1/2 Prince T5C2 : Conflit

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½ Prince Volume 5 : Un Prince N’Existe Plus

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 2: Conflict – traduit du chinois vers l’anglais par Erihppas[PR!]
Chapitre 2 : Conflit – traduit de l’anglais au français par Elynor
+ travail de vérification par Yukomin

« On dirait bien que beaucoup de personnes sur le Continent Central refusent d’admettre que Prince est un être supérieur. » Nan Gong Zui fronça pensivement les sourcils, après avoir écouté White Bird décrire les événements de la journée.

« Je pense qu’il y a plusieurs facteurs : premièrement, le niveau de Prince n’est pas assez élevé ; deuxièmement, Prince n’a pas survécu lors de l’affrontement final du Tournoi des Aventuriers ; et troisièmement, devenir le porte-parole lui a non seulement apporté l’admiration de beaucoup, mais également la jalousie de plein d’autres », expliqua Wicked en détail.

Nan Gong Zui fronça encore plus les sourcils. Il me regarda avec inquiétude. « Prince, la seule chose que tu puisses faire maintenant, est de t’entraîner durement et de monter de niveaux. »

Je haussai les épaules. « Aucun problème. Comparé au travail administratif et à tous les trucs militaires, je préfère m’entraîner. »

« Ce qui est encore plus important que d’augmenter tes niveaux c’est de te construire une réputation ! » déclara White Bird avec détermination.

« Réputation ? » Tout le monde fixait White Bird, et à l’exception de moi, ils semblaient tous d’accord avec elle. Sérieusement ? Je ne suis pas déjà suffisamment respecté comme ça ?

« Attendez une minute… Comment je peux ne pas avoir une assez bonne réputation ? Est-ce que je n’ai pas toujours utilisé l’image de l’Elfe Sanguinaire en public ? » argumentai-je rapidement. Est-ce que c’est une sorte de blague ? Je n’ai pas envie d’être encore plus estimé ! Je n’arriverais pas à le supporter si tout le monde se mettait à me vénérer de la même façon que la bande des cinq…

White Bird me regarda avec incertitude et m’expliqua avec hésitation : « Monseigneur, votre manque de réputation est possiblement dû à votre apparence. »

« Apparence ? » Je fus surpris un instant. Qu’est-ce qui ne va pas avec mon apparence ? Est-ce que je serais trop séduisant pour être respecté ?

Belle-sœur Yu Lian intervint soudainement : « Tu veux dire que Prince paraît trop jeune ? »

White Bird hocha timidement la tête. « Si je puis me permettre de vous le demander franchement, Monseigneur, quel âge avez-vous ? »

À cette question, ils se tournèrent tous vers moi et me regardèrent comme s’ils tentaient de me mesurer. Quelque peu mal à l’aise sous leurs regards scrutateurs, je répondis rapidement : « Vingt ans. »

« Vingt ? C’est plus que ce que je pensais, mais ça reste très jeune. Parmi les quatre autres seigneurs, on dit que le plus jeune a vingt-quatre ans. Sans oublier que, Monseigneur, vous semblez n’avoir que dix-sept ou dix-huit ans. » White Bird soupira avec une expression abattue.

Gui ne sembla pas d’accord. « Son apparence convient. Le vrai problème est que Prince s’implique rarement dans les affaires quotidiennes de la cité. De nombreuses personnes ont aperçu les chefs des différents départements en chair et en os, mais n’ont vu Prince qu’en photo sur le site officiel de Second Life. »

Je ne pus m’empêcher de lever les yeux au ciel en entendant les paroles de Gui. « Ce n’est pas de ma faute. Tout le monde m’a obligé à faire la tournée de concert, et maintenant je dois m’entraîner dur pour rattraper mon retard. Quand est-ce que je trouverais le temps de m’impliquer dans les affaires courantes de la cité ? »

Tout le monde soupira en entendant mes propos, et chacun de leurs visages afficha une expression d’impuissance.

« Ça ne peut pas continuer ainsi. La réputation de notre suzerain doit être établie », déclara White Bird, inhabituellement déterminée. « Et je vais définitivement songer à quelque chose ! »

Pour une raison que j’ignorais, je me mis tout à coup à frissonner.

 

 

À l’instant où je vis tout le monde s’agenouiller devant moi, incluant les membres d’Odd Squad, de Dark Emperor, de la Team Rose et des autres, je fus totalement perdu sur ce que je devais faire. Ça ne faisait aucune différence que White Bird m’eût prévenu de cet événement, cette soi-disant cérémonie d’allégeance.

Pour se préparer à la prochaine mise à jour, tout comme aux prochaines invasions de la Cité du Soleil, de la Cité de la Lune et de la Cité de l’Étoile, nous décidâmes d’organiser une cérémonie durant laquelle chaque personne devait me jurer allégeance, à moi, le suzerain de la Cité de l’Infini. En premier lieu, la cérémonie allait permettre d’annoncer au grand public l’intention de la Cité de l’Infini de conquérir les cités officielles, et deuxièmement elle permettrait d’établir cette chose concernant la réputation que je ne parvenais pas à comprendre réellement.

« Moi, Ugly Wolf, je jure de servir le suzerain de la Cité de l’Infini, Prince, d’une loyauté sans faille. » Grand frère Wolf me regarda avec une expression solennelle. Ça allait de soi, il était également agenouillé, et pourtant, en entendant sa déclaration, je me sentis un peu… mécontent ? Pourquoi grand frère Wolf doit-il se prosterner devant moi ?

« Moi, Yu Lian… »

« Moi, Guiliastes … »

« Doll… »

« Lolidragon… »

« Wicked … »

« Nan Gong Zui… »

« Rose… »

Un à un, mes proches amis me jurèrent fidélité. Est-ce que je ne devrais pas me sentir heureux ? Pourquoi mon cœur ressent-il seulement le vide, comme si je venais tout juste de perdre quelque chose d’important ?

Après que chacun m’eût juré fidélité, je déclamai les mots que m’avait enseigné White Bird. Employant un ton solennel que je n’avais jamais utilisé auparavant, je décrétai : « Moi, Suzerain de la Cité de l’Infini, Prince, j’accepte vos serments. À partir d’aujourd’hui, vous êtes tous mes loyaux sujets. Je jure de tous vous guider vers la célébrité et la gloire à travers Second Life. »

Tout le monde s’exclama à l’unisson : « Vive la Cité de l’Infini ! »

« Vive… la Cité de l’Infini », répétai-je, empli d’un sentiment de vide, tant dans mes mots que dans mon cœur.

 

 

À la fin de la cérémonie, sur chaque visage rayonnait la joie et l’excitation précédant chaque bataille. J’avais un sourire forcé sur le mien, mais mon cœur était lourd.

« Monseigneur, votre entraînement avance-t-il bien aujourd’hui ? » Grand frère Wolf me tapota le dos en souriant.

Je souris sèchement en entendant ses mots. « Grand frère Wolf, pourquoi m’appelles-tu également “Monseigneur” ? »

Grand frère Wolf se gratta la tête, haussa les épaules et s’expliqua : « Parce que White Bird nous a ordonné de vous parler ainsi à partir de maintenant, et ce afin de construire votre réputation en tant que seigneur de la Cité de l’Infini. C’était également le but de la cérémonie d’allégeance d’aujourd’hui. »

« Je n’y suis pas habitué », ronchonnai-je, déprimé. « Pourquoi est-ce-que même les membres d’Odd Squad doivent s’agenouiller devant moi ? Je préférerais que vous me taquiniez comme avant plutôt que de vous courber devant moi. »

« Prince… » m’appela Grand frère Wolf d’une voix hésitante.

« C’est “Monseigneur” ! » rappela Lolidragon à grand frère Wolf, en me frappant impitoyablement à la tête. « Grand frère Wolf, n’oublie pas les ordres de White Bird. »

Elle se retourna à la fin de sa phrase et me lança un regard fier. « Ne vas pas t’imaginer que j’ai envie de m’incliner face à toi. Si ce n’était pas nécessaire de te bâtir une réputation, je ne plierais pas devant un gamin comme toi. »

« Lolidragon ! Ne t’adresse pas ainsi à notre souverain », lui reprocha doucement White Bird, visiblement mécontente du ton de Lolidragon.

« Pourquoi est-ce que j’ai besoin de me bâtir une réputation ? » Je ne pus réfréner ma colère tandis que le ressentiment que j’avais refoulé ces derniers jours augmentait soudainement. « Ce ne serait pas mieux si on était tous amis ? Pourquoi me vénérer comme si j’étais une sorte de dieu ? »

« Monseigneur ! » Grand frère Wolf et Lolidragon me regardaient avec des expressions choquées, comme s’ils étaient surpris de ma subite poussée de rage. Les rires bruyants de la foule environnante cessèrent, comme les personnes commençaient doucement à nous fixer du regard les uns après les autres.

« Monseigneur… » White Bird paniqua alors que ses yeux balayaient la foule dont l’attention s’était tournée vers nous, et elle fronça les sourcils dans ma direction.

Après avoir remarqué que tous les membres d’Odd Squad étaient rassemblés, la Team Rose, Wicked et tous les autres présents nous observèrent d’un air préoccupé. Voyant leurs expressions aller de pair avec les froncements de sourcils de Nan Gong Zui et White Bird, mon cœur se vida tel un ballon dégonflé, comme si toute mon énergie m’était enlevée. J’agitai la main avec fatigue. « Désolé, je suis juste très fatigué. Je vais aller me reposer un peu. »

Je me retournai et partis, sans accorder un seul autre regard aux personnes présentes. J’atteignis le hall principal avant de réaliser brusquement que je ne savais pas où me rendre. Yun Fei et Jing… je vais aller les chercher, ils vont forcément me comprendre.

Je marchai, un peu déprimé, en direction de la demeure de Lü Jing et Yun, puis défonçai la porte d’un grand coup. Comme je m’y attendais, le cri de Yun Fei retentit sur-le-champ.

« Prince, je t’ai déjà dit un millier de fois que les portes pouvaient se casser ! Et, tu vas payer pour les dommages si c’est le cas ! » Mon humeur s’éclaircit rapidement en raison de la façon dont Yun Fei m’avait parlé. Il était le même qu’auparavant et ne m’appelait pas « Monseigneur ».

« La cérémonie d’Allégeance est déjà terminée ? » La voix de ma mère résonna soudainement à mon oreille.

« Papa, Maman, vous êtes tous là ! » Je me tournai, surpris. Non seulement Jing et Yun étaient ici, mais mes deux parents étaient également présents dans la pièce.

« Bien sûr, tout le monde allait s’incliner et te jurer loyauté, mais tu ne t’attendais pas à ce que tes parents s’agenouillent aussi devant toi, pas vrai ? » me demanda Jing, imperturbable.

« En parlant de la cérémonie, je commence à devenir fou. Pourquoi est-ce que tout le monde doit s’agenouiller et me jurer fidélité !? » Je ne pus refréner mes sentiments plus longtemps et commençai à crier, souhaitant éjecter toute ma frustration. « Ce sont mes amis, pourquoi ont-ils l’obligation de m’appeler “Monseigneur”, et celle de s’agenouiller pour m’honorer !? »

Tout le monde fut choqué de mon explosion. Ce ne fut qu’après un moment de silence que Jing parla. « Mais, parce que c’est nécessaire. »

« Foutaise, nous ne faisions pas ça avant, et il n’y avait aucun problème, non ? » argumentai-je rapidement. On n’avait pas besoin d’établir une quelconque réputation.

« Xiao Lan, c’est nécessaire. » Mon père me scruta avec une expression sérieuse. « La Cité de l’Infini se renforce en s’agrandissant, et de plus en plus de personnes se joignent à elle. Ce dont ils ont besoin c’est un roi qu’ils peuvent suivre, et non un ami. »

Roi… Pourquoi est-ce qu’on continue de me rabâcher les oreilles avec ce mot ? Pourquoi suis-je tout le temps couronné de mots si pesants ?

« Xiao Lan, tu es déjà sur cette voie, et, à moins de souhaiter tout abandonner, tu dois continuer d’aller de l’avant », affirma ma mère avec gravité.

« Je… Je suis d’accord pour aller de l’avant, je n’apprécie simplement pas la façon dont mes amis se sont métamorphosés en sujets. Est-ce que, même ça, c’est trop demander ? » Je ne pus m’empêcher de m’étouffer.

« Xiao Lan ! » Yun m’agrippa les épaules. « Qu’est-ce que tu fabriques ? On dirait quelqu’un d’autre. Tu es supposée être quelqu’un qui avance aveuglément et qui n’abandonne pas quelles que soient les difficultés ! Tu es le cœur de ce groupe, ta confusion et tes larmes ne doivent en aucun cas être dévoilées. »

« Mais, je peux pleurer ! Et, il m’arrive d’être confuse ! » Je fermai les yeux et pleurai. « Je ne suis pas Dieu, je ne suis pas si bien ! »

« Xiao Lan… » Tout le monde se leva avec surprise, souhaitant venir me réconforter.

Je m’échappai désespérément des bras de Yun, essuyai mes larmes, et sortis de la maison sans un regard en arrière.

Ils s’exclamèrent tous les quatre avec surprise : « Xiao Lan, attends ! »

Je ne pris même pas la peine de tourner la tête, alors que je leur répliquais d’une voix forte : « Ne me suivez pas, je n’ai pas envie de vous écouter pour l’instant ! »

Usant de toute la vitesse dont je pouvais faire preuve, je filai comme le vent, loin du lieu où je pensais trouver du réconfort à l’origine. Je n’avais pas anticipé le fait que même Jing et Yun, ainsi que mes parents, seraient incapables de comprendre mes sentiments. Qui d’autre pourrait les comprendre ? Je souris mi-figue mi-raisin, levai les yeux, et réalisai que je me trouvais en face du Restaurant de l’Infini.

Naturellement, j’y entrai. À l’instant où je décidais d’aller boire tranquillement dans un coin, j’aperçus Kenshin et Arctic Fox assis sur le balcon, en train de boire silencieusement, et avec divers mets en accompagnement trônant sur la table. Je m’approchai arrogamment d’eux, m’assis et attrapai directement le pichet d’Arctic Fox et le vidai d’une traite.

Arctic Fox regarda sans dire un mot, tandis que j’agrippais la cruche. Après que je l’eus finie cul-sec, il déclara doucement : « C’est un mélange de vodka et de whisky. »

Comme Kenshin levais les yeux pour rencontrer ceux de Arctic Fox, ce dernier ajouta : « Très fort. Un humain normal serait ivre-mort après quelques verres. »

Kenshin et Arctic Fox me fixèrent du regard de concert. En voyant leurs regards, je commençai à m’énerver à nouveau. « Qu’est-ce que vous regardez ? Vous savez que je suis le suzerain de la Cité de l’Infini ? Allez me commander plus de vin. »

Kenshin détourna le regard et affirma calmement en une seule phrase : « Il est saoul. »

« Mouais. » répondit Artic Fox d’une voix également calme.

Bon sang, ils ne me commandent pas de vin ! Je ne pus réprimer ma rage et frappai la table de mon poing. « Serveur, apporte à cette table plus de vin ainsi que chacun des plats que vous avez immédiatement ! »

« Aurais-tu décidé de jeter ta vie aux orties ? En gaspillant ainsi de l’argent, tu ferais mieux de te montrer prudent face à la colère de belle-sœur Yu Lian ». La petite voix de Lolidragon provint de derrière.

Je ne tournai pas la tête, et ne souhaitai pas même répondre.

Lolidragon soupira et s’assit près de moi : « Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi es-tu si énervé ? Il ne s’agit que de la cérémonie d’allégeance, tu n’as pas besoin de le prendre tellement à cœur. »

J’étais si furieux que je répliquai d’une voix très forte : « Qu’est-ce que tu entends par seulement une cérémonie d’allégeance ? Vous êtes tous mes amis, vous n’étiez pas supposés vous agenouiller devant moi en premier lieu ! »

« C’est vrai que nous sommes amis, mais nous sommes également tes sujets. Qu’est-ce qui cloche avec le fait que des subordonnés s’inclinent pour te jurer leur loyauté ? » Lolidragon me fusilla du regard, les sourcils froncés.

« Qu’entends-tu par sujets… Vous êtes tous mes amis ! Mes amis ! » Après avoir hurlé jusqu’à ce que ma voix se brise, j’attrapai le pichet de vin que le serveur venait de délivrer et bus désespérément, comme si cette seule action pouvait effacer la misère de mon cœur.

Il semblerait que je l’eusse effrayée, car Lolidragon resta sans voix un moment. Elle continua à m’observer sans dire le moindre mot, tandis que j’engloutissais follement le vin.

Finalement, elle parla d’une voix solennelle et avec sincérité. « Prince, tu n’es plus un prince sans attache, mais un roi avec de lourdes responsabilités sur tes épaules. »

J’arrêtai de boire. Pourquoi ces mots me semblent-ils si lourds ? Roi ? Moi ? Je répondis, plein d’amertume : « Lolidragon, je n’aime pas cette situation. Je déteste la façon dont tout le monde me traite, et puis je déteste aussi ces… ces titres seigneuriaux. »

Lolidragon se leva lentement, inspira longuement et déclara : « Prince, tu voulais créer une légende. Mais, se pourrait-il que tu savoures les moments de joie de la légende, mais refuses de supporter les responsabilités et les douleurs qui l’accompagnent ? »

J’en restai bouche-bée, et ne pus que contempler Lolidragon, pendant qu’elle quittait le restaurant sans jeter un regard en arrière. Je baissai la tête et regardai la cruche d’un air ahuri. Mes sentiments étaient si mélangés que je ne savais même pas ce que je ressentais à ce moment.

« Prince… Est-ce que ça va ? » s’enquit une voix féminine derrière moi. Mon cœur se serra. Lolidragon est-elle revenue ?

L’expression inquiète de Phoenix apparut devant mes yeux. Mon sentiment d’espoir naissant s’évanouit en moi, et mon cœur se vida davantage. Je balançai la main en direction de Phoenix et lui lançai d’un ton brusque « Arrête de m’emmerder ! »

Par la suite, je retournai la tête et me remis à boire et à manger… Mais, ensuite je remarquai que Kenshin et Arctic Fox fixaient un point au-dessus de mon épaule en fronçant les sourcils. Je bougeai rapidement la tête pour voir. Phoenix versait silencieusement des larmes.

J’étais pétrifié, ne sachant pas le moins du monde comment réagir. Mais, Phoenix parlait déjà, et, malgré les deux sillons de larmes qui coulaient sur son visage, sa voix était étonnamment posée. « Prince, en fait tu ne t’es jamais soucié de moi, n’est-ce pas ? »

« Je… »  Qu’est-ce que je pourrais lui dire ? Si Phoenix n’était pas tombée amoureuse de moi, nous aurions peut-être pu être de bons amis, mais étant donné qu’elle a craqué pour moi, elle était destinée à être blessée… Est-ce que ça a réellement été le bon choix de la laisser m’aimer dès le départ ? Je réalisai soudainement avec horreur que je n’avais encore jamais songé à ce qu’il pouvait arriver par la suite.

Je ne savais pas quoi répondre, et elle ne donnait pas l’impression d’attendre une quelconque réponse. Elle ferma les yeux, pleurant toujours silencieusement et, en se retournant, elle commença à s’éloigner. « Mes sentiments brûlent d’une passion telles les flammes du Phoenix et, pourtant, ceux que j’aime me traitent tout le temps avec plus de froideur que la pointe d’un iceberg ! »

« Phoenix… » Je ne pouvais que regarder stupidement la silhouette dévastée de Phoenix qui s’éloignait. Même après qu’elle eût disparu depuis un certain temps, je ne parvenais pas à détacher le regard.

« Prince… » Deux voix m’appelèrent à l’unisson, et à la porte apparurent les deux silhouettes que je connaissais le mieux : Wicked et Gui.

Ils arrivèrent tous les deux devant moi au même moment, et je les fixai d’un air hébété.

« Prince, tu n’as pas besoin de supporter toutes ces responsabilités. Si tu penses que c’est trop douloureux, laisse tout tomber », décréta Wicked en me tapotant gentiment la tête.

« Je peux vraiment faire ça ? » Je souris mélancoliquement. Tout quitter juste comme ça ? Abandonner la promesse de créer une légende avec les membres d’Odd Squad ?

« Xiao… Prince. » Wicked soupira doucement et n’ajouta rien de plus.

« Votre Majesté, si vous souhaitez verser des larmes, alors je vous prie de le faire sur les épaules de votre Gui ! » Gui me prit dans ses bras avec compassion. Je me figeai un instant, puis levai ensuite la tête et le regardai. Il profitait de moi1 comme d’habitude, mais, soudainement, je sentis que je comprenais quelque chose.

« Se pourrait-il que tu le fasses exprès ? » le questionnai-je.

« Pardon ? » L’expression de Gui se métamorphosa en une fraction de seconde, puis retourna vivement à la normale, soit à une expression sur-enjouée. « Oh, je ne peux simplement me contrôler quand je suis près de vous, votre Majesté ! » prétendis Gui.

« Tu profites toujours de moi… Est-ce que tu ne me crées pas volontairement une raison de te frapper ? » Je fixai Gui droit dans les yeux, ne lui permettant pas d’agir comme un idiot. « Tu me laisses te frapper pour que je puisse évacuer ma frustration, pas vrai ? » m’écriai-je d’une voix rauque. « Pourquoi acceptes-tu de te sacrifier comme ça ? Pourquoi endurer une telle douleur et même une telle humiliation ? »

J’attrapai son col et le foudroyai du regard, ne lui laissant guère l’opportunité de s’échapper. « D’aller aussi loin pour moi, est-ce que ça en vaut réellement la peine ? Tu ne connais même pas mon vrai nom ! »

L’expression de Gui se fit tout à coup plus douce. Il me caressa gentiment les joues, et ses yeux affichaient un tel mélange de joie et de douleur que je me sentis confus après les avoir regardés. « Si mes larmes peuvent être utilisées en échange de ton sourire, dans ce cas cela en vaut plus que la peine. »

Soudainement, Gui fut brutalement jeté au sol. Même si Wicked tentait désespérément de lancer un regard furieux à Gui, il ne put dissimuler la douleur qui transparaissait dans ses yeux ainsi que sur son visage. Gui lui rendit bravement son regard, ses yeux montrant une détermination sans regret.

« Pourquoi est-ce que je n’arrête pas de blesser les gens ? » marmonnai-je. Mes yeux étaient aussi vides qu’un trou noir. « Est-ce que je vais finir par tout le temps blesser des gens quels que soient mes choix ? »

« Prince ? » Wicked et Gui m’observèrent, sous le choc, fortement préoccupés.

En un instant, je me levai et me dirigeai vers la porte. Gui et Wicked me suivirent, et je m’arrêtai tout d’un coup, me retournai et les priai : « Ne me suivez pas, j’aimerai avoir un peu de temps seul pour pouvoir penser. Je vous en prie, ne me suivez pas. »

Gui et Wicked s’arrêtent net, et, malgré leurs grandes différences, leurs yeux révélèrent les mêmes inquiétudes et compassions à mon égard au même instant.

Parmi ces deux personnes qui m’aiment aussi profondément, laquelle est-ce que je devrais blesser ? Lquelle est-ce que je pourrais cruellement me permettre de blesser ? Grand frère Zhuo qui m’attend depuis huit ans ? Ou Gui qui va jusqu’à sacrifier sa dignité pour moi ? La question est si difficile, si difficile !

En sortant du restaurant et en marchant dans les rues de ma propre cité, je me rappelai alors une conversation que j’avais entretenue avec mon frère dans le jeu en ligne The World auquel nous avions l’habitude de jouer.

 

 

« Hé, pourquoi les autres ont du fric, des terres et la gloire, et nous n’avons rien peu importe à quel point nous nous entraînons ? » Après avoir massacré un nombre infini de monstres qui débarquaient, je ne pus m’empêcher de me plaindre.

Me protégeant du front des attaques, mon abruti de frérot roula des yeux. « Tu appelles ça s’entraîner dur ? Tu ne connais même pas les efforts que les gens ont dû fournir avant de pouvoir réussir ! »

« Tu en es sûr ? Si ça se trouve, ils se contentent de tout avoir grâce à l’argent », lui répondis-je avec dédain.

« Bon, arrête d’envier les autres maintenant. Posséder une cité n’est pas forcément une bonne chose. Pourquoi ne songes-tu pas aux responsabilités qui reposent sur leurs épaules ? » répliqua insouciamment Heartless Wind.

« Quelles responsabilités ? Tu veux dire celles de s’allonger et de récolter les loyers ? » ne pus-je me réfréner de rétorquer.

Heartless Wind me regarda comme s’il devait enseigner à un enfant désespérant. « Sœurette, tu ne comprends pas. Mon ami possède une cité. Chaque jour, il s’inquiète à propos de tout, de perdre sa cité, ses pertes, ses dettes, de la tension qui règne parmi ses compagnons, des personnes qui ne l’acceptent pas et qui souhaitent lui dérober son trône. Et puis, quand on possède un château, on doit en conquérir un deuxième, puis un troisième… En fin de compte, tu ne peux pas avoir la paix tant que tu n’as pas conquis le jeu tout entier, et cela représente de très lourdes responsabilités. »

Je lui répondis sans penser : « Je ne veux pas d’un deuxième château, mais un seul. Pourquoi devrais-je dominer le jeu en entier ? »

Comme il manqua d’être coupé en deux par des monstres, Heartless Wind ne se soucia pas de poursuivre le débat. Il se contenta de marmonner une dernière chose en retour, des mots que je ne pris pas à cœur à ce moment-là mais qui m’apparaissaient clairement à présent. « Il y a des situations qui ne te permettent pas d’avoir le choix. Seules les personnes n’ayant pas suivi le même chemin peuvent en parler avec autant de légèreté. »

 

 

« En effet, seules les personnes qui n’ont pas suivi un chemin identique peuvent en parler si légèrement ! » Je fermai les yeux, permettant aux larmes de s’échapper du coin de mes yeux.

« Grand frère Prince… » La voix hésitante de Doll atteignit mes oreilles.

Ne souhaitant pas que la jeune Doll me voit ainsi, je ne lui fis pas face. « Je vais bien. J’ai seulement besoin d’être seul un instant. Tu n’as pas besoin de t’inquiéter pour moi, Doll. »

« Grand frère Prince, est-ce que Doll peut marcher avec toi ? »

« J’aimerai être seul pour un moment… » la rejetai-je implacablement.

Cependant, Doll se mit devant moi, attrapa ma main et, employant une voix douce que je n’avais jamais entendu provenir d’elle, elle déclara : « Ne ressasse pas ce sujet tout seul, tu ne feras que perdre ton temps. Laisse-moi au moins t’accompagner. Je pense pouvoir comprendre ta douleur : celle des dirigeants. »

Je la fixai d’abord avec un sourire amer, qui signifiait mon doute. « Comment pourrais-tu comprendre ? »

« Comment une vraie princesse dans la vie courante pourrait-elle ne pas comprendre ? » En entendant cette remarque, je me tournai vers Doll, choqué, tandis que je rencontrais son expression majestueuse de laquelle émanait de l’élégance. Elle sourit légèrement en déclarant : « Laisse-moi t’accompagner maintenant, tu te sentiras mieux par rapport au fait de gouverner. »

Je me sentirai mieux d’être un dirigeant ? Une princesse est en train de me dire que je me sentirais mieux sur le fait de posséder le titre de Roi ? Avant aujourd’hui, j’aurais définitivement déclaré que c’était impossible, mais maintenant… Je ne pouvais que sourire amèrement. « C’est impossible pour moi de me sentir mieux par rapport à ça ; je… me suis embourbé. Je ne peux ni avancer, ni même faire demi-tour ! »

« C’est parce que tu ne te concentres que sur la douleur, qu’elle soit pour aller de l’avant ou pour abandonner, et tu oublies la joie qu’il y a dans chacun des deux choix », répondit Doll. Elle parla d’une manière résolue, et pourtant ses mots sonnèrent vagues à mon oreille. « Néanmoins, allons juste nous balader. Il y aura toujours un chemin, tout du moins tant que tu ne stagneras pas dans un coin, simplement à ruminer les choses. » Doll me poussa brutalement dans le dos, et en un clin d’œil nous atteignîmes les portes de la cité.

« Où allons-nous ? » demandai-je, stupéfait.

« Le ciel est infini, le monde est vaste ; nous pouvons aller où bon nous semble ! »

 

 

Pendant ce temps, au Restaurant de l’Infini…

Arctic Fox demanda posément : « Que vient-il de se passer ? »

« Quelque chose qui ne nous concerne pas. » Kenshin sirota son thé avec indifférence. Les émotions humaines étaient beaucoup trop complexes, ce n’était pas quelque chose qu’il arrivait comprendre.

« Ça ne nous est pas totalement étranger », soupira Arctic Fox.

« Même s’il est notre suzerain, nous n’avons pas à nous occuper de ses affaires privées », répliqua Kenshin sans ménagement.

« Non, ça nous concerne. » Arctic Fox fronça les sourcil en scrutant la table débordant de victuailles et de vin. « Nous devons payer l’addition. »

« … »

Note de bas de page

1 profitait de moi : En chinois cette phrase était : 吃豆腐 (chī dòu fǔ), lit. « Manger du tofu ». On dit que l’origine de cette expression est la suivante : Dans les temps anciens, les magasins de tofu étaient généralement tenus par des couples. Le mari faisait du tofu la nuit que la femme vendait le jour durant. Comme ils mangeaient fréquemment du tofu, leur peau était naturellement douce et lisse. Ça attirait beaucoup de clients (principalement des hommes, considérant que la femme tenait le magasin le jour), et les hommes utilisaient l’expression « manger du tofu » comme un euphémisme sur le fait d’aller au magasin de tofu pour flirter avec la tenancière, ce pourquoi les femmes jalouses harponnaient leur mari à coup de : « Es-tu allé manger du tofu aujourd’hui encore ? » Aujourd’hui, on utilise cette expression pour parler des pervers, ou bien des hommes qui profitent des faiblesses pour prendre avantage sur les femmes.

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