La Légende du Chevalier du Soleil T2 Épilogue : Introduction des Personnages

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 2 : Les Tâches Quotidiennes d’un Chevalier

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Epilogue : Character Introductions – traduit du chinois vers l’anglais par Raylight[PR!]
Épilogue : Introduction des Personnages – traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par Yukomin

Chevalier de la Lune :
C’est l’un des Douze Chevaliers Sacrés de la « Cruelle Faction au Cœur de Pierre ». Il possède une personnalité narcissique et il est très arrogant. Il ne se comportera jamais de façon familière avec n’importe qui et agit comme si personne n’était assez bien pour se trouver dans sa ligne de vue.

Chevalier du Métal :
Il possède une langue de vipère très acérée. Il ne se sera pas tenu responsable si vous mourez de colère à cause de ses paroles. Une rumeur court selon laquelle discuter avec lui pendant plus de dix minutes vous mettrait si en colère que ça réduirait votre durée de vie d’une année.

Chevalier des Enfers :
Il s’agit de l’un des Douze Chevaliers Sacrés appartenant à la « Cruelle Faction au Cœur de Pierre ». Il est le seul à appartenir à cette faction mais à ne pas obéir aux ordres du Chevalier du Jugement. C’est un Chevalier Sacré qui reçoit ses ordres du Chevalier du Soleil, et qui se spécialise dans l’accomplissement de missions secrètes qui ne sont pas connues de tous. Certains racontent qu’il est l’assassin désigné des Douze Chevaliers Sacrés. Une rumeur a même déjà été racontée selon laquelle, pendant la première génération des Douze Chevaliers Sacrés, le Chevalier des Enfers n’était pas une vraie personne, mais seulement la seconde identité dont le Chevalier du Soleil se servait pour effectuer des missions secrètes.

Chevalier du Nuage :
C’est l’un des Chevaliers Sacrés de la « Bonne Faction au Grand Cœur ». Il s’agit d’un vagabond aussi gracieux qu’un nuage. On dit qu’on peut parfois le trouver en train de boire seul ou de lire des livres sur les rebords de fenêtres, les toits, sous les arbres banians, etc.

Adair :
C’est le vice-capitaine de la Section du Chevalier du Soleil.

Ed :
Il s’agit de l’un des membres de la Section du Chevalier du Soleil.

Fils du Dieu de la Guerre :
Il est le porte-parole du Dieu de la Guerre et il possède la position la plus élevée au sein du Monastère du Dieu de la Guerre.

Elijah :
Au sein des Chevaliers Royaux, il est le leader de la plus jeune génération.

Princesse :
C’est son Altesse Royale du Royaume du Son Oublié, la sœur du nouveau roi.

 

 

Épilogue

Un épilogue est une chose merveilleuse.
Particulièrement quand il y en a un d’écrit dans chaque livre.
Que puis-je écrire ? Il y a plusieurs choses.
En fait, mes pensées sont toutes dissimulées à l’intérieur de l’histoire.
J’ignore si l’épilogue nécessite que j’écrive ceci, cela, ou juste des choses ?
Je ne peux que laisser quelques phrases au hasard, ici.
Voici un message pour tous : me frapper est suffisant, ne me jetez pas d’objets !
Tousse ! Si je devais réellement juste écrire ces quelques phrases, je pense que tout le monde me jetterait des objets, n’est-ce pas ?

S’il-vous-plaît, arrêtez. Récemment, le prix de l’huile a explosé, il y a une inflation, et le prix des légumes a ridiculement augmenté. Non seulement tout est dispendieux, mais même le pouding au riz salé1 est devenu très cher. Alors, je vous en prie, ne jetez pas vos objets, me frapper est suffisant !

Maintenant, passons au vrai point principal !

En vérité, le premier tome est considéré comme étant un début. Le premier et le second tomes contiennent fondamentalement des chapitres introductifs. D’un côté, la raison pour laquelle le Chevalier de la Mort, Roland, a rejoint les Douze Chevaliers Sacrés a été abordée, et d’un autre côté le Monastère du Dieu de la Guerre est aussi mentionné. Aussi, on a un peu parlé de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre. Ensuite, tous les Douze Chevaliers Sacrés ont été brièvement introduits une fois. En conclusion, je suis enfin parvenue à estimer l’ensemble du cadre.

Par la suite viennent les plus importantes missions dans la carrière du Chevalier du Soleil. Également, chaque mission concerne toute une histoire. Je crois qu’après avoir lu le prologue du premier tome, tout le monde doit savoir à peu près quelles sont ces quelques missions.

Toutefois, veuillez me croire que les choses ne sont pas comme elles semblent l’être, tout comme l’image du Chevalier du Soleil et sa véritable apparence !

J’espère qu’après que tout le monde aura fini de lire, ils auront une meilleure compréhension des thèmes fantaisistes tels que partir à la rescousse d’une princesse, tuer des dragons, et vaincre le Roi Démon !

De plus, hormis le blog et le club, moi, Yu Wo, ai aussi mis au point un forum. Le but principal est de laisser mes lecteurs communiquer chacun avec les autres. Vous êtes les bienvenus à venir laisser des messages pour discuter autant que vous le voulez. Si vous sentez que le lien est trop long à taper, vous trouverez des liens sur le site du club et le blog pour vous rendre sur le forum.

Le blog de Yu Wo : http://blog.xuite.net/kim1984429/yuwo

Le forum de Yu Wo : http://phpbb.guestbook.com.tw/b8/index.php?mforum=pinkcorpsei

 

Note de bas de page :

1 Tout est… du pouding au riz salé : Ce que Yu Wo utilise en fait pour « tout » est 啥米碗糕(shá mǐ wǎn gāo), dans lequel 啥米(shá mǐ) est un dialecte équivalent à 什么(shén me), qui veut dire « quelque chose / n’importe quoi », et l’autre, lorsqu’ils sont utilisés ensemble, signifie « choses / objets ». C’est une phrase qu’on ne retrouve habituellement qu’en Taiwan. Les caractères pour 碗糕(wǎn gāo) signifient « du pouding au riz salé » dans ce cas-ci. Oui, Yu Wo fait un jeu de mots.

La Légende du Chevalier du Soleil Règle Partagée #2 : Respecte la Vie Privée des Douze Chevaliers Sacrés

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 2 : Les Tâches Quotidiennes d’un Chevalier

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Shared Rule #2: Respect The Privacy of The Twelve Holy Knights – traduit du chinois à l’anglais par eilinel[PR!]
Règle Partagée # 2 : Respecte La Vie Privée Des Douze Chevaliers Sacrés – traduit de l’anglais vers le français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

 

« C’est le hall principal du Temple Sacré. Il n’est utilisé que pour ses apparats.

– Grisia…

– Le hall principal a deux couloirs. L’un mène vers la partie intérieure du Temple Sacré, tandis que l’autre mène vers le hall principal du Sanctuaire de la Lumière.

– Grisia …

– Nous avons atteint le lieu le plus important. C’est ta chambre, qui est éloignée de deux portes de la mienne. La chambre entre les nôtres appartient au Capitaine-Chevalier du Jugement.

– Grisia.

– Aussi, la salle de réunion des Douze Chevaliers Sacrés est la troisième porte dans le couloir qui est à droite après que tu aies traversé deux couloirs dans cette direction ; ça peut sembler perturbant si je te le dis comme ça. Viens, je vais te montrer le chemin jusqu’à cette salle. »

« Grisia ! » grognai-je doucement d’agacement.

Grisia s’arrêta de marcher et me réprimanda gentiment : « Tu dois m’appeler Sun et réserver Grisia pour les conversations privées ! Mais, si tu insistes pour m’appeler Grisia, je suppose que ça n’importe pas vraiment… »

Je l’interrompis sévèrement : « Je pense qu’il est temps pour moi de partir. »

« De quoi parles-tu ? Où vas-tu aller ? »

« Je ne vais nulle part, mais je veux quitter le Temple Sacré », répondis-je simplement, alors que mon cœur était un peu inquiet. Plus je restais dans le Temple Sacré, plus la possibilité que je sois identifié comme étant le Chevalier de la Mort était grande. Ce ne serait pas un gros problème si j’étais détruit à cause de ça, mais si on découvrait que Grisia était en contact avec un Chevalier de la Mort… Pour lui, ça aurait de très sérieuses conséquences.

Grisia me regarda, surpris, et il dit : « Tu es le Chevalier des Enfers. Si tu ne restes pas au Temple Sacré, où comptes-tu aller ? »

Je restai sans voix pendant un moment, avant que je ne réussisse à ouvrir la bouche pour lui rappeler : « Je ne suis pas le vrai Chevalier des Enfers, ou l’aurais-tu oublié ? »

Il réfléchit pendant un instant, puis me regarda avec inquiétude en lâchant : « Hell, te sens-tu faible à cause de la chaleur du soleil ? Comment peux-tu oublier le fait que tu es le Chevalier des Enfers ? »

Je restai sans voix une nouvelle fois. Grisia… Qu’est-ce que tu essayes de faire ?

À ce moment-là, un chevalier sacré arriva en courant vers nous, tout en criant : « Capitaine ! Les chevaliers royaux ainsi que les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre se sont rencontrés dans la rue et ils sont maintenant plongés dans une bataille féroce ! »

Le visage de Grisia devint sévère et, énervé, il s’enquit : « Que font les chevaliers sacrés ? N’ont-ils pas contenus les deux côtés ?

– Non, mais ils ont formé un cercle protecteur pour protéger les citoyens qui regardent à côté ! Et alors…

– Alors, quoi ?

– Alors, ils ont commencé à encourager les chevaliers royaux depuis leurs positions. »

En entendant cela, le visage de Grisia devint encore plus irrité. Il me parla rapidement : « Va explorer par toi-même. Je reviens dès que je les aurai maîtrisés. Je n’ai que deux choses à mentionner. Premièrement, tu ne peux pas quitter le Temple Sacré, et n’essaye pas d’aller rejoindre Rose puisqu’elle a déjà déménagé. Deuxièmement, n’envahis pas la vie privée des autres Douze Chevaliers Sacrés, spécialement dans leurs chambres. »

« Attends… » J’étais abasourdi alors que je le voyais courir rapidement avec l’autre chevalier sacré.

Rose a déménagé ? Dans ce cas, où devrais-je aller ?

Je n’avais aucune idée de combien de temps je passai, enraciné à cet endroit. Nombre de chevaliers sacrés passèrent devant moi, et ils me saluèrent même et m’appelèrent Capitaine-Chevalier des Enfers, alors que je n’avais aucune idée de la réponse correcte à leurs offrir.

Peu de temps après, je vis quelqu’un que je connaissais s’approcher de moi.

« Chevalier du Jugement… »

Je l’observai avec méfiance. D’après la description générale faite par Grisia, il sait probablement que je suis le Chevalier de la Mort.

Mais le Chevalier du Jugement ne semblait pas du tout méfiant envers moi. Il dit simplement : « C’est “Capitaine-Chevalier” du Jugement pour toi. “Chevalier du Jugement” est le titre utilisé par les étrangers pour se référer à nous. S’il-te-plaît, ne commets pas cette erreur à nouveau, Capitaine-Chevalier des Enfers. »

Je demeurai muet une fois de plus. Ne me dites pas qu’il n’a pas l’intention de me démasquer ? Il va laisser un Chevalier de la Mort se balader librement dans le Temple Sacré ?

Le Chevalier du Jugement me regarda à nouveau et demanda : « As-tu d’autres questions ? »

Je répondis par réflexe : « Je ne sais pas où je devrais aller. »

Judgment réfléchit silencieusement un moment avant d’ajouter : « Tu peux aller à la bibliothèque, comme il y a de nombreux livres qui pourraient te rafraîchir la mémoire sur les devoirs du Chevalier des Enfers. Ou bien, tu peux aller rendre visite au Capitaine-Chevalier de la Tempête. Il est tellement occupé qu’il vit dans l’espoir que quelqu’un vienne l’aider. Il se trouve présentement dans sa chambre, en train de corriger des documents. »

Je n’avais rien à redire à ça, donc je lui répondis : « Merci. »

« Oh, c’est vrai, Capitaine-Chevalier des Enfers, seras-tu disponible ce soir pour pratiquer le combat à l’épée avec moi ? »

« Bien sûr », répondis-je immédiatement. Les compétences à l’épée du Chevalier du Jugement étaient très bonnes, et j’avais toujours espéré pouvoir me battre contre lui à nouveau.

Après quelques réflexions, puisque je ne pouvais pas rester planté dans le couloir à ne rien faire, je décidai de suivre les suggestions du Capitaine-Chevalier du Jugement et allai à la bibliothèque pour trouver un livre à lire en attendant le match d’entraînement de ce soir. Après que j’eus parlé à un chevalier sacré et trouvé l’emplacement de la bibliothèque, j’y entrai directement. Il y avait un certain nombre de chevaliers sacrés dans la bibliothèque, mais je décidai d’ignorer tous ceux qui me reconnaissaient ou me saluaient. J’ouvris un placard à livres et commençai à chercher quelques livres qui mentionnaient le Chevalier des Enfers…

« Quels livres cherches-tu ? »

Dans un battement de cœur, je bondis en arrière et rugis : « Qui êtes-vous !? »

« Je suis le Chevalier du Nuage. »

Une tête apparut à l’extérieur du placard, et son visage était aussi pâle qu’une feuille de papier. Pendant un instant, je ne pus déterminer s’il était un fantôme ou un humain… Et il dit même qu’il est l’un des Douze Chevaliers Sacrés ? Comment est-ce possible !?

« Capitaine-Chevalier du Nuage, pouvez-vous s’il-vous-plaît me passer le livre de chansons se rapportant aux Douze Chevaliers Sacrés ? Je vais raconter des histoires aux enfants. » Un chevalier sacré parla à la tête, en souriant.

« Évidemment. » La tête disparut dans un placard à livre, et après un moment, ressortit à nouveau, cette fois avec une main en plus, qui était aussi pâle que son visage. La main tenait un livre.

« Merci, Capitaine-Chevalier du Nuage. » Après avoir pris le livre, le chevalier sacré m’affirma même d’un ton affable : « Capitaine-Chevalier des Enfers, si vous cherchez un livre, il vaut mieux demander au Capitaine-Chevalier du Nuage de trouver le livre pour vous. Le Capitaine-Chevalier du Nuage connaît l’emplacement de chacun des livres de la bibliothèque. »

C’est vraiment le Chevalier du Nuage ? J’étais stupéfait.

La tête… Non, le Capitaine-Chevalier du Nuage m’observa pendant quelques temps et parla alors d’une voix éthérée : « Quelle personne étrange. Il se tient devant le placard à livres, mais il ne cherche pas de livre. » Il rentra alors sa tête dans le placard et ferma la porte.

Tout de suite, je décidai d’abandonner la bibliothèque et d’aller rendre visite au Capitaine-Chevalier de la Tempête. Bien que je ne crois pas être capable d’offrir une aide quelconque…

« Je suis tellement touché ! Là, lis tous ces documents, ensuite souligne les phrases problématiques en rouge et, à la fin, résume le document entier en trois lignes. Après ça, rends-les-moi simplement pour une relecture finale, et alors ils devraient être prêts à être tamponnés… »

Sans rien ajouter, le Capitaine-Chevalier de la Tempête me jeta une grande pile de documents officiels.

Je pris la pile de documents dans mes bras et dis un peu anxieusement : « Mais, je n’ai jamais révisé de documents officiels auparavant. Je ne sais pas comment faire. »

« N’aie pas l’air si inquiet, c’est normal la première fois », me consola le Capitaine-Chevalier de la Tempête. « Je les vérifierai, si j’ai le temps… »

Je lus les documents et finis seulement de les réviser dans la soirée, et je rapportai alors tous les documents au Chevalier-Capitaine de la Tempête.

« Tu as fait du bon travail ! » déclara le Capitaine-Chevalier de la Tempête en tenant un tampon dans sa main. Il tamponna alors tous les documents sans même les regarder. « As-tu des choses à faire demain matin ? Non ? Alors peux-tu venir demain pour m’aider encore une fois ? Oui ? C’est d’accord du coup, Capitaine-Chevalier des Enfers ! »

En fait, je n’ai jamais dit que j’étais d’accord… Mais un accord est un accord. Il semblerait que je doive rester jusqu’à demain matin maintenant.

« C’est vrai, s’il-te-plaît, aide-moi à rapporter ça au Capitaine-Chevalier de Glace sur ton chemin. Merci. » Le Capitaine-Chevalier de la Tempête me passa quelque chose qui, quelle que soit la manière dont je la regarde, ressemblait à une petite assiette et une fourchette pour manger des gâteaux.

N’ayant pas d’autres choix, j’y allai et frappai à la porte du Capitaine-Chevalier de Glace.

« Attends. » Après que le Capitaine-Chevalier de Glace eut pris de mes mains l’assiette, il prononça simplement ce mot avant de refermer la porte.

Je me tins là et attendis.

La porte s’ouvrit à nouveau, et il me donna deux sacs qui étaient pleins de friandises d’après l’odeur qui s’en dégageait, et déclara simplement : « Celui-là est pour toi, et celui-ci est pour Sun. »

« …Merci. » articulai-je. Je suppose que… Je vais donner les deux sacs à Grisia.

« Manges-en un morceau », me demanda soudainement le Capitaine-Chevalier de Glace, et il me fixa alors intensément. N’ayant une fois de plus pas le choix, je fis ce qu’il m’avait demandé et en mangeai un morceau. C’était un geste très inutile, étant donné qu’un Chevalier de la Mort n’avait pas besoin de nourriture.

« Pas sucré ? Sucré ? Trop sucré ? » me questionna le Chevalier de Glace.

Je restai muet. En tant que Chevalier de la Mort, ma langue était principalement utilisée pour parler. Je répondis : « Mon sens du goût n’est pas très bon ; je ne peux pas vraiment goûter les aliments. »

Le Capitaine-Chevalier de Glace sortit un calepin et écrivit quelque chose dessus en murmurant : « Hell, goûts très forts. »

« …? »

Après que le Capitaine-Chevalier de Glace eut fini de prendre ses notes, il leva la tête et s’enquit : « Où te diriges-tu ? »

J’étais complètement perdu sur où je devais aller, donc je pus seulement répondre : « J’erre seulement ici et là. »

Ice hocha la tête et me demanda : « Tu m’aides ? »

« Bien sûr », lui répondis-je.

 

 

Je tenais de nombreux sacs remplis de friandises et cherchai partout les Douze Chevaliers Sacrés. Mon premier arrêt fut de revenir au placard à livres pour trouver le Capitaine-Chevalier du Nuage.

« Merci. Ces livres sont pour que tu les lises. » Cloud sortit la tête du cabinet et prit un sac de mes mains, tout en me passant quelques livres.

Je regardai les titres et lus respectivement : « Les Histoires des Chevaliers des Enfers » et « Le Manuel des Devoirs d’un Chevalier des Enfers ».

« Merci. » dis-je

 

 

Le Capitaine-Chevalier de Flamme me fixa un long moment, et se marmonna à lui-même : « Manifestement, Sun est Suprême Dragon, alors comment se fait-il qu’il y ait maintenant un autre Suprême Dragon ? Est-ce que Sun est le vrai, ou est-ce que Suprême Dragon est le faux… ? »

En fin de compte, il prit le sac joyeusement et se dit à lui-même : « Ah, ce n’est pas vraiment important si je ne comprends pas ! Leurs deux noms commencent par “Su” dans tous les cas, je vais juste faire comme si Sun avait un double ! »

Je n’avais rien compris à ce qu’il racontait.

 

 

Quand le Capitaine-Chevalier de la Terre vint pour ouvrir la porte, il essaya de me bloquer la vue avec son corps comme s’il y avait quelque chose que je ne devrais pas voir derrière la porte.

« Ma… ma chambre est très en désordre. » Le Capitaine-Chevalier de la Terre sourit timidement.

J’hochai la tête pour montrer que j’avais compris et lui passai ensuite le sac.

« Eeeearth, as-tu biiiiientôt terminé ? »

Earth me regarda et rit d’une voix innocente : « Hohoho, Hell tu dois te tromper ! Il n’y a pas du tout de voix de femme qui provient de ma chambre. »

« … » Je n’ai rien dit…

 

 

Le Capitaine-Chevalier de la Forêt ouvrit la porte avec un sourire qui s’étendait d’une oreille à l’autre, et il ne bloqua pas la porte avec son corps. Je pus clairement voir que sa chambre était très propre et organisée, conforme à la netteté caractéristique d’un chevalier.

« Merci beaucoup, Capitaine-Chevalier des Enfers », me remercia-t-il en prenant le sac de ma main.

Je remarquai seulement à ce moment-là qu’il tenait une petite poupée de paille dans sa main. En général, est-ce que ça ne devrait pas être fait à la taille d’une personne et placé au milieu d’un champ pour faire croire aux oiseaux qu’il y a des gens dans le champ, ce qui leur fait arrêter de picorer les semences ?

Le Capitaine-Chevalier de la Forêt vit que j’observais intensément la poupée de paille, et il s’expliqua immédiatement en souriant : « C’est vraiment utile ! Tu as simplement besoin de la sécuriser contre un mur et, ensuite, tu te sers d’un marteau pour planter des clous dedans afin d’améliorer ton humeur ! »

J’avais déjà entendu parler de ce moyen d’employer ces choses avant. Dans les légendes locales, c’était la méthode utilisée par les sorcières pour maudire les gens.

D’un ton amical, le Capitaine-Chevalier de la Forêt ajouta : « Oh oui, et si tu ajoutes un morceau des cheveux de l’autre personne à la poupée de paille, les effets seront doublés ! C’est même mieux si tu y ajoutes des ongles ! »

Je dis au revoir au Capitaine-Chevalier de la Forêt après m’être assuré que je n’avais rien laissé derrière de plus gros qu’un demi-morceau de cheveux ou d’ongle.

 

 

Cette nuit, avant de commencer le match d’entraînement avec le Chevalier du Jugement, je ne pus m’empêcher de secouer la tête et de soupirer. « Est-ce que les Douze Chevaliers Sacrés sont réellement tous aussi étranges ? »

Le Chevalier du Jugement m’observa, avec des yeux indéchiffrables.

Je ne comprenais pas pourquoi il me regardait comme ça.

Il ouvrit la bouche et parla lentement, en disant : « Oui, tout le monde a plus ou moins ses propres excentricités, mais nous respectons beaucoup la vie privée des autres Douze Chevaliers Sacrés. Tant que chacun d’entre eux remplit ses devoirs comme l’un des Douze Chevaliers Sacrés… même s’il était un cadavre qui se baladait librement, nous le respecterions autant que les autres. »

« … »

Donc le membre le plus étrange des Douze Chevaliers Sacrés, c’est moi ?

 

 

La Légende du Chevalier du Soleil T2C10 : Rassembler Les Fidèles

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 2 – Les Tâches Quotidiennes d’Un Chevalier

Roman d’origine en chinois par : 御 我 Yu Wo


Chapter 10: Recruit Worshippers – traduit du chinois vers l’anglais par Dahlys[PR!]
Chapitre 10 : Rassembler Les Fidèles – traduit de l’anglais vers le français par Irina
+ Travail de vérification par LuluHime

 

Tout à coup, le Chevalier des Enfers balança un coup puissant à Elijah. Le coup se fit sentir fermement, comme ce dernier ne s’attendait évidemment pas à ce que son allié l’attaque. Il vola sur une certaine distance, pour finalement atterrir près du bord de l’arène, et presque en tomber.

J’ai failli avoir un infarctus ! J’ai réellement cru qu’il allait tomber !

Puisque qu’il avait reçu le coup de plein fouet, Elijah ne put se lever pendant un moment. Néanmoins, il fit de son mieux pour se relever.

Le Fils du Dieu de la Guerre s’élança pour lui donner le coup final, mais le Chevalier des Enfers défendit Elijah.

« Pourquoi le protèges-tu ? »

Le Fils du Dieu de la Guerre commença à devenir méfiant, et il rugit : « Est-ce que vous conspirez tous les deux contre moi ? »

Oh non !

« Conspirer contre vous ? »

Suprême Dragon des Enfers sourit à peine, et dit calmement : « Est-ce seulement possible dans une situation pareille ? Il n’y a qu’une princesse, et elle ne peut pas épouser deux personnes. C’est juste que si je vous laisse finir Elijah, je ne durerai pas très longtemps. »

En entendant cela, le Fils du Dieu de la Guerre sourit avec arrogance et affirma : « Même avec son aide, tu ne peux pas me vaincre. »

« C’est vrai. » Suprême Dragon des Enfers acquiesça sincèrement et ajouta : « Vous êtes très compétent à l’épée, peut-être meilleur que moi. Aussi, physiquement, vous êtes beaucoup plus fort que je ne le suis. »

Le Fils du Dieu de la Guerre rit bruyamment en déclarant : « Tu n’es pas mauvais non plus. Tu es extrêmement rapide ! »

Est-ce que vous avez besoin de si bien vous entendre ? Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer. Ce serait tout de même une bonne chose si Suprême Dragon des Enfers s’entendait bien avec le Fils du Dieu de la Guerre, par contre.

« Battons-nous loyalement ! » Suprême Dragon des Enfers se mit en garde.

Le Fils du Dieu de la Guerre répondit d’une voix grondant comme le tonnerre : « Certainement ! » Il se mit lui aussi en garde. À la fois Suprême Dragon des Enfers et le Fils du Dieu de la Guerre semblaient très enthousiastes.

À ce stade, Elijah réussit finalement à tenir sur ses pieds. Il paraissait découragé, au point qu’il était incapable de rejoindre la bataille. Je n’étais pas surpris de voir Elijah déprimé. Un de ses opposants était le Fils du Dieu de la Guerre, et l’autre était… Dans tous les cas, l’important était qu’ils étaient tous les deux inhumainement forts ! Perdre contre eux n’était pas quelque chose dont il faille avoir honte.

Je croyais que, une fois que les compatriotes d’Elijah auraient compris à quel point ces deux personnes étaient fortes, ils ne trouveraient pas la défaite d’Elijah infâme. Fondamentalement, n’importe qui pouvant se battre sur le même terrain que ces deux-là aussi longtemps pouvait déjà être considéré comme un des guerriers les plus puissants.

De plus, Elijah était un chevalier. Les chevaliers ne sont pas connus pour être de bons duellistes.

En d’autres termes, si Elijah, le Fils du Dieu de la Guerre et Suprême Dragon des Enfers dirigeaient chacun une escouade dans une guerre, Elijah serait le vainqueur. Il n’y avait pas moyen que le Fils du Dieu de la Guerre et Suprême Dragon des Enfers puissent l’emporter sur lui dans cette situation. C’était l’image que je tentais de créer. Dans un duel, Elijah ne pouvait tenir qu’un peu plus de dix minutes. Mais s’il s’agissait de diriger une armée, Elijah était sans aucun doute meilleur que les deux autres.

Personne ici présent, particulièrement les chevaliers royaux, ne considérerait la défaite d’Elijah comme un véritable échec.

Juste comme Elijah prenait une profonde respiration et rassemblait son courage pour rejoindre la bataille, je criai soudainement : « Elijah ! La princesse est en danger, protégez-la immédiatement ! »

Elijah marqua un temps d’arrêt avant de se précipiter par réflexe vers la princesse. Plaçant son corps devant la princesse, il se retourna et…

Une ombre noire perfora sa poitrine. Elijah tomba à terre instantanément, les mains crispées sur la poitrine, son visage tordu de douleur. Une fumée noire nauséabonde suintait de tout son corps.

Je courus aux côtés d’Elijah et me penchai pour l’examiner. Choqué, je m’exclamai : « C’est… une Malédiction des Ténèbres ! »

Pas le moins du monde effrayée par la fumée noire maudite qui ondulait autour du corps d’Elijah, la princesse bondit jusqu’à lui et hurla : « Elijah ! »

Mon visage était sévère comme j’inspectais les alentours, cherchant le coupable. Tous les regards suivaient le mien.

Une personne encapuchonnée dans le public se leva soudainement et enleva son déguisement… C’était une de ces sorcières rarement aperçues !

Wow !

Je résistai à l’impulsion de féliciter Rose de tout mon être.

La sorcière était une beauté gothique, avec des traits remarquables, un corps sexy, et une peau pâle avec une nuance de vert forêt. Ses vêtements étaient parfaitement déchirés, exposant ses jambes minces, un profond décolleté et son nombril. Par contre, ils n’étaient pas déchirés au point que sa vue soit classée X. C’était une vision magnifique, mais criarde et effrayante.

Bien qu’elle ne parût pas vivante, elle ne pouvait être considérée comme morte. À strictement parler, les sorcières étaient des créatures maudites. On dit « étaient maudites » mais, le plus souvent, c’étaient des femmes qui s’étaient maudites elles-mêmes. Elles voulaient devenir des sorcières pour obtenir la pouvoir de se venger.

J’avais spécialement demandé à Rose de ne pas envoyer une créature morte-vivante. Les créatures mortes-vivantes étaient trop facilement découvertes dans un endroit plein de chevaliers sacrés.

Toutefois, je ne m’attendais absolument pas à ce que Rose trouve une sorcière. Les sorcières ne sont pas du tout courantes.

La sorcière bondit sur la scène et se dirigea vers le roi d’un pas nonchalant.

Il faut savoir que, premièrement, les sorcières sont toujours considérées comme des femmes. Deuxièmement, ce sont des femmes qui ont un passé tragique, et qui ont subi une grave injustice. Troisièmement, cette sorcière était une beauté. Du coup, aucun chevalier présent ne souhaitait bloquer son chemin.

Elle ricana : « Je veux me venger, me venger, me venger ! »

Le plus jeune chevalier confident du roi cria : « Balivernes ! Comment peut-il y avoir une quelconque hostilité entre Son Altesse la princesse et une chose maléfique comme toi ! »

« Hahaha ! Je ne parlais pas de la princesse, mais de Sa Majesté le roi. Il m’a séduite puis m’a abandonnée. Il a même tué mon futur bébé. Mon cher enfant ! Maman t’a laissé partir ! » Un moment la sorcière riait, le suivant elle pleurait. Elle semblait totalement folle.

Comme il entendait cela, les yeux du roi s’élargirent. La reine, qui avait maintenu un sourire élégant tout ce temps, sembla soudainement déstabilisée. Tout le monde se tourna vers le roi avec une incrédulité totale. Se pourrait-il que le véritable visage du prince héritier soit réellement révélé si peu de temps après son couronnement ?

Le roi n’avait jamais paru plus enragé que ce jour-là. Les coins de ses lèvres tressaillaient sans fin, et ses mots se faufilèrent entre ses dents serrées. « Foutaises ! Je ne t’ai jamais rencontrée auparavant. »

« Pas vous, je veux dire votre père ! » s’écria la sorcière d’une voix perçante.

Tout le monde lâcha un soupir de soulagement. Le sourire vertueux et élégant revint sur le visage de la reine. La reine leva aussi commodément son talon haut qui était planté dans le pied du roi, et le cacha sous sa jupe longue à nouveau.

Beaucoup de grognements purent se faire entendre dans le public. « Pourquoi elle ne l’a pas dit plus tôt ? Je suis presque mort sous le choc. »

« Pendant un moment, j’ai pensé qu’une fois que le prince héritier était devenu roi, il était passé de mari fidèle à débauché. »

Je remarquai que le roi concentrait tous ces efforts pour supprimer la douleur de son pied. Il agita gentiment son pied blessé pour être sûr qu’il allait bien. Seulement alors il perdit les pédales et s’indigna en s’adressant à la sorcière : « Dans tous les cas, blesser et traîner dans la boue les innocents (mon pied est très innocent) est mal ! Chevaliers royaux, abattez-la immédiatement. »

En recevant les ordres du roi, les chevaliers royaux sortirent leurs armes en chœur. Sans aucun délai supplémentaire, les chevaliers entraînés encerclèrent la sorcière.

Les chevaliers sacrés regardèrent tous leur Capitaine-Chevalier, puis se tournèrent pour me regarder. Je fronçai les sourcils, disant : « Elle doit être une complice des créatures des ténèbres de la dernière fois. Quelle vile sorcière ! Nous ne pouvons l’autoriser à faire comme elle le souhaite et la laisser blesser la population. Mes frères chevaliers sacrés, assistez les chevaliers royaux immédiatement. »

Les chevaliers sacrés crièrent d’une seule voix : « Oui, sir ! »

Ils rejoignirent immédiatement la formation des chevaliers royaux. Comme ils se connaissaient depuis tant d’années, les chevaliers sacrés et les chevaliers royaux avaient une excellente coordination. La formation finale était tellement parfaite que, sans compter une sorcière, même un Seigneur de la Mort pourrait seulement aller vers sa seconde mort.

Encerclée, la sorcière attaquait avec tout ce qu’elle avait. Malheureusement pour elle, les attaques ordinaires étaient facilement bloquées par les boucliers des chevaliers. Leurs boucliers ne pouvaient les défendre contre ses sortilèges, mais la lumière sacrée des chevaliers sacrés pouvait les annuler. De cette manière, la sorcière était rendue totalement impuissante.

Les chevaliers royaux posèrent leurs lances dans les espaces entre les boucliers, s’avançant progressivement vers la sorcière à chaque pas. La sorcière désespérée fit un ultime essai pour s’enfuir, en criant comme une bête sauvage.

Elle avait auparavant effectué un bon travail en piégeant Elijah, se débrouillant pour le maudire avant même que les autres chevaliers ne puissent réagir. Néanmoins, elle était incapable de se défendre dans cette bataille. Elle put seulement regarder, impuissante, tandis que les lances se rapprochaient lentement et transperçaient son corps. Peu importe comment elle attaquait, elle ne pouvait pas causer une seule égratignure aux chevaliers.

Je me tournai, ne voulant pas assister à cette scène. Bien qu’elle ne fût qu’une sorcière, peut-être même une fausse créé par Rose, je trouvais abominable de voir une chose innocente mourir à cause de mes stratagèmes.

« Chevalier du Soleil ! » hurla la princesse. « Elijah est en train de m-mourir ! »

Comment peut-il déjà être en train de mourir ? J’avais demandé à Rose de choisir une malédiction qui semblait terrible, mais qui soit relativement inoffensive.

Mais, au cas où Rose me jouerait une mauvaise blague, je courus à leur côté. Je sortis le bracelet de roses qui était à l’origine conçu comme un cadeau de fiançailles et déclarai : « Princesse, je vous en prie, brisez les roses pour maintenir Elijah en vie jusqu’à ce que Sa Sainteté le Pape ait fini de chanter l’incantation pour le Sort de Soin Ultime. »

Ce foutu vieil homme prend vraiment son temps. C’est seulement après qu’il ait entendu mes mots qu’il a commencé à chanter l’incantation.

Avant même que j’eus fini de parler, la Princesse saisit le bracelet de roses comme s’il était fait de cailloux sans valeur, ramassés dans la rue. Elle brisa une rose après l’autre rapidement. Juste de la voir détruire tout mon dur labeur était une pure agonie.

« Ma sœur, ma sœur, brise-les moins vite ! Ralentis ! Le sort de soin ne sera pas plus efficace en brisant plus rapidement les roses ! » s’exclama le roi.

Je n’aurais jamais pensé que Sa Majesté le roi serait dans une agonie plus profonde que la mienne en voyant sa sœur briser les roses. Maintenant que j’y pensais, il devait probablement déjà considérer le bracelet de roses comme le sien.

J’avais à l’origine prévu d’offrir ce bracelet au roi comme une excuse formelle. C’était pour l’empêcher de me causer des problèmes plus tard …Hein ? Dans ce cas, pourquoi est-ce que cela m’énerve ? Le bracelet n’est pas le mien dans tous les cas.

Le combat à mort s’était arrêté il y a longtemps. Le Fils du Dieu de la Guerre, qui avait ignoré les évènements jusqu’ici, déclara froidement : « Le Chevalier du Soleil sait comment utiliser la Résurrection, alors quel est le problème s’il meurt ? »

Tout le monde se rassembla autour de moi. Même la princesse leva la tête et demanda avec espoir : « Vraiment ? Est-ce vrai ? »

J’acquiesçai avec précaution et admis : « Sun sait en effet comment utiliser la Résurrection. »

Tout le monde explosa en un brouhaha.

« Mais, à moins de ne pas avoir d’autre choix, et que les personnes concernées acceptent, Sun ne se servira jamais de ce genre de magie sacrée ! » décrétai-je soudainement avec fermeté.

« P-Pourquoi ? » s’écria la princesse, alarmée. Après tout, celui aux portes de la mort était son bien-aimé.

« Parce qu’il y a trop de restrictions. La Résurrection peut seulement être utilisée dans les huit heures suivant la mort. Si elle est employée sur un corps qui est mort depuis plus de huit heures, le cadavre deviendra une créature des ténèbres ! Aussi, la Résurrection n’a aucun effet sur ceux qui sont morts de vieillesse, de maladie, ou empoisonnés. » Je m’arrêtai un moment avant d’ajouter : « C’est dangereux d’employer la Résurrection sur une personne maudite comme Elijah. Même s’il revit, la malédiction qui pèse sur lui ne sera pas levée. Il peut mourir à nouveau presque immédiatement des effets de la malédiction. En plus, la Résurrection a beaucoup d’effets secondaires possibles. Les effets secondaires connus incluent l’apparition de corne, se couvrir de fourrure, la pousse d’un bras supplémentaire, devenir fou, et devenir handicapé à vie.

Je mentionnai toutes les faiblesses de la Résurrection en un souffle. Maintenant que le monde entier connaissait ses défauts, quoiqu’avec une petite exagération, j’allais m’épargner la visite de personnes venant me voir pour que je ressuscite quelqu’un.

Le cœur de tous ceux regardant la scène s’effondra en entendant mes propos. La princesse en fut particulièrement affectée. Sa voix était secouée par des sanglots.

Seul le Fils du Dieu de la Guerre était extatique. C’était parce qu’il avait enfin compris le fait que la Résurrection était un sort presque inutile. L’Église du Dieu de la Lumière ne pourrait pas s’étendre en empruntant le pouvoir d’un tel sort.

« Le prix de la résurrection est toujours plus élevé que celui de la mort », finis-je avec insistance.

À ce moment-là, le Pape qui n’était pas pressé finit de chanter son incantation. Il récita doucement : « Soin Ultime. »

La douce lumière jaune de soin descendit sur Elijah. En un court instant, avant même que la lumière ne se fut dissipée, Elijah gémit. Il ouvrit les yeux, fit un grand sourire et dit : « Votre Altesse… »

« Elijah ! Oh, Elijah ! » La princesse serra fort dans ses bras son bien-aimé.

À cette vision, le Fils du Dieu de la Guerre eut un air mauvais, comme un mari trompé. Il se dressa de toute sa hauteur et s’avança vers les deux tourtereaux. Les guerriers derrière lui lui emboitèrent le pas. Les chevaliers sacrés me regardèrent tous pour obtenir des instructions. Sans incitation, ils ne bougeraient pas d’un muscle. Les chevaliers royaux s’avancèrent rapidement et précisément pour protéger Elijah et la princesse. En un éclair, ils formèrent un mur invincible de boucliers.

Le Fils du Dieu de la Guerre ricana. Les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre levèrent simultanément leurs armes. Les chevaliers royaux sortirent également leurs lances de derrière les boucliers. La tension dans l’air était déstabilisante.

Au début, les chevaliers sacrés furent soulagés de se contenter d’observer à distance. Soudain, un chevalier sacré quelconque s’exclama : « Ah ! Notre Chevalier du Soleil n’espérait-il pas lui aussi épouser la princesse ? »

Les chevaliers sacrés se réveillèrent en sursaut. Ils regardèrent leur capitaine respectif, attendant les ordres. Les Douze Chevaliers Sacrés me fixèrent tous du regard… J’avais presque oublié que j’étais l’une des personnes se battant pour obtenir la main de la princesse.

Très ému, je louai : « Ah ! Un chevalier qui se sacrifie pour sauver une princesse, et la princesse versant ses adorables larmes de gratitude. Quelle histoire touchante ! Pas même la bienveillance du Dieu de la Lumière ne pardonnerait à Sun s’il brisait ce couple tendre ! »

Les Douze Chevaliers Sacrés se détournèrent de moi et continuèrent à observer le spectacle.

Remarquant cela, les chevaliers sacrés restèrent également à l’écart pour contempler le combat. Puisque les chevaliers sacrés et les chevaliers royaux étaient des voisins qui vivaient dans la même ville, et parce qu’Elijah était plutôt populaire, la plupart des chevaliers sacrés choisirent d’encourager Elijah et les chevaliers royaux.

Voyant combien les chevaliers sacrés étaient enthousiastes dans leurs acclamations, additionné au fait que les jeunes personnes tendent à avoir le sang chaud, je croyais que si un combat avait réellement lieu entre les chevaliers royaux et le Monastère du Dieu de la Guerre, les chevaliers sacrés seraient incapables d’éviter de rejoindre la bataille.

Les chevaliers royaux et les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre maintinrent leurs positions. Ils se fusillèrent mutuellement du regard, prêts pour la confrontation finale. Un silence de mort régnait dans le stade, annonçant le début d’une guerre… Si ce n’était pas pour une bande de chevaliers sacrés encourageant et agitant des drapeaux, amenant dans l’arène l’ambiance d’une compétition, l’atmosphère serait assez tendue.

À en juger par leur enthousiasme apparent, on a l’impression que se battre démange plus mes propres chevaliers sacrés que de juste encourager leurs amis.

« Ces types du Monastère du Dieu de la Guerre ont battu nos camarades de l’Église du Dieu de la Lumière ! »

« Ils ont même osé attaquer la Section du Chevalier du Soleil. Ils doivent en avoir marre de vivre ! »

« Chevaliers royaux, chargez ! Tuez ces enflures du Monastère du Dieu de la Guerre, ils ont presque assassiné Adair ! »

Je jetai un regard interrogatif au Chevalier de la Tempête. Storm haussa les épaules et expliqua : « Ton Vice-Capitaine Adair est aussi populaire parmi les chevaliers sacrés qu’Elijah l’est parmi les chevaliers royaux. La réputation de ta Section du Chevalier du Soleil correspond à celle de la bande des jeunes chevaliers d’élite dirigée par Elijah. En conclusion, ta Section du Chevalier du Soleil est très appréciée par tout le monde, que ce soit les citoyens, les membres de l’Église du Dieu de la Lumière, les chevaliers du Temple Sacré, ou même les chevaliers royaux. Même moi je vais parfois les voir pour qu’ils m’aident. »

« Oh ! » gloussai-je. C’était donc cela. Il semblerait que j’aie sérieusement sous-estimé Adair et ma Section du Chevalier du Soleil. La prochaine fois, je pourrais leur confier plus de missions.

« Sun, ne ris pas comme ça ! Ça me donne l’impression de leurs avoir causé du tort… » On aurait dit que Storm me parlait en même temps qu’il marmonnait pour lui-même.

« Comment peux-tu dire cela, mon frère Storm ? Je jure au Dieu de la Lumière que l’aide que mon frère Storm m’a donnéayonne autant que l’Église du Dieu de la Lumière ! »

« Alors, je leurs ai vraiment causé du tort. » Storm soupira et murmura : « On dirait bien que je doive leur payer un verre plus tard. »

« Concrètement parlant, est-ce que tu prévois de laisser les chevaliers sacrés se battre ou non ? » demanda Storm, perplexe. Il ajouta : « Tu ne pourrais pas nous le dire d’abord, pour qu’on puisse s’y préparer psychologiquement ? »

« Je crois que le bienveillant Dieu de la Lumière souhaite seulement à un amour naissant de fleurir, et ne désire nullement voir de la violence inutile et des effusions de sang. »

« Oh. »

Les Douze Chevaliers Sacrés écartèrent leurs mains de leurs armes. Blaze sembla même déçu. Il grogna : « Et moi qui pensais que je pourrais y aller à fond pour une fois… »

Quand la situation fut à deux doigts de glisser hors de contrôle, le roi se leva lentement. Il hurla : « Arrêtez cela maintenant ! »

« Votre Majesté », cria furieusement le Fils du Dieu de la Guerre. « Avez-vous oublié notre accord !? »

Le roi devint silencieux. Bien que le Fils du Dieu de la Guerre sût qu’il avait fait un lapsus, il se renfrogna. Il ne semblait pas avoir l’intention de retirer ses paroles.

Je dis sincèrement : « Fils du Dieu de la Guerre, il est dit que l’amour trouve toujours une voie. Y a-t-il un quelconque préjudice à laisser deux amoureux être ensemble ? Même Sun a accepté de se retirer. Le Fils du Dieu de la Guerre souhaiterait-il continuer à rendre les choses difficiles pour ce couple ? »

« Hmph ! » ricana le Fils du Dieu de la Guerre.

Je répondis à son ricanement par un sourire rayonnant. Je savais que son intérêt n’était pas pour la princesse. « Pourquoi ne laisserions-nous pas le roi compenser l’échec de la princesse à retourner votre amour en bâtissant une branche du Monastère du Dieu de la Guerre dans le Royaume du Son Oublié ? Comment cela vous semble-t-il ? »

Le roi et le Fils du Dieu de la Guerre me fixèrent tous les deux avec une stupéfaction totale. Même mes propres Douze Chevaliers Sacrés froncèrent des sourcils. Je continuai à sourire radieusement.

« Je pourrais accepter une excuse sincère comme celle-ci… » Le Fils du Dieu de la Guerre parla lentement en jetant des coups d’œil au roi. Voyant que le roi n’avait pas l’attention de contester, le Fils du Dieu de la Guerre lui donna un brusque hochement de tête et s’exclama : « C’est décidé ! » Il soupira et dit : « En vérité, je ne veux pas non plus séparer une paire de tourtereaux. »

J’hochai la tête à profusion tandis que je le félicitais : « Je le savais ! J’ai entendu dire que le Dieu de la Guerre est un romantique. Il ne ferait jamais quelque chose comme briser des cœurs. »

« Tu as raison ! Notre Dieu de la Guerre est vraiment un romantique. Je suis surpris que toi, le Chevalier du Soleil, tu comprennes si bien notre Dieu de la Guerre. » Le Fils du Dieu de la Guerre hocha la tête pour montrer son accord. L’hostilité dans ses yeux avait disparu.

Je dis civilement : « Je suis flatté. C’est tout à fait naturel puisque, après tout, nous sommes voisins ! »

« Est-ce que vous devez tous les deux être sur la même longueur d’onde ? » marmonna Storm pour lui-même.

Avec les choses comme elles l’étaient, il n’y avait plus besoin d’un combat à mort.

Après avoir salué Suprême Dragon des Enfers et arrangé la date de leur prochain combat d’entrainement, le Fils du Dieu de la Guerre et ses guerriers partirent sans ne jeter guère plus qu’un regard à la princesse.

Les chevaliers royaux, qui ne pouvaient rien comprendre à la situation, nous regardèrent Elijah et moi avec des yeux soupçonneux.

Je les ignorai, rassemblai tous les chevaliers sacrés, et m’avançai vers la sortie du stade.

Comme j’étais sur le point de quitter le stade, je me tournai abruptement pour faire face à Elijah. Souriant, je déclarai : « Oh ! J’avais presque oublié, Chevalier Elijah, merci d’avoir sauvé mon Vice-Capitaine, Adair. »

Surpris, Elijah fit une pause un moment. Il rayonna alors qu’il disait : « De rien. Dans ce cas, nous pouvons dire que nous sommes quittes maintenant, Chevalier du Soleil. »

 

 

Quelques jours plus tard, Elijah vint me voir en secret avec un message.

« Le roi souhaite que je vous demande de remplacer les huit roses que la princesse a utilisé sur moi le plus tôt possible. »

Je lâchai un soupir de soulagement. Cette déclaration signifiait que le roi souhaitait accepter mon cadeau d’excuses. Je ne pouvais pas être certain s’il allait ou non m’en tenir rigueur, mais au moins j’étais confiant sur le fait qu’il ne me causerait pas de problème en vue et au sus de tout le monde.

« Aussi, Son Altesse la princesse dit que vous avez été promu de l’incarnation du type méprisable à celle d’un type méprisable et sympa… »

Ma seule réponse fut de sourire amèrement. Bien qu’Elijah eût fini de livrer les messages, il donnait l’impression qu’il avait encore quelque chose à dire. Voyant cela, je décidai de ne pas partir immédiatement.

Après un long moment, Elijah articula finalement, un peu embarrassé : « Marcher dans les ténèbres tout en tournant le dos à la lumière… V-Vous ne comprendrez jamais combien ces mots comptent pour moi. »

Je lui adressai un sourire rayonnant. Évidemment je comprends à quel point ces mots sont importants. Depuis que je les ai dits au Chevalier du Jugement quand il était déprimé, il n’a jamais été capable de refuser une seule de mes requêtes insensées.

Elijah annonça avec une sincérité totale : « S’il-vous-plaît ne vous inquiétez pas. Même si le Monastère du Dieu de la Guerre a été autorisé à bâtir un temple secondaire dans le Royaume du Son Oublié, moi, les chevaliers royaux et la princesse restons loyaux à l’Eglise du Dieu de la Lumière. »

J’eus un sourire incandescent en le remerciant : « En tant que représentant du Dieu de la Lumière, j’exprime une gratitude absolue envers vous, Chevalier Elijah. »

« Tout comme étant le chevalier royal Elijah, je vous remercie sincèrement également, Chevalier du Soleil. Mais… » Elijah hésita visiblement, puis demanda : « Que va-t-il se passer avec le faux Capitaine-Chevalier des Enfers ? »

« Hmm ? Pourquoi dites-vous que le Capitaine-Chevalier des Enfers est faux ? » J’affichai une expression confuse pour coller à la situation parfaitement et répliquai : « Sun ne comprend pas ce que vous voulez dire. »

Elijah fut sidéré. Il y réfléchit un moment, avant de sourire ironiquement et de dire : « Non, vous devez avoir mal entendu. Je voulais dire que le Chevalier des Enfers a d’excellentes compétences à l’épée. Si possible, j’aimerais pouvoir m’entraîner avec lui. »

« Merci pour le compliment. Je transmettrai le message au Capitaine-Chevalier des Enfers. »

Elijah était ravi. Il ajouta : « J’espère réellement pouvoir mieux le connaitre. »

« Évidemment, vous le pouvez », lui assurai-je avec un sourire.

Elijah acquiesça et annonça : « Dans ce cas, je devrais partir. Chevalier du Soleil, s’il y a quoi que ce soit pour lequel vous ayez besoin d’aide, sentez-vous libre de me demander. J’espère que vous comprenez que je ne refuserais aucune de vos requêtes, tant qu’elles n’impliquent pas de trahir la famille royale. »

Je lui adressai un long et dur regard. Finalement, j’acceptai : « D’accord. Si Sun éprouve des difficultés, il vous demandera de l’aide en tant qu’“ami”. »

Elijah hocha la tête avec précaution et dit : « Je comprends. À partir de maintenant, le Chevalier des Enfers reste au Temple Sacré et Elijah reste au palais. Je n’ai plus aucune connexion avec le Chevalier des Enfers à part être un de ses amis. »

J’hochai la tête avec satisfaction. Après avoir salué, Elijah sortit.

À ce moment-là, une autre personne, le Chevalier du Jugement, sortit de l’ombre. Il regarda dans la direction dans laquelle Elijah était sorti, puis se tourna pour me regarder.

Comme d’habitude, je commençai automatiquement à expliquer : « Même sans le mariage du Fils du Dieu de la Guerre avec la princesse de notre pays, beaucoup de jeunes ont déjà rejoint le culte du Monastère du Dieu de la Guerre. Une religion n’est pas comme un pays, étant donné que c’est impossible de définir des frontières géographiques. On ne peut pas dire que les habitants d’un pays doivent croire au Dieu de la Lumière, et que les habitants d’un autre doivent croire au Dieu de la Guerre. »

Judgment hocha la tête. « Tu n’avais pas l’intention d’exclure totalement le Dieu de la Guerre du Royaume du Son Oublié. »

« Parce que c’est impossible à faire », répondis-je brusquement. « De la même manière qu’il y a des croyants du Dieu de la Lumière dans le Royaume de l’Orchidée Lunaire, il y a des croyants du Dieu de la Guerre, et même des croyants du Dieu de l’Ombre dans le Royaume du Son Oublié.

« Quelle que soit la raison, je ne pouvais pas autoriser le Fils du Dieu de la Guerre à épouser la princesse. C’était en effet dangereux, comme de nombreux jeunes soupiraient après la princesse. Encore pire, le roi n’a pas de fils héritier. L’enfant du Fils du Dieu de la Guerre et de la princesse pourrait très probablement devenir le successeur au trône. Si le fils du Fils du Dieu de la Guerre devenait le roi du Royaume du Son Oublié, cela aboutirait à une crise sans précédent pour l’Église du Dieu de la Lumière. »

Judgment hocha la tête à nouveau pour montrer sa compréhension.

Je poursuivis, disant : « Même si on ne parle pas d’une affaire aussi lointaine que le prochain roi, nous ne pouvons quand même pas autoriser le Fils du Dieu de la Guerre à devenir un membre de la famille royale. Cela aurait influé sur les croyances des chevaliers royaux. Et, parce que beaucoup de jeunes de ce pays visent à devenir des chevaliers royaux, leurs croyances vont suivre celles des chevaliers royaux. D’un autre côté, si les chevaliers royaux et le Monastère du Dieu de la Guerre sont à couteaux tirés, cela affectera aussi grandement les croyances des jeunes. »

Judgment hocha la tête encore une fois et reprit mon explication : « Elijah est le chef des jeunes parmi les chevaliers royaux. Les jeunes sont les plus importants pour les religions, vu que les gens plus âgés sont peu susceptibles de changer leur foi. Gagner Elijah équivaut à gagner tous les chevaliers royaux. Maintenant qu’Elijah est fiancé à la princesse et que le roi n’a pas encore d’héritier, leur enfant pourrait peut-être devenir le prochain roi. Donc, même si le Monastère du Dieu de la Guerre possède une branche dans le Royaume du Son Oublié, cela ne fera pas trembler les fondations de l’Église du Dieu de la Lumière. »

Judgment fit une pause pendant un instant, et ajouta gravement : « Bien que tu aies su que tant que le roi et le Fils du Dieu de la Guerre aboutissaient à un accord privé pour remplacer la main de la princesse en bâtissant un temple secondaire dans le Royaume du Son Oublié, tout aurait pu se résoudre, tu as quand même démarré un combat à mort. Tu as tiré avantage du combat à mort pour provoquer les chevaliers royaux et les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre, semant la discorde entre ces deux factions précédemment amicales. Mais, ce n’était pas assez pour toi.

« À la fin du combat à mort, tu as délibérément remercié Elijah d’avoir sauvé Adair. Cela leur a laissé penser que la seule raison pour laquelle tu ais accepté la construction d’une branche du Monastère du Dieu de la Guerre en échange de la princesse était parce qu’Elijah avait sauvé Adair. En résultat, l’opinion des chevaliers royaux pour toi s’est encore améliorée. » Judgment lâcha un soupir. « Tu es vraiment– »

Je l’interrompis avec un grognement. « Judgment, tu me connais en effet très bien. Mais ne va pas trop loin. Je suis vraiment reconnaissant envers Elijah pour avoir sauvé Adair. Doutes-tu vraiment de ma détermination à protéger mes frères chevaliers sacrés ? Mais, tu avais raison sur un point ; j’ai en effet remercié Elijah devant tout le monde pour une raison : mais cette raison n’était pas de faire en sortes que les chevaliers royaux m’apprécient. C’était pour disperser toute notion de collaboration entre Elijah et le Temple Sacré ! »

« Je suis désolé. » Ayant entendu mon explication, Judgment s’excusa immédiatement. Il donna les raison de sa théorie : « Je suis vraiment désolé de t’avoir mal compris. Je t’ai mal jugé uniquement parce que les méthodes que tu as employées récemment m’ont fait me sentir un peu déçu. »

« J’ai employé ces méthodes seulement pour accomplir ce que le Chevalier du Soleil doit légitimement faire. Non seulement cela, je n’ai jamais laissé un seul innocent être blessé ! Durant les deux dernières fois, à part ce gros proc de roi qui méritait ce qu’il lui est arrivé, est-ce que quelqu’un a été blessé par mes stratagèmes ? »

J’étais tellement furieux que ma voix trembla tandis que je disais : « J’ai fait de mon mieux pour m’assurer que personne ne serait blessé alors que je remplissais mes devoirs. Encore mieux, je me suis arrangé pour qu’il y ait toujours une fin heureuse. Et toi, Lesus du Jugement, la personne qui me connaît le mieux, tu dis que je te déçois ? »

Judgment inclina la tête, perdu dans ses pensées pendant un instant. Il me regarda ensuite droit dans les yeux et affirma : « Capitaine-Chevalier du Soleil, tu as en effet rempli ton devoir. Non seulement cela, tu n’as blessé personne que tu n’aurais pas dû blesser. Crois-moi, je suis réellement désolé ! »

« Lesus, ce n’est pas que je ne veuille pas te pardonner. Mais, je pense que tu es allé un peu loin. » Je refusai d’accepter ses excuses et dis obstinément : « Rassembler des fidèles est mon devoir majeur, et je n’ai jamais oublié ce qu’un Chevalier du Soleil doit ou ne doit pas faire. J’admets que mes méthodes soient sinistres, mais si je veux coller à mon approche de refuser que quiconque soit blessé, je n’ai pas d’autre choix ! »

« Je suis désolé. Au nom de Lesus du Jugement, je jure au Dieu de la Lumière que je ne répèterai pas ce genre d’erreur une nouvelle fois. »

J’y réfléchis soigneusement avant d’hocher la tête et d’accepter ses excuses. Je saisis l’opportunité pour faire la demande : « Que penses-tu de cela, je te pardonnerai si tu promets d’accepter dix de mes demandes, sans conditions. »

« …Tu as besoin que je te fasse une promesse ? Depuis quand est-ce que je refuse tes demandes ? »

« Tu ne peux pas me les refuser, parce que ces demandes sont des affaires officielles. Mais, parfois, je veux ton aide pour des affaires privées ! »

Judgment demanda, plein de doutes : « Est-ce qu’escalader le mur pour acheter des tartes aux myrtilles est aussi considéré comme une affaire officielle ? »

« C’était juste une requête, pas une demande », niai-je immédiatement.

« Maintenant, j’ai compris. Tu as des affaires privées encore plus absurdes. Juste “solliciter” n’est pas suffisant, tu dois donc “demander”. C’est bien ça ? »

«  Heh heh », ris-je. « Je n’ai rien pour toi maintenant, mais je ne suis pas sûr que je n’aurais pas quelque chose dans le futur. Comme assurance, je dois saisir la chance que tu commettes une erreur pour te faire accepter mes demandes. »

« …Trois demandes. »

« Marché conclu ! » J’acceptai immédiatement. Puisque je pêchais en eaux troubles,  je devais prendre ce que je pouvais.

Judgment soupira à mon action d’exploitation. Il demanda : « Que vas-tu faire à propos de Suprême Dragon des Enfers ? »

« Oh ! » J’eus un sourire rayonnant. « N’es-tu pas heureux que le Capitaine-Chevalier des Enfers soit revenu ? »

Judgment me lança un regard et demanda étrangement : « Que veux-tu dire ? »

Je souris comme j’expliquais : « Depuis que tu as treize ans, personne au Temple Sacré n’a osé s’entraîner avec toi. Dix ans plus tard, il y a enfin quelqu’un dans le Temple Sacré avec qui tu peux pratiquer ta technique à l’épée. Ne devrais-tu pas être heureux ? Crois-tu avoir gardé assez de temps de repos pour aller au Monastère de la Guerre dans le pays voisin afin de défier le Fils du Dieu de la Guerre ? »

Le Chevalier du Jugement réfléchit à la question et lutta intérieurement tandis qu’il murmurait : « Mais, c’est un Seigneur de la Mort. Il est extrêmement dangereux ! »

« Un Seigneur de la Mort dans l’Église du Diu de la Lumière, dans cette forteresse contre les créatures des ténèbres ? Sommes-nous ceux en danger, ou est-ce lui ? »

Judgment songea à la question pendant un moment. Il acquiesça finalement et déclara, impuissant : « Fais ce que tu veux. De toute façon, je l’ai enfin réalisé… Il est loin d’être aussi dangereux que toi. »

La Légende du Chevalier du Soleil T2C9 : Diffuse Les Véritables Enseignements du Dieu de La Lumière

La Légende du Chevalier du Soleil

Roman originel en Chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Chapter 9: Spread the True Teachings of the God of Light – traduit du chinois vers l’anglais par dahlys[PR!]
Chapitre 9 : Diffuse les Véritables Enseignements du Dieu de la Lumière – traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia

+ Travail de vérification par Nocta

Le jour du combat à mort, le Temple Sacré était pratiquement vide. Tout le monde était déjà parti pour se trouver une bonne place au stade où le combat se tiendrait.

Je soupirai d’irritation. « Même les chevaliers en patrouille ont disparu. C’est tout simplement de la négligence pure ! Même si tout est paisible en ce moment, une faction religieuse qui nous est opposée, celle du Monastère du Dieu de la Guerre, se trouve sur notre territoire. Ne pas laisser de gardes dans le Temple Sacré est un peu trop exagéré.

« Par conséquent, messieurs, vous allez surveiller cet endroit ! »

Je laissai ma Section du Chevalier du Soleil sortir de la salle de détention, et leurs donnai ces instructions.

Leurs expressions indiquaient 200 % de réticence à suivre les ordres.

« Pourquoi a-t-il fallu que ça arrive…? Nous avions à l’origine l’intention de nous évader discrètement par la porte secrète et d’aller regarder le match. Capitaine… »

Vingt-quatre chevaliers sacrés en armure me fixèrent de leurs yeux implorants et brillants, et continuèrent à pleurnicher : « Capitaine… » Ils allongèrent même la dernière syllabe. Ceci me fait me sentir très…

« Dégoutant ! Hors de ma vue ! » criai-je avec colère.

Je me retournai, seulement pour apercevoir Adair, mon Vice-Capitaine, debout devant moi avec un air déprimé.

Il sourit amèrement, puis déclara solennellement : « Capitaine, la Section du Chevalier du Soleil et moi surveillerons bien le Temple Sacré. Malgré le fait qu’Adair regrettera toujours de ne pas avoir pu contempler vos actes de bravoure pendant la bataille, Adair suivra chacun de vos ordres. Pourtant, je ne peux m’empêcher de le regretter ! » Il soupira de façon tragique.

« Puisque tu le regretteras à ce point, viens assister au combat après avoir arrangé leurs positions. »

« Oui, sire ! » La vitalité d’Adair lui revint en un instant.

Après avoir dit cela, je remarquai que le soleil s’était déjà levé. Je devais encore aller récupérer quelqu’un et, si je ne me mettais pas en route bientôt,  j’arriverais en retard. Bien que je fusse souvent en retard, quand les gens qui attendaient incluaient un roi, une princesse, le Pape de ma religion, une personne de haut rang appartenant à une autre religion et ainsi de suite, ce n’était pas une bonne idée d’être tardif.

Lorsque j’eus parcouru une certaine distance, j’entendis des gens hurler derrière moi des choses comme « Adair ! Tu es méprisable ! », « Impudent ! », « Traître ! » et d’autres commentaires tels que ceux-là.

Quand j’atteignis les portes principales du Temple Sacré, j’observai les alentours et trouvai sur-le-champ la personne que je cherchais. Il se tenait debout dans un coin. Je hochai la tête à son intention, puis continuai ma route en direction du stade. Je savais qu’il me suivrait.

 

 

Comme je pénétrais dans le stade, les chevaliers royaux me saluèrent avec des hochements de tête amicaux. Mais, au moment où ils jetèrent un regard derrière moi, ils se tendirent et se précipitèrent en courant pour restreindre la personne qui me suivait.

« Arrêtez là ! Pas un pas de plus ! »

La tension des chevaliers royaux était contagieuse et se répandit vite dans tout le public. Plusieurs personnes dévisagèrent ouvertement l’homme habillé de façon unique qui se trouvait à l’entrée.

Ce dernier portait un justaucorps noir avec une armure d’écailles argentées lui recouvrant la poitrine, les parties vitales, les mollets, et le bas du visage. Bien que ce fût une tenue d’assassin, une épée longue pendait à sa taille. C’était inhabituel, puisque les armes préférées des assassins étaient les dagues et les épées courtes.

Je criai au garde : « Il appartient au Temple Sacré et n’est pas une personne suspecte ! Laissez-le entrer. »

Tout le monde était choqué, toutefois les Douze Chevaliers Sacrés étaient les plus alarmés. Certains allèrent même jusqu’à nous fixer du regard, en alternant entre lui et moi, avec une suspicion évidente.

Je souris radieusement et expliquai à tous : « Il s’agit du Capitaine-Chevalier des Enfers. Il a récemment complété une mission secrète et est depuis retourné au Temple. »

Blaze fut le premier à s’exclamer : « Quoi ? Ce n’est pas Sun… Non ! Suprême Dragon ? »

Je hochai la tête et répliquai : « Oh ! Tu as raison ; le nom complet du Capitaine-Chevalier des Enfers est Suprême Dragon des Enfers. Il n’y a rien de mal à ce que tu l’appelles Suprême Dragon mais, devant les autres, Capitaine-Chevalier de Flamme, tu devrais l’appeler Capitaine-Chevalier des Enfers. Ceci est afin d’empêcher les autres de se tromper sur son identité. »

Blaze resta stupéfait. Il ouvrit la bouche comme s’il essayait de dire quelque chose mais ignorait quoi dire. Il n’était pas la seule personne abasourdie. Pour faire simple, tous les autres Chevaliers Sacrés étaient soit sous le choc, soit soupçonneux ou soit ils affichaient des expressions de totale incrédulité.

Cette affirmation laissa place à beaucoup de discussion. Pendant que tout le monde discutait, je pris note de la situation dans le stade. Les gradins étaient clairement divisés en trois : les chevaliers royaux, les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre, et les chevaliers sacrés.

Les chevaliers royaux étaient ceux assis les plus près de l’estrade sur laquelle se trouvait le roi. Les membres du Monastère du Dieu de la Guerre étaient assis directement à l’opposé des chevaliers royaux. Les chevaliers sacrés étaient séparés en deux et remplissaient les sièges entre les deux autres factions pour servir de zone neutre. Après tout, les regards noirs de colère que les chevaliers royaux et les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre se lançaient les uns aux autres étaient suffisants pour faire en sorte que tout le monde soupçonne que, au lieu d’un combat à mort en trio, la bataille ne dégénère en rixe de groupe.

Le Fils du Dieu de la Guerre était assis à côté de la scène. Les gradins derrière lui étaient remplis de guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre.

Le représentant des chevaliers royaux, Elijah, était assis à l’opposé du Fils du Dieu de la Guerre, et seule la scène les séparait. Il fixait du regard le présumé « Suprême Dragon des Enfers » avec raideur.

La princesse ne se trouvait pas sur l’estrade du roi, mais bien derrière Elijah dans la zone d’encouragements qu’elle avait préparée juste pour lui. Elle semblait encourager son chéri de toutes ses forces. Elle ne se souciait même pas de prétendre afficher le moindre encouragement pour le Fils du Dieu de la Guerre ou pour moi. Observant la scène, le Fils du Dieu de la Guerre avait l’air plutôt contrarié. Évidemment, je continuai à sourire radieusement.

La princesse considéra Suprême Dragon des Enfers avec doute, et me lança un regard d’avertissement. Son regard impliquait qu’elle souhaitait que j’évite de causer des problèmes.

Je n’avais pas dévoilé grand-chose de mon plan à la princesse. Tout ce que j’avais dit était que j’allais aider, très naturellement, son bien-aimé à remporter le combat à mort en trio. Je n’avais rien mentionné de plus, et ne pouvais pas ajouter quoi que ce soit d’autre au risque de finir sur le bûcher.

À ce moment-là, le roi annonça lentement : « D’après ce que j’entends, les Douze Chevaliers Sacrés ne semblent pas reconnaître leur propre camarade. »

Je m’inclinai gracieusement devant le roi, puis clarifiai : « C’est exact, Votre Majesté. Hormis Sun, les autres ne reconnaissent effectivement pas ce compagnon. »

« Oh ? Je suis toute ouïe. » Le roi paraissait honnêtement intéressé.

J’acquiesçai de la tête et expliquai : « Le Capitaine-Chevalier des Enfers est une existence unique au sein des Douze Chevaliers Sacrés. Au fur et à mesure que les époques passent, le rôle du Chevalier des Enfers change, mais ce dernier est principalement impliqué dans le travail sous couverture. Par exemple, en temps de guerre, celui-ci aurait pour tâche principale d’obtenir des informations militaires vitales pour l’armée. »

« Entre autre, ce que vous voulez dire c’est que le Chevalier des Enfers existe pour être soit un assassin, soit un espion ? »

Le plus jeune chevalier confident du roi sourit un peu bizarrement et déclara : « Ainsi, il existe un membre des Douze Chevaliers Sacrés qui exécute ce genre de sale boulot ? »

Elijah, qui se tenait sur le côté, baissa légèrement la tête de honte.

« Ce n’est pas du tout comme cela », niai-je avec ferveur. Je pris une pause avant de commencer mon explication : « Sous la guidance du Dieu de la Lumière, les Chevaliers Sacrés doivent maintenir le véritable esprit de la justice, et pas une forme ignorante de justice. En temps de guerre, obtenir des informations exactes est d’une importance primordiale. Des informations exactes assurent qu’aussi peu de nos frères chevaliers sacrés soient sacrifiés que possible. Cela va aussi raccourcir la durée de la guerre, empêchant les fidèles du Dieu de la Lumière de souffrir des ravages provoqués par celle-ci. Néanmoins, l’information ne nous vient pas si aisément. Simplement la demander ne nous apportera pas de données utiles. Afin d’obtenir des informations vitales, quelqu’un doit sacrifier son droit de se tenir sous la lumière et ainsi pénétrer dans les ténèbres. Tout cela afin de réduire la souffrance du peuple du Dieu de la Lumière, de protéger nos confrères chevaliers sacrés, et, un dernier point mais pas le moindre, apporter la justice du Dieu de la Lumière. »

Je jetai un coup d’œil en direction d’Elijah. Il semblait plus joyeux maintenant. Je parlai doucement : « Je vous prie de me croire. Les Chevaliers Sacrés ne craignent pas de s’avancer dans les ténèbres en tournant le dos à la lumière. Même s’ils sont entourés par les ténèbres, ils restent sous la radiance du Dieu de la Lumière. »

Quand j’eus terminé de parler, tout le monde se plongea profondément dans ses pensées. La princesse me sourit même, probablement parce que mes paroles pouvaient encourager son bien-aimé.

En fait, ces paroles ne s’appliquaient pas seulement au Chevalier des Enfers. Elles étaient valides pour tous les Chevaliers Sacrés du la « Cruelle Faction au Cœur de Pierre », particulièrement pour leur chef, le Chevalier du Jugement.

Le roi acquiesça doucement d’un signe de tête et décréta : « Chevalier du Soleil, vous avez approfondi ma compréhension des Chevaliers Sacrés. »

« C’est tout à l’honneur de Sun, et à la volonté du Dieu de la Lumière, que Votre Majesté ait compris les propos qu’il a tenus. »

« Capitaine-Chevalier du Soleil, avez-vous fini de parler ? » Le Fils du Dieu de la Guerre faisait de son mieux pour garder un comportement calme, mais ne pouvait pas dissimuler son impatience. « Si vous avez terminé, dans ce cas commençons le combat ! »

« Mes plus sincères excuses pour la longue attente. Participons dès à présent à cet échange amical de coups dont est témoin le Dieu de la Lumière », annonçai-je à l’adresse de tous.

Après mon annonce, je me dirigeai immédiatement vers la scène… mais une silhouette noire et argentée me bloquait le chemin.

J’arrêtai de marcher avec hésitation et m’enquis : « Mon frère Hell, quelque chose ne va pas ? »

Hell dit simplement et clairement : « Combattre n’est pas quelque chose que le Chevalier du Soleil devrait faire. Permets à ce double de prendre ta place dans le combat. »

En entendant cela, je murmurai : « Ah. » Le roi fut rapide à réagir. Il demanda : « Double ? »

Je regardai le roi avec une expression de malaise et bégayai : « C-C’est… »

Le roi lança un regard à son plus jeune chevalier confident. Ce dernier s’écria : « Se pourrait-il que le toujours honnête et transparent Chevalier du Soleil cache quelque chose d’indicible ? »

Je me retournai délibérément pour inciter Judgment à agir. Il était le seul qui pouvait coopérer avec moi sans en avoir été informé.

Bien que Judgment n’eût pas la moindre idée de ce qu’il se passait, il dit avec irritation : « Si tu tiens absolument à le dire, dans ce cas ça devient ta responsabilité. »

J’hésitai, soupirai, puis clarifiai : « Les choses sont comme ceci, Votre Majesté : Autrefois, on croyait que le Chevalier des Enfers était l’alter ego du Chevalier du Soleil, et non pas une véritable personne. Il reste incertain si c’était vrai par le passé. En dépit de cela, le Chevalier des Enfers actuel existe bel et bien en chair et en os. Mais, en même temps, on lui a assigné la tâche d’être le double du Chevalier du Soleil. » Après avoir donné mon explication, je fis de mon mieux pour plaider auprès du Chevalier des Enfers : « Capitaine-Chevalier des Enfers, je te prie de t’écarter. Ceci est mon combat. »

« Non ! » Hell gronda en quelque sorte avec colère : « Si tu combats personnellement au lieu de laisser ce double prendre ta place, dans ce cas tu vas à l’encontre de la raison d’être de mon existence. Tu devras me tuer et enjamber ma dépouille avant que je ne te laisse monter sur la scène. »

Je restai abasourdi, et tout le stade était en émoi. C’était rare pour le public d’entendre un hautement bien discipliné Chevalier Sacré perdre son sang-froid et affirmer une chose pareille.

« Capitaine-Chevalier des Enfers, je ne puis te permettre de me remplacer dans ce combat. » Je soupirai doucement et déclarai avec impuissance : « Si tu gagnais, comment cela pourrait-il compter comme ma victoire ? »

Le Chevalier des Enfers répliqua froidement : « Dans ce cas, monte sur l’estrade après m’être passé sur le corps ! »

« C’est impossible… S’il-te-plaît, écarte-toi, Capitaine-Chevalier des Enfers. » Je commençais à être fâché.

« Jamais ! » Celui-ci ne cracha que ce seul mot, mais ce mot eut plus qu’assez d’impact.

Nous avions atteint une impasse. Hell me fixa de ses yeux déterminés… ou, devrais-je dire, il faisait de son mieux pour paraître résolu. Je crois que ce n’était guère difficile pour lui, comme il était à l’origine une personne extrêmement déterminée de toute manière.

« Laissez donc le Capitaine-Chevalier des Enfers prendre votre place. »

Celle qui brisa notre impasse était Son Altesse, la princesse.

Elle dit doucement : « Puisqu’il est d’accord pour se sacrifier pour le bien du Capitaine-Chevalier du Soleil, dans ce cas ça ne fait aucune différence si c’est lui ou le Chevalier du Soleil qui se bat. »

Je secouai la tête et m’exclamai : « Mais Votre Altesse, les deux autres participants pourraient ne pas être d’accord avec un tel arrangement. »

Elijah y réfléchit soigneusement pendant un moment, puis déclara : « Étant donné que la princesse ne s’y objecte pas, je vais également accepter cet accord. »

Le Fils du Dieu de la Guerre fronça les sourcils. Durant un très long moment, il ne montra aucun signe d’accord. Je peux comprendre cela. Bien qu’il fût incertain de la force du Chevalier des Enfers, quoi qu’il en soit, il ne pouvait être plus faible que je ne l’étais d’après les rumeurs à mon sujet.

Je m’empressai de jeter de l’huile sur le feu en disant : « Ce serait compréhensible si Sa Seigneurie le Fils du Dieu de la Guerre refusait, vu que ce serait injuste pour lui si le Chevalier des Enfers l’emportait. »

Le Fils du Dieu de la Guerre eut l’air insulté par mon commentaire. Il ricana froidement, et s’écria : « Qui a dit que je ne suis pas d’accord !? Je me fiche de savoir qui est mon adversaire ; ce sera moi le vainqueur ! »

Suite à cette déclaration, le roi acquiesça d’un signe de tête pour marquer son accord. Puisque toutes les personnes importantes avaient donné leur approbation, l’affaire était réglée. Les trois hommes qui étaient en lice pour demander la main de la princesse montèrent sur la scène afin de débuter le combat à mort.

Comme je ne faisais plus partie des hommes en compétition dans le combat pour la princesse, je retournai dans les rangs des Douze Chevaliers Sacrés et pris ma place aux côtés du Chevalier du Jugement.

Le coin des lèvres de ce dernier se releva un peu, et il murmura : « Ainsi, tu n’avais jamais eu l’intention de monter sur l’estrade. »

« Évidemment. Je n’ai nullement l’intention de me faire massacrer devant une audience », répondis-je naturellement.

Je lui jetai un regard de désapprobation et ajoutai cyniquement : « Avec ta capacité à raisonner, tu aurais dû en déduire ceci quand tu m’as vu avec le livre que Cloud m’avait donné, celui qui décrivait comment choisir des porte-bonheurs. Crois-tu réellement que je sois quelqu’un qui se fie aux porte-bonheurs afin de garantir le succès de ses manigances ? Si je ne puis être confiant à 200 %, alors je devrais au moins être à 100% certain du succès de l’opération avant d’“oser” entreprendre quoi que ce soit. »

« Ah… Tu as raison ! Comme c’était stupide de ma part. » Judgment secoua la tête avec chagrin et affirma : « Oublions le livre, j’aurais dû savoir que tu n’avais définitivement pas la moindre intention de participer à ce combat quand tu l’as accepté. »

Je regardai Judgment avec dédain. Qu’est-ce que c’est censé vouloir dire ? Dans tous les cas, j’ai vaincu de nombreuses créatures des ténèbres ; et, à l’occasion,  celles que Rose envoie sont très fortes !

Un serviteur marcha soudainement jusqu’à moi et annonça respectueusement : « Chevalier du Soleil, le roi souhaiterait s’entretenir avec vous. »

Je hochai la tête et le suivis, puis lançai bravement un sourire éclatant au roi. Même si le roi savait que tout ceci était de ma faute, il n’y avait aucune chance pour que le roi puisse m’accuser devant une aussi large audience, n’est-ce pas ?

Le roi fit un signe de la main à ses deux chevaliers confidents, et ceux-ci comprirent sur-le-champ qu’ils devaient s’éloigner.

Il m’envoya ensuite un signe de la main. Je grimpai sur l’estrade et allai me tenir à côté du roi, et baissai la tête pour écouter ce qu’il avait à me dire. Il serra les dents et siffla entre celles-ci : « Si ma sœur n’aimait pas réellement Elijah, je ne t’aurais jamais permis  de causer des ennuis. »

« Malgré le fait que Sun n’ait aucune idée de ce que Votre Majesté entend par “causer des ennuis”, j’admire effectivement votre préoccupation sincère à l’égard de votre sœur bien-aimée », articulai-je avec sincérité.

Après tout, si le roi avait insisté pour que sa sœur épouse le Fils du Dieu de la Guerre, il aurait eu au moins dix façons à sa disposition pour saboter mon plan. Mais, non seulement il n’avait pas employé une de ces méthodes, il a même choisi de simplement s’asseoir et d’observer le résultat.

« Pfff ! Si tu causes autant d’émoi et échoues quand même à laisser ma sœur marier son amoureux, résultant en de graves conséquences, je m’assurerai que rien de bon ne t’arrive par la suite. »

Exactement comme un grand frère anxieux, le roi me fusilla vicieusement du regard. Après cela, il se renfrogna et se tourna vers la scène qui se déroulait.

Le roi avait une bonne raison de froncer les sourcils. Bien qu’Elijah eût été entraîné par Judgment, la probabilité qu’il batte le Fils du Dieu de la Guerre était aussi élevée que la mienne de vaincre Judgment.

Je le savais, Judgment le savait, les guerriers du Dieu de la Guerre le savaient, et les chevaliers royaux le savaient. Alors naturellement, le roi le savait également.

Ce qu’ils ne savaient pas était qu’il existait plusieurs définitions à « gagner », particulièrement quand il s’agissait de se battre pour une femme.

 

 

Tandis que je quittais les côtés du roi et retournais dans les rangs des Douze Chevaliers Sacrés, le combat avait déjà débuté, comme si les participants n’en pouvait plus d’attendre pour commencer. Le premier à attaquer fut le Fils du Dieu de la Guerre. Les guerriers étaient toujours les premiers à partir à l’assaut, alors que les chevaliers qui valorisaient la défense plutôt que l’attaque passaient rarement à l’attaque les premiers.

« Excellente technique à l’épée ! » s’exclama le Chevalier du Jugement avec admiration, comme si l’envie de faire un match le démangeait.

Cette affirmation n’était, évidemment, pas dirigée vers Elijah. La technique à l’épée d’Elijah n’était pas si mal, mais pas suffisamment bonne pour que Judgment s’en émerveille. Son commentaire visait Rol— le Capitaine-Chevalier des Enfers et le Fils du Dieu de la Guerre.

Le Chevalier du Jugement fit un commentaire sur le combat vicieux en déclarant : « Peu de temps après le début du combat, le Fils du Dieu de la Guerre s’est vite rendu compte de qui était son véritable adversaire. Même si en surface il s’agit d’une mêlée de trois personnes, en vérité, la majeure partie du combat se passe entre le Fils du Dieu de la Guerre et le Chevalier des Enfers.

« Le Fils du Dieu de la Guerre avait au départ l’intention de se débarrasser d’Elijah avant de s’occuper du Chevalier des Enfers, mais la technique à l’épée de ce dernier est vraiment très bonne et son jeu de jambes est trop unique. Cela demanderait plus qu’un court instant pour vaincre Elijah, ce qui rend les choses difficiles, en considérant que le Chevalier des Enfers attendrait aussi à proximité une opportunité pour attaquer, tel un tigre attendant de se jeter sur sa proie. »

« Même le Fils du Dieu de la Guerre perdrait s’il ne se battait pas sérieusement contre le Chevalier des Enfers », dit le Chevalier du Jugement en poursuivant son commentaire exclusif.

En vérité, tout ce que j’apercevais était le scintillement d’épées et les silhouettes de trois personnes se précipitant çà et là. Je regardai jusqu’à-ce que j’en aie le vertige, et quand j’entendis le bruit d’armes qui s’entrechoquaient… « C’est une bonne chose que je ne sois pas sur l’estrade, autrement je serais mort d’une crise cardiaque juste en entendant les bruits des épées s’entrechoquant », dévoilai-je.

« Si tu étais réellement monté sur la scène, tu aurais perdu avant même d’avoir entendu le bruit d’épées qui s’entrechoquent », dit Judgment après avoir entendu mon exclamation de soulagement. « Mais, ne t’inquiète pas. Ta spécialité est de vaincre les morts-vivants. Si c’était pour battre les créatures des ténèbres, tu serais plus fort que les trois personnes sur la scène. » Après m’avoir réconforté, Judgment procéda à m’insulter davantage. Il affirma : « D’un autre côté, s’il s’agissait de te battre contre des êtres vivants, tu serais plus que trois fois plus faible qu’Elijah. »

Incapable d’accepter la défaite, je le provoquai : « Dans ce cas, entre toi et le Chevalier des Enfers, qui serait le plus fort ? »

Judgment me lança un regard en biais, puis articula lentement : « Difficile à dire… Et tu devrais savoir ce que je veux dire par là. »

Je fermai docilement la bouche et me rappelai que Suprême Dragon des Enfers ne possédait pas que quelques capacités au combat à l’épée. En vérité, ses capacités à l’épée étaient probablement les moins dangereuses de ses habilités. Évidemment, si l’ennemi était « Suprême Dragon des Enfers », en tant que Chevalier Sacré, « le couper en rondelles avec une épée » n’était pas le seul moyen à la disposition du Chevalier du Jugement. En conclusion, ce serait très dur de déterminer qui gagnerait. La seule chose dont je sois sûr était que Judgment avait déjà découvert la véritable identité de « Suprême Dragon des Enfers ».

Bien que je n’eusse pas la moindre intention de le cacher à Judgment, j’étais, comme toujours, empreint d’admiration devant ses pouvoirs d’observation. Si j’avais un jour besoin de le faire, je craignais que ce ne fût extrêmement difficile de lui dissimuler quelque chose.

Je ne pus résister à la tentation de lui demander : « Comment as-tu découvert qui il est ? »

« Il est facile à identifier à cause de sa superbe technique à l’épée. »

Alors, c’était donc ça. Je déteste les maîtres-épéistes !

« Ton expression indique que tu penses que tous les experts dans le maniement de l’épée devraient mourir. » Judgment me lança un regard de désapprobation.

« Continues de deviner correctement et je serai convaincu que tu n’es pas le Chevalier du Jugement, mais plutôt une sorte de ver solitaire vivant dans mes intestins1 ! »

Le regard de désapprobation de Judgment disparut, remplacé par un sourire grandissant. Insatisfait, je questionnai : « Comment avance le combat ? »

« Le Fils du Dieu de la Guerre est effectivement à la hauteur de son titre de leader des guerriers. On ne doit pas le sous-estimer. À moins que Suprême Dragon des Enfers se serve d’une autre technique que celle de son épée, il va définitivement perdre au final. »

Je m’enquis pour clarifier : « Même si Elijah et Suprême Dragon des Enfers se liguent tous les deux contre lui, le Fils du Dieu de la Guerre va quand même l’emporter ? »

« Oui. »

Je ne pus m’empêcher de le complimenter : « Il n’est pas le Fils du Dieu de la Guerre pour rien ; il est si fort ! »

« Ton expression suggère que tu es très soulagé du fait que tu n’avais jamais eu la moindre intention de prendre part au combat. »

« Tais-toi, ver solitaire ! »

Les yeux de Judgment débordaient de ravissement. Heureusement pour lui, les yeux de tous étaient rivés sur le combat, et personne ne remarqua son expression, ou bien plusieurs personnes auraient été choquées à mort en voyant le cruel Chevalier du Jugement sans cœur en train de sourire.

Je remarquai que le temps était presque venu, et je murmurai à Judgment : « Dans un instant, quoi qu’il arrive, n’interfère pas. »

Judgment hocha la tête et dit de manière décisive : « Dans ce cas, je vais partir, au cas où quelqu’un se demanderait pourquoi je ne suis pas intervenu. »

J’acquiesçai en retour d’un signe de tête. C’était tout à fait dans le caractère de Judgment d’être si méticuleux.

« De cette manière, je peux aussi éviter de savoir ce que tu as fait. »

…Il vaudrait peut-être mieux le laisser partir, juste au cas où je dépasserais accidentellement le niveau de tolérance de Judgment. Si ça devait arriver, après avoir reçu une correction fort douloureuse, je serais quand même obligé de m’excuser pour avoir causé des problèmes.

Après que Judgment eut quitté le stade, je regardai en direction de la scène. Les armes s’entrechoquaient continuellement, et les auras de bataille étaient si puissantes que les bourrasques de vent qu’elles occasionnaient étaient suffisantes pour emmêler mes cheveux. Le sol était même rongé de fissures. Des petits morceaux de roches s’envolaient à travers les tourbillons des auras de batailles qui s’affrontaient.

Qu’ils fussent des chevaliers ou des guerriers, les spectateurs n’osaient pas lever les yeux de la bataille intense au cas où ils manqueraient une partie importante. Occasionnellement, il y avait des cris d’émerveillement ou des encouragements bruyants.

Je songeai, C’est suffisant. Si le combat continue, Elijah pourrait être incapable d’en supporter davantage et perdre. Dans ce cas, oublions le fait que mes efforts précédents seraient gaspillés ; je n’aurais pas la moindre idée de comment arranger les choses.

Si Elijah perd, et puisque je ne peux pas permettre au Fils du Dieu de la Guerre d’épouser la princesse, alors ça voudrait dire que je serais vraiment forcé de l’épouser moi-même, hein ? J’estime que je serais obligé de porter une armure blindée complète au lit pendant notre première nuit, afin d’empêcher ma femme de commettre le crime d’assassiner son mari.

Je mis ma main dans ma poche et écrasai un cœur en verre.

Note de bas de page

1 …un verre solitaire vivant dans mes intestins ! : Ceci est basé sur un proverbe chinois dans lequel on dit que les vers solitaires, parce qu’ils vivent comme des parasites dans le corps de leurs hôtes, savent tout de leurs hôtes, incluant ce qu’ils pensent.

La Légende du Chevalier du Soleil T2C8 : Construis de Bonnes Relations Avec Tes Voisins

La Légende du Chevalier du Soleil

Roman originel en Chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Chapter 9: Build Good Relationships With Neighbors – traduit du chinois vers l’anglais par ErihppasPR!]
Chapitre 8 : Construits de Bonnes Relations avec Tes Voisins – traduit de l’anglais vers le français par Nocta

+ Travail de vérification par Yukomin

J’attendis que la nuit soit tombée, puis j’allai frapper à la porte de chacun des douze chevaliers. La première phrase que je leur adressai à tous fut : « Rends-moi un service. »

Je frappai à toutes les portes jusqu’à la chambre du Chevalier du Jugement, et je lui dis la même chose après qu’il eut ouvert sa porte.  « Rends-moi un service. »

« Quel genre de service ? » s’enquit le Chevalier du Jugement en feignant l’ignorance. « Aller acheter une tarte aux myrtilles ? Demander à Ice de te faire de la glace pilée à la fraise ?  »

Je formulai ma requête de façon simple et directe : « Prête-moi dix membres de la Section du Chevalier du Jugement. »

Jugement soupira. « Pour une mission ou pour une revanche ? »

« Pour une mission… » Voyant l’expression de doutes sur le visage de Judgment, j’avouai rapidement : « Mais, j’admets qu’il y a tout petit, minuscule soupçon de revanche personnelle dans mes motivations. »

Judgment fut stupéfait et me demanda : « Est-ce que cela va suffire à te satisfaire ? ».

J’haussai les épaules. « Bien sûr. Je souhaite seulement rassembler davantage de croyants, pas lancer une guerre contre le Monastère du Dieu de la Guerre. »

Bien que j’eus dit cela, Judgment prit tout de même un peu de temps pour réfléchir avant de répondre à contrecœur : « Je peux seulement t’en prêter cinq, au cas où ton mauvais caractère te fasse faire des sottises. Tu t’es toujours montré indulgent envers ta Section du Chevalier du Soleil. Puisqu’ils se sont fait salement tabasser et humilier en public, j’ai vraiment du mal à croire que tu te retiendras de punir les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre. »

« D’accord, va pour cinq », acceptai-je sans hésiter.

En voyant comment j’avais accepté si facilement, Judgment fronça de nouveau les sourcils. Afin d’éviter de lui donner une chance de le regretter, je changeai rapidement de sujet. « Comment se passe l’entraînement d’Elijah ? »

« Très bien, il apprend vite. Cloud a modifié ses Pas du Nuage pour améliorer son esquive. Il devrait être en mesure d’apprendre la capacité Gagner du Temps d’ici deux semaines. »

J’hochai la tête. « Il ne devrait pas y avoir de problèmes dans ce cas. »

« Pourrais-tu me dire quels sont tes plans pour augmenter le nombre de croyants ? »

« Non ! » Si Judgment prenait connaissance de mon plan dans son ensemble, il n’y avait aucune garantie qu’il ne me couperait pas immédiatement en deux avec son épée afin de me punir pour avoir blessé des personnes dans le passé, de m’empêcher de risquer une guerre avec le Monastère du Dieu de la Guerre dans le présent, et d’éviter que je ne mette des gens en danger dans l’avenir.

« Tu as vraiment prévu de causer des problèmes… Tss ! Alors il vaudrait mieux ne rien me dire. »

Judgment secoua la tête et abandonna l’idée de connaître mes projets, s’épargnant ainsi le dilemme d’avoir à décider s’il devrait ou non me couper en deux. Il ferma lentement sa porte en marmonnant : « Je ferais mieux d’aller me coucher de bonne heure ce soir, afin que je ne ressente aucun remords pour t’avoir prêté cinq membres de mon peloton tout en ayant conscience de ce qu’ils seront forcés de faire. En parlant de cela, chaque fois que j’accepte de te rendre un service, je finis toujours par le regretter tôt ou tard ! » Il soupira lourdement.

Je le mis en garde : « Soupirer va réduire ta durée de vie de trois secondes. »

De derrière la porte, une voix faible répondit : « Accepter une de tes requêtes va réduire ma durée de vie de trois années… »

Je rétorquai : « Si cela réduisait réellement ton espérance de vie de trois années, dans ce cas tu serais mort à peine un mois après m’avoir rencontré. »

« …Oh, tu t’en es rendu compte alors ? »

 

 

Après avoir rendu visite à Judgment, j’observai la position de la lune par la fenêtre. Il était environ dix heures, presque l’heure. Je me dirigeai rapidement vers la cuisine du Temple Sacré. À cette heure, il n’y avait pas âme qui vive là-bas, sauf quelques paniers de pain et de lait qui avaient déjà été placés sur la table.

Je pris ces paniers et m’approchai rapidement de l’extérieur de la chambre de détention où la Section du Chevalier du Soleil était enfermée. Je ne me rendis pas à l’unique porte de la chambre de détention mais, au lieu de cela, je m’approchai d’un mur.

Je m’accroupis contre le mur et, juste au moment où j’étais sur le point d’ouvrir une porte secrète, j’entendis des bruits qui provenaient de l’intérieur.

« Le Capitaine y est allé vraiment fort cette fois ! Pour nous interdire de nous soigner ; plusieurs d’entre nous sont grièvement blessés ! »

« Nous n’avons non plus pas reçu de nourriture… Est-ce que le Capitaine nous a vraiment abandonné ? »

Un grognement plein d’émotion interrompit les plaintes de tout le monde. « En tant que membres de la Section du Chevalier du Soleil, comment, pareil à tous ces étrangers, pouvez-vous penser que le Capitaine nous abandonnerait ? Si c’était le cas, qui pensez-vous nous envoie de la nourriture chaque fois que nous sommes en détention ? Qui nous aurait envoyé ces couvertures chaudes ? Pour finir, qui aurait ouvert la porte secrète de la chambre de détention ? »

Cette voix appartenait à Adair, comme on pouvait s’y attendre du vice-capitaine qui me comprenait le mieux !

Une voix expliqua rapidement : « Adair, ne t’énerve pas autant ! Évidement que je comprends que notre Capitaine ne nous abandonnerait pas. C’est juste que le Capitaine nous demande tout le temps d’accomplir des missions qui relèvent presque de l’impossible… »

On dirait que cette voix appartient à Ed. Tss ! Et dire que j’avais pensé que je pourrais lui confier quelques tâches, mais il semblerait que cela ne fera pas l’affaire si ce n’est pas Adair !

« Mais, le Capitaine nous a toujours envoyé de l’aide ! » Adair affermit son attitude.

« Oui, mais parfois le Capitaine peut-être un peu… un peu… disjoncté. La dernière fois, il voulait que nous dissimulions notre identité pour tabasser le Capitaine-Chevalier de la Terre. Cependant, il nous a seulement donné vingt-cinq tenues d’assassin, et il a oublié de nous fournir les armes, nous laissant nous faire massacrer par le Capitaine-Chevalier de la Terre à la place… »

De l’autre côté du mur, la voix d’Adair ne retentit pas plus longtemps ; il semblerait qu’il ne puisse pas réfuter ces faits.

Ce n’est qu’un ramassis de conneries ! Comment aurais-je pu oublier la tentative de punir Earth ? C’est juste qu’après que j’eusse acheté ces vêtements de nuit avec les fonds publics, je m’étais fait prendre par le Pape. En conséquence, il avait récupéré le reste de l’argent. Il n’y avait donc plus de fonds pour acheter des armes, mais il y avait vingt personnes pour en tabasser une seule, alors j’avais cru qu’ils pourraient au moins placer un coup de poing ou deux…

Je n’aurais jamais imaginé que, non seulement ils ne parviendraient pas à franchir le bouclier protecteur d’Earth, mais qu’en plus ils reviendraient tous avec des blessures que j’avais dû soigner. J’étais tellement en colère !

J’ouvris la porte secrète avec fureur et balançai les paniers à travers l’ouverture avec tant de force que je pus les entendre cogner contre le mur opposé.

Il y eut un silence de l’autre côté du mur, jusqu’à ce qu’Adair explique : « Capitaine, tout le monde ne faisait que se plaindre, ils ne le pensaient pas vraiment. »

Je fis rouler à l’intérieur une douzaine de bille en forme de roses, ignorant les explications d’Adair, et je leur ordonnai avec rancœur : « Ceux avec des blessures sévères ne peuvent en utiliser qu’une seule et ne doivent pas se guérir complètement. Chacun d’entre vous doit avoir une blessure quelle qu’elle soit. C’est un ordre ! »    

Ed semblait être sur le point de pleurer : « Capitaine… les membres du Monastère du Dieu de la Guerre sont allés trop loin, et nous étions juste trop énervés contre eux, c’est pourquoi nous racontions n’importe quoi. Je vous en prie, ne soyez pas en colère ! »

« Capitaine ! »

« Nous sommes désolés, Capitaine ! »

« Nous avions tort, Capitaine ! »

Mon cœur s’adoucit à l’appel de tous ces « capitaine ». Ces idiots devaient avoir connaissance de ma faiblesse. Chaque fois qu’ils commettaient une erreur, ils geignaient désespérément en pleurant « capitaine, capitaine ».

Je grognai : « Ça suffit ! Contentez-vous de la fermer. Ceux qui ont des blessures graves, dépêchez-vous de vous soigner. Ceux avec des blessures plus légères, dépêchez-vous de manger. Il y a du travail à faire par la suite. » Les cris de « capitaine » derrière le mur cessèrent immédiatement, et j’appelai : « Adair. »

« Oui, monsieur. »

« Rassemble tout le monde à l’endroit habituel. Je vais envoyer des personnes pour vous assister. Tu auras également besoin d’outils. »

« Oui. »

« Capitaine, est-ce que vous nous accompagnerez ? » demanda soudainement Ed.

« Moi, Sun, ne serai pas à vos côtés. »

« Compris… »

 

 

À environ minuit, Adair conduisit tous les membres dehors par la porte secrète. Je me cachai derrière un arbre et les observai silencieusement tandis qu’ils sortaient, puis je les suivis furtivement en restant caché. Bien qu’Adair soit très compétent, je n’étais pas certain qu’il eût vraiment compris mon plan.

Il valait mieux les suivre juste pour être sûr.

« Adair, se pourrait-il que cette ombre voletante derrière nous soit le Capitaine ? » Ed regardait constamment en arrière.

« Non, le Capitaine a dit qu’il ne nous suivrait pas », répliqua Adair sans même jeter un regard.

Après avoir entendu cette réponse, Ed déclara alors : « Pas étonnant que tu sois le préféré du Capitaine, Adair. »

Soudainement, Adair s’immobilisa. Ed ne put réagir assez rapidement, et son nez rencontra brutalement l’arrière du crâne d’Adair.

Ed tint son nez avec une expression de douleur, lançant rapidement un sort de Soin Mineur sur lui-même, avant de se plaindre bruyamment : « Adair, pourquoi est-ce que tu t’es soudainement arrêté ? »

Adair, l’air ahuri, fit un geste pour désigner quelque chose devant lui, et tous les membres de la Section du Chevalier du Soleil fixèrent à l’unisson la chose dans cette direction… un membre vêtu de noir de la Section du Chevalier du Jugement qui vint vers eux et qui se présenta à Adair :

« Dix membres de la Section du Chevalier de la Tempête, dix membres de la Section du Chevalier de Flamme, dix membres de la Section du Chevalier de la Nature, dix membres de la Section du Chevalier de la Terre, dix membres de la Section du Chevalier de Glace, dix membres de la Section du Chevalier de la Lune, dix membres de la Section du Chevalier du Nuage, cinq membres de la Section du Chevalier du Jugement ; tous les membres sont présents et prêts à répondre aux ordres. D’après le commandement du Capitaine-Chevalier du Soleil, nous obéirons aux ordres du vice-capitaine de la Section du Chevalier du Soleil, Adair. »

Ed tira silencieusement un bout de la chemise d’Adair et murmura : « Adair… Crois-tu que le Capitaine veuille que nous allions tabasser ces gens du Monastère du Dieu de la Guerre, ou que nous les anéantissions ? »

« Hum… je n’en suis pas vraiment sûr », répondit Adair, légèrement perplexe. À ce moment-là, il repéra deux caisses qui étaient placées au milieu du point de regroupement. Il marmonna d’une voix forte : « Ce doit être les outils dont parlait le Capitaine. »

J’hochai la tête dans les ténèbres même si je savais qu’Adair ne pouvait pas me voir.

Il s’approcha, ouvrit les deux caisses et fronça les sourcils, plongé en pleine réflexion.

Ed s’approcha et ramassa avec curiosité un des objets de la boîte. Il y avait des douzaines de vêtements du même style. Il s’exclama avec surprise : « Est-ce que ce ne serait pas des uniformes des chevaliers royaux ? Il y aussi les armes qui leurs sont assignées… Et là, ce ne serait pas des uniformes des guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre ? À quoi est-ce qu’ils vont servir ? »

Par habitude, tous les membres de la Section du Chevalier du Soleil se tournèrent vers Adair, qui venait juste d’arriver au bout de sa réflexion. Il marmonna à haute voix : « Oh ! On dirait que nous devons nous diviser en deux groupes pour la mission… Pas étonnant que nous ayons besoin d’autant de personnes. »

Écoutant l’annonce d’Adair, j’hochai la tête avec satisfaction. Il semblerait qu’il sache quoi faire, et je devrais le répéter une nouvelle fois, comme on devrait s’y attendre de la part du vice capitaine que j’avais choisi ! J’ai vraiment un excellent flair quand il s’agit de choisir !

 

 

Le Chevalier du Jugement était occupé à entraîner Elijah, et Elijah était occupé à se faire entraîner par le Chevalier du Jugement.

Pendant la nuit, Adair et la Section du Chevalier du Soleil étaient occupés avec la tâche que je leur avais assignée. Quand le jour se levait, ils avaient déjà regagné la chambre de détention et restaient allongés, empilés les uns sur les autres, dormant comme une masse de cadavres dans une tombe. Ils ressemblaient tellement à des cadavres que même si quelqu’un venait à marcher sur l’un d’eux, pas un cri de douleur ne pourrait être entendu : uniquement le son de ronflements répétés.

Même Rose et Roland étaient occupés à préparer ce que je leur avais demandé. Le procédé pour requérir les faveurs de Rose se déroula sans accroc. Ses yeux se mirent immédiatement à briller lorsque je lui expliquai ma requête, et elle ne mentionna pas vouloir un paiement, alors évidement je ne me suis pas non plus renseigné sur une rémunération.

À l’inverse, Roland fut si choqué que son visage devint blanc… Mais son visage avait toujours été d’un blanc-gris, il n’y avait donc pas vraiment une si grande différence.

Je bâillai bruyamment, saisis un des biscuits à la myrtille qui reposaient dans mon assiette et l’enfournai dans ma bouche, puis je continuai à feuilleter le livre que Cloud m’avait prêté : Comment Choisir le Bon Accessoire Porte Bonheur pour un Duel.

Je me rassis et me délectai de ce sentiment d’avoir tout le monde d’occupé sauf moi. C’était un sentiment incroyablement bon.

Il y eut un bruit de grattement, puis la porte s’ouvrit. La lumière du soleil provenant de l’extérieur se répandit, remplissant de lumière l’espace où je me trouvais, mais je n’en fus pas perturbé. J’avais allumé une petite sphère de lumière sacrée pour pouvoir lire.

« Si Cloud ne me l’avait pas dit, je n’aurais vraiment pas osé croire que tu te cachais ici…  N’est-ce pas l’habitude de Cloud de se cacher dans un des placards à livres ? Et est-ce que tu as vraiment l’intention de te servir de ce livre pour la bataille à venir ? »

Je redressai la tête et regardai pendant que le Chevalier du Jugement passait sa tête à l’intérieur du placard à livres, jetant un regard au livre dans mes mains avec l’ombre d’un de ses sourires affiché sur le visage. Mes sourcils se redressèrent, et je m’exclamai : « Ne sous-estime pas ce livre, il est vraiment utile ! En plus, j’ai enfin compris pourquoi Cloud adore se cacher dans les bibliothèques ; c’est un parfait petit havre de paix une fois qu’on l’a illuminé avec une sphère de lumière sacrée ».

C’était également un petit havre de paix où personne ne viendrait me déranger et m’empêcher de paresser. Dans le passé, même si je me trouvais dans la chambre de prière, il y avait toujours quelqu’un qui venait solliciter le Chevalier du Soleil, mais personne ne penserait à chercher le Chevalier du Soleil dans un placard à livres !

Judgment dit avec nonchalance : « Si tu en as terminé avec ta lecture et que tu t’es lassé de ce placard, va donc jeter un coup d’œil au Capitaine-Chevalier des Enfers. »

« Que lui arrive-t-il ? Se pourrait-il qu’il éprouve des difficultés à apprendre la capacité modifiée des Pas du Nuage de Cloud ? » Je fronçai les sourcils ; ce serait problématique si c’était le cas, car, d’après mon plan, Elijah aurait besoin de tenir au moins dix minutes lors de son combat contre le Fils du Dieu de la Guerre.

Judgment secoua la tête et annonça : « Il apprend vite, mais il semble être déprimé. Après une petite inquisition, il semblerait que la pression de la part de ses camarades, le fait d’entretenir une relation avec la princesse, et le fait d’avoir interrompu les projets du roi aient poussé les autres chevaliers royaux à le dédaigner. »

J’acquiesçai de la tête et répondit avec emphase : « Oh, c’est donc cela ! Ne t’inquiète pas, tout devrait se régler d’ici quelques jours. »

Judgment réfléchit pendant un instant, mais il secoua quand même la tête et affirma : « Je t’ai déjà informé de l’état du Capitaine-Chevalier des Enfers, mais si tu crois que ce n’est pas un problème, alors je ne m’en inquiéterai pas davantage. »

Cela piqua ma curiosité. D’habitude, Judgment aurait facilement pu déduire que la situation difficile de Hell serait résolue en quelques jours, alors pourquoi m’avait-il intentionnellement approché pour m’informer du triste état de Hell ?

Se pourrait-il que… Je bougeai soudainement, laissant échapper : « Se pourrait-il que les cinq membres de la Section du Chevalier du Jugement ne t’aient pas dit ce que je leur ai demandé de faire ? »

« Je leur ai demandé de ne pas me faire de rapport. » Jugement ferma le placard, et un murmure passa à travers la porte. « Je ne veux rien savoir de tout cela. »

Judgment semblait savoir que mes « sottises » ne seraient pas sans répercussions cette fois, et il avait ainsi pris la décision de ne rien connaître de toute cette situation. C’était mieux ainsi toutefois ; sinon, je risquais réellement de me faire trancher en deux par lui un de ces jours. Je ne pourrais pas l’en blâmer… et il se pourrait même que j’aie à m’excuser pour être une telle nuisance.

Je fixai le livre dans mes mains, me demandant si je devrais ou non aller jeter un coup d’œil à l’état d’Elijah. Je pris le dernier biscuit à la myrtille sur l’assiette et le mit dans ma bouche, tournant une page du livre de façon apathique.

« Placez le mouchoir de votre bien-aimée dans la poche du côté gauche de votre veste et votre amour protégera votre cœur de toute blessure. »

Hum ! Cela me serait complètement inutile, mais Elijah pourrait s’en servir. Je ferais mieux de lui dire de songer à demander à la princesse de lui donner son mouchoir pour le placer dans sa poche gauche !

Je finis rapidement le biscuit à la myrtille.

Je m’essuyai la bouche, replaçai mes vêtements, et sortis du placard à livres.

« Salutations, Capitaine-Chevalier du Nua… Ca-Capitaine-Chevalier du Soleil !? »

Je me retournai pour regarder, et je vis des chevaliers sacrés qui affichaient tous une expression stupéfaite semblable à celle de quelqu’un dont la tête viendrait tout juste de se faire frapper par quelque chose de lourd. Après m’avoir vu me retourner pour les regarder, certains furent tellement choqués qu’ils se transformèrent en des statues immuables une fois qu’ils eurent confirmés que j’étais bel et bien le Chevalier du Soleil.

« La radiance de Sa Sainteté illumine la terre, emplie de compassion. Même les livres de cette bibliothèque sont emplis d’une telle plaisante atmosphère que Sun n’a pu s’empêcher d’y entrer pour communier avec la compassion du Dieu de la Lumière… »

Après avoir déversé mon explication sans queue ni tête, je m’enfuis rapidement. Il semblerait que je ne fusse pas fait pour me cacher dans les placards à livres. Si je me cachais ici une ou deux fois de plus, le nombre de statues dans les couloirs augmenterait au point d’obstruer les déplacements.

Afin d’éviter tout problème, je revêtis une cape, abaissai la capuche, puis quittai le Temple Sacré pour aller retrouver Elijah.

En me disant qu’Elijah, ayant tout juste terminé l’entraînement strict de Judgment, devrait être fatigué au point d’être à demi-mort, je devinai que son chemin serait probablement une ligne droite du Temple Sacré jusqu’au château. Hum… Ou peut-être qu’il s’est arrêté en chemin pour prendre un repas. J’imagine que, d’après sa relation avec Judgment, ce dernier ne lui aurait probablement pas préparé de biscuits à la myrtille pour qu’il puisse se rassasier.

Je le trouvai rapidement dans un restaurant entre le Temple Sacré et le château. Il avait l’air épuisé et semblait assez déprimé. Il paraissait complètement différent de ce chevalier du roi macho que j’avais vu quelques jours plus tôt ; tout son être était semblable à une personne âgée, et ce beau visage à multi usages avait perdu de ses couleurs. Même la serveuse lui lança sa nourriture sans même lui adresser de regard séducteur.

Pauvre lui… Pas étonnant que Judgment m’ait demandé d’aller le voir.

Je marchai jusqu’à la chaise libre à côté de lui et m’assis, m’emparant du morceau de bœuf qu’il venait de choisir et qu’il s’apprêtait à enfourner dans sa bouche.

Il fixa ses baguettes vides pendant un moment avant de lentement tourner la tête vers moi et de me demander avec incertitude : « Puis-je savoir qui vous êtes ? »

Je redressai légèrement ma capuche et lui adressai un grand sourire.

« Ah ! Cheva… c’est vous ! » s’exclama-t-il avant de se taire. Il semblerait que quelque chose le trouble profondément, car il tenait ses ustensiles en restant immobile. Ce ne fut pas avant que j’eus mangé la moitié du bœuf sur son assiette qu’il ouvrit la bouche pour me demander avec désespoir : « Devrais-je ne pas m’impliquer dans ce duel ? »

Oh oh ! Il pense à se retirer du duel ! J’avalai rapidement le morceau de bœuf et l’amadouai : « Pourquoi dis-tu une telle chose ? Se pourrait-il que tu n’aimes pas Son Altesse ? »

« Ce n’est pas ça ! » Elijah bondit avec indignation. « Il me serait impossible de ne pas l’aimer, c’est définitivement impossible ! »

J’hochai la tête : « Si c’est le cas, alors pourquoi ne veux-tu pas participer au duel ? Souhaites-tu vraiment céder la main de la princesse au Fils du Dieu de la Guerre ? »

Elijah se rassit et dit d’une voix basse et maussade: « Je – je ne veux pas… Mais nos positions sociales sont infiniment différentes. »

« Est-ce là ce que tes camarades t’ont dit ? »

D’une façon grave et en quelque sorte plaintive, il dévoila : « Sa Majesté et mon maître me l’ont aussi dit. Ils sont extrêmement furieux. »

Je pris un morceau de bœuf dans son assiette, le mâchai et l’avalai lentement avant d’articuler tranquillement : « Que penses-tu de cela ? Pourquoi ne pas continuer à recevoir l’entraînement de Judgment et y repenser pendant les deux prochains jours ? Il ne sera pas trop tard pour toi d’abandonner à ce moment-là, si telle est toujours ton intention. »

Elijah hocha rapidement la tête cette fois et répondit joyeusement : « Je ne suis pas contre l’idée de recevoir davantage de leçons de la part du Capitaine-Chevalier du Jugement. Ses compétences à l’épée sont vraiment excellentes ! Je n’ai reçu qu’une semaine d’entraînement, et je peux déjà ressentir que je me suis grandement amélioré. C’est incroyable ! »

« Mais, c’est évident, Judgment était déjà invincible à l’âge de treize ans. Je pense qu’à part Roland, personne ne peut l’égaler dans l’art du maniement de l’épée… »

« Quel genre de chevalier sacré est ce Roland ? » Les yeux d’Elijah brillèrent, et il n’hésita même pas à m’interrompre.

« Euh… Ce n’est pas chevalier sacré », révélai-je avec hésitation.

« Oh, alors c’est un chevalier ordinaire, ou un chevalier du roi ? » questionna Elijah sans relâche. Il était évident qu’il voulait rencontrer ce Roland, dont la force pouvait égaler celle du Chevalier du Jugement.

En retour, ma curiosité s’éveilla. Elijah n’avait-il pas connu Roland alors même qu’ils étaient tous les deux des chevaliers royaux ?

« C’était un chevalier du roi, mais il est mort. Tu n’as jamais entendu parler de Roland auparavant ? »

« Ah… Vous voulez dire le Capitaine Roland ? » Elijah semblait étonné. « Je l’ai vu quelques fois, mais nous n’avons fait que nous croiser et nous ne nous sommes jamais vraiment bien connus. Il n’était pas vraiment une personne sociable ; il était en quelque sorte renfermé et s’entraînait rarement avec les autres. Même si je savais qu’il n’était pas faible, j’ignorais qu’il était aussi fort ! » Avec une pointe de contrariété et de regrets, il ajouta : « Si seulement je m’étais lié d’amitié avec lui ! Alors peut-être que j’aurais pu le persuader de ne pas défier le roi directement, et ainsi il n’aurait peut-être pas été tué. »

« Tu es au courant du fait que Roland a été tué par le roi ? » demandai-je, surpris. L’incident n’avait-il pas été complètement dissimulé par le prince héritier ?

Elijah hocha la tête et dit à voix basse : « La plupart des chevaliers royaux sont au courant, mais à cause du prince héritier ils n’ont rien dit. »

Ah, c’est donc ce qu’il s’est passé ?

J’acquiesçai. Quand Roland avait essayé de se venger du roi, il y avait eu près de cinquante chevaliers royaux présents. Étouffer l’affaire complètement n’aurait pas été chose aisée. Qui plus est, le prince héritier n’a probablement pas dépensé beaucoup d’efforts pour tout dissimuler ; la réputation de son père était si horrible qu’y ajouter la rumeur d’avoir tué un chevalier du roi n’y changerait rien.

Voyant l’expression déçue sur le visage d’Elijah, j’étais sur le point de lui dire que je connaissais une « personne » forte à l’épée et de lui demander s’il était ou non intéressé, mais je vis qu’un groupe de personnes arrivait derrière lui. Je m’emparai vivement du morceau de bœuf et me déplaçai à la table suivante, prétendant ne pas connaître Elijah.

Elijah était perplexe : « Capitaine-Chevalier du Soleil, vous… »

« Tu étais donc là, Elijah ! »

Elijah sursauta, tourna sa tête et aperçut un groupe de chevaliers royaux charger vers lui comme une horde de taureaux. Son visage pâlit aussitôt et il murmura « Ils ne sont pas venus pour me passer à tabac quand même ? » tout en me jetant un coup d’œil avec un regard bouleversé.

Le premier chevalier du roi qui l’atteignit lui donna une tape sur les épaules en grondant d’une voix basse : « Elijah, tu dois gagner ! »

« Ouais ! Épouse la princesse ! »

« Tu ne dois pas perdre face à ce Fils du Dieu de la Guerre ! »

Les chevaliers royaux se coupaient tous la parole, mais en gros ils parlaient tous des nombreux torts du Monastère du Dieu de la Guerre, et aussi de quelque chose à propos d’Elijah gagnant le combat et de la justice qui serait rétablie. Elijah encaissa toutes leurs phrases et sa tête commença à tourner. Il redressa les yeux et vit le chevalier âgé, qu’il avait toujours considéré à moitié comme son maître, s’approcher de lui, et il l’interpella pour lui demander son aide : « Maître… que se passe-t-il ? »

Le chevalier plus âgé accourut comme un adolescent colérique, saisit le col d’Elijah et grogna : « Mon garçon ! Si tu n’épouses pas la princesse, ne te présente plus jamais devant moi ! »

« Maître ? » Elijah fixa le chevalier, médusé. Il balbutia : « Q-Qu’est-ce qu’il se passe ? »

Les chevaliers royaux à ses côtés répondirent avec indignation : « Ces maudits guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre nous ont tendu une embuscade en pleine nuit ! »

« Ils criaient même que, quand il s’agissait de combattre, nous ne faisions que nous liguer contre une seule personne et que chevaucher des chevaux n’était pas équitable. Ils n’ont eu de cesse de nous forcer à mettre pied à terre pour les affronter dans un combat à un contre un ! »

Les voix de tous les chevaliers royaux s’élevaient avec colère : « Nous sommes des chevaliers, des chevaliers ! Nous nous spécialisons dans les batailles à cheval et les combats de groupes ! Qui voudrait faire ne serait-ce qu’un seul combat contre eux qui sont spécialisés dans les duels ? Nous ne sommes pas fous ! »

« Ce n’est pas bon. »

Le demi-maître d’Elijah fronça les sourcils tout en parlant ouvertement : « Tes compétences sont encore insuffisantes ; il t’est impossible de battre le Fils du Dieu de la Guerre. C’est encore plus impossible pour ce Chevalier du Soleil qui ne sait même pas comment manier une épée… Allez, allez, allez ! Je vais te donner un entraînement spécial ! »

Hum ! Vous pouvez sermonner votre élève, mais pourquoi m’impliquer dans l’histoire ? Je lui lançai un regard noir.

« Attendez, je viens juste… »

Elijah voulait probablement dire qu’il venait juste de rentrer d’une session d’entraînement avec Judgment, mais il réalisa qu’il ne pouvait pas révéler cette information, aussi il ne put que se taire.

Sans aucune raison pour protester, Elijah, impuissant, fut traîné dehors. Il ne put que m’envoyer regard après regard remplis de confusion du coin de ses yeux.

« Ce sont les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre ! » gronda soudainement avec fureur un des chevaliers royaux.

Le Fils du Dieu de la Guerre remontait la rue à la tête d’un groupe de guerriers enragés. Ses yeux étaient non seulement fixés sur le visage d’Elijah, mais également sur tous les chevaliers royaux. C’était évident qu’il se dirigeait vers eux.

Le Fils du Dieu de la Guerre vint se placer devant les chevaliers royaux et se mit aussitôt à les réprimander : « Quelle est la signification de ce défi à un combat de groupe à cheval que vous, les chevaliers royaux, nous avez adressés ? Nous sommes des guerriers ! Qui voudrait vous affronter à cheval ? Nous ne sommes pas fous ! »

Entendant cela, les chevaliers royaux mécontents se mirent à vociférer. « Vos combats singuliers sont déraisonnables, nous sommes des chevaliers ! Qui voudrait vous défier dans un combat à un contre un ? »

Obtenant cette réponse, la colère du Fils du Dieu de la Guerre se mua en rire. « Bien, bien, bien ! Je vais donc tous vous défier en combat singulier. Vous pourrez choisir de combattre à dos de cheval ou d’âne, ou si plusieurs d’entre vous veulent attaquer ensemble. Ça n’a pas d’importance si vous venez tous en même temps ! »

Les chevaliers royaux étaient furieux, mais cette fois le chevalier âgé les retint. S’avançant en première ligne et venant se tenir devant le Fils du Dieu de la Guerre, il déclara froidement : « Intéressant ! Peut-être que vous voudrez rivaliser avec moi. Je serai à cheval, mais j’attaquerai seul. »

Le Fils du Dieu de la Guerre remarqua enfin le chevalier plus âgé. Reconnaissant son adversaire, il se mit à froncer les sourcils.

Je murmurai pour moi-même : « C’est l’un des chevaliers préférés du roi ; même toi tu ne devrais pas vouloir l’énerver en ce moment. Après tout, Sa Majesté n’a que deux chevaliers préférés, et il est aussi le plus âgé. Il est plus que probable que le roi écoute ses conseils. »

Le Fils du Dieu de la Guerre semblait être sur le point d’exploser soit de rage, soit de suffocation, mais il ne voulait pas irriter la personne en face de lui. Finalement, il gronda : « Partons. »

Le chevalier confident le plus âgé du roi ne semblait pas non plus vouloir confronter le Fils du Dieu de la Guerre. Il tourna seulement sa tête d’un air maussade et cogna l’épaule d’Elijah en l’avertissant : « Mon garçon, bats-toi bien. Perds, et tu auras de gros problèmes ! »

« Ouais ! Perds, et tu auras de gros problèmes ! » brailla le reste des chevaliers royaux.

En un clin d’œil, le visage d’Elijah devint encore plus pâle que celui de Roland, et il se mit frénétiquement à me jeter des regards qui étaient un appel à l’aide du coin des yeux.

J’avais sincèrement pitié pour lui. En gros, ses chances de vaincre le Fils du Dieu de la Guerre était semblables à mes chances de vaincre le Chevalier du Jugement. Toutefois, même si j’avais pitié pour lui, je baissai la tête et je prétendis que je n’avais rien vu. J’avalai nonchalamment le dernier morceau de bœuf et sortis un mouchoir pour m’essuyer la bouche.

Le Monastère du Dieu de la Guerre et les chevaliers royaux ont commencé à se quereller, et Elijah ne pourra plus se retirer de ce combat même s’il le voulait… Hum, on dirait que je vais pouvoir dire à Adair d’arrêter ses missions de minuit.

Le cœur léger, je me levai et décidai de rentrer au Temple Sacré. J’avais l’intention de mettre la main sur une autre assiette de biscuits aux myrtilles préparés par Ice, et peut-être de demander à Cloud de me trouver un placard à livres près duquel personne ne passerait, puis de me prêter un livre à feuilleter avant de me coucher…

La Légende du Chevalier du Soleil T2C7 : Réprimande la Mauvaise Conduite d’Un Collègue Chevalier Sacré

La Légende du Chevalier du Soleil

Roman originel en Chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Chapter 7: Admonish the Misconduct of a Fellow Holy Knight – traduit du chinois vers l’anglais par dahlys[PR!]
Chapitre 7 : Réprimande la Mauvaise Conduite d’Un Collègue Chevalier Sacré – traduit de l’anglais vers le français par AkaiiRia

+ Travail de vérification par LuluHime

Le lendemain de la cérémonie, je reçus une lettre du palais. Celle-ci confirmait que la date du combat à mort serait dans deux semaines. Il avait été décidé que ce serait une mêlée générale, afin que nous puissions, tous les trois, faire compétition de manière équitable. La dernière personne debout serait le vainqueur.

Ce n’était pas inattendu, puisque j’avais fortement encouragé la princesse d’en faire une mêlée à trois. Je l’avais aussi encouragée à retarder la date du combat autant que possible, pour me donner deux semaines de préparation. Il semblerait que le roi aimait toujours autant sa seule et unique sœur. Bien qu’elle l’eût presque fait mourir de rage, il avait tout de même écouté ses requêtes.

Mais, le roi était probablement toujours furieux contre moi. La lettre incluait en fait une déclaration écrite sous serment, dans laquelle on voulait que je jure que je serais le seul responsable de ma mort ! Impossible qu’il puisse désirer que le Fils du Dieu de la Guerre se serve de cette opportunité pour me tuer, n’est-ce pas… ?

J’étais stupéfait. Je signai l’attestation parce que je savais que, avec mon extraordinaire capacité d’auto-guérison et qu’avec le pape surveillant le combat, il serait plus plausible que je sois assassiné que je ne meurs sur la scène.

Après avoir confirmé l’heure du combat, je décidai de partir à la recherche du Capitaine-Chevalier du Jugement. J’interrompis un chevalier sacré au hasard pour m’enquérir de l’endroit où il se trouvait, seulement pour découvrir que les Douze Chevaliers Sacrés étaient au beau milieu d’une réunion. Maintenant que j’y pense, quand ai-je assisté à une réunion pour la dernière fois ?

Au moment où j’ouvris la porte de la salle de conférence, le regard de tous se tourna vers moi. Après leur avoir lancé un sourire éblouissant et hoché la tête en retour je m’excusai : « Mes excuses, très chers frères, Sun se trouvait dans l’incapacité d’assister à cette réunion puisqu’il était occupé… »

« Ne t’en fais pas pour ça, Sun ! Tu as été très o-occupé ces derniers temps… De toute façon, que tu sois là ou pas ne fait absolument aucune différence ! » répondit sincèrement le Chevalier de la Terre.

Earth, tu… Je serrai les dents, ignorai Earth, et regardai directement le Chevalier du Jugement en disant : « Capitaine-Chevalier du Jugement, si tu n’y vois pas d’inconvénient, pourrais-je emprunter un peu de ton temps ? J’aimerais pratiquer ma technique à l’épée en ta compagnie. »

Judgment répondit calmement : « Tant que ça ne te dérange pas d’être blessé, Capitaine-Chevalier du Soleil, ce n’est pas un problème. »

Tandis que nous quittions la salle de conférence ensemble et que je fermais commodément la porte derrière moi, j’entendis Leaf s’exclamer : « OH NON ! Comme Sun ne peut pas se marier avec la princesse, se pourrait-il qu’il considère l’idée de se suicider ? »

Metal répliqua alors : « Foutaises ! Notre Capitaine-Chevalier du Jugement ne massacrerait jamais à mort quelqu’un qui ne possède même pas la force d’attacher un poulet1. »

Enfin, tous les membres de la Bonne Faction au Grand Cœur durent admettre : « Ouais ! Judgment n’est pas une personne qui s’en prend aux faibles. »

Je ne pus m’empêcher de soupirer et de me retourner pour demander en me plaignant à Judgment : « Suis-je vraiment si nul ? J’ai survécu jusqu’à aujourd’hui et ai même vaincu d’innombrables créatures des ténèbres. Quel que soit l’angle sous lequel on le regarde, je ne peux pas être si faible, pas vrai ? »

Les plis aux coins des lèvres de Judgment se relevèrent un peu, puis il me questionna directement : « Où nous rendons-nous ? »

« À la Chambre de Prière. »

Judgment hocha la tête et ne me posa pas plus de question. Il me suivit jusqu’à la chambre de prière, où les mots « En rénovation » pendaient, accrochés à la porte. J’ignorai l’avertissement, ouvris la porte, et entrai. Comme prévu, Elijah se trouvait à l’intérieur, en train de contempler le tableau sur le mur.

J’hochai la tête avec approbation. Ce type, Ed, est assez efficace et plutôt rusé. Non seulement il a, sous mes ordres, discrètement fait pénétrer Elijah, mais il a aussi furtivement placé un panneau « En Rénovation » pour que personne n’entre. Plus important encore, il a aussi compris de ne pas rester sur place après avoir accompli sa tâche, m’épargnant l’effort de gaspiller ma salive en lui demandant de disparaître. On dirait bien que je peux assigner quelques missions à Ed, afin d’empêcher Adair de mourir d’une surcharge de travail avant que je prenne ma retraite. Si Adair venait à mourir, je finirais également par mourir d’un douloureux chagrin.

Elijah n’était pas très surpris de me voir, mais à l’instant où il aperçut Judgment, il en fut complètement abasourdi. « Chevalier du Jugement ! »

Judgment me regarda, puis Elijah, et ensuite fronça les sourcils. « Qu’est-ce que tu prépares cette fois ? » demanda-t-il.

J’expliquai en termes simples : « Je veux qu’il épouse la princesse, alors j’avais bon espoir que tu lui enseignes quelques passes à l’épée avant notre combat. »

Judgment répondit, indifférent : « Je n’ai aucun problème à t’enseigner, mais je ne crois pas avoir la moindre obligation de l’aider. »

« Non ! Tu as bel et bien l’obligation de lui venir en aide… »

Judgment me lança un regard sans expression. Il tourna les talons et commença à s’en aller.

Je le tirai immédiatement en arrière et ajoutai : « Il demeure un membre de la Cruelle Faction au Cœur de Pierre. Tu es le chef de la Cruelle Faction au Cœur de Pierre. Peux-tu vraiment te montrer sans cœur au point de l’abandonner ? »

« Quoi ? » Judgment pivota, se renfrogna en observant l’armure de chevalier du roi d’Elijah, puis me jeta un regard noir avec suspicion.

Je lui expliquai vite : « C’est le Capitaine-Chevalier des Enfers, l’un des Douze Chevaliers Sacrés. Le Pape l’a forcé à espionner le palais depuis un tout jeune âge, mais à cause de cela il ne désire plus revenir au Temple Sacré… » Notant la soudaine compréhension dans les yeux de Judgment, je décrivis la situation en détails : « De plus, la princesse et lui sont profondément amoureux l’un de l’autre. Je lui ai promis que tant qu’il pouvait empêcher le Fils du Dieu de la Guerre d’épouser la princesse, donnant de ce fait au pape une justification raisonnable pour le relâcher, il serait libéré de l’emprise de l’Église. »

À ce stade, je murmurai à l’oreille de Judgment : « Autrement, le Pape va éliminer cet espion inutile. »

Le froncement de sourcils de Judgment devint plus profond. Après un long silence, il articula enfin : « Le Fils du Dieu de la Guerre est très fort. Même moi, je ne suis pas sûr de pouvoir le battre. En plus, contrairement aux guerriers, les chevaliers ne sont pas faits pour se battre en duel. Les chevaliers montent à cheval pour combattre et sont plus prompts à se servir de formations protectrices défensives. En tant que chevaliers sacrés, nous utilisons la magie sacrée pour compenser nos limites. Mais, afin d’empêcher son identité d’être exposée, le Capitaine-Chevalier des Enfers ne peut pas employer la moindre sorte de magie sacrée… En conclusion, il n’y a aucune chance pour lui de gagner. »

Je hochai la tête et dis : « Je le sais, mais il n’a pas à gagner. Tout ce dont j’ai besoin c’est que tu l’entraînes pour qu’il puisse tenir bon le plus longtemps possible. »

Judgment me foudroya du regard et répliqua sur un ton laissant paraître son désaccord : « Capitaine-Chevalier du Soleil, tu devrais savoir que ton travail le plus important en ce moment est… »

« De rassembler plus de fidèles ! » Je complétai sa phrase et ajoutai ensuite sérieusement : « Crois-moi, je mets toute mon énergie à accomplir ce travail… Toutefois, je peux commodément finir quelques tâches sans rapport par la même occasion. »

Judgment me lança un regard vide. Hé ! Après avoir reçu ce regard, je réalisai qu’il était passé du Chevalier du Jugement « Les affaires sont les affaires » à mon bon ami Lesus, qui va accepter de faire n’importe quoi. Il annonça avec impuissance : « Je suppose que je ne peux pas refuser, sinon tu vas m’empoisonner la vie. »

Hi hi ! Ce n’est pas que je veuille me vanter, mais ma patience atteint des sommets quand j’ai besoin que quelqu’un fasse quelque chose pour moi. Je me souviens que, il y a longtemps, j’avais fait à Lesus des rappels toutes les heures uniquement pour qu’il escalade le mur afin de m’acheter des tartes à la myrtille. Veuillez noter que cela signifiait répéter « Lesus, va m’acheter des tartes à la myrtille ! » toutes les heures, vingt-quatre heures par jour, incluant la nuit.

Mais, en y repensant maintenant, je me sens énormément soulagé. Heureusement pour moi, Lesus avait fini par abandonner et avait choisi de grimper au mur pour m’acheter des tartes à la myrtille. Après tout, il aurait pu choisir de commettre un homicide très choquant au beau milieu de la nuit. Après m’avoir tué d’un coup de son épée, il aurait à la place pu choisir d’escalader le mur pour se débarrasser du corps, et cela aurait été la fin de tous les tracas…

« Comme il ne reste que deux semaines, il vaudrait mieux commencer l’entraînement aujourd’hui. »

Judgment secoua la tête lorsqu’il entendit les mots « deux semaines » et jura : « Un jour, je vais perdre contrôle et te réduire en morceaux au lieu de complaire avec tes requêtes. »

Je lui lançai des fleurs d’une voix très forte : « Mais non, mais non ! Judgment, tu es la personne la plus gentille au monde, encore plus sympa que Leaf ! Tu ne réduirais définitivement jamais en morceaux ton meilleur ami. »

« … Est-ce que tu essaierais d’être sarcastique ? »

« C’était un compliment ! » niai-je frénétiquement. Après avoir toussé un peu, je bousculai Elijah vers l’avant et lui rappelai : « Hé ! As-tu fini d’être dans la lune ? Judgment a déjà accepté de t’enseigner des passes à l’épée, alors pourquoi ne l’as-tu pas encore remercié ? »

Elijah revint finalement à ses sens et balbutia : « V-Vous ne vous détestez pas… ? »

Je hochai encore la tête et m’exclamai : « C’est exact ! Laisse-moi te présenter mon bon ami que je déteste plus que tout au monde : Lesus du Jugement. »

« Bon ami… que vous détestez plus que tout au monde !? » Sans surprise, le regard d’Elijah tourna dans le vague encore une fois. Il était évident que son cerveau avait cessé de fonctionner.

« Cesse de te moquer de lui à ses dépens. » Judgment secoua la tête devant ma mauvaise conduite et me rappela : « Puisque nous visons de lui faire tenir bon le plus longtemps possible, recevoir l’aide du Chevalier du Nuage serait faire d’une pierre deux coups. »

« Cloud ? »

J’y songeai pendant un moment, puis me vint alors une soudaine révélation. Immédiatement, je répondis : « Aucun problème ! Je vais aller le chercher sur-le-champ. Non seulement Cloud est un membre de la Bonne Faction au Grand Cœur, mais il est aussi très obéissant. Tout ce que j’ai à faire c’est de lui ordonner de nous aider. »

Judgment hocha à son tour la tête et commença à jauger Elijah, comme s’il contemplait quelle méthode d’entraînement utiliser… Je priai brièvement pour Elijah. Même si la façon de faire de Judgment est totalement juste (et il ne ferait pas exprès de rendre les choses trop dures pour Elijah), j’ai vu de mes propres yeux le plan d’entraînement que Judgment s’était dessiné pour lui-même… Je peux seulement dire que, après ce genre d’entraînement, n’importe qui pourrait devenir maître-épéiste !

Qui était-ce ? Qui a secrètement dit « sauf toi » ? Je vous ai entendu !

 

 

« Cloud ! Capitaine-Chevalier du Nuage ! Où es-tu !? »  criai-je pour attirer l’attention de Cloud alors que je marchais. Bien que marcher et crier affectât mon image gracieuse de Chevalier du Soleil, je n’avais guère le choix !

C’était la façon la plus rapide de trouver Cloud. Aussi, une fois que tout le monde entendrait que je suis à la recherche de Cloud, ils me pardonneraient mes cris peu élégants. C’est parce que « tout le monde » sait que le Capitaine-Chevalier du Nuage est un vagabond et qu’il est aussi gracieux qu’un nuage. Il est dit qu’on pouvait le retrouver en train de boire seul ou de lire des livres sur l’appui des fenêtres, sur les toits, sous les arbres banians, etc.

Je ne peux même pas commencer à deviner comment l’ancien Chevalier du Nuage parvenait à dériver gracieusement aux alentours. Je sais seulement que notre Cloud est communément trouvé à dériver ici et là. De plus, sa capacité à dériver est exceptionnelle ; il passe souvent à côté de mon oreille en dérivant et je ne le remarque pas forcément… On le retrouve souvent dans des coins sombres, derrière des rideaux poussiéreux d’un grenier, et à l’intérieur de petits placards que personne n’a ouverts depuis des années. En conclusion, je devrais simplement chercher des endroits sombres et humides !

Il se cache habituellement à l’intérieur de ces endroits sombres avec une faible lumière sacrée en guise d’éclairage, en lisant des livres portant des titres comme « Comment Lire La Bonne Aventure avec Exactitude », « Les Dix Meilleurs Sorts Porte-bonheurs »,  et « Apporter la Bonne Fortune et Rester Loin de la Malchance ». Il y avait toujours un pot d’un liquide inconnu noirâtre, verdâtre, ou rougeâtre à ses côtés, mais je n’ai jamais osé lui demander ce que c’était.

Comme le Temple Sacré est gigantesque, on y retrouve amplement d’endroits sombres et humides. Il est pratiquement impossible de deviner correctement dans quel placard Cloud se cache.

Et donc, la méthode que tout le monde emploie pour le trouver : marcher et crier.

Je cherchai pendant un long moment et eus la chance d’apercevoir Storm qui passait. Étonnamment,  il ne portait que des documents de travail, ce qui était bien moins que d’habitude. Je savais que Storm ne pouvait possiblement pas savoir dans quel placard Cloud se cachait, mais étant aussi fatigué que je ne l’étais, je ne pus pas résister de lui demander : « Mon frère Storm, puis-je m’enquérir si tu as connaissance de quelle direction notre frère Cloud a pris après la réunion ? »

Storm leva un sourcil et répondit à ma question par une autre : « À moins que Cloud ne se tienne devant toi, l’as-tu déjà vu ? »

« Non… »

Je soupirai. Ce type, Cloud, est exactement comme un fantôme. Non seulement il aime se cacher dans des coins sombres, il marche même en se servant des « Pas du Nuage » spéciaux, qui ont été transmis à travers un nombre incalculable de générations de Chevaliers du Nuage. Les Pas du Nuage, que l’on utilisait à l’origine pour esquiver les attaques ennemies, étaient à présent utilisés pour éviter d’être vu… S’il n’avait pas envie d’être trouvé, on serait obligé de se faire pousser un troisième œil afin de le voir !

Storm acquiesça d’un signe de tête. Avant que je ne parte, il commenta : « Où vois-tu habituellement Cloud ? »

Où est-ce que je vois Cloud en temps normal ? J’y réfléchis pendant un bon moment. Dans la salle de réunion ? Non, je ne le « voyais » pas vraiment là-bas. Dans les couloirs ? Non plus, je ne l’ai jamais « vu » dans ceux-ci. Les placards ? Non, non.  Même si je trouvais le bon placard, je ne peux souvent pas voir à travers le camouflage de Cloud.

Attendez ! En fait, l’endroit où je le retrouve en temps normal est… Un frisson me parcourut la colonne vertébrale. Je frissonnai et dis : « Derrière moi… »

Storm hocha la tête, puis pointa quelque chose derrière mon dos avec son index. Il partit après cela, se mêlant de ses propres affaires.

J’attendis un certain temps avant d’appeler : « Cloud ? »

« Ici. »

Il est vraiment là… Je me retournai abruptement et, très certainement, je trouvai le Capitaine-Chevalier du Nuage dont la peau était encore plus pâle que la mienne dû à de longues années sans s’être exposé au soleil. Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer. « Quand as-tu commencé à me suivre ? » m’enquis-je.

Cloud murmura poliment : « Il se trouve que j’étais dans l’armoire à livres à côté de la chambre de prière en rénovation, et t’ai entendu dès que tu es parti et as commencé à crier mon nom. »

« Alors, tu me suivais depuis le début ? Pourquoi ne m’as-tu pas appelé ? »

Cloud chuchota mollement : « Je t’ai appelé plusieurs fois, mais tu ne m’as probablement pas entendu parce que ta voix était trop forte. »

« La prochaine fois, contente-toi de tapoter mon épaule ! » lui ordonnai-je avec impatience.

« D’accord. » Cloud hocha la tête.

« Tu étais encore en train de te cacher dans les placards ? » me plaignis-je. « Ne t’ai-je pas dit que les placards ne sont pas faits pour que les gens les habitent ? Tu peux lire des livres dans la salle de lecture ; ou si tu souhaites être seul, tu  peux dénicher une chambre de prière vide. En tant que l’un des Douze Chevaliers Sacré, personne ne s’y opposerait si tu demandais une chambre de prière privée. »

Cloud secoua la tête vigoureusement et affirma : « Je ne me cachais pas dans le placard parce que tu m’as interdit de me cacher là. »

« Ne viens-tu pas de dire que tu te cachais dans le placard ? »

Cloud secoua à nouveau la tête et déclara : « Je me cachais dans l’armoire à livres. »

« Il y a une différence ? »

Cloud pencha sa tête sur un côté, et répondit ensuite : « Les placards sentent la moisissure ; les armoires à livres sentent les mites. Les mites sentent meilleures. »

Les gens normaux devraient détester les deux odeurs, n’est-ce pas ? Et puisque les mites sentent meilleures, pourquoi se cacher dans les placards en premier lieu ? Je ne peux vraiment pas suivre la logique de Cloud… Oublions cela ! C’est bon tant que ça le rend heureux.

« Cloud, va immédiatement te signaler auprès du Chevalier du Jugement dans la chambre de prière en rénovation, et ensuite suis ses ordres. »

« D’accord. » Cloud hocha encore une fois la tête et disparut tel un fantôme.

Je hochai la tête avec accord. Bien que Cloud soit un peu difficile à trouver, qu’il possède une voix à peine audible, une personnalité plutôt étrange, et une façon bizarre de penser, il est très obéissant. Son obéissance est sa plus grande vertu. Il obéit à tous mes ordres sans même demander pourquoi.

« Sun ! »

Sans attendre que la personne qui criait ne me rejoigne, je fronçai les sourcils et questionnai : « Des problèmes ? »

« Comment as-tu deviné ? » Blaze s’arrêta en crissant sur le sol et resta bouche-bée, les yeux remplis de suspicion au sujet de si j’avais récemment obtenu la capacité de clairvoyance.

« Chaque fois que tu cours précipitamment dans ma direction, rien de bon ne se produit », expliquai-je sombrement. Adair n’a-t-il pas failli mourir la dernière fois que cela s’est produit ?

« C’est donc comment tu as su… » Blaze sembla soudainement réaliser ce qu’il était censé faire et commença ensuite à paniquer encore une fois. Il cria : « Ce n’est pas ça ! Pourquoi est-ce que nous discutons de ça !? Ta Section du Chevalier du Soleil s’est battue avec les types du Monastère du Dieu de la Guerre. Quelques-uns d’entre eux sont blessés, mais par chance aucune vie n’est en danger, et ils sont tous présentement en train de bander leurs blessures dans le hall principal. Par contre, les types du Monastère du Dieu de la Guerre demandent que la Section du Chevalier du Soleil soit punie. Ça ne fait aucun sens ! Où est la justice à se battre les uns contre les autres !? Leurs blessures sont bien plus légères que celles de la Section du Chevalier du Soleil, alors nous devrions être ceux qui demandent une compensation ! »

Je fus outré au moment où j’entendis cela. Ma Section du Chevalier du Soleil a en fait ignoré tous mes avertissements, et ils sont allés chercher querelle à un ennemi aussi fort !

Allaient-ils me faire mourir de rage avant d’être satisfaits ?

 

 

Quand Blaze et moi nous précipitâmes au hall principal, nous aperçûmes instantanément les membres couverts de sang de la Section du Chevalier du Soleil. J’étais si livide que je manquai presque de les réprimander en public. Par chance, Blaze tira sur ma manche et pointa le Fils du Dieu de la Guerre ainsi que sa cinquantaine de guerriers au milieu du hall. Seulement à ce moment-là me suis-je contenu.

Je souris largement tandis que je dépassais la Section blessée du Chevalier du Soleil et continuai mon chemin jusqu’où se tenait le Fils du Dieu de la Guerre. De façon courtoise, je dis : « Si Sun avait su que le Fils du Dieu de la Guerre arrivait, Sun aurait personnellement accueilli votre présence ici afin de communiquer la gracieuse hospitalité offerte par le Dieu de la Lumière. Puisque vous êtes ici, souhaiteriez-vous que Sun vous fasse visiter l’Église du Dieu de la Lumière ? »

Les lèvres du Fils du Dieu de la Guerre tressaillirent pendant qu’il m’écoutait. Il grogna : « Cessez de raconter des sottises. Chevalier du Soleil, vos chevaliers ont massacré mes guerriers, et vous, vous… ! Dans tous les cas, vous devez payer pour cela. »

Mes chevaliers ont massacré vos guerriers ? Je ricanai dans mon cœur. Non seulement les blessures de la Section du Chevalier du Soleil étaient bien plus sérieuses que celles de ses guerriers, mais j’étais absolument certain que, sous mes enseignements, la Section du Chevalier du Soleil ne commencerait pas une bagarre que ses membres ne pouvaient pas remporter. Par conséquent, il n’était pas difficile de discerner qui avait commencé en premier !

J’étais certain à 80 % que c’était parce qu’Elijah et moi essayions de lui voler sa princesse. Cela l’avait rendu furieux. Et puisqu’il ne pouvait pas passer ses nerfs sur Elijah ou moi (et n’oserait pas toucher aux chevaliers royaux, parce que ceux-ci appartiennent au roi et non à Elijah), il avait cherché la bagarre avec ma Section du Chevalier du Soleil… Ces enfoirés ! Ne leur ai-je pas récemment ordonné de ne pas quitter le Temple Sacré ? Mes paroles sont tombées dans les oreilles de sourds !

Au moment où j’entendis ce que le Fils du Dieu de la Guerre avait dit, je cessai de sourire et annonçai gravement : « Bien entendu, comme nous l’enseigne le Dieu de la Lumière, nous ne devrions point traiter nos invités avec violence. Au lieu de cela, nous devrions traiter toutes choses avec la Bienveillance du Dieu de la Lumière, puisque la bonté sera payée avec la bonté. La violence incite plus de violence et la haine engendre la haine. Personne n’aime être traité avec violence. Donc, nous devons en premier lieu montrer notre prévenance et notre bonne considération. Seulement à ce moment-là, l’autre parti rendra la gentillesse par la gentillesse- »

Plus le Fils du Dieu de la Guerre écoutait, plus profondément il fronçait les sourcils. Enfin, il agrippa sa tête comme s’il souffrait d’une migraine atroce et hurla : « Taisez-vous ! »

Je fermai la bouche comme il le souhaitait et lui souris chaleureusement.

Blaze marmonna derrière moi : « Wow ! Je viens d’avoir une grande dispute avec cet homme et pas un seul cheveu sur sa tête n’avait été déplacé. Tout ce que Sun a eu à faire était parler et il souffre d’une horrible migraine. »

« Dîtes-moi simplement comment vous allez les punir ! » s’écria le Fils du Dieu de la Guerre. Il semblerait que discuter avec moi soit plus épuisant que se quereller avec Blaze.

Je me tournai pour faire face à ma Section du Chevalier du Soleil et lui reprochai : « Vous avez osé traiter nos invités avec violence ? Avez-vous oublié que vous êtes des chevaliers sacrés du Dieu de la Lumière ? Êtes-vous à ce point égoïstes ? Puisque vous êtes peu enclins à être des chevaliers sacrés polis, je vais interdire aux guérisseurs de vous soigner. Rendez-vous à l’infirmerie et pansez vos blessures. Après cela, vous allez tous vous signaler à la chambre de détention. Vous êtes punis pendant un mois ! »

Les membres de la Section du Chevalier du Soleil maintinrent leurs têtes basses avec honte et se mirent lentement sur leurs pieds. Certains des membres les plus blessés eurent besoin de l’aide des autres pour se lever.

Saisissant enfin la situation actuelle, Blaze affirma anxieusement : « Sun, il n’y a rien de mal à les mettre en détention, mais laisse-les au moins obtenir des soins de la part des guérisseurs ! Leurs blessures sont trop sévères ! »

« C’est justement leur punition », rétorquai-je sobrement, sans la moindre intention de retirer mes ordres.

Les chevaliers sacrés environnants observèrent la Section du Chevalier du Soleil avec sympathie et procédèrent à lancer des regards noirs à ceux du Monastère du Dieu de la Guerre.

Je me tournai pour m’adresser au Fils du Dieu de la Guerre juste à temps pour voir le sourire satisfait étendu sur son visage. Les guerriers derrière lui rigolèrent à gorge déployée tandis que les membres embarrassés de la Section du Chevalier du Soleil quittait la salle.

« J’attends avec impatience le combat à mort qui aura lieu dans deux semaines. Pour le bien de la bienveillance du Dieu de la Lumière, je me montrerai clément. » Les dents du Fils du Dieu de la Guerre étincelèrent tandis que celui-ci rayonnait grandement.

Je souris brillamment et répondis : « Mille mercis pour votre bonté. »

« Hahaha… » Tout ceux du Monastère du Dieu de la Guerre rigolèrent de façon bruyante  alors qu’ils sortaient de l’Église en plastronnant sans même adresser un seul « au revoir ».

Une fois que les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre furent partis, Blaze m’évalua avec prudence et murmura : « S-Sun ? Maintenant qu’ils sont partis, est-ce que je devrais aller chercher des guérisseurs pour soigner la Section du Chevalier du Soleil ? »

Un seul regard de ma part, et il devint instantanément silencieux.

Je marchai à grands pas pour rejoindre la Section du Chevalier du Soleil. Blaze hésita pendant un instant puis me suivis. Bien qu’il y eût plusieurs salles de soins et que je n’eusse pas indiqué à la Section du Chevalier du Soleil quelle salle utiliser, ce fut facile de les trouver. Tout ce que j’ai eu à faire était de suivre la trace de sang.

Tous les guérisseurs, les chevaliers sacrés, et même les Douze Chevaliers Sacrés devinrent pâles dès qu’ils me virent passer. Ils reculèrent même de quelques pas pour m’éviter.

Quand j’atteignis la salle de soin, je fermai gentiment la porte derrière moi. Je hurlai alors avec colère à l’attention de ma Section du Chevalier du Soleil : « Bande de bons à rien, ne vous ai-je rien enseigné ? »

Tous les membres de la Section baissèrent la tête, n’osant rien dire.

Je perdis mon sang froid et rugis : « Ne vous l’ai-je pas dit avant !? Si vous voulez frapper quelqu’un, assurez-vous qu’il soit au moins deux fois plus faible que vous. Si votre adversaire est presqu’aussi fort que vous, n’agissez jamais à moins que vos chances de l’emporter soient d’au minimum 200 %. Ne vous ai-je pas ordonné de simplement le tolérer et de me faire un rapport avant de commencer une bagarre ? »

« Capitaine, ce n’est pas de notre faute ! Ils ne nous laissaient pas nous en aller ! » répondit Ed d’une voix abattue, comme il tenait sa main gauche sanguinolente.

« Ne racontez pas d’absurdités ! » objectai-je. « Si vous vouliez vraiment partir, comment auraient-ils pu vous en empêcher au beau milieu de la journée ? Tous les chevaliers royaux qui patrouillaient vous auraient prêté main-forte pour vous débarrasser de ces fauteurs de trouble. »

Ed hurla : « M-mais, nous ne pouvions pas simplement les ignorer ! Ils vous ont insulté ! Si nous nous étions contentés de partir la queue entre les jambes, cela n’aurait-il pas confirmé qu’ils avaient raison ? »

Il y eut une vague de protestations immédiates parmi ceux qui étaient présents, et ils se plaignirent : « C’est vrai ! Ils vous ont en fait traité de lâche et de faible qui ne sait que comment se reposer sur sa belle apparence ! »

Cela signifie que je suis vraiment bel homme ! Qu’y a-t-il de fâchant là-dedans ?

« Ils ont dit que les chevaliers sacrés n’étaient que des bons à rien, qui ne savaient que comment prendre les coups. Ils vont beaucoup trop loin ! »

Euh… En fait, ils ne sont pas si loin de la vérité. Les chevaliers sacrés sont les meilleurs pour la défense et à se rétablir. Ces deux aptitudes combinées rendent les chevaliers sacrés grandement résistants, ce qui signifie qu’ils sont experts pour prendre les coups !

« Ils ont même dit que vous ne vous souciez pas de nous. Même s’ils nous tuaient, vous n’oseriez pas vous en prendre à eux… »

Balivernes ! S’ils osaient vous tuer, je ferais en sorte qu’ils soient paralysés à vie !

C’était cette troisième affirmation qui m’avait énervé en fin de compte. J’affichai un air solennel pendant que je les écoutais se plaindre et panser leurs blessures en même temps. Lorsqu’ils eurent terminé, j’ordonnai : « Signalez-vous à la chambre de détention. »

En entendant qu’ils allaient tout de même être mis en détention, la Section du Chevalier du Soleil fixa le sol d’un air misérable. Juste au moment où ils s’apprêtaient à s’en aller, il y eut un coup frappé à la porte.

« Qui est-ce ? » Je me renfrognai. Qui oserait m’interrompre pendant que je donne une leçon aux membres de ma section ?

« Capitaine, c’est moi, Adair. »

« Tu as du cran pour me désobéir et sortir du lit. Es-tu entièrement remis ? »

« Je vais parfaitement bien maintenant, Capitaine. »

« Dans ce cas, entre. »

Adair tomba à genoux au moment où il entra et déclara coupablement : « Capitaine, si vous insistez à mettre la Section du Chevalier du Soleil en détention, dans ce cas, je vous prie de m’enfermer moi aussi. Tout ça est arrivé, parce que, moi, le Vice-Capitaine, j’ai échoué à bien les entraîner. »

Je jetai un coup d’œil à Adair. Comme ces mouvements semblaient très fluides, ses blessures étaient probablement entièrement guéries. Froidement, je décrétai : « Très bien ! Vous tous, rendez-vous à la chambre de détention. »

Adair baissa le regard, cachant son expression, et répondit comme d’habitude : « Tout de suite. »

Note de bas de page

1 « ne possède même pas la force d’attacher un poulet » : Un dicton chinois qui décrit une personne étant physiquement extrêmement faible.

La Légende du Chevalier du Soleil T2C6 : Assiste à Diverses Cérémonies

La Légende du Chevalier du Soleil

Roman originel en Chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Chapter 6: Attend Various Ceremonies – traduit du chinois vers l’anglais par Akakuroi[PR!]
Chapitre 6 : Assiste à Diverses Cérémonies – traduit de l’anglais vers le français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

Après avoir bu avec Roland jusqu’à minuit, j’appris quelque chose de nouveau…

Même un Chevalier de la Mort peut devenir ivre.

Eh bien, c’est tant mieux qu’il puisse l’être ; sinon, je n’aurais pas été en mesure de laisser les serveuses et le propriétaire du bar le harceler, et d’utiliser ce bel homme pour… Non ! Je veux dire utiliser ce beau cadavre pour couvrir le prix de l’alcool.

J’ignorais qu’une bouteille d’alcool pouvait coûter aussi cher ! Quand je vis la note, je manquai presque de m’évanouir, mais en même temps, je me sentis chanceux : j’étais parti sans payer pour le vin quand j’avais bu un coup avec Elijah plus tôt aujourd’hui.

Puisque nous avions bu jusqu’à minuit, et que la propriétaire et les serveuses avaient touché Roland de nombreuses fois, quand nous sommes finalement partis, je dus traîner un corps ivre jusqu’à la maison de Rose. Le temps que tout cela eut été fait et que je fusse retourné à l’Église, il était proche du lendemain matin.

Au moment où j’entrai dans l’Église, avant même que j’eus le temps de me nettoyer et de faire une sieste, Storm me tira douteusement dans un coin et dit d’un ton ambigu : « Il y a un invité qui te cherche. »

Un invité ? Et qu’y a-t-il avec le ton de Storm ? Pourquoi cela sonne-t-il comme si j’étais sorti pour me rendre à un rendez-vous amoureux clandestin et avais été pris la main dans le sac… ? Je suis innocent ! Tout ce que j’ai fait c’est de sortir secrètement pour aller boire avec un cadavre ; je n’entretiens pas de liaison !

Bien que je fusse assailli de questions, je souris et m’enquis : « Puis-je demander, mon frère Storm, dans quelle salle de réception se trouve l’invité ? »

Secouant la tête, Storm répondit : « Comment peut-elle être dans une salle de réception ? »

« Pas dans la salle de réception ? » Un air de suspicion ne put s’empêcher d’apparaître sur mon visage.

Semblant être satisfait par l’expression dissimulée derrière mon sourire, Storm me fit signe de la main et lança : « Suis-moi. »

Après un court moment, nous arrivâmes devant une Salle de Prière plutôt privée. Supposément, c’était un endroit pour que les Chevaliers Sacrés prient dans le silence. Néanmoins, si j’avais bien compris, c’était en fait utilisé pour des activités bruyantes du genre « Faisons un pique-nique ici » plutôt que des prières silencieuses.

Au moment où j’entrais dans la pièce, je compris pourquoi nous ne pouvions aller dans la salle de réception : après tout, la salle de réception était un endroit public. Il ne s’agissait pas quelqu’un qui pouvait faire son apparition comme elle le voulait.

C’était la seule et unique princesse du royaume !

Je ne pus m’empêcher de complimenter intérieurement la façon soignée de faire les choses de la princesse. Elijah était rentré ivre mort hier, et aujourd’hui celle-ci venait frapper à ma porte. Me tournant pour faire face à Storm, je priai : « Mon frère Storm, pourrais-tu nous excuser un moment ? »

Sur ce, Storm sortit à contrecœur, avec un air intensément curieux sur le visage.

« Elijah m’a déjà parlé de votre plan, mais je ne vais pas vous soutenir. » Sans tourner autour du pot, la princesse entra directement dans le vif du sujet. Me fixant d’un air dédaigneux, elle ajouta : « Vous devez avoir pensé que mon frère est allé contre ma volonté et m’a forcée à me fiancer au Fils du Dieu de la Guerre, n’est-ce pas ? Laissez-moi vous dire que vous vous trompez ! Frère a en déjà discuté avec moi, et j’ai accepté. En tant que princesse, me sacrifier pour mon royaume en va de mon devoir.

« Je pense qu’il y a un malentendu entre nous, Votre Altesse Royale », dis-je, toujours en souriant.  « Votre Altesse doit comprendre que, quelle que soit la situation, je ne blesserais jamais le Chevalier des Enfers. C’est la promesse que j’ai un jour faite au Dieu de la Lumière, celle de protéger tous les Chevaliers Sacrés. »

En entendant cela, la princesse fut un peu abasourdie. Elle me regarda suspicieusement, doutant de ce que je venais de dire.

« Néanmoins, même si je ne fais rien, cela ne veut pas dire que le Pape traitera les Chevaliers Sacrés comme ses frères. Il ne montrera aucune merci envers quiconque pourrait représenter une menace envers l’existence de l’Église. De mon côté, il m’est impossible de rester auprès d’Elijah 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Et si même vous, Votre Altesse Royale, allez vous marier dans un autre pays, alors qui, puis-je demander, sera capable de protéger Elijah ? »

Suite à ces paroles, l’expression de la princesse changea, son attitude initialement déterminée se mit à vaciller. Je savais que les choses commençaient à fonctionner. Même si la princesse se sacrifiait volontiers pour le bien du royaume, je doute qu’elle fasse volontairement de même pour son bien-aimé.

Après avoir paru plutôt indécise pendant un moment, la princesse s’exclama soudainement, énervée : « Comment osez-vous me menacer avec Elijah ! Messager du Dieu de la Lumière ? Non, vous êtes le messager de l’ignoble, du méprisable ! Frère Sun avait raison à ce sujet ! »

Frère Sun ? Suite à un petit instant d’interrogation, je compris. Par Frère Sun, son Altesse Royale se référait à mon maître. Il entretenait une relation plutôt bonne avec la famille Royale, ce qui expliquait pourquoi la princesse s’adressait à lui comme à un frère. Bien qu’en tenant compte de l’âge il devrait être appelé « oncle », mon maître n’accepterait jamais aucune appellation qui soit plus âgée que « frère »…

Après avoir hésité, je l’interrogeai : « Et, qu’a dit mon maître ? »

Me lançant un regard froid, la princesse commença à relater la conversation.

« À quoi ressemble mon élève ? Hmm, en général c’est une personne sympathique… c’est comme ça tant que tu ne t’opposes pas à lui.

— Et qu’est-ce qui arrive si je m’oppose à lui ?

— Hmm, tu penseras toujours qu’il est une personne sympa. Mais en même temps, tu vas te poser des questions existentielles telles que : Pourquoi suis-je si malchanceuse dernièrement ? Travaille sur une tâche et tu en rateras deux, bois de la soupe froide et tu te brûleras, mange du porridge et tu t’étoufferas avec des os, marche seul dans les couloirs du palais, et tu poseras le pied dans de la bouse de vache…

— Mais comment peut-on se brûler avec de la soupe froide ? Pourquoi y aurait-il des os dans le porridge pour commencer ? Et comment est-ce possible de faire apparaître de la bouse de vache dans les couloirs du palais ?

— C’est pourquoi mon élève est une personne assez sympathique en général. Du moins, tant que tu ne t’opposes pas à lui. »

« Vous n’êtes pas un Chevalier du Soleil parfait ! Vous êtes une personne souillée, égoïste et perfide ! Même votre maître pense la même chose », déclara la princesse, énervée.

Mon maître ! Ses exemples sont absolument affreux ; si c’était moi, je ne ferais jamais quelque chose d’aussi évident que de brûler quelqu’un avec de la soupe froide !

« Votre Altesse Royale, même si je suis égoïste, croyez-vous réellement que je ne possède pas la volonté de permettre à Hell d’être avec la femme qu’il aime ? » demandai-je avec un froncement de sourcils.

Me jetant un regard froid, la princesse répondit, sarcastique : « Ne vous imaginez pas que je vais croire que vous le faites réellement pour le bien d’Elijah. »

Ricanant, je répliquai : « Bien qu’Elijah soit l’un des Douze Chevaliers Sacrés, son identité ne peut être exposée. Pour cette raison, il n’est qu’un simple chevalier du roi. Et vous devriez savoir à quel point il est difficile pour un simple chevalier du roi d’obtenir la main d’une princesse. » J’ajoutai, sarcastique : « Mais, pour vous dire la vérité, plutôt que de chercher un moyen de vous laisser épouser un chevalier du roi, je pourrais aussi me battre contre le Fils du Dieu de la Guerre et vous revendiquer pour moi-même. Sans mentionner que ce serait de loin beaucoup plus facile ! Après tout, je suis à la tête du Temple Sacré, le messager du Dieu de la Lumière. »

Après avoir entendu cela, la princesse commença à froncer les sourcils, ses lèvres formant une ligne fine.

« Et si par hasard je gagnais, je ne deviendrais pas seulement un membre de la royauté, mais étant donné que le nouveau roi n’a pas de fils, mon enfant risquerait de courir la chance de devenir le prochain roi. Que pourrait-il y avoir de mieux que cela ? En tant que personne bonne en général, suis-je assez stupide pour offrir cette chance à Elijah, en allant même jusqu’à élaborer un plan qui fonctionnerait ? »

Prétendant d’être moyennement énervé, je tournai la tête et observai du coin de l’œil la réaction de la princesse.

Elle paraissait soupçonneuse, et resta silencieuse pendant un instant. Incapable de trouver une bonne réponse, elle demanda alors d’un ton plus doux : « Alors pourquoi nous aidez-vous ? Ne nous sommes-nous pas opposés à vous ? »

Je rétorquai immédiatement : « Vous ne vous êtes pas opposés à moi ! Bien qu’Elijah ne veuille plus être le Chevalier des Enfers, il ne menace pas du tout l’Église. Et malgré le fait que Votre Altesse Royale veuille épouser le Fils du Dieu de la Guerre, c’était l’idée du prince. D’ailleurs, même si c’est l’idée du prince, avec la baisse de renommée et de prestige du royaume et la hausse du pouvoir de l’Église, en tant que roi, essayer d’augmenter le prestige du royaume est normal et ne peut pas être considéré comme s’opposer à moi. »

Avec cela, la princesse parut encore plus perplexe, non plus comme une importante princesse toute-puissante, mais plutôt comme une petite fille confuse.

Amusé, je déclarai : « Même si vous avez entendu mon maître vous avertir de ne pas vous opposer à moi, vous avez oublié de demander ce qui est considéré comme s’opposer à moi. »

« Alors quel genre d’action pourrait être considéré comme “s’opposer à vous” ? » N’obtenant aucune réponse, la princesse insista de manière charmeuse : « Allez-y, dites-le ! Seulement quand vous l’aurez dit, je saurais et pourrais éviter de faire quoi que ce soit qui puisse vous énerver ! »

Étant dragué par une princesse beaucoup plus âgée que moi, je ne pus m’empêcher de frissonner. Juste alors, je me rappelai d’un exemple de quelqu’un qui s’était opposé à moi. Affichant un rictus glacial, je dis : « Je vais vous donner un exemple ; très récemment, un certain abruti a voulu assassiner mon vice-capitaine et voler la femme de mon frère. C’est absolument ne pas me prendre, moi le Chevalier du Soleil, au sérieux. Si je ne lui fais pas payer cet affront, j’écrirai mon nom avec mon propre sang ! »

 

 

Le prince héritier méritait vraiment des louanges ; c’était enfin le jour de son couronnement, mais il n’y avait aucun signe de lui se vautrant dans le luxe.

Bien qu’aujourd’hui fût le jour du couronnement du roi, aucune décoration n’avait été ajoutée au palais. Seuls ceux qui étaient les plus observateurs auraient réalisé que le tapis avait été remplacé par un neuf… ou alors il avait juste été lavé ?

Des rumeurs disaient que le Chef du Protocole était mécontent de combien le prince héritier était économe, et était allé râler auprès de lui. Mais, tout ce que le prince héritier avait répondu était : « Père a déjà décoré et orné le palais pendant de nombreuses années ; il est assez flamboyant comme cela. » Ceci avait fait taire le Chef du Protocole une bonne fois pour toute.

Pas étonnant que la princesse veuille épouser un type qu’elle n’aime pas. Son frère est déjà tellement désintéressé, elle ne pouvait tout simplement pas annoncer qu’elle aimait déjà quelqu’un et, du coup, ne voulait pas se marier, n’est-ce pas ?

En outre, pendant la cérémonie, je découvris à contrecœur que le Fils du Dieu de la Guerre, qui était positionné par hasard en face de moi, était en réalité plutôt pas mal. En tant que Chef des guerriers, je l’avais imaginé comme étant un homme grand, large et musclé, avec des cheveux désordonnés et une tenue négligée… Je m’étais totalement trompé.

En effet, il était grand, large et musclé, mais pas excessivement. Et vu la rapidité de son pas, personne ne pouvait affirmer qu’il possédait seulement de la force. Il était aussi très agile et très souple, sans mentionner sa chevelure noire et bouclée, qui lui faisait ressembler à un jaguar gracieux, rapide et extrêmement dangereux. Pas étonnant qu’Adair ait perdu contre lui, et presque perdu sa vie par la même occasion.

Vu comment les dames jetaient constamment des coups d’œil furtifs au Fils du Dieu de la Guerre, on pouvait affirmer qu’il était plutôt doué avec les femmes… Peut-être le prince héritier pensait honnêtement qu’il était une bonne personne à épouser, d’où son approbation au mariage de sa sœur avec lui. Évidemment, il ignorait que sa jeune sœur avait déjà quelqu’un en tête.

Concernant le couronnement, il est nécessaire de dévoiler que même si la cérémonie n’était pas très luxueuse, elle restait quand même très solennelle. Le plus important était que tout le monde attendait avec impatience et de tout cœur le couronnement du prince héritier, puisque cela signifiait également qu’une personne en particulier allait enfin descendre de son trône.

Quand le roi passa la couronne au Pape et que le Pape la plaça ensuite sur la tête du prince héritier en annonçant qu’il était le nouveau roi, beaucoup de personnes semblèrent plutôt soulagées.

Je suppose que j’étais le seul qui ne savait pas s’il fallait rire ou pleurer. Après tout, alors que ce que le « gros porc de roi » avait fait donnait envie à tout le monde de le poignarder à mort… Pour dire la vérité, gérer un roi qui était aussi stupide qu’un porc était facile, comparé à gérer ce roi qui sera probablement un tigre déguisé en porc.

Je soupirai. Il semblerait que les jours où j’avais seulement à m’occuper d’un « véritable porc » étaient terminés. Aujourd’hui marquait le début d’une longue bataille avec un « faux porc ». J’espérais uniquement que je ne serais pas le tigre qui serait mangé.

Alors que je soupirais, en faisant le deuil de mes « bons jours », tous les messagers de différents pays présentèrent leurs cadeaux. Un miroir de plain-pied avec un cadre enchâssé de pierres précieuses, un ensemble complet d’accessoires fait de pierres précieuses, une épée décorée de pierres précieuses…

Mais sérieusement, ces présents enchâssés de pierres précieuses avaient beau valoir cher, aucun ne pouvait être considéré comme un cadeau inestimable. D’ailleurs, les présents pour l’anniversaire du gros porc de roi étaient bien meilleurs que ceux-là. Évidemment, là encore, ce n’était pas parce que les autres pays étaient trop avares. Pour les événements liés à la réputation d’un pays, il était impossible d’être avare.

La vraie raison était probablement parce que la période entre l’annonce de la cérémonie et la cérémonie en elle-même avait été très courte, moins de trois mois dans les faits. Quelques pays des plus éloignés avaient probablement dû se dépêcher de venir ici au moment où ils avaient reçu l’annonce, juste pour être présents à la cérémonie. Avec ce délai, il était improbable qu’ils aient bénéficié d’assez de temps pour préparer un cadeau à moitié décent.

Même si les présents n’étaient pas très impressionnants, il semblerait que le roi ne s’en préoccupait pas le moins du monde. Il semblait même plutôt heureux.

Ne me dites pas… Soudainement, tout me parut tellement clair. Ne me dites pas que le faux porc de roi a fait cela exprès ! Après tout, avec son père jetant l’argent par les fenêtres en étant roi depuis si longtemps, les coffres du pays doivent être plus qu’à moitié vides.

Si chaque pays était venu en apportant des trésors réellement précieux comme cadeaux, ces trésors sans prix ne pourraient absolument pas être vendus. Si quelqu’un découvrait que le cadeau présenté au roi apparaissait en fait sur le marché, il y aurait seulement deux possibilités. La première possibilité serait que la trésorerie du Royaume du Son Oublié avait été cambriolée. Ou alors, la seconde possibilité, et la pire, serait que le roi du Royaume du Son Oublié avait vendu ces trésors.

Dans les deux cas, la réputation du Royaume du Son Oublié serait ruinée.

Néanmoins, dû au fait que la période de temps entre l’annonce de la cérémonie et la date actuelle avait été trop courte, cela signifiait qu’aucun pays n’avait eu assez de temps pour préparer un cadeau décent. Du coup, ceux présentés seront simplement des choses avec des pierres précieuses enchâssées ou faits d’or. Dans ce cas, le roi n’aurait qu’à extraire ces pierres précieuses, fondre les objets en or en lingots et les vendre sans que personne n’en fût au courant.

Prince héritier… Non ! Maintenant, faux porc de roi, vous êtes absolument génial. Si nous n’étions pas rivaux, je m’inclinerais certainement pour vous montrer l’admiration que je porte envers vos stratégies visant à gagner de l’argent. Si je rapportais cela au Pape qui aime autant l’argent que vous, peut-être que même le Pape vous appellerait son frère !

Le Fils du Dieu de la Guerre fit alors un geste de la main aux guerriers derrière lui, et deux d’entre eux amenèrent immédiatement leur cadeau au roi.

Il s’agissait d’un bouclier, mais il était évident que si vous l’utilisiez pour vous défendre de vos ennemis, personne n’oserait vous attaquer, puisque les gens ne voudraient habituellement pas attaquer un bouclier entièrement couvert de diamants. Je serais définitivement le premier à tuer une personne aussi insouciante. Même le plus petit de ces diamants équivalait à mon salaire des vingt prochaines années !

Hochant la tête en signe de remerciement, les yeux du roi nouvellement couronné reflétèrent la lumière des diamants. Même son sourire se fit plus large. Voyant cela, le Fils du Dieu de la Guerre annonça fièrement : « C’est un bouclier fabriqué par l’association de magiciens, de joailliers et de forgerons. La croix nationale du Royaume du Son Oublié est formée par des diamants au milieu, et autour on y retrouve des pierres précieuses magiques qui ont été placées afin de former un charme servant à repousser les attaques magiques. De plus, la défense physique est de première qualité. Même une énorme hache ne saurait l’égratigner ! »

Après cette explication, tout le monde dans le hall resta stupéfait. Cela pouvait être considéré comme l’un des meilleurs présents offerts aujourd’hui.

Toutefois, je me contentai d’arborer un sourire narquois dans mon esprit, prédisant que le faux porc de roi préférerait plutôt pousser le chevalier en qui il a le plus confiance devant lui pour le protéger d’une attaque que de risquer qu’un des coins du bouclier ne soit ébréché.

« Rangez-le bien », s’adressa le Roi aux gardes près de lui. C’était la première fois aujourd’hui que, après avoir reçu un cadeau, il parlait au lieu de simplement sourire et hocher la tête.

Satisfait de voir à quel point les gardes étaient soigneux en transportant le bouclier, le Fils du Dieu de la Guerre se retourna et dit de manière provocante : « Nous, le Monastère du Dieu de la Guerre, avons montré notre respect envers Sa Majesté. Nous nous demandons ce que l’Église du Dieu de la Lumière a à offrir pour féliciter celui-ci. »

M’avançant sur le tapis rouge au milieu du hall et m’arrêtant à deux pas du Fils du Dieu de la Guerre, je sortis un bracelet. Ce dernier était doré et transparent, un peu comme du verre. Il était formé de dix-huit petites billes et d’une bille plus grande, toutes gravées d’un motif en forme de rose. Cela paraissait en effet très délicat, mais n’avait rien à voir avec les mots « précieux » ou « trésor ».

Le roi conserva son sourire et hocha la tête poliment, tandis que le Fils du Dieu de la Guerre, lui, rigola simplement tout haut sans se retenir. Le reste de la foule, d’un autre côté, commença à froncer des sourcils. Ce présent semblait vraiment trop bon-marché.

J’ajoutai alors avec un sourire : « Sous la protection du Dieu de la Lumière, Votre Majesté restera en bonne santé tout au long de sa vie. Néanmoins, si Votre Majesté venait à se blesser un jour, brisez simplement une des roses, et Votre Majesté recevra la bénédiction du Dieu de la Lumière avec un effet équivalent à la réalisation d’un Sort de Soin Avancé. Quant à la bénédiction de la plus grosse bille au milieu, l’effet serait équivalent à vous faire lancer un Sort de Soin Ultime. »

En entendant mon explication, le roi ne put presque pas cacher sa surprise et son désir. Il murmura quelques mots à ses chevaliers personnels, et l’un d’eux vint immédiatement jusqu’à moi pour me prendre le bracelet de roses des mains et le passa au roi. Après avoir tâté les billes pendant un moment, il enfila le bracelet sur-le-champ, sans même se préoccuper de l’ampleur du mécontentement du Fils du Dieu de la Guerre à l’instant où il le fit.

Souriant intérieurement, je pensai, Malgré le fait qu’’il s’agisse d’un cadeau que j’ai offert, le roi l’aime quand même !

Après tout, pour une personne avec beaucoup de pouvoir entre ses mains, la chose la plus terrifiante à laquelle il pourrait faire face serait l’assassinat.

Avec ce bracelet de billes, c’était équivalent à avoir constamment à ses côtés un guérisseur qui peut jeter dix-huit Sorts de Soins Avancés et un Sort de Soin Ultime. Sans mentionner qu’il ne peut pas être acheté par l’ennemi ou être le premier à être visé et tué, contrairement à un guérisseur. Avec tout cela, pourquoi ne voudrait-il pas porter ces billes sauveuses-de-vie immédiatement ?

En outre, ces billes sauveuses-de-vie n’étaient pas quelque chose pouvant être créé par un guérisseur ordinaire ! Un total de trente Sorts de Soin Avancés a besoin d’être lancé pour fabriquer une seule des petites roses, même chose pour la grosse…

Ce n’est pas que je suis radin, et ne veuille n’en donner qu’une au roi, mais c’est le seul bracelet réussi que je sois parvenu à compléter.

Même pour quelqu’un comme moi qui possède tellement d’Aura Sacrée qu’elle en déborde presque, je peux seulement jeter environ dix Sorts de Soin Avancés par jour. Donc, ce bracelet de billes m’a réellement pris plus d’un mois à le fabriquer… Ajouter secrètement le fond pour le présent au roi à ma pension n’est pas si facile !

« Capitaine-Chevalier du Soleil ! » Un chevalier sacré arriva en courant vers moi et rapporta à voix basse : « Quelques nécromanciens et des créatures des ténèbres causent du grabuge en ville. »

Continuant à sourire après avoir entendu le rapport, je pus voir le Fils du Dieu de la Guerre me sourire, et naturellement, je lui retournai le sourire poliment… Espèce d’imbécile, comment oses-tu essayer de saboter mes plans !

Je n’arrivais pas à croire qu’un autre nécromancien que Rose, qui était sous contrat, oserait venir et semer la pagaille à la Cité du Bourgeon, le quartier général de l’Église du Dieu de la Lumière. Ce n’était pas comme s’ils allaient penser qu’ils avaient réanimés trop de créatures mortes-vivantes et voulaient en offrir quelques-unes à l’Église du Dieu de la Lumière pour l’aider à entraîner les chevaliers sacrés et les guérisseurs.

Ce devait être un coup du Monastère du Dieu de la Guerre !

Tout le pays savait que ce que je haïssais le plus était les créatures des ténèbres. Si une de ces créatures mortes-vivantes était sur le point d’apparaître maintenant, je m’excuserais définitivement devant le roi et me dépêcherais alors d’aller la combattre. Et, le Monastère du Dieu de la Guerre serait, de ce fait, en mesure de demander en mariage la princesse et de tirer les ficelles avec la Royauté, etc.

« Des nécromanciens ont osé amener des créatures des ténèbres dans la Cité du Bourgeon, une cité qui a reçu la bénédiction du Dieu de la Lumière ? » répliquai-je sévèrement. « C’est absolument insoutenable ! Écoutez, allez ordonner à ma Section du Chevalier du Soleil d’aller se battre contre ces créatures monstrueuses qui ne reçoivent pas la bénédiction du Dieu de la Lumière. Je pense que mon peloton s’est trop relâché récemment ; c’est en effet le moment de les entraîner, pour s’assurer qu’ils seront assez forts pour défendre et protéger la Cité du Bourgeon. »

« Compris. » Immédiatement, le chevalier sacré acquiesça et se dépêcha de sortir pour porter le message.

Le Fils du Dieu de la Guerre ouvrit la bouche et s’enquit lentement : « Chevalier du Soleil, aujourd’hui est un jour très important. Avec des créatures mortes-vivantes apparaissant dans la cité, ne serait-il pas plus approprié que vous alliez vous en occuper personnellement ? »

Je répondis, confiant : « Je vous en prie, ne vous inquiétez pas, sire. Aujourd’hui a lieu le couronnement du roi, de même qu’il s’agit du jour où le Dieu de la Lumière donne sa bénédiction. Quant à ces créatures des abysses, elles n’ont définitivement aucune chance de recevoir cette bénédiction. De ce fait, ma Section du Chevalier du Soleil va très certainement les exterminer avec succès. »

Héhé, de quoi faut-il s’inquiéter ?

Le Monastère du Dieu de la Guerre n’était pas habitué à s’occuper de créatures mortes-vivantes. Je doutais qu’ils oseraient trouver un nécromancien réellement puissant qui soit vraiment capable de causer du grabuge ; ces nécromanciens réellement puissants ne s’ennuieraient pas suffisamment pour faire ce genre de chose… À moins qu’ils soient comme Rose, auquel cas alors il y a une possibilité qu’ils fassent ça à cause de l’ennui. Mais, pour qu’il y ait un nécromancien comme Rose… J’ai peur qu’elle soit unique dans ce monde.

Pour cette raison, j’étais sûr qu’avoir des créatures des ténèbres courant en liberté dans la ville était totalement l’idée du Monastère de la Guerre et n’avait rien à voir du tout avec Sa Majesté. Après tout, comme le Royaume du Son Oublié vénérait constamment le Dieu de la Lumière, les gens du royaume étaient véhéments contre l’idée de telles créatures et des auras de ténèbres. Le roi ne sera probablement pas très heureux vis-à-vis du Monastère du Dieu de la Guerre à cause de cela. Juste en voyant comment celui-ci n’a pas effectué le moindre effort pour me demander d’aller m’occuper personnellement de celles-ci, je pouvais aisément deviner qu’il était probablement un peu énervé contre les actions du Monastère du Dieu de la Guerre.

Voyant qu’il était incapable de me chasser, le Fils du Dieu de la Guerre alla simplement droit au sujet et déclara : « Votre Majesté, cette fois, le Monastère du Dieu de la Guerre  ne souhaite pas seulement vous féliciter, nous avons également une requête à vous formuler. »

De façon coopérative, avec une expression curieuse, le roi demanda : « Vraiment ? Et quelle serait-elle ? »

Son regard se déplaçant jusqu’à la princesse, le Fils du Dieu de la Guerre répondit : « J’avais entendu dire que la princesse était une dame à la fois intelligente et belle, et cela avait causé mon admiration pour elle. Aujourd’hui, quand je l’ai vue pour la première fois, cela a simplement confirmé ce que j’avais entendu, mais elle est même encore plus belle que les rumeurs le disent, ce qui confirme par deux fois ma volonté de la prendre pour épouse. »

Comparé à l’étiquette nécessaire pour demander en mariage la princesse d’un royaume, le Fils du Dieu de la Guerre était trop abrupt, à la fois dans ses actions et dans son discours. Cependant, les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre étaient toujours très francs, sans aucun subterfuge dans ces domaines, donc personne ne pouvait réellement les en blâmer.

Justement, un groupe de guerriers transportait des malles l’une après l’autre depuis l’extérieur. Quand le Fils du Dieu de la Guerre ouvrit l’une d’entre elle, la pièce fut immédiatement illuminée par un coffre plein d’or et de pierres précieuses. « Et ceci sera le cadeau de fiançailles », affirma-t-il.

Tous les membres de la royauté étudièrent l’expression du roi et, ne voyant aucun signe de mécontentement, tout le monde réalisa immédiatement qu’il avait déjà l’intention de marier la princesse au Fils du Dieu de la Guerre. À ce moment-là, tous se mirent à les féliciter et à leur donner leur bénédiction. Certains commencèrent même à complimenter le mariage et à dire des choses comme quelle parfaite union cela ferait.

« Je vous en prie, attendez ! » criai-je. Pendant que tout le monde était encore stupéfait, je posai un genou à terre et demandai sincèrement : « Moi, Sun, j’éprouve également des sentiments pour Son Altesse. Compte tenu de mes sentiments sincères et dévoués pour celle-ci, je souhaite et espère que Sa Majesté me laissera une chance équitable de gagner la main de Son Altesse. »

Au moment où je prononçai ces mots, cela causa immédiatement un petit tumulte parmi les membres de la royauté autour de moi, et même le roi était abasourdi. Les Douze Chevaliers Sacrés me fixèrent avec incrédulité, comme s’ils voyaient un monstre au lieu de leur Chevalier du Soleil.

« Incroyable ! Et dire que je pensais que la première personne à qui Sun pourrait faire une demande en mariage serait la statue du Dieu de la Lumière », s’exclama Storm, incrédule. Le reste des Douze Chevaliers Sacrés hocha immédiatement la tête en signe d’accord, excepté Judgment. C’était ce que j’appelais un vrai ami ; il me connaissait effectivement bien !

Sentant mon regard, Judgment tapota l’épaule d’Ice et leva un sourcil comme pour dire, Je pensais que la première personne que tu demanderais en mariage serait Ice.

Avant que le Roi n’ait pu réagir et répliquer, le Fils du Dieu de la Guerre se retourna et rugit furieusement vers moi : « Espèce d’ordure ! »

Un comte qui était sur le bord s’avança immédiatement pour arrêter le Fils du Dieu de la Guerre avant qu’il ne puisse dire quelque chose d’autre d’insultant devant tout le monde. Après avoir apaisé le Fils du Dieu de la Guerre, il se retourna, sourit et décréta : « Chevalier du Soleil, puisque vous demandez la main de la princesse, vous devez déjà avoir préparé vos cadeaux de fiançailles, n’est-ce pas ? »

Entendant cela, le Fils du Dieu de la Guerre fut ravi. Il ajouta : « Sans cadeaux de fiançailles, vous ne faites qu’essayer de provoquer le chaos ! »

« Sun ne possède rien de spécial. Tout ce que je peux faire est de donner à nouveau la bénédiction du Dieu de la Lumière, pour montrer à Son Altesse mon amour pour elle. »

Sur ce, je sortis un autre bracelet de roses. Cependant, ce bracelet n’avait pas été fabriqué par moi. Après tout, je n’avais vraiment pas assez de temps pour en faire deux en un si court laps de temps. Donc, au lieu de cela, j’avais appris au Pape comment fabriquer ces billes, à condition qu’il m’en donne cent-huit au total en guise de « frais d’apprentissage ».

Les yeux du roi s’illuminèrent à la vue du bracelet. Il laissa échapper un grognement et eut l’air plutôt troublé.  D’après ce que je pouvais voir, je supposai qu’il était probablement en train de songer à un moyen d’empêcher que je mette la main sur sa sœur tout en gardant le bracelet.

Soupirant profondément – probablement parce qu’il n’arrivait pas à trouver un moyen de garder les billes en forme de roses – il se tourna face à sa sœur et demanda : « Ils sont tous les deux des jeunes hommes respectables ! Princesse, il semble qu’ils soient tous deux sérieux à votre propos, qu’en pensez-vous ? »

Selon le scénario du roi, la princesse devrait être timide pendant un moment, avant de regarder vers le Fils du Dieu de la Guerre du coin des yeux. Mais, évidemment, les prédictions humaines ne peuvent gagner contre les prédictions du Dieu de la Lumière. La princesse resta silencieuse, mais elle ne regarda personne. À la place, un chevalier royal surgit de derrière elle : Elijah.

S’agenouillant devant le roi, il cria : « Votre Majesté, je suis celui qui est réellement sérieux à propos de Son Altesse Impériale ! La princesse et moi sommes ceux qui nous aimons réellement ! »

En entendant cela, tout le monde se tourna pour observer la princesse. Cependant, la princesse ne montra aucun signe de déni. Et pour quelqu’un de son importance, le silence était équivalent à acquiescer.

Il y eut un soudain vacarme dans la foule. La situation présente était absolument incroyable. Pourquoi n’y avait-il pas eu une seule personne souhaitant le mariage dans le passé, mais maintenant, ils venaient tous à la fois ? Quel genre de situation était-ce ?

Il était évident que le roi ne s’attendait pas à cette tournure des événements. Il fut surpris pendant un moment, mais se tourna alors et me fixa.

Votre Majesté, vous êtes vraiment très intelligent. Bien que ce soit réellement moi qui ai causé tout cela, vous n’avez pas à me fixer si directement. Après avoir affiché une expression choquée, je changeai rapidement pour une expression confuse et rencontrai le regard du roi, comme si je ne comprenais point pourquoi il me fixait. Voyant cela, à la place, il se tourna pour regarder Elijah et fronça légèrement les sourcils.

Deux des chevaliers personnels du roi, qui se tenaient à côté du souverain, s’avancèrent immédiatement. Le chevalier le plus jeune, qui paraissait être dans la trentaine, gronda : « Elijah, ne raconte pas de bêtises ! Tu ne peux pas épouser Son Altesse ! »

Ignorant ses mots, Elijah se tourna pour rencontrer les yeux du chevalier le plus âgé, paraissant honteux et désolé. Cependant, le chevalier plus âgé se contenta de soupirer et ne le réprimanda pas.

Storm murmura doucement près de mon oreille : « Bien que le chevalier le plus âgé ne soit pas réellement le maître d’Elijah, il apprécie beaucoup ce dernier et lui a appris beaucoup de choses. Il peut être considéré comme un demi-maître. »

J’acquiesçai et employai toute ma force pour m’empêcher de sourire. Hahaha ! Je ne savais pas qu’il entretenait ce genre de relation avec ses professeurs, mais maintenant, les chances d’Elijah sont nettement plus élevées.

« Je n’arrive pas à croire qu’Elijah soit aussi courageux… Mais, c’est encore plus incroyable que Sun ait une liaison avec la princesse », murmura Storm à Leaf et à Blaze, qui se tenaient à côté de lui. Comme la distance entre nous était un peu grande, je dus tendre l’oreille pour saisir ce qu’il disait.

« J’ai entendu la Section du Chevalier du Soleil raconter comment Sun avait enivré Elijah sans raison, tellement qu’il est presque mort d’un coma éthylique. Maintenant, je vois : ce doit être dû à de la jalousie entre rivaux. Et le jour suivant, la princesse avait une rencontre secrète avec Sun. Je suppose que c’était parce qu’elle l’avait trompé et tentait de s’expliquer après qu’il l’ait découvert » conclut Storm. Son visage montrait une expression qui disait : « J’ai eu le potin ultime, et je peux maintenant mourir sans regrets ». Quant aux autres des Douze Chevaliers Sacrés, ils étaient actuellement en train de tendre l’oreille pour saisir les ragots.

Donc, les membres de ma Section du Chevalier du Soleil n’étaient pas les seuls qui aimaient les potins… Le Temple Sacré tout entier était rempli de commères ! Pourquoi vous appelez-vous toujours les chevaliers sacrés ? Vous pourriez tous changer votre nom en chevaliers bavards !

Pendant que je jurais et protestais intérieurement sur comment le Temple Sacré devrait se renommer le Temple Bavard, le roi questionna sérieusement : « Sœur, est-ce vrai que tu éprouves des sentiments pour Elijah ? »

Sans parler, la princesse hocha calmement de la tête. Voyant cela, le roi resta également silencieux. Son visage devint lentement de plus en plus sombre. Personne n’osa dire un mot et tout le hall tomba dans un silence gênant. Même le Fils du Dieu de la Guerre resta silencieux, incapable de comprendre ce qu’il se passait. Fonçant les sourcils, il pouvait seulement nous fusiller du regard Elijah et moi.

Comme le silence gênant persistait, j’ouvris lentement la bouche et annonçai : « Si c’est le cas, alors laissons les épées dans nos mains juger ce sujet et arrêtons-là le bavardage dénué de sens. C’est la véritable voie d’un chevalier. »

Comment ? Vous dites que cette phrase semble familière ? Tousse, tousse… Les cadavres n’ont aucun droit de propriété intellectuelle !

Au moment où le Fils du Dieu de la Guerre entendit cela, un sourire s’étendit sur son visage et il accepta bruyamment : « C’est bien ! Un guerrier utilise uniquement l’épée entre ses mains pour déterminer la victoire ! »

Évidemment qu’il allait accepter, il savait déjà que je n’étais pas doué au maniement de l’épée et qu’Elijah était seulement un chevalier. C’était sans mentionner le fait qu’il croyait qu’Elijah ne possédait pas la bénédiction d’un Dieu ; même sa classe en elle-même le plaçait dans une position d’infériorité. Les guerriers sont meilleurs au un contre un alors que les chevaliers sont meilleurs à la guerre. C’était la nature des classes que tout le monde connaissait.

« Alors, faisons ainsi ! » Ceci dit, le roi partit promptement. D’après son expression, il était clair qu’il n’était pas très heureux.

J’eus un sourire narquois, mon premier pas vers le succès effectué.

Soudainement, Leaf arriva en courant vers moi. Il tapota mon épaule et dit : « Sun, ne sois pas triste, il y a toujours d’autres poissons dans la mer ! Même si tu ne peux pas avoir la princesse, ce n’est pas si grave. »

« Je suis plutôt proche d’Elijah, donc je lui dirai de ne pas trop te martyriser », promit Storm en me tapotant le dos avec une expression qui disait : « Nous sommes de bons frères, je te couvrirai, ne t’inquiète pas. »

« Si ce Fils du Dieu de la Guerre ose trop te frapper, je ne le laisserai jamais en paix », jura Blaze en frappant l’air.

« S…Sun, ne t’inquiète pas. Même si c’est contre les règles, je t’aiderai quand… quand même à bloquer les coups fatals… Même si je dois les bloquer de nombreuses fois, je n’abandonnerai jamais pour te sauver ! »

« … Vous ne pourriez pas avoir un peu plus confiance en moi ? »

En entendant cela, la Cruelle Faction au Cœur de Pierre des Douze Chevaliers Sacrés me jeta simplement un regard froid. Quant à la Bonne Faction au Grand Cœur, ils ajoutèrent : « Évidemment ! Nous avons une confiance absolue dans ta capacité de guérison. Ces deux-là ne seront pas capable de te tuer. Et c’est pourquoi nous sommes assez confiants par te laisser y aller pour te faire cogner. »

Que diable ? Les regards froids de la Cruelle Faction au Cœur de Pierre n’avaient pas réussi à me refroidir, mais ce que la Bonne Faction au Grand Cœur avait dit m’avait fait me sentir comme si j’avais été frappé par un blizzard.

 

La Légende du Chevalier du Soleil T2C5 : Résous Les Problèmes d’Un Collègue

La Légende du Chevalier du Soleil

Roman originel en Chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Chapter 5: Solve a Colleague’s Problem – traduit du chinois vers l’anglais par dahlys[PR!]
Chapitre 5 : Résous Les Problèmes d’un Collègue – traduit de l’anglais vers le français par Irina
+ Travail de vérification par LuluHime

Comme dit l’adage, « Connais celui à qui appartient le chien avant de frapper celui-ci » ! Quoi qu’il arrive, Adair reste le chien du Chevalier du Soleil… Non, non ! Je veux dire qu’il est mon subordonné. De plus, il est le chef de tous mes autres ch… subordonnés ! Comment un imbécile comme toi ose-t-il s’en prendre à lui ! Je me fiche de savoir si tu es le Fils du Dieu de la Guerre ou pas, je vais te botter les fesses !

Comploter pour se venger  ne requiert pas seulement des machinations à long terme, mais doit aussi se faire dans le secret le plus total. La victime devait mourir de manière vraiment horrible sans réaliser qui était le coupable. Donc, je décidai… de résoudre le problème du Capitaine-Chevalier des Enfers en premier.

Après avoir suivi les instructions du Pape pour contacter et choisir un rendez-vous avec le Capitaine-Chevalier des Enfers, je me rendis au lieu de la rencontre. Pendant que je l’attendais, je pratiquais l’expression sincère que j’allais utiliser plus tard. Je devais paraître tellement sincère que l’autre parti ne pourrait supporter de me causer des soucis.

Peu de temps après, une personne s’avança vers moi. J’eus un sourire éblouissant comme je le voyais s’approcher, en profitant pour le jauger par la même occasion. Il portait l’uniforme standard des chevaliers royaux, mais l’épée qui pendait à son côté n’en était pas une qui était donnée à n’importe quel chevalier. La qualité de son épée était bien meilleure.

Son allure et son charisme n’étaient pas mauvais, mais il s’agissait d’une sorte de beauté polyvalente… Pardon ? Vous me demandez ce que je veux dire par une sorte de beauté polyvalente ?

Ce qu’on appelle une sorte de beauté polyvalente se réfère à un homme qui peut être considéré comme beau, mais qui n’est pas assez magnifique pour que tous les autres hommes veuillent l’étrangler au premier regard. Cela fait de lui un potentiel rival en amour de moins.

Aussi, quand vous observez les hommes possédant une beauté polyvalente de très près, vous pouvez toujours trouver beaucoup de défauts. Par exemple, des sourcils qui ne sont pas assez épais et des traits qui ne sont pas réguliers ou pas assez bien définis. Après cela, vous auriez l’impression qu’il n’est pas si beau après tout et vous vous sentiriez coupable pour votre hostilité première. Plus tard, vous vous appellerez des frères et vous vous entendrez très bien.

Bien que les hommes sentent que celui-là n’est pas aussi beau qu’il n’y parait, sa beauté laisse juste assez de place à l’imagination féminine. Les femmes aimant les hommes mignons seront attirées par ses grands et adorables yeux. Les femmes qui aiment les hommes matures s’appuieront automatiquement sur ses larges épaules. Les femmes qui refusent d’aimer quelqu’un d’autre qu’un mauvais garçon s’enticheront de son sourire frivole.

Comment ? Qu’est-il arrivé aux défauts incluant des sourcils qui ne sont pas assez épais et des traits qui sont légèrement irréguliers ?

Chers Frères, vous ne comprenez absolument pas les femmes ! N’avez-vous donc jamais entendu dire qu’un homme choisit une femme en fonction de ses défauts tandis qu’une femme s’intéresse davantage à ce qui fait la force d’un homme ? Tant qu’une femme trouve un bon point qui la fascine, toutes les autres imperfections deviennent des médailles. Par exemple, des sourcils fins sont façonnés, et un visage légèrement asymétrique est simplement unique !

En conclusion, la sorte de beauté polyvalente est aussi appelée le type du grand séducteur. Sa plus grande force relève du fait d’être aimé par tout le monde. Même un chien courrait vers lui en agitant sa queue.

Ce genre de personne est adapté pour faire n’importe quel travail ; particulièrement celui de vente, d’escroquerie et d’autres professions similaires. Évidemment, ils sont aussi très appropriés pour devenir des espions.

Je ne pus m’empêcher de féliciter l’anticipation du précédent Chevalier des Enfers. Il a su choisir un futur homme à la beauté polyvalente parmi une bande d’enfants de dix ans.

À ce moment-là, l’homme à la beauté polyvalente s’était déjà avancé jusqu’à moi. Je commençai immédiatement à sourire et le saluai : « Que le Dieu de la Lumière te bénisse, mon frère Hell. Sun a enfin le plaisir de te rencontrer. »

« Chevalier du Soleil, pourquoi est-ce vous ? » Il sembla être choqué.

Je souris brillamment et expliquai : « Sa Sainteté le Pape a informé Sun que toi, le Capitaine-Chevalier des Enfers, tu semblais éprouver quelques difficultés. Comme nous sommes tous deux des Chevaliers Sacrés, peut-être que Sun peut mieux comprendre tes problèmes. Par conséquent, Sun est venu à sa place. »

« S’il-vous-plaît … Pourriez-vous ne pas m’appeler Hell ? »

Le Chevalier des Enfers prit une profonde inspiration et dit, déterminé : « Je ne suis pas le Capitaine-Chevalier des Enfers, je suis seulement un chevalier du roi. »

Foutu vieillard ! J’aurais dû me douter que ce que tu jetais ne pouvait être qu’un nœud de vipères… Perplexe, j’affichai une touche de tristesse et demandai : « Pourquoi dis-tu cela, Chevalier des Enfers ? Se pourrait-il que tu sois mécontent à cause de quelque erreur commise par l’Église du Dieu de la Lumière, qui t’as conduit à décliner le rôle du Capitaine-Chevalier des Enfers ? »

Si je découvre que le Pape te maltraitait, ne te laissant pas d’autre choix que de démissionner, c’est un homme mort !

« Non, je vous en prie, ne vous méprenez pas. J’ai dit cela parce que… » À ce stade, le Chevalier des Enfers inspira profondément avant d’ouvrir la bouche et de raconter : « Quand j’ai été choisi pour devenir le Chevalier des Enfers, j’ai reçu seulement un an d’entraînement spécial au Temple Sacré. Après cela, j’ai servi la famille royale comme chevalier du roi pendant douze ans. Je possède deux maîtres ; l’un d’eux est un chevalier sacré qui a passé une année à m’entraîner, par la suite nous nous sommes rarement revus. L’autre est un chevalier du roi qui m’a guidé pendant dix ans et qui a récemment pris sa retraite pour voyager.

« Bien que le prince héritier ne m’aime pas, il n’a jamais été injuste envers moi. Il m’a même confié des tâches importantes à accomplir. Aussi, la reine a toujours bien pris soin de moi. La petite princesse et moi avons été des camarades de jeu depuis que nous sommes tout petits, et la princesse m’a défendu de nombreuses fois.

« Sans oublier de mentionner qu’il y a mes camarades chevaliers que je connais depuis mon enfance. Ce sont des camarades avec lesquels je suis allé en enfer et en suis revenu… Par contre, je ne connais aucun des Douze Chevaliers Sacrés du Temple Sacré. »

Il sourit amèrement, me regarda et annonça : « E-Est-ce que vous comprenez ce que je veux dire ? Chevalier du Soleil, j-je suis peu familier avec le Dieu de la Lumière, peu familier avec le Temple Sacré, et je ne connais pas les Douze Chevaliers Sacrés. Au contraire, le palais royal est l’endroit auquel j’appartiens vraiment, et les chevaliers royaux sont mes vrais camarades. »

Après l’avoir écouté, je ne pus m’empêcher de froncer les sourcils. Pas étonnant que le vieux Pape voulût le tuer. Un espion qui décidait de rejoindre le camp ennemi était ce qu’il y avait de plus dangereux. S’il confessait tout au prince héritier, ça deviendrait un sacré spectacle à contempler.

Comme je restais silencieux pendant un certain temps, le Chevalier des Enfers recula soudain de quelques pas. Il déclara d’une voix faible : « Je n’ai rien révélé au prince héritier, mais la princesse sait tout. Elle ne dévoilera pas la vérité à moins que j’aie des ennuis. Quel que soit le genre d’ennuis, elle rejettera tout le blâme sur l’Église du Dieu de la Lumière. »

Malédiction ! Je relevai immédiatement la tête et souris sincèrement en affirmant pour l’apaiser : « Je t’en prie, ne t’inquiète pas. Tu dois savoir que je ne suis pas doué à l’épée. Je ne pourrais pas te vaincre même si je t’attaquais, et tu peux clairement voir que je n’ai amené personne avec moi. »

« O-Oh ! Je suis vraiment désolé. »

En entendant cela, le Chevalier des Enfers cessa de reculer. En un éclair, son visage devint rouge. Extrêmement embarrassé, il s’excusa : « Je ne vous ai pas suspecté volontairement, m-mais la princesse a dit que le Temple Sacré pourrait me tuer pour me faire taire… Haha ! Maintenant que j’y pense, comment le Chevalier du Soleil pourrait-il tuer quelqu’un pour le faire taire ? Au moment où j’ai vu que c’était vous qui veniez pour me rencontrer, j’aurais dû comprendre que le Temple Sacré n’avait pas de mauvaises intentions à mon égard. Je suis vraiment désolé. »

Quelle princesse intelligente ! Il semblerait que Son Altesse ne doive pas être sous-estimée. Elle a aussi accentué le fait qu’elle blâmerait l’Église quoi qu’il arrive à Hell. On dirait qu’elle sait que beaucoup « d’accidents » dans le monde peuvent être attribués à des « désastres artificiels ».

« S’il-te-plaît, accorde-moi un peu de temps pour réfléchir à une solution à ce problème. » Je continuai avec une sincérité absolue : « Et ne parle point de ce sujet à nouveau. Si cela atteint les oreilles du prince héritier, il y aura une confrontation entre l’Église et la famille royale. Comme tu sers à la fois l’Église et la famille royale, je crois que tu ne souhaiterais guère voir une telle chose survenir, n’est-ce pas ? »

Le Chevalier des Enfers hocha la tête et répondit : « En effet. Le temps que nous avons passé ensemble était court, mais mon maître Chevalier Sacré m’a très bien traité aussi. Bien que j’aie décidé de jurer ma loyauté à la famille royale, je ne ferais rien qui puisse compromettre l’Église. »

J’acquiesçai. Je croyais ce qu’il disait non seulement parce qu’il donnait sa garantie mais aussi parce que, si ce sujet était rendu public, cela lui ferait beaucoup plus de mal que de bien, comme c’est très difficile pour quelqu’un qui a été un espion de regagner la confiance des autres.

Néanmoins, si je me contentais de « libérer » le Chevalier des Enfers dans la famille royale, ce serait comme enfouir un parchemin magique qui pourrait exploser à tout moment sous le Temple. Le risque était important, vu que l’Église ne saurait jamais quand le prince héritier découvrirait le pot aux roses.

Cependant, si je ne le libérais pas, que pouvais-je faire d’autre ? Il avait déjà révélé ses cartes en disant qu’il ne désirait plus être le Chevalier des Enfers.

Même si je souhaitais l’achever une bonne fois pour toute, il fallait qu’il y ait  une princesse intelligente qui lui serve de bouclier de façon à ce que personne n’ose agir.

Satané vieillard ! Tu as l’audace de me faire réparer tes pots cassés ! Attends un peu pour voir, tôt ou tard, je te le ferai payer !


Après être retourné au Temple et à ma chambre, avoir préparé mon masque pour la peau afin de l’appliquer, je n’arrivais toujours pas à trouver un moyen de résoudre ce problème. Je m’allongeai sur mon lit pour appliquer mon masque tout en continuant à chercher une solution…

Toc toc toc !

« … j’avais presque oublié la malédiction qui me frappe chaque fois que j’applique mon masque. »

Je me redressai et haussai la voix en disant : « Puis-je être assez audacieux pour demander quel est le frère chevalier sacré qui, sous le gentil murmure du Dieu de la Lumière, est venu pour discuter avec Sun de la bienveillance du Dieu de la Lumière ? »

La voix grave de Judgment retentit de l’autre côté de la porte. Il dit : « C’est moi. »

« Oh, alors entre directement. » Je me recouchai paresseusement sur mon lit. S’il s’agissait de Judgment, cela ne posait aucun problème parce que ce dernier avait déjà été choqué plusieurs fois par mon masque facial.

Au moment où il entra et me vit, il se figea.

Je lui jetai un regard et demandai : « Le rose est beaucoup mieux que le vert, n’est-ce pas ? »

Les sourcils de Judgment se froncèrent tandis qu’il scrutait mon visage. Finalement, il me donna son opinion : « Le vert peut être choquant à voir au début, mais après l’avoir regardé un long moment, le rose a l’air plus écœurant. »

« J’ai compris maintenant. La prochaine fois, j’appliquerai le masque pour avoir la moitié de mon visage verte et l’autre rose. Ainsi, tu seras d’abord choqué, et ensuite dégoûté. »

Judgment rigola et secoua la tête. « Comment peux-tu toujours avoir le temps d’appliquer un masque facial ? Tu devrais avoir plus que quelques problèmes à résoudre », affirma-t-il.

Je plaçai mes mains serrées derrière ma tête et questionnai paresseusement : « Que veux-tu dire ? »

Logiquement, le seul problème que j’avais dont Judgment devait avoir connaissance était celui concernant Adair, à moins que le Pape lui ait déjà parlé du Chevalier des Enfers. Mais, d’après ma compréhension du vieux Pape, il n’était pas un travailleur si assidu. Il ne dirait pas quelque chose deux fois, surtout à Judgment qui n’était pas habitué à gérer ce genre de problèmes, puisqu’il était inutile de le faire.

« Des membres du Monastère du Dieu de la Guerre sont là. Quel que soit leur objectif principal, c’est définitivement relié à l’extension de leur aire d’influence et à l’accroissement du nombre de leurs croyants. »

Judgment me regarda mais déplaça immédiatement son regard. Je songeai que c’était parce que le masque facial rose était réellement trop dégoûtant.

Il me rappela : « Et c’est ta responsabilité d’attirer les fidèles. »

« Je sais cela. J’étais sur le point de considérer le problème de rassembler les fidèles en appliquant le masque. »

« Je pense que tu étais simplement sur le point de t’endormir », conclut tout bonnement Judgment.

Judgment est vraiment celui qui me connaît le mieux…

« Très bien, dans ce cas, pour m’empêcher de m’endormir, tu vas m’aider à chercher une solution ! »

Judgment secoua la tête et sortit un petit sac de toile blanche avec le symbole doré du Chevalier du Soleil brodé dessus. « Je n’ai pas le temps de faire ça ! » déclara-t-il. « J’ai encore des criminels à interroger, et je suis seulement venu pour te donner les chocolats à la myrtille d’Ice. Il a dit que si tu emportais ça avec toi, tu ne devrais plus être affamé. »

Cher Ice ! Tu ferais une femme et une mère merveilleuse. Si tu étais une femme, je t’épouserais définitivement !

Je m’assis, pris le petit sac, l’ouvris et reniflai le contenu. Quel parfum !

Après avoir senti les chocolats, je levai la tête uniquement pour voir que Judgment était réellement en train de partir. Je lâchai précipitamment un flot de d’informations. « Le Monastère du Dieu de la Guerre a essayé de tuer Adair. Non seulement le Fils du Dieu de la Guerre a personnellement sollicité un duel, il s’est même servi de moi pour le menacer. Si Adair refusait de faire un duel avec lui, il serait venu me défier. » Je m’arrêtai un instant avant de continuer : « Même si l’issue du duel était claire, le Fils du Dieu de la Guerre a continué d’essayer de tuer Adair. Il est allé au point d’empêcher la Section du Chevalier du Soleil d’aider mon vice-capitaine. À la fin, Adair a à la place été sauvé par un chevalier du roi, Elijah. Que peux-tu déduire de ces informations ? »

Bien sûr, en entendant cela, Judgment s’arrêta et y réfléchit en silence. C’est probablement une déformation professionnelle après de longues années à interroger des criminels, n’est-ce pas ? Quand il entend quelque chose de suspicieux, il cherche par réflexe la vérité cachée.

Voyant cela, je jetai quelques morceaux de chocolat dans ma bouche et me recouchai sur le lit. J’ai les chocolats à la myrtille d’Ice à manger, un lit pour m’étendre, et une personne pour m’aider à chercher une solution à mes problèmes. La vie pourrait-elle être encore plus belle ?

Judgment ouvrit la bouche lentement et commença : « Je pense qu’il y a une possibilité que… Sun, réveille-toi ! »

« Continue… »

Je me retournai dans mon lit, mais entendis vaguement une voix basse grogner « Grisia du Soleil » en détachant chaque syllabe. Ça sonne comme la voix extrêmement basse que Judgment n’utilise que quand il est fâché… J’ouvris hâtivement mes yeux et au moment où je les ouvris, je vis que le visage de Judgment était aussi sombre qu’un gouffre sans fin. Choqué, je bondis immédiatement et m’écriai : « Je suis réveillé ! Je suis vraiment réveillé ! »

Judgment me fixa, soupçonneux. Je m’assis vite droit sur le lit comme un bon étudiant, prêtant sérieusement attention.

Seulement alors, il fut disposé à continuer. Il dit : « Je pense que la raison pour laquelle ils voulaient tuer Adair a quelque chose à voir avec le fait que tu aies appris Résurrection. »

« Résurrection ? » J’en étais abasourdi pour un moment. Je laissai échapper : « Comment ont-ils pu découvrir cela ? »

« Bien que le fait que tu aies appris Résurrection n’ait pas été annoncé, l’Église du Dieu de la Lumière et le Monastère du Dieu de la Guerre ne sont pas très éloignés géographiquement. Les relations entre les deux religions ne sont pas très bonnes, alors ce n’est nullement étrange que les deux aient implanté quelques espions dans le camp de l’autre pour pêcher des informations. »

En entendant cela, j’hochai la tête pour montrer que j’avais compris. N’avions-nous pas aussi implanté un espion, Hell, dans la famille royale ? Si même la famille royale était espionnée, il n’y avait pas de raison d’épargner notre plus grand rival, le Monastère du Dieu de la Guerre. Puisque l’Église du Dieu de la Lumière, qui prône la bienveillance, a des espions partout, le Monastère du Dieu de la Guerre en a probablement implantés encore plus.

« Je pense qu’ils voulaient probablement tuer Adair pour confirmer si tu avais réellement appris Résurrection. » Judgment me fixa du regard et ajouta : « Même si tu as dit l’avoir appris, personne ne t’a vu l’exécuter pour l’instant. »

Il s’arrêta un instant avant d’ajouter avec une touche de regret : « Si tu l’avais appris plus tôt, tu aurais pu l’utiliser sur ton ami d’enfance, Roland. »

En entendant cela, je me figeai un moment et répondis alors par réflexe : « C’est impossible ! Résurrection a beaucoup de limites. L’une d’entre elle est que le sort doit être effectué moins de huit heures après la mort. Si c’est utilisé sur un corps qui est mort depuis plus de huit heures, il y aura de terribles conséquences. »

« Quel genre de terribles conséquences ? »

Je tombai silencieux quelques temps avant de révéler : « Après la réanimation… Non ! Ce genre de résultat ne peut même pas être appelé réanimation. Dans tous les cas, le corps de la personne c-continuera à pourrir comme un cadavre, mais restera “vivant”. Seulement quand le corps entier se sera décomposé ou quand la tête sera coupée, la personne mourra. »

En entendant cela, Judgment lâcha, alarmé : « Alors, ne serait-ce pas comme une créature des ténèbres ? »

Je restai silencieux jusqu’à ce que j’eusse vu Judgment se calmer graduellement. J’expliquai alors lentement : « Oui, la Résurrection et la création de créatures des ténèbres sont assez similaires dans bien des aspects, assez pour qu’elles puissent être considérées comme étant le même type de magie. Aussi, un nécromancien préservera le cadavre pour éviter une décomposition plus avancée, et contrôlera l’esprit du cadavre afin qu’il soit obéissant. »

« Est-ce que cela veut dire que tous les nécromanciens savent comment utiliser la Résurrection ? » Judgment fronça des sourcils.

« Non. » Je secouai la tête et précisai : « C’est facile de transformer un cadavre en une poupée obéissante, mais difficile de vraiment le faire revivre. Réaliser le sort huit heures après la mort est la condition la plus simple. Ceci mis à part, une très forte capacité à utiliser l’élément sacré est requise. Ce point seul rend impossible pour un nécromancien de le jeter.

« Il y a aussi la probabilité d’échouer ainsi que le prix de la réanimation. En conclusion, je peux seulement te dire que tu ferais mieux de ne pas me forcer à utiliser la Résurrection sur toi. C’est parce que je ne peux pas garantir qu’il ne te manquera pas une partie du corps après que tu sois ressuscité, ou pire… »

L’expression de Judgment changea et il grogna : « Pire ? Vais-je me transformer en créature morte-vivante ? »

Je répondis honnêtement : « Ça n’arrivera pas, tu ne deviendras pas une de ces créatures si tu es ressuscité moins de huit heure après la mort. Néanmoins, au lieu de perdre quelque chose, tu risquerais de gagner quelque chose. Par exemple, tu pourrais voir pousser une paire de cornes sur ta tête, une queue dans ton dos ou une poitrine volumineuse bien que tu sois un homme. Une femme pourrait gagner un… »

« Assez ! » Judgment prit une profonde inspiration et secoua la tête. Il dit : « Cette Résurrection semble être assez imprévisible. »

J’hochai la tête et ajoutai : « Évidemment. Si ressusciter était facile, qui ne serait pas d’accord pour mourir ? Aussi, tout le monde dit que le Pape ne sait pas se servir de Résurrection, mais ce n’est pas qu’il ne peut pas le faire, c’est juste que la probabilité d’une résurrection complète est très basse. Elle est si basse qu’il n’ose pas du tout lancer le sort, parce qu’il pourrait y avoir des effets secondaires… »

« Résurrection complète ? » demanda Judgment.

« C’est une résurrection sans aucun effet secondaire. » Je soupirai et continuai : « La probabilité que je réalise une résurrection complète est approximativement d’une sur quatre. C’est assez pour rendre le vieux Pape extrêmement jaloux. Il a dit que c’est la probabilité la plus importante pour la résurrection complète que quelqu’un ait obtenu durant les cinq cents dernières années. »

Judgment hocha la tête pour montrer sa compréhension et continua ses déductions : « Le Monastère du Dieu de la Guerre a peur que, une fois que tu auras maitrisé Résurrection, les dirigeants de chaque pays changent la religion de leur pays et vénèrent le Dieu de la Lumière. C’est parce que, grâce à ton sort Résurrection, ils n’auraient plus à craindre la mort. »

Je secouai la tête et le détrompai : « Dans ce cas, ils se méprennent. La Résurrection n’a absolument aucun effet sur ceux qui sont morts de vieillesse ou de maladie. Ceux qui sont morts de vieillesse mourront à nouveau immédiatement, comme ils ont déjà atteint l’heure de leur mort. Pareil pour ceux qui sont morts de maladie. Même s’ils sont ressuscités, leur maladie ne sera pas guérie, et ils mourront à nouveau. Ceux qui ont peur d’être tués ou de mourir de maladie devraient engager quelques chevaliers doués, des prêtres et des guérisseurs, car se protéger soi-même offre plus d’espoir que la résurrection. »

« Tu as raison », acquiesça Judgment, mais il me rappela ensuite : « Cependant, si même pour moi, les nombreuses limitations de Résurrections sont nébuleuses, alors que dire du Monastère du Dieu de la Guerre ? »

En entendant cela, je me tus. Au moins, l’un des mystères était résolu maintenant. La raison pour laquelle le Monastère du Dieu de la Guerre avait essayé de tuer Adair était pour confirmer si j’avais réellement maîtrisé la Résurrection. J’avais l’impression que, en comprenant la vérité sur ce sujet, au lieu de résoudre mon problème, j’avais maintenant un problème supplémentaire à résoudre.

Comment puis-je laisser tout le monde savoir que la Résurrection n’est pas aussi utile qu’elle le paraît ? Sinon, chaque fois qu’une personne influente va mourir et que tous vont affluer vers moi pour la ressusciter, que va-t-il advenir de mes jours paisibles ?

Judgment poursuivit : « Quant au sauvetage d’Adair par Elijah, la réputation de ce dernier n’est pas mauvaise, donc il a probablement agi avec la justice à l’esprit. »

« Tu connais Elijah ? », demandai-je curieux. Pourquoi tant de gens connaissent-ils cette personne ? Est-il vraiment si célèbre ?

Judgment acquiesça. « Elijah n’a pas une bonne réputation uniquement parmi les chevaliers royaux », dit-il. « Il a des amis partout, y compris de nombreux chevaliers sacrés. Je ne le connais pas en personne, mais certains membres de ma Section du Chevalier du Jugement le connaissent personnellement. Néanmoins… » Il s’arrêta soudainement de parler pour me fixer un moment avant de continuer : « En parlant de ça, ta Section du Chevalier du Soleil semble très proche d’Elijah. Alors, qu’il agisse pour sauver Adair n’est pas un fait étrange pour lui. »

« Pourquoi ma Section du Chevalier du Soleil est-elle si proche d’un chevalier du roi !? » m’exclamai-je, un peu insatisfait. Bien que le prince héritier, le vrai chef de la famille royale, et moi, leur chef, soyons en conflit, ils en sont arrivés à devenir de bons amis avec son vassal.

Judgment ouvrit lentement la bouche et répondit à ma question par une autre question : « Ne devrais-je pas être celui qui te le demande, capitaine de la Section du Chevalier du Soleil ? »

J’en fus abasourdi et pus seulement répondre rapidement : « Laisse-moi aller demander à Adair– »

Judgment me coupa immédiatement et me blâma, en affirmant : « Adair t’est très obéissant, et s’est reposé durant tout ce temps. Puisque c’est ainsi, alors toi, le capitaine, tu devrais au moins supporter les responsabilités qui étaient tiennes à l’origine pendant qu’il se repose ! »

Tch ! Je me suis fait réprimander par Judgment. C’est totalement la faute de… du Monastère du Dieu de la Guerre.

Un peu fâché, je promis : « D’accord, d’accord ! Je vais demander à quelqu’un d’autre à présent. »

Immédiatement après avoir  dit cela, je bondis hors du lit, arrangeai mes vêtements et étais sur le point de pousser la porte pour partir…

« Sun ! »

Contrarié, je me tournai et protestai : « Quoi ? J’ai déjà dit que je n’irais pas questionner Adair. »

« Tu ne t’es pas lavé le visage… »


Autrefois, je possédais un vice-capitaine omnipotent, mais ne savais pas le chérir. Seulement après l’avoir perdu, ai-je découvert à quel point il était précieux… Sans Adair, je n’arrivais même pas trouver ma propre Section du Chevalier du Soleil !

Avec beaucoup de difficultés, j’appris de Storm qu’ils devaient se trouver à la Taverne du Bourgeon. Je m’y précipitai sur-le-champ, fâché.

Ces idiots ! Ne les ai-je pas prévenu d’éviter de quitter le Temple Sacré autant que possible ? Chacun d’entre eux a fait la sourde oreille. Il semblerait que ça fasse trop longtemps depuis la dernière fois où j’ai jeté quelqu’un du haut d’une falaise !

Peu de temps après, j’avais réussi à rassembler tous les membres de la Section du Chevalier du Soleil dans la rue. Chacun d’entre eux portait des vêtements ordinaires et flânait dans les rues paresseusement. Au moment où ils me voyaient, ils me souriaient même et agitaient la main dans ma direction !

Je souris, levai mon index et pointai l’allée sur le côté, avant de marcher dans celle-ci. Naturellement, la Section du Chevalier du Soleil me suivit.

« Capitaine ! Allons-nous nous liguer contre quelqu’un ? » demanda Ed, excité.

J’ignorai Ed et souris en m’adressant à tout le peloton : « Sun se rappelle avoir prévenu ses frères ici présents de ne pas quitter le Temple Sacré pour le moment, non ? »

Puisque vous avez osé ignorer mon conseil, je pense que vous avez tous oublié la raison pour laquelle vous avez sauté du haut d’une falaise pour commencer !

La Section du Chevalier du Soleil méritait réellement d’être mon peloton, vu qu’ils avaient immédiatement senti le danger de mon sourire anormalement large. La couleur se retira de leur visage et en un instant, les badauds paresseux se transformèrent en chevaliers fiables, se tenant au garde-à-vous.

Je cessai de sourire et fixai froidement Ed, qui se tenait le plus proche de moi. Ed balbutia alors qu’il expliquait : « Ca-Capitaine, n-nous portons des vêtements ordinaires, p-pas l’uniforme de la Section du Chevalier du Soleil … »

« Et donc, plus de vingt personnes sortent ensemble en groupe ? » m’enquis-je avec un autre sourire. « À présent, je comprends. Je n’ai en effet pas besoin de m’inquiéter, comme tous les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre savent seulement comment se battre et n’ont probablement pas d’yeux, donc ils ne peuvent pas vous reconnaître du tout ! »

Ed éclaircit précipitamment : « Capitaine, n-nous vous avons écouté. C’est la première fois depuis quelques jours que nous quittons le Temple Sacré. Nous avons invité Elijah à la taverne avec l’intention de lui payer un verre pour le remercier d’avoir sauvé Adair. »

« C’était donc pour cela ! » déclarai-je avec un signe de la tête. Quand j’aperçus tous les membres de la Section du Chevalier du Soleil exprimer un visible soupir de soulagement, j’attrapai Ed par le col et questionnai : « Ça me rappelle un autre sujet. J’ai ouï dire que vous étiez déjà assez proche d’Elijah ? Par le passé, le chaos créé par ce gros porc de roi m’a donné la migraine, et maintenant le prince héritier la rend cinq fois pire ! Et pendant ce temps, vous prenez du bon temps ! Vous avez osé vous lier d’amitié avec les subordonnés de l’ennemi dans mon dos ! »

« Nous ne nous sommes pas secrètement lié d’amitié avec l’ennemi, Capitaine ! » protesta Ed, quasiment en larmes. « Nous connaissons Elijah, parce qu’on s’en est pris à lui une fois. »

« Pourquoi vous en êtes-vous pris à lui sans raison ? »

Je ne leur avais jamais demandé de faire cela. Je n’avais même jamais entendu le nom d’Elijah auparavant, donc c’était impossible pour moi d’ordonner à la Section du Chevalier du Soleil de s’en prendre à lui.

« C-C ‘est parce que nous avons tabassé la mauvaise personne… Et nous nous sommes rendus compte que nous nous étions trompé de personne seulement après l’avoir passé au tabac, d-donc nous l’avons vite aidé à guérir ses blessures et nous nous sommes excusés en lui payant un verre. »

C’est ce qu’on appelle « Un conflit entraîne l’amitié » ? Mais, cela se réfère habituellement à deux personnes se battant l’une contre l’autre, pas à un groupe qui attaque une seule personne, n’est-ce pas ?

Je restai muet pendant un certain temps. Je les réprimandai alors : « Vous avez même attaqué la mauvaise personne ! Je ne comprends réellement pas comment vous avez été choisis pour rejoindre la Section du Chevalier du Soleil ! »

Ed répliqua doucement : « Capitaine, c’était la première fois que nous agissions ainsi ! Il y a toujours un risque d’échec, pas vrai ? »

« Si la personne que vous aviez frappée par erreur était moi, alors vous pourriez vous détendre car ce serait la seule et unique fois que vous auriez commis une erreur ! » le sermonnai-je froidement.

Ed sourit instantanément et assura : « Capitaine, comment aurions-nous pu possiblement vous attaquer par erreur ? Vous êtes une personne si remarquable que même les dieux vous envient et qu’un millier de rayons de lumières dorées de bon augure vous entourent… »

« Vous possédez des lèvres roses et prometteuses ainsi que des dents d’une blancheur immaculée… », renchérit un autre membre de la section.

« Votre peau est blanche comme le lait… »

« Même en ne faisant que tourner la tête et sourire, vous parvenez à charmer une centaine de personnes ! » s’exclama un quatrième.

« Taisez-vous ! » Je roulai des yeux. Quand je serai rentré, je devrais demander à Adair d’améliorer le langage des membres de mon peloton. Non, mais écoutez-les, qu’est-ce que c’est que ces adjectifs qu’ils utilisent ? Bande de crétins !

« Capitaine… » Ed examina mon expression très prudemment. Il demanda, d’une voix aussi délicate qu’un insecte : « Peut-on aller voir Elijah maintenant ? L’heure de la rencontre est déjà dépassée… »

J’y réfléchis un instant. Jusqu’à présent, toutes les informations que j’avais obtenues semblaient indiquer qu’Elijah avait probablement sauvé Adair en toute sincérité et qu’il n’était engagé dans aucune conspiration. Puisque c’était ainsi, alors moi, en tant que capitaine, je me devais aussi d’exprimer ma gratitude envers lui.

Après tout, si Adair avait vraiment été tué, me forçant à employer la Résurrection sur lui, qui sait s’il n’aurait pas manqué des morceaux au Adair ressuscité, ou pire, s’il n’aurait pas gagné un quelque chose en plus.

Qu’importe s’il avait une corne ou une queue en plus : ça le rendrait encore plus classe ! Néanmoins, si sa poitrine grossissait, alors je n’aurais plus eu de vice-capitaine… Peu importe à quel point Adair était capable, s’il courait vers moi avec une poitrine qui rebondissait, je le jetterais du haut d’une falaise sans la moindre hésitation !

Après avoir imaginé Adair avec une grosse poitrine, j’éprouvai le sentiment que je devrais m’agenouiller pour vénérer Elijah. Je dis précipitamment aux membres de la section : « Si l’heure du rendez-vous est déjà passée, pourquoi ne partez-vous pas ? Ne faites pas attendre les gens. »


Je suivis la Section du Chevalier du Soleil jusqu’à la taverne du Bourgeon. Les tavernes ne m’étaient pas familières. Après tout, j’étais le Chevalier du Soleil bien connu pour s’évanouir au bout de trois verres, donc je ne pouvais pas me rendre dans une taverne pour boire. C’était seulement quand je cherchais des gens (afin d’obtenir des informations, je n’avais pas eu d’autre choix que de courir dans toute la cité en cherchant Storm ; à la fin, je l’avais retrouvé ivre mort dans une taverne. Il s’était seulement réveillé après que je lui aie mis plus de dix baffes. C’était aussi la septième fois que je l’énervais) et quand je passais dans le coin (en me battant avec des créatures des ténèbres dans la rue, j’avais été envoyé valser et m’étais écrasé dans une taverne), que je mettais les pieds dans une taverne.

Étant le capitaine, j’entrai le premier. Au début, les personnes dans la taverne ne me remarquèrent pas. Mais, étant curieux, ils se tournèrent un à un pour jeter un coup d’œil. Au moment où ils tournaient la tête, leurs yeux se fixaient sur moi.

J’observai autour de moi l’intérieur de la taverne et me rendis compte qu’il y avait plus que quelques clients. L’environnement n’était ni trop sale ni trop désordonné, mais ça ne pouvait pas être considéré comme étant propre et ordonné. Néanmoins, l’endroit était plutôt grand ; en plus de la salle principale, qui était entourée par de nombreuses chambres, il y avait un étage.

Quand mon regard balaya le comptoir du bar, la vue du dos d’une personne près de celui-ci me rappela quelque chose. Je suis certain d’avoir vu cette personne de dos quelque part auparavant !

De plus, je ne me rappelle pas de ce à quoi cette personne ressemble de face, donc je ne l’ai probablement vue que de dos. Plus étrange encore, pourquoi est-ce que je me rappelle si bien de la vue du dos de cette personne ?

À ce moment-là, quelqu’un hurla soudainement : « Je suis quelqu’un de bien, ne m’arrêtez pas ! »

Après ça, tout le monde commença à crier et à beugler comme s’ils n’avaient jamais rien dit de toute leur vie auparavant.

« Je n’ai pas volé les sous-vêtements de mon voisin M. Fleur, ils ont été emportés par le vent ! »

« Je paye toujours mon addition après avoir pris un verre, je ne me suis jamais enfui sans payer mon repas avant ! »

« Je n’ai jamais vandalisé le mur de l’Église du Dieu de la Lumière auparavant ! »

Ed et les autres membres de la Section du Chevalier du Soleil s’avancèrent précipitamment et expliquèrent : « Que tout le monde se calme. Nous ne sommes pas là pour arrêter des gens, mais pour boire. »

« Vous plaisantez !? Tout le monde sait que le Chevalier du Soleil ne peut pas tenir l’alcool ! »

« C’est vrai ! J’ai entendu dire que son visage devenait rouge à la première coupe, qu’il attrapait la migraine à la deuxième et qu’il s’évanouissait à la troisième. »

« Cette capacité à tenir l’alcool ne correspond pas du tout à un homme… Non ! Je n’ai rien dit ! »

Voyant cela, Ed paniqua et cria : « Le capitaine est juste là pour se joindre à la fête ! »

« Ed », l’appelai-je.

L’expression d’Ed changea immédiatement, et il se reprit précipitamment : « Capitaine, je ne pensais pas ce que je viens de dire, vraiment… »

Si tu n’avais pas ajouté la dernière phrase, j’aurais cru que tu ne pensais pas ce que tu as dit… Je réprimai l’impulsion de rouler des yeux, comme j’étais en ce moment le Chevalier du Soleil éternellement souriant. Je pointai la personne qui me semblait familière de dos, près du comptoir du bar, et proposai : « Invitons ce charmant chevalier à nous rejoindre pour prendre un verre ! »

Ed jeta un coup d’œil dans la direction que je pointais, acquiesça et dit : « Oh, Capitaine, vous connaissez aussi Elijah, alors. »

Comment ? C’était Elijah ?

Avant que j’aie pu réagir, Ed s’avança à côté de cette personne, tapota son épaule et appela effrontément : « Hé ! Nous sommes là, Elijah ! Tu n’attends pas depuis trop longtemps, j’espère ? »

Cette personne lâcha sèchement : « Si justement ! J’ai attendu près d’une demi-heure. Remarque, c’est bien mieux que la dernière fois, où j’ai dû attendre une heure… Ça me fait vraiment me demander qui exprime sa gratitude envers qui. »

« Hahaha ! Ne soit pas si dur ! » Ed lui donna une claque dans le dos et le salua avec enthousiasme : « Viens, laisse-moi te présenter quelqu’un. »

« Qui donc ? » s’enquit-il, un peu curieux.

À ce moment-là, je m’avançai derrière lui. Il sembla réaliser qu’il y avait quelqu’un derrière lui et à l’instant où il se retourna… nos deux sourires se figèrent.

« Voici notre capitaine, le Chevalier du Soleil. » Ed me présenta à lui en souriant joyeusement, et procéda ensuite à me le présenter : « Capitaine, voici Elijah. »

Je pris plusieurs profondes inspirations avant de révéler un parfait sourire étincelant. Je le saluai : « C’est la première fois que nous nous rencontrons. Salutations, Chevalier Elijah. »

Seulement après mon rappel, cette personne récupéra-t-elle du choc. Il répondit rapidement : « B-Bonjour. C’est la première fois que nous nous rencontrons, Chevalier du Soleil. Je suis resté bouche bée par votre élégance pendant un instant. Je suis vraiment désolé. »

Un des sourires était étincelant tandis que l’autre était détendu, mais nous étions probablement les deux seuls à être conscients que l’autre souriait en réalité amèrement… C’était en effet ma première rencontre avec Elijah, mais c’était la deuxième fois que je voyais « le Chevalier des Enfers ».

Elijah était en fait celui qui se mettait en grève : le Chevalier des Enfers.

Mais en y repensant plus attentivement, il y avait toujours quelque chose qui clochait ! J’avais déjà vu le « devant » du Chevalier des Enfers, alors comment pouvais-je être si familier avec son dos au point que je ne parvenais même pas me rappeler à quoi il ressemblait vu de face.

Pardon ? Avez-vous dit que je me suis peut-être mal rappelé ? Cela ne se peut ! Ce n’est pas que je veuille me vanter, mais ma mémoire est si bonne que je peux même me souvenir des cotes des paris d’il y a treize ans. Comment pourrais-je mal me rappeler quelque chose ? Dans le pire des cas, j’oublie seulement des choses inintéressantes comme Storm qui me rappelle qu’il y a une réunion le lendemain. J’ignore pourquoi, mais j’ai tendance à oublier ce genre de choses. Comme c’est bizarre !

Pendant que j’étais rempli de doutes sur moi-même, la serveuse nous avait accueillis et conduits dans une salle privée. Au moment où nous entrâmes, Ed se tourna et dit : « Capitaine, ce qu’il se produit dans cette salle privée est un secret. Même si nous parlons fort, nous n’avons pas à nous inquiéter d’être entendu par des gens à l’extérieur. »

« Secret ? » Mon esprit entier était maintenant empli par « vue de dos », « vue de dos ». Toutefois, au moment où j’entendis le mot « secret », la lumière se fit dans mon esprit.

« C’est vrai ! » Ed rigola effrontément et murmura à mon oreille : « Il y a même un passage secret pour partir en douce. »

Passage secret… Je me rappelle maintenant, je me rappelle vraiment maintenant !

J’avais vu le dos de cette personne dans un passage secret.

Je m’étais précédemment faufilé dans le palais via un passage secret à cause du problème avec Roland, et j’avais par hasard aperçu la princesse embrasser un homme. À cet instant-là, le dos de l’homme me faisait face, donc je n’avais vu que son dos !

Et la personne dont j’avais vu le dos était Elijah… Ainsi, l’homme qui entretenait une liaison secrète avec la princesse était Elijah, et Elijah était le Chevalier des Enfers !

Pas étonnant que la princesse fût aussi protectrice envers le Chevalier des Enfers. Elle protégeait en réalité l’homme qu’elle aimait !

Le Chevalier des Enfers entretenait en réalité une liaison avec la princesse ? Je fronçai des sourcils et méditai pour savoir si c’était une bonne ou une mauvaise nouvelle…

Ahahaha, évidemment que c’est une bonne nouvelle ! Je dois être béni par le Dieu de la Lumière, parce que j’ai maintenant un moyen d’empêcher que le Fils du Dieu de la Guerre épouse la princesse ! Hahaha !

« C-Capitaine ? » héla Ed avec précaution.

J’étais extrêmement de bonne humeur et souris largement en répondant : « Hmm ? Qu’y a-t-il ? »

Ed recula lentement de deux pas. Il déglutit et, évitant ma question, changea de sujet : « La serveuse prend notre commande, alors y a-t-il quoi que ce soit que vous désiriez manger, Capitaine ? »

Je souris et déclarai : « J’aimerais avoir deux assiettes de bœufs et dix bouteilles d’alcool fort ! »

La serveuse acquiesça et partit préparer les plats.

Ed se gratta la tête et demanda : « Capitaine, puisque nous avons tant de personnes réunies, est-ce que deux assiettes de bœufs sont vraiment suffisantes  pour tout le monde ? »

« Héhé, qui a dit que j’allais partager avec vous ? Je vais avoir une bonne discussion ici avec le Chevalier Elijah, le reste d’entre vous va aller à côté pour manger ! »

En entendant cela, Ed et les autres membres de la Section du Chevalier du Soleil furent abasourdis. Elijah eut une expression alarmée.

Je souris et les rassurai : « N’ayez craintes, ma seule intention est de remercier correctement le Chevalier Elijah. » J’ajoutai d’une voix basse à la Section du Chevalier du Soleil : « Dépêchez-vous de déguerpir ! Ou se pourrait-il que vos os vous démangent tellement que vous vouliez sauter du haut d’une falaise pour les casser et ainsi apaiser les démangeaisons ? »

Ed se tourna immédiatement et claqua Elijah dans le dos. Il sourit et dit : « Elijah, aie une bonne discussion avec notre Capitaine ! Nous reviendrons plus tard… »

Puisque nous sommes amis, nous reviendrons pour enterrer ton corps ! Tous les membres de la Section du Chevalier du Soleil arboraient une expression de deuil sur leur visage.

J’observai la Section du Chevalier du Soleil saluer de la main Elijah en partant, avec des « adieu pour toujours », « nous te laissons tomber » et d’autres expressions similaires inscrites sur leur figure. Alors qu’ils quittaient la salle privée, la serveuse entra et plaça dix bouteilles d’alcool fort et deux assiettes de bœuf sur la table. Elle nous fixa un certain temps, Elijah et moi, avant de se décider à partir.

« Chevalier du Soleil… » Elijah m’observa avec précaution.

« Hmm ? » Je souris pendant que j’ouvrais les dix bouteilles d’alcool qui étaient sur la table.

« Vous semblez être de très bonne humeur ? » demanda-t-il un peu méfiant et confus.

Je ris tout haut et m’exclamai : « En effet ! »

Il fronça des sourcils et demanda à nouveau : « Est-ce que ça a quelque chose à voir avec moi ? »

« Évidemment que ça a un rapport. J’ai soudainement trouvé un moyen de résoudre le problème de ton autre identité. » Comme un diable, je murmurai de façon attirante : « Si tu acceptes de faire quelque chose pour moi afin que je puisse répondre au Pape, à partir de maintenant tu ne seras plus le Chevalier des Enfers. »

D’abord, Elijah parut soulagé. Puis, son expression s’assombrit, et il me regarda de façon soupçonneuse. Il dit solennellement : « Je ne trahirai pas la famille royale. »

Je souris et déclarai : « Détends-toi ! Je ne te demanderais jamais de trahir la princesse. En fait, ça vous bénéficierait fortement à tous les deux. » En revanche, tu risques de trahir un petit peu le prince héritier.

Elijah me fixa d’un air méfiant et s’enquit : « Que voulez-vous que je fasse ? »

J’attrapai une bouteille de liqueur et hélai : « Allons ! Laissons le travail pour plus tard. Viens, nous devrions d’abord boire quelques bouteilles d’alcool. Santé ! »

Après avoir fini toute la bouteille d’alcool d’une lampée et essuyé la mousse du coin de mes lèvres, je notai qu’Elijah me fixait, ébahi. Je souris, secouai la bouteille vide et dis : « Ton tour. »

Elijah regarda les neuf bouteilles d’alcool qu’il restait sur la table, et son visage pâlit instantanément.


Approximativement deux heures plus tard, je sentis qu’il était temps et envoyai la serveuse chercher Ed et les autres.

Au moment où ils entrèrent, ils remarquèrent Elijah effondré sur la table, inconscient. Choqué, Ed questionna rapidement : « Qu’est-ce qui est arrivé à Elijah ? Capitaine, vous ne l’avez pas réellement tué pour le faire taire, n’est-ce pas ? »

Je souris et expliquai : « Un telle chose n’est pas arrivée, il est juste ivre. Le Chevalier Elijah tient vraiment bien son alcool ! Il a vidé dix bouteilles d’alcool à lui tout seul. »

« Dix bouteilles ? »

La mâchoire de tout le monde se décrocha. Ed bégaya : « Comment est-ce possible ? C’est de la liqueur “ivre-en-une-bouteille”. On dit que personne ne peut rester sobre après avoir bu une bouteille de ça. Même si c’est Elijah, le maximum qu’il puisse avaler doit être une bouteille et demi… »

Je fronçai des sourcils. Cet alcool était-il si puissant ? Pas étonnant qu’Elijah se soit effondré sur la table avec un sploc et ne se soit pas réveillé.

Telles qu’étaient les choses, je ne pus que jouer la comédie et soupirer. « Parce que nous discutions si joyeusement, il a bu dix bouteilles sans s’en rendre compte. Si je l’avais su plus tôt, je l’aurais arrêté. »

Personne ne semblait convaincu par mon explication. À ce stade, je leur rappelai : « J’ai encore des choses à faire, je dois donc partir d’abord. Souvenez-vous de ramener Elijah chez lui. Ne le laissez pas dormir ici, il va attraper un rhume. »

Ed et les autres hochèrent la tête avec un visage dénué d’expression.

Je partis avec mon dos leur faisant face, comme je ne pouvais résister à la tentation de me lécher les lèvres. Cette liqueur “ivre-en-une-bouteille” était étonnamment bonne. Si je l’avais su plus tôt, je n’aurais pas donné une bouteille et demie à Elijah. Tch tch ! Puisque j’allais demander à Roland de faire quelques commissions pour moi, je pourrais en profiter pour l’emmener ici et continuer à boire en tant que Suprême Dragon.

La Légende du Chevalier du Soleil T2C4 : Prends Soin des Membres de la Section du Chevalier du Soleil

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 2 : Les Tâches Quotidiennes d’un Chevalier

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Chapter 4: Take Care of The Members of Sun Knight Platoon – traduit du chinois à l’anglais par Raylight[PR!]
Chapitre 4 : Prends Soin des Membres de la Section du Chevalier du Soleil – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par LuluHime

 

Le design et les matériaux des vêtements n’intéressaient aucunement Roland. Sans la couturière qui avait vu à quel point il était beau et l’avait obstinément ligoté pour prendre ses mesures tout en discutant toute seule du design, je pense qu’il se serait contenté des mots « Trois tenues de guerrier. Voici le paiement » pour ensuite disparaître sans laisser de trace.

Cependant, ce que je n’avais pas prévu était que même l’armurerie n’avait pas du tout éveillé l’intérêt de Roland. Il ne fit que piocher une épée de métal sans s’y intéresser. Mais en y repensant, en plus d’émettre une aura de ténèbres, l’épée magique de Roland était également à un niveau de tranchant rarement vu. Avec cela, comment aurait-il pu montrer de l’intérêt pour une épée qui pouvait être achetée dans une armurerie ordinaire ?

En fin de compte, la boutique de desserts engloutit la majorité de notre temps. Rien que les sucettes achetées par Rose occupaient deux gros sacs, et les sucettes à la fraise remplissaient la moitié de l’un d’entre eux. Finalement, attendre que le gâteau sablé à la fraise soit presque cuit et sorte tout chaud du four ne nous laissa pas suffisamment de temps pour aller à la boutique de poupées.

Avant que nous ne rentrions au petit cottage, Rose commença à geindre comme une enfant gâtée. « La boutique de poupées, allons à la boutique de poupées ! Juste un petit moment suffira. »

Mécontent, je dis : « Nous irons la prochaine fois ! Le temps limite de ma transformation est presque écoulé et si cela continue, je vais être vidé de mon sang par la Brigandine Sainte du Dragon. »

« Qui a dit que tu vas mourir ? Tu as survécu la dernière fois après avoir autant saigné. Tu es plus difficile à tuer qu’une créature mort-vivante… »

Après avoir regardé Rose en roulant des yeux, je ne lui prêtai plus attention. Je changeai d’interlocuteur et m’adressai à Roland : « Nous n’avons pas eu suffisamment de temps aujourd’hui, la prochaine fois je t’emmènerai dans des endroits plus intéressants. »

Roland secoua la tête. « Pouvoir sortir est déjà pas mal. »

Je ne sais pas si nous accompagnions Roland ou Rose aujourd’hui… On dirait que, la prochaine fois, je devrais penser convenablement à quel endroit emmener Roland, de peur qu’il ne s’ennuie.

Après avoir dit au revoir à ces deux-là, je maintins mon sourire de Chevalier du Soleil tandis que je marchais. Comme attendu, j’étais le centre de l’attention peu importe où j’allais, même s’il s’agissait d’une rue qui était considérée comme extrêmement déserte dans la ville. Cependant, les regards que tout le monde me lançait semblaient être un peu étranges. Se pourrait-il que mes vêtements soient en désordre d’une manière ou d’une autre ? Je baissai le regard rapidement et vis un justaucorps noir et une armure en argent… j’avais oublié de terminer la transformation !

Ce n’était pas étonnant que tout le monde me fixât du regard. Avec ce genre d’accoutrement, peu importe où vous irez, vous serez perçus comme une personne suspecte. À quoi pensait le créateur quand il a conçu ce costume ? Si un assassin s’habillait comme ça, pourrait-il vraiment conduire un assassinat ? Cette tenue est encore plus tape-à-l’œil que mon armure scintillante de Chevalier du Soleil !

Mon seigneur, votre serviteur est une tenue faite pour des déplacements nocturnes. Bien qu’elle attire énormément l’attention pendant la journée, elle a un excellent effet de camouflage durant la nuit. 

Je restai stupéfait un moment, mais je me rappelai peu après que c’était la Brigandine Sainte du Dragon qui parlait. Je me réconfortai en murmurant : « Ce n’est pas que ma mémoire soit mauvaise ; personne ne s’habituerait à ce que leurs propres vêtements parlent, n’est-ce pas ? Brigandine Sainte du Dragon, s’il n’y a rien d’extrêmement important, s’il-te-plaît ne parle pas. Tu m’as fait sursauter. »

Oui, mon seigneur. Votre serviteur n’osera point agir à sa guise dorénavant.

Pourquoi cela donne-t-il l’impression que je suis en train de maltraiter la Brigandine Sainte du Dragon… ? Mettons cette question de côté une minute. Premièrement, j’avais besoin de trouver un endroit où résilier la transformation. Je risquais de subir une perte massive de sang si je ne le faisais pas.

Je jetai des coups d’œil de tous côtés, cherchant un endroit où me retransformer. Au lieu de cela, je vis au loin la Section du Chevalier du Soleil se diriger dans ma direction. Je plongeai alors précipitamment dans une allée faiblement éclairée. J’attendis jusqu’à ce qu’ils m’aient largement dépassé et qu’ils soient entrés dans une taverne, puis je sortis de l’allée faiblement éclairée et penchai la tête pour regarder vers l’immeuble.

« Un bon Capitaine ne devrait pas enquêter sur les affaires privées de ses subordonnés… Mais de toute façon, quand ai-je une seule fois été un bon Capitaine ? »

Après avoir raisonné que je n’étais définitivement pas un bon Capitaine, je trouvai un endroit où il n’y avait personne aux alentours, escaladai rapidement le mur jusqu’au toit de la taverne, puis commençai à chercher les membres de mon peloton. Sans dépenser beaucoup d’énergie, je les trouvai dans la salle privée de la taverne. Heureusement, cette dernière était construite en bois, et le bruit créé par les clients dehors était étouffé. Cela me permit d’utiliser ma dague pour couper un petit trou rectangulaire dans le toit sans trop d’effort et de m’en servir pour les espionner.

Je posai mon œil contre l’ouverture et, comme je m’y attendais, je vis les vingt-cinq membres de ma section assis à une longue table. Mon vice-capitaine, Adair, était même assis à la place de l’hôte, et sur la table se trouvait un assez grand festin.

Diantre, ça sent vraiment bon !

« Que devrions-nous faire Adair ? Nous n’arrivons pas à trouver l’opportunité d’accomplir le plan et d’attaquer ! »

Attaquer ? Qui vont-ils attaquer ? Je fronçai les sourcils.

« Devrions-nous en rendre compte au Capitaine ? Il se peut que celui-ci ne soit pas au courant de cette affaire… »

Adair secoua sa tête, répondant : « Hors de question. Puisque le Capitaine nous a déjà confié cette tâche, alors, quoi qu’il arrive, nous devons quand même l’exécuter par nous-mêmes. Messieurs, ne me dites pas que vous avez déjà oublié quel était la première chose que le Capitaine nous aie enseignée ? »

Un par un, les membres se regardèrent avec un sourire amer, puis ils répliquèrent à l’unisson : « Si je vous dis de sauter du haut d’une falaise, vous devez sauter. Autrement, je vous ferai tomber, puis je pousserai un énorme rocher pour vous accompagner ! »

Après qu’ils eurent terminé, les membres de la section rigolèrent au point de ressembler à des hystériques. L’un d’entre eux donna un coup de coude au camarade à ses côtés, riant tandis qu’il demandait : « Ed, qu’est-ce que ça fait d’être poussé d’une falaise puis d’être suivi par un rocher géant ? »

Le dénommé Ed eut un sourire amer. Avec un soupir, il répondit : « Dire qu’au premier abord, peu importe de qui il s’agit, le Capitaine leur offrira un sourire si radieux. Il a l’air d’avoir un tempérament si bon que même si vous lui marchiez sur la tête deux fois, il ne s’énerverait pas. Mais la vérité c’est que si vous n’êtes pas suffisamment humble pour le laisser vous marcher sur la tête à deux reprises, alors vous êtes un homme mort ! »

« Bien dit ! » Les autres applaudirent bruyamment.

Quelle flopée d’inepties ; je n’ai aucune envie de piétiner la tête des autres ! La personne qui a parlé s’appelait Ed, n’est-ce pas ? Tu ferais mieux d’être prudent, je me souviendrai de toi !

À ce moment-là, Adair déclara hâtivement : « Ne dites pas ça comme ça. Le Capitaine est quand même assez gentil ; c’est seulement qu’il est plus strict envers nous, la Section du Chevalier du Soleil… »

Tous les membres du peloton tournèrent simultanément leurs têtes pour le regarder.

Adair révéla une expression d’impuissance, et il ajouta : « Et aussi plus strict avec ceux qui l’ont provoqué… »

Tout le monde leva un sourcil en même temps, comme s’ils demandaient à Adair comment il pouvait mentir comme un arracheur de dents sans même changer son expression.

Adair ne put s’empêcher d’admettre : « Très bien, il est aussi plus strict envers ceux qui pourraient potentiellement le provoquer dans le futur… Mais quoi que vous en disiez, vous ne pouvez réfuter le fait que le Capitaine soit loyal ! »

« C’est en effet vrai. » Ils hochèrent tous la tête.

Héhé, vous aviez intérêt à hocher la tête, sinon… Pffff ! Que vous osiez en fait dire du mal derrière mon dos ? Chacun d’entre vous ferait mieux d’être prudent, je m’en souviendrai !

Un des membres éternua, puis il regarda à gauche et à droite avec suspicion. « Pourquoi est-ce qu’il fait un peu froid tout à coup ? »

« Je trouve aussi. Fermons les fenêtres. »

Ed frappa du poing contre la table et affirma avec dédain : « Cet enfoiré de Jacques n’a même pas osé accepter la demande en duel d’Adair. Et il prétend être un chevalier de haut rang ! »

Jacques ? Je fronçai les sourcils. Qui est-ce ? Se pourrait-il qu’il soit l’ennemi d’Adair, alors celui-ci voulait laisser la Section du Chevalier du Soleil l’aider à obtenir sa revanche sous le couvert de mon nom ? 

« Toutefois, Adair, es-tu certain que le Capitaine sait que ce Jacques a trouvé des fidèles du Monastère du Dieu de la Guerre pour être ses gardes ? »

Le Monastère du Dieu de la Guerre ? Je fus momentanément abasourdi. Cela ne se peut. Les membres de ma Section du Chevalier de la Lumière ont en fait provoqué le Monastère du Dieu de la Guerre dont la capitale est dans le pays voisin ? C’est un peu trop exagéré.

Adair répondit un petit peu désespérément : « Je ne suis pas sûr que le Capitaine soit au courant de cela. Mais, dans l’éventualité où il en a véritablement déjà connaissance et qu’il nous en a quand même donné l’ordre, que nous échouions à accomplir ses ordres, et que nous allions même le déranger avec cette affaire… »

Attendez, attendez, qu’est-ce que cela a à voir avec moi ? Je ne connais aucun type nommé Jacques et je n’ai définitivement donné aucun ordre qui pourrait tendre les relations entre nous et le Monastère du Dieu de la Guerre.

Ed enroula soudainement ses bras autour de sa tête et cria : « Ah ! Alors, je préfère me battre à mort contre ces types du Monastère du Dieu de la Guerre, afin d’empêcher de me faire pousser du haut d’une falaise par le Capitaine puis d’être accompagné par un énorme rocher. »

Entendant cela, tout le monde se mit à rigoler. Ils commencèrent même à se rebeller et à débiter des âneries telles que « en découdre avec eux », « les renvoyer chez eux dans des sacs mortuaires » et… Attendez, attendez ! Si j’en répète davantage, même le Dieu de la Lumière enverra la foudre s’abattre sur moi afin de m’empêcher de prononcer un mot qui pourrait souiller les âmes innocentes des petits enfants.

Un des membres du peloton était un petit peu inquiet. « Mais, si le Capitaine n’est vraiment pas au courant que cette affaire est liée au Monastère du Dieu de la Guerre, alors agir imprudemment n’est pas vraiment bon, non ? » dit-il. « Bien que nous ayons affronté pas mal d’ennemis, cela a toujours été fait sous la direction du Capitaine. Si ce dernier n’a aucune intention de provoquer le Monastère du Dieu de la Guerre, alors… »

« Alors nous serons tous tués par lui », répliqua Ed, son ton sonnant comme s’il voulait pleurer.

Entendant cela, ils devinrent tous démotivés un par un et, finalement, ils regardèrent tous leur chef… bien sûr ce n’était pas moi, qui étais caché sur le toit, mais Adair. Celui-ci laissa seulement échapper un soupir, puis décréta avec découragement : « Je ferais mieux d’aller demander au Capitaine. Vous autres, ne faites rien pour l’instant. »

« Merci pour tout le mal que tu te donnes, Adair ! »

« Toi seul peux comprendre correctement ce que diable veut dire le Capitaine quand il parle. »

« Si le Capitaine veut te pousser du haut d’une falaise à cause de cela, nous irons secrètement te rattraper en bas », le conforta Ed.

Adair dit sévèrement : « Non, non ! Si le Capitaine venait à découvrir que vous avez fait ça, je subirais une mort encore plus affreuse. Je vous en prie, laissez-moi juste tomber de la falaise. Si le Capitaine veut jeter un rocher géant, souvenez-vous de l’aider rapidement à le pousser, et choisissez le rocher le plus gros et le plus lourd. »

Les autres membres de la section s’exclamèrent en réalisant : « Oh ! Adair, tu es vraiment rusé ! Si nous poussons un énorme rocher, le Capitaine sera sans aucun doute effrayé que tu sois directement réuni auprès du Dieu de la Lumière, alors il soignera rapidement tes blessures. Le Capitaine peut soigner n’importe quel type de blessure instantanément. »

Adair commença à sourire, un peu embarrassé.

Oh ! Donc je ne leur ai pas encore révélé que j’ai appris la technique pour ressusciter les morts ? Même s’ils étaient vraiment partis rencontrer le Dieu de la Lumière, tant que leur tête est toujours là, je serai encore capable de les ramener dans le monde des vivants.                                                        

Adair, tu ferais mieux de pouvoir me donner une bonne explication, pfffff !

 

 

En revenant au Temple Sacré, j’avais le ventre noué par le doute. Toutefois, j’ignorais quand Adair me ferait son rapport et je ne pouvais possiblement pas aller le voir et le questionner. Si je faisais cela, le fait que je les avais espionnés ne serait-il pas dévoilé ?

Par chance, j’aperçus le Chevalier de la Tempête, une pile entière de documents entre les mains.

« Mon frère, Storm », l’appelai-je.

Storm s’arrêta dans son élan et demanda, comme s’il y était extrêmement habitué : « Y-a-t-il quoi que ce soit que tu veuilles me demander, Capitaine-Chevalier du Soleil ? »

« Aurais-tu déjà entendu parler de Jacques ? »

« Jacques ? » Storm s’enquit en retour. « Tu veux dire le troisième fils du Baron Gerland ? »

Le troisième fils du Baron Gerland, ainsi c’était Jacques ! J’ai une fois ordonné à Adair de frapper ce type jusqu’à ce qu’il soit incapable d’ouvrir la bouche pour se repentir.

Adair, oh Adair, je t’ai accusé à tort. Tu es bien, en effet, mon plus loyal vice-capitaine !

« Sun ? » Storm me regarda avec un air de doute.

Je tournai la tête, et prononçai avec une extrême sincérité : « Mon Frère, Storm, Sun t’est extrêmement reconnaissant de l’avoir aidé à dissiper ses doutes. Ton explication a donné à Sun un moment de prise de conscience, comme si les nuages chargés de pluie dans son esprit avaient été dissipés pour révéler la lumière du soleil. C’est comme si le Dieu de la Lumière était descendu dans son cœur, faisant fondre la neige équivalente à un long hiver.

– Si tu m’es vraiment reconnaissant, dans ce cas, je t’en prie, ne profère plus jamais de remerciements devant moi. Le simple fait de les entendre me donne une migraine…

– Laisse-moi te consulter concernant une autre question. Récemment, n’y a-t-il eu aucune nouvelle au sujet de membres du Monastère du Dieu de la Guerre en visite dans notre pays ?

– Tu es donc déjà au courant. » Le visage de Storm s’assombrit tandis qu’il dévoilait : « Des fidèles du Monastère du Dieu de la Guerre sont arrivés hier. On dit qu’ils sont venus assister à la cérémonie de couronnement, qui sera tenue plus tard, et qu’ils vivent dans les quartiers du palais spécialement réservés pour les invités. »

Je fronçai les sourcils. En quoi la cérémonie de couronnement du Royaume du Son Oublié  concerne-t-il le Monastère du Dieu de la Guerre ? Après tout, le Royaume du Son Oublié est la capitale de l’Église du Dieu de la Lumière et n’a jamais été le territoire du Monastère du Dieu de la Guerre.

« Une courtoisie aussi bienveillante de la part du Monastère du Dieu de la Guerre mérite que nous en suivions l’exemple. » Ces mots que je formulais questionnaient secrètement Storm et n’étaient pas que pour les féliciter.

Storm rit froidement. « Même le Fils du Dieu de la Guerre est ici. Il se pourrait que cette politesse soit un peu trop prévenante. »

Le Fils du Dieu de la Guerre est la personne possédant la plus haute position au sein du Monastère du Dieu de la Guerre. C’est à peu près la même chose que le Chevalier du Soleil de l’Église de la Lumière, mais c’est peut-être même une position encore plus élevée que la mienne. Bien que je sois le chef du Temple Sacré, le Pape du Sanctuaire de la Lumière peut me contrôler. Aussi, pour parler franchement, si le Chevalier du Jugement venait à avoir une lutte de pouvoir avec moi, il ne serait pas totalement désavantagé.

En revanche, dans le Monastère du Dieu de la Guerre, la place d’un prêtre était toujours en dessous d’un guerrier. Parmi les guerriers, le Fils du Dieu de la Lumière est la seule autorité, c’est donc pourquoi il n’y avait personne qui pouvait le contrôler.

Ainsi, la venue du Fils du Dieu de la Guerre au Royaume du Son Oublié est aussi étrange que si le Pape et moi nous rendions à la capitale du Monastère du Dieu de la Guerre, le Royaume de l’Orchidée Lunaire.

Storm fit soudainement deux pas vers moi, se pencha vers mon oreille et murmura : « Le petit frère de la dame de compagnie de la princesse m’a révélé en secret qu’au moment où le Fils du Dieu de la Guerre a atteint le Royaume du Son Oublié, il a tout d’abord visité Sa Majesté le roi et le prince hériter, puis il a rendu visite à la princesse. Aussi, le Fils du Dieu de la Guerre a amené avec lui beaucoup de bagages cette fois, et parmi tout cela il y en a beaucoup qui sont des sortes de “bagages” extrêmement lourds et fermement verrouillés. »

Des bagages ? Je pense que le terme « présents de fiançailles » est plus approprié. Ainsi le Fils du Dieu de la Guerre veut demander la main de la princesse de notre pays !

« Et, il se pourrait que le Baron Gerland ne soit pas sans implication dans cette affaire, puisqu’il semblerait qu’un certain nombre de membres du Monastère du Dieu de la Guerre vont et viennent de sa maison… »

« Capitaine-Chevalier du Soleil. »

Storm s’arrêta abruptement et recula d’un pas, fixant avec alerte celui qui avait interrompu ses propos.

Je me tournai vers ce dernier avec un sourire et le saluai. « Capitaine-Chevalier du Jugement, quelle charmante soirée. »

Judgment alla droit au but et dit : « Sa Sainteté le Pape te cherche. »

Oh, il était temps. J’hochai la tête et répondis simplement : « Ma gratitude pour la notification de mon frère, Judgment. »

 

 

Je frappai doucement sur la porte du bureau exclusif du Pape. Un moment plus tard, je reçus une réponse.

« Entrez, s’il-vous-plaît. »

Une fois à l’intérieur, je vis quelqu’un se tenant devant la fenêtre qui s’étendait du sol au plafond, en train d’admirer le paysage dehors. Je m’inclinai respectueusement. « Votre Sainteté le Pape. »

« Pourquoi devrais-tu t’adresser à moi comme “Votre Sainteté” ? Capitaine-Chevalier du Soleil, en tant que chef du Temple Sacré, ta position est égale à la mienne. »

« Sun ne l’oserait pas, puisque “respecter les personnes âgées” et “vénérer les personnes méritantes” sont les principes fondamentaux d’une bonne conduite. » J”accentuai lourdement la partie sur respecter les personnes âgées.

En entendant cela, cette personne se retourna. Son visage joli et délicat visage donnait l’impression qu’il n’avait pas plus d’une quinzaine d’années environ, et quand il souriait, il avait l’air plein d’innocence.

Cependant, cette personne est déjà à au moins soixante ans d’écart des quatre mots « jeune, plein d’innocence ». C’est parce que ce jeune homme est le Pape du Sanctuaire de la Lumière, ce type que j’appelle, le « maudit vieillard ».

Mais, n’allez pas penser que la raison pour laquelle je le traite de foutu vieillard est parce que je suis envieux de sa jeunesse. D’après mon maître, quand il avait dix ans et qu’il est venu participer à la Sélection des Douze Chevaliers Sacrés, le Pape avait déjà cette apparence. Et, quand il avait atteint quarante ans et qu’il était sur le point de prendre sa retraire, le Pape était toujours comme ça.

Cela veut aussi dire que l’estimation la plus basse de l’âge de ce satané vieillard est d’au moins soixante ans, mais il insiste pour utiliser une magie qui lui laisse préserver sa jeunesse.

Cela ne pose pas de problème en soi, puisque même mon maître utilise secrètement cette magie pour maintenir sa jeune apparence. Cependant, il a au moins laissé son apparence à l’âge de trente et quelques années. Contrairement à ce maudit vieillard, qui se fait vraiment passer pour un adolescent d’une quinzaine d’année. Ce dernier fait preuve d’un manque de gêne révoltant à l’extrême.

« Capitaine-Chevalier du Soleil, tu es aussi éloquent que jamais », gloussa le Pape.

« Votre Sainteté le Pape, vous êtes aussi jeune que toujours », répliquai-je avec un sourire radieux.

Nous continuâmes tous les deux à sourire pendant un moment. Puis, le visage du pape se durcit soudainement, et il employa sa voix juvénile pour crier : « Il suffit ! Nul n’est présent ici, alors cessons de proférer des inepties. Le Monastère du Dieu de la Guerre nous marche déjà sur les plates-bandes, alors pourquoi avons-nous encore une querelle interne ? »

Mon visage souriant disparut en un éclair, et je déclarai avec mécontentement : « Tu oses encore dire une telle chose ? Le prince héritier m’a intentionnellement donné du fil à retordre en me faisant chanter l’Hymne du Dieu de la Lumière sans m’en informer au préalable. Tu ferais mieux de ne pas prononcer d’âneries en prétendant que tu ne savais rien de cette affaire. »

Le Pape eut un rire creux. « C’est aussi pour ton propre bien », expliqua-t-il hâtivement. « La dernière fois, tu as causé des difficultés au roi et as rendu le prince héritier extrêmement mécontent envers toi. Si nous ne le laissons pas te punir et satisfaire la haine dans son cœur, il ne perdra jamais sa rancune envers toi. »

Je reniflai froidement. Il aurait pu d’abord m’en parler ! Je peux jouer le rôle d’un agneau innocent à la perfection.

« Tout de même, avais-tu réellement besoin de chanter l’Hymne du Dieu de la Lumière en entier ? » Le Pape fronça les sourcils mais, seulement après qu’il eut marché jusqu’à la théière sur le bureau et se soit assis, il affirma avec impuissance : « À l’origine, l’objectif était de te faire perdre un peu la face pour saper ta réputation. Mais, en fin de compte, tu as vraiment chanté tout l’Hymne du Dieu de la Lumière. Aussi, cela a-t-il eu l’effet inverse. »

Je ris amèrement pour la deuxième fois, puisque je ne pouvais possiblement pas expliquer la situation en révélant que j’avais chanté l’intégralité de L’Hymne du Dieu de la Lumière parce que je n’avais pas pris de petit-déjeuner, et que j’avais perdu toute rationalité à cause de la faim.

« Et maintenant le prince héritier a encore plus peur de toi. »

« Quand tu parlais avec lui, as-tu agi comme si tu étais en mauvais termes avec moi, et voulais vraiment triompher sur moi ? » demandai-je avec inquiétude.

« Bien entendu. » Le Pape haussa les épaules. « L’image habituelle. Les relations entre le Sanctuaire du Dieu de la Lumière et le Temple Sacré sont tendues, particulièrement sous la surface, et le Pape et le Chevalier du Soleil sont à la fois en conflit ouvert et en lutte voilée… Veux-tu une tasse de thé noir ? »

« Oui. » J’hochai la tête et m’enquit : « Même ainsi, les doutes du prince héritier n’ont toujours pas été dissipés ? »

Alors qu’il versait le thé, le Pape se plaignit : « N’est-ce pas parce que tu as dépassé les bornes ? Osant même forcer le roi à abandonner le trône… Ne penses-tu pas que le prince héritier aurait peur que tu ne le forces à abdiquer lui aussi ? »

« Comment cela pourrait-il être la même chose ? » objectai-je. « N’est-il pas conscient de quelle genre de personnalité son père possède ? Forcer son père à abdiquer est une chose, mais forcer le prince héritier avec sa bonne réputation à se retirer du trône ? Je n’oserais jamais prétendre que je pourrais le faire. »

« C’est effectivement vrai, mais les cœurs humains sont toujours très méfiants ! » Le Pape me tendit mon thé noir et dit avec impuissance : « Ainsi, il a décidé de réprimer l’Église du Dieu de la Lumière. »

« Il est donc allé requérir l’aide du Monastère du Dieu de la Guerre ? » Je reçus la tasse de thé noir, et alors que je la buvais à petites gorgées, je réfléchis.

Le Pape se servit lui aussi un peu de thé, et tandis qu’il buvait, il expliqua : « Oui, les seuls dont l’influence puisse rivaliser avec la nôtre sont les fidèles du Monastère du Dieu de la Guerre et de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre. Cependant, la Cathédrale du Dieu de l’Ombre est très lointaine, et leur image oscille vers les ténèbres. Nos citoyens qui sont habitués à la lumière sont définitivement incapables de l’accepter. Ainsi, le prince héritier a choisi le Monastère du Dieu de la Guerre. »

« En ayant même l’intention de marier son unique sœur au Fils du Dieu de la Guerre ? » Je fronçai les sourcils. Cela pourrait devenir difficile à gérer.

« Tu es plutôt bien informé. Oui, c’est exactement ainsi qu’il en est. Si la princesse venait à épouser le Fils du Dieu de la Lumière, alors ils seraient en mesure d’étendre le nombre de leurs croyants dans le Royaume du Son Oublié de façon légitime », déclara le Pape avec inquiétude.

J’hoquetai d’admiration. « Le prince héritier planifie de secouer la position de l’Église du Dieu de la Lumière à travers les croyants du Dieu de la Guerre. Il recevra définitivement de nombreux bénéfices de la part du Monastère du Dieu de la Guerre. Malgré tout, c’est acceptable en soi. Néanmoins, bien que ce soit de son fait, de toute évidence, il a poussé la responsabilité sur le Baron Gerland. Même Storm pensait que c’était les méfaits du Baron Gerland. Quelle méthode méprisable et  impudente ! En effet digne de Son Altesse le prince héritier qui a manipulé le pouvoir durant toutes ces années. »

Le Pape leva les yeux au ciel et soutint : « Arrête de l’admirer et dépêche-toi de songer à ce que l’on doit faire ! En ce moment même, les nouvelles générations sont toutes jeunes et vigoureuses et ont déjà perdu leur intérêt dans la bienveillance du Dieu de la Lumière. Si la foi du Dieu de la Guerre qui vénère les forts se répand ici aussi, ils seront immédiatement convertis en adorateurs du Dieu de la Guerre !

« Tu ferais mieux de ne pas oublier que consolider les croyants est le devoir principal de celui qui fait la publicité de l’Église du Dieu de la Lumière », accentua-t-il à nouveau. « Et, c’est entièrement de ta faute si le prince héritier nous craint en premier lieu, ce qui l’a poussé à coopérer avec le Monastère du Dieu de la Guerre pour essayer de nous réprimer. »

« Balivernes ! » grondai-je froidement. « Que j’aie ou non commis une faute, ce n’était qu’une question de temps avant que le prince héritier n’essaye de nous réprimer. À cause de ce gros porc de roi, la réputation du palais a chuté au plus bas ces dernières années. Cela a laissé la réputation de l’Église du Dieu de la Lumière grimper à un niveau sans précédent vu comment nous avons toujours surveillé le roi et l’avons arrêté d’embrouiller la politique nationale. Maintenant que le prince héritier est parvenu à monter sur le trône avec grande difficulté, comment permettrait-il qu’il y ait dans le Royaume une influence qui soit plus forte que la sienne ? »

Il commença immédiatement à marmonner : « C’est pourquoi j’ai dit que tu aurais dû  prétendre être faible plus tôt. Au bout du compte, tu as quand même forcé le roi à abdiquer de sa position, ce qui a rendu le prince héritier encore plus craintif. »

J’étais un peu embarrassé, aussi je dis : « Dans tous les cas, même si j’avais prétendu être faible, il n’aurait pas abandonné l’idée d’essayer de nous réprimer. »

Le Pape insista : « Quoi qu’il arrive, maintenir les opérations de l’Église du Dieu de la Lumière relève de mon devoir, s’assurer que les croyants adhèrent aux règles du Dieu de la Lumière est celui du Chevalier du Jugement, et consolider les croyants est sous la juridiction du Chevalier du Soleil ! C’est pourquoi tu es en charge de résoudre cet incident. »

« Je sais. »

Comme cela concernait le devoir le plus important du Chevalier du Soleil, je ne pouvais rien faire d’autre qu’hocher la tête solennellement. « Cependant, je veux ta garantie que, cette fois, quoi que je fasse, tu n’interviendras pas ou n’essayeras de m’arrêter », je prévins le vieillard.

Cette fois, le Pape répondit sur-le-champ de manière directe : « Marché conclu. »

On dirait que l’incident était vraiment grave cette fois, autrement ce foutu vieillard n’aurait jamais été aussi direct. Chaque fois que quelque chose se produisait, il interférait toujours en douce. Même si les choses donnaient l’impression qu’il n’y avait que des désavantages, il trouverait quand même un moyen d’en tirer profit à sa façon. Ce qui est en effet digne de ce satané vieillard qui a maintenu les opérations de l’Église du Dieu de la Lumière toutes ces années.

« Ah ! Il y a autre chose ! » annonça le Pape avec un large sourire qui me fit me sentir très mal à l’aise. Il demanda avec un visage innocent : « Te souviens-tu toujours du Chevalier des Enfers ?

– Le Chevalier des Enfers est l’un des Douze Chevaliers Sacrés. Il est le seul qui appartienne à la Cruelle Faction au Cœur de Pierre mais qui n’obéit pas aux ordres du Chevalier du Jugement. À la place, il prend ses ordres directement du Chevalier du Soleil, et il se spécialise dans l’accomplissement de missions secrètes, qui ne sont connues de personnes d’autre. Certains disent même qu’il est l’assassin désigné des Douze Chevaliers Sacrés. On suppose même que, durant la première génération des Douze Chevaliers Sacrés, le Chevalier des Enfers n’était pas une vraie personne, mais plutôt une seconde identité dont le Chevalier du Soleil se servait pour mener à bien des missions secrètes.

– Pourquoi l’as-tu expliqué aussi clairement ? Je connais l’origine du Chevalier des Enfers. »

« N’es-tu pas celui qui m’a posé la question ? » répliquai-je, mécontent.

« Je voulais te dire que quelques problèmes sont survenus du côté du Chevalier des Enfers. »

Je soulevai un sourcil et affirmai : « Les problèmes avec le Chevalier des Enfers ne devraient pas relever de ma juridiction, n’est-ce pas ? Bien que techniquement il reçoive ses ordres de moi, je ne l’ai jamais vu auparavant. Pendant les premiers jours, quand il a été choisi pour devenir le Chevalier des Enfers, il avait déjà été envoyé comme espion au palais par tes soins. »

Le Pape fit remarquer avec une sincérité inégalée : « Ne dis pas ça. Il reste toujours l’un des Douze Chevaliers Sacrés qui prend directement ses ordres de toi. Depuis un tout jeune âge, il a été forcé d’être un espion. Maintenant que quelque chose a mal tourné, pourrais-tu supporter de l’abandonner et de le laisser, livré à son sort ? »

Ce maudit vieillard… Il dit cela comme si c’était moi qui avais envoyé le Chevalier des Enfers comme espion. Manifestement, c’est toi qui l’as jeté dans les flammes ! Je fixai le Pape. N’essaye même pas de pousser la responsabilité sur moi. Le simple fait de consolider les croyants me donne déjà suffisamment de problèmes.

Nous nous dévisageâmes, l’un avec des yeux grands ouverts et l’autre avec ses yeux resserrés. Finalement, il soupira et lâcha : « Très bien dans ce cas ! Si tu ne te préoccupes pas de Hell, je peux le sacrifier. Il n’a jamais fait d’apparition par le passé de toute façon, et le laisser se volatiliser sans laisser la moindre trace est en fait la façon la plus simple de résoudre le problème… »

Enragé, je rugis : « Saleté de vieillard ! Comme je l’ai dit auparavant, quoi que tu fasses, je m’en moque royalement. Même si tous les prêtres de ton Sanctuaire de la Lumière venaient à mourir, ce n’est pas mon problème. Cependant, tu n’es définitivement pas autorisé à toucher à mes Chevaliers Sacrés ! »

Le Pape rayonna. « Alors, le problème de Hell… ? »

Je grondai férocement : « Donne-moi le moyen de contacter Hell ! Et, puisque tu as poussé le problème sur mon dos, à partir d’aujourd’hui il sera à moi. Ne pense même pas à essayer de le reprendre ! »

« C’est la façon dont les choses auraient dû être dès le départ ; il était à toi à l’origine ! Je te garantis que je n’interviendrai absolument plus dans ses affaires », s’engagea le Pape avec une sincérité extrême.

P-pour être en fait aussi clair et net… Les problèmes du Chevalier des Enfers doivent être vraiment plus qu’une simple broutille.

En parlant de cela, je commençais vraiment à avoir la migraine. Avec le prince héritier qui essayait de réprimer l’Église, le Fils du Dieu de la Guerre qui demandait la main de la princesse et les problèmes concernant le Chevalier des Enfers… Pourquoi est-ce qu’on dirait que toutes les affaires problématiques étaient entassées toutes ensembles ?

« Ahah ! » Le Pape leva son thé pour boire de façon nonchalante, puis il soupira. « C’est rare de pouvoir voir l’expression troublée du Chevalier du Soleil omnipotent ! »

« Les choses sont aussi graves, et tu as encore le temps et l’humeur d’être sarcastique envers moi », répondis-je mécontent.

« Être sarcastique ? Je ne suis pas sarcastique. Quoi qu’il arrive, tant que c’est remis entre tes mains, l’affaire peut toujours être résolue… »

À ce moment-là, un rugissement à en faire trembler la terre provint de dehors. « Sun, Sun ! »

Le Pape et moi fûmes tous deux stupéfaits, puis nous entendîmes une série de pas sonores et urgents qui s’approchaient de plus en plus près. Le Pape balaya précipitamment le service à thé dans les tiroirs de la théière, remit sa robe en place et retourna rapidement derrière son bureau. Après avoir utilisé le voile sur la table pour recouvrir tout son corps, il s’assit immobile.

Je me tins aussi rapidement devant le grand bureau et affichai une expression révérencieuse et respectueuse, bien que le coin de mon sourire fût un peu crispé.

À cet instant-là, quelqu’un cogna dans la porte derrière moi avec son pied. La porte rebondit même contre le mur, qui émit un second fracas retentissant. Je restai choqué, et même le Pape en face de moi trembla.

Qui diable est assez effronté pour donner un coup de pied dans la porte du Pape ?

Me retournant, je découvris qu’il s’agissait en fait du Chevalier de Flamme qui avait la personnalité la plus impétueuse. Je le réprimandai légèrement : « Chevalier de Flamme, sa Sainteté le Pape est présent, comment peux-tu te montrer aussi impoli- »

Blaze m’interrompit rapidement, en hurlant : « Ton vice-capitaine est en danger ! Dépêche-toi d’aller le rejoindre ! Il est sur le point d’arrêter de respirer ! »

Je me pétrifiai. Adair… est sur le point d’arrêter de respirer ?!

 

 

Je poursuivis Blaze jusque devant la porte d’une pièce. Comme d’habitude, Blaze ne prit pas la peine d’utiliser la poignée pour l’ouvrir. Après qu’il l’eut ouverte d’un coup de pied, j’aperçus un large groupe de chevaliers de ma Section du Chevalier du Soleil. Tous leurs yeux étaient rouges et, quand ils se retournèrent et me virent, ils commencèrent à crier : « Capitaine, Capitaine ! »

« Arrêtez avec vos “Capitaine” ! Vous tous, dégagez de mon chemin ! »

Je bousculai deux personnes et jetai un coup d’œil sur le lit. Adair était allongé dessus, et son uniforme de chevalier était taché de sang frais. Il avait l’air pâle d’avoir perdu trop de sang, et ses deux yeux étaient étroitement fermés. Clairement, il avait déjà perdu connaissance, et sa respiration était si faible que sa poitrine se soulevait à peine.

Il n’y a plus beaucoup de temps !

Après un bref examen préliminaire, je découvris que ses blessures principales étaient sur le torse, où il y en avait trois causées par une épée, et sur sa cuisse, où il n’y en avait qu’une. Je posai immédiatement mes mains sur les zones respectives de ses blessures au torse et à la cuisse.

« Sort de Soin moyen ! »

Je chantai une courte incantation et accomplis une guérison modérée. Ce niveau pouvait, au plus, soigner des blessures comme des coupures sévères ou des os cassés. Bien sûr, ce n’était pas assez pour guérir les blessures fatales d’Adair, mais elle réduirait au moins un peu leur gravité et me donnerait un petit sursis.

Les sorts de soin de haut-niveau requièrent de d’abord rassembler suffisamment de lumière sacrée, et ensuite de réciter l’incantation pour convertir la lumière sacrée en lumière de guérison qui peut soigner les blessures. Si j’avais directement commencé à chanter le sort de soin de haut-niveau, je crains qu’avant que je ne puisse terminer mon incantation, Adair eut déjà terminé la visite guidée de la résidence du Dieu de la Lumière.

Baissant la tête, je remarquai que le visage d’Adair était encore celui de quelqu’un qui pouvait s’arrêter de respirer à n’importe quel moment. Immédiatement, j’exécutai une autre guérison modérée, qui permit à sa respiration de devenir légèrement plus perceptible. C’est à ce moment-là que je pus enfin me concentrer sur le rassemblement de lumière sacrée, et je commençai l’incantation pour convertir graduellement la lumière sacrée d’un blanc pur en lumière de guérison d’une couleur miel.

« Sort de Soin Ultime ! »

Après avoir vu Adair ouvrir ses yeux et révéler une expression qui semblait un peu désorientée, je me sentis rassuré. C’est vrai que, même si Adair était vraiment mort, il y avait toujours le sort de Résurrection pour le ressusciter ; toutefois, pour ressusciter quelqu’un, il est impossible de ne pas payer un prix. De plus, les chances que la Résurrection échoue sont aussi assez élevées.

« Capitaine ! »

Quand deux membres du peloton me supportèrent et qu’Adair sauta frénétiquement hors du lit, je réalisai que je venais de tomber en arrière. Par chance, la vitesse de réaction de ma Section du Chevalier du Soleil n’était pas un sujet de plaisanterie ; sinon il y aurait de bonnes chances pour que celui qui serait allongé sur le lit à présent soit moi.

Je soupirai. D’abord il y a eu le chant du service religieux, ensuite ça a été d’aider Roland à cacher son aura des ténèbres, et maintenant c’est d’utiliser un sort de soin d’un aussi haut-niveau. Même si c’est moi, je ne peux pas l’encaisser.

Comme les deux membres de mon peloton me relevaient en une position debout, je jetai un regard féroce à Adair et rugis : « Tu ferais mieux de t’allonger ! Ne pense pas que, juste parce qu’il n’y a pas de blessures externes, tu es déjà guéri. Le fait que tu as été blessé demeure. Plutôt que de t’effondrer d’épuisement en te surmenant, je ferais tout aussi bien de te frapper jusqu’à ce que tu t’effondres maintenant ! »

Adair s’allongea docilement sur le lit, n’osant pas remuer le moindre muscle.

Après mon rugissement, j’haletai pendant un petit moment. Ensuite, je tournai la tête et appelai : « Blaze. »

« Ah ? » Blaze me regarda, abasourdi et clairement effrayé par mon manque d’élégance et de sourire.

J’affichai énergiquement un sourire et annonçai : « Sun désire régler quelques “affaires de section” ; aussi je suis navré de t’ennuyer, mais je te prierais de bien vouloir sortir un moment. Et rappelle-toi d’aider Sun à fermer la porte. »

Bien que Blaze fût un peu hésitant, il hocha toute de même la tête. « Très bien alors, prends soin de toi », dit-il alors qu’il sortait.

Une fois que Blaze eut refermé la porte derrière lui, je me dégageai immédiatement des deux membres du peloton. Je marchai jusqu’à une chaise, m’assis, puis questionnai froidement : « Maintenant, qui veut me dire ce qu’il s’est passé ? »

« Capitaine… » Adair se débattit pour se redresser sur son lit.

Je me tournai et braillai : « Silence ! Tu n’es pas autorisé à parler. Si tu peux t’endormir, c’est encore mieux ! Ed, viens ici et fais-moi ton rapport. »

Entendant mon ordre, Ed fut choqué au-delà de l’imaginable. Cependant, je le lui pardonnai ; après tout, c’était la toute première fois que j’utilisais son prénom.

Sous les rappels répétés de coups de coudes, Ed regagna finalement ses sens. « Nous avons rencontré Jacques dans la rue », commença-t-il à raconter avec un peu de nervosité ; « et à cause de cet ordre que vous, Capitaine, avez donné- »

« Jacques est le troisième fils du Baron Gerland. Aussi, le Capitaine n’a pas donné d’ordre… » Adair ajouta précipitamment. À mi-chemin, il réalisa que je lui avais ordonné de garder le silence, aussi il se servit rapidement de ses deux mains pour couvrir sa bouche.

En plus de Judgment, Adair me connait aussi plutôt bien… Si je ne m’étais pas dissimulé sur le toit pour écouter leur conversation pour ensuite aller demander à Storm qui était Jacques, je n’aurais eu aucune idée que Jacques était le troisième fils du Baron Gerland.

« Ed, continue. » J’essayai de mon mieux de maintenir mon image de capitaine froid et cruel.

« À cause des ordres du Capitaine… non, non ! Ce n’étaient pas les ordres du Capitaine, c’est que, que… » laissa échapper Ed, incapable de former une phrase complète et transpirant à cause de sa nervosité.

Après l’avoir écouté répéter “que” pendant un long moment, toujours incapable de former une phrase complète avec “que”, je ne pus m’empêcher de fixer Adair avec impuissance.

Une fois qu’Adair eût reçu mon signe de l’œil, il baissa immédiatement les mains qui couvraient sa bouche et supplia avec beaucoup de sincérité : « Capitaine, s’il vous plaît, autorisez-moi à le dire ! Je veux vraiment le dire ; si je ne le dis pas, je ne serai pas capable de me reposer convenablement. »

Je soupirai un coup et répliquai tout en secouant ma tête : « On n’y peut rien dans ce cas. Puisque tu tiens tellement à le dire, je vais te laisser le faire. »

« Oui. » Adair hocha la tête et commença à raconter avec une indignation justifiée : « Nous avons rencontré le troisième fils du Baron Gerland dans les rues. Au moment où je l’ai vu, ça m’a immédiatement rappelé comment il avait employé son épée pour blesser notre Capitaine et qu’il l’avait même fait dans le dos du Capitaine. C’est simplement méprisable et éhonté ! »

Définitivement digne d’Adair qui a été mon vice-capitaine pendant cinq ans ; sa capacité à mentir comme un arracheur de dents ne peut même pas être comparée à celle des autres personnes. Même si j’ai été blessé par l’épée qui volait vers moi pendant que je m’enfuyais, Adair peut le tourner en une situation où Jacques m’a attaqué en traître… Adair, tu es sans aucun doute digne d’être mon vice-capitaine. Quand je t’ai choisi, j’ai vraiment fait preuve d’un bon jugement !

Même les autres membres de la Section du Chevalier du Soleil contemplèrent Adair avec des yeux remplis d’admiration, particulièrement Ed qui avait trébuché sur ses mots et n’avait pu prononcer que la moitié d’une phrase.

« Ainsi, je n’ai pas pu m’empêcher de requérir un duel avec lui. Cependant, ce méprisable chevalier ne voulait pas accepter le duel et, à la place, a trouvé un substitut pour m’affronter… »

À ce stade, je ne pus m’empêcher d’interrompre l’interminable sottise d’Adair, et m’enquit : « Qui t’a blessé ? »

Adair prit une profonde inspiration et révéla : « C’était le Fils du Dieu de la Guerre en personne. »

Je restai abasourdi un moment. Le Fils du Dieu de la Guerre ? Ce type dont la position est encore plus élevée que la mienne ?

Je trouvais cela difficile à croire, aussi j’hurlai : « Alors tu as accepté ? Avec son statut plus élevé, requérir un duel avec toi était bien sûr déraisonnable. Adair, en tant que mon vice-capitaine, es-tu vraiment à ce point stupide ? »

Instantanément, Ed protesta avec indignation : « Ce n’est définitivement pas parce qu’Adair est imprudent ! Capitaine, c’est parce que- »

« Ed, ne le dis pas ! » l’interrompit urgemment Adair.

« Tais-toi ! Depuis quand est-ce ton tour de prendre des décisions ? » Je criai avec colère sur Adair. Je me tournais pour rugir à Ed : « Continue ce que tu disais ! »

« Oui » dit Ed. « C’est parce que le Fils du Dieu de la Guerre a affirmé que si Adair refusait de faire un duel avec lui, il irait vous défier, vous le Capitaine. Mais, mais alors… »

Mais alors, n’importe qui m’ayant vu tenir une épée saurait que ma technique à l’épée est ma plus grande faiblesse. Bien que l’affaire de mes pauvres compétences ne soit pas largement répandue, c’est difficilement un secret. Aussi longtemps que quelqu’un se renseigne un peu, il pourrait aisément le découvrir.

Ainsi, le Fils du Dieu de la Guerre a déjà entendu dire que mes compétences à l’épée étaient médiocres et s’est servi de ce fait pour forcer Adair à l’affronter dans un duel à ma place. Mais pourquoi voudrait-il faire cela ? Adair n’est que mon vice-capitaine, pas l’un des Douze Chevaliers Sacrés. Même si le Fils du Dieu de la Guerre venait à le vaincre, ce ne serait pas du tout glorieux. Ce serait même orienté vers une dépréciation de sa position.

Avec colère, Ed affirma : « Le Fils du Dieu de la Guerre est allé trop loin ! Il a poignardé Adair à plusieurs reprises, et même après que le vainqueur eut été déjà décidé, il a refusé de s’arrêter. »

Un par un, les autres commencèrent aussi à s’indigner : « C’est juste ! Même quand nous avons voulu nous avancer pour aider, nous avons été bloqués par les guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre ! »

« Êtes-vous en train de me dire que le Fils du Dieu de la Guerre voulait tuer Adair ? » J’étais choqué. Pourquoi voudraient-ils faire ça ? Ils n’ont même pas encore commencé à prendre racine dans le Royaume du Son Oublié, et pourtant ils essaient déjà de provoquer l’Église du Dieu de la Lumière, qui est l’influence locale ? Et, c’est quelque chose d’aussi grave que de tuer mon vice-capitaine… Ce n’est pas quelque chose qui peut être réglé en forçant tout le monde à se sourire l’un à l’autre, en se serrant les mains et en échangeant quelques mots.

Ed hocha sa tête encore et encore, et avec beaucoup de colère il déclara : « Si les chevaliers royaux n’étaient pas venus nous porter secours, le Fils du Dieu de la Guerre aurait définitivement tué Adair. »

« Les chevaliers royaux l’ont arrêté ? »

Je me sentis hautement soupçonneux. Les chevaliers royaux sont les subordonnés du prince héritier, et le Monastère du Dieu de la Guerre a été envoyé ici par le prince héritier. Pourquoi mettraient-ils fin aux actions du Monastère du Dieu de la Guerre ?

« Oui ! Ce sont les chevaliers royaux qui sont dirigés par Elijah. »

« Attendez… attendez un moment, qui est Elijah ? » demandai-je, considérablement perdu.

« Capitaine, Elijah est le chef de file du jeune groupe de chevaliers royaux », expliqua hâtivement Adair. « Cependant, parce que son allégeance va à la princesse, il est inapte à gagner la faveur du prince héritier. »

Un autre chevalier sacré ajouta : « Mais, même s’il est incapable de gagner la faveur du prince, il est très fort et sa réputation est solide parmi les jeunes chevaliers. Même le prince héritier ne peut s’empêcher de lui donner régulièrement des missions à accomplir. »

Ed sourit et eut un petit rire. « Aussi, il y a des rumeurs comme quoi il entretiendrait une liaison avec la princesse, et maintiendrait plutôt de bonnes relations avec la reine. Même la femme du prince héritier prend la défense d’Elijah, ce qui donne une migraine au prince héritier. »

Eh, eh, eh ! Vous êtes la Section du Chevalier du Soleil ou celle du Chevalier de la Tempête ? Pourquoi êtes-vous, vous aussi, au courant des rumeurs ? C’est un portrait vivant d’une vingtaine de Storm en train de commérer que j’ai sous les yeux !

Frottant ma tête, je remarquai : « Cet Elijah me fait vraiment beaucoup penser à Storm… »

« Ouaip ! Capitaine, Elijah est le concurrent principal du Capitaine-Chevalier de la Tempête dans le cercle des femmes ! C’est lui que le Capitaine-Chevalier de la Tempête déteste le plus. » Ed afficha un sourire rusé.

« Messieurs, vous semblez certainement en savoir beaucoup sur la matière. » J’ignorais si je devais les admirer ou non. Depuis quand ma Section du Chevalier du Soleil est-elle devenue la Section des Commérages ? 

Ed parla avec un sourire d’exultation : « Bien sûr, Capitaine. Même le Capitaine-Chevalier de la Tempête vient fréquemment pour échanger des commérages aves nous ou pour confirmer l’exactitude d’une rumeur. Ce n’est pas que je veuille dire ça, mais en matière d’information sur les ragots, si notre Section du Chevalier du Soleil se proclame seconde, alors même le Capitaine-Chevalier de la Tempête n’oserait pas se proclamer être le premier. »

« Ainsi, mon peloton a pris l’habitude de commérer… Adair ! »

« Oui, Capitaine ! » Adair était tellement choqué qu’il sauta encore hors de son lit.

« À partir de maintenant, la Section du Chevalier du Soleil devra courir un tour à l’intérieur des murs de la cité chaque matin », décrétai-je avec férocité.

Dès qu’il reçut l’ordre, Adair resta stupéfait, et son expression sembla être un petit peu troublée.

« Quoi ? Vous ne pouvez pas le faire ? Êtes-vous toujours aptes à être appelés des chevaliers ? » En surface, j’hurlai avec beaucoup d’énergie mais, dans mon cœur, j’étais un peu incertain. Quelle est la distance d’un tour à l’intérieur des murs de la cité ? Peut-être qu’elle est trop grande ?

Tous les membres de ma section se turent.

En regardant la situation, peut-être qu’un tour à l’intérieur de la cité est très long. Devrais-je le réduire à un demi-tour ? Mais, j’en ai déjà donné l’ordre, comment vais-je revenir en arrière… ?

À ce moment-là, Ed sembla avoir rassemblé son courage et questionna : « Capitaine, quand vous nous avez rencontrés pour la première fois il y a cinq ans, vous nous avez ordonné de courir cinq tours. Puis, il y a trois ans, vous vous êtes énervé quand notre performance physique a perdu face à celle de la Section du Chevalier du Jugement. Aussi, vous nous avez ordonné de courir trois tours. À cette époque, Adair pensait que vous vouliez dire d’ajouter trois tours, alors nous faisons huit tours depuis trois ans. Maintenant… »

« … Maintenant, ce que je veux dire c’est d’ajouter un autre tour. Cela pose-t-il un problème ? »

La Section du Chevalier du Soleil cria à l’unisson : « Non, Capitaine ! »

« Bien ! Maintenant tout le monde excepté Adair, partez. »

Après avoir attendu que tous les membres du peloton sortent, je me levai et marchai lentement jusqu’aux côtés d’Adair. Même si je regrettais un peu de l’avoir réprimandé et de l’avoir traité d’idiot tout à l’heure, alors que je n’étais pas complètement au courant de la situation, je suis le Capitaine. Comment pourrais-je m’excuser ?

Après avoir hésité pendant un long moment, je décidai de ne pas m’excuser. Qui sait, peut-être que mon excuse finirait par effrayer Adair à la place. C’est mieux de simplement lui donner des instructions, et ce sera suffisant.

« Je te donne une semaine de congé maladie, mais tu devras essayer de ne pas quitter le Temple Sacré. Aussi, ordonne à la Section du Chevalier du Soleil de rester dans le Temple Sacré autant que possible. Si vous voulez sortir, portez des vêtements décontractés. Ne mettez pas l’uniforme de la section. Aussi, tu devrais dormir davantage pendant cette période, manger plus d’œuf et de viande, boire plus de lait, et effectuer moins d’exercices vigoureux. »

Adair resta stupéfait un instant. Ensuite, il révéla un sourire et cria d’une voix forte : « Oui, Capitaine ! »

Soudainement ses yeux s’agrandirent. « Capitaine, dans ce cas, que devrions-nous faire pour les neuf tours d’entrainement de course à pied autour de la ville chaque jour ? » s’enquit-il rapidement.

J’y réfléchis un moment, puis donnai ces instructions : « Tu n’as qu’à te reposer docilement au lit, et les autres nettoieront le Temple Sacré pour remplacer la course à pied. »

Après avoir dit cela, je n’étais toujours pas rassuré. Adair fait toujours les choses de manière responsable et minutieuse, ce qui rassure les gens. Cependant, d’un autre côté, les gens finissent aussi par s’inquiéter qu’il finisse comme Storm et meurt de surmenage tôt ou tard.

« Tout ce que je viens de dire à l’instant sont des ordres et doivent êtres obéis, tu m’entends ? »

Adair répondit avec un sourire : « Oui, Capitaine. »

La Légende du Chevalier du Soleil T2C3 : Occupe-toi Des Monstres de la Cité

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 2 : Les Tâches Quotidiennes d’un Chevalier

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)


Chapter 3: “Manage the City’s Undead” – traduit du chinois à l’anglais par amgine[PR!]
Chapitre 3 : « Occupe-toi des Monstres de La Cité » – traduit de l’anglais au français par AkaiiRia
+ Travail de vérification par Nocta

D’un coup de pied, j’ouvris la porte en bois de la maison de Rose, mais au lieu de la trouver, je vis une autre personne…non, un autre cadavre à l’intérieur.

Roland possédait les yeux flamboyants distinctifs d’un chevalier de la mort, mais il n’était pas un chevalier de la mort ordinaire. Un tatouage de feu noir brûlait sur son corps de couleur pâle. Une paire d’ailes de dragons aux griffes acérées comme des lames de rasoir poussait sur son dos, et une aura épaisse de ténèbres imprégnait l’air autour de lui.

Le Livre des Créatures Mortes-vivantes le désignait spécifiquement comme un être qu’il ne fallait créer en aucune circonstance. Il peut invoquer une légion entière de morts-vivants et est considéré comme étant le plus puissant parmi les créatures des ténèbres : un Seigneur de la Mort. Il… Il portait, en ce moment même, un tablier rose, était accroupi sur le sol, et frottait le plancher avec un torchon pour nettoyer.

« Roland, qu’est-ce que tu fabriques ? » le questionnai-je, sans expression.

Roland leva la tête dans un calme absolu et me répondit avec sérieux total : « Je nettoie le plancher. »

Après un moment de silence, mon estomac grogna soudainement. J’explosai brusquement de rage, renversant la table d’un geste rapide en hurlant : « Pourquoi diable nettoies-tu le plancher ?! Tu es un Seigneur de la Mort sanguinaire qui commande des légions de morts-vivants ! Tu devrais être en train de massacrer tout le monde de la Rue Est à la Rue Ouest, et ensuite encore de l’ouest jusqu’à l’est. Tu te dois de cavaler dans les rues en tuant sans cesse jusqu’à-ce que le sang coule à flot et que des cadavres soient éparpillés partout à travers les champs. N’oublie pas que tu es un Seigneur de la Mort ! »

Comme s’il avait été surpris par mon baratin, Roland contempla la table retournée, et me regarda ensuite. Il finit par froncer les sourcils et dit : « Grisia, tu es le Chevalier du Soleil. »

Tenant une sucette, Rose secoua la tête et soupira tandis qu’elle faisait son entrée. « Nous vivons à un époque vraiment étrange ! Le Seigneur de la Mort nettoie docilement le plancher pendant que le Chevalier du Soleil veut tuer jusqu’à-ce que le sang coule à flot. »

Roland déclara avec une expression sérieuse : « Ne dis pas des choses pareilles, Rose. Grisia est en fait un très bon Chevalier du Soleil… »

Dès que j’aperçus Rose, je chargeai dans sa direction. Je lui arrachai sa sucette d’un seul coup  et léchai le bonbon à la fraise comme si ma vie en dépendait. Je me mis à dire de façon poignante : « Si sucré, si sucré. C’est si délicieux ! »

« Ouiiin ! » Rose me fixa d’un air ébahi pendant une seconde avant de fondre en larmes, me cognant avec ses poings tout en sautillant dans une tentative pour récupérer la sucette. Évidemment, pour quelqu’un de sa taille, même sauter était vain puisqu’elle ne serait tout de même pas capable d’atteindre la sucette dans mes mains. En fin de compte, elle sanglota : « Sun, espèce de vilaine grande brute, rends-la-moi ! Je veux ravoir ma sucette, Ouiiin ! »

Roland fit une pause pendant un instant avant de me réprimander sérieusement : « Grisia, en tant que Chevalier du Soleil, tu ne devrais pas voler les sucettes des petits filles. Ce n’est pas une conduite appropriée. »

Je rétorquai pendant que je léchais la sucette : « Je ne vois aucune fillette dans le coin, seulement le cadavre de l’une d’entre elles. Quel genre de cadavre mange encore des sucettes !? En tant que Chevalier du Soleil, je ne permettrai certainement pas à un simulacre provoquant le gaspillage de nourriture de se produire ! »

En entendant cela, Roland fronça les sourcils, incapable de réfuter mes propos.

Se rendant compte que pleurnicher était inefficace, Rose cessa de se lamenter. Elle gonfla ses joues et accusa : « Tu permettrais à une nécromancienne et à un Seigneur de la Mort de s’en tirer indemnes devant tes propres yeux, et pourtant tu ne permettrais pas le gaspillage d’une seule sucette ? Roland, viens-tu de dire que cette personne, qui irait jusqu’à voler des sucettes à des petites filles, est en fait un bon Chevalier du Soleil ? »

Roland ne sembla pas entendre la voix de Rose. Il avait l’air d’être encore en train de considérer si, oui ou non, arracher une sucette à un cadavre était bien ou mal.

« Pffft ! » Rose se mit lentement à planer dans les airs, son corps relâchant une aura dense de ténèbres. Même ses cheveux s’agitaient de façon chaotique. Sur un ton glacial et sinistre, elle menaça : « Sun, je te préviens, si tu refuses toujours de me rendre ma sucette, je vais te laisser non seulement dans l’incapacité de plaider pour ta vie mais aussi dans l’incapacité de supplier pour la mort également ! »

Malgré le fait de voir la plus forte (et unique) nécromancienne de la cité perdre son calme, je demeurai aussi serein que jamais. Je léchai encore une autre fois la sucette avant de répondre paresseusement : « Ice a dit qu’il allait faire de la glace pilée à saveur de fraise la prochaine fois. Devrais-je en apporter pour que tu puisses en manger ? »

« Ouiiii ! » Rose retourna immédiatement se poser sur le sol et s’enroula autour de ma taille, ses grands yeux brillants affichant même une expression suppliante. La seule chose qui manquait à la scène était une queue en train de s’agiter.

Je reniflai à deux reprises et m’enquis de façon très hautaine : « Et pour la sucette ? »

Rose répondit avec une sincérité incomparable : « Je t’en fais cadeau, bien sûr ! Nous nous connaissons depuis si longtemps ; l’étendue de notre amitié est plus grande que l’ampleur de la décomposition d’un tas de corps enterrés à la hâte. En comparaison, que vaut une sucette ? Même si tu me demandais un corps fraîchement décédé, je te laisserais l’avoir ! »

Qui voudrait recevoir un cadavre de ta part… ? Je suis encore en train de manger ! Ne parle pas de choses aussi écœurantes, d’accord ? La discussion ramena mes souvenirs du jour où j’ai dû « rembourser mes dettes »,  en déterrant des dizaines de tombes dans un cimetière et en tombant sur des corps à des degrés variés de décomposition durant le procédé… Beurk !

« Vous… » Roland parla soudainement.

Je lui expliquai de bonne foi : « Ne t’inquiète pas, Roland. Même pendant la pire querelle que j’ai eu avec Rose, tout ce qu’elle a fait a été de me propulser hors de la pièce avec sa magie, m’envoyant valser plusieurs dizaines de mètres plus loin, ce qui a détruit une rangée complète de maisons dans le procédé. C’est très loin de me laisser dans l’incapacité de plaider pour ma vie ou de supplier la mort ! »

Rose ronchonna immédiatement en retour : « Comment oses-tu mentionner cet incident : après que tu te sois fait envoyé valsé, n’es-tu pas revenu en courant avant d’utiliser de la Lumière Sacrée pour faire exploser mon cottage en mille morceaux, détruisant mon corps de ménage par la même occasion ? Ça m’a pris beaucoup d’efforts juste pour restaurer mon cottage à son état d’origine. »

Roland plissa les sourcils et demanda : « Dans ce cas, n’allez-vous pas tous les deux vous battre en duel immédiatement ? »

« Pourquoi devrions-nous nous battre en duel ? » Mes yeux ainsi que ceux de Rose s’agrandirent tandis que nous nous tournions pour fixer Roland.

Roland expliqua avec un visage débordant de sérieux : « Vous vous disputez tous les deux pour une sucette. Puisqu’il est impossible de déterminer qui en est le propriétaire légitime, vous devriez tous les deux vous battre en duel pour savoir à qui elle revient. »

Quelle plaisanterie ! Le Chevalier du Soleil et la nécromancienne se battant en duel à propos d’une sucette à la fraise ? Que se passera-t-il si des rumeurs à ce sujet étaient divulguées ?

Rose et moi secouâmes nos têtes promptement, en nous exclamant : « Nous ne faisions que plaisanter ! »

En entendant cela, Roland secoua la tête, montrant une expression qui indiquait qu’il ne nous voyait comme rien d’autres que des enfants qui aimaient semer la pagaille. Il cessa de nous prêter attention à tous les deux et, au lieu de cela, tendit la main pour remettre à l’endroit la table que j’avais renversée. Puis, il ramassa le torchon pour nettoyer et se remit à frotter le plancher.

Je n’avais pas la moindre idée de ce à quoi il pouvait bien penser.  Quelle absurdité pour un authentique Seigneur de la mort, d’être en train de nettoyer le plancher ! Qui plus est, il le faisait avec une telle expression sérieuse sur son visage, comme si nettoyer les planchers était une tâche comparable à celle de tuer un dragon. En plus, il s’attendait à ce que Rose et moi nous battions en duel au sujet d’une sucette… Comment Roland pouvait-il être devenu encore plus sérieux qu’il ne l’était quand il était encore enfant ?

Ayant pris ceci en considération, je songeai que la prochaine fois que j’entrerais dans ce cottage, je devrais probablement m’attendre à voir le grand Seigneur de la Mort revêtant une expression sérieuse pendant qu’il frotterait le plancher, nettoierait les tables, ferait la lessive, et peut-être même rapiécerait des vêtements avec une aiguille à coudre !

Dieu de la Lumière bien-aimé ! Plutôt que d’assister à un scénario aussi incroyablement mal assorti, je préférerais encore le voir se servir d’une aiguille pour coudre les lèvres de quelqu’un ou quelque chose d’aussi macabre.

Alors que je pensais à cela, je me tournai vers Rose pour protester sur-le-champ : « Mais à quoi pensais-tu, en ordonnant à Roland de nettoyer les planchers ? C’est un Seigneur de la Mort, pas un vulgaire corps de ménage que tu as invoqué. »

« Je n’ai rien fait de tel ! J’ai seulement mentionné au passage à quel point le sol était sale, et il a décidé de le nettoyer de son propre chef ! » affirma Rose vertueusement.

Sous mon regard soupçonneux, elle ajouta alors un peu coupablement : « D’accord, peut-être que je me suis répétée plusieurs fois. »

Je continuai à la fixer du regard avec une suspicion grandissante.

« D’accord, peut-être que c’était cent ou deux cent fois… Très bien ! Je dois bien l’avoir dit au moins cinq cent fois, d’accord ? Cesse donc de me fixer ainsi ! »

Je l’aurais parié ! Bien que Roland ne soit définitivement pas quelqu’un de paresseux, il était le genre de personne qui ne ferait rien d’autre que pratiquer sa technique à l’épée. Alors, faire en sorte qu’il dépose son épée et fasse quelque chose d’autre serait probablement légèrement moins difficile que de me faire lâcher la sucette que je tenais en ce moment dans ma main

Avec un air mécontent, Rose sauta sur sa chaise à motifs de fraises et sortit une autre sucette d’en-dessous, la léchant à deux reprises. Repue, ses pensées retournèrent à ses affaires. Elle me questionna avec suffisance : « Sun, quand je t’ai aidé à créer l’illusion que Roland montait au ciel, la dernière fois, j’ai effectué un travail fantastique, non !? Personne ne devrait avoir découvert que Roland n’est en fait pas passé vers l’au-delà, pas vrai ? »

« Non… Même s’il est possible que Judgment soit au courant. » J’ajoutai la dernière partie avec un brin d’hésitation.

Rose se défit sur-le-champ de toute responsabilité : « Ce n’est pas de ma faute. C’est seulement parce qu’il te connaît beaucoup trop bien. »

« Le Chevalier du Jugement ? » Roland cessa d’essuyer le plancher et déclara avec un visage solennel : « Sa technique à l’épée est vraiment spectaculaire. Si j’en ai la chance, j’aimerais beaucoup me battre contre lui une fois de plus. »

« Ne va pas provoquer Judgment ! » nous répliquâmes, Rose et moi, à l’unisson.

Rose avertit Roland sombrement, en disant : « Judgment est complètement différent de Sun. C’est un vrai Capitaine-Chevalier du Jugement. S’il te voyait rôder dans la cité à ta guise, il ne te laisserait définitivement pas t’en aller. »

Hé ! Dans ce cas, es-tu en train de dire que je suis une fraude ? Je levai les yeux au ciel.

Roland baissa le regard et fixa sa main de couleur pâle pendant un moment. Il promit avec un léger soupir : « Compris. Je n’irai pas dehors. »

Roland… Je soupirai. Sous ma protection, malgré le fait que Roland ne serait pas saisi par l’Église pour se faire transformer en barbecue, il devait constamment rester enfermé à l’intérieur de ce petit cottage. Pire encore, il était coincé à vivre avec une nécromancienne qui, afin de le forcer à nettoyer le plancher, irait même jusqu’à s’en plaindre cinq cent fois. Pour Roland, sans doute que même se faire brûler vif serait un meilleur destin que celui-ci.

« Rose, laisse Roland porter cet Anneau de Vie comme la dernière fois. Ensuite, je vais utiliser la Lumière Sacrée pour masquer son aura de ténèbres. De cette manière, il ne devrait pas être découvert quand je l’emmènerai à l’extérieur pour faire une ballade. »

En entendant cela, même Roland ne put s’empêcher de révéler une expression d’espoir. On dirait bien qu’il est resté enfermé pendant trop longtemps.

Les yeux de Rose s’illuminèrent encore plus. Elle s’exclama très fort : « Excellent ! Mais, je viens avec vous pour m’amuser ! »

Mais à quoi est-ce que tu penses, pour vouloir te mêler à notre groupe ? Je roulai les yeux, mais Rose fit la moue avec un air qui semblait dire : « Si vous ne me laissez pas venir avec vous, dans ce cas ne songez même pas à partir du tout. »

Hélas ! Pourquoi est-ce que je me sens comme si je venais de démarrer mon propre groupe touristique ? En plus, il s’agit d’une « visite guidée » pour les créatures des ténèbres »… Puisse le Dieu de la Lumière me bénir. Veillez à ne pas nous laisser rencontrer Judgment en cours de route ou sinon je risque de devenir le premier Chevalier du Soleil à être sujet aux techniques d’interrogation diverses du Chevalier du Jugement.

« Sun, tu es vraiment d’une stupidité aveuglante, n’est-ce pas !? » Rose s’aperçut probablement que j’étais très réticent, alors elle me rappela de façon grossière : « Tu ne peux donc pas simplement te déguiser en “Suprême Dragon” ? Tant que tu nous fais visiter les alentours sous l’apparence de Suprême Dragon, même si nous étions découverts, ça n’aurait rien à voir avec le “Chevalier du Soleil” ! »

Oh, c’est vrai ! Le jour se fit soudainement dans mon esprit et je criai, alarmé : « Alors la Brigandine Sainte du Dragon peut aussi être utilisée de cette façon !? »

« Sans blague ! Pour quelle autre raison t’aurais-je offert la Brigandine Sainte du Dragon !? »

« Ne me l’avais-tu pas initialement donnée pour que je puisse capturer le troisième fils du Baron Gerland ? » Tout à coup, j’eus l’impression que les choses allaient mal tourner.

« Bien sûr que non ! Capturer une seule personne ne nécessiterait pas quelque chose d’aussi sophistiqué qu’un trésor ayant besoin d’identifier son maître. »

« Donc, la vraie raison pour laquelle tu me l’as confiée à ce moment-là était… »

« Bien évidemment, je te l’ai offerte pour que nous puissions faire des mauvais coups ensemble ! » affirma Rose de manière très détachée.

« … »

 

 

Afin de se déguiser en personne ordinaire, Roland revêtit une tenue de combat et une armure légère que Rose lui avait donné en plus de porter l’Anneau de Vie. La tenue de combat comportait un design simple, permettant une grande liberté de mouvement, et il y avait même une paire d’ailes brodée sur la poitrine. Un cercle magique était dessiné sur le bas de l’ourlet, et je pouvais faiblement sentir le cercle magique rassembler doucement l’élément du vent, probablement dans le but de rendre le porteur plus agile. Cette armure légère était encore plus extraordinaire. Son modèle était simple et efficace, et son blindage d’un blanc pur était plus rutilant qu’un miroir et plus brillant que l’argent. Il y avait même un cercle magique complexe gravé sur sa surface.

Je fronçai les sourcils, et fis remarquer avec soupçon : « J’ai l’impression d’avoir déjà vu ce symbole du vent sur l’uniforme de combat quelque part auparavant. »

Rose hocha la tête de bon cœur : « Wow, wow ! Sun, tu as vraiment les yeux perçants ! Pendant la Seconde Guerre d’Extermination des Démons, les membres de l’Escadron du Chevalier de la Tornade du côté des humains ont porté ce même uniforme de combat. »

Je frappai mes mains ensemble, en m’exclamant : « Ce n’est pas étonnant ! J’ai vu cet uniforme peint sur les murailles de l’Église auparavant et… et cet ensemble d’armure m’a également l’air très familier ! »

« Évidemment. Il s’agit en fait de l’armure portée par le capitaine de ce même Escadron du Chevalier de la Tornade. »

« Ça devait être un ensemble d’armure très décent ! »

Rose se venta fièrement : « Comme si tu avais besoin de me le dire ! Comme si moi, Rose, j’aurais pu posséder un article ordinaire… Ahhhh ! »

Rapide comme l’éclair, je pinçai les joues de Rose, tirant très fort en disant à travers mes dents serrées : « Depuis combien de temps es-tu morte, saleté de cadavre ? Ton corps a-t-il pourri, et ce cerveau qui est le tien s’est-il décomposé jusqu’à-ce qu’il n’en reste rien non plus ? À quoi pensais-tu, en donnant à Roland ce genre d’équipement  haut de gamme pour qu’il le mette !? Nous allons seulement dehors pour nous promener, pas pour exterminer des démons, tu sais ! »

« Bouhouhou ! Mais, c’est la seule sorte d’équipement que je possède ! » pleurnicha Rose, en se tenant les joues avec ses mains.

« Je vais simplement porter mes propres vêtements alors. » Roland commença à retirer l’amure sans hésitation.

Je soupirai : « Ça n’ira pas non plus. Tes vêtements sont tous déchirés en lambeaux et déguenillés. Si tu devais les porter à l’extérieur, tu attirerais surement beaucoup d’attention. »

Roland expliqua sérieusement : « Ça n’arrivera pas. Je les ai déjà rapiécés avec une aiguille à coudre. »

« … »

Je me tournai vers Rose, en déclarant : « Rose, la prochaine fois que je viendrai te rendre visite, je m’assurerai de cogner. Dans le cas où Roland serait en train de rapiécer des vêtements ou en train de faire quelque chose d’encore plus scandaleux, n’ouvre surtout pas la porte. »

 

 

Après avoir revêtu ses propres vêtements, Roland avait l’air bien plus normal. Bien que sa tenue fût un tantinet loqueteuse, il y avait tellement de racailles et de soldats sales parcourant les rues que ce n’était pas vraiment si inhabituel. En comparaison, ma Brigandine Sainte du Dragon attirait beaucoup plus l’attention.

Quant à Rose, elle se servit d’une méthode inconnue pour redonner à sa couleur de peau rose vif à la teinte de peau d’une personne normale, puis enfila une robe de magicienne noire comme la nuit. Elle avait en fait l’air d’une petite fille ordinaire habillée ainsi.

Bon sang ! Je suis clairement le plus normal de nous trois, et pourtant mon apparence actuelle est la plus anormale.

« Comment un Chevalier du Soleil tel que toi peut-il encore être considéré comme normal ? » marmonna Rose.

Je lançai à Rose un regard incroyablement dédaigneux, et ensuite je me remis à discuter du problème que nous avions sur les mains.  « Même si nous ne faisons que nous balader, nous n’avons aucun moyen de savoir ce qu’il va arriver, alors créons-nous d’abord un alibi. Nous allons prétendre être trois frères et sœur qui ont quitté leur famille pour partir à l’aventure. »

Roland serait à la fois l’aîné et un guerrier. Malgré le fait que nous pouvions affirmer qu’il est chevalier, il y avait toujours le risque que quelqu’un puisse demander : si c’est un chevalier, dans ce cas où se trouve son cheval ? Et, il ne pouvait clairement pas invoquer son cheval mort-vivant pour le montrer aux autres, n’est-ce pas ? Alors, prétendre que c’est un guerrier serait bien plus facile.

Je serais le plus jeune des deux frères. Juste en regardant mon justaucorps et le masque sur mon visage, il va sans dire que les gens sauraient que je suis un assassin.

Rose est naturellement la sœur cadette, et sa profession était celle d’apprentie-mage.

Bien sûr, rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. Simplement en regardant les équipements de la Seconde Guerre d’Extermination des Démons, on pouvait voir que Rose était si ancienne que personne ne savait à quelle époque elle avait été créée. Même si Roland et moi avions le même âge, j’étais plus vieux que lui de plus d’un mois. Qui plus est, il n’avait pas vieilli du tout depuis qu’il était mort.

Pour cette même raison, je m’étais déjà mis à protester : « Je suis plus vieux que Roland, alors pourquoi dois-je être le frère cadet ? »

« Parce que tu es plus petit que lui. »

« Seulement de quelques centimètres. D’ailleurs, les frères aînés ne sont pas nécessairement plus grands que leurs jeunes frères et sœurs. C’est de la pure discrimination ! »

« Parce que tu n’es pas aussi fort que lui. »

« Qui a dit ça ? Je possède la Brigandine Sainte du Dragon, une capacité d’auto-guérison surhumaine, et je suis capable d’utiliser la magie des éléments ainsi que les sortilèges des nécromanciens. En prenant tout cela en compte, je devrais au moins être aussi fort que lui ! Euuuh… Je devrais, non !? »

« Parce que tu n’as pas l’air aussi fiable que lui. »

« Quelle partie n’a pas l’air fiable chez moi ? Mon sourire a une fois gagné le prix annuel pour l’Expression Faciale la Plus Rassurante… Comment ? De quoi a l’air une personne qui a les cheveux noirs striés de mèches argentés, porte un masque, et revêt un justaucorps ? Inutile de poser la question, c’est évident ! Évidemment, cette personne aurait l’air d’un individu suspect ! »

En fin de compte, mes protestations échouèrent, et je ne pus qu’accepter docilement mon rôle en tant que frère cadet.

Après avoir trouvé un alibi, nous flânâmes tous les trois dehors dans les rues. Dès l’instant où nous eûmes quitté le cottage, l’expression de Roland se tendit sur-le-champ. Quand nous fûmes sur le point de pénétrer dans une rue légèrement plus bondée, il hésita pendant un moment avant de donner l’impression de rassembler son courage et de mettre le pied dans la foule. À chaque pas sur la route, il regardait nerveusement à gauche et à droite, en ayant l’air très inquiet.

« Des gens m’ont remarqué. Je peux sentir leurs yeux qui me fixent. » Roland fronça les sourcils fermement et dit anxieusement : « Peut-être que nous avons déjà été découverts. Rentrons simplement au cottage. »

Quelqu’un a vraiment remarqué Roland ? Je plissai les yeux, cherchant partout aux alentours, et sentis immédiatement la présence de curieux. Ils incluaient une jeune épouse qui regardait depuis une fenêtre, un groupe de jeunes demoiselles qui discutaient au coin d’une rue, et une danseuse qui nous dépassa ouvertement et qui battit des cils de façon coquette dans notre direction à plusieurs reprises.

« Ne t’inquiète pas. C’est seulement une bande de femmes reluquant un homme sexy. » Après l’avoir expliqué à Roland, j’ajoutai aigrement : « Bien que si je ne portais pas mon masque, je serais capable d’en attirer encore plus ! »

« Ne sois pas triste, Sun- …Suprême Dragon ! Beaucoup de personnes t’ont également remarqué. » Rose me tapota l’épaule. « Tu vois ? Sur la gauche, il y a quelques chevaliers sacrés qui pointent vers toi et, sur la droite, quelques chevaliers ont leurs yeux rivés sur toi, et…et… au coin, il y a une poignée de prêtres qui n’arrêtent pas de te fixer. »

J’avais à l’origine tourné mon regard avec espoir dans la direction indiquée par Rose, mais non seulement je n’ai pas vu de jeunes femmes en train de discuter, à la place il y avait un groupe d’hommes qui me scrutaient de la tête au pied avec des regards méfiants… Je m’exclamai avec ressentiment à Rose d’une voix basse : « C’est parce que mon accoutrement est trop suspicieux ! »

Rose déclara avec une réalisation soudaine : « C’est donc ça. Et moi qui me demandais pourquoi les seuls à t’avoir remarqué étaient tous des hommes. J’étais sous la fausse impression que Roland séduisait les femmes pendant que tu attirais exclusivement les hommes. »

Que c’est révoltant ! Qui attire exclusivement les hommes ?

Je répliquai sur un ton menaçant : « Me croirais-tu si je te disais que je connais l’endroit où tu caches toutes tes sucettes à la fraise ? »

Essayant de ne pas avoir l’air vulnérable, Rose rétorqua : « Me croirais-tu si je te disais que je peux teindre tes cheveux en noir striés de mèches argentées de façon permanente ? »

Je couvris immédiatement mes cheveux avec mes mains en contrant : « Vas-y et essaie. Prudence maintenant, sinon tu pourrais ne jamais goûter aux desserts à la fraise qu’Ice confectionne. »

« Quelle impudence ! Sale méprisable petit homme ! » Rose écrasa son pied contre le sol, sortant une minuscule baguette magique avec colère et la pointant sur moi.

Comme c’est abominable ! L’on peut perdre une bataille mais pas sa dignité. Si l’on recule comme un lâche, on ne sera plus jamais capable de regarder qui que ce soit dans les yeux ! D’un seul coup, j’abandonnai 200mL de sang en échange d’une dague que je pointai aussi vers Rose en retour… Non pas que j’aie envie de révéler ceci, mais cette situation avec la baguette minuscule de Rose et ma petite dague n’était pas le moins du monde impressionnante. J’entendis même quelques rires étouffés en arrière-plan.

En plus, l’ordre public de la Cité du Bourgeon est vraiment strict. Oubliez l’idée de vous battre dans les rues, les chevaliers arrêteront quiconque dès qu’ils dégaineraient une arme. Mais, en ce moment, les chevaliers sacrés et les chevaliers autour de nous donnaient l’impression qu’ils n’avaient absolument aucune intention de nous restreindre… Ils nous sous-estiment beaucoup trop ! Juste parce qu’elle est un peu petite, n’est-elle plus considérée comme une arme ?

À ce moment-là, Roland, qui se tenait debout sur le côté, commença soudainement à reculer de quelques pas. Rose et moi nous retournâmes simultanément pour le fixer du regard, lui demandant à l’unisson : « Roland, pourquoi recules-tu ? »

Roland répondit de façon détachée : « De cette façon, je n’obstruerai pas votre duel. »

« Pardon ? Qui va se battre en duel ? » m’enquis-je, perplexe.

« Toi et Rose », affirma Roland avec sérieux. « Vous étiez tous les deux déjà en train de prendre vos positions de combat. C’est excellent ; laissez simplement les épées dans vos mains déterminer qui a raison et qui a tort, et non pas en vous disputant et en débattant. C’est la vraie voie du chevalier. »

Je fixai la dague dans mes mains, puis la baguette que Rose tenait. En nous regardant tous les deux, comment diable en est-il arrivé avec « les épées dans vos mains » ?

Rose contempla sa propre robe de mage, puis observa mon costume d’assassin, et dit avec embarras : « Ne sommes-nous pas, Suprême Dragon et moi, très loin de suivre le code d’honneur de la chevalerie ? »

À cet instant, les fou-rires silencieux des passants se transformèrent en hurlements de rire. Les chevaliers sacrés, qui pointaient à l’origine leurs doigts dans ma direction, riaient à présent à gorge déployée en se tenant l’estomac.

Voyant la situation actuelle, je sentis que j’avais une vaine incroyable. C’est une bonne chose qu’ils ne se rendent pas compte que je suis le Chevalier du Soleil.

Plusieurs chevaliers s’approchèrent en riant. « Désolés d’interrompre votre duel suivant le code d’honneur des chevaliers », dirent-ils, toujours en rigolant, « mais faire du tapage et se battre dans les rues est interdit. »

« Ce n’est pas un combat, mais un duel. » décréta Roland avec le plus grand sérieux. Les chevaliers laissèrent échapper un autre éclat de rire, qui se transforma en une ronde complète de rire incontrôlable, incitant les spectateurs alentours à rigoler encore plus fort.

« Jamais de toute ma vie me suis-je senti plus humilié durant les vingt-trois années que j’ai vécues. » affirmai-je à voix basse, en retenant presque des larmes.

Rose maintint également sa tête basse, en déclarant : « Ouais, jamais ne me suis-je sentie aussi humiliée durant les deux milles trois- Ahem ! Durant les  “nombreuses” années de ma vie. »

À ce moment-là, un rugissement interrompit les éclats de rire de tout le monde. « Qu’est-ce que c’est que tout ce raffut ? »

Je tournai la tête pour apercevoir un escadron entier de chevaliers sacrés. De plus, cousu sur les poitrines de leurs uniformes se trouvait l’emblème du Chevalier du Soleil… Il s’agissait de mon propre peloton de chevaliers. Qui plus est, tous les vingt-cinq membres étaient présents, incluant mon vice-capitaine Adair.

À la façon dont ils étaient tous bien équipés et alignés d’une manière si ordonnée, ils ne donnaient pas l’impression qu’ils étaient venus ici pour rôder dans les rues ou pour casser la figure à quelqu’un… Se pourrait-il que ce soit au tour de la Section du Chevalier du Soleil de patrouiller dans les rues ce mois-ci ?

C’est vraiment mauvais ! Ma Section du Chevalier du Soleil se spécialise dans l’élimination des créatures mortes-vivantes. Même si Roland ressemblait présentement à un être humain vivant, complètement différent de son apparence de Chevalier de la Mort, il n’y avait aucune garantie qu’ils ne le reconnaîtraient pas.

Je ne pus m’empêcher de vérifier la Lumière Sacrée autour de Roland, pour confirmer qu’elle l’enveloppait toujours fermement et que pas une once d’aura de ténèbres ne s’échappait.

À cet instant, le chevalier sacré, qui se tenait précédemment dans un coin en se tenant l’estomac à force de rigoler, accourut vite par ici, rapportant respectueusement et courtoisement la situation à la Section du Chevalier du Soleil. En entendant le rapport, les membres du Peloton du Chevalier du Soleil détendirent leurs expressions. Je poussai également un soupir de soulagement puisque nous semblions avoir réussi à les berner avec succès. Mais alors, mon vice-capitaine, Adair, se détacha du centre de l’escadron pour s’approcher jusqu’à faire directement face à Roland.

Il jaugea Roland de la tête au pied avant de lui demander nonchalamment : « Êtes-vous un chevalier sacré ? »

« Non, je suis un chevalier », dévoila carrément Roland.

Hé, hé ! Roland, ne venons-nous pas tout juste de décider de nos alibis ? Tu es censé être un guerrier !

« Ah, vraiment ? » ricana froidement Adair, puis il s’adressa à lui sèchement : « Dans ce cas, pourquoi votre corps déborde-t-il de Lumière Sacrée ? » Dès l’instant où les mots d’Adair eurent quitté sa bouche, les vingt-quatre membres restants de la Section du Chevalier du Soleil formèrent sur-le-champ un cercle, nous enfermant fermement.

Comme c’est embêtant ! Si j’avais su que ceci allait arriver, je n’aurais jamais demandé à Adair de mener le peloton pour casser la figure à des gens. Observant leur étonnante efficacité à nous encercler, même moi je ne pus réagir du tout avant de me faire cerner complètement par l’escouade.

Aujourd’hui est-il le jour où je récolte les méfaits que j’ai semés, que je me fais massacrer par ma propre Section du Chevalier du Soleil ?

Adair dégaina lentement son arme, expliquant aux autres : « Si vous n’émettez pas la Lumière Sacrée vous-même, alors ça ne peut vouloir dire qu’une seule chose. La Lumière Sacrée qui entoure votre corps est là dans le but de dissimuler quelque chose d’autre comme, par exemple, une aura de ténèbres. »

Seulement maintenant je me rends compte que posséder un vice-capitaine qui soit trop malin n’est pas forcément une bonne chose. Il y a peu de chances pour que ça se termine bien.

« Qu’est-ce que ça peut bien faire que ce soit pour masquer une aura de ténèbres ? » lâcha soudainement Rose. « Masquer une aura de ténèbres va-t-il à l’encontre de la loi ? »

Adair, étant le type sympa qu’il était, accepta de lui répondre. « Dissimuler une aura de ténèbres n’est pas illégal », dit-il, « mais, ceux qui en possèdent une sont, le plus souvent, des individus plein de malice, tels que les créatures des ténèbres. »

« Et qu’en est-il des disciples du Dieu de l’Ombre ? » Rose leva son menton, en rétorquant de façon provocante. « Avez-vous l’intention de dire que les Chevaliers Noirs du Dieu de l’Ombre sont des individus plein de malice également ? »

Les Chevaliers Noirs ?

Ah ! Quelle manœuvre ingénieuse ! J’avais en fait oublié que les seuls chevaliers à afficher une aura de ténèbres sur leurs corps étaient les Chevaliers Noirs qui servent le Dieu de l’Ombre.

En entendant cela, même Adair se figea. Vous ne pouvez pas l’en blâmer non plus, vu que la Cathédrale du Dieu de l’Ombre était très loin d’ici. Bien que j’aie eu connaissance de l’existence des Chevaliers Noirs, je n’en avais en fait jamais vu un auparavant.

Adair plissa les yeux avant de s’enquérir avec doute : « Vous êtes un Chevalier Noir ? Dans ce cas, pourquoi masquez-vous l’aura de ténèbres sur votre corps ? »

Roland fronça les sourcils, incapable de répondre. Je dois admettre que lui, qui ne savait que comment pratiquer sa technique à l’épée, n’avait pas la moindre idée de ce qu’était un Chevalier Noir.

À ce moment-là, Rose répliqua en se moquant : « Parce qu’il y a un tas d’idiots qui sont sous la fausse impression qu’une aura de ténèbres ne peut appartenir qu’à des créatures mortes-vivantes. »

Dès l’instant où les mots quittèrent sa bouche, tous les chevaliers alentours montrèrent des expressions de colère sur leurs visages. Seul Adair, malgré le fait d’être celui vers qui l’insulte était dirigée, ne s’en souciait pas du tout. Il fronça les sourcils, plongé dans ses pensées, puis exigea de Roland : « Je vous prierais de bien vouloir retirer la Lumière Sacrée qui se trouve autour de vous. »

Ayant entendu cela, je réfléchis pendant une seconde. Puisque nous ne pouvons pas refuser de la retirer, nous ne pouvons que courir le risque et espérer que l’Anneau de Vie de Rose sera suffisant comme camouflage pour nous permettre de nous en sortir.

Après que j’eus enlevé la Lumière Sacrée sans hésitation, Roland ne sembla pas avoir changé du tout aux yeux des curieux. Mais, aux yeux de la Section du Chevalier du Soleil, il émettait une légère aura de ténèbres, et leurs mines devinrent sombres.

Adair fronça les sourcils et eut l’air d’être plongé profondément dans ses pensées pendant un bon moment avant de subitement nous lancer un regard particulièrement pénétrant. Je paniquai intérieurement, en suivant sa ligne de vision pour m’apercevoir que… Accrochée à la taille de Roland, se trouvait la même épée dont ce dernier s’était servi pour me blesser !

Adair leva alors lentement la tête, fixant directement le visage de Roland. Si après ça il n’arrivait toujours pas à reconnaître que la personne devant lui était le Seigneur de la Mort de la dernière fois, dans ce cas je devrais probablement me mettre à douter de ma capacité à choisir mon vice-capitaine.

Mais je suis convaincu que je sais bien choisir les gens, alors j’étais déjà en train de me demander comment organiser notre fuite. Peut-être que prendre mon propre vice-capitaine en otage serait une excellente option ? Toutefois, la technique à l’épée d’Adair ne sera pas facilement vaincue. Si l’enlèvement échoue et qu’il nous met en déroute à la place, me resterait-il assez de dignité pour rester leur capitaine ?

« Vous pouvez partir. »

Très bien ! Je vais simplement faire en sorte que Roland capture Adair… hein? J’étais bouche-bée. Que vient de dire Adair à l’instant ?

À ce moment-là, les autres membres de la Section du Chevalier du Soleil le questionnèrent avec inquiétude : « Adair, est-ce vraiment une bonne idée ? Devrions-nous demander au capitaine de venir pour confirmer ? »

Adair secoua la tête, en disant : « C’est inutile. Allons-y. Plus vite nous finirons nos patrouilles, plus vite nous pourrons compléter la tâche que notre capitaine nous a assignés. » Quelle tâche ? Je clignai des yeux. Ai-je vraiment fait une telle requête ?

Adair montrait sans aucun doute son influence en tant que vice-capitaine qui s’occupait tout le temps de ma Section du Chevalier du Soleil. Après qu’il eut dit que c’était inutile, pas une seule objection ne provint des membres du peloton. Ils repassèrent promptement de leur formation en cercle à la formation de patrouille, puis partirent de façon ordonnée, en suivant Adair.

Si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux, je n’aurais jamais cru que ma Section du Chevalier du Soleil était capable de former une formation si impeccable et ordonnée. Adair doit vraiment être incroyable. On dirait que j’ai très bon goût pour choisir les gens ! Mais de quel genre d’affaire, exactement, étaient-ils partis s’occuper ? Je ne me rappelle pas d’avoir assigné des tâches à Adair. Qui plus est, il doit définitivement avoir reconnu Roland. En tant que le vice-capitaine de la Section du Chevalier du Soleil, qui se spécialise dans la gestion des créatures des ténèbres, comment pouvait-il tout simplement laisser un Seigneur de la Mort flâner dans la cité comme il lui plaisait ? Se pourrait-il que je ne comprenne pas du tout mon vice-capitaine ?

« Sun, devrions-nous les suivre ? » me demanda Rose à voix basse, ayant l’air très intéressée. J’y réfléchis pendant un moment. Amener Roland en même temps que de secrètement espionner la Section du Chevalier du Soleil semblait être une tâche impossible. Que ce soit une aura faible de ténèbres, ou qu’elle soit masquée par la Lumière Sacrée, dans les deux cas, ce n’est pas possible de leur cacher notre présence.

« Non. Nous sommes ici aujourd’hui pour accompagner Roland dans une promenade à l’extérieur, alors allons voir les endroits où il souhaiterait aller à la place. »

En entendant cela, Rose laissa échapper un grognement déçu mais, peu de temps après, elle tenait Roland par la main en jetant des coups d’œil partout. On aurait dit que Roland était mené par Rose dans tous les sens, et il ne demanda presque jamais de façon active à visiter un endroit spécifique. Alors, je l’interrogeai : « Roland, y a-t-il un endroit où tu voudrais aller ? »

« Boutique de desserts ! Magasin de peluches ! Terrain d’exécution ! »

J’ignorai complètement la petite fille bruyante et dis de façon très sérieuse à Roland : « Où que tu veuilles aller, je t’y emmènerai… Sauf en ce qui concerne l’Église du Dieu de la Lumière. »

Même si c’était le palais royal, je possédais mes propres moyens pour offrir à Roland une journée entière de visite à l’intérieur. Le seul endroit où je ne pouvais pas l’emmener était l’Église du Dieu de la Lumière. Après tout, il s’agissait des quartiers généraux des forces qui réprimaient les créatures des ténèbres. Même si un Seigneur de la Mort devait se faufiler jusqu’à l’intérieur, il ne ferait que rencontrer la mort en se noyant dans la Lumière Sacrée.

Lorsqu’il entendit cela, Roland révéla en fait un léger air de déception. Se pourrait-il qu’il espérait réellement visiter l’Église du Dieu de la Lumière !? En mettant de côté le fait qu’il y a à la Cité du Bourgeon une nécromancienne qui ne se rend pas compte qu’elle est une nécromancienne, on y retrouve également un Seigneur de la Mort qui ne semble pas réaliser qu’il est un Seigneur de la Mort !  Ne me dîtes pas que, de nos jours, toutes les créatures mortes-vivantes ont oublié qu’elles ont déjà quitté ce monde, et donc qu’elles devraient rester très loin de quoi que ce soit contenant les mots « Lumière » et « Sacré » ?

Roland réfléchit pendant un moment, et ensuite secoua la tête. Je soupirai et annonçai : « Dans ce cas, je vais t’emmener chercher de nouveaux vêtements. Nous devrions également t’acheter une autre épée, puisque tu ne peux même pas dégainer celle que tu possèdes en ce moment. » Dès qu’elle serait sortie de son fourreau, l’aura de ténèbres serait certainement projetée vers les cieux, et alors nous serions obligés de jouer au jeu du chat et de la souris avec une bande de chevaliers sacrés.

Roland hocha la tête, mais Rose commença à sautiller entre nous deux, en protestant bruyamment : « Boutique de desserts ! »

« Tu veux toujours aller à la boutique de desserts ? » la ridiculisai-je. « Dans ta maison, il y a plus de sucettes qu’il n’y a de cadavres au terrain d’exécution. Es-tu vraiment certaine d’être une nécromancienne ? »

Rose leva les yeux au ciel et répliqua maussadement : « C’est drôle à quel point ta capacité à la magie est dix fois meilleure que celle de ta technique à l’épée, que ta Lumière Sacrée est plusieurs centaines de fois plus forte que ton aura de combat, et que tes habiletés de nécromanciens sont au moins dix mille fois meilleures que tes talents de cavalier. En fin de compte, c’est toi qui ne te rends pas compte que tu es un chevalier sacré ! »

J’en perdis mes mots. Durant mes treize années en tant que chevalier sacré, j’avais douté au moins treize fois de si j’étais vraiment fait pour être un chevalier sacré. (Chaque année, après avoir testé ma technique à l’épée et vu mon score, je n’avais pu m’empêcher de douter pendant un instant.)

Les premiers jours, mon maître m’avait consolé en disant : « Ton pire futur choix de carrière aurait été celui de chevalier. Ton deuxième pire futur choix de carrière serait celui de chevalier sacré. Alors, cesse de t’apitoyer sur ton sort. Au moins, tu n’as pas choisi la première option. »

Après qu’il avait eu fini de me consoler, mon maître s’était consolé lui-même, avec une rare satisfaction, en disant : « C’est une bonne chose que je sois ton maître dans la voie de chevalier sacré, et pas ton maître dans l’art de la chevalerie. Si j’avais dû t’élever au rang de chevalier, ç’aurait été plus facile de simplement te tuer d’un seul coup, te laissant te réincarner et choisir une autre carrière par la même occasion. »

« Encore une chose : en tant que Chevalier du Soleil, le chevalier sacré le plus haut gradé, tu t’es fait réprimander par une créature des ténèbres jusqu’à-ce que tu en restes sans voix. Pfff ! Je me demande si tu es même conscient du fait que tu es le Chevalier du Soleil ! » me sermonna Rose d’un ton extrêmement sarcastique.

« Si tu ne te tais pas sur-le-champ, je ne t’emmènerai pas à la boutique de dessert », la menaçai-je sur un ton sinistre. Rose scella ses lèvres, resplendissante de joie.

« C’est l’heure d’y aller, l’heure d’y aller. Comme nous nous rendons à tellement d’endroits, nous ferions mieux de nous dépêcher. » Après les avoir pressés, je marchai à l’avant pour montrer le chemin à ces deux-là. Mais, à ce moment-là, une notion me traversa l’esprit.

Peut-être que me balader dans les rues en compagnie d’une nécromancienne et d’un Seigneur de la Mort est l’action la plus saugrenue que j’aie effectuée en tant que Chevalier du Soleil ?