La Légende du Chevalier du Soleil T3C5 : L’Inévitable Maître Dans Une Aventure – Un Homme Sage

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 : À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)


The Mandatory Mentor for an Adventure : A Wise Man – traduit du chinois vers l’anglais par raylight[PR!]
L’Inévitable Maître Dans Une Aventure : Un Homme Sage –  traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

Ma mémoire était, comme on pouvait s’y attendre, un don qui m’avait été accordé par le Dieu de la Lumière. Même si je n’avais vu la carte du Royaume de l’Orchidée Lunaire qu’une seule fois, j’avais déjà mémorisé à peu près tous les endroits dignes d’intérêts. Si la reine du Royaume de l’Orchidée Lunaire avait eu connaissance de mon don, elle n’aurait probablement pas osé dérouler devant moi cette carte détaillée même si cela lui avait coûté la vie.

Après avoir marché pendant une demi-journée, j’atteignis une petite ville nommée la Ville de la Forêt Feuillue sans faire le moindre détour. Cette ville était, sans surprise, spéciale parce qu’elle était complètement entourée par une forêt. Il n’y avait que sur cette parcelle de terre qu’on retrouvait une prairie traversée par une rivière. Sans la rivière, il n’y aurait eu absolument aucune chance qu’une ville puisse s’y développer.

Même ainsi, ce genre d’endroit ancré profondément dans une forêt n’était pas fait pour supporter une grande population. Importer des marchandises de l’extérieur était également difficile.

J’imagine que la raison pour laquelle il y avait une ville ici était qu’il y avait probablement trop de groupes d’aventuriers qui avaient besoin de refaire leurs stocks de provisions lorsqu’elles passaient à travers la forêt. Pour les marchands, tant qu’il y avait assez de bénéfices, ne parlons même pas d’une forêt, ils oseraient même charger dans l’antre d’un dragon !

Juste devant se trouvait un comptoir pour les créatures magiques et leurs produits. Même si les bêtes magiques étaient dangereuses, elles avaient une grande valeur commerciale. De leur peau et de leur viande jusqu’à leur sang, corne et autre, ils avaient tous leur propre utilisation. Ils étaient également la principale source de revenus des aventuriers.

Après que j’eus soigneusement utilisé un tissu pour envelopper le blason en forme de soleil sur mes manches, je marchai jusqu’à la Ville de la Forêt Feuillue. Bien que la ville ne fût pas grande, les bâtiments étaient disposés de façon assez chaotique. Après y être entré, je restai momentanément indécis quant à la direction à emprunter pour trouver la taverne.

J’arrêtai un aventurier et, en affichant un sourire aimable, je lui demandai : « Cher frère, puis-je te demander dans quelle direction se trouve la taverne ? »

L’aventurier me jaugea de haut en bas, puis marmonna quelques phrases : « D’où sort un chevalier aussi beau ? Je devrais vraiment… avoir un rival de moins. » Après une pause, il répondit : « Tu vois cette allée sur la gauche ? Prends-la, puis passe devant deux armureries et tourne à droite. Une fois que tu auras dépassé un bazar, tourne encore à droite. Ensuite, après être passé à côté de deux puits, tu arriveras à une intersection. Emprunte la route du milieu. Quand tu auras dépassé une boulangerie, tourne à gauche, et marche tout droit jusqu’au bout et tu atteindras l’endroit. Tu as tout compris ? »

« J’ai tout compris. » Souriant, je répétai : « Je vais dans cette allée à gauche, je passe devant deux armureries, tourne à droite, dépasse un bazar, puis tourne à droite. Ensuite, après être passé devant deux puits, il y a une intersection. Je choisis la route du milieu, et je dépasse une boulangerie, tourne à gauche, et enfin je vais tout droit jusqu’au bout. »

L’aventurier était profondément choqué. « Mon Dieu ! Tu arrives vraiment à te rappeler de tout ça ? »

Je souris à cet aventurier, ce qui lui fit perdre contenance. Ensuite, j’empruntai l’allée située sur la gauche. Hmph ! Si je peux même me souvenir d’une carte qui est plus grande que cinq tables alignées côte à côte, comment quelques simples tournants pourraient-ils me déconcerter ?

Je suivis la route que cette aimable personne avait mentionnée, mais je ne parvins pas à trouver les deux puits peu importe le nombre de temps que je passai à les chercher… Puis, je me rappelai brusquement que, à côté de cette ville, il y avait une rivière, donc on n’avait absolument pas besoin de creuser des puits pour avoir de l’eau.

Extrêmement agacé, je maugréai : « Je n’aurais vraiment pas dû demander mon chemin à un homme. Quels puits ? Il avait probablement envie d’en creuser un pour m’y enterrer, afin d’avoir un rival en moins ! »

On dirait que mon seul choix est de trouver quelqu’un d’autre à qui demander mon chemin.

J’étais sur le point de revenir sur mes pas pour aller questionner le propriétaire du bazar quand une personne, dont tout le corps était enveloppé par un manteau, me bloqua la route quelques mètres devant moi. Mon expression s’assombrit.

Contre toute attente, c’était quelqu’un qui possédait l’élément des ténèbres… Un nécromancien ? Mais, la composition de l’élément semblait être légèrement différente.

Avant que j’eus repris contenance, l’autre parti parla. Avec un ton gentil, il déclara : « Quel intense élément de la lumière ! Même moi, quelqu’un qui n’a pas la capacité de sentir les éléments, je parviens vraiment à sentir son incandescence. Comme c’est incroyable ! Est-ce la lumière du Chevalier du Soleil actuel ? »

Mon visage pâlit. Qui aurait cru que cet étranger devinerait que je suis le Chevalier du Soleil ? Qui plus est, “actuel” ? Ce détail a l’air un peu étrange…

J’étais encore en train d’essayer de deviner qui pouvait bien être la personne se tenant devant moi, mais je n’eus pas besoin de fournir plus d’efforts, puisque la personne mystérieuse défit lentement son manteau. Il tomba sur le sol, révélant la véritable identité de celui qui se trouvait dessous. Il possédait… une couleur de peau que même le soleil en plein après-midi serait incapable d’illuminer !

« Un elfe noir ! Pas étonnant que je n’arrivais pas à déterminer quel genre de métier une personne de cet élément occupait ! » Je ne pus m’empêcher de pousser un cri de surprise, puis je devins encore plus méfiant et dis : « Je n’aurais jamais imaginé que, de mon vivant, j’aurais la malchance de rencontrer un elfe noir, un membre d’une race qui est connue pour vivre sous terre ! Quel genre de plan sinistre comptes-tu accomplir en venant à la surface ? »

Ce qui restait inexprimé et qu’il fallait sous-entendre par-là était : Merde ! Récemment, je n’ai pas arrêté de jouer de malchance. Me balader la nuit m’a mené à rencontrer un chevalier noir, et marcher le long d’une allée résulte à me faire interpeller par un elfe noir. On dirait que la prochaine fois que j’irai aux toilettes, il est fort probable que je marche sur la queue d’un dragon… Je touche du bois, je touche du bois ! Je ne voulais pas dire ça. Oh Dieu de la Lumière ! Je vous en prie, ne prenez pas ce que je viens de dire au sérieux ! 

Bon, je pense ne pas avoir d’autre choix que d’expliquer quel genre de créature est un elfe noir, sinon personne ne sera en mesure de comprendre à quel point je suis malchanceux.

Dans ce monde, il n’y avait pas que la race humaine, même si la majorité de ce que les gens voyaient habituellement étaient des humains. Tout au plus, on pouvait apercevoir des nains dans les magasins de forgerons. Il n’y avait presqu’aucune différence entre l’apparence des nains et celle des humains, à l’exception du fait que, même s’il s’agissait d’un nain mâle adulte, il ne mesurerait que le deux tiers de la taille d’un homme. Leurs caractéristiques les plus distinctives, cependant, étaient que le nain mâle semblait toujours porter une longue barbe infestée de poux, et qu’ils étaient exceptionnellement doués pour travailler le métal quel que fût leur sexe.

Les elfes étaient une autre race connue des humains. Leur réputation était largement répandue, et pratiquement tout le monde savait que les elfes étaient une race fière mais extrêmement gentille. Cependant, presque personne n’en avait déjà vus. C’était parce qu’ils ne vivaient qu’à la périphérie du continent, dans les profondeurs lointaines des forêts. Les gens ordinaires n’étaient habituellement pas capables de visiter de tels endroits.

En plus de ces deux races, il y en avait d’autres qui étaient pratiquement à cheval entre les monstres et les humains. Par exemple, les gnomes étaient de petites créatures qui possédaient une peau verte de la tête aux pieds et qui avaient tendance à se rassembler en grands nombres. Les orcs appartenaient à une race qui paraissait posséder un corps mi-humain mi-animal.

Bien que ces races fussent légèrement civilisées, puisqu’elles avaient un langage simple et avaient la capacité de se servir du feu et des armes, leur style de vie n’était pas vraiment différent de celui d’une meute de loups. Généralement parlant, ils étaient rarement inclus dans les classements des races principales.

Les elfes noirs, cependant, étaient différents, puisqu’ils faisaient absolument partis des races principales. Leur apparence était très similaire à celle des elfes, avec une silhouette svelte et des oreilles pointues. Cependant, les elfes avaient la peau blanche, tandis que les elfes noirs avaient une couleur de peau semblable au charbon et qu’ils arboraient des cheveux blancs et des yeux rouges.

Contrairement aux elfes qui résidaient dans la forêt, ils vivaient dans les profondeurs du monde souterrain, et éprouvaient une haine sans borne vis-à-vis la lumière du soleil. Ils ne montaient presque jamais à la surface, et même en une centaine d’années, vous n’entendrez pas quelqu’un dire qu’il avait aperçu des elfes noirs à la surface. Toutefois, la chose la plus importante à propos d’eux était leurs caractéristiques raciales. Ils étaient une race notoirement connue pour être maléfique, et les elfes noirs — allant de l’enfant de huit mois dans son berceau jusqu’au vieil elfe noir de huit cents ans allongé sur son lit de mort — se conformaient tous à ce stéréotype du type machiavélique.

En plus d’être malveillants, ils possédaient une autre particularité importante : tous leurs citoyens étaient des soldats, faisant d’eux une race terrifiante avec des capacités de combats sans égales. Leur nombre n’était pas élevé mais, sans égard pour leur sexe ou leur âge, ils pouvaient tous être classés dans la catégorie d’élite au combat. Il était dit qu’aussi longtemps qu’un groupe d’elfes noirs attaquerait, une ville possédant une garnison militaire entière pour la défendre sera quand même détruite en une seule nuit.

Par chance, ils exécraient la lumière du soleil, d’où le fait qu’ils venaient rarement à la surface. S’ils daignaient jamais monter, de toute façon, ils iraient probablement chercher querelles aux elfes, dû à un ancien différend entre les deux races.

Et même alors que je racontais tout cela, en ce moment précis, en face de moi, se tenait un elfe noir malfaisant qui était situé à au moins cent huit mille kilomètres de chez lui.

En réalité, il afficha une expression d’appréciation, et déclara d’une voix pleine d’éloge : « Tu es seulement le deuxième humain à être parvenu à rester aussi calme après avoir découvert ma race. »

« Oh ? Dans ce cas, j’ai très envie de rencontrer le premier. »

Alors que je répondais, je réfléchis pour savoir si je devais, oui ou non, activer la Brigandine Sainte du Dragon. Cependant, j’avais entendu dire que la vitesse d’un elfe noir était particulièrement rapide. Si je venais à être tué pendant que je changeais de vêtements, perdre ma vie serait le dernier de mes soucis…

« Le Corps Nu Du Chevalier du Soleil A Été Retrouvé Dans Une Allée Obscure ! »

Quelles sortes d’associations sexuelles perverties seraient créées si ce genre de titre venait à paraître était une autre histoire ; toutefois, le problème principal résidait dans le fait que ce n’était définitivement pas une façon élégante de mourir. Si mon maître venait à découvrir que la façon dont j’étais mort était aussi embarrassante et pervertie, je tremble en imaginant quel genre de conséquences en découlerait… J’imagine que tout le monde ici présent a une idée de ce qu’elles seraient.

Plutôt que d’être envoyé à maintes reprises au septième ciel par mon maître… À quoi étiez-vous en train de penser ? Tss, tss, vos esprits sont si mal placés !

Je suis en train de dire que, plutôt que d’être ressuscité par mon maître après ma mort pour mourir de nouveau de façon élégante afin de le satisfaire, je pense que je vais proprement porter mon uniforme du Chevalier du Soleil et rencontrer la mort élégamment dès maintenant.

« Tu as l’air si sérieux. Serais-tu en train de te demander comment tu vas me tuer ? » questionna l’elfe noir avec un vague sourire légèrement amer.

Non, je suis seulement en train de considérer quelles poses et expressions seraient les plus élégantes à prendre pendant que je mourrais. Une petite allée n’est déjà pas un lieu approprié pour mourir avec élégance, c’est donc pourquoi je dois absolument inverser la situation en travaillant sur la pose et l’expression !

Voyant que je n’avais pas répondu, l’expression de l’elfe noir se fit encore plus attristée. Mais, cela n’élimait pas le doute qu’il aurait très bien pu jouer la comédie, puisque la rumeur racontait que sa race était fourbe de bien des façons. « Avant que tu n’attaques, j’ai encore un ami que j’aimerais te faire rencontrer », déclara-t-il.

L’ami d’un elfe noir ? On dirait vraiment que je suis sur le point de mourir…

Une autre personne portant un manteau émergea de l’angle de la rue. À en juger par sa taille, c’était probablement un homme. Sans rien dire, il retira immédiatement son manteau. Cependant, ce n’était pas un elfe noir, mais un magnifique homme aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Il était âgé d’environ une trentaine d’années, et son visage affichait un doux sourire.

Bien que cette personne eût une apparence qui avait l’air très digne de confiance, quand je le reconnus, mes pupilles se dilatèrent abruptement, mon corps entier se raidit, mes mains et mes jambes devinrent glacées, mon cœur se mit à battre violemment, et des vagues de spasmes s’emparèrent de mon estomac et de mes intestins…

« Pourquoi… »

L’elfe noir tourna la tête pour regarder l’homme aux cheveux blonds, ne sachant pas s’il devait rire ou pleurer, puis il affirma : « Neo, quand ton élève m’a vu, moi, le maléfique elfe noir qui ne devrait se trouver nulle part à la surface, il est resté tellement calme que son visage n’a même pas changé. Mais, quand il t’a vu, toi, c’est… c’est comme si… »

Le magnifique chevalier aux cheveux blonds et aux yeux bleus afficha un éblouissant sourire franc, et continua la conversation. « C’est juste qu’il est enfin réuni avec le maître qu’il respecte plus que tout et qu’il n’a pas vu depuis belle lurette, et qu’il se sent très ému. Mon enfant, cela fait bien trois ans depuis la dernière fois où je t’ai vu. Dépêche-toi de t’approcher de quelques pas, que ton maître puisse bien t’examiner. »

Je reculai de plusieurs pas, et me mis même à prier pour que la mort vînt.

Dieu de la Lumière ! Vous êtes vraiment trop horrible ! Je préférerais encore marcher sur la queue d’un dragon plutôt que de rencontrer… « mon maître ».

Ah !

À cet instant-là, mon maître tourna la tête vers son bon ami, souriant tandis qu’il disait : « Cet enfant est vraiment timide, n’est-ce pas ? »

L’elfe noir sourit ironiquement et répliqua : « Au contraire, je n’ai pas vraiment eu cette impression. En fait, je dirais qu’il arbore la même expression que quelqu’un aurait eue s’il avait vu quelque chose ressemblant à un dragon… Ah ! “Ayant vu un dragon”, ce genre d’impression le décrit de la façon la plus appropriée. »

Tu as tort ! Même un dragon n’est pas aussi effrayant que mon maître !

Mon maître tourna la tête en continuant de sourire. « Mon cher Aldrizzt, cette blague que tu viens de faire est certainement intéressante. Cependant, ne dépasse pas les bornes avec ton humour. Regarde, tu as fait peur à mon apprenti. »

Aldrizzt lui retourna un léger sourire. « Il n’y a pas de doutes quant au fait qu’il soit effrayé, néanmoins, quant à savoir de qui il a peur, je crains que ce ne soit ouvert à la discussion. »

« Peut-être est-ce parce que ta peau est trop noire, voilà pourquoi il a pris peur ! Comme tu le sais, la couleur de peau du Chevalier du Soleil a toujours été aussi blanche que la neige. »

« Pour ton étudiant, c’est vrai. Mais, pour toi, au mieux tu ressembles à une miche de pain mal cuite », ne put s’empêcher de rétorquer Aldrizzt.

Les sourcils de mon maître se redressèrent. Il soupira et renchérit : « C’est toujours mieux que d’avoir l’air d’une bassine d’eau sale qui aurait servi à laver les pieds d’un guerrier… Mais, n’en sois pas si bouleversé, mon ami ! Un problème aussi trivial que la couleur de peau ne peut ruiner notre amitié. »

« Amitié ? » répéta Aldrizzt, choqué. « Ainsi, notre relation était en fait quelque chose comme ça… Hé ! Neo, ton élève donne l’impression de s’en aller. »

« Ahahah, Aldrizzt, cesse de plaisanter. Étant mon apprenti, il n’oserait définitivement pas “m’ignorer”, “ne pas me saluer”, et “partir sans permission”. »

Je me figeai sur place, et sentis mon visage se crisper plusieurs fois. En fin de compte, mon visage se durcit avec la résolution de celui qui s’apprête à aller occire un dragon, et je me retournai pour m’avancer jusqu’à mon maître. Au même moment, je me mis docilement à le saluer. « Mon cher maître, sous l’illumination du Dieu de la Lumière, comment vous portez-vous aujourd’hu— ? »

Le visage de mon maître devint sérieux, et sa voix devint plus grave. Employant un ton de commandant, il me coupa la parole : « Rentre le Dieu de la Lumière dans ton cœur, et dis-moi ce que tu fabriques dans un groupe d’aventuriers ! »

Je lui racontai immédiatement tout en détail.

Une fois que j’eus terminé mon histoire, mon maître continua de se marmonner à lui-même de façon indécise. En contraste, ce fut l’elfe noir, Aldrizzt, qui me critiqua, avec une expression froide : « En tant que membre de l’équipe, quitter le groupe de ta propre initiative est mal ! »

Je jetai un coup d’œil à l’elfe noir. En fait, j’ai envie de rétorquer qu’en dépit du fait que tu sois un elfe noir, tu ne me sembles pas le moins du monde maléfique, et c’est ça qui est mal ! Malheureusement, jusqu’à ce que je puisse proprement comprendre quel est ta relation avec mon maître, je n’ai pas l’intention de t’offenser.

Soudainement, mon maître sourit, compréhensif. « Tu as quitté ton équipe, parce que tu voulais enquêter sur moi et Aldrizzt, n’est-ce pas ? » demanda-t-il. « Une créature avec un élément des ténèbres et une avec un élément de la lumière qui voyagent ensemble, et qui maintiennent toujours une distance ni trop lointaine ni trop proche avec ton groupe par-dessus le marché, c’est terriblement suspicieux. »

Comme on pouvait s’y attendre de la part de mon maître, il est celui qui me comprend vraiment. J’ai bien peur que si je faisais ne serait-ce que lâcher un pet, il serait capable de déterminer ce que j’avais mangé au déjeuner.

J’acquiesçai et répondis : « Je vous avais déjà sentis à l’orée de la forêt, mais à ce moment-là je n’y avais pas vraiment prêté attention. Toutefois, par la suite, quand vous tourniez autour de la forêt mais gardiez toujours une certaine distance avec nous, j’ai commencé à devenir un peu nerveux. Mais, je ne pouvais pas en parler à mes coéquipiers, étant donné que j’aurais été obligé de révéler que j’avais la capacité de sentir les éléments. Donc, à la place, je n’ai pu que trouver une excuse pour quitter le groupe et aller explorer un petit peu. »

À cet instant-là, une expression de stupéfaction apparut sur le visage d’Aldrizzt.

Mon maître hocha la tête et fixa Aldrizzt tout en affichant une expression de fierté. « Je t’avais déjà averti à ce sujet auparavant ; tu ne peux pas prendre mon élève en filature et le lui cacher », lui rappela-t-il.

« C’est vraiment stupéfiant. » Aldrizzt se tourna vers moi et s’excusa : « Je suis vraiment désolé. J’ai eu tort de te critiquer. Je retire ce que j’ai dit. »

Je fixai cet elfe noir du regard. Tu ne pourrais pas être un peu plus dédié à ton travail, et montrer un comportement un peu plus malveillant ? En ce moment, cette personnalité complètement inoffensive, qui ne ferait pas de mal à une mouche, que tu es en train de montrer n’est-elle pas complètement en contradiction avec la description des elfes noirs que j’ai donnée plus tôt ?

« Pourquoi me dévisages-tu ainsi ? » questionna Aldrizzt, un peu perplexe.

Je le jaugeai de haut en bas, puis m’enquis avec méfiance : « Es-tu vraiment un elfe noir ? Se pourrait-il que tu sois un elfe resté trop longtemps sous le soleil et dont la peau aurait brûlé ? »

Aldrizzt resta stupéfait.

Ce fut mon maître qui se mit à rire. Comme il s’esclaffait, il administra une bonne claque dans le dos de l’elfe noir et beugla : « Aldrizzt, oh Aldrizzt ! J’ai encore deviné juste, n’est-ce pas ? Je te l’avais bien dit, même si tu étais un elfe noir si malfamé que tout le monde brûlerait d’envie de te tuer, tant que tu ne l’attaques pas, mon apprenti ne dégainerait même pas son arme, quand bien même il serait appuyé contre toi avec vos bras côtes à côtes… Quoique, qu’il tienne ou non une arme, il demeure toujours aussi faible. »

Une fois qu’Aldrizzt eut entendu cela, son regard envers moi s’adoucit beaucoup, et il me sourit même d’une manière totalement amicale.

L’humeur de mon maître était au beau fixe. Il me tapa dans le dos, en disant : « Mon enfant, c’est rare de te voir. Alors, viens boire un verre avec ton maître ! Ton maître a de nombreux récits d’aventures à te raconter, et il veut aussi entendre des histoires du Temple Sacré. »

Quand il eut terminé de parler, mon maître tourna la tête vers Aldrizzt, et rigola en disant : « Mon apprenti tient encore mieux l’alcool que moi ! Tu vas définitivement l’apprécier. Aujourd’hui, les gars, vous pouvez boire autant qu’il vous plaira ! »

« Oh ? » Aldrizzt semblait être euphorique.

En entendant cela, je pris une profonde inspiration, mon regard se déplaçant partout sans s’arrêter, tandis que je m’interrogeais quant à quel chemin emprunter pour avoir le moins de risque d’être rattrapé… Là !

« Hum… Neo, ton élève est en train d’escalader le mur. »

« …Reviens ! Nous payerons toutes les consommations. »

Je poussai un soupir de soulagement et sautai du haut du mur. Avec une sincérité qui ne pouvait être plus honnête, j’affirmai : « Ce sera avec plaisir, mon cher maître. Il est dit que le Chevalier du Soleil deviendrait probablement ivre en moins de trois verres, mais puisque mon maître en a fait la requête, votre apprenti vous suivra même jusque dans les profondeurs de l’enfer. »

Faisant face au regard d’Aldrizzt qui affichait un grand sourire, mon maître était un peu embarrassé alors qu’il se plaignait : « Faire sortir de l’argent de ta poche est encore plus difficile que de t’expédier en enfer. Je ne sais vraiment pas comment cette personnalité grippe-sou, qui est la tienne, a pu se développer. »

À l’évidence, elle m’a été enseignée par vous…

« Va et enfile les vêtements d’Aldrizzt, puis nous irons boire », continua mon maître. « Tu ne dois définitivement pas révéler que tu es le Chevalier du Soleil, puisque l’image du Chevalier du Soleil perdant connaissance au bout de trois verres ne doit pas être brisée ! »

Trouvant cela un peu étrange,  je demandai : « D’accord, mais pourquoi ne mettrais-je pas vos vêtements, maître ? »

« C’est parce que je porte un uniforme de chevalier, mais peu importe sous quel angle on te regarde, tu ne ressembles en rien à un chevalier. Tu peux tromper les ignorants gens du peuple, toutefois, dans un lieu comme une taverne où des experts se terrent, tu ferais mieux d’appartenir à une autre profession ! Ce n’est vraiment pas de bol qu’aucun de nous n’ait d’uniforme de prêtre avec lui, autrement, lorsque tu l’aurais porté, nous aurions tous les trois eu l’air d’un groupe complet composé d’un chevalier, d’un mage doublé d’un assassin, et d’un prêtre ! Sans l’ombre d’un doute, nous aurions reçu un nombre infini de missions ! Quel dommage… »

Allez vous faire ****** ! Je suis un Chevalier Sacré !

Mon maître me fixa sévèrement. « Tu ferais mieux de ne pas insulter ton maître dans ton cœur, sinon, plus tard, tu devras payer pour nos boissons. »

Je me mis presque à genoux et l’implorai pour son pardon. « Je suis désolé. Étant votre apprenti, je n’aurais pas dû maudire mon maître dans mon cœur… »

Aldrizzt roula des yeux. Le roulement d’œil contrastait grandement avec sa peau qui était aussi noire que le charbon, et ainsi paraissait particulièrement blanc. Quiconque recevant ce regard finirait par se mettre en colère en le voyant. Aldrizzt ne put s’empêcher de dire : « Chevalier du Soleil et ancien Chevalier du Soleil, quand vous parlez ensemble, pourriez-vous tous les deux ne pas vous montrer plus vulgaires que moi, un elfe noir ? »

« Bien qu’ayant été sous l’illumination du Dieu de la Lumière pendant de longues années, il réside toujours des ténèbres cachées à l’intérieur du cœur de mon enfant. Étant son maître, mon cœur en est peiné, et cet humble serviteur ne peut s’empêcher d’enraciner la radiance du Dieu de la Lumière dans ses mots, priant pour qu’ainsi les ténèbres soient chassées de l’intérieur du cœur de mon enfant, afin qu’il reprenne le chemin de la radiance. »

« La bienveillance du Dieu de la Lumière enveloppe le monde entier, sa radiance scintillant à travers l’air et illuminant toutes les créatures vivantes de ce monde. Cependant, des ténèbres se terrent à l’intérieur du cœur de votre apprenti, et il a dirigé ces ténèbres vers son maître. Ceci est véritablement un pêcher que même un millier de morts ne suffirait à repentir ! À présent que son maître fait appel à la radiance du Dieu de la Lumière pour réprimander son élève, votre apprenti est naturellement ravi de l’accepter, et a hâte d’assister à une renaissance de lui-même. »

« …Je suis désolé, cette fois c’est moi qui avais tort. Je vous en prie, redevenez vulgaires ! »

 

 

Après cela, nous ouvrîmes les portes de la taverne. Une fois que nous fûmes entrés à l’intérieur, toutes les serveuses de la taverne, qui pouvaient voir la porte, regardèrent vers nous et se mirent à appeler joyeusement en disant des choses comme : « Neo ! », « Neo, tu es de retour ! », « Neo, tu m’as tellement manqué. » Mon maître, lui aussi, répondit aux serveuses une par une par son regard. Si je n’avais pas mentionné lequel des Douze Chevaliers Sacrés précédents mon maître était, je parie que tout le monde aurait présumé qu’il était en fait l’ancien Chevalier de la Tempête.

En comparaison, Aldrizzt n’était pas vraiment populaire. Même s’il avait étroitement enveloppé son corps de tissu, un certain nombre de personnes lui jetèrent des regards remplis d’hostilité. Il paraissait évident qu’ils étaient au courant de sa race.

Je jetai un coup d’œil à la tenue d’Aldrizzt, et je compris immédiatement comment ils avaient su. Même s’il avait drapé tout son corps avec son manteau, il était quand même obligé de tendre sa main quand il mangeait ou buvait de l’alcool. Juste un aperçu de cette main noire comme du charbon suffisait pour que les gens devinent qu’il s’agissait de quelque chose de douteux.

Si ce n’était pas l’elfe noir des légendes, alors il serait un cadavre brûlé et réanimé, et aucune de ces deux options n’augurait quoi que ce soit de bon.

Bien que le public fût très inamical envers Aldrizzt, l’hostilité que ces « hommes » dirigeaient vers mon maître semblait aussi assez intense, et je n’avais pas non plus l’air d’être très populaire…

Parce que l’animosité de l’assemblée dirigée vers nous était très apparente, nous choisîmes des chaises dans le coin le plus éloigné du reste des occupants de la pièce.

Après cela, mon maître commanda joyeusement deux douzaines du plus fort alcool et plusieurs plats pour accompagner le vin. Puisque cela allait de soi, les serveuses les apportèrent les uns après les autres.

Aldrizzt semblait être un peu inquiet lorsqu’il conseilla : « Neo, nous ferions mieux de ne pas nous enivrer. »

Mon maître tourna la tête, et demanda curieusement : « Nous enivrer ? Si toi et moi nous en buvons une douzaine, comment pourrions-nous devenir ivres ? »

« Mais, tu en as commandé deux douzaines… »

Mon maître répondit sans aucune hésitation : « Bien sûr. Sinon, mon élève dira que je suis radin. »

Aldrizzt redressa la tête sous son manteau, en me scrutant avec une vague confusion. Je n’étais pas sûr de savoir si j’avais bien interprété correctement, mais je continuais de ressentir que sa perplexité contenait également un sentiment de plaisante surprise… On dirait qu’Aldrizzt est aussi un démon de la boisson. J’ai bien peur que ce que notre équipe de trois fasse de mieux ne soit point de pourfendre des monstres démoniaques, mais plutôt de pourfendre des bouteilles d’alcool à la taverne.

Une fois que l’alcool arriva, moi, le démon de la boisson au-dessus de tous les démons, j’ouvris sur-le-champ les bouteilles avec mes deux mains, et commençai à les descendre impitoyablement. Quand ma main gauche avait fini d’en verser une, j’alternais avec ma main droite… Après une minute, je pris mon mouchoir et essuyai la mousse de l’alcool qui collait aux coins de ma bouche. Hum, même si cette boisson n’est pas aussi forte que l’Ivre-En-Une-Bouteille de la Cité du Bourgeon, la teneur en alcool n’est pas si mal.   

Lorsque je redressai la tête, je remarquai qu’Aldrizzt me fixait avec un regard vide, et que mon maître s’était mis à rire à gorge déployée en frappant… pas sa cuisse mais celle d’une serveuse qui était en train de servir nos plats.

En apercevant le visage d’Aldrizzt, j’ouvris encore une autre bouteille, puis la levai et déclarai : « Je bois en ton honneur. »

Aldrizzt en resta stupéfait, et il s’enquit avec hésitation : « Pourquoi bois-tu en mon honneur ? »

Même si je n’étais pas ivre, je me sentais quand même un peu pompette. Notant que toute la taverne dévisageait Aldrizzt avec haine, j’employai un regard provocateur pour les fixer un par un, puis j’élevai délibérément la voix pour les défier : « Je célèbre le fait que tu sois assis ici avec nous ! »

« Bien dit, mon enfant. Buvons à la santé d’Aldrizzt, pour être assis ici avec nous ! » Mon maître leva également bien haut sa bouteille.

L’expression d’Aldrizzt se fit extrêmement sérieuse. Il retira lentement son manteau, révélant ses épais cheveux blancs et sa peau noire. Il leva haut sa bouteille, en décrétant : « Dans ce cas, je dois boire à votre santé en retour. Je bois en votre honneur, les gars, pour être assis ici en face de moi ! »

Quand il eut terminé, nous bûmes tous les trois nos bouteilles avec nos têtes renversées vers l’arrière. Lorsque je baissai la tête, je vis une bouteille d’alcool voler tout droit vers l’arrière du crâne d’Aldrizzt. Avant que je n’eusse pu pousser le moindre cri pour l’avertir, une ombre passa à la vitesse de l’éclair. Mon maître s’était en fait servi de sa jambe pour cogner dans la bouteille qui ne se brisa pas. Elle fut envoyée valser jusqu’à la personne qui l’avait lancée, et la bouteille explosa en mille morceaux sur cette personne, dont la tête se retrouva entièrement ruisselante d’alcool.

Cette personne était un guerrier, un guerrier lourdement musclé, avec un marteau géant posé à ses pieds. Avec sa tête ruisselante d’alcool et les veines sur son visage qui saillaient sauvagement, il était manifestement offusqué.

« Ah ! » Mon maître bondit pour se tenir dans le dos d’Aldrizzt, puis il tourna la tête, souriant tout en déclarant : « C’est parfait, je déteste les guerriers plus que tout. »

Sous l’influence de l’alcool, et en songeant à comment Mike et Anne m’avaient méprisé pendant la totalité du voyage, je me levai en lui retournant son sourire.

« Tel maître, tel apprenti ! Maître, moi aussi je crois que les guerriers sont les êtres les plus détestables. »

À cet instant-là, Aldrizzt se leva et s’exclama : « Neo, Grisia, n’entrez pas en conflit avec quelqu’un à cause de moi ! »

Mon maître et moi nous retournâmes simultanément et levâmes les yeux au ciel. Qui fait cela pour toi ?

Après s’être pris nos deux regards dédaigneux, Aldrizzt sembla un peu embarrassé. En nous observant, puis en regardant le guerrier enragé ainsi que l’atmosphère dangereuse qui avait l’air prête à exploser à n’importe quel moment dans la taverne, il demanda avec un peu d’impuissance : « Vous avez besoin de mon aide ? »

« Bois tes bouteilles. » répondit mon maître.

« Mange ta nourriture. » répliquai-je.

Aldrizzt s’assit, et j’ignorais s’il était en colère ou pas. Il tourna son corps, fit dos à toute la taverne, et s’employa à manger ses plats et à boire son alcool pour de vrai.

Tandis que le guerrier qui maniait un marteau s’approchait de nous, mon maître, toujours en affichant une attitude calme au milieu de ce chaos, me dit : « Mon enfant, tes compétences à l’épée sont médiocres. Il vaudrait mieux pour toi que tu ailles boire avec Aldrizzt ! »

« Maître, ce que je porte en ce moment n’est pas un uniforme de chevalier. » Alors que je lui répondais, je rassemblai l’élément de l’eau puis le solidifiai en glace dans mes mains.

« Oh, c’est vrai. »

Après avoir prononcé ces mots, il dégaina son épée et bloqua le marteau du guerrier, qui se dirigeait vers moi. Cela produisit un son métallique qui résonna très fort et qui me cassa les oreilles. D’un geste de la main, le gros morceau de glace que je tenais, et qui était aussi gros qu’une cocotte, fut expédié sur le guerrier, juste à temps pour le récompenser avec une joie rafraîchissante !

Le guerrier vola en arrière et percuta une table, la réduisant en pièces. Sa chute semblait avoir été relativement lourde, mais il s’agissait bien d’un guerrier à la peau épaisse et avec de la viande en trop sur son corps. Il rugit plusieurs fois, et ensuite se remit debout. Ses deux yeux injectés de sang, il regarda à droite et à gauche, puis attrapa une table qu’il nous jeta.

La table fit un vol plané en direction de mon maître, mais ce dernier ne silla même pas.

À ce moment-là, je tendis la main, et exécutai le Bouclier de la Terre, qui était une technique qui solidifiait la lumière sacrée en un bouclier pour parer les attaques… Cette technique était en vérité la capacité spéciale du Chevalier de la Terre, que j’avais secrètement apprise.

La table s’écrasa contre le Bouclier de la Terre, et se brisa en plusieurs petits morceaux devant mon maître. Cependant, parce que le bouclier sacré le protégeait, pas même une seule écharde n’écorcha son corps.

Avec ses deux yeux rouges, le guerrier hurla : « À en juger par tes actions, cela veut-il dire que tu veux protéger ce type à la peau noire ? Ne me dis pas que tu n’es pas conscient du fait que les elfes noirs appartiennent à une race maléfique ? »

Mon maître répondit froidement : « Si tu cherches à nous trouver des torts pour lancer un combat, vas-y. En t’inventant un tas d’excuses, tu auras prouvé que tu es encore moins convenable qu’un elfe noir. Si tu veux te battre, ramène-toi ! Je vais te laisser être le témoin de la force du plus fort chevalier… de l’histoire ! »

Oh merci, Dieu de la Lumière ! J’essuyai la sueur froide qui s’était formée. Par chance, mon maître a pensé à retirer les mots « du Soleil ».

Arrivé à ce stade, les gens dans la taverne se levèrent un par un et s’écrièrent : « Quel chevalier ? Tous ceux qui se liguent avec un elfe noir sont forcément des êtres pleins de mauvaises intentions ! »

« Foutez le camp d’ici, et ça vaut aussi pour l’elfe noir ! »

« Quittez la Ville de la Forêt Feuillue ! »

Voyant que la foule prenait son parti, la confiance du guerrier s’était évidemment gonflée. De toutes ses forces, il gronda : « Créatures maléfiques, et toi l’elfe noir, foutez-moi le camp ! »

« Oh ? Créature maléfique ? » Mon maître marmonna tout seul pendant un moment, puis il dit avec un sourire : « Intéressant, c’est bien la première fois qu’on m’appelle comme ça. Afin de seoir à ce nouveau titre… Dans ce cas, devrais-je devenir encore plus malveillant ? Hé hé hé… Hahahaha ! Me battre contre toi tout seul ? Tu n’es même pas qualifié pour une telle chose. Mon apprenti ! Viens en première ligne, et passe-moi ce chien à tabac ! »

Quand il eut terminé, il fit virevolter son manteau avec élégance, et vint se tenir derrière moi. Il s’assit calmement et entreprit de se mettre à manger et à boire avec Aldrizzt.

Ma-maître… Jouer le rôle du Chevalier du Soleil pendant vingt ans ne vous a pas suffi ? Maintenant, vous voulez changer de rôle et jouer le méchant ? Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer, mais en voyant que mon maître était de bonne humeur en ce moment, il valait mieux pour moi de docilement suivre ses instructions.

« Oui, monsieur ! »

Quand mon cri retentit, je ne récitai même pas d’incantation, tandis que je lançais ma magie… En fait, c’était uniquement parce que je n’avais pas assez de temps pour réciter. De toute évidence, la taverne toute entière m’avait pris pour un mage, et presque tout le continent savait que le meilleur moyen de tuer un mage était, pour un ennemi, d’en faire de la chair à pâté avant qu’il eût pu compléter ses incantations et exécuter ses sorts.

Ainsi, la vitesse à laquelle tout le monde se jeta sur moi était si rapide que cela me rappela un marié se jetant sur sa femme pendant leur nuit de noce. Je voulais jouer la comédie et réciter une incantation pour m’amuser à prétendre être un mage mais, à cause d’eux, je ne le pouvais pas. Tch !

Avec ma main gauche qui exécutait le Bouclier de la Terre, et après avoir confirmé que les diverses armes de toutes sortes devant moi n’atterriraient pas sur ma tête, j’effectuai une variété de sorts dépareillées avec ma main droite. Toutes les Lames de Vent, Boules de Feu et Tir de Glace que je parvins à produire, je les leur lançai aléatoirement. Même si je n’arrivais pas à toucher toutes les cibles que je visais, cela importait peu, puisqu’il y avait des gens partout. Quel que fût la façon ou l’endroit où je jetais mes sorts, je touchais forcément quelqu’un. Chaque sort était suivi d’un gémissement d’angoisse, ce qui était extrêmement satisfaisant.

Dans mon dos, provint même un soupir poussé par Aldrizzt. « Ton élève s’amuse vraiment. Clairement, un sort intermédiaire pourrait vaincre tous ses adversaires mais, à la place, il utilise seulement des sorts mineurs pour créer des problèmes. »

Mon maître faillit presque recracher l’alcool qu’il avait dans la bouche, et une fois qu’il eut toussé quelques fois en riant, il expliqua : « Tu as mal compris, Aldrizzt. C’est parce qu’il ne connaît que des sorts mineurs. N’oublie pas, mon apprenti n’est pas réellement un mage. Même ainsi, avec le Bouclier de la Terre combiné à sa liste de compétences, personne ne peut le battre. Cet “Apprenti Mage” est en fait encore plus problématique à affronter qu’un magicien, ou même un maître magicien. »

« Pourquoi est-ce qu’il n’apprend pas de sorts intermédiaires ? » La voix d’Aldrizzt était pleine de curiosité. « À en juger par ses capacités, il devrait être plus que prêt à en apprendre. »

« Oh, pendant tout le combat jusqu’à maintenant, as-tu entendu mon apprenti réciter la moindre incantation ? »

« Non. »

« Ce n’est pas un magicien, et il est incapable de comprendre la véritable incantation magique. Ainsi, il ne connaît même pas la moitié d’une vraie incantation. Au mieux, il ferait semblant de réciter : “Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi-sèches.” Et même lui ne serait pas capable de se servir d’un sort intermédiaire sans prononcer une incantation. »

Stupéfait, Aldrizzt s’écria : « Il ne connaît aucune incantation ? Mais alors, comment est-il parvenu à apprendre la magie en premier lieu ? »

Mon maître expliqua mystérieusement : « Pour te dire cela, je vais devoir parler d’un certain jour où je lui apprenais à manier l’épée et où il s’était entraîné pendant toute une journée. À cause d’une fatigue extrême, j’avais décidé de faire une pause, et il avait saisi l’opportunité pour aller vagabonder dans les rues pendant ce répit. »

« Il était fatigué, mais il est quand même aller flâner dans les rues ? »

« Non, j’étais celui qui était fatigué. Mon cœur avait reçu trop de coups, et était épuisé… »

« …Je t’en prie, continue. »

« Puis, il est rentré. Le jour suivant, je lui ai appris à monter à cheval, et nous avions chevauché toute la journée… »

« De nouveau fatigué ? »

« Oui, j’étais extrêmement épuisé à force d’avoir été rendu fou de rage. Je lui avais hurlé : “Dis-moi, pourquoi dois-je toujours tout t’enseigner aussi rigoureusement, espèce d’idiot bon à rien ! Quelle utilité pourrait-on jamais tirer de toi ? Je ne peux plus en supporter davantage, je veux te remplacer !” En fin de compte, cet enfant avait réfléchit pendant un moment, puis avait libéré une lame de vent pour m’éventer. Il s’était même rendu aux cuisines pour prendre un kebab, et il s’était servi d’une boule de feu pour me griller la viande. Et, pour terminer, il avait même fait apparaître un morceau de glace et avait étalé de la confiture dessus, pour en faire un dessert après le repas… Je lui avais demandé comment il était parvenu à apprendre tout cela, et il m’avait répondu que le jour d’avant, pendant qu’il se promenait dans les rues, il avait aperçu un groupe de jolies mages avec lesquelles des brutes essayaient de prendre des libertés. Elles étaient tellement en colère qu’elles avaient rassemblé leurs forces et utilisé des Lames de Vent, des Boules de Feu, et des Tirs de Glace pour repousser l’autre parti. »

« Par conséquent, à cause de l’éventail, du kebab grillé, et de l’en-cas après le repas, tu as décidé de garder cet élève ? »  

« Ou- NON ! Bien sûr que non ! Aldrizzt, n’as-tu pas une image trop superficielle de moi ? »

Aldrizzt éclata d’un rire réprimé.

La voix de mon maître, cependant, devint quelque peu mécontente. « Ces personnes étaient trois belles magiciennes, chacune d’entre elles utilisant différents éléments. À lui seul, il est parvenu à apprendre la magie des trois éléments, et cela n’inclut même pas l’élément de la lumière qu’il connaissait déjà. Avec ce genre de potentiel inconcevable, penses-tu que je pourrais le remplacer ? »

« Oui, oui, bien sûr que tu ne pouvais pas le remplacer. »

« Ta voix ne paraît absolument pas sincère. »

« Je suis un elfe noir dont la spécialité est les complots et les subterfuges ! Le fait que je ne t’aie jamais tendu de piège est déjà suffisant. Qu’attends-tu de plus de moi ? Je suis incapable de même trouver le mot “sincérité” dans la langue des elfes noirs ! »

Avec un « humph », mon maître se tut.

En entendant qu’ils avaient enfin terminé leur conversation, je pris immédiatement la parole : « Mon cher maître… »

Mon maître renifla froidement. « Si tu n’as rien à me demander, tu n’ajoutes pas “mon cher”. Dis-le ! Qu’est-ce que tu veux !? »

Il n’y a personne qui connaisse mieux l’apprenti que le maître. D’un air pince sans rire, je dis : « Concernant les compensations pour les dégâts causés à cette taverne… »

Avant que j’eusse pu terminer, mon maître avait déjà répondu avec mauvaise humeur : « Pendant les trois années où je ne t’ai pas vu, tu es devenu encore plus radin ! Tant que tu voyages avec nous, je ne te laisserai pas payer le moindre centime. Dans le futur, arrête de me parler des questions d’argent. Chaque fois que tu demanderas, je ferai en sorte que tu te rappelles comment le titre du plus fort Chevalier du Soleil de l’histoire m’a été donné. »

« Oui, monsieur. »

Je laissai la tranquillité envahir mon cœur et eus même un petit sourire machiavélique. Tout en maintenant le Bouclier de la Terre, je commençai à rassembler de larges quantités de l’élément de « l’eau ». Je remplis l’air de toute la taverne avec cet élément et, d’un autre côté, je commençai également à rassembler de l’électricité…

Lorsque la foule commença à sentir leurs cheveux se dresser, réalisant que quelque chose ne tournait pas rond, et se mit à frapper mon Bouclier de la Terre avec encore plus d’ardeur, je criai finalement : « Réseau d’Éclair ! »  Après cela, je relâchai une chaîne entière d’éclairs. Ils suivirent la vapeur d’eau dans l’air de la taverne et s’éparpillèrent. Immédiatement, des lamentations s’élevèrent de toutes parts.

Le Réseau d’Éclair est exactement comme son nom l’implique. Il s’agit en fait d’une magie formée par deux sortes d’éléments magiques : l’eau et la foudre. Un niveau élémentaire ajouté à un autre niveau élémentaire formera une magie intermédiaire. Les mystères de la magie me faisaient me sentir assez… désenchanté.

« De la magie intermédiaire ! Et c’est un sort qui utilise simultanément deux éléments différents », s’exclama Aldrizzt avec stupéfaction. « Néo, on dirait que tes informations sur ton apprenti sont à présent inadéquates. »

Quand mon maître entendit cela, non seulement il ne se mit pas en colère, mais il me demanda même avec bonne humeur une fois que je me fus assis : « Mon enfant, comment as-tu appris ce sort intermédiaire ? »

Je racontai honnêtement : « Après que vous ayez quitté votre fonction, maître, il y a eu une fois où je portais un manteau, cachant mon identité pour me promener dans les rues. Dans une avenue, j’ai vu… »

Avant même que je pus terminer ma phrase, mon maître avait déjà agité sa main avec impatience. « Oublie ma question, oublie-la. Tu as probablement encore vu une autre belle magicienne. Ce n’est même pas grave si je n’écoute pas ! »

Je trouvais cela extrêmement injuste, aussi je protestai : « Maître, cette fois, vous avez tort. La personne que j’ai vue était un vieux mage ! J’ai dû dépenser une grande quantité de patience avant de pouvoir voir ce vieux mage, dont le visage était couvert de rides, lentement terminer son incantation et lancer sa magie. Finalement, je suis secrètement parvenu à apprendre ce sort intermédiaire. »

À ce moment-là, le propriétaire de la taverne, bien qu’il eût une apparence fébrile, marcha vers nous nerveusement. Après quoi, il demanda tout en tremblant : « Seigneur Chevalier, concernant les objets endommagés… »

Mon maître constata paresseusement la situation derrière nous. Les dégâts ne s’étendaient qu’à des tables cassées, des chaises brisées, le parquet inondé et quelques fissures sur les fenêtres et les portes. Après qu’il eût jeté au tavernier quelques pièces d’or scintillantes, c’était tout juste si le propriétaire ne dit pas en souriant : « Continuez, s’il-vous-plaît, continuez à ruiner cet endroit ! »

Après cela, nous nous assîmes à l’unique table propre et rangée de la taverne, et nous continuâmes de boire nos bouteilles, de manger nos plats, et de discuter.

J’en profitai également pour expliquer à mon maître l’histoire du kidnapping de la Princesse Alice, aussi bien que les détails de ma rencontre avec le Chevalier Noir. Même si mon maître était à la retraite, il avait quand même été le Chevalier du Soleil pendant vingt ans. Son expérience était incomparable à la mienne. Peut-être que si mon maître écoutait mon histoire au moins une fois, il saurait immédiatement quel était le cœur du problème.

Lorsque j’en vins à la partie où le Chevalier Noir avait affirmé qu’il s’était enfui avec la princesse pour se marier mais que, en même temps, il n’avait pas connaissance de la lettre, Aldrizzt déclara en désaccord : « Comment peux-tu croire aux paroles d’un kidnappeur ? »

Je répondis franchement : « Parce qu’il avait l’air d’être extrêmement bel homme. »

« Bel homme à quel point ? » questionna mon maître avec un visage sérieux.

Je répondis également avec sérieux : « Le genre de bel homme qui, lorsque des hommes le verraient, leurs donnerait envie de le tuer et de découper son corps en morceaux. »

Quand ces mots sortirent, Aldrizzt en resta ébahit. Cependant, mon maître hocha la tête avec compréhension, en décrétant : « Dans ce cas, la situation est telle que tu l’as déclarée : c’est une fugue. »

Aldrizzt ne put s’empêcher de secouer la tête et de rétorquer : « C’est un petit peu trop arbitraire. »

Mon maître tapota le dos de l’elfe noir, et comme un vieil homme s’adressant à un enfant ignorant, il expliqua : « Fais-moi confiance, tu es encore jeune, et tu n’as pas vécu suffisamment d’expériences dans ta vie. »

Aldrizzt éclata de rire. « J’ai déjà cent trente-six ans. »

« Les elfes noirs peuvent vivre de cinq cent à huit cent ans. Ainsi, convertit en âge humain, tu n’es que dans la vingtaine. Tu es peut-être même plus jeune que mon apprenti. »

Aldrizzt roula des yeux sous son manteau, et répliqua en se moquant : « Les expériences vécues et la conversion de l’âge ne devraient avoir aucun lien, non ? J’ai longuement vécu des événements pendant cent trente-six ans. »

Mon maître lui adressa un léger sourire en répondant : « Et pourtant, tu es toujours un enfant. Cela me rend certainement envieux ! »

Aldrizzt dévisagea mon maître, ne comprenant pas vraiment ses mots.

Mon maître descendit une gorgée d’alcool, puis tendit la main pour essuyer la mousse au coin de sa bouche. Il possédait vraiment la vigueur et l’indiscipline d’un aventurier, il y avait une large différence entre maintenant et avant, quand il était toujours le Chevalier du Soleil. Il me donna une claque dans le dos. « Mon enfant, continue ton histoire. »

J’acquiesçai d’un signe de tête. « Cependant, j’ai en fait trouvé cela un peu étrange. La reine nous a forcés, Leaf et moi, à participer, parce qu’elle savait manifestement que le kidnappeur était un Chevalier Noir. Pour les guerriers, c’est un problème vraiment intraitable. Seulement avec notre participation pouvait-elle être assurée que nous récupérerions la princesse. Toutefois, d’un autre côté, Anne nous a fait emprunter des voies détournées. De toute évidence, elle ne souhaite pas que nous trouvions le kidnappeur. En ce moment, je ne comprends vraiment pas s’ils veulent que l’on sauve la Princesse Alice ou non. »

Mon maître afficha un léger sourire, comme s’il ne pensait pas que c’était très étrange. Il expliqua : « C’est simple. C’est parce que la reine du Royaume de l’Orchidée Lune et la Princesse Anne ont adopté des positions différentes sur la question. »

« Des positions différentes ? » Je ne comprenais pas. Elles sont mère et fille mais ont adopté des points de vue différents ?

Mon maître sourit de nouveau et alla plus en profondeur : « En tant que dirigeante d’un pays, la reine du Royaume de l’Orchidée Lunaire voudra absolument récupérer la Princesse Alice, afin de la marier au Fils du Dieu de la Guerre et de parvenir à son but de consolider l’influence du Monastère du Dieu de la Guerre à travers un mariage politique. Cependant, la Princesse Anne n’est pas à la tête d’un pays, et la Princesse Alice est sa sœur. Si elle était au courant que sa sœur n’aimait pas le Fils du Dieu de la Guerre, et qu’elle était amoureuse d’une autre personne, elle prendrait plus ou moins le parti de sa sœur. »

« Je vois. » Soudainement, je m’exclamai en réalisant : « Ainsi, la reine n’avait pas d’autres motivations et voulait vraiment récupérer la Princesse Alice ! La reine, afin de trouver une raison de ne pas envoyer ses soldats pour ramener la princesse, a plus que probablement fait forger la lettre que le “kidnappeur” a laissée. Et ainsi, elle a envoyé notre groupe d’aventuriers aller la chercher en secret. Après tout, le fait que sa fille fugue avec quelqu’un n’est pas quelque chose qu’elle peut se permettre de faire connaître au monde entier. La Princesse Anne, d’un autre côté, a intentionnellement rejoint notre groupe pour nous égarer. Cela donnerait à la Princesse Alice suffisamment de temps pour qu’elle puisse s’enfuir avec son bien-aimé. »

Mon maître hocha la tête, plein d’éloges, puis il ajouta : « Et elle ne pouvait pas complètement vous induire en erreur, sinon cela aurait probablement attiré vos soupçons sur le fait qu’elle collaborait avec la Princesse Alice. Si cela se produisait, il y aurait une forte possibilité que la reine intervienne de son côté pour récupérer la Princesse Alice. »

« Ainsi, nous avons toujours été en train de les poursuivre, jamais trop loin ni trop proche », continuai-je. « Occasionnellement, nous devions même rencontrer le kidnappeur. Malheureusement, celui qui l’a rencontré c’était moi, et je n’avais pas la capacité de le restreindre, donc il est encore parvenu à s’échapper. »

Un si bon plan orchestré par Anne ! Quand nous rentrerions au palais, moi, la seule personne a avoir rencontré le kidnappeur, et pourtant n’ayant pas été capable de le restreindre, je deviendrais assurément la cible de la critique publique.

Elle doit vraiment beaucoup me détester ! Autrement, laisser Austin rencontrer M. le Chevalier Noir n’aurait-il pas été une meilleure solution ? Il est tout à fait normal qu’un prêtre ne possède pas la capacité de restreindre l’ennemi, et personne n’aurait prétendu qu’il était en tort… Mais, il a fallu qu’elle me choisisse moi.

À cet instant-là, le visage de mon maître s’assombrit, et il me rappela : « Mon enfant, tu as dit que, quand tu as rencontré le chevalier noir, tu portais une tenue d’assassin ? »

Mon corps trembla, et mon expression faciale se figea. C’est mauvais ! Si le Chevalier Noir venait à raconter aux Princesses Alice et Anne que celui qu’il a rencontré n’était pas le Chevalier du Soleil, mais plutôt un assassin rempli par l’élément de la lumière… Ces deux femmes sauraient que quelque chose ne tourne pas rond, même si elles se servaient de leurs genoux pour penser.

« Trouve une façon d’étouffer l’affaire ! » Le ton de mon maître était déjà un peu mécontent.

« Compris, je scellerai leurs bouches… Si c’est nécessaire, les éliminer est impératif ! » répondis-je d’un air grave.

Aldrizzt afficha faiblement un sourire forcé, alors qu’il disait : « Vous deux, les “vertueux” Chevalier du Soleil et ancien Chevalier du Soleil, pourriez-vous ne pas parler de sujet comme éliminer des gens devant un elfe noir “malfaisant” comme moi ? Une telle situation qui enfreint les raisonnements conventionnels tente mon pauvre cœur si facile à corrompre. »

Mon maître et moi haussâmes les épaules et, par égard pour le cœur facile à corrompre d’un elfe noir, nous ne continuâmes pas à discuter de choses qui ressemblaient encore moins à ce dont un Chevalier du Soleil était supposé parler.

Mon maître changea donc le sujet de la conversation et s’enquit : « Mon enfant, quelle est la direction dans laquelle t’a mené ton périple jusqu’à présent ? »

Je réfléchis pendant un moment avant de répondre : « Bien que nous ayons fait des détours par-ci par-là durant notre voyage, il semblerait que nous allions vers le sud-ouest. »

« Le sud-ouest, donc ? » Mon maître marmonna pour lui-même pendant un instant, puis il révéla le sourire incomparablement lumineux du Chevalier du Soleil. « Nous avons une mission qui, juste par hasard, se passe dans le sud. Que dirais-tu de voyager avec Aldrizzt et moi, et de compléter la mission ensemble avec nous sur la route ? C’est d’accord ? »

« Pas d’accord… »

Mon maître sourit gentiment. « Qu’as-tu dit ? En tant que “Plus Fort Chevalier du Soleil de l’Histoire”, ton maître est juste devenu un peu dur de l’oreille à l’instant, et ne t’a pas entendu clairement ! »

« Extrêmement d’accord ! »

Une fois que j’eus fini de parler, je descendis sans pitié une bouteille entière d’alcool. Puisque je ne suis pas autorisé à refuser, dans ce cas je peux seulement profiter de cette occasion pour boire un peu plus d’alcool en guise de compensation.

Mon maître rigola et déclara : « Aussi, tu ferais mieux de ne pas me maudire à l’intérieur de ton cœur. Si cette mission est un succès, je te donnerai trois dixième de la récompense. Ensemble, tous les trois, nous pouvons effectuer des missions extrêmement difficiles et, pour les missions difficiles, la récompense n’est naturellement pas du tout maigre. »

En entendant cela, je posai immédiatement la bouteille d’alcool. Je n’aurais pas pu être plus sincère lorsque je répliquai : « Comment pouvez-vous dire cela ? Maître, étant votre apprenti, Grisia ne vous servira absolument jamais sans épargner la moindre once d’effort jusqu’à la toute dernière seconde de sa vie ! »

« Alors, je ne te donnerai aucune récompense. »

Instantanément, je changeai mes mots : « Toutefois, une petite récompense encouragerait toujours grandement le moral de quelqu’un ! »

« Alors, je te donnerai un dixième. »

Avec précipitation, j’expliquai : « Le moral est également divisé en divers degrés. Si la récompense est plus importante (d’un dixième), le moral de quelqu’un deviendra naturellement plus élevé ! Quand le moral d’un individu est haut, un chevalier sacré qui, à la base, “ne connaissait que” Soin Mineur pourra même utiliser Soin Modéré ! Si la récompense venait à être encore plus haute (d’un autre dixième), alors le moral deviendrait encore plus grand. Peut-être même qu’un Soin Avancé pourrait être utilisé ! Si la récompense était encore augmentée (d’un dixième)… »

« Il n’y a pas besoin de l’augmenter davantage », m’interrompit froidement mon maître. « En réalité, j’ai plus tendance à mettre mon épée contre la gorge de quelqu’un qu’à le laisser être témoin d’à quel point le Chevalier du Soleil le plus fort de l’histoire est vaillant. Je te garantis que le moral s’élèvera tellement que même un Soin Ultime pourra être effectué. »

Ma bouche se referma d’un coup sec. Bon, trois dixième de la récompense c’est mieux que rien. Il ne vaut pas la peine que je me batte avec celui qui porte le titre du « Chevalier du Soleil le Plus Fort de l’Histoire » pour augmenter la récompense d’un dixième.

Aldrizzt semblait souffrir d’incessants maux de tête, comme il lâchait : « Ce duo maître et élève… L’un de vous deux pourrait-il laisser aux autres une bonne image du Chevalier du Soleil pour qu’ils puissent rêver un peu ? »

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