La Légende du Chevalier du Soleil T3C6 : La Route Sur Laquelle Tout Aventurier Se Doit de Voyager – Une Caverne Souterraine

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 : À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


The Road Every Adventurer Must Travel: An Underground Cavern – traduit du chinois à l’anglais par raylight[PR!]
La Route Sur Laquelle Tout Aventurier Se Doit de Voyager : Une Caverne Souterraine – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

J’ouvris lentement les yeux et ne fus pas tout à fait capable de comprendre où j’étais. Après quoi, la douleur lancinante dans ma tête, comme un roulement de tambour, me rappela que… je m’étais soulé.

Je me suis soulé ? Quelle quantité d’alcool mon maître a-t-il commandé exactement ? On dirait que je n’ai pas besoin de risquer ma vie pour obtenir du Chevalier du Soleil Le Plus Fort de l’Histoire un autre dixième de la récompense… Juste en buvant hier, j’ai déjà dû boire l’équivalent d’un dixième de la récompense !

J’essayai de jeter un coup d’œil autour de moi, voulant savoir où je me trouvais. Qui aurait deviné que, avec ce coup d’œil, j’allais immédiatement ouvrir la bouche de façon très grande…

« Aaaahhhhhhhhhhhhhh !!! »

Sous mes jambes, il n’y avait rien d’autre que du vide, et la distance entre mes jambes et le sol était d’au moins vingt mètres ! Pourquoi étais-je encore plus grand que la tour du Temple Sacré ?

Je continuai de me lamenter : « Ahhhh ! Dieu de la Lumière ! Je ne veux pas devenir aussi grand, je n’oserai plus jamais boire autant en secret… »

« Pourquoi est-ce que tu beugles comme ça ? N’effraye pas les gens si tôt le matin. » C’était la voix de mon maître.

« En réalité, c’est déjà le milieu de la journée. » C’était le murmure d’Aldrizzt.

Quand je tournai la tête, je vis mon maître qui était également en train de flotter dans les airs. Il paraissait venir tout juste de se réveiller et était en train de s’étirer… Comme j’admire mon maître ! Même si nous sommes actuellement dans les airs, et qu’il n’y a absolument aucun support sous nos pieds, lui, le vieil homme, il peut quand même s’étirer très élégamment. C’est indubitablement digne de l’ancien Chevalier du Soleil, qui a dû être élégant pendant vingt ans.

En y regardant de plus près, je réalisai qu’il n’y avait pas que deux personnes dans les airs. Il y en avait une autre, qui était entièrement enveloppée dans un manteau. Il devait s’agir d’Aldrizzt.

Son corps irradiait d’un très fort élément du vent.

« Tu peux jeter le Sort de Vol !? » J’étais stupéfait, puisque je pensais qu’Aldrizzt, étant une créature de l’élément des ténèbres, pouvait très facilement apprendre des sorts de l’élément des ténèbres, mais que les autres types d’éléments étaient beaucoup plus difficiles à apprendre.

« Je ne savais pas le faire au début. » La personne cachée tourna sa tête vers moi et, comme je m’y attendais, j’aperçus le visage d’Aldrizzt. L’air désemparé, il ajouta : « Néanmoins, Neo a affirmé que la magie de l’élément du vent était très pratique pour voyager, et m’a forcé à l’apprendre. Seulement après de longs et douloureux efforts ai-je réussi à apprendre deux sorts de la magie de l’élément du vent : la Téléportation et le Sort de Vol. »

Je reconnaissais là un camarade de souffrance. Je le réconfortai en lui disant : « Oui, mon maître a toujours aimé forcer les gens à apprendre des choses très étranges. Une fois que tu y seras habitué, tout devrait bien aller. »

« Ça a dû être difficile pour toi. » Aldrizzt me fixait, plein de sympathie.

« Peu importe, je me suis déjà échappé de cet abysse de souffrance. Par conséquent, cela va être dur pour toi… »

« Vous deux, me traiteriez-vous comme si j’étais mort ? » demanda froidement mon maître.

Aldrizzt et moi supprimâmes nos fous rires et finîmes par nous taire.

Néanmoins, je ne pus m’empêcher de demander : « Maître, où allons-nous ? »

Mon maître me jeta un coup d’œil, et me demanda en retour, avec soupçons : « As-tu tellement bu que tu aurais oublié la mission dont je t’ai parlé précédemment ? »

« Bien sûr que non. »

Mon maître hocha la tête et expliqua : « Maintenant, nous nous rendons au lieu de la mission. Si nous utilisons le Sort de Vol, nous gagnerons beaucoup de temps. De plus, comme ça, tu ne rejoindras pas ton groupe trop tard. »

J’y réfléchis un moment, et en effet, si la mission ne prenait pas trop de temps, alors, il se pourrait que ce fût réellement plus rapide que de me dépêcher pour retrouver Leaf tout seul.

Après avoir réglé le problème du transport, je creusai d’avantage et demandai : « Quel est le but de la mission ? »

Mon maître m’adressa un sourire vague : « Tu n’as pas à t’inquiéter. C’est une mission très simple. Pour toi, elle sera même particulièrement facile. »

« Oh, haha ! » Je lâchai un rire feint aux côtés de mon maître. Quand mon maître avait commencé à m’apprendre à tomber avec élégance, il avait le même ton affable et détendu… Je jetai un regard vers Aldrizzt, et ce dernier paraissait déjà avoir rejeté toute prudence.

J’avais déjà commencé à considérer mes options. Entre suivre mon maître et sauter d’une hauteur de vingt mètres, pour ensuite être traqué par Le Plus Fort des Chevaliers du Soleil de l’Histoire, qu’est-ce qui aurait le taux de survie le plus important ?

Hmmm, aucun des deux ne semble très élevé.

 

 

Après avoir volé pendant un jour et une nuit entière, j’étais sur le point de féliciter l’endurance d’Aldrizzt, sur comment il pouvait voler pendant un long moment, quand il se posa et annonça alors très joyeusement : « Maintenant, ma force est épuisée, donc ce qui arrive après relève de vous. »

Elfe noir méprisable et sans vergogne…

Après avoir silencieusement maudit Aldrizzt durant un instant, je me tournai pour jeter un coup d’œil aux alentours. Dans mon dos se trouvait une grotte sombre autour de laquelle on ne voyait pas un brin d’herbe à plus de trente mètres de là. La grotte toute entière absorbait et émettait l’élément des ténèbres, telle une créature vivante qui aurait craint qu’il ne fît pas assez sombre. Il en provenait également des hurlements et des cris, et même le son d’os frottés les uns contre les autres.

Mon maître dégaina son épée et annonça joyeusement : « La mission est de se débarrasser une bonne fois pour toute des créatures des ténèbres présentes dans cette caverne. »

En entendant cela, je dis avec un visage sans expression : « Maître, c’est un territoire des ténèbres. »

« Je sais cela. »

« Maître, la définition d’un territoire des ténèbres est que, pour une raison inconnue, ce genre d’endroit engendre incessamment l’élément des ténèbres. En général, il coïncide avec d’anciens champs de batailles ou des cimetières, et c’est pourquoi les morts y sont aussi nombreux que les étoiles dans le ciel, et vont se relever en tant que créatures des ténèbres à l’infini. »

« Je sais cela ! Pourquoi es-tu si bavard ? Durant les trois ans où je ne t’ai pas vu, l’étendu de ta verbosité s’est encore allongée. » répondit mon maître, son visage exprimant une nette impatience.

Ne te fâche pas, ne te fâche pas… Même si tu te fâchais, tu ne serais de toute façon pas capable de le vaincre… J’essayai très fort de prendre plusieurs profondes inspirations et d’émettre un sourire crispé : « Puisque vous savez ceci, alors vous devriez également savoir que, même si toutes les créatures mortes-vivantes présentes sur le territoire des ténèbres étaient éliminées, au bout de deux jours, le territoire serait toujours à nouveau rempli de ces créatures ! Par conséquence, il est impossible de le purger une bonne fois pour toute. »

Mon maître révéla un sourire, en me répondant : « Bien sûr que je suis au courent, pourquoi crois-tu que je t’aie emmené ? »

Tout à l’heure, j’aurai dû choisir l’option de sauter de vingt mètres de haut, puis d’être pourchassé par mon maître ! Je le regrettai vivement, mais je me forçai quand même à rétorquer : « …Maître, peu importe à quel point ma lumière sacrée est puissante, elle est tout de même insuffisante pour purifier entièrement l’élément des ténèbres présent dans cette caverne. »

« En te servant de l’Épée Divine du Soleil, et avec mon aide, donne tout ce que tu as et essaye ! »

Bien que le ton de mon maître ne parût pas ému, et que son expression demeurât calme, je savais que plus mon maître se montrait calme, plus il était déterminé. Cela doit être fait !

« Maître, pourquoi tenez-vous tant à purifier cet endroit ? » Je sentais la curiosité grandir en moi, et ne pus m’empêcher d’ouvrir la bouche pour lui demander : « Il y a de si nombreux territoires des ténèbres dans ce monde, pourquoi celui-là en particulier ? »

Mon maître sourit faiblement et expliqua : « Sais-tu pourquoi cette caverne crée en permanence des créatures mortes-vivantes, mais que cela n’affecte pas les environs ? »

Je secouai la tête. En effet, je ne le savais pas.

« C’est parce que, dans le passé, un groupe de puissants mages a employé une gemme de l’élément aquatique d’une puissance considérable, “l’Éternelle Tranquillité ”, pour installer une barrière autour de la cave, afin d’empêcher les créatures des ténèbres d’aller au-delà d’une distance de trente mètres autour de la caverne. »

Je vois. J’hochai la tête pour montrer ma compréhension. Les territoires de ténèbres avaient toujours été une source de migraines pour tous les royaumes, et chaque royaume employait toutes les méthodes possibles et imaginables pour prévenir les dégâts causés par ceux-ci. Parmi ces options, s’associer avec un mage ou un prêtre pour créer une barrière qui pouvait sceller ces créatures monstrueuses était la méthode la plus simple et la plus rapide.

Mon maître eut un petit sourire et, avec une expression calme, fit une déclaration qui retentit comme une explosion : « Je veux cette “Éternelle Tranquillité”. »

J’étais stupéfait. C’est donc pour une telle chose. Mon maître désire obtenir cette Éternelle Tranquillité mais, une fois qu’il se sera emparé de la gemme, les barrières autour de la caverne vont s’effondrer. À ce moment-là, les créatures des ténèbres vont se ruer hors de la grotte pour blesser les autres créatures, en particulier les humains…

Néanmoins, je savais que mon maître n’autoriserait jamais ce genre de résultats. Par conséquent, il allait d’abord devoir purifier la caverne pour que, quand il prendrait la gemme, cela ne causât pas de dégâts.

Une fois que j’y eus songé, mon expression se rembrunit, tandis que je regardais mon maître, un éclat d’espoir dans le regard. « Devez-vous absolument mettre la main sur ce joyau ? Il n’existe aucune substitution possible ? »

Mon maître me répondit avec indifférence : « À moins que tu ne puisses trouver une gemme aussi puissante. Cependant, je me suis bien renseigné, et l’“Éternelle Tranquillité” est la plus appropriée. »

Je marmonnai dans ma barbe : « De toute façon, même s’il existait une gemme plus puissante que l’“Éternelle Tranquillité”, j’ai bien peur que la méthode pour l’obtenir soit encore plus compliquée ; sinon, elle aurait déjà été récupérée. »

Il semblerait que quel que soit mon avis, je serais forcé d’accompagner mon maître cette fois. Je tournai la tête pour contempler le trou noir, espérant simplement qu’il ne se révèlerait pas être ma tombe…

Cependant, j’avais la sensation que refuser ne serait pas un acte sensé, donc je demandai promptement au meneur de la troupe : « Maître, avez-vous un plan ? »

Mon maître répondit instantanément : « Oui. »

Voyant mon maître déborder de confiance, je fus momentanément pris d’un espoir sans borne. J’attendis avec impatience ce plan comme je le questionnais : « Alors, quels sont les détails du plan ? »

Mon maître leva mystérieusement son index, et pointa ensuite la caverne, expliquant : « Se battre jusqu’à atteindre les parties les plus secrètes et profondes de la grotte, se reposer une journée pour que tu récupères ta lumière sacrée à son maximum, purifier la grotte, prendre l’“Éternelle Tranquillité”, et la mission est finie ! »

À la vitesse de l’éclair, l’espoir s’éteignit dans mon esprit. Si cela est un plan, alors « Trouver l’ennemi, le vaincre, secourir la princesse, retourner au royaume et l’épouser » serait le  projet complet d’aventure d’un chevalier pour secourir une princesse depuis la nuit des temps et, même après mille ans, il ne serait pas nécessaire d’en changer un mot.

« Ce n’est pas mal du tout en fait. » À ce moment-là, Aldrizzt ajouta sereinement : « Tu ne connais pas l’histoire de la dernière fois, dans quelles circonstances nous avons dû nous aventurer dans le repère d’un dragon pour dérober une couronne… »

« Quel genre de circonstances ? » demandai-je immédiatement, ressentant le besoin de connaître des circonstances encore plus tragiques. De cette façon, je serais capable de considérer que les circonstances actuelles n’étaient pas si mauvaises, et je pourrais les affronter avec sérénité.

Les larmes aux yeux, Aldrizzt raconta en se lamentant : « Le guérisseur n’avait pas dormi la nuit précédente, car il était avec une prostituée, et sa lumière sacrée était à moins d’un quart de sa puissance habituelle. L’épée du guerrier était brisée et avait été envoyée en réparation, mais celui-ci ne l’avait toujours pas récupérée. En explorant, le voleur s’était enfui avec l’argent découvert dans un coffre au trésor. Pendant que le mage cuisinait, il avait accidentellement brûlé la moitié d’un parchemin magique. Le chevalier sacré avait bu trop d’alcool et était toujours en train de décuver… »

À cet instant précis, je sentis soudainement que quelque chose clochait. Je demandai : « Attends une minute, qui était le mage qui a été assez stupide pour brûler un parchemin magique ? »

« C’était moi. » Aldrizzt baissa la tête d’un air coupable.

« Et le chevalier sacré qui avait la gueule de bois ? » Je ne me sentais absolument pas rassuré.

« C’était moi. » me répondit mon maître en me jetant un regard froid. Menaçant, il continua : « Former  un groupe avec le plus fort Chevalier du Soleil de l’Histoire ne te pose pas de problème, n’est-ce pas ? Hein ? »

« Non, bien sûr que non ! » affirmai-je sincèrement. « Par contre, Maître, votre gueule de bois… »

Mon maître soupira, et agita la main impatiemment : « Je n’ai pas bu tant que ça la nuit dernière. »

Je suis soulagé.

« Ainsi, je n’ai qu’un peu la gueule de bois. »

« … »

Oh Dieu de la Lumière ! Mike, Austin, Anne et mon cher Leaf, vous êtes les meilleurs camarades du monde. Je me suis vraiment trompé, s’il-vous-plaît venez me sauver ! Dépêchez-vous de venir me chercher pour me reprendre dans votre équipe. Ça me va, même si vous voulez que je sois un guérisseur !

Malheureusement, ma relation avec Leaf n’était pas suffisamment bonne pour que nos pensées fussent liées, et donc, en fin de compte, il ne vint pas me sauver. Je pus seulement suivre mon maître, et m’enfoncer dans une grotte qui s’annonçait aussi sombre que mon futur…

Une fois que nous fûmes entrés dans la caverne, il y avait des rangées de squelettes qui se trouvaient de chaque côté de l’entrée. Ces squelettes provenaient probablement de cadavres récents, qui étaient fournis par ceux qui s’aventuraient ici et qui finissaient par s’y installer involontairement. Comme les cadavres devaient être relativement frais, il y avait même encore des bouts de « trucs » accrochés à la surface des os. Aussi, ils n’étaient pas entièrement pourris, alors leur effet terrifiant était également augmenté. À part l’effet visuel, je sentis que mon odorat avait également reçu des dommages irréparables.

Mon maître se tint le nez en s’exclamant : « Pourquoi ne te dépêches-tu pas de les exploser !? Je suis en train de mourir à cause de cette puanteur ! »

Je lâchai un « oh », et envoyai négligemment une explosion de lumière sacrée. Après cela, on entendit des os tomber au sol. Une fois que la lumière sacrée se fut dissipée, les squelettes qui s’étaient tenus en rangs d’oignons avaient déjà été transformés en une fine poudre couvrant tout le sol, comme si un « tapis blanc » avait été déroulé pour saluer notre arrivée.

Après cela, bien que mon maître eût affirmé qu’il avait encore la gueule de bois, quand nous rencontrâmes d’autres squelettes, il nous ouvrit un passage d’un coup d’épée comme à son habitude. Parfois, il usait accidentellement d’un peu trop de force et aidait à élargir la grotte. Même si, à ce moment-là, j’étais un peu inquiet à l’idée que le plafond pût s’écrouler, après y avoir soigneusement réfléchi, même si le plafond venait effectivement à s’effondrer, mon maître serait capable de se tailler un chemin dans la roche à coup d’épée, donc il n’y avait nul besoin de s’inquiéter.

Quant à Aldrizzt, malgré le fait qu’il eût précédemment annoncé avec joie qu’il n’avait plus de force en atterrissant, lorsque le squelette, que j’avais « par hasard » raté et pas réussi à arrêter, chargea droit sur lui, il le regarda avec dédain. Et ensuite, de la même manière qu’on se servait d’un marteau pour ouvrir une noix, il employa un sortilège avancé de la magie des ténèbres,  « Feu des Enfers », et le rôtit à la perfection.

Comme la portée du Feu des Enfers était trop importante, le feu se propagea de manière fortuite, brûlant un grand nombre de squelettes, le feu ne pouvant être contenu une fois allumé.

À ce moment-là, j’utilisai ma Lame de Vent… pour m’éventer. Quelle chaleur !

Par contre, je commençais à comprendre la force de mon maître et d’Aldrizzt. Il y avait une bonne raison pour laquelle ils avaient été capables de se faufiler dans le repère d’un dragon dans des circonstances aussi chaotiques et étaient quand même parvenus à s’en sortir vivants.

À cet instant, Aldrizzt me jeta un regard particulièrement hautain. Il me dit d’un air malheureux : « N’es-tu pas un peu laxiste ? »

Avant que je n’eusse pu parler, mon maître lui expliqua : « Aldrizzt, tu dois le traiter comme un guérisseur. »

« Oh ! » lâcha Aldrizzt, réalisant soudain la situation, et il me répondit en s’excusant : « Désolé, dans des moments comme celui-ci, les guérisseurs sont bel et bien sensés rester derrière et apprécier la brise d’air fraîche. Néanmoins, aurais-tu la gentillesse de me donner un petit coup de Lame de Vent ? Il fait en effet un peu chaud. »

« Bien entendu. » J’utilisai une faible Lame de Vent pour l’aérer et lui rappelai alors : « La prochaine fois, ne te sers pas de ce genre de magie dans un espace aussi confiné. La laisser blesser d’autres personnes n’est pas un problème, mais évite de finir par blesser notre groupe aussi. »

« Ouais ! » Mon maître commença à s’éventer avec son épaulière.

« Oui, oui. Je suis sincèrement désolé d’avoir réchauffé tout le monde. » Aldrizzt admit son erreur avec beaucoup de courage. Cet elfe noir sait vraiment comment rectifier ses erreurs !

Après cela, le feu semblait impossible à éteindre dans un court intervalle de temps… car les créatures des ténèbres continuaient à charger tête baissée dans celui-ci, venant des profondeurs de la caverne pour devenir du carburant… Donc, grâce à cela, nous pûmes nous asseoir tous les trois et commencer à préparer le repas, en faisant usage du « feu » présent pour rôtir notre viande.

« User d’un feu alimenté par des cadavres afin de rôtir de la viande ne parait-il pas un peu inapproprié ? » Aldrizzt fixait la viande qui grillait d’un air un peu dégouté. Inquiet, il ajouta : « Sans compter qu’il s’agit d’un feu confectionné à l’aide de la magie des ténèbres, alors il pourrait s’avérer néfaste pour le corps humain. »

« Même si c’était néfaste pour les humains, ce ne serait quand même pas ton problème ! » rétorquai-je avec confiance. « Tu n’es pas un humain. »

Aldrizzt y réfléchit un moment, avant de dire : « C’est vrai. » Il se détendit et commença à manger la viande lui aussi.

Après que nous nous fûmes rassasiés, le feu avait fini par rétrécir. Nous pûmes alors avancer tranquillement entre les tas de cendres, et continuer à nous enfoncer dans les profondeurs de la grotte. À cause du réseau de tunnels se déployant dans toutes les directions, nous n’avions aucune idée de la direction à suivre. Par conséquent, nous employâmes la méthode de mon maître : nous diriger dans la direction où les monstres étaient les plus forts, et dans ce cas on ne pouvait se tromper.

Nous passâmes des squelettes du niveau le plus bas aux goules à l’odeur nauséabonde. C’était un genre de cadavre à moitié décomposé, et dont des lambeaux de chair pourrissante étaient encore accrochés à ses os. Leurs mouvements étaient lents, mais un poison violent parcourait leurs corps. On était empoisonné par simple contact, et s’il n’y avait pas de guérisseur dans l’équipe ou pas d’antidotes pour se détoxiquer, alors on pouvait automatiquement commencer à creuser sa tombe juste après.

Cependant, s’inquiéter de l’empoisonnement par contact avec une goule n’était que peu pertinent, car ces dernières dégageaient une odeur tellement nauséabonde que j’étais sur le point de succomber à leur puanteur, même en me tenant à dix mètres de distance. Si j’étais assez près pour les toucher, je commencerais par me couper le nez, avant même de penser à m’inquiéter d’être empoisonné.

« Mon Dieu ! Bande de restes putrides de personnes décédées, dépêchez-vous de retourner auprès du Dieu de la Lumière pour vous repentir de ne pas vous laver ! »

Je pinçai mon nez d’une main, tandis que, de l’autre,  j’envoyais une Lame de Vent pour repousser l’odeur comme si ma vie en dépendait. Mon corps se mit alors à briller d’un éclat infini, illuminant la caverne entière comme si le soleil venait de se lever à l’intérieur. Une fois que la lumière sacrée se fut éteinte, la grotte entière était enfin propre, et même l‘air semblait frais et rafraîchissant.

Je descendis la main qui me tenait le nez, et affirmai, très satisfait de moi : « La lumière sacrée, comme on pouvait s’y attendre, est la méthode la plus efficace pour stériliser et désodoriser. »

Après cela, nous continuâmes à rencontrer des cadavres mutants, des chiens des enfers en décomposition, et des cadavres pouvant sucer le sang des humains. J’avais entendu dire que les gens avaient donné à ce genre de monstres le charmant nom de vampires. Nous vîmes également des démons oculaires, qui avaient l’apparence d’un œil géant, des ombres fantomatiques qui étaient noires de la tête aux pieds, etc.

Globalement, s’il n’y avait qu’un seul monstre avec une forme matérielle, il se faisait trancher en deux par mon maître après s’être montré. Si les monstres avec une forme matérielle faisaient partie d’un groupe de taille plus imposante, alors je pouvais assister aux différentes techniques d’Aldrizzt en termes de magie de l’élément des ténèbres et, dans le même temps, je sentais vaguement que j’avais secrètement appris certaines de ses techniques. S’il s’agissait d’un monstre sans forme matérielle, comme les ombres fantomatiques, il se faisait stériliser par ma lumière sacrée.

En cours de route, nous avions même rencontré un autre groupe qui s’était aventuré ici… Les cinq personnes le composant étaient dissimulées derrière un guerrier-squelette géant, et ce fut seulement après que mon maître eût tranché le guerrier-squelette d’un seul coup et qu’il fût tombé au sol avec un « boom » retentissant que nous découvrîmes ces cinq personnes.

C’était une équipe standard d’aventuriers, comprenant un guerrier, un archer, un voleur, un prêtre-guerrier, et une personne appartenant à une catégorie moins commune : un druide. Ce genre de personne est expert dans la métamorphose en divers animaux, et il existe un genre de druide spécialisé dans les soins et la détoxification.

Au moment où nous les aperçûmes, Aldrizzt attrapa immédiatement la capuche de son manteau et se couvrit entièrement.

Tous les cinq observaient mon maître, sans expression visible. Mon maître était également un peu abasourdi, et il révéla le sourire radieux caractéristique du Chevalier du Soleil et, d’une attitude délicate et élégante qui imprimait dans le cœur de chacun une impression favorable de lui, il dit : « Mes excuses, mes yeux se sont momentanément affaiblis, et il semblerait que je vous aie volé la mise à mort de votre monstre. Je vous prie de bien vouloir considérer ce guerrier squelette comme un monstre que vous auriez vaincu, et de garder le butin obtenu pour vous. »

Ils fixèrent tous les cinq mon maître, complètement stupéfaits. L’expression arborée par les deux femmes du groupe, l’archère et la prêtresse-guerrière, ressemblait à peu près à celle du « coup de foudre ». L’expression du guerrier pouvait être considérée comme une « adoration éperdue ». Le voleur fixait l’épée précieuse que mon maître avait à la main ainsi que l’armure et les accessoires extraordinaires qu’il portait sur lui, et son expression pouvait globalement être décrite par des « yeux brillants de convoitise ». En revanche, le druide paraissait beaucoup plus ordinaire. Il fronça légèrement les sourcils et adopta une position vigilante.

On dirait que, dans ce groupe d’aventuriers, le druide doit être le véritable chef, même si le guerrier en porte probablement le nom et se trouve en première ligne !

« Vous formez une équipe ? Un chevalier, un assassin et un mage ? » Le druide prenait notre mesure en fronçant les sourcils.

« Non, c’est un guérisseur », le corrigea mon maître en me pointant du doigt. « Je suis moi-même un chevalier sacré. »

« Un guérisseur ? » demanda le druide avec un soupçon de doute. « Mais, il porte des vêtements d’assassin. »

Mon maître fit paraître un sourire digne de confiance et répondit : « Oh, c’est parce que sa tenue de guérisseur a accidentellement brûlé pendant qu’on cuisinait, donc il n’a pu que se changer dans des vêtements d’assassin. »

À ce moment précis, je m’avançai, tandis que mes mains émettaient de la lumière sacrée, pour stériliser le guerrier-squelette gisant sur le sol. Il se transforma en une pile de poussière d’os blanche, laissant seulement  le butin intact, celui-ci consistant en une armure, des épées précieuses, et d’autres choses du même genre.

J’hochai la tête très satisfait de moi mais, lorsque je me tournai, je vis que les cinq personnes composant l’autre équipe me dévisageaient d’un air estomaqué.

À cet instant-là, Aldrizzt me murmura un rappel dans le creux de mon oreille : « Tu n’as pas récité d’incantation. »

Merde ! J’ai oublié.

Après avoir vu ce que j’avais fait, même le druide hocha la tête d’un regard vide, ne réfléchissant même pas une seconde à pourquoi un guérisseur mettrait des vêtements d’assassins, dans une équipe où il n’y a pas d’assassin.

Cependant, ce que j’avais sur le dos n’était en rien une tenue d’assassin, mais plutôt les vêtements qu’Aldrizzt portait sous ses robes de mages. Toutefois, puisqu’ils possédaient les caractéristiques d’être noirs et un peu moulants, ils ressemblaient vraiment à ceux qu’un assassin porterait.

Suite à cela, le druide jeta un regard aux restes du guerrier-squelette comme s’il ne pouvait pas supporter de s’en séparer, mais nous affirma quand même : « Ce guerrier-squelette vous appartient. En fait, si vous n’étiez pas venu, je crains que nous ne serions pas sortis vivants de cette caverne. »

En entendant cela, je les soupesai du regard. Comme je m’y attendais, ils paraissaient épuisés et abattus.

Je leur rappelai, faisant preuve de bonne volonté : « Dans ce cas, vous pouvez sortir maintenant. Nous nous sommes déjà débarrassés des monstres derrière nous, donc il ne devrait pas y avoir trop de danger sur votre route. »

Le druide eut un sourire amer en répliquant : « C’est impossible. Les monstres ici ne mettent que trois jours pour réapparaître complètement, alors j’ai bien peur que la route ne soit à nouveau pleine de monstres. D’ailleurs, nous ne sommes plus aussi bien préparés que quand nous sommes entrés. Je doute que nous soyons en mesure de sortir. »

À ce moment-là, le guerrier sembla frustré, tandis qu’il s’excusait auprès de ses camarades : « Je suis désolé, c’est seulement parce que je vous ai emmenés trop loin à l’intérieur que nous en sommes là. »

Ses camarades commencèrent à le réconforter : « Nous ne te blâmons pas. Personne ne se serait attendu à rencontrer soudainement un guerrier-squelette et des chiens des enfers, autrement, nous n’aurions pas eu de problèmes majeurs. »

Voyant une volonté de mourir dans leurs yeux, je ne pus m’empêcher de les interrompre pour leur apprendre : « Mais, nous venons tout juste de finir de massacrer les monstres à l’extérieur, ils n’ont probablement pas encore eu assez de temps pour revenir. »

L’autre équipe nous contempla d’un air ahuri. Le guerrier ne put s’empêcher de demander : « V-Vous, combien de temps avez-vous mis pour arriver jusqu’ici ? »

Mon maître resta silencieux, et Aldrizzt prétendit ne pas s’en préoccuper, alors je pus seulement réfléchir très fort à combien de temps une équipe d’aventuriers classiques aurait mis pour parvenir jusqu’ici. Je m’essayai avec précaution : « Environ trois… »

« Quoi ? Trois jours ? » L’autre groupe venait de se prendre un gros choc et s’exclama : « Nous sommes cinq, et ça nous a pris une semaine. »

« … » À la base, je voulais dire trois heures. Néanmoins, en réalité, on a seulement dû y passer trente minutes. Dieu merci, je n’ai pas été plus précis…

« Si vous y avez passé seulement trois jours, alors les monstres pourraient vraiment ne pas être complètement réapparus ! » L’équipe révéla une expression euphorique à cette idée.

« C’est ça ! Vous devriez vous dépêcher de récupérer le butin du guerrier-squelette qui traîne au sol et sortir en vitesse. Ne vous inquiétez pas, rien ne nous arrivera. » Mon maître agita la main dans leur direction et leur rappela même, en faisant preuve de « bonne volonté » : « Vous feriez mieux de sortir en courant car, si les monstres reviennent dans le cas contraire, cela pourrait s’avérer mauvais. »

Je contemplai le comportement perfide de mon maître, complètement sans voix. Après tout, l’équipe avait trois jours pour sortir. Même s’ils le faisaient en rampant, ils auraient amplement le temps.

Cependant, une fois que l’autre groupe eut entendu les paroles de mon maître, ils attrapèrent le butin et, après quelques remerciements, s’en furent précipitamment.

Voyant ce groupe courir à toute vitesse en direction de l’entrée, comme s’ils n’oseraient plus jamais mettre les pieds ici de toute leur vie, je murmurai pour moi-même, totalement incrédule : « Nous sommes vraiment si forts que ça ? »

Entendant cela, mon maître éclata de rire et me répondit, un peu taquin : « Qui crois-tu être ? Qui suis-je, au fait ? Aldrizzt est un mage de quel âge ? »

« Même si, honnêtement, cette équipe ne peut pas se comparer avec celle que tu as quittée momentanément. »

Aldrizzt réfléchit, pendant qu’il listait : « Les guerriers se constituent du Fils du Dieu de la Guerre et de la Princesse Anne, une héroïne parmi les femmes, qui est aussi connue que lui en terme de prouesses au combat. L’archer fait partie des Douze Chevaliers Sacrés et, en plus, il y a un prêtre-guerrier qui peut amplifier les capacités de ceux qui combattent. Le guérisseur est le Chevalier du Soleil connu pour posséder la plus puissante lumière sacrée de toute l’Histoire… Quand bien même vous nommeriez votre équipe “Le Groupe d’Aventuriers Tueur de Dragons”, ce ne serait pas qu’un nom, vous en auriez les capacités. »

Entendre cela me soulagea soudainement. Au début, j’étais toujours un peu inquiet à l’idée d’avoir quitté mon groupe, mais une fois que j’eus entendu que notre équipe avait la force écrasante d’abattre un dragon, dans ce cas quel que soit le danger, il ne devrait pas y avoir le moindre de problème !

À ce moment-là, le visage de mon maître s’effondra, comme il me réprimandait : « Mais, les choses de la vie ne sont jamais absolues, mon enfant, et tu ne sais jamais quand un groupe plus fort va apparaître devant toi. »

Je baissai la tête pour recevoir ses conseils, mais je n’étais pas tout à fait d’accord avec lui dans mon cœur. Ne me dites pas que, dans ce monde, il existe quelque chose d’encore plus terrifiant qu’un dragon ?

Mon maître se doutait probablement aussi qu’il réfléchissait trop sur la question mais, pour une raison quelconque, il fronça les sourcils en déclarant : « Allons-y ! Nous allons nous dépêcher de finir notre boulot ici, pour que tu puisses retourner auprès de ton équipe. Je n’arrête pas d’avoir ce pressentiment inquiétant… Quelle qu’en soit la raison, ce n’est jamais bon de se séparer de son groupe trop longtemps. Si nous n’avions pas absolument eu besoin de toi pour ça, je n’aurais pas retardé ton retour. »

J’hochai la tête mais, au fond de moi, je n’étais pas inquiet du tout. C’était parce que je savais déjà que la Princesse Anne essayait de nous ralentir pour que la fuite amoureuse de la Princesse Alice réussisse. Même si je revenais, elle ne me mènerait qu’à une chasse au dahu ! Donc, je n’étais pas pressé de rentrer.

En outre, je sentais que je ne voulais pas séparer un couple d’amoureux. Quand j’avais rencontré le chevalier noir, qui était si beau que les gens auraient envie de le battre à mort, il n’avait pas levé la main contre moi, et semblait être une personne relativement raisonnable. Par conséquent, je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de le séparer de force de la princesse.

Finalement, mon maître soupira. « Allons-y ! Nous en rediscuterons quand ce sera fini. »

J’acquiesçai de la tête et suivis docilement mon maître.

 

 

En fin de compte, nous passâmes trois jours à tourner en rond dans la cave, à chercher l’« Éternelle Tranquillité ».

Ces trois jours s’avérèrent assez joyeux. Aldrizzt avait toujours une histoire à me raconter. Il me parlait de son pays d’origine, des aventures qu’il avait vécues depuis son départ de là-bas. Néanmoins, quand les histoires le concernaient, il n’était pas très enclin à me les raconter, mais cela ne me dérangeait point, puisque tout le monde possédait ses propres secrets.

En échange, je lui racontais les choses qui étaient survenues au Temple Sacré, et il écoutait toujours avec enthousiasme. Quand nous discutions des choses arrivées plus récemment, même mon maître ne put s’empêcher de rire de tout son cœur en les entendant.

Quand je mentionnai Roland, j’observai prudemment l’expression de mon maître, craignant qu’il ne me reprochât de tourner autour du pot et ne m’ordonnât de passer Roland sur le grill.

Qui aurait su que, quand j’aurais fini de parler, ce serait Aldrizzt qui éclaterait de rire. « Pas étonnant que tu n’éprouves même pas le plus petit préjugé envers un elfe noir malveillant comme moi. Tu es déjà amis avec un Chevalier de la Mort, et qu’est-ce qu’un simple elfe noir à côté de ça ? »

D’un autre côté, mon maître répliqua avec impuissance : « Tu ne te préoccupes vraiment pas des lois. »

« Maître, vous ne parlerez pas de Roland, n’est-ce pas ? » lui demandai-je, un peu nerveusement.

Mon maître se tut un instant, puis me regarda droit dans les yeux. « Tu dois me promettre de ne pas le laisser quitter le Temple Sacré. Qui plus est, avant de prendre ta retraite à quarante ans, détruis-le. »

J’étais juste sur le point de protester à propos de devoir détruire Roland, mais mon maître ajouta vivement : « Vivre environ dix ans de plus devrait être assez pour lui. Si tu ne veux pas le laisser mourir des mains de ton apprenti, alors tue-le avant de perdre la faveur du Dieu de la Lumière. Autrement, quand tu auras passé l’Épée Divine du Soleil à ton successeur, tu n’auras peut-être pas assez de forces pour t’en débarrasser. »

Je restai silencieux un moment, mais finis par hocher la tête. Bien que dans mon cœur, j’avais l’impression secrète que, à ce moment-là, je ne serais probablement toujours pas capable de le faire… Néanmoins, quelque chose qui se produirait dans dix ans dans l’avenir devrait être laissé aux inquiétudes du moi du futur !

« Mon enfant, tu as le cœur trop tendre. Tant que les gens ne t’ont pas offensé, peu importe à quel point ils peuvent représenter une menace potentielle, tu ne tenteras rien contre eux. »

Mon maître poussa un nouveau soupir et affirma en tapotant mon épaule : « Ta personnalité ne peut pas être considérée comme mauvaise. Si ce n’était pas à cause d’elle, Aldrizzt ne t’aurait pas traité comme un ami aussi vite. Toutefois, ta personnalité est également très dangereuse. J’ai peur que vienne un jour où tu devras payer pour cela. »

Je baissai la tête et prétendis écouter ses conseils sérieusement. Mon maître n’a en effet pas du tout changé ; il ne peut s’empêcher de continuer à me former, alors même qu’il est parti à la retraite.

« Mon enfant. »

Mon maître m’appela, et je levai la tête pour le regarder. Cependant, il commença à me caresser la tête comme si j’étais un gamin et me dit : « Quoi qu’il advienne, n’oublie pas que ton maître est toujours là. »

« Compte également sur moi, dans ce cas. » renchérit Aldrizzt avec indifférence.

En entendant les mots prononcés par mon maître et Aldrizzt, je sentis la chaleur envahir mon cœur. Pourtant, je ne pus m’empêcher de me plaindre : « Vous osez encore dire ça ! Maître, dès que vous avez pris votre retraite, vous avez disparu sans laisser la moindre trace. Plus tôt, quand le roi, la princesse et moi avons eu un différend, si vous aviez été présent, ils auraient probablement obéi à vos ordres sagement, et je n’aurais pas eu besoin de me surmener. »

En entendant cela, mon maître me frappa sur la tête, en grondant : « Sale petit morveux, tu es déjà grand maintenant. Serais-tu en train de me demander de rester à tes côtés afin de te servir de nourrice ? Pour ce genre de détails triviaux, débrouille-toi tout seul ! »

« Si ce genre de choses est considéré comme étant trivial, alors dans quel genre de situation puis-je aller demander de l’aide à mon maître ? Ne me dîtes pas que je ne peux venir vous chercher que pour aller abattre un dragon… »

Comme je me frottais la tête et me plaignais à voix basse, j’aperçus mon maître rouler des yeux et Aldrizzt rire doucement. Voyant la situation, je commençai à rire également. Si nous avions vraiment besoin d’abattre un dragon, alors le Temple Sacré mobiliserait forcément un grand nombre de personnes. À ce moment-là, avec les Douze Chevaliers Sacrés à mes côtés, et vu leur puissance, je n’aurais pas besoin d’aller chercher mon maître.

Nous continuâmes notre périple en bavardant. En fait, la personne qui était principalement responsable d’envoyer les monstres voler au loin était mon maître. Pendant ce temps, Aldrizzt et moi étions occupés à bavarder derrière.

« Neo est vraiment fort ! Même parmi les hommes de mon clan qui se spécialisent dans le combat, il n’y a personne qui soit aussi fort. »

Dans mon cœur, je ressentais la même chose, tandis que je lui répondais : « Oui. Mon maître est, après tout, le Plus Fort Chevalier du Soleil de l’Histoire. Il est déjà fort en ce moment, alors quand mon maître possédait encore la faveur du Dieu de la Lumière, tu peux imaginer à quel point il était puissant à l’époque… »

« Qu’il ait ou non la faveur du Dieu de la Lumière ne doit pas être si important que ça, n’est-ce pas ? » demanda Aldrizzt avec indifférence. « Même en ayant la faveur du Dieu de la Lumière, ce n’est pas comme si les capacités à l’épée de Neo en étaient améliorées, non ? »

« Oh… » Je regardai Aldrizzt. Il n’a pas l’air d’aimer soulever le sujet de la religion ? « Ses capacités à l’épée n’avaient pas été améliorées. Cependant, il y a d’autres bénéfices à être le représentant du Dieu de la Lumière. »

Ce sujet semblait dégouter un peu Aldrizzt. Il déclara : « Le bénéfice de renforcer sa lumière sacrée ne me parait pas suffisant pour que les gens placent leur foi dans le Dieu de la Lumière. »

Je penchai la tête et réfléchis un moment avant d’avancer ce qui était, à mon avis, l’exemple le plus percutant. « Je suis le trente-huitième Chevalier du Soleil, et aucun des trente-sept Chevaliers du Soleil précédents n’est mort durant l’exercice de ses fonctions. »

Aldrizzt afficha une expression extrêmement bizarre, tandis qu’il me questionnait avec incrédulité : « Le Chevalier du Soleil est immortel ? »

« Bien sûr que non. » Je roulai des yeux vers lui. Je lui répondis, d’un ton grognon : « C’est juste que c’est très difficile pour un Chevalier du Soleil de mourir. C’est parce que la lumière sacrée dans nos corps est extrêmement concentrée, et notre résistance est simplement trop importante. Tant que nous ne recevons pas un coup mortel, il n’y a pratiquement aucun risque pour nous de mourir. »

À ce moment-là, mon maître, qui était à l’avant, commença à rire. Pendant qu’il tuait les monstres, il dit : « On raconte que le dixième Chevalier du Soleil s’est fait transpercé le cœur par une épée une fois, mais au final il est quand même parvenu à survivre. »

Aldrizzt commença à secouer la tête, n’en croyant pas ses oreilles.

Je souris en poursuivant : « Donc, avec la force actuelle de mon maître, si vous ajoutez cette incroyable résistance, quelle force crois-tu qu’il… »

Je m’interrompis brutalement.

Aldrizzt me fixa du regard un peu bizarrement : « Grisia ? »

Je pris une profonde inspiration et pointai vers l’avant, en annonçant : « Je pense que nous avons débusqué notre cible. Là-bas, au bout de l’embranchement de la route, il y a un élément de l’eau incroyablement puissant ! »

En entendant cela, mon maître attaqua le monstre devant lui d’un coup d’épée, l’envoyant valser en pièces détachées. Après, il se figea en prenant une pose avant de brandir son épée et de garder cette pose pendant trois secondes. Et, alors, avec un balancement de son épée…

Les cheveux blancs d’Aldrizzt et mes cheveux blonds virevoltèrent dans une danse folle, induite par les courants d’air provoqués par le mouvement de l’épée. Nous observâmes tous les deux, sans expression apparente, l’embranchement de la route où un parchemin magique semblait avoir explosé. Toute la route fit « boum boum boum » et émit un « bang » final et bruyant, capable de provoquer un bourdonnement d’oreilles. En dernier, arriva un nuage de poussière qui flotta pendant un certain temps par la suite…

Mon maître était de bonne humeur, comme il se tournait vers nous pour nous dire : « Très bien, les monstres ont tous été éliminés. Mon enfant, une fois que nous serons entrés dans la salle, et que tu seras suffisamment reposé, exécutons le rituel de purification. Étant ton maître, je vais monter la garde devant l’entrée de la salle et empêcher les monstres de te déranger. »

Aldrizzt tourna la tête pour me regarder et, d’un ton sévère, décréta : « J’ai vraiment l’impression que Neo n’a pas besoin de la faveur du Dieu de la Lumière, et qu’il n’y ait rien au monde qui puisse le tuer. »

« Tu as raison. » Je n’aurais pu être davantage d’accord avec lui.

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