La Légende du Chevalier du Soleil T4C10 – Tue le dragon

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un dragon

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 10: Slay the Dragon – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 10 : Tue le dragon – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par LuluHime

L’épée que Lesus du Jugement tenait à la main débordait d’élément sacré.

Alors que j’observais l’épée, elle laissa soudainement échapper une explosion d’élément sacré. Parce que j’étais actuellement saturé d’élément des ténèbres, je ressentis une douleur cuisante, comme si des flammes me dévoraient. C’était douloureux au point que je faillis crier.

Au même moment, quelque chose dans mon esprit s’effondra avec un craquement. Une myriade d’images et de mots affluèrent, comme un torrent dévalant une montagne, remplissant complètement mon esprit.

Je tombai à terre, vidé de mes forces, et m’accroupis en me tenant la tête. Faible, je ne pouvais que sentir l’inondation monter et s’écraser dans mon esprit…

« Le Dieu de la Lumière, dans sa bienveillance, pardonnera vos péchés. »

« Grisia, si tu n’es pas choisi comme Chevalier du Soleil, devenir un guérisseur ne serait pas mal non plus ! Dans ce cas, tu pourrais aider à guérir mes blessures dans le futur. »

« Apporter la justice est la raison d’être du Chevalier du Soleil. »

« Sun, tu ne peux plus voir du tout, n’est-ce pas ? Ne me mens pas. Et, ne poursuis pas le groupe du chevalier noir juste pour les laisser te lacérer les yeux afin de cacher ce fait. Je sais à quoi tu penses. Ne fais pas ça, je t’en prie… »

« Si tu oses à nouveau me cacher quelque chose, peu importe à quel point cette chose sera confidentielle, je te démasquerai devant tous les Douze Chevaliers Sacrés. »

« Je me souviens à présent. »

Je me levai lentement et relevai la tête en affichant un sourire éclatant. Exactement comme avant, je dois maintenir mon sourire en toutes circonstances.

« Je suis le Chevalier du Soleil, Grisia du Soleil. »

Ice me fixa longuement du regard. Son expression était légèrement incrédule, et il me demanda avec un instant de retard : « Tu te souviens maintenant ? Dans ce cas… quel est mon nom ? »

À cette question, je fronçai immédiatement les sourcils et réfléchis intensément avant de répondre : « Il me semble que c’est… Solan ? »

Le Chevalier de Glace me contempla avec un visage dénué d’expression.

« Non ? Alors, ce doit être Désolan. » Cette fois, je lui répondis en toute confiance.

« … »

« C’est Ecilan ! » Une fois qu’Ice m’eût corrigé, il ajouta avec surprise : « Sun, as-tu vraiment retrouvé la mémoire ? »

J’acquiesçai d’un signe de tête.

À cet instant, Judgment s’approcha de quelques pas.

Je penchai ma tête sur le côté et le questionnai, confus : « Judgment, comment as-tu fait pour arriver ici… »

Non ! Ce n’était pas seulement Jugdment. Plusieurs personnes se matérialisèrent, surgissant de nulle part. Storm, Earth, Cloud, Roland, Metal… Finalement et contre toute attente, tout le monde était venu.

En m’incluant, tous les membres des Douze Chevaliers Sacrés étaient présents !

« C’est donc grâce à un cercle de téléportation. »

Cependant, nous nous trouvons sur le territoire du Royaume de l’Orchidée Lunaire ! Qui est capable de téléporter onze personnes sur une aussi longue distance ? Même dans mon état actuel, je serais probablement incapable d’y parvenir. Après tout, je possède une quantité abondante de l’élément des ténèbres, et une téléportation sur une telle distance nécessiterait plutôt une large quantité de l’élément du vent.

Judgment se retourna et ordonna aux autres : « Commencez par soigner Blaze et Ice. Soignez-les autant que vous le pouvez. »

« D’accord. »

Après moi, ceux qui étaient relativement doués pour les sorts de guérison étaient Leaf et Earth qui se dirigèrent immédiatement vers le comateux Blaze et se mirent à lancer un sort de guérison. Cependant, le mieux qu’ils pouvaient lancer était Soin Modéré. Pour Blaze et Ice, qui étaient gravement blessés, cela revenait à essayer d’arrêter un feu de forêt avec un sceau d’eau.

Devant cette situation, je m’avançai immédiatement, mais je me souvins subitement que tout mon corps était rempli de l’élément des ténèbres. Dans ma condition, si je jetais des sorts de soin requérant l’élément sacré, je ne pourrais pas faire mieux que Leaf ou Earth.

« Sun, ton épée. »

Je tournai la tête et vis Judgment, avec l’Épée Divine du Soleil à la main, se tenant devant moi… L’Épée Divine du Soleil était naturellement mon épée, mais le fort élément sacré qu’elle émettait me rendait très inconfortable. Bien que je ne pusse pas la voir, je me sentais aveuglé et ébloui par celle-ci.

Je répondis avec répugnance : « Je n’en veux plus. »

J’avais l’horrible impression que, si je prenais l’Épée Divine du Soleil, je perdrais assurément la quantité considérable d’élément des ténèbres dans mon corps et redeviendrais une fois de plus… ce Chevalier du Soleil aux compétences médiocres dans le maniement de l’épée et qui ne pouvait même pas se protéger lui-même.

« Pourquoi ? » me demanda calmement Judgment.

Je restai silencieux pendant un instant, mais finis par expliquer : « Parce que je ne veux pas redevenir ce moi pathétique ! Je suis puissant maintenant. Je peux même enchaîner un dragon et l’empêcher de blesser Ice et Blaze ! »

« Ah bon ? » répliqua froidement Judgment. « Dans ce cas, pourquoi la jambe d’Ice est-elle si amochée ? Pourquoi Blaze est-il inconscient sur le sol ? »

« C’est parce que… » J’étais sans voix, mais tentai de me justifier : « J’avais perdu la mémoire, c’est pour cette raison que je les ai laissés être blessés. Cela ne se reproduira plus. »

En entendant ma réponse, Judgment répliqua immédiatement avec sévérité : « Alors, soigne-les, tous les deux. Soigne-les immédiatement ! »

Comment le pourrais-je… Mon corps était tellement chargé d’élément des ténèbres que je ne pouvais plus rassembler d’élément sacré en grande quantité. Même si je me forçais à lancer des sorts de soin ou des sorts sacrés, au mieux je pourrais seulement en lancer un de niveau modéré. Cependant, les blessures sur les corps de Blaze et d’Ice étaient si graves que seul Soin Ultime pourrait les guérir complètement.

Le moi d’avant aurait facilement pu lancer Soin Ultime, mais le moi actuel ne le pourra jamais.

« Prends-la ! » Judgment leva l’Épée Divine du Soleil et s’approcha de moi.

Ma réaction fut de reculer et de m’exclamer : « Je ne veux pas redevenir cette faible personne incapable de manier une épée ! Les laisser être blessés cette fois était purement un accident. J’avais perdu la mémoire. Cela ne se reproduira plus. Je suis puissant à présent. Non seulement je peux me protéger, mais je ne laisserai plus jamais les Douze Chevaliers Sacrés être blessés dans le futur. Je peux tous vous protéger… »

« Sun ! » Judgment m’interrompit sévèrement et hurla : « Aurais-tu oublié ce que tu nous as dit auparavant ? »

Ce que j’ai dit auparavant ?

Judgment cria : « Quand tu ne parvenais pas à apprendre le maniement de l’épée malgré tous tes efforts et que des rumeurs selon lesquelles l’Église du Dieu de la Lumière voulait te remplacer se sont mises à circuler, as-tu oublié ce que tu as annoncé devant ton maître, devant nous, devant tout le monde ? »

Je tressaillis, car cette fois-là…

Je n’arrive pas à apprendre le maniement de l’épée ? Et alors ! Qu’il en soit ainsi !

Je ne suis peut-être pas le Chevalier du Soleil le plus fort de l’Histoire comme mon maître, mais mes Douze Chevaliers Sacrés, une fois renforcés par mes sorts sacrés, deviendront « Les Douze Chevaliers Sacrés les plus puissants à avoir foulé le sol de notre monde ! »

Rien ne peut leur résister et m’atteindre ! Même sans savoir manier l’épée, je n’ai peur de rien !

J’avais clamé haut et fort quelque chose de ce genre auparavant…

« Prends ton Épée Divine du Soleil ! »

Judgment me tendit l’épée et retrouva sa façon calme de parler. « Sun, nous ne sommes les Douze Chevaliers Sacrés les plus puissants de l’Histoire qu’avec l’aide de tes sorts sacrés. C’est d’eux et de tes sorts de soin dont nous avons besoin, pas de ta protection ! Si tu nous considères toujours comme tes coéquipiers, dans ce cas prends ton épée et assiste-nous en tant que camarade. Ne te dresse pas seul devant nous pour nous protéger tel un héros ! »

Judgment continua de tenir l’épée en l’air, me scrutant du regard. Même si je ne pouvais pas voir, je pouvais toujours imaginer à quel point son expression était sévère.

Il ajouta lentement : « Un héros ou un coéquipier. C’est ton choix. »

Un coéquipier, bien sûr… Sans hésitation, je tendis la main. Mais, alors que j’étais sur le point de toucher l’épée, je m’arrêtai un instant pour examiner l’immense dragon qui se débattait. « Je ferais peut-être mieux de nous débarrasser du dragon d’abord… »

« PRENDS-LA ! » rugit Judgment.

Je tressaillis et le questionnai avec quelques doutes : « Mais, êtes-vous vraiment assez forts pour vaincre un dragon ? Il vaudrait peut-être mieux me laisser le tuer… »

Trois flèches filèrent soudainement à gauche, à droite et au-dessus de ma tête respectivement. Je réagis avec un temps de retard, mes yeux s’agrandissant quand je réalisai que la personne ayant tiré les flèches sur moi était en fait Leaf.

Ce dernier baissa lentement son arc, puis me sourit et décréta : « Si ces trois flèches avaient touché leur cible, tu serais déjà mort, Sun ! »

« Sun. »

Une voix retentit subitement à côté de moi. Je sursautai d’effroi pour ensuite remarquer que Storm était apparu sans aucun bruit à mes côtés et qu’il avait même posé une main sur mon épaule. Il déclara avec paresse : « Je t’en prie, Sun. Dépêche-toi de prendre cette épée et de lancer tes sorts sacrés sur nous. Après ça, allons massacrer ce dragon en vitesse et retournons à l’Église, d’accord ? Ça fait déjà plus de dix jours que je reste éveillé tard le soir pour travailler. J’ai vraiment envie de rentrer et de me mettre au lit… Aaaah ! Je suis épuisé. »

Earth se servit de la lumière sacrée pour solidifier un énorme bouclier, le plaça entre nous et le dragon, et, d’une façon « honnête et pleine de considération », il dit : « Prends vite cette foutue épée, Sun. Ne t’inquiète pas pour nous, nous sommes tous habitués à ce que tu paresses et lambines derrière nous pendant nos combats, alors tu peux prendre ton épée sans te faire de souci ! »

Cloud « se matérialisa » silencieusement depuis le coin de la caverne et fit même siffler son épée en l’agitant comme à l’entraînement — il était si rapide que je pouvais à peine le voir — puis, il regagna sans un mot le coin d’où il était venu. Pourquoi diable es-tu apparu ?

Ice tenait toujours Blaze d’une main, mais son autre main serrait fermement son bâtonnet divin… Pardon, je veux dire « l’Épée Divine de Glace ».

Moon redressa la tête avec arrogance tout en déployant le fouet qui pendait à sa taille, le faisant claquer avec fluidité à plusieurs reprises. Le craquement perçant qui retentit avait l’air terriblement douloureux, et sa posture était exactement comme celle d’une reine… Non ! Non ! Comme celle d’un roi !

Stone dégaina simplement son arme… une large épée à peu près de la taille d’une femme, mais qui pesait pourtant trois fois plus.

Roland, dans un geste rare, avait amené avec lui l’épée maudite que sa famille léguait de génération en génération, et il retira l’anneau que Rose lui avait donné, révélant son apparence de Seigneur de la Mort accompagnée d’un motif de flammes noires le long de ses veines ainsi que d’une paire d’ailes et de griffes tranchantes. Son aura de ténèbres n’était pas moins impressionnante que celle du dragon.

Enfin, Metal renifla dédaigneusement et déclara avec sarcasme : « Tu ne penses tout de même pas que nous avons besoin de ta protection pourrie, j’espère ? Contente-toi de lancer tes sorts sacrés et d’aller à l’arrière pour profiter de la brise, guérisseur ! »

En les regardant, je fus soudain pris de doutes. Pourquoi voulais-je devenir puissant ?

Le pouvoir… Je le possède depuis longtemps déjà !

Je n’hésitai plus et tendis la main pour prendre l’Épée Divine du Soleil.

 

 

L’élément des ténèbres retourna une fois de plus dans la Vallée de Trizer.

Les innombrables Chaînes des Ténèbres dans la caverne du dragon s’estompèrent une par une.

Remarquant qu’il était sur le point d’être libéré de ses entraves, le dragon noir rugit et agita ses griffes, comme s’il était impatient de détruire tout ce qui se trouvait devant lui. Judgment lâcha l’Épée Divine du Soleil, dégaina sa propre Épée Divine du Jugement, et se tourna pour me regarder.

Tout le monde me contempla. J’ouvris les yeux et laissai échapper une énorme quantité de l’élément sacré.

« Soin Ultime ! »

Blaze reprit connaissance. Ice se leva de nouveau.

« Ailes de Dieu ! »

« Bouclier de Lumière ! »

Lorsque les corps de tout le monde se mirent à briller sous l’effet des sorts sacrés, je levai mon Épée Divine du Soleil, la pointai sur le dragon noir enragé et ordonnai à mes Douze Chevaliers Sacrés :

« À présent, votre mission est de tuer le dragon ! »

Ils s’écrièrent à l’unisson.

« À mort ! »

 

 

Finalement, nous rentrâmes au Temple Sacré.

Après avoir rapporté au Pape que nous avions tué un dragon, ses yeux se mirent à scintiller, et nous l’observâmes ordonner à des clercs de déployer sur-le-champ du personnel afin de ramener le corps du dragon. Ses écailles pouvaient être utilisées pour fabriquer des armures, sa viande pour cuisiner de délicieux repas, ses os pour lancer des sorts, ses dents pour forger des armes, et ses muscles pour concevoir des médicaments. Même le sang du dragon pouvait être vendu à ceux qui croyaient qu’en boire les rendrait forts et aussi solides qu’un chêne.

J’eus immédiatement pitié de ce pauvre dragon.

Une fois notre rapport terminé, c’est avec l’air extrêmement épuisé que nous quittâmes tous le bureau du Pape pour retourner dans nos chambres respectives.

« Blaze ! Ice ! »

Dans le couloir, je les appelai avec une certaine hésitation.

Ils s’arrêtèrent tous les deux. Les autres nous dévisagèrent discrètement en tendant l’oreille pour écouter et prirent tout leur temps pour s’éloigner.

« Je… à propos de ce qu’il s’est passé là-bas, je suis désolé, vraiment désolé… »

Ice acquiesça d’un signe de tête. L’expression sur son visage était la même que d’ordinaire. Il semblait avoir accepté mes excuses.

En revanche, l’expression sur le visage de Blaze se durcit, ce qui me fit paniquer intérieurement. Se pourrait-il que j’aie été trop loin et que Blaze, qui m’a toujours soutenu, ne veuille pas me pardonner cette fois ?

Je fixai Blaze, l’air affolé. Après un court instant, son visage se relâcha, et il cria avec fureur : « Ne perds plus jamais la mémoire, Sun ! Quand tu es amnésique, tu te transformes en véritable ordure ! »

(C’en est une même en temps normal. Quelque part au loin, le murmure d’une personne inconnue s’éleva.)

Blaze garda le silence pendant un moment, puis rugit de nouveau : « Quand tu avais perdu la mémoire, tu n’étais pas une ordure ordinaire ! Tu étais plutôt le genre qui donne envie aux gens de te frapper ! »

Hé, hé ! Tu n’avais pas besoin de corriger tes mots à dessein !

(Même en temps normal, il donne envie aux gens de le frapper ! N’est-ce pas étrange ?)

Blaze sombra à nouveau dans le silence. Ice le réconforta en lui tapotant l’épaule.

Je me retournai, affichai mon sourire le plus éclatant et dis : « Sun n’aurait jamais cru que, après que les frères de Sun eurent occis le dragon, ils seraient toujours aussi énergiques et enthousiastes. Cela doit être dû à la clémence du Dieu de la Lumière, qui a éradiquée l’épuisement des frères de Sun afin de leur permettre de continuer à répandre avec une foi inébranlable l’éclat du Dieu de la Lumière. Sun se sent si ému par cette grâce et souhaite apporter son aide à ses frères. Et si nous nous hâtions de partir immédiatement pour faire une tournée dans les rues et d’y chanter des hymnes sacrés ? Qu’en pensent les frères de Sun ? »

Le public aux alentours se dispersa instantanément.

Humph ! Ils ont enfin décampé. Je repris ma position initiale et affichai de nouveau une expression innocente, comme si j’avais appris des erreurs que j’avais commises, et contemplai Blaze avec des yeux tristes.

Son expression s’était grandement adoucie, toutefois Blaze me demanda tout de même avec incertitude : « Tu ne referas plus quelque chose comme jeter Ice en pâture à un dragon, n’est-ce pas ? »

Je lui jurai avec confiance : « Même s’il s’agit d’Earth, je ne le jetterai pas en pâture au dragon. J’en fais le serment ! »

(Va au diable !)

Je tournai la tête pour regarder autour de nous. J’ai l’impression d’avoir entendu la voix d’Earth…

Blaze hocha la tête, me flanqua une claque sur le dos avec force, et déclara d’une voix forte : « Dans ce cas, c’est parfait. Je vais me coucher. Pour te retrouver, je n’ai pas fermé l’œil depuis plusieurs jours. »

J’acquiesçai et me tournai vers Ice.

Ice secoua simplement la tête et dit : « Je ne t’en veux pas. »

Merci à tous les deux.

 

 

Ce ne fut qu’après que tout le monde eut rattrapé son manque de sommeil que nous commençâmes à gérer les conséquences des évènements.

Woodrow et les autres étaient revenus avec nous. Une fois qu’ils eurent accepté de ne pas révéler ma véritable nature, je les autorisai à soit continuer leur visite du Temple Sacré, soit à partir… En fait, je ne craignais pas vraiment qu’ils révèlent quoi que ce soit.

Et même s’ils osaient, qui les croirait ?

Au total, trente-huit générations de Douze Chevaliers Sacrés étaient passées, et chaque génération avait dû tenir secrète la vraie personnalité de chacun de leurs membres pendant vingt ans. C’est sur cette base que l’image des Douze Chevaliers Sacrés avait été construite. Était-ce là une chose qu’une équipe de cinq aventuriers pouvait détruire si facilement ?

Je m’allongeai sur mon lit, mon corps complètement recouvert du masque facial blanchissant que je venais juste de finir de préparer… D’après Roland, ma couleur de peau actuelle était seulement une peu plus blanche que le tiramisu préparé par Ice.

Lorsque j’avais entendu cela, j’en avais été si choqué que l’envie m’avait presque saisi de me frapper la tête encore et encore jusqu’à reperdre la mémoire pour toujours.

Heureusement, après trois jours de traitement, Roland m’avait assuré que ma peau avait la teinte du miel à présent.

Tout en laissant le masque reposer sur mon corps, je repensai aux évènements qui s’étaient produits quand j’avais perdu mes souvenirs. Qu’est-ce que je fabriquais au Royaume de Kissinger ? Même en ayant retrouvé la mémoire, je n’ai absolument aucun souvenir de ce qu’il s’est produit. Scarlet y est-elle pour quelque chose ? La véritable identité de Scarlet, ce pourrait-il que ce soit… Mais, pourquoi m’aurait-elle blessée ? De plus, qu’est-il arrivé à Blanchâtre ? Il me semble que Scarlet l’a amené avec elle…

Toc, toc !

… Maudite soit cette malédiction !

« Lequel des frères de Sun se tient devant sa porte, venu ici pour discuter du chemin de la bienveillance avec Sun, suivant l’égérie du Dieu de la Lumière ? »

« Grisia… »

Cette voix, c’est… J’étendis ma capacité de détection jusqu’à ce qu’elle atteigne l’extérieur de ma chambre. Après avoir confirmé l’identité de la personne, je ne pus faire autrement que de rincer l’équivalent de mon salaire qui était étalé sur mon corps, les larmes aux yeux, et ensuite changer de vêtements.

« Sybil. » Quand j’ouvris la porte, je lui demandai à contrecœur : « As-tu besoin de quelque chose ? »

Sybil entra dans ma chambre d’un pas assuré, examina le sol avec curiosité, et me questionna : « Pourquoi le sol est-il mouillé ? Étais-tu en train de prendre un bain ? C’est génial ! »

En quoi est-ce génial ? J’étais un peu perdu.

Sybil me sourit et annonça : « Je suis venue te dire au revoir. »

« Vous partez déjà ? » lui demandai-je, perplexe. « Pourquoi les autres ne sont-ils pas venus avec toi ? »

« Les autres viendront plus tard. »

« Plus tard ? » Je me grattai le visage sans comprendre. Pourquoi ne sont-ils pas venus ensemble ?

« Tu es vraiment… complètement différent de ce que j’avais imaginé ! » Sybil s’approcha de moi, en m’admirant de haut en bas, et ajouta : « Seule ton apparence est exactement comme on le raconte : des cheveux dorés, des yeux bleus et une peau blanche comme le lait. Euh… Tu es plus sombre maintenant, plutôt comme du lait au miel. »

Ne remue pas le couteau dans la plaie !

« Mais tu y ressembles vraiment plus ! »

« J’y ressemble ? » Pourquoi Sybil raconte-t-elle autant de choses bizarres aujourd’hui ? Je lui demandai, perdu : « À quoi est-ce que je ressemble plus ? »

Sybil s’approcha encore davantage. Je pouvais sentir une odeur de jasmin sur elle… Pourquoi porte-t-elle subitement du parfum ? Elle sourit et dit : « Tu ressembles plus à une personne ordinaire… Pourquoi y a-t-il une odeur de parfum sur toi ? Tu en as mis ? »

« Non. »

Une odeur de parfum flottait en permanence autour de moi. Je n’y pouvais rien. Après avoir passé dix ans à étaler des masques blanchissants pour la peau, dont la plupart étaient à base de lavande, cette senteur était toujours imprégnée sur moi. Mon maître, Néo, n’aimait pas la lavande. Il avait pour habitude d’utiliser des masques faits avec de l’extrait de rose, donc il était toujours entouré d’une odeur de rose.

Sybil pencha la tête sur le côté et s’enquit avec curiosité : « Se pourrait-il qu’il s’agisse de l’odeur de la virginité ? »

« … Bien sûr que non ! »

« Ce parfum n’est-il pas celui des puceaux ? »

« Absolument pas. »

« Dans ce cas, qu’en est-il de la personne elle-même ? J’ai presque pensé que tu clamerais ne pas être vierge, comme tu le faisais avant ? »

« … »

« Est-ce que tu veux… ? » Sybil fit un pas de plus vers moi, tout son corps presque pressé contre moi. Je pouvais même sentir son souffle qu’elle expirait lorsqu’elle parlait.

« …te séparer pour toujours de ce mot ? »

Je sursautai. Est-ce que cela pourrait vouloir dire que…

Alors que j’étais encore pétrifié par le choc, le visage de Sybil s’approchait, ses lèvres presque sur les miennes. Cependant, ce fut sa poitrine qui se pressa en premier contre mon torse. La douce sensation de ces deux monticules était vraiment fantastique… Se pourrait-il qu’aujourd’hui soit le jour où je laisserai derrière moi mes jours de pucelage et d’ermite d’église ?

Mon bien aimé Dieu de la Lumière ! J’ai décidé de faire de ce jour pour toujours un jour de remerciement et de grâce, et, chaque année à cette date, j’irai me recueillir devant Votre statue pour Vous remercier…

BAM !

« Aaaah, je s-suis vraiment désolé. Est-ce que je vous ai interrompus ? »

MAUDIT. SOIS-TU. EARTH !

Puisque tu sais déjà que tu nous interromps, fiche le camp ! Alors que Sybil se retournait pour regarder Earth, j’employai immédiatement mon regard le plus effrayant du monde pour le foudroyer, mes yeux lui communiquant un brûlant « Hors de ma vue ! »

« S-Sun, j’ai quelque chose d’important à te dire… » Earth lança un regard plein d’excuses et de gêne à Sybil.

Cette dernière baissa la tête. Elle semblait en fait embarrassée et s’empressa de répondre : « Ce… Ce n’est pas grave. J’ai fini de lui dire au revoir, je ferais mieux d’y aller… Grisia, à la prochaine. »

À la prochaine ? Et quand est-ce que ce sera ? Ce soir ?

Néanmoins, avant que j’eusse pu lui poser la question, Sybil s’était déjà enfuie. Son expression était celle de quelqu’un qui n’avait pas l’intention de revenir. Mais, mon jour de gratitude…

Earth me tapota l’épaule et déclara avec sincérité : « S-Sun, se pourrait-il que ce soit ce qu’on appelle un juste châtiment ? »

Hé, hé ! Tu es l’un des Douze Chevaliers Sacrés du Dieu de la lumière ! Quel châtiment ? Attends un peu, et on verra si je ne vais pas te considérer comme un traître pour ce que tu viens de me faire et ensuite t’attacher à un poteau pour t’y brûler jusqu’à ce que mort s’ensuive !

Je criai à Earth avec colère : « Si tu as fini, pars d’ici tout de suite ! » 

« J’avais vraiment quelque chose à te dire ! » Earth haussa les épaules et continua : « Judgment te cherche. »

« … Judgment me cherche ? Pourquoi n’est-il pas venu lui-même ? »

« Il veut que tu le rejoignes et que tu participes à la réunion. »

Earth sourit subitement. C’était le même sourire sincère que d’habitude, et je ne saurais dire s’il s’agissait de mon imagination ou non, mais j’avais l’impression que ce sourire était encore plus méprisable que d’ordinaire. Pourtant, je ne l’ai pas mis en colère récemment, non ? Je suis parti pendant si longtemps, je n’ai donc pas pu lui mettre des bâtons dans les roues, lorsqu’il séduisait sa quarante-et-unième ou quarante-deuxième conquête ! (Juste pour clarifier, je n’ai pas fait d’erreur en comptant. C’est juste que le nombre de femmes qui sont entrées dans sa chambre augmente beaucoup trop vite ! Maudit soit-il !)

… Peut-être que, parce que j’utilise ma capacité à sentir les éléments, je me suis trompé sur son expression ?

Ainsi, donc, il fallait que j’aille participer à une réunion. Mais, que diable s’est-il passé de si important pour que même moi je sois obligé d’y être présent ?

J’étais légèrement perplexe, mais j’acquiesçai quand même d’un signe de tête et répondis : « Très bien. Allons-y ! »

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