La Légende du Chevalier du Soleil T4C9 – Fais comme il te plaira

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un dragon

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 9: Do As You Please – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 9 : Fais comme il te plaira – traduit de l’anglais au français par Lala Su / Nocta
+ travail de vérification par Nocta / AkaiiRia

Une grande quantité de l’élément des ténèbres était continuellement aspirée dans mon corps, formant même un courant semblable à un tourbillon autour de moi, et bloquant le chemin à Ecilan et à tous les autres. Dès le début, ni Woodrow ni les autres n’avaient pénétré dans la grotte. À présent, ils reculaient même de quelques pas. Seul Ecilan luttait désespérément pour s’approcher de moi.

Après que l’élément des ténèbres se fût rué sur moi pour être aspiré, l’élément sacré que mon corps possédait en abondance à l’origine fut lentement expulsé hors de moi. Cependant, ce procédé n’était pas du tout douloureux. Au contraire, il me donnait une sensation de confortable insouciance ; j’avais même envie d’absorber encore plus de l’élément des ténèbres… Plus il y en aura, mieux ce sera !

« Cette sensation est fantastique ! »

Finalement, après avoir aspiré et absorbé presque tout l’élément des ténèbres présent dans la vallée, je poussai un soupir de satisfaction. Je ne m’étais jamais senti aussi bien, et c’était presque comme si tout mon être était rempli de pouvoir, presque comme si… Je suis invulnérable !

À cet instant, la frêle silhouette de Scarlet se matérialisa. Elle sautilla vers moi, pencha la tête sur le côté pour me fixer du regard et me demanda en gloussant : « Grisia, quelles sont tes impressions ? »

« J’ai l’impression… que tu es vraiment agaçante ! »

Une main gigantesque surgit à côté de Scarlet et la saisit brusquement, à l’image de quelqu’un qui attrapait un rat par la queue. Toutefois, il n’y avait pas là de quoi être surpris, puisque c’était moi qui avais utilisé l’élément des ténèbres pour créer cette main massive ; la main était complètement sous mon contrôle.

Cette main gigantesque suspendit Scarlet dans les airs devant moi. Je tendis une de mes mains, tapotai légèrement sa joue, puis déclarai en souriant : « Par conséquent, tu devrais disparaitre, d’accord ? »

À ce moment, un étrange rictus se dessina sur le visage de Scarlet. Il n’y avait aucune haine dans ses yeux. Au contraire, elle répondit joyeusement : « Il semblerait que tu sois enfin redevenu toi-même !1 »

Ses mots enflammèrent mon cœur avec fureur. Je rugis : « Cesse de raconter des inepties que je ne comprends pas ! Tu es vraiment insupportable. Je ne veux plus jamais te revoir ! »

La main gigantesque l’emporta abruptement dans le ciel, puis resserra violemment sa prise… Je m’étais préparé à entendre Scarlet hurler et pleurer, mais les cris tant attendus furent remplacés par des rires cristallins et empreints de folie. Alors que ce qui pouvait être considéré comme un rire diabolique – ou bien peut-être était-ce un hurlement – retentissait, la main resserra davantage son emprise, et le corps de la fillette explosa.

« Sun ! Pourquoi as-tu tué cette petite fille… ? »

Ecilan se précipita vers moi. Mais, il interrompit sa question mi-phrase pour s’exclamer avec encore plus de stupeur : « Sun ! T-Tes cheveux ont changé de couleur ! Ils sont devenus noirs ! »

« Ah bon ? » Je touchai mes cheveux, ne prenant même pas la peine de me tourner vers lui pour répondre : « Je ne peux pas discerner les couleurs, donc même si tu me dis qu’ils sont noirs maintenant, je ne me rappelle pas quelle couleur ils étaient avant. »

« Ils étaient de couleur dorée ! » répondit immédiatement Ecilan.

Par la suite, il s’approcha et examina mon visage avec une expression légèrement inquiète. Néanmoins, après un bref instant, il se détendit et me demanda simplement avec perplexité : « Ton visage n’a pas changé, mais pourquoi gardes-tu les yeux fermés ? »

Je ris et répliquai avec une question : « Pourquoi devrais-je les ouvrir ? »

Ecilan en resta sans voix et répondit avec hésitation : « Tu n’as pas besoin de les ouvrir, mais j’aimerais voir s’ils ont aussi changé de couleur… »

GRROOOAAAAAARRRR !

Je sursautai. Ecilan dégaina sa Stalactite Divine et chercha l’origine du rugissement tout en s’exclamant d’un ton alarmé : « D’où venait ce rugissement ? »

« Un dragon… Je n’arrive pas à y croire ! Il y a vraiment un dragon ! »

Après qu’Iacchi eût poussé un cri perçant, lui et ses deux compagnons terrorisés se précipitèrent à mes côtés. À leurs yeux, j’étais devenu leur garde du corps.

Je m’exclamai avec colère : « C’est maintenant que vous vous décidez à m’approcher ? N’étiez-vous tous pas en train de m’observer avec crainte deux secondes auparavant ? »

En entendant cela, leurs visages prirent une expression embarrassée. Igor s’empressa de bégayer : « M-Mais, tes cheveux sont devenus noirs tout d’un coup, et t’as l’air d’une tout autre personne. Tu donnes l’impression que tu pourrais saisir un couteau à n’importe quel moment pour nous égorger. Normal qu’on soit terrifiés par ce genre de changement ! »

Woodrow ajouta avec doute : « De plus, ne nous tournais-tu pas le dos pendant tout ce temps ? Comment aurais-tu pu voir nos expressions ? »

Je haussai les épaules et expliquai : « Je peux tout voir, si j’étends ma capacité de perception suffisamment loin. Je peux même voir ce dragon. C’est un si beau dragon des ténèbres, même s’il n’est pas aussi magnifique que mon Éternelle Tranquillité, car il est teinté par quelques impuretés. Il a vraiment l’air d’être dans une colère noire, mais ça ne me surprend guère. Il vit sans doute ici, parce que la vallée déborde de l’élément des ténèbres ! Mais, maintenant que je l’ai tout absorbé, évidemment que ça l’a rendu furieux ! »

Même après avoir entendu ma brève explication, la confusion sur leurs visages ne se dissipa absolument pas. À la place, ils me dévisagèrent tous les trois avec un air encore plus sidéré.

Malgré le fait que j’avais vu leur réaction exagérée, j’étais trop occupé à observer le dragon des ténèbres pour me préoccuper d’éclairer leur lanterne. Je ris doucement. S’il y a vraiment un dragon, alors je peux suivre mon plan d’origine, même si on dirait que ce n’est plus nécessaire. Ce plan me paraît suffisamment intéressant, donc le mettre en pratique pour passer le temps me semble être une bonne idée.

J’interpellai Ecilan avec nonchalance : « Ecilan. »

Quand il m’entendit, Ecilan se tourna vers moi et me dévisagea avec suspicion. Je lui souris, et il murmura d’un ton surpris : « Sun… ? »

Il se pencha lentement sur le côté avant de finalement tomber à terre, inconscient. Je le corrigeai de nouveau : « Mon nom est Grisia. »

« Grisia, tu as assommé le Chevalier de Glace ? » s’exclama Woodrow d’un ton alarmé.

« Comment t’as fait ça ? » demanda Igor, stupéfait.

Iacchi poussa un petit cri aigu : « Tu sais même comment lancer le Sort de Paralysie ? »

Je ris et répondis avec excitation : « Pas seulement le Sort de Paralysie ! À l’instant, je viens de me souvenir de plusieurs sorts plutôt utiles ! »

Woodrow m’interrogea d’un air soupçonneux : « Mais, pourquoi l’as-tu assommé ? »

« Si je ne lui avais pas fait perdre connaissance, comment étions-nous censés continuer le plan ? »

Woodrow me regarda, bouche bée : « Tu prévois toujours de le suivre ? »

« Bien entendu », rétorquai-je, sur le ton de l’évidence.

Mon plan d’origine pouvait se résumer en une seule phrase… Trouver un moyen de blesser gravement tous les chevaliers sacrés, y compris le Chevalier de Flamme et le Chevalier de Glace.

Ces chevaliers sacrés n’avaient pas emmené avec eux de prêtres qui puissent guérir leurs blessures. Alors, s’ils étaient gravement blessés, ils auraient définitivement besoin de temps pour se rétablir. Nous profiterions alors du temps où ils se seraient arrêtés pour nous enfuir le plus loin possible et vendre la licorne.

Toutefois, la partie la plus difficile à mener à bien est… Comment blesser gravement « un dieu vivant marchant parmi les simples mortels » ?

Ce problème m’avait causé une véritable migraine. Par chance, Iacchi m’avait fourni une bonne « arme ». Iacchi avait suggéré d’aller dans la Vallée de Trizer, qui n’était pas située loin de nous. Apparemment, un dragon y avait établi résidence. D’après Iacchi, si nous jetions Ecilan aux dents du dragon, Chikus Blaze n’aurait pas d’autres choix que de se précipiter à son secours. Après tout, c’était Ecilan lui-même qui avait déclaré : « Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs. »

Quand le moment aurait été venu, nous aurions réveillé le dragon… puis nous aurions pu profiter du spectacle d’un affrontement dragon contre humain depuis un endroit sûr.

Entre un dragon et deux des Douze Chevaliers Sacrés, qui était le plus fort ?

En vérité, trouver la réponse à cette question importait peu. En tant que membres des Douze Chevaliers Sacrés, ils devraient tous les deux être capables d’échapper aux griffes du dragon. C’était à contrecœur que Yuna et Sybil avaient accepté cet argument et pris part au plan avec grande réticence.

Cependant, à présent que je pouvais voir le dragon, je réalisai que deux membres des Douze Chevaliers Sacrés ne seraient sans doute pas suffisants pour opposer une quelconque résistance. Les griffes du dragon sont plus grandes que ces deux-là combinés !

Si nous laissons Ecilan avec le dragon et attirons Chikus Blaze jusqu’ici, est-ce qu’ils parviendraient vraiment à survivre ? Dans tous les cas, une bataille entre un dragon et des chevaliers sacrés, ha ! Il s’agira assurément d’un spectacle intéressant.

« Tu as facilement maîtrisé le Chevalier de Glace. » Woodrow insista sombrement : « Il ne devrait y avoir nul besoin d’utiliser un dragon pour le blesser gravement. Pourquoi tiens-tu toujours à poursuivre avec le plan ? »

« Parce que c’est amusant ! » répondis-je simplement. Je fis signe à la licorne, Blanchâtre, qui se tenait non loin de là, et l’appelai : « Blanchâtre, viens ici et porte le Chevalier de Glace. »

Tandis que Blanchâtre trottait lentement vers nous, Igor cria soudainement : « Pourquoi est-ce que Blanchâtre est devenu noir ! »

« Noir ? » J’étais surpris et murmurai avec intérêt : « Ainsi, l’élément des ténèbres est de couleur noire ? Dans ce cas, se pourrait-il que l’élément sacré soit blanc ? Ou est-il doré ? »

Une fois que Blanchâtre m’eût rejoint, je me souvins qu’il se nourrissait d’élément « sacré ». Mais, maintenant, je ne peux plus en rassembler. Dans ces conditions, va-t-il continuer à m’obéir ?

Néanmoins, Blanchâtre était devenu « noir ». Par conséquent, à mes yeux, son élément sacré avait disparu. En fait, il était rempli de l’élément des ténèbres… Exactement comme moi…

Je tendis ma main et dispersai un peu de l’élément des ténèbres contenu dans mon corps. Blanchâtre baissa sa tête et se mit à lécher l’élément des ténèbres, comme si sa nourriture n’avait subi aucun changement. Toutefois, il n’était pas aussi plein d’entrain et agaçant que d’habitude, et se contenta de silencieusement manger l’élément des ténèbres. C’était un peu difficile de s’habituer à ce changement.

« Est-ce que ça veut dire qu’il faut changer son nom pour Noireau ? » Igor fixa Blanchâtre avec un regard vide, tandis que la licorne mangeait.

Je levai les yeux au ciel et répliquai avec colère : « Je lui ai déjà donné un nom. Je ne veux pas devoir me souvenir d’un second. Allons-y. »

Une fois que Blanchâtre eût terminé son repas, j’installai Ecilan sur son dos, puis tournai la tête pour annoncer au reste de l’équipe : « Partons à la recherche de ce dragon. »

« Mais, mais… Le Chevalier de Flamme n’est pas encore là, non ? » s’écria Iacchi. « Ne me dis pas que tu as toujours l’intention de jeter le Chevalier de Glace au dragon ? Le dragon est déjà réveillé ! »

« Le Chevalier de Flamme est arrivé. »

Un moment auparavant, je l’avais aperçu de l’autre côté de la forêt. Le Chevalier de Flamme possédait des attributs de l’élément sacré et de l’élément du feu aussi intenses que le soleil. Je souris légèrement et ajoutai : « Il a emmené Sybil et Yuna avec lui ! »

Je fis mon apparition dans les airs au-dessus d’eux, mais, comme je n’avais aucune intention de descendre, je continuai de flotter. Puis, je baissai la tête et contemplai le groupe de chevaliers sacrés. Le Chevalier de Flamme était à leur tête, tandis que son vice-capitaine se tenait à l’arrière. Sybil et Yuna, quant à elles, étaient à l’abri au centre.

« Salut, Chikus ! »

Le Chevalier de Flamme s’arrêta net et me fixa du regard avec stupéfaction. Cette fois, je ne portais pas de masque.

Après un court instant de silence, il balbutia : « Tes cheveux… Et pourquoi fermes-tu les yeux ? »

Sans attendre ma réponse, il continua de me questionner : « Est-ce que tes blessures sont guéries ? N’avais-tu pas pris Ice avec toi ? Où est-il ? »

Il a le ton d’une personne qui parle avec un de ses vieux amis, mais je ne le connais pas ! Je déteste cette impression de ne rien savoir ! Je rugis : « Ferme-la, Chikus Blaze, je ne te connais pas ! »

« Tu as vraiment perdu la mémoire ? » Blaze déglutit et bafouilla : « On dirait que c’est vrai, tu ne m’as jamais appelé correctement par mon nom auparavant. »

Surpris, je ne pus m’empêcher de lui demander : « Comment est-ce que je t’appelle d’habitude ? »

Ecilan avait aussi dit quelque chose dans ce genre par le passé, j’étais vraiment curieux. C’est purement de la curiosité. Qu’il soit en train de me mentir ou non, cela n’a pas d’importance, et il n’y a rien de mal à simplement l’écouter !

Le Chevalier de Flamme me regarda un moment avant de répondre : « Tu m’appelles rarement par mon nom, et je préfèrerais que tu prononces mon nom correctement… Tu m’appelles toujours Bizarrus. »

« Je dois le faire exprès. »

« C’est ce que tout le monde pense également… » Le Chevalier de Flamme ajouta : « Tu te trompes avec les noms de presque tout le monde, à part celui de Judgment. »

« Grisia, tu es vraiment le Chevalier du Soleil ? » Sur le côté, Sybil poussa presque un cri : « C’est impossible ! »

« Et pourquoi pas ? » Je la fixai d’un regard froid et dis d’un ton menaçant : « À présent, tu sais sur qui tu as tiré une flèche ? »

Sybil recula, tout son corps maintenant caché derrière un chevalier sacré se tenant à ses côtés.

Blaze fronça les sourcils et me demanda avec perplexité : « Sun, il y a vraiment quelque chose qui ne tourne pas rond chez toi… Où est Ice exactement ? »

Je répliquai avec indifférence : « Quelque part où, si tu continues de perdre ton temps à discuter avec moi, il se pourrait qu’il se fasse dévorer jusqu’à l’os. »

Blaze vacilla, réagissant enfin. Il prit une profonde inspiration. « Tu n’as quand même pas… » L’expression sur son visage se contorsionna violemment, et Blaze rugit avec incrédulité : « Ne me dis pas que tu as osé le jeter au dragon ? Sun ! »

« C’est exactement ce que j’ai fait. Dis-moi, Chikus, que comptes-tu faire maintenant ? »

Je lui posai cette question avec nonchalance, mais dès que j’eus fini ma phrase il s’enquit immédiatement : « Où est Ice ? »

« Tu as vraiment l’intention d’aller le sauver ? » Stupéfait, je lui demandai avec suspicion : « Sais-tu quel genre de créature est un dragon ? »

Le Chevalier de Flamme ne me répondit pas et renouvela sa question : « Où est Ice, Sun ? »

Je levai un sourcil et pointai immédiatement un doigt dans la bonne direction, n’osant pas croire qu’il se précipiterait vraiment au-delà du dragon sans la moindre hésitation.

« Protège ces deux-là. »

Le Chevalier de Flamme désigna Sybil et Yuna en s’adressant à moi, puis fit signe à ses chevaliers sacrés et s’élança immédiatement dans la direction que j’avais indiquée. Ce qui me surprit encore plus fut que tous les autres chevaliers sacrés le suivirent sans la moindre hésitation, comme s’ils étaient sur le point d’affronter un monstre ordinaire et non pas un féroce dragon.

Voyant que lui et ses sept chevaliers sacrés avaient vraiment l’intention de se rendre là-bas, je m’exclamai avec stupeur : « Attends une minute ! Tu comptes vraiment aller le sauver ? Tu suis vraiment ce qu’Ecilan a dit : ‘Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs ?’ Juste à cause de cette phrase, tu as réellement l’intention d’aller au-devant de ta propre mort ? »

« Il a dit ça ? » Le Chevalier de Flamme ne se retourna pas, et s’adressa à moi de dos. Sa tête se tourna légèrement dans ma direction, et Blaze me demanda : « Sais-tu qui a été la première personne à prononcer cette phrase ? »

J’haussai les épaules et tentai une réponse au hasard : « Le Dieu de la Lumière ? Le Pape ? »

« C’est toi. »

Je le fixai d’un regard vide, mais le Chevalier des Flamme était déjà loin, ne semblant pas vouloir perdre une seconde de plus. Je continuai de contempler sa silhouette qui s’éloignait.

« Grisia ? » Sybil s’approcha avec crainte et s’enquit : « Tu ne vas pas les aider ? »

Je repris mes esprits et répondis froidement : « As-tu oublié qui a jeté Ice au dragon ? Pourquoi irais-je les sauver ? »

« E-Es-tu vraiment le Chevalier du Soleil ? » me questionna-t-elle avec stupéfaction.

Encore cette question ! Je rugis avec rage : « Comment le saurais-je ? Je ne sais même pas qui je suis ! Je ne sais pas si je suis un type bien ou un sale type, si je devrais vous protéger ou prendre ma revanche et tuer deux menteuses immédiatement… Je n’en sais rien ! »

Quand l’écho de mon rugissement retomba, les deux femmes me regardèrent avec crainte. Elles avaient toutes les deux reculé de plusieurs mètres, n’osant pas rester à côté de moi.

Après un certain temps, Sybil rassembla son courage et implora d’une petite voix : « Grisia, va aider Blaze et les autres ! »

Je rétorquai d’un ton glacial : « Tu n’as pas le droit de me demander de faire quoi que ce soit ! N’oublie pas que tu as tiré sur moi ! Que je ne songe pas à te tuer est déjà un miracle. Et maintenant tu oses me donner un ordre ? Pour qui te prends-tu ? »

J’étais à la moitié de ma phrase, quand je vis Sybil baisser la tête, l’air de ployer sous le poids de la culpabilité. Cependant, juste au moment où je comptais conclure ma tirade, elle dégaina brusquement son arc pour décocher les flèches qui pendaient à son épaule et tira salve après salve dans ma direction en hurlant : « Stupide Grisia ! Pourquoi es-tu si méchant ! »

« Qu’est-ce que tu fabriques ? » Je m’empressai d’utiliser l’élément des ténèbres pour créer un bouclier, bloquant de justesse les volées de flèches qui m’étaient adressées.

Les tirs de Sybil ne s’arrêtèrent pas là ; il semblerait qu’elle ne sera pas satisfaite avant d’avoir épuisé tout son stock de flèches. Tout en tirant, elle gronda : « Je craignais simplement que tu finisses réellement par les tuer ! Cette fois-là, la façon dont tu as traité les chevaliers sacrés… tu as même ordonné au Chevalier de Flamme de se blesser avec sa propre épée… Tu as vraiment dépassé les bornes ! »

Suivant l’exemple de Sybil, Yuna se mit également à crier : « C’est vrai ! Ces chevaliers sacrés étaient déjà très, très fatigués, et tu as visiblement profité de leur faiblesse ! Pour retrouver le Chevalier du Soleil, pour sauver le Chevalier de Glace, ils avaient déjà oublié le sens du mot « repos » ! Pourtant, même dans cet état d’épuisement, ils étaient prêts à s’occuper de nous tout en continuant leur marche forcée ! Même si le Chevalier de Flamme n’arrêtait pas de crier sur nous, il ne nous a jamais abandonnées sur le bord de la route… Ils voulaient seulement se dépêcher pour sauver le Chevalier de Glace, puis continuer de chercher le Chevalier du Soleil. C’était tout ce qu’ils désiraient ! »

Sybil épuisa toutes ses flèches, mais continua de serrer son arc. Deux traits remplis de l’élément de l’eau coulèrent le long de ses joues, et elle ajouta en hoquetant : « En fin de compte, la personne qu’ils cherchaient, c’était toi… toi, le méprisable scélérat qui a failli les tuer ! »

J’en restai sans voix.

Yuna, mécontente, ajouta : « Ce jour-là, quand tu as disparu, le Chevalier de Flamme est resté planté sur place pendant très longtemps, et il n’arrêtait pas de marmonner… »

« Il n’arrêtait pas de marmonner ‘Qui diable es-tu donc ?’ » Par réflexe, je pensai à cette réponse.

« Non ! »

Les deux femmes hurlèrent de concert : « Il marmonnait ‘J’ai blessé Sun !’ »

« Va sauver le Chevalier de Flamme ! » me commanda Sybil.

« Et le Chevalier de Glace ! » ajouta Yuna.

Elles prirent des voix encore plus sérieuses et strictes en rugissant : « Va t’excuser auprès d’eux ! »

… J’eus soudain l’impression que ces deux femmes étaient encore plus effrayantes que le Chevalier de Flamme.

À cet instant précis, le rugissement d’un dragon retentit au loin. Elles pâlirent immédiatement et s’écrièrent en cœur : « Grisia ! »

« D’accord, d’accord ! Je vais y aller. »

Après tout, j’avais déjà prévu d’aller profiter du spectacle. Je ferais aussi bien de leur faire croire que j’y vais pour les aider.

Je volai donc vers l’endroit où se trouvait le dragon. Tout en volant, j’étendis ma capacité de perception pour comprendre ce qu’il s’était passé.

Même si j’avais amené Woodrow et les autres à la caverne où se trouvait le dragon, je les avais laissés dans un passage qui était trop étroit pour que le dragon puisse y entrer. Ainsi, le dragon ne nous avait même pas remarqués. J’avais aussi dit à Woodrow et aux autres de surveiller Ecilan et de ne rien faire avant mon arrivée, non ?

Alors, pourquoi… La scène à laquelle je fus confrontée était celle d’Ecilan et du reste du groupe acculés au fond de la caverne par le dragon. Ils dépendaient du mur de glace d’Ecilan pour se protéger du dragon qui essayait d’engouffrer sa tête dans le passage. Il ouvrit même son énorme mâchoire pour cracher un torrent corrosif de l’élément des ténèbres.

Que se passe-t-il, bon sang ? Je ne comprends vraiment pas. Je les ai laissés seuls pendant quelques minutes. Comment la situation a-t-elle pu dégénérer à ce point ?

Et ce chevalier, Chikus. Même moi je pouvais entendre la frustration dans le rugissement du dragon. S’était-il véritablement jeté tête baissée avec ses chevaliers sacrés dans la gueule du dragon sans le moindre plan ? Maudit soit-il ! Aussi irréfléchi qu’il soit, il ne devrait pas être aussi inconscient !

Merde !

J’accélérai ma vitesse de vol et me précipitai vers eux.

Quand je les atteignis, je remarquai que sept chevaliers sacrés protégeaient Woodrow et les autres, tandis qu’ils évacuaient la caverne du dragon. Néanmoins, Ecilan et Chikus n’étaient pas parmi eux.

Je m’arrêtai net devant eux et les interrogeai avec froideur : « Vous prévoyez vous enfuir en laissant derrière vous le Chevalier de Glace et le Chevalier de Flamme ? »

« C’est le Capitaine qui nous a interdit de retourner dans la grotte afin de ne pas le gêner pendant le combat ! »

Le vice-capitaine… Non ! Tous les sept chevaliers sacrés avaient les yeux grands ouverts, à tel point qu’on aurait dit qu’ils allaient jaillir hors de leur orbite. Leurs mains étaient serrées en poing, comme s’ils essayaient de résister à quelque chose.

« Le Capitaine nous a ordonné d’évacuer immédiatement tous les citoyens. Le dragon est complètement enragé, il se mettra à tuer chaque créature qu’il verra, et il nous poursuivra sûrement… »

Le vice-capitaine ne put terminer sa phrase. Je compris aussi ce qu’il sous-entendait. Lorsque le dragon se lancerait à leur poursuite, leur capitaine serait probablement dans son ventre.

Je me tournai vers Woodrow et les autres et m’exclamai avec rage : « À quoi pensiez-vous ? Ne vous avais-je pas demandé de ne rien faire avant que j’arrive ? »

Woodrow avait l’air d’avoir une peur bleue. Il bégaya : « C-C’était une petite fille ! Elle est apparue subitement et a brisé les chaînes que tu avais utilisées pour enchainer le Chevalier de Glace, puis elle nous a tous jetés dans la grotte du dragon, et elle a emmené Blanchâtre avec elle. Si le Chevalier de Glace n’avait pas distrait le dragon, nous aurions tous été tués. Mais, sa jambe droite s’est fait éclabousser par de l’acide craché par le dragon… »

Scarlet ? Ne l’avais-je pas tuée ? J’ai vraiment été trop imprudent.

« Vous tous, partez immédiatement ! » leur ordonnai-je. « Allez récupérer Sybil et Yuna en chemin, et dépêchez-vous de quitter cette maudite vallée ! »

Après avoir entendu mes paroles, les chevaliers sacrés affichèrent une expression surprise, mais la seconde suivante une lueur d’espoir se dessina sur leurs visages. Ils acquiescèrent et emmenèrent immédiatement Woodrow et les deux autres avec eux.

Je respirai un bon coup et visualisai la situation dans la caverne du dragon. Ecilan et Chikus avaient une bonne coordination ; ils ne se déplaçaient pas ensemble, mais couraient de chaque côté du dragon, divisant son attention. Si l’un d’entre eux était sur le point de se faire attraper, l’autre envoyait des sorts pour irriter le dragon.

Cependant, ils ne purent utiliser cette stratégie que quelques fois avant qu’elle cesse de fonctionner. Que ce fût parce qu’Ecilan n’arrivait plus à maintenir le rythme ou que ses attaques magiques étaient trop faibles, ou bien que ce fût parce que le dragon refusait de se faire avoir par le même piège, ce dernier décida de concentrer ses attaques sur Chikus.

Chikus courait de toutes ses forces. Par chance, il était vraiment une cible trop petite pour le gigantesque dragon. Pour cette raison, la créature avait du mal à l’attaquer. Même si c’était dangereux, il ne se fit pas non plus écraser par ses pattes.

Il courut et hurla à Ecilan : « Ice ! Sauve-toi ! »

Ecilan trainait à moitié sa jambe droite. Sa chaire avait pourri, mais son état continuait d’empirer, car l’acide restant agissait toujours. Même s’il faisait de son mieux pour éviter de montrer sa douleur, l’élément de l’eau qui coulait sur son visage le trahissait. Même ainsi, il rassembla toutes ses forces pour utiliser le sort Flèche de Glace et attaquer le dragon, tentant d’attirer de nouveau son attention.

Il cria en réponse : « Blaze ! Tu es plus proche de l’entrée, sors le premier ! »

Ces deux-là… À quoi jouent-ils ?

Ne supportant pas d’en entendre davantage, je m’engouffrai dans la caverne, réduisant ma hauteur de vol. Je tendis la main à Chikus et lui dis : « Attrape ma main ! »

« Tu n’es pas Sun ! Je n’ai pas besoin de l’aide d’un imposteur dans ton genre ! »

Après m’avoir vu, Chikus recula et ignora complètement le dragon derrière lui. Il prit même le temps de me hurler : « Sun n’aurait jamais jeté Ice aux griffes d’un dragon ! »

Il…il vient de frapper ma main et de la repousser… Le scélérat ! Je faillis exploser de colère.

« Blaze ! »

Non loin de là, Ecilan tenta de s’approcher de nous. Mais, à présent, sa jambe droite avait presque pourri jusqu’à l’os. Il ne pouvait que trainer son pied droit derrière lui, et il lui était impossible d’avancer plus vite.

Je tendis de nouveau la main à Chikus et lui dis d’un ton monotone : « Je te l’offre pour la dernière fois. Prends. Ma. Main. »

La réponse que me donna Chikus fut de repousser de nouveau ma main. Toutes traces d’émotion désertèrent mon visage, et je m’envolai au loin. Au même moment, le dragon se servit de sa queue pour balayer Chikus. Il alla s’écraser contre le mur avec un bruit sourd.

Quand il glissa à terre, son corps atterrit sur le ventre. Il ne tressaillit même pas.

Cependant, par coïncidence, il était tombé non loin d’Ecilan.

« Blaze ! »

Ecilan se précipita vers Chikus, le souleva et vérifia désespérément sa respiration. Quand il confirma qu’il était encore en vie, Ecilan poussa un soupir de soulagement et s’empressa de le porter jusqu’à un trou dans le mur de la caverne.

Pendant ce temps, je continuai de flotter dans les airs. Le dragon ouvrit sa gueule pour rugir vers moi, mais il ne m’attaqua pas ; on aurait dit qu’il était en quelque sorte désemparé.

Il était probablement désorienté parce que la quantité de l’élément des ténèbres qui m’entourait était encore plus épaisse que celle qui accompagnait normalement les créatures des ténèbres. Le dragon ne semblait pas savoir s’il devait m’attaquer ou non.

Finalement, il y renonça, tourna la tête et fonça vers Ecilan et Chikus.

Pff ! Si Ecilan me supplie de l’aider, alors j’y songerais. Quant à Chikus… Aucune chance !

« Sun, aide-moi… »

Lorsqu’Ecilan vit que le dragon se dirigeait vers lui, il m’appela immédiatement à son secours. Satisfait, j’étais sur le point de le sauver, lorsque j’entendis la deuxième partie de sa phrase.

« … à sauver Blaze ! Sa blessure est très grave ! Vite, aide-le ! »

Qu’est-ce qui ne va pas avec ces deux-là ? Ne leur arrive-t-il pas de penser à eux avant les autres ? Je rugis avec fureur : « Si c’est pour t’aider, je veux bien y songer, mais pour lui… je refuse de considérer la question ! »

Ecilan tressaillit, mais il reprit immédiatement ses esprits, parce que le dragon avait déjà atteint le trou devant lequel lui et Chikus se tenaient. Il poussa Chikus à l’intérieur de l’ouverture et utilisa son propre corps comme bouclier pour le protéger. Puis, il lança le sort Mur de Glace pour bloquer le gaz putride qui déferlait de la gueule du dragon.

Vraiment, c’en est assez ! Je ne veux plus me préoccuper d’eux ! Je ferais aussi bien d’aller chercher Woodrow et les autres !

Je me retournai pour partir…

« Sun ! Je t’en prie ! Sauve au moins Blaze ! »

Entendant le cri déchirant d’Ecilan, je m’arrêtai de nouveau et restai figé dans les airs… J’ai décidé de les abandonner de mon propre chef, alors pourquoi suis-je de moins en moins heureux ?

Tss ! Je n’y comprends vraiment plus rien !

« Chaînes des Ténèbres ! »

Je me retournai et libérai une grande quantité de chaînes des ténèbres, remplissant presque toute la caverne et prenant soin de bien attacher le dragon afin d’enfin arrêter ses mouvements. Il avait l’air très mécontent et lutta férocement contre les chaînes en rugissant.

Je flottai jusqu’au trou où s’abritait Ecilan. Il luttait pour tirer Chikus tout en trainant sa jambe blessée. Je baissai la tête pour le regarder et dis avec dédain : « Tu es vraiment faible ! Est-ce que tu peux vraiment prétendre être l’un des Douze Chevaliers Sacrés ? »

Ecilan ne prêta pas la moindre attention à mes insultes. Il tenait Chikus dans ses bras et me supplia avec ferveur : « Sun, dépêche-toi de sauver Blaze. Si tu utilises Soin Ultime… »

« Mets-toi à genoux et supplie-moi ! »

En entendant cela, Ecilan sursauta et afficha une expression incrédule.

« Pourquoi es-tu si surpris ? » Je ris et poursuivis : « Je n’ai aucune raison de t’aider sans condition, non ? Tout ce que je te demande, c’est de te mettre à genoux et de me supplier. Juste en faisant cela, tu peux sauver deux vies. Cela n’en vaut-il pas la peine ? »

« Bien sûr que tu as une raison. » Ecilan cria : « Les Douze Chevaliers Sacrés n’abandonneront jamais un des leurs ! La voilà ta raison ! Sun, tu ne t’en souviens toujours pas ? »

« Je ne m’en souviens toujours pas. »

Je répondis avec nonchalance : « De toute façon, que je m’en souvienne ou pas est sans importance, puisque cela ne me concerne plus ! À partir de maintenant, je voyagerai où bon me semblera et ferai comme il me plaira ! »

« À part au Temple Sacré, tu n’iras nulle part ! »

Je vacillai et me retournai par réflexe. En apercevant la silhouette de celui qui venait de parler, je poussai un cri de surprise.

« Lesus du Jugement ! »

 

Note de bas de page

1« Il semblerait que tu sois enfin redevenu toi-même ! » : Dans le texte d’origine en chinois, Scarlet s’adresse à Grisia avec une forme respectueuse de « vous » qui n’a pas d’équivalent en anglais. Aussi, en français, la phrase aurait été traduite de façon que Scarlet parle avec plus de respect que d’ordinaire et aurait donné quelque chose comme : « Il semblerait que vous soyez enfin de retour ! » Ce qui aurait sonné très étrange. Pour cette raison, comme pour la traduction en anglais, nous avons choisi de respecter le sens de la phrase originale « redevenir comme avant » plutôt que sa forme trop respectueuse.

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