La Légende du Chevalier du Soleil T4C8 : Prends le mauvais embranchement sur la route

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un dragon

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)

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Chapter 8: Take the Wrong Fork in the Road – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Chapitre 8 : Prends le mauvais embranchement sur la route – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Nous continuâmes de nous enfoncer davantage dans la vallée avec Woodrow pour guide. Tout au long de notre marche, je découvris que les choses étaient telles qu’ils les avaient décrites. Il y avait de moins en moins de créatures des ténèbres. En fin de compte, il n’en resta pratiquement aucune.

Cependant, les autres ne remarquèrent pas que l’élément des ténèbres devenait aussi de plus en plus épars et qu’il était remplacé par l’élément de l’eau.

L’explication derrière la disparition des créatures des ténèbres était à présent évidente : l’élément des ténèbres s’était tellement dissipé qu’il ne permettait plus de les alimenter.

Mais, pourquoi y aurait-il soudainement une parcelle de terre imprégnée de l’élément de l’eau dans cette vallée qui déborde de l’élément des ténèbres ?

Alors que je réfléchissais, Ecilan m’interrompit avec une question simple et précise : « Où va-t-on ? »

J’hésitai, puis lui dis : « Je cherche quelque chose… » 

« Donc, tu es à la recherche de quelque chose ? » Devant nous, Woodrow demanda soudainement : « Tu penses que quelque chose qui t’appartient se trouve dans une zone démunie de créatures mortes-vivantes ? »

« Oui. » J’acquiesçai.

« De quoi s’agit-il ? » nous interrompit Iacchi avec excitation. « Un trésor ? »

Je haussai les épaules et répondis : « Je ne m’en rappelle pas non plus, c’est juste que je pense avoir perdu quelque chose, et je dois le retrouver. »

Si je ne le retrouve pas, une fin terrible m’attend… Même si Scarlet n’avait jamais rien mentionné de tel, mes « connaissances générales » me disaient que si je ne parvenais pas à trouver cette chose, je subirais définitivement un destin plus tragique encore que de devenir une créature des ténèbres.

« C’est problématique. » Woodrow, qui était à l’avant du groupe, tourna soudainement la tête et s’enquit : « Grisia, quel chemin ? »

Il me fallut un moment pour remarquer que, non loin de nous, le chemin se divisait en deux. Un imposant massif de ronces et d’os divisait la route. Il sembla que nous ne pûmes le traverser qu’une fois avoir décidé quelle voie emprunter.

Je ne sus pas immédiatement quelle route choisir. Nous ne pouvions pas vraiment nous séparer en deux équipes. Woodrow et les deux autres n’étaient pas assez forts pour former une équipe à eux tous seuls…

« Ok, allons à droite. Blanchâtre et Ecilan iront à gauche. » Je tapotai l’encolure de Blanchâtre et lui ordonnai : « Si tu trouves quoi que ce soit d’étrange, reviens immédiatement. Je te récompenserai avec de l’élément de la lumière ! »

Blanchâtre acquiesça joyeusement avec de grands mouvements de tête, tandis qu’Ecilan me dévisageait simplement avec son regard glacial.

J’ignorai complètement son regard et ordonnai à Blanchâtre : « Vas-y ! »

 « Hé, ce n’est pas un peu trop cruel de ta part ? » Les yeux d’Igor s’écarquillèrent d’incrédulité.

« Au moins, détache l’une de ses mains ! » cria Iacchi. « Et s’il se retrouvait dans une situation dangereuse ? »

« C’est vrai que c’est un peu cruel », ajouta Woodrow avec hésitation.

Avec mon visage dénué d’expression, je rétorquai : « Si l’un de vous trois parvient à le battre tandis qu’une de ses mains est détachée, dans ce cas je délierai l’une des mains. Alors, lequel d’entre vous veut s’essayer le premier ? »

Ils se consultèrent du regard l’espace d’une seconde pour considérer la question avant de déclarer à l’unanimité : « Finalement, pas la peine de le détacher. »

Je levai les yeux au ciel à leur intention, puis tapotai la croupe de Blanchâtre pour lui signaler qu’il pouvait partir. Blanchâtre se dirigea vers le chemin de gauche sans aucune appréhension apparente et, comme d’habitude, Ecilan, qui ne parlait que rarement en présence des autres, ne protesta pas non plus. Il fut silencieusement emporté par Blanchâtre.

Ensuite, nous prîmes le chemin de droite. Notre groupe était bien plus bruyant qu’Ecilan, qui ne souhaitait pas parler, et que la licorne, qui ne le pouvait simplement pas. Iacchi ne cessa de me casser les pieds pour me forcer à me rappeler quel objet je cherchais.

« Il se peut que ce soit une sorte de gemme », finis-je par inventer. Je dis juste « qu’il se peut » qu’il s’agisse de cela, ce qui veut dire que c’est possiblement vrai !

« Une gemme ? De quelle grosseur ? » Après avoir entendu mes mots, les yeux d’Iacchi s’agrandirent immédiatement.

Pas du tout impressionné, je répondis : « Probablement aussi gros que tes yeux en ce moment ! »

Immédiatement, ils s’agrandirent encore davantage… Euh…  Tu crois vraiment qu’en faisant ça la gemme va grossir ?

« Grisia. »

Soudainement, Woodrow baissa le ton et recula jusqu’à se trouver à ma hauteur pour me parler.

« Qu’y a-t-il ? »

Je tournai la tête pour regarder Woodrow. Même si cette action n’était pas nécessaire pour regarder quelqu’un, il fallait que je fasse semblant pour éviter que Woodrow et les autres ne découvrent que quelque chose clochait avec mes yeux.

« Je n’arrête pas de penser que le Chevalier de Glace se comporte un peu étrangement », lança-t-il avec hésitation.

Lorsque j’entendis ses soupçons, je m’écriai avec mauvaise humeur : « Il est bizarre depuis le début, l’as-tu oublié ? Il est même allé jusqu’à affirmer que j’étais le Chevalier du Soleil ! »

« Non ! Ce n’est pas ça qui est étrange ! »

Woodrow secoua immédiatement la tête et poursuivit ses explications plus en détail : « Je continue de penser que, puisqu’il est l’un des Douze Chevaliers Sacrés, il ne devrait pas être aussi faible. J’ai même entendu dire que les compétences à l’épée du Chevalier de Glace de cette génération étaient extrêmement bonnes. Donc, vraiment, nous n’aurions pas dû être capables de l’attraper si facilement, et il devrait être en mesure de s’échapper quand il veut… même si, en fait, j’ai simplement l’impression qu’il n’en a pas envie. »

Je m’arrêtai, le questionnant avec perplexité : « Il n’est pas le plus faible parmi les Douze Chevaliers Sacrés ? »

Woodrow, Iacchi, et même Igor secouèrent la tête avec véhémence.

Je gardai le silence pendant un long moment avant de leur demander : « Si l’on devait le comparer au Chevalier de Flamme, qui est le plus fort des deux ? »

Cette fois, ce fut Iacchi qui répondit : « Ça devrait être le Chevalier de Glace ! Il est connu pour être un as du maniement de l’épée, mais je n’ai jamais entendu d’éloges à propos des combats à l’épée du Chevalier de Flamme. »

Pourtant, le Chevalier de Flamme est vraiment fort. J’ai eu beaucoup de mal à le soumettre avec mon élément des ténèbres. Dans ce cas, comment suis-je parvenu à vaincre le Chevalier de Glace qui est encore plus fort ?

« Cela ne voudrait-il pas dire qu’il a fait exprès de perdre depuis le début ? » marmonnai-je. Quand je découvris l’air perplexe des autres, je m’empressai d’ajouter : « Oublions-le pour le moment. La licorne l’a déjà emporté au loin, donc il ne se mettra pas en travers de notre chemin. »

Avec hésitation, Woodrow s’enquit : « Alors, notre plan originel… »

« Bien sûr, nous allons continuer de suivre le plan d’origine. » Je déclarai froidement : « Même si mon élément des ténèbres ne peut pas le vaincre, je possède naturellement d’autres façons d’assurer la victoire. »

« Très bien ! Je te crois ! » Ils hochèrent tous les trois la tête.

« Bien. » J’acquiesçai, puis les interrogeai avec curiosité : « Dans ce cas, puis-je vous demander à présent si ces trois choses devant nous sont aussi des créatures des ténèbres ? »

Je désignai de la main un endroit non loin de nous. J’avais découvert la présence de trois étranges créatures quelque temps auparavant. Bien que leurs corps fussent conçus de l’élément des ténèbres, ce dernier n’était pas très abondant. Au lieu de cela, l’élément de métal était beaucoup plus dense, éveillant ma curiosité. Je n’avais en réalité jamais vu ce genre de créature possédant plus de l’élément du métal que tout autre chose.

Leur apparence paraissait également très étrange. Je n’ai jamais vu quoi que ce soit qui leur ressemble… Ah ! Je veux dire « jamais » depuis que je me suis réveillé en tout cas.

Elles étaient plutôt larges, probablement plus hautes qu’un homme adulte, et leur forme était relativement « carrée ». Même si elles avaient la silhouette basique d’un humain avec un visage, un corps et quatre membres assortis, elles étaient plutôt grossières. Leurs têtes étaient des cubes, tandis que leurs deux bras n’étaient même pas de la même longueur. Vraiment, elles ressemblaient à des pantins en bois qu’on aurait assemblés incorrectement, la seule différence étant qu’elles étaient faites de métal plutôt que de bois.

Même si ces trois créatures appartenaient à la même espèce, elles avaient toutes des apparences différentes… Pour être plus précis, elles étaient toutes déformées à différents degrés.

Woodrow et les autres regardèrent dans la direction que j’avais indiquée et se pétrifièrent tous les trois au même moment.

Ne me dites pas qu’ils ne le savent pas non plus ? Je me grattai la tête.

Ils s’écrièrent tout à coup à l’unisson : « Des pantins ensorcelés ! »

Au début, je voulus leur demander ce qu’étaient « des pantins ensorcelés », mais, lorsque je tournai la tête, je vis que mes trois compagnons, qui se tenaient à mes côtés encore un instant auparavant, avaient disparu sans laisser la moindre trace… Ils se sont enfuis à leur simple vue !

Au moins, Woodrow avait un sens moral. Il tourna la tête vers moi et cria : « Grisia, sauve-toi ! Les pantins ensorcelés sont des créatures fabriquées par des alchimistes. Leur pouvoir est inépuisable, et il ne faut surtout pas sous-estimer leur vitesse. Quelle que soit la façon dont tu les attaques, ils ne se fatigueront pas… En résumé, sauve-toi vite ! »

Je m’élançai avec empressement dans la même direction que les autres et lançai le sort des Ailes de Dieu sur moi. Il ne me fallut pas longtemps pour rattraper Igor qui était à l’arrière du groupe.

« G-Grisia, moi-moi aussi je veux le sort des Ailes de Dieu… ! », me hurla-t-il tout en courant. Il m’adressa une expression implorante.

Hmph ! Tu as osé t’enfuir sans moi !

Devant son expression pleine de remords, je fis preuve de générosité et lui jetai le sort des Ailes de Dieu.

Par la suite, nous rattrapâmes facilement Woodrow et Iacchi. J’attendais de leur part qu’ils se repentent.

Woodrow se tourna pour nous regarder, puis regarder derrière nous… Il ne montra aucun signe de regret, mais afficha plutôt une expression éperdument désespérée : le genre d’expression que quelqu’un arborait lorsqu’il faisait face à une mort imminente.

Je savais pourquoi il faisait cette tête, car j’entendais la source de son désespoir. Derrière nous, le fracas produit par les trois patins ensorcelés qui nous poursuivaient se rapprochait… En passant devant les deux dernières personnes, je leur jetai le sort des Ailes de Dieu, et nous nous miment à courir de toutes nos forces.

Cependant, les trois choses derrière nous étaient encore plus rapides. À cet instant, je remarquai qu’elles avaient des roues à la place des pieds !

Si nous arrivons à les semer, dans ce cas je changerai de métier et deviendrai un véhicule plutôt qu’un humain !

On ne peut pas continuer ainsi. Je lançai de multiples attaques magiques derrière moi.

« Prison d’Os ! »

Les pantins heurtèrent de plein fouet ma Prison d’Os et la réduisirent en poussière. C’était comme s’ils n’avaient rencontré aucun obstacle.

« Chaînes des Ténèbres ! »

Ils traînèrent un tas de chaînes dans leur sillage, leur vitesse inchangée tandis qu’ils continuaient de foncer vers nous.

« Magie de la Foudre ! »

I-Ils… Pourquoi ai-je l’impression qu’ils sont encore plus rapides maintenant ?

Se pourrait-il qu’ils fonctionnent à l’électricité, et que je vienne de les aider à accélérer ?

Sans s’arrêter de courir, Woodrow tourna la tête vers moi et m’avertit : « Grisia, ils ont une très forte immunité contre la magie. C’est inutile ! »

« Que suis-je censé faire dans ce cas ? » J’éprouvais l’envie de pleurer, mais aucune larme ne coulait.

Parmi nous quatre, Igor et moi étions probablement les plus lents. Au moins, Igor était un guerrier, tandis que j’étais un prêtre et un nécromancien. Si les trois monstres derrière nous me rattrapaient, je serais à coup sûr réduit en miettes.

Iacchi hurla : « On te le dit depuis le début ! Cours et sauve ta peau ! »

Tu as vraiment l’air détendu ! Ils sont déjà… juste derrière moi !

Tout en me retournant, je dégainai l’Épée Divine de Glace juste à temps pour apercevoir un pantin ensorcelé m’attaquer avec son énorme main. Sa paume était même plus large que ma tête. Si elle m’avait touché, ma tête aurait probablement été réduite en bouillie, comme une vulgaire tomate écrasée par un chariot.

N’ayant pas d’autres choix, je brandis au hasard l’épée au-dessus de ma tête pour bloquer l’attaque… Clang !

Je ne m’y attendais pas ! Cette chose au-dessus de moi qui ressemble à un glaçon pointu a réussi à bloquer ce coup sans éclater en fragments de glace… C’est vraiment une excellente arme ! À partir de maintenant, je vais respectueusement t’appeler, la « Stalactite Divine ! » 

À cet instant, le pantin ensorcelé m’attaqua brusquement par le côté, frappant carrément le tranchant de la Stalactite Divine. Toutefois, la Stalactite Divine resta fidèle à son nom – la lame ne se brisa naturellement pas – même si en fait j’aurais préféré que ce fût le cas.

Si elle s’était brisée, au moins il me serait resté la moitié de la stalactite dans les mains. Qu’elle se fût fait projeter au loin signifiait que je n’avais même plus la moitié d’une arme pour me défendre.

« … »

Je contemplai mes mains vides. J’avais perdu la Stalactite Divine, et les trois pantins ensorcelés, qui ne craignaient pas la magie et qui avaient des poings plus gros que ma tête, se dressaient devant moi… Cette fois, je suis mort !

Faisant à présent face aux énormes mains que les patins ensorcelés utilisaient comme armes, je ne pus qu’esquiver en me fiant à la vitesse que m’accordait le sort des Ailes de Dieu. Je parvins tout juste à éviter quelques attaques. En plus de toutes leurs caractéristiques, les pantins ensorcelés semblaient avoir une forme basique d’intelligence. Ils formèrent un triangle pour m’encercler, me piégeant à l’intérieur et ne me laissant aucune échappatoire…

« GROAWRRR ! »

Le rugissement de l’ours était si fort qu’il me fit mal aux oreilles. Un espace vide apparut dans l’encerclement, et Igor à lui tout seul me tira hors du confinement.

« Les amis… »

J’étais extrêmement, extrêmement stupéfait. Devant moi, Woodrow s’était métamorphosé en ours et se battait avec deux des pantins ensorcelés, pendant qu’Iacchi détournait l’attention du troisième. Enfin, Igor brandit son épée pour venir en aide à Woodrow et affronter l’un des deux pantins.

Je n’aurais jamais cru qu’ils viendraient me sauver… N’avaient-ils pas décidé de m’abandonner depuis qu’ils m’ont vu kidnapper le Chevalier de Glace ? N’ont-ils pas dit que nos routes se sépareraient une fois que nous aurions partagé l’argent de la vente de la licorne ?

Alors, pourquoi sont-ils venus me sauver ?

« Grisia, renforce un peu plus l’effet protecteur du Bouclier de Lumière ! » s’exclama Igor.

« Fais-le pour moi aussi ! Et fais en sorte que mes Ailes de Dieu soient un peu plus rapides ! » La voix d’Iacchi me parvint, ses cris semblant venir de toutes les directions comme il courrait dans tous les sens. 

Leurs paroles éliminèrent les doutes qui avaient envahi mon esprit. Je me levai et me mis à rassembler de l’élément sacré et de l’élément du vent…

« Grisia, attention ! »

« Bouclier de Lumière ! »

Je venais de renforcer les Boucliers de Lumière qui protégeaient les corps de tout le monde, lorsque j’entendis l’avertissement d’Iacchi. Subitement, je sentis que quelque chose clochait… Pourquoi y a-t-il une ombre au-dessus de ma tête ? Au moment où j’utilisai ma capacité de perception, mon souffle se coupa. Je n’aurais jamais songé qu’il y aurait un quatrième pantin ensorcelé !

Ce dernier leva son immense main pour m’attaquer… Bam !

Je fus projeté sur le côté, mais, par chance, je ne fus pas blessé. Je n’avais pas été projeté par l’attaque. On m’était rentré dedans, mais ce n’était pas le pantin ensorcelé. C’était en fait Blanchâtre, la licorne ! Elle est revenue !

« Merci. »

Après être tombé par terre en position assise, je parvins à remercier la licorne en tremblant. Elle n’avait cependant pas de temps à m’accorder, comme elle était actuellement engagée au combat contre le quatrième pantin ensorcelé et se servait de sa corne pour le maintenir à distance.

Voyant la situation, je la mis vivement en garde : « Blanchâtre, n’utilise pas de sorts de l’élément de la foudre. Ils deviendront encore plus forts sinon ! »

Dès que j’entendis le hennissement de Blanchâtre en réponse, je jetai rapidement sur elle les sorts de Bouclier de Lumière et des Ailes de Dieu. Une fois que ce fut fait, j’eus enfin un peu de temps pour vérifier la situation des autres. Néanmoins, je ne m’étais pas attendu à devoir les regarder avec impuissance, alors qu’ils se faisaient frapper encore et encore par les pantins ensorcelés. Dieu merci, le sort Bouclier de Lumière les protégeait. Personne ne semblait avoir reçu de blessures graves.

Toutefois, après chaque coup bloqué, l’épaisseur de leurs Boucliers de Lumière s’amenuisait. Je ne pouvais que continuer à les aider en réparant leurs boucliers. Même s’ils ne recevaient aucune blessure grave, ils avaient l’air de s’épuiser rapidement, et tout particulièrement Iacchi. Il n’était pas très fort à la base, et ses armes enduites de poison étaient complètement inefficaces contre des ennemis faits de métal. Il n’arrivait pas à leur causer de dégâts et ne pouvait qu’effectuer des allers-retours pour les faire tourner en rond.

Que devrais-je faire ? Woodrow et les autres ne pourront pas tenir indéfiniment, et le combat de Blanchâtre semble tout aussi ardu, particulièrement parce qu’il ne peut pas utiliser la magie de la foudre.

Alors que j’agonisais pour trouver une solution, Iacchi commit un impair. Il trébucha sur des pierres. Ne laissant pas passer cette bavure, le pantin ensorcelé l’envoya impitoyablement valser dans les airs, et son corps s’écrasa contre un arbre. Pendant un moment, il fut incapable de se relever, et il semblerait que la collision l’eût désorienté.

Cependant, le pantin ensorcelé qu’il combattait parut perdre tout intérêt pour lui et se précipita dans ma direction.

C’est mauvais pour moi… Ma magie rendue inutile, je ne savais plus quoi faire. Hormis jeter des sorts, que sais-je faire d’autre ?

« Sun, vite, détache-moi ! » s’écria Ecilan.

L’espace d’une seconde, je restai abasourdi, avant de me rappeler que j’avais toujours cet assistant. Je m’empressai de reculer et d’esquiver les attaques du pantin ensorcelé, tout en dissolvant les Chaînes des Ténèbres qui emprisonnaient Ecilan. Néanmoins, diviser mon attention me mena à une chute. Mon genou gauche entra en contact direct avec le sol, et mon genou droit se cogna carrément sur une pierre. J’entendis le bruit de quelque chose qui se fendait en deux…

J’étais à moitié vautré sur le sol, et la douleur était si forte que j’avais rapproché mes genoux contre mon torse, momentanément incapable de reprendre mes esprits.

Au milieu de ma crise de couleur aiguë, je lançai le sort de Soin sur mon genou. Une fois que j’eus enfin soigné ma blessure, je me relevai et me remis à courir. Toutefois, une ombre apparut soudainement au-dessus de ma tête, m’enveloppant une nouvelle fois. Le pantin ensorcelé derrière moi m’avait déjà rattrapé… Euh, quand j’ai lancé le Bouclier de Lumière sur tout le monde, ai-je oublié d’également le lancer sur moi afin de me protéger ?

Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me rappeler d’autre chose que de la magie et des sorts de soin, lorsque la situation est à ce point désespérée… Ecilan ! Tu as osé m’appeler Sun ! Si je suis vraiment le Chevalier du Soleil, pourquoi est-ce que je ne parviens toujours pas à me souvenir de techniques de chevalier, alors que je fais face à une mort certaine ?

« Grisia ! » hurla Iacchi, paniqué.

Je protégeai ma tête de mes mains, prêt à accueillir soit une douleur vive soit les ténèbres éternelles.

Clang !

Ecilan accourut vers moi sans perdre en vitesse, alors même qu’il se penchait pour ramasser sa Stalactite Divine. Il para l’attaque avec précision, sauvant ainsi ma vie inutile.

Tout en maniant son épée et en affrontant le pantin ensorcelé, il me dicta : « Lance sur moi ta magie de soutien ! »

J’eus une seconde de stupéfaction avant de le bénir promptement avec Bouclier de Lumière. Au moment de lancer les Ailes de Dieu, j’hésitai sur le moment. Je ne sais pas quelle quantité de l’élément du vent je devrais utiliser…

« Sun, le sort des Ailes de Dieu ! »

Ecilan me pressa d’une voix forte tout en attirant les quatre pantins ensorcelés en même temps. Cela permit à Woodrow et aux autres d’arrêter de se battre et de reprendre leur souffle. Comme le nombre de pantins ensorcelés avait augmenté, la situation d’Ecilan commençait à être de plus en plus critique au fur et à mesure que les secondes s’écoulaient.

Tant pis ! Je vais le bénir. S’il tombe, dans ce cas… je pourrai toujours le guérir avec mon sort de Soin !

« Ailes de Dieu ! » J’utilisai la même quantité de l’élément du vent que la toute première fois où j’avais jeté ce sort. C’était la quantité qui avait accordé à Iacchi la vitesse lui permettant de traverser les murs. C’était vraiment un pari risqué. Ce serait terrible si Ecilan tombait, parce qu’il bougeait trop vite ; cependant, je ne pouvais pas m’empêcher de vouloir tenter le coup. Il doit bien exister quelqu’un capable de supporter ce genre de vitesse, sinon je n’aurais pas utilisé une si grande quantité de l’élément du vent avec autant de naturel, n’est-ce pas ?

« C’est trop rapide ! » Iacchi poussa un hurlement strident. « Grisia, tu t’es trompé sur la quantité ! »

Je ne répondis pas à sa remarque et regardai simplement Ecilan qui ne trébucha absolument pas. Au contraire, il était aussi rapide que le vent. Une fois qu’il eut mené les quatre pantins ensorcelés au même endroit, il se mit à leur régler leur compte.

À cet instant, qu’il s’agît de Woodrow, Iacchi ou Igor, tout le monde se tint à mes côtés et fixa Ecilan avec vénération. Je commençais enfin à comprendre pourquoi tout le monde admirait autant les Douze Chevaliers Sacrés.

Même moi, qui ne comprenais rien au maniement de l’épée, je pouvais dire, d’après la posture générale d’Ecilan, qu’il était très fort et vraiment très habile avec cette arme.

La Stalactite Divine d’un blanc argenté devint une courbe leste et épurée entre ses mains, ses déplacements si fluides que personne n’aurait pu trouver autre chose que de la beauté dans les lignes laissées dans son sillage. En y ajoutant les mouvements agiles et fougueux d’Ecilan, son combat était aussi beau qu’une danse… J’eus même l’impression qu’il ne pouvait y avoir meilleure musique d’accompagnement que les éclats métalliques nés de la collision de la Stalactite Divine et des pantins ensorcelés.

En revanche, aucun de ces détails n’était la source de notre admiration. Le point principal était qu’il se battait à un contre quatre, et pourtant il avait manifestement le dessus. En moins de dix minutes, les pantins ensorcelés furent cloués au sol, roués de coups. 

Une fois qu’ils ressemblèrent à des jouets cassés et qu’ils furent incapables de localiser leurs ennemis, réduits à un état où ils ne pouvaient qu’attaquer dans tous les sens en restant coincés au même endroit, Ecilan effectua un bond en arrière. Il se servit alors de plusieurs gigantesques stalactites pour annihiler les pantins enchantés, qui ne pouvaient rien esquiver, et les réduire en pièces détachées.

Devant ce spectacle, je poussai un profond soupir et déclarai : « T-tu es aussi rapide que le vent. »

« Le vent ? »

Ecilan rengaina son épée sans se presser et secoua la tête. « Je ne suis pas si rapide. C’est Storm qui est aussi rapide que le vent. »

« Storm ? » Je clignai des yeux.

Cette fois, je n’eus pas besoin de poser la question. Ecilan se mit à m’expliquer sans que je l’y encourage : « Ceo Storm, l’un des Douze Chevaliers Sacrés. Il est aussi ton très compétent assistant. Toute ta part de travail est accomplie par lui et ton vice-capitaine. »

« … Mais, dans ce cas, qu’est-ce que je fais ? »

Ecilan eut un instant de réflexion avant de répondre : « Tu fais la même chose qu’en ce moment. »

« Ce que je fais en ce moment ? » Perplexe, je dis : « Je ne fais rien de spécial en ce moment… Attends ! Où est-ce que tu vas ? Tu es notre otage… »

Ecilan avait fait volte-face et ne s’éloignait ni vivement ni lentement.

« En es-tu sûr ? » m’interrompit Iacchi d’un ton moqueur. « Quelqu’un qui n’est pas enchaîné, qui manie une épée divine, et dont les capacités sont amplifiées par de la magie de soutien, est-il vraiment un otage ? »

Je restai sans voix.

Avec la mine sombre, Igor s’exclama : « Il y a un instant, nous ne pouvions rien contre ces monstres de métal à un contre un, mais il les a vaincus à lui tout seul ! »

Woodrow marmonna : « Peut-être devrions-nous nous considérer comme les otages à présent. »

Je déglutis, plutôt d’accord avec les propos de Woodrow. Mais, je ne peux pas laisser Ecilan partir comme ça ! S’il s’en va, que va-t-il advenir de mon plan ?

Je courus vivement après lui. Quand je l’approchai, il maintint son allure. Je le questionnai nerveusement : « Hé, hé ! Est-ce que tu prévois de t’échapper ? »

Derrière moi, Iacchi dit à voix basse : « Je pense plutôt que c’est nous qui devrions nous enfuir… »

 « Non ! » répondit Ecilan simplement et clairement.

Je poussai un soupir de soulagement, même si j’étais confus. Je l’interrogeai encore : « Dans ce cas… tu en as assez d’être ligoté, donc tu as décidé de te promener, et tu remonteras sur le dos de la licorne plus tard ? »

« Non ! »

Je m’arrêtai, frustré, et criai : « Dans ce cas, que comptes-tu faire maintenant ? Crache le morceau ! Ce n’est pas comme si nous pouvions te vaincre, alors si tu veux nous tuer ou nous défigurer, il n’en tient qu’à toi ! »

En entendant cela, il s’arrêta enfin et se tourna pour me répondre : « N’as-tu pas dit que tu cherchais quelque chose ? Je vais t’aider à le trouver. Une fois que ce sera fait, tu rentreras avec moi. »

Mon esprit se figea momentanément après avoir entendu sa réponse, avant de se remettre à calculer la situation. Qui sait sur quoi l’on va tomber la prochaine fois ? Si nous avons l’aide d’Ecilan, nous serons assurément capables de surmonter les problèmes avec facilité. Cela ne peut que nous être bénéfique sans aucun désavantage… Mais, en fin de compte, devrais-je vraiment retourner au Temple Sacré avec lui ?

Je me mis à sourire. Quel mal y a-t-il à faire une promesse ? Dans tous les cas, ma culture générale me dit que, dans ce monde, il existe le concept de « ne pas honorer sa parole ».  

« D’accord ! »

Ecilan approuva.

Woodrow et les autres se précipitèrent vers nous. En m’entendant accepter la proposition d’Ecilan, leurs visages perdirent toute trace de tension. Il était évident qu’ils étaient plutôt contents de pouvoir travailler pacifiquement avec le Chevalier de Glace.

Je me souvins tout à coup d’une question qui m’était venue plus tôt. Je m’enquis avec curiosité : « Oh, c’est vrai. À propos de ce que tu as dit tout à l’heure, qu’étais-je en train de faire à ce moment-là ? »

« Courir frénétiquement dans tous les sens », répondit Ecilan sans même tourner la tête.

Avec la présence d’Ecilan, le voyage qui s’ensuivit fut en effet aisé et plaisant. C’était comme si nous suivions un parcours touristique et que notre seule responsabilité était de pousser des cris d’alarme chaque fois que nous apercevions des bêtes sauvages démoniaques. Ecilan se précipitait alors à leur rencontre et d’un « swoosh » les envoyait valdinguer à l’horizon.

« Ouah ! Celui-là a volé si loin, je ne le vois même plus ! Peut-être qu’il a atterri directement à l’entrée de la vallée », s’étonna Iacchi tout en faisant claquer sa langue de surprise.

« Es-tu pressé ? » demandai-je, d’un air ahuri. « Pourquoi es-tu aussi cruel envers les animaux ? »

Parce qu’il était lui aussi un animal, Blanchâtre s’était depuis longtemps caché derrière moi, redoutant d’être accidentellement pris pour une bête démoniaque et de se faire envoyer valser au loin d’un seul coup d’épée.

Tandis qu’Ecilan repoussait une étrange créature qui avait la tête d’une vache, le corps d’un humain et les jambes d’un cheval, il se contenta de répondre : « Oui. »

« Pourquoi es-tu si pressé ? »

« Je veux me dépêcher de rejoindre Blaze. » Ecilan fit une pause avant de jeter un coup d’œil aux autres. Même si son expression trahissait son hésitation, il continua toutefois d’expliquer : « Blaze sait que la personne qu’il a blessée c’est toi. Il doit se sentir terriblement coupable. Je dois te ramener auprès de lui pour le rassurer. »

En entendant sa réponse, je restai stupéfait. Avec entêtement, je répliquai : « Mais, il a affirmé qu’il n’y avait aucune chance que je sois le Chevalier du Soleil ! »

Ecilan déclara sans la moindre hésitation : « Il doit y avoir un malentendu. »

…Très bien ! Je l’admets. Il a hurlé que je ne pouvais pas être le Chevalier du Soleil avant d’avoir vu mon visage. Et, après l’avoir aperçu, il n’a eu le temps de ne dire que le mot « tu ». Il est possible que, après le « tu », il voulait dire quelque chose comme « tu es le Chevalier du Soleil » !

Cependant… si Ecilan n’essaie pas de me piéger, alors ça veut dire que c’est Scarlet qui me ment ? Je n’ai toujours aucune idée de qui me manipule. Ma confusion ne fait qu’augmenter. Mais, demander de l’aide à Ecilan ne me sert à rien. Il ne dira jamais qu’il est celui qui me ment.  

Je le questionnai avec perplexité : « Je pensais que Blaze et toi vous ne vous entendiez pas ? »

Ecilan me dévisagea. Cette fois, ce fut à son tour de rester perplexe. « Non. »

« Alors, vous vous entendez vraiment bien ? » C’était complètement en dehors de mes attentes. Ecilan n’a-t-il pas l’intention de saisir l’opportunité de la dernière fois pour prendre sa revanche ?

« Pas particulièrement bien. »

« Oh ? » Un peu curieux, je lui demandai : « Dans ce cas, avec lequel des Douze Chevaliers Sacrés t’entends-tu le mieux ? »

Ecilan réfléchit sérieusement à la question avant de me répondre : « Toi. »

« Moi ? » Je me désignai du doigt. Ecilan acquiesça d’un signe de tête, confirmant ses paroles.

À ce moment précis, les trois personnes qui avaient tendu l’oreille pour épier notre conversation écarquillèrent les yeux les uns après les autres et protestèrent vigoureusement : « Comment est-ce possible ? Tout le monde sait que le Chevalier de Glace est l’un des subordonnés du Chevalier du Jugement et qu’il est complètement en froid avec la faction du Chevalier du Soleil ! »

J’avais également entendu Sybil parler du fait que le Chevalier du Soleil est la personne la plus bienveillante au monde, tandis que le Chevalier du Jugement est cruel et sans cœur. Donc, ils sont incompatibles. J’adressai un regard plein de suspicion à Ecilan, le questionnant davantage : « Pourquoi s’entend-on si bien ? »

Ecilan répondit par réflexe : « Parce que tu aimes manger des sucreries. »

Mais… ces deux déclarations, « j’aime manger des sucreries » et « je m’entends bien avec toi », n’ont aucune connexion l’une avec l’autre, non ?

Je jetai un coup d’œil aux autres pour observer leurs expressions faciales. Comme je m’y attendais, eux aussi étaient troublés. Je ne suis pas le seul à ne pas comprendre ce qu’il vient de dire.

« J’aime manger des sucreries, et… » Quel lien y a-t-il avec le fait que nous nous entendions bien ?

Avant que j’eusse pu finir ma phrase, Ecilan hocha immédiatement la tête et prit la parole : « C’est exact, tout particulièrement les desserts à la myrtille, et il faut qu’ils soient très sucrés. Au début, ça m’a compliqué la tâche, parce que tes desserts doivent toujours être extrêmement sucrés. Personne ne partage ce même goût, alors je devais toujours préparer ta part séparément. En revanche, il y a le Chevalier des Enfers qui aime que le goût des aliments soit très relevé et qui m’a dit que ça ne le dérangeait pas de manger des desserts à la myrtille. Maintenant, je peux préparer vos parts ensemble, ce qui me facilite beaucoup plus la tâche… Ah ! »

Il avait probablement remarqué nos expressions décontenancées. Son long monologue sur les desserts s’arrêta abruptement, et il me fixa avec une pointe de désespoir dans le regard.

Percevant son désespoir, Woodrow et les autres furent encore plus surpris. La bouche d’Igor s’ouvrit même en grand, et on aurait dit que sa mâchoire allait tomber.

Je n’étais pas aussi surpris à vrai dire. Je savais déjà depuis longtemps que, tant qu’il n’y avait personne dans les alentours, Ecilan se transformait en personne bavarde. Il s’était simplement transformé en personne qui, « même s’il y avait des gens aux alentours », continuerait de jacasser.

Ecilan semblait ignorer comment réagir. Il alla se cacher derrière mon dos, tout son corps pratiquement dissimulé par le mien. Voyant cela, je haussai les épaules et dis aux autres : « Très bien ! Il suffit ! Qu’il soit bavard ou silencieux n’a aucune importance. Cessez de rendre les choses difficiles pour lui. Prétendez n’avoir rien entendu ! »

Woodrow et la compagnie firent preuve de tact. Même si c’était un peu difficile, ils tentèrent du mieux qu’ils le pouvaient de faire disparaître leurs expressions stupéfaites, se contentant de jeter des regards à Ecilan du coin des yeux. De son côté, Ecilan avait depuis longtemps baissé la tête, n’osant même pas nous regarder.

« Alors, comme ça, même le froid Chevalier de Glace peut rougir ? » rit Iacchi en silence.

« Ne ramène pas le sujet sur le tapis, à cause de toi son visage rougit encore plus », le réprimanda immédiatement Woodrow à voix basse.

Il rougit ? Je tentai de l’examiner de plus près, mais Ecilan venait de baisser la tête encore plus… Ah… Je ne peux pas distinguer les couleurs ! Mince ! Je n’avais encore jamais autant désiré voir une « couleur » qu’à ce moment-ci.

Ice est en train de rougir ! Si je racontais ça à Judgment, il se contenterait de sourire et refuserait complètement de me croire… Je me figeai.

Sun, Ice m’a donné un sac de bonbons au miel. Je n’aime pas les sucreries. Tu peux l’avoir !

Si tu n’as pas l’intention de les manger, alors ne les accepte pas !

Si je ne les accepte pas, il sera contrarié…

Tout le monde s’arrêta net. Ils posèrent tous leurs regards sur moi avec confusion, l’un après l’autre. Je me tournai vers Ecilan pour lui demander : « Le Chevalier du Jugement n’aime pas les sucreries, n’est-ce pas ? »

Ecilan redressa la tête. Il s’empressa de m’interroger : « Sun, tu as retrouvé la mémoire ? »

« Non, c’est juste… » J’hésitai. La conversation qui était soudainement apparue dans mon esprit me semblait extrêmement familière, mais, en fin de compte, je répondis quand même : « Non, c’est juste que j’ai deviné au hasard. »

« Tu es donc toujours amnésique ? » Ecilan semblait déçu, mais il endura tout de même sa déception et expliqua : « Le Capitaine-Chevalier du Jugement n’aime en effet pas les sucreries, mais, quand je lui en amène, il en mange toujours au moins quelques bouchées devant moi. »

« On dirait que c’est quelqu’un de bien. » Je regardai Woodrow et les autres avec quelques doutes. N’ont-ils pas affirmé que le Chevalier du Jugement est cruel et sans cœur ?

Cependant, leurs expressions étaient encore plus perdues que la mienne. On dirait que la majorité des informations qu’ils avaient sur les Douze Chevaliers Sacrés n’étaient pas fiables.

Je soupirai avant de m’arrêter devant la paroi d’une montagne. Tapant dessus, je commandai : « Ecilan, brise-moi ce mur ! »

« Pourquoi briser un mur ? »

Les mots venaient à peine de quitter la bouche d’Iacchi qu’Ecilan avait déjà agi selon mes instructions. Il rassembla une large quantité de l’élément de glace, fabriqua une stalactite, puis s’éloigna lentement du mur. Sans la moindre hésitation, il lança la stalactite contre la paroi montagneuse, l’envoyant s’écraser contre elle.

Le formidable retentissement de la collision nous força à nous couvrir les oreilles. Les débris de l’impact engendrèrent un large nuage de poussière, nous obligeant à reculer. Iacchi protesta bruyamment : « Grisia, aurais-tu perdu la raison ? Pourquoi as-tu demandé au Chevalier de Glace de briser ce mur sans aucun avertissement… ? »

« Parce que ce que je cherche se trouve derrière. »

Les débris tombaient toujours. L’air était rempli de l’élément de la terre. Je devinais que Woodrow et les autres ne pouvaient probablement rien voir en ce moment, mais, moi, j’apercevais clairement la chose au fond. Elle était composée de tellement de l’élément de l’eau que même la plus épaisse des parois montagneuses ne pouvait m’empêcher de la « voir ». Il semblerait que ce fût la raison pour laquelle cette vallée était une zone dépourvue de l’élément des ténèbres, imprégnée à la place de l’élément de l’eau.

« Qu’est-ce que c’est ? » Ecilan fut le premier à poser la question.

Je n’eus pas le temps de répondre, car Igor s’était déjà bruyamment exclamé : « WOW ! Il y a une immense caverne à l’intérieur ! »

« Une gemme ! » hurla soudainement Iacchi avec un cri terriblement perçant.

C’est… une gemme ? Je ne pouvais voir qu’un amoncellement d’un très puissant élément de l’eau à un emplacement précis. Comme l’élément de l’eau était si dense, je ne parvenais pas à sentir une forme en particulier. Ainsi, il s’agit réellement d’une gemme.

Cette gemme est en fait remplie d’un élément de l’eau d’une puissance fantastique. Je n’avais encore jamais senti une telle pureté dans l’homogénéité des éléments. Elle n’est composée que d’un seul type d’élément, sans aucune impureté… C’est inconcevablement magnifique !

C’était la toute première fois que je sentais que quelque chose était vraiment « beau ». Je ne pus me retenir d’entrer dans la grotte, voulant m’en approcher.

Ecilan fronça les sourcils et m’avertit : « Sun, ne va pas à l’intérieur. J’ai l’impression que quelque chose cloche avec cet endroit… »

Je tournai la tête vers lui et rétorquai : « Ne m’appelle pas Sun ! Je suis Grisia. Et aussi, si je ne vais pas à l’intérieur, comment vais-je récupérer mon bien ? »

Ecilan cligna des paupières avant de me contempler avec solennité. Puis, il proposa un compromis. « Très bien, Grisia, va récupérer ta gemme. Après, tu viens avec moi retrouver Blaze. »

Je trébuchai à l’entrée de la cave, l’élément de l’eau étant trop dense pour que je parvienne à sentir la forme du sol. Je dus renforcer ma capacité de perception avant de pouvoir marcher sans tomber. Ensuite, plus je m’approchais de la gemme, plus elle me semblait familière. Une gemme possédant un élément de l’eau aussi puissant… j’avais déjà été en contact avec celle-ci auparavant.

Grave Avertissement : NE VENDS PAS LA GEMME ! Je viendrai te retrouver quand j’en aurai besoin. Si elle est perdue, tu es mort.

Cette gemme est bel et bien à moi… Je vais enfin pouvoir la récupérer !

Je marchai jusqu’à la plateforme en pierre sur laquelle était posée la gemme et tendis la main pour l’attraper sans la moindre hésitation. Hormis la sensation d’humidité lorsque ma main la toucha, je ressentis également un grand sentiment de soulagement dans mon cœur. Finalement, je ne serai pas obligé de mourir !

« Sun ! Dépêche-toi de sortir de là ! »

À cet instant, Ecilan cria soudainement : « Sous tes pieds… ! »

Sous mes pieds… Je n’avais pas besoin de baisser le regard pour découvrir qu’un cercle complexe était apparu sous mes pieds. Il était dessiné avec de l’élément de l’eau, et la source semblait être la gemme que je tenais.

Hahaha, tu as enfin mis la main sur l’Éternelle Tranquillité !

Lorsque j’entendis cette voix, je fis une brève pause avant de demander lentement : « Scarlet… Qu’as-tu fait ? »

Scarlet rit, ses éclats de rire semblables aux tintements de clochettes d’argent résonnant en échos dans toute la caverne.

Ecilan se précipita dans la grotte.

Même si j’avais l’impression que quelque chose n’allait pas, je ne lâchai pas ce qui se trouvait dans ma main… l’Éternelle Tranquillité.

« Une fois que tu as eu récupéré l’Éternelle Tranquillité, le cercle magique sur le sol s’est activé. Combiné avec l’Éternelle Tranquillité, le cercle magique scellera tout l’élément des ténèbres présent dans la Vallée de Trizer à l’intérieur de ton corps. Par la suite… tu ne seras plus le Chevalier du Soleil ! »

Je ne le serai plus ?

Donc, ça signifie que je suis le Chevalier du Soleil ?

« Sun ! »

Pourquoi… le cri d’Ecilan semble-t-il provenir de si loin ?

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