La Légende du Chevalier du Soleil : Histoires Parallèles
Roman d’origine en chinois par : 御 我 Yu Wo
Side Story #9: Beloved Vaudou Doll – traduit du chinois vers l’anglais par Raylight[PR!]
Histoire parallèle #9 : Ma chère poupée vaudou – traduit de l’anglais vers le français par Nocta
+ Travail de vérification par AkaiiRia
Légèrement anxieux, Elmairy examina la personne qui se tenait devant lui. Cette personne était complètement vêtue de noir. Même si le jeune homme ne portait pas ses robes noires habituelles et qu’il arborait simplement des habits ordinaires lui offrant une plus grande liberté de mouvement, celui-ci parvenait quand même à paraître intimidant, et ce en dépit du fait qu’il n’était pas réellement en colère.
Lesus semblait aussi solennel que le racontaient les rumeurs. Nous avons tous environ seize ans. Comment peut-il avoir l’air aussi imposant ?
Malgré y avoir réfléchi plus d’une centaine de fois, Elmairy n’arrivait toujours pas à trouver la réponse à cette question. En même temps, son compagnon l’effrayait légèrement.
En fait, il appartenait normalement à une faction différente de celle de Lesus et, en théorie, il n’aurait normalement pas dû y avoir de chance qu’ils accomplissent la moindre mission ensemble. Et donc, le fait de devoir cette fois-ci partir en mission avec Lesus le rendait extrêmement nerveux.
Cette mission requérait la collaboration de quelqu’un de doué dans l’utilisation de la lumière sacrée. Cependant, toutes les autres personnes du groupe d’Elmairy étaient occupées par d’autres affaires, ou ne voulaient pas y aller. Par conséquent, il ne lui était pas resté d’autre choix que de participer à l’excursion.
La voix distinctive de Lesus retentit : « Elmairy, est-ce que tu sens une quelconque présence de l’élément des ténèbres devant nous ? »
Elmairy se concentra sur ses perceptions extrasensorielles pendant un moment, puis secoua la tête : « Non. Mais, c’est parce que la distance est trop importante. S’il n’y a pas une large quantité de l’élément des ténèbres, je ne pourrai pas percevoir l’élément. Grisia est meilleur que moi dans ce domaine. »
Observant la maison lugubre qui se dressait devant lui, ainsi que son terrain vaste et sa grande cour abritée par des murs, Lesus conclut également que la distance était relativement grande. Il secoua la tête et dit : « Grisia est en effet très fort dans ce domaine. C’est bien dommage qu’il soit allé au palais avec le Chevalier du Soleil aujourd’hui. »
Elmairy continua de fixer Lesus du regard même lorsque celui-ci se tût. Le cœur de ce dernier vacilla, et il s’empressa d’ajouter de sa voix grave : « Mais, même s’il n’avait pas quitté le Temple Sacré, je ne serais jamais parti en mission avec l’Apprenti-Chevalier du Soleil ! »
Elmairy tressaillit et, d’une petite voix, il tenta d’expliquer : « Grisia est quelqu’un avec lequel il est facile de s’entendre. »
Lesus répliqua froidement : « Que ce soit le cas ou non m’importe peu. Ses compétences à l’épée sont plus que médiocres, et il force les autres à effectuer son travail à sa place. Si je devais partir en mission avec lui, j’ai bien peur d’être obligé de la compléter seul. »
« … »
Même s’il aurait aimé défendre l’honneur du futur chef de la « bonne faction au grand cœur », Elmairy ne parvint pas à trouver la moindre répartie. Les mots de Lesus avaient tapé dans le mille ! Il ne put s’empêcher de laisser échapper ses propres soupçons : « Il semblerait que tu connaisses bien les mauvaises habitudes de Grisia. Se pourrait-il que vous soyez proches tous les deux ? »
Le cœur de Lesus reçut encore une fois un choc, mais son visage demeura impassible. Après avoir affiché une expression insatisfaite, il renifla avec mépris et déclara : « Pourquoi serais-je proche de l’Apprenti-Chevalier du Soleil ? Il sera un jour aux commandes du Temple Sacré. Tout le monde observe ses moindres faits et gestes. Il n’est pas difficile de voir comment il se conduit. »
Elmairy réalisa soudainement quelque chose. C’est terrible ! Il semblerait que la mauvaise réputation des compétences à l’épée de Grisia ainsi que sa vilaine habitude de refiler son travail aux autres aient déjà atteint le Tribunal !
Lesus tourna la tête et ordonna aux cinq chevaliers sacrés qui se tenaient derrière lui : « Vous deux, allez à la porte de derrière et attendez mes instructions. Quant à vous, frappez à la porte et appelez le propriétaire trois fois. Si vous n’obtenez toujours pas de réponses après trois fois, enfoncez immédiatement la porte et entrez, puis commencez la fouille. »
« Bien reçu ! »
Elmairy était extrêmement impressionné par le sang-froid dont Lesus faisait preuve alors qu’il donnait ses ordres. Même si tout le monde savait qu’ils étaient les futurs Douze Chevaliers Sacrés, l’emphase était sur le mot « futur ». Il était inutile de mentionner le fait qu’ils étaient encore très jeunes. Par conséquent, les douze apprentis-chevaliers ne détenaient en réalité aucune autorité. La plupart d’entre eux auraient hésité et employé un ton moins impérieux en donnant des ordres à un groupe de chevaliers sacrés de plusieurs années leurs aînés. Toutefois, cela ne semblait pas le moins du monde déranger Lesus.
Aucun des chevaliers se faisant commander par un adolescent n’afficha le moindre signe de mécontentement ou de gêne sur leur visage. Ils révéraient Lesus, et Elmairy pouvait le constater juste à leur expression.
Lesus est vraiment incroyable. Toutefois, si c’était possible, Elmairy préfèrerait ne pas avoir à partir en mission avec lui, car la sensation d’oppression qui émanait de Lesus était tout simplement trop imposante. Se tenir à côté de Grisia est bien plus relaxant.
Lesus donna son dernier ordre. « Elmairy, tu restes derrière moi et tu couvres tout le monde. »
Ce n’est sûrement qu’une erreur de perception de ma part ? En entendant les paroles de Lesus, Elmairy réalisa brusquement que Grisia faisait toujours en sorte de refiler son travail aux autres. Par exemple, dans une situation telle que celle-ci, il n’y avait aucun doute qu’il ordonnerait aux chevaliers de s’approcher de l’ennemi tandis qu’il resterait à l’arrière pour apprécier la brise. Cependant, la tendance de Lesus à être extrêmement consciencieux était connue de tous, et il ne refilerait probablement jamais son travail aux autres.
Se tenir aux côtés de Grisia n’est finalement pas du tout relaxant non plus !
« Elmairy ! » Lesus avait avancé de plusieurs pas, lorsqu’il réalisa que la personne derrière lui ne l’avait pas suivi. Il cria : « Qu’est-ce que tu as à rêvasser comme ça ? Dépêche-toi de me suivre ! Et, sors ton arme par précaution ! »
« Oui, oui ! » Elmairy sursauta. Puis, il s’empressa de dégainer son arc qu’il portait sur son dos, prit une flèche et l’encocha.
Le chevalier sacré qui était plus loin devant eux appela trois fois le propriétaire. Sa voix était si forte que même les voisins apparurent aux fenêtres pour voir d’où venait tout ce chahut, mais aucune réponse ne parvint de la maison en question.
Elmairy était un brin nerveux. D’après le témoignage, quelqu’un employait la magie élémentaire des ténèbres ici. Et pire encore, cette magie servait à blesser les autres.
Bang !
La porte fut finalement enfoncée d’un coup de pied, et le groupe entra rapidement dans la maison. Ils fouillèrent les pièces les unes après les autres, ne laissant aucun indice leur échapper.
Même si la maison était loin d’être petite, il ne s’agissait pas non plus d’un manoir. Aussi, en quelques minutes à peine, en eurent-ils fait le tour plusieurs fois. Un chevalier sacré fit son rapport à Lesus : « Il n’y a personne à l’intérieur. »
Lesus fronça les sourcils et se tourna pour demander : « Elmairy, est-ce que tu ressens la présence de l’élément des ténèbres ? »
Elmairy secoua la tête.
Après que Lesus eut reçu sa réponse, son froncement de sourcils s’accentua.
« Peut-être que c’était une fausse alarme. » Elmairy tenta de trouver un raisonnement : « Le public à peu de connaissances concernant l’élément des ténèbres, et parfois, quand ils voient des évènements inhabituels, ils croient que quelqu’un utilise la magie noire. »
Lesus pensait également qu’il y avait de fortes probabilités pour que ce fût ce qu’il s’était passé, mais il préférait être plus prudent. Il s’adressa à tout le groupe : « Retournez enquêter une dernière fois. Si nous ne trouvons rien d’anormal, alors nous partirons… »
Je vais te tuer ! Meurs, espèce de sale mari infidèle !
Stupéfait, Elmairy s’écria : « Lesus, cette voix… »
Après s’être exclamé « On y va », Lesus se mit à courir. Elmairy et les autres chevaliers sacrés ne purent que se lancer à sa poursuite.
Ils débouchèrent au milieu d’une court. Elle n’était pas très grande, et il ne leur fallut qu’un instant pour réaliser que quelqu’un se tenait dans le bosquet, un immense arbre cachant la majeure partie de sa silhouette. Ils pouvaient entendre le flot sans fin de malédictions que la personne récitait, et ils pouvaient voir ses cheveux en bataille. D’autre part, les malédictions étaient accompagnées par un bruit de frappement, et la source de ce son était impossible à identifier.
En entendant les vicieuses malédictions qui s’échappaient de la bouche de cette personne, le dos d’Elmairy se couvrit de sueur froide. Néanmoins, Lesus n’hésita pas un instant et s’avança vivement en hurlant : « Posez votre arme à terre ! »
Après ce cri explosif, il put enfin voir clairement le visage de cette personne, mais cela le rendit temporairement stupéfait, parce qu’il n’avait pas la moindre idée de ce qu’il devait faire.
« Lesus ? » Voyant que quelque chose clochait, Elmairy se précipita vers lui, mais il se figea également sur place, pétrifié.
Cette personne est… une femme ?
Qui plus est, c’était une femme extrêmement terrifiée. Même si ses cheveux étaient en bataille et que ses vêtements étaient en désordre, quand elle retrouva ses esprits et aperçut Lesus et les autres, elle devint si effrayée qu’elle ne pouvait même plus se tenir debout sans trembler. Elle laissa même tomber sur le sol l’objet qu’elle tenait dans les mains… Il s’agissait d’un marteau.
La femme recula de quelques pas et s’appuya contre l’arbre. À côté d’elle, une poupée faite de paille était clouée à l’arbre par de nombreux clous plantés de façon désordonnée.
« Vous… Vous… Mais, qui êtes-vous ? Que me voulez-vous ? » s’écria-t-elle, horrifiée.
Sur un ton grave, Lesus déclara : « Nous sommes les chevaliers sacrés de l’Église du Dieu de la Lumière, et nous avons reçu un témoignage affirmant que quelqu’un utilisait la magie noire pour faire du mal à autrui. »
« La… La magie noire ? » La terreur de la femme amplifia au point qu’elle ne parvenait même plus à parler correctement. « Je ne faisais que… que… »
« Emmenez-la pour le moment. Souvenez-vous de ne pas baisser votre garde », ordonna Lesus aux chevaliers sacrés à ses côtés.
« Compris ! »
Elmairy pensait sincèrement que cette femme n’avait pas l’air de quelqu’un pratiquant la magie noire. L’élément des ténèbres n’était pas un élément facile à maîtriser. Si elle savait réellement comment lancer des sortilèges en employant l’élément des ténèbres, elle serait une nécromancienne relativement puissante et n’aurait pas affiché une expression aussi désemparée.
« Regarde s’il y a des traces de magie noire. » Lesus se pencha pour ramasser le marteau, puis le plaça dans les mains d’Elmairy en lui disant : « Même si je ne crois pas qu’il y ait de lien avec la magie noire, ma capacité à employer la lumière sacrée n’est pas assez forte. Peux-tu vérifier pour moi ? »
Après qu’Elmairy eut reçu le marteau, il le retourna pour l’examiner sous tous les angles. Ensuite, il secoua la tête et dit : « C’est juste un marteau normal. La concentration d’élément des ténèbres à l’intérieur n’est pas élevée. »
« N’est pas élevée ? Tu veux dire qu’il y en a ? » demanda Lesus.
En entendant sa question, Elmairy s’empressa de lui expliquer : « Tu as mal compris ce que je voulais dire. La composition de tous les objets est extrêmement compliquée, et ils sont pour la plupart constitués d’un mélange de différents éléments. Même si j’ai appris à ressentir la présence de l’élément des ténèbres, je suis incapable de déterminer si cet objet en possède ou non. Je peux seulement te dire que la quantité d’éléments des ténèbres à l’intérieur est normale. »
« Je vois. » Lesus hocha la tête et marmonna pendant un moment. Puis, il dit : « Essaie d’imiter les actions de la femme et de frapper la poupée de paille avec le marteau. Vois si tu ressens la présence de l’élément des ténèbres lorsque tu le fais. »
« Euh… D’accord. »
Même si Elmairy avait l’impression que c’était une requête un peu étrange et n’avait pas vraiment envie de le faire, il ne réussit malheusement pas à trouver une excuse pour refuser. Sans parler du fait que celui qui lui faisait cette demande était Lesus ! Ce n’est pas grave, je doute qu’il existe un seul chevalier sacré qui aurait le cran de lui dire « non » !
En fait, ce n’est pas tout à fait vrai, parce qu’il y avait au moins Grisia pour oser s’opposer à lui.
Elmairy s’approcha de l’arbre et fixa la poupée de paille du regard. N’ayant pas d’autres alternatives, il leva le marteau et frappa la poupée une fois. Puis, il se tourna vers Lesus. Ce dernier fronça un peu les sourcils et ordonna : « Continue. »
Elmairy ne put que lever à nouveau le marteau et l’abattre sur la poupée encore et encore. Plus il la frappait, plus il y mettait de la force, et plus il devenait absorbé dans cette tâche au point d’avoir oublié ce qu’il devait faire à l’origine…
« … Elmairy ! »
Elmairy reprit brusquement ses esprits et tourna la tête pour regarder autour de lui avec une expression de perplexité, tandis qu’il demandait : « Qu’est-ce qu’il y a ? »
« Cela suffit. » Lesus regarda Elmairy et, avec un brin de suspicion, il le questionna : « Est-ce que tout va bien ? »
Complètement confus, Elmairy répondit : « Oui, je vais bien. »
Après avoir observé Elmairy et confirmé qu’il était bel et bien de nouveau normal, Lesus s’enquit : « Est-ce que tu sens la moindre trace de l’élément des ténèbres ? »
« Non, absolument aucune. »
« Ah bon ? » Lesus réfléchit pendant un moment. L’expression envoûtée qu’Elmairy avait montrée juste avant l’inquiétait. Après avoir soigneusement considéré la question, il prit une décision. « Par précaution, je pense que tu devrais remettre le marteau et la poupée de paille à l’Apprenti-Chevalier du Soleil pour qu’il les examine. »
« Très bien. »
Après avoir frappé à la porte de Grisia, Elmairy attendit patiemment. C’était parce que, chaque fois qu’il frappait à la porte, huit fois sur dix Grisia était lent à répondre.
Elmairy entendit une variété de sons s’élever de l’autre côté de la porte. Le bruit perçant de quelque chose qui tombait, le son de l’eau qui coulait… Occasionnellement, il entendait même une voix jurer en disant « Bordel, c’est forcément une malédiction », mais Elmairy prétendit n’avoir rien entendu.
Il se remémora la fois où il avait inutilement demandé à Grisia : « Que faisais-tu ? » Immédiatement, Grisia lui avait flanqué une pile de documents entre les mains, pile qui mesurait au moins un demi-mètre de haut. Je me demande combien de temps il a mis pour accumuler autant de documents…
Lorsque la porte s’ouvrit, un adolescent aux cheveux blonds sortit de la chambre. Son sourire était incomparablement radieux, bien que ses cheveux et ses vêtements fussent encore un peu humides.
Était-il en train de prendre un bain ? Elmairy se sentit un peu désolé pour lui.
Grisia se lança dans son interminable questionnement : « Mon cher frère Leaf, sont-ce les murmures du Dieu de la Lumière, ou bien peut-être le sentiment que des frères devraient communiquer plus souvent l’un avec l’autre, qui t’ont poussé à venir frapper à ma porte… ? »
Afin de l’empêcher de continuer, Elmairy sortit immédiatement le marteau et la poupée de paille en lui expliquant : « Lesus m’a demandé de te montrer ceci. »
Grisia pencha la tête pour examiner les deux objets, son sourire radieux se crispant pendant l’espace d’une seconde. Perplexe, il demanda : « Qu’est-ce que mon frère Lesus souhaite que je découvre ? »
« Il veut savoir si tu perçois la moindre trace de magie noire en eux. » Elmairy lui narra brièvement, mais fidèlement, ce qu’il s’était passé. « Un citoyen nous a rapporté que quelqu’un près de sa maison utilisait la magie noire pour blesser les autres, donc Lesus et moi sommes allés enquêter… »
Après avoir entendu toute l’histoire, Grisia baissa la tête pour examiner le marteau et la poupée de paille une fois de plus, puis il fit signe à Elmairy d’entrer dans sa chambre.
Elmairy en fut un peu surpris, mais suivit tout de même Grisia.
« Il n’y a pas le moindre signe de magie noire ! »
Contre toute attente, Grisia annonça sa conclusion juste après avoir fermé la porte. Sans parler du fait que son ton n’était pas du tout « élégant ». Elmairy n’en fut pas particulièrement surpris. Les Douze Chevaliers Sacrés savaient que le degré d’élégance de Grisia changeait en fonction du nombre de personnes qui l’entouraient. Donc, plus le nombre diminuait, plus son élégance disparaissait également.
« En es-tu sûr ? » Elmairy était légèrement incertain, aussi il se mit immédiatement à décrire la situation à laquelle il avait été confronté précédemment. « Pourtant, la vision de cette femme tandis qu’elle frappait la poupée de paille était vraiment effrayante ! C’était presque comme si elle était possédée ! »
« Elle ne faisait qu’évacuer ses émotions négatives. » Grisia secoua la tête et dit : « Si frapper une poupée vaudou était de la magie noire, alors lancer des sortilèges serait bien trop facile. »
Elmairy pensait également cela, mais il ne comprenait pas l’autre phrase de Grisia. « En quoi est-ce que frapper une poupée vaudou aide à se défouler de ses émotions ? »
Grisia sourit et expliqua : « Ce n’est pas frapper la poupée vaudou qui t’aide, c’est frapper la personne qui t’a mis en colère qui t’aide à te défouler ! Tu imagines que la poupée vaudou est ton pire ennemi, tu enfournes même ses ongles ou ses cheveux à l’intérieur, puis tu le poignardes sans pitié avec un clou ! »
Les yeux d’Elmairy s’écarquillèrent, et il s’exclama : « Ça n’a pas l’air très sain tout ça ! »
« Qu’y a-t-il de si mal à faire ça ? » Grisia haussa les épaules en ajoutant : « C’est mieux qu’elle frappe la poupée vaudou plutôt que de réellement tuer son mari en le poignardant avec un couteau, tu ne crois pas ? »
Hum ? Quand tu présentes les choses sous cet angle, ça semble vraiment logique ! Elmairy contempla la poupée vaudou qu’il tenait dans ses mains et se rappela ce qu’il avait ressenti quand il avait suivi les instructions de Lesus et avait abattu le marteau sur celle-ci… Non ! Il en est hors de question, je ne peux pas me permettre de me laisser aller à un tel comportement excentrique !
« Oh, au fait, Fraisary… » commença soudainement Grisia.
« Mon nom est Elmairy… Laisse tomber. Que voulais-tu me dire ? »
« Tends tes deux mains. »
Elmairy fit ce qui lui était demandé et tendit les deux mains. À cet instant, une pile de documents, de près d’un demi-mètre de haut, lui fut flanquée entre les mains.
Grisia était actuellement à la recherche d’Elmairy, parce que la date de remise des documents était dépassée, et son maître lui cassait les pieds sans arrêt. Il n’avait pas d’autre choix que d’aller vérifier si Elmairy avait bientôt fini. Même s’il y a plus de chance pour que ce ne soit pas le cas, considérant le fait que cette pile de documents était aussi haute qu’une montagne…
S’il n’avait réellement pas terminé, Grisia serait obligé de se joindre à lui et de corriger la paperasse. Celui-ci se sentit un peu déprimé à cette idée, car ce qu’il détestait le plus était de s’occuper des documents. Pour corriger un document, il devait écrire les quatre mots « Dieu de la Lumière » au moins une vingtaine de fois. Ça revient à recevoir des lignes à copier en punition !
J’espère que Fraisary a déjà terminé. Grisia ouvrit la porte de la chambre d’Elmairy, puis, voyant une scène choquante se dérouler devant lui, il se figea sur place.
Elmairy leva le marteau et l’abattit avec force sur la poupée vaudou clouée au mur encore et encore. Il se mit même à hurler : « Sois maudit ! Tu me refiles sans cesse ton boulot ! J’arrive rarement à tout finir à temps et je suis obligé de passer des nuits blanches à travailler ! Tout ça parce que tout le monde sait que le Chevalier de la Forêt est incapable de refuser de rendre service à quelqu’un. Ce trait de personnalité est vraiment horrible ! Hein… Grisia ? »
Après avoir lancé des injures pendant un moment, Elmairy aperçut enfin Grisia qui se tenait devant la porte. Il en fut immédiatement horrifié.
« T-Tu… Qu’est-ce que tu fais là ? » Son visage était devenu blanc comme un drap. En tant qu’Apprenti-Chevalier Sacré, il était allé jusqu’à poser un geste aussi inapproprié que de frapper une poupée vaudou en maudissant une personne. Pire encore, cette personne l’avait pris en flagrant délit ! Est-ce que les gens interpréteront mal mes actions comme pour cette femme et croiront que je m’adonne à la sorcellerie ? Dans ce cas, mon maître sera forcé de me trouver un remplaçant… Et je risque également de finir sur le bûcher !
Grisia eut soudainement un très mauvais pressentiment. Si je dis que je l’ai surpris en train de frapper une poupée vaudou en me maudissant, est-ce qu’il va m’enfoncer un clou dans le corps à la place ?
Bien qu’Elmairy fût habituellement très facile à harceler, son intuition lui disait de ne jamais mentionner le fait qu’il l’avait vu frapper une poupée vaudou dans sa chambre, sinon il se pourrait qu’il ne vivat pas assez longtemps pour être promu Chevalier du Soleil.
« Je… Je vois… Je vois que la chambre de mon frère Elmairy est très propre ! »
Elmairy resta stupéfait. Grisia n’a pas l’intention de me dénoncer… ? Attends, comment est-ce qu’il vient de m’appeler ? À quand remonte la dernière fois qu’il a prononcé mon nom correctement ?
Agité, Grisia enchaîna : « Je suis juste venu récupérer les documents, et je t’assure n’avoir rien vu du tout. Aussi, je jure que, après avoir quitté cet endroit, je ne me souviendrai d’absolument rien ! »
Voyant que Grisia ne semblait vraiment pas avoir l’intention de le dénoncer, Elmairy expliqua alors timidement : « Je… Je ne faisais que tester si je pouvais réellement défouler mes émotions négatives avec cette méthode. J’ai découvert que c’était plutôt efficace, d-donc je… »
« Ahem ! » Grisia se racla la gorge et dit : « Je suis juste venu récupérer les documents, et je n’ai rien vu. Par conséquent, tu n’as pas besoin de te justifier, dis-moi juste si tu as fini de t’occuper de la paperasse. »
Elmairy acquiesça d’un signe de tête, avança vers son bureau et ramassa une pile de documents. Il s’approcha de Grisia et s’apprêtait à les lui remettre, lorsqu’il s’immobilisa soudainement.
Juste au moment où Grisia envisageait de lui dérober les documents et s’enfuir, Elmairy lui demanda brusquement : « Grisia, peux-tu me donner une mèche de tes cheveux blonds ? »
« … D’accord. »
Grisia arracha une mèche de ses propres cheveux et la tendit à Elmairy d’une main, tandis que l’autre prenait les documents. Quand il ferma la porte derrière lui, il tenta de s’autohypnotiser en marmonnant : « C’est quelque chose qui me retombe dessus par ma propre faute. J’ai appris à Fraisary comment passer ses nerfs en plantant des clous dans une poupée vaudou, et je lui ai même dit d’y mettre des ongles et des cheveux… Non, non, non ! Je n’ai pas vu Fraisary poignarder des poupées vaudou… Je ne m’en souviens pas. Je ne me souviens de rien. Je ne me le rappellerai jamais… Plus tard, je ferais mieux d’aller boire un coup avec mon maître, jusqu’à ce que je sois complètement ivre, et ensuite je ferai comme si tout cela n’était qu’un rêve ! Ouais, c’est exactement ce que je vais faire ça ! »
Elmairy sourit en entendant ces marmonnements. Même s’il tenait toujours le marteau dans sa main, il n’éprouvait plus du tout l’envie de frapper la poupée vaudou.
Il la décloua du mur et fourra les cheveux blonds à l’intérieur. Après, Elmairy sourit à nouveau et déclara : « À partir de maintenant, je ferai appel à vous deux pour évacuer ma colère ! Ma chère poupée vaudou… Et Grisia. »