La Légende du Chevalier du Soleil T4C2 : Un Puissant Destrier

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : 我 (Yu Wo)


Chapter 2: A Powerful Steed – traduit du chinois à l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 2 : Un Puissant Destrier – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Iacchi raconta qu’après que la licorne se fût libérée, toute la ville avait été barricadée. On n’avait laissé que quelques passages de taille humaine pour y entrer, donc la licorne n’avait absolument pas pu s’échapper de la ville pour le moment. Cependant, pour une raison que l’on ignorait, même si des recherches avaient été menées méticuleusement pendant toute la nuit, la licorne n’avait pas encore été retrouvée.

Pour empêcher que la situation ne traînât trop en longueur, ce qui pourrait conduire à la fuite de la licorne ou à sa capture par un contrebandier, la Guilde des Aventuriers avait décidé d’offrir cinq cents ducats d’or comme récompense à quiconque parviendrait à la capturer. Les seules restrictions étaient que la licorne ne devait pas être tuée ou sérieusement blessée.

Je me mis à analyser les informations d’Iacchi, mais peu importe sous quel angle je les retournais, je ne pus que conclure que la première chose à faire était d’attraper la licorne avant quelqu’un d’autre.

Chaque minute compte ! Je demandai immédiatement aux autres : « Où est mon équipement ? »

En entendant mes mots, Sybil et Yuna échangèrent un regard. Ensuite, la première retira à contrecœur un badge et le contempla longuement avant de le placer dans ma main.

Je regardai le badge. Il faisait approximativement la taille de ma paume et était fait de métal, mais un très fort élément des ténèbres l’enveloppait. Il me fallait fournir un grand effort pour parvenir à distinguer l’élément de métal caractéristique de l’élément des ténèbres qui l’entourait, afin de voir la véritable forme du badge.

Un motif était gravé dessus : de simples lignes qui formaient un très imposant… animal.

Pendant un instant, je ne parvins pas à me rappeler de quel genre de créature il s’agissait. Je n’en avais probablement pas rencontré très souvent auparavant. Pourtant, le badge me semblait très familier, donc il devait être à moi.

J’attendis un peu, mais aucune d’entre elles ne fit le geste de me donner d’autres objets. Surpris, je leur demandai : « C’est tout ? Je n’ai même pas une épée ? Où sont mes vêtements ? »

Même si je portais des vêtements en ce moment, ils ne consistaient qu’en une simple chemise blanche et un pantalon marron. Mon instinct me disait que ce n’étaient pas mes vêtements et qu’il fallait absolument que je récupère mes habits d’origine quoi qu’il advînt… Ce n’était pas ces guenilles bon marché !

« Tu es un guérisseur. Les guérisseurs n’utilisent que des bâtons, pas des épées. »

Yuna me donna une explication détaillée. « Tes vieux vêtements ne peuvent plus être portés non plus. Nous t’avons trouvé dans la forêt, et tu étais entouré d’arbres et d’herbe carbonisés. Tout ton corps était brûlé, tes vêtements étaient noircis et déchirés, et ton bâton… Désolée, mais je pense qu’il a dû être consumé par les flammes. »

Consumé par les flammes… Pourquoi est-ce que je ne me sens même pas le moins du monde attristé en entendant cela ?

Quelque chose ne me semble pas normal, puisque cela aurait dû être un objet très précieux pour moi, n’est-ce pas ? Pourtant je ne me sens pas du tout attristé par sa perte. En y réfléchissant bien, peut-être que ce que j’ai perdu ne peut pas être détruit par le feu ?

J’imagine qu’il me faut laisser cette question de côté pour le moment. Je continuai à les interroger : « Il n’y a vraiment rien d’autre ? »

Yuna et Sybil secouèrent toutes les deux la tête.

Vraiment ? Je touchai l’espace devant ma poitrine. Je continue à avoir l’impression que je devrais avoir autre chose avec moi… Oh, tant pis !

« Très bien ! Maintenant, la première étape est de capturer une jeune vierge… »

« Tu veux vraiment capturer une vierge ? » laissa échapper Igor, choqué. Puis, il jeta un autre regard qui faisait pitié à Yuna avant de se tourner vers moi. « Tu ne peux pas deviner qui est vierge simplement en les regardant, alors comment comptes-tu en attraper une ? »

Je répondis comme s’il s’agissait d’une évidence : « Pourquoi ne pas attraper une petite fille ? Après tout, quand nous aurons fini d’attirer la licorne, nous pourrons simplement la ramener à sa maison ! »

« Capturer une petite fille ? Ça ne me paraît pas être une très bonne idée… » répliqua Woodrow qui était quelque peu troublé.

« Évidemment que ce n’est pas une bonne idée ! Nous ne pouvons absolument pas faire ça ! » Yuna me fixa avec un regard plein de colère. « Nous ne pourrions jamais faire une chose pareille, tu le regretterais forcément plus tard. Tu es un guérisseur du Dieu de la Lumière. Tout le monde sait que les guérisseurs du Dieu de la Lumière sont les personnes les plus gentilles qui soient. Si tu retrouves tes souvenirs après avoir fait tout cela, tu seras sûrement rempli de remords pour le restant de tes jours ! »

Rempli de remords pour le restant de mes jours ? Je me figeai. Suis-je… vraiment une personne si gentille ?

« Pourquoi es-tu si inquiète ? » se moqua Iacchi. « Nous n’avons pas besoin de capturer une petite fille, nous pouvons simplement en embaucher une ! »

Il hocha la tête et affirma en connaissance de cause : « Nous pouvons chercher une fille issue d’une famille pauvre. Pour dix ducats de bronze, nous pouvons l’embaucher pour une journée entière. Mais, nous devons faire attention à en employer une qui soit suffisamment jeune. Autrement elle pourrait ne plus être vierge. On n’y peut rien, puisqu’on parle d’une fille qui vient d’une famille pauvre après tout ! Dix ducats de bronze seront amplement suffisants pour l’embaucher toute une journée, peu importe ce que nous voudrions qu’elle fasse pour nous, hehehe… »

« Iacchi ! » le réprimanda Yuna d’une voix forte.

Iacchi haussa les épaules et s’arrêta de parler.

Je devins silencieux. Après avoir écouté les arguments d’Iacchi, je me sentais un peu inconfortable. Peut-être que Yuna a raison, et qu’il se pourrait que je ne sois pas une mauvaise personne après tout. Si je capture une petite fille, peut-être que j’éprouverai réellement des remords pour le reste de ma vie… Mais ! Puisque nous pouvons en engager une, tout devrait bien aller.

Pas besoin de capturer une petite fille, pourtant la mission nous est toujours ouverte… Je peux faire face à ma conscience aussi bien qu’à mon amour pour l’argent de cette façon. C’est vraiment la meilleure solution pour les deux mondes ! Il faut absolument que je prenne exemple sur Iacchi dans le futur ! 

Après avoir pris ma décision, je souris à Iacchi. Cependant, pour une raison quelconque, il ne fit que me rendre un fin sourire suffisant.

« Je comprends, tu peux aller embaucher une fillette », dit Iacchi. Il secoua la tête. D’abord, il afficha un air qui semblait dire que j’étais une cause perdue, puis il m’adressa un regard sournois tout en me lançant un clin d’œil. Finalement, il murmura : « Mon frère, ne suis-je pas sympa avec toi ? Chaque fois que tu me soigneras, assure-toi d’y mettre plus d’effort ! »

Peut-être que je ferais mieux de ne pas prendre exemple sur lui après tout.

« Hors de question ! » Yuna s’opposa immédiatement à sa suggestion et déclara catégoriquement : « Sybil et moi, nous allons nous occuper d’embaucher la petite fille. »

« Très bien dans ce cas ! »

Woodrow accepta immédiatement et entreprit de distribuer les rôles. « Yuna et Sybil iront engager une petite fille. Iacchi, tu vas continuer à rassembler des informations. Je vais aller préparer l’équipement pour attraper la licorne. Igor, toi et Grisia, vous pouvez partir en éclaireurs et commencer la recherche. »

Je regardai Igor et lui dis poliment : « Montre-moi le chemin. »

« Pas de soucis, camarade ! »

Igor me tapa l’épaule avec force, puis, avec trois onces de vaillance et deux onces de solennité, il annonça : « Viens avec moi, je dois emmener mon épée et mon armure de cuir pour les faire réparer. Ensuite, nous irons boire ! »

« Hein ? » Je m’arrêtai et demandai confirmation avec incertitude : « Mais, la recherche… »

Je voulus jeter un coup d’œil à mes autres coéquipiers, mais ils étaient tous partis l’un après l’autre, vraisemblablement pour accomplir les tâches qui leur avaient été assignées.

Igor expliqua de façon détachée : « On peut toujours l’effectuer en cours de route. Une taverne est aussi un bon endroit pour récolter des informations ! »

Je m’arrêtai un instant pour me tourner vers Woodrow qui s’était déjà approché de la porte. Woodrow se retourna lui aussi, me sourit et me rassura : « Ne sois pas si nerveux. Rassembler de l’information ne relève pas de la responsabilité d’un guerrier. Je veux juste qu’il garde l’œil et l’oreille ouverts. Je n’attends pas vraiment de lui qu’il rapporte des infos. Aussi, cela ne relève pas non plus de la responsabilité d’un guérisseur. Puisque tu accompagnes Igor à la taverne, profites-en et mange un morceau ! Tu as dormi pendant si longtemps, et même si nous t’avons fait boire du sirop, tu devrais être plutôt affamé, pas vrai ? »

Les guérisseurs sont bel et bien censés rester derrière et apprécier la brise d’air fraîche… Cette phrase surgit soudainement dans mon esprit, même si j’éprouvais un doute quant à savoir s’il s’agissait de « culture générale ».

« C’est parti ! Grisia, viens boire un coup avec moi… » Igor cessa de parler, me regarda avec un air de doute, avant de me demander avec hésitation : « Si on boit un verre ou deux, tu ne tomberas pas ivre mort, hein ? Tu n’as pas l’air d’être le type de personne qui tient l’alcool. »

Woodrow, qui était déjà sorti de la pièce, passa sa tête à travers l’embrasure avant de le mettre en garde : « Igor, si Grisia ne peut pas tenir l’alcool, ne le force pas à boire. Être un peu saoul n’est pas un problème, mais tu ne peux pas le laisser devenir complètement ivre. Tu connais les règles. »

« Bon, quelle déception… » murmura Igor, grognon.

Du vin !

Après que j’eus entendu cela, je ne pus plus me retenir de me lécher les lèvres… Peut-être que je n’étais pas quelqu’un qui ne pouvait pas supporter l’alcool après tout.

 

 

Igor et moi descendions la rue. Même s’il faisait nuit, la ville grouillait encore d’activité, et une foule de personnes s’y pressait. Les deux côtés de la rue étaient remplis d’étals, et divers types de marchandises y étaient proposés. De nombreux éléments de tous les types étaient fusionnés, et j’éprouvais de grandes difficultés à les dégager les uns des autres. Cependant, quand je parvenais à le faire et à reconstituer un objet, je ressentais un grand sentiment d’accomplissement.

« Grisia ! » cria soudainement Igor.

Bam !

Le paysage sous mes yeux devint noir, mon front me faisant tellement mal que je pus seulement m’accroupir et tenir ma tête entre mes mains…

« Mon dieu ! Ce pilier est si grand, et tu parviens quand même à rentrer dedans sans battre un cil ? » s’étonna Igor, stupéfait. « À quoi donc te servent tes grands yeux ? »

Je me suis donc cogné contre un pilier, pas étonnant que cela fasse si mal… Je grognai furieusement : « Il y a trop de choses dans le coin, je n’ai pas réussi à tout reconstituer à temps ! »

« Reconstituer quoi ? » s’enquit Igor, sans comprendre.

« Aïe, ça fait vraiment mal, aïe… » Je me frottai la tête et gémis. Ce coup m’avait vraiment donné l’impression de m’être fendu la tête en deux.

« Tu t’es cogné tellement fort dans le pilier que tu y as laissé des fissures. Quelque chose ne tournerait pas rond si tu n’avais pas mal. » Igor me réprimanda : « Tu es un guérisseur, soigne-toi, et, quand tu auras fini, dépêchons-nous de partir. Tout le monde nous fixe. »

Me soigner… Après m’être réveillé, même si je savais que j’étais un guérisseur, je n’avais pas encore utilisé de sort de guérison. Je me demande quelle est la première étape…

« Soin Mineur ! »

J’eus un moment d’absence, mais, lorsque je m’en rendis compte, l’élément sacré m’avait déjà entouré, et il se transforma en un élément différent avant de s’enfoncer dans mon front. Plus il s’enfonçait, plus la douleur s’atténuait.

Oh, c’est donc ainsi qu’on lance un sort de soin !

Une voix inconnue se mit à s’esclaffer : « Ahah ! Igor, je pensais que tu étais déjà un vrai imbécile. Je n’arrive pas à croire que ton ami est encore plus bête que toi. Il est même parvenu à faire des brèches dans un poteau. »

« Quoi ? Je ne suis pas bête au point de foncer dans un pilier… Et, Grisia n’est pas un idiot ! » rugit Igor. À la moitié de sa phrase, il réalisa son erreur et s’empressa de tourner la tête vers moi pour se corriger : « Vraiment, tu n’es pas un abruti. C’est juste que tes lourdes blessures sont à peine guéries, donc ton temps de réaction est un peu lent. C’est pourquoi tu n’as même pas remarqué ce pilier et que tu lui as foncé dedans juste comme ça. »

Si tu ne me l’avais pas expliqué, je ne m’en serais même pas préoccupé, mais, maintenant que tu l’as fait, tout ce dont j’ai envie c’est d’agripper ta tête et de la percuter contre le pilier !

« Est-ce que tu vas bien ? Le sort de soin de tout à l’heure a-t-il soigné tes blessures ? » Une voix plutôt gentille retentit, mais malheureusement il s’agissait de la voix d’un homme.

Avant que j’eusse la possibilité de répondre, la voix inconnue qui m’avait traité d’imbécile juste avant résonna de nouveau.

« Kylie, pourquoi veux-tu gâcher un autre sort de soin ? » Il déclara avec mauvaise humeur : « Même si c’est juste un Soin Mineur, tu ne peux le lancer que cinq fois par jour. »

Kylie, l’homme qui avait une voix gentille au point de donner des frissons aux gens, répliqua : « Ça ne devrait pas être un problème. Pendant les prochains jours, nous n’allons pas sortir de la ville, donc je n’aurai pas besoin d’utiliser de sort de soin. »

Je me levai et examinai les autres. Même si seulement deux personnes avaient parlé, en fait ils étaient quatre dans le groupe, et ils avaient l’air de former une équipe. La personne qui avait parlé en premier à Igor semblait être un guerrier, et son élément du vent était assez élevé, probablement parce qu’il se focalisait sur la vitesse. La personne qui m’avait soignée, nul besoin de le dire, était bien sûr un guérisseur. Son corps émettait naturellement de l’élément sacré, même si ce n’était pas autant que moi.

Cela veut-il dire que je suis plus fort que lui ?

Le type me faisait face, mais il questionna Igor plutôt que moi : « Igor, ce n’est pas l’un de tes coéquipiers n’est-ce pas ? »

« Bien sûr que si. Il vient juste de nous rejoindre. Grisia est un guérisseur. »

« Un guérisseur ? » Il avait l’air un peu surpris et demanda avec confusion : « Mais, n’avez-vous pas déjà Yuna qui a le rôle de prêtresse-guerrière ? »

Igor se vanta devant lui : « Grisia est un guérisseur du Dieu de la Lumière, comme le gamin efféminé de ton équipe. »

Qui ressemble à un gamin efféminé ?

L’efféminé Kylie laissa échapper un hoquet de surprise : « Donc, tu es en fait en camarade qui vient de l’Église du Dieu de la Lumière ? »

« Un guérisseur de l’Église du Dieu de la Lumière ? Tu n’essaierais pas de nous rouler ? »

Igor répliqua immédiatement : « Bien sûr que c’en est un, et les sorts de soin de Grisia sont même très puissants ! »

« Vraiment ? » Kylie semblait être plaisamment surpris et il affirma : « Tu as l’air très jeune ! Être aussi puissant à ton âge, c’est vraiment un accomplissement. À quel niveau te situes-tu ? »

Niveau ? Je me sentis perdu. Je n’avais absolument aucune idée d’à quel niveau je me situais en tant que guérisseur. Le fait que je fusse un guérisseur était même quelque chose que les autres avaient dû me révéler, et le fait que les guérisseurs fussent répartis entre différents niveaux était une chose dont je venais tout juste de prendre connaissance à l’instant.

« Grisia n’a pas besoin de prononcer la moindre incantation pour lancer un sort de Soin Mineur ! » Igor demanda avec curiosité : « Kylie, à quel niveau penses-tu qu’il soit, hein ? »

« Il n’a besoin d’aucune incantation !? »

Kylie poussa un cri aigu avec une voix retentissante, faisant sursauter tout le monde.

Après un certain temps, il parvint finalement à bredouiller : « Ce, ce… Normalement les incantations sont nécessaires, mais si c’est Soin Mineur, s’il est utilisé souvent, peut-être qu’en effet il est possible de ne pas utiliser l’incantation ! Les Cardinaux sont peut-être capables d’une telle prouesse… »

« Les Cardinaux ? » demandai-je. « De qui s’agit-il ? »

Kylie faillit en perdre sa langue et parvint tout juste à s’écrier : « Les Cardinaux sont les quatre évêques qui sont hiérarchiquement juste en dessous de sa Sainteté le Pape… Toi… es-tu vraiment un guérisseur ? »

« Je ne le sais pas non plus », répondis-je honnêtement.

« Tu ne le sais pas ? » Les yeux des quatre personnes de l’autre équipe s’ouvrirent encore plus grands.

Igor s’empressa de préciser : « C’est parce que Grisia a perdu la mémoire. »

« Il a perdu la mémoire ? »

Ils arboraient tous une expression de stupéfaction sur leurs visages. Leurs réactions étaient exactement identiques à celles de Woodrow et du reste du groupe la première fois qu’ils m’avaient entendu révéler une telle chose.

Après un instant, le garçon efféminé dit : « Grisia ? Je ne pense pas avoir déjà entendu parler d’un guérisseur portant le nom de Grisia ! »

En entendant cela, je me sentis légèrement déçu. Si quelqu’un me connaissait, alors j’aurais pu être en mesure de retrouver mes coéquipiers encore plus rapidement. Néanmoins, je répondis tout de même poliment : « Ce n’est pas grave. »

« Je suis vraiment navré de n’avoir pu t’être d’aucune aide. » Kylie m’adressa un regard plein d’excuse et ajouta : « Peut-être que tu devrais essayer de te rendre à l’Église. Pour quelqu’un qui se démarque autant que toi, de nombreuses personnes seront sûres de te connaître. Cependant, il n’y a pas de branche de l’Église du Dieu de la Lumière au Royaume de Kissinger, aussi je crains que tu ne doives te rendre au Royaume du Son Oublié. Ou peut-être que, au Royaume de l’Orchidée Lunaire qu’il te faudra traverser, il y aura quelques succursales de l’Église. »

Je hochai la tête et le remerciai : « Merci pour l’information. »

 

 

Je relevai la tête et fis descendre le contenu tout entier d’une bouteille de vin le long de l’intérieur de mon gosier avant d’être suffisamment satisfait pour m’essuyer la bouche.

À côté de moi, Igor me contemplait avec stupéfaction et s’exclama : « Grisia, arrête de boire ! Tu as déjà ingurgité trois bouteilles ! Mince, mince ! Si Woodrow découvre que je t’ai laissé t’enivrer, il va me tuer, c’est sûr… »

Je tournai la tête pour le regarder et prononçai en articulant bien : « Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches1… Qui est ivre déjà ? »

« Très bien… Tu n’es pas bourré. »

Igor se gratta la tête, se leva et déclara : « Dans ce cas, continues à boire, mais tu n’as pas intérêt à devenir ivre ! Je vais partir devant avec mon épée, l’armurerie est le magasin à côté. Aussi, je vais t’aider à payer tes boisons pour le moment. Mais, après, quand nous aurons fini nos missions et que tu auras reçu ta part, tu devras me rembourser ! »

« Dans ce cas, je ne boirai plus une seule goutte ! » m’écriai-je, surpris.

« … »

Une fois sorti de la taverne, je me plaignis avec mauvaise humeur : « Tu ne peux même pas payer un peu de vin ? »

« Tu as déjà bu trois bouteilles, ce n’était pas juste un peu de vin. Ce que tu as commandé coûte un ducat d’argent la bouteille… »

Même si je voulais dire que cela ne faisait que trois ducats d’argent, les mots refusèrent de quitter ma bouche. Une bouteille de vin coûtait en fait un ducat d’argent ! Je venais à l’instant d’engloutir trois ducats d’argent… Je n’avais même pas reçu ma part de la récompense des missions, et pourtant j’avais déjà acquis une dette de trois ducats d’argent !

Licorne, où es-tu ?

Mes cent ducats d’or, où êtes-vous ?

À cet instant, Igor se mit à rigoler bruyamment avant de dire : « Cependant, je ne m’attendais pas à te voir aussi bien tenir l’alcool ! Puisque nous avons une mission à compléter pour le moment, je ne peux pas te rejoindre pour un tour, mais un autre jour quand nous n’aurons pas de quêtes, allons boire tout notre saoul ! »

« C’est toi qui paies ? » demandai-je avec enthousiasme.

« …Tu n’es vraiment pas un avare ordinaire. Ton amour pour l’argent est encore plus grand que celui d’Iacchi, et c’est un voleur ! » Igor finit de marmonner avant de proposer avec entrain : « Le premier à être complètement bourré paie, qu’est-ce que tu dis de ça ? »

« Pas de problème ! »

Comme j’avais perdu la mémoire, je ne savais pas avec certitude quelle quantité de vin j’étais capable de boire, mais j’éprouvais cet étrange sentiment de confiance en moi… Si c’est une compétition de beuverie, je ne perdrai jamais contre qui que ce soit !

« Nous y sommes. » Igor s’arrêta et tourna la tête pour deviner : « Les armes ne t’intéressent pas, n’est-ce pas ? Si tu t’ennuies, on vend des bâtons de l’autre côté de la rue. Tu peux y aller et en choisir un nouveau. L’équipe t’avancera l’argent avec les fonds de notre groupe, mais plus tard ce sera déduit de ta récompense… Tss ! Ton expression me dit que si tu dois le payer de ta poche, tu n’achèteras rien ! »

Je hochai vigoureusement la tête.

Stupéfait, Igor argua : « Le guérisseur d’un groupe ne peut pas se balader sans bâton. Oublie ça ! Viens d’abord avec moi, et ensuite nous irons ensemble à l’étal des bâtons. Tu n’as plus tes souvenirs en ce moment, alors j’ai peur que le vendeur ne t’arnaque… eh ! Même si c’est peu probable, puisque tu aimes tant l’argent… Tellement qu’on dirait que tu as oublié avoir perdu la mémoire. »

« Quoi ! J’ai vraiment perdu la mémoire », protestai-je bruyamment.

« On ne dirait vraiment pas. Tu ne sembles même pas du tout inquiet ! » répliqua Igor, sa tête tournée vers moi, tout en entrant dans l’armurerie.

Je haussai les épaules et répondis : « C’est simplement que j’ai l’impression qu’il n’y a aucune raison de s’inquiéter et que mes camarades finiront assurément par venir me chercher. »

« J’imagine que oui … »

À la minute où nous pénétrâmes dans l’armurerie, le propriétaire s’approcha immédiatement pour nous saluer, ses yeux faisant des allers-retours entre Igor et moi. Instantanément, il porta son attention sur Igor, m’ignorant complètement. Devrais-je dire qu’il avait l’œil pour repérer les pingres ou était-ce qu’il avait l’œil pour repérer les guerriers ? Avec à peine un regard, il avait immédiatement déterminé que je n’étais pas quelqu’un qui se servait d’une épée dans sa profession, alors il n’avait même pas pris la peine de me saluer.

Voyant qu’Igor discutait avec enthousiasme avec le propriétaire, je ne pus que me promener tout seul dans l’armurerie. Pour autant que je pouvais en juger, les armes de la boutique étaient plutôt des épées et des couteaux. Des armes comme les épées me semblaient très familières, mais les bâtons me paraissaient complètement inconnus… Est-ce que j’utilise vraiment un bâton ?

Incapable de m’en empêcher, je saisis une épée et la fis tournoyer avec adresse. J’ai l’impression d’avoir déjà fait ça, peut-être que j’emploie vraiment des épées… Hein ? Où est passée l’épée ?

Confus, je fixai du regard ma main vide. Ne la tenais-je pas dans ma main une seconde auparavant ? Comment a-t-elle pu disparaître après que je l’aie eu simplement fait tournoyer deux fois ?

« Ah ! » Igor se mit soudainement à hurler, et le bruit clinquant du métal tombant sur le sol retentit.

Je regardai derrière moi. Oh ! Ainsi, l’épée s’est échappée de ma main et est carrément allée cogner l’arrière de la tête d’Igor… Par chance, c’est le pommeau qui l’a frappé !

« Grisia, qu’est-ce que tu m’as lancé… Merde ! »

Igor frotta l’arrière de son crâne qui lui était douloureux, puis il se tourna vers moi, regarda l’épée sur le sol, et me lança un regard incrédule. J’affichai immédiatement l’expression la plus innocente du monde et j’utilisai mon ton le plus triste pour me repentir : « Je suis désolé, ma main a momentanément glissé. »

« Ta gaffe a failli me coûter la vie… guérisseur ! Tu n’es pas autorisé à toucher une seule épée ! » Mécontent, Igor me mit en garde, puis il se retourna et continua de marchander avec le propriétaire.

Je m’approchai, ramassai l’épée et la rangeai à sa place d’origine. Après cela, je n’osai plus toucher la moindre lame… Peut-être que mon arme est vraiment le bâton après tout !

Au moins, si un bâton me glisse des mains et frappe quelqu’un, il ne provoquera la mort de personne.

Ne pas être autorisé à toucher quoi que ce fût m’ennuyait profondément. En regardant Igor qui était encore plongé dans un débat acharné avec le propriétaire, je songeai qu’il lui faudrait un long moment avant de finir de marchander les prix. Aussi, je lui criai : « Igor, je vais aller de l’autre côté jeter un coup d’œil aux bâtons ! »

« Ok, mais n’achète rien sans moi ! » Igor ne m’accorda même pas un regard, lorsqu’il me répondit.

« Très bien. »

Après lui en avoir fait la promesse, je sortis de l’armurerie et observai les alentours. Immédiatement, je découvris qu’à l’opposé de la boutique d’armes se trouvait un autre magasin où il y avait de faux bâtons en bois accrochés de chaque côté de la porte. Il devait s’agir de la boutique mentionnée par Igor plus tôt.

Je m’apprêtais à traverser la rue, quand, soudainement, je sentis qu’on tirait sur ma manche… Qui fait cela !?

Cela m’avait vraiment choqué que quelqu’un puisse apparaître soudainement si proche de moi… Je pouvais voir dans toutes les directions, donc personne n’aurait dû être capable de s’approcher de moi sans que je ne le remarque !

Je me retournai et fis face à cette personne, mais à cause de cela je ne pus rester sur mes gardes plus longtemps. La personne qui avait tiré ma manche n’atteignait que ma poitrine en termes de taille, avait un visage rond, arborait des cheveux qui lui descendaient jusqu’à la taille, et portait une longue jupe… C’est évidemment une petite fille !

Peut-être que je me suis trop concentré sur la recherche du magasin de bâtons de l’autre côté de la rue, et c’est pour cela que je ne l’ai pas remarquée !

Je me baissai pour me mettre à sa hauteur, et d’une gentille voix je lui demandai : « Salut, comment t’appelles-tu ? »

La petite fille répondit timidement : « Scarlet. »

Scarlet2 ? Quel nom étrange. Je continuai à l’interroger : « Veux-tu que Grand Frère fasse quelque chose pour toi, Scarlet ? »

« Grand frère… Viens avec moi ! »

Scarlet cessa subitement de tirer ma manche, à la place elle employa ses deux mains pour tirer ma main droite, et juste comme cela elle se mit à me traîner derrière elle par la force. Je lui expliquai rapidement : « Attends, attends un instant. J’attends un ami, donc je ne peux pas partir avec toi comme ça. »

Pourtant Scarlet n’abandonna pas la partie et continua de me traîner de toute ses forces. Tout ce temps, elle continuait de s’exclamer : « Viens avec moi, viens avec moi… »

Bien évidemment, je ne pouvais pas me laisser traîner comme cela par une petite fille. Même si j’étais un frêle guérisseur, je ne pourrais jamais permettre un tel embarras ! Cependant, Scarlet était très déterminée, aussi nous restâmes coincés dans une impasse pendant un moment. Finalement, les yeux de Scarlet qui débordaient de l’élément d’eau parvinrent à me vaincre avec succès.

Je ne pus que l’amener avec moi à l’armurerie. Je passai la tête à l’intérieur. Igor était encore en train de négocier avec le propriétaire, et il ne me semblait pas qu’il finirait d’ici peu. Je lui criai : « Igor, je pars devant. On se rejoint au magasin de bâtons, d’accord ? »

« Ça marche. » Igor ne se donna pas la peine de tourner la tête pour me répondre et continua de marchander.

Après avoir reçu son accord, je serrai ma poitrine avec mes deux bras, baissai les yeux pour regarder Scarlet, et lui appris tout d’un coup : « Très bien ! Maintenant, je suis tout à toi, alors tu peux m’emmener où tu veux. Contente ? »

Scarlet sourit immédiatement, et l’élément de l’eau dans ses yeux disparut également sans laisser de trace.

Je fus traîné pendant tout le chemin par Scarlet, et nous tournâmes à un nombre de coins de rues innombrable. Par chance, je remarquai que ma mémoire semblait être plutôt bonne. Même après avoir tourné trois fois à gauche, cinq fois à droite, puis après avoir emprunté la troisième rue en partant de la gauche d’une intersection à cinq avenues, je pouvais toujours me souvenir de la route.

Même si je me souviens de la route, cela sera problématique si je m’éloigne trop, puisqu’il faut encore que je trouve la licorne… Non, je veux dire, il faut encore que je retrouve Igor !

Curieux, je m’enquis : « Scarlet, où m’emmènes-tu ainsi ? »

Scarlet laissa échapper un petit rire qui ressemblait au carillon de clochettes d’argent et m’entraîna pour tourner dans une autre allée, avant de s’arrêter finalement et de désigner quelque chose devant nous. Elle dit doucement : « Vois par toi-même, Grand Frère ! »

Je me tournai pour regarder l’endroit que Scarlet avait désigné… Malgré le fait qu’il y avait une certaine distance entre nous, j’aperçus clairement ce que Scarlet avait voulu me montrer. Bien que j’eusse perdu la mémoire et que je n’eusse aucune idée de si j’avais déjà vu une telle créature auparavant, quand je la regardai je sus presque immédiatement de quoi il s’agissait…

C’était une licorne.

Nous nous trouvions devant une maison délabrée et la licorne était dans la cave. L’élément sacré qui émanait de la créature était si fort que c’en était surprenant. Même s’il y avait beaucoup d’éléments différents qui nous séparaient, je pouvais quand même clairement percevoir sa force. Elle avait bien la forme d’un cheval, mais était en quelque sorte plus fine et plus élégante qu’un cheval ordinaire.

La différence la plus évidente entre elle et un cheval était la corne sur sa tête. L’élément sacré de la corne était si puissant que je n’arrivais pas à la contempler trop longtemps et son contour était un peu flou.

Puis, elle redressa soudainement la tête pour regarder dans ma direction… Non ! C’est moi qu’elle regarde.

Elle me regardait, de la même façon que moi j’étais en train de la regarder.

Après qu’un certain temps se fût écoulé, je me remis de la surprise de voir une licorne pour la première fois. Je baissai la tête et demandai : « T’a-t-elle fait la requête de venir me chercher ? Scarlet… Scarlet ? »

Il n’y avait personne à côté de moi.

J’eus un moment d’absence, mais je ne me sentis pas particulièrement surpris. Après tout, j’étais actuellement une personne amnésique. Il y avait trop de choses que je ne comprenais pas. Peut-être qu’être capable de conjurer une petite fille était en fait une des capacités spéciales des licornes.

Je m’approchai de l’endroit où la licorne se trouvait et entrai dans la maison. L’intérieur était en ruine, avec des débris partout et des toiles d’araignée recouvrant presque toutes les choses. Le sol était aussi couvert d’une épaisse couche de poussière, comme si personne n’était entré là depuis une centaine d’années. Pas étonnant que personne n’eût pensé à venir ici pour chercher la licorne, mais… Comment la licorne était-elle parvenue à descendre dans cette cave ?

Puisque je pouvais clairement la « voir », je savais qu’à l’origine elle était assise sur le sol. Toutefois, au moment où elle avait remarqué que je m’approchais d’elle, elle s’était levée et s’était mise à tourner en rond à l’intérieur du sous-sol, comme si elle était très excitée.

J’accélérai encore mes pas, trouvai les escaliers qui menaient au sous-sol, et courus vers la pièce où était située la licorne.

Elle est juste devant moi, à cinq pas d’écart… Non, elle vient encore de s’avancer de deux pas.

Malgré le fait que je ne parvinsse pas à déterminer si Sybil était belle ou non, je savais que la licorne qui se tenait devant moi était extraordinairement belle, et qu’il devait définitivement s’agir d’un animal d’une élégance blanche comme la neige.

Attendez un instant… Blanche comme la neige ? J’avais encore quelques souvenirs de la neige cela devrait être quelque chose formé par la condensation de l’eau mais qu’était donc le « blanc » ?

À cet instant-là, la licorne s’approcha de nouveau, se tenant devant moi, et vint même frotter sa tête contre moi.

« Tu m’aimes bien, n’est-ce pas ? »

Je lui souris et tendis même la main pour frotter son encolure. Elle courba le cou et me regarda comme si elle appréciait beaucoup mes gratouilles, puis baissa même la tête pour lécher ma main…

« Ça chatouille, ne fais pas ça, hahaha ! N’es-tu pas censée uniquement aimer les vierges ? Je ne suis pas… » Je m’arrêtai brusquement. Un instant…

Se pourrait-il que je sois un pur et innocent… puceau !?

La licorne se mit alors encore plus intimement à frotter sa tête contre ma poitrine, toute sa tête blottie contre moi.

« Stupide cheval, va-t-en ! Je ne suis pas puceau ! »

La licorne, cependant, commença à me lécher le visage… Sale bâtard, suis-je tellement pur que tu ne puisses t’empêcher de me lécher !?

« Je sais ! Peut-être que je n’ai que dix-huit ans. »

Je pensai subitement à cette possibilité et murmurai : « Si c’est le cas, ce ne serait pas surprenant si j’étais puceau. C’est cela ! Absolument, je n’ai que dix-huit ans. Non ! Il se peut même que je n’aie que seize ans ! »

Notes de bas de page

1 « Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches… » : Dans la version originale, le proverbe se traduit par « Mange huit grappes de raisin, mais ne crache pas la peau des grappes, et ne mange pas les grappes jusqu’à en cracher la peau des grappes. » C’est une phrase difficile à prononcer très connue et populaire en chinois, mais une fois traduite, elle perd en difficulté, d’où le remplacement par un proverbe français.
2 « Scarlet » : Une traduction directe de son nom depuis le chinois serait « Poème rouge ». L’équipe anglaise de PR! a choisi de retenir la couleur de son nom et d’en faire une traduction plus lyrique, soit « Scarlet » pour capturer le fait que son nom n’est pas simplement basé sur une couleur. Pour la version française, nous avons opté de garder le même prénom que la team anglaise, car il est difficile d’en faire une meilleure adaptation sans qu’il perde complètement son sens d’origine.

Leave a Reply