La Légende du Chevalier du Soleil T1C5 : Économise Pour la Retraite Afin d’Éviter la Pauvreté une Fois Âgé

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 1 – Une Introduction à l’Histoire des Chevaliers

Roman version d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 5 : Save up for Retirement to Avoid Impoverishment in One’s Old Age – Traduit du chinois vers l’anglais par Raylight[PR!]
Chapitre 5 : Économise Pour la Retraite Afin d’Éviter la Pauvreté une Fois Âgé – Traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par LuluHime

Le terrain d’exécution nord-ouest en dehors de la ville n’est vraiment pas à une distance normale. Afin d’éviter que je ne m’allonge et ne rejoigne les rangs de cadavres immédiatement après avoir marché jusque là-bas, je décidai à contrecœur de supporter la douleur de dépenser de l’argent et d’appeler un fiacre pour m’y emmener.

J’aurais pu retourner au Temple Sacré et prendre un de leurs carrosses privés, mais dans ce cas j’aurais été obligé de maintenir le sourire brillant et le comportement parfait du Chevalier du Soleil devant le conducteur…

Dans ma piètre condition actuelle où je ne peux même pas sourire pleinement, je ferais mieux de supporter le chagrin et de louer un fiacre, en utilisant les fonds de retraite que j’avais mis de côté à grand peine. Après tout, si je venais à mourir maintenant, dans ce cas les fonds de retraite que j’avais mis de côté avec tant de soin deviendraient inutiles, n’est-ce pas ?

À la zone de location, j’en choisis un qui donnait l’impression de pouvoir encore arriver au terrain d’exécution sans tomber en morceaux, et un vieux cocher que même un passager mangeur d’hommes ne semblerait pas déranger. Je sautai à bord et, bien qu’il sente comme un panier d’œufs pourris, j’étais trop fatigué pour m’en préoccuper. Je me roulai en boule dans un coin et me mis à l’aise. Graduellement, ma conscience se troubla et tout ce que je savais, c’était que le balancement du fiacre était aussi confortable qu’un berceau de bébé…

Boom !

Je me réveillai avec une expression vacante sur le visage, en plus d’une grosse bosse boursouflée sur le front. C’était parce ce que le fiacre avait freiné brusquement, et que ma tête s’était cognée si fort contre la paroi de bois en face de moi que la paroi s’était fendue.

Je pensai : Peut-être que moi aussi je pourrais payer une petite somme pour soudoyer la personne qui s’occupe des cadavres du terrain d’exécution, et ainsi laisser ce cocher rejoindre la pile des cadavres « qui ne sont pas morts par pendaison » là-bas ?

« Pardonnez-moi, des chevaliers ont soudainement bloqué le chemin devant nous, je n’ai donc pas eu d’autre choix que d’utiliser les freins d’urgence », cria le cocher vers le compartiment, mais sa voix ne semblait pas le moins du monde désolée.

Des chevaliers ? Je me frottai douloureusement le front.

Les chevaliers sacrés et les chevaliers sont en fait quasiment la même chose, puisque les deux manient les armes, se déplacent à cheval, portent une armure, doivent servir de boucliers humains durant les combats, et sont les tout premiers des troupes à mourir…  Tousse ! Je veux dire, les deux utilisent leur propre corps pour bloquer les attaques destinées à d’autres membres du groupe, se sacrifiant ainsi avec noblesse pour protéger les autres jusqu’à leur dernier souffle.

La seule différence, c’était que les premiers servent Dieu, alors que les autres prêtent allégeance à des personnes. Cependant, parce que les chevaliers sacrés servent Dieu, ils possèdent diverses sortes de capacités spéciales. Par exemple, nous, les chevaliers sacrés, possédons une capacité « d’auto-guérison », donc le taux de récupération de nos corps est excessivement rapide !

Par exemple, j’avais tout juste versé l’équivalent d’une rue entière de sang hier, et pourtant j’étais capable de me promener çà et là aujourd’hui. C’était quelque chose qui ne pouvait définitivement être accompli par un chevalier ; il était plus probable qu’ils s’écroulent simplement et meurent juste après qu’ils aient fini de verser tout leur sang.

Pour ce qui est des chevaliers servant le peuple, évidement ils ne peuvent pas obtenir l’aide de Dieu, mais le salaire payé par leurs maîtres est aussi plus élevé que le nôtre, et pas juste par deux ou trois fois. Qu’ils soient tous maudits !

Un chevalier de haut niveau, tant et aussi longtemps qu’il survit jusqu’à sa retraite, peut définitivement économiser assez d’argent pour passer ses vieux jours dans le luxe. En revanche, un chevalier sacré… s’il n’accepte pas des emplois à part, même les Douze Chevaliers Sacrés, qui travaillent au sommet de la hiérarchie, seraient obligés de vivre leur vie avec parcimonie. Autrement, quand ils prendront leur retraite, ils réaliseront qu’ils n’ont pas un seul centime à leur nom pour s’acheter à manger. Les conséquences seront soit de directement aller rejoindre le Dieu de la Lumière, soit de devoir se battre contre des personnes plus jeunes pour obtenir des missions et gagner de l’argent même après leurs cinquante, soixante ans.

(Murmure) Par exemple, mon maître qui est considéré comme étant le Chevalier du Soleil le plus fort de l’Histoire est à présent un aventurier, rivalisant avec des personnes plus jeunes un peu partout pour accomplir des missions, et affrontant le mal par le mal contre des monstres et des bandits… Tousse ! Je devrais dire qu’il guide la jeune génération et maintient la justice.

De toute façon, avant que mon maître ne quitte le Temple Sacré, il m’a un jour dit sur un ton grave : « Mon enfant, si tu ne veux pas être forcé de devenir guérisseur après ta retraite… et avec tes compétences à l’épée, il serait trop dangereux de travailler comme chevalier… Dans ce cas, tu dois beaucoup économiser pour ta retraite, afin d’éviter la pauvreté une fois âgé. »

Lorsque je songeai à cela, je commençai à regretter ma décision de dépenser de l’argent pour engager un fiacre. J’aurais dû marcher jusque là-bas, car je crois qu’avec ma capacité de récupération de Chevalier du Soleil, je ne serais probablement pas mort à mi-chemin.

Juste au moment où je commençais à éprouver des regrets, un tapage de chevaux au trot, de cliquetis d’armures et de hurlements de personnes éclata soudainement à l’extérieur.

« Que s’est-il passé ? » demandai-je impatiemment, en sortant ma tête du fiacre.

Juste au moment où je sortais la tête, je vis le cocher sauter du siège du conducteur.  Oh génial ! Il s’enfuit aussi vite que si des ailes lui avaient poussé dans le dos, devenant en un clin d’œil l’équivalent d’un grain de poussière à l’horizon.

Saleté de cocher, ne me laisse pas te retrouver dans le futur ! Autrement, je t’emmènerai définitivement rencontrer le Chevalier du Jugement, et je te poursuivrai avec comme chef d’accusation d’avoir abandonné à dessein le Chevalier du Soleil !

Après que j’eus « béni » dans mon cœur le cocher pour qu’il aille bientôt rejoindre le Dieu de la Lumière, je tournai la tête et compris enfin pourquoi il s’était enfui. Devant le fiacre se tenaient trois chevaliers de forte carrure, qui ne semblaient pas très amicaux.

« Faites demi-tour ! »

Les trois chevaliers regardaient initialement le cocher en fuite, pétrifiés, mais leur chef était manifestement expérimenté et revint rapidement à lui. Voyant que je les observais, il me rugit cet ordre.

Je me renfrognai. Étant le leader des Douze Chevaliers Sacrés, personne n’avait jamais osé me hurler dessus de toute ma vie, excepté mon maître, le Pape, et ce gros porc de roi qui était inconscient de sa situation. Je n’arrive pas à croire que « le chevalier sacré qui rencontre des difficultés au terrain d’exécution est persécuté par des chevaliers »1 soit vraiment en train de se produire. Trois misérables chevaliers ont vraiment osé me hurler dessus ? Vous feriez mieux de surveiller vos arrières !

Croyez-vous que je vais-… rentrer et dire au Chevalier du Jugement de vous réduire en bouillie !?

Hé ! Vous n’êtes pas autorisés à dire que je suis faible ! Essayez un peu, vous, de perdre l’équivalent d’une rue entière de sang, et après on verra si vous pouvez faire quoi que ce soit le jour suivant hormis embrasser votre lit !

J’ai toujours dit que mes compétences à l’épée sont pourries… Je veux dire, « ne sont pas terribles », mais c’est uniquement en comparaison avec le standard des Douze Chevaliers Sacrés et avec mon anormal de maître. Comparées à celles des chevaliers normaux, mes compétences à l’épée sont considérées comme étant… comme étant… moyennes !

Cependant, n’oubliez pas que je suis un chevalier sacré. Mon salaire n’est pas sacrifié en vain, puisqu’après avoir ajouté tout un pot-pourri de compétences sacrées, mes capacités sont environ égales à celles d’un chevalier de haut niveau ! Qui plus est, si on prend en compte mon talent d’auto-guérison extrêmement inhabituel de chevalier sacré, mes capacités réelles sont définitivement au-dessus de celles d’un chevalier de haut niveau !

Malgré tout, laissez-moi me répéter. Après avoir saigné l’équivalent d’une rue entière de sang, oubliez l’idée de combattre un chevalier de haut niveau, même l’action de dégainer une épée serait le genre d’activité vigoureuse à éviter. Ainsi, je frottai le bout de mon nez et baissai la capuche de mon manteau. Sautant du siège arrière du fiacre au siège du conducteur, je maniai les rênes avec peu de difficulté et commandai aux chevaux de se dépêcher de faire demi-tour.

« Considère-toi comme suffisamment raisonnable ! » Les trois chevaliers ne semblaient pas particulièrement chercher les ennuis non plus, et après m’avoir vu partir docilement, ils ne me prêtèrent plus d’attention et dirigèrent leurs chevaux dans la direction opposée.

Ils se dirigent vers le terrain d’exécution, observai-je en tournant discrètement la tête.

En attendant qu’il y ait suffisamment de distance entre nous, je brandis à nouveau les rênes pour que les chevaux continuent d’avancer pendant que je sautais du fiacre et me cachais parmi les arbres sur le bord de la route. Tant que je ne marche pas sur la route principale, ces chevaliers ne me remarqueront probablement pas.

J’étais extrêmement intéressé de savoir pourquoi ces chevaliers se rendaient au terrain d’exécution sans aucune raison apparente, sentant vaguement une conspiration. Ce serait bien si cette conspiration avait une connexion quelconque avec le Chevalier de la Mort sur lequel j’enquêtais ! Même s’il n’y avait pas de lien, je me contenterais au minimum de rentrer et de remettre ce cas à Judgment pour qu’il enquête. Dans tous les cas, je ferais mieux de poursuivre mes recherches en premier.

Inquiet à l’idée de manquer la chance de mettre à jour une conspiration, je n’utilisai pas ma vitesse de tortue pour avancer, mais au contraire j’intensifiai mon rythme et sautai agilement dans la forêt. Bien que j’eusse eu la prémonition que ma blessure se rouvrirait probablement le lendemain, cela n’avait aucune importance, car si ma capacité d’auto-guérison était désignée comme la deuxième meilleure parmi les chevaliers sacrés, personne n’oserait réclamer la première place.

Peu importe à quel point la blessure était grave, tant et aussi longtemps que je me reposais pendant toute une journée, je serais définitivement en mesure de me lever du lit le jour suivant. Si je devais me reposer pendant les trois prochains jours, même si mes blessures étaient sérieuses au point que mes intestins se baladent dehors, que mon cœur ait une attaque ou que mes poumons soient à bout de souffle, je serais toujours capable de me lever pour le petit-déjeuner et appliquer mon masque facial comme d’habitude.

Cependant, il y avait aussi des désavantages à ce que mes blessures guérissent aussi vite. Depuis que ce maudit vieillard de Pape s’en est rendu compte, mes congés maladies ont, par la suite, toujours été plus courts que ceux de tous les autres…

Après avoir maudit ce vieillard pendant un moment, j’aperçu les petits murs d’argile du terrain d’exécution. C’était une grande arène circulaire, dont les environs consistaient en ces murs d’argile bas et minuscules. Au centre se trouvait l’estrade avec le système d’exécution, qui était assez grossier lui aussi, puisqu’il était constitué de trois poteaux en bois avec des cordes pendant au milieu. Le point le plus bas de la corde était constitué d’un nœud simple, mais mortel.

Ce terrain d’exécution était le plus ancien de l’histoire, ainsi que le plus délabré. Les criminels ayant commis des crimes graves ou ceux possédant un statut minimal ne seraient pas transportés ici pour leur exécution. En général, seuls les bandits les plus minables, dont les vies ne comptaient pour personne, étaient envoyés ici.

Cependant, la Cité Du Bourgeon était après tout la capitale du Royaume du Son Oublié. De plus, c’est également le quartier général des adeptes du Dieu de la Lumière. Ainsi, il est possible qu’il y ait quelques chevaliers de l’Escadron de la Milice des Chevaliers Royaux pratiquant un duel amical dans une première rue, puis on peut croiser dans la rue suivante quelques chevaliers sacrés rivalisant pour savoir lequel possèdent la plus puissante magie sacrée. Ensuite, en allant à la rue suivante, on pouvait voir quelques prêtres en train de prêcher.

Le plus horrifiant était la manie du Capitaine-Chevalier du Jugement de patrouiller dans la ville à des heures différentes chaque jour. Durant les dix dernières années, le nombre total de criminels arrêtés pour divers crimes s’est élevé à 1056 cas.

Dites-moi, qui oserait voler ou dépouiller ?

À cause du manque de criminels dans la ville, ce terrain d’exécution était presque abandonné.

Mais après, c’est ce genre d’apparence abandonnée qui fait que diverses sortes d’affaires louches s’y produisent, puisque des cadavres n’appartenant pas à des criminels étaient jetés ici. S’il y a des corps, ça veut dire que des crimes sont toujours commis. Il semblerait que la capitale ne soit pas encore aussi paisible et sûre que le Sanctuaire de la Lumière ou le Temple Sacré pourraient le croire.

Je ris sinistrement. Attendez un peu que je raconte cela à Judgment ! Son expression froide deviendra encore plus glaciale, jusqu’à ce qu’elle puisse nettoyer toute la capitale.

Le terrain d’exécution était désert, excepté pour les trois chevaux attachés sur le côté.  Il semblerait que les trois chevaliers soient arrivés.

Bien qu’il n’y eût personne, des lumières brillaient aux fenêtres de la maison délabrée, révélant quelques ombres humaines floues.

Je me lançai deux sorts de soutien, en particulier le Bouclier de Lumière2, qui augmente la défense physique, et le sort des Ailes de Dieu3, qui accroît l’agilité. Ensuite, j’évitai les angles depuis lesquels les personnes à l’intérieur risquaient de me voir à travers la fenêtre, et j’approchai lentement de la maison.

« … Où est le corps ? » dit une voix plutôt féroce depuis la petite maison.

« Mon Seigneur… Il y en a plein ici… Lequel est-ce ? » Cette voix était rendue assez frêle par l’âge, et bien que je fisse de mon mieux pour écouter aux portes, je manquai quand même une grande partie de la conversation.

À cet instant, je m’immobilisai et me cachai derrière de grands arbres à côté de la maison, n’osant pas m’approcher davantage. Les trois chevaliers étaient clairement à l’intérieur, et malheureusement ma situation actuelle n’était pas au beau fixe, car même la force des deux enchantements sur mon corps chancelait. Si je m’approchais davantage, il serait difficile de garantir qu’ils ne me découvriraient pas.

« … Celui avec les yeux bleus. » La voix du chevalier suggérait que son propriétaire tentait désespérément de restreindre sa rage.

La frêle voix âgée s’écria : « Mon Seigneur, je ne vais pas aller soulever les paupières des morts ! »

« Blond, non, la couleur de ses cheveux est plus proche du châtain. Environ vingt-trois ans, avec un visage relativement beau. »

Je fronçai les sourcils. Cette description me mit légèrement mal à l’aise. Je me demande pourquoi…

Des yeux bleus, des cheveux châtains, vingt-trois ans… Il a le même âge que moi ; dire qu’il est mort si jeune… Je pense que le ressentiment du Chevalier de la Mort pourrait aussi venir de là.

« Déjà enterré…

— Comment oses-tu me mentir ! »

S’ensuivit alors une série de cris perçants et de coups. Après un moment, cette vieille et frêle voix dit encore plus faiblement : « … Vendu à quelqu’un il y a deux jours.

— À qui ?

— Un homme avec une petite fille. »

Un éclair de lumière brilla dans mes yeux. Quelle bénédiction de la part du Dieu de la Lumière ! Je n’arrive pas croire que j’ai vraiment deviné juste, que ces chevaliers ont réellement une connexion avec le Chevalier de la Mort.

Hmm, un homme avec une petite fille ? C’est probablement un petit corps accompagnant un grand corps ! C’était définitivement Rose et son « Corps de Ménage », qui est un mort-vivant qu’elle a spécialement invoqué pour nettoyer sa maison.

« À quoi ressemblait l’homme ? » Le chevalier semblait être dans une rage immense.

Hé ! Tu as posé la mauvaise question ! Tu aurais dû demander à quoi ressemblait la petite fille, me moquai-je méchamment.

« La capuche de son manteau tombait vraiment bas… Je ne pouvais pas voir son visage…

—  Espèce d’écervelé !

—  Tuons-le, au cas où il essaierait de révéler nos identités.

—  Épargnez-moi ! » supplia soudainement la voix vieille et frêle.

Mon visage s’assombrit. En tant que Chevalier du Soleil, ne devrais-je pas faire quelque chose pour aider dans ce genre de situation, où les criminels tentent d’éliminer leur témoin ?

Cependant, dans mon état actuel, si je me précipitais à l’intérieur, je pourrais finir par me faire tuer moi aussi.

Devrais-je le sauver ou pas… ?

« Arrêtez ! Assez ! » La voix suppliante pouvait être entendue depuis l’intérieur, mais l’autre parti semblait totalement l’ignorer, et le son des coups de poings et de pieds continuait.

Ordures ! J’étais en train de rêvasser pendant tout ce temps, et pourtant vous ne l’avez toujours pas achevé ? Un coup d’épée aurait suffi, alors quel est le but d’attaquer avec vos poings ?! Ne réalisez-vous donc pas que quand les méchants prennent leur temps, il y aura inévitablement un défenseur de la justice qui se montrera pour se mêler de vos affaires ?

Et tout particulièrement quand ce défenseur de la justice qui doit se montrer est moi !

Après avoir baissé les yeux pour vérifier que les sorts du Bouclier de la Lumière et des Ailes de Dieu étaient toujours activés, je jetai un coup d’œil par la fenêtre. Deux chevaliers étaient en train de porter des coups, et un chevalier solitaire se tenait sur le côté avec une expression de méchanceté sur le visage. D’après ma théorie du « le chef ne fait que parler et n’agit pas »4, dans ce cas, cet homme devrait être le chef.

À voix basse, je récitai une incantation magique. Bien que je sois un chevalier sacré, j’ai clairement le potentiel pour être un guérisseur exceptionnellement doué, aussi bien que les qualifications d’un magicien talentueux. En d’autres mots, j’excellerais dans toutes les professions à l’exception de celle de chevalier. Ouiiin !

Mon maître se lamentait souvent en levant les yeux au ciel : « Comment se fait-il que tu puisses copier un magicien qui utilise un Sort de Paralysie après un seul coup d’œil, et que tu ne parviennes toujours pas à appréhender le concept d’une technique de base à l’épée même après que je t’en aie fait la démonstration plus de vingt fois ? »

Pour éviter les problèmes inutiles, comme des gens racontant que je ne suis pas fidèle à mon image etc., je n’utilise normalement pas la magie devant les autres. Toutefois, ceci est une situation particulière, et je n’ai aucune intention de révéler mon identité.

« Sort de Paralysie ! »

Je jetai un Sort de Paralysie sur le chef des chevaliers, tout en pénétrant simultanément par la fenêtre avec un coup de pied fracassant. Mon pied frappa l’arrière du cou du chevalier, et il tomba sans même proférer un seul cri. Ce n’est pas que je veuille m’en vanter, mais mes qualifications pour être assassin sont également très bonnes… Ahem ! Arrêtons de papoter, vu que les deux chevaliers sont déjà en train de charger par ici avec leurs épées.

Au moment où j’avais frappé le chef des chevaliers, j’avais commodément dégainé son sabre. Après tout, je voulais cacher mon identité,  je ne pouvais donc pas prendre ma brillante Épée Divine du Soleil pour le combat, car alors seuls les aveugles ne réaliseraient pas que je suis le Chevalier du Soleil.

Tandis que j’évitais l’attaque des deux chevaliers, je chantai une autre incantation à voix basse. D’un geste de la main gauche, je jetai un Sort de Graisse qui rendrait le sol glissant. Immédiatement, l’un des chevaliers tomba, puis j’écrasai sa jambe et brisai son tibia.

Un chevalier avec une jambe brisée est encore moins dangereux qu’un prêtre, puisque, après tout, ils ne sont qu’un tas de boîtes de conserve couvertes d’armure qui courent dans tous les sens. Supporter le lourd poids d’une armure requiert un appui stable, et donc quand un chevalier se casse une jambe, même se tenir debout devient assez difficile.

« Un mage-guerrier ! » cria l’autre chevalier alors que son visage pâlissait drastiquement.

Un mage-guerrier ? Je roulai des yeux. Oh pitié, je ne suis qu’un chevalier sacré qui a accidentellement appris quelques sorts de magie des éléments, pas un espèce de déviant qui apprend à la fois la magie et le combat à l’épée.  

Cependant, je débordais de confiance après avoir vaincu les chevaliers si facilement. On dirait que les trois personnes sous mes yeux ne sont pas des chevaliers de très haut niveau ; cela rend les choses bien plus faciles à régler. Le chevalier devant moi, qui m’avait pris pour un mage-guerrier, était visiblement très effrayé et n’avait pas le courage de s’approcher.

Je pouvais probablement comprendre ses sentiments. Après tout, un mage-guerrier est une occupation étrange, car on peut être soit extrêmement fort, soit extrêmement faible. Cependant, la première chose que j’aie faite en entrant sur le champ de bataille a été de vaincre le plus fort parmi eux, et l’instant suivant, j’en ai vaincu un second. Dans son esprit, j’étais probablement un mage-guerrier appartenant à la catégorie des forts.

Tout à coup, je ressentis une aura puissante dans mon dos. Je me retournai abruptement et, comme je m’y attendais, je vis ce type que j’avais fait tomber se relever lentement. Son visage était orageux, et pire encore était que son corps irradiait un petit flot d’énergie. Il s’agit de l’Aura de Combat, et seuls les chevaliers de haut niveau en possèdent une.

« Espèce de lâche perfide ! » rugit le chevalier. Il voulut dégainer son sabre, mais réalisa que je le lui avais déjà pris, ce qui le rendit si furieux que son visage tourna à l’écarlate.

Alors ce type était en fait un chevalier de haut niveau. Pas étonnant qu’il ne portait qu’une armure légère à la place de l’armure lourde que les deux autres chevaliers avaient revêtue.

« L’Aura de Combat » est comme une bulle d’air qui enveloppe le corps, mais l’effet est bien meilleur que celui d’une armure, puisqu’elle ne fait pas que bloquer des attaques, mais, en même temps, elle a un effet amplifiant que les armures ne possèdent pas. De plus, elle n’a pas le poids d’une armure, et donc ne ralentira pas la vitesse du porteur. Ainsi, elle sert à la fois à contribuer à l’attaque et à sauver la vie du porteur !

Toutefois, ce genre de capacité avantageuse n’était pas à la portée du premier venu, ce qui est illustré par le fait que, une fois qu’un chevalier arrive à émettre une Aura de Combat, il peut immédiatement postuler pour être promu chevalier de haut niveau.

Je me souviens quand mon professeur employait tous les efforts possibles et imaginables pour m’aider à émettre une Aura de Combat, et utilisait toutes les méthodes auxquelles il pouvait penser. Tous les jours, il activait son Aura de Combat encore et encore pour que je puisse expérimenter la méthode d’activation de celle-ci… Au final, je n’ai jamais réussi à apprendre comment l’utiliser. D’un autre côté, alors que j’utilisais mes yeux pour enregistrer les belles guérisseuses, j’ai accidentellement appris le sort de support qui n’était censé être que pour les prêtres de haut niveau – le Bouclier de Lumière – ce qui fit pratiquement mourir mon maître de frustration.

Ce ne fut qu’une fois après que j’eus endossé la position de Chevalier du Soleil de mon maître que j’expérimentai l’activation d’une aura de combat pendant une mission qui m’avait presque tué.

Cependant, je préfère encore utiliser le Bouclier de Lumière plutôt que l’Aura de Combat. C’est parce que je peux facilement lancer le Bouclier de Lumière, mais l’activation de mon Aura de Combat échoue en moyenne une fois sur trois, et est faible au point d’être pathétique. En moyenne, elle peut supporter trois attaques avant de disparaître, donc je n’ose pas vraiment confier ma vie à ma décevante Aura de Combat.

Je jetai un coup d’œil à l’aura de combat du chevalier de haut niveau. Un flot d’énergie régulier avec une épaisseur appropriée ; il semblerait que son Aura de Combat ne soit pas aussi mauvaise que la mienne, alors il ne sera probablement pas chose facile de la transpercer.

« Sort de Graisse ! » Je lançai à nouveau le sort avec désinvolture.

Cependant, comme ce chevalier de haut niveau portait une armure légère, le poids de son corps et le peu d’huile sur le sol n’était visiblement pas suffisant pour le faire tomber sur le dos, les quatre fers en l’air. Au lieu de cela, la magie ne fit que l’énerver. Il rugit « Méprisable ! » et souleva ensuite du sol la table la plus proche, la lançant soudainement dans ma direction.

Il pensait probablement que je lui ferais face et fendrais magnifiquement la table d’un coup d’épée, puis l’engagerais alors dans une fracassante bataille chevalier contre mage-guerrier !

Mais… J’esquivai ! Aussi, j’ajoutai un « Sort d’Écran Fumée » pour créer de la fumée qui obstruerait la vision de mon ennemi.

Après cela, je ramassai sur le sol le vieil homme qui s’était fait tabasser, et sautai par la fenêtre. Dans une poussée d’adrénaline, je me précipitai vers les trois chevaux et tranchai d’un coup les cordes qui les attachaient. Ensuite, je piquai les croupes de deux des chevaux, les faisant s’enfuir dans un grand hennissement. Portant le vieil homme, je sautai sur le dos du troisième cheval et tirai sur les rênes avec force.

À ce moment-là, une épée recouverte d’une puissante énergie vola par la fenêtre brisée, fendant l’air droit vers moi.

Si jamais j’évitais cette épée, je tomberais définitivement du cheval. Si je tombais du cheval, alors les chevaliers derrière me rattraperaient à coup sûr, et le résultat serait désastreux.

C’était parce que dans mon état actuel, même mon Bouclier de Lumière était comme une barrière protectrice faite de papier, et je n’avais absolument pas la force d’engager le combat avec les autres, et encore moins avec un chevalier de haut niveau.

J’imagine que je n’ai pas d’autres choix que de prendre les dégâts !

Le Bouclier de Lumière, en plus de ma magie sacrée, devrait être capable de l’encaisser …

Tsssshhhhh…. La lame perça ma barrière protectrice comme si elle passait à travers deux couches de papier. Mon visage pâlit, mais je parvins à incliner mon corps légèrement pour que l’épée ne perce pas mon cœur, mais ne fasse qu’érafler mon épaule droite, qui se mit immédiatement à déverser un flot de sang. Par chance, l’épée ne blessa pas le cheval, aussi il continua à se presser en avant avec toute sa volonté, augmentant la distance entre nous et les chevaliers.

Alors que j’utilisais ma magie de guérison pour soigner ma blessure, je pensai : ce chevalier est vraiment fort… Même si j’avais été au meilleur de ma forme, j’ai bien peur que je n’aurais tout de même pas eu l’avantage. La seule raison pour laquelle j’ai réussi à le faire tomber avec succès du premier coup était grâce à la chance de l’avoir pris par surprise, et parce que j’ai bien coordonné ma magie.

Un chevalier aussi fort, plus le fait qu’il a crié « sans scrupules » et « méprisable » … j’ai bien peur qu’il ne soit pas un chevalier ordinaire. Qui sait, il pourrait être issu d’une famille noble, et c’est pourquoi il tiendrait en estime les valeurs de l’honneur et du fair-play.

Toutefois, en y repensant, un chevalier qui accorde de l’importance à l’honneur, et qui se rend dans un terrain d’exécution pour trouver un corps… Il semblerait qu’il y ait quelque chose qui cloche, peu importe l’angle sous lequel on le prend !

À moins que ce ne soit un ordre du maître qu’il sert, alors ce serait une toute autre histoire… Aahh !

Un vertige soudain me frappa, et je secouai la tête violemment. Baissant celle-ci, je m’aperçus que l’épaule que je venais tout juste de guérir avait recommencé à saigner. C’était logique ; pendant ce genre de voyage à cheval mouvementé, même si la blessure venait à se refermer, elle serait juste secouée jusqu’à s’ouvrir à nouveau.

Je ferais mieux de me dépêcher de rejoindre l’Église pour être capable de concentrer toute ma force sur la guérison de ma blessure. J’arrachai rapidement un pan de mon manteau, l’enroulant deux fois nonchalamment autour de mon épaule, et j’employai ensuite toutes mes forces à chevaucher en direction de la ville.

Quand je fus sur le point d’atteindre les portes de la ville, je jetai le vieil homme du cheval, et lui lançai un sort de soin. À voix basse, je lui dis : « Si tu tiens à la vie, quitte cet endroit rapidement. Pars aussi loin que tu le peux, tu m’entends ? »

Le vieil home allait visiblement beaucoup mieux après mon sort de soin, et il hocha la tête, apeuré, avant de s’éloigner en boitant.

Une fois qu’il fut parti, je sautai également du cheval. Il appartenait à ce groupe de chevaliers, donc je n’osais pas le chevaucher jusqu’à l’Église. Si jamais il était trouvé après cet incident, il y aurait beaucoup de problèmes. De plus, mon épaule était teintée de rouge par le sang en ce moment. Si je devais avancer à cheval, ce serait trop tape-à-l’œil. Je craignais que cela n’attire trop d’attention de la part de l’Escadron de la Milice ou même de nos propres chevaliers sacrés.

J’utilisai ma main pour couvrir la blessure et entrai lentement dans la ville. Les gardes de la cité à la porte m’observèrent d’un air renfrogné pendant un moment, mais ils ne m’empêchèrent pas d’entrer. Ils avaient probablement déjà vu des tas d’aventuriers couverts de blessures. Qui plus est, puisqu’il y a l’Escadron de la Milice et des chevaliers sacrés présents dans la ville, il ne devrait pas y avoir beaucoup de personnes qui oseraient provoquer du chahut dans la capitale.

J’avais vraiment perdu trop de sang, et j’étais si faible que je n’avais pas d’autres choix que de reprendre ma vitesse de tortue.

Même si je ne créais pas de problèmes, une brigade de l’Escadron de la Milice me fixait quand même. Le sang couvrant la moitié de mon manteau était un spectacle effrayant, et ils craignaient probablement que je ne cause brusquement des ennuis ou, pire encore, que je bascule directement sur le côté de la route et meurs.

Voyant que certains chevaliers dans l’Escadron de la Milice commençaient à s’approcher, je marchai vers le côté de la rue où trois chevaliers sacrés du Temple Sacré discutaient.

Je m’approchai de ces trois personnes et tendis une main vers le chevalier sacré qui me tournait le dos. Cette action avait visiblement rendu nerveux l’Escadron de la Milice ainsi que les deux autres chevaliers sacrés qui avaient noté ma présence, car ceux-ci tirèrent leur frère chevalier sur le côté…

J’avais à l’origine voulu taper sur l’épaule de ce chevalier sacré, mais manifestement je ne le peux plus à présent.

« Puisse le Dieu de la Lumière vous bénir, mes frères », dis-je d’une voix forte. Cependant, après avoir parlé, je réalisai que ma voix n’était pas aussi forte que je l’avais imaginé. À la place, elle sonnait anormalement faible.

« Qui êtes-vous ? » Les chevaliers sacrés m’observèrent avec confusion, et voyant le sang frais sur mon corps, ils ne purent s’empêcher de froncer les sourcils.

Je repoussai un peu ma capuche pour les laisser voir mon visage, et dis avec un sourire : « Me reconnaissez-vous ? »

Les yeux des trois chevaliers sacrés s’agrandirent dès qu’ils virent mon visage, et le plus jeune d’entre eux commença à bégayer : « Vous, vous êtes le Che- ! »

« Chut ! » Je pressai mon index sur ses lèvres et allai jusqu’à cligner de l’œil joyeusement avec un sourire insouciant sur le visage… J’avais sacrément envie de simplement perdre connaissance, mais je devais encore travailler dur pour maintenir l’image du Chevalier du Soleil !

Plusieurs émotions passèrent sur les visages des trois chevaliers sacrés. Pour commencer, ils avaient découvert que j’étais le Chevalier du Soleil, donc ils voulurent saluer. Cependant, ils se souvinrent que je semblais vouloir éviter de révéler mon identité, alors ils n’osèrent pas saluer. Ensuite, leurs yeux dérivèrent sur mon corps, et le voyant couvert de sang, leur expression changea drastiquement. Après cela, je ne pouvais plus dire ce à quoi ils pensaient, mais ils étaient extrêmement pâles.

Intéressant…

« J’ai besoin d’une escorte. Seriez-vous prêts à employer une partie de votre temps pour me raccompagner au Temple Sacré ? »

Mon discours était beaucoup plus simple que d’habitude. Des mots comme être sous l’œil vigilant du Dieu de la Lumière, ou la communion entre les frères chevaliers sacrés et autres : ce genre de bêtises fut totalement omis. À cet instant précis, je désirais seulement rentrer au Temple Sacré et dormir comme une souche.

« D’autre part, l’Escadron de la Milice semble avoir une sorte de malentendu à mon propos, aussi puis-je vous importuner pour aller leur expliquer de quoi il retourne à ma place, mais s’il vous plaît ne révélez pas mon identité. »

Les trois chevaliers sacrés hochèrent la tête avec crainte, et l’un des chevaliers sacrés alla parler à l’Escadron de la Milice. Je ne sais pas quels mots il employa, mais les chevaliers hochèrent simplement la tête avant de s’en aller.

Le plus jeune chevalier sacré devant moi semblait être un peu nerveux lorsqu’il demanda : « Si-Sire, voulez-vous être soigné en premier ? Je connais quelques sorts de soin…Ah ! » Alors qu’il parlait, il sembla se souvenir de quelque chose et s’arrêta à nouveau.

Souriant, je lui dis : « Dans ce cas, puis-je vous importuner ? »

Quand ces mots furent prononcés, les trois chevaliers sacrés me regardèrent avec une incrédulité extrême. Je peux probablement comprendre leur choc, après tout, je suis le Chevalier du Soleil qui a gagné sa renommée à travers sa puissante magie sacrée, et pourtant j’avais besoin que quelqu’un m’aide en utilisant la magie de guérison. C’était simplement trop incroyable…

Les trois chevaliers sacrés savaient aussi qu’il ne fallait pas trop discuter. Seul le chevalier sacré qui venait juste de parler utilisa sa capacité de guérison moins-que-compétente pour refermer ma blessure, et ensuite les trois m’escortèrent au Temple Sacré.

Accompagné des trois chevaliers sacrés, j’atteignis le Temple Sacré rapidement. Après avoir dit quelques mots de remerciement aux trois chevaliers, je montai seul l’escalier du Temple Sacré.

« Che- … Est-ce que vous allez bien ? » cria le plus jeune chevalier avec inquiétude.

Mon corps chancela deux fois, bien que ce ne soit pas visible. Je me retournai vers eux, affichant mon sourire le plus brillant tout en disant : « Je vais bien, s’il vous plaît ne vous inquiétez pas ».

Cependant, pour une raison inconnue les trois Chevaliers Sacrés furent choqués, puis affichèrent des expressions encore plus inquiètes. Les chevaliers sacrés qui gardaient la porte me saluèrent immédiatement, et j’entrai dans le Temple Sacrés sans aucun problème. Je me dirigeai en ligne droite vers ma chambre. J’arrive tout de suite ! Oh mon cher lit…

« Sun ! »

Entendant la voix qui m’appelait, je dus m’arrêter dans mon élan. Sans même avoir le temps de me retourner, je fus traîné en arrière par quelqu’un. Puisque je n’avais même pas la force de parler en ce moment, je ne pouvais rien faire d’autre que d’être traîné.

« Qu’est-ce que tu faisais ? Il y a tellement de sang sur toi ! C’est celui de l’ennemi, n’est-ce pas ? Je parie que tu les as battus jusqu’à ce qu’ils essaient de trouver leurs dents sur le sol, ha ! »

Cette personne avait une tête de cheveux rouges ardents, une voix bruyante, et une forte carrure. Sa façon de parler était extrêmement directe, et sa force était choquante. Il traînait mon corps entier avec une seule de ses mains.

Cette personne est le Chevalier de Flamme des Douze Chevaliers Sacrés, sa personnalité est comme un brasier : directe et explosive. Lui, Storm, Leaf et moi sommes tous pareils, car nous appartenons tous à la « Bonne faction au Grand cœur » des Douze Chevaliers Sacrés.

S’il te plaît, lâche-moi, Blaze ! J’ai envie de pleurer ; je suis sur le point de m’évanouir !

« C’est vrai, j’ai oublié de te dire pourquoi je te cherchais. »

Blaze ne me regarda même pas, mais continua seulement de me tirer. Je notai que quand les chevaliers sacrés qui passaient à côté nous virent, tous lâchèrent leurs documents, tasses et même leurs précieuses épées qu’ils tenaient dans leurs mains, sous le choc. Je pense que la couleur de mon visage devait être très effrayante, tellement blanche que s’en était effrayant.

Si ça continue, mon image de Chevalier du Soleil sera complètement ternie. Je rassemblai chaque once de force dans mon corps et remis la capuche de mon manteau.

« Ice est cloué au lit. L’épée de ce Chevalier de la Mort était un peu étrange. Ils disent que c’était l’épée de la Mort-Truc et que, quand on est touché, elle dirige une aura de la mort dans le corps. Même ce vieux bonhomme le Pape ne peut que réprimer de force son énergie mortelle. Ils disent que toi seul a le pouvoir d’annuler cette énergie machin-chose. »

Aura de la mort ? Tout prend son sens maintenant ! Pas étonnant que je sois encore si faible même avec ma capacité d’auto-guérison extrêmement forte. J’ai bien peur que cette épée n’ait quelque origine extraordinaire et, malheureusement, elle est entre les mains d’un Chevalier de la Mort. Plus malheureux encore était qu’on me suspectait d’être le coupable principal dans la création de ce Chevalier de la Mort, donc je n’avais pas d’autres choix que de découvrir la vérité.

Blaze me tracta jusqu’à la rangée de chambre où vivait la « Cruelle Faction au Cœur de Pierre » et ouvrit la porte de la chambre d’Ice d’un coup de pied. Puis, il cria : « J’ai trouvé Sun ! Maintenant qu’est-ce qu’on fait pour sauver ce glaçon ? »

La situation dans la chambre n’était pas aussi grave que je ne le pensais. Bien que le Chevalier de Glace soit allongé dans son lit, il était conscient et tenait même un livre qu’il lisait. Quelques prêtres de haut niveau se tenaient sur le côté, discutant comment soigner la blessure.

Judgment était aussi assis sur le côté du lit d’Ice, modifiant des documents. Même s’il était venu prendre soin d’Ice, il n’oubliait jamais son travail officiel.

Les prêtres de haut niveau affichèrent des mines enjouées à mon entrée. « Tant que nous versons le sang sacré du Chevalier du Soleil, qui a longuement reçu les bénédictions du Dieu de la Lumière, sur la blessure du Capitaine-Chevalier Ice, et le combinons avec notre magie purificatrice, nous pouvons définitivement chasser l’aura de mort », dit l’un d’eux. « Après cela, laissez simplement le Capitaine-Chevalier Ice se reposer dans le calme pendant quelques jours et il ira mieux. »

Pouvez-vous d’abord me laisser me reposer tranquillement quelques jours ? Peu importe comment vous regarder les choses, j’ai l’impression que mon état est bien pire que celui d’Ice…

Aahhh ! Avec un élancement de douleur, mon bras cracha soudainement du sang comme une fontaine.

« C’est simple. Dans tous les cas, Sun est comme un cafard invincible. Verser un ou deux seaux de sang n’est rien pour lui. » Blaze empoigna mon épaule d’une main et de l’autre, leva ma main et l’agita au-dessus de la tête d’Ice. Mon sang se répandit sur tout son corps, et l’expression sur son visage se fit encore plus froide.

Voyant la situation, quelques prêtres de haut niveau se précipitèrent pour accomplir le sort de purification. Toutefois, tous les sorts de purification étaient lancés sur Ice dans son lit… Hé, hé ! Tout le monde aurait-il oublié que j’ai aussi été touché hier ? Qui plus est, la blessure que j’ai reçue est plus profonde que celle d’Ice, alors partagez un peu de magie de purification avec moi !

Je regardai tous ces sorts de purification, voulant pleurer et étant incapable de le faire. Même si je voulais crier, seul un son rauque sortait de ma bouche.

« Capitaine-Chevalier du Soleil, tu… » Judgment sembla avoir remarqué qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas chez moi. Il leva soudainement la tête, mais il hésita et ne continua pas.

Je peux comprendre l’hésitation de Judgment. Après tout, nous sommes tous les deux le Chevalier du Soleil et le Chevalier du Jugement, qui ne peuvent définitivement pas s’entendre l’un avec l’autre. Peu importe quelle est la vraie situation en privé, devant ces prêtres et Blaze, il n’était pas approprié pour lui de montrer de l’inquiétude pour moi. De plus, avec la faculté de rétablissement dont j’ai fait preuve par le passé, qui s’apparentait à celle d’un cafard, probablement personne ne croirait que je suis vraiment sur le point de mourir…

Pendant que les prêtres purifiaient Ice, ma conscience devint progressivement floue. S’il vous plaît ! N’importe qui fera l’affaire, découvrez simplement que je suis sur le point d’aller rejoindre le Dieu de la Lumière…

Dans les derniers instants avant que je ne perdre connaissance, je regardai du coin des yeux Judgment retirer la main de Blaze de mon bras et pousser la capuche de mon manteau. Quand il vit mon visage, il prit une grande respiration et se tourna, hurlant vers les prêtres. Cependant, je ne pouvais plus rien entendre donc je ne sais pas ce qu’il leur hurla.

Hoho, Ice sauta aussi de son lit. Le visage de ce gars glacé peut en fait avoir une expression bouleversée ? C’est simplement trop incroyable. À la place, c’était Blaze, qui avait toujours des expressions exagérées, qui était devenu frappé de stupeur.

Je n’en ai cure à présent !

Dans tous les cas, ce qui va arriver après, que ce soit la vie ou la mort, ce n’est pas mon problème. Maintenant, je veux seulement dormir… Fermant les yeux, je pensai, Ah ! Comme c’est confortable ! Bonne nuit, tout le monde.

Notes de bas de page

1 « le chevalier sacré qui rencontre des difficultés au sol d’exécution est persécuté par des chevaliers » : C’est un jeu de mot sur le dicton, 虎落平阳被犬欺 (hǔ luò píng yáng bèi quǎn qī), qui veut dire littéralement : le tigre est tombé dans la plaine (en Chine, les tigres sont considérés comme les rois de la montagne), et il est persécuté par des chiens. (Ce qui signifie que des gens forts se trouvant dans des situations difficiles ne peuvent même pas repousser les faibles). Donc, dans ce cas, Sun dit qu’il est dans une situation difficile, et qu’il est persécuté par des gens plus faibles que lui.

2 Bouclier de Lumière : Simplement, il fonctionne comme une couche de lumière autour du lanceur, qui aide à augmenter la défense physique. Pour ceux qui ont joué à Ragnarok Online (RO), ça fonctionne comme l’Eleison de Kyrie.

3 Les Ailes de Dieu : Il s’agit d’un sort qui augmente l’agilité et la vitesse. Il fonctionne comme une accélération.

4 « Le chef ne fait que parler et n’agit pas » : Un jeu de mot. La phrase originale 君子动口不动手, signifie : « Un gentilhomme devrait raisonner avec sa bouche plutôt que se bagarrer avec ses mains. »

4 Responses

  1. Irina

    Petit truc bizarre : Pourquoi Lesus vouvoie Sun à la toute fin, alors qu’il le tutoie dans tous les autres chapitres ??

    • Français

      @Irina
      Parce qu’il est devant des gens où « il n’est pas approprié de manifester de l’inquiétude » pour Sun, son « ennemi juré ». De plus, c’est comme ça autant pour Sun que pour Judgment dans l’histoire. Il est plus poli, entre autre.

    • Irina

      @Français
      Oui, mais dans les autres chapitres, ils se tutoient même en public, il me semble …

    • Français

      @Irina
      Bon d’accord, je vais le changer puisque ça semble porter à confusion.

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