La Légende du Chevalier du Soleil T4C7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 7: Choose Your Companions for Slaying a Dragon – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

Comme je reprenais graduellement connaissance, je songeai à ouvrir les yeux, mais m’arrêtai net.

Pourquoi devrais-je ouvrir les yeux ? Je suis aveugle, je n’ai aucune raison de les ouvrir physiquement.

Les images dans ma tête devinrent plus nettes… Cependant, elles cessèrent tout à coup de devenir plus claires. Ma vue était toujours très floue, pas du tout comme elle était censée être auparavant.

J’ouvris les yeux en pensant qu’ils pourraient en fait servir à quelque chose, mais, même après m’être exécuté, les images autour de moi demeuraient toujours aussi floues et inchangées.

Je restai étonné, légèrement confus quant à pourquoi cela se produisait, jusqu’à ce que je me rendisse compte que l’élément des ténèbres autour de moi interférait avec ma capacité à sentir les autres éléments, provoquant le manque de netteté des images dans ma tête.

Ça n’a absolument rien à voir avec le fait d’ouvrir les yeux !

J’arrachai un morceau de tissu de mon vêtement et me mis à l’enrouler autour de ma tête pour couvrir mes yeux.

Après, je me levai et rugis à l’intention de ce qui se dissimulait dans les alentours : « Scarlet, où es-tu ? Cesse de te cacher. Je ne te fais pas confiance, je ne fais pas confiance à Ecilan, et je ne fais pas confiance à Sybil. Je ne fais confiance à personne ! »

« C’est très bien ! »

Cette fois, je ne fus pas pris au dépourvu. Je pensai à me retourner lentement et à faire face à la fillette derrière moi, mais m’arrêtai encore une fois. Le mouvement aurait été aussi inutile que d’ouvrir les yeux.

Je l’avais déjà « vue », donc je n’avais pas besoin de lui faire face. Elle avait l’air exactement comme avant, une petite fille, quoique à présent je doutasse fortement qu’elle en fût réellement une.

« Tu deviens de plus en plus comme tu aurais dû l’être. As-tu commencé à retrouver la mémoire ? » s’enquit Scarlet en se moquant.

Je tressaillis et me retournai par réflexe, en lâchant : « De quoi parles-tu ? »

« Ah ! Il semblerait que ce ne soit pas encore tout à fait le cas. » Scarlet, par contre, sourit et me questionna : « En vérité, tu n’as pas vraiment besoin de te retourner pour me voir, n’est-ce pas ? »

En entendant cela, ma fureur regrimpa, et je ne pus me retenir de hurler : « Ne change pas de sujet ! Scarlet, que diable entends-tu par-là ? Cesse de jouer aux devinettes avec moi, et ne disparais plus ! »

« Je n’y peux rien. Ils ont détruit mon corps, et maintenant je n’ai plus de forme, alors j’ai dû attendre un très long moment avant de pouvoir réapparaître devant toi ! »

Quoi ? Stupéfait, je lui demandai avec confusion : « Qui sont ces “ils” ? »

« Qui autre ? » Scarlet rit sous cape. « Qui autre que les personnes qui viennent tout juste d’essayer de te mentir ? »

« Le Chevalier de Flamme ? » m’étonnai-je. Puis, je restai silencieux pendant un instant avant de répondre avec une totale confiance : « Non, tu veux parler de l’Église du Dieu de la Lumière, n’est-ce pas ? »

« Bingo ! » Scarlet acquiesça d’un signe de tête, satisfaite, et ajouta avec un sourire : « Toutefois, pour être plus exacte, c’est du Chevalier du Soleil dont il s’agit. »

Le Chevalier du Soleil essaie de me duper ? J’hésitai, et pourtant je ne parvins pas à me retenir de la contredire : « Mais, Ecilan a dit que c’est moi le Chevalier du Soleil… »

Scarlet renifla avec dédain et éclata de rire. Le tintement de son rire résonna comme une clochette en argent pendant un bon bout de temps, jusqu’à ce qu’elle secouât la tête et répliquât : « Grisia, tu crois vraiment qu’il dit la vérité ? Tu es rempli de l’élément des ténèbres, tu pratiques la nécromancie, tu ne sais pas manier l’épée, et tu es tout sauf un bon cavalier… Même si tu as perdu la mémoire, tu ne peux pas réellement t’imaginer que tu es le Chevalier du Soleil, n’est-ce pas ? Tu ne remplis même pas les plus simples exigences pour être un chevalier ! »

« Je… » Je restai bouche-bée. C’est vrai ! À quoi diable m’attendais-je ?

Scarlet poussa soudainement un cri : « Oh non, je dois de nouveau m’en aller. Grisia, souviens-toi, ne fais confiance à personne. Sers-toi d’eux, mais ne leur fais pas confiance. »

Mon cœur sombra, et je lui demandai sèchement : « Même à toi ? »

« Oui, même à moi. »

Scarlet hocha la tête, puis déclara : « Décide par toi-même si tu veux suivre mes instructions ou non. À présent, je te préviens, tu es déjà arrivé à la destination désirée, soit l’entrée du plus grand territoire des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire : la Vallée de Trizer. L’objet que tu as perdu se trouve dans la partie la plus reculée de la vallée. Va le récupérer. Après, tu connaîtras l’entière vérité. »

La Valley de Trizer… C’était bien l’endroit où je voulais aller. J’avais à l’origine planifié d’attirer le Chevalier de Flamme ici, mais il ne m’aurait jamais traversé l’esprit que l’« objet » que j’avais perdu s’y trouverait également.

Bien que j’eusse intentionnellement suivi les instructions de me diriger vers le Nord-Est, telles que me les avait données Scarlet, je n’aurais jamais imaginé que mon choix serait exact au point de trouver l’endroit dont Scarlet m’avait parlé.

Malgré le fait que j’éprouvasse encore l’envie de poser de nombreuses questions, la silhouette de Scarlet s’estompait déjà. Remarquant cela, je me hâtai de lui demander : « Tu ne viens pas avec moi ? Dans ce cas, au moins, dis-moi, quel est cet objet que j’ai perdu ? »

« Tu le sauras… quand tu le verras, parce qu’il t’appartenait à l’origine. »

Alors que la silhouette de Scarlet se dissipait, sa voix devint de moins en moins distincte, comme si elle s’éloignait au gré du vent…

« Exactement de la même manière que tu savais que cette licorne t’appartenait également. »

Avant de disparaître, elle tendit la main et pointa l’un des coins. J’étendis ma capacité à sentir les éléments jusqu’à l’emplacement désigné et découvris sans surprise que l’endroit précédemment vacant était soudainement occupé par la licorne. Même Ecilan était toujours attaché sur son dos, mais ses yeux demeuraient fermement clos. Il n’avait pas l’air d’avoir repris connaissance.

Même après que la silhouette de Scarlet se fût complètement effacée, je me tins au même endroit avec le regard dans le vague jusqu’à ce que je me souvinsse que j’avais été blessé par une épée. Si je ne me dépêche pas de me soigner, je risque de mourir d’une perte de sang excessive… Hein !?

Où est passée ma blessure ?

Il n’y avait pas la moindre égratignure sur mon torse, ou même la moindre tache de sang. Si ce n’avait pas été dû au fait qu’il y avait une si grande déchirure dans ma chemise, j’aurais peut-être même douté d’avoir réellement été blessé.

Scarlet est-elle celle qui m’a soigné ? Dans ce cas, je ne commettrais pas une erreur en suivant ses instructions, n’est-ce pas ?

Mon esprit était embrouillé. Je n’avais absolument aucune idée de qui me mentait et de qui me disait la vérité, mais au moins, jusqu’à présent, Scarlet ne m’avait jamais fait le moindre mal. Elle m’avait apporté la licorne, m’avait offert Un Guide Complet de Sortilèges, m’avait sauvé des griffes de Chikus du Brazier, et m’avait même guéri ; qui plus est, elle m’avait également ramené la licorne et mon otage.

De ma main, j’attirai l’attention de la licorne qui s’empressa avec joie d’approcher et de me la lécher. Je donnai une claque sur sa tête du dos de ma main.

« Tu aimes tant me lécher, me prendrais-tu donc pour de la nourriture… »

Attendez une minute !

En parlant de se nourrir, que mange une licorne pour se sustenter ? Comment se fait-il que je ne croie pas l’avoir déjà vue manger quoi que ce soit ? Je fixai la licorne avec doute. Elle persistait à rester le plus près possible de ma main, en la léchant continuellement pour montrer son affection.

Elle ne se nourrit pas d’humains, j’espère ?

Quand je rétractai automatiquement ma main, la licorne se mit à hennir de mécontentement. Je la frappai de nouveau sur la tête. Une fois que la licorne eut poussé une plainte avec consternation, elle baissa la tête jusqu’à ce qu’elle touchât presque le sol.

À cette vue, mon cœur s’adoucit. Après tout, elle s’était montrée très docile pendant tout ce temps. La laisser me lécher la main un peu ne posait pas de problème… tant qu’elle n’essayait pas de me manger.

« Mais, bon, tu me lèches tout le temps. Tu ne m’as jamais mordu non plus, alors tu ne manges sans doute pas les humains, n’est-ce pas ? »

Je tendis la main avec hésitation. Le cheval leva instantanément la tête et recommença à me lécher la main. Que diable y a-t-il sur ma main qui soit si bon à lécher ?

Même si elle se nourrissait de « ma sueur », toute ma sueur se serait dissipée au bout de deux coups de langue. Hormis la salive de la bête, il ne restait assurément rien d’autre sur ma main… Une minute !

Ne me dîtes pas que… Je rassemblai avec doute un peu de l’élément sacré sur ma main. Mon corps attire naturellement une petite quantité de lumière sacrée. S’il reste quoi que ce soit sur ma main, il ne peut s’agir que de ça.

Une fois que j’eus terminé de rassembler l’élément, je me mis à observer les mouvements de la licorne. La bête était en fait si excitée qu’elle reniflait et donnait des coups de sabots, ses deux yeux brillant de désir… Pardon ? Je ne peux pas voir les couleurs, alors comment suis-je capable de voir que ses yeux brillent de désir ?

Si un cheval avait ouvert ses yeux encore plus gros que des pêches et que de la salive lui coulait le long du visage, alors je n’avais pas besoin d’être capable de voir les couleurs pour savoir que ses yeux devaient briller encore plus que ma lumière sacrée.

Par la suite, je tendis l’une de mes mains, laissai reposer mon menton sur l’autre, et m’assis par terre, laissant à contrecœur la licorne prendre son « repas ».

« Ainsi, tu me traitais vraiment comme ta nourriture pendant tout ce temps. Pas étonnant que tu aimes me lécher à ce point, petit glouton. »

Bien que je l’eusse traité de glouton, je rassemblai encore plus de l’élément sacré, laissant la licorne me lécher tout son soûl.

Après tout, ce cheval pervers et glouton était mon seul compagnon pour l’instant. Je me forçai à sourire, jetai un regard à la licorne, et marmonnai : « Dis-moi, je devrais vraiment te donner un nom, puisque tu es mon compagnon. »

En entendant cela, la licorne cessa de lécher sa nourriture, leva la tête, et hennit avec urgence.

« Tu veux un nom à ce point ? Très bien, laisse-moi y penser. Comment devrais-je t’appeler ? » Je fronçai les sourcils et commençai à réfléchir.

À ma question, la licorne utilisa sa tête pour me pousser un peu, et elle me mordit gentiment la main. Elle continuait à répéter les actions de me pousser et de me mordre la main.

« Ma main ? » m’enquis-je avec confusion.

Elle secoua la tête vigoureusement, s’arrêta un instant, et se mit à rassembler une quantité massive de lumière sacrée sur son corps à la place.

Comprenant en quelque sorte, je demandai : « La lumière ? »

La licorne fit basculer son long cou de haut en bas avec énergie. Elle se servit ensuite de la corne sur sa tête pour me toucher doucement, et puis continua de répéter la même action.

« Ta corne ? » la questionnai-je avec hésitation.

La licorne hocha la tête vigoureusement. Après avoir acquiescé, elle me fixa du regard avec beaucoup d’anticipation. Ne me questionnez pas non plus sur comment je peux être aveugle et quand même être capable de voir quelque chose comme de l’anticipation.

Si un cheval hennissait continuellement huit octaves plus hautes que la normale, avait des yeux plus gros que des pêches et ne cessait de frotter ses sabots sur le sol en direction de quelqu’un en particulier, seule une personne aveugle, sourde, et qui aurait perdu tout sens du toucher serait incapable de percevoir à quel point celui-ci anticipait ma réponse.

Je me sentis désolé pour Ecilan qui était toujours harnaché sur son dos. Il devait assurément dormir d’un sommeil très précaire.

« Ne fonce pas sur moi. Laisse-moi réfléchir… lumière et corne… Lumière et corne ! »

Une chose me traversa l’esprit, et je m’écriai : « J’ai compris, tu t’appelles… »

La licorne cessa tout mouvement et me fixa de ses grands yeux, n’osant même pas faire de bruit en reniflant.

« Blanchâtre ! »

« … »

C’est la première fois que je vois une licorne s’effondrer.

« La lumière et ta corne ne sont-elles pas toutes les deux blanches ? Elles devraient l’être, non ? Du moins, c’est ce que ma culture générale m’indique. Puisque tu as pointé la lumière et ta corne, et qu’elles sont toutes les deux de couleur blanche, tu dois t’appeler Blanchâtre. Pourquoi diable causes-tu donc tout ce raffut ? »

J’assenai avec mécontentement une claque sur la tête de Blanchâtre et le réprimandai : « Même si tu as désormais un nom, tu n’as pas besoin de sauter partout aussi joyeusement. Continue à faire du bruit et tu n’auras rien à dîner ce soir ! »

Blanchâtre n’osa plus sauter partout, mais émit des gémissements. Cette fois-ci, je ne l’en empêchai pas. Comme l’entrée de la vallée était si étrangement calme, faire un peu de bruit ne posait pas de problème.

Après avoir donné un nom à Blanchâtre, j’observai les environs. À ma gauche et à ma droite, il y avait des falaises. C’était uniquement droit devant moi qu’on retrouvait un territoire plat et flou, la raison du manque de netteté étant la super densité de l’élément des ténèbres qui était présent.

Devant moi devrait se trouver la Vallée de Trizer. Devrais-je me diriger vers elle ? Ou devrais-je partir, prendre Blanchâtre ainsi que le Chevalier de Glace avec moi et continuer de me faire poursuivre par des gens ?

Je me forçai à sourire.

En fait, je n’ai pas le choix.

À moins que je ne souhaitasse continuer à vivre comme un amnésique, fuyant les gens qui pourraient chercher à me tuer, je n’avais absolument pas d’autre choix que de suivre les instructions de Scarlet…

« Grisia ! »

Sursautant, j’étendis ma capacité à sentir les éléments et remarquai que l’appel provenait de Woodrow et des autres qui étaient arrivés avant moi. Ils surgirent de la vallée, en courant tout naturellement vers l’endroit où je me tenais.

Iacchi était le plus rapide. Il fut le premier à me rejoindre et me flanqua immédiatement une claque sur le dos, très fort. Alors que je me retournais douloureusement pour lui faire face, il émit brusquement un hurlement aussi puissant qu’un gong : « Grisia, qu’est-il arrivé à tes yeux ? »

Lorsqu’Igor et Woodrow m’eurent tous les deux rejoints, ils gardèrent leur regard rivé sur mes yeux avec surprise.

Je me rappelai alors que mes yeux étaient toujours bandés par un bout de tissu. Je le retirai tout de suite et les rassurai : « Rien, mes yeux me font juste un peu mal, alors je les ai bandés en attendant. »

« Ils sont déjà complètement guéris, pas vrai ? Ne nous fais plus peur comme ça. » Igor saisit ma tête entre ses deux mains et me fixa implacablement droit dans les yeux, comme s’il s’attendait à leur trouver une sorte de maladie incurable en les examinant.

Woodrow me suggéra avec inquiétude : « Est-ce que tu veux d’abord aller consulter un docteur pour les soigner ? Il se pourrait que tu sois tombé malade. »

« Impossible, tes sorts de soin ne font pas l’affaire ? » Iacchi laissa paraître une expression d’incrédulité.

« Les sorts de soin d’un guérisseur n’englobent pas tout. S’il s’agit d’une maladie ordinaire, ils n’auront pas tant d’effet. » Woodrow expliqua plus en profondeur, et ensuite se tourna vers moi pour demander : « Grisia, tu as sans doute essayé un sort de soin pour guérir tes yeux, et tu as remarqué que ça n’avait pas fonctionné, n’est-ce pas ? »

Je… Je ne pus qu’acquiescer d’un signe de tête.

« Oh non, il se pourrait vraiment que tu sois tombé malade », déclara Woodrow avec inquiétude, tout en posant une main sur mon front.

« Comment va-t-il ? Il n’y a rien qui cloche avec Grisia, n’est-ce pas ? » l’interrogea anxieusement Igor.

« Je ne crois pas qu’il ait de la fièvre. »

J’étendis mes sens pour examiner minutieusement leurs expressions. Ils semblaient tous arborer un air inquiet, et aucun d’entre eux n’affichait d’air inhabituel.

« Nous devrions emmener Grisia consulter un guérisseur… »

Comment pourrais-je laisser une telle chose se produire ? Il faut absolument que je retrouve l’objet que j’ai perdu ! Je m’empressai de refuser : « Non, c’est inutile. Le Chevalier de Flamme risque bientôt de nous rattraper, et je vais réellement mieux à présent. »

« Vraiment ? » me demanda Woodrow avec doute.

« Si tu ne te sens pas bien, ne te force pas trop », répliqua Igor d’une voix forte.

Ne fais confiance à personne.

Je ressentis subitement un douloureux pincement au cœur et me forçai à répondre : « Vraiment, tout va bien. »

Iacchi me donna une claque dans le dos et m’assura : « Dans ce cas, c’est parfait. Ce serait terrible si nous devions terminer cette aventure au prix de tes yeux. Ça n’en vaudrait pas le coup du tout. »

« C’est vrai, j’ai oublié de te féliciter. Tu as fait du bon travail ! » Woodrow me tapota l’épaule. Son tapotement était définitivement plus doux que celui d’Iacchi. Ce dernier me dit également : « Bien joué. »

Igor s’exclama : « J’ai beaucoup d’admiration pour toi, Grisia. Tu es parvenu à échapper au Chevalier de Flamme. Tu as énormément de talent… »

Sybil et Yuna m’ont trahi.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ne dis-tu rien ? » me demanda Iacchi, perplexe.

« Se pourrait-il que tes yeux te fassent de nouveau mal ? »

« Est-ce qu’ils te font encore mal ? » me questionna Igor, inquiet. « Si c’est le cas, nous devrions faire comme Woodrow a dit et aller les faire soigner. »

Sybil a même tiré une flèche sur moi.

« Grisia ? »

« Ce n’est rien… Vraiment, je vais bien… » J’affichai un sourire éclatant et dis : « Je me sens juste un peu fatigué. Tant que nous nous déplacerons lentement, je m’en sortirai. Nous devrions nous mettre en route. Nous serions dans de beaux draps si le Chevalier de Flamme nous rattrapait. »

Tout le monde hocha la tête.

 

Pendant notre route, Igor et Iacchi furent avertis par Woodrow de ne pas faire de sottises, sinon ils risquaient de me déranger alors que je me reposais, ainsi ils se montrèrent tous les deux très dociles. Ensuite, pendant que nous marchions, Woodrow me décrivit l’état actuel de la Vallée de Trizer, en baissant même la voix, me traitant comme si j’étais somnambule et qu’il avait peur de me réveiller !

« Depuis que nous avons atteint la Vallée de Trizer, nous avons suivi ton plan, en montant d’abord le campement aux frontières de la vallée, mais nous avons découvert quelque chose d’étrange. »

« Qu’y a-t-il d’étrange ? » Écouter ses chuchotements m’avait à moitié endormi. Quelque chose a enfin attiré mon attention.

Indécis, Woodrow fronça les sourcils et révéla : « La Valée de Trizer a toujours été l’un des trois plus grands territoires des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire. Elle devrait regorger de créatures des ténèbres et de monstres démoniaques, mais nous avons découvert une zone où il n’y a absolument aucun mort-vivant. »

Iacchi, qui devait s’ennuyer à mourir, s’interposa sur-le-champ : « Pendant que nous t’attendions, nous avons songé à aller y jeter un coup d’œil, mais… Héhé, malgré le fait que nous n’ayons pas trouvé de créatures des ténèbres, il y avait quand même des bêtes féroces ! Alors, nous n’y sommes pas vraiment allés… »

Absolument aucune trace de créatures des ténèbres… Cette anormalité me donna une impression de déjà-vu. Il se pourrait qu’il y eût un lien avec l’objet dont Scarlet m’avait parlé. Je ne pus me retenir de formuler mon désir : « Allons jeter un coup d’œil ! »

Stupéfait, Woodrow répliqua avec hésitation : « Mais, nous avons toujours un Chevalier de Glace inconscient sur les bras. N’est-ce pas une mauvaise idée ? »

« Ne t’inquiète pas, il ne se réveillera pas de sitôt. » Je déclarai avec indifférence : « Traitez-le comme faisant partie intégrante de la selle de Blanchâtre. »

« …Blanchâtre ? Qui est Blanchâtre ? » Woodrow, Iacchi et Igor arboraient tous un air perplexe sur le visage. Ils ne semblaient pas comprendre de qui je parlais.

Je répondis avec irritation : « À part la licorne, qui d’autre ici peut porter une selle ? »

Les yeux de tout le monde s’ouvrirent en grand, et après un certain temps Iacchi s’écria : « Tu as nommé une licorne Blanchâtre ? »

Je le niai sur-le-champ. « Non, c’est la licorne qui voulait ce nom. »

La licorne commença immédiatement à hennir bruyamment et à frapper le sol de ses sabots, en se cabrant même à l’occasion… Malheureux Ecilan ! Forcément, il ne pouvait qu’être en train de faire des cauchemars.

« … En es-tu sûr ? »

Je hochai la tête. « Oui, il me l’a montré en faisant des signes. »

« Depuis quand est-ce que les licornes ont des mains… » s’étonna Igor, l’air hébété.

« Il a pointé ma main et a brandi sa corne. » J’affirmai avec confiance : « Réfléchissez bien ! La lumière sacrée sur ma main est blanche, non ? Et la corne de la licorne est également blanche, pas vrai ? »

Ils acquiescèrent tous les trois de la tête. Je me sentis ravi. Par chance, je ne m’étais pas trompé en devinant.

« Il n’y a donc rien de mal à l’appeler Blanchâtre, n’est-ce pas ? »

« C’est vrai, quand tu le dis de cette façon ! Donc, son nom doit vraiment être Blanchâtre. »

Igor fut le premier à hocher la tête et à se mettre d’accord avec moi. Iacchi haussa les épaules et donna l’impression de ne pas se soucier de quel pourrait être le vrai nom de la licorne. Woodrow, toutefois, hésita un peu avant d’acquiescer.

La licorne hennit encore plus fort… Il est vraiment très excité ! Avoir un nom est-il vraiment merveilleux à ce point ?

À cet instant-là, Woodrow ne put s’empêcher de murmurer : « Mais, tu ne crois pas qu’il aurait aussi pu avoir fait référence à “Corne de la Lumière Sacrée ” ou quelque chose comme ça ? »

La licorne se mit tout à coup à hennir encore plus et à frapper le sol très fort de ses sabots.

« Tu es trop bruyant ! Si tu fais encore du tapage, tu ne recevras rien à dîner ! » hurlai-je à l’intention de Blanchâtre. Puis, je tournai la tête et rétorquai : « Ne trouves-tu pas étrange qu’un cheval possède un vocabulaire aussi sophistiqué ? Sans parler d’à quel point “Corne de la Lumière Sacrée” est terriblement long à prononcer. Blanchâtre n’est-il pas un nom plus aisé à prononcer et à comprendre ? »

Woodrow n’eut pas d’autre choix que de se ranger de mon côté : « C’est… C’est vrai. Il doit s’appeler Blanchâtre alors. »

J’acquiesçai d’un air détaché.

À cela, la licorne baissa la tête. Igor tendit la main pour la caresser et dit : « Blanchâtre est un nom qui ne sonne pas si mal. C’est définitivement moins long à prononcer que “Corne de la Lumière Sacré ”… Ah ! Tu m’as mordu, lâche-moi ! Tu me fais mal ! »

« Très bien, mettons-nous en route ! Blanchâtre, lâche la paume d’Igor… Je veux dire, lâche tout son bras. »

Par la suite, nous nous enfonçâmes encore plus profondément dans la vallée et fîmes halte assez aisément. Quelques sortes de créatures des ténèbres, plus particulièrement les morts-vivants, devenaient aussi nombreuses que de la mauvaise herbe sur une plaine. Nous avancions de deux pas, et une foule d’entre elles se précipitaient sur nous. Au début, Igor et Iacchi attaquèrent les créatures des ténèbres de bas niveau comme s’ils jouaient à un jeu, allant même jusqu’à faire une compétition du nombre de morts-vivants qu’ils achevaient.

Cependant, au fur et à mesure que nous continuions à marcher, nous commençâmes tous à remarquer quelque chose d’étrange. Peu importe combien nous en tuions, le nombre de créatures des ténèbres ne baissait pas, mais augmentait à la place. Même certains morts-vivants de bas niveau, qui auraient dû s’être enfuis après que l’un des leurs se soit fait massacrer, se jetèrent sur nous et nous attaquèrent par derrière.

Finalement, comparés aux cinq personnes et au cheval dans notre camp, les morts-vivants du camp opposé ressemblaient à une armée.

« Vite, dépêchez-vous de vous replier ! » s’écria Iacchi.

« Que se passe-t-il ? » Woodrow resta bouche-bée et poussa un cri de stupeur inhabituel à son caractère : « Quand nous sommes venus plus tôt, il n’y avait pas autant de créatures des ténèbres ! »

Tout de suite, Igor le guerrier brandit consciencieusement son épée… Bien que la pointe de sa lame tremblât suffisamment pour lui donner la forme d’un V.

« C’est probablement parce que Blanchâtre, Ecilan et moi sommes tous présents », réalisai-je.

« Nos corps sont remplis de lumière sacrée. Aux yeux de ces morts-vivants remplis de l’élément des ténèbres, nous sommes probablement aussi voyant qu’un immense feu de camp. Aussi, malgré le fait que ceux-ci devraient craindre l’élément sacré, nous avons envahi leur camp de base. Il y a de fortes chances pour que leur fureur l’ait emporté sur leur peur, et donc c’est pourquoi ils se regroupent pour nous attaquer. »

« E-Et maintenant, que sommes-nous censés faire ? » La voix d’Igor le guerrier, qui se tenait à l’avant du groupe, tremblait tellement qu’elle sonnait comme s’il était sur le point de se mettre à pleurer.

« Ne t’inquiète pas. » Je souris légèrement et ajoutai : « Tant que nous nous transformons en créatures des ténèbres, il n’y aura pas de problèmes. Celles-ci n’attaqueront pas l’un des leurs. »

« Nous transformer en créatures des ténèbres ? » Iacchi s’écria sur-le-champ d’un ton étrange : « Qui veut se transformer en l’une d’elle ! Il vaudrait mieux être mort plutôt que de s’accrocher à une existence contre-nature ! Je n’ai pas envie de mourir si jeune ! »

« Ne panique pas autant », rétorquai-je avec irritation. « Tu ne veux pas mourir. Crois-tu que j’en aie envie ? »

« Dans ce cas, qu’as-tu l’intention de faire… »

« Quel que soit ton plan, dépêche-toi ! Ils foncent déjà droit sur nous ! »

Iacchi n’avait même pas eu le temps de terminer sa question, lorsqu’Igor lui coupa la parole. En entendant le cri d’alarme d’Igor, Iacchi et Woodrow assumèrent automatiquement leur position de combat. Iacchi dégaina une dague et se tint derrière Igor. Woodrow, quant à lui, se transforma en panthère et alla se tenir à côté du guerrier du groupe.

Leur réaction me surprit. Ils font face à un si grand nombre de créatures des abysses, et pourtant ils ont encore envie de se battre ? Peut-être que je les ai trop sous-estimés.

Cependant, malgré tout, je n’avais aucune envie de me battre contre une armée toute entière.

Je dispersai plus de la moitié de la lumière sacrée entourant mon corps et me mis à rassembler l’élément des ténèbres. C’était encore plus facile que de rassembler de la lumière sacrée. L’élément des ténèbres ici était si dense que mes alentours étaient brumeux et rendaient me vue floue depuis le début. Je tendis simplement les mains. Sur-le-champ, celles-ci formèrent une énorme boule de l’élément des ténèbres si épaisse qu’elle pourrait servir de ballon de jeu.

Par la suite, j’enrobai tout le monde avec l’élément des ténèbres que j’avais rassemblé.

Sous le nuage de ténèbres, les morts-vivants cessèrent immédiatement de nous foncer dessus. Ils agirent comme s’ils avaient perdu de vue leur cible. Après avoir stupidement fixé l’endroit pendant un moment, ils commencèrent à nous chercher sans détecter quoi que ce soit. Après un certain temps, ils se dispersèrent. Certains nous dépassèrent même en flottant devant nous, mais aucun ne se donna la peine de nous accorder le moindre regard.

En constatant ceci, le trio terrifié à l’origine se calma et rengaina leurs armes. Même Woodrow retourna à sa forme humaine.

« C’est donc ce que tu avais voulu dire. Tu aurais dû t’expliquer plus tôt ! » Iacchi proclama bruyamment : « Explique mieux les choses la prochaine fois ! Nous transformer en créatures des ténèbres… Tu voulais nous faire mourir de peur ou quoi !? »

« Grisia, j’ai envie de te massacrer à coups de poing ! »

Fidèle à sa parole, après avoir rengainé son épée, Igor se précipita vers moi pour m’attraper, coinça ma tête entre ses bras et leva son poing… Je fus réellement inquiet pendant une seconde, songeant qu’il allait véritablement me donner un coup de poing, mais au lieu de cela il plaça son poing au sommet de ma tête et se mit alors à la frotter de l’arrière à l’avant sans s’arrêter.

« Hahaha ! Tu me chatouilles ! » J’avais envie de me gratter et je riais, tandis que je m’objectais avec véhémence : « C’est toi qui as mal compris. Je n’y suis pour rien ! »

« Petit farceur… » Entendant mes mots, Iacchi se mit également à me frotter la tête avec son poing.

Sur le côté, Woodrow secoua la tête avec une expression de totale impuissance sur son visage, comme il observait nos enfantillages.

Après m’être amusé quelques secondes, je repoussai Igor et déclarai avec indifférence : « Tu es réveillé, Chevalier de Glace ? »

Tout le monde cessa de jouer et tourna la tête pour regarder celui qui était attaché sur le dos de Blanchâtre. Ecilan avait réellement ouvert les yeux. Il demeura silencieux pendant un moment. Seules ses pupilles remuèrent de gauche à droite, comme s’il observait les alentours. Enfin, il murmura doucement : « Comment ai-je pu m’évanouir comme ça… »

Scarlet est probablement la responsable… Néanmoins, j’aurais pensé qu’elle aurait fait en sorte qu’il reste dans un état comateux jusqu’à la fin, juste au cas où il recommencerait à me mentir. Je n’aurais jamais songé que Scarlet le laisserait agir comme bon lui semble.

Ecilan se tourna pour me regarder et demanda à voix basse : « Blaze va-t-il bien ? »

« Oui. » Je ricanai et ne pus m’empêcher de me moquer en ajoutant : « Il est tellement en parfaite santé qu’il m’a presque tranché en deux. »

En entendant ceci, Ecilan s’enquit avec surprise : « Il ne savait pas que la personne qu’il attaquait était toi, n’est-ce pas ? »

« Il le savait », annonçai-je calmement. « Il a aussi affirmé que je n’étais absolument pas le Chevalier du Soleil. »

Ecilan cligna des yeux, le visage plein de confusion.

Woodrow me questionna vivement : « Que veux-tu dire par le Chevalier du Soleil ? »

J’hésitai, mais expliquai tout de même : « Rien. Pour s’échapper, Ecilan m’a menti en affirmant que j’étais le Chevalier du Soleil. Il voulait que je parte avec lui. »

« Toi, le Chevalier du Soleil ? » Iacchi ouvrit grand la bouche.

Nous nous bouchâmes les oreilles à l’unisson.

« Comment ça pourrait être possible~~ HAHAHA ! C’est si drôle que j’en ai mal à l’estomac ! » Iacchi rit en disant : « Si Grisia est le Chevalier du Soleil, dans ce cas, moi, je suis le pape ! »

Pauvre Ecilan… Étant donné qu’il était attaché comme un poulet, il était dans l’incapacité de se couvrir les oreilles et ne pouvait que souffrir à travers le rire explosif d’Iacchi. Malheureusement, bien que nous éprouvâmes de la sympathie à son égard, aucun de nous ne possédait de mains en surplus pour l’aider à bloquer le son.

Finalement, l’éclat de rire assourdissant d’Iacchi cessa, et ce fut uniquement à ce moment-là que nous baissâmes tous les trois nos mains. Je lançai deux sorts de guérison sur les oreilles d’Ecilan avec sympathie. L’expression de ce dernier montrait qu’il était probablement sur le point de s’évanouir encore une fois.

Woodrow murmura très bas : « Heureusement que l’ouïe des créatures des ténèbres n’est pas particulièrement bonne. Sinon, toutes celles qui se trouvent dans la vallée auraient été attirées par le vacarme. »

« Pauvre chose ! » Je frottai la tête d’Ecilan avec sympathie, et en même temps j’en profitai pour le décoiffer afin de le rendre moins attirant.

Ecilan me fixa froidement du regard.

Je ne savais pas pourquoi, mais, après m’être fait fusiller du regard par lui, je sentis subitement que quelque chose clochait. Je changeai immédiatement de sujet. « Ecilan, puisque tu affirmes me connaître, examine-moi bien. Te semble-t-il que quelque chose manque sur moi ? »

Contre toute attente, il répondit sans la moindre hésitation : « Il manque de nombreuses choses. »

« Je veux dire, est-ce que des objets très importants ont disparu ? » J’expliquai plus en profondeur : « Quelque chose que je garde toujours sur moi, sans jamais l’enlever, mais qui n’est plus là à présent ? »

Ecilan m’examina avec sérieux. Après un certain temps, il acquiesça d’un signe de tête et annonça : « Il te manque effectivement quelque chose. »

« Que manque-t-il ? » demandai-je avec agitation. Je vais enfin savoir ce que j’ai perdu.

« Il te manque… »

Chacun d’entre nous écouta attentivement la réponse.

Ecilan compléta avec un total sérieux : « Il te manque un petit sac sur lequel est brodé un symbole en forme de soleil, celui que je t’avais offert pour y garder tes sucreries. Tu ne l’enlèves jamais d’habitude. »

« … »

Si l’objet que Scarlet veut que je retrouve est un sachet de bonbons, je vais définitivement la hacher menu et faire des tartes de sa chair !

Ensuite, Ecilan ajouta brusquement : « Il semble aussi te manquer un collier, mais c’est quelque chose que tu as seulement commencé à porter il y a un mois. »

Je restai surpris. Il y a un mois ? « De quoi avait l’air ce collier ? »

Dénué de toute expression, Ecilan secoua la tête et répondit : « Je n’y ai jamais prêté attention. J’ai seulement entendu Metal affirmer qu’il t’avait vu porter un immense joyau. Il se demandait où tu l’avais pris et voulait informer le Pape du fait que tu l’avais volé… »

« … Quel est le nom du Chevalier du Métal ? »

« Laïca du Métal. »

Je jurai vicieusement : « Je me souviendrai de lui ! »

« Ah bon ? » Ecilan murmura : « Dans ce cas, il en sera assurément ému. Hormis celui du Capitaine-Chevalier du Jugement, tu vas également te rappeler de son nom correctement. Auparavant, chaque fois que tu t’adressais à lui, tu l’appelais Laïmace. »

« La-Laïmace ? Ha… » Iacchi éprouva de nouveau l’envie d’éclater de rire. Par chance, Igor parvint à lui couvrir la bouche juste à temps.

« Je l’appelais Laïmace ? » Je le questionnai avec curiosité : « Dans ce cas, comment t’appelais-je ? »

« … »

« Hé ! Parle ! » Je le narguai : « À moins que tu ne sois encore en train de me mentir ? Sinon, dis-le-moi ! Comment t’appelais-je ? »

« … »

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