juste au moment où je m’apprêtais à lever les pieds pour marcher en tête, deux mains se posèrent soudainement sur mon épaule.

« Prince, la librairie est presque prête, et la séance d’autographe pour le portfolio est la semaine prochaine. S’il-te-plaît, rappelle-toi de t’entraîner à rendre ta signature plus propre. » Je me retournai pour voir belle-sœur Yu Lian en train de me sourire. Elle se tourna ensuite vers Gui et demanda : « Comment avancent les livres ? »

Gui hocha la tête et répondit : « J’ai deux livres qui sont prêts à être publiés, en plus de celui que Jing et Yun m’ont donné. Alors, il y a un total de trois livres qui peuvent être affichés le jour de la grande ouverture. »

« Prince, la construction de la Rhapsodie de l’Infini a mis le budget de la Cité de l’Infini dans le rouge encore une fois. » Le sourire de belle-sœur Yu Lian était éclatant au-delà de toute comparaison. « Nous allons devoir organiser plus de concerts et vendre plus de portfolios afin de gagner un peu d’argent, alors travaille dur à chanter et à vendre tes portfolios, est-ce que tu comprends ? »

« Compris… » J’avalai avec raideur, et ma tête devint engourdie en songeant à ce que j’avais à faire.

Les jours qui suivirent furent un véritable cauchemar. En deux semaines, le Groupe de l’Infini avait effectué cinq concerts. Qui plus est, afin d’attirer les spectateurs, chaque concert mettait en avant de nouvelles cascades, telles que sauter à travers des cerceaux en flamme pour apparaître sur la scène et descendre sur la scène habillés en anges.

(Ça avait été à cet instant que je m’étais enfin rendu compte de pourquoi les anges dans les tableaux sont toujours dépeints debout, aussi droits qu’une flèche, avec seulement leurs bras s’étirant légèrement… C’est évident ! Si tu traînes une paire d’ailes pesant plus de trente kilogrammes sur ton dos, que pouvais-tu faire d’autre que de te tenir debout et droit !?)

Plus étrange encore était le fait que les fans semblaient vraiment avoir adoré l’interruption mineure que Western Wind avait provoquée durant le premier concert. Ainsi, à chaque concert, Western Wind, sous la supervision souriante de belle-sœur Yu Lian, était forcé de me provoquer en duel devant le public. Et alors, j’étais obligé de me mettre à lui botter les fesses. Plus la raclée était forte, plus les fans étaient contents.

Soupir, ça a dû être dur pour toi, Western Wind la femme canon.

(Western Wind rugit furieusement : Je suis un gars, bordel de merde !)

Ensuite, la construction des librairies fut enfin terminée grâce au dur labeur de Gui, Fairsky et d’autres. Ils avaient construits deux librairies. Une se trouvait au milieu du centre-ville et l’autre était combinée avec un café, construite sur le bord d’un lac avec une atmosphère sympa et une excellente luminosité, spécialement conçu pour être un appât à couple. Par conséquent, ma signature, sur laquelle j’avais passé beaucoup de temps à m’entraîner, serait enfin bien mise à contribution.

Le jour de la séance d’autographe, il y avait une mer déferlante de personnes… Attendez, quoi ? Cette phrase est trop ordinaire ; ce n’est pas mon style ? D’accord, dans ce cas, cette horrible séance d’autographe était submergée avec tant de monde que ça donnait l’impression que Jolin Tsai2, Jay Chou3, Andy Lau4 en plus de Stephanie5 avaient tous fait leur apparition à Ximending6. Pour faire court, des gens de tous les âges et de tous les sexes étaient blottis ensemble en une unique foule massive. Il y avait des hommes, des femmes, et des débauchés, dont l’âge allait de 5 à 50 ans.

« Dieu merci nous avons le tapis volant ! Je ne crois pas que nous aurions pu entrer dans la librairie sinon. » Je lâchai un soupir, regardant la foule horriblement remplie à craquer en bas.

« Sunshine, pose-toi sur cette scène improvisée », indiqua Gui, tandis qu’il pointait une très petite estrade, complétée avec des tables et des chaises, entourée par des soldats menés par Nan Gong Zui pour des raisons de sécurité, afin d’empêcher les fans d’accourir sur la scène.

« D’accord. » Sunshine dirigea docilement son tapis volant pour atterrir en douceur sur l’estrade.

Je sautai hors du tapis volant le premier, souriant légèrement aux filles fanatiques qui hurlaient en bas de la scène. Puis, je marchai jusqu’à la table pré-arrangée et m’assis sur la chaise.

« La séance d’autographe commence maintenant », annonçai-je comme j’expirais profondément, prenant une plume laissée par les travailleurs, alors que je me préparais à la possibilité de devoir signer jusqu’à ce que mon bras tombe.

Je donnai des autographes pendant que je répondais à chacune des questions des fans avec un doux sourire. De temps à autres, il y en avait certains qui voulaient m’embrasser, et certains étaient si peu enclin à être rejetés qu’ils se jetaient sur moi par la force. C’est seulement après que Nan Gong Zui les avaient traînés au loin que je pouvais continuer à signer des autographes. Ce cycle se poursuivit pour se dérouler de cette manière : signer, répondre, me faire offrir un baiser, me faire embrasser de force, et les regarder être emmenés…

Du coin de mes yeux, je jetais occasionnellement des regards discrets en direction des autres membres du Groupe de l’Infini. La situation de Gui n’était pas différente de la mienne, excepté que, en tant que barde qui n’avait pas une très grande force, il s’était déjà fait embrasser par la force sur les joues par des « louves » à plusieurs reprises… Gui retenait actuellement des larmes d’accablement tandis qu’il continuait à signer et se servait même de Western Wind, qui appréciait précédemment sa pause, comme d’un bouclier. Les fanatiques jalouses avaient même déjà employé leurs griffes de louves pour graver plusieurs croix ensanglantées sur la pauvre femme canon Western Wind, et il n’avait même pas le droit de riposter.

(Comme le dirait belle-sœur Yu Lian, le client est roi, alors quoi que fassent les fans, ils ont toujours raison.)

En contraste, Wicked se trouvait en meilleure posture. Étant un guerrier et avec son visage distant, très peu de filles fanatiques osaient s’approcher de lui sans raison avec leurs bouches. Au lieu de ça, elles le contemplaient de façon tendre et languissante, comme si elles étaient prêtes à l’avaler si l’opportunité se présentait.

Puisque Phoenix et Fairsky étaient toutes les deux des filles, permettre à des gars fanatiques de faire ce qu’ils voulaient d’elles était évidemment hors de question. Le duo était entouré par un si grand nombre de guerriers de la Cité de l’Infini que je pouvais à peine apercevoir leurs silhouettes… C’est quoi ce genre d’attitude ? Pourquoi est-ce que Zui est le seul guerrier qui me protège ? Bande de pervers qui oublient leur suzerain à la vue de femmes…

La séance d’autographe se déroula comme ça jusqu’à ce que même la femme canon Western Wind fût devenue le Western Wind avec la coupe rase. Nous continuâmes à signer des autographes, sauf que maintenant ce n’était plus juste Gui, mais bien tout le monde dans le groupe, qui retenait ses larmes alors qu’ils signaient. S’il n’y avait pas de fans en train de me regarder, il y avait de fortes chances pour que j’aie hurlé à pleins poumons. Je jetai lugubrement un coup d’œil à ma main droite, qui tremblait de façon incontrôlable comme si je faisais une crise cardiaque, pendant que je gardais le compte du nombre de gens qui attendaient encore en file.

« La dernière personne… » Je terminai de donner ma dernière signature, me sentant profondément ému. Par chance, il s’agissait d’un gars, et il était très évident, vu la façon dont il continuait à regarder Fairsky et Phoenix l’une après l’autre, qu’il n’était pas le moins du monde intéressé par moi. Quelle fin parfaite. Je me sentis touché au-delà des mots.

Assez vite, juste comme je finissais de signer, il courut immédiatement vers le duo, et il termina sa course dans une position à moitié agenouillée sur le sol. Un bouquet de roses rouges colossal apparut de nulle part dans sa main gauche, et une énorme bague avec un diamant de la taille d’une balle de baseball surgit inopinément dans sa main droite.

« Ô ma chère demoiselle Fairsky, l’amour que je vous porte coule incessamment comme la Rivière Jaune, s’étend à l’infini tels les nuages blancs là-haut, et s’écrase vague après vague comme la marée… » Ce ramassis écœurant de sornettes jaillit sans fin de la bouche de cet animal, et le bruit de gens qui vomissaient partout s’écoulait incessamment comme la Rivière Jaune lui aussi.

« …Alors, ma bien-aimée demoiselle Fairsky, je vous en prie, épousez-moi ! »

« Désolée, je dois le dire à tout le monde, je suis déjà amoureuse de quelqu’un », annonça directement Fairsky, n’adressant même pas un coup d’œil au singe sur la scène, et ensuite s’inclina vers ses fans en bas de l’estrade pour exprimer ses excuses.

« Qui est-ce ? Qui est celui qui ose voler ma femme sans se soucier de sa propre vie ? » En bas de l’estrade, les fans de Fairsky se mirent à se révolter. Je soupirai avec impuissance. Je suis probablement celui qui a le plus d’ennemis dans le monde.

Puis, Fairsky prit une profonde inspiration et leva la tête pour regarder le ciel en direction de Sunshine, qui était assis sur le tapis volant. « C’est lui que j’aime. »

« Heiiin ? » Incluant le mien et celui de Sunshine, il y eut cinq « Heiiin ».

Fairsky regarda le Sunshine stupéfait avec ses joues rouges comme une pivoine. Après un long moment, elle se tourna et s’inclina devant moi. « Pardonne-moi Prince, mais je me suis rendue compte que j’étais tombée amoureuse de Sunshine, alors je ne peux plus éprouver de sentiments amoureux envers toi à présent. »

« C-c’est… » bégayai-je maladroitement pendant un moment, mais je ne parvenais pas à sortir même la moitié d’une phrase.

Oh, pourquoi est-ce que ma tête me fait plus mal maintenant comparativement à la fois où Fairsky avait essayé de me forcer à l’épouser ? Fairsky, si ton cœur s’est détourné de moi et que tu es tombée amoureuse de quelqu’un d’autre, je t’apporterais mon soutien à 120%, mais tu n’aurais pas pu choisir un partenaire plus normal ? Premièrement, tu tombes amoureuse d’une travestie comme moi, et maintenant c’est lui que tu choisis ? Tu ferais aussi bien de continuer à m’aimer, parce que ce serait juste une relation lesbienne, mais tu es à présent amoureuse d’un NPC ! Comment est-ce qu’on appellerait ça ?

Même la zoophilie est mieux que de tomber amoureuse d’un NPC. Au moins, un animal a un corps physique, mais les NPCs… Ne me dis pas que tu insisterais pour dire : « C’est exact : je suis amoureuse de plusieurs lignes de codage informatique » ?

« Sunshine, est-ce que tu m’aimes ? » demanda Fairsky sur un ton calme, alors qu’elle contemplait Sunshine avec le plus grand sérieux, ayant l’air pleinement confiante.

« Je… Je… » Sunshine fronça ses sourcils très forts ; il ne savait clairement plus où il en était.

« Tu aimes vraiment Fairsky en retour ? » Je blêmis à cause du choc. Sunshine est un NPC. Même s’il a développé une conscience de soi, il reste tout de même différent d’un être humain ordinaire. Par exemple, il ne sait pas comment mentir, alors il ne peut pas réconforter les gens en racontant des mensonges. S’il n’éprouvait pas déjà des sentiments pour Fairsky, il l’aurait dit directement, et pourtant il ne semblait pas capable de parler ? Est-ce que ça veut dire… ?

Sunshine se tourna vers moi, de la confusion écrite dans ses yeux.

« Prince, ce n’est pas l’endroit idéal pour une interrogation ! » Gui m’éloigna, en pointant le public en bas de la scène.

« Tu as raison. » Je ne pus que me forcer à réprimer mon anxiété, reprenant l’apparence de l’Elfe Sanguinaire.

Je revêtis un sourire poli et dis sur un ton charmant : « La séance d’autographe se termine ici pour aujourd’hui. Le Groupe de l’Infini travaillera plus dur à l’avenir, et nous espérons que vous continuerez de nous apporter votre soutien. Merci. »

Les secondes que j’eues à attendre que la foule se disperse se firent ressentir comme des années. Ensuite, je traînai sur-le-champ Fairsky et Sunshine plus loin avec moi. Où aller ? J’hésitai pendant un instant. Ouais, à la maison de Jing et Yun. Après m’être décidé, j’envoyai vite un message privé à Jing et Yun, leur disant de m’attendre chez eux.

Juste au moment où je commençais à marcher, je m’arrêtai subitement et me tournai pour faire face aux autres membres du Groupe de l’Infini qui nous suivaient de près derrière nous. J’ordonnai sur un ton très menaçant : « Personne n’est autorisé à venir, vous m’avez entendu ? »

Le trio derrière moi se figea automatiquement. Voyant mon expression sévère, ils acquiescèrent tous à l’unisson.

Notes de bas de page

1 incapable de m’y retrouver dans cette situation sans queue ni tête : Ici, Yu Wo emploie  “丈八摸不着头脑”, (zhàng bā mō bu zháo tóu nǎo) qui est la version abrégée/et en jargon d’un dicton chinois, ‘丈二金刚,摸不着头脑’ (zhàng èr jīn gāng mō bu zháo tóu nǎo).

Dans certains dictons chinois, la première phrase est une description pour une énigme, alors que la phrase suivante offre l’explication. Dans ce cas-ci, la première phrase丈二金刚 (zhàng èr jīn gāng) signifie « Un moine qui mesure 20 pieds (Aussi connu comme Vajrapani) », la phrase suivante摸不着头脑 (mō bu zháo tóu nǎo) veut dire « ne peut pas toucher sa tête ». Littéralement, ça signifie que le moine est si grand que tu ne peux pas toucher sa tête. L’expression complète veut essentiellement dire que quelque chose est si surprenant ou bizarre qu’on ne saurait pas quoi faire tout de suite. Ça décrit le mieux la confusion / les questions qu’on éprouve ou se pose au milieu d’une réflexion (par exemple, imaginez que vous êtes en train de résoudre une affaire de meurtre, « comment le meurtre a-t-il pu survenir quand la pièce est verrouillée de l’intérieur? » est ce genre de confusion).

Yu Wo, cependant, exagère le dicton en disant que le moine (problème) mesure 18 pieds, et ainsi Prince ne pouvait pas atteindre sa tête (comprendre). [Credit à Erihppas]

2 Jolin Tsai (蔡依林, Cài Yīlín) : une chanteuse pop taïwanaise qui a gagné le prix Golden Melody award. Elle est extrêmement populaire non seulement à Taïwan et en Chine, mais a aussi beaucoup de succès à Hong Kong, Singapour, et en Malaisie, en plus d’avoir beaucoup de fans aux États-Unis. (Pour plus d’information, veuillez vous référer à http://en.wikipedia.org/wiki/Jolin_Tsai)

3Jay Chou (周杰倫, Zhōu Jiélún) : Un Taïwanais musicien, chanteur, producteur de film et de musique, acteur, et directeur. Il est connu pour avoir composé toutes ses propres chansons et aussi des chansons pour d’autres chanteurs. Sa musique a gagné beaucoup de reconnaissance à travers l’Asie, et sa carrière s’étend maintenant dans la direction, le jeu d’acteur, et de s’occuper de sa propre compagnie d’enregistrement, JVR Music. (Pour plus d’information, veuillez vous référer à http://en.wikipedia.org/wiki/Jay_Chou)

4 Andy Lau (劉德華, Liú Déhuá) : Un chanteur de pop cantonais venant de Hong Kong, un acteur de film, et un producteur. Il a été l’un des acteurs à succès de Hong Kong les plus commercialisés dans le milieu des années 1980, pendant qu’il maintenait une carrière de chanteur fructueuse en même temps. Dans les années 1990, il a été surnommé par les médias comme étant l’un des Quatre Rois Divins de la Pop Cantonaise  (四大天王) avec Aaron Kwok, Jacky Cheung, et Leon Lai. (Pour plus d’information, veuillez vous référer à http://en.wikipedia.org/wiki/Andy_Lau).

5 Stephanie (萧蔷, Xiāo Qiáng) : Célèbre en Taïwan comme modèle et actrice. Elle a été extrêmement populaire à la fin des années 1990 et au début des années 2000, et a été surnommée par les médias comme étant la Plus Belle Femme de Toute la Taïwan. (Pour plus d’information, veuillez vous référer à http://wiki.d-addicts.com/Xiao_Qiang)

6 Ximending 西, Xī mén ding, aussi connu comme HsiMenDing) : Un quartier très connu et un district de shopping à Taipei qui est la plus grande zone de piétons à Taïwan. Il est situé dans la partie nord-est du District Wanhua, et est aussi le district le plus rempli de consommateurs dans le côté ouest de Taipei. Il est la source de la mode, de la sous-culture, et de la culture japonaise en Taïwan.

1/2 Prince T4C9 : Le Concert

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Tome 4 : Les Musiciens Ambulants de la Cité de l’Infini

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 9: The Concert – traduit du chinois à l’anglais par Evangeline[PR!] et Amgine[PR!]
Chapitre 9 : Le Concert – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par Nocta

En ligne

« Prince, dépêche-toi de venir ici ! On a terminé de construire le hall du concert. » J’entendis la voix excitée et légèrement bouleversée de belle-sœur Yu Lian juste au moment où je me connectais.

« Vraiment ? Je vais aller y jeter un coup d’œil. » Je me demande de quoi a l’air le hall. Ça doit être super luxueux ; après tout, on a vraiment dépensé une fortune dessus. Pensai-je pour moi-même, tandis que j’accélérais l’allure et me précipitais jusqu’au site. Je suivis les directions de belle-sœur Yu Lian, qui me menèrent juste à gauche du château.

Quand je fus arrivé, tout le monde m’attendait. Contenant à peine mon excitation, je m’approchai, souhaitant examiner minutieusement le hall du concert où j’allais performer.

« I-Impossible… » bégayai-je avec la mâchoire tombée. Oh Seigneur ! Ça a l’air de quelque chose tout droit sorti d’un manuel d’histoire… Un antique colisée romain !?

« Héhé, bienvenu au premier hall de concert de la Cité de l’Infini – Non, ça devrait être le premier de Second Life – nommé Rhapsodie de l’Infini ! » m’accueillit Yu Lian avec un rire.

« C’est génial ! » déclarai-je. Avec de l’excitation s’étendant sur mon visage, je laissai mes yeux frénétiquement embrasser du regard la magnificence de l’architecture. C’était de forme circulaire et s’élevait à une hauteur de vingt étages. Les gravures primitives sur les murs de couleur cendre lui donnait un air plutôt antique. Je m’approchai pour avoir une meilleure vue et vis que les gravures consistaient en des schémas simples faisant le portrait de races diverses qui tenaient différentes sortes d’instruments de musique. Je fis glisser mes doigts sur les gravures, incapable de tenir mes mains loin d’elles.

« Le thème des gravures ici est la musique », expliqua belle-sœur Yu Lian. « Les autres côtés dépeignent les combats, la nature, et toutes sortes d’objets artisanaux. »

« Prince ! Ne reste pas planté dans l’encadrement de la porte, en te laissant éblouir seulement par l’extérieur. Viens voir à l’intérieur ! » s’exclama grand frère Wolf, comme il sortait par la porte. Il se dépêcha de me traîner à travers le passage massif en arche double, qui était suffisamment large pour que plusieurs douzaines de personnes puissent le franchir en même temps.

Passant la porte, je me laissai emballer par la scène incroyablement majestueuse devant moi. Alors que je me tenais au centre de l’arène, observant en haut et dans les alentours les rangées et les rangées de sièges qui semblaient s’étendre jusque dans les nuages, je lâchai impulsivement : « C’est vraiment ici que je vais me produire ? »

« C’est exact », répondit Lolidragon, comme elle marchait vers moi, avec un sourire mielleux. « Qu’est-ce que tu en penses ? L’endroit est-il assez bien pour que Votre Majesté s’y produise ? »

« C’est plus que suffisant ! » répliquai-je, en rougissant. « C’est ridiculement spacieux ! Ce serait un accomplissement si le public pouvait même remplir le dixième de l’espace ici. »

« Grand frère Prince se trompe. Cet endroit va être rempli à pleine capacité », réfuta Doll, en venant à l’essentiel. « Les mains de Doll lui font mal à force d’avoir vendu trop de tickets la semaine dernière. »

« C’est vrai ! » ajouta belle-sœur Yu Lian, en hochant la tête. « Si ce n’avait pas été grâce à l’argent gagné en vendant ces billets, nous n’aurions pas eu assez de fonds pour construire ce hall. »

« Je vous l’avais bien dit, les gars, que Prince attirerait une grande foule », rigola grand frère Wolf, comme il me tapait dans le dos avec énergie. « Quoique je vais admettre que je n’avais pas prédit que tu deviendrais le porte-parole de Second Life, Prince. »

« Je ne pensais pas que ça arriverait, moi non plus… » J’haussai les épaules avec impuissance.

« Dans tous les cas, Prince, contente-toi de te faire à l’idée et deviens l’une des attractions essentielles de  la Cité de l’Infini », rigola de bon cœur Yu Lian. Un sentiment de malaise se forma au fond de mon cœur. Ne me dîtes pas qu’ils vont me faire faire quelque chose d’autre ?

Alors que j’y pensais encore, Yu Lian poursuivit. « J’ai entendu dire que le Département de Construction planifiait de construire deux librairies. Prince, après que le concert sera fini et que les librairies seront construites, tu pourras commodément y tenir une session d’autographe également. »

« Oh, pas de problème. » Je soupirai de soulagement en entendant qu’il s’agissait seulement d’une séance d’autographe.

Je me tournai vers les sièges du public encore une fois et marmonnai avec excitation, en plus d’une once de nervosité : « Alors, cet endroit va être rempli à craquer de gens, hein… »

 

 

« Prince ! Prince ! » Écoutant le rugissement assourdissant de la foule provenant de l’extérieur, je me sentis énormément nerveux. Je me mis frénétiquement à effectuer des exercices respiratoires. Inspire, expire. Inspire, Expire…

« Ahhh, je me sens toujours nerveux. » Je regardai mes camarades du groupe avec impuissance.

Gui jacassait comme un perroquet, en essayant de me calmer. « Ne soyez pas nerveux, Votre Majesté. Prétendez simplement que les étudiants – euh, non, les fans – sont des pierres, et tout ira bien. » Gui observait mon visage blême avec inquiétude. Je roulai des yeux en réponse. Ne prétends pas que je n’ai pas entendu la partie à propos des étudiants. Alors, nous ne sommes rien d’autre que des pierres pour toi, hein, professeur !?

« Ignore-les tout simplement. » Wicked fronça légèrement des sourcils et me tapota le dos dans une tentative pour calmer ma respiration irrégulière.

« De quoi as-tu peur ? C’est juste un tas de gens, c’est tout. » Fairsky lança un regard hautain en direction de la foule qui comprenait autant de gens qu’il y avait de grains de sable sur une plage.

« Je suis un peu nerveuse moi aussi. » Le visage de Phoenix était aussi pâle que le mien. Enfin, quelqu’un qui soit normal comme moi, pensai-je avec satisfaction.

« Que le spectacle commence ! Tout le monde se souvient encore de la façon dont on fait notre entrée telle que répétée ? » La tête de Lolidragon apparut soudainement, lâchant un sourire à la Mona Lisa devant mon teint pâle.

Je fermai les yeux une autre fois et pris une profonde inspiration. Quand mes yeux se rouvrirent, seule la tranquillité restait apparente sur mon visage. « C’est parti. »

 

 

< Expérience de Concert de Passant A>

Il était l’un des joueurs professionnels de Second Life, mais il n’aurait jamais songé que ce serait en fait possible de tenir un concert dans un jeu en ligne. Alors, lorsqu’il avait entendu dire que la Cité de l’Infini planifiait de tenir un concert, mettant en vedette nul autre que le Groupe de l’Infini récemment devenu populaire, il décida de partir pour la Cité de l’Infini afin d’agrandir ses horizons.

« Bordel, j’ai dû attendre cinq longues heures en file avant de pouvoir acheter le ticket ! Ce groupe, il est vraiment si excellent ? » marmonna-t-il pour lui-même.

Il se sentait irrité par la longue attente, et pourtant il était également ravi d’avoir pris la décision de venir assister à un événement aussi épique. De quelle autre façon aurait-il pu assouvir sa curiosité s’il l’avait manqué ?

Il y a vraiment beaucoup d’attractions qui valent la peine d’être visitées dans la Cité de l’Infini. Juste de voir la fontaine en forme de croissant de lune dans la Place Centrale compense le prix du billet. Qui plus est, la cité actuelle en elle-même est opulente et majestueuse ! Je me demande combien d’argent ça a pris pour financer sa construction. Il admira les rues qui étaient encore plus larges et propres que celles des Cités préprogrammées du Soleil, de la Lune et de l’Étoile. Les boutiques et les marchés à côté des rues étaient tous beaux et uniques d’une façon spéciale qui leur était propre. Il se demanda combien ça coûterait de louer une boutique, et commença à calculer dans sa tête.

Mais, rien ne pouvait se comparer au choc que lui avait donné la zone résidentielle. C’est… Est-ce que ça fait toujours partie d’un jeu ? Il poussa un hoquet de surprise, les yeux grands ouverts et l’air sidéré, à la vue des rangées de rues remplies de manoirs avec des jardins, tous si beaux que c’était dur d’en détourner le regard. Il balaya avidement chacun d’eux du regard. Après avoir exploré et convoité jusqu’au dernier des manoirs, il poussa un long soupir et dit : « Je devrais en obtenir un et vendre la maison que je possède à la Cité de la Lune. Une fois que tout le monde découvrira à quel point ces maisons sont ravissantes, le marché immobilier dans les cités préprogrammées va probablement s’effondrer. »

Le jour suivant, il se dépêcha de se rendre au lieu du concert dès l’aube, espérant obtenir un bon siège, mais il avait mal calculé son coup. Il y avait déjà une gigantesque file d’attente devant lui.

« Vous attendez ici depuis combien de temps !? » demanda-t-il aux personnes devant lui, choqué.

« Nous sommes arrivés ici après le dîner hier. » répondirent les personnes les plus proches de la fin de la file.

« Nous avons monté nos tentes ici après avoir acheté nos tickets il y a deux jours », déclara un groupe de filles au milieu.

« Ha ! Ce n’est rien ça ! Je vous le dis, j’ai assisté à la construction de la Rapsodie de l’Infini, brique par brique ! » se vanta fièrement l’homme qui était le premier en file.

Il resta complètement sans mots. Avec une curiosité débordante, il se demanda avec impatience exactement à quel point l’attrait du Groupe de l’Infini était puissant et de quoi se servait Prince, le porte-parole de Second Life des rumeurs, pour attirer tous ces fans.

« Prince ! Prince ! » Les filles à côté de lui acclamaient si bruyamment qu’il sentait que ses tympans étaient sur le point de se rompre. Il ne put s’empêcher de lâcher un soupir, se demandant pourquoi il s’était permis de se laisser emporter dans un tel chahut. C’est vraiment beaucoup trop bondé, bruyant, et fatiguant, pensa-t-il en massant son corps épuisé. Tout ce qu’il pouvait faire à présent était espérer que ce Groupe de l’Infini soit assez talentueux pour ne pas le décevoir.

Tout à coup, de la neige se mit à tomber du ciel. Pris par surprise, il examina les flocons de neige, tandis qu’ils tombaient vers lui. Même les filles qui criaient à côté de lui il y avait encore un instant devinrent silencieuses, éblouies par la belle neige qui tombait. C’est probablement l’œuvre d’un mage, songea-t-il pour lui-même.

Cinq piliers de glace se solidifièrent d’un seul coup, en partant du ciel jusqu’au sol. Alors que tout le monde regardait encore vers le ciel avec surprise, cinq individus flous descendirent en glissant, chacun depuis le sommet de chaque pilier. Juste au moment où ils étaient tous sur le point d’atteindre le sol, les piliers de glace explosèrent brusquement en milliers de minuscules cristaux, se dispersant à travers le colisée tout entier. L’endroit était entièrement recouvert d’un éclat éblouissant, proclamant l’arrivée de ces cinq personnes exceptionnelles.

« Alors c’est eux, le Groupe de l’Infini ? » Il pouvait clairement apercevoir les cinq personnes maintenant, et effectivement chacune d’elles possédait son propre genre de charisme. Il y avait le flutiste froid et fier, le beau joueur de guqin envoûtant, la guitariste sexy et insolente, la batteuse mature et charmante et, en dernier, celui qui portait une tiare sanglante, le chanteur incroyablement magnifique arborant un sourire léger et séducteur sur son visage. Est-ce que c’est… Prince ?

Prince lâcha un petit sourire séducteur, leva légèrement un doigt à ses lèvres, émit un petit chuuuut, et parla d’une voix envoutante et décontractée. « Inutile d’en dire davantage, alors commençons simplement avec une chanson. »

Cette vie, cet amour,
Ce moment gaspillé.
Comme j’épuise ma couleur dans ton ciel,
Tes désirs, tes paroles,
Chacune de tes demandes
M’apportent en fait le bonheur,

Tout ça
Parce que tu es,

[…]

Ma source de joie, ma source de douleur

De : Papillon de Machaon (Swallowtail Butterfly)
Paroles et chanson par : Mayday

Comment devrait-il décrire les émotions qu’il ressentait en entendant Prince chanter ? La voix était résonnante et troublante sur le plan émotionnel, et pourtant il y avait une pointe de tremblement, tel un papillon bourdonnant sans regret tandis qu’il flottait directement dans des flammes. Qui plus est, l’intense battement de la batterie et les vibrations enthousiastes de la guitare faisaient battre son cœur sauvagement au rythme de la musique, presque sur le point d’exploser de toutes parts.

Après cette expérience intense, la première chanson se termina enfin, et tout le monde, lui inclus, fut laissé complètement sans voix. Mais, l’engouement brillait toujours dans leurs yeux, et des gouttes de sueur tombèrent comme ils regardaient en direction des membres du Groupe de l’Infini sur la scène.

« Ça vous a plu ? » Prince se mit à rire subitement sans la moindre restreinte, d’un rire suffisamment contagieux pour libérer les sentiments de tension dans les cœurs de tous ceux dans la foule.

« Oui ! Vous avez étés incroyables ! »  hurla quelqu’un avant que qui que ce soit d’autre puisse réagir, amenant le stade tout entier à être alors rempli d’hurlements et d’acclamations. Ce quelqu’un laissa sa voix se joindre aux grondements des masses, lui aussi.

« Dans ce cas… » Prince ferma les yeux, comme s’il se demandait quelque chose. Les fans dans le public, inquiets à l’idée de déranger le fil de sa pensée, se turent un à un…

Prince rouvrit lentement les yeux, des yeux qui étaient pleins d’émotion alors qu’il parlait d’une voix douce, comme s’il murmurait des mots doux dans un lit. « L’amour apporte toujours de tels dilemmes. Devriez-vous choisir la personne qui vous aime, ou la personne que vous aimez ? »

Le son de la flûte, solitaire de la flûte. Finalement, la voix de Prince émergea, basse et chaleureuse, tels les murmures d’un amant, désespérément triste, et pourtant avec un soupçon de douceur, se répercuta tout à coup à travers la Rhapsodie de l’Infini. Le guqin se joignit alors à la fête, avec une mélodie fluide et claire qui accentuait le ton complètement différente du son intense et résonnant de la chanson précédente…

De cette manière, il était constamment fasciné par la voix de Prince, de la première chanson, la deuxième… la cinquième… jusqu’à la dixième chanson, mais il n’en avait toujours pas assez, et éprouvait l’envie d’en entendre plus.

« La prochaine chanson va être la dernière de la journée, et c’est ma préférée d’entre toutes : “It’s My Life”. Est-ce que tout le monde pourrait répéter très fort après moi “It’s My Life” ? » Les paroles de Prince apportèrent à la fois le regret et le bonheur en même temps.

« …It’s my Life ! » Alors que Prince chantait la strophe finale, la foule toute entière tomba dans un silence complet sans précédent, où seul le son de battements de cœur pouvait être entendu à travers toute l’arène.

«  Crève, Prince ! » retentit une voix sans prévenir et, à l’instant où tout le monde leva le regard, ils ne purent voir qu’un flash argenté. Sur la scène, Prince recula vite de quelques pas.

« Prince, tu es blessé ! » Depuis les tribunes, il put apercevoir le joueur de guqin anxieusement essayer de s’avancer pour jeter un regard plus minutieux au bras gauche de Prince, qui était couvert de sang. Une femme maniant l’épée fusillait Prince du regard avec fureur depuis le côté opposé.

Prince agita la main, ne portant aucune attention à son bras gauche mutilé. Il déclara calmement : « Si je me souviens bien, je ne te connais même pas, alors pourquoi veux-tu m’assassiner et ruiner mon concert ? » Tandis qu’il écoutait depuis son siège, il commença à trembler inconsciemment. Bien que le ton de Prince fût indifférent, une pensée incontestable s’était formée dans son cœur : Prince était en colère.

« La personne qui est amoureuse de toi m’a piquée ma tendre moitié, alors je suis venu te tuer et faire en sorte que cet enflure ressente la douleur de perdre un être cher. » Les yeux de la femme épéiste brulèrent tel un brasier rageur.

Prince cligna ostensiblement des yeux,  puis s’enquit dans une totale confusion : « La personne qui est amoureuse de moi ? Tu fais référence à un gars ou à une fille ? »

La rage de la femme était suffisante pour brûler à travers les neufs couches du paradis. « Évidemment, je parle d’un gars ! »

Observant depuis la foule, il ne trouva pas du tout que la réponse était évidente. Il analysa la situation, perplexe. Comme c’est étrange. Comment ça pourrait être un gars ? Un gars t’a piqué ta tendre moitié ? De quel sexe est ta tendre moitié, dans ce cas ? Prince, cependant, ne semblait pas le moins du monde surpris. Il se contenta de se gratter la tête, et fit un geste en direction du joueur de guqin et du flûtiste, en demandant : « C’est lequel ? »

« Guiliastes, est-ce que tu te rappelles encore de moi, gamin1 ? » héla la femme épéiste.

Gui, le joueur de guqin qui se faisait appeler, secoua la tête, sans en avoir la moindre idée. « Qui êtes-vous ? »

La bretteuse serra les dents et rugit à nouveau : « Comment t’as pu oser m’oublier ? Enfoiré, est-ce que t’as également oublié Lovely Consort !? »

« Sale bâtard de gamin ! Je suis le mari de Lovely Consort. T’as du culot de m’avoir oublié. »  La femme avait l’air suffisamment en colère pour entrer en éruption à tout moment.

« Le mari de Lovely Consort ? Vous êtes Western Wind2 ? » questionna le joueur de guqin, avec incrédulité.

« C’est ça, gamin. » répondit-elle (?)3 avec une expression infernale, un accomplissement de taille, si on considérait son visage élégant et exquis.

« Comment… Comment êtes-vous devenu comme ça ? » s’enquit le joueur de guqin, son visage blême d’horreur.

« C’est entièrement de ta faute pour commencer. Et qu’est-ce qu’on a à radoter comme ça ? C’est l’heure pour moi de massacrer la personne que tu aimes, cet abruti de Prince », s’écria Western Wind. Puis, elle tira subitement son épée pour attaquer Prince.

La scène suivante resterait à jamais gravée dans sa mémoire, alors qu’il observait depuis son siège. Cette épéiste appelée Western Wind était vraiment forte : sans doute autour du niveau soixante-dix d’après ses propres estimations. Pourtant, elle ne pouvait rien faire contre Prince qui était complètement désarmé. Prince esquiva aisément la grande épée de Western Wind, et l’analysa même de la tête aux pieds avec un grand intérêt.

Prince ne put finalement plus se contenir plus longtemps et lui demanda : « Tu continues à l’appeler “gamin” comme si tu étais un vieil homme, et tu affirmes être le mari de Lovely Consort, mais clairement tu as l’air d’une femme. Alors, pour vrai, t’es un homme ou une femme ? »

La bretteuse ne répondit pas, mais continua vigoureusement à diriger ses attaques vers Prince jusqu’à ce que ses joues fussent rouges de rage. Elle cria très fort : « Enfoiré, t’es vraiment un homme ou quoi ? Tout ce que tu fais c’est esquiver. »

« Ne me dis pas que tu t’attends à ce que je reste debout sans bouger pour te laisser me tailler en pièces », répliqua Prince avec un petit rire, amusé.

« Exactement ! » hurla Western Wind avec son épée levée en préparation pour une autre attaque sur Prince. Cette fois, Prince se tint en fait immobile, sans bouger de son point d’origine. En voyant que le sang de Prince était sur le point de se retrouver éclaboussé partout sur la scène, tout le monde cria, alarmé… Toutefois, Prince donna tout à coup un coup de pied, en envoyant l’épée de la bretteuse voler haut dans les airs. Par la suite, il vit Prince utiliser un coup de pied circulaire pour expédier Western Wind hors de l’arène, puis nonchalamment attraper l’épée, tandis qu’elle tombait du ciel.

Prince ne porta aucune attention à la femme qui crachait du sang en toussant furieusement sur le sol, son visage plein de haine. Il prit son temps pour se tourner afin de faire faire au public et présenta ses excuses avec un léger sourire. « Je suis navré de cette interruption au concert. J’espère que ça ne dérange personne. Dans tous les cas, ceci marque la fin du concert de ce soir. J’espère que tout le monde continuera à supporter le Groupe de l’Infini en achetant une copie de notre portfolio à venir prochainement dans la librairie de la Cité de l’Infini, qui devrait ouvrir ses portes bientôt. »

Le concert prit fin, mais il songeait encore à tout ce qui était arrivé, tandis qu’il se baladait à travers les larges rues de la Cité de l’Infini. Il se remémora la performance extraordinaire du Groupe de l’Infini et les habiletés au combat incroyables affichées par Prince. Il avait toujours pensé que Prince était devenu un porte-parole seulement grâce à la vertu de son visage. Qui aurait cru que cette démonstration de force pouvait être si excitante à regarder ? Il ne put s’empêcher de murmurer : « Ce ne serait vraiment pas du tout une mauvaise idée de devenir un citoyen de la Cité de l’Infini. »

Notes de bas de page

1 gamin : En chinois, il fait en fait référence à lui-même en tant que “老子”, qui veut littéralement dire « vieil homme / père ». Alors, il est en train de dire qu’il appartient à une génération de plus, et ainsi mérite le respect. C’est essentiellement une insulte. Un peu comme quand les blancs appelaient les noirs « gamin / garçon / gosse / mioche / morveux / petit » pendant le règne de Jim Crow. Cette insulte est généralement employée par les hommes seulement. Il y a une alternative pour une femme, qui s’appelle “老娘” et qui veut littéralement dire « vieille femme / mère ».

2 Western Wind : L’équipe anglaise de Prince Revolution! a décidé de garder la version chinoise du nom XiMen Feng. Cependant, nous avons pris la décision de reprendre le nom qui lui a été donné dans la version manhua, qui est Western Wind, malgré le fait que « XiMen » ne veuille pas dire « Western » mais est plutôt un surnom, parce que c’est plus beau.

3(?) : Oui, c’était dans l’original et est par conséquent laissé tel quel.

1/2 Prince T4C8 : Le Journal d’Un Rendez-Vous Galant

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Tome 4 : Les Musiciens Ambulants de la Cité de l’Infini

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 8: Dating Diary – traduit du chinois vers l’anglais par Raylight[PR!]
Chapitre 8 : Le Journal d’un Rendez-Vous Galant – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

« Professeur, vous n’aviez vraiment pas à vous déranger de la sorte… » Avec une tristesse dénuée de larmes, je regardai le Professeur Min Gui Wen, alors qu’il était assis en face de moi.

« Ne vous inquiétez pas. Tant que je peux résoudre les problèmes de mes élèves, un petit service comme celui-ci ne me dérange pas du tout ! » Le sourire de Gui s’épanouit sur tout son visage, pendant qu’il buvait une gorgée de sa boisson.

Jing ! Tu vas vraiment provoquer ma mort ! Je n’aurais jamais pensé que, afin que le Professeur Min sorte avec moi, Jing aurait osé lui raconter un mensonge aussi outrageux. Même moi j’ai trouvé que son histoire était au-delà de toute logique, lorsque je l’avais entendue. Ce qui était encore plus incroyable c’était que le Professeur Min y avait vraiment cru…

Ça s’était passé ainsi : Hier après les cours, Jing m’avait poussée devant le Professeur Min.

« Professeur, nous avons un très grave et pressant problème, et j’espérais que vous pourriez nous aider à le résoudre. » Jing afficha une expression de profonde tristesse et de détresse. À ce moment-là, je ne savais pas vraiment à propos de quoi il fallait se sentir attristé et plein de détresse.

Le Professeur Min, en voyant que cette histoire avait l’air sérieuse, réconforta Jing avec son habituel sourire bienveillant. « Quel est le problème ? Prenez votre temps pour tout me raconter, ne soyez pas nerveuse. »

« En fait, c’est Xiao Lan qui a un problème. Il y a un type qui n’arrête pas d’harceler Xiao Lan. Il la harcèle depuis plus d’un an, mais il refuse toujours de la laisser tranquille. » Les sourcils de Jing se froncèrent, et ses yeux s’emplirent de larmes.

« C’est vrai ? Xiao Lan, est-ce que vous ne souhaitez pas retourner les sentiments de cette personne ? » demanda le Professeur Min.

Cette personne ? Qui est cette personne… ? J’étais complètement perplexe, et je lui retournai un regard vide d’expression.

Jing cria soudainement d’une voix forte : « Regardez, Professeur ! Xiao Lan est tellement terrorisée par le harcèlement de ce gars qu’elle en a perdu l’esprit. »

« Oh. » Le Professeur Min fronça les sourcils. « Pas étonnant que Feng Lan avait récemment eu l’air absente en cours et qu’elle s’enfuyait toujours en vitesse après l’école. »

« … » J’avais l’air absente parce que j’étais intimidée par les journalistes dehors, qui essayaient de te demander où ils pouvaient trouver Prince… Et si je ne me dépêche pas de partir après les cours, certains journalistes dont l’œil est bien trop perçant finiront par remarquer que je ressemble à Prince. Est-ce que ça ne causerait pas ma perte si ça se produisait ?

« C’est exact. Professeur, vous ne savez pas à quel point ce type est effrayant. Xiao Lan lui a dit qu’elle préférerait mourir plutôt que de l’aimer, mais c’était inutile ! Même lui botter le train avec du karaté n’a pas fonctionné. Après ça, tout ce que nous avons pu faire a été de lui dire que Xiao Lan sortait déjà avec un homme parfait, qui était beau, mature, et sur qui elle pouvait compter. Cependant, il a répondu qu’il refusait d’y croire, à moins que… » À ce stade, le visage de Jing commença à montrer des signes de réticence et d’embarras.

« À moins que ? » la questionna le Professeur Min, extrêmement sérieux.

« …À moins qu’il ne voit cet homme de ses propres yeux ! » soupira Jing. « Mais, où pourrions-nous trouver quelqu’un qui nous aide à jouer la comédie ? » Jing secoua sa tête avec désarroi.

Mon expression s’illumina brusquement comme si je venais d’être touchée par l’épiphanie. Je comprends finalement ce que Jing essaie de faire ! Mais, ce mensonge est un petit peu trop gros. N’importe qui avec un brin de jugeote le percerait à jour, alors ne parlons pas du Professeur Min Gui Wen avec son QI de 200 !

« Je comprends. Je vous aiderai à jouer cette comédie ! » Le Professeur Min laissa échapper un sourire.

Ça ne se peut pas ! Professeur Min, où est parti votre QI de 200 ? Je restai bouche-bée, alors que je contemplais le visage sincère du Professeur Min.

« C’est merveilleux, Professeur ! Dans ce cas, demain après les cours, vous pouvez emmener Xiao Lan boire un café ou faire les magasins ou quoi que ce soit. Je me chargerai d’amener l’autre gars, pour qu’il croie enfin aux paroles de Xiao Lan ! » s’exclama joyeusement Jing.

« Ok. » Le visage du Professeur Min affichait toujours le même sourire doux.

Ceci expliquait comment le Professeur Min et moi nous étions retrouvés assis à la terrasse ouverte d’un café, en buvant une tasse de café sans aucune raison apparente. Je continuai d’éprouver des doutes quant à savoir si le Professeur Min avait réellement cru en l’histoire de Jing ou non.

« Élève Feng Lan, pourquoi est-ce que cette personne n’est pas encore arrivée ? » Le Professeur Min affichait un sourire.

« Je, je l’ignore également… » Il vaudrait mieux que cette personne existe ! Je maudis Jing, dont la situation actuelle était inconnue, dans son dos.

Le visage du Professeur Min devint soudainement sérieux, et il soupira. « Élève Feng Lan, je ne pense pas que cette personne va venir, n’est-ce pas ? Ou plutôt, cette personne n’existe même pas. »

« Vous saviez ? » m’exclamai-je surprise. Puisqu’il connaissait la vérité, pourquoi a-t-il quand même accepté de venir avec moi ?

Le Professeur Min afficha un sourire forcé. « Depuis que j’ai commencé à enseigner, j’ai entendu toutes sortes de raisons pour m’inviter à un rendez-vous. Toutefois, la raison que vous avez mise sur pied toutes les deux était la plus exagérée. »

En entendant cela, je ne pus que sourire bêtement. Voilà qui a plus de sens !

« Élève Feng Lan, je dois vous avouer que j’ai déjà quelqu’un dans mon cœur, donc… » Le Professeur Min afficha brusquement une expression gênée. « Donc, j’ai bien peur de ne pas pouvoir accepter vos sentiments. »

Je restai assise là, stupéfaite pendant un moment, avant de réaliser qu’il avait cru que la raison pour laquelle je l’avais invité était que je voulais lui déclarer ma flamme.

« Élève Feng Lan, n’en soyez pas trop bouleversée. J’aime réellement déjà quelqu’un. Ce n’est pas que vous ne soyez pas assez bien… » Le professeur Min avait probablement vu mon expression pétrifiée et avait commencé à paniquer tout en essayant de s’expliquer de toutes ses forces.

« Pfft ! » Je ne pus m’empêcher de rigoler. Ce n’est pas de ma faute. Lorsque le Professeur Min est troublé, il a soudainement le regard idiot de Gui. Voir le Professeur Min, dont l’apparence est  raffinée et sérieuse, et qui porte des lunettes et une chemise blanche, mais qui révèle soudainement une expression idiote, c’est vraiment trop drôle.

« Pourquoi riez-vous maintenant ? Les femmes de nos jours sont vraiment difficiles à comprendre », murmura Gui pour lui-même.

« Est-ce que la personne pour qui vous avez le béguin est Prince ? » Je voulus soudainement entendre le Professeur Min le révéler à voix haute dans la vraie vie, en tant que lui-même.

« Oui, c’est Prince. » Même s’il voulait feindre d’être calme, le visage de Gui rougit tout de même légèrement, et il avait l’air embarrassé.

Après un instant de silence, je laissai soudainement échapper une question : « N’allez-vous pas le regretter ? Prince est un homme. »

Quand il entendit ma question, l’expression de Gui se fit soudainement pleine de profondeur. « Le regretter… ? Prince est comme une rose avec des épines. Si dans un premier temps j’avais eu connaissance de ses épines, alors peut-être que je ne l’aurais pas cueillie. Toutefois, j’ai déjà ramassé cette rose, senti sa fragrance et vu sa beauté. Si je la posais maintenant, la souffrance que mon cœur devrait supporter serait plus intense que la blessure de ma main ensanglantée, lacérée par ses épines. Par conséquent, je ne peux la reposer. »

Après un long moment, le regard intense de Gui s’estompa, et il me regarda avec un visage rouge. « Désolé, ça a dû vous sembler étrange. » dit-il

Souriante, je secouai la tête et déclarai solennellement : « Professeur, promettez-moi une chose, comme ça nous pourrons en finir ici aujourd’hui. »

« Quoi donc ? » Gui tremblait visiblement de peur.

Avec des yeux brillants, je désignai le menu et annonçai : « Pourriez-vous, s’il-vous-plaît, m’offrir une assiette de spaghettis aux moules avec une sauce au vin blanc et au bortsch1 2 ? »

« Hein ? »

Ainsi, après avoir mangé autant de spaghetti que je le voulais, le Professeur Min paya l’addition avec perplexité, et mon rendez-vous avec lui se finit sur une note satisfaisante.

 

 

Cette nuit, Jing et Yun me traînèrent dehors avec excitation

« Où est-ce qu’on va ? » demandai-je fébrilement.

« Qu’est-ce que tu racontes encore comme bêtises ? Nous allons à ton prochain rendez-vous, bien sûr », aboya Jing avec colère.

« Oh… »

« Par ici ! » Jing se cacha derrière un réverbère, pointant son doigt vers grand-frère Zhuo qui se tenait non loin de là. « Xiao Lan, j’ai dit à Zhuo Ling Bin que tu avais vraiment envie de visiter le marché nocturne3, mais que je n’avais pas le temps de t’y accompagner. Alors, je lui ai demandé d’y aller avec toi à ma place. Compris ? »

« Compris. »

« Allez, dépêche-toi de le rejoindre ! Souviens-toi de comparer les deux possibilités. » Yun me poussa soudainement de derrière le réverbère. Je n’eus d’autre choix que de m’avancer vers grand-frère Zhuo.

« Tu es là, Xiao Lan. » Grand-frère Zhuo me sourit.

« Ouais. » J’hochai la tête.

« Par quel stand veux-tu commencer ? Ou veux-tu manger quelque chose en premier ? » demanda grand-frère Zhuo, plein de considération.

« Manger. » Je n’ai jamais eu l’intention de faire les magasins, donc je peux uniquement dire que je veux manger. Ce n’est vraiment pas parce que je suis une gloutonne !

À la fin de notre promenade, je tenais du poulet rôti dans ma main gauche, du thé rouge dans ma main droite, et je mâchais les frites que je venais d’enfourner dans ma bouche… Grand-frère Zhuo m’aidait même à tenir les kebabs au poulet et les escargots à la liqueur.

« Est-ce que tu veux manger autre chose, Xiao Lan ? » s’enquit attentivement grand-frère Zhuo.

Je secouai la tête et désignai un banc du parc non loin de nous. « Allons simplement nous asseoir là-bas et prendre notre temps pour manger. »

« D’accord. »

Pendant que je travaillais sur la nourriture, je repensai à ce que m’avait dit ma mère. Elle a dit que grand-frère Zhuo m’aimait ? Hum… Il faut que je le lui demande. Pensant à cela, j’ouvris la bouche distraitement pour le questionner : « Grand-frère Zhuo, est-ce que tu es amoureux de moi ? »

Le corps de grand-frère Zhuo se figea de façon assez notable. Il tourna lentement son visage pour me faire face, ses yeux remplis d’incertitude quant à savoir s’il devait se sentir heureux ou désarmé. Il garda le silence pendant un très long moment. Finalement, il ne dit que ça : « Oui, je t’ai aimé tout ce temps, ces huit dernières années. »

Huit ans ? Mon cœur manqua un battement. Est-ce qu’il m’aime vraiment depuis aussi longtemps ?

« Tu m’as aimé pendant ces huit dernières années ? Est-ce que j’en vaux la peine ? »

« Bien sûr. » Grand-frère Zhuo répondit sans aucune hésitation.

« Mais, je ne sais pas si je t’aime ou non… Je n’arrive pas à me décider. » En voyant que grand-frère Zhuo en était clairement abattu, je me sentis un peu perdue et ne sus pas quoi faire. Est-ce que ce n’est pas extrêmement injuste pour grand-frère Zhuo ? Huit ans… C’est un fardeau tellement lourd que le simple fait d’en entendre parler me coupe le souffle.

« Ne t’inquiète pas, je t’attendrai. » Grand-frère Zhuo répondit avec une autre phrase simple.

J’hésitai un peu. « Tu… ne le regrettes pas ? Peut-être, peut-être que je… »

Grand-frère Zhuo se leva, son dos tourné vers moi, et il utilisa un ton rêveur que je ne l’avais jamais entendu prendre auparavant. « Le tournesol fait toujours face au soleil sans regrets ni complaintes. Face à la pluie ou au vent, il attend toujours le sourire chaleureux de son soleil. Même si le temps passé à attendre celui-ci est douloureux, le tournesol n’a jamais rien regretté et ne le regrettera jamais. »

En observant la large silhouette solitaire de grand-frère Zhuo, je réalisai tout à coup que ses oreilles étaient aussi rouges que des tomates totalement mûres.

« Le tournesol, hum ? » Je mâchai rapidement ma nourriture, sans faire attention à son goût.

 

 

« Qu’as-tu pensé des rendez-vous d’hier ? » me demandèrent Jing et Yun le jour suivant, avec leurs yeux grands ouverts d’excitation.

« Pas mal du tout. » Je me grattai la joue.

« Alors, comment sont les chances des deux partis ? » Yun mourrait d’envie de le savoir.

« Hum… Du côté d’un des partis, malgré le fait qu’il n’ait payé qu’une seule fois, le prix de cette unique fois était assez significatif, et m’a laissé avec un arrière-goût infini. Du côté de l’autre parti, il a payé de façon continue. Même si les prix de ce qu’il a payé à chaque fois étaient faibles, et même si le goût était inférieur au cas précédent, la totalité combinée était tout à fait remarquable », dis-je en accord avec les faits.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? » s’enquit Yun avec perplexité.

Frappant Yun sur la tête, Jing expliqua : « Gros béta, tu ne peux même pas comprendre une métaphore ? La signification est la suivante : bien que le Professeur Min l’aime depuis seulement peu de temps, il est tombé amoureux d’elle même s’il pense que Xiao Lan est un homme. Ce sacrifice est, bien entendu, très impressionnant. En plus, l’amour du Professeur est aussi passionné que le feu. Ainsi, il laisse un arrière-goût persistant. Au contraire, l’amour de Zhuo Ling Bin est aussi doux que de l’eau. Cependant, il est également semblable à un courant lent et stable. Ses sacrifices continus ne sont pas aussi impressionnants que le sacrifice du Professeur, mais quand tu prends en compte le temps total qu’il a passé à aimer Xiao Lan, les sacrifices qu’il a faits n’en sont pas moins significatifs que celui du Professeur. Est-ce que tu saisis ? »

« Ok, j’ai compris maintenant », réalisa Yun avec une expression de soudaine compréhension.

« Oui. N’est-ce pas Xiao Lan ? » demanda Jing fièrement, en voulant fanfaronner.

« Non… Je parlais de la nourriture. » Je me grattai la tête.

« La nourriture ? » Jing et Yun me fixèrent avec des yeux grands ouverts.

J’acquiesçai d’un signe de tête comme si c’était l’explication la plus naturelle qui soit. « Ouais, même si Gui m’a seulement payé un plat de spaghettis avec une sauce aux moules et au vin blanc et une assiette de borsht ; le prix du repas était au-dessus de huit cents dollars 4. C’était vraiment très cher, et les spaghettis étaient tellement délicieux que j’ai continué à conserver le souvenir du goût après coup. Quant aux friandises du marché nocturne avec Grand Frère Zhuo, même si elles n’étaient pas aussi délicieuses que les spaghettis, il y en avait une grande variété. J’ai vraiment mangé à satiété, donc le coût total ne doit pas être moins élevé que ce que m’a offert Gui. »

« … » Pour des raisons qui m’étaient inconnues, de la mousse se forma au coin de leurs bouches. Puis, ils me dévisagèrent avec des yeux blancs grands ouverts.

Finalement, Jing conclut : « Quiconque tombera amoureux de toi sera maudit pendant les huit prochaines générations. »

Achoum ! À deux endroits différents, Min Gui Wen et Zhuo Lin Bin éternuèrent simultanément.

Est-ce que quelqu’un est en train de me maudire ? Pensèrent-ils tous les deux au même instant.

Notes de bas de page

1 Des spaghettis avec une sauce aux moules et au vin blanc : Cela ressemble à cela : http://i2.dpfile.com/2008-10-09/1031423_b.jpg. Et voici la recette (en anglais) pour ceux qui sont intéressés (et qui savent cuisiner) : http://www.foodnetwork.com/recipes/giada-de-laurentiis/spaghetti-with-clams-recipe/index.html

2 Borscht: Une soupe d’origine ukrainienne qui est populaire dans de nombreux pays d’Europe de l’Est et d’Europe Centrale. C’est habituellement fait avec des betteraves et/ou de la tomate, ce qui donne une couleur rouge-violette. Pour plus d’informations (en anglais), voici le lien : http://en.wikipedia.org/wiki/Borscht

3 Marché Nocturne : Aussi connus sous le nom de bazars nocturnes, ce sont des marchés qui ont lieu la nuit et qui sont généralement organisés de façon à ce qu’on puisse se promener, faire les courses et manger d’une manière plus décontractée que dans les marchés pendant la journée.

4 Huit cent dollars : Ici la monnaie utilisée est le Nouveau Dollars Taiwanais, pas les dollars américains. 800 NDT est équivalent à environ 26 Dollars. (valeurs de décembre 2010)

1/2 Prince T4C7 : Portfolio

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Tome 4 : Les Musiciens Ambulants de la Cité de l’Infini
Roman d’origine en chinois par :
御我 (Yu Wo)


Chapter 7: Portfolio – traduit du chinois vers l’anglais par Evangeline[PR!]
Chapitre 7 : Portfolio – traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par Nocta

« Tout d’abord, permettez-moi de vous présenter les indispensables en matière d’outils pour la fabrication d’un portfolio ! Le numéro un est cette créature que j’ai ici. Petite, légère et portable, celle-ci peut être utilisée autant à l’intérieur qu’à l’extérieur ! Vous pouvez même la mettre dans un sac, de sorte qu’elle est pratique à transporter. » Lolidragon hocha la tête vers la chose flottant dans les airs, qui semblait être un globe oculaire géant avec des ailes de chauve-souris peu importe sous quel angle vous le regardiez.

Voyant que tout le monde regardait fixement l’hybride globe oculaire / chauve-souris, Lolidragon toussa deux fois, afin de récupérer notre attention. « Je lui ai donné un nom : on appelle ça un Photogistreur. Les plus grandes caractéristiques du Photogistreur sont sa capacité à prendre des photos, sa capacité de mémoire de cinq cents photos et sa capacité à enregistrer jusqu’à cinq heures de vidéo. En plus, si vous achetez de la mémoire supplémentaire, vous gagnez encore plus de capacité de stockage. Un autre point qu’on doit mentionner est la clarté numérique de cette créature, qui va jusqu’à dix mégapixels. Ses utilisations vont de prendre des photos pendant les vacances pour garder des souvenirs, à photographier une scène de crime de meurtre pour rassembler des preuves ! Il n’existe rien pour lequel il ne pourrait pas servir ! » Enfin, Lolidragon renchérit : « En ce moment, le Photogistreur est en vente dans tous les grands magasins pour animaux de compagnie ! Mais, dépêchez-vous ! Il n’y a que cinq mille créatures dans le premier lot ! »

« Ensuite, le deuxième outil, créé par Jing, a été découvert complètement par hasard. Il s’agit d’un charme d’illusion avec une garantie de qualité à 100% ! Il peut présenter toutes sortes d’illusions, en partant de milieux historiques aux décorations ornementales ! Ça aide beaucoup quand vient le temps de fabriquer un portfolio ! » déclara Lolidragon, en postillonnant, tandis qu’elle faisait sa tirade. Elle serrait une pile de papiers-charme dans ses bras.

« Lolidragon, tu n’aurais pas regardé la chaîne commerciale ETTV trop souvent, ces derniers temps ? » lui demandai-je, avec sérieux.

« Je n’achèterais jamais quoi que ce soit sur cette chaîne ! » cria-t-elle, mais ensuite elle rougit et ajouta : « Mais, comme vous le savez, Chanel a récemment changé ses saisons, alors je suis allée trouver un emploi en tant que présentatrice d’ETTV pour gagner un petit quelque chose et aller faire du shopping. »

« … » Tout le monde resta sans voix pendant un certain temps.

Je me souvins tout à coup de quelque chose. « Après qu’on aura terminé le portfolio, comment on va le distribuer ? »

« Je vais l’apporter au bureau officiel de la publication de Second Life, et obtenir une estimation sur le prix. Après avoir décidé quel sera le volume d’impression, ils l’enverront probablement d’ici quelques jours. » répondit Lolidragon. « Nous avons prévu de le vendre dans un magasin d’accessoires. »

Quoi ? Alors maintenant, mon portfolio est un accessoire ? Quel usage est-ce qu’il peut bien avoir ? Nous en servir pour distraire nos ennemis ? pensais-je, impuissant. Soudain, une idée me traversa l’esprit. « Pourquoi pas un magasin de livres ? »

« Ouvrir une librairie ? Est-ce que c’est une bonne idée ? » hésita Lolidragon.

« Ce n’est pas une mauvaise idée ! » parla soudainement Gui avec enthousiasme. « Après que la publication de livres sera devenue une possibilité, il y aura beaucoup de joueurs qui tenteront de publier leurs propres œuvres, mais peu d’entre eux peuvent faire comme nous et mettre leurs livres en vente dans une boutique d’accessoires. Mais, si nous ouvrons une librairie et permettons aux joueurs de consigner leurs livres, la commission que nous recevrions serait également un bon moyen de gagner de l’argent. »

« Mais, est-ce qu’on aura des clients potentiels ? » commenta Wicked prudemment.

« Ça dépendra de si les livres sont bons ou pas. Nous devrons choisir soigneusement les livres à consigner. Après un certain temps, je pense que certains bons auteurs feront leur apparition. Les bons auteurs signifient beaucoup de clients. En fait, la plupart des gens n’ont pas le temps de lire pendant qu’ils sont éveillés, mais ils peuvent lire des livres en utilisant le casque du jeu en mode sommeil ! Ce serait utile pour beaucoup de gens ! » déclara Gui joyeusement.

« Et puisque ça va ajouter un autre atout unique à la Cité de l’Infini, il y aura plus de gens qui voudront nous rejoindre ! » Fairsky serra les poings d’excitation.

Lolidragon haussa les épaules. « Dans ce cas, créons une librairie. Comme ça fait partie du travail du département de la construction, je vais laisser à ces deux leaders le soin d’en discuter entre eux. »

Gui hocha la tête, les yeux brillants. Il se tourna vers Fairsky, dont les yeux étaient aussi brillants, et ils commencèrent à bavarder au sujet du magasin de livres.

« Ce que je voulais dire c’est que vous pouvez en discuter plus tard, mais pour l’instant nous allons commencer à créer notre portfolio ! » déclara Lolidragon avec un sourire qui fit se redresser les cheveux de tout le monde sur leur tête. Mais, elle ajouta quelque chose qui fit se redresser mes cheveux encore plus hauts. « D’accord, alors. Enlève-moi ça. »

« Enlever ça ? Enlever quoi ? » demandai-je, idiotement.

Les yeux de Lolidragon dérivèrent de mon visage jusqu’à ma poitrine. Ce regard… je ne pus m’empêcher d’agripper fermement mon collet. Ensuite, ses yeux descendirent encore plus bas… Je saisis ma ceinture fermement, en pensant, Oh mon Dieu, Lolidragon, ne fais pas de bêtises ou bien mon portfolio risquerait de se transformer en un truc pour adulte seulement…

 

 

« Dis, je peux me reposer un peu à présent ? » la questionnai-je, encore patraque. Je n’aurais jamais imaginé que fabriquer un portfolio serait aussi difficile. C’était une épreuve de force, d’endurance, et la capacité de survivre à une douleur intense.

L’Épreuve de Force : je devais poser dans différentes positions d’une difficulté inimaginable pour que Lolidragon en prenne des photos. Parfois, je devais rester dans une position jusqu’à une demi-heure. Je soupçonnais que Lolidragon dessinait mon portrait au lieu de prendre une photo.

Le Test d’Endurance: sous l’insistance de Lolidragon afin que j’expose les deux moitiés, je pensai, Très bien, et acceptai à contrecœur. Oh eh bien, les deux moitiés d’un gars ne sont pas si attirantes de toute façon. Mais, sous la contrainte du regard de Wicked disant « Ne t’en avise pas ou tu es mort ! » et des grandes larmes dans les yeux de Gui signifiant « Votre majesté, vous ne pouvez quand même pas supporter une telle humiliation », mon geste de retirer mes vêtements se suspendit à mi mouvement. Puis, j’observai tandis que Lolidragon amenait Phoenix et Fairsky à s’opposer à Wicked et à Gui. Les deux gangs commencèrent à se disputer très bruyamment pour savoir si je devais exposer les deux moitiés ou non, me forçant à être coincé entre enlever et enfiler mes vêtements. Vraiment, à qui exactement appartiennent les deux moitiés de toute manière ?

En fin de compte, je perdis mon sang-froid. Avec une mine sombre, j’hurlai : « Fermez-la ! »

Les cinq d’entre eux se tournèrent pour me fusiller du regard à l’unisson. Ensemble, ils s’écrièrent : « Tu décides, alors ! »

Avec cinq paires d’yeux fixés sur moi, ma colère disparut complètement. Je marmonnai craintivement : « Dans ce cas, qu’est-ce que vous diriez de… d’exposer seulement la moitié de mon corps ? »

« Enlever ton chandail mais ne pas exposer l’autre moitié ? » chuchota Lolidragon, puis dit à contrecœur : « Très bien, ça règle le problème. »

« Jamais ! Celui-là va quand même le voir ! » Wicked désigna Gui.

« C’est ma réplique ! Le corps de Prince ne devrait jamais être vu par toi ! » répliqua Gui furieusement, en serrant les dents.

« Alors, qu’est-ce qu’on fait maintenant ?» demandai-je, en me grattant le visage. Ceci n’ira pas et cela n’ira pas. Ces gars-là sont encore plus chiants que les filles… pensais-je. Shhiikkkk… Tout à coup, un bruit bizarre atteint mes oreilles. Ça ressemblait à… du ruban adhésif ? Nous nous retournâmes. Il y avait Phoenix, avec deux morceaux de ruban adhésif. Elle regardait ma poitrine…

Par la suite : Si quelqu’un prétend un jour que la douleur provoquée par l’enlèvement de ruban adhésif à un endroit sensible est comparable à celle de donner naissance, je suis totalement d’accord !

Je tournai le dos au site de cette horrible séance photo, en regardant Lolidragon avec les larmes aux yeux.

« Je peux me reposer maintenant ? » la suppliai-je.

« Tu peux te reposer… » répondit Lolidragon. Mes yeux se mirent à briller. Je peux enfin visiter la Cité de l’Infini ! Je n’en peux plus d’attendre de savoir quels mets sont la spécialité de ma cité ! songeai-je, excité.

« …Pendant un bref moment. Demain, on va commencer les répétitions pour le concert. »

« Les répétitions pour le concert ? » répétai-je, stupidement.

« Oui ! Yu Lian nous supervise parce que beaucoup d’argent a été investi pour le concert », chuchota Lolidragon à mon oreille.

Ouuuuiiiiin ! C’est l’enfer ! pensais-je, au bord des larmes.

 

 

« Grand Frère, même si on commence à répéter demain et qu’il ne restera pas assez de temps pour que tu puisses sortir manger à ce moment-là, tu n’as quand même pas besoin de manger de cette manière, non ? » demanda Yun. Il me contempla avec impuissance. Je ne leur avais même pas adressé une phrase avant de commencer ma bataille avec la nourriture.

Voyant que je ne montrais aucune réaction, Jing promit également avec impuissance : « Grand Frère, si tu veux manger quelque chose pendant les répétitions, tu n’as qu’à nous envoyer un MP et nous t’apporterons de quoi manger. »

En entendant ça, je déposai enfin la cuisse de poulet que j’avais à la main, avalai une boisson pour faire descendre la nourriture et dis avec un peu d’embarras : « Merci. »

« Ralentis. Personne ne va tenter de te prendre ta nourriture. » grommela Wicked, pas très content.

« Votre Majesté, souhaiteriez-vous une autre portion de frites ? » Gui me  passa joyeusement une serviette pour m’essuyer les mains, et Phoenix m’essuya la bouche avec un mouchoir, tandis que Jing et Yun nous observaient avec envie.

« Hé, où est Fairsky ? » s’enquit tout à coup Yun, confus.

« Et Sunshine ? » ajouta Jing.

« Oh, ils sont partis faire une promenade. » leur répondis-je, en mettant le sujet de côté. Mais, je me demande pourquoi Kenshin n’y est pas allé… Ne nourris pas de soupçons : ce type ne me quitte jamais, c’est juste qu’il est trop calme. (Même cette auteure ne savait pas comment expliquer à tout le monde qu’il était en réalité toujours là. Vous ne pouvez pas simplement toujours dire qu’il est en fait assis là froidement avec un visage inexpressif, pas vrai ?)

« Wow ! C’est rare. Fairsky supporte le fait de pouvoir te quitter. » fit remarquer Jing, étonnée.

« Elle a dit qu’elle allait vérifier l’emplacement de notre librairie. » répliquai-je vaguement alors que je ne pouvais pas m’empêcher de me remplir la panse avec les frites que Gui venait de commander pour moi.

« Librairie ? Quelle librairie ? » demanda bêtement Yun.

« La Librairie de l’Infini, celle que nous allons ouvrir bientôt : le tout premier magasin de livres dans Second Life », leur annonça Gui avec des yeux pétillants. Décidément, pas étonnant qu’il soit un professeur. Commence à parler de livres et il devient fou, songeai-je tandis que je mangeais les frites.

« Dans ce cas, où allons-nous obtenir les livres que nous allons vendre ? » me questionna Jing, avec doutes.

« D’abord, nous allons mettre notre portfolio du Groupe de l’Infini en vente. En plus, je vais écrire quelques livres pour qu’on puisse les vendre. Ensuite, quand nous serons devenus célèbres, nous allons laisser d’autres personnes consigner leurs livres dans notre librairie, ou même nous allons solliciter des manuscrits, et nous les aiderons à publier le livre. Ces choses ne sont pas vraiment difficiles à faire pour moi. » Les yeux de Gui s’éclairèrent avec l’intelligence d’un QI de 200 points.

« Vraiment ? Dans ce cas… Hum… » marmonna Yun comme s’il avait quelque chose de gênant à demander.

Je me rappelai subitement de quelque chose. Jing et Yun aiment écrire des histoires. Ils me choisissent souvent comme premier lecteur pour leurs tragédies de La-Plus-Triste-Histoire-de-Tout-l’-Univers-et-de-Toute-l’-Histoire-de-l’-Humanité. Eh bien, en vérité, leurs histoires ne sont pas mauvaises ; c’est juste que les titres sont si mauvais qu’on ne peut même pas les commenter. Quel genre de titres, vous vous demandez ? Du genre comme « La-Plus-Triste-Histoire-de-Tout-l’-Univers-et-de-Toute-l’-Histoire-de-l’-Humanité » que vous venez de lire, bien sûr.

« On peut consigner nos livres dans votre librairie ? » s’exclama Jing, impatiente.

« Évidemment ! Puisque vous êtes libres, les gars, pendant les prochains jours, saisissez cette occasion pour écrire. Je vais vérifier ce que vous aurez fait, le publierai, et nous devrions être en mesure de mettre ça en place lors de la cérémonie d’ouverture. » Gui était heureux qu’il y ait quelqu’un de présent pour aider à écrire quelques livres.

« Oui ! » Jing et Yun se serrèrent dans leurs bras avec excitation.

« Oh c’est vrai, Jing, Yun, avez-vous déjà acheté une maison ? » Je me rappelai tout à coup qu’ils étaient en train de choisir une maison la dernière fois. Je me demande comment ça avance ?

« Nous en avons acheté une. C’est un cottage blanc vraiment mignon qui vient même avec un jardin ! » m’apprit Yun, joyeusement.

« Oh, je veux le voir ! » Je me levai brusquement. « Garçon, j’emporte le reste de la nourriture. »

« Désolé, je ne peux pas rester plus longtemps, Prince. » Gui se leva lui aussi, en soupirant profondément. « Yu Lian m’a dit de revenir à la conception de la scène pour le concert. Il y a également les plans de la librairie, et sans oublier les livres que je dois écrire. »

« Wow, tu es certainement très occupé. » Je n’ai vraiment aucune idée de combien de temps il passe sur notre matériel de classe. Dix minutes ? Peut-être même moins…

« Votre Majesté, même si je ne suis pas ici en personne, mon cœur restera toujours avec vous. » Gui, avec de grands yeux larmoyants, continua de me fixer du regard, jusqu’à ce que je le jette dehors, profondément agacé.

« Puisque Gui n’est plus là, je dois retourner au service militaire. Beaucoup de travail inachevé s’est accumulé. » lâcha Wicked.

Donc, si Gui est ici, tu préférerais ne pas te soucier du département militaire !?

« Dans ce cas, je ferais mieux de retourner au Ministère des Finances ; Yu Lian est sur le point d’exploser de stress… » Phoenix pâlit horriblement.

« Hé hé, c’est pas grave, vous pouvez tous y retourner. Qu’il y ait quelque chose qui se passe ou rien, ne venez pas me retrouver. » Je fis joyeusement un signe d’au revoir. C’est tellement rare ! Il y a en fait un jour où je peux rester loin de ces quatre idiots et me détendre. Je dois profiter de cet instant de paix.

« Grand Frère, n’aie pas l’air si content. Ça les rend vraiment tristes. Ils avaient tous des feux-follets de négativité flottant à côté d’eux quand ils sont partis. » Yun réprimait à peine son fou rire.

Je me détendis. « S’ils n’étaient pas partis bientôt, j’aurais probablement explosé. Maintenant, allons visiter votre cottage. »

Sur le chemin vers le cottage, Yun dit subitement : « Grand frère, il y a une question qu’on voudrait te poser… » Je le fixai du regard. Yun se contente habituellement de dire ce qu’il veut. Depuis quand a-t-il commencé à demander la permission ?

« De quoi s’agit-il ? » m’enquis-je.

« Grand Frère, est-ce que tu connais Feng Lan ? » m’interrogea Jing, et mon cœur manqua quelques battements.

J’arrêtai de marcher. Pourquoi est-ce qu’elle me demande ça ? Elle a découvert le pot aux roses ? Impossible ! C’est vraiment si facile à remarquer ? pensai-je. J’employai le ton de voix le plus calme que je pouvais rassembler à ce moment-là et répondis : « Feng Lan ? Je ne la connais pas. Pourquoi tu me demandes ça ? »

« C’est bien ce que je pensais… » marmonna Jing.

Je soupirai de soulagement.

« Après tout, affirmer que tu te connais semble assez bizarre. N’est-ce pas, Xiao Lan ? » ajouta Jing à la légère.

Après que mon pouls se fut arrêté pendant trois secondes complètes, je me couvris le visage, les larmes aux yeux. Je le savais, ils ont découvert la vérité. Je suis foutu ! C’est le pire scénario que mon secret ait été découvert par Yun, la super station de diffusion ambulante ! Une fois que les nouvelles se seront ébruitées, le simple fait de songer aux fans qui se rassembleront en nombre suffisant pour remplir les océans Atlantique et Pacifique afin de protester… Ouuuuuiiiiin ! Où est passé mon avenir ?

Jing me tapa sur l’épaule. « Ce n’est pas grave. Je comprends tes dilemmes, Xiao Lan. J’ai déjà utilisé le karaté sur Yun, et je l’ai averti que s’il révèle ton secret à qui que ce soit, mes prochains coups de karaté seront employés sur les endroits les plus vulnérables d’un gars. Donc, il ne laissera définitivement pas les nouvelles s’ébruiter. »

Ouf ! Ce n’est pas passé loin. Mais comment est-ce qu’on m’a découvert ? « Comment vous en êtes-vous rendus compte, les gars ? » les questionnai-je. « Ne m’appelez-vous pas tout le temps Grand Frère ? »

« C’était parce que tu n’as pas voulu nous dire ton nom dans le jeu ; on a dû le demander à ton frère, et il a affirmé que tu étais une travestie dans le jeu », répondit Yun.

FRÉROT, ESPÈCE D’IMBÉCILE ! Ne me force pas à te tuer pour défendre mon honneur ! Je serrai le poing et commençai à me demander si l’ajout de pesticides ou de  mort-aux-rats dans le dîner serait la méthode plus rapide.

« Nous avons donc pensé : tu es un joueur travesti et tu aimes les beaux gosses autant que moi, mais tu ne t’intéresses pas du tout à une célébrité canon comme Prince. La seule raison à ça à laquelle nous pouvions songer était que tu étais Prince lui-même. Aussi, bien que ton apparence dans le jeu et dans la vie réelle soient extrêmement différentes, tes caractéristiques de base sont tout de même très similaires, de sorte que nous t’avons reconnue immédiatement. » Jing haussa les épaules, désintéressée.

« Mais tu sais, vous deux, le frère et la sœur Feng, vous portez tellement peu attention à votre entourage que c’en est au point de pouvoir entrer dans l’Histoire. Dire que ton frère Yang Ming ne s’est jamais rendu compte que tu étais Prince, alors qu’il savait même que tu étais une travestie », s’étonna Yun avec un visage plein d’admiration.

« Personne ne pourrait être aussi bon que vous pour deviner, les gars. » grommelai-je.

« Eh bien, si ce n’était pas du fait que nous sommes doués pour deviner, de quelle autre manière est-ce que nous aurions pu connaître ta véritable identité ? Et puis qu’est-ce qui t’as pris de nous faire t’appeler Grand Frère par-ci et Grand Frère par-là !? » Jing me donna un coup sur la tête. Ouch… Pourquoi est-ce que toutes les femmes que je connais sont si violentes ? Et elles semblaient toutes me frapper à la tête.

« Je me disais qu’il n’y avait personne d’assez stupide pour continuer à nous faire confiance après autant de trahisons de notre part. C’était donc toi, après tout, Xiao Lan. Pas étonnant que tu n’aies pas arrêté de nous aider. » Yun ne put s’empêcher de se plaindre. Lui et Jing avait effectivement été tellement émus qu’ils avaient juré de suivre Prince pour toujours.

À ça, qu’est-ce que je pouvais faire sinon me frotter l’arrière de la tête et rigoler bêtement ?

« Là n’est pas la question ; la question la plus importante c’est : dans ce triangle amoureux romantique et passionnant, qui vas-tu choisir ? Le professeur ou le beau gosse plus âgé que toi ? » Jing me regarda.

« Ne pose pas les mêmes questions que ma mère, Jing. Je ne sais pas ! » Romantique et passionnant !? Jing, tes descriptions sont un peu trop exagérées. Je soupirai, impuissante.

« Pourquoi tu t’inquiètes ? T’as juste à sortir avec les deux. » marmonna Yun.

« Hé ! T’es vraiment un gars ou pas ? Pourquoi est-ce que tu dis à une fille d’avoir deux petits amis !? » hurla Jing à Yun en lui tirant l’oreille.

Je dis, perplexe : « On ne s’était pas mises d’accord sur le fait qu’il n’était pas un gars ? »

« Xiao Lan ! » Jing m’agrippa soudainement. « Tentons une expérience. »

« Une expérience ? » demandai-je, stupidement.

« Va à un rencard avec les deux dans la vraie vie ! » Les yeux de Jing étincelaient d’une manière extrêmement effrayante.

« Hein ? »

1/2 Prince T4C6 : Le Porte-Parole de Second Life

posted in: 1/2 Prince | 0

½ Prince Tome 4 : Les Musiciens Ambulants de la Cité de l’Infini
Roman d’origine en chinois par :
御我 (Yu Wo)


Chapter 6: Second Life’s Spokesperson – traduit du chinois vers l’anglais par Anglestagium[PR!]
Chapitre 6 : Le Porte-Parole de Second Life – traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par Yukomin

« Xiao Lan, je peux oublier le fait que tu sois devenue une travestie. Je peux même mettre de côté le fait que tu sois devenue un beau garçon. Mais, après tout ça, tu es même devenu un chanteur… »

Tôt le matin, je fus tirée sans ménagement de mon sommeil par ma mère. Je regardai mes parents avec un regard trouble tandis qu’ils crachaient de la salive partout en pestant contre moi, pensant intérieurement que j’avais eu de la chance de m’être fait réveillée par maman, sinon je ne sais pas si j’aurais pu garder mes sous-vêtements loin de ces fans…

Enfin, ma mère ne put plus supporter mon regard embrouillé et sans compréhension. Tirant mon oreille, elle hurla : « Est-ce que tu sais que le monde entier est à la recherche de l’Elfe Sanguinaire Prince ?! »

« Quoi ? » Je fus immédiatement sortie de ma stupeur par le choc. Le monde entier ? « Maman, tu veux dire l’ensemble de Second Life, pas vrai ? »

« Pas seulement Second Life, le monde réel est également à ta recherche ! » déclara papa, lâchant la bombe sur moi et la savourant clairement.

« Pourquoi le monde réel est-il à ma recherche ? » demandai-je, perplexe.

Maman se massa le front, comme si elle avait la migraine. « Tu ne réalises pas que ta façon de chanter est étonnante ? Beaucoup d’agences de talents, d’entreprises de mannequins et même la société de Second Life sont à ta recherche pour être leur porte-parole. »

Ma bouche s’ouvrit grande en tombant. « La société de Second Life ? Comment c’est possible ? Ils ne savent donc pas que je suis une travestie ? »

« Comment je pourrais le savoir ? » rétorqua maman avec humeur. « Je sais seulement qu’ils ont affiché des captures d’écran de toi sur la page d’accueil du site officiel de Second Life. Je les ai même imprimées. »

J’arrachai les photos de la main de ma mère. La première photo était une image de moi utilisant mon dao pour abattre une personne inconnue, la seconde était un gros plan de mon baiser avec Phoenix et Fairsky, et la troisième était la performance du Groupe de l’Infini sur la place publique. Chaque image possédait une légende sensationnelle comme « La crème de la crème de Second Life : Prince l’Elfe Sanguinaire », « Voulez-vous être comme Prince, constamment entouré de filles ? », « Rêvez-vous de devenir mondialement célèbre comme Prince ? » et « Il n’y a rien que vous ne puissiez pas faire, seulement des choses que vous n’avez jamais songé de faire. Un monde qui est 99 % réaliste : Second Life vous attend ! »

Mes mains tremblèrent comme je passais à travers la pile de photos de Prince. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? pensai-je. Comment les choses ont-elles tourné comme ça ? Sûrement, vous réalisez que, avec ces captures d’écran affichées sur la page d’accueil du jeu en ligne le plus populaire au monde, Second Life, l’exposition est même X fois plus élevée que celle des photos nues de célébrités féminines !

J’hurlai en désespoir de cause : « Qu’est-ce que– qu’est-ce que je devrais faire ? »

Mes parents me regardèrent avec des visages solennels et déclarèrent : « D’abord, va préparer le petit déjeuner. »

« Maman, papa, c’est le cadet de nos soucis ici ! » Une veine saillit sur ma tête. Je ne peux pas compter sur eux après tout…

Mais, sous le regard farouche de mes parents et de mon stupide frère, je fus néanmoins obligée de préparer le petit déjeuner avant d’aller à l’université. Je mâchai mon œuf sur pain grillé pendant que je prenais l’autobus jusqu’à l’école et, à ma grande surprise, je découvris qu’il y avait des fourgons appartenant à un groupe de journalistes à l’extérieur de l’université. Qu’est-ce qu’il se passe exactement ? me demandai-je. Mon esprit était rempli de questions pendant que je pénétrais dans l’enceinte et entrais dans la salle de classe.

Mon frère, Feng Yang Ming qui marchait à côté de moi, siffla quand il aperçut la foule de journalistes entourant le professeur Min Gui Wen. Sur un ton triomphant, il décréta : « Cette fois, le professeur a des ennuis. »

« Excusez-moi, pourquoi avez-vous décidé de former un groupe de musique au sein de Second Life ? » demanda un journaliste qui pointait un microphone sur le professeur Min Gui Wen.

« Désolé, ma classe débute maintenant, alors partez s’il-vous-plaît avant que j’appelle la sécurité », répondit franchement ce dernier.

« Trop beau… » lâcha une journaliste sans nom, avec deux cœurs dans les yeux.

Le journaliste posa implacablement une autre question : « Savez-vous où se trouve Prince en ce moment ? »

« Pas de commentaire ! » répliqua glacialement le Professeur Min Gui Wen, son expression s’assombrissant.

« Dans ce cas… »

Finalement, le gardien de sécurité se précipita jusqu’ici et chassa la foule de journalistes. Je m’assis hébétée sur mon siège, regardant le professeur Min Gui Wen qui devait évidemment avoir mal à la tête, tout en écoutant le roi des ragots Gu Yun Fei donner un rapport à la classe sur la façon dont la situation dans son ensemble s’était déroulée.

« Depuis que le Groupe de l’Infini de notre Cité de l’Infini a commencé sa tournée de concerts, ils sont devenus extrêmement populaires, et beaucoup de gens les ont suivis de la Cité de l’Étoile jusqu’aux cités de la Lune et du Soleil afin d’assister à leur performance ! » Yun arborait une expression très fière, et il se tourna même vers le professeur Min Gui Wen et le héla : « N’est-ce pas, professeur ? »

Le professeur Min Gui Wen révéla une expression de douleur. « Oui, nous avons été pourchassés jusqu’à ce que nous en devenions presque fous. »

« Je ne pensais pas que Prince serait vraiment si beau », avoua une étudiante, tenant fermement la pile de photos que j’avais vues ce matin.

« J’ai entendu dire que beaucoup d’agences de talents sont à la recherche de Grand frère », mentionna Jing anxieusement.

Yun se gratta le côté de l’oreille. « Grand frère est vraiment doué pour se cacher; même le professeur a été retrouvé le lendemain, mais il n’y a pas eu de nouvelles de Grand frère du tout. »

« Quel dommage. Si Prince faisait son apparition, il ferait assurément fureur », dit une autre étudiante avec déception.

Faire fureur ? Si moi, la seule travestie de Second Life, je devais faire mon apparition, la sensation causée serait probablement aussi grande que celle qui a entouré la vente de Second Life ! songeai-je, impuissante, sur le côté.

« C’est sûr; Prince est si beau, et il chante si bien. S’il devait devenir chanteur, il serait incroyablement populaire à travers le monde entier ! » s’exclama une autre étudiante qui était tellement sous le charme qu’elle était enterrée sous les images.

« C’est vrai ; je suis allée sur le site officiel de Second Life et j’ai téléchargé les chansons de Prince. Il y a It’s My Life et Les Rêves Veulent Voler. » Une personne leva les CD.

Il… il y a même des chansons qu’on peut télécharger ? J’allais m’évanouir.

« Gui ! Sors une minute. » La voix de grand frère Zhuo provint de la porte. Je levai les yeux de surprise à son expression désagréable… et au groupe de journalistes derrière lui.

« Quoi qu’il arrive, je reste un professeur, tu devrais montrer un peu de respect », grommela Gui, exaspéré. Il nous donna comme instruction de faire de l’auto-étude pendant un certain temps, avant de sortir.

Grand frère Zhuo rencontra mon regard durant un instant * FRISSON *, puis se tint à l’entrée de la salle de classe et annonça aux journalistes : « Le professeur et moi ignorons où se trouve Prince, et quoi que ce soit qui concerne la question du porte-parole de Second Life. Pour toutes autres questions, veuillez s’il-vous-plaît attendre après que les choses se soient réglées, et ensuite la Cité de l’Infini fera une déclaration. »

« En ce qui a trait au concert de la Cité de l’Infini, il aura lieu comme prévu », ajouta Gui.

Le groupe de journalistes continua sans cesse à poser des questions. Après un long moment, voyant que grand frère Zhuo et Gui  n’avait aucune intention de révéler quoi que ce soit d’autre, ils se dispersèrent tous en essaims en disant : « Vite, rentrez pour écrire le rapport, sinon nous ne ferons pas les journaux du soir. »

Après que tous les journalistes s’en furent enfin allés, Gui s’enquit avec inquiétude auprès de grand frère Zhuo : « Comment est la situation de Prince ? »

« Il n’a pas encore été découvert », répondit grand frère Zhuo sans changer d’expression. « Même si je pense qu’il devrait être prudent et s’assurer de ne dévoiler à personne sa véritable identité, sinon les choses vont devenir problématiques. »

La dernière phrase me visait clairement.

 

 

EN LIGNE

Après avoir terminé le cours comme si j’étais assise sur un tapis d’aiguilles, je courus littéralement jusqu’à la maison, enfilai le casque de jeu, ouvris le canal de message privé, et entrepris rapidement de gémir le nom de Lolidragon. « Lolidragon, qu’est-ce que c’est que cette histoire de porte-parole de Second Life !? »

La voix impuissante de Lolidragon me vint en retour : « Je suis désolée, c’était la décision des hauts-placés de la compagnie. Je ne pouvais rien y faire. »

« Qu’est-ce que tu veux dire par tu ne pouvais rien y faire ? » la questionnai-je. « Tu sais que je suis une travestie, je ne peux pas être le porte-parole de Second Life ! »

« Bien sûr que tu le peux, tu vas simplement être un porte-parole virtuel. »

« Un porte-parole virtuel ? » C’est censé être quoi, ça ? pensais-je, fronçant mes sourcils ensemble.

« La seule chose que tu ne peux pas faire c’est apparaître dans la vie réelle. Tout le reste, comme les photos, les publicités, ou même les chansons, ne pose pas de problème. Voilà pourquoi les hauts-placés ont décidé de te permettre d’être un porte-parole en ligne ainsi qu’à la télévision », expliqua Lolidragon. « Tu n’as pas besoin de révéler ta véritable identité. »

« Mais, mais… » Je tentai de m’y opposer.

« Cela permettra également de créer un grand nombre d’avantages pour la Cité de l’Infini et le Groupe de l’Infini », renchérit Lolidragon avec enthousiasme. « Même si c’est seulement pour faire la réputation de la Cité de l’Infini, il existe déjà de nombreux bénéfices. Savais-tu que malgré le fait que la Cité de l’Infini ne soit pas encore ouverte au public, il y a déjà des tonnes de gens qui attendent à l’extérieur de la ville ? Sans oublier ceux qui veulent se joindre à l’armée de la Cité de l’Infini ! Il y en a tellement que nous devons passer par un processus de sélection strict maintenant. »

« Mais… » Je voulais encore protester.

« Il y a un autre point aussi. Il y avait eu des difficultés dans la mise en œuvre de l’album photo dont nous avons parlé avant, et la distribution de livres et de CD dans Second Life était quelque chose d’impossible à faire auparavant. Cependant, à cause de toi, la compagnie a maintenant spécialement développé ces nouvelles fonctions. Tu dois avoir une bonne idée d’à quel point ça aide l’économie de la Cité de l’Infini, pas vrai ? » Les dernières paroles de Lolidragon étaient sur le point de briser mon cœur encore protestant.

« Je pense quand même que… »

« Il y a aussi une indemnité de porte-parole; donne-moi juste tes coordonnées bancaires et l’argent te sera transféré », ajouta Lolidragon en guise d’attaque finale.

« Je suis ravi d’être le porte-parole de Second Life. Prends bien soin de moi, Lolidragon », répondis-je sans la moindre hésitation.

« … »

De l’argent ! Génial, je peux enfin résoudre la situation difficile à laquelle je fais face à cause de mes parents qui ne gagnent toujours pas d’argent. Ce soir, nous allons tous manger du ragoût de bœuf de flocon de neige1 pour célébrer ! pensai-je, tout sourire. On va manger du bœuf. La sensation d’être un porte-parole n’est pas mal du tout !

 

 

Alors que je me réjouissais encore d’avoir pu manger du ragout de bœuf, quatre ombres jaillirent soudainement devant moi. Il s’agissait des gens qui s’étaient déconnectés en même temps et au même endroit que moi la nuit dernière : les membres du groupe de l’Infini. Se rassemblant autour de moi avec des expressions mauvaises sur leurs visages, ils s’écrièrent à l’unisson : « Prince ! C’est quoi cette histoire de porte-parole ? »

« Euh… » Je ne pus que répéter exactement ce que Lolidragon venait de me dire.

« …Bref, je suis, sans aucune raison, devenu le porte-parole officiel de Second Life. » Je soupirai. Je suis vraiment trop ignorant ; je ne savais pas que jouer à un jeu pourrait causer des problèmes. Voilà que maintenant Second Life a expliqué mon ignorance en disant que c’était la vraie façon de jouer à un jeu de fantaisie 99% réaliste, songeai-je avec la tête qui me tournait.

Après avoir écouté mon explication, les membres du Groupe de l’Infini me dévisagèrent tous avec exaspération.

Ils restèrent ainsi pendant un certain temps. Et moi, voulant rompre le silence grave, je n’eus pas d’autre choix que de revêtir une expression joyeuse et souriante et de lâcher : « Il nous reste encore un concert à tenir dans la Cité du Soleil, est-ce que tout le monde est prêt ? »

« On peut répondre non ? » me demanda tout le monde, pâle.

Mon visage s’allongea. « J’ai aussi envie de répondre non, mais aujourd’hui nous devons terminer ce concert, puis nous dépêcher de rentrer à la Cité de l’Infini, parce que Lolidragon a dit que nous devons faire un album photo… »

« Quoi ? Un album photo ? » Les expressions de Wicked et de Gui changèrent toutes les deux, en particulier celle de Wicked, dont l’expression atteignait le point de congélation.

« Oui, un album photo. » J’haussai les épaules avec impuissance. « Ne croyez pas que je sois le seul qui doive le faire ; tous les membres du Groupe de l’Infini sont obligés. »

« Mais Prince, ce sont seulement tes photos qui vont aller sur le site officiel, alors ne le fais pas ! Pourquoi est-ce que tu dois être le porte-parole officiel ? Il y aura encore plus de rivaux amoureux ! » s’exclama obstinément Fairsky.

« Ah la la.. » Phoenix soupira, affligée.

« Ne deviens pas le porte-parole, Prince. » Fairsky me saisit le bras avec anxiété.

« Je ne peux pas, j’ai déjà annoncé à la société de Second Life que j’étais d’accord… » Plus important encore, j’ai déjà pris la moitié de l’argent et mangé le ragoût ; qu’est-ce que je peux faire d’autre ?

« Refuse ! » Fairsky me regarda avec des yeux en colère.

« Je ne peux pas. » Je n’arrivais pas à libérer mon bras de l’étreinte de Fairsky, donc je ne pus que la traîner jusqu’au tapis volant avec moi. « Allons-y tout le monde, et terminons le dernier concert de cette tournée. »

« Je te défends d’être le porte-parole, sinon je ne jouerai plus pour le groupe ! »  Dans un moment de désespoir, Fairsky me menaça.

C’est sacrément énervant, pensai-je comme deux veines apparaissaient, traversant mon front. Être poursuivi par d’innombrables louves, avoir à devenir le porte-parole, avoir à organiser des concerts, et même avoir à faire un album photo… Plus important encore, je ne peux pas permettre à qui que ce soit de découvrir ma vraie identité, en particulier avec Jing et Yun qui continuent de m’interroger à l’école sur mes coordonnées actuelles dans le jeu… Les événements récents m’énervent et me contrarient, et je dois encore me confronter à l’entêtement de Fairsky. Je n’ai pas que ça à faire !

« Arrête de m’emmerder. Je vais définitivement être le porte-parole, que tu décides de jouer pour le groupe ou non ne tient qu’à toi ! » la réprimandai-je avec colère.

« Tu, tu… » Les larmes montèrent aux yeux de Fairsky, mais elle s’obstina à ne pas leur permettre de tomber.

À cette vue, la moitié de mon cœur s’adoucit, regrettant instantanément d’avoir crié sur Fairsky sans raison. Même si je suis de mauvaise humeur, je ne peux pas tout jeter sur Fairsky. J’étais sur le point d’ouvrir la bouche et de lui présenter des excuses quand…

Sa tête pendante, les larmes de Fairsky se mirent finalement à couler. Elle les essuya sur sa manche, puis se retourna et s’enfuit en courant…

« Fairsky ! » commençai-je à crier, mais elle ne s’arrêta pas.

« On a déjà dépassé l’heure prévue pour le concert », annonça Wicked en fronçant les sourcils.

« Mais, Fairsky ? » J’observai anxieusement Fairsky tourner dans une ruelle.

« Je vais la trouver », déclara Sunshine. « Kenshin et moi, nous nous sommes beaucoup promenés dans les environs de cette zone ces derniers temps, et nous connaissons bien les routes.

Je réfléchis avec inquiétude pendant une minute. « Ok, Sunshine, va trouver Fairsky. Kenshin, tu devrais rester avec nous ; tu dois encore veiller sur Phoenix tout à l’heure. »

« Ok », répondirent à la fois Kenshin et Sunshine.

Je regardai dans la direction par laquelle Fairsky s’était enfuie une dernière fois, rempli d’auto-reproche sans limite, en espérant que je n’avais pas commis une erreur irréversible.

C’était assez étrange de jouer sur scène avec une personne en moins. Même si je chantais du mieux que je le pouvais, je me sentais inquiet, espérant que Sunshine trouverait Fairsky rapidement et aussi qu’elle n’était pas vraiment en colère contre moi.

Ce fut seulement quand nous eûmes terminé le concert et repéré la silhouette de Fairsky sur le tapis volant que Sunshine avait amené pour nous sauver que je relâchai le poids que j’avais sur le cœur.

« Fairsky, je suis désolé, c’est seulement parce que j’étais de mauvaise humeur que je t’ai crié dessus. S’il-te-plaît, pardonne-moi ! » Mes mains jointes, je m’excusai à Fairsky.

« Hmph ! » Fairsky bouda et se détourna.

Impuissant, je me grattai le visage. « Plus tard, nous devons prendre des photos, Fairsky. Est-ce que tu veux les prendre ? À moins que… tu veuilles quitter le groupe ? »

En entendant cela, Fairsky se retourna et cria : « Je ne pars pas ! Je veux les prendre. »

Voyant le visage boudeur de Fairsky, je ne pus pas m’empêcher de pouffer de rire, puis j’utilisai une voix câline et dis : « Ok, ok, nous allons les prendre ensemble. »

« Votre Altesse, nous sommes arrivés à la Cité de l’Infini. » Gui pointa avec excitation en bas du tapis volant.

« Merveilleux, nous sommes enfin rentrés à la maison. » Je contemplai avec joie notre maison, la Cité de l’Infini.

La maison a vraiment quelque chose de familier. Là ! Lolidragon est là-bas à crier et à agiter la main vers nous. Pensais-je, en agitant joyeusement et vigoureusement la main en retour à Lolidragon.

La voix brisée de Lolidragon flotta vers nous. « Prince, fais attention ! Nous sommes en train de tester une nouvelle barrière, ne t’approche pas… »

« Hein ? » Nous étions encore en train de nous demander ce que Lolidragon voulait dire quand…

BANG !

Lolidragon observa les gens sur le tapis volant être aplatis contre la barrière pour ensuite glisser jusqu’en bas du bouclier de forme ronde, comme s’ils étaient de petits oiseaux qui s’écrasaient contre une fenêtre en verre. Elle ne put que se murmurer à elle-même : « Trop tard. »

« Le Bouclier Géant en Forme d’Œuf, comme son nom l’indique, est en forme de coquille d’œuf géante, et peut protéger fermement tout ce que vous souhaitez protéger. La zone qu’il couvre continue à s’étendre chaque fois que je monte de niveau, et maintenant il couvre environ un cinquième de la Cité de l’Infini. Si je ne bois pas de potions de mana, je peux le maintenir pendant environ 10 minutes, mais si je bois une quantité infinie de potions de mana, alors je peux le maintenir pendant au moins deux heures. Ça va certainement être d’une très grande aide dans la protection de la cité. »

Après avoir dit ça, Yun se gratta l’arrière de la tête avec embarras. « Sauf que, Grand Frère, je n’aurais jamais cru que vous seriez les premiers à la tester, les gars. »

« La prochaine fois, explique-moi ce que fait ton Bouclier Œuf Truc Machin avant que je me casse le nez, d’accord ? » lui répondis-je avec une expression désagréable.

« C’est un Bouclier Géant en Forme d’Œuf », me corrigea Yun.

« Grand Frère, j’ai inventé un nouveau papier fu illusion. » Jing se hâta de sortir un tas de papiers fu pour me les montrer, comme si elle présentait un trésor précieux.

Je m’enquis curieusement : « Un papier fu illusion ? Qu’est-ce que ça fait ? »

Jing toussa plusieurs fois et commença à expliquer : « Les papiers fu illusion sont capables de créer des illusions, comme l’indique leur nom. Premièrement, pour les utiliser, lorsque l’exorciste crée le papier fu, il insère diverses illusions en lui. Ensuite, lorsqu’on se sert du papier fu, quelle que soit l’illusion qui a été insérée tout à l’heure apparaîtra dans la zone. Par exemple, si je pensais à un désert à ce moment-là, dans ce cas quand j’emploierais ce papier fu, l’image d’un désert apparaîtrait. Même si les créations sont seulement des illusions intouchables, ces papiers fu seront certainement d’une grande aide pour semer la confusion chez l’ennemi. »

« Oh ? Ça a l’air intéressant, je vais essayer. » J’en pris un avec enthousiasme pour jouer avec. Comme je tendais la main et lançais le papier fu, tout le monde se tordit le cou, en attendant de voir le résultat.

« Tout le monde semble si insouciant. Vous n’avez donc pas tous des choses à faire ? » La voix de belle-sœur Yu Lian retentit tout à coup de derrière moi, sur ce ton exceptionnellement doux qui me faisait si peur que la chair de poule apparut partout sur ma peau.

« I-Il y a des choses à faire, je vais aller m’en occuper tout de suite. » Je me retournai et la première chose qui entra dans mon champ de vision ne put être que l’ombre du sourire mortel et effrayant de belle-sœur Yu Lian.

« Alors tu ne vas pas vite aller les faire ? » parla de nouveau belle-sœur Yu Lian en souriant.

« O-Oui… » Je regardai à gauche et à droite, souhaitant qu’il y eût instantanément un travail que je pourrais faire…

Jing toussa encore. « Euh, Grand Frère, c’est… »

« Ne me dérange pas ; je cherche quelque chose que je peux faire. » Oh, là-bas les gens semblent occupés, je pense que je vais aller les aider à déplacer les morceaux de bois. En voyant le sourire de belle-sœur Yu Lian, je pris mes jambes à mon cou et courus pour rejoindre les rangs des déménageurs de bois.

« Grand Frère… » Jing me fixa avec exaspération, tandis que je déplaçais avec enthousiasme le bois.

« Prince, qu’est-ce que tu fiches ? » Lolidragon, qui venait tout juste de se précipiter vers moi, m’observa avec surprise en train de jouer les déménageurs de bois.

Je posai le bois avec une expression gênée. « Euh, belle-sœur Yu Lian m’a dit de chercher un travail à faire. »

« Yu Lian ? » Le visage de Lolidragon exprimait une totale confusion. « Elle n’est pas dans le bureau du Ministère des Finances ? Tout à l’heure quand je suis sortie, j’ai vu qu’elle était encore là. »

« Comment c’est possible ? Belle-sœur Yu Lian n’est-elle pas juste… » Je pointai l’endroit où belle-sœur Yu Lian se trouvait il y a un instant, uniquement pour découvrir qu’elle n’était plus là. J’étais complètement confus. Mais, qu’est-ce qu’il s’est passé ?

Jing sourit avec impuissance. « Grand Frère, c’était l’illusion qui est sorti du papier fu illusion. Juste au moment où je faisais l’insertion d’une illusion dans ce papier fu, belle-sœur Yu Lian se promenait dans les alentours afin de superviser le travail des gens, alors… »

« Alors, tu as accidentellement inséré cette image, et c’est par hasard que je l’ai choisi ? » Le coin de ma bouche tiqua. Ce n’est pas le genre de chance que n’importe qui peut avoir.

Jing me sourit avec excuse.

« Oublions ça, oublions ça. Vraiment, je suis presque mort de peur à cause de vous deux, bande de clowns », déclarais-je pendant que je me tapotais la poitrine avec soulagement, encore secoué par ce qu’il était arrivé avant.

« Grand Frère est si facile à effrayer, je crains que tout à l’heure il meure vraiment de peur », affirma Jing, en souriant radieusement.

Je déglutis, pensant, Il semblerait qu’il y ait une sorte de message caché dans cette phrase ? Et ce n’est pas un message caché très agréable non plus ! « Qu’est-ce que tu veux dire ? »

« Cérémonie. De. La. Parade. Militaire ! » articula Lolidragon, sa voix résonnant.

« Hein ? » J’étais encore confus sur ce qu’était une Cérémonie de la Parade Militaire, malgré le fait que Lolidragon m’eût déjà traîné au loin avec impatience.

Après que Lolidragon m’eut traîné jusque dans la chambre, elle sortit un ensemble brillant d’armure légère couleur d’argent de son sac d’inventaire, qui avait l’air de m’être destiné.

« Pourquoi je dois aller à une parade militaire ? » la questionnai-je, terrifié, avec les membres tremblotants. Est-ce qu’il y a une erreur ou quelque chose comme ça ? Moi, une fille qui n’a même pas besoin de rejoindre l’armée, je dois participer à une parade militaire ?

« Parce que tout le monde veut voir quel genre de personnalité le suzerain possède. » répondit nonchalamment Lolidragon  alors qu’elle m’aidait à revêtir l’armure légère couleur d’argent.

« Ce n’est pas juste cette personnalité-ci ? » dis-je en riant amèrement.

Lolidragon secoua la tête. « Je dois d’abord t’avertir : si tu te présentes avec ta personnalité normale et ridicule à la parade militaire, je te promets que le Département Militaire sera le premier à te tuer.

« Oh, le Ministère des Finances et le Ministère de l’Agencement Territorial ne te laisseront pas t’en tirer non plus », ajouta-t-elle, distraite. « Maintenant que tu es devenu le porte-parole, tes manières de majesté ont recruté beaucoup de soldats pour nous, de sorte que le Département Militaire est extrêmement heureux. De plus, il y a une énorme foule de touristes qui attend devant les portes, et il y a tant de gens qui attendent en ligne pour acheter des maisons dans la Cité de l’Infini que ceux-ci se battent en duel pour les avoir. Le Ministère des Finances et le Ministère de l’Agencement Territorial de la ville ont été en mesure de pousser un énorme soupir de soulagement ! »

« En plus, toi, le porte-parole, tu es très important pour Second Life, donc si tu oses ruiner ton image à la cérémonie, le nombre de personnes qui essaieront de te tuer va remplir l’océan Pacifique. »

Je fis la grimace et répliquai : « Vrai, et si je devais annoncer mon statut de travesti, dans ce cas l’océan Atlantique pourrait très bien être rempli lui aussi. »

« Ok, ok, ne sois pas si déprimé. Il s’agit seulement d’afficher l’attitude de l’Elfe Sanguinaire, de monter sur scène et de prononcer quelques mots. Après ça, il n’y a rien d’autre », me consola Lolidragon, tapotant mon dos après qu’elle eut fini d’arranger mon armure.

« Mais, je vais devenir nerveux. » Découragé, je songeai, En écoutant ce que Lolidragon a dit il y a un instant, il y a forcément cinq mille soldats de présent. Cinq mille ! Bon sang, d’où est-ce qu’ils peuvent tous provenir ? Je ne suis devenu le porte-parole il y a que quelques jours, pas vrai ? Ah la la, si je pense à environ cinq mille paires, ça fait dix mille yeux qui vont me regarder. Comment je peux ne pas être nerveux ?

Lolidragon éclata de rire à quelques reprises. « Calme-toi, calme-toi, tu crois que je ne te comprends toujours pas ? Dès que tu montes sur scène, tu te transformes automatiquement en l’Elfe Sanguinaire qui n’a peur de rien. »

« Vraiment ? » demandai-je, déprimé.

« Vraiment. Maintenant, vas-y ! » Lolidragon me poussa avec force.

Ce n’est pas nécessaire de me pousser si durement. Me plaignis-je tranquillement, en regardant vers le couloir menant aux lieux de pratique. Habituellement, vous pouviez simplement effectuer quelques pas et être déjà arrivé au bout, mais aujourd’hui le couloir semblait être anormalement difficile, long et sombre. Et tandis que mes pas étaient normalement rapides et légers, en ce moment même lever mes pieds semblait pénible.

« On y va. » Lolidragon me tapota l’épaule.

« Prince, comment se fait-il que tu sois encore là ? Tout le monde t’attend. » Grand frère Wolf approcha avec son sourire laid familier.

« Grand frère Prince, tu es rentré ! Tu as manqué à Doll ! » Doll se jeta sur moi, me donnant un gros câlin.

Je retournai l’accolade en souriant. « Tu n’as pas peur que je te vole ta nourriture ? »

Doll sortit la langue de façon mignonne.

« Prince, cette armure te va vraiment à merveille ! » Les yeux de Gui étaient remplis d’entichement, et je lui donnai une claque sur la tête.

« Dépêche-toi d’y aller, Prince. » Belle-sœur Yu Lian continuait de sourire, avec un sourire rempli d’encouragement.

« Oui, allons-y. » J’arborai un sourire détendu, des pas vifs se déplaçant progressivement vers la lumière éblouissante au bout du couloir, avec mes coéquipiers d’Odd Squad suivant derrière moi.

Dès que je sortis du couloir, la lumière du soleil accablante était si brillante que je pouvais à peine ouvrir les yeux. Je posai le dos de ma main sur mon front pour mettre de l’ombre sur mes yeux jusqu’à ce qu’ils se fussent habitués à la lumière, avant de redescendre  ma main et d’observer les personnes présentes. Rose et Broken Sword me souriaient radieusement, Legolas affichait encore une attitude froide, Li’l Strong transportait sa grande hache, et For Healing Only restait, de tous les prêtres que j’avais vu, le guérisseur qui avait le plus l’air d’un prêtre.

Je dépassai en souriant la Team Rose, après eux venaient les membres de Dark Emperor. L’arrogance de Ming Huang donnait l’impression qu’il nécessitait encore plus de discipline, Heartless Wind avec son air charmant qui était faux et irritant, et Wicked arborait son expression glaciale habituelle, seuls ses yeux montraient son inquiétude et son anxiété.

Nan Gong Zui, avec Ice Phoenix, White Bird, Kong Kong et le reste des Lames Vertueuses, contemplèrent fièrement les autres soldats comme s’ils exhibaient un trésor. En même temps, ils cherchaient nerveusement des signes de mécontentement de ma part.

À ce stade, j’aperçus enfin le grand terrain d’entraînement, qui était en fait rempli à craquer de gens, et directement en face de moi se trouvait la scène. C’était très évident : je devais monter sur la scène, puis afficher l’attitude du Prince Sanguinaire et employer mon statut de suzerain de la Cité de l’Infini pour accueillir tout le monde.

D’une humeur exceptionnellement calme, je montai lentement pas à pas les marches d’escalier jusque sur le podium. Sous les regards attentifs de tout le monde, je me tins là avec un sourire qui était calme et constant.

« Je suis le suzerain de la Cité de l’Infini, également connu sous le nom de Prince l’Elfe Sanguinaire. » Allant droit au but, j’identifiai mon statut.

« Ça n’a rien d’extraordinaire ; c’est seulement mon rôle dans la Cité de l’infini. Tout comme la façon dont vous êtes les soldats et les protecteurs de la ville, je suis le suzerain de cette cité. Pour moi, que vous soyez un soldat dans l’armée, ou un seigneur dans un château, nous faisons tous partie de la Cité de l’Infini. En d’autres termes, nous formons tous la Cité de l’Infini, et la Cité de l’Infini nous représente. Tous ensemble, élargissons la Cité de l’Infini jusqu’à l’infini, et créons une présence éternelle dans Second Life », finis-je, sonore et énergique.

Sous les regards brillant d’admiration de ceux sous la scène, je quittai majestueusement cette dernière, tandis que le Département Militaire reprenait les rênes et commençait à organiser les soldats en groupes, et à expliquer les opérations militaires ainsi que les exercices de formation, etc. Bref, tout ça n’avait rien à voir avec moi, et je ne comprenais pas l’organisation militaire de toute manière. Je marchai hors du podium, vis Lolidragon agitant violemment la main vers moi, et je n’eus pas d’autre choix que de la suivre…

« Je ne pensais pas que quelqu’un comme toi sur scène pouvait en fait parler comme un humain », murmura Lolidragon en face de moi.

« Hé ! C’est quoi ce genre d’attitude ? Je parle facilement comme un humain normal ! » réfutais-je, en levant les yeux au ciel.

« Oh vraiment ? “J’ai faim” compte également comme parler comme un être humain ? » demanda Lolidragon.

Légèrement coupable, je répliquai : « Les humains peuvent aussi avoir faim… Dans tous les cas, où est-ce que tu m’emmènes ? »

« Faire. Un. Album. Photo ! » Encore quatre mots sonores et insistants.

Note de bas de page

1 Bœuf de flocon de neige : Une sorte de viande de haute qualité dont les marques de rayures du gras à l’intérieur des muscles ressemblent à des flocons de neige, d’où le nom.

1 2 3 4