La Légende du Chevalier du Soleil T4C5 : Abats Divers Obstacles Durant Ton Voyage

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : 我 (Yu Wo)


Chapter 5: Overcome Various Obstacles of the Journey – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Chapitre 5 : Abats Divers Obstacles Durant Ton Voyage – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Après plusieurs jours de fuite, tout le monde était plutôt satisfait de vivre la vie de fugitifs. Même Ecilan, l’otage dont nous nous étions emparés, profitait d’une vie de plaisirs… Comment devrais-je expliquer cela ?

La toute première nuit, il jura au nom du Dieu de la Lumière qu’il ne tenterait pas de s’échapper ou de nous blesser. Il voulait que je disperse les Chaînes des Ténèbres qui entouraient son torse pour qu’il puisse… cuisiner pour nous tous !

On ne pouvait vraiment pas juger un livre à sa couverture. Même s’il était l’un des exaltés Douze Chevaliers Sacrés, ses compétences culinaires étaient même supérieures à celles de Yuna et Sybil combinées ! Une fois que nous eûmes mangé le repas qu’il nous avait préparés, le matin suivant, plus personne ne voulut manger les plats cuisinés par Yuna ou Sybil, même pas elles-mêmes.

J’ai une monture que je peux chevaucher et quelqu’un sur qui tester ma nécromancie. Même quand je suis las de tout cela, des repas délicieux m’attendent. Que pourrait-il y avoir de plus confortable au monde ?

« Est-ce que tu peux éviter de jouer avec des os tout en utilisant la lumière sacrée ? »

Ce n’était pas la première fois que Yuna protestait en disant : « C’est une violation du bon sens. Tu n’arrêtes pas de briser les principes fondamentaux de l’opposition polaire et de l’impossibilité de coexistence de l’élément sacré et l’élément des ténèbres. Tu enfreints complètement les règles. »

Je répliquai : « Tu veux dire que quand nos poursuivants nous rattraperons, je n’ai pas le droit d’utiliser la nécromancie pour les ralentir, pendant que j’emploie la lumière sacrée pour soigner Igor et les autres ? »

Après avoir entendu mon argument, les visages de tous les membres de l’équipe dont la profession requérait de se battre changèrent grandement. Ils s’empressèrent de réfuter les mots de Yuna, puis ils essayèrent de m’apaiser.

Pfff, je vais le dire à nouveau ! J’ai une monture que je peux chevaucher et quelqu’un sur qui tester ma nécromancie. Même quand je suis las de tout cela, des repas délicieux m’attendent et, même quand on me gronde parce que j’ai enfreint des règles, plein de personnes vont prendre mon parti et réprimander l’accusateur pour moi, puis ils vont même me consoler… Même si j’étais le Chevalier du Soleil, ma vie ne pourrait probablement pas être plus confortable que celle-ci !

Malheureusement, nos jours de plaisirs prirent fin après trois courtes journées.

Je bénissais souvent Woodrow avec le sort des Ailes de Dieu pour qu’il puisse partir en éclaireur. Aujourd’hui, quand il revint à notre campement et reprit sa forme humaine, il déclara solennellement : « Le Chevalier de Flamme nous a rattrapé. Je les ai vus, lui et ses chevaliers sacrés, quand j’étais sur la montagne. Ils sont une dizaine et à moins d’une journée de nous à pied. »

« Est-ce qu’ils ont des prêtres parmi eux ? » Je l’interrogeai pour avoir plus de détails.

Woodrow secoua la tête et répondit : « Non. »

« Pourquoi n’ont-ils amené aucun guérisseur ? » demandai-je, confus. « Ceux-ci ne pourraient-ils pas les aider en lançant le sort des Ailes de Dieu ? Il leur aurait été très utile pour hâter leur voyage, ne croyez-vous pas ? »

À ce moment-là, Ecilan expliqua froidement : « Un seul guérisseur n’est pas capable de lancer le sort des Ailes de Dieu sur dix personnes pendant une longue durée. Il faudrait qu’ils en amènent au moins deux avec eux, et il faudrait qu’ils aient un niveau avancé, voire supérieur. Même d’un tel niveau, ils seraient un fardeau. Ils ont une très mauvaise endurance, donc ils ne peuvent pas poursuivre leur périple sans s’arrêter, contrairement aux chevaliers sacrés. »

Je pressentis tout à coup que l’estimation de Woodrow pourrait s’avérer être fausse. Avec empressement, je demandai : « Combien de temps leur faudra-t-il pour nous rattraper ? »

« On parle du Chevalier de Flamme et de son peloton. » Étonnamment, Ecilan me répondit. « S’il a dit que ça leur prendrait un jour, dans ce cas il leur faudra cinq heures tout au plus. »

Les yeux de tous les membres du groupe s’agrandirent de surprise à ses mots.

Iacchi s’exclama : « Si vite ? Ce sont des chevaliers sacrés ou des voleurs !? »

« Pourquoi es-tu si franc ? »

Quelque chose d’autre me rendait plus soupçonneux. Même si Ecilan était un otage, il n’avait ni crié ni tenté de s’enfuir. Il avait même cuisiné pour nous, et à présent il allait jusqu’à révéler des informations sur ses alliés à ses kidnappeurs. Où diable peut-on trouver un otage aussi coopératif ? Il ferait aussi bien de rejoindre notre équipe !

« Parce qu’il n’y a aucune chance que vous puissiez vous échapper. La fois où je vous ai dit que Blaze était dans les alentours, savez-vous où il se trouvait ? » Il s’arrêta un instant avant de lentement donner la réponse : « À la Cité de l’Orée de la Forêt. »

Une fois qu’il nous eut révélé cela, tout le monde resta stupéfait. J’étais le seul qui s’enquit avec confusion : « Et donc quelle différence cela fait-il s’il se trouvait à la Cité de l’Orée de la Forêt ? »

Woodrow prit une profonde inspiration et m’apprit : « La Cité de l’Orée de la Forêt se situe à la frontière du Royaume du Son Oublié, mais c’est à une lointaine distance du Royaume de Kissinger. Pour une personne ordinaire, faire le trajet prendrait six… Non ! Il leur faudrait traverser des forêts, et ils risqueraient également de tomber sur des bandits et des bêtes sauvages. J’ai bien peur qu’une estimation correcte serait de dix jours. »

Je m’exclamai : « Pourtant, il ne leur a fallu que trois jours ? Ont-ils continué à voyager sans jamais s’arrêter pour se reposer ? Comment peut-on encore les considérer comme des humains ordinaires ? »

« Aucun d’entre nous n’est ordinaire. »

Ecilan prit soudainement la parole. Il se tourna vers moi et décréta nonchalamment : « Aucun de nous n’a jamais été normal. »

Je restai stupéfait pendant un moment. Je tournai la tête pour questionner tout le monde : « Croyez-vous ce qu’affirme Ecilan ? D’après lui, le Chevalier de Flamme nous rattrapera dans moins de cinq heures, et nous ne pourrons pas lui échapper. »

Immédiatement, Yuna répondit sévèrement : « Bien sûr. C’est un des croyants du Dieu de la Lumière, et c’est même l’un des Douze Chevaliers Sacrés qui sont à la tête de l’Église du Dieu de la Lumière. Tout le monde sait qu’ils ne mentent jamais ! »

« Il n’a nul besoin de nous mentir. Ce n’est pas comme si nous pouvions nous échapper de toute façon. »

Après que Woodrow eût lui-même affirmé cela, j’acceptai enfin ces faits. Même si j’avais perdu la mémoire, je ne croyais toujours pas qu’il existait en ce monde des personnes qui ne mentaient jamais.

« Puisque nous ne pouvons pas nous enfuir, alors nous ne pouvons que prendre l’initiative et passer à l’offensive », dis-je sereinement. « Répliquons en les attaquant à la place. »

« Tu veux affronter le Chevalier de Flamme ? » s’étonna immédiatement Igor d’une voix forte. « Serais-tu devenu fou ?! »

Les autres furent plus lents à exprimer leur surprise. Ce ne fut qu’après que le cri d’Igor les eût tirés de leur stupeur que leurs visages affichèrent une expression pleine de terreur.

J’expliquai soigneusement au groupe : « Ils ne sont que dix. Nous sommes six, et nous avons même un otage. Tant qu’on préparera des pièges, nos chances de l’emporter restent élevées… »

« Nos chances de l’emporter restent élevées ? Que dix ? » Les yeux d’Iachi s’agrandirent encore plus, tandis qu’il répliquait : « Est-ce que tu comprends seulement quel genre de personnes sont les Douze Chevaliers Sacrés ? Le Dieu de la Lumière possède Douze Chevaliers Sacrés, le Dieu de la Guerre a son Fils du Dieu de la Guerre, et la Cathédrale du Dieu de l’Ombre est représentée par l’Aigle Silencieux. Ce sont tous des personnages de légendes, et pourtant ils existent. Comparé au Dieu de la Lumière ou au Dieu de la Guerre ou que sais-je, c’est beaucoup plus facile de croire en l’existence de ces personnes… Ce sont presque des dieux vivants marchant parmi nous ! »

À ce stade, tout le monde me regardait, et ils hochaient même la tête un par un pour exprimer leur accord avec les propos d’Iacchi.

Ils sont puissants à ce point ? J’analysai de nouveau la situation, puis j’utilisai ma main pour tapoter la tête d’Ecilan. Je demandai : « Vous voulez dire que ce chevalier est un dieu vivant marchant parmi les simples mortels ? »

« … »

« Grisia, de bien des façons, toi non plus tu n’es pas un humain ordinaire ! » murmura Woodrow.

Yuna secoua la tête et soupira : « Le fait que l’élément des ténèbres et l’élément sacré coexistent en toi fait de toi une personne anormale. En plus, tu peux utiliser à la fois la magie sacrée et la nécromancie… mon dieu ! Je n’ai vraiment pas la moindre idée de qui tu peux bien être. »

Je penchai ma tête sur le côté pour réfléchir avant de dire : « Auparavant, tu as mentionné le fait que mes compagnons étaient un chevalier sacré et un elfe noir. Je me demande si c’est lié ? Peut-être qu’ils n’étaient pas mes compagnons, mais plutôt mes maîtres ? »

Quand tout le monde entendit cela, ils affichèrent subitement une expression de compréhension.

Alors que je voulais poursuivre et parler de Scarlet à tout le monde, Ecilan prit tout à coup la parole : « Si vous ne vous dépêchez pas de mettre en place vos pièges, j’ai bien peur que vous n’y arriviez pas à temps. Les pièges doivent être absolument parfaits, autrement ils ne pourront pas fonctionner sur le Chevalier de Flamme et son peloton. »

Écoutez-moi celui-là ! Mais, que lui prend-il ? Je me demande vraiment s’il n’éprouverait secrètement pas une rancœur contre le Chevalier de Flamme ! Attendez, les flammes et… la glace ? Peut-être que leur relation est vraiment mauvaise, comme dans le dicton. Maintenant que j’y pense, peut-être qu’Ecilan veut que quelqu’un fasse le sale travail à sa place1 ?

« Je ne le tuerai pas, mais ce n’est pas un problème si tu veux que je t’aide à lui causer quelques problèmes ! »

Après avoir compris la situation, je lui tapotai la tête et annonçai avec amabilité : « N’en dis pas plus. Tu as été si coopératif, en allant jusqu’à cuisiner pour nous, et même maintenant tu nous donnes autant d’informations. Te rendre un petit service va de soi. »

En entendant ceci, Ecilan me lança un regard vide.

Je m’en doutais, Il est probablement gêné que j’aie deviné ses pensées ?

« Très bien, venez-ici et écoutez mes instructions pour mettre en place les pièges… »

Iacchi protesta immédiatement : « Hé, tu sais vraiment comment poser des pièges ? Tu ne serais pas en train de voler le travail des voleurs ? »

« Il m’a déjà supplanté, alors pourquoi devrait-il se retenir pour toi ? » rétorqua froidement Yuna.

« Dieu soit loué, je ne suis pas menacé », se réjouit Igor. « Non seulement Grisia ne sait pas manier l’épée, mais en plus il n’arrive même pas à en tenir une correctement. »

Je roulai des yeux et rétorquai : « Je suis un guérisseur… et pour le peu qu’on en sait, je suis aussi un nécromancien. Ce n’est pas comme si ma profession requérait que j’utilise une épée ! »

Après que j’eus dit cela, je découvris qu’Ecilan me fixait avec de grands yeux.

Je baissai la tête pour lui grommeler avec mauvaise humeur : « Qu’est-ce que tu regardes ! Je ne suis pas un chevalier comme toi, donc ce ne devrait pas être si étrange que je ne sache pas manier l’épée ! »

Ecilan cessa de me fixer après avoir entendu ma réponse, mais son expression resta un peu étrange…

Taré va !

Je me cachai au sommet d’une petite colline avec la licorne à mes côtés. Ecilan était toujours sur le dos de la licorne. La seule différence était que, pendant la journée, il était simplement emballé, puis « placé » sur son dos, mais à présent il y était complètement ligoté.

De cette façon, même si le Chevalier de Flamme parvenait à tous nous soumettre, la licorne pourrait toujours s’enfuir avec lui. Je pense que le Chevalier de Flamme ne nous tuera pas avant d’avoir trouvé Ecilan, donc cette action était notre dernier recours, une garantie que, même si notre opération échouait et que tout le monde se faisait capturer, nous pourrions toujours avoir la vie sauve.

Par la suite, je laissai le paysage dans ma tête devenir encore plus grand, s’étendre de plus en plus tel un éventail… De cette manière, je découvris bientôt le Chevalier de Flamme.

L’élément du feu et la lumière sacrée du Chevalier de Flamme étaient si abondants que c’en était effrayant. Il aurait été difficile de le manquer. Toutefois, je découvris également que les estimations de Woodrow étaient fausses. Le nombre de nos adversaires ne s’élevait pas à dix personnes. Il n’y en avait que huit.

« Grisia, Grisia ! »

« Quoi ? » Mon attention était toujours focalisée sur le Chevalier de Flamme, donc je répondis à Ecilan sans vraiment l’écouter, mais soudain ma curiosité s’éveilla : « Oh, au fait, quel est le nom du Chevalier de Flamme ? »

Ecilan se tut pendant un instant avant de me réprimander à voix basse : « As-tu vraiment oublié ? Le nom de Blaze est Chikus, et son nom complet est Chikus Blaze, alors que ton nom complet est Grisia Sun ! »

Stupéfait, je détournai immédiatement mon attention du Chevalier de Flamme pour regarder Ecilan. Je lui demandai, confus : « Quelles absurdités me racontes-tu là ? Que veux-tu dire par là ? »

Ecilan employa un ton furieux que je ne l’avais encore jamais entendu utiliser pour rugir : « Grisia Sun ! Tu es le Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière. Tu es le chef des Douze Chevaliers Sacrés ! »

Je suis le Chevalier du Soleil ? Je suis le chef des Douze Chevaliers Sacrés ?

Je me tus pendant un long moment avant de sourire et de secouer la tête. « J’ai failli me faire avoir. Tu dois avoir inventé ces inepties pour m’empêcher de blesser ton compagnon, Blaze ! »

« Je ne t’ai pas menti ! »

Ecilan s’empressa d’ajouter : « Depuis le jour où tu as disparu, Judgment a envoyé huit groupes de personnes à ta recherche. Earth et Stone se sont rendus au Royaume de l’Orchidée Lunaire, tandis que Blaze et moi sommes venus à Kissinger. Les autres te cherchent partout à l’intérieur du royaume. »

« C’est absurde ! » protestai-je.

Mais, Ecilan refusa d’abandonner et continua d’affirmer : « Sun, tu dois me croire. Dépêche-toi de retourner au Temple Sacré. Judgment est furieux. Il a dit que si tu ne rentrais pas sain et sauf, il allait te tuer, et que si tu revenais avec des blessures, il allait te faire regretter de ne pas être mort. »

Je laissai échapper : « Dans ce cas, je crois qu’il vaudrait mieux que je ne rentre pas… » Après avoir dit cela, mon cœur se remplit de perplexité. Qui est Judgment ?

« Lesus du Jugement, c’est le nom complet du Capitaine-Chevalier du Jugement. » Dans la voix d’Ecilan semblait poindre une pointe de sympathie comme il disait : « Crois-moi, Sun, tu ne veux pas mettre Judgment en colère. C’est la seule personne qui te fasse peur. »

Pourquoi devrais-je avoir peur de lui ? Je reniflai froidement et répliquai : « Ton mensonge possède une faille très évidente ! »

« Une faille ? »

« Exactement. » Je souris en lui rappelant : « Peut-être l’as-tu oublié, mais Igor a justement dit tout à l’heure… que je ne peux même pas tenir une épée correctement ! Alors, comment pourrais-je possiblement être un chevalier ? Ton mensonge est trop évident ! »

« … »

Comme je m’y attendais, Ecilan resta sans voix. Je m’esclaffai avec dérision, puis je remarquai immédiatement que le Chevalier de Flamme et compagnie avaient presque atteint l’endroit où le premier piège avait été installé. Voyant cela, je m’empressai de donner des instructions à mes coéquipiers impliqués dans le premier piège.

Ecilan ajouta brusquement : « Ne blesse pas Blaze, ou sinon tu le regretteras toute ta vie. »

« Je ne vais pas le tuer. Je n’ai aucune intention de devenir un fugitif recherché par l’Église. »

Je donnai mes instructions tout en lui répondant. Après cela, il n’ajouta plus rien.

Que la série de pièges commence !

Étape numéro un : le piège des jolies filles.

Sybil et Yuna devaient s’allonger sur le bord de la route. D’après elles, des chevaliers sacrés n’abandonneraient jamais des femmes évanouies au bord de la route, donc le Chevalier de Flamme devrait les emmener avec lui. Cela donnerait aux deux filles la chance d’infiltrer leurs troupes !

« Ce piège fonctionnerait peut-être sur d’autres personnes. »

Ecilan prit soudain la parole : « Mais, Blaze a toujours été inattentif, et il va sans dire que, parmi les Douze Chevaliers Sacrés, le Chevalier de Flamme est le moins courtois. Il ne sait même pas comment et ne ressent pas le besoin de montrer de l’empathie envers les femmes. »

« … Pourquoi n’as-tu pas mentionné cela plus tôt ? » m’énervai-je avec un peu de ressentiment.

« Je n’ai aucune obligation à vous aider », répondit sobrement Ecilan.

Oh ! Je ne peux vraiment pas réfuter cette déclaration, puisqu’il est un otage et pas un camarade.

« Mais, tu ne pourrais pas coopérer encore une fois ? »

I-il vient de détourner sa tête, comme s’il ne voulait pas me prêter la moindre attention ! Quel genre d’attitude est-ce donc ? C’est lui l’otage, ou bien est-ce moi ?

Au loin, le Chevalier de Flamme ignora réellement Sybil et Yuna et les dépassa pour poursuivre sa route. Je pouvais même « voir » l’expression embarrassée sur le visage de Yuna et Sybil. Lorsqu’elles avaient entendu le plan pour la première fois, et que leur rôle serait d’infiltrer les rangs des chevaliers sacrés, elles avaient été si ravies…

Qui aurait cru que notre première étape serait un échec ? Je m’exclamai avec haine : « Quel genre de Chevalier de Flamme est-il ? C’est juste une ordure sans cœur ! »

Dès que j’eus proféré ces paroles, Ecilan s’écria avec sévérité : « Il n’est pas sans cœur ! Au contraire, il en a trop, Sun ! Quand tu as disparu, Blaze s’est désespérément précipité à ta recherche. L’étendue des recherches qu’il a menées était la plus vaste de nous tous. Pour couvrir un secteur de cette amplitude, lui et son peloton ont dû pousser leurs corps jusqu’à leurs limites. Il se montre impitoyable envers elles pour ton bien ! Ce n’est pas grave si tu oublies tout ! Mais, tu n’as pas le droit d’oublier que Blaze sera toujours la personne qui te soutiendra le plus. »

Après avoir entendu le ton agité d’Ecilan, je n’eus pas d’autres choix que de réfléchir à ses paroles. Je gardai le silence pendant un moment avant de lâcher : « Si je suis le Chevalier du Soleil, alors que je ne sais pas manier l’épée, que ma tête ne pense qu’à l’argent et aux belles femmes, et qu’en plus je pratique la nécromancie… Oh Mon Dieu de la Lumière ! Quel genre de Chevalier du Soleil farfelu suis-je donc ? »

Pour faire simple, je suis quelqu’un qui est l’exact opposé du « Chevalier du Soleil » dont Sybil ne cessait de me rabâcher les oreilles.

Ecilan resta silencieux un instant avant d’expliquer calmement : « Nous ne correspondons pas parfaitement aux modèles créés par l’imagination des gens du peuple, mais nous faisons de notre mieux pour ne pas les décevoir. » Il s’interrompit avant d’ajouter : « Si tu n’avais pas utilisé la nécromancie devant ces aventuriers, détruisant ainsi l’image du Chevalier du Soleil, je t’aurais dit que tu étais le Chevalier du Soleil dès l’instant où j’avais été en mesure de parler. »

Je vois. Ce n’est pas étonnant qu’il semblait souvent être sur le point de dire quelque chose, mais se ravisait l’instant d’après.

« Ecilan. »

Je l’appelai. Il se contenta de m’observer en silence. En m’excusant sincèrement, je lui expliquai : « Je ne me souviens vraiment pas de toi et du Chevalier de Flamme, donc que tu me dises la vérité ou que tu me racontes des mensonges est sans importance. Mes compagnons actuels sont Woodrow et les autres. C’est pourquoi je veux uniquement faire de mon mieux pour ne pas les décevoir. Toutefois, je te fais la promesse que, à moins que cela ne devienne une nécessité absolue, je ne blesserai aucun des chevaliers sacrés.

En entendant ceci, Ecilan répondit seulement avec un « oh », puis l’instant suivant il se rappela quelque chose. Il ajouta : « Sun, ne fais pas confiance à cette étrange fille. Elle est suspecte. »

« Tu as vu Scarlet ? »

Je souris faiblement et admis : « Pour une personne amnésique, tout le monde est suspect. »

Ecilan répliqua franchement : « Dans ce cas, ne fais confiance à personne, qu’il s’agisse de Scarlet, Woodrow ou même de moi et Blaze. »

Surpris, j’acquiesçai d’un signe de tête. « Très bien. »

Je redirigeai mon attention sur l’horizon et lançai un éclair dans cette direction. Cependant, ma cible n’était pas le Chevalier de Flamme et son peloton, mais plutôt Yuna et Sybil… Je pouvais presque entendre leurs cris rien qu’en voyant leurs bouches grandes ouvertes.

« Si deux dames sont attaquées, et que leurs vies sont en danger, pourra-t-il toujours les ignorer et les abandonner ? »

Je souris faiblement et ajoutai : « S’il poursuit sa route, dans ce cas je serai prêt à reconsidérer l’idée de savoir si cinq mille ducats d’or valent le coup d’affronter ce genre de… personne. »

Après une brève pause, je me retins d’employer les mots « sans cœur ». Même si je ne croyais pas complètement les paroles d’Ecilan, de même que celles de Scarlet, il y avait toujours cinquante pourcent de chance qu’il eût dit la vérité, donc je ne voulais pas insulter le Chevalier de Flamme.

Je ne pouvais croire Ecilan et Scarlet qu’à moitié. Quant à Woodrow et aux autres… Pour parler franchement, ils ne représentaient aucun danger pour moi, donc je n’avais pas besoin de m’inquiéter.

Pourtant, justement pour cette raison, ils étaient actuellement les personnes en qui j’avais le plus confiance.

Après cette attaque électrique, les chevaliers sacrés s’arrêtèrent enfin. Plein d’hésitation, ils se retournèrent pour jeter un coup d’œil aux jeunes femmes, avant de glisser simultanément leur regard vers leur commandant, le Chevalier de Flamme.

Le Chevalier de Flamme hésita, mais retourna quand même les sauver. Il lança un sort de soin sur les deux filles, leur posa quelques questions basiques, puis fouilla la zone sans rien trouver d’anormal. Deux chevaliers sacrés, l’un d’entre eux étant le Chevalier de Flamme en personne, portèrent Yuna et Sybil sur leur dos, puis reprirent leur chemin sans perdre plus de temps.

Venait ensuite ma prochaine tâche. Je grimpai sur la licorne, emportant avec moi Ecilan, et exécutai mon rôle principal : mener le Chevalier de Flamme par le bout du nez à travers toute la zone, afin que Woodrow et les autres obtinrent davantage de temps pour terminer les préparations.

Au début, je pensais que ce serait un travail très facile qui ne serait pas différent de la fois où j’avais dû m’enfuir. N’étais-je pas à cheval lors de ces deux occasions ?

Je l’étais !

Mais, cette fois-ci, je dus poursuivre ma fuite sans prendre de répit. Dès que mes pieds touchaient terre et que je laissais mon popotin se reposer, je ne pouvais prendre que deux bouchées de mes rations de survie avant de devoir remonter à cheval, comme si j’avais le feu aux fesses. Je devais continuer de chevaucher jour et nuit.

C’est comme si ces chevaliers sacrés n’avaient pas besoin de se reposer ! Ils restent sur mes talons et continuent de me poursuivre !

Une fois que j’eus atteint la route, ils firent apparaître des chevaux de je ne sais où, me forçant à ramener la licorne dans la forêt. Nous rebondissions de haut en bas sur le chemin cahoteux, aussi je fus obligé d’invoquer un sort de soin sur mon derrière, autrement, si j’avais continué à chevaucher de cette façon, mes fesses se seraient fendues en deux.

Lorsque j’entrai dans la forêt, ils descendirent de leurs montures et continuèrent de me traquer à pied.

Même si la licorne se déplaçait avec aise dans la forêt, à l’inverse d’un cheval ordinaire qui n’aurait même pas pu y pénétrer, elle transportait deux personnes ainsi que beaucoup de bagages sur son dos. Non seulement elle portait tout ce poids supplémentaire, mais en plus elle essayait de ne pas trop nous secouer. Aussi, n’était-t-elle pas beaucoup plus rapide que les chevaliers sacrés qui étaient à pied.

Ecilan annonça avec indifférence : « Nous sommes à la frontière entre le Royaume du Son Oublié et le Royaume de l’Orchidée Lunaire. L’Église du Dieu de la Lumière a encore beaucoup d’influence dans cet endroit. Donc, pour l’un des Douze Chevaliers Sacrés, qu’il s’agisse d’obtenir des informations ou de réquisitionner quelques chevaux des fermiers locaux, les deux peuvent facilement être accomplis. »

Mince ! Je n’avais pas pensé à cela. Au début, quand nous étions encore assez loin d’eux, nous aurions dû nous enfuir immédiatement au lieu de perdre du temps à nous inquiéter de savoir s’ils allaient ou non nous rattraper. Nous nous sommes mêmes sciemment arrêtés pour les attendre.

Cependant, ne les ai-je pas forcés à amener Yuna et Sybil avec eux ? Se pourrait-il qu’elles n’aient pas été capables de les ralentir… Ou bien est-ce que leur vitesse actuelle est le résultat obtenu lorsqu’ils sont ralentis ?

Quoi qu’il advienne, si les choses continuent ainsi, je me ferai éventuellement attrapé. S’ils me rattrapent avant que je n’atteigne ma destination, dans ce cas les choses vont mal tourner… Si cela se produit, alors je vais devoir prendre l’initiative et attaquer !

« Pfff ! Chikus Blaze est l’un des dieux qui vivent sur terre parmi nous ? »

Je reniflai froidement et ajoutai : « Je vais venir à ta rencontre pour le constater par moi-même. Je refuse de croire que tu sois réellement si divin ! »

Bien que je ne susse pas si la force d’un Chevalier Sacré durant la journée différait grandement de pendant la nuit, leur dieu était appelé « Dieu de la Lumière ». Donc, je pensais que ce serait mieux de ne pas les attaquer tant que le soleil brillerait dans le ciel. De plus, la nuit avait toujours été le meilleur moment pour se faufiler discrètement, et elle me procurerait un avantage indéniable, car il me serait plus facile de rassembler l’élément des ténèbres.

Je venais de me lancer dans une longue explication, mais, pour faire simple, je prévoyais d’effectuer un raid nocturne. Mon but était de blesser au moins quelques personnes afin de ralentir leur vitesse effarante de voyage.

D’après la théorie d’Iacchi, quand on faisait une mauvaise action, on se devait de porter quelque chose sur notre visage pour le masquer.

Ce fut pourquoi je pris le petit couteau d’Iacchi et que je l’aplatis pour en faire un masque en fer dont la forme était complètement tordue. Je passai une corde à travers et l’attachai à mon visage. Puis, j’enfilai la robe de prêtre de Yuna et la recouvris de l’élément des ténèbres. Pour finir, sur le bord de la route, je ramassai une branche vraiment déformée pour l’utiliser comme d’un bâton magique.

La dernière touche fut de couvrir mon visage d’une chape de l’élément des ténèbres. C’est un grand succès !

Une fois que je me fus occupé de tout, j’étais sûr à quatre-vingt pourcents que mon déguisement était parfaitement réussi, et je me tournai vers Ecilan pour confirmer : « Est-ce que je ressemble à un nécromancien ? »

« Non. »

Ecilan secoua la tête et m’expliqua : « Les nécromanciens ne portent pas de vêtements blancs. En plus, Blaze te reconnaîtra juste en voyant la couleur de tes cheveux et le bas de ton visage. »

Je restai stupéfait pendant un moment, puis je le questionnai : « Que veux-tu dire ? J’ai déjà enveloppé mon visage avec l’élément des ténèbres2, alors comment pourrait-il encore voir le bas de mon visage ? Et, qu’est-ce que ce “blanc”  dont tu parles au juste ? »

« … » Cette fois, ce fut au tour d’Ecilan de rester bouche-bée. Après un instant, il retrouva enfin la parole : « Ainsi, c’est de ça dont Leaf parlait en affirmant que tu étais devenu aveugle. C’est donc vrai ? »

« Leaf ? Je suis aveugle ? » Perdu, j’ajoutai : « J’arrive à te voir. »

« Vraiment ? » La voix d’Ecilan semblait contenir une grande colère, lorsqu’il cria d’une voix grave : « Dans ce cas, dis-moi, de quelle couleur sont mes cheveux ? »

« Quelle couleur ? » J’étais complètement perplexe. Pourquoi est-il autant en colère ? Incapable de trouver une réponse, je l’interrogeai de nouveau : « Qu’est-ce qu’une couleur ? »

Ecilan se tut. En fin de compte, il soupira : « Oublie ce que j’ai dit. Contente-toi de changer ton masque pour qu’il cache complètement ton visage, puis couvre tes cheveux et ta robe avec un élément des ténèbres suffisamment épais pour qu’il soit visible à l’œil nu. »

« Suffisamment épais pour être vu ? » Même une minuscule quantité d’élément peut être vue, non ?

« Rends-le simplement vraiment épais ! »

Ecilan semblait être très insistant sur ce point. Il n’arrêtait pas de répéter que, si je ne le faisais pas, alors je serais définitivement reconnu. Il ne souhaitait pas que Blaze découvrît que j’étais celui qui l’attaquait. Cela attristerait Blaze et bla, bla, bla.

Afin de ne pas être reconnu… ou peut-être simplement pour faire en sorte qu’Ecilan se tût, je n’eus pas d’autres choix que d’aplatir un autre couteau et de transformer mon masque pour qu’il cache l’intégralité de mon visage. Ensuite, je recouvris mes cheveux d’une couche très dense de l’élément des ténèbres. S’il arrivait tout de même à me reconnaître de cette façon, alors je, je… déciderais de ne plus jamais écouter les conseils d’Ecilan.

Cette fois, Ecilan fut enfin satisfait de mes efforts, et il cessa de m’enquiquiner. Cela me soulagea grandement. Chaque fois qu’il n’y avait personne dans les parages, ce chevalier se transformait en véritable pie, devenant complètement différent de l’image froide et impitoyable qu’il avait adoptée devant les autres. Il est si bruyant qu’il serait capable de réveiller les morts !

Une fois que j’eus terminé mes préparatifs, je tapotai l’encolure de la licorne et ordonnai à l’animal : « Licorne, attends ici avec lui et couvre moi. Ne t’enfuie pas. Si tu oses le faire, prends garde à toi ! »

La licorne acquiesça et lécha ma main. Puisqu’elle devrait m’aider plus tard, je décidai de la laisser faire pour cette fois.

J’essuyai nonchalamment la bave de la licorne sur son encolure, puis lançai immédiatement mon raid nocturne.

Dieu de la Lumière ! Vous feriez mieux de me protéger et de faire en sorte que mon attaque soit couronnée de succès… Ah, même si celui qui est attaqué est précisément Vôtre Chevalier Sacré, il vaudrait mieux ne pas Vous montrer partial !

Notes de bas de page

1« … peut-être qu’Ecilan veut que quelqu’un fasse le sal travail à sa place…  » : Une traduction littérale du texte chinois donnerait : « Tuer avec un couteau emprunté. » L’idée est que tu empruntes la main d’un tiers pour effectuer une mauvaise action.

2« …J’ai déjà enveloppé mon visage avec l’élément des ténèbres… » : Dans le texte original en chinois, Grisia dit qu’il a déjà enveloppé son visage avec l’élément sacré, mais l’équipe anglaise, de même que la nôtre, pense qu’il s’agit d’une erreur et qu’il faut écrire « élément des ténèbres » à la place.

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