Reine Guerrière TP1C5 – Lumière et Ténèbres partie 5

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Femme Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman version d’origine en chinois par – 御 我 (Yu Wo)

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Chapter 5: Light and Shadow Part 5 – Traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]
Chapitre 5 : Lumière et Ténèbres Partie 5 – Traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Au moment où Sylvestre parla, Manteau Rouge lui couvrit la bouche et s’approcha de son oreille pour murmurer : « Ne dis rien. Hoche la tête en réponse. Me fais-tu confiance ? »

Sylvestre cligna plusieurs fois des yeux. Quand il entendit la question de Manteau Rouge, il acquiesça immédiatement en hochant la tête comme s’il martelait de l’ail. Mais, par la suite, il réalisa qu’il n’avait absolument aucune base sur laquelle fonder sa confiance en Manteau Rouge. Il ne connaissait pas le vrai nom de l’autre parti, et il n’avait pas non plus vu son visage une seule fois… Sans mentionner le fait qu’il n’était même pas sûr de quel sexe était Manteau Rouge.

« Suis-moi. »

Manteau Rouge lâcha Sylvestre, puis se retourna pour quitter le sous-sol. Sylvestre s’empressa de le suivre et jeta un regard en arrière pour observer le reste du groupe avant de partir. Tout le monde dormait comme des morts. Même Cale, qui était supposé être de garde, s’était lui aussi endormi. Sylvestre ne saurait dire si c’était parce qu’il était vraiment épuisé ou si Manteau Rouge en était la cause.

Si Manteau Rouge est vraiment la Reine Guerrière, je la supplierai assurément de revenir pour vous aider, les amis. Sylvestre s’en fit la promesse.

 

 

De bruyantes explosions retentirent l’une après l’autre. Cale s’était immédiatement réveillé à la première explosion sonore, mais sa réaction n’était pas assez vive. Quelqu’un fracassa la porte du sous-sol d’un coup de pied, et cette dernière s’écrasa par terre. Cale leva la tête, uniquement pour apercevoir un bout de l’uniforme noir que l’équipe de patrouille portait. Son cœur sombra lorsqu’il comprit que, cette fois, leur tentative de fuite s’était vouée en échec.

Pourtant, il y avait toujours une chose qu’il ne comprenait pas. Comment l’équipe de patrouille est-elle parvenue à trouver cet endroit en un si court laps de temps ?  

Même si cette ville n’est pas vraiment grande, elle reste d’une taille considérable. De plus, ils ne peuvent pas mener des fouilles ouvertement en public. Alors, comment ont-ils découvert la porte secrète cachée dans le plancher avec une telle facilité et rapidité ? 

Il croyait difficilement que l’équipe de patrouille, qui était si paresseuse qu’elle avait laissé l’endroit sans surveillance pendant une demi-heure au moment de la relève, pouvait être experte en recherche de fugitifs.

« Sortez d’ici, vous tous ! Le premier à traîner derrière sera fouetté ! Foutue bande de bons à rien ! À cause de vous je me suis fait engueuler par le seigneur de la ville ! »

La couleur sur le visage des esclaves était celle de la cendre. Certains affichaient des mines si abattues que c’était comme s’ils faisaient face à une mort certaine. Ils grimpèrent hors du sous-sol un par un, et comme ils s’y étaient attendus, ils reçurent une série de coups.

Le capitaine de la patrouille s’adressa à eux avec des paroles grossières : « Bon sang, si ce n’était pas du fait que la vente aux enchères a lieu demain et que le seigneur de la ville nous a ordonné de ne pas y aller trop fort avec vous, je vous aurais tous battus à mort ! »

En dépit de l’ordre du seigneur de la ville, l’équipe de patrouille leva quand même la main sur les esclaves de temps en temps. De toute façon, voyant que les esclaves arboraient déjà un bon nombre de blessures, tant qu’ils ne les estropiaient pas, ils pouvaient toujours satisfaire leur seigneur.

« Sylvestre ? »

Cale fut choqué de voir un visage qu’il connaissait parmi les gardes. Il réalisa immédiatement pourquoi les gardes étaient parvenus à les retrouver si facilement…

Sylvestre les avait trahis !

Cale rugit : « Je vais te tuer ! » Puis, immédiatement, il bondit dans la direction de Sylvestre avec une expression semblable à celle d’un fou. Cependant, il fut aussitôt plaqué au sol par plusieurs gardes.

Terrifié, Sylvestre recula de plusieurs pas. Il adoptait normalement une attitude décontractée et n’avait pas pour habitude de provoquer de fortes animosités ; c’est pourquoi c’était la première fois qu’il voyait une personne diriger une haine aussi vicieuse sur lui.

« Capitaine, nous avons fini de les restreindre ! » rapporta un garde d’une voix forte.

Le capitaine de la patrouille éclata d’un rire malicieux, tandis qu’il adressait un reproche à ses subordonnés. « Vous avez fini ? N’importe quoi ! Tu ne sais donc pas comment faire les choses ? Tu vois ce gigolo qui est encore là ? Ligote-le avec le reste ! »

L’équipe de patrouille rit à l’unisson et s’approcha du gigolo dont leur chef venait de parler.

Sylvestre les fixa du regard, sous le choc. Il s’empressa de s’y opposer avec frénésie : « Attendez ! N’aviez-vous pas promis de me laisser partir si je vous disais où les autres étaient cachés ? »

Le capitaine de la patrouille rit à gorge déployée. « Quand est-ce que j’ai dit ça ? Tu ferais mieux de ne pas raconter de telles conneries ici ! »

Un membre de la patrouille tordit les mains de Sylvestre derrière son dos et enroula une corde autour d’elles. Sylvestre n’osa pas protester. Il se contenta de crier mélancoliquement avec des larmes dans les yeux : « Vous me l’aviez clairement promis ! Comment pouvez-vous revenir sur votre parole ? »

Cale renifla : « Comme ça, il est revenu sur sa promesse. Qu’est-ce que tu peux y faire ? Tu l’as vraiment cru ? J’imagine que ta tête est pleine de m**** après tout ! »

Sylvestre baissa la tête. Même s’il se sentait profondément incompris, il n’osa pas en réfuter la moindre ligne.

« Enfermez ce type dans une cellule séparée pour l’épargner de se faire dépecer par les autres détenus. Si un seul d’entre eux meurt, le seigneur de la ville ne nous le pardonnera pas ! » Le capitaine de la patrouille sourit malicieusement : « Mais, ne l’enfermez pas trop loin. Nous ne voudrions pas que ce gigolo se sente seul. Enfermons-les dans des cellules adjacentes pour qu’ils puissent discuter. »

 

 

Wow ! Manteau Rouge, tu vas vraiment me faire tuer à ce rythme !

Sylvestre se tassa dans le coin le plus éloigné de la cellule adjacente. Il avait l’impression de subir une profonde injustice au point d’être prêt à pleurer amèrement jusqu’à ce qu’il en perde la voix.

Les insultes et les condamnations provenant de la cellule de prison voisine retentissaient sans interruption. Par chance, ceux que ses voisins de cellule maudissaient étaient ses parents, grands-parents et ainsi de suite, qu’il n’avait jamais rencontrés auparavant. Personne ne maudit son maître, donc il n’avait nul besoin de les démentir et de défendre la réputation de son maître.

Cale était le seul parmi eux qui ne gaspilla pas son souffle à crier et à l’injurier. Il se contentait de fusiller froidement Sylvestre de ses yeux brillant d’une profonde haine… Si les barres séparant les deux cellules de la prison venaient soudainement à disparaître, pendant que le reste des esclaves se précipiterait probablement ici pour me passer à tabac, est-ce que Cale en profiterait pour me tuer ?

Chaque fois qu’il remarquait la haine dans les yeux de Cale, Sylvestre sentait des frissons glaciaux le parcourir le long du dos. En fin de compte, il ne put plus supporter de le regarder et se replia sur lui-même, essayant désespérément de s’hypnotiser lui-même pour s’endormir rapidement.

Toutefois, avec les injures de vingt personnes dans la cellule adjacente, qui n’était pas à plus de trois mètres, peu importe à quel point une personne pouvait avoir la peau dure, il lui serait impossible de s’endormir !

Cependant, les insultes s’interrompirent complètement d’un seul coup. Sylvestre trouva cela étrange, alors il leva la tête pour regarder. Les esclaves qui étaient précédemment rassemblés sur le côté le plus proche de lui se dispersèrent pour laisser passer quelqu’un. Cale s’approcha. Il s’arrêta juste devant les barres et fixa directement Sylvestre.

Après l’avoir fixé des yeux un long moment, Cale ouvrit finalement la bouche pour parler. « Pourquoi nous as-tu trahis ? J’y ai repensé encore et encore, mais ça n’a aucun sens. Tu n’es pas le genre de personne qui trahirait quelqu’un… parce que tu n’as pas le cerveau pour le faire ! Quelqu’un qui a en tête la trahison n’aurait pas donné son nom, n’est-ce pas ? »

Tu n’arrives pas à voir que c’est simplement parce que je suis en fait quelqu’un de bien ? Sylvestre se sentait encore plus offensé que jamais. Il jeta un coup d’œil aux membres de la patrouille dehors. Ils sont assis assez loin, peut-être que les insultes étaient trop bruyantes ?

Seulement à cet instant Sylvestre osa parler. Rapidement et à voix basse, il déclara : « Je n’ai trahi aucun de vous ! Je le jure ! »

Cale renifla avec dédain. Il n’avait pas du tout l’air de croire Sylvestre.

Sylvestre aurait voulu tout lui expliquer, mais, après avoir réfléchi à l’avertissement d’une certaine personne, il ne pouvait plus prendre le risque de parler. Peu importe à quel point Cale est effrayant, il n’est certainement pas plus terrifiant que CETTE personne ! Eh bien… cette personne ne m’a jamais attaqué… mais j’imagine qu’elle serait absolument terrifiante si elle le faisait !

Après cet instant de réflexion, il pencha légèrement la tête pour éviter le regard de Cale et ne s’aventura pas à prononcer la moindre protestation.

« Sylvestre, quel que soit le plan que tu as conçu, tu ferais mieux de te rappeler que je me vengerai définitivement de toi pour nous avoir trahi ! »

En entendant cela, Sylvestre redressa la tête, plus alarmé qu’auparavant. Il faillit se lancer dans une longue explication. Mais, après avoir considéré le fait qu’il se pourrait que le malentendu fût éclairci dans peu de temps, il se restreignit. 

Les deux partis tombèrent silencieux. Même les esclaves qui criaient des insultes sans arrêt s’interrompirent, comme si Cale les avait déjà aidés à atteindre un verdict. Au milieu de cette désagréable forme de tranquillité, le soleil s’éleva de plus en plus haut dans le ciel, et midi sonna enfin.

Bien qu’il fût « enfin » midi, en vérité, quand ils avaient été ramenés dans la prison, il était déjà presque passé l’aube. Ils n’étaient restés dans la prison qu’environ trois heures. Peut-être que c’était simplement le fait d’être confronté à des yeux remplis d’une telle animosité qui fit que Sylvestre comprit enfin ce que cela faisait d’avoir l’impression qu’un jour passait aussi lentement qu’une année.

Quand les membres de la patrouille le traînèrent brusquement hors de sa cellule, Sylvestre combattit l’envie de les remercier. Cependant, à la seconde suivante, il ravala immédiatement sa gratitude, comme les autres esclaves étaient aussi escortés hors de la cellule adjacente. Ils se tenaient seulement à quelques mètres de lui. Il redoutait que, si l’équipe de patrouille venait à relâcher leur étreinte, ils chargeassent droit sur lui pour le tabasser.

Par chance, la présente équipe de patrouille avait une attitude bien plus sérieuse en comparaison à celle de la nuit précédente. Les membres semblaient n’avoir aucune intention de lambiner sur le chemin, aussi ils surveillèrent les autres esclaves très fermement pendant tout le trajet. Une fois qu’ils eurent entassé tout le monde dans deux chariots tirés par des chevaux comme s’ils étaient des marchandises, ils se mirent en route, les chariots chancelant et tremblant. Ils ne s’arrêtèrent enfin qu’après un assez long moment.

Tout le monde fut vite débarqué du chariot et forcé de se tenir en rang devant un immeuble désert dont l’apparence rappelait des ruines. Néanmoins, une fois qu’ils furent entrés dans le bâtiment, l’intérieur était propre et soigné, et plusieurs personnes étaient déjà debout ou assises. Ces personnes étaient vêtues d’atours relativement magnifiques, particulièrement celles qui étaient assises. Les vêtements qu’ils portaient démontraient qu’ils venaient définitivement d’un milieu noble.

Sylvestre était particulièrement curieux et regardait partout. Il remarqua que tout le monde dans cet endroit portait un masque, comme s’ils participaient à un bal masqué.

Un des hommes masqués s’avança jusqu’à un petit podium. Ses vêtements avaient l’air plutôt luxueux, mais même la magnificence de ses vêtements n’était d’aucune utilité pour améliorer sa silhouette. Son gros ventre était presque sur le point de faire craquer ses vêtements.

Cet homme obèse parla plaisamment. « Toutes les personnes ci-présentes sont des clients de longue date. Alors, expliquer les règles une nouvelle fois serait inutile, n’est-ce pas ? »

Cette annonce provoqua des éclats de rire légers.

« Aujourd’hui, nous présenterons un total de vingt esclaves. Le prix de départ sera de cinq pièces d’or. »

Du mécontentement perça dans le parterre d’invités. « Pourquoi y en a-t-il si peu cette fois ? » 

« À ce propos… Récemment, les conditions ne nous ont pas été très favorables, aussi nous n’avons pu mener nos affaires effrontément. Je vous prie de vous en contenter cette fois ! »  L’homme obèse parla avec un sourire, non seulement parce que les personnes devant lui détenaient l’or qui serait bientôt à lui, mais aussi parce qu’il y avait un grand nombre d’aristocrates qu’il ne pouvait se permettre d’offenser dans la salle. Ainsi, il s’empressa de poursuivre : « Cependant, la qualité des esclaves que nous avons obtenus cette fois est vraiment superbe. Voyez ! Ils sont tous solidement bâtis. Je vous garantis qu’ils seront utiles ! »

Les grommellements de mécontentement cessèrent. Le gros homme essuya furtivement la sueur de son visage et déclara promptement le début de la vente aux enchères.

Le premier esclave montré avait une stature moyenne et n’était pas « solidement bâti », contrairement à ce que l’homme au gros ventre avait décrit. En dépit de cela, le prix monta sans problème avec les gens du parterre plaçant cinquante pièces d’argent chaque fois qu’ils levaient leur plaquette en bois. Il ne fallut pas longtemps pour que le prix dépasse les dix pièces d’or. Ce fait laissa Sylvestre sous le choc. Il n’avait jamais eu recours aux services d’un esclave auparavant. Alors, il n’aurait jamais imaginé qu’ils valaient une somme d’argent aussi considérable. Pas étonnant que le seigneur de la cité ait pris un risque aussi désespéré !

En fin de compte, le premier esclave fut vendu pour vingt-cinq pièces d’or. L’homme obèse contrôlait à peine le sourire sur son visage. Le prix atteint dans cette enchère était encore plus élevé que ceux de la précédente… probablement dû au manque de stock cette fois.

Les esclaves furent vendus l’un après l’autre. Le prix était toujours d’au moins vingt pièces d’or, et les esclaves qui étaient grands et forts dépassaient même les trente pièces d’or.

Quand ce fut finalement au tour de Cale, il redressa son menton de manière hautaine. Son visage, qui donnait à l’homme l’air d’être impossible à dompter, ne fut évidemment pas bien reçu. En plus, sa silhouette était maigre et squelettique. Le prix auquel il fut vendu n’atteignit que dix-huit pièces d’or, devenant le prix le plus bas du jour. 

Sylvestre, qui venait immédiatement après Cale, monta sur l’estrade. Même si sa stature n’était pas massive, il mesurait plus d’un mètre quatre-vingt, et les traits de son visage n’étaient pas mal du tout non plus. Son visage affichait également une expression timide. Aux yeux des aristocrates en concurrence, cet esclave était beau et grand, et il donnait l’impression qu’il serait incroyablement obéissant. Il devint naturellement l’objet avec le plus de valeur de cette vente aux enchères.

Le gros homme sur l’estrade savait clairement qu’il allait devenir l’esclave le plus précieux du jour, aussi il s’était servi des autres esclaves pour préparer l’atmosphère plus tôt. Ensuite, uniquement dans une situation où il ne resterait presque plus d’esclaves et où l’atmosphère serait enthousiaste, il amènerait Sylvestre à la vente. Tout était planifié pour atteindre le plus grand prix possible aux enchères. 

Toutefois, contrairement à ses attentes, le prix de vente de Sylvestre n’augmentait pas particulièrement vite, bien qu’il y eût un petit nombre d’individus bien précis qui continuaient obstinément à renchérir. Lorsqu’il fut témoin de la situation, l’homme au ventre bedonnant ne s’en inquiéta pas le moins du monde et s’en réjouit même secrètement. Il savait très bien que les gens se battraient pour une cible sur laquelle ils voulaient vraiment mettre la main. L’audience ne s’empresserait pas de proposer un prix, mais attendrait patiemment jusqu’à la toute dernière minute pour lever leur plaquette.

Même si le prix montait très lentement, il atteignit tout de même graduellement plus de trente pièces d’or. Néanmoins, ce n’était rien comparé au prix auquel il finirait. La situation commença à changer, tandis qu’un plus grand nombre de personnes se mettait à parier activement. 

Sylvestre trouva cette situation inconcevable. Il n’aurait jamais imaginé qu’il valait autant d’argent. Chaque fois qu’une personne levait sa plaquette, il ne pouvait s’empêcher de jeter un regard à l’apparence de cette personne.

Malgré le fait qu’il ne pouvait pas voir leur visage, puisqu’ils étaient masqués, il pouvait toujours deviner quelques vagues indications à propos de la personne en question à partir de sa silhouette et de la façon dont elle était vêtue. Les gens qui ciblaient Sylvestre étaient pour la plupart ceux qui se tenaient debout. Comme ils étaient debout, ils ne faisaient clairement pas partie de la noblesse et, à la place, occupaient les statuts de serviteurs ou de domestiques. Mais, les vêtements qu’ils portaient n’étaient en rien inférieurs à ceux des aristocrates assis. Il était plus que probable que les familles nobles pour lesquelles ils travaillaient étaient encore plus illustres que celles présentes. Après tout, les membres de véritables familles nobles proéminentes ne visiteraient pas un tel endroit en personne. 

Comparé au rythme décontracté d’un peu plus tôt, une fois que le prix eut excédé les trente pièces d’or, les enchères augmentèrent en l’espace d’un clin d’œil. Un homme sur la gauche, qui ressemblait à un domestique, monta l’enchère à trente-cinq pièces d’or d’un seul coup, tandis qu’une dame sur la droite alla aussi loin que de monter l’offre à quarante.

Je n’aurais jamais cru que je valais autant d’argent… Sylvestre regrettait énormément de ne pas s’être vendu plus tôt.

À cet instant précis, une voix au ton glacial tonna depuis le fond de la salle. « Cent pièces d’or ! »

La Légende du Chevalier du Soleil T4C8 : Prends le mauvais embranchement sur la route

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un dragon

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)

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Chapter 8: Take the Wrong Fork in the Road – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Chapitre 8 : Prends le mauvais embranchement sur la route – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Nous continuâmes de nous enfoncer davantage dans la vallée avec Woodrow pour guide. Tout au long de notre marche, je découvris que les choses étaient telles qu’ils les avaient décrites. Il y avait de moins en moins de créatures des ténèbres. En fin de compte, il n’en resta pratiquement aucune.

Cependant, les autres ne remarquèrent pas que l’élément des ténèbres devenait aussi de plus en plus épars et qu’il était remplacé par l’élément de l’eau.

L’explication derrière la disparition des créatures des ténèbres était à présent évidente : l’élément des ténèbres s’était tellement dissipé qu’il ne permettait plus de les alimenter.

Mais, pourquoi y aurait-il soudainement une parcelle de terre imprégnée de l’élément de l’eau dans cette vallée qui déborde de l’élément des ténèbres ?

Alors que je réfléchissais, Ecilan m’interrompit avec une question simple et précise : « Où va-t-on ? »

J’hésitai, puis lui dis : « Je cherche quelque chose… » 

« Donc, tu es à la recherche de quelque chose ? » Devant nous, Woodrow demanda soudainement : « Tu penses que quelque chose qui t’appartient se trouve dans une zone démunie de créatures mortes-vivantes ? »

« Oui. » J’acquiesçai.

« De quoi s’agit-il ? » nous interrompit Iacchi avec excitation. « Un trésor ? »

Je haussai les épaules et répondis : « Je ne m’en rappelle pas non plus, c’est juste que je pense avoir perdu quelque chose, et je dois le retrouver. »

Si je ne le retrouve pas, une fin terrible m’attend… Même si Scarlet n’avait jamais rien mentionné de tel, mes « connaissances générales » me disaient que si je ne parvenais pas à trouver cette chose, je subirais définitivement un destin plus tragique encore que de devenir une créature des ténèbres.

« C’est problématique. » Woodrow, qui était à l’avant du groupe, tourna soudainement la tête et s’enquit : « Grisia, quel chemin ? »

Il me fallut un moment pour remarquer que, non loin de nous, le chemin se divisait en deux. Un imposant massif de ronces et d’os divisait la route. Il sembla que nous ne pûmes le traverser qu’une fois avoir décidé quelle voie emprunter.

Je ne sus pas immédiatement quelle route choisir. Nous ne pouvions pas vraiment nous séparer en deux équipes. Woodrow et les deux autres n’étaient pas assez forts pour former une équipe à eux tous seuls…

« Ok, allons à droite. Blanchâtre et Ecilan iront à gauche. » Je tapotai l’encolure de Blanchâtre et lui ordonnai : « Si tu trouves quoi que ce soit d’étrange, reviens immédiatement. Je te récompenserai avec de l’élément de la lumière ! »

Blanchâtre acquiesça joyeusement avec de grands mouvements de tête, tandis qu’Ecilan me dévisageait simplement avec son regard glacial.

J’ignorai complètement son regard et ordonnai à Blanchâtre : « Vas-y ! »

 « Hé, ce n’est pas un peu trop cruel de ta part ? » Les yeux d’Igor s’écarquillèrent d’incrédulité.

« Au moins, détache l’une de ses mains ! » cria Iacchi. « Et s’il se retrouvait dans une situation dangereuse ? »

« C’est vrai que c’est un peu cruel », ajouta Woodrow avec hésitation.

Avec mon visage dénué d’expression, je rétorquai : « Si l’un de vous trois parvient à le battre tandis qu’une de ses mains est détachée, dans ce cas je délierai l’une des mains. Alors, lequel d’entre vous veut s’essayer le premier ? »

Ils se consultèrent du regard l’espace d’une seconde pour considérer la question avant de déclarer à l’unanimité : « Finalement, pas la peine de le détacher. »

Je levai les yeux au ciel à leur intention, puis tapotai la croupe de Blanchâtre pour lui signaler qu’il pouvait partir. Blanchâtre se dirigea vers le chemin de gauche sans aucune appréhension apparente et, comme d’habitude, Ecilan, qui ne parlait que rarement en présence des autres, ne protesta pas non plus. Il fut silencieusement emporté par Blanchâtre.

Ensuite, nous prîmes le chemin de droite. Notre groupe était bien plus bruyant qu’Ecilan, qui ne souhaitait pas parler, et que la licorne, qui ne le pouvait simplement pas. Iacchi ne cessa de me casser les pieds pour me forcer à me rappeler quel objet je cherchais.

« Il se peut que ce soit une sorte de gemme », finis-je par inventer. Je dis juste « qu’il se peut » qu’il s’agisse de cela, ce qui veut dire que c’est possiblement vrai !

« Une gemme ? De quelle grosseur ? » Après avoir entendu mes mots, les yeux d’Iacchi s’agrandirent immédiatement.

Pas du tout impressionné, je répondis : « Probablement aussi gros que tes yeux en ce moment ! »

Immédiatement, ils s’agrandirent encore davantage… Euh…  Tu crois vraiment qu’en faisant ça la gemme va grossir ?

« Grisia. »

Soudainement, Woodrow baissa le ton et recula jusqu’à se trouver à ma hauteur pour me parler.

« Qu’y a-t-il ? »

Je tournai la tête pour regarder Woodrow. Même si cette action n’était pas nécessaire pour regarder quelqu’un, il fallait que je fasse semblant pour éviter que Woodrow et les autres ne découvrent que quelque chose clochait avec mes yeux.

« Je n’arrête pas de penser que le Chevalier de Glace se comporte un peu étrangement », lança-t-il avec hésitation.

Lorsque j’entendis ses soupçons, je m’écriai avec mauvaise humeur : « Il est bizarre depuis le début, l’as-tu oublié ? Il est même allé jusqu’à affirmer que j’étais le Chevalier du Soleil ! »

« Non ! Ce n’est pas ça qui est étrange ! »

Woodrow secoua immédiatement la tête et poursuivit ses explications plus en détail : « Je continue de penser que, puisqu’il est l’un des Douze Chevaliers Sacrés, il ne devrait pas être aussi faible. J’ai même entendu dire que les compétences à l’épée du Chevalier de Glace de cette génération étaient extrêmement bonnes. Donc, vraiment, nous n’aurions pas dû être capables de l’attraper si facilement, et il devrait être en mesure de s’échapper quand il veut… même si, en fait, j’ai simplement l’impression qu’il n’en a pas envie. »

Je m’arrêtai, le questionnant avec perplexité : « Il n’est pas le plus faible parmi les Douze Chevaliers Sacrés ? »

Woodrow, Iacchi, et même Igor secouèrent la tête avec véhémence.

Je gardai le silence pendant un long moment avant de leur demander : « Si l’on devait le comparer au Chevalier de Flamme, qui est le plus fort des deux ? »

Cette fois, ce fut Iacchi qui répondit : « Ça devrait être le Chevalier de Glace ! Il est connu pour être un as du maniement de l’épée, mais je n’ai jamais entendu d’éloges à propos des combats à l’épée du Chevalier de Flamme. »

Pourtant, le Chevalier de Flamme est vraiment fort. J’ai eu beaucoup de mal à le soumettre avec mon élément des ténèbres. Dans ce cas, comment suis-je parvenu à vaincre le Chevalier de Glace qui est encore plus fort ?

« Cela ne voudrait-il pas dire qu’il a fait exprès de perdre depuis le début ? » marmonnai-je. Quand je découvris l’air perplexe des autres, je m’empressai d’ajouter : « Oublions-le pour le moment. La licorne l’a déjà emporté au loin, donc il ne se mettra pas en travers de notre chemin. »

Avec hésitation, Woodrow s’enquit : « Alors, notre plan originel… »

« Bien sûr, nous allons continuer de suivre le plan d’origine. » Je déclarai froidement : « Même si mon élément des ténèbres ne peut pas le vaincre, je possède naturellement d’autres façons d’assurer la victoire. »

« Très bien ! Je te crois ! » Ils hochèrent tous les trois la tête.

« Bien. » J’acquiesçai, puis les interrogeai avec curiosité : « Dans ce cas, puis-je vous demander à présent si ces trois choses devant nous sont aussi des créatures des ténèbres ? »

Je désignai de la main un endroit non loin de nous. J’avais découvert la présence de trois étranges créatures quelque temps auparavant. Bien que leurs corps fussent conçus de l’élément des ténèbres, ce dernier n’était pas très abondant. Au lieu de cela, l’élément de métal était beaucoup plus dense, éveillant ma curiosité. Je n’avais en réalité jamais vu ce genre de créature possédant plus de l’élément du métal que tout autre chose.

Leur apparence paraissait également très étrange. Je n’ai jamais vu quoi que ce soit qui leur ressemble… Ah ! Je veux dire « jamais » depuis que je me suis réveillé en tout cas.

Elles étaient plutôt larges, probablement plus hautes qu’un homme adulte, et leur forme était relativement « carrée ». Même si elles avaient la silhouette basique d’un humain avec un visage, un corps et quatre membres assortis, elles étaient plutôt grossières. Leurs têtes étaient des cubes, tandis que leurs deux bras n’étaient même pas de la même longueur. Vraiment, elles ressemblaient à des pantins en bois qu’on aurait assemblés incorrectement, la seule différence étant qu’elles étaient faites de métal plutôt que de bois.

Même si ces trois créatures appartenaient à la même espèce, elles avaient toutes des apparences différentes… Pour être plus précis, elles étaient toutes déformées à différents degrés.

Woodrow et les autres regardèrent dans la direction que j’avais indiquée et se pétrifièrent tous les trois au même moment.

Ne me dites pas qu’ils ne le savent pas non plus ? Je me grattai la tête.

Ils s’écrièrent tout à coup à l’unisson : « Des pantins ensorcelés ! »

Au début, je voulus leur demander ce qu’étaient « des pantins ensorcelés », mais, lorsque je tournai la tête, je vis que mes trois compagnons, qui se tenaient à mes côtés encore un instant auparavant, avaient disparu sans laisser la moindre trace… Ils se sont enfuis à leur simple vue !

Au moins, Woodrow avait un sens moral. Il tourna la tête vers moi et cria : « Grisia, sauve-toi ! Les pantins ensorcelés sont des créatures fabriquées par des alchimistes. Leur pouvoir est inépuisable, et il ne faut surtout pas sous-estimer leur vitesse. Quelle que soit la façon dont tu les attaques, ils ne se fatigueront pas… En résumé, sauve-toi vite ! »

Je m’élançai avec empressement dans la même direction que les autres et lançai le sort des Ailes de Dieu sur moi. Il ne me fallut pas longtemps pour rattraper Igor qui était à l’arrière du groupe.

« G-Grisia, moi-moi aussi je veux le sort des Ailes de Dieu… ! », me hurla-t-il tout en courant. Il m’adressa une expression implorante.

Hmph ! Tu as osé t’enfuir sans moi !

Devant son expression pleine de remords, je fis preuve de générosité et lui jetai le sort des Ailes de Dieu.

Par la suite, nous rattrapâmes facilement Woodrow et Iacchi. J’attendais de leur part qu’ils se repentent.

Woodrow se tourna pour nous regarder, puis regarder derrière nous… Il ne montra aucun signe de regret, mais afficha plutôt une expression éperdument désespérée : le genre d’expression que quelqu’un arborait lorsqu’il faisait face à une mort imminente.

Je savais pourquoi il faisait cette tête, car j’entendais la source de son désespoir. Derrière nous, le fracas produit par les trois patins ensorcelés qui nous poursuivaient se rapprochait… En passant devant les deux dernières personnes, je leur jetai le sort des Ailes de Dieu, et nous nous miment à courir de toutes nos forces.

Cependant, les trois choses derrière nous étaient encore plus rapides. À cet instant, je remarquai qu’elles avaient des roues à la place des pieds !

Si nous arrivons à les semer, dans ce cas je changerai de métier et deviendrai un véhicule plutôt qu’un humain !

On ne peut pas continuer ainsi. Je lançai de multiples attaques magiques derrière moi.

« Prison d’Os ! »

Les pantins heurtèrent de plein fouet ma Prison d’Os et la réduisirent en poussière. C’était comme s’ils n’avaient rencontré aucun obstacle.

« Chaînes des Ténèbres ! »

Ils traînèrent un tas de chaînes dans leur sillage, leur vitesse inchangée tandis qu’ils continuaient de foncer vers nous.

« Magie de la Foudre ! »

I-Ils… Pourquoi ai-je l’impression qu’ils sont encore plus rapides maintenant ?

Se pourrait-il qu’ils fonctionnent à l’électricité, et que je vienne de les aider à accélérer ?

Sans s’arrêter de courir, Woodrow tourna la tête vers moi et m’avertit : « Grisia, ils ont une très forte immunité contre la magie. C’est inutile ! »

« Que suis-je censé faire dans ce cas ? » J’éprouvais l’envie de pleurer, mais aucune larme ne coulait.

Parmi nous quatre, Igor et moi étions probablement les plus lents. Au moins, Igor était un guerrier, tandis que j’étais un prêtre et un nécromancien. Si les trois monstres derrière nous me rattrapaient, je serais à coup sûr réduit en miettes.

Iacchi hurla : « On te le dit depuis le début ! Cours et sauve ta peau ! »

Tu as vraiment l’air détendu ! Ils sont déjà… juste derrière moi !

Tout en me retournant, je dégainai l’Épée Divine de Glace juste à temps pour apercevoir un pantin ensorcelé m’attaquer avec son énorme main. Sa paume était même plus large que ma tête. Si elle m’avait touché, ma tête aurait probablement été réduite en bouillie, comme une vulgaire tomate écrasée par un chariot.

N’ayant pas d’autres choix, je brandis au hasard l’épée au-dessus de ma tête pour bloquer l’attaque… Clang !

Je ne m’y attendais pas ! Cette chose au-dessus de moi qui ressemble à un glaçon pointu a réussi à bloquer ce coup sans éclater en fragments de glace… C’est vraiment une excellente arme ! À partir de maintenant, je vais respectueusement t’appeler, la « Stalactite Divine ! » 

À cet instant, le pantin ensorcelé m’attaqua brusquement par le côté, frappant carrément le tranchant de la Stalactite Divine. Toutefois, la Stalactite Divine resta fidèle à son nom – la lame ne se brisa naturellement pas – même si en fait j’aurais préféré que ce fût le cas.

Si elle s’était brisée, au moins il me serait resté la moitié de la stalactite dans les mains. Qu’elle se fût fait projeter au loin signifiait que je n’avais même plus la moitié d’une arme pour me défendre.

« … »

Je contemplai mes mains vides. J’avais perdu la Stalactite Divine, et les trois pantins ensorcelés, qui ne craignaient pas la magie et qui avaient des poings plus gros que ma tête, se dressaient devant moi… Cette fois, je suis mort !

Faisant à présent face aux énormes mains que les patins ensorcelés utilisaient comme armes, je ne pus qu’esquiver en me fiant à la vitesse que m’accordait le sort des Ailes de Dieu. Je parvins tout juste à éviter quelques attaques. En plus de toutes leurs caractéristiques, les pantins ensorcelés semblaient avoir une forme basique d’intelligence. Ils formèrent un triangle pour m’encercler, me piégeant à l’intérieur et ne me laissant aucune échappatoire…

« GROAWRRR ! »

Le rugissement de l’ours était si fort qu’il me fit mal aux oreilles. Un espace vide apparut dans l’encerclement, et Igor à lui tout seul me tira hors du confinement.

« Les amis… »

J’étais extrêmement, extrêmement stupéfait. Devant moi, Woodrow s’était métamorphosé en ours et se battait avec deux des pantins ensorcelés, pendant qu’Iacchi détournait l’attention du troisième. Enfin, Igor brandit son épée pour venir en aide à Woodrow et affronter l’un des deux pantins.

Je n’aurais jamais cru qu’ils viendraient me sauver… N’avaient-ils pas décidé de m’abandonner depuis qu’ils m’ont vu kidnapper le Chevalier de Glace ? N’ont-ils pas dit que nos routes se sépareraient une fois que nous aurions partagé l’argent de la vente de la licorne ?

Alors, pourquoi sont-ils venus me sauver ?

« Grisia, renforce un peu plus l’effet protecteur du Bouclier de Lumière ! » s’exclama Igor.

« Fais-le pour moi aussi ! Et fais en sorte que mes Ailes de Dieu soient un peu plus rapides ! » La voix d’Iacchi me parvint, ses cris semblant venir de toutes les directions comme il courrait dans tous les sens. 

Leurs paroles éliminèrent les doutes qui avaient envahi mon esprit. Je me levai et me mis à rassembler de l’élément sacré et de l’élément du vent…

« Grisia, attention ! »

« Bouclier de Lumière ! »

Je venais de renforcer les Boucliers de Lumière qui protégeaient les corps de tout le monde, lorsque j’entendis l’avertissement d’Iacchi. Subitement, je sentis que quelque chose clochait… Pourquoi y a-t-il une ombre au-dessus de ma tête ? Au moment où j’utilisai ma capacité de perception, mon souffle se coupa. Je n’aurais jamais songé qu’il y aurait un quatrième pantin ensorcelé !

Ce dernier leva son immense main pour m’attaquer… Bam !

Je fus projeté sur le côté, mais, par chance, je ne fus pas blessé. Je n’avais pas été projeté par l’attaque. On m’était rentré dedans, mais ce n’était pas le pantin ensorcelé. C’était en fait Blanchâtre, la licorne ! Elle est revenue !

« Merci. »

Après être tombé par terre en position assise, je parvins à remercier la licorne en tremblant. Elle n’avait cependant pas de temps à m’accorder, comme elle était actuellement engagée au combat contre le quatrième pantin ensorcelé et se servait de sa corne pour le maintenir à distance.

Voyant la situation, je la mis vivement en garde : « Blanchâtre, n’utilise pas de sorts de l’élément de la foudre. Ils deviendront encore plus forts sinon ! »

Dès que j’entendis le hennissement de Blanchâtre en réponse, je jetai rapidement sur elle les sorts de Bouclier de Lumière et des Ailes de Dieu. Une fois que ce fut fait, j’eus enfin un peu de temps pour vérifier la situation des autres. Néanmoins, je ne m’étais pas attendu à devoir les regarder avec impuissance, alors qu’ils se faisaient frapper encore et encore par les pantins ensorcelés. Dieu merci, le sort Bouclier de Lumière les protégeait. Personne ne semblait avoir reçu de blessures graves.

Toutefois, après chaque coup bloqué, l’épaisseur de leurs Boucliers de Lumière s’amenuisait. Je ne pouvais que continuer à les aider en réparant leurs boucliers. Même s’ils ne recevaient aucune blessure grave, ils avaient l’air de s’épuiser rapidement, et tout particulièrement Iacchi. Il n’était pas très fort à la base, et ses armes enduites de poison étaient complètement inefficaces contre des ennemis faits de métal. Il n’arrivait pas à leur causer de dégâts et ne pouvait qu’effectuer des allers-retours pour les faire tourner en rond.

Que devrais-je faire ? Woodrow et les autres ne pourront pas tenir indéfiniment, et le combat de Blanchâtre semble tout aussi ardu, particulièrement parce qu’il ne peut pas utiliser la magie de la foudre.

Alors que j’agonisais pour trouver une solution, Iacchi commit un impair. Il trébucha sur des pierres. Ne laissant pas passer cette bavure, le pantin ensorcelé l’envoya impitoyablement valser dans les airs, et son corps s’écrasa contre un arbre. Pendant un moment, il fut incapable de se relever, et il semblerait que la collision l’eût désorienté.

Cependant, le pantin ensorcelé qu’il combattait parut perdre tout intérêt pour lui et se précipita dans ma direction.

C’est mauvais pour moi… Ma magie rendue inutile, je ne savais plus quoi faire. Hormis jeter des sorts, que sais-je faire d’autre ?

« Sun, vite, détache-moi ! » s’écria Ecilan.

L’espace d’une seconde, je restai abasourdi, avant de me rappeler que j’avais toujours cet assistant. Je m’empressai de reculer et d’esquiver les attaques du pantin ensorcelé, tout en dissolvant les Chaînes des Ténèbres qui emprisonnaient Ecilan. Néanmoins, diviser mon attention me mena à une chute. Mon genou gauche entra en contact direct avec le sol, et mon genou droit se cogna carrément sur une pierre. J’entendis le bruit de quelque chose qui se fendait en deux…

J’étais à moitié vautré sur le sol, et la douleur était si forte que j’avais rapproché mes genoux contre mon torse, momentanément incapable de reprendre mes esprits.

Au milieu de ma crise de couleur aiguë, je lançai le sort de Soin sur mon genou. Une fois que j’eus enfin soigné ma blessure, je me relevai et me remis à courir. Toutefois, une ombre apparut soudainement au-dessus de ma tête, m’enveloppant une nouvelle fois. Le pantin ensorcelé derrière moi m’avait déjà rattrapé… Euh, quand j’ai lancé le Bouclier de Lumière sur tout le monde, ai-je oublié d’également le lancer sur moi afin de me protéger ?

Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me rappeler d’autre chose que de la magie et des sorts de soin, lorsque la situation est à ce point désespérée… Ecilan ! Tu as osé m’appeler Sun ! Si je suis vraiment le Chevalier du Soleil, pourquoi est-ce que je ne parviens toujours pas à me souvenir de techniques de chevalier, alors que je fais face à une mort certaine ?

« Grisia ! » hurla Iacchi, paniqué.

Je protégeai ma tête de mes mains, prêt à accueillir soit une douleur vive soit les ténèbres éternelles.

Clang !

Ecilan accourut vers moi sans perdre en vitesse, alors même qu’il se penchait pour ramasser sa Stalactite Divine. Il para l’attaque avec précision, sauvant ainsi ma vie inutile.

Tout en maniant son épée et en affrontant le pantin ensorcelé, il me dicta : « Lance sur moi ta magie de soutien ! »

J’eus une seconde de stupéfaction avant de le bénir promptement avec Bouclier de Lumière. Au moment de lancer les Ailes de Dieu, j’hésitai sur le moment. Je ne sais pas quelle quantité de l’élément du vent je devrais utiliser…

« Sun, le sort des Ailes de Dieu ! »

Ecilan me pressa d’une voix forte tout en attirant les quatre pantins ensorcelés en même temps. Cela permit à Woodrow et aux autres d’arrêter de se battre et de reprendre leur souffle. Comme le nombre de pantins ensorcelés avait augmenté, la situation d’Ecilan commençait à être de plus en plus critique au fur et à mesure que les secondes s’écoulaient.

Tant pis ! Je vais le bénir. S’il tombe, dans ce cas… je pourrai toujours le guérir avec mon sort de Soin !

« Ailes de Dieu ! » J’utilisai la même quantité de l’élément du vent que la toute première fois où j’avais jeté ce sort. C’était la quantité qui avait accordé à Iacchi la vitesse lui permettant de traverser les murs. C’était vraiment un pari risqué. Ce serait terrible si Ecilan tombait, parce qu’il bougeait trop vite ; cependant, je ne pouvais pas m’empêcher de vouloir tenter le coup. Il doit bien exister quelqu’un capable de supporter ce genre de vitesse, sinon je n’aurais pas utilisé une si grande quantité de l’élément du vent avec autant de naturel, n’est-ce pas ?

« C’est trop rapide ! » Iacchi poussa un hurlement strident. « Grisia, tu t’es trompé sur la quantité ! »

Je ne répondis pas à sa remarque et regardai simplement Ecilan qui ne trébucha absolument pas. Au contraire, il était aussi rapide que le vent. Une fois qu’il eut mené les quatre pantins ensorcelés au même endroit, il se mit à leur régler leur compte.

À cet instant, qu’il s’agît de Woodrow, Iacchi ou Igor, tout le monde se tint à mes côtés et fixa Ecilan avec vénération. Je commençais enfin à comprendre pourquoi tout le monde admirait autant les Douze Chevaliers Sacrés.

Même moi, qui ne comprenais rien au maniement de l’épée, je pouvais dire, d’après la posture générale d’Ecilan, qu’il était très fort et vraiment très habile avec cette arme.

La Stalactite Divine d’un blanc argenté devint une courbe leste et épurée entre ses mains, ses déplacements si fluides que personne n’aurait pu trouver autre chose que de la beauté dans les lignes laissées dans son sillage. En y ajoutant les mouvements agiles et fougueux d’Ecilan, son combat était aussi beau qu’une danse… J’eus même l’impression qu’il ne pouvait y avoir meilleure musique d’accompagnement que les éclats métalliques nés de la collision de la Stalactite Divine et des pantins ensorcelés.

En revanche, aucun de ces détails n’était la source de notre admiration. Le point principal était qu’il se battait à un contre quatre, et pourtant il avait manifestement le dessus. En moins de dix minutes, les pantins ensorcelés furent cloués au sol, roués de coups. 

Une fois qu’ils ressemblèrent à des jouets cassés et qu’ils furent incapables de localiser leurs ennemis, réduits à un état où ils ne pouvaient qu’attaquer dans tous les sens en restant coincés au même endroit, Ecilan effectua un bond en arrière. Il se servit alors de plusieurs gigantesques stalactites pour annihiler les pantins enchantés, qui ne pouvaient rien esquiver, et les réduire en pièces détachées.

Devant ce spectacle, je poussai un profond soupir et déclarai : « T-tu es aussi rapide que le vent. »

« Le vent ? »

Ecilan rengaina son épée sans se presser et secoua la tête. « Je ne suis pas si rapide. C’est Storm qui est aussi rapide que le vent. »

« Storm ? » Je clignai des yeux.

Cette fois, je n’eus pas besoin de poser la question. Ecilan se mit à m’expliquer sans que je l’y encourage : « Ceo Storm, l’un des Douze Chevaliers Sacrés. Il est aussi ton très compétent assistant. Toute ta part de travail est accomplie par lui et ton vice-capitaine. »

« … Mais, dans ce cas, qu’est-ce que je fais ? »

Ecilan eut un instant de réflexion avant de répondre : « Tu fais la même chose qu’en ce moment. »

« Ce que je fais en ce moment ? » Perplexe, je dis : « Je ne fais rien de spécial en ce moment… Attends ! Où est-ce que tu vas ? Tu es notre otage… »

Ecilan avait fait volte-face et ne s’éloignait ni vivement ni lentement.

« En es-tu sûr ? » m’interrompit Iacchi d’un ton moqueur. « Quelqu’un qui n’est pas enchaîné, qui manie une épée divine, et dont les capacités sont amplifiées par de la magie de soutien, est-il vraiment un otage ? »

Je restai sans voix.

Avec la mine sombre, Igor s’exclama : « Il y a un instant, nous ne pouvions rien contre ces monstres de métal à un contre un, mais il les a vaincus à lui tout seul ! »

Woodrow marmonna : « Peut-être devrions-nous nous considérer comme les otages à présent. »

Je déglutis, plutôt d’accord avec les propos de Woodrow. Mais, je ne peux pas laisser Ecilan partir comme ça ! S’il s’en va, que va-t-il advenir de mon plan ?

Je courus vivement après lui. Quand je l’approchai, il maintint son allure. Je le questionnai nerveusement : « Hé, hé ! Est-ce que tu prévois de t’échapper ? »

Derrière moi, Iacchi dit à voix basse : « Je pense plutôt que c’est nous qui devrions nous enfuir… »

 « Non ! » répondit Ecilan simplement et clairement.

Je poussai un soupir de soulagement, même si j’étais confus. Je l’interrogeai encore : « Dans ce cas… tu en as assez d’être ligoté, donc tu as décidé de te promener, et tu remonteras sur le dos de la licorne plus tard ? »

« Non ! »

Je m’arrêtai, frustré, et criai : « Dans ce cas, que comptes-tu faire maintenant ? Crache le morceau ! Ce n’est pas comme si nous pouvions te vaincre, alors si tu veux nous tuer ou nous défigurer, il n’en tient qu’à toi ! »

En entendant cela, il s’arrêta enfin et se tourna pour me répondre : « N’as-tu pas dit que tu cherchais quelque chose ? Je vais t’aider à le trouver. Une fois que ce sera fait, tu rentreras avec moi. »

Mon esprit se figea momentanément après avoir entendu sa réponse, avant de se remettre à calculer la situation. Qui sait sur quoi l’on va tomber la prochaine fois ? Si nous avons l’aide d’Ecilan, nous serons assurément capables de surmonter les problèmes avec facilité. Cela ne peut que nous être bénéfique sans aucun désavantage… Mais, en fin de compte, devrais-je vraiment retourner au Temple Sacré avec lui ?

Je me mis à sourire. Quel mal y a-t-il à faire une promesse ? Dans tous les cas, ma culture générale me dit que, dans ce monde, il existe le concept de « ne pas honorer sa parole ».  

« D’accord ! »

Ecilan approuva.

Woodrow et les autres se précipitèrent vers nous. En m’entendant accepter la proposition d’Ecilan, leurs visages perdirent toute trace de tension. Il était évident qu’ils étaient plutôt contents de pouvoir travailler pacifiquement avec le Chevalier de Glace.

Je me souvins tout à coup d’une question qui m’était venue plus tôt. Je m’enquis avec curiosité : « Oh, c’est vrai. À propos de ce que tu as dit tout à l’heure, qu’étais-je en train de faire à ce moment-là ? »

« Courir frénétiquement dans tous les sens », répondit Ecilan sans même tourner la tête.

Avec la présence d’Ecilan, le voyage qui s’ensuivit fut en effet aisé et plaisant. C’était comme si nous suivions un parcours touristique et que notre seule responsabilité était de pousser des cris d’alarme chaque fois que nous apercevions des bêtes sauvages démoniaques. Ecilan se précipitait alors à leur rencontre et d’un « swoosh » les envoyait valdinguer à l’horizon.

« Ouah ! Celui-là a volé si loin, je ne le vois même plus ! Peut-être qu’il a atterri directement à l’entrée de la vallée », s’étonna Iacchi tout en faisant claquer sa langue de surprise.

« Es-tu pressé ? » demandai-je, d’un air ahuri. « Pourquoi es-tu aussi cruel envers les animaux ? »

Parce qu’il était lui aussi un animal, Blanchâtre s’était depuis longtemps caché derrière moi, redoutant d’être accidentellement pris pour une bête démoniaque et de se faire envoyer valser au loin d’un seul coup d’épée.

Tandis qu’Ecilan repoussait une étrange créature qui avait la tête d’une vache, le corps d’un humain et les jambes d’un cheval, il se contenta de répondre : « Oui. »

« Pourquoi es-tu si pressé ? »

« Je veux me dépêcher de rejoindre Blaze. » Ecilan fit une pause avant de jeter un coup d’œil aux autres. Même si son expression trahissait son hésitation, il continua toutefois d’expliquer : « Blaze sait que la personne qu’il a blessée c’est toi. Il doit se sentir terriblement coupable. Je dois te ramener auprès de lui pour le rassurer. »

En entendant sa réponse, je restai stupéfait. Avec entêtement, je répliquai : « Mais, il a affirmé qu’il n’y avait aucune chance que je sois le Chevalier du Soleil ! »

Ecilan déclara sans la moindre hésitation : « Il doit y avoir un malentendu. »

…Très bien ! Je l’admets. Il a hurlé que je ne pouvais pas être le Chevalier du Soleil avant d’avoir vu mon visage. Et, après l’avoir aperçu, il n’a eu le temps de ne dire que le mot « tu ». Il est possible que, après le « tu », il voulait dire quelque chose comme « tu es le Chevalier du Soleil » !

Cependant… si Ecilan n’essaie pas de me piéger, alors ça veut dire que c’est Scarlet qui me ment ? Je n’ai toujours aucune idée de qui me manipule. Ma confusion ne fait qu’augmenter. Mais, demander de l’aide à Ecilan ne me sert à rien. Il ne dira jamais qu’il est celui qui me ment.  

Je le questionnai avec perplexité : « Je pensais que Blaze et toi vous ne vous entendiez pas ? »

Ecilan me dévisagea. Cette fois, ce fut à son tour de rester perplexe. « Non. »

« Alors, vous vous entendez vraiment bien ? » C’était complètement en dehors de mes attentes. Ecilan n’a-t-il pas l’intention de saisir l’opportunité de la dernière fois pour prendre sa revanche ?

« Pas particulièrement bien. »

« Oh ? » Un peu curieux, je lui demandai : « Dans ce cas, avec lequel des Douze Chevaliers Sacrés t’entends-tu le mieux ? »

Ecilan réfléchit sérieusement à la question avant de me répondre : « Toi. »

« Moi ? » Je me désignai du doigt. Ecilan acquiesça d’un signe de tête, confirmant ses paroles.

À ce moment précis, les trois personnes qui avaient tendu l’oreille pour épier notre conversation écarquillèrent les yeux les uns après les autres et protestèrent vigoureusement : « Comment est-ce possible ? Tout le monde sait que le Chevalier de Glace est l’un des subordonnés du Chevalier du Jugement et qu’il est complètement en froid avec la faction du Chevalier du Soleil ! »

J’avais également entendu Sybil parler du fait que le Chevalier du Soleil est la personne la plus bienveillante au monde, tandis que le Chevalier du Jugement est cruel et sans cœur. Donc, ils sont incompatibles. J’adressai un regard plein de suspicion à Ecilan, le questionnant davantage : « Pourquoi s’entend-on si bien ? »

Ecilan répondit par réflexe : « Parce que tu aimes manger des sucreries. »

Mais… ces deux déclarations, « j’aime manger des sucreries » et « je m’entends bien avec toi », n’ont aucune connexion l’une avec l’autre, non ?

Je jetai un coup d’œil aux autres pour observer leurs expressions faciales. Comme je m’y attendais, eux aussi étaient troublés. Je ne suis pas le seul à ne pas comprendre ce qu’il vient de dire.

« J’aime manger des sucreries, et… » Quel lien y a-t-il avec le fait que nous nous entendions bien ?

Avant que j’eusse pu finir ma phrase, Ecilan hocha immédiatement la tête et prit la parole : « C’est exact, tout particulièrement les desserts à la myrtille, et il faut qu’ils soient très sucrés. Au début, ça m’a compliqué la tâche, parce que tes desserts doivent toujours être extrêmement sucrés. Personne ne partage ce même goût, alors je devais toujours préparer ta part séparément. En revanche, il y a le Chevalier des Enfers qui aime que le goût des aliments soit très relevé et qui m’a dit que ça ne le dérangeait pas de manger des desserts à la myrtille. Maintenant, je peux préparer vos parts ensemble, ce qui me facilite beaucoup plus la tâche… Ah ! »

Il avait probablement remarqué nos expressions décontenancées. Son long monologue sur les desserts s’arrêta abruptement, et il me fixa avec une pointe de désespoir dans le regard.

Percevant son désespoir, Woodrow et les autres furent encore plus surpris. La bouche d’Igor s’ouvrit même en grand, et on aurait dit que sa mâchoire allait tomber.

Je n’étais pas aussi surpris à vrai dire. Je savais déjà depuis longtemps que, tant qu’il n’y avait personne dans les alentours, Ecilan se transformait en personne bavarde. Il s’était simplement transformé en personne qui, « même s’il y avait des gens aux alentours », continuerait de jacasser.

Ecilan semblait ignorer comment réagir. Il alla se cacher derrière mon dos, tout son corps pratiquement dissimulé par le mien. Voyant cela, je haussai les épaules et dis aux autres : « Très bien ! Il suffit ! Qu’il soit bavard ou silencieux n’a aucune importance. Cessez de rendre les choses difficiles pour lui. Prétendez n’avoir rien entendu ! »

Woodrow et la compagnie firent preuve de tact. Même si c’était un peu difficile, ils tentèrent du mieux qu’ils le pouvaient de faire disparaître leurs expressions stupéfaites, se contentant de jeter des regards à Ecilan du coin des yeux. De son côté, Ecilan avait depuis longtemps baissé la tête, n’osant même pas nous regarder.

« Alors, comme ça, même le froid Chevalier de Glace peut rougir ? » rit Iacchi en silence.

« Ne ramène pas le sujet sur le tapis, à cause de toi son visage rougit encore plus », le réprimanda immédiatement Woodrow à voix basse.

Il rougit ? Je tentai de l’examiner de plus près, mais Ecilan venait de baisser la tête encore plus… Ah… Je ne peux pas distinguer les couleurs ! Mince ! Je n’avais encore jamais autant désiré voir une « couleur » qu’à ce moment-ci.

Ice est en train de rougir ! Si je racontais ça à Judgment, il se contenterait de sourire et refuserait complètement de me croire… Je me figeai.

Sun, Ice m’a donné un sac de bonbons au miel. Je n’aime pas les sucreries. Tu peux l’avoir !

Si tu n’as pas l’intention de les manger, alors ne les accepte pas !

Si je ne les accepte pas, il sera contrarié…

Tout le monde s’arrêta net. Ils posèrent tous leurs regards sur moi avec confusion, l’un après l’autre. Je me tournai vers Ecilan pour lui demander : « Le Chevalier du Jugement n’aime pas les sucreries, n’est-ce pas ? »

Ecilan redressa la tête. Il s’empressa de m’interroger : « Sun, tu as retrouvé la mémoire ? »

« Non, c’est juste… » J’hésitai. La conversation qui était soudainement apparue dans mon esprit me semblait extrêmement familière, mais, en fin de compte, je répondis quand même : « Non, c’est juste que j’ai deviné au hasard. »

« Tu es donc toujours amnésique ? » Ecilan semblait déçu, mais il endura tout de même sa déception et expliqua : « Le Capitaine-Chevalier du Jugement n’aime en effet pas les sucreries, mais, quand je lui en amène, il en mange toujours au moins quelques bouchées devant moi. »

« On dirait que c’est quelqu’un de bien. » Je regardai Woodrow et les autres avec quelques doutes. N’ont-ils pas affirmé que le Chevalier du Jugement est cruel et sans cœur ?

Cependant, leurs expressions étaient encore plus perdues que la mienne. On dirait que la majorité des informations qu’ils avaient sur les Douze Chevaliers Sacrés n’étaient pas fiables.

Je soupirai avant de m’arrêter devant la paroi d’une montagne. Tapant dessus, je commandai : « Ecilan, brise-moi ce mur ! »

« Pourquoi briser un mur ? »

Les mots venaient à peine de quitter la bouche d’Iacchi qu’Ecilan avait déjà agi selon mes instructions. Il rassembla une large quantité de l’élément de glace, fabriqua une stalactite, puis s’éloigna lentement du mur. Sans la moindre hésitation, il lança la stalactite contre la paroi montagneuse, l’envoyant s’écraser contre elle.

Le formidable retentissement de la collision nous força à nous couvrir les oreilles. Les débris de l’impact engendrèrent un large nuage de poussière, nous obligeant à reculer. Iacchi protesta bruyamment : « Grisia, aurais-tu perdu la raison ? Pourquoi as-tu demandé au Chevalier de Glace de briser ce mur sans aucun avertissement… ? »

« Parce que ce que je cherche se trouve derrière. »

Les débris tombaient toujours. L’air était rempli de l’élément de la terre. Je devinais que Woodrow et les autres ne pouvaient probablement rien voir en ce moment, mais, moi, j’apercevais clairement la chose au fond. Elle était composée de tellement de l’élément de l’eau que même la plus épaisse des parois montagneuses ne pouvait m’empêcher de la « voir ». Il semblerait que ce fût la raison pour laquelle cette vallée était une zone dépourvue de l’élément des ténèbres, imprégnée à la place de l’élément de l’eau.

« Qu’est-ce que c’est ? » Ecilan fut le premier à poser la question.

Je n’eus pas le temps de répondre, car Igor s’était déjà bruyamment exclamé : « WOW ! Il y a une immense caverne à l’intérieur ! »

« Une gemme ! » hurla soudainement Iacchi avec un cri terriblement perçant.

C’est… une gemme ? Je ne pouvais voir qu’un amoncellement d’un très puissant élément de l’eau à un emplacement précis. Comme l’élément de l’eau était si dense, je ne parvenais pas à sentir une forme en particulier. Ainsi, il s’agit réellement d’une gemme.

Cette gemme est en fait remplie d’un élément de l’eau d’une puissance fantastique. Je n’avais encore jamais senti une telle pureté dans l’homogénéité des éléments. Elle n’est composée que d’un seul type d’élément, sans aucune impureté… C’est inconcevablement magnifique !

C’était la toute première fois que je sentais que quelque chose était vraiment « beau ». Je ne pus me retenir d’entrer dans la grotte, voulant m’en approcher.

Ecilan fronça les sourcils et m’avertit : « Sun, ne va pas à l’intérieur. J’ai l’impression que quelque chose cloche avec cet endroit… »

Je tournai la tête vers lui et rétorquai : « Ne m’appelle pas Sun ! Je suis Grisia. Et aussi, si je ne vais pas à l’intérieur, comment vais-je récupérer mon bien ? »

Ecilan cligna des paupières avant de me contempler avec solennité. Puis, il proposa un compromis. « Très bien, Grisia, va récupérer ta gemme. Après, tu viens avec moi retrouver Blaze. »

Je trébuchai à l’entrée de la cave, l’élément de l’eau étant trop dense pour que je parvienne à sentir la forme du sol. Je dus renforcer ma capacité de perception avant de pouvoir marcher sans tomber. Ensuite, plus je m’approchais de la gemme, plus elle me semblait familière. Une gemme possédant un élément de l’eau aussi puissant… j’avais déjà été en contact avec celle-ci auparavant.

Grave Avertissement : NE VENDS PAS LA GEMME ! Je viendrai te retrouver quand j’en aurai besoin. Si elle est perdue, tu es mort.

Cette gemme est bel et bien à moi… Je vais enfin pouvoir la récupérer !

Je marchai jusqu’à la plateforme en pierre sur laquelle était posée la gemme et tendis la main pour l’attraper sans la moindre hésitation. Hormis la sensation d’humidité lorsque ma main la toucha, je ressentis également un grand sentiment de soulagement dans mon cœur. Finalement, je ne serai pas obligé de mourir !

« Sun ! Dépêche-toi de sortir de là ! »

À cet instant, Ecilan cria soudainement : « Sous tes pieds… ! »

Sous mes pieds… Je n’avais pas besoin de baisser le regard pour découvrir qu’un cercle complexe était apparu sous mes pieds. Il était dessiné avec de l’élément de l’eau, et la source semblait être la gemme que je tenais.

Hahaha, tu as enfin mis la main sur l’Éternelle Tranquillité !

Lorsque j’entendis cette voix, je fis une brève pause avant de demander lentement : « Scarlet… Qu’as-tu fait ? »

Scarlet rit, ses éclats de rire semblables aux tintements de clochettes d’argent résonnant en échos dans toute la caverne.

Ecilan se précipita dans la grotte.

Même si j’avais l’impression que quelque chose n’allait pas, je ne lâchai pas ce qui se trouvait dans ma main… l’Éternelle Tranquillité.

« Une fois que tu as eu récupéré l’Éternelle Tranquillité, le cercle magique sur le sol s’est activé. Combiné avec l’Éternelle Tranquillité, le cercle magique scellera tout l’élément des ténèbres présent dans la Vallée de Trizer à l’intérieur de ton corps. Par la suite… tu ne seras plus le Chevalier du Soleil ! »

Je ne le serai plus ?

Donc, ça signifie que je suis le Chevalier du Soleil ?

« Sun ! »

Pourquoi… le cri d’Ecilan semble-t-il provenir de si loin ?

1/2 Prince V5Extra – Le dossier confidentiel des suzerains des cinq continents

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½ Prince Volume 5: Un Prince n’Existe Plus

Original novel in Chinese by: 御我 (Yu Wo)


Extra Chapter : The Classified Files of the Five Continents’ Overlords – traduit du chinois vers l’anglais par Starie[PR !]
Chapitre Extra : Le dossier confidentiel des suzerains des cinq continents – traduit de l’anglais au français  par Elynor
+ Travail de vérification par Yukomin

Localisation actuelle : Continent de l’Est
Surnom : Le suzerain souriant – Winter Triumph
Décrit par les autres comme étant : un loup déguisé en mouton
Citation célèbre : « Sourire, c’est gagner encore plus d’argent ! »

 

 

On raconte que Winter Triumph est devenu le suzerain du Continent de l’Est à la suite d’un jour prédestiné où il rentra chez lui dans le monde réel.

« Grand frère, tu veux bien jouer à Second Life avec moi ? » l’implora sa petite sœur débordant de jeunesse.

Faisant fi de la requête de sa sœur toute mignonne, Winter Triumph afficha un sourire amer et réticent en répondant : « Pas question ! Ça ne fait pas gagner d’argent, et en plus on doit payer pour y jouer ! »

« Tu peux vendre la devise du jeu en argent, et le jeu va définitivement devenir populaire, donc certaines personnes vont se battre pour acheter de cette devise », déclara sa petite sœur qui connaissait bien le point faible de son frère.

On peut gagner de l’argent avec ça ! Les yeux de Winter Triumph brillèrent. « Ok, je vais jouer avec toi. »

 

 

Pour que Winter Triumph, qui avait choisi d’être un guerrier, puisse combattre les monstres avec efficacité et ainsi gagner de l’argent, il avait créé une équipe avec sa sœur et avait recruté quatre camarades en cours de route. Grâce à la politique de Winter Triumph de tout ramasser, y compris les demi-pièces de cuivre pour les réunir en une pièce complète, l’équipe devint vite extrêmement riche, mais d’apparence pauvre — leurs comptes bancaires débordaient — mais leur porte-monnaie dans le jeu ne contenait que des boules de naphtaline.

Sa petite sœur, furieuse, n’arrivait plus à le supporter. Après avoir ordonné aux quatre autres membres de l’équipe d’enchaîner son frère à un rocher, elle attrapa le porte-monnaie de ce dernier, qu’il chérissait plus que sa vie… « Non ! La vie d’une personne est précieuse, mais un porte-monnaie l’est davantage ! Je préfère mourir plutôt que de m’en séparer ! » pleura-t-il.

Ignorant son frère aîné qui gémissait suffisamment fort pour réveiller les morts, elle courut en ville dépenser tout l’argent, achetant les meilleures armures et armes qu’elle pût trouver pour l’équipe. Mis devant le fait accompli, Winter Triumph se retrouva dans une situation où ce qui était fait était fait et dut tirer le meilleur de ce qu’il s’était passé. Il était très réticent à revendre l’équipement moins cher.

« Idiote, qu’est-ce qui t’a pris d’acheter des objets aussi chers ? Quel que soit le prix de vente, je vais perdre de l’argent en essayant de les revendre ! Je ne dois pas les vendre. » Il pleurait des larmes de sang tel un martyr secouant sa bourse qui était à présent vide.

L’équipe, qui avait finalement obtenu de l’équipement de qualité, pouvait dorénavant user pleinement de leurs capacités, défiant les boss sans arrêt, montant leur niveau comme des malades, se débarrassant de toute la compétition et devenant de ce fait une équipe puissante et célèbre à travers tout le Continent de l’Est.

« Comme nous avons un bon équipement, allons simplement tuer des boss qui laissent tomber des objets ultra-rares ! De cette manière, nous allons pouvoir rapidement regagner de l’argent ! » – Winter Triumph.

La veille du Tournoi des Aventuriers, tous les membres de l’équipe, à l’exception de Winter Triumph, avaient décidé d’y participer.

« Winter Triumph, pourquoi est-ce qu’on ne participerait pas au Tournoi des Aventuriers ? » lui demanda le reste de l’équipe.

Celui-ci éclata de rire, en faisant le doigt d’honneur à ses camarades. « Je ne ferai jamais rien qui ne rapporte pas d’argent. Nous devrions parler du prochain boss à combattre. »

Immédiatement, les cinq autres se touchèrent le visage avec leur paume. Si tu as envie de faire un doigt d’honneur, contente-toi de le montrer, tu n’es pas obligé de sourire comme un ange en même temps !

« Le premier prix est génial : un territoire ! »

« Un territoire ? » Le sourire de Winter Triumph se figea, et toute sa personne s’arrêta comme si elle était entrée en transe, calculant mentalement à la vitesse de la lumière. Si le premier prix, qui était une terre où les joueurs pouvaient s’installer, était bien défendu et géré, alors la somme des taxes perçues serait stupéfiante. Même s’ils ne voulaient pas s’en occuper, si la terre était vendue, le profit à en tirer serait loin d’être mauvais. Bien, très bien. Comment pouvait-il, lui, Winter Triumph, rater une telle opportunité ?

« Mes chers compagnons, comment le Tournoi des Aventuriers de Second Life pourrait-il avoir lieu sans notre équipe ? Nous allons évidemment participer jusqu’à la fin et promouvoir ainsi la réputation de notre équipe. » Le guerrier afficha un sourire qui exprimait une confiance extrême.

C’est parce que ce territoire va être lucratif, c’est ça ? pensèrent secrètement ses coéquipiers, ne sachant pas s’il fallait en rire ou en pleurer.

Les hommes meurent pour des richesses, les oiseaux meurent pour de la nourriture, et, avec la tentation du territoire, Winter Triumph se changea en Asura souriant dans l’arène. Même face aux adversaires les plus forts, il ne recula jamais.

« Ceux qui tentent de voler mon argent n’ont plus qu’à mourir ! » Cette citation de Winter Triumph fut élue la phrase la plus effrayante de l’année sur le Continent de l’Est.

Pour des perspectives économiques encore plus grandes, obtenir un monopole des commerces du Continent de l’Est était la meilleure voie à suivre, il décida donc d’unir le continent. Ce fut ainsi, allant de pair avec la philosophie « l’argent est invincible », que Winter Triumph devint le suzerain du Continent de l’Est, avec le surnom du suzerain souriant qui « pourrait mourir pour de l’argent ».

 

 

Localisation actuelle : Continent de l’Ouest
Surnom : Le suzerain vagabond – Neurotic
Décrit par les autres comme étant : Un gentleman respectable qui est lié à sa femme par la hanche tel des siamois.
Citation célèbre : « Chérie, quel magnifique objet souhaites-tu ensuite aller voir ? »

 

 

« Pffff, ce jeu devient lassant à force de combattre des monstres sans arrêt. Et même si je suis devenu plus fort, à quoi ma force peut-elle bien servir ? »

Neurotic jouait à Seconde Life depuis plus d’un mois, faisant grimper ses niveaux à toute vitesse jusqu’à devenir l’un des meilleurs joueurs. Puis, un jour, il en avait soudainement eu assez, en se demandant pourquoi il avait dû fournir un aussi grand effort pour grimper les niveaux.

« Aaaah ! Sauvez-moi ! Preux guerrier qui êtes là-bas, pouvez-vous venir me sauver s’il-vous-plaît ? » cria au loin une femme d’une voix haut perchée.

Neurotic regarda de façon incertaine en direction du bruit et aperçut une jolie femme mage en train de s’enfuir. À peine avait-il vu cette beauté qu’il émergea de ses pensées. Il ramassa son énorme Épée Ultime et se prépara à être un héros sauvant la demoiselle en détresse.

« Ne vous inquiétez pas, je vous sauverai… » Avant qu’il pût finir sa phrase, Neurotic remarqua soudainement qu’une énorme horde de monstres poursuivait la magnifique jeune femme. Il se figea, en pensant : « Il y en a un peu trop, non ? »

« Guerrier, il serait peut-être préférable de courir, ou vous serez piétiné à mort ! » En fin de compte, la beauté agrippa le héros qui était venu la secourir, et ils filèrent tous les deux promptement pour sauver leur vie.

À bout de souffle, après un marathon de plus d’une centaine de kilomètres, Neurotic demanda en haletant : « Pourquoi… Pourquoi y avait-il autant de monstres à vos trousses ? »

La beauté, qui crachait tout autant ses poumons, lui répondit : « Ça… ça arrive souvent. N’en soyez pas aussi surpris. »

Il la fixa avec incompréhension. Cette splendeur est probablement une femme mage, et normalement cette classe n’attire pas les monstres. De plus, les mages se battent mieux dans un groupe. Cependant, la femme qui se tenait devant ses yeux avait non seulement attiré une armée de monstres, mais était également seule. C’était très inhabituel.

« Pour voir des choses magnifiques, même si je dois être pourchassée sur plus de mille kilomètres par des monstres, je serai tout de même satisfaite. » Les yeux de la beauté affichèrent sa détermination et son désir, laissant le guerrier l’observer, ébloui. « Cette fois, j’ai été ciblée par ces monstres à cause de ce Chrysanthème Arc-en-ciel qui n’existe que dans la Grotte de la Montagne Céleste. » La beauté enthousiaste présenta une fleur, et, quand Neurotic la vit, une autre expression abasourdie se dessina sur le visage de ce dernier.

Le Chrysanthème Arc-en-ciel était une fleur de la taille d’un poing, qui possédait des centaines de pétales fins, et chacun d’entre eux arborait plusieurs couleurs. De la fleur, multicolore et brillante dans sa totalité, émanait un léger arc-en-ciel, la faisant paraître d’une beauté encore plus parfaite.

« Cette fleur est si belle. » Neurotic ne cessait de la contempler, ne pouvant croire qu’une telle fleur puisse exister.

La beauté referma tendrement sa main sur la fleur. « À l’origine, je ne voulais pas la cueillir, la beauté devrait être appréciée, et certainement pas détruite ! Malheureusement, quand les monstres ont été attirés par moi, ils ont marché sur la tige et l’ont cassée, donc je n’ai pu que ramasser ce trésor et m’enfuir. »

« La beauté devrait être appréciée, et certainement pas détruite… J’aime cette idée. » Il réfléchit à ces mots avec un grand intérêt.

« Vraiment ? J’ai enfin trouvé un compagnon. Je m’appelle DanDan, et toi ? » Elle observa de façon extatique le compagnon devant elle.

« Neurotic. »

« Neurotic, veux-tu admirer toutes les belles choses dans Second Life avec moi ? » Les yeux de DanDan brillèrent d’espoir. Après tout, elle n’était qu’une invocatrice et ne pouvait voyager dans tous les endroits dangereux par elle-même. Et, malheureusement, beaucoup de belles choses se trouvaient dans ces zones.

« Admirer des choses magnifiques ? » Neurotic y songea. Ça semblait être une bonne idée, et ce serait définitivement mieux que sa façon actuelle de jouer, qui était dénuée de sens. « Ok, DanDan, laisse-moi venir avec toi, nous irons admirer toutes les belles choses dans le jeu. »

C’est ainsi qu’ils voyagèrent ensemble partout dans le jeu et, comme c’est généralement le cas pour un homme et une femme, ils devinrent rapidement mari et femme. À deux, ils se rendirent dans des endroits extrêmement dangereux, réalisant de brillantes stratégies d’autodéfense pour voir de magnifiques objets. Ainsi, leurs niveaux et leur compréhension des tactiques s’élevèrent à un tout autre niveau à la vitesse de la lumière.

Un jour, alors qu’ils étaient en ville afin d’acheter des provisions en prévision de leurs voyages pour à nouveau découvrir des merveilles, ils furent interpellés en cours de route par une équipe.

« Excusez-moi, seriez-vous le légendaire couple d’experts ? » les questionna un guerrier.

Perplexe, Neurotic les interrogea : « Comment avez-vous deviné ? »

Le guerrier rigola en désignant l’immense épée de Neurotic et déclara : « Un guerrier mince portant une lame massive, c’est votre image de marque. Seriez-vous intéressé de vous joindre à notre équipe ? Il se trouve qu’il nous manque encore deux personnes pour participer au Tournoi des Aventuriers. Croyez-moi, nous sommes très forts. »

« LeTournoi des Aventuriers… » Neurotic se frotta le menton et regarda sa femme avec une expression interrogative.

Le visage de cette dernière s’irradia de lumière. « Le Tournoi des Aventuriers ! Il y aura définitivement beaucoup de personnes sur place, et donc également de beaux garçons et des filles mignonnes à regarder ! »

« C’est exact, chérie. On va participer ! » Neurotic attrapa avidement la main de sa femme, le cœur débordant d’admiration. Sa femme était sans aucun doute intelligente, réussissant même à penser aux gens magnifiques qu’il y aurait à voir.

« … » L’équipe qui les avait invités était sans voix.

C’est ainsi que le couple participa au Tournoi des Aventuriers. Se conformant à leur philosophie, celle de s’accrocher jusqu’à la toute fin pour être capable de voir les choses les plus belles, ils devinrent de ce fait les gagnants du Tournoi des Aventuriers du Continent de l’Ouest.

« Nous vous laissons vous occuper de la cité. DanDan et moi-même allons nous rendre sur le Continent Central pour trouver le beau gosse suzerain sanguinaire de la Cité de l’Infini ainsi que Celestial de l’Antre des nymphes errantes », déclara Neurotic à ses camarades après que la cité eût été construite.

Leurs coéquipiers continuèrent à se taire. En vérité, peu importe ce qu’ils diraient, la détermination de ce couple idiot à trouver des choses magnifiques ne vacillerait pas, donc ils ne pouvaient que les laisser partir.

« Chérie, qui de Prince ou Celestial sera le plus beau ? » s’enquit avec excitation Neurotic à sa femme.

« Les belles choses n’ont pas à être comparées ou classées », répliqua DanDan sévèrement à son mari.

Encore une fois étonné par les mots de sa femme, Neurotic ne réussit à parler qu’au bout d’un long moment : « Chérie, tu es géniale. Je continuerai à chercher des choses magnifiques avec toi pour le reste de ma vie. »

 

 

Localisation actuelle : Continent du Sud
Surnom : Le suzerain immortel – Undying Man
Décrit par les autres comme étant : un cafard qu’on ne peut tuer
Citation célèbre : « Je tue les gens, personne ne me tue ! »

 

 

« Hahaha, moi, Undying Man, je jure aux cieux que je deviendrai définitivement l’homme le plus fort de Seconde Life, puis je sortirai avec toutes les jolies filles du jeu ! » hurla Undying Man férocement en s’adressant au ciel.

Un de ses coéquipiers non loin expliqua à un autre : « Ce gars vient de confesser son amour à une autre fille pour la 3 657e fois et a été à nouveau rejeté. »

« C’est donc ça… »

Il était dit que, après avoir été rejeté pour la 3 657e fois, à cause de sa promesse au ciel de devenir l’homme le plus fort, ou bien à cause de la provocation extrême avec laquelle il avait été rejeté, il avait commencé à s’entraîner comme un fou. Vivant uniquement de pain à la vapeur et d’eau, il passa tout son temps à s’entraîner, ne retournant en ville qu’une fois par semaine pour acheter des provisions. Même quand ses coéquipiers n’étaient pas connectés, il continuait à s’entraîner à fond tout seul, engloutissant les potions rouges pour revigorer la santé.

Mû par le ressentiment occasionné par ses 3 657 refus, Undying Man endura l’isolement de son entraînement solitaire. Ces dernières semaines, il s’était entraîné avec encore plus d’ardeur, car seuls trois niveaux le séparaient du rang numéro un du classement. Malheureusement pour lui, il rencontra un boss.

« Bordel, ne songe même pas à me tuer ! Sais-tu seulement à quel point cette période est cruciale ? Je n’ai besoin que de trois niveaux, comment pourrais-je me permettre de perdre un niveau maintenant ? Espèce d’idiot, sais-tu seulement à quel point c’est crevant de monter d’un seul niveau !? Connais-tu la douleur de se voir rejeter plus de trois-mille fois !? Tu ne sais rien, et tu t’attends à me tuer !? » s’écria Undying Man, attaqué par un monstre alors qu’il était sur le point de se changer en pilier de lumière, deux rivières de larmes s’écoulant de façon constante le long de ses joues.

Cependant, ce monstre ne pouvait connaître ces choses et se contenta de charger sur l’homme pour le couper en deux. Ce dernier utilisa toute sa force et grimpa au sommet d’un arbre pour y trouver refuge. Heureusement, le monstre ne pouvait pas le suivre et dut se contenter d’user de sa magie pour attaquer Undying Man dans son arbre. Celui-ci se déplaça avec persévérance d’arbre en arbre pour éviter les attaques et laissa tomber des noix de coco de temps à autre en représailles.

Armé de sa détermination, trois jours plus tard, il glissa le long du tronc, complètement crevé, donna un coup de pied au cadavre du monstre et rit avec arrogance. « Hahaha, mort, hein ? Un boss, quelques noix de coco, et je te fracasse à mort. »

« Wouaouh, qu’est-ce qui s’est passé ? Nous avons suivi la route aux noix de coco jusqu’ici, et c’est Undying Man que nous trouvons », s’étonna un de ses camarades.

Undying Man se retourna et aperçut ses équipiers marcher le long de la route pavée de noix de coco.

« Pourquoi ne pas participer au Tournoi des Aventuriers ? Rien de bon ne sortira de toi en étant aussi abattu », lui conseilla sérieusement l’un de ses coéquipiers.

« Je veux m’entraîner et devenir l’homme le plus fort de Seconde Life ! » s’exclama Undying Man avec colère.

« Tu viens de devenir le numéro un du classement, il semblerait que ce boss était très fort ! » l’informa son camarade.

Undying Man se figea. Il était déjà l’homme le plus fort ? Dans ce cas… Il pourrait sortir avec toutes les belles filles maintenant ?

« Allons-y ! Le tournoi des Aventuriers sera sûrement très animé, tu pourras chercher la prochaine cible qui te rejettera », lui dit un compagnon en se retenant de rire.

Et, ainsi, Undying Man participa au tournoi en s’accrochant à la philosophie qui disait que, s’il souhaitait sortir avec des filles, alors il ne pouvait se permettre de perdre devant celles-ci. Et il mena son équipe à la finale. Ils devinrent les gagnants du Tournoi des Aventuriers du Continent du Sud.

« Undying Man, construis la ville la plus luxueuse. Après que tu seras devenu suzerain, de nombreuses belles filles se pâmeront devant toi », le réconfortèrent ses camarades suite à l’échec de la 3 658e confession. Aussitôt qu’il entendit cela, ce dernier se leva, remotivé, et rugit : « C’est ça ! Je vais devenir le suzerain le plus fort, unifier le Continent du Sud et sortir avec toutes les belles filles de ce continent ! »

 

 

Localisation actuelle : Continent du Nord
Surnom : La suzeraine des fleurs – Fleur du Nord
Décrit par les autres comme étant : la plus belle fleur sous le soleil
Citation célèbre : « Ahlala, mon soutif ne supporte plus mes seins à présent… Ah non ! Je veux dire, c’est qu’il n’y a aucun homme qui ne serait séduit par une fleur comme moi ! »

 

 

« Aaah ! Est-ce que ma peau ne serait pas devenue rugueuse ? Mari n° 5, viens ici et regarde pour moi ! » susurra Fleur du Nord d’une voix mielleuse en l’appelant doucement.

Ledit Mari n° 5 vint à elle, et, avec une affection sans pareille, lui caressa doucement la joue, qui était aussi douce et lisse que du tofu. « Comment pourrait-elle être rugueuse ? Fleur, ton visage est le plus lisse et le plus délicat du monde entier, même la brise la plus légère pourrait le briser. »

Les mains délicates et élancées de Fleur du Nord prirent celles plus grandes du Mari n° 5. Ses doigts dessinèrent des cercles sur le dos de sa main, tandis qu’elle parlait d’une voix timide pour réfuter : « C’est si ennuyeux. Si tu le dis comme ça, Fleur sera embarrassée. »

Mari n° 5 rigola et remarqua de ses yeux perçants que les autres étaient revenus. Il demanda : « Vous êtes seulement allés acheter de la nourriture, qu’est-ce qui vous a pris tant de temps ? »

« Nous avons entendu des nouvelles du Tournoi des Aventuriers. Vous souhaitez y participer ? » répliqua Mari n° 4.

« Demandons à Fleur ! » suggéra Mari n° 3.

Fleur du Nord mordilla gentiment ses lèvres, et ses yeux se brouillèrent alors qu’elle disait : « Le Tournoi des Aventuriers ? Ça a l’air vraiment intéressant ! »

« Puisque Fleur aime cette idée, pourquoi ne pas nous y joindre ? Nous présenterons la victoire comme un cadeau pour elle », proposa Mari n° 1, débordant d’esprit héroïque.

 

 

Quand une fille magnifique se tient derrière un homme en l’encourageant, n’importe qui peut se donner à 200 % de ses capacités, sans parler des maris sincèrement doués de Fleur du Nord ! Se rappelant le combat pour gagner le cœur de la beauté numéro un du Continent du Nord, Fleur du Nord, la compétition avait vraiment été sans précédent, avec un taux de participation immense. Seule la mêlée de six cents personnes du Tournoi des Aventuriers pouvait être légèrement comparable à ce spectacle.

Au bout de trois jours et de trois nuits de combats difficiles, le sang des guerriers avait créé une aire qui fut connue plus tard comme la Plaine de Terre Rouge. La vue des piliers blancs qui s’envolaient alors que les joueurs décédaient avait contribué à nommer le pavillon où attendait Fleur du Nord pour connaître les résultats : Pavillon Phare. Tous les guerriers tombés avaient été appelés les « 7200 martyrs du combat pour la Fleur. »

À la fin, seules cinq personnes avaient survécu. Comme ces cinq individus étaient vautrés à terre, incapables de bouger, et ne pouvaient même plus distinguer le haut du bas, ils acceptèrent de devenir les chevaliers protecteurs de la Fleur.

Comment une telle équipe pourrait-elle être faible ?

 

 

C’est ainsi que, grâce aux efforts de ses cinq maris, Fleur du Nord, une prêtresse, devint la première et unique suzeraine, tous les continents inclus, qui n’était pas un guerrier : La suzeraine des fleurs.

« Ah, mes maris ! Je veux un château comme celui de Cendrillon ! » déclara coquettement Fleur du Nord à ses Maris n° 1, 2, 3, 4, et 5 après avoir reçu la parcelle de terre.

« Pas de problème ! » Face au charme de la jeune fille, le héros devient prisonnier, et les cinq maris se mirent immédiatement à construire le château de Cendrillon.

« Hé hé, mes maris me traitent vraiment bien. Je dois absolument en trouver plus à l’avenir. » Fleur du Nord s’allongea avec paresse sur le long trône, en limant avec délicatesse ses magnifiques ongles parfaits.

 

 

Localisation actuelle : Continent Central
Surnom : Le suzerain sanguinaire – Prince
Décrit par les autres comme étant :

Fille : Trop craquant, trop cool, il faut absolument que je devienne sa femme !

Gars : (grinçant des dents) Deviens encore plus beau et tu vas voir ce qu’il va se passer.

Citation célèbre : « J’ai faim. »

 

 

« Pourquoi n’y a-t-il aucune archive sur Prince ? »

Qui a posé cette question ? Que quelqu’un amène cette personne et lui fasse essayer les Chaînes de Torture sans fin de Doll !

Romance RPG : Partie 26

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Romance RPG

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Part Twenty-six – traduit du chinois vers l’anglais par Trespasserby[PR!]
Partie Vingt-six – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

En marchant vers les portes du palais, alors que presque toutes les filles de familles nobles arrivaient en carrosse, Meng avait l’air très bizarre à pieds. En plus, une jeune femme aussi élégamment vêtue portant une épée sur son dos donnait une impression encore plus étrange. Néanmoins, le plus étrange était que personne ne semblait alarmé par la présence de l’épée. Même les gardes à l’entrée ne posèrent aucune question à Meng sur ce sujet et lui permirent d’entrer.

« Marcher jusqu’ici ? Je ne voudrais pas salir ma robe de bal, particulièrement une d’un blanc pur que préfère le prince Édouard. »

Cette voix leur sembla légèrement familière. Meng se tourna dans sa direction avec suspicion. Comme attendu, il s’agissait d’une personne qu’ils avaient déjà rencontrée précédemment : Marisa, la fille du duc Biggs. La robe qu’elle portait leur était familière également. C’était celle qui avait plu à l’Épée-Fantôme au premier coup d’œil. La robe sirène qu’elle portait sur sa silhouette élancée mettait l’emphase sur ses magnifiques courbes. Toute sa personne était belle au-delà de toute comparaison.

« Un paon, même habillé en blanc, reste toujours un paon », lâcha l’Épée-Fantôme avec désinvolture.

Meng ne put retenir un fou rire. Cela contraria beaucoup Marisa. Elle s’était moquée de Meng, mais, en entendant son rire, elle avait l’impression que c’était d’elle dont on se moquait.

Par contre, dès que Marisa eût détourné la tête, elle vit le rayonnant et scintillant prince Édouard qui se dirigeait dans leur direction. Elle cessa de porter attention à Meng qui était à côté d’elle et révéla son sourire le plus raffiné. Sauf qu’elle n’arrivait pas à empêcher ses yeux de briller de désir. Ah, ce rayonnant prince parfait…

« Meng, vous êtes venue. » Édouard marcha vers elle avec une allure élégante, mais salua Meng la première.

Meng regarda Édouard de la tête aux pieds. Aujourd’hui, il portait une tenue d’uniforme militaire d’un bleu foncé, mais celle-ci gardait un design minimaliste et n’arborait aucune médaille. Meng le complimenta avec sincérité : « Cette tenue vous va à ravir. Vous avez l’air très séduisant. »

Édouard sourit. Il était capable de dire que Meng le complimentait sincèrement et n’avait aucune autre intention.

« Votre Majesté, le prince Édouard, Marisa est ravie de vous voir à nouveau. »

Comme Marisa faisait la révérence avec grâce, son visage affichait un sourire aussi parfait quel que soit l’angle sous lequel on le regardait.

Édouard sourit et lui retourna sa salutation courtoise : « Je suis honoré de vous avoir de nouveau rencontrée, mademoiselle. »

Marisa paraissait exaltée qu’Édouard lui ait répondu aussi poliment, mais Meng secoua mentalement la tête. Elle savait que, quelle que soit la personne à laquelle il s’adressait, Édouard demeurait toujours poli à ce point. Plus tôt, Édouard avait mis la moitié d’un mois à apprendre comment cesser d’ajouter le mot « mademoiselle » au nom de Meng. Marisa montrait une expression de fausse modestie, espérant que le prince l’inviterait à danser, ou peut-être à aller se balader quelque part parmi les fleurs sous le clair de lune…

« Me feriez-vous l’honneur de m’accorder cette danse ? » Édouard baissa élégamment la tête, avec la main tendue, attendant la réponse de la demoiselle. Cependant, cette demoiselle n’était pas Marisa.

Meng sourit en jetant un regard un peu inquiet à la contenance raide de Marisa. Toutefois, elle plaça tout de même sa main dans la paume d’Édouard.

Alors qu’Édouard menait Meng jusqu’à la piste de danse, il s’enquit : « Les gardes vous ont-ils causé des problèmes ? Je leurs ai ordonnés de ne pas vous déranger au sujet de votre épée… »

Meng comprit tout à coup. « C’était donc ça. Je dois vraiment vous remercier… »

Ils marchèrent tous les deux de plus en plus loin jusqu’à ce qu’ils atteignent le centre de la piste de danse. Meng employa les pas de danse qu’elle était parvenue à apprendre en seulement un mois pour danser avec Edward. Leurs mouvements paraissaient très naturels. Il n’y avait pas la moindre trace d’atmosphère forcée entre eux.

En revanche, deux personnes étaient très mécontentes de la situation. L’une d’elle était l’Épée-Fantôme. Il était parvenu à persuader Meng d’aller au bal, mais, à présent, en voyant Meng danser joyeusement avec Édouard, il n’était vraiment pas content. Plus particulièrement, comme ils dansaient lentement, les prédictions de Bai Xue Chen se vérifiaient. La vue d’Édouard et de Meng en train de danser mettait l’Épée-Fantôme de mauvais poil ; la vue d’Édouard qui posait sa main sur la taille de Meng frustrait l’Épée-Fantôme ; la vue d’Édouard qui murmurait à l’oreille de Meng faisait rager l’Épée-Fantôme.

Pour résumer le tout en une phrase, il était d’une humeur extrêmement exécrable !

« Voudriez-vous qu’on aille se promener dans le jardin en fleurs ? » lui offrit Édouard.

« Hein ? » Meng était quelque peu incertaine de ce qu’elle devait faire. Ses yeux continuaient de dériver vers l’Épée-Fantôme.

L’Épée-Fantôme était depuis longtemps sur le point d’exploser de colère, et il lui dit presque durement : « Si tu veux y aller, vas-y. Tu ferais mieux de demander à quelqu’un de me tenir pendant que tu seras partie, parce que je n’ai pas envie d’être de trop dans votre couple. »

En entendant la réponse de l’Épée-Fantôme, le visage de Meng sombra. « Oh. Je comprends. » Après qu’elle eût terminé de parler, elle confia réellement l’Épée-Fantôme à un garde et s’en alla dans le jardin en fleurs avec Édouard.

Cette garce ! À cet instant, l’Épée-Fantôme était furieux au point de cracher des flammes.

« Donnez-moi l’épée », résonna la voix d’une jeune femme, remplie de rage et de jalousie.

L’Épée-Fantôme se retourna pour voir. La fille-paon ? Il fronça les sourcils. Qu’est-ce que ce paon peut bien me vouloir ?

Le garde semblait en proie à un dilemme. Il savait que la femme devant lui était la fille d’un duc et n’osait pas lui désobéir. Le garde lui répondit avec précaution : « Demoiselle Marisa, cette épée m’a été confiée par quelqu’un d’autre. Si vous souhaitez avoir une épée, vous pouvez vous en procurer une à l’armurerie… »

« Je veux cette épée ! » cria Marisa sur un ton féroce.

« Mais… »

« Donnez-lui l’épée. »

Le garde se tourna pour regarder le propriétaire de la nouvelle voix. La personne qui avait parlé était le duc Biggs. C’était quelqu’un que le garde n’osait pas défier. Il tendit l’épée à Marisa. L’Épée-Fantôme était sous le choc. Il s’écria : « Qu’est-ce que vous me voulez… Mmph… » Il était incapable de finir de parler ; Marisa lui avait couvert la bouche.

Le duc Biggs envoya le garde ailleurs et dit à Marisa : « Je vais détourner l’attention du prince tout à l’heure. Sers-toi de l’épée pour distraire la fille. Il vaudrait mieux que tu l’enfermes dans les donjons. Le prince n’ira pas la chercher là. »

« Mmph… Meng… Mmmmph ! » L’Épée-Fantôme entendit leur conversation et lutta encore plus désespérément pour se libérer, mais, ne possédant qu’une bouche et des yeux, était complètement impuissant.

La Reine Guerrière TP1C4 : Lumière et Ténèbres Partie 4

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Femme Guerrière Prologue Tome 1 – Lumière et Ténèbres

Roman version d’origine en chinois par –   (Yu Wo)


Chapter 4 : Light and Shadow Part 4 – Traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]
Chapitre 4 : Lumière et Ténèbres Partie 4 – Traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

« Épargne ta salive. Ils reviendront plus tard te forcer à signer un contrat d’esclavage. »

Le barde se retourna. Celui qui venait de parler était l’un des esclaves. Il était si couvert de crasse, avec un corps fin et frêle, qu’il était impossible de définir son genre. Si ce n’était pas pour sa voix indubitablement masculine, il lui aurait été impossible de définir son genre uniquement à partir de son apparence.

« Mais, comment est-ce possible ? » déclara gravement le barde. « Les esclaves ne sont autorisés à signer un contrat d’esclavage qu’une fois par an, lors de la journée qui y est dédiée ! En plus, un gouverneur, ou quelqu’un d’aussi important, doit être présent dans la ville pour servir de témoin ! »

« Où donc crois-tu être ? » répondit l’esclave d’un ton moqueur. « N’es-tu pas dans la prison du gouverneur ? »

En entendant cela, le barde fixa le vide pendant un moment avant de réaliser ce qu’il se passait. Il bégaya : « La gouverneur vi-viole les lois établies par le Roi Sacré en laissant des gens abandonner leur liberté en secret ? Co-comment peut-il oser faire une chose pareille ? »

L’esclave répondit sans grand enthousiasme : « S’il n’y avait pas d’argent à gagner dans ce trafic, personne ne le ferait. Néanmoins, les gens afflueront tant qu’il y aura de l’argent impliqué, même si c’est pour tuer d’autres personnes. De nos jours, dix ducats d’or ne sont pas toujours suffisants pour acheter un esclave par des moyens légaux. Mais, si quelqu’un capturait des esclaves pour les vendre, il pourrait gagner dix ducats d’or de cette manière. Y a-t-il un travail plus simple que celui-ci ? »

À ces mots, le barde devint très curieux au sujet de cet homme : son ton et son attitude étaient difficilement ceux d’un esclave. Il ne put s’empêcher de demander : « As-tu également été capturé et amené ici ? »

L’esclave resta silencieux durant un instant. Il répondit ensuite avec indifférence : « On peut dire ça. Un des esclaves s’est échappé hier, donc tu as probablement été capturé pour le remplacer. Après tout, le jour de la vente aux enchères arrive bientôt. Ils n’ont probablement pas assez de temps pour le chercher. »

Le barde se figea. Il s’enquit avec curiosité : « Une vente aux enchères ? »

« Oui, celle où l’on vend des esclaves clandestinement. » L’esclave poursuivit sans aucun enthousiasme : « C’est sans doute la vente la plus importante de la cité. Il reste encore deux jours avant l’événement. Tu ferais mieux de te dépêcher et de prendre une apparence moins soignée. »

« Pourquoi ? » Les yeux du barde s’élargirent. Lui qui était une personne aimant être propre à l’extrême !

L’esclave affirma d’un ton encore plus moqueur qu’avant : « Les esclaves sales sont envoyés au travail manuel. Les esclaves qui sont trop beaux sont envoyés pour travailler au lit. Mais, je suppose que, si tu préfères te prélasser au lit, alors fait ce que tu peux pour préserver ton joli minois ! »

Le visage du barde vira au rouge écarlate à ces propos. Il ramassa précipitamment une poignée de terre au sol et l’étala sur son visage. Toutefois, il vomit presque en se l’appliquant. La terre, à cet endroit, empestait. Elle ne sentait pas seulement la terre, mais également les excréments et la nourriture rance.

Le barde fut si dégoûté par cette odeur que des larmes commencèrent à couler de ses yeux, pourtant il ne pouvait pas non plus retirer la terre de son visage. Il gémit comme s’il était à un enterrement : « Pourquoi une telle chose se produit-elle ? Ne sommes-nous pas en période de paix et de prospérité ? Le Roi Sacré ne permettrait jamais qu’on vende des esclaves dans la clandestinité… »

L’esclave renifla avec dédain : « Hmph ! Le Roi Sacré ? Pour des gueux comme nous, savoir qui est roi ne fait aucune différence. Nous ne sommes pas en position de recevoir « sa grâce », et il est peu probable qu’il se préoccupe d’endroits comme celui-ci. »

Le barde voulut s’opposer à cette affirmation, puisqu’il avait visité de nombreuses cités en paix sous la guidance du Roi Sacré durant son voyage et que c’était la première fois qu’il se retrouvait dans une situation pareille. Mais, au lieu de cela, il se plongea dans ses pensées.

L’esclave considéra le barde d’un air étrange et, avec une certaine curiosité, lui demanda : « Qu’y-a-t-il ? Tu as sombré dans le désespoir aussi vite ? »

Le barde secoua un peu la tête et répondit de manière assez confuse : « Non. Je pensais juste à un de mes amis. Il m’a abandonné, il y a à peine cinq minutes, et ne s’est pas préoccupé du fait que j’aie été kidnappé. »

« Et tu le considères toujours comme ton ami ? » L’esclave leva les yeux au ciel, ceux-ci étaient enfouis sous ses longs cheveux ébouriffés.

Le barde ne prêta pas attention à ce que l’esclave lui disait. Il continua de parler tout seul : « Oh ! Au contraire, en considérant ce que tu as dit précédemment, j’ai l’impression que ce serait loin d’être une coïncidence si cette personne apparaissait ici. Peut-être qu’elle attendait justement la vente aux enchères clandestine. Si c’est le cas, je pense que je n’ai plus de souci à me faire… »

Pourtant, le capitaine de patrouille a affirmé que Manteau Rouge est un homme, mais la Reine Guerrière est une femme. Si Manteau Rouge est vraiment un homme, alors ce n’est définitivement pas la Reine Guerrière… Aaargh ! Je me retrouve à la case de départ ! 

« Sniff, sniff… Jamais de toute ma vie, je n’ai autant voulu voir une femme à ce point. » Le barde avait envie de pleurer, mais aucune larme ne coulait. Si Manteau Rouge était vraiment un homme, non seulement il avait échoué dans sa quête de retrouver la Reine Guerrière, mais en plus il risquait de devenir un esclave… Ayez pitié de moi !

« Tu es coincé en prison, et la seule chose à laquelle tu penses est une femme ? » Le bas du visage de l’esclave tiqua. Il voulait vraiment faire souffrir cet idiot devant lui, qui racontait n’importe quoi.

Le barde répliqua : « Évidemment que je pense à une femme ! Sinon, qui viendra nous sauver ? »

« Quoi ? » L’esclave se figea. Cependant, il songea au fait que l’homme devant lui était propre et beau à l’origine. Peut-être était-il le gigolo d’une femme, donc il souhait naturellement que ladite femme vînt le sauver.

« Par contre, je ne sais pas si Manteau Rouge est vraiment une femme ou pas… Sniff. Si j’avais su qu’une telle chose se produirait, je n’aurais pas laissé Dieu dans la forêt, parce que, au moins, Il aurait été capable de me sauver ! Après tout, c’est Dieu ! Même si c’est le Dieu des Globs, Dieu demeure quand même Dieu ! »

« … En fait, tu n’es qu’un pauvre fou ! »

 

 

« Hé ! Réveille-toi ! Comment arrives-tu à dormir comme une masse dans un endroit pareil ? »

Le barde se frotta les yeux et demanda avec confusion : « Oh… Le soleil est-il déjà levé ? »

« Tu peux attendre le lever du soleil si tu veux, mais, moi, je m’en vais avant ! »

« Tu t’en vas ? » Le barde avait le regard vide, tandis qu’il demandait : « Où donc ? »

« Hors de cette geôle, évidemment ! » L’esclave leva les yeux au ciel. Il ajouta sèchement : « Tu es encore en train de dormir ? Eh bien, je ne vais pas rester là à t’attendre. Salut ! »

Le barde resta stupéfait pendant un instant. Il cligna fort des yeux, et se réveilla enfin.

Les esclaves étaient tous rassemblés dans un coin, mais le nombre de personnes se réduisait progressivement un par un… Quand il ne resta que trois ou quatre personnes, le barde réalisa qu’ils avaient creusé un trou et partaient par-là !

Il en fut sans voix. Ce fut seulement lorsque presque tout le monde fût sorti qu’il regagna ses esprits. Il lâcha doucement : « Attendez-moi ! », et se débrouilla pour se tortiller à travers le trou derrière eux.

Quand il arriva de l’autre côté, il respira à fond l’air frais environnant, et laissa son regard se poser sur le ciel étoilé. Le barde comprit brutalement à quel point la liberté était précieuse. Être capable de d’échapper à cette misère remplissait son cœur d’un sentiment de béatitude.

Il se retourna pour examiner le trou. Bien qu’il ne fût pas très grand, sa taille était suffisante pour qu’un homme adulte puisse s’y faufiler. Il ne ressemblait pas quelque chose que quelqu’un aurait pu creuser à mains nues.

« Hé ! Hého ! Hum… Toi ! Comment as-tu réussi à creuser ce trou ? »

L’esclave leva encore une fois les yeux au ciel et répliqua : « Hé ? J’ai un nom, tu sais. C’est Cale ! Je prenais mon repas quand j’ai été capturé, donc j’ai caché ma cuillère à soupe sur moi à ce moment-là. Nous l’avons utilisée pour creuser. »

« Oh, Cale. Heureux de faire ta connaissance. Mon nom est Sylvestre. »

« Ce nom est long et pompeux… Es-tu un noble ? Par ici. » Après avoir parlé, peut-être parce que le barde lui avait également donné son nom, Cale agrippa ce dernier pour l’empêcher d’être séparé du reste du groupe dans la nuit noire.

« Je ne suis pas un noble. Ce nom m’a été donné par mon maître. »

Sylvestre étouffa un rire et secoua la tête pour nier. Cependant, il n’en était pas trop sûr non plus. Après tout, Lorenzo Louis, en tant que barde impérial, n’était pas seulement un noble, mais possédait également l’un des plus hauts rangs existants. Et puisque Sylvestre était le seul apprenti et successeur de Lorenzo, même s’il avait échoué à tout hériter de Lorenzo, il était vrai qu’il possédait quand même un certain statut.

« Que tout le monde s’arrête. On va se cacher ici pour le moment ! »

Sylvestre écarquilla les yeux. Cet endroit se trouve à peine à deux rues de la résidence du gouverneur ! Et moi qui pensais que nous allions bouger pendant toute la nuit. J’étais même inquiet à l’idée d’être laissé derrière puisque je n’ai aucune endurance physique !

« Cale, n’allons-nous pas quitter la ville ? » Les autres esclaves paraissaient également inquiets.

Cale secoua la tête et répondit : « Les portes de la cité ne sont pas ouvertes la nuit. Par contre, pas besoin de paniquer. Le gouverneur n’osera pas créer trop de remous en nous cherchant dans la ville. Après tout, vendre des esclaves sans permission est illégal. »

Tout le monde entra dans une maison. Cale s’accroupit immédiatement et tapota le sol avec sa main. En fin de compte, il ouvrit une porte secrète. « Entrez. Il y a un sous-sol. »

Les esclaves sautèrent dans l’ouverture un par un. Le sous-sol n’était pas aussi petit qu’il en avait l’air, et il y avait même de nombreuses conserves de nourriture disposées sur des étagères. Même si les conserves étaient couvertes de poussière, pour les prisonniers qui n’avaient pas eu un vrai repas depuis bien longtemps et qui auraient même mangé du pain piétiné, ce n’était qu’un détail.

Cale lança un pot à Sylvestre. Ce dernier fut incapable de réagir immédiatement et tituba pendant un bon moment avant de réussir à retrouver son équilibre.

« Mange. Ne t’inquiète pas. J’en ai déjà mangé auparavant. C’est vrai que le goût mais tu ne risques pas d’en mourir. »

Sylvestre fronça les sourcils en considérant le pot particulièrement sale. Toutefois, il ne pouvait que frotter le pot sur ses vêtements avant de manger la nourriture à l’intérieur sans se plaindre.

Bien que Sylvestre aimât la nourriture de qualité et fût très sélectif dans ce qu’il mangeait, après avoir suivi son maître par monts et marées pendant des années, il avait mangé tout ce qu’il était possible d’imaginer. Et c’est sans mentionner le fait que, au moment où il avait rencontré son maître, il était obligé d’apprendre à cuisiner : pouvoir manger des rations déshydratées était considéré comme un repas de luxe. Et dans le cas où ils auraient fini toutes les rations et ne parvenaient toujours pas à localiser une ville, dans ce cas il devait se préparer mentalement à goûter toutes sortes de choses, que ce fût à moitié cuit ou brûlé, telles que de la viande de grenouille bouillie aux herbes ou un banquet de globs.

En mangeant la nourriture vinaigrée qui avait un peu tourné, Sylvestre commença à réfléchir à sa situation.

Je ne peux m’empêcher de penser que notre évasion a été trop simple. J’ai l’impression d’oublier quelque chose… Ah ! C’est vrai. Les gardes n’ont pas essayé de nous empêcher de nous enfuir du tout ! Il s’exclama : «  Nous avons été très chanceux que les gardes aient été retenus ailleurs pour quelque raison ! »

« Chanceux ? » Cale rit froidement et répondit : « Je les ai observés pendant plusieurs jours. Ces gardes sont incroyablement paresseux. Quand ils effectuent leur rotation, ceux de l’équipe d’avant partent en avance, et ceux de l’équipe d’après arrivent en retard. L’intervalle où il n’y a personne dure environ une demi-heure au minimum. »

Une demi-heure ? Le barde fut consterné tandis qu’il percutait : Il n’y a pas plus de douze heures de lumière par jour… Ces gardes se laissent aller dans des proportions incroyables !

Cale donnait des ordres à tout le monde, tel un général. « Vous pourrez faire ce que vous voulez quand vous aurez fini de manger, mais gardez le volume sonore bas. Essayez de ne pas parler du tout si vous le pouvez, sauf si vous souhaitez que les équipes de recherches nous repèrent. »

Quoi ? Personne ne veut partir seul ? Sylvestre observa les gens autour de lui avec stupéfaction. Il y avait environ vingt personnes, et pratiquement tout le monde avait l’air inquiet. Au moins, Cale semblait être quelqu’un qui savait ce qu’il faisait, et il avait déjà réussi à tous les faire sortir de prison.

Sylvestre était également effrayé à l’idée de partir. Il avait déjà rencontré les gardes deux fois. S’il ne faisait que mettre un pied dans la rue, il se ferait forcément capturer de nouveau.

Après avoir mangé, personne n’osa prononcer le moindre mot. La plupart d’entre eux se contentèrent de baisser la tête et de s’endormir.

Sylvestre avait à l’origine eu l’intention de discuter avec Cale, mais il reçut un regard noir et fut même réprimandé par un « Pas de bruit » sec. Il n’avait rien à faire et n’avait pas particulièrement sommeil, mais essaya quand même de dormir.

Petit à petit, il succomba au sommeil. Au début, il ne pouvait pas dormir du tout, néanmoins, quand il fut à moitié endormi, il sentit brusquement quelqu’un le pousser. Immédiatement, il se réveilla et la couleur rouge apparut sous ses yeux…

« Manteau… » Rouge ?

Invincible Partie 4 : Nous Sommes Invicibles

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 4: We Are Unbeatable – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 4 : Nous Sommes Invincibles – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

Alors qu’ils étaient encore à l’extérieur de la ville, Aldrizzt arrêta soudainement de marcher. Il enfila d’abord son manteau et descendit la capuche jusqu’à son menton. Ensuite, il mit des gants. Après qu’il se fût emmitouflé de la tête aux pieds, il demanda à Neo avec un peu d’inquiétude : « De quoi ai-je l’air ? »

Puisque je me suis enveloppé comme ça, personne ne devrait pouvoir dire que je suis un elfe noir, n’est-ce pas ?

Neo l’examina attentivement et commenta ensuite : « Je pense que… »

Que penses-tu ? Aldrizzt attendit l’opinion de Neo nerveusement.

« Je pense que tu as l’air extrêmement louche. »

« … » Aldrizzt resta silencieux pendant un instant. Il lâcha sèchement, mécontent : « Ça va sans dire ! Je veux savoir si tu peux dire que je suis un elfe noir au premier regard ! »

Neo leva un sourcil et dit négligemment : « Qu’est-ce que ça peut bien faire si tu es reconnu ? »

Aldrizzt secoua la tête et fit remarquer : « Si les humains découvrent que je suis un elfe noir, ils vont définitivement nous chasser hors de la ville. Nous ne pouvons plus aller chasser dans la forêt. Dans ce cas, si nous ne pouvons pas non plus aller en ville pour acheter à manger, ne risquons-nous pas de mourir de faim ? »

Neo fronça les sourcils et cessa de protester contre le déguisement d’Aldrizzt.

Ensuite, ils pénétrèrent dans la cité. Neo n’était pas très intéressé par cette petite ville, mais Aldrizzt ne pouvait s’empêcher de regarder partout. Bien qu’il fût à la surface depuis quelque temps, il n’était jamais entré dans une cité auparavant. Maintenant qu’il était dans une ville, c’était évident qu’il allait être fasciné.

Étonnamment, cette petite ville près de la forêt était très vivante. Néanmoins, de nombreuses personnes portaient l’équipement des aventuriers et transportaient même des bagages. Puisqu’ils ne paraissaient pas être du coin, il s’agissait très fort probablement d’aventuriers en voyage.

Aussi, parce que les voyageurs étaient très variés, personne ne vint leur chercher des ennuis, malgré l’attirail d’Aldrizzt qui attirait pas mal de regards soupçonneux. Aldrizzt poussa un grand soupir de soulagement, il n’avait plus peur d’entrer en contact avec des humains.

Neo marcha avec confiance jusqu’à un bâtiment en briques avec un panneau « Guilde des Aventuriers du Continent » suspendu sur la porte. C’était également un endroit qu’Aldrizzt n’avait jamais vu auparavant. Il n’y avait pas foule à l’intérieur, puisqu’il y avait seulement un peu plus de dix personnes. Ils se tenaient face aux murs de chaque côté, par groupes de deux ou de trois, tous en train de consulter les annonces placardées aux murs.

Est-ce qu’il pourrait s’agir de la Guilde des Aventuriers dont on parle dans les livres ? Curieux, Aldrizzt demanda à son compagnon : « Es-tu déjà venu ici par le passé ? La route te semblait très familière. »

Neo pointa le toit et dit : « La Guilde des Aventuriers dresse toujours un drapeau sur son toit. S’il s’était agi d’une cité plus grande, je n’aurais peut-être pas été en mesure d’apercevoir ce drapeau. Mais, cette ville n’est pas très grande, alors je l’ai remarqué au moment même où nous sommes arrivés. »

Une fois qu’ils eurent fini de parler, il entra dans le bâtiment de la guilde. Aldrizzt le suivit précipitamment.

Quand ils furent à l’intérieur, Neo suggéra : « Tu devrais d’abord aller vérifier s’il n’y a pas une mission que nous pourrions prendre. Je vais enregistrer notre équipe et m’occuper de quelques menus problèmes. »

Aldrizzt acquiesça. Il marcha alors jusqu’au mur et observa les annonces avec curiosité.

Neo s’avança seul jusqu’au comptoir de la réception. Il commença par enregistrer le nom de leur équipe et se prépara à envoyer un message à la Cité du Bourgeon. C’était l’une des choses que Chasel lui avait dit qu’il devait faire quoiqu’il arrive. Quand l’un des Douze Chevaliers Sacrés voyageait, il devait impérativement envoyer au moins un message à la Cité du Bourgeon tous les mois.

Quoique, Neo avait l’étrange impression que cette règle avait principalement été créée pour son bien, puisque, parmi sa génération des Douze Chevaliers Sacrés, la majorité d’entre eux restait à la Cité du Bourgeon ou était rentrée dans leur ville d’origine. À part lui, personne d’autre ne semblait voyager.

Est-il vraiment nécessaire de s’inquiéter autant à mon sujet ? Vous voyez, je suis parti à l’aventure depuis un long moment maintenant. Ne suis-je pas encore en vie et bien-portant ? Qu’ont-ils tous à s’inquiéter pour rien ? Soupir !

Néanmoins, il était forcé de docilement effectuer ces choses triviales comme on le lui avait ordonné. Bien que Chasel ne l’effrayât pas le moins du monde, il serait pénible que ce dernier vînt à s’énerver réellement, particulièrement puisque tout le monde semblait avoir accepté de tout cœur quand celui-ci avait suggéré cette règle. S’il n’obéissait pas, il y avait un risque pour que onze personnes vinssent chercher les ennuis pour le récupérer.

Il obtint un crayon et du papier auprès des employés de la Guilde et commença à rédiger ce que Chasel lui avait demandé d’écrire : sa localisation, ses compagnons, ce qu’il allait faire ensuite…

Concernant son compagnon, Neo hésita un peu avant d’écrire qu’Aldrizzt était un elfe noir. Par la suite, il mentionna brièvement qu’ils étaient pourchassés par ses semblables. Évidemment, il le mentionna juste en passant et précisa même qu’il s’agissait là d’un problème bénin qu’il aurait tôt fait de résoudre.

En ce qui avait trait à sa localisation, il écrivit : « Je ne sais pas. » Pour ce qu’il allait faire ensuite, il inscrivit négligemment : « Explorer les alentours. » Il prévoyait d’écrire la même chose dans le futur.

Quand il eut fini d’écrire, Neo passa le message à l’employé de la Guilde, qui lui sourit et lui dit automatiquement : « Le coût total pour envoyer votre message et enregistrer votre équipe est de trente-cinq ducats d’argent. »

Neo fouilla dans ses poches et parvint à en extirper un ducat d’or et plus de dix ducats d’argent pour payer la facture.

« Ahhh ! »

Entendant subitement un cri, Neo se retourna par réflexe. Quelqu’un regardait Aldrizzt avec horreur. Quand Aldrizzt fit un pas pour se rapprocher de lui, cette personne recula hâtivement de plusieurs pas et chancela même, tombant presque au sol.

Voyant cela, Aldrizzt semblait ignorer quoi faire. Il tira même inconsciemment sa capuche plus bas sur son visage.

Au même moment, les personnes autour semblaient trouver que quelque chose clochait. L’un après l’autre, ils observèrent Aldrizzt avec prudence.

La personne terrifiée fixa Aldrizzt et bégaya : « N-Noir… »

« Aldrizzt ! Allons-y. Je suis totalement mort de faim, alors allons chercher quelque chose à manger », le héla Neo. Il marcha jusqu’à Aldrizzt, attrapa le bras de son compagnon en un mouvement, et tira dessus sans sembler se préoccuper des gens qu’ils laissaient derrière.

« Il a vu mon visage », déclara Aldrizzt avec anxiété après avoir été tiré hors de la Guilde.

« Et alors ? » répliqua Neo, pas du tout inquiet. « Tu n’as rien fait dont tu doives avoir honte. Tu n’es peut-être pas aussi beau que moi, mais ton physique est quand même passable, bien qu’un peu noir. »

« Si je n’étais pas noir, je serais simplement un elfe ! » aboya Aldrizzt. Il continua nerveusement. « Quand même, il a découvert que je suis un elfe noir. J’ai peur que… »

Neo se tourna vivement vers lui, attrapa les épaules d’Aldrizzt et dit avec sérieux : « Aldrizzt, tu veux vivre à la surface et partir à l’aventure avec moi. Pensais-tu réellement que personne ne découvrirait que tu es un elfe noir ? »

« Je sais que c’est impossible, mais nous sommes actuellement poursuivis par mon peuple. Nous avons aussi été chassés de la forêt par les elfes… »

Neo l’interrompit impatiemment en affirmant : « Ne sois pas aussi râleur ! Il y a seulement cinquante elfes noirs à nos trousses. Si le pire venait à arriver, nous n’aurions qu’à les combattre. »

Aldrizzt secoua la tête. Il croyait que Neo ne connaissait pas non plus ce que représentaient « cinquante elfes noirs ». Non seulement chaque membre de sa race était doué au combat, mais ils étaient également des experts dans les embuscades et l’utilisation d’armes cachées. Pour résumer, bien que Neo ait été le Chevalier du Soleil, il serait absolument impossible pour deux personnes de vaincre cinquante elfes noirs !

Neo regarda autour de lui. Même si cette ville n’était pas très grande, il y avait un certain nombre d’auberges. Cela avait assurément un lien avec tous les aventuriers présents. Il ne put s’empêcher de marmonner : « Y a-t-il un bon endroit pour partir à l’aventure ? Pourquoi y a-t-il autant d’aventuriers ici ? »

« C’est juste derrière toi ! » répondit Aldrizzt. « Cette grande forêt est définitivement un bon endroit pour partir à l’aventure. »

« Vraiment ? » dit Neo avec suspicion. « Comment se fait-il que je n’aie pas le sentiment qu’il y a quoi que ce soit d’assez dangereux pour y mériter une aventure ? »

Aldrizzt soupira et expliqua : « Ce n’est pas dangereux uniquement parce que c’est toi et moi qui y étions. Je suis un elfe noir qui a plus d’une centaine d’années, et tu es le Chevalier du Soleil. Évidemment que nous ne pensons pas que c’est dangereux ! Je crains qu’il n’y ait pas beaucoup d’aventures dans ce monde que nous ne puissions gérer. »

« Oh, vraiment ? Ne sommes-nous pas pourchassés par cinquante elfes noirs en ce moment ? » rétorqua simplement Neo, tandis qu’il considérait l’auberge la plus luxueuse d’un regard et avançait vers elle sans hésitation.

Au moment où Aldrizzt aperçut cette auberge propre et ordonnée avec un mobilier plutôt somptueux, il se sentit en situation précaire. Il murmura rapidement : « Neo, as-tu de l’argent ? »

« Oui. » Neo ne mentait pas ; même après avoir payé la Guilde, il devait encore avoir soixante-dix ou quatre-vingts ducats d’argent.

Quand Aldrizzt entendit la réponse de Neo, il se calma. Bien qu’il n’eût jamais vu où Neo gardait son argent, si Neo disait qu’il en avait, alors c’était probablement le cas.

Au moment où ils entrèrent dans l’auberge, quelqu’un vint immédiatement à leur rencontre. Neo ordonna très naturellement : « Préparez une chambre pour deux, mais, d’abord, servez-nous à manger et de l’alcool. Je veux du vin d’au moins dix ans d’âge, de la soupe en entrée, la spécialité de votre chef comme plat principal — mais, il doit y avoir de la viande — et des fruits locaux pour les essayer. »

Pendant que Neo commandait la nourriture, Aldrizzt contempla l’intérieur de l’auberge. Il y avait peu de clients, mais la plupart d’entre eux ressemblaient à des marchands plutôt qu’à des aventuriers. Il semblerait que les aventuriers ne restassent pas souvent dans des auberges de haute classe. Les marchands ne paraissent pas s’intéresser à l’Aldrizzt momifié, mais ils étaient extrêmement intrigués par Neo, dont les actions étaient très raffinées. Aldrizzt en soupira de soulagement.

Après qu’ils se fussent assis, Aldrizzt observa Neo avant de soupirer à nouveau et de déclarer : « Si tu ne m’avais pas dit que tu étais un chevalier sacré, j’aurais pensé que tu étais un prince. Tu agis vraiment comme un aristocrate, et un de rang extrêmement élevé en plus. »

« Oh. » Neo haussa les épaules et expliqua : « J’entretenais une bonne relation avec la famille royale et je me rendais souvent au palais. Par conséquent, j’ai toujours voyagé avec le prince et la princesse. »

Ce qu’il ne disait pas, par contre, était que, chaque fois qu’ils voyageaient, les gens pensaient qu’il était le prince et traitaient le vrai prince comme son assistant.

« Assez parlé, mangeons ! Il est impoli de parler et de manger en même temps. »

Tu n’étais pas aussi exigeant quand nous étions dans la forêt, donc pourquoi parler soudainement de bonnes manières quand nous allons à l’auberge ? Aldrizzt était soupçonneux, mais il ne répondit pas et se contenta de manger en silence.

Durant les quelques jours suivants, sous le prétexte d’aller à la Guilde pour vérifier s’il y avait des missions adaptées qu’ils pourraient prendre, Neo passa toute la journée à se promener, jusqu’à ce qu’il eût exploré toute la cité. Aldrizzt, quant à lui, n’osa pas sortir, car il avait peur que des gens découvrent qu’il était un elfe noir.

Bien que Neo l’eût réprimandé, Neo ne pouvait rien faire pour améliorer la situation d’Aldrizzt, et il aurait été étrange de le traîner jusqu’à l’extérieur. En fin de compte, Neo laissa Aldrizzt faire ce qu’il voulait et, à la place, passa ses journées à se faire plaisir en visitant la Guilde des Aventuriers, des tavernes et en se promenant en ville.

 

 

« Neo ! Neo ! » cria Aldrizzt avec panique.

Neo grogna, s’étira paresseusement et s’assit sur le lit. Il demanda paresseusement : « Qu’y a-t-il ? J’ai trop dormi ? » Neo était plutôt surpris, puisqu’il se réveillait d’habitude à une heure fixe.

« Non, c’est le milieu de la nuit. »

« Dans ce cas, pourquoi m’as-tu réveillé ? » Mécontent, Neo ouvrit les yeux, seulement pour remarquer qu’Aldrizzt arborait une expression extrêmement horrifiée. Il resta bouche bée pendant un moment avant de demander : « Que se passe-t-il ? »

Aldrizzt, qui se tenait près de la fenêtre, tourna la tête vers Neo. Quand il vit que Neo était enfin réveillé, il pointa du doigt l’extérieur par la fenêtre et dit d’une voix tremblante : « Regarde… »

Neo se leva nonchalamment et regarda par la fenêtre. Il aperçut immédiatement de nombreuses torches qui brillaient vivement, et les gens qui les tenaient avaient même encerclé l’extérieur de l’auberge. À la lumière des torches, Neo pouvait voir que ces personnes étaient armées jusqu’aux dents avec des expressions tendues, mais emplies d’intention meurtrière.

Puisqu’Aldrizzt et lui n’avaient rien fait de mal en ville, la seule chose qui aurait pu provoquer une telle situation était le fait qu’Aldrizzt était un elfe noir.

Surpris, Neo émit plusieurs « tsk ». Il lâcha : « Les habitants de cette ville savent comment garder un secret. Je me suis baladé dehors ces derniers jours, mais je n’ai jamais senti d’animosité émaner de qui que ce soit. Serait-ce parce que ce sont tous des aventuriers ? »

Peut-être est-ce parce que tu es trop obtus ? pensa Aldrizzt silencieusement. Néanmoins, il n’était pas en état de se disputer avec son compagnon dans ce genre de situation. Inquiet, il demanda : « Neo, que devrait-on faire maintenant ? »

Neo répondit à la question d’Aldrizzt par un haussement de sourcil. Il n’avait pas d’idée bien définie en tête et songea plutôt, Je suis déjà pourchassé par des elfes noirs et des elfes, est-ce que les humains vont également rejoindre la mêlée ? Mon aventure est réellement devenue dangereuse et excitante !

Parce qu’il ne recevait pas de réponse de la part de Neo après avoir attendu un certain temps, Aldrizzt se tourna pour observer les humains rassemblés. Dans son cœur, il avait déjà pris sa décision. Il décréta simplement : « Neo, tu dois partir. »

Neo répondit naturellement de manière inattendue : « Évidemment que je pars ! Est-ce que tu insinues que je devrais rester et laisser des gens m’abattre ? »

En entendant cela, Aldrizzt sourit amèrement en son for intérieur. Neo était toujours tellement franc. Il ne s’était même pas donné la peine de décorer ses mots en disant des choses telles que « Il ne pouvait réellement pas supporter de laisser son compagnon derrière lui, mais il ne pouvait pas non plus s’opposer à sa propre race, donc il n’avait pas d’autre choix ».

Neo a vraiment dit qu’il allait partir avec une si grande franchise… Bien qu’il eût beaucoup de plaintes à formuler, Aldrizzt n’en exprima aucune à voix haute. Il murmura seulement : « Dans ce cas, au revoir. »

« Tu as fini de faire tes adieux ? »

« Oui. »

« Alors, on y va ! »

Hein ? Avant qu’Aldrizzt pût réagir, Neo l’avait déjà attrapé par la taille avec un bras, l’avait pris sur son épaule, s’était appuyé contre le rebord de la fenêtre avec l’autre, s’était penché à l’extérieur et avait sauté sur le toit. En cherchant désespérément dans les alentours un autre toit sur lequel il pouvait sauter, Neo râla auprès de son compagnon : « As-tu déjà appris le Sort de Vol ? Si oui, on pourrait s’enfuir en volant ! »

« Je ne peux pas l’apprendre aussi vite. Le Sort de Vol n’est pas facile à apprendre, et je ne suis pas très familier avec l’élément du vent », grommela Aldrizzt. Mais, il se rappela immédiatement quelque chose de plus important : « Neo, n’allais-tu pas partir ? »

« Évidemment », répliqua Neo, comme si la réponse était évidente. « Je suis déjà encerclé. Si je ne pars pas, cela ne revient-il pas à demander à être transformé en viande hachée ? »

Je voulais dire : ne vas-tu pas partir seul et laisser derrière toi un compagnon aussi problématique ? Toutefois, en voyant les actions de Neo à ce moment-là, ça ne semblait pas du tout être le cas. Aldrizzt sentit soudain que la conversation entre son compagnon et lui-même avait été comparable à celle entre une poule et un canard.

Neo traversa plusieurs toits. Il baissa le regard et se rendit compte que la foule en bas le suivait. Quelques-uns le copiaient même et étaient grimpés sur les toits. Néanmoins, ces personnes étaient probablement des voleurs agiles et d’autres classes similaires, donc même s’ils étaient grimpés sur les toits, ils n’osaient pas l’approcher trop rapidement. Au lieu de cela, ils gardaient leurs distances et calaient leur vitesse sur celle de Neo et d’Aldrizzt, en criant continuellement et en rapportant leur position aux personnes en bas : « L’elfe noir est là ! »

« Ne les laissez pas partir ! »

« Après eux ! »

Hormis le bruit des poursuivants de Neo et d’Aldrizzt, le reste de la ville était aussi silencieux qu’une cité fantôme. Dans le même temps, il n’y avait pas de lumière dans les rues, ce qui rendait leur poursuite d’autant plus facile. Tant qu’une personne trouvait le duo, tout ce qu’il avait à faire était de crier pour attirer une poignée d’hommes.

Ont-ils évacué les habitants en premier ? Ils se sont vraiment bien préparés ! D’un côté, Aldrizzt ne savait pas s’il devait applaudir la prévoyance des humains ou soupirer devant son destin inéluctable d’être capturé. Quoi qu’il arrivât, la seule chose dont il pouvait être sûr était qu’il était en effet un poids. S’il n’était pas entré dans la ville, alors ces habitants n’auraient pas été obligés d’être évacués pendant la nuit.

D’un autre côté, Neo commençait sérieusement à s’énerver, car il était incapable de semer ses poursuivants.

Ces elfes noirs qui attaquaient dès le moment où ils s’approchaient, il pouvait les tuer sans hésitation, mais dans ce cas-ci ils étaient tous humains. À l’exception des aventuriers, il y avait des personnes qui semblaient être des citoyens ordinaires parmi eux, donc il était réticent à les attaquer négligemment.

Après y avoir réfléchi, Neo put seulement dire, irrité : « Commençons par nous cacher dans la forêt. La plupart des gens ne peuvent pas nous y suivre. »

« Mais, les elfes nous ont interdit d’entrer dans la forêt », lui rappela Aldrizzt, sous le choc.

« Ignore-les. Dans tous les cas, les elfes ne sont pas aussi vicieux que les humains. Je ne crois pas qu’ils nous tueront si nous ne résistons pas ! Les humains, en revanche, se feront un plaisir de nous attacher à un bûcher et de nous brûler vif si nous ne leur résistons pas. »

En entendant cela, Aldrizzt resta muet. Est-ce que Neo sait qu’il est aussi un humain ?

Une fois que Neo eût pris sa décision, il ne se préoccupa plus de savoir si Aldrizzt était d’accord ou non. Il courut sur-le-champ jusqu’à la frontière de la petite ville. Puisque la ville n’avait pas de grandes portes, Neo balança un coup de pied dans la palissade et annonça qu’il quittait la ville.

Aldrizzt regarda derrière eux et son cœur sombra. Il révéla : « Ils nous suivent toujours. »

Neo émit un « mm » et accéléra sa foulée, tandis qu’il courrait vers la forêt. Quand il fut à environ cent mètres de la lisière, il s’arrêta net.

Perplexe, Aldrizzt demanda : « Neo ? »

Neo ne répondit pas, mais il n’en avait pas besoin. Aldrizzt avait déjà vu la raison pour laquelle Neo s’était arrêté de courir.

Une ligne entière d’elfes se tenait à la lisière de la forêt, avec leurs arcs prêts et une flèche encochée, comme s’ils attendaient qu’ils fassent tous les deux un pas de plus… Aldrizzt se retourna uniquement pour voir que le groupe d’humains les avait déjà rattrapés. Bien qu’ils eurent l’air d’avoir peur de s’approcher maintenant, une fois que plus d’humains se seraient rassemblés, ils les attaqueraient sans aucun doute.

Des humains devant eux et des elfes dans la forêt derrière eux…

Neo fronça les sourcils en voyant les elfes et se retourna pour regarder les humains. Il sentait que la situation actuelle devenait plutôt délicate. Qu’ils puissent gagner ou non était une chose, mais le plus gros problème était de savoir si oui ou non ils devaient attaquer. Les humains en face de lui étaient principalement des habitants effrayés et des aventuriers engagés, tandis que les elfes dans la forêt étaient connus pour faire partie d’une race bienveillante. Donc, à moins qu’il n’y fût contraint, il ne souhaitait ni les tuer ni les blesser.

Cependant, au vu de la situation actuelle, s’il ne les blessait pas, ils allaient probablement les blesser tous les deux…

« Pose-moi, Neo. » Aldrizzt descendit du dos de Neo et déclara calmement : « Neo, pars ! Nous nous sommes juste rencontrés par chance et ne sommes même pas des amis proches… »

« Alors, tu n’aurais pas dû m’aider à laver mes vêtements, à cuisiner, à faire les lits, et à chasser ! » Furieux, Neo lui coupa la parole et affirma à voix basse : « Tu t’es montré si généreux envers moi, si je te tournais le dos et partais maintenant, ne deviendrais-je pas un être méprisable, sans honte et ingrat ? À présent, tu devrais te taire et porter plus attention aux membres de ta propre race. As-tu remarqué qu’ils se cachaient dans les buissons des deux côtés ? »

Aldrizzt hocha la tête. Évidemment qu’il les avait remarqués. Il avait demandé à Neo de partir parce qu’il avait découvert que, en plus des humains et des elfes, les gens de son peuple se cachaient dans les buissons de tous les côtés, rendant leurs chances de fuite nulles.

Neo observa les elfes qui maintenaient leurs arcs levés, pensant qu’il n’y avait probablement pas beaucoup de place pour la négociation avec eux. Donc, il n’eut pas d’autre choix que de se tourner et de faire face aux humains. Aux humains qui semblaient prêts à les charger et à attaquer à tout moment, il affirma : « Je suis le précédent Chevalier du Soleil, Neo du Soleil. Au nom des Douze Chevaliers Sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière, je vous jure que cet elfe noir a déjà abandonné les ténèbres et a choisi de suivre la voie de la lumière… »

Avant qu’il eût même pu terminer de parler, la foule humaine avait déjà commencé à hurler furieusement.

« Ordure ! Comment pourrais-tu être le Chevalier du Soleil ? »

« Le Chevalier du Soleil n’aiderait jamais un elfe noir ! »

« C’est un elfe noir qui ne cessera jamais de faire le mal. En aidant un elfe noir, tu as trahi tous ceux de ton espèce ! »

« Les traîtres doivent mourir… TUEZ-LE ! »

Au moment où quelqu’un prononça les mots « tuez-le », la foule humaine s’éveilla et se mit à crier au meurtre et à la tuerie. Quelques-uns brandirent même leurs armes avec des yeux injectés de sang.

« Vous voulez me tuer, moi, le traître aux humains, c’est ça ? » Neo était si livide qu’il rit à la place. « Vous devriez connaître votre place ! Même si vous êtes assez nombreux, je n’ai pas une haute opinion de gens comme vous. Si vous n’étiez pas humains, je vous aurais déjà tous tués d’un coup d’épée il y a longtemps ! »

Après avoir dit cela, il dégaina réellement son épée. Des rayons de lune cruels se reflétèrent sur la lame…

« Arrête ! »

Aldrizzt enlaça Neo qui fulminait et s’écria : « Tu ne peux pas faire ça ! Neo, tu ne peux pas les blesser, c’est ton peuple ! »

Outré, Neo rugit : « Lâche-moi, je dois massacrer ces idiots qui ne savent pas ce qui est bon pour eux ! Ils ne peuvent même pas te vaincre, et ils osent dire qu’ils veulent me tuer ? Me tuer, moi, Neo du Soleil ? Laisse-moi les tuer et nous ouvrir la voie ! »

« Non ! Tu ne dois pas être imprudent ! » Aldrizzt s’accrocha à lui aussi fermement que possible. Il ne laisserait jamais Neo tuer des humains.

Non seulement les humains n’étaient pas effrayés de voir Neo sortir son épée, ils levèrent même leurs propres armes plus haut et commencèrent à le condamner haut et fort. Le contenu de leurs insultes était si horrible que même Aldrizzt ne pouvait supporter de les entendre, encore moins Neo.

Par conséquent, Aldrizzt serra Neo encore plus fort pour l’empêcher de charger et de tuer des gens.

Néanmoins, Neo n’avait plus l’intention de briser l’étreinte d’Aldrizzt. Il resta silencieux un moment. Puis, sans aucun avertissement, il relâcha un croissant d’aura de combat avec un balancement de sa lame, visant calmement et judicieusement devant les humains.

Voyant cela, Aldrizzt poussa un grand soupir de soulagement. Il avait cru que Neo trancherait directement en deux les gens qui l’avaient insulté.

À cet instant-là, la scène devint complètement immobile et silencieuse, à l’exception du nuage de poussières qui traversaient le ciel en s’élevant de la profonde tranchée horizontale creusée dans le sol. Quelques personnes qui ressemblaient à des citoyens en furent tellement terrifiées que leurs jambes devinrent aussi molles que de la gelée, ce qui les fit tomber au sol. Cependant, il y avait aussi les aventuriers expérimentés qui crièrent immédiatement : « Vous tous, n’ayez crainte ! De l’aide arrive, et ils sont seulement deux. De plus, les elfes dans la forêt vont nous aider. »

La présence des elfes avec leurs longs arcs semblait redonner du courage aux humains. Là aussi, ils ne savaient pas que les elfes ne feraient pas un mouvement tant que Neo et Aldrizzt n’entreraient pas dans la forêt.

Les elfes… Aldrizzt comprit finalement ce qu’il devait faire ! Il lâcha Neo, se retourna et courut vers la forêt… Pendant un moment, Neo en fut surpris. Il se tourna alors instantanément, le rattrapa précipitamment et agrippa le bras du mage sans aucun effort.

Par la suite, Neo fixa froidement Aldrizzt du regard. Se sentant coupable après avoir été fixé par les yeux sévères de celui-ci, Aldrizzt détourna le regard.

Comme il toisait Aldrizzt, Neo déclara avec une confiance absolue : « Tu pensais mettre fin à tout ça en courant vers la forêt et en laissant les elfes tirer sur toi jusqu’à ce que tu meures, n’est-ce pas ? »

Bien qu’il eût posé une question, il n’avait pas besoin de recevoir une réponse. Le corps d’Aldrizzt qui se raidissait soudainement lui suffit.

Neo renifla froidement avant de réprimander son compagnon : « N’y songe même pas. Moi, Neo du Soleil, je n’ai jamais laissé un compagnon mourir sous mes yeux ! Laisse-moi te dire, je ne laisserai aucun de ceux-là — cela inclut humains, elfes et elfes noirs — te tuer ! »

Sous le coup de la panique, Aldrizzt répliqua immédiatement : « Tu ne peux pas possiblement tous les tuer, et je ne te laisserai jamais faire une chose pareille. »

Neo promit simplement : « Je vais faire de mon mieux pour ne pas les tuer. Ce n’est pas si difficile. »

« Même si tu ne veux pas les tuer, les gens de mon peuple se cachent de ce côté. Ils ne vont sûrement pas rester là à regarder. Quand le moment arrivera, peut-être que toi, moi, les humains, et même ces elfes vont mourir de leurs mains ! »

Aldrizzt le supplia sincèrement : « S’il-te-plaît, Neo ! Même si tu ne me laisses pas entrer dans la forêt, laisse au moins mon peuple me ramener ! Ils ne me tueront peut-être pas, puisque nous sommes de la même race… » Pendant qu’il parlait, sa voix devint de plus en plus faible, car il ne pouvait même pas se convaincre lui-même de ses paroles.

Neo renifla avec dédain. Il ne croyait pas du tout que les elfes noirs laisseraient partir Aldrizzt. Il était possible qu’ils ne le tuassent pas immédiatement, mais ce serait uniquement parce qu’ils voudraient d’abord le torturer cruellement !

« Neo… » Quand Aldrizzt aperçut l’expression de Neo, il comprit immédiatement que Neo n’avait aucune intention de faire comme il avait dit.

Neo annonça sur un ton glacial : « Nous allons d’abord nous occuper des humains, et ensuite de ces elfes noirs. À présent, commence à préparer des sorts magiques pour m’aider, ou mets-toi sur le côté sagement ! »

Naturellement, Aldrizzt ne pouvait pas laisser Neo se battre seul. La seule chose qu’il pouvait faire était de réfléchir à quel sort magique minimiserait le plus les dégâts.

Tant qu’il avait son épée en main, Neo était paré pour la bataille. En même temps, les humains commençaient aussi à s’enflammer. Désormais, la bataille pouvait commencer à tout moment…

« Vous tous, cessez cette folie. »

Dans le silence, un simple ordre demandant aux gens de s’arrêter résonna. Le ton était très plat, mais il était aussi tellement imposant que personne ne pouvait l’ignorer.

Un certain nombre de personnes tournèrent la tête. Seulement alors, ils remarquèrent des gens formant une ligne en se tenant derrière eux. Ils n’étaient pas nombreux, juste onze. Les armures de ces chevaliers étaient toutes d’une couleur différente, et les armes qu’ils tenaient étaient également différentes — il y avait des épées, un arc, et même un grand bouclier —, mais ils avaient tous une chose en commun : un maintien solennel qui était si intense que personne ne pouvait détourner les yeux.

Qu’il s’agît de leurs armes ou de leurs vêtements, ces personnes ne semblaient pas être des aventuriers ordinaires. Ils se tenaient simplement là de manière détendue, mais ils relâchaient quand même une aura qui faisait sentir qu’ils ne devaient pas être sous-estimés. Ceci faisait comprendre à toutes les personnes que ces chevaliers n’étaient pas à prendre à la légère.

À la tête du groupe, une personne à l’allure très sombre se tenait au milieu de ces hommes en armures et les dirigeait. Non seulement ses cheveux et ses yeux étaient noirs, mais même les vêtements qu’il portait étaient totalement noirs. Tout son corps émettait une aura intimidante, particulièrement ses yeux dont le regard était aussi aiguisé que des lames de rasoir, ce qui faisait sentir aux personnes qu’ils regardaient qu’elles étaient interrogées.

Ce chef guida les autres à travers la foule humaine. Partout sur leur passage, les humains se poussaient pour leur ouvrir la voie… Finalement, ils se tinrent entre les humains et le duo.

D’un côté, Aldrizzt était réellement déconcerté. Il n’arrivait pas à comprendre pourquoi autant de personnes étaient apparues si soudainement et leva sa garde, car ils paraissaient très forts.

D’un autre côté, le regard de Neo se mit à se promener. Neo regardait tout — le ciel, le sol, l’herbe, et les elfes — à l’exception de ces onze personnes, et plus particulièrement ce chef vêtu de noir.

Le chef jeta un regard à Neo, puis se tourna pour faire face à la foule. Il décréta simplement : « Nous sommes les Douze Chevaliers Sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière. Je suis le Chevalier du Jugement. Maintenant, est-ce que quelqu’un pourrait me dire pourquoi vous encerclez notre Chevalier du Soleil ? »

Le Chevalier du Soleil ? Au début, tout le monde fut confus, mais ils se rappelèrent immédiatement ce que « tout le continent savait » à propos du Chevalier du Soleil : des cheveux dorés, des yeux bleus et une prestance belle et gracieuse.

À part les elfes, une seule personne correspondait à cette description, et c’était précisément celle qui se tenait aux côtés de l’elfe noir.

À ce stade, Aldrizzt fixa Neo avec une totale stupéfaction. Embarrassé et incapable de continuer à prétendre qu’il ne connaissait pas ces personnes, ce dernier demanda : « Chasel, tout le monde… Pourquoi êtes-vous là ? »

Au moment où le groupe de chevaliers sacrés entendit sa question, ils se retournèrent tous et levèrent les yeux au ciel à l’intention de leur Chevalier du Soleil. Après tout, la seule raison qui les avait poussés à venir était pour lui porter secours. Sinon, serait-ce possible pour ces onze personnes de passer par hasard tous ensemble à ce moment précis ?

« Les Douze Chevaliers Sacrés ? » La foule commença à s’agiter.

« Pourrait-il s’agir d’imposteurs ? »

« Non, ce sont les vrais ! » Quelqu’un les reconnut et s’écria : « Je suis déjà allé à la Cité du Bourgeon auparavant. Ce sont les véritables Douze Chevaliers Sacrés ! »

« Les Douze Chevaliers Sacrés sont apparus dans cette petite ville ! Oh mon Dieu de la Lumière ! »

« Mais, l’elfe noir… »

Le silence tomba dans la foule.

Chasel du Jugement attendit jusqu’à ce que tout le monde eût arrêté de s’agiter avant d’expliquer : « Inspiré par le Dieu de la Lumière, cet elfe noir a abandonné le mal et a embrassé la bonté. Bien que je trouve une telle action suspicieuse et que je pense que tous les criminels devraient subir un procès, le Chevalier du Soleil est déterminé à l’accepter avec un esprit ouvert et bienveillant. Aussi, pour le laisser expérimenter davantage la bienveillance du Dieu de la Lumière, tout comme pour sentir davantage l’amour du Dieu de la Lumière envers le monde, le Chevalier du Soleil l’a laissé voyager avec lui afin de lui prêcher les principes du Dieu de la Lumière. »

« Je vois. » Comme s’ils comprenaient subitement, tout le monde commença à louer : « Le Chevalier du Soleil est vraiment quelqu’un de bienveillant ! Il accepte même de pardonner à un elfe noir. »

C’était la première fois que Neo réalisait à quel point Chasel était doué pour raconter des absurdités !

Aldrizzt regarda Neo avec 10 000 % de suspicion, tout en pensant, Neo a même songé à tuer des humains pour résoudre son problème ! En quoi est-il bienveillant ?

À ce stade, la plupart des humains avaient posé leurs armes. Peu importe à quel point ils étaient braves, ils n’osaient pas user de leurs épées sur les Douze Chevaliers Sacrés.

Neo s’avança jusqu’aux côtés des Douze Chevaliers Sacrés et les salua d’abord d’un bref coup d’œil. Il se retourna ensuite, mais au lieu de faire face aux humains ou à la forêt, il regarda en direction des buissons… Il dit sévèrement : « Écoutez bien, elfes noirs cachés dans l’ombre. La radiance du Dieu de la Lumière brille maintenant sur Aldrizzt. Si jamais vous osez à nouveau le contaminer avec vos ténèbres, l’Église du Dieu de la Lumière ne vous le pardonnera jamais ! »

Quand ils entendirent que des elfes noirs se cachaient à proximité, tous les humains poussèrent un cri de surprise. Un certain nombre d’entre eux commença à s’approcher des Douze Chevaliers Sacrés.

De leur côté, les elfes qui étaient restés silencieux jusqu’à présent s’exclamèrent subitement, légèrement choqués, avant de se mettre à murmurer entre eux. Cette fois, les elfes parvinrent à une décision beaucoup plus rapidement que précédemment. Ils décochèrent des flèches en visant les buissons pour vérifier, et quelques grognements étouffés retentirent.

À présent, les elfes ne visaient plus Neo et Aldrizzt avec leur arc, mais pointaient plutôt leurs armes vers les buissons à la place. Même leurs yeux étaient devenus très aiguisés et alertes.

En comparaison à un elfe noir solitaire, ils haïssaient évidemment beaucoup plus un groupe d’elfes noirs.

« Neo, devons-nous nous battre ? » demanda Chasel.

Neo fronça les sourcils comme il réfléchissait à la question. Il répondit alors : « Non, ces elfes noirs sont en désavantage. Ils ne choisiront pas de riposter. Il n’est pas nécessaire de les chasser et de tous les tuer. »

Chasel acquiesça d’un signe de tête. Il avait lui aussi vu les mouvements dans les buissons, mais ces mouvements s’éloignaient au lieu de se rapprocher. De plus, les elfes ne semblaient pas enclins à les massacrer, à en juger par la manière dont ils avaient envoyé leurs flèches. Leur but paraissait être de repousser les elfes noirs, plutôt que de les tuer.

À ce moment-là, un elfe s’avança. C’était l’elfe femelle nommée Evaclair. Elle ne portait aucune arme ; à la place, elle s’avança vers Neo et décréta : « Je m’excuse pour ma grossièreté, Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière. Puisque même l’Église du Dieu de la Lumière, qui hait les ténèbres au plus haut point, a accepté cet elfe noir, ce dernier a certainement embrassé la lumière. Nous, les elfes, sommes aussi soulagés d’entendre cela. »

Après s’être excusée, Evaclair tourna la tête pour sourire à Aldrizzt. Elle lui dit : « Nous sommes vraiment désolés pour la requête déraisonnable dont nous vous avons gratifié. Je vous prie de ne pas la prendre pas à cœur. Désormais, vous pourrez entrer et quitter la forêt librement. »

Aldrizzt ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit. Son cœur était empli de tant de gratitude qu’il ne pouvait presque pas empêcher ses yeux de déborder de larmes.

Neo tapota l’épaule d’Aldrizzt et rappela aux elfes : « Son nom est Aldrizzt. Rappelez-vous bien son apparence et son nom. Si jamais vous l’attaquez dans le futur, nous vous réclamerons justice, même si vous êtes des elfes ! »

Evaclair hocha la tête et retourna dans la forêt.

Aldrizzt l’observa partir. Dans le même temps, il contempla également les elfes dans la forêt. La plupart lui sourirent quand ils découvrirent qu’il les regardait. Cela le fit se sentir extrêmement ému…

Neo se tourna pour faire face à Chasel. Il haussa un sourcil et demanda : « Est-ce vraiment une bonne idée d’utiliser les noms de l’Église du Dieu de la Lumière et des Douze Chevaliers Sacrés ? N’avons-nous pas déjà pris notre retraite ? »

« Tu t’inquiètes vraiment pour ce genre de détails ? » le taquina Chasel. Après avoir reçu un regard de Neo, il sourit et répondit : « Avant de venir, j’ai envoyé un messager à Grisia avec un message verbal. J’ai expliqué brièvement que tu avais des ennuis, et j’ai aussi ajouté qu’il se pourrait que j’aie à utiliser le nom des Douze Chevaliers Sacrés. Je crois qu’il trouvera une méthode pour garder ce problème secret. Bien que les compétences à l’épée de ton élève soient terribles, sa capacité à régler des problèmes est bien meilleure que la tienne. »

En entendant cela, Neo renifla dédaigneusement. Il répliqua : « Vous devriez vous occuper de vos affaires. Même si vous n’étiez pas venus, j’aurais pu résoudre ce problème seul ! »

« Oui, oui », rétorqua Chasel, à moitié convaincu. Il se tourna pour faire face à l’elfe noir et s’enquit demanda : « Es-tu Aldrizzt ? »

« Oui… » Aldrizzt sursauta sur le coup de l’émotion.

D’une part, comparé à Neo, qui avait précédemment été à la tête du Temple Sacré, Aldrizzt était beaucoup plus effrayé par le précédent Chevalier du Jugement. Après tout, Aldrizzt fréquentait Neo depuis quelque temps maintenant. C’était tout simplement impossible d’être effrayé par quelqu’un qui ne savait rien faire à part manier l’épée.

D’autre part, Chasel semblait très strict. De plus, le Chevalier du Jugement n’était pas connu pour sa gentillesse.

Chasel toisa Aldrizzt. Avec une trace de sourire, il confia : « Hormis posséder une belle apparence et des capacités à l’épée exceptionnelles, Neo est inutile. Par conséquent, je vais devoir te confier la responsabilité de te charger de tout le reste. »

« Hé, hé ! Qu’entends-tu par-là, Chasel ? » protesta Neo.

Aldrizzt sourit. Comme il regardait la foule qui se dispersait et les elfes amicaux, il dit avec gratitude : « Je n’aurais jamais imaginé que ce conflit puisse se résoudre ainsi. Il n’a pas été nécessaire d’employer la violence, et aucun innocent n’a été blessé dans le processus. »

« Évidemment », dit Chasel, confiant. « Nous sommes les Douze Chevaliers Sacrés, et notre parole est plus convaincante que la violence. Est-ce que tu comprends enfin, Neo ? »

Neo se contenta de renifler avec froideur. Alors qu’il rengainait son épée, il répliqua : « Je pensais que j’allais enfin pouvoir me battre tout mon saoul ! Vous n’êtes vraiment que des fouineurs. »

« Du début à la fin, as-tu déjà frappé le premier ? » demanda Chasel, un peu abasourdi.

« Non », répondit Neo en secouant la tête.

« C’est en effet vraiment surprenant ! Je pensais que tu démarrerais un massacre pour résoudre tous tes problèmes ! » Après avoir dit cela, Chasel remarqua l’expression pleine de doutes d’Aldrizzt. Il sourit et s’enquit : « Croyais-tu que Neo ne pouvait pas vaincre cinquante elfes noirs ? C’est quelqu’un qui, à lui tout seul, a attaqué plus de cent-cinquante bandits armés, ce qui incluait des archers et des mages. En fin de compte, il les a tous exterminés… Néanmoins, à ce moment-là, il avait encore la faveur du Dieu de la Lumière. Ce n’est plus le cas. »

Aldrizzt se figea sous le choc. Un homme seul contre plus de cent-cinquante bandits armés ?

« Même sans la faveur du Dieu de la Lumière, je suis toujours aussi fort ! » souligna instantanément Neo.

À cet instant-là, un chevalier avec une série de couteaux pendue à sa taille éclata de rire et rétorqua : « Tu es peut-être toujours aussi fort qu’avant, mais tu n’es plus impossible à tuer ! Neo, à ce moment-là, n’as-tu pas été blessé plus de dix fois et presque tué ? »

« Huit blessures ! Combien de fois dois-je me répéter, Metal ? J’ai seulement reçu huit blessures. De plus, j’ai marché jusqu’au Temple Sacré par mes propres moyens, donc je n’ai pas vraiment failli être tué ! » Neo tourna la tête et commença à se disputer sans fin avec Métal.

D’un ton moqueur, le Chevalier du Métal dit : « Oh ? Je me rappelle que quelqu’un s’était évanoui sur l’escalier du Temple Sacré et ne parvenait plus à se lever. Leaf, le Chevalier Sacré le plus sympa d’entre nous, a même dû te porter jusque dans le Temple Sacré. »

« Si tu n’avais rien dit, j’aurais tout oublié… » Neo tourna la tête pour faire face à un autre chevalier qui portait un arc. Il s’exclama avec colère : « Leaf! Cette fois-là, tu as saisi l’opportunité pour me frapper plusieurs fois ! Tu as totalement ignoré le fait que j’étais sérieusement blessé ! »

Le Chevalier de la Forêt, qui portait son arc sur son dos, fit immédiatement glisser son arme entre ses mains et encocha une flèche avant de répondre : « Ah bon ? N’étais-tu pas censé n’avoir que des blessures mineures ? Serais-tu en train d’admettre que tu étais sérieusement blessé à ce moment-là ? »

« Bien sûr que non… »

Avec une courte hésitation, Aldrizzt déclara : « Plus de cent-cinquante bandits armés… S’il est si fort, alors nous aurions réellement pu tuer cinquante elfes noirs à nous deux. Néanmoins, quand nous étions pourchassés, Neo n’a jamais pris l’initiative pour attaquer. »

Chasel sourit simplement et devina : « Je suppose que c’était probablement parce qu’il ne voulait pas massacrer ton peuple sous tes yeux ? Le tempérament de Neo a toujours été mauvais, et il résout tout avec son épée. C’est seulement quand il a atteint l’âge de quarante ans qu’il a commencé à contrôler un peu son sale caractère, soupir… »

« Neo a dit qu’il avait seulement trente ans », l’interrompit Aldrizzt, sans expression.

Chasel fit une pause avant de murmurer : « Ne lui dis pas que j’ai exposé son mensonge. Il déteste par-dessus tout qu’on lui rappelle qu’il est vieux. »

En entendant cela, Aldrizzt décida de confirmer quelques-unes de ses hypothèses concernant Neo. Il l’interrogea : « Et il est très vaniteux ? »

« Exactement », acquiesça immédiatement Chasel.

« Il va au-delà de ses limites pour maintenir son image ? »

« Personne n’est meilleur que lui pour ça. Il a même élevé un apprenti qui se dépasse tout autant. »

« Il préfèrerait mourir plutôt que d’admettre qu’il s’est trompé ? »

« C’est plus difficile de lui faire admettre qu’il s’est trompé que de le tuer ! » Extrêmement satisfait, Chasel hocha la tête et dit : « Aldrizzt, il semblerait que tu le comprennes très bien. Dans ce cas, dans le futur, je vais devoir te charger du lourd fardeau appelé Neo. »

« Puis-je refuser ? » s’enquit Aldrizzt, son visage n’arborant aucune expression.

« Tu peux. Mais, si tu refuses, l’Église du Dieu de la Lumière ne te protégera pas. Donc, si tu veux marcher librement à la surface, tu devras prendre soin de lui. »

« Est-ce une menace ? » Bien qu’il eût dit cela, Aldrizzt avait un sourire sur le visage. Le Chevalier du Jugement ne l’effrayait plus.

Chasel dit chaleureusement : « Ne te méprends pas, le Dieu de la Lumière n’emploierait jamais une méthode aussi vile que la menace… »

Aldrizzt considéra Chasel avec une grande méfiance.

« …mais, l’Église du Dieu de la Lumière le fera. »

 

 

Bien que cela ne fît pas très longtemps depuis que les Douze Chevaliers sacrés eussent pris leur retraite et fussent partis sur leurs chemins respectifs, dans le passé, ils avaient rarement été séparés pendant une aussi longue période de temps. Donc, une fois que la situation fut résolue, ils retournèrent tous à la taverne et eurent une soirée arrosée… mais, la seule personne qui ne pouvait pas boire était Neo lui-même.

C’était parce que « tout le continent savait » que le Chevalier du Soleil ne supportait pas l’alcool ! Dans une taverne où il était entouré par des citoyens curieux, Neo ne pouvait définitivement pas se permettre de boire de l’alcool.

Alors qu’il voyait tous les autres vider une bouteille après l’autre, Neo perdit presque contenance. En rugissant le mot « DEHORS ! », il chassa tout le monde de la taverne et traîna Aldrizzt jusqu’au comptoir pour payer l’addition, planifiant de courir jusqu’à une ville où personne ne savait qu’il était le Chevalier du Soleil pour boire autant qu’il le souhaitait.

« Trois ducats d’or ? »

Au moment où il entendit le montant de l’addition, Neo se figea. Il se retourna pour… OH NON ! Ils étaient tous réellement partis, il ne pouvait donc pas leur demander de l’argent. « Je vois… Euh ! Je pense qu’il est encore tôt, et le soleil ne s’est pas encore levé, donc je suppose que je vais attendre que le soleil se lève avant de partir. »

Après avoir entendu la réponse de Neo, le tenancier resta stupéfait. Souriant largement, il dit : « C-C’est… Vous avez l’argent pour payer l’addition, n’est-ce pas ? »

À ce moment-là, sans compter le tenancier, même Aldrizzt fixa Neo avec 10 000 % de suspicion. Neo dévoila immédiatement le sourire commercial du Chevalier du Soleil et dit poliment : « Hmm? Qu’avez-vous dit ? Mes plus sincères excuses, moi, Neo du Soleil, je ne vous ai pas entendu clairement. »

Le tenancier se figea un moment. Seulement alors, il se rappela que la personne en face de lui n’était pas un citoyen ordinaire, mais plutôt le Chevalier du Soleil ! Juste le fait de se rappeler qu’il venait d’insinuer que « le Chevalier du Soleil voulait partir sans payer » lui donna des sueurs froides. Pensant qu’il n’était jamais trop tard pour réparer ses erreurs, il se reprit : « Je voulais dire, voulez-vous manger quelque chose avant de retourner dans votre chambre ? »

« Je ne serais pas contre », dit Neo avec élégance et naturel. « Dans ce cas, servez-nous à manger, je vous prie ! »

 

 

Après qu’ils eussent mangé de tout leur content, ils retournèrent dans la chambre. Aldrizzt planifiait de rattraper un peu le sommeil en retard, quand il remarqua que Neo commençait à empaqueter ses vêtements. Avant qu’Aldrizzt ne comprît la situation, Neo avait déjà fini de faire ses paquets. Neo se retourna et annonça : « Allons-y, Aldrizzt ! »

« Quoi ? » Aldrizzt eut le regard perdu dans le vide pendant un moment avant de répondre, confus : « Le soleil ne s’est même pas encore levé, où veux-tu aller ? »

Neo resta silencieux un instant avant de répondre : « …Dans la forêt, pour inviter Evaclair à rejoindre notre équipe ? »

Aldrizzt fut surpris quand il entendit les paroles de Neo. Il se demanda : Pourquoi n’a-t-il pas invité Evaclair quand nous étions dans la forêt tout à l’heure ? Pourquoi le faire maintenant, au milieu de la nuit ? Et pourquoi la réponse de Neo ressemble-t-elle à une question, et pas à une affirmation ?

« Vite, vite ! » insista Neo. « Si nous ne les rattrapons pas vite, les elfes vont être trop loin ! »

Aldrizzt plissa les yeux et dit d’un ton dangereux : « Neo ? »

« Hmm? Y a-t-il un problème ? » Neo employa l’ultime technique du Chevalier du Soleil : le sourire rayonnant. Néanmoins, cela n’avait absolument aucun effet sur Aldrizzt qui connaissait bien la personnalité de Neo. Les yeux d’Aldrizzt se plissèrent à nouveau, tandis qu’il devenait mille fois plus soupçonneux qu’auparavant.

Neo n’eut pas d’autre choix que d’arrêter de sourire et de répondre honnêtement : « J’ai seulement soixante-dix ducats d’argent. »

« …Neo, séparons-nous, d’accord ? »

« Nous séparer ? Tu viens juste de promettre à Chasel de veiller sur moi ! Et avec toi parti, qui va m’aider à laver mes vêtements, à chasser, à cuisiner, et à faire le lit ? »

« Chasel ? »

« Ne raconte pas d’âneries, sa cuisine est si mauvaise que même les globs s’enfuiraient. »

« Tu veux parler de ta cuisine, non ? »

Comme ils sortaient par la fenêtre, ils n’oublièrent pas de se disputer. Ils s’enfuirent toujours plus loin…

Le jour suivant, une aventure épique pour des aventuriers légendaires démarra quand le tenancier hurla de désespoir : « AHHH ! Le Chevalier du Soleil s’est enfui sans payer ! »

Leur histoire commença officiellement ici.

 

— FIN —

1/2 Prince T5C7 : L’Inimaginable Amour d’une Cougar

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½ Prince Volume 5: Un Prince n’Existe Plus

Original novel in Chinese by: 御我 (Yu Wo)


Chapter 7: A Cougar’s Unimaginable Love – traduit du chinois vers l’anglais par Amgine[PR !]
Chapitre 7 : L’Inimaginable Amour d’une Cougar – traduit de l’anglais au français  par Elynor
+ Travail de vérification par Yukomin

« En fait, je voulais savoir : quels sont nos projets suite à l’unification du Continent central ? » Je posai la question à White Bird et aux autres, le visage débordant de curiosité.

En réponse, je reçus de nombreux regards remplis de mépris. White Bird, en particulier, ne put s’empêcher de se plaindre à voix haute : « Il n’y a que vous, Suzerain, pour poser une telle question. Nous travaillons déjà comme des forcenés pour gérer ne serait-ce que la cité en elle-même. »

Je me grattai la tête pensivement. « Mais, je ne fais vraiment pas grand-chose ! C’est très rare que vous me confiez de la paperasse ces derniers temps ! »

« C’est parce que vous les modifiez en écrivant n’importe quoi ! » cria White Bird, sur le point de m’immoler. On dirait que depuis l’instant où j’avais totalement rejeté l’idée d’être traité avec la dignité d’un suzerain, le respect de White Bird à mon égard avait totalement disparu.

Me sentant accusé injustement, je répliquai : « C’est faux, je les ai remplis avec une très grande attention. »

« Vous les avez remplis avec une très grande attention ? Jetez un coup d’œil au document “Projet de renforcement des murs de la cité”. Vous nous avez donné cette réponse-ci : « Sachant que les murs de la cité ont été mis à mal par les flammes en raison de la guerre, et sont maintenant d’un aspect négligé au-delà du croyable, une somme spéciale est attribuée pour repeindre les murs en rose, préférablement, ma couleur favorite. Signé, le Suzerain. »

« Qu’est-ce qui ne va pas avec ça ? » demandais-je, perplexe.

« … » Personne ne prononça le moindre mot. White Bird prit un autre document. « “Déficit de personnel dirigeant” auquel votre réponse a été : “Il n’y a pas assez de gens ? Euh, peut-être qu’il n’y a pas autant de joueurs dans Second Life que ce que je pensais ? Bon, je remédierai à ce problème après avoir consulté un MJ. Signé, Prince, le Suzerain”. »

« Oh… C’est vrai. Je n’en ai pas encore parlé avec un MJ », réalisai-je en tripotant mes doigts nerveusement. « Mais, vous ne pouvez pas me blâmer d’avoir oublié ça avec toutes les attaques lancées récemment sur les autres cités ! »

White Bird ne me répondit pas, mais réagit de la même façon que les autres : en plissant son front avec un regard de résignation désespérée.

Je me mordis les ongles. C’est rare pour moi de commencer à être accro aux documents ! Je suppliai, désespéré : « White Bird, s’il-te-plaît, donne-moi d’autres documents à signer ! »

« Pas. Question. » refusa White Bird.

Instantanément, j’affichai ma meilleure expression de personne victime d’injustice, complétée par une moue boudeuse et avec même quelques larmes au coin des yeux. Je chuchotai avec réticence : « Pourquoi est-ce que ça se termine comme ça ? J’ai passé tant de temps et fait tellement d’effort à m’occuper de la paperasse sans même recevoir ne serait-ce qu’une once de félicitation, et maintenant plus personne ne veut me confier de paperasse. »

Grand frère Wolf marcha jusqu’à mes côtés et me tapota la tête, comme s’il réconfortait un enfant. Il me parla comme si j’étais un bambin : « Bon garçon, Prince. Aller, va-t’en maintenant, et va jouer dehors de ton côté. Quand nous trouverons quelque chose pour toi, nous t’appellerons. »

« Oh. » Puisque même grand frère Wolf me chassait, je n’avais pas d’autre choix que de me résigner à aller « jouer dehors de mon côté ».

À peine avais-je dépassé les portes de la cité que j’abandonnai rapidement mon air boudeur et commençai à chercher avec qui j’allais bien pouvoir jouer. Est-ce que je devrais aller voir Kenshin et Artic Fox et leur piquer un peu de thé ? Ou aller donner une raclée à quelques monstres ? Ou peut-être que je pourrais aller retrouver l’armée de la Cité de l’Infini et enquêter sur l’attaque de Fermentation de Meatbun ? Je marchai tranquillement en considérant les différentes possibilités.

« Prince ! »

Lolidragon ? Une voix que je n’avais pas entendue depuis longtemps résonna soudainement dans ma tête, me remplissant de joie, tandis que je sondais le ciel en cherchant son origine. Effectivement, je pouvais voir les traces laissées par un tapis volant.

« Lolidragon ! Vous êtes de retour, les gars ! » les interpellai-je bruyamment en agitant joyeusement les mains.

Lolidragon, Heartless Wind et Sunshine sautèrent en bas du tapis volant, mais les deux premiers arboraient une expression grave. Hésitant, je m’enquis : « Qu’est-ce qui ne va pas ? Les résultats de l’enquête sont mauvais à ce point ? »

« Oui, extrêmement mauvais. Nous avons découvert que chaque Suzerain des cinq continents, ceux de l’Est, de l’Ouest et du Sud ont tous été la cible d’assassins. Pire, la Suzeraine Florale du Continent Nord et ses cinq commandants ont tous mystérieusement disparu la semaine dernière. Les citoyens de la Cité des Fleurs sont tous plongés dans la confusion, puisqu’aucun d’entre eux ne peut être contacté », rapporta Lolidragon avec une expression sombre.

« Est-ce que Neurotic et les autres vont bien ? » la questionnai-je, inquiet, en espérant qu’ils n’avaient pas été assassinés.

« Ils vont bien. En fait, les suzerains des quatre autres continents se portent tous à merveille en ce moment », dit Heartless Wind.

« Sauf la suzeraine disparue de la Cité des Fleurs », rétorqua Lolidragon, les lèvres pincées et les sourcils froncés.

Perdu dans mes pensées, je demandai à voix haute : « Donc, le Continent Nord est le plus suspect dans ce cas ? »

Lolidragon et Heartless Wind restèrent silencieux un moment, jusqu’à ce qu’il brise enfin le silence. « C’est ce qu’il semblerait en se basant sur les éléments présents, mais il y a d’autres informations qui ne correspondent pas. Par exemple, comment pourraient-ils abandonner leur propre capitale alors qu’ils ont travaillé si durement à la maintenir pour ensuite rendre public le fait qu’ils aient disparu ? Ce tour du destin est étrange en effet. »

« En plus, selon notre enquête, Fleur du Nord n’est pas quelqu’un qui aurait les ambitions élevées d’unir tout Second Life », ajouta Heartless Wind.

Lolidragon continua son explication : « À mon avis, elle semble plus être le genre de personne à s’inquiéter d’une imperfection sur son visage que de son statut de suzeraine. Elle préférerait se mettre un masque de soin plutôt que d’aller faire la guerre. »

Donc, elle est du genre totalement frivole… Je ne pus m’empêcher de demander avec perplexité : « Si c’est le cas, qu’en est-il réellement de ces assassinats ? »

« Nous ignorons toujours les tenants et les aboutissants, c’est certain, mais nous avons déjà pu parler avec trois des autres suzerains, et ils sont d’accord pour venir en bateau jusqu’au Contient Central ensemble. »

Lolidragon éleva la voix pour accentuer ses propos : « Ça signifie que, dans une semaine, la Cité de l’Infini tiendra la réunion des cinq suzerains. »

Une rencontre des seigneurs, hein ? Je ne pus m’empêcher de me sentir légèrement impressionné. « Quelqu’un qui réussit à unifier un continent tout entier doit être vraiment incroyable, non ? Je me demande à quoi ces chefs ressemblent ? »

« Hum, en théorie, ils sont tous incroyables, mais il y a bien sûr toujours des exceptions », répondit Lolidragon en me jetant un regard furtif.

« Des exceptions ? Quelles exceptions ? » l’interrogeai-je avec curiosité.

Mais, Heartless Wind qui se tenait à côté tenta de réprimer son amusement, et il ne fallut guère de temps avant que les deux éclatent de rire au point d’avoir mal aux côtes. Moi, d’un autre côté, je me contentai de me gratter pensivement la tête, cherchant ce qui était si drôle. Étrange, de quoi rigolent-ils ?

Après qu’ils aient eu fini de rire de leur blague, ils se turent tous les deux d’une façon suspicieuse, une étrange atmosphère les entourant subitement. Je les fixai, toujours dans le flou sur ce qu’il se passait, mais les deux semblaient hésitants à croiser le regard de l’autre. Les questions qui résonnaient dans ma tête n’en finissaient pas de s’entasser.

« Je… Je vais chercher d’autres personnes pour discuter du sujet et avoir plus d’avis sur la question. Plus on a de têtes pour réfléchir, mieux c’est, non ? » La Lolidragon d’ordinaire si calme paraissait inhabituellement troublée, alors qu’elle prononçait ces mots, et fila rapidement sans un regard en arrière.

« Qu’est-ce qui vient de se passer ? » m’enquis-je, soupçonneux, en observant les traces de poussières laissées en suspens par la fuite soudaine de Lolidragon.

« Prince, j’ai quelque chose d’important à te dire », me déclara subitement Heartless Wind qui se tenait toujours à la même place.

Frérot veut discuter de quelque chose avec moi ? Comme c’est rarissime ! « Allons en parler au Restaurant de l’Infini », dis-je en pointant le bâtiment.

Heartless Wind acquiesça, et Sunshine, dont la présence avait été oubliée depuis un moment, sourit faiblement en annonçant : « Dans ce cas, je vais aller rejoindre Fairsky. »

Comme d’habitude, je m’assis dans mon coin préféré et commandai des plats pour nous deux. J’attendis silencieusement que Heartless Wind commence à parler du sujet qu’il souhaitait aborder, mais, après que la nourriture ait été servie, je ne pus attendre plus longtemps et commençai à me remplir la panse.

« Sœurette, je suis amoureux de Lolidragon », me dit-il d’un ton neutre, comme s’il m’annonçait qu’il avait mangé un œuf et des toasts pour son petit-déjeuner, alors qu’il me balançait un message qui pouvait effrayer les dieux et faire pleurer les démons. La situation n’était pas aussi grave que si le président des États-Unis avait accidentellement pressé le bouton qui lançait les missiles nucléaires, apportant des désastres sans fin.

Je me tournai vers lui à vitesse réduite, posant mes baguettes sur le côté ainsi que la bouchée suivante qui était d’ores et déjà dans ma bouche. Plaçant mes mains sur ses épaules, je décrété avec tout le sérieux dont je pouvais faire preuve : « Mon cher frère, il y a une épidémie de grippe en ce moment, et on dirait que tu es déjà affecté assez sérieusement par ça, puisque je constate que tu sembles avoir déjà perdu l’esprit à jamais. Mais, ne t’inquiète pas, ta sœur va immédiatement t’emmener voir le docteur et, après quelques piqûres, tu seras comme neuf. »

Heartless Wind écarta mes mains sans faire de manière et répondit avec irritation : « Mon esprit se porte bien, merci beaucoup. »

L’atmosphère devint lourde et silencieuse pendant quelques minutes. Tout à coup, dans un instant de compréhension, ma main droite se ferma en un poing compact et alla tout droit frapper dans la paume de ma main gauche. « J’ai compris ! Tu dois être tombé amoureux de la magnifique et mystique Lolidragon du roman de Jin Yong1 ! Mon cher frère, elle n’est rien d’autre que le personnage d’un roman et n’existe pas vraiment. Tu devrais simplement abandonner l’idée, et même si c’était possible, Yang Guo et ses Paumes Mélancoliques2 ne sont pas sujets à être traités à la légère. »

« Celle que j’aime est Lolidragon de Second Life, un membre d’Odd Squad, qui travaille avec moi au sein du département des Affaires Étrangères. Est-ce que ça entre enfin dans cet immense crâne inutile qui est le tiens maintenant ? » Les mots de mon frère brisèrent une fois de plus mes illusions.

Mes mains commencèrent à trembler de façon incontrôlable. Je lui demandai avec incrédulité : « Es-tu réellement amoureux de Lolidragon ? Comment c’est possible ? N’avais-tu pas déclaré que tu ne tomberais jamais amoureux de quelqu’un de plus âgé que toi ? Non seulement elle est née avant toi, mais elle paraît vraiment mature également, donc comment… »

« Les chevaux peuvent trébucher et les gens se tromper. C’est un fait avéré qu’une personne puisse tomber amoureuse de quelqu’un qui n’est pas son genre à l’origine. » Heartless Wind haussa les épaules avec désinvolture.

J’étais, pour ainsi dire, sans mot. « Comment as-tu pu tomber amoureux d’elle ? Tu ne la haïssais pas il n’y a pas si longtemps ? »

« Je n’en suis pas non plus très sûr. Ça s’est peut-être produit quand nous enquêtions sur l’assassinat, ou peut-être que c’était avant, quand elle m’a tué à coup de pieds », me répondit-il honnêtement. Il fronça ensuite les sourcils et ajouta : « Il est possible que ce soit même depuis que je l’ai vue à tes côté la première fois hors de la Cité de l’Étoile, ou sinon, quand tu m’as volé Fairsky et Rose, je ne me serais pas autant énervé. Peut-être que la vraie raison de cet énervement était due à ma jalousie envers toi qui étais avec elle. » Finalement, il se mit à rire doucement. « Dans tous les cas, l’amour provient souvent de la haine. »

On dirait que mon frère est vraiment tombé amoureux de Lolidragon…

« Que vas-tu faire ? » le questionnai-je à nouveau. Lolidragon n’est pas une chiffe molle, et je crains que mon frère ne s’enfuie et fasse quelque chose de stupide après avoir eu le cœur brisé, comme laisser échapper le fait que je sois une travestie ou autre chose.

Les mots qu’il prononça ensuite me firent l’effet d’une bombe, pour la deuxième fois. « Je lui ai déjà dévoilée mes sentiments. »

Je restai médusé un moment, la bouche grande ouverte. Pas étonnant que Lolidragon ait agi aussi étrangement un peu plus tôt… Je me forçai finalement à prononcer les deux mots suivant : « Le résultat ? »

« Elle m’a traité d’idiot. » Il haussa à nouveau les épaules.

Je soupirai et lui tapotai le dos. « Il y a plein de poissons dans la mer, donc un petit rejet n’est pas grave. Tu peux facilement trouver mieux. Juste, ne va pas faire quelque chose de stupide du genre révéler ma véritable identité. »

Heartless Wind lâcha un petit rire, avec l’air d’un voyou. « Je ne suis pas du genre à avoir le cœur brisé. »

Pas du genre à avoir le cœur brisé ? Ce n’est pas toi qui as pété un câble, parce que je lui avais volé Rose et Fairsky… ? Je n’osai pas le dire à haute voix. À la place, je lui demandai stupidement : « Mais, elle t’a rejeté, non ? »

Heartless Wind rigola avec un air mystérieux et agita les doigts. « Quand une femme entend une déclaration d’amour et te traite d’idiot en ayant le visage aussi rouge qu’une tomate, ce n’est définitivement pas le signe d’un rejet. »

« Qu’est-ce que ça veut dire d’autre alors ? » m’enquis-je naïvement.

Heartless Wind éclata à nouveau de rire et lança de manière irresponsable un « Tu ne comprendrais pas ! » avant de partir en se pavanant.

Mais, je ne pouvais pas dire s’il s’agissait d’une coïncidence que, dès l’instant où il fut hors de vue, Lolidragon se dirige furieusement vers moi, ou s’ils s’étaient entendus pour venir me voir à tour de rôle pour m’embêter. N’étais-tu pas censée aller demander l’avis d’autres personnes concernant les responsables des tentatives d’assassinat ? Elle me demanda en allant droit au but : « Prince, qu’est-ce que ton frère vient de te dire ? Est-ce que concernait sa déclaration d’amour ? »

« Oui », répondis-je honnêtement.

« Je n’arrive pas à croire que ce voyou soit allé le raconter à tout le monde. Non seulement il crache le morceau à Sunshine, mais en plus il te vend également la mèche. Je paris que ce ne sera pas long avant que le monde entier soit au courant ! » Contenant sa colère avec peine, elle continua : « Cet idiot ferait mieux de ne pas penser que j’ignore qu’il essaie simplement de m’agacer ! »

Je me renfrognai. « Heartless Wind n’essaye pas de t’agacer ; il est tout à fait sérieux. »

Elle me regarda d’un air hébété pendant un moment avant de demander, la voix hésitante : « Il… est sérieux ? Comment c’est possible ? C’est évident qu’il souhaite juste m’énerver. »

Je penchai la tête et réfléchis intensément avant de conclure : « Je crois que mon frère est sérieux. Avant, quand il poursuivait des filles, il ne me disait jamais rien. Pour qu’il m’en fasse part cette fois, c’est qu’il doit vraiment beaucoup t’apprécier. »

Selon les romans d’amour que j’avais lu, quand le personnage principal, une fille, entendait que la confession du prétendant principal était sérieuse, son visage devait virer au rouge, son cœur manquer un battement, et elle devait sembler embarrassée, éventuellement interloquée.

C’est une honte que ce roman ne soit si évidemment pas une histoire d’amour, et Lolidragon certainement pas le personnage principal d’un tel roman. Remplaçant le sentiment d’embarras, une intention meurtrière se dessina sur son visage, et il y avait de forte chance que ce livre vire en roman d’épouvante.

Pour une quelconque raison, Lolidragon, bouillonnant de rage et grinçant des dents, sortit un couteau et se mit à le balancer autour d’elle en hurlant avec violence : « Regarde-moi bien étriper ce bâtard ! »

J’étais stupéfait. Même si elle déteste mon frère, ce n’est pas une raison pour vouloir l’étriper, non ? « Pourquoi veux-tu l’étriper ? »

« Tu ne comprendrais pas. » Lolidragon répéta férocement les mêmes mots que ceux de mon frère avant de s’enfuir de la même manière.

Je me grattai la joue, ne comprenant pas du tout la situation. Les couples normaux aiment porter des habits assortis ou des alliances, mais vous avez tous les deux des actions coordonnées ainsi que la même manière de parler. Même si je ne savais pas vraiment ce que ceux-là prévoyaient, il me semblait que j’avais une bonne idée sur l’identité de ma future belle-sœur.

Je murmurai : « Je ferais mieux de faire gaffe, ou alors, dès que Lolidragon fera partie de la famille, elle risque vraiment de m’arracher la tête par vengeance. »

Notes de bas de page

1 « Lolidragon du roman de Jin Yong » : Il s’agit d’une référence aux livres de la série Le retour du héros chasseur d’aigle de Jin Yong centrés sur les arts martiaux. Il s’agit d’une orpheline abandonnée sur les marches d’un palais et emmenée par une femme à la secte de l’Ancienne Tombe. Elle y est élevée comme disciple et apprend à maîtriser les arts martiaux de la secte. N’ayant jamais quitté le tombeau, elle grandit pour devenir une beauté innocente, mais est froide au point d’être insociable et sans émotions. La Lolidragon dans ½ Prince est probablement un nom emprunté au roman de Jin Yong.

2« Yang Guo et ses Paumes Mélancoliques » : Yang Guo était l’unique disciple de Lolidragon, et ils sont tombés amoureux, mais les relations maître-apprenti étaient un tabou en ces temps. Suite aux disputes avec leurs pairs et aux quiproquos, ils se retrouvèrent séparés pendant seize ans avant d’être réunis à la fin du roman. Pendant ce temps, Yang Guo apprend le Kung Fu auprès de divers maîtres. Ses Paumes Mélancoliques sont une technique hybride qu’il a développée en incorporant des éléments en provenance de ses divers maîtres.

La Légende du Chevalier du Soleil T4C7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 7: Choose Your Companions for Slaying a Dragon – traduit du chinois vers l’anglais par ErodingPersona[PR!]
Chapitre 7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

Comme je reprenais graduellement connaissance, je songeai à ouvrir les yeux, mais m’arrêtai net.

Pourquoi devrais-je ouvrir les yeux ? Je suis aveugle, je n’ai aucune raison de les ouvrir physiquement.

Les images dans ma tête devinrent plus nettes… Cependant, elles cessèrent tout à coup de devenir plus claires. Ma vue était toujours très floue, pas du tout comme elle était censée être auparavant.

J’ouvris les yeux en pensant qu’ils pourraient en fait servir à quelque chose, mais, même après m’être exécuté, les images autour de moi demeuraient toujours aussi floues et inchangées.

Je restai étonné, légèrement confus quant à pourquoi cela se produisait, jusqu’à ce que je me rendisse compte que l’élément des ténèbres autour de moi interférait avec ma capacité à sentir les autres éléments, provoquant le manque de netteté des images dans ma tête.

Ça n’a absolument rien à voir avec le fait d’ouvrir les yeux !

J’arrachai un morceau de tissu de mon vêtement et me mis à l’enrouler autour de ma tête pour couvrir mes yeux.

Après, je me levai et rugis à l’intention de ce qui se dissimulait dans les alentours : « Scarlet, où es-tu ? Cesse de te cacher. Je ne te fais pas confiance, je ne fais pas confiance à Ecilan, et je ne fais pas confiance à Sybil. Je ne fais confiance à personne ! »

« C’est très bien ! »

Cette fois, je ne fus pas pris au dépourvu. Je pensai à me retourner lentement et à faire face à la fillette derrière moi, mais m’arrêtai encore une fois. Le mouvement aurait été aussi inutile que d’ouvrir les yeux.

Je l’avais déjà « vue », donc je n’avais pas besoin de lui faire face. Elle avait l’air exactement comme avant, une petite fille, quoique à présent je doutasse fortement qu’elle en fût réellement une.

« Tu deviens de plus en plus comme tu aurais dû l’être. As-tu commencé à retrouver la mémoire ? » s’enquit Scarlet en se moquant.

Je tressaillis et me retournai par réflexe, en lâchant : « De quoi parles-tu ? »

« Ah ! Il semblerait que ce ne soit pas encore tout à fait le cas. » Scarlet, par contre, sourit et me questionna : « En vérité, tu n’as pas vraiment besoin de te retourner pour me voir, n’est-ce pas ? »

En entendant cela, ma fureur regrimpa, et je ne pus me retenir de hurler : « Ne change pas de sujet ! Scarlet, que diable entends-tu par-là ? Cesse de jouer aux devinettes avec moi, et ne disparais plus ! »

« Je n’y peux rien. Ils ont détruit mon corps, et maintenant je n’ai plus de forme, alors j’ai dû attendre un très long moment avant de pouvoir réapparaître devant toi ! »

Quoi ? Stupéfait, je lui demandai avec confusion : « Qui sont ces “ils” ? »

« Qui autre ? » Scarlet rit sous cape. « Qui autre que les personnes qui viennent tout juste d’essayer de te mentir ? »

« Le Chevalier de Flamme ? » m’étonnai-je. Puis, je restai silencieux pendant un instant avant de répondre avec une totale confiance : « Non, tu veux parler de l’Église du Dieu de la Lumière, n’est-ce pas ? »

« Bingo ! » Scarlet acquiesça d’un signe de tête, satisfaite, et ajouta avec un sourire : « Toutefois, pour être plus exacte, c’est du Chevalier du Soleil dont il s’agit. »

Le Chevalier du Soleil essaie de me duper ? J’hésitai, et pourtant je ne parvins pas à me retenir de la contredire : « Mais, Ecilan a dit que c’est moi le Chevalier du Soleil… »

Scarlet renifla avec dédain et éclata de rire. Le tintement de son rire résonna comme une clochette en argent pendant un bon bout de temps, jusqu’à ce qu’elle secouât la tête et répliquât : « Grisia, tu crois vraiment qu’il dit la vérité ? Tu es rempli de l’élément des ténèbres, tu pratiques la nécromancie, tu ne sais pas manier l’épée, et tu es tout sauf un bon cavalier… Même si tu as perdu la mémoire, tu ne peux pas réellement t’imaginer que tu es le Chevalier du Soleil, n’est-ce pas ? Tu ne remplis même pas les plus simples exigences pour être un chevalier ! »

« Je… » Je restai bouche-bée. C’est vrai ! À quoi diable m’attendais-je ?

Scarlet poussa soudainement un cri : « Oh non, je dois de nouveau m’en aller. Grisia, souviens-toi, ne fais confiance à personne. Sers-toi d’eux, mais ne leur fais pas confiance. »

Mon cœur sombra, et je lui demandai sèchement : « Même à toi ? »

« Oui, même à moi. »

Scarlet hocha la tête, puis déclara : « Décide par toi-même si tu veux suivre mes instructions ou non. À présent, je te préviens, tu es déjà arrivé à la destination désirée, soit l’entrée du plus grand territoire des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire : la Vallée de Trizer. L’objet que tu as perdu se trouve dans la partie la plus reculée de la vallée. Va le récupérer. Après, tu connaîtras l’entière vérité. »

La Valley de Trizer… C’était bien l’endroit où je voulais aller. J’avais à l’origine planifié d’attirer le Chevalier de Flamme ici, mais il ne m’aurait jamais traversé l’esprit que l’« objet » que j’avais perdu s’y trouverait également.

Bien que j’eusse intentionnellement suivi les instructions de me diriger vers le Nord-Est, telles que me les avait données Scarlet, je n’aurais jamais imaginé que mon choix serait exact au point de trouver l’endroit dont Scarlet m’avait parlé.

Malgré le fait que j’éprouvasse encore l’envie de poser de nombreuses questions, la silhouette de Scarlet s’estompait déjà. Remarquant cela, je me hâtai de lui demander : « Tu ne viens pas avec moi ? Dans ce cas, au moins, dis-moi, quel est cet objet que j’ai perdu ? »

« Tu le sauras… quand tu le verras, parce qu’il t’appartenait à l’origine. »

Alors que la silhouette de Scarlet se dissipait, sa voix devint de moins en moins distincte, comme si elle s’éloignait au gré du vent…

« Exactement de la même manière que tu savais que cette licorne t’appartenait également. »

Avant de disparaître, elle tendit la main et pointa l’un des coins. J’étendis ma capacité à sentir les éléments jusqu’à l’emplacement désigné et découvris sans surprise que l’endroit précédemment vacant était soudainement occupé par la licorne. Même Ecilan était toujours attaché sur son dos, mais ses yeux demeuraient fermement clos. Il n’avait pas l’air d’avoir repris connaissance.

Même après que la silhouette de Scarlet se fût complètement effacée, je me tins au même endroit avec le regard dans le vague jusqu’à ce que je me souvinsse que j’avais été blessé par une épée. Si je ne me dépêche pas de me soigner, je risque de mourir d’une perte de sang excessive… Hein !?

Où est passée ma blessure ?

Il n’y avait pas la moindre égratignure sur mon torse, ou même la moindre tache de sang. Si ce n’avait pas été dû au fait qu’il y avait une si grande déchirure dans ma chemise, j’aurais peut-être même douté d’avoir réellement été blessé.

Scarlet est-elle celle qui m’a soigné ? Dans ce cas, je ne commettrais pas une erreur en suivant ses instructions, n’est-ce pas ?

Mon esprit était embrouillé. Je n’avais absolument aucune idée de qui me mentait et de qui me disait la vérité, mais au moins, jusqu’à présent, Scarlet ne m’avait jamais fait le moindre mal. Elle m’avait apporté la licorne, m’avait offert Un Guide Complet de Sortilèges, m’avait sauvé des griffes de Chikus du Brazier, et m’avait même guéri ; qui plus est, elle m’avait également ramené la licorne et mon otage.

De ma main, j’attirai l’attention de la licorne qui s’empressa avec joie d’approcher et de me la lécher. Je donnai une claque sur sa tête du dos de ma main.

« Tu aimes tant me lécher, me prendrais-tu donc pour de la nourriture… »

Attendez une minute !

En parlant de se nourrir, que mange une licorne pour se sustenter ? Comment se fait-il que je ne croie pas l’avoir déjà vue manger quoi que ce soit ? Je fixai la licorne avec doute. Elle persistait à rester le plus près possible de ma main, en la léchant continuellement pour montrer son affection.

Elle ne se nourrit pas d’humains, j’espère ?

Quand je rétractai automatiquement ma main, la licorne se mit à hennir de mécontentement. Je la frappai de nouveau sur la tête. Une fois que la licorne eut poussé une plainte avec consternation, elle baissa la tête jusqu’à ce qu’elle touchât presque le sol.

À cette vue, mon cœur s’adoucit. Après tout, elle s’était montrée très docile pendant tout ce temps. La laisser me lécher la main un peu ne posait pas de problème… tant qu’elle n’essayait pas de me manger.

« Mais, bon, tu me lèches tout le temps. Tu ne m’as jamais mordu non plus, alors tu ne manges sans doute pas les humains, n’est-ce pas ? »

Je tendis la main avec hésitation. Le cheval leva instantanément la tête et recommença à me lécher la main. Que diable y a-t-il sur ma main qui soit si bon à lécher ?

Même si elle se nourrissait de « ma sueur », toute ma sueur se serait dissipée au bout de deux coups de langue. Hormis la salive de la bête, il ne restait assurément rien d’autre sur ma main… Une minute !

Ne me dîtes pas que… Je rassemblai avec doute un peu de l’élément sacré sur ma main. Mon corps attire naturellement une petite quantité de lumière sacrée. S’il reste quoi que ce soit sur ma main, il ne peut s’agir que de ça.

Une fois que j’eus terminé de rassembler l’élément, je me mis à observer les mouvements de la licorne. La bête était en fait si excitée qu’elle reniflait et donnait des coups de sabots, ses deux yeux brillant de désir… Pardon ? Je ne peux pas voir les couleurs, alors comment suis-je capable de voir que ses yeux brillent de désir ?

Si un cheval avait ouvert ses yeux encore plus gros que des pêches et que de la salive lui coulait le long du visage, alors je n’avais pas besoin d’être capable de voir les couleurs pour savoir que ses yeux devaient briller encore plus que ma lumière sacrée.

Par la suite, je tendis l’une de mes mains, laissai reposer mon menton sur l’autre, et m’assis par terre, laissant à contrecœur la licorne prendre son « repas ».

« Ainsi, tu me traitais vraiment comme ta nourriture pendant tout ce temps. Pas étonnant que tu aimes me lécher à ce point, petit glouton. »

Bien que je l’eusse traité de glouton, je rassemblai encore plus de l’élément sacré, laissant la licorne me lécher tout son soûl.

Après tout, ce cheval pervers et glouton était mon seul compagnon pour l’instant. Je me forçai à sourire, jetai un regard à la licorne, et marmonnai : « Dis-moi, je devrais vraiment te donner un nom, puisque tu es mon compagnon. »

En entendant cela, la licorne cessa de lécher sa nourriture, leva la tête, et hennit avec urgence.

« Tu veux un nom à ce point ? Très bien, laisse-moi y penser. Comment devrais-je t’appeler ? » Je fronçai les sourcils et commençai à réfléchir.

À ma question, la licorne utilisa sa tête pour me pousser un peu, et elle me mordit gentiment la main. Elle continuait à répéter les actions de me pousser et de me mordre la main.

« Ma main ? » m’enquis-je avec confusion.

Elle secoua la tête vigoureusement, s’arrêta un instant, et se mit à rassembler une quantité massive de lumière sacrée sur son corps à la place.

Comprenant en quelque sorte, je demandai : « La lumière ? »

La licorne fit basculer son long cou de haut en bas avec énergie. Elle se servit ensuite de la corne sur sa tête pour me toucher doucement, et puis continua de répéter la même action.

« Ta corne ? » la questionnai-je avec hésitation.

La licorne hocha la tête vigoureusement. Après avoir acquiescé, elle me fixa du regard avec beaucoup d’anticipation. Ne me questionnez pas non plus sur comment je peux être aveugle et quand même être capable de voir quelque chose comme de l’anticipation.

Si un cheval hennissait continuellement huit octaves plus hautes que la normale, avait des yeux plus gros que des pêches et ne cessait de frotter ses sabots sur le sol en direction de quelqu’un en particulier, seule une personne aveugle, sourde, et qui aurait perdu tout sens du toucher serait incapable de percevoir à quel point celui-ci anticipait ma réponse.

Je me sentis désolé pour Ecilan qui était toujours harnaché sur son dos. Il devait assurément dormir d’un sommeil très précaire.

« Ne fonce pas sur moi. Laisse-moi réfléchir… lumière et corne… Lumière et corne ! »

Une chose me traversa l’esprit, et je m’écriai : « J’ai compris, tu t’appelles… »

La licorne cessa tout mouvement et me fixa de ses grands yeux, n’osant même pas faire de bruit en reniflant.

« Blanchâtre ! »

« … »

C’est la première fois que je vois une licorne s’effondrer.

« La lumière et ta corne ne sont-elles pas toutes les deux blanches ? Elles devraient l’être, non ? Du moins, c’est ce que ma culture générale m’indique. Puisque tu as pointé la lumière et ta corne, et qu’elles sont toutes les deux de couleur blanche, tu dois t’appeler Blanchâtre. Pourquoi diable causes-tu donc tout ce raffut ? »

J’assenai avec mécontentement une claque sur la tête de Blanchâtre et le réprimandai : « Même si tu as désormais un nom, tu n’as pas besoin de sauter partout aussi joyeusement. Continue à faire du bruit et tu n’auras rien à dîner ce soir ! »

Blanchâtre n’osa plus sauter partout, mais émit des gémissements. Cette fois-ci, je ne l’en empêchai pas. Comme l’entrée de la vallée était si étrangement calme, faire un peu de bruit ne posait pas de problème.

Après avoir donné un nom à Blanchâtre, j’observai les environs. À ma gauche et à ma droite, il y avait des falaises. C’était uniquement droit devant moi qu’on retrouvait un territoire plat et flou, la raison du manque de netteté étant la super densité de l’élément des ténèbres qui était présent.

Devant moi devrait se trouver la Vallée de Trizer. Devrais-je me diriger vers elle ? Ou devrais-je partir, prendre Blanchâtre ainsi que le Chevalier de Glace avec moi et continuer de me faire poursuivre par des gens ?

Je me forçai à sourire.

En fait, je n’ai pas le choix.

À moins que je ne souhaitasse continuer à vivre comme un amnésique, fuyant les gens qui pourraient chercher à me tuer, je n’avais absolument pas d’autre choix que de suivre les instructions de Scarlet…

« Grisia ! »

Sursautant, j’étendis ma capacité à sentir les éléments et remarquai que l’appel provenait de Woodrow et des autres qui étaient arrivés avant moi. Ils surgirent de la vallée, en courant tout naturellement vers l’endroit où je me tenais.

Iacchi était le plus rapide. Il fut le premier à me rejoindre et me flanqua immédiatement une claque sur le dos, très fort. Alors que je me retournais douloureusement pour lui faire face, il émit brusquement un hurlement aussi puissant qu’un gong : « Grisia, qu’est-il arrivé à tes yeux ? »

Lorsqu’Igor et Woodrow m’eurent tous les deux rejoints, ils gardèrent leur regard rivé sur mes yeux avec surprise.

Je me rappelai alors que mes yeux étaient toujours bandés par un bout de tissu. Je le retirai tout de suite et les rassurai : « Rien, mes yeux me font juste un peu mal, alors je les ai bandés en attendant. »

« Ils sont déjà complètement guéris, pas vrai ? Ne nous fais plus peur comme ça. » Igor saisit ma tête entre ses deux mains et me fixa implacablement droit dans les yeux, comme s’il s’attendait à leur trouver une sorte de maladie incurable en les examinant.

Woodrow me suggéra avec inquiétude : « Est-ce que tu veux d’abord aller consulter un docteur pour les soigner ? Il se pourrait que tu sois tombé malade. »

« Impossible, tes sorts de soin ne font pas l’affaire ? » Iacchi laissa paraître une expression d’incrédulité.

« Les sorts de soin d’un guérisseur n’englobent pas tout. S’il s’agit d’une maladie ordinaire, ils n’auront pas tant d’effet. » Woodrow expliqua plus en profondeur, et ensuite se tourna vers moi pour demander : « Grisia, tu as sans doute essayé un sort de soin pour guérir tes yeux, et tu as remarqué que ça n’avait pas fonctionné, n’est-ce pas ? »

Je… Je ne pus qu’acquiescer d’un signe de tête.

« Oh non, il se pourrait vraiment que tu sois tombé malade », déclara Woodrow avec inquiétude, tout en posant une main sur mon front.

« Comment va-t-il ? Il n’y a rien qui cloche avec Grisia, n’est-ce pas ? » l’interrogea anxieusement Igor.

« Je ne crois pas qu’il ait de la fièvre. »

J’étendis mes sens pour examiner minutieusement leurs expressions. Ils semblaient tous arborer un air inquiet, et aucun d’entre eux n’affichait d’air inhabituel.

« Nous devrions emmener Grisia consulter un guérisseur… »

Comment pourrais-je laisser une telle chose se produire ? Il faut absolument que je retrouve l’objet que j’ai perdu ! Je m’empressai de refuser : « Non, c’est inutile. Le Chevalier de Flamme risque bientôt de nous rattraper, et je vais réellement mieux à présent. »

« Vraiment ? » me demanda Woodrow avec doute.

« Si tu ne te sens pas bien, ne te force pas trop », répliqua Igor d’une voix forte.

Ne fais confiance à personne.

Je ressentis subitement un douloureux pincement au cœur et me forçai à répondre : « Vraiment, tout va bien. »

Iacchi me donna une claque dans le dos et m’assura : « Dans ce cas, c’est parfait. Ce serait terrible si nous devions terminer cette aventure au prix de tes yeux. Ça n’en vaudrait pas le coup du tout. »

« C’est vrai, j’ai oublié de te féliciter. Tu as fait du bon travail ! » Woodrow me tapota l’épaule. Son tapotement était définitivement plus doux que celui d’Iacchi. Ce dernier me dit également : « Bien joué. »

Igor s’exclama : « J’ai beaucoup d’admiration pour toi, Grisia. Tu es parvenu à échapper au Chevalier de Flamme. Tu as énormément de talent… »

Sybil et Yuna m’ont trahi.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? Pourquoi ne dis-tu rien ? » me demanda Iacchi, perplexe.

« Se pourrait-il que tes yeux te fassent de nouveau mal ? »

« Est-ce qu’ils te font encore mal ? » me questionna Igor, inquiet. « Si c’est le cas, nous devrions faire comme Woodrow a dit et aller les faire soigner. »

Sybil a même tiré une flèche sur moi.

« Grisia ? »

« Ce n’est rien… Vraiment, je vais bien… » J’affichai un sourire éclatant et dis : « Je me sens juste un peu fatigué. Tant que nous nous déplacerons lentement, je m’en sortirai. Nous devrions nous mettre en route. Nous serions dans de beaux draps si le Chevalier de Flamme nous rattrapait. »

Tout le monde hocha la tête.

 

Pendant notre route, Igor et Iacchi furent avertis par Woodrow de ne pas faire de sottises, sinon ils risquaient de me déranger alors que je me reposais, ainsi ils se montrèrent tous les deux très dociles. Ensuite, pendant que nous marchions, Woodrow me décrivit l’état actuel de la Vallée de Trizer, en baissant même la voix, me traitant comme si j’étais somnambule et qu’il avait peur de me réveiller !

« Depuis que nous avons atteint la Vallée de Trizer, nous avons suivi ton plan, en montant d’abord le campement aux frontières de la vallée, mais nous avons découvert quelque chose d’étrange. »

« Qu’y a-t-il d’étrange ? » Écouter ses chuchotements m’avait à moitié endormi. Quelque chose a enfin attiré mon attention.

Indécis, Woodrow fronça les sourcils et révéla : « La Valée de Trizer a toujours été l’un des trois plus grands territoires des ténèbres du Royaume de l’Orchidée Lunaire. Elle devrait regorger de créatures des ténèbres et de monstres démoniaques, mais nous avons découvert une zone où il n’y a absolument aucun mort-vivant. »

Iacchi, qui devait s’ennuyer à mourir, s’interposa sur-le-champ : « Pendant que nous t’attendions, nous avons songé à aller y jeter un coup d’œil, mais… Héhé, malgré le fait que nous n’ayons pas trouvé de créatures des ténèbres, il y avait quand même des bêtes féroces ! Alors, nous n’y sommes pas vraiment allés… »

Absolument aucune trace de créatures des ténèbres… Cette anormalité me donna une impression de déjà-vu. Il se pourrait qu’il y eût un lien avec l’objet dont Scarlet m’avait parlé. Je ne pus me retenir de formuler mon désir : « Allons jeter un coup d’œil ! »

Stupéfait, Woodrow répliqua avec hésitation : « Mais, nous avons toujours un Chevalier de Glace inconscient sur les bras. N’est-ce pas une mauvaise idée ? »

« Ne t’inquiète pas, il ne se réveillera pas de sitôt. » Je déclarai avec indifférence : « Traitez-le comme faisant partie intégrante de la selle de Blanchâtre. »

« …Blanchâtre ? Qui est Blanchâtre ? » Woodrow, Iacchi et Igor arboraient tous un air perplexe sur le visage. Ils ne semblaient pas comprendre de qui je parlais.

Je répondis avec irritation : « À part la licorne, qui d’autre ici peut porter une selle ? »

Les yeux de tout le monde s’ouvrirent en grand, et après un certain temps Iacchi s’écria : « Tu as nommé une licorne Blanchâtre ? »

Je le niai sur-le-champ. « Non, c’est la licorne qui voulait ce nom. »

La licorne commença immédiatement à hennir bruyamment et à frapper le sol de ses sabots, en se cabrant même à l’occasion… Malheureux Ecilan ! Forcément, il ne pouvait qu’être en train de faire des cauchemars.

« … En es-tu sûr ? »

Je hochai la tête. « Oui, il me l’a montré en faisant des signes. »

« Depuis quand est-ce que les licornes ont des mains… » s’étonna Igor, l’air hébété.

« Il a pointé ma main et a brandi sa corne. » J’affirmai avec confiance : « Réfléchissez bien ! La lumière sacrée sur ma main est blanche, non ? Et la corne de la licorne est également blanche, pas vrai ? »

Ils acquiescèrent tous les trois de la tête. Je me sentis ravi. Par chance, je ne m’étais pas trompé en devinant.

« Il n’y a donc rien de mal à l’appeler Blanchâtre, n’est-ce pas ? »

« C’est vrai, quand tu le dis de cette façon ! Donc, son nom doit vraiment être Blanchâtre. »

Igor fut le premier à hocher la tête et à se mettre d’accord avec moi. Iacchi haussa les épaules et donna l’impression de ne pas se soucier de quel pourrait être le vrai nom de la licorne. Woodrow, toutefois, hésita un peu avant d’acquiescer.

La licorne hennit encore plus fort… Il est vraiment très excité ! Avoir un nom est-il vraiment merveilleux à ce point ?

À cet instant-là, Woodrow ne put s’empêcher de murmurer : « Mais, tu ne crois pas qu’il aurait aussi pu avoir fait référence à “Corne de la Lumière Sacrée ” ou quelque chose comme ça ? »

La licorne se mit tout à coup à hennir encore plus et à frapper le sol très fort de ses sabots.

« Tu es trop bruyant ! Si tu fais encore du tapage, tu ne recevras rien à dîner ! » hurlai-je à l’intention de Blanchâtre. Puis, je tournai la tête et rétorquai : « Ne trouves-tu pas étrange qu’un cheval possède un vocabulaire aussi sophistiqué ? Sans parler d’à quel point “Corne de la Lumière Sacrée” est terriblement long à prononcer. Blanchâtre n’est-il pas un nom plus aisé à prononcer et à comprendre ? »

Woodrow n’eut pas d’autre choix que de se ranger de mon côté : « C’est… C’est vrai. Il doit s’appeler Blanchâtre alors. »

J’acquiesçai d’un air détaché.

À cela, la licorne baissa la tête. Igor tendit la main pour la caresser et dit : « Blanchâtre est un nom qui ne sonne pas si mal. C’est définitivement moins long à prononcer que “Corne de la Lumière Sacré ”… Ah ! Tu m’as mordu, lâche-moi ! Tu me fais mal ! »

« Très bien, mettons-nous en route ! Blanchâtre, lâche la paume d’Igor… Je veux dire, lâche tout son bras. »

Par la suite, nous nous enfonçâmes encore plus profondément dans la vallée et fîmes halte assez aisément. Quelques sortes de créatures des ténèbres, plus particulièrement les morts-vivants, devenaient aussi nombreuses que de la mauvaise herbe sur une plaine. Nous avancions de deux pas, et une foule d’entre elles se précipitaient sur nous. Au début, Igor et Iacchi attaquèrent les créatures des ténèbres de bas niveau comme s’ils jouaient à un jeu, allant même jusqu’à faire une compétition du nombre de morts-vivants qu’ils achevaient.

Cependant, au fur et à mesure que nous continuions à marcher, nous commençâmes tous à remarquer quelque chose d’étrange. Peu importe combien nous en tuions, le nombre de créatures des ténèbres ne baissait pas, mais augmentait à la place. Même certains morts-vivants de bas niveau, qui auraient dû s’être enfuis après que l’un des leurs se soit fait massacrer, se jetèrent sur nous et nous attaquèrent par derrière.

Finalement, comparés aux cinq personnes et au cheval dans notre camp, les morts-vivants du camp opposé ressemblaient à une armée.

« Vite, dépêchez-vous de vous replier ! » s’écria Iacchi.

« Que se passe-t-il ? » Woodrow resta bouche-bée et poussa un cri de stupeur inhabituel à son caractère : « Quand nous sommes venus plus tôt, il n’y avait pas autant de créatures des ténèbres ! »

Tout de suite, Igor le guerrier brandit consciencieusement son épée… Bien que la pointe de sa lame tremblât suffisamment pour lui donner la forme d’un V.

« C’est probablement parce que Blanchâtre, Ecilan et moi sommes tous présents », réalisai-je.

« Nos corps sont remplis de lumière sacrée. Aux yeux de ces morts-vivants remplis de l’élément des ténèbres, nous sommes probablement aussi voyant qu’un immense feu de camp. Aussi, malgré le fait que ceux-ci devraient craindre l’élément sacré, nous avons envahi leur camp de base. Il y a de fortes chances pour que leur fureur l’ait emporté sur leur peur, et donc c’est pourquoi ils se regroupent pour nous attaquer. »

« E-Et maintenant, que sommes-nous censés faire ? » La voix d’Igor le guerrier, qui se tenait à l’avant du groupe, tremblait tellement qu’elle sonnait comme s’il était sur le point de se mettre à pleurer.

« Ne t’inquiète pas. » Je souris légèrement et ajoutai : « Tant que nous nous transformons en créatures des ténèbres, il n’y aura pas de problèmes. Celles-ci n’attaqueront pas l’un des leurs. »

« Nous transformer en créatures des ténèbres ? » Iacchi s’écria sur-le-champ d’un ton étrange : « Qui veut se transformer en l’une d’elle ! Il vaudrait mieux être mort plutôt que de s’accrocher à une existence contre-nature ! Je n’ai pas envie de mourir si jeune ! »

« Ne panique pas autant », rétorquai-je avec irritation. « Tu ne veux pas mourir. Crois-tu que j’en aie envie ? »

« Dans ce cas, qu’as-tu l’intention de faire… »

« Quel que soit ton plan, dépêche-toi ! Ils foncent déjà droit sur nous ! »

Iacchi n’avait même pas eu le temps de terminer sa question, lorsqu’Igor lui coupa la parole. En entendant le cri d’alarme d’Igor, Iacchi et Woodrow assumèrent automatiquement leur position de combat. Iacchi dégaina une dague et se tint derrière Igor. Woodrow, quant à lui, se transforma en panthère et alla se tenir à côté du guerrier du groupe.

Leur réaction me surprit. Ils font face à un si grand nombre de créatures des abysses, et pourtant ils ont encore envie de se battre ? Peut-être que je les ai trop sous-estimés.

Cependant, malgré tout, je n’avais aucune envie de me battre contre une armée toute entière.

Je dispersai plus de la moitié de la lumière sacrée entourant mon corps et me mis à rassembler l’élément des ténèbres. C’était encore plus facile que de rassembler de la lumière sacrée. L’élément des ténèbres ici était si dense que mes alentours étaient brumeux et rendaient me vue floue depuis le début. Je tendis simplement les mains. Sur-le-champ, celles-ci formèrent une énorme boule de l’élément des ténèbres si épaisse qu’elle pourrait servir de ballon de jeu.

Par la suite, j’enrobai tout le monde avec l’élément des ténèbres que j’avais rassemblé.

Sous le nuage de ténèbres, les morts-vivants cessèrent immédiatement de nous foncer dessus. Ils agirent comme s’ils avaient perdu de vue leur cible. Après avoir stupidement fixé l’endroit pendant un moment, ils commencèrent à nous chercher sans détecter quoi que ce soit. Après un certain temps, ils se dispersèrent. Certains nous dépassèrent même en flottant devant nous, mais aucun ne se donna la peine de nous accorder le moindre regard.

En constatant ceci, le trio terrifié à l’origine se calma et rengaina leurs armes. Même Woodrow retourna à sa forme humaine.

« C’est donc ce que tu avais voulu dire. Tu aurais dû t’expliquer plus tôt ! » Iacchi proclama bruyamment : « Explique mieux les choses la prochaine fois ! Nous transformer en créatures des ténèbres… Tu voulais nous faire mourir de peur ou quoi !? »

« Grisia, j’ai envie de te massacrer à coups de poing ! »

Fidèle à sa parole, après avoir rengainé son épée, Igor se précipita vers moi pour m’attraper, coinça ma tête entre ses bras et leva son poing… Je fus réellement inquiet pendant une seconde, songeant qu’il allait véritablement me donner un coup de poing, mais au lieu de cela il plaça son poing au sommet de ma tête et se mit alors à la frotter de l’arrière à l’avant sans s’arrêter.

« Hahaha ! Tu me chatouilles ! » J’avais envie de me gratter et je riais, tandis que je m’objectais avec véhémence : « C’est toi qui as mal compris. Je n’y suis pour rien ! »

« Petit farceur… » Entendant mes mots, Iacchi se mit également à me frotter la tête avec son poing.

Sur le côté, Woodrow secoua la tête avec une expression de totale impuissance sur son visage, comme il observait nos enfantillages.

Après m’être amusé quelques secondes, je repoussai Igor et déclarai avec indifférence : « Tu es réveillé, Chevalier de Glace ? »

Tout le monde cessa de jouer et tourna la tête pour regarder celui qui était attaché sur le dos de Blanchâtre. Ecilan avait réellement ouvert les yeux. Il demeura silencieux pendant un moment. Seules ses pupilles remuèrent de gauche à droite, comme s’il observait les alentours. Enfin, il murmura doucement : « Comment ai-je pu m’évanouir comme ça… »

Scarlet est probablement la responsable… Néanmoins, j’aurais pensé qu’elle aurait fait en sorte qu’il reste dans un état comateux jusqu’à la fin, juste au cas où il recommencerait à me mentir. Je n’aurais jamais songé que Scarlet le laisserait agir comme bon lui semble.

Ecilan se tourna pour me regarder et demanda à voix basse : « Blaze va-t-il bien ? »

« Oui. » Je ricanai et ne pus m’empêcher de me moquer en ajoutant : « Il est tellement en parfaite santé qu’il m’a presque tranché en deux. »

En entendant ceci, Ecilan s’enquit avec surprise : « Il ne savait pas que la personne qu’il attaquait était toi, n’est-ce pas ? »

« Il le savait », annonçai-je calmement. « Il a aussi affirmé que je n’étais absolument pas le Chevalier du Soleil. »

Ecilan cligna des yeux, le visage plein de confusion.

Woodrow me questionna vivement : « Que veux-tu dire par le Chevalier du Soleil ? »

J’hésitai, mais expliquai tout de même : « Rien. Pour s’échapper, Ecilan m’a menti en affirmant que j’étais le Chevalier du Soleil. Il voulait que je parte avec lui. »

« Toi, le Chevalier du Soleil ? » Iacchi ouvrit grand la bouche.

Nous nous bouchâmes les oreilles à l’unisson.

« Comment ça pourrait être possible~~ HAHAHA ! C’est si drôle que j’en ai mal à l’estomac ! » Iacchi rit en disant : « Si Grisia est le Chevalier du Soleil, dans ce cas, moi, je suis le pape ! »

Pauvre Ecilan… Étant donné qu’il était attaché comme un poulet, il était dans l’incapacité de se couvrir les oreilles et ne pouvait que souffrir à travers le rire explosif d’Iacchi. Malheureusement, bien que nous éprouvâmes de la sympathie à son égard, aucun de nous ne possédait de mains en surplus pour l’aider à bloquer le son.

Finalement, l’éclat de rire assourdissant d’Iacchi cessa, et ce fut uniquement à ce moment-là que nous baissâmes tous les trois nos mains. Je lançai deux sorts de guérison sur les oreilles d’Ecilan avec sympathie. L’expression de ce dernier montrait qu’il était probablement sur le point de s’évanouir encore une fois.

Woodrow murmura très bas : « Heureusement que l’ouïe des créatures des ténèbres n’est pas particulièrement bonne. Sinon, toutes celles qui se trouvent dans la vallée auraient été attirées par le vacarme. »

« Pauvre chose ! » Je frottai la tête d’Ecilan avec sympathie, et en même temps j’en profitai pour le décoiffer afin de le rendre moins attirant.

Ecilan me fixa froidement du regard.

Je ne savais pas pourquoi, mais, après m’être fait fusiller du regard par lui, je sentis subitement que quelque chose clochait. Je changeai immédiatement de sujet. « Ecilan, puisque tu affirmes me connaître, examine-moi bien. Te semble-t-il que quelque chose manque sur moi ? »

Contre toute attente, il répondit sans la moindre hésitation : « Il manque de nombreuses choses. »

« Je veux dire, est-ce que des objets très importants ont disparu ? » J’expliquai plus en profondeur : « Quelque chose que je garde toujours sur moi, sans jamais l’enlever, mais qui n’est plus là à présent ? »

Ecilan m’examina avec sérieux. Après un certain temps, il acquiesça d’un signe de tête et annonça : « Il te manque effectivement quelque chose. »

« Que manque-t-il ? » demandai-je avec agitation. Je vais enfin savoir ce que j’ai perdu.

« Il te manque… »

Chacun d’entre nous écouta attentivement la réponse.

Ecilan compléta avec un total sérieux : « Il te manque un petit sac sur lequel est brodé un symbole en forme de soleil, celui que je t’avais offert pour y garder tes sucreries. Tu ne l’enlèves jamais d’habitude. »

« … »

Si l’objet que Scarlet veut que je retrouve est un sachet de bonbons, je vais définitivement la hacher menu et faire des tartes de sa chair !

Ensuite, Ecilan ajouta brusquement : « Il semble aussi te manquer un collier, mais c’est quelque chose que tu as seulement commencé à porter il y a un mois. »

Je restai surpris. Il y a un mois ? « De quoi avait l’air ce collier ? »

Dénué de toute expression, Ecilan secoua la tête et répondit : « Je n’y ai jamais prêté attention. J’ai seulement entendu Metal affirmer qu’il t’avait vu porter un immense joyau. Il se demandait où tu l’avais pris et voulait informer le Pape du fait que tu l’avais volé… »

« … Quel est le nom du Chevalier du Métal ? »

« Laïca du Métal. »

Je jurai vicieusement : « Je me souviendrai de lui ! »

« Ah bon ? » Ecilan murmura : « Dans ce cas, il en sera assurément ému. Hormis celui du Capitaine-Chevalier du Jugement, tu vas également te rappeler de son nom correctement. Auparavant, chaque fois que tu t’adressais à lui, tu l’appelais Laïmace. »

« La-Laïmace ? Ha… » Iacchi éprouva de nouveau l’envie d’éclater de rire. Par chance, Igor parvint à lui couvrir la bouche juste à temps.

« Je l’appelais Laïmace ? » Je le questionnai avec curiosité : « Dans ce cas, comment t’appelais-je ? »

« … »

« Hé ! Parle ! » Je le narguai : « À moins que tu ne sois encore en train de me mentir ? Sinon, dis-le-moi ! Comment t’appelais-je ? »

« … »

Romance RPG : Partie 25

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Romance RPG

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Part Twenty-five – traduit du chinois vers l’anglais par Minna[PR!]
Partie Vingt-cinq – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

Le temps passa très vite. Dans le jeu, le travail de Meng et de l’Épée-Fantôme dans la boutique de robes se déroula sans anicroche. Même le patron n’avait pu se retenir de fabriquer des chaussures, un chapeau et une paire de gants pour récompenser le bon travail de Meng. De plus, le prince Édouard visita très souvent la boutique, afin de fréquemment discuter avec Meng et l’Épée-Fantôme. Bien que l’Épée-Fantôme ne voulût pas l’admettre, le prince Édouard semblait avoir une impression favorable de Meng. C’est un miracle !

Chaque fois qu’Édouard venait à la boutique, Ye Meng Ling était exceptionnellement occupée en dehors du jeu le jour suivant, parce que le visage de Lin Jian Yin se retrouvait déformé au point d’en être méconnaissable.

Malgré le fait qu’il fût dans cet état, Ye Meng Ling parvenait toujours avec succès à réduire la fréquence à laquelle il détruisait des objets. Leurs opinions coïncidaient également, alors Lin Jian Yin ne pouvait presque pas trouver d’émissions de télé dont il fût insatisfait ou auxquelles il n’avait pas envie d’aller parmi les emplois qui lui étaient confiés.

« Tu peux partir plus tôt aujourd’hui », déclara Lin Jian Yin à Ye Meng Ling sur un ton neutre.

En réalité, il savait qu’aujourd’hui était un jour spécial. Ye Meng Ling n’arrivait pas à se concentrer non plus et avait l’air d’avoir trop de choses qui lui occupaient l’esprit. S’il s’était agi de n’importe quel jour habituel, Lin Jian se serait mis à la réprimander, mais il lui pardonna pour l’occasion. Après tout, un bal et un prince parfait déconcentreraient n’importe quelle jeune femme.

« Je peux ? » Ye Meng Ling paraissait très prise au dépourvu.

Lin Jian Yin haussa les épaules, comme si ça ne le dérangeait pas.

« Merci. » Ye Meng Lin sourit et se mit à ranger ses affaires. Avant de partir, elle ne put s’empêcher de tourner la tête avec inquiétude, jusqu’à ce que Lin Jian Yin lui fasse un « OK » de la main. Seulement à ce moment-là ferma-t-elle la porte et s’en alla-t-elle.

Pas même une minute après que son agente eût fermé la porte, Lin Jian Yin saisit impatiemment ses clés de voiture, ouvrit la porte à la hâte et manqua d’entrer en collision avec la personne qui se trouvait de l’autre côté.

« Bai Xue Chen, essaierais-tu de me faire mourir de peur !? » s’énerva Lin Jian Yin.

« J’ai entendu dire qu’une certaine épée allait emmener sa propriétaire pour assister à un bal aujourd’hui ? » Bai Xue Chen changea de sujet pour éviter de répondre à sa question.

Lin Jian Yin roula impoliment des yeux à son intention. « Ça ne te regarde pas ! »

Le visage de Bai Xue Chen sombra. Il devint soudainement très sérieux et le réprimanda : « Jian Yin, ne me dis pas que tu as vraiment l’intention d’emmener Meng Ling au bal pour qu’elle et le prince se marient ensemble. »

Les yeux de Lin Jian Yin s’agrandirent, comme si le chanteur ne comprenait pas pourquoi Bai Xue Chen lui reprochait une telle chose. Confus, il répliqua : « C’est le but du jeu. Quelque chose ne va pas avec ça ? »

Ce fut au tour des yeux de Bai Xue Chen de s’agrandir à présent. Son meilleur ami pointa le nez de Lin Jian Yin avec son doigt. « Tu n’es pas sérieux quand tu dis que tu veux éloigner de toi la fille que tu aimes, n’est-ce pas ? »

Lin Jian Yin repoussa le doigt de son ami, en répondant avec nonchalance : « Qu’est-ce que tu veux dire par la fille que j’aime… »

« Songes-y. Un beau prince pourrait tenir Meng Ling dans ses bras pendant qu’ils danseraient, et il pourrait même se pencher sur elle pour lui murmurer à l’oreille. S’ils se baladaient dans un jardin fleuri sous le clair de lune, ce ne serait même pas étonnant s’ils s’embrassaient passionnément. Si les choses se déroulaient comme ça, ça ne te dérangerait pas du tout ? » Bai Xue Chen arborait une expression d’incrédulité.

Quelqu’un d’autre qui sert Meng très fort dans ses bras en lui murmurant à l’oreille et qui l’embrasse même passionnément… Le cœur de Lin Jian Yin devint lourd, une expression mécontente se formant clairement sur le visage du jeune homme.

Au moins, cet idiot n’est pas complètement insensible. Bai Xue Chen put enfin pousser un soupir de soulagement. Il donna une claque sur l’épaule de Lin Jian Yin, croyant que ce dernier s’était rendu compte des sentiments qu’il éprouvait et qu’il ne céderait plus Meng à une autre personne aussi facilement.

« Va vite rejoindre Meng. Ne la laisse pas seule. »

En entendant que Meng était livrée à elle-même, Lin Jian Yin cessa de penser et n’eut pour seule envie que de rentrer à la maison au plus tôt afin d’accompagner Meng dans le jeu. Elle avait toujours manqué de courage, et aujourd’hui était un grand jour, alors elle devait être effroyablement inquiète.

 

 

Quand l’Épée-Fantôme ouvrit les yeux, la première chose qu’il aperçut fut le dos de Meng. La jeune femme avait déjà revêtu sa robe rose ainsi que les gants, les chaussures et le chapeau de même style que le patron avait confectionnés pour elle. L’Épée-Fantôme jeta un regard appréciatif à Meng qui se tenait dos à lui, sa silhouette mince tout simplement féérique. Elle s’était transformée d’une vieille dame qui faisait ses courses à l’épicerie du coin en une jeune femme à l’apparence féérique. Pour l’Épée-Fantôme, ce voyage déchirant d’un opposé à l’autre ressemblait au passage à l’âge adulte d’une enfant.

« Meng, tourne-toi et laisse-moi te regarder », s’exclama l’Épée-Fantôme.

Meng se figea. Puis, elle se retourna un peu nerveusement. À cet instant-là, l’Épée-Fantôme découvrit qu’elle avait appliqué un peu de maquillage, la faisant paraître encore plus mignonne et rafraîchissante. Si j’avais des mains, je serais sans doute incapable de me retenir de la serrer dans mes bras, furent les pensées de l’Épée-Fantôme. Il se rappela alors immédiatement ce que Bai Xue Chen avait dit à propos du fait que Meng était la personne qu’il aimait. Comment est-ce que ça pourrait être possible ? C’est mon agente, la femme que j’ai aidé à se transformer. Moi, tomber amoureux d’elle ? On n’est pas dans une histoire du genre Hikaru Genji Plan !

Meng donnait toujours l’impression d’être très inquiète. Elle fronça les sourcils comme elle lâchait : « Épée-Fantôme, il vaudrait peut-être mieux que je n’assiste pas au bal après tout ? »

« Pourquoi ? » L’Épée-Fantôme se figea. Les derniers jours passés dans le jeu n’étaient-ils pas spécifiquement pour se préparer à ce bal ?

Meng afficha une expression quelque peu consternée. « C’est juste qu’Édouard est trop parfait. »

« Et, c’est mal ? » C’était à présent un plus grand mystère encore pour l’Épée-Fantôme. Il existe vraiment des gens qui n’aiment pas les personnes parfaites ?

« Comment je pourrais expliquer… » Meng eut du mal à trouver les mots : « Trop parfait, trop… » Même après avoir cherché, elle ne parvenait toujours pas à énoncer le moindre défaut que possèderait Édouard. Cependant, le fait de ne pas être en mesure de lui trouver le moindre défaut était exactement ce qui lui faisait sentir que tout ça était extrêmement irréel.

« Ne sois pas idiote ! » l’interrompit l’Épée-Fantôme avec impatience. « Notre but est que tu épouses le prince. As-tu l’intention d’abandonner ? »

En entendant l’Épée-Fantôme dire ça de cette façon, Meng fut un peu prise au dépourvue et lui demanda ensuite : « Est-ce que ton but était également que je me marie avec le prince ? »

« Évidemment. » L’Épée-Fantôme répondit sans réfléchir, mais, subitement, l’image d’Édouard en train d’échanger un baiser passionné avec Meng apparut dans son esprit. L’Épée-Fantôme fronça les sourcils. Cette image le contrariait beaucoup, voire énormément.

Meng tomba silencieuse pendant un moment et dit d’un air morne : « Je comprends. Allons-y. C’est bientôt l’heure. »

L’Épée-Fantôme était occupé à réfléchir au sentiment qui rendait son cœur mal à l’aise et ne remarqua pas le manque d’enthousiasme dans la réponse de Meng. Meng ramassa l’épée de sa propre initiative et se mit en route pour le palais.