La Légende du Chevalier du Soleil T1C8 : N’Agis Pas Bizarrement Lorsque Tu Portes Une Cape

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 1 – Une Introduction à l’Histoire des Chevaliers

Roman version d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 8 : Don’t act suspiciously while wearing a cloak – Traduit du chinois vers l’anglais par Evangeline[PR!] et Amgine[PR!]
Chapitre 8 :  N’Agis Pas Bizarrement Lorsque Tu Portes Une Cape – Traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par LuluHime

Grisia, si tu n’es pas choisi comme Chevalier du Soleil, devenir un guérisseur ne serait pas mal non plus ! Dans ce cas, tu pourrais aider à guérir mes blessures dans le futur.

Je m’assis brusquement dans mon lit. Je venais à l’instant de faire un rêve, un qui avait fait resurgir des souvenirs enfouis depuis fort longtemps. J’avais même vu un visage sérieux qui ne s’était pas montré depuis un bon moment.

Roland avait toujours été quelqu’un de très sérieux, qui affichait une expression concentrée même quand il réconfortait les autres. Il avait observé mes capacités très attentivement et m’avait alors suggéré un autre choix de carrière. Et j’avais vraiment pris ses mots à cœur, me préparant à me rendre à l’Église et à me présenter aux épreuves pour devenir guérisseur, dans le cas où je n’aurais pas été choisi comme Chevalier du Soleil.

Même si je ne pouvais pas devenir le Chevalier du Soleil, être un guérisseur à ses côtés ne serait pas trop mal. Et si Roland était choisi comme Chevalier du Soleil, ce serait même encore mieux.

Roland et moi nous sommes rencontrés au Temple Sacré durant les examens pour la sélection du prochain Chevalier du Soleil. Quand il ne resta plus que dix candidats, tout le monde se détestait les uns les autres comme si nous étions des ennemis implacables, mais j’étais en très bons termes avec Roland.

Roland était très fort, il était le candidat le plus prometteur, et j’avais tout à fait conscience que mes propres compétences à l’épée étaient les pires parmi nous tous. Je ne pouvais probablement qu’espérer qu’un miracle intervienne pour que je sois choisi comme Chevalier du Soleil !

Dans un environnement si compétitif et rempli de haine, seuls les candidats à la réussite la plus probable et ceux à la réussite la moins probable pouvaient espérer devenir bons amis.

Quoique notre amitié fut rompue le dernier jour, quand le Chevalier du Soleil, qui plus tard devint mon maître, annonça qu’il m’avait choisi pour être son successeur…

« Pourquoi ai-je été choisi ? » Mon moi « enfant » s’était avancé dans une certaine hébétude pour faire face au Chevalier du Soleil de l’époque, comme la possibilité d’être sélectionné ne m’avait jamais traversé l’esprit.

« Eh bien, peut-être était-ce à cause de tes magnifiques cheveux blonds ? » avait ri mon maître quelque peu facétieusement. Entendant sa réponse, mon cœur s’était pratiquement figé, immobilisé par l’impression que j’avais d’une certaine manière gagné à travers des moyens malhonnêtes. Malgré tout, je n’avais simplement pu m’amener à dire que je désirais renoncer à la position, et que je souhaitais que Roland la reçoive à ma place.

J’avais moi aussi voulu devenir le Chevalier du Soleil et vraiment beaucoup qui plus est !

Quand j’avais finalement tourné la tête pour regarder, Roland s’était déjà retourné pour partir avant que je n’aie eu la chance de voir son expression. Il s’était éloigné très rapidement, partant sans une trace de réticence et n’affichant aucune intention de revenir et de me féliciter. Évidemment, en considérant la situation à ce moment-là, j’étais déjà infiniment chanceux qu’il ne soit point venu me découper en morceaux. Les autres candidats avaient tous semblé prêts à me transformer en gruyère avec leurs regards cinglants.

« Me détestes-tu, Roland ? » J’enfouis mon visage entre mes mains, en marmonnant : « Es-tu revenu me hanter à cause de ta haine ? Mais comment diable es-tu mort ? Je veux dire, tu es Roland, le même Roland qui pouvait battre un adulte au combat à l’âge de dix ans. »

Puis, je songeai au troisième fils du Baron Gerland, ainsi qu’à la possibilité que le prince héritier soit derrière tout cela, et je me fis finalement une idée générale de ce qu’il se passait. Quelle que soit sa force, il n’y avait aucune chance pour que Roland puisse à lui seul se dresser contre le dirigeant d’un pays tout entier. Même le Chevalier du Soleil ne pouvait simplement renverser le dirigeant d’un pays, à moins que le pays ne s’oppose à l’Église du Dieu de la Lumière et ne déclenche une guerre totale entre le pays et l’Église.

Mais ne venais-je pas tout juste de déclarer que mon but était de venger Roland…? Hmm ! Je ferais mieux d’enquêter plus minutieusement  avant de commencer à parler de quête de vengeance, pensai-je avec un peu la mentalité d’une autruche qui se cache la tête dans le sable.

Pour ce qui était d’enquêter sur la famille royale, consulter le Capitaine-Chevalier de la Tempête était indispensable, puisqu’il passait tous ses jours à lancer des clins d’œil séducteurs aux femmes de l’aristocratie et à s’extasier devant de la poésie romantique avec les fils de nobles. Il connaissait définitivement grand nombre de leurs secrets.

Les actions parlent plus que les mots et les pensées ! Je passai les minutes suivantes à brosser mes cheveux, à laver mon visage et à fixer mon apparence avant de me hâter hors de ma chambre et de fouiller tout le Temple Sacré pour trouver le Chevalier de la Tempête. Finalement, au milieu d’un couloir quelconque, j’interceptai ce dernier qui traînait une grande pile de documents.

Je lui demandai sans hésitation : « Mon Frère Storm, pourrais-tu prêter main forte à Sun ? »

« Puis-je refuser ? » s’enquit le Chevalier de la Tempête, des cernes sous les yeux. En observant la taille de la pile de papiers dans ses mains, j’en déduisis que, très probablement, afin de maintenir sa réputation d’insouciant Chevalier de la Tempête, il n’avait eu d’autres choix que de sécher une autre réunion. Comme dans des situations antérieures, le travail en retard qui s’était accumulé pendant mes vacances avait dû être entièrement placé sur ses épaules.

« C’est un ordre du chef des Douze Chevaliers Sacrés.

– … Vas-y et dis-le alors.

– Sun te prie de l’aider à découvrir qui, parmi la noblesse, possède un penchant pour la torture… puisse le Dieu de la Lumière pardonner ces brebis égarées.

– Si ce n’est que ça, je puis te le dire sans avoir besoin d’enquêter. Environ 80 % de la noblesse a ce genre de loisir », déclara le Chevalier de la Tempête en m’adressant plusieurs regards dédaigneux.

« Tant que cela ? » J’étais assez étonné. Se pouvait-il que torturer les autres soit une compétence fondamentale pour les nobles ?

« Bien sûr, ce sont des aristocrates après tout.

– Dans ce cas… Y en a-t-il certains qui se sont encore plus égarés, qui auraient non seulement embrassé le chemin de la torture, mais se seraient aussi livrés au genre d’activités que le Dieu de la Lumière ne saurait tolérer, telles que torturer quelqu’un à mort ? »

En entendant cette question, Storm me fixa avec une expression bizarre, mais me répondit tout de même sérieusement : « Personne ne voudrait réellement admettre qu’ils ont pour passe-temps de torturer les gens à mort. Mais Sun, si tu tiens vraiment à le savoir, il y a en vérité un bon nombre de rumeurs non confirmées… »

« Alors, parle-m’en ! » l’encourageai-je. Je pensais initialement qu’il n’y aurait que très peu de personnes. Au lieu de cela, Storm énonça une dizaine de noms, et même si je considérais posséder une mémoire relativement bonne, je ne pus en mémoriser qu’une poignée.

« … Il semble également y avoir ce genre de rumeurs autour du Baron Gerland et du roi. »

J’hésitai un peu, puis finis par demander : « Et qu’en est-il du prince héritier ? »

« Non, je n’ai jamais entendu dire que le prince héritier ait ce genre de loisir. Parmi la noblesse, le prince héritier est même considéré comme étant relativement honnête et menant une vie bien rangée. » Storm haussa les épaules et ajouta : « Bien entendu, ça peut aussi signifier qu’il a particulièrement bien réussi à garder le secret. Même si, en surface, le prince héritier semble être quelqu’un dont on pourrait aisément prendre avantage, il pourrait en fait se révéler être l’un de ces typiques loups déguisés en mouton. Autrement, comment lui serait-t-il possible de garder le roi sous contrôle ? »

Je poursuivis avec mon interrogatoire. « Dans ce cas, tu ne serais guère surpris si le prince héritier avait réellement torturé quelqu’un à mort ? » Storm me regarda encore plus bizarrement, mais néanmoins il acquiesça de la tête en réponse.

J’hochai la tête avec un peu de désarroi. « C’est tout ce que j’avais besoin de savoir. Puisse le Dieu de la Lumière te bénir de sa présence, mon Frère Storm. »

Storm me salua d’un signe de tête et, tandis qu’il partait, je le surpris à murmurer : « Comme c’est inhabituel pour Sun de parler si sobrement qu’on puisse le comprendre dès que les mots sortent de sa bouche. Je n’ai pas eu à me creuser les méninges pour déchiffrer ce qu’il essayait de dire. Inconcevable ! »

Tout en faisant les cents pas négligemment, je réfléchissais. Des dizaines de personnes se trouvent sur la liste des suspects, mais puisque la situation est reliée au troisième fils du Baron Gerland qui a juré allégeance au prince héritier, les suspects peuvent être réduits au Baron Gerland, au prince héritier et à Sa Majesté le roi. Bien que celui à qui il ait juré fidélité soit le prince héritier, si le roi venait à lui donner un ordre, alors il pourrait toujours être forcé de l’exécuter.

La raison pour laquelle je ne suspectais pas le troisième fils du Baron Gerland était parce qu’il avait amené avec lui deux autres chevaliers pour l’aider à disposer du corps. Tous les chevaliers accordent une grande importance à leur réputation, donc s’il était bel et bien le coupable, dans ce cas il se serait contenté de disposer discrètement du corps par lui-même, et il n’aurait jamais laissé deux autres chevaliers savoir qu’il avait torturé quelqu’un à mort.

Mais encore une fois, est-il possible que les trois l’aient fait ensemble ?

« Non ! » Je mis immédiatement cette pensée de côté. « Roland est trop fort. Il n’aurait possiblement pu être battu par ces trois chevaliers seulement. »

« On dirait que tu as fait quelques progrès dans ton enquête. » Je sursautai, alarmé. Quand je me retournai, je vis que la voix appartenait au Capitaine-Chevalier du Jugement.

« Donc Roland est le nom de ce Chevalier de la Mort ? » Judgment me dévisagea attentivement, comme s’il pouvait déduire la réponse à partir de l’expression de mon visage.

Á présent, je commence à réaliser comment il parvient à contraindre les criminels à avouer la vérité. Il mérite réellement le titre de « Jugement », pour être en mesure de déduire que Roland est le Chevalier de la Mort juste avec cette unique phrase.

« Tu connais ce Chevalier de la Mort ? Mais je ne t’ai jamais entendu mentionner ce nom auparavant. Est-ce quelqu’un que tu connaissais il y a longtemps ? » Euuh… Je n’ai encore rien dit, n’est-ce pas ? Pourquoi ai-je l’impression que Judgment connaît le moindre détail ? Comme c’est effrayant !

« Hier, Blaze a rencontré le Chevalier de la Mort et quelqu’un qui portait des vêtements entièrement noirs. » Après avoir dit cela, Judgment me jeta un coup d’œil et ajouta avec nonchalance : « Tu n’as pas l’air d’être surpris. Tu le savais déjà alors ? Mais la réunion entre les Douze Chevaliers Sacrés vient tout juste de finir, et Blaze est parti après moi, donc il ne devrait pas encore avoir pu t’en parler. »

« … »  J’imagine que je n’ai même pas besoin de répondre pour que Judgment puisse déduire toutes les réponses dans la minute par lui-même.

Il vit probablement que je n’avais aucune intention de lui répondre, aussi Judgment arrêta ses questions et se contenta d’expliquer. « D’après le compte-rendu de Blaze sur les événements, ce Chevalier de la Mort semble être sur le point de se transformer en Seigneur de la Mort, aussi je prévois de déployer la moitié des forces du Temple Sacré pour le chercher dans la cité. Le Pape a aussi convenu d’envoyer la moitié des prêtres de l’Église pour les assister dans la recherche. Nous ne pouvons absolument pas permettre à un Seigneur de la Mort de voir le jour. »

Alors l’unique destin de Roland serait de finir brûlé sur un bûcher ! Je me forçai à réprimer mon anxiété et invoquai ma dignité de Chevalier du Soleil que je n’avais pas affichée depuis des lustres. Je décrétai abruptement : « S’occuper des créatures des ténèbres s’inscrit dans les responsabilités du Chevalier du Soleil. Capitaine-Chevalier du Jugement, il semblerait que tu aies outrepassé ta juridiction. »

« Je suis extrêmement désolé, Capitaine-Chevalier du Soleil. J’avais l’impression que tu étais en congé, et cette situation avec le Chevalier de la Mort ne peut absolument pas traîner en longueur, j’ai donc dû agir en ton nom. Si tu désires reprendre les rênes, dans ce cas aie l’obligeance d’annuler tes vacances. Pour rappel, il te reste encore deux jours pour enquêter », répondit Judgment d’une manière complètement calme.

Quand il eut fini de parler, il se tourna pour partir, mais alors qu’il passait à côté de moi, il dit à voix basse : « Depuis notre enfance, combien de fois m’as-tu forcé à outrepasser ma juridiction pour toi ? Aide-moi au combat, aide-moi à enquêter, aide-moi à tabasser ceux qui me brutalisent ; qui est celui qui a fait toutes ces requêtes ? »

Euuh… cela ressemble effectivement à quelque chose que le moi « jeune et immature » a dit.

« Sans tenir compte de qui peut être Roland, empêcher qu’un Seigneur de la Mort ne naisse devrait être l’un de tes principes majeurs, n’est-ce pas, Chevalier du Soleil ? »

« Oui, c’est l’un des principes majeurs du Chevalier du Soleil », admis-je avec un hochement de tête. C’est juste que Grisia a aussi ses propres principes.

En entendant ma réponse, Judgment m’adressa un dernier signe de tête et s’en fut.

Il ne restait plus beaucoup de temps à présent. À leur plus haut niveau d’efficacité, l’Église et le Temple Sacré auraient tout de même besoin d’environ une demi-journée pour rassembler la moitié de leurs forces et les organiser en pelotons pour les envoyer inspecter chaque quartier. Durant ce créneau d’une demi-journée, je devais trouver où se trouvait Roland et le cacher chez Rose. J’étais certain que Rose serait en mesure de cacher celui-ci correctement et de le mettre en sûreté.

Comme j’étais hautement sensible aux auras de ténèbres, trouver Roland en une demi-journée ne devrait point être difficile du moment que celui-ci ne se cache pas dans un endroit trop inhabituel.

Je retournai dans ma chambre pour prendre mon Épée Divine du Soleil et enfiler une grande cape à capuchon, et peu après j’arrivai au centre de la ville, qui se trouvait être la plus grande place de la cité. Ensuite, prétendant être un voyageur éreinté, je m’assis sur le rebord de la fontaine centrale.

Sous l’obscurité de la cape, je tins l’Épée Divine du Soleil. L’élément sacré et pur de l’Épée Divine du Soleil me rendait encore plus sensible aux auras de ténèbres.

Les yeux fermés, je recherchai les auras de ténèbres dans la Cité du Bourgeon. De la même façon qu’on est sûr de retrouver des lieux obscurs dans chaque cité, chaque personne est destinée à posséder des traces de ténèbres en soi. Mais la quantité est très minime pour les villes tout comme pour les citoyens. Généralement, ils débordent de toutes sortes d’éléments, peut-être quelques éléments du feu par-ci et d’autres éléments de l’eau par-là. Seuls ceux qui cultivent une compétence particulière auraient une forte concentration de cet élément particulier. Par exemple, les magiciens qui étudient la magie du feu sont destinés à posséder une quantité hautement anormale d’élément du feu dans leur corps.

En examinant la composition interne de leurs éléments, j’arrive plus ou moins à déduire la profession d’une personne lors de notre première rencontre.

Fort heureusement, ma capacité à sentir les éléments n’est pas une capacité commune, au point qu’elle pourrait être considérée comme un don inné rare. Bien que ceux qui ne sont pas nés avec peuvent quand même apprendre à le faire, les résultats sont généralement médiocres.

Le fait que je possède cette capacité est quelque chose dont seul mon maître est au courant, et mon maître m’a ordonné très sévèrement de ne divulguer ce secret à personne. Il m’a aussi interdit d’utiliser cette compétence sauf en cas d’extrême nécessité.

Ceci est parce que cette capacité est tout simplement trop terrifiante, puisque la composition des éléments de chacun est unique et ne peut pas être changée de façon significative à court terme. Ainsi, dès que je reconnais la constitution des éléments d’une personne, je suis capable de retracer sa localisation. Aussi, comme je l’ai mentionné précédemment, je peux dire quels éléments une personne possède dès notre première rencontre, au point où je peux même savoir si elle portait un accessoire enchanté, et également identifier le pouvoir approximatif de cet accessoire.

Si les autres venaient à découvrir que je suis en mesure de voir clairement leurs spécialités, ce ne serait vraiment pas à mon avantage.

De plus, depuis que je suis devenu le Chevalier du Soleil, ma capacité à sentir les éléments s’est émoussée, puisque mon propre élément saint est devenu si prévalent qu’il interfère toujours avec ma capacité à sentir les autres éléments. Ce n’est qu’envers un élément en particulier que ma capacité de détection est vraiment devenue plus forte, et c’est précisément l’élément qui est l’opposé du sacré : les ténèbres !

Je ressentis en effet une grande quantité d’élément des ténèbres autour de la ville, bien que l’ensemble ne fût pas particulièrement élevé. La Cité du Bourgeon était relativement fraîche et propre comparativement aux autres villes.

Je continuai d’étendre et d’étendre ma zone de recherche, commençant par les rues de la place avant de l’étendre dans toutes les autres directions. Je cherchai dans les coins des allées louches, à l’intérieur des vieilles cabanes bancales, et des étables de chevaux remplies de rations et de fourrage, mais je ne trouvais toujours aucune de trace de Roland.

Où s’est-il caché ? Si son élément des ténèbres est extrêmement fort, alors il n’y a pas de raison pour que je sois incapable de le trouver.

Se pourrait-il que … Je regardai avec hésitation derrière mon dos. Non loin de là se tenait le site le plus important de tout le pays, le palais impérial.

Le palais pouvait être considéré comme l’endroit le plus ténébreux. Bien que, dans ces murs, il y eût de nombreux chevaliers royaux, on y retrouvait encore plus d’aristocrates aux cœurs plus sombres que le noir. D’après les dires de Storm, c’est-à-dire que plus de 80 % de la noblesse s’adonnait à la torture, on pouvait facilement affirmer que le palais impérial était définitivement l’endroit le plus sordide de toute la Cité du Bourgeon.

Je pouvais sentir que le palais tout entier était enveloppé dans un nuage de ténèbres. Si Roland s’était vraiment caché là-dedans, je ne l’aurais absolument pas détecté.

Je n’ai vraiment aucune envie d’étendre mes sens à l’intérieur de cette masse de ténèbres… me lamentai-je dans mon cœur. Mais je ne pouvais trouver Roland nulle part ailleurs, et c’était l’unique endroit restant où le chercher.

Une fois encore, je fermai les yeux et étendis à contrecœur mes sens à l’intérieur du palais impérial.

Peu après, je rouvris les yeux. Comment se fait-il qu’il ne semble pas non plus y être ?

Se pourrait-il qu’il ait quitté la ville ? pensai-je négligemment. C’est une bonne nouvelle. Judgment ne sera pas en mesure de le retrouver de cette manière.

« Ne me dis pas que c’est le devoir du Chevalier du Soleil de rêvasser au milieu de la place ? »

« Bien sûr que non. Normalement, je devrais être plutôt occupé ! » répliquai-je automatiquement, mais lorsque je relevai la tête,  je restai abasourdi. Pile en face de moi se tenait celui-là même que je venais de chercher partout sans pouvoir le trouver… Roland !

Roland se tint face à moi, pratiquement inchangé depuis l’enfance, seulement plus grand et plus robuste qu’avant. Il affichait une carrure élancée, un visage beau et intelligent, et une expression à jamais si sérieuse. En se tenant nonchalamment là, il donnait l’impression d’être une personne solide. Même son sourire émanait une impression incroyablement oppressante, mais très peu de gens s’opposeraient à cette impression autoritaire que Roland émettait. Il était tout simplement l’un de ces Chefs-nés pour qui les autres pouvaient exécuter les ordres joyeusement et volontairement.

Cependant, ce qui me surprit le plus était que Roland ressemblait à … un humain normal !

Il avait l’air complètement différent de cette épouvantable apparence sans couleur qu’il avait avant. Si, lors de notre dernière rencontre, il était apparu devant moi tel qu’il était maintenant, j’aurais été capable de dire au premier regard qu’il s’agissait de Roland.

Je l’interrogeai d’un air ahuri : « Tu… as été ressuscité ? » Mais, je voulus me mettre une claque dès que les mots eurent quitté ma bouche. Comment aurait-il pu être ressuscité après être mort et même après être devenu un Chevalier de la Mort ?!

« Non, je n’ai évidemment pas été ressuscité », me répondit directement Roland, complètement sérieux comme d’habitude. Puis, aussi poli que toujours, il demanda : « Puis-je m’asseoir ? »

« Euh, bien sûr. » Mon esprit était présentement dans un désordre complet, se demandant frénétiquement pourquoi Roland avait l’air si humain malgré le fait de ne pas avoir été ressuscité. Roland ne pouvait tout de même pas n’être qu’un étrange fragment issu de mon imagination ?

Roland s’assit à côté de moi et me dit avec un sourire : « Grisia, tu es toujours le même. À chaque fois qu’un problème difficile se dresse sur ton chemin, tu viens t’asseoir sur une esplanade ou à autre endroit du même genre, perdu dans tes pensées. »

C’est parce que je me servais de ma capacité à sentir les éléments, pas parce que j’étais perdu dans mes pensées !

« Comment se fait-il que ton apparence soit normale ? » ne pus-je m’empêcher de lui demander.

Roland leva sa main gauche, et je notai immédiatement cet anneau sur son majeur. Roland ne portait jamais de joaillerie, et particulièrement pas le genre d’anneau rose en forme de cœur que tout le monde pouvait identifier au premier regard comme une sorte de contrefaçon bon marché. Je ne serais guère étonné que cet anneau possède une sorte de capacité spéciale apocalyptique pour que Roland le porte volontairement.

Roland soupira doucement. « C’est l’Anneau de Vie que Rose m’a donné, et qui me permet de revêtir l’apparence artificielle d’un humain. Mais, cette illusion peut facilement être balayée par la Lumière Sacrée. »

« Je peux aisément deviner que l’anneau appartient à Rose… T’a-t-elle également offert cette épée ? » Qui aurait songé que cette apparence vivante avait été totalement créée par les effets d’un anneau dont des petites filles auraient pu se servir pour jouer à la poupée ?

La prochaine fois que j’irai chez Rose, il vaudrait probablement mieux que je fasse attention à cet ours en peluche dans le coin. Qui sait si cet ours en peluche a la capacité d’invoquer un roi démon ou toute autre créature indésirable du même genre ?

« Non, il s’agit d’un héritage familial. Jamais je n’aurais cru que j’utiliserais une épée malveillante telle que celle-ci », déclara Roland, en souriant un peu à contrecœur. « En fait, je n’aurais jamais imaginé que j’utiliserais cette épée en tant que Chevalier de la Mort, ni que je me rallierais aux forces du mal… »

« Attends un peu ! » J’agitai ma main pour interrompre Roland, comme je sentais la présence de cinq chevaliers sacrés et de deux prêtres qui entraient dans la place. Bien qu’ils n’aient probablement pas prédit que le Chevalier de la Mort apparaîtrait dans la place la plus grande et la plus peuplée, Judgment faisait toujours les choses prudemment sans négliger un seul détail. Il ne laisserait évidemment pas une place aussi grande inexplorée.

C’était mauvais ; le Chevalier de la Mort était assis juste à côté de moi !

Même si Roland ressemblait à un humain, en étant assis à côté de lui je pouvais tout de même faiblement sentir l’aura de ténèbres qu’il émettait. Difficile de garantir qu’il ne serait pas détecté par les prêtres… Uh oh ! C’était mauvais – un prêtre dardait continuellement ses yeux dans notre direction, et il nous désigna même du doigt à l’un des chevaliers sacrés près de lui. Ils semblaient se préparer à s’approcher et à nous inspecter de plus près.

« Roland, va-t’en maintenant ! » le pressai-je à voix basse.

Toutefois, bien que Roland ait lancé un regard vers le groupe de chevaliers sacrés, il ne fit aucun geste pour partir, et garda même une attitude calme et décontractée.

Quel désastre : non seulement les chevaliers approchaient, mais les sept d’entre eux venaient ensemble, chacun affichant une expression grave. Ne me dîtes pas qu’ils nous ont vraiment percés à jour ?

Mon cœur battait follement, et je me demandais encore de quelle façon j’allais me débrouiller pour tromper mon propre peloton de chevaliers sacrés, lorsque les sept d’entre eux furent déjà à côté de Roland… et ignorant son existence, ils passèrent devant lui pour s’arrêter en face de moi.

Le chef des chevaliers me dit avec vigilance : « Monsieur, veuillez retirer la capuche de votre cape. »

Je retirai mon capuchon, le visage inexpressif, tandis que Roland se tenait à côté de moi en regardant ailleurs. Je pouvais dire d’après la façon dont ses épaules tremblaient qu’il étouffait son rire.

« Ahh, Chevalier du Soleil ?! » Les sept d’entre eux reçurent manifestement un assez grand choc. Même s’ils avaient vraiment trouvé le Chevalier de la Mort, je pense qu’ils n’auraient pu être plus choqués.

Comme si j’étais rempli de chagrin, je commentai : « Se pourrait-il que Sun ne soit plus béni par le Dieu de la Lumière, au point que l’aura sainte qui imprégnait son corps soit tellement affaiblie que mes confrères chevaliers sacrés auraientt confondu Sun avec le Chevalier de la Mort qui déborde d’une aura de ténèbres ? »

« Non, non, il n’en est rien ! » Les sept d’entre eux secouèrent simultanément la tête ; une vision vraiment dramatique à contempler !

« Alors, est-ce parce que le comportement et les mouvements de Sun semblaient excessivement louches et évasifs, au point où mes frères chevaliers sacrés auraient pris Sun pour un Chevalier de la Mort qui rôderait dans les parages ? »

Les sept d’entre eux secouèrent encore leurs têtes simultanément, les agitant en un mouvement de va-et-vient, telle une girouette, dans un angle de 180°.

« Dans ce cas, se pourrait-il qu’il s’agisse uniquement d’un beau malentendu permis par le Dieu de la Lumière à l’occasion ? »

Les sept d’entre eux secouèrent à nouveau leurs têtes jusqu’à ce qu’ils réalisent ce que je venais de dire. Après avoir fait sept différentes expressions terrifiées, ils ajustèrent tous le mouvement de leurs têtes pour les bouger de haut en bas.

« Puisqu’il ne s’agit que d’un beau malentendu permis par le Dieu de la Lumière, Sun ne dérangera pas ses frères plus longtemps et vous souhaite de continuer à transmettre la volonté du Dieu de la Lumière. »

Après que les sept d’entre eux m’eurent salué hâtivement et que je leur eus rendu leur salut lentement et calmement, ils s’enfuirent précipitamment de la scène sans demander leur reste, comme si moi, le Chevalier du Soleil, j’étais plus effrayant encore que le Chevalier de la Mort.

C’était probablement mon visage inexpressif initial qui les avait effrayés. Pour que le Chevalier du Soleil, connu pour maintenir le principe de sourire même face à la mort, s’arrête soudainement de sourire, ce serait plutôt effrayant même sans qu’il soit en colère. Il semblerait que je doive faire encore plus attention à mes sourires à l’avenir, sinon des rumeurs indésirables pourraient facilement se répandre à propos du Chevalier du Soleil et de son tempérament instable.

Je remis la capuche de mon manteau et me tournai pour apercevoir une expression quelque peu surprise sur le visage de Roland. Il me questionna : « Grisia, quand as-tu commencé à parler d’une façon aussi érudite ? »

« … Ne me demande même pas. »

Je lui dis : « Roland, dépêche-toi d’aller te cacher dans la maison de Rose. Ce prêtre à l’instant a probablement vraiment senti une aura de ténèbres, et il se trouve simplement que tu étais assis en plein jour en ayant l’air si innocent qu’ils m’ont pris moi, qui étais à côté de toi, pour le Chevalier de la Mort. »

Roland resta silencieux un moment avant d’ajouter rapidement : « Je voulais seulement te dire au revoir, Grisa. La prochaine fois que nous nous rencontrerons, nous serons ennemis. »

« Ennemis… ainsi, tu me hais vraiment. » Je baissai la tête, découragé. À l’origine, je m’étais encore accroché au maigre espoir que Roland n’était pas quelqu’un qui garderait rancune et qu’il aurait peut-être même déjà oublié le fait que je lui avais volé la position du Chevalier du Soleil.

Mais à la place, Roland demanda : « Pourquoi te haïrais-je? »

« Tu ne me hais pas ? » Je relevai soudainement la tête et répliquai d’une voix forte : « Dans ce cas, pourquoi m’as-tu attaqué à la minute où tu t’es montré ? »

Roland révéla une expression d’excuse. « C’est parce que Rose m’avait demandé d’amener quelques créatures des ténèbres pour que tu t’en occupes. J’avais seulement l’intention de te saluer d’un geste de la main, mais je n’étais devenu un Chevalier de la Mort que très récemment, et j’avais oublié que ma vitesse et ma force avaient toutes deux augmenté. En résultat, je n’ai pas eu assez de temps pour rétracter ma main, et je t’ai accidentellement blessé avec mon épée. Je suis vraiment désolé ! »

« … » Je lui demandai de mauvaise grâce : « Alors, pourquoi as-tu dit que tu reviendrais me trouver ? »

« J’avais initialement prévu de revenir te trouver pour te dire au revoir », répondit Roland de façon détachée.

Roland, espèce de triple andouille ! Tu ne réalises donc pas que tu es déjà un Chevalier de la Mort ? J’ai presque été tué par tes « salutations » et tes « au revoir ».

« Roland, si les humains avaient deux vies, je ferais en sorte de te laisser mourir une seconde fois », déclarai-je avec colère, en grinçant des dents.

C’était déjà suffisamment mauvais qu’il m’ait entaillé, mais comment avait-il pu dire quelque chose d’aussi facilement mal interprétable que « Je reviendrai et je te retrouver, Chevalier du Soleil » ? Cela a poussé les gens à se méprendre sur mon propos au point où j’étais presque prêt à mourir en martyr en me frappant à mort contre les piliers de l’Église.

« Tu peux me brûler sur le bûcher », affirma calmement Roland. « Lorsque j’aurai tué mon Némésis, alors je te laisserai m’exécuter. »

« Je ne faisais que plaisanter. » Je fronçai les sourcils. J’avais presque oublié ; Roland est un type tellement sérieux que tu ne peux pas du tout plaisanter avec lui.

« J’étais complètement sérieux. Si je n’avais pas besoin de tuer cette personne, alors je ne me serais pas autorisé à exister dans ce monde sous cette forme malfaisante. »

« La personne qui t’a tué, est-ce le prince héritier ? » En entendant mes mots, Roland me fixa avec un regard vide avant d’hocher la tête.

Donc c’est vraiment le prince héritier ? Mon humeur s’alourdit immédiatement.

« Tu ne réussiras pas. Le Chevalier du Jugement, pour commencer, n’a pas l’esprit aussi embrouillé… ahem ! Je veux dire, n’a pas le cœur aussi “bienveillant” que moi. Il va définitivement mettre en place un filet de surveillance autour du prince héritier qui s’étendra de la terre jusqu’au ciel, donc il te sera impossible de réussir », dis-je.

Roland se retourna, et je vis qu’il était tellement agité que ses yeux avaient commencé à se déformer, comme s’ils redevenaient les yeux vengeurs et pleins de flamme du Chevalier de la Mort.

« Quelles que soient mes chances de succès, je vais définitivement le tuer », assura Roland fermement.

« Roland, la vengeance n’est pas une caractéristique appropriée pour un chevalier », le pressai-je.

« Non Grisia, je ne fais pas ça par vengeance », expliqua froidement Roland. « Ce n’est pas la première fois qu’il commet ce crime. Je suis devenu une victime parce que je ne pouvais pas supporter ses transgressions plus longtemps, et que j’ai voulu l’exposer pour ce qu’il est. Le laisser vivre ne résulterait qu’à davantage de victimes innocentes. »

J’étais complètement stupéfait et à court de mots. Le prince héritier est-il vraiment une personne à deux visages qui affiche un sourire par devant tout en cachant la personnalité d’un tueur sadique par derrière ?

Roland se leva, l’aura de ténèbres autour de son corps se dissipant sauvagement. « Je vais assurément le tuer pour qu’il ne puisse jamais plus mettre quelqu’un en danger. »

« Ton obsession est de le tuer ? » Si c’était ainsi qu’il en était, alors les choses allaient être difficiles. Il n’y a pas de compromis pour une telle obsession.

« Une obsession ? » Roland me fixa d’un regard vide.

« Oui. La dernière fois, tu t’es presque transformé en Seigneur de la Mort. Pour que tu progresses aussi loin en si peu de temps, tu dois posséder une obsession qui soit presque impossible à accomplir. Et si c’est de le tuer, alors c’est vraiment une obsession presque impossible. » Je secouai la tête. Ne me dites pas que la seule solution est de brûler Roland après tout ?

Je relevai la tête et vis que Roland me lançait un regard étrange. « Quoi ? » demandai-je, en quelque sorte décontenancé.

« Non, je devrais partir. L’aura de ténèbres que j’ai dégagée il y a un instant, quand j’ai perdu contrôle, a probablement déjà été remarquée. Grisia, la prochaine fois que nous nous rencontrerons, j’espère que tu apparaîtras devant moi en tant que Chevalier du Soleil. » Dès qu’il eut fini, Roland se retourna et partit sans attendre.

Hébété, je m’assis sur l’esplanade, mon cœur remplit d’un tourbillon d’émotions. C’est vraiment impossible d’empêcher Roland de tuer les autres. Alors que devrais-je faire ?

Dévoiler les plans de Roland ? De cette façon, quelle que soit sa force, sous la garde vigilante du palais impérial et de l’Église du Dieu de la Lumière, il n’aurait aucune chance de réussir, et ne pourrait même pas s’échapper. Si cela devait se produire, en tant que Chevalier du Soleil je serais personnellement forcé d’emmener Roland jusqu’au bûcher et d’embraser l’allumette qui le transformerait en barbecue.    

D’un autre côté, je pouvais garder les plans de Roland pour moi et attendre qu’il ait tranché le dirigeant du pays en deux. J’avais horreur de l’admettre, mais avec sa force et sous le déguisement prodigué par l’Anneau de Vie, Roland pourrait vraiment réussir…

Maudit sois-tu Roland ! Tu ne pouvais donc pas agir rapidement de ton côté et venir en discuter avec moi par après ? Pourquoi a-t-il fallu que tu me parles à l’avance de tes plans maléfiques, me donnant un mal de tête énorme alors que je débats encore pour savoir si oui ou non je dois te mettre sur le grill ? 

Soudain, des bruits de pas tapageurs se rapprochèrent. Je regardai, et il s’agissait bien du groupe de chevaliers sacrés tardifs. Je secouai la tête. Pour n’être arrivés que maintenant, ils ne parviendraient même pas à repérer l’ombre que le Chevalier de la Mort aurait laissée derrière lui !

« Par ici ! » Comment ? Se pourrait-il que Roland soit revenu ? Je regardai à gauche et à droite, mais ne vis aucun signe de lui…

« Vous ! Retirez la capuche de votre manteau ! » Un peloton entier de chevaliers sacrés chargea vers moi en criant férocement telle la fanfare d’une horde de taureaux.

« … » Combien de fois allez-vous donc me prendre pour le Chevalier de la Mort avant d’être satisfaits ?!

2 Responses

  1. Irina

    « Se pourrait-il que Sun ne soit plus béni par le Dieu de la Lumière, au point que l’aura sainte qui imprégnait son corps soit tellement affaiblie que mes confrères chevaliers sacrés aurait confondu Sun avec le Chevalier de la Mort qui déborde d’une aura de ténèbres ? »
    Ce ne serait pas plutôt “que mes confrères chevaliers sacrés auraient confondu” ??

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