La Légende du Chevalier du Soleil T1C9 : Si Tu Veux Connaître Un Secret, Demande-Le à Une Femme

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 1 – Une Introduction à l’Histoire des Chevaliers

Roman version d’origine en chinois par : 御我 (Yu Wo)


Chapter 9 : If You Want To Know A Secret, Ask A Woman – Traduit du chinois vers l’anglais par Raylight[PR!]
Chapitre 9 :  Si Tu Veux Connaître Un Secret, Demande-Le à Une Femme
 – Traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par LuluHime

Le son grinçant d’une porte en bois qui s’ouvrait s’échappa d’une petite maison délabrée qui donnait l’impression qu’elle allait s’effondrer quand le vent soufflerait. Sous la poignée de porte, le visage rose d’une petite fille apparut, sa bouche mâchouillant une sucette à la fraise qui était encore plus grande que sa tête.

« Rose, je suis d’accord pour être ton apprenti à partir de maintenant, et j’étudierai la nécromancie », annonçai-je sérieusement.

Rose resta stupéfaite un moment, puis d’un de ses doigts elle me fit signe d’approcher, me signalant de m’accroupir.

Quoi ? Est-il possible que pour devenir son apprenti, je doive en plus passer par une cérémonie ? Je m’accroupis avec suspicion. Rose me fit alors signe de m’avancer davantage. J’obéis, approchant mon visage encore plus près.

Après ça, elle plaça sa main à l’horizontal sur mon front, s’exclamant : « Oh non ! Sun, ton front est vraiment chaud ! Brûlant comme tu es, ce n’est pas étonnant que tu viennes à l’instant de dire des absurdités ! »

« Tes mains sont glacées parce que tu es un cadavre… »

Rose retira sa main et, après l’avoir observée une seconde, elle s’écria dans un instant de révélation : « C’est vrai, j’ai presque oublié que je suis morte. Mais, alors… »

Elle me fixa d’un regard plein de doutes. « Tu es sûr que tu n’as pas de fièvre ? »

Je roulai des yeux et répondis d’un ton maussade : « Sous la protection du Dieu de la Lumière, je n’ai jamais plus souffert de la fièvre depuis mes dix ans. »

« Oh ! » Rose hocha la tête. Avec beaucoup de compréhension, elle me dit : « Donc, tu as quelque chose à faire pour lequel tu aurais besoin de mon aide ? Cette fois ta détermination est vraiment très forte si tu as l’intention de vendre jusqu’à ton “toi vivant”. »

Je m’empressai de lui expliquer les détails du contrat. « J’ai seulement dit que je voulais que tu m’apprennes la nécromancie ! J’ai toujours l’intention de rester le Chevalier du Soleil ! »

« Un Chevalier du Soleil qui est un apprenti nécromancien à mi-temps ? » Rose secoua sa tête en soupirant. « Tu es le seul qui oserait faire ce genre de choses. Tu ne crains donc pas que ton Dieu de la Lumière te frappe de sa foudre ? »

« Je crois que le Dieu de la Lumière comprendra ma douleur ! » affirmai-je sobrement. Puis, j’ajoutai à mes explications : « De plus, personne ne L’a vu depuis plusieurs centaines d’années, et je pense qu’Il ne descendrait pas sur Terre simplement pour une si petite affaire. »

Rose lécha sa sucette et n’exprima pas son opinion à ce sujet, envoyant un frisson me parcourir tout le long de l’échine. À cet instant-là, je considérai sérieusement quelle était la probabilité pour que le Dieu de la Lumière ne me frappe avec de la foudre …

Je ne devrais pas être si malchanceux ! Je secouai ma tête et demandai à Rose : « Alors, tu acceptes ou pas ?

– Dis-moi, que souhaites-tu que je fasse ?

– Je voudrais que tu… »

 

Après avoir fait part de ma requête à Rose, je rentrai à l’Église. Bien sûr, j’avais déjà retiré la capuche de mon manteau. Si un autre type arrivait et me prenait encore pour le Chevalier de la Mort, je serais définitivement si furieux que je le transformerais en « chevalier mort ».

Passant à la prochaine étape, il me restait encore une requête à soumettre à quelqu’un. En comparaison, cette personne était plus facile à gérer que Rose, donc ce ne sera pas vraiment un problème.

Je souris à l’un des chevaliers sacrés dans le couloir. « Mon frère chevalier sacré, le Dieu de la Lumière se tient haut au centre de l’univers, son sourire se posant sur chacun d’entre nous. Quel jour rempli d’une brillante radiance ! Puissiez-vous vous aussi ressentir la chaleur bienveillante du Dieu de la Lumière. »

Le chevalier sacré que j’avais arrêté était extrêmement excité, et sur un ton respectueux et admiratif, il me salua à son tour. « Je vous souhaite également de ressentir la chaleur bienveillante du Dieu de la Lumière. Capitaine-Chevalier du Soleil, il fait vraiment très beau aujourd’hui. J’espère que nous pourrons attraper le Chevalier de la Mort avec succès. »

J’hochai la tête. « Mon frère, sauriez-vous où notre frère Capitaine-Chevalier de la Tempête est présentement en train de se baigner dans la bonté du Dieu de la Lumière ? »

Le chevalier sacré commença à devenir nerveux et me demanda avec incertitude : « Euh… puis-je m’enquérir si vous êtes en train de me demander où se trouve le Capitaine-Chevalier de la Tempête ? »

J’opinai de la tête.

Le chevalier sacré répondit avec soulagement : « Le Capitaine-Chevalier de la Tempête est resté dans sa chambre ces trois derniers jours pour examiner des documents. »

« Mon frère chevalier sacré, Sun vous est extrêmement reconnaissant pour vos mots remplis de bonne volonté et de bonté.  Puissiez-vous ressentir la chaleur bienveillante du Dieu de la Lumière tout au long de votre journée », le remerciai-je poliment, avant de me retourner et de partir immédiatement.

« Capitaine-Chevalier du Soleil, vous êtes vraiment trop aimable ! » me salua le chevalier sacré avec un regard adorateur.

Je marchai jusqu’à la chambre de Storm sans m’arrêter et cognai à la porte.

Après un moment, elle s’ouvrit aussi lentement que possible. Un visage d’un blanc-gris à peu près identique à la couleur d’un Chevalier de la Mort fit son apparition. Si je n’étais pas certain que les Chevaliers de la Mort n’avaient pas de cercles noirs sous les yeux, j’aurais vraiment cru que Storm était devenu le deuxième Chevalier de la Mort à l’intérieur de la Cité du Bourgeon.

Je m’apprêtais à ouvrir la bouche pour parler, mais je fus stoppé par un geste de la main de Storm. Il articula faiblement : « Sun, s’il te plaît, parle dans les termes les plus simples que tu puisses trouver. Sinon, je te garantis que je m’endormirai en moins de trois secondes. »

Je réfléchis un moment, puis je prononçai seulement deux mots : « Aide-moi. »

« Puis-je refuser ? » demanda Storm avec des lèvres tremblantes qui étaient complètement pâles à cause d’une succession de nuits blanches.

J’y repensai à nouveau, et raccourcis mes pensées à un seul mot : « Ordre.

– … Définitivement assez simple. »

Une fois que j’eus briefé Storm sur la question, je le quittai pour me charger de ma tâche suivante, extrêmement rassuré malgré le fait que Storm semblait être sur le point de tomber à genoux et de mourir dans la seconde.

Cependant, il n’y avait aucune raison de s’inquiéter. Car, même s’il tombait à genoux et mourait, il se transformerait en Chevalier de la Mort et se relèverait pour finir son travail. Ce type prenait son travail à ce point au sérieux, ce qui ne correspondait pas du tout à l’image insouciante du Chevalier de la Tempête.

Juste au moment où j’étais sur le point de me changer en douce en « Suprême Dragon », des bruits de pas uniformes résonnèrent à l’autre bout du couloir, ainsi que quelques murmures. Un peloton aussi discipliné ne pouvait qu’être celui du Capitaine-Chevalier du Jugement.

Comme je m’y attendais, le Capitaine-Chevalier du Jugement s’approcha peu de temps après, menant une vingtaine de chevaliers sacrés. Comme d’habitude, il me dit : « Puisses-tu bientôt comprendre la sévérité du Dieu de la Lumière, Capitaine-Chevalier du Soleil. »

« Ce soir, le Chevalier de la Mort se rendra au palais pour se venger », lui chuchotai-je.

Entendant cela, le Capitaine-Chevalier du Jugement se figea sur place. C’était une halte très abrupte, mais la vingtaine de chevaliers sacrés derrière lui s’arrêta uniformément, sans aucune trace de désordre ou de surprise.

Judgment fit un signe de la main, et sa Section de chevaliers partit immédiatement, passant à côté de nous sans aucune objection.

Après avoir attendu que tout le monde soit parti, Judgment me demanda instantanément : « En es-tu sûr ? »

« Oui ! » J’hochai la tête vivement, car Roland était un type qui ne laissait jamais les choses traîner. S’il avait dit qu’il allait le faire, c’était garanti qu’il le ferait immédiatement.

Judgment me regarda un peu sceptiquement et me questionna : « Es-tu déterminé à l’attraper ? »

« Je suis le Chevalier du Soleil, Capitaine-Chevalier du Jugement », lui assurai-je calmement. « Un Chevalier du Soleil ne permettra absolument pas à ceux qui sont déjà morts d’interférer avec les vivants, même si ces vivants ont pêché au-delà du pardon. »

Judgment annonça nonchalamment : « Ce soir, j’enverrai des chevaliers se poster en embuscade dans le palais pour protéger cette personne et attraper le Chevalier de la Mort au même moment. »

Je lui lançai un bref regard. « Comme c’est remarquable. As-tu déjà découvert qui a tué Roland ? »

« Oui. J’ai attrapé le gardien du terrain d’exécution et je l’ai questionné sur l’état spécial du corps », m’expliqua brièvement Judgment. « Dès que j’ai su qu’il avait été torturé à mort, j’ai laissé Storm enquêter sur les aristocrates qui ont des connexions avec le troisième fils du Baron Gerland et son habitude diabolique de torturer les gens à mort. Il n’y avait que trois suspects : Sa Majesté le roi, le prince héritier, et le Baron Gerland. »

Pauvre Storm. Non seulement a-t-il été bombardé de travail par mes soins, mais il a aussi été bombardé de travail par Judgment. Pas étonnant qu’il ait l’air plus mort que vivant.

« Alors comment as-tu déterminé de qui il s’agissait ? » m’enquis-je, un peu curieux.

« En vérité, basé sur les événements récents, j’avais déjà une petite idée de qui cela pouvait être. Néanmoins, pour le bien de la certitude, j’ai laissé Ice, qui avait vu le Chevalier de la Mort, choisir parmi les chevaliers sacrés quelqu’un qui lui ressemblait. Après avoir déguisé la personne sélectionnée pour que son visage devienne un peu plus pâle, nous lui avons fait visiter ces trois personnes, et nous l’avons même fait agir de façon suspicieuse. »

Judgment secoua la tête en soupirant : « Bien que cette méthode pour duper les gens ne soit pas vraiment appropriée, elle est très efficace. Ce fut vraiment très simple de déterminer qui était le meurtrier, car celui-ci était si terrifié que son corps tout entier tremblait. »

« C’est formidable ! » le félicitai-je avec une admiration sincère, car je n’avais découvert qui était le meurtrier qu’après avoir discuté face à face avec Roland.

« Puisque tu t’es déjà décidé, ce soir, la Section du Chevalier du Soleil et la Section du Chevalier du Jugement se tiendront ensemble à l’affût au palais », déclara Judgment, prenant soigneusement sa décision. « Après tout, bien que les péchés de cette personne ne puissent être pardonnés, nous ne pouvons permettre qu’elle soit blessée le moins du monde, autrement cela provoquera une tempête. »

« Je suis d’accord, mais j’aimerais que nous amenions Blaze et Earth avec nous. »

Judgment sembla déconcerté et dit : « Je peux comprendre la raison pour laquelle nous devrions emmener Earth avec nous, comme ses capacités de protection peuvent assurer que cette personne ne soit pas blessée. Cependant, la spécialité de Blaze ne fonctionne que contre les esprits, pas contre les morts-vivants. »

Je secouai la tête. « Judgment, j’ai bien peur d’avoir vu Roland en face à face un peu plus tôt, et il était sur le point de se transformer en Seigneur de la Mort. S’il devient un Seigneur de la Mort sur place à cause de son obsession, et qu’il invoque des créatures des ténèbres comme des esprits, nous aurons beaucoup de problèmes. »

« C’est vrai ; tu connais mieux que moi ce qui concerne les créatures mortes-vivantes. Faire les choses de cette façon est plus rigoureux. » Judgment opina de la tête et dit : « Je suis aussi très heureux que tu te sois enfin résolu à éliminer un ancien ami, ce qui n’a pas dû être chose facile. »

« C’était difficile », répondis-je tranquillement. « Extrêmement difficile, et particulièrement parce qu’il s’agit de Roland. »

« Une fois que cette affaire sera réglée, je serais plus qu’heureux de t’écouter me parler de Roland et de l’époque où il était encore vivant. » Judgment hocha sa tête à nouveau et me dit au revoir. « Puisse ton ami bientôt reposer en paix. »

Sur ce, il s’en alla.

Une fois que Judgment fut parti, je tournai la tête pour regarder par la fenêtre. Bien, la lumière dehors est toujours vive ! Il était encore suffisamment tôt pour que je puisse finir mes affaires et revenir pour organiser ma Section du Chevalier du Soleil…

 

 

Après avoir réglé les choses avec Storm et Judgment, il me restait encore à me glisser en douce dans le palais pour trouver l’endroit où Roland avait été torturé.

Puisque Roland avait affirmé que la personne était un criminel qui avait pour habitude de torturer les gens à mort, il devait sans aucun doute exister un endroit utilisé spécifiquement pour les torturer. Si j’étais capable de trouver ce lieu et d’obtenir des preuves, alors je serais en mesure d’exposer les crimes de cette personne.

Le palais était lourdement gardé, mais néanmoins je m’y étais déjà faufilé un nombre incalculable de fois.

Ce gros porc de roi continuait de semer la zizanie de temps à autre, et, chaque fois, je devais être envoyé là-bas pour le prêcher jusqu’à l’en gaver, puis c’était au tour d’un des Douze Chevaliers Sacrés qui m’accompagnait de le menacer. La plupart du temps, la personne m’accompagnant était le Chevalier de la Tempête, mais quand les problèmes étaient suffisamment graves, c’était le Chevalier du Jugement.

Hormis pour conseiller ce gros porc, j’étais aussi fréquemment allé là-bas pour faciliter une bonne communication entre l’Église et le palais. L’anniversaire de la reine, le bal de majorité de la fille du baron, la première chasse du prince, et de nombreux autres événements quelconques entraient tous dans le cadre de mon travail.

En conclusion, le Chevalier du Soleil est la publicité ambulante de l’Église du Dieu de la Lumière.

Sans mentionner le fait que la reine était la mère adoptive de mon maître, à l’époque, mon maître appelait le prince héritier « son frère ». Par conséquent, mon maître m’amenait souvent au palais pour participer à des loisirs, sous le prétexte d’aider à faciliter une bonne communication entre l’Église du Dieu de la Lumière et le palais. En réalité, il prenait le thé de l’après-midi avec la belle reine, la princesse et un groupe de demoiselles…

Ahem ! Ce faisant, ayant vécu dans ce genre de monde pendant vingt-trois ans, l’endroit qui m’est le plus familier, excepté l’Église du Dieu de la Lumière, est le palais.

Par conséquent, les défenses du palais ne sont pas du tout un problème pour moi, puisque je peux ouvertement et légitimement entrer par la porte principale. Les gardes du palais de chaque côté me saluent même avec respect !

« Brigandine Sainte du Dragon, au nom des descendants des Dragons, je te l’ordonne, activation ! »

Après avoir trouvé un coin sombre dans le palais et enfilé la buveuse-de-sang noire et argent, j’avais l’intention de me faufiler secrètement dans le palais pour trouver la chambre de torture…

Mon seigneur, le nom de votre serviteur est la Brigandine Sainte du Dragon, et non buveuse-de-sang.

« Aaaah ! Tu as failli me faire mourir de peur ! » Je me tapotai la poitrine, à la place de mon cœur. N’aie pas peur ! me dis-je à moi-même. Je le rabrouai : « S’il n’y a pas de problème, ne me parle pas si soudainement. J’ai presque cru qu’on m’avait découvert. »

Oui, mon seigneur.

Bien que porter des vêtements noirs en plein jour ne soit pas un choix très intelligent, au moins c’était mieux que revêtir l’uniforme du Chevalier du Soleil et d’être découvert pendant que je menais une conduite déshonorante par d’autres.

De plus, même s’il faisait encore jour en ce moment, les couloirs du palais regorgeaient de tout un assortiment de décorations étranges et gigantesques dont je pouvais me servir pour me cacher. Pour nommer quelques exemples, on retrouvait des vases plus grands que des gens (pouvait-on vraiment mettre des fleurs à l’intérieur ?), des armures extrêmement lourdes avec lesquelles des chevaliers ne pourraient jamais se déplacer même s’ils le voulaient (en quoi étaient-elles faites pour commencer ?), et une immense collection de sculptures.

Même dans les cas où je ne pourrais pas esquiver les gardes, il n’y aurait aucun problème.

Mon maître disait souvent : « Mon enfant, ne t’imagine pas que le palais soit vraiment une forteresse impénétrable. Peut-être que quand il a été construit, c’était le cas. Cependant, chaque roi aura voulu ouvrir un passage secret dans le palais que lui seul connaîtrait pour s’échapper. Commodément, il aura aussi désiré ouvrir une autre chambre secrète qu’il pourrait utiliser pour mener ses affaires privées… Après dix générations et quelques de rois, on compte une dizaine de tunnels secrets et une dizaine de chambres secrètes. Bien que les passages secrets et les chambres secrètes soient « secrets » de nom, tu ne devrais pas songer un seul instant qu’ils sont véritablement secrets. Crois-moi, même le roi actuel n’en sait pas autant que les gens à ses côtés, la reine et la princesse. »

« Dans ce cas, maître, comment se fait-il que vous sachiez tout ça ? » avais-je demandé, totalement perplexe.

« La princesse me l’a dit, bien sûr.

– Pourquoi la princesse vous le dirait-elle, maître ?

– Si elle ne me l’avait pas dit, alors comment aurais-je pu me glisser dans le palais et entretenir une aventure avec elle ? … Chut ! Les petits enfants n’ont pas besoin d’en savoir autant ; contente-toi de simplement mémoriser clairement l’emplacement des entrées des passages secrets et des chambres secrètes.

– Oui, maître. »

Maintenant que j’y pense, mon maître n’était vraiment pas une personne normale. Pourquoi ?

C’est parce que, à cette époque, il n’y avait que deux princesses dans le palais. L’une était proche de la cinquantaine, et était la jeune sœur du roi qui ne s’était jamais mariée. L’autre avait quinze ans, et était la fille du roi. À cette époque, mon maître avait environ trente ans. Je me demande vraiment s’il les prenait au berceau1 ou s’il était celui qui se faisait prendre… Ahem ! Mais, je me perds en digressions. Dans tous les cas, j’imagine que l’emplacement de la chambre de torture devrait être une chambre secrète qui n’est pas trop loin de la chambre du coupable.

Pour commencer, j’avais l’intention de tenter ma chance et de chercher dans les chambres secrètes existantes, puisque cette personne les utiliserait probablement plutôt que d’en ouvrir une autre.

Après tout, vu le nombre de tunnels secrets et de chambres secrètes que m’a montré mon maître, les fondations sous le palais tout entier sont déjà presque complètement creuses. Sans doute que même l’architecte du palais n’oserait pas creuser un trou sans y réfléchir, pour éviter de faire accidentellement s’écrouler le palais.

Je me glissai discrètement dans le couloir et me précipitai vers l’entrée d’un passage secret, quand la voie fut libre. Ensuite, je fonçai dans une autre allée. Sur le chemin, je faillis presque entrer en collision avec un couple qui s’enlaçait et s’embrassait. Par chance, ils étaient trop occupés à s’embrasser et n’ont  pas remarqué qu’il y avait une autre personne autour, à savoir moi. Je m’empressai de m’enfoncer dans une autre branche du tunnel…

Attendez une seconde ! Je fronçai les sourcils alors que je pensais. Le couple juste là qui menait une liaison secrète… l’une des deux personnes était-elle Son Altesse la princesse ?  

C’était la princesse qui avait quinze ans à l’époque, et avait ou n’avait pas eu une aventure avec mon maître. Cette année, elle avait déjà plus de vingt-cinq ans, et pourtant elle refusait toujours effrontément de se marier avec les princes d’autres pays. Ainsi, c’est parce qu’elle aime déjà quelqu’un… Il est plus que probable que le statut de l’autre parti ne soit pas assez élevé, et donc qu’il soit complètement impossible pour le roi d’autoriser la princesse à l’épouser, et ainsi ils ne peuvent qu’entretenir une aventure dans un passage secret.

Il semblerait que les passages secrets et les chambres secrètes ne soient vraiment, comme le disait mon maître, pas du tout secrets. Ils sont pratiquement des points de rencontre pour les relations amoureuses.

Alors que je m’enfonçais plus loin, je considérai la position des nombreuses chambres secrètes dont mon maître m’avait parlé. Les appartements du coupable sont entourés de nombreuses salles secrètes, mais seules trois d’entre elles possèdent des passages qui mènent à la chambre. Sur les trois, deux d’entre elles peuvent être accédées par des passages secrets extérieurs. Le dernier est scellé, et ne contient qu’un passage qui provient de la chambre. 

J’avais prévu de vérifier, en premier lieu, les deux chambres auxquelles on pouvait accéder par d’autres passages secrets.

À l’intérieur des passages secrets, je rôdai dans les alentours pendant un bon moment. Heureusement, ma mémoire était extraordinaire, et je pouvais même retrouver mon chemin dans des allées aussi confuses. Peu de temps après, je pénétrai dans une chambre déserte et vide. Si ma mémoire était juste, ceci devrait être l’une des pièces dans lesquelles je voulais me rendre.

Cela dit, en voyant les toiles d’araignées qui étaient encore plus solides que les matériaux de ma cape, j’eus le sentiment que ce n’était pas le bon endroit.

Mon plan suivant était d’entrer dans la chambre depuis là, puis d’aller dans les deux autres chambres. Pourtant, en voyant toutes ces couches de toiles d’araignées sous mes yeux et en songeant que j’allais devoir m’ouvrir un chemin à travers elles, j’éprouvai simplement l’irrésistible tentation d’y mettre le feu et de les réduire en cendres.

Cependant, le palais recelait de mages. Si un mage sentait la magie que j’avais lancée, j’aurais des problèmes. Par conséquent, je ne pus qu’utiliser ma main à contrecœur pour déchirer les toiles d’araignées, avant de parvenir finalement à atteindre l’autre côté de la chambre. Je m’accroupis pour vérifier la porte cachée…

« Elle est complètement scellée. »

J’eus envie de pleurer quand je le découvris. Soupir ! J’aurais dû le savoir. Comment un digne membre de la royauté pourrait-il laisser un passage secret qui menait à sa propre chambre sans s’en préoccuper?

« J’espère que l’autre passage secret n’est pas scellé. »

Ayant cet espoir, je fis marche arrière. Une fois encore, je fis des détours et tournai par-ci et par-là, avant d’arriver finalement à un autre passage secret. Ce que je n’avais pas prévu était que ce passage secret était beaucoup plus petit que le précédent et d’approximativement la moitié de ma hauteur. Je ne pouvais que m’agenouiller et ramper à travers. Une fois que j’eus marché à quatre pattes jusqu’au bout du chemin, je découvris que le chambre secrète était en fait un trou vide, et ni sa hauteur ni sa largeur ne mesurait plus de deux mètres. Ne songe même pas à assassiner quelqu’un, même faire tenir deux personnes ici serait forcer les choses !

Je levai la tête pour vérifier la porte cachée. La trappe dans le plafond n’était, par chance, pas scellée. Ce tunnel secret est probablement mieux dissimulé, puisque même le propriétaire de la chambre ne le connaît pas. Je poussai légèrement la porte vers le haut, et elle s’entrebâilla. Cette trappe est vraiment lourde ! Regardant à droite et à gauche, je pensai : Bien ! Il n’y a pas une seule trace d’âme qui vive dans la chambre.

Initialement, j’avais voulu soulever doucement la porte cachée. Cependant, je réalisai rapidement que cette trappe refusait catégoriquement de bouger. Employant toute la force que je pouvais rassembler, je soulevai la porte cachée d’environ dix centimètres et, avec beaucoup d’effort, je la déplaçai latéralement. Enfin, je parvins à décaler la trappe sur le côté. Je venais également tout juste de tremper mes vêtements avec de la sueur.

Pfiouuuuu ! Je soupçonne que si ma force n’avait pas été augmentée par la Brigandine Sainte du Dragon, je n’aurais probablement pas été capable d’ouvrir la porte cachée. 

Quand j’eus fini d’haleter pour récupérer mon souffle et que j’eus grimpé dans la chambre, je découvris qu’il y avait en fait une armoire en marbre par-dessus la porte cachée ! Elle était plus grande que moi d’une douzaine de centimètres. Pas étonnant qu’elle ait été si lourde !

Malgré tout, ce n’était pas le moment de me plaindre. Puisque je ne sais même pas quand le propriétaire de cette chambre reviendra, je ferais mieux de me dépêcher de retourner vaquer à mes occupations.

Sans dépenser trop d’efforts, je trouvai la chambre secrète scellée derrière le miroir de plein pied accroché au mur. Alors, je mis un pied dans la dernière pièce, espérant que mon voyage jusqu’ici n’avait pas été en vain…

Une odeur de sang attaqua mon nez dans la dernière pièce. Elle était lourde et forte, et amenait avec elle une odeur de pourriture.

Devant mes yeux, un rideau lourd et épais obstruait ma vue, mais il était incapable de bloquer l’odeur du sang. Je sus aussitôt que je venais de trouver le bon endroit.

J’avançai et soulevai le tissu…

Je me pétrifiai. Ayant déjà trouvé les preuves qu’il me fallait, partir aussi vite que possible était la conduite à tenir la plus sûre. Cependant, je ne pus que fixer stupidement cet endroit. Il n’y avait pas de trace de corps, pas plus qu’il n’y avait de scène gore de chair et de sang. Inversement, cet endroit était même proprement récuré, et les chaînes et toutes sortes d’instruments de torture sur le mur étaient huilés et polis.

Le lit en bois au centre était lui aussi rutilant.

Il s’agissait probablement des taches de sang qui ne pouvaient pas être récurées peu importe à quel point les gens avaient essayé. Les taches de sang s’étaient empilées couche sur couche, et, au final, le sang solidifié au sommet du lit en bois était devenu si noir qu’il en brillait.

Les murs alentours et le sol ne semblaient posséder aucune marque à première vue. Toutefois, les cris des morts pénétraient à travers la profondeur des murs, de même que l’odeur nauséabonde de pourriture et de sang qui semblait venir de l’enfer lui-même.

Ce lieu qui avait l’air ostensiblement propre à première vue était en fait rempli avec la plus sordide et immonde des conceptualisations, et les cris tourmentés des défunts imprégnaient l’air.

Je ne pus m’empêcher d’utiliser mon doigt pour gratter la couche de sang brillant sur le lit en bois. La couche était encore plus dure que ce à quoi je m’attendais, car mon doigt fut teinté avec un peu de rouge noirâtre.

Dans ce peu de rouge noirâtre, le sang de Roland y est ici aussi, n’est-ce pas ?

« Roland, si tu es mort dans ce genre d’endroit, alors je comprends pourquoi tu es devenu un Chevalier de la Mort et pourquoi tu es si déterminé à le tuer. »

Mes yeux étaient un peu humides, mais je ne voulais pas retenir mes larmes. Roland et moi étions tous les deux orphelins, et il était même mort pour cette sorte de raison véreuse. Peut-être que j’étais le seul qui serait attristé par sa mort.

J’étais le seul qui allait pleurer sa mort.

Notes de bas de page

1 « Les prenait au berceau » : Le dicton originel est 老牛吃嫩草, littéralement « une vieille vache mangeant de la jeune herbe. » Ça signifie « une vieille personne qui a un jeune conjoint ». Dans ce cas-ci, il s’agit du 37ième Chevalier du Soleil âgé d’une trentaine d’année avec une jeune princesse d’environ 15 ans.

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