Mise à jour : Janvier 2018

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Chapitres de Janvier
  1. Romance RPG : Partie 25
  2. La Légende du Chevalier du Soleil Histoire Parallèle #3 : Faire Face Aux Ténèbres
  3. La Légende du Chevalier du Soleil T4C7 : Choisis Tes Compagnons Pour Tuer Un Dragon
  4. 1/2 Prince T5C7 : L’Inimaginable Amour d’une Cougar
  5. La Légende du Chevalier du Soleil Invincible Partie 4 : Nous Sommes Invincibles
  6. La Reine Guerrière TP1C4 : Lumière et Ténèbres Partie 4

Bonne et heureuse nouvelle année à tous !

On n’a malheureusement pas terminé de rattraper notre retard dans les parutions, mais, comme j’ai promis de publier des chapitres ce mois-ci, j’ai bien l’intention de tenir ma promesse.

J’espère que ce sera suffisant pour satisfaire tout le monde.

Bonne lecture !

Échange Magique Chapitre 3 – La soupe aux tomates et au boeuf sauve le monde

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Échange Magique

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Magical Exchange Chapter 3: Tomato Beef Soup Saves the World – traduit du chinois vers l’anglais par Minna[PR!]
Échange Magique Chapitre 3 : La soupe aux tomates et au bœuf sauve le monde – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

[Notes de l’auteure Yu Wo]

Cette œuvre date d’il y a longtemps.

Au début, je croyais l’avoir perdue quand j’ai changé d’ordinateur.

Mais, par surprise, j’ai découvert que j’avais une sauvegarde du brouillon chez mon amie ASH.

Ainsi, ce bébé m’est revenu. Je suis vraiment reconnaissante envers ASH~

À présent, en regardant ce texte écrit il y a longtemps, je ressens véritablement un sentiment du genre 囧…

(Quand j’ai écrit ça, je suis certaine que Xü Chun Mei était encore très populaire ! Regardez quel âge a cette œuvre !)

Assez parlé maintenant. Bon appétit :

 

 

Dans une rue tout ce qu’il y a de plus normale était située une petite maison en bois sans couleur parfaitement stable. Parfois elle était noire, parfois elle était blanche, et au-dessus de l’entrée était suspendu un panneau portant les inscriptions « God ‘n Devil ». À l’intérieur de la petite maison, en ce moment même…

« Tu te moques de moi ? Pourquoi devrais-je emmener cette sale gamine faire les courses ? » Un homme aux cheveux noirs plissa dangereusement ses yeux écarlates, en jetant un regard noir à la fillette qui lui atteignait seulement les genoux. La mignonne petite fille aux cheveux blonds et aux yeux bleus pinça les lèvres et le fusilla du regard en retour.

L’homme aux cheveux dorés, d’un autre côté, observait la scène. Il afficha un sourire chaleureux et impuissant. « Devil Chaos, je te demande uniquement d’aller acheter un sac de sel avec Angélique. Est-il nécessaire d’avoir une réaction aussi exagérée ? »

« Pourquoi ne vas-tu pas l’acheter toi-même ? » Ça lui était complètement égal à Devil Chaos. Après avoir poussé un reniflement de dédain, il se replongea dans ses émissions à la télé.

« Grand frère Devil Chaos est un gros paresseux. C’est un gros paresseux qui ne fait que regarder la télé ! » Angélique Doll se tenait devant la télévision et continuait de faire la grimace au « gros paresseux » sur le divan.

Devil Chaos était si en colère qu’il en grinça des dents. « Sale petite enquiquineuse, reste loin de ma télévision ou je te dévore pour ma collation de minuit ! »

« Non, non, non ! » Angélique secoua sa petite tête à toute vitesse.

« Sale gamine, je ne ferai qu’une bouchée de toi ! » Devil Chaos tentait déjà de l’attraper en allongeant ses ongles.

« Mais… Devil Chaos, je dois préparer la soupe et ne peux donc pas sortir. » God Charity contempla le duo capricieux, l’un des deux étant grand, l’autre étant petite, et ne put s’empêcher de les interrompre en souriant et en disant : « Aujourd’hui, je te fais ta soupe préférée, celle aux tomates et au bœuf. »

Devil Chaos, qui s’apprêtait à atteindre la fillette avec ses longs ongles, s’agita dans tous les sens. Immédiatement, il songea à une marmite remplie de soupe aux tomates aussi rouge que le sang avec du bon bœuf. Devil Chaos leva finalement la tête à contrecœur, et jeta un regard noir à God Charity. « Je peux acheter du sel par moi-même. »

God Charity révéla un sourire gêné : « Euh, mais, les dernières fois, au lieu de sucre, tu as acheté du sel. Au lieu de sel, tu as acheté du glutamate de sodium. Au lieu de sauce soya, tu as acheté… »

Devil Chaos afficha un rare air embarrassé, se retourna et s’exclama : « D’accord, d’accord, je vais emmener la gamine avec moi. Tu as intérêt à rester sagement à la maison et à préparer correctement ma soupe aux tomates et au bœuf ! »

God Charity sourit et s’accroupit pour donner des instructions à Angélique Doll : « Souviens-toi d’acheter du sel. De plus, ne laisse pas Devil Chaos se promener imprudemment tout seul. Ça pourrait se transformer en un énorme désastre. »

Le visage de la petite Angélique Doll était résolu. Elle acquiesça d’un signe de tête avec un air sérieux et s’empressa de sortir par la porte d’entrée, tout en tenant fermement la main de Devil Chaos, sans la lâcher. Avant que la porte ne se referme, God Charity pouvait encore entendre Devil Chaos s’écrier avec mauvaise humeur : « Lâche-moi, sale petite enquiquineuse. Tu ne peux donc par marcher toute seule ? »

Après que God Charity eût envoyé les deux chahuteurs faire des courses et les eût accompagnés du regard, il sourit de manière détendue. « De cette façon, il ne devrait plus y avoir de problème. Je peux enfin préparer ma soupe en paix. »

 

 

Déambulant dans les rues au coucher du soleil, tous les gens aux alentours sortaient tout juste du travail. Devil Chaos, qui se détachait du lot en raison de son apparence peu avenante et trop tranquille, pouvait en permanence faire tomber sous son charme les personnes de sexe féminin allant de cinq à cinquante ans. Mais, cette fois-ci était un peu différente. Même s’il était beau comme un cœur, en voyant une jolie petite fille perchée sur sa tête, toutes les femmes aux alentours changeaient immédiatement de réaction en passant de « Wow, beau gosse » à « Oh, non ! Il a déjà un enfant » et reculaient de dix pas d’un air déçu.

« Sale petite peste ! » Alors que Devil Chaos apercevait la déception se dessiner sur le visage des personnes encore et encore, il accéléra le pas de mécontentement et arriva au supermarché près de la maison quelques minutes à peine après son départ.

Le niveau de dangerosité dans un supermarché au coucher du soleil ne serait pas moindre que celui d’un champ de bataille, encore plus aux yeux de Devil Chaos. En vérité, un champ de bataille serait sûrement cent fois plus plaisant pour lui qu’un supermarché. En observant des personnes portant des tabliers avec des paniers à la main, dont l’âge variait de quarante à cinquante ans, qui appartenaient à ce champ de bataille rempli à craquer et qui faisaient tout en leur pouvoir pour réussir à entrer et sortir du bâtiment, l’expression faciale de Devil Chaos se contorsionna, et Devil Chaos cria à la fillette perchée sur sa tête : « Hé ! La gamine, va à l’intérieur acheter du sucre. Je vais t’attendre dehors. »

« C’est du sel, gros bêta ! » Angélique descendit de la tête de Devil Chaos en sautant, posa ses mains sur ses hanches et demanda avec une voix débordant de doutes : « Dis, tu peux m’attendre ici sagement et ne pas disparaître ? »

Devil Chaos hocha impatiemment la tête.

Mais, Angélique afficha un air extrêmement soupçonneux. Elle tendit alors son petit doigt pour qu’il le serre du sien et lui dit avec sérieux : « Promets-le-moi. »

« Sale morveuse, qui voudrait te promettre quoi que ce soit en te serrant le petit doigt ? » Devil Chaos dévoila ses dents blanches, comme s’il voulait ne faire qu’une bouchée d’Angélique en la mordant.

« Sans promesse avec le petit doigt, dans ce cas Angélique n’ira pas au supermarché. » Angélique Doll fit la moue et proféra une autre menace. « S’il n’y a pas de sel, grand frère God Charity ne pourra pas préparer de délicieuse soupe aux tomates et au bœuf. »

« Oh, toi ! » Devil Chaos grinça des dents tout en songeant à cette marmite de soupe écarlate… En fin de compte, il tendit à contrecœur son petit doigt, serra celui d’Angélique avec le sien à la vitesse de l’éclair, puis retira son doigt immédiatement.

« Maintenant, je vais aller acheter du sel. » Après avoir reçu la promesse solennelle de Devil Chaos, Angélique fut satisfaite et fonça dans le champ de bataille de la soirée. Grâce à sa petite taille, elle parvint à se faufiler dans la foule sans problème.

S’ennuyant à mourir, Devil Chaos s’accota au mur à côté de la porte d’entrée du supermarché, laissant les guerrières, qui faisaient des allées et venues, se régaler les yeux de sa présence et partir satisfaites avec leurs paniers d’épicerie à la main par la suite, comme s’il se faisait violer du regard par des centaines de personnes. Le visage de Devil Chaos se tordait avec une expression de plus en plus déplaisante chaque minute qui passait.

Par chance… ou plutôt par malchance, une scène chaotique attira rapidement son attention. Sa bouche s’arrondit en un sourire satisfait, alors que ses yeux rouge sang devenaient de plus en plus écarlates en détectant de la colère, du mécontentement et du ressentiment.

Un homme et une femme se disputaient violemment. La jeune femme aux cheveux longs, dont les larmes lui recouvraient tout le visage, s’écria d’une voix aigüe : « Tu veux me quitter ? Pour aller retrouver une autre femme, c’est ça ? Qui est-ce ? Lili ? Chun Mei1 ? »

« Elles n’ont rien à voir avec ça. Nous ne sommes pas faits l’un pour l’autre, c’est tout », répondit l’homme avec impatience.

« Menteur ! Je suis sûre que c’est Chun Mei. Je vais tuer cette maudite diablesse », s’exclama la jeune femme aux cheveux longs en larmoyant.

« Arrête d’en faire toute une histoire. » L’homme s’arracha de la main de la jeune femme en s’éloignant, poussa brutalement la jeune femme, et la fit tomber au sol avec un cri perçant.

Après lui avoir jeté un regard de dégoût, l’homme se retourna et partit. La jeune femme qui était à genoux sur le sol hurla en suppliant : « Xiao Qiang2 ! Ne me laisse pas ! Si tu me quittes, il ne me restera plus rien ! Plus rien… »

Naturellement, Xiao Qiang ne se retourna pas. Seul le diable, qui arborait de mauvaises intentions, agita sa queue fourchue de démon et s’approcha de la jeune femme. Il murmura : « Ne veux-tu pas causer la ruine de cet homme ? Je peux exaucer tous tes vœux. »

La jeune femme sursauta et tourna la tête pour regarder Devil Chaos. En apercevant son beau et malveillant visage, elle inhala vivement et rougit timidement. « Vraiment… ? Dans ce cas, tu serais d’accord pour devenir mon nouveau petit ami ? »

« Quoi ? » L’expression faciale de Devil Chaos changea drastiquement. Comment le vœu était-il passé de cet homme à lui ? Après avoir reçu de nombreux regards éloquents de la jeune femme, Devil Chaos se rendit finalement compte que tout ceci était ridicule et s’empressa de répondre : « Non, non, non ! Pas ce souhait. Change-le. Que dirais-tu de détruire le monde ? »

« Tout ce que tu voudras. » Elle joua timidement avec l’ourlet de son chandail.

Devil Chaos était bouche-bée. Quoi ? Elle a accepté si aisément ? Il éclata d’un rire maléfique. Le ciel originellement clair commença à se couvrir d’épais nuages noirs par l’éruption d’un coup de vent. Un grand manteau à capuche se drapa sur les épaules de Devil Chaos en ballotant au gré du vent. En même temps que le vent se levait, ses pieds s’élevèrent lentement du sol. Enfin, sa personne toute entière flottait à moitié dans les airs. Et il vit tout du point de vue d’un oiseau, en regardant de haut le bas-peuple ignorant.

Le visage de Devil Chaos s’assombrit vicieusement. Une voix telle celle du diable résonna : « J’ai longtemps attendu ce souhait. À présent, au nom de Devil Chaos, j’exaucerai ton vœu. L’apocalypse est en route… »

Toutes les femmes dans la foule s’enfuirent les unes après les autres. Le ciel du monde entier était recouvert d’inquiétants nuages noirs s’étendant à perte de vue depuis le supermarché. Sous la menace des éclairs intransigeants qui s’abattaient, les employés du centre du gouvernement responsable du contrôle des désastres planétaires commençaient à peine à allumer leurs lampes, mais il était déjà trop tard.

Au milieu de toute cette noirceur, la main pâle de Devil Chaos était légèrement levée, comme pour déclarer que tout serait expédié dans le néant…

« Dis, qu’est-ce que tu fais ? » Contre toute attente, Angélique Doll déploya ses ailes et vola vers Devil Chaos qui flottait à moitié dans les airs.

« Je détruis le monde ! » Devil Chaos rit avec malveillance en révélant ses dents blanches.

« Oooohhhh… » Angélique pencha la tête sur le côté et réfléchit à voix haute : « Tu veux détruire le monde ? Mais, si le monde est détruit, on ne pourra plus manger de soupe aux tomates et au bœuf ! »

Le bruit d’un éclair qui s’abat retentit bruyamment, et on put apercevoir la lutte et la souffrance sur le visage de Devil Chaos. En fin de compte, il rétracta lentement sa main pâle, agrippa celle d’Angélique à la place, et enfin le manteau à capuche disparut. Devil Chaos et Angélique Doll atterrirent également sur le sol. Chaque nuage noir, la foule en fuite, tout fut rembobiné comme sur une cassette.

La jeune femme revint de là où elle était partie et fut rembobinée jusqu’à la scène où elle était à genoux sur le sol devant Devil Chaos. Elle dit au même instant : « Vraiment… ? Dans ce cas, tu serais d’accord pour devenir mon nouveau petit ami ? »

Devil Chaos répondit d’un ton glacial : « Même pas en rêve ! »

Par la suite, la foule de femmes se battaient encore sur le champ de bataille du soir. Et les lampes du centre de contrôle des désastres planétaires étaient toujours éteintes. Devil Chaos tint la main d’Angélique, et ils rentrèrent lentement à la petite maison en bois. De loin, on pouvait encore entendre Devil Chaos dire : « Quand on sera de retour, nous devrons avertir God Charity de me laisser toute la soupe aux tomates et au bœuf. »

« Tu peux toujours rêver », répliqua Angélique Doll.

« Sale petite morveuse… »

En cette belle journée, tout se déroulait normalement, mais nul ne sut jamais qu’Angélique Doll et une marmite de soupe aux tomates et au bœuf avaient sauvé le monde.

Notes de bas de page

1 Xü Chun Mei (許純美) : Une personne qui a été invitée par les stations de Télé pour augmenter leurs chiffres d’audience. Tout le monde parlait d’elle durant la période de 2003 à 2007 en Taiwan.

2 Xiao Qiang : Signifie « petite chose forte », il s’agit d’un nom commun utilisé pour faire référence à un cafard, étant donné que les cafards ne meurent pas aussi facilement.

Échange Magique Chapitre 2 : La Mélancolie de la Jalousie

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Échange Magique

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Magical Exchange Chapter 2: The Melancholy of Jealousy – traduit du chinois vers l’anglais par Minna[PR!]
Échange Magique Chapitre 2 : La Mélancolie de la Jalousie – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par Nocta

Sur la piste de course de l’école se trouvait un groupe très animé de jeunes adolescentes.

« Lü Zi, ne cours pas si vite ! » Ma Sheng essaya très fort de soutenir l’allure de la fille qui courait devant elle.

« Tu es juste trop lente », hurla en retour Lü Zi en direction de la fille qui s’était faite distancer de trop loin derrière elle.

« Ma Sheng ne peut tout simplement pas courir si vite », se lamenta Ma Sheng, l’atmosphère de beauté et d’élégance qu’elle dégageait d’ordinaire remplacé par une expression qu’on qualifierait plutôt de jolie et mignonne.

Mais, quoi qu’il arrive, elle reste très belle et attirante. Ce fil de pensée traversa l’esprit de Lü Zi. Comparée à la belle et grande Ma Sheng, Lü Zi, avec un visage plein de boutons et sa peau naturellement trop bronzée, ne semblait même pas du tout pouvoir lui arriver à la cheville.

« Qui t’a dit de négliger tes entraînements ? » Alors que Lü Zi parlait, elle ne put s’empêcher de se sentir heureuse intérieurement, parce que la piste de course était la seule chose dans laquelle elle pouvait vaincre Ma Sheng. Elle et Ma Sheng étaient amies depuis l’école primaire, étaient allées au même collège plus tard, et allaient au même lycée, alors elles étaient naturellement très proches. Dès l’école primaire, Ma Sheng était déjà très belle. Maintenant qu’elles allaient au lycée, elle était devenue encore plus belle. Le nombre de ses admirateurs pouvait surement remplir la piste de course toute entière. Lü Zi avait toujours était la meilleure amie de Ma Sheng, et Ma Sheng était également… une bonne amie de Lü Zi. Très bien ! Affirmer qu’elle n’était pas jalouse serait un mensonge, mais ce n’était pas grave. Au moins, elle avait toujours la piste de course, le seul endroit où elle pouvait exceller mieux que Ma Sheng. Sur la piste de course, Lü Zi était toujours la plus confiante.

Après que l’école fut terminée, Lü Zi et Ma Sheng marchèrent ensemble pour rentrer à la maison comme elles le faisaient tout le temps.

« Lü Zi, crois-tu avoir bien réussi l’interro de math aujourd’hui ? J’ai trouvé que c’était plutôt facile. Il y a eu de nombreuses questions pour lesquelles je t’ai aidé à réviser. L’enseignante les a seulement un peu modifiées », déclara Ma Sheng joyeusement.

« Hum… Ouais, surement ! » prétendit Lü Zi avec culpabilité. Elle n’avait essentiellement compris que la moitié des questions. Elle allait encore avoir une mauvaise note.

« Lü Zi, je dois t’avouer quelque chose ! » Ma Sheng rougit soudainement. « Mais, s’il-te-plaît, ne va pas raconter ça à quelqu’un d’autre. »

Curieuse, Lü Zi s’arrêta. « Qu’y a-t-il ? Tu peux me le dire ! » Elle attendit impatiemment d’entendre le nouveau sujet de commérage.

« Aujourd’hui, Xia m’a avoué son amour, et j’ai… dit oui. » Elle cessa de marcher pendant un instant, et lui demanda sans délai : « Ça ne te dérange pas, n’est-ce pas ? Parce que toi aussi tu l’aimes beaucoup. »

Ce fut comme si un « bang » bruyant avait résonné à l’intérieur de sa tête… Lü Zi sentit son monde s’écrouler. Xia, qu’elle aimait secrètement depuis l’école primaire, avait avoué son amour à Ma Sheng, sa meilleure amie. Elle ne sut pratiquement pas comment réagir. Mais, Ma Sheng continuait à tirer sur son bras, en disant qu’elle ne l’avait pas fait exprès, qu’elle aimait aussi Xia, et que Xia était celui qui lui avait avoué son amour, ce qui était la raison pour laquelle elle… Lü Zi ne voulut pas en entendre davantage ; elle avait uniquement envie de pleurer. Elle hocha la tête sans y penser.

« Ça ne te dérange plus ? » s’enquit Ma Sheng, avec doutes.

Lü Zi hocha de nouveau la tête avec engourdissement.

« Je suis si soulagée. »

À l’instant où elle retourna dans sa chambre, elle se mit finalement à pleurer très fort. Pourquoi ? Pourquoi est-ce que toutes les rares choses qu’elle désirait lui étaient dérobées par Ma Sheng ? Elle haïssait vraiment Ma Sheng à ce moment-là, la détestait tellement qu’elle souhaitait sa mort. Si celle-ci était morte, tout serait parfait. Dans ce cas, elle n’aurait plus à être la fille qui passe inaperçue à côté de sa meilleure amie. C’est vrai ! Si Ma Sheng était morte…

« Lü Zi, peux-tu aller acheter du sel ? Je veux cuisiner, mais il ne m’en reste plus. » La voix de sa mère retentit au bas de l’escalier.

Lü Zi s’empressa d’essuyer ses larmes. « O.K. ! »

 

 

Après avoir acheté du sel, Lü Zi se mit à marcher en étant dans la lune. Elle était perdue dans ses pensées. D’un côté, elle se réprimandait pour avoir eu la pensée terrible de tuer Ma Shang, mais d’un autre côté c’était véritablement tentant…

Brusquement, sans en avoir conscience, elle leva la tête, et ce qui inonda son champ de vision fut une boutique étrange. « God’n Devil » : l’enseigne de la boutique ne contenait que ces trois mots. La boutique tout entière était une sorte de petite chaumière en bois, une qui se distinguait par sa couleur noire.

« Quelle boutique extraordinaire. Quand a-t-elle ouvert ses portes ? Est-ce que c’est une boutique d’antiquité ? » Il émanait de la boutique un charme d’une qualité inhabituelle, comme si elle l’appelait à entrer. Lü Zi jeta un regard au sac de sel dans sa main et songea, Jeter un petit coup d’œil ne devrait poser aucun problème, pas vrai ?

Lü Zi poussa doucement la porte pour l’ouvrir. « Il y a quelqu’un ? Est-ce que je peux jeter un coup d’œil autour? »

« Évidemment que vous le pouvez. Je vous en prie, entrez, ma chère demoiselle », répondit une voix profonde et charmeuse.

Comme elle mettait le pied dans le magasin, un homme d’une beauté sulfureuse entra dans son champ de vision. Ses cheveux étaient d’un noir profond, ses yeux étaient aussi rouges que le vin, et le sourire qu’il arborait sur ses lèvres donnait l’impression qu’il se moquait du monde. Et il était confortablement assis à une table.

« Je vous en prie, assoyez-vous, mademoiselle. » Il agitait les mains, en faisant signe à Lü Zi de s’asseoir. « Aimez-vous le café ? » Il n’attendit pas sa réponse et lui versa une tasse de café.

« Excusez-moi… » Comme c’était la première fois que Lü Zi voyait un homme aussi beau, sa voix n’était pas plus audible que le bourdonnement d’un moustique.

« Mon nom est Devil Chaos, et je suis l’un des propriétaires de la boutique d’échange magique, God’n Devil », répondit Devil Chaos à Lü Zi avant qu’elle puisse le lui demander, en gardant son sourire enchanteur tout le long.

« D’échange magique ? » Elle avait seulement entendu parler des échanges boursiers et avait toujours cru que les échanges étaient censés avoir lieu dans des gratte-ciels. Est-ce qu’il y a des marchés d’échange boursier situés dans des petites maisons en bois ?

« C’est exact. Nous sommes très différents de l’échange boursier ! Le centre d’intérêt de notre entreprise est d’exaucer les plus profonds désirs cachés de nos clients. » Il cessa de parler pendant un instant, en affichant un sourire très mystérieux. « Quoi que vous souhaitiez, c’est sans importance. Nous exaucerons votre vœu. »

Elle ne savait pas pourquoi, mais Lü Zi se remémora la pensée qu’elle avait eue de vouloir tuer Ma Sheng. Qui plus est, le désir la saisit de plus en plus. À ce moment même, elle souhaitait pratiquement voir Ma Sheng étendue devant elle, dégoulinante de sang.

« Y a-t-il une tâche que vous voudriez me confier ? » La voix charmeuse eut pour effet de convaincre le cœur de Lü Zi encore plus. « Vous n’avez qu’à signer ce contrat, et Devil Chaos vous aidera à l’accomplir. » Un morceau de parchemin et une plume d’oie étaient apparus sur la table à un moment inconnu.

« Je… » Lü Zi prit la plume sans réfléchir. Elle était sur le point d’imprudemment signer son nom…

« Devil Chaos ! Oh, nous avons une cliente. » Une voix chaleureuse et apaisante fit se figer Lü Zi.

La jeune fille leva la tête et plongea son regard tout droit dans une paire d’yeux bleus réconfortants. Elle se sentit tout à coup calme. Il s’agissait d’un homme à la peau claire et aux yeux bleus, aussi beau que Devil Chaos, mais la différence était qu’il mettait les gens à l’aise. Le regarder était presque suffisant pour guérir son cœur blessé.

Néanmoins, Devil Chaos fronça les sourcils avec mécontentement. La personne qui l’avait mis de mauvais poil paraissait ne pas l’avoir remarqué et ne semblait pas avoir l’intention de partir non plus.

« Bonjour, mon nom est God Charity. Je suis l’autre propriétaire de la boutique d’échange magique. Accepteriez-vous de me dire votre nom ? »

« Lü Zi. »

« C’est donc mademoiselle Lü Zi. Devil Chaos vous a-t-il informé des détails du contrat ? » Il arrêta de parler un instant. Ses yeux se tournèrent vers Devil Chaos qui avait détourné la tête. « Si vous souhaitez faire le mal, Devil Chaos vous aidera, mais il y aura un prix à payer. Le prix sera décidé en fonction d’à quel point votre désir est facile ou difficile à réaliser. »

Dès qu’elle entendit les mots « faire le mal », Lü Zi se recroquevilla. Elle ne parvenait pas à croire qu’elle avait failli engager quelqu’un pour tuer Ma Sheng. Comment avait-elle pu avoir une pensée aussi malveillante ? Elle s’empressa de déclarer : « Non, je n’ai pas envie de demander quoi que ce soit à Devil Chaos, je… suis seulement entrée pour jeter un coup d’œil. Je suis désolée, je m’en vais tout de suite. »

Après qu’elle eût terminé de parler, elle n’attendit pas la réaction de God Charity ou de Devil Chaos et sortit par la porte en coup de vent.

« God Charity, tu as fait fuir ma cliente. Nous avions convenu de ne pas intervenir dans les affaires de l’autre », l’avertit Devil Chaos d’un ton contrarié. Ses yeux écarlates brillèrent dangereusement de malice.

God Charity se contenta de sourire. « Je suis uniquement venu voir si quelqu’un était en train de briser les règles en se servant secrètement d’un peu d’hypnose. »

« Je n’ai fait que dire une phrase. » Les yeux de Devil Chaos se détournèrent.

« Une seule phrase de ta part est plus puissante que la meilleure hypnose au monde ! »

« Hmph ! Eh bien, je n’ai pas besoin de ce contrat de toute manière. » Devil Chaos savait qu’il était dans le tort et que se disputer au sujet de qui avait raison ne lui était d’aucun bénéfice. Il ne ferait certainement rien qui ne lui bénéficierait pas.

God Charity ne se soucia pas de lui. Il contempla simplement la porte, espérant dans son cœur que la fille ne reviendrait plus jamais…

 

 

« Salut, Lü Zi. » Ma Sheng s’approcha de Lü Zi en riant.

« Salut. » Lü Zi ne put presque pas regarder Ma Sheng dans les yeux, parce qu’elle avait songé de provoquer la mort de cette dernière hier. La Lü Zi aimable et au cœur toujours bon s’était vautrée dans la honte toute la nuit et, en fin de compte, avait pris la décision de féliciter Ma Sheng et Xia comme il se devait même si la douleur dans son cœur la tiraillait encore.

Comme elle n’avait pas directement regardé Ma Sheng, Lü Zi ne remarqua pas l’expression de sa meilleure amie. Cette expression montrait une méchanceté surprenante, et son sourire exprimait un tout aussi surprenant ravissement devant les tourments d’un autre. « Lü Zi, allons nager à la piscine après l’école. D’accord ? On se rejoint au gymnase et on se rendra là-bas ensemble, une fois qu’on se sera changées. »

« Pas de problème. »

 

 

Lü Zi marcha avec excitation jusqu’au gymnase. La natation avait toujours été son sport préféré. Elle ne s’attendait juste pas à ce que la scène qu’elle s’apprêtait à voir lui fasse aussi mal. Lü Zi, qui était sur le point de pénétrer dans le gymnase, fut accueillie par la vue d’un couple en train de s’embrasser : c’était Ma Sheng et Xia. Elle se couvrit fermement la bouche pour s’empêcher d’éclater en sanglots. Pourquoi ? Pourquoi Dieu avait-il permis qu’elle soit témoin de cette scène ? Même si elle avait pris la décision de les féliciter comme il se devait, ça ne signifiait pas qu’elle était assez forte pour supporter de les voir éperdus d’amour sous ses yeux.

Elle manqua de sombrer dans le désespoir en observant Ma Sheng et Xia devant elle. Dans son cœur, elle tenta très fort de se répéter, Lü Zi, tu dois les féliciter. Tu n’es pas autorisée à avoir d’autres pensées. Félicite tes deux bons amis…

Mais, Ma Sheng avait remarqué Lü Zi depuis un bon moment, étant donné qu’elle avait fait exprès d’embrasser Xia devant elle. Son cœur était rempli d’une grande joie à l’idée de la tourmenter. De bonnes amies ? Stupide Lü Zi, tu es vraiment trop naïve.

« Mademoiselle Ma Sheng », une voix séduisante retentit subitement depuis un coin sombre. Un homme à l’apparence classe et démoniaque avec des cheveux noirs et des yeux vermeilles émergea peu de temps après.

Devil Chaos ? Comment se fait-il qu’il soit là ? L’esprit de Lü Zi était plein de surprise. Se pourrait-il qu’il soit de nouveau venu tenter de lui faire signer un contrat ? Mais, c’est à Ma Sheng qu’il s’adressait à l’instant… ?

« D’où sors-tu ? » Ma Sheng avait eu une peur bleue. Quand elle avait regardé, une seconde plus tôt, il n’y avait assurément personne qui se tenait là, non ?

« Ça n’a aucune importance ! Ce qui importe, c’est que je sois payé ! » Le sourire de Devil Chaos recelait de mauvaises intentions.

Payé ? Ma Sheng a signé un contrat avec Devil Chaos ? Lü Zi était encore plus perplexe qu’auparavant.

« Dis-moi donc combien d’argent tu veux. » Ma Sheng agita impatiemment la main. Elle ne voulait pas que Lü Zi découvre la vérité.

« Ce que je désire n’a pas aussi peu de valeur que l’argent. » Le sourire de Devil Chaos transpirait de dangerosité. Le manque de politesse de Ma Sheng ne le dérangeait pas le moins du monde.

« Dans ce cas, qu’est-ce que… » Avant que Ma Sheng pût terminer sa phrase, Lü Zi l’interrompit.

« Attendez ! Devil Chaos, pourquoi êtes-vous ici ? Ma Sheng, comment se fait-il que tu le connaisses ? » Lü Zi ignorait pourquoi, mais elle songea que ça avait quelque chose à voir avec comment Xia, qui se tenait silencieusement à côté, affichait tout d’un coup des yeux sans vie.

« Oh, c’est vous, mademoiselle Lü Zi. » Devil Chaos rigola malicieusement et songea à une façon de rendre la situation encore plus chaotique. « Ce n’est rien, je suis là seulement pour être payé, et c’est cette fille qui doit me payer, car elle a signé un contrat avec moi. Son souhait était de pouvoir contrôler ce garçon. »

Lü Zi n’arrivait pas à y croire, tandis qu’elle fixait Ma Sheng dont le visage prenait une expression affreuse. Elle ouvrit la bouche avec difficulté et dit : « Pourquoi ? »

Ma Sheng fusilla haineusement Lü Zi du regard, qui ne l’avait encore jamais vu afficher ce genre d’expression auparavant. Lü Zi était incapable de bouger de là où elle était, stupéfaite. « C’est entièrement de ta faute. Lü Zi, tu es si idiote. À part pour ce stupide cours de gym, je suis meilleure que toi dans tous les aspects, que ce soit sur le plan de l’apparence ou les devoirs, et pourtant tout le monde t’aime plus. Tu peux tout le temps discuter joyeusement avec nos camarades de classe ! Mais, moi dans tout ça ? Je ne peux que prétendre être une fille gentille et raffinée à côté de toi, parce qu’aucune fille n’a envie de me parler. Sais-tu à quel point je t’envie, parce que tout le monde t’aime ? J’étais incapable d’accepter ça. Je voulais au moins te voler la personne que tu aimais le plus, Xia, mais, quand je lui ai dit que j’étais amoureuse de lui, il m’a répondu que c’était toi qu’il aimait. »

Lü Zi resta pétrifiée, sous le choc, pendant un long moment. Xia était amoureux d’elle ?

Le sourire de Ma Sheng était rempli de méchanceté. « C’est à ce moment-là que la boutique d’échange magique est apparue. Devil Chaos m’a affirmé qu’il pouvait réaliser n’importe quel souhait. Haha, au début, je croyais à une arnaque, mais dès ce jour Xia a commencé à obéir à chacun de mes ordres. Il m’appartient pour toujours. Hahaha. »

Alors, c’est ça qui fait que Xia a l’air sans vie. Lü Zi jeta un regard à Xia qui ignorait tout de ce qu’il se passait, son cœur emplit de douleur. « Comment as-tu pu faire ça ? Xia n’est pas ton pantin. C’est un être humain vivant. Comment peux-tu le contrôler comme si de rien était ? » Lü Zi la supplia presque : « Laisse partir Xia ! Ma Sheng, c’est moi que tu détestes, alors contrôle-moi à la place. »

« Attendez une minute, toutes les deux. Si vous avez l’intention de vous disputer, pouvez-vous attendre jusqu’à ce que j’aie reçu mon paiement pour vous y mettre ? » déclara un Devil Chaos en colère et qui en avait déjà marre de les voir faire.

« Dis-moi donc vite ce que tu veux ! » s’énerva Ma Sheng, dix fois plus impatiente.

« Eh bien, contrôler une personne pendant toute une vie est un exploit très difficile à accomplir ! Mais, étant donné que c’est votre première visite, je vais vous offrir un rabais de vingt pour cent. » Devil Chaos eut un rire diabolique. « À l’origine, je voulais cinquante années de votre durée de vie, mais à présent quarante années sont amplement suffisantes. »

« C’est quoi ces conneries ? Comment est-ce qu’on peut prendre quelque chose comme des années de ma vie ? » Ma Sheng pensa avec dédain que ce type devant elle était dérangé mentalement.

« Contrat, viens à moi ! » Brusquement, une bourrasque de vent s’éleva autour de Devil Chaos, et un bout de parchemin apparut devant lui. « En accord avec ce contrat, moi, Devil Chaos, j’ai réalisé votre souhait. Je vais maintenant récupérer le paiement qui m’est dû : quarante ans de votre durée de vie. » Lorsqu’il eut fini de dire ça, la bourrasque de vent s’enroula tout à coup autour de Ma Sheng.

« Ah… Qu’est-ce que c’est que ça ? Relâche-moi tout de suite », cria Ma Sheng depuis l’intérieur du tourbillon, terrifiée.

Lü Zi ne savait pas quoi faire, elle non plus. Elle pouvait seulement observer l’incroyable scène qui se déroulait devant ses yeux d’un air hagard.

Après un certain temps, le tourbillon de vent retourna aux côtés de Devil Chaos et s’estompa lentement en étant aspiré par le parchemin. Finalement, Devil Chaos leva la main, et le parchemin disparut. « Échange réussi ! Ce fut un plaisir de collaborer avec vous. N’hésitez pas à venir visiter la boutique d’échange magique God n’ Devil quand il vous plaira », lâcha Devil Chaos d’une voix mystérieuse. Sa silhouette suivit sa voix et s’effaça sous le regard de Lü Zi et Ma Sheng.

« Mais, que vient-il de se passer exactement ? » Lü Zi, dont l’esprit était sens dessus-dessous, était figée sur place, abasourdie.

« Il a disparu. » Ma Sheng fixa avec incrédulité l’endroit où s’était volatilisé Devil Chaos. Toutefois, à la seconde où elle parla, elle et Lü Zi songèrent que quelque chose était étrange : sa voix sonnait faux. Elle ne sonnait pas comme celle d’une fille, mais plutôt comme celle d’une vieille dame de cinquante ou soixante ans.

Lü Zi se tourna lentement pour regarder Ma Sheng. Elle se rappela ce que Devil Chaos avait dit avant de partir. Le prix à payer était cinquante années de sa durée de vie. C’est vraiment possible ? Est-ce que c’est vraiment possible de prendre les années de la vie d’une personne ? Néanmoins, à l’instant suivant, elle sut que c’était le cas, parce que la personne devant elle n’était plus une Ma Sheng de seize ans, mais bien une vieille dame dans la cinquantaine. C’est elle ? C’est Ma Sheng ? Elle n’arrivait tout bonnement pas à y croire.

Et, en apercevant l’incrédulité dans les yeux de Lü Zi, les sentiments confus, surpris et incrédules de Ma Sheng fusionnèrent. Elle courut jusqu’au miroir le plus proche… « Ahhhhhhhhh ! » La personne qui criait et qui était réfléchie dans le miroir était une femme entre cinquante et soixante ans.

« Pourquoi ? Pourquoi est-ce que j’en suis arrivée à ça ? Ce n’est pas ce que je veux. Ce n’est pas ce que je veux. Rends-moi ma jeunesse ! Rends-la-moi », hurla Ma Sheng, au bord de la folie.

« Ma Sheng… » Lü Zi, qui était aussi confuse dans son cœur que dans son esprit, ignorait quoi faire elle aussi.

« Ce n’est pas ce que je veux. Si c’est pour être comme ça, je préfère mourir ! » Ma Sheng, dans son hystérie, se précipita subitement à l’extérieur.

« Ma Sheng, attends ! » Lü Zi la suivit immédiatement.

Mince, je l’ai perdue. Où est-ce que Ma Sheng a bien pu aller ? Lü Zi la chercha frénétiquement. Malgré le fait que Ma Sheng ait fait une chose aussi odieuse pour la contrarier, son cœur était toujours aussi grand. Dans le cœur de Lü Zi, elles étaient encore amies, après tout. Elle ne pouvait pas ne pas se soucier de la Ma Sheng d’en ce moment.

Tout autour, une foule s’était rassemblée et faisait un raffut. Ce qui attira l’attention de Lü Zi fut comment ils pointaient le toit de l’école. Quelques personnes étaient même en train de crier. Alors qu’elle levait la tête, Lü Zi se mit également à hurler. C’est Ma Sheng. La personne qui se tient sur le toit, c’est Ma Sheng. « Ne fais pas ça, Ma Sheng ! »

« Ah ! » Tout le monde commença à crier, parce que la dame sur le toit avait sauté. Du sang gicla partout. Lü Zi, qui se tenait devant l’école, était complètement couverte du sang de Ma Sheng. Elle n’avait même pas eu le temps d’hurler ou de ressentir de l’horreur qu’elle entendit les secondes exclamations de la foule. Elle leva la tête pour regarder d’un air hébété.

« Xia ! »

Xia apparut sur le toit, en se tenant à peu près au même endroit où Ma Sheng s’était tenue avant lui. Lü Zi savait déjà ce qui arriverait ensuite, et combien ça lui briserait le cœur. L’histoire se transformerait en tragédie…

 

 

Lü Zi marcha machinalement vers sa maison, son cœur lui faisant si mal qu’elle n’arrivait pas à parler. Même les larmes qu’elle avait pleurées après que Xia ait eu sauté avaient cessé. Elle avait perdu sa meilleure amie et le garçon qu’elle aimait le plus. Comment les choses en sont-elles arrivées là ? Est-ce qu’il n’y a vraiment aucun moyen d’arranger ça ?

Un cottage en bois blanc jaillit à côté d’elle sur la rue. Lü Zi, qui n’avait rien remarqué depuis les deux suicides, l’aperçut tout de même. Les trois mots se révélèrent à Lü Zi : God n’ Devil. Elle aurait dû se sentir pleine de ressentiment. Après tout, c’était le contrat de cette boutique d’échange magique qui était à l’origine de la situation, mais le cottage en bois blanc actuel émettait une impression réconfortante et chaleureuse. Le cœur engourdi de Lü Zi se serra, et des larmes se mirent de nouveau à couler. Sans hésiter, elle entra.

God Charity était debout derrière la porte, employant son regard apaisant pour regarder au fond du cœur de Lü Zi. Il ne dit rien, mais écarta calmement les bras, et Lü Zi se jeta dans ses bras sans hésitation. Elle pleura tout son saoul, et lâcha un gémissement à fendre le cœur.

Après avoir évacué son chagrin, Lü Zi but tranquillement le thé que lui passa God Charity. Elle était en train de prendre une décision importante sur ce qu’elle allait faire. Elle ne pouvait pas laisser les choses se terminer ainsi, pas si elle avait la capacité de les changer.

« God Charity… »

God Charity lui coupa la parole, comme s’il avait déjà deviné la détermination nouvellement acquise de Lü Zi : « Je peux en effet signer un contrat avec vous, afin de vous aider à réaliser le désir au plus profond de votre cœur, mais le prix à payer pour ressusciter quelqu’un est votre vie elle-même.

Lü Zi se dégonfla pendant un moment, mais décréta sur-le-champ : « Xia n’avait rien fait de mal. Sauvez-le au moins, au moins lui… » Elle s’arrêta, Mais, et Ma Sheng alors ? Même si Ma Sheng avait fait quelque chose d’horrible, néanmoins, étant donné qu’elle était une bonne amie de Ma Sheng et qu’elle n’avait jamais remarqué le comportement étrange de celle-ci durant toutes ces années, elle avait presque indirectement causé la mort de son amie. Est-ce qu’elle avait vraiment le droit d’abandonner Ma Sheng à son sort et de seulement sauver Xia ? Lü Zi tomba silencieuse.

God Charity restait également muet. C’est vraiment une jeune fille au grand cœur.

« Êtes-vous réellement capable de faire n’importe quoi pour moi ? » demanda Lü Zi de manière imprudente, parce qu’elle avait songé à une façon de faire d’une pierre deux coups, mais il s’agissait d’une chose extrêmement folle à imaginer. Bien qu’elle ait eu un aperçu du pouvoir de Devil Chaos, elle ne pouvait pas s’empêcher de se demander si God Charity serait capable de réaliser son vœu.

God Charity sourit, incapable de se délester de sa pitié envers la jeune fille au grand cœur. « Oui, n’importe quoi. »

« Dans ce cas, je veux signer un contrat avec vous. Je vous en prie, réalisez mon souhait. » Lü Zi prit une profonde inspiration. Au fond de son cœur, elle pensa, Oui, c’est la meilleure solution. Personne n’aura le cœur brisé, incluant mes parents. « Je souhaite ne jamais être venue au monde. » De cette façon, Ma Sheng ne signerait pas de contrat avec Devil Chaos pour faire du mal à Xia par sa faute. Et sa mère et son père ne seraient pas tristes de la perdre. C’était véritablement la meilleure solution.

God Charity se contenta de soupirer. « En êtes-vous sûre ? Lü Zi, êtes-vous certaine de vouloir vous sacrifier ? »

« Oui », Lü Zi hocha fermement la tête. « Pour ce qui est du prix à payer, même si vous prenez mon âme, je n’aurai aucun regret. »

God Charity éprouva un pincement au cœur. Il avait déjà un plan. « Très bien ! Contrat, viens à moi. Vous n’aurez qu’à signer votre nom dessus, et votre vœu de n’être jamais venue au monde sera accompli. »

Lü Zi saisit la plume et, après avoir écrit son nom avec détermination, regarda God Charity. Sa silhouette s’estompa lentement. « Merci. »

God Charity se contenta d’acquiescer d’un signe de tête, en observant Lü Zi s’effacer sous ses yeux. La lumière blanche, soit l’âme de Lü Zi, flotta tranquillement jusqu’à sa main.

« Quel échange peu profitable. » La voix moqueuse de Devil Chaos résonna en écho derrière God Charity. « La puissance dépensée pour faire en sortes qu’elle ne soit jamais venue au monde ne peut pas être mince ! Tu n’as obtenu qu’une petite âme en retour. Tu as reçu une énorme perte, God Charity. »

« Je crois que ça en valait la peine », affirma God Charity avec légèreté. Ensuite, il ajouta : « J’ai obtenu une petite servante au grand cœur en résultat. »

« Une servante ? » répéta Devil Chaos avec doute. Il eut brusquement un mauvais pressentiment.

God Charity leva la main et, dans sa paume, l’âme de Lü Zi émit inopinément une lumière éblouissante. La lumière prit graduellement une forme : celle d’un enfant. Enfin, une mignonne petite fille émergea, avec la peau claire et les yeux bleus, ressemblant à s’y méprendre à une poupée.

God Charity la contempla, et lui dit alors avec un sourire : « Je vais t’appeler Angélique Doll ! Tu seras ma petite servante. » Après avoir parlé, il tapota gentiment la tête de cette dernière.

La petite fille sourit également avec joie. « Ta petite servante ! À partir de maintenant, je serai la petite servante de grand frère. »

« Oh mon Dieu ! » Devil Chaos jeta un regard à Angélique qui était clairement une petite fille espiègle. « Ne pouvais-tu pas créer une belle jeune femme à la place ? À quoi peut bien servir de créer un enfant ? »

God Charity se contenta de sourire, pendant qu’Angélique se cachait derrière lui. Elle regarda Devil Chaos avec mépris et lui fit une grimace.

« Sale gamine ! Regarde-moi bien te punir comme il se doit, et on verra si tu oses encore me faire une grimace. » Devil Chaos tendit la main pour attraper la fillette. Malheureusement, celle-ci déploya soudainement une paire d’ailes d’ange et se mit à voler dans toutes les directions, en se maintenant obstinément hors d’atteinte.

God Charity admira les deux personnes merveilleuses devant lui, son cœur débordant d’amusement. « Il semblerait que je ne me sentirai plus seul désormais. »

Invincible Partie 3 : Le Chevalier du Soleil – Neo du Soleil

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La Légende du Chevalier du Soleil – Histoire Parallèle

Roman d’origine en chinois par   (Yu Wo)


Unbeatable Part 3: Sun Knight –- Neo Sun – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Invincible Partie 3 : Le Chevalier du Soleil –- Neo du Soleil – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

La seule chose qui montrait que Neo se comportait comme un compagnon de voyage était qu’il ouvrait toujours la voie !

Aussi, il s’agissait effectivement d’un compagnon compétent, ne laissant aucun ennemi attaquer le mage par-derrière.

Qui plus est, il était plutôt fort, même selon les standards du peuple d’Aldrizzt, qui était très versé dans l’art du combat.

Cependant, c’était là où s’arrêtait la compréhension d’Aldrizzt concernant la force de Neo.

Hormis le fait que les mages ne comprenaient pas bien la classe des manieurs d’épée, les deux ne rencontrèrent pas vraiment de difficultés. C’est probablement parce que nous continuons de chercher un chemin pour sortir et ne sommes pas entrés plus profondément au cœur de la forêt ! Par conséquent, malgré le fait qu’il sût que Neo était plutôt fort, Aldrizzt ignorait à quel point il l’était réellement.

Bien qu’il fût extrêmement curieux à propos de l’humain appelé Neo, Aldrizzt ne le questionna pas du tout sur lui-même.

C’était parce que Neo n’avait jamais questionné l’elfe noir sur son passé, même pas sur la raison pour laquelle il était pourchassé par son propre peuple. Donc, Aldrizzt n’interrogea pas Neo sur son passé, lui non plus. Il ne lui avait même pas demandé son nom de famille.

Puisque Neo l’avait respecté, Aldrizzt respecterait évidemment Neo.

Cependant, comme ils passaient de plus en plus de temps ensemble, l’elfe noir devenait de plus en plus convaincu que… peut-être, Neo était simplement trop paresseux pour le lui demander.

Avec cette épiphanie, Aldrizzt se mit à se rendre compte que résister à la tentation de lui poser des questions était probablement très stupide.

Afin de tester sa théorie, il choisit la question la plus simple.

« Neo, quel est ton nom de famille ? »

Neo leva un sourcil, mais ne répondit pas immédiatement.

« Tu n’as pas à le dire, si tu ne veux pas. Ça ne me dérange pas », clarifia immédiatement Aldrizzt.

« Non. » Neo haussa les épaules et répondit : « Je songeais simplement à quel nom je devrais employer maintenant. »

Quel nom il devrait employer ? Aldrizzt était un peu confus.

« Oublie ça. Je l’ai utilisé pendant la majorité de ma vie, donc revenir à mon nom d’origine ferait trop bizarre », dit simplement Neo. « Je m’appelle Neo du Soleil. »

« Quel nom inhabituel ! » Aldrizzt répéta silencieusement le nom complet de son compagnon pour lui-même. « Moi, j’ai abandonné mon nom de famille et n’en utiliserai plus. »

Neo ne sembla pas se préoccuper de sa réponse, mais il donna l’impression de se rappeler quelque chose et demanda : « Oh, dans tous les cas, j’ai presque oublié de te le demander. Pourquoi es-tu venu à la surface ? »

Aldrizzt se figea.

Neo fronça les sourcils et insista, impitoyable : « Dépêche-toi de me le dire ! »

Comme il s’y attendait, la raison pour laquelle Neo n’avait rien demandé n’avait aucun rapport avec un respect mutuel… Aldrizzt grommela : « Pourquoi devrais-je te le dire ? Toi non plus, tu ne m’as jamais parlé de tes origines. »

En entendant cela, Neo ne répondit pas à sa question et demanda plutôt : « As-tu entendu parler de l’Église du Dieu de la Lumière ? »

Aldrizzt était encore plus confus. Même s’il ne comprenait pas pourquoi Neo amenait soudainement l’Église dans la conversation, il acquiesça et répondit : « Oui, c’est la plus grande religion à la surface. »

En fait, elle ne peut plus être considérée comme la plus grande ! Le Pape veut sans doute restaurer sa gloire ancienne, mais, à présent, le Monastère du Dieu de la Guerre a déjà beaucoup plus de croyants. Même la Cathédrale du Dieu de l’Ombre montre des signes qu’elle a dépassé l’Église.

Bien que l’Église du Dieu de la Lumière devra probablement travailler dur pour recruter plus de fidèles, c’est maintenant le problème de Grisia. Pas le moins du monde perturbé, Neo expliqua tranquillement : « Je suis la trente-septième génération du Chevalier du Soleil qui vient juste de partir à la retraite. C’est tout. »

Qu’est-ce que je viens d’entendre ?

« Tu es le Chevalier du Soleil ? » Aldrizzt se remit sur ses pieds d’un seul bond, sous le choc.

Neo haussa les épaules et le corrigea : « Je suis le précédent Chevalier du Soleil. »

Aldrizzt l’observa, incrédule, et s’enquit en tremblant : « Vas-tu m’attraper et me faire un procès à l’Église ? »

« Un procès ? Serais-tu devenu fou ? Je suis le précédent Chevalier du Soleil, pas le Chevalier du Jugement. De toute façon, aurais-tu commis un crime qui requerrait qu’on te fasse un procès ? »

« Je suis un elfe noir. » Aldrizzt n’était pas du tout convaincu que le Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière eût le droit de laisser un elfe noir en liberté.

Neo répliqua avec un peu d’impatience : « Combien de fois vas-tu te répéter ? Je ne suis pas aveugle, je vois bien que tu es très noir. »

Aldrizzt était plutôt anxieux et, pendant une seconde, il voulut s’enfuir. Mais, il savait que, s’il s’enfuyait, il ne trouverait probablement plus jamais une autre personne qui accepterait de lui parler.

La solitude qu’il avait sentie quand il s’était enfui de son pays d’origine le saisirait à nouveau. D’ailleurs, est-ce que je serai en mesure de trouver un autre « Neo » la prochaine fois ?

Aldrizzt s’assit et ne parla pas pendant un très long moment. Neo ne le pressa pas.

Finalement, il ouvrit la bouche et raconta : « Les elfes noirs sont une race très connue et, pour être honnête, leur réputation n’est pas injustifiée. Ils… Non ! Ça devrait être “nous”. Tout ce que nous faisons est très malveillant. Nous considérons les actes méprisables comme vertueux, les tueries comme un divertissement, et nous faisons croire aux gens que nos méfaits ont été causés par nos ennemis : les elfes. Un jour, j’ai participé à une mission visant à massacrer un village d’elfes, et j’ai presque tué un elfe de mes propres mains, même si ce n’était qu’un enfant ! Malgré le fait que je ne l’aie pas tué, il a ensuite été assassiné par d’autres membres de ma race. »

Aldrizzt tenait sa tête entre ses mains tout en parlant, comme s’il n’osait pas regarder le visage de Neo.

« Alors, tu n’as tué aucun elfe en fin de compte ? »

Aldrizzt leva la tête et fixa Neo du regard, totalement sous le choc.

Neo ajouta avec confiance : « Tu n’as donc pas du tout besoin d’être effrayé de les rencontrer ! Ce n’est pas comme si tu leur devais quelque chose. »

« J’ai observé mon peuple massacrer un village d’elfes sans les en empêcher. » Aldrizzt ne pensait pas qu’il était innocent après avoir fait une telle chose.

« Si tu t’étais rebellé, est-ce que tu aurais pu gagner contre ton peuple ? »

Aldrizzt répondit honnêtement : « Non, il y avait beaucoup de guerriers chevronnés dans l’escouade. Et, avec la force que je possédais à l’époque, je n’aurais eu aucune chance de vaincre tout le monde. »

Neo haussa les épaules et dit : « Alors, dans le pire des cas, le seul crime que tu aies commis a été de ne pas vouloir mourir. Si tu étais accusé de n’importe quel autre crime, je demanderais au procureur “Seriez-vous volontaire pour aider dans une situation où la mort est certaine et où personne ne serait sauvé ?” »

« Oui, je le ferais. »

Neo se tourna pour faire face à Aldrizzt, et ce dernier le regarda avec un air déterminé en appuyant chaque mot : « Si on me donnait une autre chance, je préférerais mourir avec l’enfant plutôt que de regretter ce moment pour le reste de ma vie. »

En voyant l’expression de l’elfe noir, Neo comprit qu’il pensait ce qu’il disait. Il sourit et affirma : « Dans ce cas, tu peux garder la tête haute en face des elfes. Tu es un elfe noir qui serait prêt à mourir pour sauver un enfant elfe, alors pourquoi devrais-tu baisser la tête de honte ? Tu devrais la lever avec fierté. »

En entendant cela, Aldrizzt se figea un moment. Il regarda alors Neo et lui demanda avec incrédulité : « Tu crois vraiment ce que je dis ? Tu crois aux paroles d’un elfe noir ? »

« Pourquoi ne te croirais-je pas ? » Neo ricana et lui posa des questions rhétoriques : « À quel point un elfe noir qui aide un étranger à laver ses vêtements, à cuisiner les repas, à faire son lit et à chasser peut-il être mauvais ? »

Aldrizzt sentit que Neo n’avait simplement aucun instinct de survie et avança : « Peut-être ai-je fait ces choses pour gagner ta confiance ? »

« Y aurait-il un autre membre de ta race qui aiderait un passant à laver ses vêtements, à cuisiner le repas, à faire son lit et à chasser uniquement pour gagner sa confiance ? » Neo renifla avec dérision et continua : « Si c’est vrai, alors les elfes noirs sont probablement plus bienveillants que les humains ! »

Aldrizzt resta bouche bée une nouvelle fois.

« Dans ce cas, allons trouver un archer elfe ! »

Est-ce que Neo s’est donné autant de mal pour me convaincre simplement parce qu’il veut trouver un archer elfe ? Aldrizzt se sentit soulagé, mais ajouta néanmoins avec impuissance : « Tu devras te tenir prêt à intervenir, si nous ne nous entendons pas lui et moi. »

« Tu es celui qui devrait être prudent ! Puisque nous allons tous être des compagnons, je ne prendrai parti ni pour l’un ni pour l’autre. » Neo réfléchit et demanda avec un peu d’incertitude : « Mais, tu es un mage. Les mages ne sont-ils pas très faibles face aux archers ? »

« Je ne suis pas un mage ordinaire, je suis un elfe noir. » Aldrizzt sourit et dit : « Je suis probablement plus agile que la plupart des assassins, et je sais aussi comment manier les épées courtes. »

« C’est vrai. » Neo acquiesça en même temps qu’il se rappelait à quel point il avait de tout son cœur louangé les capacités d’Aldrizzt, la première fois qu’ils s’étaient rencontrés. Il suggéra avec enthousiasme : « Nous devrions faire un duel un de ces jours… Non ! Faisons-le maintenant ! Nous n’avons rien de mieux à faire de toute façon. »

En entendant cela, Aldrizzt força un sourire. Me battre en duel avec le Chevalier du Soleil ?

À en juger par son expression, Neo se rendit compte qu’Aldrizzt ne voulait vraiment pas faire un duel. Il n’avait pas pu participer à une bataille satisfaisante depuis des jours et se battre le démangeait, il proposa donc de meilleures conditions : « Tu peux utiliser à la fois les épées courtes et la magie. Que dis-tu de cela… »

Avant qu’il eût fini de parler, il bondit soudainement en direction d’Aldrizzt et le poussa.

Au début, Aldrizzt pensait que Neo voulait l’attaquer, mais il réalisa immédiatement son erreur. Neo n’avait pas brandi son épée contre lui. À la place, au moment où il avait renversé Aldrizzt, il s’était instantanément levé et tourné vers la forêt.

Le crissement d’une épée retentit alors, pendant que Neo dégainait la lame suspendue à sa hanche. Il la balança, et le son du métal contre le métal se fit clairement entendre.

Ce fut seulement à ce moment-là qu’Aldrizzt remarqua les deux flèches courtes plantées dans le sol. Une avait été repoussée par l’épée de Neo, et l’autre était plantée à l’endroit où il était assis. Si Neo ne l’avait pas poussé, il aurait sans aucun doute été touché par les flèches.

Neo leva son épée, mais même s’il était à 120 000 % en alerte, il ne put saisir la localisation de l’ennemi. Il pouvait voir occasionnellement des ombres passer, mais était incapable de repérer ses adversaires pour les attaquer.

« C’est mon peuple ! » s’écria Aldrizzt, alarmé. Son visage était extrêmement pâle.

Il avait pensé que son peuple avait abandonné les poursuites, puisqu’aucun chasseur n’avait été vu depuis longtemps. Il avait commencé à entretenir un mince espoir ; l’espoir qu’il pourrait finalement échapper aux jours de traque. Il n’aurait jamais imaginé que…

Neo balança son épée et balaya d’autres flèches courtes comme il hurlait : « Ramasse ton bâton magique, Aldrizzt ! »

Surpris, Aldrizzt obéit immédiatement à l’ordre de Neo et se leva. Il agrippa son bâton aussi fermement que possible et murmura une suite d’incantations. Ensuite, un rideau noir à moitié transparent se dressa devant eux.

Une fois que le rideau noir se fut dressé, leurs opposants arrêtèrent de tirer leurs flèches courtes. Ils émergèrent des buissons par groupe de deux ou trois : un, deux… cinq… huit… quinze… dix-huit… vingt-cinq… trente…

Ce n’est pas une escouade, c’est une armée !

En voyant cela, Aldrizzt poussa un cri de surprise. Il n’avait jamais vu autant de chasseurs auparavant. Si autant de chasseurs étaient apparus avant qu’il rencontre Neo, il aurait très fort probablement déjà été capturé.

Je vois, donc la période de paix était parce qu’ils rassemblaient autant d’elfes noirs ?

Subitement, Neo, qui se tenait devant lui, demanda à voix basse : « Aldrizzt, connais-tu à peu près la portée de ces petites arbalètes ? »

« 10 mètres, tout au plus. »

« Et la portée de leurs sorts magiques ? »

« Quatre-vingts mètres, tout au plus. »

Neo médita cela un moment et demanda alors : « Si nous courons sans nous arrêter, pendant combien de temps peux-tu continuer à courir ? »

« Pendant environ une demi-heure, je crois… Était-ce nécessaire d’exprimer ta curiosité maintenant, dans cette situation ? » Aldrizzt était extrêmement tenté de lever les yeux au ciel à l’attention de Neo. En temps normal, il ne posait aucune question. Et, c’était à l’instant précis où ils se trouvaient dans une situation de vie ou de mort qu’il posait ce genre de questions.

Neo réussit à rouler des yeux à l’attention d’Aldrizzt en premier. Il lâcha d’un ton dédaigneux : « Une demi-heure ? Tu es trop faible ! »

« Je suis un mage, pas un guerrier », ne put s’empêcher de rétorquer Aldrizzt. « Les mages humains sont-ils doués pour la course ? »

« Euuh… Ils seraient probablement près de l’effondrement au bout d’une demi-minute. »

Et c’est mon endurance qui est mauvaise ? Aldrizzt était rempli de suspicion, mais ce n’était pas le moment d’examiner l’endurance des mages humains.

Quand cinquante membres de sa race furent sortis des buissons, Aldrizzt paniqua et s’enquit : « Que vas-tu faire maintenant ? Si tu veux t’enfuir, je ne te blâmerai pas. Tu viens juste de dire que ne pas vouloir mourir n’est pas considéré comme un crime, alors tu devrais vite t’enfuir… »

« Je vais faire… ça ! »

Comme il disait « ça », Neo relâcha son aura de combat. Il concentra celle-ci dans l’épée qu’il tenait dans sa main et agita la pointe de cette dernière en la pointant vers le sol. Son aura de combat émergea en une attaque en forme de croissant de lune et, au moment où elle toucha le sol, la terre explosa avec un grand bang, créant un gigantesque nuage de poussière.

Ainsi, c’est à ceci que ressemble la force du Chevalier du Soleil ?

Comme la poussière retombait finalement, la mâchoire d’Aldrizzt tomba quand il aperçut la tranchée profonde qui s’étendait à l’horizontale devant lui. La crevasse était tellement noire et profonde qu’il était impossible d’en voir le fond…

Il était sur le point de s’approcher pour voir de plus près, lorsque quelqu’un le souleva subitement. Surpris, Aldrizzt cria : « Neo ? »

Neo se mit à avancer à grandes enjambées, accélérant avant de répondre : « Tu es responsable de distraire l’ennemi. Donne-moi le temps de courir 24 mètres à partir de maintenant, et je m’occuperai du reste. »

Aldrizzt était étourdi, mais c’est au même moment qu’il entendit les chasseurs reprendre leurs esprits et recommencer leur poursuite implacable.

Il n’avait pas d’autre choix que de faire ce que Neo lui avait demandé. À part renforcer le rideau noir qui les protégeait tous les deux, il se mit à jeter des sorts de types très variés. Les sorts qu’il jetait n’incluaient aucune magie avec des dommages très importants ; à la place, il jetait des sorts qui étaient connus dans le monde de la magie comme des tours de passe-passe. Par exemple, rendre le sol glissant et produire des sons affreux et assourdissants.

Ces sorts étaient tous très simples, il pouvait donc en jeter beaucoup en même temps et les utiliser pour gérer plus de cinquante ennemis. Le plus important était que, même si ces sorts n’étaient que des petits tours, ils étaient suffisants pour ralentir les mouvements de l’ennemi.

Parfois, il cachait même un sort provoquant des dégâts parmi ses tours de passe-passe, ce qui obligeait leurs ennemis à esquiver et à repousser tous les sorts au lieu de les ignorer.

Après que deux archers eurent leurs figures réduites en morceaux, les mouvements des elfes noirs ralentirent, comme il s’y attendait. Avec de grandes précautions, ils évitèrent chaque sort.

Bien que les elfes noirs eurent ralenti la cadence, Aldrizzt et Neo se trouvaient toujours dans la mire de leurs attaques magiques. Pas mal de sorts de l’élément des ténèbres leur étaient toujours lancés.

Au début, Aldrizzt était un peu inquiet à ce sujet. Mais, lorsqu’il réalisa plus tard que les sorts les plus destructifs les rataient grâce aux mouvements évasifs de Neo, il se calma beaucoup comme il pouvait facilement bloquer les sorts mineurs restants.

Aldrizzt ne put s’empêcher de le féliciter : « Pour quelqu’un qui ne peut pas se retourner et voir, tu esquives les attaques vraiment avec précision. »

Neo renifla et lâcha : « Pour quelqu’un qui ne peut pas se retourner ? Pour le Chevalier du Soleil, l’élément des ténèbres est facile à sentir, exactement comme une souris arrive à sentir le fromage. Même un reniflement serait suffisant ! Je n’ai pas besoin de regarder ! »

À ce moment-là, Neo bondit brusquement avec énergie pour éviter un sort magique dangereux. Alors qu’il était sur le point d’atterrir, un assassin surgit des buissons, la dague dans sa main vraisemblablement sur le point de poignarder le bras de Neo. Puisqu’il était sur le point d’atterrir et qu’il portait Aldrizzt avec ses deux mains, il n’avait aucun moyen d’esquiver ou de bloquer l’attaque avec son épée.

Soudain, avec un « boum », un sort des ténèbres en forme de balle envoya valser l’assassin. Ce dernier retomba dans les buissons d’où il ne se releva plus jamais.

Après avoir envoyé valser l’assassin, Aldrizzt regarda derrière Neo. Peu de sorts étaient lancés vers eux désormais, sans doute parce que les mages étaient à bout de force. Néanmoins, un certain nombre d’assassins et de guerriers étaient toujours sur leurs talons. Il suggéra donc : « Neo, laisse-moi grimper sur ton dos, comme ça tes deux mains seront libres pour manier ton épée. »

Neo lui jeta un coup d’œil et répondit froidement : « Grimpe sur mon dos si tu veux ! Mais assure-toi de te tenir fermement et de ne pas tomber, parce que je ne me retournerai pas pour te ramasser. »

Aldrizzt roula des yeux vers Neo et commença alors à bouger.

Les elfes noirs sont vraiment agiles ! le complimenta silencieusement Neo. Un mouvement aussi large n’avait pas semblé affecter sa course du tout, et sa vitesse était proprement choquante.

Aldrizzt agrippa simplement l’épaule de Neo et, avec un grand mouvement bien calibré, il s’était balancé sans effort sur le dos de Neo.

Ses mains étant à présent libres, Neo dégaina immédiatement son épée et trancha en deux tous les elfes noirs qui portaient des épées ou des dagues. Les poissons occasionnels qui glissaient à travers le filet étaient alors expédiés dans l’au-delà par la magie d’Aldrizzt.

Ces deux-là furent ainsi pourchassés la majorité de la journée de cette manière. Maintenant, le nombre d’assassins et de guerriers avait diminué, mais ils étaient toujours à leurs trousses. Au moment où ils s’arrêteraient, plus d’elfes noirs les rattraperaient instantanément.

Malgré le fait qu’il n’y eût aucun problème avec l’endurance de Neo, porter une personne et courir en même temps n’était pas quelque chose d’agréable à faire. Il demanda, maussade, à la personne sur son dos : « Aldrizzt, as-tu commis des actes très répréhensibles en t’enfuyant de chez toi ? Ne sont-ils pas un peu trop persistants ? »

« Euh… J’ai détruit un temple, plusieurs rues, l’une des portes de la cité et un pont. »

« Tu n’aurais pas simplement pu t’enfuir discrètement ? » dit Neo, sarcastique. « Si tu fais une telle scène, ils sont obligés de te traquer qu’ils le veuillent ou non, sinon ce serait totalement embarrassant ! »

Aldrizzt éclata de rire et ne put s’empêcher de rétorquer : « Je n’ai pas eu le choix. Ils m’ont enfermé dans un temple, ainsi j’ai dû détruire le temple ; ils ont refusé d’ouvrir les portes de la cité pour me laisser partir, alors j’ai été forcé de détruire les portes de la cité ; par la suite, ils ont continué de me pourchasser, j’ai donc dû détruire le pont juste après l’avoir traversé. »

Neo leva les yeux au ciel et le réprimanda : « Tu aurais aussi pu brûler la forêt tout entière ! »

« Brûler les forêts est ta spécialité, pas la mienne. Je sais seulement cuisiner. »

« Tu appelles ça cuisiner ? Au mieux, la nourriture que tu prépares peut seulement être considérée comme comestible. »

« Au moins, c’est mieux que… le tas d’ordures que tu as cuisiné que même un glob n’a pas voulu manger quand tu as essayé de le nourrir ! »

« C’est juste que le glob n’avait pas faim… »

La route devint soudainement très bruyante, lorsqu’ils se mirent tous les deux à se chamailler.

 

 

Au bout d’un laps de temps inconnu, Aldrizzt fut réveillé par une violente secousse. Au moment où il se réveilla, il s’exclama doucement, pris au dépourvu : « Je me suis endormi ? J–Je… »

Neo me portait consciencieusement sur son dos en essayant de s’échapper, et je me suis endormi !

Comme s’il ne s’en préoccupait pas du tout, Neo dit : « Ce n’est pas comme si tu pouvais faire quoi que ce soit même si tu ne dormais pas. »

« Laisse-moi descendre et courir, tu dois être fatigué. »

Bien qu’Aldrizzt sentît que la chose la plus équitable serait de porter Neo en retour, il savait que, avec son endurance physique, il s’évanouirait réellement au bout d’une demi-minute s’il devait porter une personne et courir. Donc, la seule chose qu’il pouvait faire était de courir lui-même.

« Fatigué ? Qui crois-tu que je sois ? » Neo renifla avec dédain. Sans se préoccuper de cacher la fierté dans sa voix, il décréta : « Je suis un chevalier sacré, une classe connue pour son endurance. De plus, je suis le chevalier sacré avec le plus haut rang, le Chevalier du Soleil ! Quelque chose d’aussi mineur ne peut possiblement pas me fatiguer. »

Voyant que Neo ne semblait pas du tout se forcer, Aldrizzt se détendit, mais ajouta quand même : « Pose-moi par terre pour que je puisse courir seul, ou alors tout mon corps sera presque aussi raide qu’un cadavre à force de maintenir cette position. »

Sans rien ajouter, Neo arrêta finalement de courir et laissa Aldrizzt descendre de son dos.

Aldrizzt étira un peu ses bras et ses jambes pendant que Neo saisissait l’opportunité pour prendre quelques bouchées de rations déshydratées. Par la suite, ils recommencèrent tous les deux à fuir.

Même s’il savait qu’il devrait économiser son énergie, Aldrizzt ne put retenir sa curiosité et demanda : « Honnêtement, combien de temps peux-tu courir en me portant ? »

Neo haussa les épaules et répondit : « Si je ne me repose pas du tout, environ trois jours. »

C’est incroyable… Aldrizzt sentit que c’était totalement inconcevable. Courir en portant une personne pendant trois jours ? Dans une forêt sinueuse en plus ! J’ai bien peur que même le meilleur guerrier de mon peuple ne puisse pas faire une chose pareille.

Il regarda à gauche et à droite, planifiant d’inspecter l’état de la route, mais, après avoir examiné le paysage environnant, son visage changea radicalement. Il rappela brusquement à son compagnon en disant : « Arrête-toi sur-le-champ, Neo ! »

Déconcerté, Neo arrêta de courir et demanda : « Qu’est-ce qu’il y a… Ah ! Tu veux aller aux toilettes ? Shoo, shoo ! Éloigne-toi de moi ! »

« Qui veut aller aux toilettes ! » lâcha sèchement Aldrizzt. Soupir ! C’est vraiment difficile de maintenir une attitude nerveuse près de Neo.

Quand Neo haussa les sourcils pour exprimer son interrogation, Aldrizzt expliqua : « Un peu plus et nous serons sur le territoire des elfes. »

« Oh ? » demanda rhétoriquement Neo. « Puisque les elfes haïssent les elfes noirs avec passion, ils ne seront pas heureux d’en voir autant sur leur territoire, n’est-ce pas ? »

Aldrizzt se figea un moment avant d’acquiescer et de dire : « D’accord, allons-y. Ils pourront nous aider à chasser mon peuple. »

Sur la route, ils alternèrent entre la course et le repos. Bien que cela ne dérangeât pas Neo de porter une personne sur son dos, Aldrizzt était peu disposé à être porté, quelle qu’en fût la raison. Il préférait se forcer à courir jusqu’à ce qu’il n’eût plus de souffle.

Remarquant qu’Aldrizzt avait couru jusqu’à ce qu’il fût presque hors d’haleine, mais refusait toujours de dire qu’il voulait se reposer, Neo haussa un sourcil et annonça : « Je suis fatigué, arrêtons-nous pour manger quelque chose. »

Ce fut seulement à cet instant-là qu’Aldrizzt s’arrêta de courir. Il était tellement essoufflé qu’il n’arrivait même pas à parler, toutefois, quand il regarda la personne à côté de lui qui affirmait être fatiguée, le visage de cette personne n’était même pas rouge, pas plus que cette personne ne respirait fort. Il n’a pas du tout l’air fatigué ! Cela lui faisait vraiment se demander s’il devait être heureux que son compagnon fût si endurant et ne le ralentirait pas, ou s’il devait haïr son compagnon pour avoir une si bonne endurance et le forcer à courir jusqu’à ce qu’il fût mort de fatigue.

Neo sortit calmement les rations déshydratées et en donna un morceau à Aldrizzt avant de commencer à manger. Tandis qu’il mâchait, il demanda : « Combien de temps avant que nous atteignions le territoire des elfes ? »

Aldrizzt examina les environs et répondit : « Nous sommes déjà dans le territoire des elfes. J’ai seulement lu dans les livres qu’ils laissaient des marques sur les arbres, donc je ne suis pas sûr jusqu’à quelle profondeur nous devons nous aventurer dans leur territoire avant qu’ils se montrent. »

« Aussi loin que ça ! » dit Neo.

Neo jeta le dernier morceau de rations déshydratées dans sa bouche et scruta la forêt, une main déjà placée sur son épée.

Aldrizzt se figea et entendit alors également le bruissement des feuilles d’arbres. Il regarda vers les buissons et remarqua que des gens étaient dissimulés dans les espaces entre les feuilles d’arbres. Tout de suite, ils se montrèrent.

S’agit-il des elfes, les ennemis jurés des elfes noirs ?

Ils avaient des corps longs et sveltes, qui n’étaient pas très différents de celui d’Aldrizzt. La plus grande différence était, naturellement, la couleur de leur peau qui était très pâle. Qui plus est, aucun elfe n’avait les cheveux blancs : la plupart avaient des cheveux bruns ou dorés.

Ils examinèrent tous les deux les elfes, tout comme les elfes observaient Aldrizzt. D’après leurs visages, ils étaient extrêmement sous le choc. Néanmoins, ils devinrent à la longue encore plus sérieux, révélant des expressions de colère et de haine.

Aldrizzt n’était pas du tout surpris de voir leur réaction, étant donné que les elfes et les elfes noirs avaient toujours été des ennemis jurés. Fondamentalement, il avait déjà été témoin de leur nature généreuse, étant donné que ceux-ci ne l’avaient pas attaqué dès l’instant où ils l’avaient vu. Si la situation avait été inversée, et qu’un groupe d’elfes noirs avait rencontré un elfe solitaire, sans aucun doute, la meilleure chose qui aurait pu arriver à cet elfe aurait été une mort rapide.

Neo se leva. Les elfes se sentirent apparemment provoqués par son action, puisqu’ils levèrent simultanément leurs armes — principalement des arcs — et les pointèrent sur lui.

À ce moment-là, Aldrizzt se leva également. Il se rapprocha de deux pas de Neo, et se tint épaule contre épaule avec lui. Il leva alors la tête fièrement et plongea son regard dans celui des elfes qui les encerclaient.

Comme l’avait dit Neo, il n’avait rien fait de mal.

Même avec les légendaires maîtres-archers de la race des elfes pointant leurs arcs et leurs flèches sur lui, Neo n’eut aucun mal à déclarer d’une voix traînante : « D’abord, je rencontre des elfes noirs. Ensuite, je rencontre des elfes. Si j’avais su que partir à l’aventure serait si amusant, j’aurais laissé mon travail à Grisia deux ans plus tôt. »

En entendant cela, Aldrizzt inclina la tête, roula des yeux à l’intention de Neo et rétorqua : « Je plains réellement ton apprenti. » Par la suite, il se tourna pour faire face aux elfes et cria : « Je suis un elfe noir, mais l’humain près de moi est innocent. S’il-vous-plaît, ne lui faites pas de mal. »

« Aldrizzt, quel genre d’absurdité es-tu en train de raconter ? Je suis en effet innocent, mais tu l’es également ! »

Après avoir réprimandé Aldrizzt, Neo regarda les nombreux elfes présents et hurla : « Nous sommes pourchassés par une armée d’elfes noirs et cherchons votre protection ! »

Tous les elfes se figèrent sous le choc pendant un certain temps avant de se tourner vers Aldrizzt.

« C’est un… » Neo se tut un instant avant de trouver les mots justes. Il poursuivit : « … Déserteur fuyant les elfes noirs. Vous ne voudriez surement pas tuer un elfe noir qui a changé pour devenir une meilleure personne et un humain qui est très gentil pour commencer, n’est-ce pas ? »

Toi ? Gentil ? Si c’est vrai, dans ce cas les elfes noirs ne doivent pas être maléfiques en comparaison. Aldrizzt dut employer toutes ses forces pour empêcher son expression faciale de changer.

En entendant l’affirmation de Neo, les elfes froncèrent des sourcils avec incrédulité. Toutefois, ils n’attaquèrent toujours pas. Quelques elfes avaient même posé leurs armes et commencé à parler entre eux, comme s’ils discutaient de ce qu’ils devraient faire. Cependant, ils parlaient dans le langage des elfes que Neo ne comprenait pas.

Neo murmura à son compagnon : « Est-ce que tu comprends le langage des elfes ? »

Aldrizzt leva à nouveau les yeux au ciel et répliqua : « Dès l’instant où des elfes et des elfes noirs se rencontrent, ils se mettent à s’entretuer. Penses-tu réellement que nous discutons avec l’ennemi ? »

Neo émit un « tss » et commanda à moitié : « La prochaine fois, tu devras apprendre le langage des elfes, parce que je n’autoriserai pas notre compagnon elfe à parler dans mon dos dans le langage des elfes sans que j’en comprenne un mot ! »

Est-ce que c’est vraiment le moment de s’inquiéter de savoir si notre futur compagnon elfe va parler dans ton dos ? Tu devrais plutôt t’inquiéter de savoir si nous allons être transformés en oursins par les flèches des elfes !

Aldrizzt jeta discrètement un coup d’œil aux elfes qui débattaient encore. Il n’y avait aucune indication quant à la fin de leur discussion, comme ils parlaient sans se presser avec une attitude relaxée et sans signe de colère sur leurs visages. Ils semblaient juste au milieu d’une discussion très ordinaire comme s’ils se demandaient où ils iraient chasser aujourd’hui.

Aldrizzt les observa joyeusement. Pendant ce temps, les expressions furieuses sur le visage des elfes, qui tenaient encore leurs armes, disparurent progressivement. À la place, ils contemplaient Aldrizzt avec curiosité.

Cependant, Neo commençait à se lasser d’attendre et avait déjà bâillé Dieu sait combien de fois. Il se plaignit : « Qu’est-ce qui leur prend autant de temps ? Quelle inefficacité. »

Aldrizzt répondit brusquement : « Leurs vies ne sont pas aussi courtes que celles des humains. Crois-tu vraiment qu’ils se préoccupent de choses comme l’efficacité ? »

Neo fronça les sourcils et afficha une expression peinée. Il demanda : « Ils ne vont pas parler pendant une centaine d’années, j’espère ? »

Aldrizzt sourit et secoua la tête en disant : « Ça ne va pas aller jusque-là, mais, puisque les elfes vivent approximativement cinq fois plus longtemps que les humains, le temps qu’ils passent à discuter doit aussi être cinq fois plus longs. Donc, en considérant la durée que les humains passent à discuter, tu devrais être capable d’estimer combien de temps les elfes vont y passer. »

Neo réfléchit et répondit : « En me basant sur la durée que le Chevalier du Jugement et moi passons à discuter, les elfes devraient avoir fini d’ici une minute. Mais, si on se base sur la durée que le Pape et ses prêtres passent à débattre de problèmes… »

« Combien de temps cela prendrait-il ? »

« J’aimerais mieux faire demi-tour et combattre cinquante elfes noirs, plutôt que de gâcher ma vie ici. Sache que j’ai qu… »

Soupçonneux, Aldrizzt tourna immédiatement la tête et s’enquit : « Qu… ? »

« Qu… Qu… que je ne suis plus un jeune homme ! » Neo toussa et dit avec impatience : « Tu dois savoir que nous, les humains, ne vivons pas aussi longtemps que les elfes ou les elfes noirs, alors nous devons faire bon usage de notre temps. »

Aldrizzt plissa son regard déjà très fin. Il considéra Neo d’un œil très méfiant, pendant que ce dernier employait ses vingt ans d’expérience à être le Chevalier du Soleil pour sourire radieusement à Aldrizzt comme si rien ne clochait dans ses propos.

« Si je puis vous demander, avez-vous fini de discuter tous les deux ? »

Neo et Aldrizzt restèrent tous les deux surpris. Ils se retournèrent et découvrirent que tous les elfes les fixaient, leur discussion depuis longtemps terminée.

À ce moment-là, un elfe s’avança et dit avec courtoisie dans le langage des humains : « Si vous souhaitez continuer à discuter, cela ne nous dérange pas d’attendre. »

Neo se vers Aldrizzt et lui s’enquit : « Devons-nous discuter de quoi que ce soit d’autre ? »

Aldrizzt rouspéta : « Pourquoi aurais-je quelque chose à te dire ? »

Neo haussa les épaules et fit face à l’elfe. Il déclara : « Nous avons fini de discuter. »

L’elfe responsable des négociations les observa, un peu intrigué. Ce fut seulement quand il eut entendu la réponse de Neo qu’il hocha la tête et dit : « Nous sommes d’accord pour vous escorter tous les deux jusqu’à la lisière de la forêt, mais vous devez jurer de ne plus jamais entrer dans cette forêt. Si vous osez à nouveau y mettre les pieds, nous ne montrerons aucune pitié envers vous. Soyez certains de prendre note de ce point. »

Neo n’était pas très satisfait de la conclusion à laquelle les elfes étaient arrivés, mais Aldrizzt poussa un grand soupir de soulagement. Au départ, il s’était préparé à l’idée de mourir entre les mains des elfes et n’aurait jamais cru que les elfes le laisseraient partir, encore moins qu’ils l’escorteraient.

Aldrizzt remercia d’abord les elfes d’un signe de la main avant d’ajouter anxieusement : « Merci d’offrir de nous escorter, mais il vaudrait mieux que vous envoyiez davantage d’elfes, parce que nous sommes poursuivis par plus de cinquante elfes noirs. Nous en avons bien tué quelques-uns, mais ils ne sont sans doute pas moins de cinquante. Par conséquent, si vous n’êtes pas assez nombreux, vous ne réussirez pas à effrayer mon peuple. »

L’elfe se raidit quand il entendit le rappel amical d’Aldrizzt. Toutefois, par la suite, il sembla s’en vouloir de sa réaction et acquiesça donc à nouveau d’un signe de tête.

Bien qu’il eût reçu ce genre de réponse, Aldrizzt en était tout de même très heureux. Auparavant, même s’il avait rencontré des humains, ceux-ci ne lui auraient pas offert un simple hochement de tête en réponse. À la place, ils auraient sans doute hurlé, se seraient enfuis en courant, ou l’auraient attaqué sur-le-champ. Maintenant que les elfes, qui étaient censés être ses ennemis jurés, le traitaient avec une réponse plus ou moins amicale, il en ressentait un réel sentiment d’accomplissement.

Néanmoins, Neo était extrêmement insatisfait. Durant les vingt années où j’ai été le Chevalier du Soleil, quand ai-je déjà été traité de la sorte ? Sa mine était sombre, alors qu’il ricanait : « Mon partenaire vous a gentiment avertis, et vous lui témoignez ce genre d’attitude ? Vous croyez-vous vraiment à ce point supérieurs aux autres ? »

« Neo, ne dis pas ça. » Aldrizzt interrompit rapidement son compagnon. Il continua en disant : « Après tout, les elfes ne sont pas obligés de nous escorter. »

« Bien sûr qu’ils en ont l’obligation ! Si tu rencontrais un elfe qui était pourchassé, ne lui tendrais-tu pas une main salvatrice ? Et en l’aidant, est-ce que tu agirais comme si tu étais supérieur aux autres ? »

Confronté au reproche de Neo, Aldrizzt hésita. Naturellement, il tendrait une main pour venir en aide à son prochain, et il n’agirait pas comme s’il était supérieur. Mais…

Neo rit froidement et annonça de manière extrêmement arrogante : « Nous préférons nous battre jusqu’à la mort sous le regard du Dieu de la Lumière, plutôt que d’accepter votre charité au prix de notre dignité ! »

L’elfe regarda Neo, complètement sous le choc. Pendant un instant, il ne sut pas comment réagir.

« Aldrizzt, c’est le moment de partir ! » Sans donner aux elfes le temps de réfléchir, Neo invita Aldrizzt à le suivre et se tourna réellement pour partir.

Aldrizzt sursauta, puis se dépêcha de le suivre.

Après qu’ils eurent tous les deux marché en silence sur une certaine distance, Aldrizzt nota de vagues signes que des personnes les suivaient. Inquiet, il observa les traqueurs pendant quelque temps, uniquement pour découvrir avec surprise que les traqueurs étaient en réalité…

« Les elfes nous suivent », murmura-t-il à Neo.

Neo inclina la tête en arrière et jeta un regard. Il regarda alors immédiatement vers l’avant comme si rien n’était arrivé et dit sans apprécier : « Ce sont eux qui aiment nous suivre, je ne voulais pas de leur aide. »

Aldrizzt rit presque tout haut. En même temps, il se détendit également. Si une armée complète d’elfes était aux alentours, son peuple n’oserait surement pas les attaquer. Ils étaient, après tout, à la surface. Aussi, ils se trouvaient dans la forêt où vivaient les elfes, donc les elfes noirs n’avaient pas l’avantage.

Et, agir quand ils n’avaient pas l’avantage n’était assurément pas le style des elfes noirs.

 

 

Les elfes avaient tenu leur parole, escortant les deux compagnons jusqu’à la sortie de la forêt. Le voyage était extrêmement paisible, et pas un seul elfe noir ne fut aperçu.

Alors que les deux compagnons sortaient de la forêt, la première chose qu’ils virent ne fut pas une falaise ou un désert, mais une petite ville pas très éloignée. Aldrizzt en ressentit un réel exploit. Toutes les choses sont disposées à changer, et peut-être que son extrême malchance d’avant était maintenant devenue de la chance.

Ils entendirent un bruit derrière eux et se retournèrent simultanément, seulement pour voir un elfe apparaître entre les arbres. Vu son allure, il devait probablement être l’elfe qui avait été chargé des négociations.

L’elfe les observa tous les deux et déclara sévèrement : « Nous avons honoré notre promesse, donc honorez la vôtre s’il-vous-plaît. N’entrez plus jamais dans la forêt. »

Neo émit seulement un « hmph », mais Aldrizzt hocha immédiatement la tête.

Bien que Neo n’exprimât pas son accord, la personne dont les elfes se méfiaient le plus était Aldrizzt. Par conséquent, après qu’Aldrizzt lui eût fait sa promesse, l’elfe se retourna pour partir.

« Attends ! »

L’elfe s’arrêta de marcher et se retourna vers l’humain qui lui avait crié d’attendre.

Neo sourit joyeusement en posant une série de questions : « Quel est ton nom ? Es-tu un homme ou une femme ? Un archer ou un mage ? »

Surpris, Aldrizzt observa Neo avec une expression bizarre. Il pensa, Est-ce que Neo va vraiment demander à l’elfe de joindre notre groupe ?

L’elfe fixa froidement Neo et répondit : « Je suis Evaclair. » Après cela, elle partit sans se retourner.

Quand l’elfe fut loin, Aldrizzt murmura : « Ne pouvais-tu pas voir que c’était une femme elfe ? Comment as-tu pu lui poser une question aussi impolie ? »

Plutôt que de répondre à Aldrizzt, Neo s’enquit : « Est-ce que tous les elfes présents étaient des femmes ? »

Aldrizzt fixa Neo étrangement et répondit naturellement : « Non, il y avait à peu près autant d’hommes que de femmes. »

« Je n’arrive pas du tout à les différencier… »

Aldrizzt eut soudain un mauvais pressentiment. Il demanda vivement : « Attends, tu sais que je suis un homme, n’est-ce pas ? »

« Évidemment que je le sais ! »

Aldrizzt se calma.

Neo dit fièrement : « Je m’en suis rendu compte trois jours après que nous nous soyons rencontrés. »

« … »

1/2 Prince T5C6 : Le Suzerain Sanguinaire

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½ Prince Volume 5 : Un Prince n’Existe Plus

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 6: The Bloody Overlord – traduit du chinois vers l’anglais par Akakuroi[PR!]
Chapitre 6 : Le Suzerain Sanguinaire – traduit de l’anglais au français par Elynor
+ travail de vérification par Nocta

« C’est parti tout le monde, on défonce les portes de la cité ! » m’exclamai-je le plus fort possible. En plus d’encourager les guerriers de la Cité de l’Infini chargés de pousser le bélier pour détruire les portes de la Cité de la Lune, je devais aussi lever mon bouclier pour bloquer les flèches qui pleuvaient sur moi, et me battre à l’épée en étant accompagné de Nan Gong Zui, Wicked et des autres afin de contenir les vagues de joueurs venus pour nous arracher la victoire maintenant que nous avions achevé le dur travail de tuer les gardes PNJs.

D’innombrables guerriers courageux provenant de la Cité de l’Infini étaient rassemblés ici. Certains forçaient désespérément les portes, en essayant d’accélérer le processus visant à conquérir la cité, et encore plus d’entre eux grimpaient sur des échelles pour tenter d’escalader les murs de la ville, ignorant la douche de flèches qui s’abattait sur eux pendant leur ascension. Le sang des guerriers teintait presque tout le mur en rouge.

Les mages situés à l’arrière de l’armée n’avaient que deux choses à faire : lancer des sorts et avaler des potions pour restaurer leur niveau de puissance magique. En les voyant agir, je pouvais dire à quel point Yu Lian et les autres avaient bien entraîné les mages. Si ce n’avait pas été par peur de devoir payer d’énormes sommes en réparations plus tard, ceux-ci auraient déjà fait exploser la cité dans son intégralité. Cependant, dans le but de garder le plus possible la Cité de la Lune intacte, ils devaient se contenter de lancer des sorts de niveau faible ou moyen pour tuer les gardes.

Les gardes PNJs n’avaient opposé presque aucune résistance pendant la bataille. Le vrai problème provenait des joueurs venus nous dérober la cité. Non seulement leur nombre était conséquent de base, mais en plus ils continuaient d’affluer par hordes. Plus incroyable encore était le fait que les joueurs qui venaient tout juste de se changer en pilier de lumière, et qui s’étaient envolés à peine une minute auparavant, revenaient à la charge en un éclair pour un second tour, pas le moins du monde effrayés. La situation était si ridicule que, en plus des guerriers occupés à défoncer les portes à l’aide du bélier et des mages chargés de réduire en poussière les archers PNJs, le reste de notre groupe avait formé un demi-cercle devant l’entrée de la Cité de la Lune afin d’empêcher les autres joueurs de profiter de la confusion régnante pour se faufiler dans la ville.

Fort heureusement, Yu Lian et Phoenix avaient eu l’idée géniale de créer un uniforme pour l’armée de la Cité de l’Infini. Sinon, nous ne serions jamais parvenus à distinguer nos alliés de nos ennemis.

Entre Nan Gong Zui qui combattait à ma gauche, Wicked posté à ma droite et grand frère Wolf à l’arrière qui nous soignait, je hachais menu les joueurs comme s’il n’y avait pas de lendemain, suivant ma règle du « tue et tu auras de l’expérience ; plus tu en tueras et plus tu en obtiendras ». Quand un ennemi se présentait, j’en tuais un ; quand deux venaient, j’en tuais trois ! Hein ? …Oups, j’ai accidentellement tué des gens venus pour regarder la bataille ? Désolé…

« Prince ! Les portes seront bientôt détruites, alors dépêche-toi d’entrer dans la cité ! Tu dois être le premier à arriver dans la tour centrale pour briser le joyau ! » hurla Gui, protégé par plusieurs guerriers, tout en courant sous le dangereux déluge de flèches, de sorts, de coups d’épées et de lances.

« Pas de soucis ! » criai-je en retour. Après avoir signalé à Nan Gong Zui et à Wicked de se diriger vers les portes, ils hochèrent tous les deux la tête et s’avancèrent vers moi.

« Rhapsodie Infernale d’un Blanc Pur ! » Je rugis, en m’élançant vers les portes qui craquaient déjà. À cet instant, une explosion de flammes surgit immédiatement de mon Dao Noir. Contrairement aux flammes normales d’un rouge flamboyant, les flammes qui jaillirent cette fois étaient d’un blanc soutenant la chaleur la plus pure.

Pourquoi les flammes produites étaient-elles différentes ? En fait, non seulement la couleur avait changé, mais même la forme de mon Dao Noir était différente. Il s’était avéré que la pierre précieuse qui m’avait été donnée par Lolidragon l’autre jour – le prix pour avoir tué Celestial – était une gemme magique permettant d’augmenter l’affinité d’une arme avec le feu. La lame et son fourreau, originalement d’un noir pur, arboraient maintenant des motifs de flammes. Quand je tenais le Dao dans ma main, un gant apparaissait automatiquement, recouvrant la totalité de mon bras droit. La fine armure rouge sang était si résistante que, jusqu’à présent, aucune arme et aucun sort, parmi ceux que j’avais essayés, n’avait pu lui causer le moindre dégât.

Après avoir été en contact avec la Rhapsodie Infernale d’un Blanc Pur, rien ne pouvait subsister. D’ailleurs, c’était la raison pour laquelle la porte craquelée fut réduite en copeaux de bois. Lorsque tout le monde eut constaté que cette dernière avait été brisée, certains joueurs poussèrent des cris alarmés tandis que l’armée de la Cité de l’Infini lâchait encore plus d’encouragements assourdissants.

Cependant, je savais que ce n’était pas encore terminé. Tant que la gemme de la cité demeurait intacte, la victoire n’était pas dans la poche. Je regardai Nan Gong Zui et lui ordonnai en hurlant : « Zui, dépêche-toi de m’emmener à la tour centrale ! »

Après avoir constaté qu’il acquiesçait, je me tournai vers White Bird et lui commandai : « Garde les portes et ne laisse personne entrer. Dis à Gui de mener les archers et les guerriers aux murs de la cité et de se préparer à la défendre. »

White Bird hocha la tête. Je me tournai immédiatement pour suivre Nan Gong Zui jusqu’à la tour centrale sans jeter un seul regard en arrière.

Avec Nan Gong Zui pour nous guider, nous trouvâmes rapidement la tour centrale. Je dégommai la porte avec une autre Rapsodie Infernale d’un Blanc Pur, puis m’avançai dans les escaliers, droit vers l’étage tout en haut où se cachait la gemme.

« Prince, vas-y, nous allons monter la garde pour toi », déclara calmement Wicked.

« Ok », répondis-je. J’étais sur le point de détruire la gemme de la cité, lorsque j’aperçus un éclat d’argent du coin de l’œil. Je me retournai aussitôt pour me défendre, et le son de lames s’entrechoquant résonna dans la tour centrale.

Nan Gong Zui et Wicked, qui surveillaient à l’origine le haut des escaliers, tournèrent brutalement la tête, choqués. Moi, d’un autre côté, j’étais complétement blasé, tandis que je faisais face à un autre assassin habillé de vêtements noirs qui lui collaient au corps. Cette fois, il s’agissait probablement d’un homme.

C’était bien dommage pour lui que je ne sois plus la même personne qu’auparavant. Ces deux dernières semaines, les assassins avaient été si nombreux que, à l’instant où j’ouvrais les yeux, j’étais paré à les affronter. Comme c’était eux qui lançaient l’attaque et non moi, c’était de la légitime défense. Je n’avais donc pas à craindre de retrouver mon nom sur la liste des personnes recherchées. De plus, après avoir fait face à autant d’attaques sournoises chaque jour, j’étais devenu on ne peut plus frustré. De ce fait, martyriser ces assassins était devenu mon passe-temps journalier. En conséquence, mon niveau avait grimpé en flèche, sans parler de l’entraînement de mes réflexes ainsi que de mon agilité.

Même si mon niveau n’était toujours pas aussi élevé que celui de Neurotic qui était reparti sur le Continent de l’Ouest, j’étais déjà au niveau quatre-vingt-six. Ça, en plus de mes magnifiques réflexes inhumains améliorés grâce aux assassins… Même Neurotic n’était peut-être plus en mesure de me vaincre.

Mes yeux brillèrent d’une lueur d’excitation, une lueur due à la rencontre d’un adversaire vraiment fort. Après tout, les assassins habituels étaient vraiment trop faibles et n’arrivaient même pas à la cheville de la première femme-assassin. D’après la conclusion du département des Affaires Étrangères, ces mauviettes n’étaient probablement pas des complices de cette femme-assassin. Néanmoins, j’étais certain que la personne se tenant devant moi, qui était vêtue de la même tenue noire serrée, était un de ses complices.

« Rwaahhhh ! » Je rugis d’une voix grave et chargeai l’assassin. L’échange rapide de coups entre nos épées était tellement satisfaisant que j’en oubliai tout ce qui se passait autour de nous.

« Je pense que Prince a totalement oublié pourquoi il était venu. » Quand la voix de Nan Gong Zui flotta jusqu’à mes oreilles, je prétendis immédiatement, avec un certain automatisme, que je ne l’avais pas entendu.

« Ne t’en fais pas, laisse-le donc juste se battre. La situation dehors est sous contrôle et, d’après Broken Sword qui est resté défendre la Cité de l’Infini, ceux qui ont osé attaquer la ville sont simplement des inconnus qui souhaitaient créer quelques problèmes mineurs. » En entendant les paroles de Wicked, le peu de conscience que j’avais encore disparut, et je me battis avec d’autant plus de fougue avec l’assassin.

L’homme-assassin savait que la situation était à son désavantage. Il ne pouvait pas me surpasser et, de plus, Nan Gong Zui et Wicked se tenaient sur les côtés, complètement détendus. Il semblerait qu’il n’éprouvait pas le désir de prolonger le combat, car il sauta en arrière vers le bord de la fenêtre par laquelle il était entré et s’apprêtait à partir.

En voyant ceci, je lui criai sur-le-champ : « Vous êtes tous si forts, pourquoi tenez-vous tant à me tuer ? »

Après une pause silencieuse, il daigna me répondre : « C’est parce que tu es bien plus dangereux que les autres. »

Je suis dangereux ? En quoi est-ce que je suis dangereux ? Ce n’est pas comme si je portais une pancarte « Bête dangereuse, ne pas nourrir » accrochée autour du cou, même si en ce moment s’approcher de moi signifie avoir de grandes chances d’être tranché en deux à cause de mes réflexes qui, par ailleurs, se sont accrus à cause de vous, assassins, et ne faisaient pas partis de moi à la base. Je me grattai la joue, incapable de comprendre en quoi je pouvais être dangereux.

« Je me demande au bout de combien de temps Prince va se souvenir qu’il est ici pour détruire la gemme de la cité… » demanda finalement Nan Gong Zui d’une voix douce à Wicked, après m’avoir vu froncer les sourcils pendant un long moment.

Me regardant avec exaspération, Wicked répondit : « Cette question est trop ardue, je ne peux pas te fournir de réponse ! »

Après un moment, je passai outre la remarque du « tu es bien plus dangereux » et revins à la réalité. Après avoir jeté un coup d’œil embarrassé aux deux autres garçons qui étaient à présent en train de lire le journal tout en buvant du thé sur le côté, je m’employai à frapper la gemme de la cité et j’étais sur le point de me mettre à chanter « Hé ho, hé ho, on tire le radis »1 …Euh, non, je veux dire que je portai calmement un coup au joyau.

Tout en frappant la gemme, j’écoutai le rapport de Nan Gong Zui sur la situation dans les deux autres cités. Buvant son thé avec nonchalance, il déclara : « Lolidragon et Heartless Wind ont déjà découvert quels joueurs avaient capturé les deux autres cités. Essentiellement, ils sont dans nos cordes, rien que nous ne puissions pas gérer. Après que la Cité de la Lune sera stabilisée, nous pourrons partir à la conquête des Cités du Soleil et de l’Étoile. »

« Est-ce que monopoliser toutes les cités n’est pas un peu trop exagéré ? » Je frappai à répétition la gemme, en récitant, sans le savoir, les mêmes plaintes que les autres joueurs.

Zui saisit sa tasse de thé et se mit à boire son contenu avec grâce, pendant que Wicked prenait le relais pour donner des explications. « Nous n’avons pas le choix », dit-il. « Si nous ne nous emparons pas de la cité du Soleil et de celle de l’Étoile, ceux qui les ont conquis vont définitivement nous attaquer aussitôt qu’ils y auront mis le pied. »

« Je vois… Mais, est-ce que les joueurs ne risquent pas d’être mécontents si nous monopolisons ces cités ? » les questionnai-je.

« Ne t’inquiète pas. Après la mise à jour, les joueurs pourront acheter leur propre terre pour la développer. Ils pourront aussi bâtir leur propre cité. Nous faisons la conquête des cités du Soleil, de la Lune et de l’Étoile seulement dans le but de ne pas avoir à dépenser le temps et l’argent nécessaire pour acheter une terre et y bâtir une cité nous-mêmes », expliqua Zui en posant sa tasse.

« Oh », lâchai-je pour indiquer que j’avais compris son explication, et je me concentrai de nouveau sur les coups portés à la gemme. Cette dernière demeurait intacte malgré le temps perdu à la frapper. Simplement la regarder me remplissait d’impatience et renforçait le feu brûlant de mon cœur. Puis, des flammes d’un blanc pur s’échappèrent des motifs de mon Dao Noir une fois de plus.

« Hyaaaaa ! » Je fonçai droit sur le joyau et me mis à le frapper sans relâche de façon aléatoire, en criant : « On va voir si j’arrive à te détruire cette fois ! »

Avec un BOUM final, la gemme fut réduite à l’état de poudre et se dispersa dans les airs, me forçant à en avaler un peu. Toussant à profusion, j’agitai la main autour de moi, histoire d’évacuer un peu la poussière. Je me tournai pour annoncer à Zui et à Wicked que nous pouvions partir, seulement pour être confronté à deux « personnes poussiéreuses », toutes deux agenouillées avec leur tasse de thé à la main, immobiles. Les deux gars étaient recouverts de poudre blanche de la tête aux pieds, en crachant sans arrêt une bonne quantité de celle-ci. Seuls leurs yeux demeuraient intacts, en me fixant avec impuissance.

Après avoir détruit la gemme, des cris de victoire assourdissants se firent entendre dès l’instant où je sortis de la tour centrale. Des milliers de personnes étaient rassemblées autour de la tour et, d’après leurs habits, je pouvais dire qu’il s’agissait tous de guerriers de la Cité de l’Infini. Brandissant mon Dao au-dessus de ma tête, je me joignis avec joie aux cris. Alors que je descendais les escaliers, tous les guerriers de la Cité de l’Infini chargèrent soudainement dans ma direction et m’agrippèrent, en me lançant encore et encore dans le ciel.

Quand je vis à quel point ces guerriers me regardaient avec estime, je fus extrêmement touché. Je commençai à faire l’idiot et fis la fête avec tout le monde jusqu’à être trop fatigué pour pouvoir me mouvoir. Par la suite, je visitai les coins intéressants de la Cité de la Lune que l’on venait tout juste de conquérir en mon nom.

« Qu’est-ce qui t’a pris autant de temps lorsque tu tapais la gemme ? Nous étions sur le point de nous endormir en attendant dehors », se plaignit Lolidragon en me suivant, mécontente.

Me grattant la tête d’un air confus, je répondis : « J’ai croisé un assassin. De plus, il était probablement un complice de la femme-assassin de la première fois. »

« Quoi ? » En entendant ceci, Lolidragon se redressa instantanément et me demanda sérieusement : « À quel point était-il fort ? »

« À égalité avec la femme de la dernière fois », répondis-je honnêtement. « Si Nan Gong Zui et Wicked n’avaient pas été à mes côtés, je n’aurais peut-être pas pu gagner le combat. »

Fronçant les sourcils, Lolidragon fit les cent pas. « Comment c’est possible ? Étant donné que les joueurs de hauts niveaux sont rares, il est presque impossible d’en trouver sur le Continent Central. Nous avons écarté la plupart des suspects envisageables juste avec ça. »

« Et ceux des autres continents ? » demanda soudainement Heartless Wind, en sortant de nulle part et en se glissant dans la conversation.

Nous regardâmes tous les deux mon frère, perplexes. Est-ce que quelqu’un ferait tout le trajet jusqu’à un autre continent, juste pour assassiner une autre personne ?

D’un coup d’éventail, il ajouta d’une voix charmeuse : « S’il existe des gens qui souhaitent conquérir tout un continent, alors il doit y en avoir qui désirent posséder tout Second Life. Pour pouvoir faire ça, se débarrasser du fameux et puissant porte-parole du jeu, le Suzerain Sanguinaire du Continent Central, Prince, est d’une importance cruciale. »

« Je vois. C’est donc pour ça que je suis plus dangereux que les autres ? » murmurai-je pour moi-même.

« Dans ce cas, les suspects seraient alors les suzerains des quatre autres continents ? » demanda Lolidragon en fronçant encore plus profondément les sourcils.

« Les suzerains des quatre autres continents ? » demandai-je avec excitation. Neurotic devrait être celui du Continent Ouest, non ? Je me demande à quoi les autres ressemblent…

Sans hésitation, Lolidragon me renseigna : « Le Suzerain Souriant du Continent Est, Winter Triumph. Le Suzerain Insouciant du Continent Ouest, Neurotic. »

« Le Suzerain Immortel du Continent Sud, Undying Man, la Suzeraine Florale du Continent Nord, Fleur du Nord, et toi, bien sûr, le Suzerain Sanguinaire du Continent Central, Prince », ajouta Heartless Wind, parfaitement synchronisé avec Lolidragon.

J’étais très étonné de ce que je venais d’entendre. Pourquoi tous les suzerains donnent-ils l’impression d’être si puissants ?

« Qui serait suspect ? » demanda Lolidragon avec prudence.

« Ça ne peut pas être Neurotic ou ses hommes », répondis-je avec certitude. S’ils voulaient me tuer, ils auraient pu me laisser mourir dans la Vallée des Nymphes Errantes au lieu de m’aider.

« Nous allons donc exclure ceux du Continent Ouest dans ce cas. Il semblerait que nous allons devoir enquêter sur les suzerains des autres continents », marmonna Lolidragon.

« Comment vas-tu enquêter ? Tu ne peux même pas envoyer de MP entre deux continents. Vas-tu passer plus de dix jours à faire l’aller-retour d’un continent à l’autre ? » désapprouva Heartless Wind.

Sans retenir sa force, Lolidragon lui tira l’oreille, m’offrant de nouveau le plaisir de voir mon séducteur de frère pleurer de douleur. Au même moment, elle lui cria à l’oreille : « Nous avons le tapis volant de Sunshine ! »

Ignorant les expressions de souffrance de Heartless Wind, Lolidragon me dit : « Je me rendrai dans les différents continents avec cet idiot pour récolter des informations. Prince, sois prudent. »

« Ne t’inquiète pas, je ne me laisserai pas tuer par ces assassins », répliquai-je en lui faisant au revoir de la main.

Les lèvres pincées, Lolidragon me corrigea : « Ce n’est pas ce que je voulais dire. Je veux dire : ne maltraite pas les assassins au point d’avoir l’Association des Droits de l’Homme à ta porte ! »

« Je… vais essayer. »

Avec l’aide de Sunshine, Lolidragon et Heartless Wind voyagèrent à travers les quatre autres continents. Pendant ce temps, les joueurs de la Cité de l’Infini ne chaumèrent pas. À peine entrés dans la Cité de la Lune, le département militaire, le département des finances, ainsi que le département de la construction et de l’aménagement urbain se mirent au travail. Ils réparèrent les dommages dus à la guerre, construisirent davantage de commodités essentielles et créèrent une garde ainsi qu’une armée pour la cité. En fait, nous étions tellement occupés que je n’avais pas le temps de voir quoi que ce soit d’autre au point de presque souhaiter partir pour de bon. Mais, j’avais déjà pris la décision de devenir un bon seigneur. Comment pourrais-je abandonner à mi-chemin maintenant ?

En plus, à part quand les cités du Soleil et de l’Étoile étaient attaquées – moments dont je profitais pour aller m’entraîner en secret un peu en tuant les attaquants – la plupart du temps, je bataillais avec des piles énormes de paperasses que me soumettaient les différents départements. Après avoir obtenu mon diplôme à l’Université, j’aurai un grand potentiel pour faire campagne pour le poste de maire d’une ville.

« C’est décidé : je vais développer la Cité de la Lune sous forme de centre culturel et artistique. » Je prononçai à voix haute ma vision, les poings serrés, alors que je contemplais le paysage tranquille par la fenêtre.

Le jour suivant, je fis part de ma décision à grande sœur Yu Lian. Sa réflexion ne dura qu’un instant avant d’accepter de procurer les fonds nécessaires. Puis, j’allai le cœur léger voir le département de la construction et de l’aménagement urbain, et annonçai à Gui et à Fairsky : « Je veux transformer la Cité de la Lune en une cité d’art et de culture. En plus, grande sœur Yu Lian a déjà accepté de financer le projet ! »

Cependant, Fairsky m’agrippa férocement par le col et me cracha à travers ses dents : « Tu viens d’envoyer mon mari chéri Sunshine faire le tour du monde, me laissant toute seule à l’attendre, et maintenant tu veux augmenter ma quantité de travail ? En aurais-tu marre de vivre ou trouverais-tu que le nombre d’assassins qui en ont après toi est insuffisant ? »

« Ah bon ? Ça va augmenter ta dose de travail ? Mais, après avoir conquis les cités du Soleil et de l’Étoile, j’ai envie de faire de la Cité du Soleil une ville commerçante et de transformer la Cité de l’Étoile en un endroit pour se divertir ! »

En entendant ceci, Fairsky lâcha mon col et me fixa d’un air ahuri. « Es-tu vraiment Prince ? » me demanda-t-elle sans trop y croire. « Non, non, c’est impossible, Prince ne ferait jamais preuve d’autant d’intelligence. Tu dois être un assassin qui se fait passer pour Prince. Lâche le morceau, où es le véritable Prince ? »

Hé ! C’est quoi cette attitude ?

« Prince a toujours été intelligent. Mais, c’est à un point tel qu’il paraît stupide aux yeux des autres », déclara Gui, ma donnant alors la chair de poule.

« Quoi qu’il en soit, je laisse tout ça aux bons soins du département de la construction et de l’aménagement urbain. Je me rends au département militaire pour voir quand nous pourrons attaquer les deux autres cités. » Fredonnant, je m’échappai joyeusement vers le département militaire.

Derrière moi, Fairsky chuchota : « Pourquoi est-ce que Prince a l’air si joyeux ? Il a tellement de travail administratif à faire, sans parler du fait qu’il est attaqué par au moins trois assassins par jour et qu’il doit en plus s’inquiéter de la conquête des cités du Soleil et de la Lune… Est-ce qu’il aurait pu devenir fou à force de trop travailler ? »

Gui répliqua franchement : « Récemment, les assassins qui lui sont envoyés sont généralement d’un bon niveau, et Prince était vraiment content de pouvoir se battre contre eux. Et chacun d’entre eux a reçu une rude leçon de la part du sortilège Torture Sans Fin des Chaînes de Doll, donc Prince… »

« Je vois, donc c’est parce qu’il a pu donner libre cours à ses tendances sadiques… »

« Zui, grand frère Wolf, vous êtes là ? » Je fourrai ma tête dans le bureau des Affaires Militaires, et regardai partout. Comme je le pensais, hormis Broken Sword qui était chargé d’entraîner les soldats, tout le monde était présent. »

Une main se posa sur mon épaule, accompagnée d’une voix fantomatique : « Pourquoi n’as-tu pas dit mon nom ? »

Conservant mon sourire, je fis face à l’expression lugubre de Wicked et dis : « Bonjour, Wicked ! »

« Qu’y a-t-il, Prince ? » Grand frère Wolf sourit et marcha à ma rencontre, me caressant les cheveux comme à son habitude.

« Je voulais savoir quand nous pourrions attaquer la Cité du Soleil et la Cité de l’Étoile », demandai-je en allant droit au but, ne dissimulant point l’éclat d’enthousiasme dans mes yeux.

« En ce moment, les deux cités sont prêtes à se rendre si nous acceptons leurs conditions », me répondit Nan Gong Zui. « Nous avons déjà discuté des conditions avec la Cité de l’Étoile, et il ne devrait pas y avoir de problème. J’avais justement l’intention de t’en parler plus tard. Les joueurs de cette cité ne demandent que de recevoir gratuitement la plus grande propriété de la Cité de l’Infini et que, après avoir rejoint l’armée de la Cité de l’Infini, ils aient au moins un grade de chef d’équipe. Ces conditions sont simples et devraient être facilement réalisables. Quant à celles de la Cité du Soleil… Leurs conditions peuvent être problématiques. »

« Comment ça ? » m’enquis-je. À vrai dire, même s’il y avait vraiment des problèmes, je m’en fichais. Si nous ne pouvions pas nous mettre d’accord sur les termes, nous pouvions simplement partir en guerre. En ce moment, je suis totalement libéré de toute peur en ce qui concerne la guerre !

Nan Gong Zui demeura silencieux. Au bout d’un moment, Wicked continua : « C’est à cause de Fan. »

« Ainsi que de quelques équipes qui nous sont hostiles », ajouta grand frère Wolf. « La team Princesse Parfaite, la team Phoenix, les Hell’s Murderers, ainsi qu’une tierce personne qui les sponsorisent mais avec laquelle je ne suis pas familier. J’ai entendu dire qu’il arborait quelques rancunes à ton égard également. Il se nomme Huang Wei. »

J’étais interloqué par ce que je venais d’entendre. Huang Wei est aussi venu sur le Continent Central ? Fronçant les sourcils, je me préparai mentalement. Après tout, leurs conditions devaient être liées à moi, et définitivement pas en bien. « Quelles sont leurs conditions ? »

Les trois restèrent complètement muets, tandis que grand frère Wolf sortait une feuille de papier affreusement longue et me la tendait.

Je la pris et commençai à lire : « Un : Faire disparaître Prince de Second Life à tout jamais ; Deux : déchirer l’estomac de Prince en le laissant ouvert ; Trois : me donner Prince, à moi Perfect Princess ; Quatre : après avoir tué Prince un millier de fois, me rendre Lü Jing ; Cinq : me rendre Fire Phoenix, puis jeter Prince et cette foutue brioche fourrée à la viande dans la mer pour nourrir les requins… » Impassible, je déchirai en petits morceaux la feuille remplie de bêtises. D’un ton sévère et autoritaire, je questionnai le département des affaires militaires : « Quand seront prêtes les troupes ? »

« Nous devons d’abord récupérer la Cité de l’Étoile, puis nous pourrons envoyer les troupes une semaine plus tard », rapporta Nan Gong Zui.

« Donc, dans une semaine, quelqu’un aura beaucoup d’ennuis », dis-je en serrant férocement les poings.

Une semaine plus tard, je montais à cheval, patrouillant à travers les rangs de l’armée de la Cité de l’Infini, tout en observant les murs lointains de la Cité du Soleil. Selon les rapports, le nombre d’archers présents sur ces derniers était de loin inférieur au nombre de PNJs archers envoyés par Second Life lors de notre première bataille pour conquérir la Cité de la Lune.

« On dirait bien que la bataille pour cette cité sera gagnée les doigts dans le nez… » marmonnai-je.

« Mais, Fan n’est pas un joueur ordinaire. Tu peux être certain qu’il nous tendra un piège », me rappela Nan Gong Zui, en se sentant concerné par mes paroles. « Fan a une dent contre toi, et il est fort probable que tu sois son unique cible. Prince, tu dois être prudent. »

C’est vrai ; Fan n’est pas quelqu’un qui se permettrait de jouer un second rôle insignifiant. M’admonestant légèrement, je lui répondis : « Je comprends, c’est promis. »

Par la suite, je tirai sur mes rênes et changeai la direction de mon cheval pour faire face aux guerriers de la Cité de l’Infini tout en brandissant mon Dao Noir au-dessus de ma tête. Tout le monde se tut, attendant mes paroles. Je rugis : « Passons à tabac la Cité du Soleil ! Et, unifions le Continent Central ! »

En entendant mes paroles, chacun frissonna d’excitation. Des voix scandant de toutes leurs forces jaillirent de l’armée de guerriers. Elles étaient si puissantes que cela me fit presque tomber, moi, leur suzerain, de mon cheval. « Unifions le Continent Central ! Unifions le Continent Central ! Unifions le Continent Central ! »

Je talonnai mon cheval, fonçant directement vers la Cité du Soleil, et criai : « Chargez ! »

« Le suzerain de la cité… mène l’attaque… » Wicked pressa sa main contre son front comme s’il avait la migraine.

Nan Gong Zui contempla la scène, tout aussi désemparé, et proposa : « Devrions-nous nous hâter de le rattraper ? »

En marge des archers sur les murs de la ville, la défense de la Cité du Soleil consistait en trois rangs de guerriers entourant les portes de la cité. Mais, c’était exactement ce qui m’excitait et faisait bouillir mon sang. Je pouvais faire tournoyer mon précieux Dao Noir autant que je le voulais, ce que je n’avais pas la chance d’apprécier sur une base journalière.

« Yeeeaah ! Yaaaaa ! » Je tenais mon bouclier au-dessus de ma tête pour bloquer les flèches en provenance des murs de la cité, tandis que mon autre main tranchait les soldats les uns après les autres, sans pause. Au début, j’avais reçu quelques entailles par-ci par-là, mais les prêtres à l’arrière étaient tellement efficaces que, au moment même où je recevais la blessure, une dizaine de lumières blanches au pouvoir de guérison venaient se poser sur moi.

Aussi, les mages de la cité n’arrivaient pas non plus à me blesser. Même si je ne pouvais pas les voir, j’étais certain qu’il y avait au moins une dizaine de boucliers protecteurs au-dessus de ma tête. Quand Nan Gong Zui et Wicked me rattrapèrent et se placèrent à mes côtés pour me protéger, je souris légèrement. Il est temps de passer en mode offensif total !

Le cheval parût ressentir mon excitation également, car il suivit mon exemple et galopa droit sur les ennemis, me permettant de tuer tous ceux sur mon passage. Après quelques charges, la zone qui m’entourait commença à se vider. Pinçant mes lèvres en signe de mécontentement, j’étais sur le point de balancer quelques injures aux ennemis pour voir si quelqu’un allait s’énerver suffisamment pour s’approcher et me permettre de le trancher.

Puis, la voix de Nan Gong Zui se fit entendre : « Prince, arrête de jouer. Les portes de la cité sont déjà tombées, dépêche-toi d’entrer dans la ville ! »

« Ohhh… »  Observant Zui et Wicked qui haletaient tous les deux, je songeai à l’instant à quel point il devait être éreintant de me couvrir. Ressentant un léger sentiment de culpabilité, je n’osai pas continuer de jouer plus longtemps et chevauchai en direction des portes.

Après avoir pénétré dans la ville, je regardai autour, tentant de localiser la tour centrale.

Une ombre atterrit subitement devant mon cheval, et en un coup d’œil je réalisai qu’il s’agissait en fait de Kong Kong. Il avait probablement regardé trop de vieilles séries japonaises, car il était habillé comme un ninja, sans parler du fait qu’il avait un genou à terre, et que ses mains étaient encastrées l’une dans l’autre, tandis qu’il me rapportait d’un ton respectueux : « Monseigneur, la tour centrale se situe à gauche. Veuillez suivre votre humble serviteur. »

Levant les yeux au ciel, je lui demandai : « Aurais-tu pris le mauvais médicament aujourd’hui ? »

Un peu froissé, Kong Kong retroussa ses lèvres légèrement et joignit ses index en les agitant, mal à l’aise. « Qu’est-ce qui cloche ? Ce n’est pas comme ça qu’ils font dans les bandes-dessinées ? »

Encore un accro aux bandes-dessinées ! Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer à cause de ses actions, donc je déclarai : « Tout ce qui te rend heureux est une bonne chose, tant que tu m’emmènes à la tour centrale. »

« Aucun problème, Monseigneur, veuillez me suivre. » Revenant en mode ninja, Kong Kong pointa la direction générale de la tour et commença à courir. J’échangeai un regard avec Wicked et Nan Gong Zui qui se trouvaient à présent à la tête des troupes, et tout le monde nous suivit en procession vers la tour centrale.

Après un court instant, celle-ci jaillit devant mes yeux. Comme je m’y attendais, le reste de l’armée la gardait, exactement comme ce que nous avions fait lorsque Fan nous avait attaqués.

« Ouah ! Tout le monde est là. » J’étais un peu surpris. Devant la tour centrale, je reconnus beaucoup de visages familiers : la team Princesse Parfaite, la team Phoenix, les Hell’s Murderers et Huang Wei. Une chose qu’ils avaient en commun était qu’ils semblaient tous être impatients de me hacher menu, de me mâchonner puis de me recracher. C’est étrange, où est Fan ? Je me sentis un peu pris au dépourvu à cause de son absence.

« Prince, tu es le premier homme à avoir osé me regarder de haut ! Je vais te le faire payer ! » dit Perfect Princess en mordant son mouchoir, les yeux remplis de rancœur.

« Prince ! Cette fois, je jure de te brûler à point ! » beugla le chef des Hell’s Murderers. Si je me rappelle bien, je crois qu’il s’appelle Blood-soaked Demon King ?

« Rends-moi ma chérie Lü Jing ! » Le style vestimentaire exagéré de Huang Wei n’avait toujours pas changé.

« Prince, si tu ne nous rends pas immédiatement Fire Phoenix, tu es un homme mort ! » cria un groupe d’hommes prétentieux qui portaient des pantalons et des hauts complètement blancs. On pouvait deviner au premier regard qu’il s’agissait de la team Phoenix. Cependant…C’était quoi le nom de celui qui avait parlé déjà ? Comment se fait-il que je ne sache absolument pas qui c’était ?

Un peu embarrassé, je demandai : « Navré, chef de la team Phoenix, mais j’ai oublié ton nom. Pourrais-tu le révéler aux lecteurs ? »

En entendant ceci, les hommes en blanc… non, je veux dire les membres de la team Phoenix affichèrent des expressions dévastées et déçues, puis pleurèrent en s’adressant au ciel : « Évidemment que tu ne t’en rappelles pas, l’auteure ne nous a jamais donnés de noms ! »

J’étais abasourdi. Donc, ils n’ont même pas de noms ! Comme c’est pitoyable. Je secouai la tête et répliquai : « Quelle équipe lamentable. Puisque vous n’avez même pas de noms, je vais vous éliminer en premier. » Tordant ma bouche en un rictus sadique, je prononçai quelques ordres à l’adresse de de Nan Gong Zui qui les retransmit tout de suite aux guerriers de la Cité de l’Infini derrière nous, et l’attaque débuta.

« Vous tous, vous allez regretter d’avoir écrit cette fichue requête », lançai-je avec une expression féroce. J’aurais pu passer outre le fait que vous ayez voulu me donner en pâture aux requins, mais vous avez en plus eu l’audace d’inclure mon mignon petit Meatbun ! Très bien, vous allez goûter à son pouvoir !

Sortant mon mignon petit Meatbun, je lui dis : « Meatbun, viens aider maman à battre des méchants. »

« Des méchants ! Maman, il y a des méchants ? » Meatbun regarda autour de lui, enthousiaste, avec ses grands yeux larmoyants.

« Oui, droit devant toi. » Tenant Meatbun, je le tournai face à l’équipe dont les membres n’avaient même pas de noms et qui avaient voulu donner Meatbun en pâture aux requins, alias la team Phoenix.

« Méchants ! » Meatbun se libéra soudainement de mon emprise, une hélice en bambou apparut sur sa tête, tandis qu’il s’envolait. Après avoir fait un tour de sept cent vingt degrés dans les airs, il s’écria : « Je défends l’amour et la justice ! Au nom de Meatbun, je vais triompher des méchants2 ! »

Doll… qu’as-tu donc appris à Meatbun ? Le visage caché dans mes mains, j’étais trop triste pour pleurer.

« Coup Final de la fermentation de l’Amour et de la Justice ! » Meatbun hurla tout à coup le nom d’une attaque que je n’avais encore jamais entendu. J’observai Meatbun avec curiosité, étonné qu’il avait obtenu une nouvelle compétence. Ça, c’était mon Meatbun avec un niveau dix de sagesse.

Meatbun ferma les yeux, comme s’il se concentrait au maximum de ses capacités, à un point tel que ses joues se mirent à enfler… Non, attendez, non seulement ses joues gonflaient, mais tout son corps grandissait lui aussi ! Je fixais, la bouche béante, Meatbun qui enflait de plus en plus. Bientôt, il remplit le ciel, tel un nuage géant, recouvrant toute la zone de son ombre. C’est bizarre, comment l’hélice en bambou peut-elle supporter un chignon de pain de viande de cette taille ?

Pendant ce temps, ennemis comme alliés s’étaient arrêtés et fixaient d’un air ébahi le gigantesque chignon de pain dans le ciel. Quelqu’un chuchota même : « Oh mon dieu, combien de temps est-ce que ça prend pour finir de manger un chignon de pain fourré à la  viande de cette taille ? »

C’est quel genre d’attaque ? J’eus soudainement un très mauvais pressentiment et hurlai sur-le-champ : « Tous les guerriers de l’Infini, reculez immédiatement ! »

Mais, il était déjà trop tard. Sans prévenir, Meatbun tomba brusquement du ciel. Quand il atterrit, il y eut un son massif semblable à une bombe, et la terre trembla comme si un séisme de magnitude neuf l’avait frappée. Quant à moi, étant à cinq centimètres de là, je fus saisi d’immenses sueurs froides. Quel coup terrifiant, il n’épargne pas nos alliés ! Si ce n’avait pas été dû à ma chance, mon corps aurait été aplatit comme une crêpe.

« Ainsi, Meatbun n’avait encore jamais été fermenté », dit soudainement Wicked à côté de moi.

Choqué, je le regardai… Il vient de raconter une blague ? Wicked est en train de blaguer ? Impossible !

Fronçant les sourcils, Wicked pressa sa main contre le ventre épais de Meatbun et conclut : « Le rapport entre la taille de Meatbun avant et après la fermentation est trop anormal. Aucune levure ne peut faire fermenter une petite boule en quelque chose de cette taille. »

Est-ce que…est-ce que ce genre de réflexion est un problème que les étudiants en sciences ont en commun ?

À ce moment-là, Meatbun se transforma de nouveau. Il rapetissa lentement jusqu’à retrouver sa taille normale, et se réinstalla au creux de ma main en ayant l’air exténué. Au bout d’un moment, il ne put plus garder les yeux ouverts et s’endormit en ronflant bruyamment. Je n’eus pas d’autres choix que de le remettre dans mon sac.

Contemplant à nouveau les malheureux qui avaient été écrasés, je calculai qu’environ quatre-vingts pour cent d’entre eux faisaient partie des ennemis alors qu’environ vingt pour cent étaient mes alliés qui avaient chargé au front. Ils étaient à présent tous aplatis au sol. Ce dernier, initialement lisse, était désormais imprimé par d’innombrables formes humaines. Fronçant les sourcils, je demandai : « Guerriers de l’Infini qui ont été écrasés, quelqu’un parmi vous pourrait-il me dire quel pourcentage de dégâts vous avez subi ? »

Un guerrier qui portait un de nos uniformes leva une main tremblante et signala le numéro cinq avec ses doigts. D’une voix tout aussi tremblante, il annonça : « Cin… cinquante pour cent ! »

Comme c’est effrayant… Ceux qui n’avaient pas été aplatis, moi compris, furent tous choqués.

« Prince, dépêche-toi de te rendre à la tour centrale. Je vais t’aider à bloquer les ennemis », me pressa Nan Gong Zui.

Regardant les ennemis aplatis qui commençaient à se tortiller, je fus d’accord et me précipitai avec toute la volonté que je possédais vers la tour centrale.

« Que les mages attaquent la porte de la tour, et faites attention à ne pas blesser notre suzerain ! » ordonna Wicked.

Avant d’atteindre la porte de la tour, la foudre, des boules de feu et des éclairs de glace étaient lancés aléatoirement sur celle-ci, lui causant de gros dommages. Quand je l’atteignis enfin, je hurlai sans hésitation : « Rhapsodie Infernale d’un Blanc Pur ! »

D’un seul coup, les portes de la tour s’écroulèrent, et je grimpai les escaliers avec vélocité. Je laissai à Zui et à Wicked la responsabilité de me protéger, puisque la mienne était de détruire la gemme. Atteignant finalement le dernier étage avec de grandes difficultés, je m’y engouffrai. Cependant, à côté de la gemme, une nouvelle scène étrange s’apprêtait à se dérouler.

« Pourquoi tant de précipitation, Prince ? Pourquoi ne viendrais-tu pas t’asseoir et savourer une tasse de thé ? » demanda Fan calmement, en m’adressant un sourire amical tout en infusant son thé.

Je fronçai les sourcils, et ma main chercha le pommeau de mon Dao Noir. « Que manigances-tu ? »

« Pas grand-chose, j’ai simplement une requête à te formuler. » Fan posa sa tasse et se leva lentement. Il jeta son sabre sur le côté, celui-ci atterrissant dans le coin de la pièce, tandis qu’il se tenait debout, désarmé pour me prouver qu’il ne représentait pas une menace.

Un sentiment de malaise naquit dans mon cœur. Qu’est-ce qu’il a l’intention de faire ? Même s’il s’est débarrassé de son épée, il se pourrait très bien qu’il s’agisse d’une nouvelle embuscade. Avec cette pensée en tête, je démarrai immédiatement une analyse de la pièce du coin de l’œil.

Souriant faiblement, Fan affirma : « Ne t’inquiète pas, il n’y a aucune embuscade de prévue. »

« Dis-moi juste ce que tu veux. » Je me calmai. Même s’il s’agissait bien d’un piège, je n’avais pas du tout peur de lui.

« Je veux que tu me rendes Phoenix », répondit-il d’une voix sérieuse.

« Phoenix ? » répétai-je bêtement, quelque peu confus de la situation.

« Ice Phoenix ! » me reprocha-t-il. « J’admets ne pas l’avoir traitée avec les égards qui lui étaient dus, mais les hommes n’apprennent jamais à chérir ce qu’ils ont et les prennent pour acquises. Seule leur perte leur enseigne l’importance de ce qu’ils ont perdus. »

Semblant extrêmement solitaire et amer, Fan se força à me sourire. « Prince, pourrais-tu me la rendre, s’il-te-plaît ? Je sais que tu ne te préoccupes pas d’elle. Pour toi, elle est même moins importante que Wicked ou Gui. Dans ce cas, pourquoi est-ce que tu continues à la rendre triste ? »

Je restai debout, hébété. Fan, qui traite les femmes comme des vêtements, est en fait en train de me reprocher de rendre une femme triste ? Je devins automatiquement soupçonneux. Mes pensées avaient dû se refléter sur mon visage, car, avant même que j’aie pu dire quoi que ce soit, Fan avait déjà ouvert la bouche pour répondre.

« Crois-moi, je t’en prie, je suis vraiment sérieux cette fois ! Rends-moi Phoenix et arrête de la blesser ! Laisse-moi la rendre heureuse ! » cria Fan en s’agitant.

« Je l’ai blessée ? » Mon expression s’assombrit. C’était vrai, j’avais presque oublié que je l’avais faite pleurer la dernière fois et que je n’avais rien réglé depuis, vu que je ne l’avais pas revue. En y repensant, je commençai à me sentir inquiet. Où peut-elle bien être ?

« Est-ce que le nombre de fois où tu l’as faite pleurer est inférieur au mien ? » demanda froidement Fan.

« Je… » soupirai-je. « Quelle que soit la situation, il faut laisser à Phoenix le soin de choisir par elle-même. Ce n’est pas un objet, elle devrait pouvoir prendre ses propres décisions. »

« Tu… ! » La haine et la colère apparurent immédiatement sur le visage de Fan. J’ai dit quelque chose de mal ? J’étais extrêmement confus.

La voix de Phoenix résonna subitement : « Merci, Prince. » Surpris, je vis Phoenix sortir de derrière la gemme. « Même si tu ne m’aimes toujours pas, au moins tu ne me jettes pas dans les bras d’un autre. »

« Phoenix ! » m’exclamai-je d’un air ahuri.

« Il ne t’aime pas, tu ne comprends donc pas !? » Fan courut dans sa direction et attrapa les épaules de Phoenix. Elle était choquée de sa réaction, mais son expression se transforma instantanément pour exprimer de la douleur.

« Lâche-la ! » Je me précipitai vers Fan et le poussai sur le côté.

Baissant la tête de honte, Phoenix parla d’une voix timorée : « Je suis désolée, Prince. Quand Fan a dit que tu me considérais comme un fardeau et m’a garanti que, à l’instant où il te le demanderait, tu te déchargerais de moi sans condition, je… je n’ai pas pu résister, je devais savoir si c’était vraiment ce que tu ferais. Donc, donc… »

Secouant la tête, je répondis : « C’est bon, c’était de ma faute. Je n’aurais pas dû te dire ça. »

« Prince ! » Fan se redressa. L’apparence de gentillesse et de sentiments profonds qu’il arborait initialement s’était muée en de la férocité.

Sans attendre qu’il eût ajouté quoi que ce soit, je lui dis : « Tu me déçois, Fan. »

En entendant mes mots, Fan resta à sa place, surpris.

En serrant les dents, je lui demandai de la voix la plus froide que je puisse produire : « En fait, j’avais espéré que tu mènerais les troupes à mon encontre. Pourtant, à la fin, tu continues d’utiliser Phoenix contre moi ? » Pendant combien de temps ce gars compte-t-il encore se servir des sentiments de Phoenix ? Est-ce que laisser partir une fille est vraiment si difficile ?

« Tu es un homme mort ! Cette fois, je ne vais définitivement pas te laisser en paix. » Soulevant mon Dao Noir, menaçant, j’avançai vers Fan, un pas après l’autre.

« Attends, Prince ! » La voix de Zui résonna soudainement derrière moi. Je me retournai pour voir son expression qui était encore plus glaciale que la mienne. Aucune émotion ne se reflétait dans ses prunelles. « Va détruire le joyau, Prince. C’est ton devoir. Quant à Fan, Je lui réglerai son compte. »

« Je comprends », acquiesçai-je.

Je décidai de ne pas porter attention à leur combat. Si tout ce dont se soucie Fan est de calculer l’utilité d’une femme, alors l’issue du combat est évidente. Dans ce cas, pour quelle raison est-ce que je devrais gaspiller mon temps à le regarder ?

Brandissant mon Dao Noir, je fis face à la gemme. À l’instant où je m’apprêtais à taper dessus sans vergogne, un sort frappa cette dernière. Je me retournai pour constater que le sort provenait de Phoenix. Est…ce qu’elle veut prendre la cité ? Est-ce que Fan aurait quand même réussi à tromper Phoenix pour l’utiliser encore une fois ?

Alors que j’étais toujours empêtré dans mes pensées, elle sourit et me suggéra : « Laisse-moi t’aider à te débarrasser de la majeur partie des points de vie de la gemme. Ne t’inquiète pas, je te laisserai définitivement le dernier coup, Prince. Je n’ai pas envie de finir avec une cité sur le bras. »

« Le dernier coup ? Je pensais que je devais tout faire par moi-même ? » demandai-je, consterné.

Surprise, elle répliqua : « Bien sûr que non ! Si c’était le cas, ça prendrait énormément de temps ! C’est bon tant que tu portes le coup décisif. »

Des veines commencèrent à saillir sur mon visage. Je n’avais pas oublié que, la dernière fois, alors que je frappais désespérément la gemme de la cité, deux personnes se la coulaient douce en prenant le thé !

Avec une toux, Wicked déclara : « À ce propos, nous ne l’avons appris qu’après avoir conquis la Cité de la Lune. »

« Bon, eh bien, viens nous aider ! » Je lançai des regards furieux à l’une des deux personnes qui avait siroté son thé la dernière fois.

Après que j’eus détruit la gemme, tout se retrouva à nouveau recouvert de poussière et de poudre. Mais, cette fois, ayant retenu sa leçon des expériences précédentes, Wicked était déjà allé se cacher, en nous abandonnant derrière, Phoenix et moi.

« Le Continent Central est enfin unifié ! » Je me sentis soudainement soulagé, et je souris du plus profond de mon cœur.

Notes de bas de page

1 « Hé ho, hé ho, on tire le radis » : Un rythme célèbre pour encourager tout le monde à travailler de concert afin de sortir un radis géant du sol. Essentiellement, les paroles sont : hé ho, hé ho, on tire le radis ; hé ho, hé ho, on ne peut le sortir ; hé ho hé ho, petite mamie, viens vite et aide-nous à tirer le radis… (répété avec différentes personnes qui aident à chaque fois, de la mamie à la sœur/frère jusqu’au chat/chien.)

2 « Je… méchant ! » : une citation célèbre tirée du manga « Sailor Moon », régulièrement répétée par Sailor Moon lorsqu’elle se bat.

Romance RPG : Partie 24

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Romance RPG

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Part Twenty-four – traduit du chinois vers l’anglais par Nabs[PR!]
Partie Vingt-quatre – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ travail de vérification par Nocta

L’Épée-Fantôme était malheureux, et ce fait se reflétait également dans la version de Lin Jian Yin dans la vie réelle. Au cours des derniers jours, il avait jeté et brisé un nombre incalculable de micros pour toutes sortes de raisons ahurissantes : le son était inexact, il avait le sentiment que quelque chose clochait en le tenant, leur odeur était répugnante… Malheureusement, son agente était occupée à organiser ses emplois, et il n’avait aucune idée où elle avait bien pu disparaître. Ce fait lui fit jeter des micros encore plus fréquemment.

À l’heure actuelle, Lin Jian Yin était assis dans une salle de repos après avoir tout juste terminé de semer la pagaille, et personne n’osait venir à l’intérieur pour chercher leur propre mort. Cependant, quelques personnes attendaient à l’extérieur en stand-by. Si Lin Jian Yin voulait voir quelqu’un et ne trouvait personne autour, dans ce cas leur mort serait encore plus douloureuse.

Lorsque les pauvres travailleurs martyrisés qui attendaient à l’extérieur virent Ye Meng Ling marcher dans leur direction, ils affichèrent immédiatement des expressions de profonde gratitude ; presque tout le monde dans l’entreprise était conscient du fait que Ye Meng Ling était la seule personne capable de réprimer la colère de Lin Jian Yin et que, jusqu’à présent, c’était aussi la meilleure agente qu’il ait eue.

Ye Ming Ling força un sourire à apparaître sur ses lèvres et fit un signe aux gens qui attendaient à l’extérieur, ce qui leur indiquait qu’ils pouvaient partir. Ils rayonnèrent avec des expressions de reconnaissance. Alors qu’ils prenaient rapidement la poudre d’escampette, ils lancèrent également des regards de sympathie à Ye Meng Ling.

Lorsque Ye Meng Ling les aperçut en train de s’enfuir avec une telle rapidité qu’ils semblaient décoller comme une fusée, elle ne put s’empêcher de se gratter le visage et de demander : « Est-il vraiment si effrayant ? »

Juste à ce moment-là, comme pour lui répondre, le bruit de quelque chose qui se brisait retentit à l’intérieur de la salle de repos. C’était comme si un truc lourd avait été renversé à coups de pied. Toutefois, Ye Ling Meng fut légèrement surprise, mais ne recula pas. Elle savait déjà que Lin Jian Yin ne lui ferait aucun mal. Tout au plus, il jetterait et casserait des choses. Mais, même s’il endommageait certains objets, l’agence ne dirait rien. En fait, le patron était même heureux que, en ce moment, le taux de destruction de Lin Jian Yin ait baissé de 50 %.

Ye Meng Ling avait à peine réfléchi à ça pendant quelques secondes, quand le bruit de verre brisé se fit entendre depuis l’intérieur de la salle de repos. Elle ouvrit la porte sur-le-champ afin d’empêcher le pourcentage de dommage de ce mois-ci de trop augmenter, ce qui aurait pour conséquence d’attirer l’attention du patron sur elle.

« Bonjour. »

Ye Meng Ling passa la tête dans la salle de repos et, tout en fermant complètement les yeux sur la destruction de la pièce, regarda Lin Jian Yin qui était assis sur le canapé en bouillonnant de colère. Elle traversa la pièce avec précaution et se dirigea vers lui, mais il détourna délibérément la tête.

Ye Meng Ling lui montra un petit sourire timide et sortit une boîte. « C’est pour toi. »

Lin Jian Yin renifla avec dédain, mais ne put se retenir d’y jeter un regard du coin de l’œil. Il s’agissait d’une boîte rectangulaire en bois noir. Lin Jian Yin essaya secrètement de deviner ce qu’elle pouvait contenir au vu de sa forme, mais il y avait trop de possibilités, et donc sa curiosité l’emporta finalement sur son mécontentement. Il saisit la boîte et l’ouvrit, tout excité, pour découvrir qu’il y avait en fait un microphone à l’intérieur.

« Un micro ? » Lin Jian Yin fixa distraitement l’objet en même temps qu’il parlait. Ce microphone me semble un peu familier ?

« Oui. J’ai entendu dire que tu n’étais pas habitué à utiliser les micros ici, donc je suis retournée à la société et ai étudié un peu le sujet. J’ai trouvé la marque et le type particulier de microphone que tu avais l’habitude d’employer et je te l’ai acheté. À l’avenir, je vais le traîner avec moi. De cette façon, tu n’auras pas à te servir de micros auxquels tu n’es pas habitué. »

Lin Jian Yin caressa lentement le microphone. Ainsi, même si elle n’était pas présente, elle était tout de même au courant de ma situation actuelle. Le sentiment qui rendait Lin Jian Yin malheureux s’évanouit brusquement et, au lieu de ça, du fond de son cœur, ce dernier éprouva l’envie de sourire, mais se retint en répondant simplement avec un « oh ».

Ye Meng Ling sourit, avec l’intention de poursuivre la conversation sur les futurs emplois qu’elle lui cherchait.

« Attends, arrête-toi tout de suite ! » l’arrêta tout à coup Lin Jian Yin, et Ye Meng Ling attendit patiemment qu’il parle. Il feignit la nonchalance et s’enquit : « La dernière fois, pourquoi diable t’es-tu enfuie en me voyant ? »

Ye Meng Ling fut prise au dépourvu par sa question et prit un long moment avant de répondre : « E-En fait, c’est juste que tu m’as fait peur, alors j’ai sauté dans la voiture sans réfléchir. Ça n’a rien à voir avec toi. »

Comme il avait déjà soulevé la question, Lin Jian Yin abandonna tout semblant d’apparences. Ressemblant à un mari jaloux, il l’interrogea : « Dans ce cas, qu’est-ce qui t’a pris d’entrer dans la voiture de ton ex-petit ami ? As-tu oublié à quel point il s’est montré impoli devant toi la dernière fois au supermarché ? »

Ye Meng Ling ne remarqua pas que, étant son agente, elle n’était effectivement pas obligée de lui expliquer ses affaires privées. Cependant, après avoir entendu la question de Lin Jian Yin, elle répliqua rapidement : « Non, non, c’est parce que sa mère m’adore, et elle ne sait pas que nous avons rompu. Sa mère était très malade il y a quelques temps et souhaitait me voir, alors il est venu me demander de jouer la comédie avec lui. »

« Ne traite pas aussi bien ce genre de personne à l’avenir. »

Après avoir appris la vérité, la bouche de Lin Jian Yin ne se laissa toujours pas aller, mais son état d’esprit avait déjà atteint le septième ciel, et avec cet afflux de bonheur il sentit tout son corps s’alléger au point de pouvoir flotter au loin comme une plume. Ce fut seulement après avoir fait tout son possible pour y résister qu’il fut en mesure d’empêcher ses lèvres de s’arquer vers le haut.

« D’accord. » répondit docilement Ye Meng Ling. Néanmoins, elle avait déjà découvert les efforts de Lin Jian Yin pour se retenir de sourire, alors que le coin de ses lèvres continuait de se redresser, et elle ne put s’empêcher de rire intérieurement. C’est un gars si maladroit !

Romance RPG : Partie 23

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Romance RPG

Roman d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Part Twenty-three – traduit du chinois vers l’anglais par Minna[PR!]
Partie Vingt-trois – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par Nocta

Il ne sembla pas vraiment beaucoup se soucier du prix de la robe. Quand Édouard agita négligemment la main, les deux personnes derrière lui sortirent immédiatement un portefeuille et se dirigèrent vers le commis du magasin. Quand elle comprit qu’il était réellement sur le point de payer pour elle, Meng cria haut et fort : « Attendez ! Que faîtes-vous ? »

Surpris, Édouard répondit après en avoir débattu intérieurement : « Je crois que… À mon avis, il est très impoli de laisser une demoiselle payer, alors vous ne devriez pas vous inquiéter des frais de la robe. Il suffit d’accepter ce présent à titre de compensation pour ne pas avoir été en mesure de vous accueillir comme il se doit la dernière fois. »

« Vous ne pouvez pas faire ça ! » refusa rapidement Meng.

« Meng ? » L’Épée-Fantôme n’aurait jamais imaginé que Meng saboterait la manigance qu’il avait orchestrée avec soin. La robe était déjà à portée de main en plus.

Mais, Meng était très déterminée. « C’est ma toute première robe, donc je veux l’acheter moi-même. Je ne veux pas que ce soit une sorte de petite compensation. »

L’Épée-Fantôme fut pris au dépourvu. « Mais, nous ne disposons pas d’assez d’argent. »

« Nous allons revenir ici demain matin et demander au patron de me laisser travailler ici, afin que je puisse compenser l’argent. Je veux le gagner moi-même. » Meng semblait être très décidée et ne laissait aucune place à la discussion.

L’Épée-Fantôme, qui était habitué au manque d’opinion de Meng, était sérieusement surpris par sa détermination cette fois. Qui aurait songé que Meng serait si persistante pour ce genre de chose, tout ça parce qu’il s’agirait de sa toute première robe, et qu’elle voudrait l’acheter elle-même ? Toutefois, l’Épée-Fantôme se sentait incapable de la réprimander. Bien au contraire, il appréciait cette façon de penser.

« Vraiment ? » Que quelqu’un refusât ses cadeaux semblait également être une première pour Édouard. Ça ne le dérangeait pas. À l’inverse, c’était une nouveauté pour lui.

Meng acquiesça.

Édouard afficha un sourire éclatant. « Sur cette note, je vous souhaite de passer un agréable moment au travail. Je reviendrai quelques autres fois. J’espère vous rencontrer ici à nouveau. »

En apercevant le sourire radieux d’Édouard, Meng avait depuis longtemps gelé sur place et ne put que hocher la tête lentement. En même temps, elle pensa pour elle-même, Si seulement une certaine personne me souriait comme ça…

Le vendeur déclara de façon exagérée : « Si même Votre Altesse le dit, d’accord, d’accord, vous pouvez travailler ici afin de payer la robe. Je suis sûr que même le patron n’oserait pas aller contre la volonté du prince. »

Quand elle entendit qu’elle avait été embauchée, Meng fut tellement heureuse qu’elle jeta l’Épée-Fantôme dans les airs et s’écria joyeusement : « C’est génial ! »

« Hé, hé, hé, toi, la femme laide, que crois-tu que je sois ? Je suis une épée ! Fais attention, ou tu vas te couper la main ! » cria l’Épée-Fantôme avec inquiétude. Dans son cœur, cependant, il était heureux pour Meng.

Après l’avertissement, les yeux de Meng s’élargirent, et elle regarda l’épée tomber. Elle ne l’attrapa pas, mais poussa un cri perçant et l’esquiva, laissant l’Épée-Fantôme aller s’écraser sur le sol. Un bruit métallique retentit dans la salle. Comme il glapissait de douleur, il lâcha, les dents serrées : « Espèce d’empotée ! »

Meng le ramassa rapidement et lui présenta ses excuses à l’infini, mais l’Épée-Fantôme était si en colère qu’il ne voulait pas lui pardonner.

À côté, Édouard souriait joyeusement.

 

 

Le visage solennel, Meng tint l’épée, tandis que deux hommes se tenaient à côté d’elle en arborant la même expression sérieuse. Leur attention était focalisée sur la même chose. Meng inspira profondément et, après avoir rassemblé toute son attention, l’épée dans sa main glissa en une ligne droite et précise. Un long bruit de déchirure put être entendu, et des expressions heureuses apparurent sur le visage des deux hommes à ses côtés.

Des gouttes de sueur coulèrent le long du visage de Meng, et ensuite les hommes lui donnèrent rapidement une serviette avec laquelle elle pourrait essuyer sa sueur. Les mouvements de Meng devinrent de plus en plus rapides. Seule l’image rémanente de l’épée pouvait être aperçue, le bruit de déchirure semblait ne jamais en finir.

Enfin, elle mit lentement son épée de côté, et sa bouche s’étira en un sourire satisfait, comme les deux hommes se réunissaient pour jeter un coup d’œil.

« Excellent ! Le tissu a été coupé proprement et avec précision, même mieux que s’il avait été découpé avec mes ciseaux en or », affirma le patron avec des éloges incessants.

Le vendeur renchérit avec ses compliments lui aussi. « Incroyable. Vous coupez exactement le long des lignes dessinées par le patron. Même si je fais cela depuis de nombreuses années, je ne pourrais pas forcément m’y prendre mieux que vous. »

Meng baissa la tête, gênée par les nombreux compliments. L’Épée-Fantôme ouvrit également les yeux et s’exclama fièrement : « C’est parce que je suis très tranchant ! »

« Ah, je vois que Prince Édouard est arrivé », annonça joyeusement l’employé du magasin. En même temps, il échangea un regard complice avec le patron.

« Si tôt ? » Surprise, Meng tourna la tête, mais il n’y avait personne en vue. Se retournant, elle remarqua que le patron et le commis réprimaient leur fou rire.

« Imbécile. »

L’Épée-Fantôme ne put s’abstenir de grommeler. Il était très contrarié par le fait que Meng tournait précipitamment la tête dès que le nom d’Édouard était mentionné.

« Meng. » La voix d’Édouard retentit réellement derrière Meng cette fois.

En se retournant avec un peu de stupéfaction, Meng vit le sourire parfait d’Édouard juste sous ses yeux. Elle demanda, stupéfaite : « Pourquoi êtes-vous là si tôt aujourd’hui ? »

Le sourire d’Édouard devint encore plus radieux. « J’ai terminé mon travail plus tôt que d’habitude, parce que je voulais venir ici le plus vite possible. »

« Oh. » Meng baissa la tête avec timidité et continua de découper son tissu, mais elle ne remarqua pas qu’elle était en train de couper celui-ci en lambeaux.

Édouard se pencha également sur la pile de tissus avec un sourire joyeux. De plus, lorsque l’objet ne put plus être coupé en d’autres morceaux, il en saisit un autre et le déposa devant elle, de sorte que Meng pourrait continuer de déchirer le tissu en lambeaux, sans prêter attention à ce qu’elle était en train de faire.

« Aïe. » Un moment d’inattention fit qu’elle oublia de protéger les yeux et la bouche de l’Épée-Fantôme. Il cogna directement contre la surface de la table. Cependant, Meng ne remarqua évidemment pas le gémissement de celui-ci.

« Vous devez venir au bal », Édouard ne put s’empêcher de rappeler à Meng.

« D’accord… »

Même si Meng devenait de plus en plus timide avec la tête baissée, l’Épée-Fantôme, qu’elle tenait toujours à la main, pouvait tout voir très clairement. En fait, il devrait être heureux que Meng eût capté l’attention du prince — c’était pratiquement un miracle — et, pourtant, il était assurément malheureux. Que Meng fût dans la lune le rendait malheureux. Son visage rougissant le rendait malheureux. Chaque mot employé par Meng pour répondre à Édouard le rendait malheureux !

Mise à jour : Septembre 2017

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Chapitres de Sepembre
  1. Romance RPG : Partie 23
  2. Romance RPG : Partie 24
  3. Prince T5C6 : Le Suzerain Sanguinaire
  4. La Légende du Chevalier du Soleil Invincible Partie 3 : Le Chevalier du Soleil – Néo du Soleil
  5. Échange Magique Chapitre 2 : La Mélancolie de la Jalousie

Nous aimerions nous excuser du retard que nous avons pris dans la révision. Même si les chapitres ne sont pas publiés de sitôt, s’ils sont affichés dans les mises à jour, ça veut dire que nous nous engageons à les faire paraître avant janvier.

Bonne rentrée à tous !

La Légende du Chevalier du Soleil T4C6 : Vaincs Tes Ennemis En Chemin

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 – Tuer un Dragon

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


Chapter 6 : Defeat Enemies Along the Way – traduit du chinois vers l’anglais par Azakura[PR!]
Chapitre 6 : Vaincs Tes Ennemis En Chemin – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Après avoir lancé le sort des Ailes de Dieu sur moi, je m’obligeai à courir à toute allure pendant une demi-heure pour rejoindre le reste de l’équipe.

Je pensais qu’ils seraient plus loin, mais ils étaient en fait étonnamment proches… En y repensant, je faillis être saisi de sueurs froides. Si j’étais resté une seconde de plus à discuter avec Ecilan, ils m’auraient peut-être déjà rattrapé.

Cependant, tandis que je m’approchais d’eux, je réalisai qu’ils étaient en train de faire une pause. Le feu de camp avait l’air d’être allumé depuis un bon moment déjà.

S’ils sont parvenus à se rapprocher autant de moi, pourquoi n’ont-ils pas continué leur poursuite ?

Bien que mon cœur fût rempli de soupçons, je lançai le sort Bouclier de Lumière sur moi, puis j’essayai de rester vigilant afin d’être prêt à m’enfuir à tout instant.

Contrairement à ce à quoi je m’attendais, personne ne ressemblait aux « gracieux, magnifiques et formidables chevaliers sacrés » dont Sybil ne cessait de faire les louanges. À la place, ils étaient tous allongés sur le sol de façon désordonnée, appuyés sur des branches, dormant directement dans la poussière, ou utilisant simplement les jambes de leur compagnon comme oreiller. D’après leur posture, j’imagine que tout le monde serait capable de deviner… qu’ils sont extrêmement fatigués.

Tous les chevaliers sacrés se ressemblaient : ils étaient sales, fatigués, et dormaient comme des loirs. Je n’arrivais même pas à distinguer lequel d’entre eux était le Chevalier de Flamme !

En plus, ils n’ont même pas assigné de chevalier sacré pour monter la garde durant la nuit !

Seules Yuna et Sybil étaient encore éveillées. Elles étaient toutes les deux assises au milieu des chevaliers sacrés qui étaient étendus sur le sol comme un tas de feuilles mortes Elles paraissent un peu fatiguées, mais si on les comparait aux chevaliers à leurs côtés, elles semblaient bien plus énergiques.

Cependant, même si elles semblent énergiques, il est impossible que les chevaliers sacrés aient confié la tâche de monter la garde à deux étrangères pendant qu’eux dorment, n’est-pas ?

La scène sous mes yeux me laissait complètement sans voix. Si je n’avais pas craint pour la vie de Sybil et de Yuna, je me serais contenté de rassembler une grande quantité de l’élément de la foudre pour la faire tomber sur eux. Même « un dieu marchant parmi les vivants » serait réexpédié au paradis après une telle attaque.

Après avoir avancé de quelques pas, je fus assailli par une forte odeur de sueur. C’était terriblement malodorant et aigre, très semblable à l’odeur de la nourriture en décomposition. C’est un mystère que Sybil et Yuna puissent quand même rester assises au beau milieu de ces chevaliers puants sans tourner de l’œil.

À cet instant-là, Sybil me remarqua. Elle arborait un air perplexe et incertain, quand elle tourna la tête vers moi, ne semblant pas sûre de savoir si elle devait sonner l’alarme ou non. En dépit de sa réaction, pas une seule personne parmi les chevaliers sacrés ne se rendit compte de la situation. Qui plus est, aucun d’entre eux ne bougea d’un pouce.

Alors que je sortais du couvert des arbres, les yeux de Sybil s’agrandirent. Je lui fis rapidement signe avec ma main pour lui dire de garder le silence, et je dispersai même l’élément sacré qui camouflait mon visage. Toutefois, elle continuait de me regarder avec les sourcils froncés, comme si elle ne m’avait pas reconnu. Mais, pourquoi ? J’ai clairement déjà dispersé l’élément qui couvrait mon visage…

Soudainement, je me rappelai qu’Ecilan avait lourdement insisté pour que j’enfile un masque qui recouvrirait l’intégralité de mon visage. Ne me dîtes pas que…

Je retirai mon masque.

Les yeux de Sybil s’agrandirent de nouveau, et elle laissa échapper un soupir de soulagement. Elle tira sur la manche de Yuna qui était assise à côté d’elle, lui faisant signe de regarder dans ma direction. Yuna détourna son regard du feu. Une fois qu’elle me fit face, elle manqua de laisser échapper un cri, et porta même les mains à sa bouche pour étouffer le son.

Je ne peux pas m’empêcher de remarquer que, quand les gens me regardent, ils tournent toujours leur visage vers moi… Non, c’est faux ! Ils se servent de leurs « yeux » pour me regarder avant d’être capables de me remarquer.

Pourquoi est-ce différent de ce que je fais ? Je n’ai pas besoin de faire face à quoi que ce soit, ou même d’utiliser mes yeux, pour pouvoir voir tout ce qui m’entoure.

C’est pour cette raison qu’Ecilan a dit que j’étais aveugle… Je ne pus m’empêcher de toucher mes yeux. C’est étrange. J’arrive pourtant à « voir » les objets. C’est juste que la méthode que j’emploie est différente de celle des autres.

Elle est différente de celle des autres… Dans ce cas, qui suis-je exactement ?

J’hésitai, mais je remis quand même le masque. Dans tous les cas, je me sens soulagé quand personne ne peut voir mon visage.

« Grisia. »

Sybil courut vers moi et parla à voix basse : « Pourquoi es-tu venu ici ? »

« La vitesse à laquelle ils avancent est trop rapide. Ils m’ont presque rattrapé. Pourquoi ne les avez-vous pas retardés ? » la questionnai-je en retour au même volume.

Sybil leva les yeux au ciel et continua de parler doucement : « Tu n’as pas idée d’à quel point le Chevalier de Flamme s’est montré féroce envers nous. Quand nous parlions trop, il nous engueulait en criant qu’il allait nous abandonner, Yuna et moi, sur le bord de la route, mais nous l’avons supplié avec persistance pour qu’il ne nous laisse pas là. Même l’excuse qu’un nécromancien en avait après nos vies ne nous a été d’aucune utilité… »

« Alors, il vous a abandonnées ? »

Sybil me fixa d’un regard stupéfait après avoir entendu ce que je venais de dire. Elle répondit comme si c’était l’évidence : « Bien sûr que non. »

Je reniflai avec dédain et répliquai : « S’il avait voulu vous abandonner, il l’aurait fait depuis longtemps. Pourquoi a-t-il perdu son temps à vous engueuler ? En résumé, ses paroles sont blessantes, mais en réalité il a le cœur tendre… »

« Qu’est-ce que tu en sais ? » rétorqua Sybil, mécontente. « Il aurait vraiment pu nous abandonner ! Tu n’as pas vu comment il était, quand il nous criait dessus. Il s’est montré vraiment méchant ! Il va sans dire que le Chevalier de Flamme est le plus féroce des Douze Chevaliers Sacrés. »

« Je… »

Je voulais dire que je le savais, bien sûr, mais je m’arrêtai brusquement de parler. Peut-être que je n’en suis pas si sûr ? D’abord, je ne connais pas le Chevalier de Flamme, donc c’était impossible que je sache s’il allait les abandonner ou non. Après tout, au début, il n’avait pas l’intention de les amener avec lui, n’est-ce-pas ?

« Alors, tu as finalement mordu à l’hameçon ? »

Je fus pris de cours. Au moment où j’entendis ces mots, la terre autour de moi explosa, et une personne surgit du sol. La quantité de l’élément du feu et de l’élément sacré de cette personne était bien plus grande que celle de tous les chevaliers sacrés réunis devant moi. Je n’arrive pas à croire que je ne l’ai pas remarqué… La réserve d’élément sacré chez Ecilan est anormalement élevée ; j’aurais dû me douter que Blaze, qui est également l’un des Douze Chevaliers Sacrés, posséderait une quantité phénoménale de l’élément sacré contrairement à un chevalier sacré ordinaire !

Et, alors, je me rendis compte de quelque chose d’autre. Dans la pile de chevaliers éparpillés sur le sol… il n’y a que sept personnes !

Le Chevalier de Flamme leva son épée géante et la porta à mon cou, pourtant je l’ignorai complètement pour confronter Sybil et Yuna. Essayant de toutes mes forces d’empêcher ma voix de trembler, je prétendis être calme et leur demandai : « Pourquoi m’avez-vous piégé ? »

Elles me fixèrent du regard et se mirent à bégayer tellement qu’elles ne parvinrent pas à former ne serait-ce qu’une demi-phrase cohérente.

Il était impossible qu’elles n’eussent pas remarqué l’absence du Chevalier de Flamme dans la pile de chevaliers par terre… Et, pourtant, elles n’avaient pas pris la peine de me mettre en garde ! Elles avaient même joué le jeu avec lui !

Tout à coup, le Chevalier de Flamme éclata de rire et déclara : « Excellent, excellent ! C’est la première fois que quelqu’un ose complètement m’ignorer ! Pour exprimer mon respect envers toi, je m’assurerai que ton voyage en enfer soit sans douleur. »

En entendant cela, je reportai mon attention sur le Chevalier de Flamme et lui répondis avec indifférence : « Fais comme il te plaira, à condition que cela ne te dérange pas que les sept chevaliers sacrés par terre m’accompagnent dans la mort. »

Le Chevalier de Flamme fut frappé de stupeur en entendant mes paroles. Puis, il s’empressa de hurler en réponse : « Que veux-tu dire ? »

« Même s’ils prétendent être endormis, la fatigue qu’ils ressentent est réelle. » Je ris froidement et poursuivis : « Ils sont si épuisés qu’ils n’ont eu conscience de ma présence qu’une fois emprisonnés par mes chaînes des ténèbres, après que j’aie eu positionné des os sous terre pour leur percer le cœur ! »

Le Chevalier de Flamme se retourna vivement pour vérifier. Chacun de ses chevaliers sacrés était en train de se débattre, et pourtant ils semblaient incapables de bouger ou de se lever.

Néanmoins, pas même une once d’inquiétude transparut dans son expression. À la place, avec le visage teinté de rage, il rugit en s’adressant à ses propres chevaliers : « Dépêchez-vous de vous libérer de ces choses ! Qu’est-ce que vous attendez ? Vraiment, vous faire prendre en otage… n’avez-vous donc pas honte ?! »

Un des chevaliers cria en retour : « N-nous avons essayé, mais nous n’arrivons pas à nous libérer, Capitaine ! »

En entendant cette réponse, le Chevalier de Flamme resta sans voix. À cet instant-là, je m’enquis lentement : « Alors, Chikus. Que dirais-tu de me laisser partir maintenant ? »

Il tourna immédiatement la tête pour me faire face, m’interrogeant avec incrédulité : « Comment m’as-tu appelé ? »

« Chaînes des Ténèbres ! »

Je rugis ces mots. Des chaînes noires densément compactées émergèrent rapidement autour du Chevalier de Flamme. Elles se rétrécirent vite, formant le second cocon humain après celui que j’avais confectionné pour Ecilan.

Cependant, le Chevalier de Flamme garda son calme et sa contenance, comme s’il n’était pas prisonnier d’un cocon géant fait de chaînes. Il se contenta de renifler avec dédain et de me railler : « Utiliser la magie des ténèbres pour affronter l’un des Douze Chevaliers Sacrés ? Tu pourrais aussi bien te servir d’une torche pour essayer de faire évaporer l’eau d’une rivière ! »

« Décharge Électrique ! » criai-je, comme j’exécutais l’unique magie de la foudre que la licorne m’avait appris. L’éclair suivit les chaînes des ténèbres et encercla le Chevalier de Flamme.

« … Ahhhh ! »

Un puissant et mortel courant électrique parcourut les chaînes, mais le Chevalier de Flamme poussa seulement un grognement étouffé avant d’émettre ensuite de la lumière sacrée dans une tentative pour faire fondre l’élément des ténèbres dont étaient faites chaînes. Toutefois, alors qu’il essayait de les faire fondre, je le ligotai rapidement avec de nouvelles chaînes et le récompensai gracieusement d’une nouvelle décharge électrique… Après quelques tentatives, il ouvrit la bouche pour parler. J’éprouvai alors l’envie d’approuver la phrase « un dieu marchant parmi les vivants » pour le décrire. Cet homme ressemblait à tout sauf  à un être humain ordinaire.

D’un ton empli de doutes, il me questionna : « Pour posséder un élément des ténèbres aussi puissant… Mais, qui es-tu donc ? »

Je ne pus m’empêcher de me sentir affecté par sa question. Je suis celui qui, plus que quiconque, veut connaître la réponse à cette question !

Toutefois, je cachai mon anxiété et demandai en retour : « Ecilan a dit que je suis le Chevalier du Soleil. Qu’en penses-tu ? »

Le Chevalier de Flamme provoqua une violente explosion de lumière sacrée. D’un seul coup, l’élément des ténèbres que j’avais rassemblé fut complètement dispersé. Par chance, les chaînes qui entouraient les autres chevaliers ne furent pas touchées. J’avais toujours des otages sous la main pour le menacer.

« Pfff ! » Il répondit d’un ton glacial : « As-tu l’intention de continuer à raconter des mensonges pour distraire mon attention ? Tu essayes de me duper, hein ? »

Ayant dit ce qu’il voulait, il se précipita brusquement vers moi. Je le fixai avec un regard vide, pendant un instant, avant d’être capable de réagir. Lorsque je me servis des otages pour le menacer, il interrompit son élan, mais il était déjà à moins d’un mètre de moi.

Surpris, je m’exclamai précipitamment : « Attends une seconde, et ne sois pas aussi brusque ! Ne me dis pas que tu ne te préoccupes pas des chevaliers sacrés… »

« Si tu en as les tripes, alors vas-y, tue-les ! »

Tout en rugissant ces mots, il tendit sa main, m’agrippant puissamment par le col, et attira mon visage à moins de dix centimètres du sien. Il ajouta férocement : « Je ne sais pas comment tu as réussi à soumettre Ice, mais il a dû tomber dans un piège sournois ! Si tu penses que je vais combattre honorablement comme le fait Ice, que je vais te donner l’opportunité d’utiliser tes coups bas, tu te trompes complètement ! Tant que je peux te tabasser jusqu’à te réduire en bouillie, merde, je me fous du reste ! Tu es un tel obstacle ! »

Un obstacle ? Je restai perplexe un instant avant de répliquer : « Oh, c’est vrai. N’es-tu pas à la recherche du Chevalier du Soleil ? Mais, tu vois, Ecilan a vraiment dit que c’était moi… »

« La ferme ! » Le Chevalier de Flammes eût l’air d’utiliser toute la puissance de ses cordes vocales pour rugir : « C’est impossible que tu sois Sun ! C’est définitivement impossible ! »

Définitivement impossible ? Je vois, c’est donc ainsi… Je demandai avec une voix dénuée d’émotion : « Ok, donc si c’est définitivement impossible que je sois le Chevalier du Soleil, dans ce cas ça veut dire qu’Ecilan me ment ? »

Le Chevalier de Flamme hurla avec rage : « Tu n’es pas autorisé à bafouer le nom de Sun plus longtemps ! Sun n’est absolument pas un tas de merde comme toi ! Jamais de sa vie il ne blesserait un autre chevalier sacré ! Jamais ! »

Après s’être époumoné, il leva sa longue épée géante et l’abattit sur moi. Une chaîne des ténèbres s’enroula immédiatement autour de sa main, l’empêchant d’achever son geste. Mais, avec juste une illumination de lumière sacrée, la chaîne se dissipa à nouveau. Même ainsi, ce court délai me laissa suffisamment de temps pour m’échapper de son emprise.

Je reculai de plusieurs pas, encore et encore, avant de m’exclamer : « Prison d’Os ! »

Telle une vision d’horreur, des os blancs surgirent du sol, s’accumulant couche par couche pour former des murs blancs faits d’ossements. Cependant, le Chevalier de Flamme n’eut même pas l’air d’y prêter la moindre attention. D’un geste de son épée, les os furent coupés aussi facilement que du papier.

Prison d’Os ! Je renforçai immédiatement les murs d’os avec de nouvelles couches.

« Ne bouge pas ! N’approche pas ! » l’avertis-je d’une voix menaçante. « À moins que tu ne veuilles voir tes chevaliers sacrés mourir sous tes yeux ! »

Je resserrai les chaînes autour des sept chevaliers sacrés, mais ils ne laissèrent échapper qu’un unique cri avant de ne plus émettre le moindre son. Toutefois, un seul cri fut suffisant. Comme je m’y attendais, le Chevalier de Flamme arrêta ses tentatives pour m’attaquer. Son expression laissait suggérer qu’il était sur le point d’exploser, mais il ne continua pas son assaut.

Même si ce chevalier n’arrête pas de me mettre au défi de les tuer, il n’y a vraiment que sa langue qui soit aiguisée, car il a le cœur tendre. Après avoir entendu le gémissement de ses chevaliers sacrés… Non ! Ce n’était même pas un gémissement. C’était juste un cri étouffé, mais ça a été suffisant pour l’arrêter. À présent, il n’ose plus lever la main sur moi.

Puisque je ne suis pas le Chevalier du Soleil, si je blesse les chevaliers sacrés, et même si je tue le Chevalier de Flamme, c’est sans importance, n’est-ce pas ?

Me sentant d’humeur insolente, j’ordonnai au Chevalier des Flammes : « Toi, poignarde-toi avec ton épée ! »

Quand le Chevalier de Flamme m’entendit, ses yeux devinrent si grands qu’on aurait dit qu’ils allaient se fendre en deux.

Yuna poussa un cri perçant : « Grisia, ne fais pas ça ! Ils veulent juste récupérer le Chevalier de Glace ! »

« Alors, tu crois vraiment ce qu’il dit ? » Je lui répondis avec cynisme et ridicule. Au même instant, afin de ne prendre aucun risque, je fabriquai plusieurs épées en os et les suspendis toutes au-dessus des chevaliers sacrés.

« Arrête ! »

Le Chevalier de Flamme leva son Épée Divine de Flamme une nouvelle fois, mais son geste et son cri disparurent simultanément tous les deux lorsque je posai une épée d’os au-dessus de la gorge d’un des chevaliers sacrés.

Bien qu’il baissât sa lame, sa voix tremblait de rage, lorsqu’il grogna : « Personne n’a le droit de poser une lame sur la gorge de mon vice-capitaine ! »

Je m’en doutais, j’ai choisi la bonne personne ! J’affichai un sourire suffisant. Depuis le début, ce chevalier sacré était celui chargé de répondre aux questions du Chevalier de Flamme. Je pouvais sentir qu’il était un peu différent du reste des chevaliers sacrés.

« Grisia, calme-toi ! » Yuna arborait un air si anxieux qu’elle semblait être au bord des larmes. Elle sanglota : « Laisse-les partir ! Le Chevalier de Flamme est l’un des Douze Chevaliers Sacrés ! Ils ne mentent jamais, et il veut vraiment juste sauver le Chevalier de Glace… »

La voix de Yuna disparut brusquement.

Aïe !

Soudain, je ressentis une violente douleur dans mon dos. Ce ne fut qu’à cet instant-là que je remarquai qu’une flèche était plantée dans mon corps ; Sybil se tenait non loin de là, son arc levé…

Le Chevalier des Flammes saisit cette opportunité pour m’attaquer. Je parvins de justesse à reculer d’un pas, mais sa gigantesque épée trancha tout de même mon épaule gauche jusqu’à ma poitrine, créant une large plaie béante.

Cela se termina avec un coup à l’estomac ; le Chevalier de Flamme me fit tomber à terre d’un coup de pied. Mon corps était étalé sur le sol, tandis que le Chevalier de Flamme pressait son genou contre mon abdomen pour me restreindre. Puis, il appuya de nouveau son Épée Divine de Flamme contre mon cou.

Mais, ce n’est absolument pas nécessaire. Si je le pouvais, je lui confirmerais que la douleur est tellement forte que je suis incapable de me lever. Rassembler l’élément des ténèbres est encore plus impossible. Hélas, j’ai si mal que je ne peux même pas ouvrir la bouche pour lui garantir tout ça.

« Grisia ! »

Sybil et Yuna accoururent. Même si Sybil était celle qui m’avait tiré dessus avec son arc un instant auparavant, elle était à présent anxieusement en train de négocier avec le Chevalier de Flamme : « Chevalier de Flamme ! Vous nous aviez promis que vous ne le tueriez pas ! »

« C’est pour ça qu’il est toujours en vie. » Il ne se retourna même pas vers elles, lorsqu’il leur répondit.

Je ris avec amertume. Et, dire que je pensais que c’était parce que j’avais reculé d’un pas que j’étais toujours en vie… Mais, apparemment non ? C’est uniquement parce que le Chevalier de Flamme se sentait d’humeur à faire preuve d’un peu de compassion ?

« Mais, mais… » Sybil bégaya avec anxiété, incapable de formuler ne serait-ce qu’une demi-phrase. Tout ce qu’elle parvint à faire fut de se tourner vers moi pour me dire : « Je suis désolée Grisia. Ne bouge pas imprudemment. Le Chevalier de Flamme ne te blessera pas. »

Oh ? À moins de me tuer, je ne crois pas qu’il puisse me blesser davantage.

Le Chevalier de Flamme s’exclama : « Il est temps pour moi de voir à quoi tu ressembles, ordure », tout en approchant sa main pour saisir mon masque.   

À ce stade, je perdis soudainement toute envie de me débattre. Je ferais aussi bien de le laisser voir mon visage. Peut-être même que je pourrais enfin savoir si je suis vraiment le Chevalier du Soleil ou non. Quel que soit le résultat, même si je ne suis pas le Chevalier du Soleil, ou même si mon visage finit sur les affiches des criminels recherchés à cause de cela, plus rien n’a d’importance.

Dis-le-moi ! Est-ce que je suis le Chevalier du Soleil, ou est-ce que je ne le suis pas ? Est-ce qu’Ecilan m’a vraiment menti ? Les yeux du Chevalier de Flamme s’agrandirent, et il poussa un cri d’exclamation.

« Tu… »

« Tu » ?

Est-ce que c’est : « “Tu” es vraiment le Chevalier du Soleil ? »

Ou est-ce : « En fin de compte, tu n’es qu’un misérable nécromancien recherché ? »

Qu’est-ce qui vient après le mot « “Tu” » ?

Je l’ignorais ; le Chevalier de Flamme était depuis longtemps hors de mon champ de vision. Je couvris mes deux yeux de mes mains, même si ce geste ne m’empêchait pas de voir…

Je criai : « Pourquoi ? Pourquoi m’as-tu enlevé pile à ce moment ? »

« Scarlet ! »

Je me redressai et me tournai pour faire face à la petite fille, pendant que je criais son nom. Par la suite, je crachai une mare de sang. Ma conscience commença subitement à s’estomper. Tandis qu’un voile de ténèbres m’enveloppait, j’entendis la voix douce d’une petite fille. Elle contenait une pointe de compassion et une pointe de pitié…

« Parce qu’ils essayent de te tromper, Grisia. Ils te mentent. »

Oh ? Donc, en plus d’Ecilan qui me ment, il y a aussi Sybil, Yuna, et même le Chevalier de Flamme ?

Dans ce cas, cela ne veut-il pas simplement dire que tout le monde me ment ?

La Légende du Chevalier du Soleil T4C5 : Abats Divers Obstacles Durant Ton Voyage

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 4 : Tuer Un Dragon

Roman d’origine en chinois par : 我 (Yu Wo)


Chapter 5: Overcome Various Obstacles of the Journey – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Chapitre 5 : Abats Divers Obstacles Durant Ton Voyage – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ travail de vérification par Yukomin

Après plusieurs jours de fuite, tout le monde était plutôt satisfait de vivre la vie de fugitifs. Même Ecilan, l’otage dont nous nous étions emparés, profitait d’une vie de plaisirs… Comment devrais-je expliquer cela ?

La toute première nuit, il jura au nom du Dieu de la Lumière qu’il ne tenterait pas de s’échapper ou de nous blesser. Il voulait que je disperse les Chaînes des Ténèbres qui entouraient son torse pour qu’il puisse… cuisiner pour nous tous !

On ne pouvait vraiment pas juger un livre à sa couverture. Même s’il était l’un des exaltés Douze Chevaliers Sacrés, ses compétences culinaires étaient même supérieures à celles de Yuna et Sybil combinées ! Une fois que nous eûmes mangé le repas qu’il nous avait préparés, le matin suivant, plus personne ne voulut manger les plats cuisinés par Yuna ou Sybil, même pas elles-mêmes.

J’ai une monture que je peux chevaucher et quelqu’un sur qui tester ma nécromancie. Même quand je suis las de tout cela, des repas délicieux m’attendent. Que pourrait-il y avoir de plus confortable au monde ?

« Est-ce que tu peux éviter de jouer avec des os tout en utilisant la lumière sacrée ? »

Ce n’était pas la première fois que Yuna protestait en disant : « C’est une violation du bon sens. Tu n’arrêtes pas de briser les principes fondamentaux de l’opposition polaire et de l’impossibilité de coexistence de l’élément sacré et l’élément des ténèbres. Tu enfreints complètement les règles. »

Je répliquai : « Tu veux dire que quand nos poursuivants nous rattraperons, je n’ai pas le droit d’utiliser la nécromancie pour les ralentir, pendant que j’emploie la lumière sacrée pour soigner Igor et les autres ? »

Après avoir entendu mon argument, les visages de tous les membres de l’équipe dont la profession requérait de se battre changèrent grandement. Ils s’empressèrent de réfuter les mots de Yuna, puis ils essayèrent de m’apaiser.

Pfff, je vais le dire à nouveau ! J’ai une monture que je peux chevaucher et quelqu’un sur qui tester ma nécromancie. Même quand je suis las de tout cela, des repas délicieux m’attendent et, même quand on me gronde parce que j’ai enfreint des règles, plein de personnes vont prendre mon parti et réprimander l’accusateur pour moi, puis ils vont même me consoler… Même si j’étais le Chevalier du Soleil, ma vie ne pourrait probablement pas être plus confortable que celle-ci !

Malheureusement, nos jours de plaisirs prirent fin après trois courtes journées.

Je bénissais souvent Woodrow avec le sort des Ailes de Dieu pour qu’il puisse partir en éclaireur. Aujourd’hui, quand il revint à notre campement et reprit sa forme humaine, il déclara solennellement : « Le Chevalier de Flamme nous a rattrapé. Je les ai vus, lui et ses chevaliers sacrés, quand j’étais sur la montagne. Ils sont une dizaine et à moins d’une journée de nous à pied. »

« Est-ce qu’ils ont des prêtres parmi eux ? » Je l’interrogeai pour avoir plus de détails.

Woodrow secoua la tête et répondit : « Non. »

« Pourquoi n’ont-ils amené aucun guérisseur ? » demandai-je, confus. « Ceux-ci ne pourraient-ils pas les aider en lançant le sort des Ailes de Dieu ? Il leur aurait été très utile pour hâter leur voyage, ne croyez-vous pas ? »

À ce moment-là, Ecilan expliqua froidement : « Un seul guérisseur n’est pas capable de lancer le sort des Ailes de Dieu sur dix personnes pendant une longue durée. Il faudrait qu’ils en amènent au moins deux avec eux, et il faudrait qu’ils aient un niveau avancé, voire supérieur. Même d’un tel niveau, ils seraient un fardeau. Ils ont une très mauvaise endurance, donc ils ne peuvent pas poursuivre leur périple sans s’arrêter, contrairement aux chevaliers sacrés. »

Je pressentis tout à coup que l’estimation de Woodrow pourrait s’avérer être fausse. Avec empressement, je demandai : « Combien de temps leur faudra-t-il pour nous rattraper ? »

« On parle du Chevalier de Flamme et de son peloton. » Étonnamment, Ecilan me répondit. « S’il a dit que ça leur prendrait un jour, dans ce cas il leur faudra cinq heures tout au plus. »

Les yeux de tous les membres du groupe s’agrandirent de surprise à ses mots.

Iacchi s’exclama : « Si vite ? Ce sont des chevaliers sacrés ou des voleurs !? »

« Pourquoi es-tu si franc ? »

Quelque chose d’autre me rendait plus soupçonneux. Même si Ecilan était un otage, il n’avait ni crié ni tenté de s’enfuir. Il avait même cuisiné pour nous, et à présent il allait jusqu’à révéler des informations sur ses alliés à ses kidnappeurs. Où diable peut-on trouver un otage aussi coopératif ? Il ferait aussi bien de rejoindre notre équipe !

« Parce qu’il n’y a aucune chance que vous puissiez vous échapper. La fois où je vous ai dit que Blaze était dans les alentours, savez-vous où il se trouvait ? » Il s’arrêta un instant avant de lentement donner la réponse : « À la Cité de l’Orée de la Forêt. »

Une fois qu’il nous eut révélé cela, tout le monde resta stupéfait. J’étais le seul qui s’enquit avec confusion : « Et donc quelle différence cela fait-il s’il se trouvait à la Cité de l’Orée de la Forêt ? »

Woodrow prit une profonde inspiration et m’apprit : « La Cité de l’Orée de la Forêt se situe à la frontière du Royaume du Son Oublié, mais c’est à une lointaine distance du Royaume de Kissinger. Pour une personne ordinaire, faire le trajet prendrait six… Non ! Il leur faudrait traverser des forêts, et ils risqueraient également de tomber sur des bandits et des bêtes sauvages. J’ai bien peur qu’une estimation correcte serait de dix jours. »

Je m’exclamai : « Pourtant, il ne leur a fallu que trois jours ? Ont-ils continué à voyager sans jamais s’arrêter pour se reposer ? Comment peut-on encore les considérer comme des humains ordinaires ? »

« Aucun d’entre nous n’est ordinaire. »

Ecilan prit soudainement la parole. Il se tourna vers moi et décréta nonchalamment : « Aucun de nous n’a jamais été normal. »

Je restai stupéfait pendant un moment. Je tournai la tête pour questionner tout le monde : « Croyez-vous ce qu’affirme Ecilan ? D’après lui, le Chevalier de Flamme nous rattrapera dans moins de cinq heures, et nous ne pourrons pas lui échapper. »

Immédiatement, Yuna répondit sévèrement : « Bien sûr. C’est un des croyants du Dieu de la Lumière, et c’est même l’un des Douze Chevaliers Sacrés qui sont à la tête de l’Église du Dieu de la Lumière. Tout le monde sait qu’ils ne mentent jamais ! »

« Il n’a nul besoin de nous mentir. Ce n’est pas comme si nous pouvions nous échapper de toute façon. »

Après que Woodrow eût lui-même affirmé cela, j’acceptai enfin ces faits. Même si j’avais perdu la mémoire, je ne croyais toujours pas qu’il existait en ce monde des personnes qui ne mentaient jamais.

« Puisque nous ne pouvons pas nous enfuir, alors nous ne pouvons que prendre l’initiative et passer à l’offensive », dis-je sereinement. « Répliquons en les attaquant à la place. »

« Tu veux affronter le Chevalier de Flamme ? » s’étonna immédiatement Igor d’une voix forte. « Serais-tu devenu fou ?! »

Les autres furent plus lents à exprimer leur surprise. Ce ne fut qu’après que le cri d’Igor les eût tirés de leur stupeur que leurs visages affichèrent une expression pleine de terreur.

J’expliquai soigneusement au groupe : « Ils ne sont que dix. Nous sommes six, et nous avons même un otage. Tant qu’on préparera des pièges, nos chances de l’emporter restent élevées… »

« Nos chances de l’emporter restent élevées ? Que dix ? » Les yeux d’Iachi s’agrandirent encore plus, tandis qu’il répliquait : « Est-ce que tu comprends seulement quel genre de personnes sont les Douze Chevaliers Sacrés ? Le Dieu de la Lumière possède Douze Chevaliers Sacrés, le Dieu de la Guerre a son Fils du Dieu de la Guerre, et la Cathédrale du Dieu de l’Ombre est représentée par l’Aigle Silencieux. Ce sont tous des personnages de légendes, et pourtant ils existent. Comparé au Dieu de la Lumière ou au Dieu de la Guerre ou que sais-je, c’est beaucoup plus facile de croire en l’existence de ces personnes… Ce sont presque des dieux vivants marchant parmi nous ! »

À ce stade, tout le monde me regardait, et ils hochaient même la tête un par un pour exprimer leur accord avec les propos d’Iacchi.

Ils sont puissants à ce point ? J’analysai de nouveau la situation, puis j’utilisai ma main pour tapoter la tête d’Ecilan. Je demandai : « Vous voulez dire que ce chevalier est un dieu vivant marchant parmi les simples mortels ? »

« … »

« Grisia, de bien des façons, toi non plus tu n’es pas un humain ordinaire ! » murmura Woodrow.

Yuna secoua la tête et soupira : « Le fait que l’élément des ténèbres et l’élément sacré coexistent en toi fait de toi une personne anormale. En plus, tu peux utiliser à la fois la magie sacrée et la nécromancie… mon dieu ! Je n’ai vraiment pas la moindre idée de qui tu peux bien être. »

Je penchai ma tête sur le côté pour réfléchir avant de dire : « Auparavant, tu as mentionné le fait que mes compagnons étaient un chevalier sacré et un elfe noir. Je me demande si c’est lié ? Peut-être qu’ils n’étaient pas mes compagnons, mais plutôt mes maîtres ? »

Quand tout le monde entendit cela, ils affichèrent subitement une expression de compréhension.

Alors que je voulais poursuivre et parler de Scarlet à tout le monde, Ecilan prit tout à coup la parole : « Si vous ne vous dépêchez pas de mettre en place vos pièges, j’ai bien peur que vous n’y arriviez pas à temps. Les pièges doivent être absolument parfaits, autrement ils ne pourront pas fonctionner sur le Chevalier de Flamme et son peloton. »

Écoutez-moi celui-là ! Mais, que lui prend-il ? Je me demande vraiment s’il n’éprouverait secrètement pas une rancœur contre le Chevalier de Flamme ! Attendez, les flammes et… la glace ? Peut-être que leur relation est vraiment mauvaise, comme dans le dicton. Maintenant que j’y pense, peut-être qu’Ecilan veut que quelqu’un fasse le sale travail à sa place1 ?

« Je ne le tuerai pas, mais ce n’est pas un problème si tu veux que je t’aide à lui causer quelques problèmes ! »

Après avoir compris la situation, je lui tapotai la tête et annonçai avec amabilité : « N’en dis pas plus. Tu as été si coopératif, en allant jusqu’à cuisiner pour nous, et même maintenant tu nous donnes autant d’informations. Te rendre un petit service va de soi. »

En entendant ceci, Ecilan me lança un regard vide.

Je m’en doutais, Il est probablement gêné que j’aie deviné ses pensées ?

« Très bien, venez-ici et écoutez mes instructions pour mettre en place les pièges… »

Iacchi protesta immédiatement : « Hé, tu sais vraiment comment poser des pièges ? Tu ne serais pas en train de voler le travail des voleurs ? »

« Il m’a déjà supplanté, alors pourquoi devrait-il se retenir pour toi ? » rétorqua froidement Yuna.

« Dieu soit loué, je ne suis pas menacé », se réjouit Igor. « Non seulement Grisia ne sait pas manier l’épée, mais en plus il n’arrive même pas à en tenir une correctement. »

Je roulai des yeux et rétorquai : « Je suis un guérisseur… et pour le peu qu’on en sait, je suis aussi un nécromancien. Ce n’est pas comme si ma profession requérait que j’utilise une épée ! »

Après que j’eus dit cela, je découvris qu’Ecilan me fixait avec de grands yeux.

Je baissai la tête pour lui grommeler avec mauvaise humeur : « Qu’est-ce que tu regardes ! Je ne suis pas un chevalier comme toi, donc ce ne devrait pas être si étrange que je ne sache pas manier l’épée ! »

Ecilan cessa de me fixer après avoir entendu ma réponse, mais son expression resta un peu étrange…

Taré va !

Je me cachai au sommet d’une petite colline avec la licorne à mes côtés. Ecilan était toujours sur le dos de la licorne. La seule différence était que, pendant la journée, il était simplement emballé, puis « placé » sur son dos, mais à présent il y était complètement ligoté.

De cette façon, même si le Chevalier de Flamme parvenait à tous nous soumettre, la licorne pourrait toujours s’enfuir avec lui. Je pense que le Chevalier de Flamme ne nous tuera pas avant d’avoir trouvé Ecilan, donc cette action était notre dernier recours, une garantie que, même si notre opération échouait et que tout le monde se faisait capturer, nous pourrions toujours avoir la vie sauve.

Par la suite, je laissai le paysage dans ma tête devenir encore plus grand, s’étendre de plus en plus tel un éventail… De cette manière, je découvris bientôt le Chevalier de Flamme.

L’élément du feu et la lumière sacrée du Chevalier de Flamme étaient si abondants que c’en était effrayant. Il aurait été difficile de le manquer. Toutefois, je découvris également que les estimations de Woodrow étaient fausses. Le nombre de nos adversaires ne s’élevait pas à dix personnes. Il n’y en avait que huit.

« Grisia, Grisia ! »

« Quoi ? » Mon attention était toujours focalisée sur le Chevalier de Flamme, donc je répondis à Ecilan sans vraiment l’écouter, mais soudain ma curiosité s’éveilla : « Oh, au fait, quel est le nom du Chevalier de Flamme ? »

Ecilan se tut pendant un instant avant de me réprimander à voix basse : « As-tu vraiment oublié ? Le nom de Blaze est Chikus, et son nom complet est Chikus Blaze, alors que ton nom complet est Grisia Sun ! »

Stupéfait, je détournai immédiatement mon attention du Chevalier de Flamme pour regarder Ecilan. Je lui demandai, confus : « Quelles absurdités me racontes-tu là ? Que veux-tu dire par là ? »

Ecilan employa un ton furieux que je ne l’avais encore jamais entendu utiliser pour rugir : « Grisia Sun ! Tu es le Chevalier du Soleil de l’Église du Dieu de la Lumière. Tu es le chef des Douze Chevaliers Sacrés ! »

Je suis le Chevalier du Soleil ? Je suis le chef des Douze Chevaliers Sacrés ?

Je me tus pendant un long moment avant de sourire et de secouer la tête. « J’ai failli me faire avoir. Tu dois avoir inventé ces inepties pour m’empêcher de blesser ton compagnon, Blaze ! »

« Je ne t’ai pas menti ! »

Ecilan s’empressa d’ajouter : « Depuis le jour où tu as disparu, Judgment a envoyé huit groupes de personnes à ta recherche. Earth et Stone se sont rendus au Royaume de l’Orchidée Lunaire, tandis que Blaze et moi sommes venus à Kissinger. Les autres te cherchent partout à l’intérieur du royaume. »

« C’est absurde ! » protestai-je.

Mais, Ecilan refusa d’abandonner et continua d’affirmer : « Sun, tu dois me croire. Dépêche-toi de retourner au Temple Sacré. Judgment est furieux. Il a dit que si tu ne rentrais pas sain et sauf, il allait te tuer, et que si tu revenais avec des blessures, il allait te faire regretter de ne pas être mort. »

Je laissai échapper : « Dans ce cas, je crois qu’il vaudrait mieux que je ne rentre pas… » Après avoir dit cela, mon cœur se remplit de perplexité. Qui est Judgment ?

« Lesus du Jugement, c’est le nom complet du Capitaine-Chevalier du Jugement. » Dans la voix d’Ecilan semblait poindre une pointe de sympathie comme il disait : « Crois-moi, Sun, tu ne veux pas mettre Judgment en colère. C’est la seule personne qui te fasse peur. »

Pourquoi devrais-je avoir peur de lui ? Je reniflai froidement et répliquai : « Ton mensonge possède une faille très évidente ! »

« Une faille ? »

« Exactement. » Je souris en lui rappelant : « Peut-être l’as-tu oublié, mais Igor a justement dit tout à l’heure… que je ne peux même pas tenir une épée correctement ! Alors, comment pourrais-je possiblement être un chevalier ? Ton mensonge est trop évident ! »

« … »

Comme je m’y attendais, Ecilan resta sans voix. Je m’esclaffai avec dérision, puis je remarquai immédiatement que le Chevalier de Flamme et compagnie avaient presque atteint l’endroit où le premier piège avait été installé. Voyant cela, je m’empressai de donner des instructions à mes coéquipiers impliqués dans le premier piège.

Ecilan ajouta brusquement : « Ne blesse pas Blaze, ou sinon tu le regretteras toute ta vie. »

« Je ne vais pas le tuer. Je n’ai aucune intention de devenir un fugitif recherché par l’Église. »

Je donnai mes instructions tout en lui répondant. Après cela, il n’ajouta plus rien.

Que la série de pièges commence !

Étape numéro un : le piège des jolies filles.

Sybil et Yuna devaient s’allonger sur le bord de la route. D’après elles, des chevaliers sacrés n’abandonneraient jamais des femmes évanouies au bord de la route, donc le Chevalier de Flamme devrait les emmener avec lui. Cela donnerait aux deux filles la chance d’infiltrer leurs troupes !

« Ce piège fonctionnerait peut-être sur d’autres personnes. »

Ecilan prit soudain la parole : « Mais, Blaze a toujours été inattentif, et il va sans dire que, parmi les Douze Chevaliers Sacrés, le Chevalier de Flamme est le moins courtois. Il ne sait même pas comment et ne ressent pas le besoin de montrer de l’empathie envers les femmes. »

« … Pourquoi n’as-tu pas mentionné cela plus tôt ? » m’énervai-je avec un peu de ressentiment.

« Je n’ai aucune obligation à vous aider », répondit sobrement Ecilan.

Oh ! Je ne peux vraiment pas réfuter cette déclaration, puisqu’il est un otage et pas un camarade.

« Mais, tu ne pourrais pas coopérer encore une fois ? »

I-il vient de détourner sa tête, comme s’il ne voulait pas me prêter la moindre attention ! Quel genre d’attitude est-ce donc ? C’est lui l’otage, ou bien est-ce moi ?

Au loin, le Chevalier de Flamme ignora réellement Sybil et Yuna et les dépassa pour poursuivre sa route. Je pouvais même « voir » l’expression embarrassée sur le visage de Yuna et Sybil. Lorsqu’elles avaient entendu le plan pour la première fois, et que leur rôle serait d’infiltrer les rangs des chevaliers sacrés, elles avaient été si ravies…

Qui aurait cru que notre première étape serait un échec ? Je m’exclamai avec haine : « Quel genre de Chevalier de Flamme est-il ? C’est juste une ordure sans cœur ! »

Dès que j’eus proféré ces paroles, Ecilan s’écria avec sévérité : « Il n’est pas sans cœur ! Au contraire, il en a trop, Sun ! Quand tu as disparu, Blaze s’est désespérément précipité à ta recherche. L’étendue des recherches qu’il a menées était la plus vaste de nous tous. Pour couvrir un secteur de cette amplitude, lui et son peloton ont dû pousser leurs corps jusqu’à leurs limites. Il se montre impitoyable envers elles pour ton bien ! Ce n’est pas grave si tu oublies tout ! Mais, tu n’as pas le droit d’oublier que Blaze sera toujours la personne qui te soutiendra le plus. »

Après avoir entendu le ton agité d’Ecilan, je n’eus pas d’autres choix que de réfléchir à ses paroles. Je gardai le silence pendant un moment avant de lâcher : « Si je suis le Chevalier du Soleil, alors que je ne sais pas manier l’épée, que ma tête ne pense qu’à l’argent et aux belles femmes, et qu’en plus je pratique la nécromancie… Oh Mon Dieu de la Lumière ! Quel genre de Chevalier du Soleil farfelu suis-je donc ? »

Pour faire simple, je suis quelqu’un qui est l’exact opposé du « Chevalier du Soleil » dont Sybil ne cessait de me rabâcher les oreilles.

Ecilan resta silencieux un instant avant d’expliquer calmement : « Nous ne correspondons pas parfaitement aux modèles créés par l’imagination des gens du peuple, mais nous faisons de notre mieux pour ne pas les décevoir. » Il s’interrompit avant d’ajouter : « Si tu n’avais pas utilisé la nécromancie devant ces aventuriers, détruisant ainsi l’image du Chevalier du Soleil, je t’aurais dit que tu étais le Chevalier du Soleil dès l’instant où j’avais été en mesure de parler. »

Je vois. Ce n’est pas étonnant qu’il semblait souvent être sur le point de dire quelque chose, mais se ravisait l’instant d’après.

« Ecilan. »

Je l’appelai. Il se contenta de m’observer en silence. En m’excusant sincèrement, je lui expliquai : « Je ne me souviens vraiment pas de toi et du Chevalier de Flamme, donc que tu me dises la vérité ou que tu me racontes des mensonges est sans importance. Mes compagnons actuels sont Woodrow et les autres. C’est pourquoi je veux uniquement faire de mon mieux pour ne pas les décevoir. Toutefois, je te fais la promesse que, à moins que cela ne devienne une nécessité absolue, je ne blesserai aucun des chevaliers sacrés.

En entendant ceci, Ecilan répondit seulement avec un « oh », puis l’instant suivant il se rappela quelque chose. Il ajouta : « Sun, ne fais pas confiance à cette étrange fille. Elle est suspecte. »

« Tu as vu Scarlet ? »

Je souris faiblement et admis : « Pour une personne amnésique, tout le monde est suspect. »

Ecilan répliqua franchement : « Dans ce cas, ne fais confiance à personne, qu’il s’agisse de Scarlet, Woodrow ou même de moi et Blaze. »

Surpris, j’acquiesçai d’un signe de tête. « Très bien. »

Je redirigeai mon attention sur l’horizon et lançai un éclair dans cette direction. Cependant, ma cible n’était pas le Chevalier de Flamme et son peloton, mais plutôt Yuna et Sybil… Je pouvais presque entendre leurs cris rien qu’en voyant leurs bouches grandes ouvertes.

« Si deux dames sont attaquées, et que leurs vies sont en danger, pourra-t-il toujours les ignorer et les abandonner ? »

Je souris faiblement et ajoutai : « S’il poursuit sa route, dans ce cas je serai prêt à reconsidérer l’idée de savoir si cinq mille ducats d’or valent le coup d’affronter ce genre de… personne. »

Après une brève pause, je me retins d’employer les mots « sans cœur ». Même si je ne croyais pas complètement les paroles d’Ecilan, de même que celles de Scarlet, il y avait toujours cinquante pourcent de chance qu’il eût dit la vérité, donc je ne voulais pas insulter le Chevalier de Flamme.

Je ne pouvais croire Ecilan et Scarlet qu’à moitié. Quant à Woodrow et aux autres… Pour parler franchement, ils ne représentaient aucun danger pour moi, donc je n’avais pas besoin de m’inquiéter.

Pourtant, justement pour cette raison, ils étaient actuellement les personnes en qui j’avais le plus confiance.

Après cette attaque électrique, les chevaliers sacrés s’arrêtèrent enfin. Plein d’hésitation, ils se retournèrent pour jeter un coup d’œil aux jeunes femmes, avant de glisser simultanément leur regard vers leur commandant, le Chevalier de Flamme.

Le Chevalier de Flamme hésita, mais retourna quand même les sauver. Il lança un sort de soin sur les deux filles, leur posa quelques questions basiques, puis fouilla la zone sans rien trouver d’anormal. Deux chevaliers sacrés, l’un d’entre eux étant le Chevalier de Flamme en personne, portèrent Yuna et Sybil sur leur dos, puis reprirent leur chemin sans perdre plus de temps.

Venait ensuite ma prochaine tâche. Je grimpai sur la licorne, emportant avec moi Ecilan, et exécutai mon rôle principal : mener le Chevalier de Flamme par le bout du nez à travers toute la zone, afin que Woodrow et les autres obtinrent davantage de temps pour terminer les préparations.

Au début, je pensais que ce serait un travail très facile qui ne serait pas différent de la fois où j’avais dû m’enfuir. N’étais-je pas à cheval lors de ces deux occasions ?

Je l’étais !

Mais, cette fois-ci, je dus poursuivre ma fuite sans prendre de répit. Dès que mes pieds touchaient terre et que je laissais mon popotin se reposer, je ne pouvais prendre que deux bouchées de mes rations de survie avant de devoir remonter à cheval, comme si j’avais le feu aux fesses. Je devais continuer de chevaucher jour et nuit.

C’est comme si ces chevaliers sacrés n’avaient pas besoin de se reposer ! Ils restent sur mes talons et continuent de me poursuivre !

Une fois que j’eus atteint la route, ils firent apparaître des chevaux de je ne sais où, me forçant à ramener la licorne dans la forêt. Nous rebondissions de haut en bas sur le chemin cahoteux, aussi je fus obligé d’invoquer un sort de soin sur mon derrière, autrement, si j’avais continué à chevaucher de cette façon, mes fesses se seraient fendues en deux.

Lorsque j’entrai dans la forêt, ils descendirent de leurs montures et continuèrent de me traquer à pied.

Même si la licorne se déplaçait avec aise dans la forêt, à l’inverse d’un cheval ordinaire qui n’aurait même pas pu y pénétrer, elle transportait deux personnes ainsi que beaucoup de bagages sur son dos. Non seulement elle portait tout ce poids supplémentaire, mais en plus elle essayait de ne pas trop nous secouer. Aussi, n’était-t-elle pas beaucoup plus rapide que les chevaliers sacrés qui étaient à pied.

Ecilan annonça avec indifférence : « Nous sommes à la frontière entre le Royaume du Son Oublié et le Royaume de l’Orchidée Lunaire. L’Église du Dieu de la Lumière a encore beaucoup d’influence dans cet endroit. Donc, pour l’un des Douze Chevaliers Sacrés, qu’il s’agisse d’obtenir des informations ou de réquisitionner quelques chevaux des fermiers locaux, les deux peuvent facilement être accomplis. »

Mince ! Je n’avais pas pensé à cela. Au début, quand nous étions encore assez loin d’eux, nous aurions dû nous enfuir immédiatement au lieu de perdre du temps à nous inquiéter de savoir s’ils allaient ou non nous rattraper. Nous nous sommes mêmes sciemment arrêtés pour les attendre.

Cependant, ne les ai-je pas forcés à amener Yuna et Sybil avec eux ? Se pourrait-il qu’elles n’aient pas été capables de les ralentir… Ou bien est-ce que leur vitesse actuelle est le résultat obtenu lorsqu’ils sont ralentis ?

Quoi qu’il advienne, si les choses continuent ainsi, je me ferai éventuellement attrapé. S’ils me rattrapent avant que je n’atteigne ma destination, dans ce cas les choses vont mal tourner… Si cela se produit, alors je vais devoir prendre l’initiative et attaquer !

« Pfff ! Chikus Blaze est l’un des dieux qui vivent sur terre parmi nous ? »

Je reniflai froidement et ajoutai : « Je vais venir à ta rencontre pour le constater par moi-même. Je refuse de croire que tu sois réellement si divin ! »

Bien que je ne susse pas si la force d’un Chevalier Sacré durant la journée différait grandement de pendant la nuit, leur dieu était appelé « Dieu de la Lumière ». Donc, je pensais que ce serait mieux de ne pas les attaquer tant que le soleil brillerait dans le ciel. De plus, la nuit avait toujours été le meilleur moment pour se faufiler discrètement, et elle me procurerait un avantage indéniable, car il me serait plus facile de rassembler l’élément des ténèbres.

Je venais de me lancer dans une longue explication, mais, pour faire simple, je prévoyais d’effectuer un raid nocturne. Mon but était de blesser au moins quelques personnes afin de ralentir leur vitesse effarante de voyage.

D’après la théorie d’Iacchi, quand on faisait une mauvaise action, on se devait de porter quelque chose sur notre visage pour le masquer.

Ce fut pourquoi je pris le petit couteau d’Iacchi et que je l’aplatis pour en faire un masque en fer dont la forme était complètement tordue. Je passai une corde à travers et l’attachai à mon visage. Puis, j’enfilai la robe de prêtre de Yuna et la recouvris de l’élément des ténèbres. Pour finir, sur le bord de la route, je ramassai une branche vraiment déformée pour l’utiliser comme d’un bâton magique.

La dernière touche fut de couvrir mon visage d’une chape de l’élément des ténèbres. C’est un grand succès !

Une fois que je me fus occupé de tout, j’étais sûr à quatre-vingt pourcents que mon déguisement était parfaitement réussi, et je me tournai vers Ecilan pour confirmer : « Est-ce que je ressemble à un nécromancien ? »

« Non. »

Ecilan secoua la tête et m’expliqua : « Les nécromanciens ne portent pas de vêtements blancs. En plus, Blaze te reconnaîtra juste en voyant la couleur de tes cheveux et le bas de ton visage. »

Je restai stupéfait pendant un moment, puis je le questionnai : « Que veux-tu dire ? J’ai déjà enveloppé mon visage avec l’élément des ténèbres2, alors comment pourrait-il encore voir le bas de mon visage ? Et, qu’est-ce que ce “blanc”  dont tu parles au juste ? »

« … » Cette fois, ce fut au tour d’Ecilan de rester bouche-bée. Après un instant, il retrouva enfin la parole : « Ainsi, c’est de ça dont Leaf parlait en affirmant que tu étais devenu aveugle. C’est donc vrai ? »

« Leaf ? Je suis aveugle ? » Perdu, j’ajoutai : « J’arrive à te voir. »

« Vraiment ? » La voix d’Ecilan semblait contenir une grande colère, lorsqu’il cria d’une voix grave : « Dans ce cas, dis-moi, de quelle couleur sont mes cheveux ? »

« Quelle couleur ? » J’étais complètement perplexe. Pourquoi est-il autant en colère ? Incapable de trouver une réponse, je l’interrogeai de nouveau : « Qu’est-ce qu’une couleur ? »

Ecilan se tut. En fin de compte, il soupira : « Oublie ce que j’ai dit. Contente-toi de changer ton masque pour qu’il cache complètement ton visage, puis couvre tes cheveux et ta robe avec un élément des ténèbres suffisamment épais pour qu’il soit visible à l’œil nu. »

« Suffisamment épais pour être vu ? » Même une minuscule quantité d’élément peut être vue, non ?

« Rends-le simplement vraiment épais ! »

Ecilan semblait être très insistant sur ce point. Il n’arrêtait pas de répéter que, si je ne le faisais pas, alors je serais définitivement reconnu. Il ne souhaitait pas que Blaze découvrît que j’étais celui qui l’attaquait. Cela attristerait Blaze et bla, bla, bla.

Afin de ne pas être reconnu… ou peut-être simplement pour faire en sorte qu’Ecilan se tût, je n’eus pas d’autres choix que d’aplatir un autre couteau et de transformer mon masque pour qu’il cache l’intégralité de mon visage. Ensuite, je recouvris mes cheveux d’une couche très dense de l’élément des ténèbres. S’il arrivait tout de même à me reconnaître de cette façon, alors je, je… déciderais de ne plus jamais écouter les conseils d’Ecilan.

Cette fois, Ecilan fut enfin satisfait de mes efforts, et il cessa de m’enquiquiner. Cela me soulagea grandement. Chaque fois qu’il n’y avait personne dans les parages, ce chevalier se transformait en véritable pie, devenant complètement différent de l’image froide et impitoyable qu’il avait adoptée devant les autres. Il est si bruyant qu’il serait capable de réveiller les morts !

Une fois que j’eus terminé mes préparatifs, je tapotai l’encolure de la licorne et ordonnai à l’animal : « Licorne, attends ici avec lui et couvre moi. Ne t’enfuie pas. Si tu oses le faire, prends garde à toi ! »

La licorne acquiesça et lécha ma main. Puisqu’elle devrait m’aider plus tard, je décidai de la laisser faire pour cette fois.

J’essuyai nonchalamment la bave de la licorne sur son encolure, puis lançai immédiatement mon raid nocturne.

Dieu de la Lumière ! Vous feriez mieux de me protéger et de faire en sorte que mon attaque soit couronnée de succès… Ah, même si celui qui est attaqué est précisément Vôtre Chevalier Sacré, il vaudrait mieux ne pas Vous montrer partial !

Notes de bas de page

1« … peut-être qu’Ecilan veut que quelqu’un fasse le sal travail à sa place…  » : Une traduction littérale du texte chinois donnerait : « Tuer avec un couteau emprunté. » L’idée est que tu empruntes la main d’un tiers pour effectuer une mauvaise action.

2« …J’ai déjà enveloppé mon visage avec l’élément des ténèbres… » : Dans le texte original en chinois, Grisia dit qu’il a déjà enveloppé son visage avec l’élément sacré, mais l’équipe anglaise, de même que la nôtre, pense qu’il s’agit d’une erreur et qu’il faut écrire « élément des ténèbres » à la place.