La Légende du Chevalier du Soleil T3C9 : Ramène La Princesse Au Château

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 : À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : 我 (Yu Wo)


Chapter 9: Bring the Princess Back to the Caslte – traduit du chinois à l’anglais par Nausicaä[PR!]
Chapitre 9 : Ramène La Princesse Au Château – traduit de l’anglais vers le français par Irina
+ Travail de vérification par Nocta

Cette personne se tut un moment, mais ne démentit pas le nom que j’avais crié ou les paroles que j’avais proférées. Elle ajouta doucement : « Sun, relâche cette fille. C’est moi qui ai tué Leaf. C’est donc moi que tu devrais attaquer à la place. »

Je répondis froidement : « L’arme qui a tué Leaf était la rapière d’un chevalier noir. »

« Je lui ai dit de le faire », admit-elle franchement, avant d’expliquer : « Si nous ne l’avions pas tué, nous n’aurions pas été capables d’échapper à nos poursuivants, c’est-à-dire toi et tes équipiers. »

En entendant cette explication, je lâchai à travers mes dents serrées : « Je pensais que tu comprenais ma façon d’être. »

Rose lâcha un petit rire qui résonna comme des clochettes en argent et répondit : « C’est parce que je te comprends si bien que j’ai tué Leaf. Même si tu avais su que la Résurrection pouvait être utilisée dans les huit heures suivant la mort, pendant lesquelles tu aurais pu soigner le Fils du Dieu de la Guerre et les autres, les emmener avec toi pour nous vaincre, et après ressusciter Leaf, tu ne l’aurais définitivement pas fait. À tes yeux, il n’y a rien de plus important que tes camarades Chevaliers Sacrées, pas même une princesse. »

« Alors tu dois savoir », hurlai-je avec fureur, « que quiconque ayant tué mes Chevaliers Sacrés devra mourir ! »

Rose se tut pendant un long moment, avant de me répondre le plus sincèrement possible : « Ne te bats pas contre moi, Sun. Tu dois te douter de ce que je suis. Je ne peux pas mourir. C’est inutile, même si tu détruis ce corps. »

En effet, je savais que Rose étais une liche.

J’avais précédemment mentionné les sorcières, et on pouvait presque dire qu’une liche était une version supérieure d’une sorcière, une créature maléfique en laquelle les humains se transformaient pour toutes sortes de raisons. Cependant, une sorcière pouvait quand même mourir, tandis qu’une liche était plus ou moins immortelle. Les liches abandonnaient leur chair, plaçaient leur « vitalité » dans un endroit sûr, et contrôlaient à partir de là différents objets pour s’en servir comme corps.

Par rapport à une sorcière, une liche était incomparablement plus puissante. Dans un premier temps, pour être en mesure de compléter avec succès la cérémonie visant à se changer en liche, on devait être un mage ou un guérisseur extrêmement puissant, même avant de renaître sous forme de liche. En plus de cela, elles atteignaient l’immortalité en mourant. On pouvait dire que de s’en faire un ennemi était l’action la moins judicieuse qui fût, car personne ne voudrait avoir à faire face à une liche surpuissante qui ne savait pas ce qu’était la mort.

Même si je tuais Rose, le mieux que je pusse accomplir serait la destruction de son corps actuel, et elle pourrait simplement aller en chercher un nouveau.

Je pris une profonde respiration et déclarai : « Dans ce cas, au nom de notre ancienne amitié, je me contenterai de tuer le chevalier noir. »

Paraissant un peu embarrassée, Rose répliqua : « Ne le tue pas non plus, Sun. C’est l’ “Aigle Silencieux”, c’est-à-dire qu’il est à la tête des Chevaliers Noirs de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre. En tant que Chevalier du Soleil du Dieu de la Lumière, tu dois avoir entendu ce titre auparavant. »

J’en avais en effet entendu parler. Bien que l’Aigle Silencieux ne fût pas le porte-parole de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre, il était de facto l’administrateur en charge des affaires politiques. …Enflure ! Les administrateurs ne sont-ils pas censés être vraiment occupés ? Comment a-t-il eu le temps d’aller courtiser une princesse ?

Rose continua : « Si tu le tues, tes problèmes vont seulement empirer. Malgré le fait que la Cathédrale du Dieu de l’Ombre ne soit pas nécessairement plus puissante que l’Église du Dieu de la Lumière, leurs membres sont extrêmement vindicatifs. Quand le moment viendra, ils ne seront pas forcément capables de te tuer, mais ils trouveront forcément une chance pour assassiner un des Douze Chevaliers Sacrés en guise de châtiment. Tu ne voudrais pas qu’un autre des Douze Chevaliers Sacrés perde la vie, n’est-ce pas ? »

Je lui répondis avec indifférence : « Tu n’arrêtes pas de dire “ils” et “leurs”. Es-tu en train de me dire que tu ne fais pas partie de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre ? »

Rose renifla avec dédain et affirma : « Qui se compterait parmi ses propres serviteurs ? »

En entendant cela, je fronçai les sourcils, ne comprenant pas réellement le sens derrière les paroles de Rose. Néanmoins, j’avais le sentiment que j’étais très proche de découvrir un gros secret de la Cathédrale de Dieu de l’Ombre. Pourtant, je n’avais pas envie de m’aventurer dans ces eaux tumultueuses ; comme Rose l’avait déjà fait remarquer, la Cathédrale du Dieu de l’Ombre était très vindicative, et connaître ce secret n’était pas forcément une bonne chose.

Après avoir pesé le pour et le contre pendant quelques instants, je me retournai et balançai un coup de pied au chevalier noir. Il poussa un gémissement en reprenant conscience. Je lui demandai : « Ton nom ? »

Le chevalier sombre leva la tête et jeta un coup d’œil d’abord à Rose, qui flottait dans les airs, avant de diriger son regard vers moi. Après un certain temps, il répondit : « Je n’ai pas de nom. À partir du moment où je suis devenu l’Aigle Silencieux, je n’ai plus porté de nom. Puisque tu es celui qui m’a vaincu, peut-être voudrais-tu m’en donner un ? »

J’étais stupéfait. Je l’ai vaincu ? Le menacer avec un otage compte aussi ? 

Ce chevalier noir de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre est franchement bizarre… Je ricanai sinistrement et décrétai alors : « Dans ce cas, tu t’appelleras Attendsun ! Je ne vais pas te tuer maintenant, mais éventuellement je te ferai payer le prix pour avoir osé plonger une lame dans la poitrine d’un des Douze Chevaliers Sacrés… Attends, et tu verras ! La Cathédrale du Dieu de l’Ombre est peut être vindicative, mais ce Chevalier du Soleil est dix fois plus rancunier ! »

« Attendsun… D’accord, à partir de maintenant, on m’appellera Attendsun », acquiesça Attendsun, en acceptant le nom que je venais de lui donner.

J’ignorai le chevalier noir bizarre et dis en direction du ciel : « Rose, as-tu l’intention de revenir à la Cité du Bourgeon ? »

« Je devrai y retourner tôt ou tard », répondit Rose avec une honnêteté inattendue. « J’ai des affaires à traiter là-bas, donc je dois y aller. »

J’hochai la tête et concentrai brusquement une grande quantité de lumière sacrée dans l’Épée Divine du Soleil avant de la rediriger vers le ciel, où elle transperça sans faillir la petite silhouette qui flottait dans les airs.

Rose lâcha un cri étouffé, avant de murmurer d’une voix peinée : « Sun, tu… »

Je lui répondis froidement : « Je suis las de regarder une fillette. Va te trouver un nouveau corps avant de revenir. »

Son corps commença lentement à tomber en cendres, et elle déclara avec un sourire amer : « Pour qu’un corps puisse être utilisé à long terme, il doit passer par un traitement très long et très rigoureux… Tu te venges vraiment durement. »

J’hochai la tête et lui répondis : « Ça va tant que tu comprends. La prochaine fois, tu auras appris à être plus obéissante. Dans tous les cas, ne touche pas à mes Chevaliers Sacrés. »

Rose marmonna : « Si j’avais su que tu nous rattraperais si facilement, je ne t’aurais jamais contrarié… Après toutes les épreuves que j’ai dû traverser, qu’est-ce que j’ai gagné au final ? Où suis-je censée aller trouver un corps maintenant ? Soupir… Attendsun, tu m’as vraiment causé du chagrin cette fois ! »

« Mes plus sincères excuses », répondit Attendsun, et malgré les blessures qui couvraient son corps, il réussit quand même à s’agenouiller et à incliner la tête jusqu’au sol.

Son comportement me surprit grandement. Il semblerait que la place de Rose dans la Cathédrale du Dieu de l’Ombre fût encore plus élevée que je ne le pensais après tout.

Rose écarta ses excuses avec une générosité surprenante en disant : « Oh bon, oublions ça, donne la princesse à Sun. Tu peux rentrer à la Cathédrale du Dieu de l’Ombre et aller honorablement demander sa main à la reine du Royaume de l’Orchidée Lunaire. Après tout ce qu’il s’est passé, je doute que le Fils du Dieu de la Guerre veuille encore épouser ton Alice. »

« Mais… » commença Attensun avec une certaine inquiétude.

Rose l’interrompit : « Ne t’inquiète pas, maintenant qu’il sait que toi et moi sommes les seuls responsables de la mort de Leaf, il ne tuera pas la princesse. Même si ce type ne ressemble en rien à un chevalier, au fond de son cœur il possède toute de même un petit zeste de chevalerie… N’est-ce pas ? Du moins, c’est ce que je pense. »

Sur ces mots, Rose finit de se dissoudre.

Je roulai des yeux dans la direction dans laquelle elle avait disparu. Si tu vas mourir, dépêche-toi de le faire ! Qui aurait cru que tu avais encore autant d’âneries à raconter… et toi, une liche qui est la plus malfaisante des créatures, tu t’es même démenée pour rappeler à ce Chevalier du Soleil d’honorer les codes de la chevalerie ! N’y a-t-il plus aucune différence entre le bien et le mal dans ce monde !?

À ce moment-là, Attendsun se plaça devant Alice et s’agenouilla devant moi en me suppliant : « Mon seigneur, je vous en supplie, ne tuez pas Alice. C’est moi qui ai tué le Chevalier de la Forêt. Tout est de ma faute. »

« Non ! » Alice se précipita immédiatement devant Attendsun, en se servant de son corps frêle pour le protéger, et plaida : « S’il-te-plaît, ne le tue pas. Tue-moi à la place. C’est moi la responsable : je n’aurais pas dû m’enfuir de la maison. Par pitié, ne tue pas mon Aigle ! »

Attendsun enroula tout de suite ses bras autour de la princesse, déterminé à la protéger, mais elle se débattit désespérément pour se libérer. D’une voix torturée, il s’écria : « Alice ! Ne sois pas comme ça. »

« Aigle ! » hurla Alice, les yeux pleins de larmes. « Je ne peux pas continuer à vivre si tu meurs. Même si tu me protèges, ce sera inutile. »

« Alice… » dit Attendsun, la voix chargée de sanglots. Devant le pouvoir de l’amour, même un chevalier noir sans émotion pouvait verser des larmes.

Me retrouvant face à ces deux-là, qui pleuraient toutes les larmes de leurs corps, j’étais un peu sidéré. Jamais dans ma vie je n’aurais imaginé entendre ces paroles qui sonnaient comme si elles étaient directement extraites d’un roman à l’eau de rose ultra-classique. Et, pourquoi avais-je l’impression d’être le grand méchant tentant de séparer deux amants tragiques par la force ?

Vous plaisantez, j’espère ? Je suis le chevalier venu secourir la princesse, vous vous rappelez !?

Mon seigneur, les trois heures de la transformation sont écoulées. Souhaitez-vous employer davantage de sang pour maintenir la transformation ?

Je répondis plutôt faiblement à la Brigandine Sainte du Dragon : « Non. En un mois, je me suis déjà transformé trois fois. Si je continue sur cette voie, je vais vraiment devenir anémique. Cela dit, même si je conservais ma transformation, le duo pleurnicheur rend le maintien d’une intention meurtrière quasiment impossible pour qui que ce soit. »

Après avoir dissipé mon déguisement, la première chose que je fis fut de menacer des gens.

« Il vous est strictement interdit de révéler ma véritable identité. Il vous est également défendu de parler de mon déguisement d’assassin, sinon… »

Alice était probablement déjà terrifiée par moi. Elle serra fermement son bien-aimé dans ses bras et hurla sauvagement : « Je ferais tout ce que tu voudras tant que tu ne tues pas mon Aigle ! »

Avant d’entendre la réponse du chevalier noir, je pris un moment pour sentir les alentours, et réalisai que l’élément de ténèbres provenant de son corps s’écoulait très rapidement. Il semblerait que ses blessures fussent vraiment sérieuses. Si je le laisse partir dans cet état, il y a de fortes chances qu’il meure sur le chemin du retour, euh…

Je lançai un sort de Soin Ultime et guéris la majorité des blessures du chevalier noir.

Probablement parce qu’ils étaient tous les deux choqué par ma bonté, Attendsun et Alice restèrent silencieux. Prenant garde à maintenir un air de mystère autour de moi, j’ordonnai avec insouciance : « Fiche le camp. Je vais escorter ta princesse jusque chez sa mère sans toucher à un seul des cheveux sur sa jolie petite tête. »

Attensun hésita, réticent à partir. Très précautionneusement, il s’enquit : « Si j’avais bougé tout à l’heure, auriez-vous réellement coupé la main de la princesse ? »

« Oui. Dans le cas contraire, tu aurais fait la même chose pour moi », répondis-je promptement.

Attendsun se tut et ne parut pas décidé à partir.

Je poursuivis : « Cependant, après m’être servi de la princesse pour te neutraliser et te fracasser en mille morceaux, j’aurais rattaché sa main au reste de son bras. »

En réponse, Attendsun lâcha un profond soupir et répondit : « Je vous crois, mon seigneur1. »

Il n’y a aucun problème à me croire, mais qu’est-ce que c’est que ce « mon seigneur » Pourquoi est-ce que tu me montres autant de respect ? Un peu dépassé, je m’interrogeai. Ce type n’est pas en train de me mettre sur un piédestal comme son ennemi ultime ou quelque chose de ce genre, n’est-ce pas ?

Attendsun annonça à la princesse : « Alice, attends-moi, je vais assurément venir demander ta main. »

D’un ton suggérant qu’elle se sentait profondément lésée, Alice répliqua : « Mais, ne m’avais-tu pas dit que l’Aigle Silencieux ne pouvait pas se marier ? Nous nous sommes enfuis parce que la Cathédrale ne t’aurait jamais autorisé à te marier… »

Attendsun ricana avant de répondre : « Puisque “cette personne” m’a déjà commandé de te demander en mariage, personne à la Cathédrale n’osera s’y opposer. »

Cette personne ? Se réfère-t-il à Rose ? Je fronçai des sourcils à nouveau. Qui est Rose au juste ?

Après cela, les deux jeunes amants exprimèrent leur amour immortel. Même après s’être offerts les 29 kilomètres d’adieu2, ils ne voulaient toujours pas se séparer. Leurs singeries me donnaient vraiment envie de m’avancer pour leur donner à chacun un gentil coup d’épée et les expédier au paradis des amants liés-jusqu’à-ce-que-la-mort-les-sépare.

Je grognai vicieusement : « Attendsun, si tu ne te dépêches pas de faire soigner le reste de tes blessures, tu perdras tellement de sang que tu ne vivras même pas assez longtemps pour prononcer une demande en mariage. »

Sur ces paroles, Alice pressa diligemment son bien-aimé pour qu’il parte, et seulement à ce moment-là Attendsun se décida-t-il à nous quitter.

Alice continua d’observer le dos de son amant, et seulement après ce qui paraissait avoir duré des siècles, accepta-t-elle volontairement de se détourner et de me regarder pour me demander : « Allons-nous voler pour rentrer à présent ? »

« Tu penses que je peux voler ? » répondis-je d’un ton hargneux. Je mesurai Alice du regard et la questionnai : « Quel est ton niveau de magie ? »

« Avancé », répondit Alice craintivement.

Il semblerait qu’elle me prît pour un genre de bête féroce terrible. Sa personnalité était très différente de celle de sa sœur. Même si Anne avait peur de moi, elle viendrait plutôt m’affronter, haches à la main, que de rester cloîtrée dans sa peur.

Je souris faiblement : « Très bien. Dans ce cas, avant que Leaf et les autres n’arrivent, tu vas m’apprendre tout ce que tu sais sur la magie du vent. »

« T’apprendre ? » demanda Alice, choquée. « Comment pourrais-je t’enseigner quoi que ce soit ? Ta magie est beaucoup plus puissante que la mienne ! »

Je ne pouvais pas vraiment lui avouer que, à part la magie des ténèbres qu’Aldrizzt m’avait enseignée, je ne connaissais pas une seule incantation, n’est-ce pas ? De toute façon, je ne pouvais pas être sûr qu’elle ne se glisserait pas derrière moi quand je n’y ferais pas attention et qu’elle n’emploierait pas sa magie pour m’envoyer rencontrer le Dieu de la Lumière.

Je réfléchis un moment et, prenant note du fait que je la terrifiais affreusement, adoptai délibérément l’attitude la plus désagréable possible et beuglai : « Pourquoi est-ce que tu poses des questions ? Je te dis de m’apprendre, donc c’est exactement ce que tu vas faire ! »

Tremblotant de tous ses membres, Alice couina un petit « Oui ». Elle avait l’air d’une jeune mariée pathétique se faisant abuser par sa belle-mère.

Mais, je ne veux pas être une méchante belle-mère, songeai-je avec désarrois. Comment secourir une princesse peut-il avoir tourné en une belle-mère abusant de sa jeune belle-fille ?

Je suis un Chevalier Sacré, pas une belle-mère !

Alice pleurnicha comme elle suppliait : « S’il-s’il-te-plaît, ne te fâche pas, je vais t’apprendre correctement, je ne vais plus rien demander, je ne poserai plus jamais de questions, bou-hou-hou … Aigle ! J’ai tellement peur … »

Je suis un Chevalier Sacré. Je suis venu secourir la princesse, pas martyriser la princesse !

« Aigle… Bou-hou ! Viens me sauver… »

« Cesse de pleurnicher  » lui grognai-je.

« Bou-hou ! » Alice se tut enfin et s’évanouit immédiatement.

 

 

Dans les jours qui suivirent, la princesse et moi fûmes confrontés à de sérieux problèmes…

Bien qu’Attendsun eût laissé une tente, ni le Chevalier du Soleil ni la princesse ne savaient monter une tente.

Bien qu’Attendsun eût laissé du bois, ni le Chevalier du Soleil ni la princesse ne savaient préparer un feu de camp.

Bien qu’Attendsun eût laissé des provisions, ni le Chevalier du Soleil ni la princesse ne savaient cuisiner sans tout brûler.

Je me retrouvais donc à supplier les cieux, mon cœur emplit de regrets infinis. Si j’avais su ce qui allait arriver, j’aurais gardé Attendsun avec nous. Qu’étais-je censé faire avec cette princesse, cette chose franchement inutile, qui n’avait rien à offrir à part son joli visage ?

« Attendsun est beaucoup mieux que toi. Il sait comment monter une tente, démarrer un feu, et griller de la délicieuse viande pour que je mange ! »

Alice avait tellement faim qu’elle en oubliait même d’avoir peur de moi, tandis qu’elle pleurait et criait : « Tu es juste un chevalier inutile avec un beau visage… Non, Attendsun est cent fois plus beau que toi ! Ouiiiiin. Tu n’es qu’un bon à rien, et tu n’es même pas beau ! Je veux retourner aux côtés d’Attendsun …  Attendsun ! »

« C’est lui qui est ridiculement beau ! Ce n’est pas que je sois moche ! »

J’étais aussi affamé qu’elle, et cela ne contribuait en rien à améliorer mon humeur. Je la rejoignis dans les plaintes et les cris : « Comme si tu pouvais parler ! Pourquoi ton Sort de Vol est-il si nul ? Aldrizzt peut voler jours et nuits, et pourtant tu dois te reposer une journée entière après avoir volé pendant trois heures ! Sans mentionner le fait que tu voles tellement lentement ; ce n’est guère étonnant que nous ne soyons pas encore rentrés ! »

D’une voix une octave plus haute que la mienne, Alice hurla : « Je ne sais même pas qui est cet Aldrizzt ! D’abord, les mages de niveau avancé ne peuvent voler que pendant trois heures, et c’est la vitesse qui compte dans tous les cas ! Ouuuiiiiiin ! Attendsun ! Un sale type m’embête, alors pourquoi n’es-tu pas encore venu me sauver !? »

Ça m’énerve !

J’hurlai : « Ferme-la ! Je te préviens, je t’interdis de révéler à qui que ce soit que je peux me servir de la magie, quand nous serons rentrés. »

Et alors, je violai joyeusement mon statut de chevalier et commençai à employer de grandes quantités de pouvoir magique.

Il pleuvait et nous ne pouvions pas monter une tente ? Bien. J’utilisai la magie pour creuser une caverne directement dans le flanc de la montagne pour y dormir.

Nous avions faim et ne pouvions pas installer de broche pour faire cuire la viande ? Pas de problème. Je rassemblai l’élément du vent et fis léviter la viande directement au-dessus du feu.

La viande brûlait ? Pas d’inquiétude. Je plaçai la viande un peu plus loin et la fis cuire lentement. Tôt ou tard, elle sera bien cuite, et sans être brûlée !

Alice s’assit dans la caverne, grignotant la viande rôtie en disant vaguement : « Je suis désolée, j’avais tort. Tu es un peu utile, bien que pas beau. »

Tandis que j’agressais sauvagement la viande, je serrai les dents en lui répondant : « C’est ton sens de l’esthétique qui est perturbé ! Tu as regardé Attendsun trop longtemps, et donc ta perception de la beauté est foutue. Tu devrais prendre garde : si tu continues à trop le regarder, bientôt tu ne seras même plus capable de regarder ton reflet dans une glace. »

Alice fut tellement choquée qu’elle laissa tomber sa viande sur le sol, et elle se mit à hurler, complètement paniquée : « Balivernes ! Je suis la femme la plus belle du royaume, même si je n’ai pas mis de maquillage depuis quelques jours… Je suis toujours très belle, n’est-ce pas ? N’est-ce pas ? » Alors que les derniers mots quittaient sa bouche, elle était tellement submergée par l’inquiétude qu’elle paraissait être au bord des larmes.

Je restai silencieux un moment, mais en l’entendant commencer à sangloter, je la réconfortai en lui disant : « Oui, oui, tu es toujours très belle ! »

En entendant cela, elle laissa un petit sourire apparaître à travers ses larmes et, dans un renversement soudain des rôles, commença même à me rassurer : « D’accord, tu es aussi très beau. Au moins, la couleur de tes yeux est magnifique, ne perdant pas par rapport à Attendsun, et tu as une peau vraiment belle… »

Sur cela, elle toucha en fait mon visage et s’exclama de surprise : « Elle si douce et lisse ! Comment fais-tu pour la maintenir… Non, attends, tu es un homme, ne me dis pas que c’est naturel ? C’est injuste ! »

À la vitesse de l’éclair, je récitai : « Du lait fermenté mélangé à 10 gouttes de jus de citron, pressé avec un extrait fait à partir de trente roses ainsi que le jus de dix fleurs de lavande. Mélange le tout avec un peu de farine : applique sur tout le corps, fait fumer le masque sur ta peau pendant une heure, et répète le processus au moins une fois par semaine. »

« …Tu me répèteras tout cela, quand nous serons rentrés. Là, maintenant, je n’ai rien pour noter. »

Je lui proposai : « Si tu joues correctement le rôle de la princesse secourue et ne révèle ma véritable personnalité à personne, quand le moment sera venu, je te dévoilerai tous les secrets de soin et d’éclaircissement de la peau que je possède. Je te garantis que, quand Attendsun viendra faire sa demande en mariage, ta peau sera aussi blanche et douce qu’une celle d’un bébé. »

Alice répondit, soudainement très excitée : « Marché conclu ! »

 

 

La pluie continua à tomber par intermittence durant les jours qui suivirent. Comme je n’étais pas sûr de pouvoir trouver un autre morceau de montagne dans la forêt pour y creuser une caverne, j’estimai que nous pouvions aussi bien rester dans celle-ci et attendre que les secours arrivent. Effectivement, avant que le temps ne se fût seulement éclairci, je sentis que Leaf et les autres étaient déjà bientôt arrivés.

Trois d’entre eux avaient un élément sacré très puissant. L’un était Leaf, quant aux deux autres… L’un d’eux possédait un élément de l’eau très important, donc c’était probablement Ice. L’autre avait un élément du métal très imposant, mais également beaucoup de l’élément de la terre, donc ce n’était probablement pas Metal. Cette composition des éléments devait appartenir au… Chevalier de la Pierre !

Membre des Douze Chevaliers Sacrés, il appartenait à la Cruelle faction au Cœur de Pierre et était connu pour son obstination, qui était aussi solide et immuable qu’un rocher. On disait que briser son crâné était simple, mais que briser son obstination était plus difficile que de renverser l’Église du Dieu de la Lumière.

…Du moins, c’était ce que tout le monde sur le continent croyait. Cependant, cette génération du Chevalier de la Pierre était légèrement différente… Il était en réalité une personne très amicale et avec laquelle il était facile de bien s’entendre.

J’avais entendu dire que le précédent Chevalier de la Pierre l’avait éduqué pendant trois ans, mais avait été incapable de le rendre plus têtu. Découragé, son maître avait prévu d’abandonner et de le remplacer par un chevalier de rechange. (Tous les Douze Chevaliers Sacrés n’avaient pas été suffisamment étourdis au point d’oublier de choisir un chevalier de rechange.)

Mais, à part le fait qu’il refusait de devenir plus têtu, cet Apprenti-Chevalier de la Pierre n’avait rien fait de mal. Ce fut difficile de trouver une raison suffisamment convaincante pour le remplacer, et donc la controverse avait duré pendant six bon mois, jusqu’au jour de la décision finale, où il devait été décidé s’il restait ou s’il partait…

Mon maître, le Chevalier du Soleil à l’époque, était entré dans la salle où se tenait l’audience et avait déclaré en soupirant légèrement : « Même s’il est forcé de quitter le Temple Sacré, il refuse de devenir une personne têtue ? Dire qu’il y aurait une personne refusant obstinément de devenir obstinée… Soupir ! Quel enfant têtu, en effet ! »

D’après ce que j’avais entendu de mon maître, après qu’il eût prononcé ces mots, les centaines de personnes présentes dans l’audience avaient toutes affichées la même expression, ce qui en faisait un des plus rares spectacles ayant existé.

J’avais demandé à mon maître quelle était exactement cette expression. Il y avait réfléchi un moment, puis avait tracé le caractère « 囧 »3, et m’avait dit d’imaginer des centaines de personnes devant moi, présentant toutes cette expression. Après m’être représenté la scène dans mon esprit, j’en étais arrivé à la conclusion qu’il s’agissait en effet de l’un des plus rares spectacles ayant existé.

Après cela, l’Apprenti-Chevalier de la Pierre resta, et plus personne n’osa proposer de le remplacer.

Après y avoir réfléchi un moment, je compris pourquoi Judgment avait envoyé Stone.

Parmi la Cruelle faction au Cœur de Pierre, le Chevalier de la Pierre est le seul expert en diplomatie. Bien que le Chevalier de la Tempête, de la Bonne faction au Grand Cœur, fût meilleur, s’il quittait le Temple Sacré, il y avait une chance assez importante que la moitié des activités du Temple s’écroulent. Donc, Stone avait été envoyé à sa place afin d’aider Leaf à régler les problèmes diplomatiques entre le palais et le Monastère du Dieu de la Guerre.

Si Leaf était autorisé à s’occuper de la diplomatie, il ne serait pas capable de faire autre chose que d’acquiescer à toutes leurs requêtes.

Quant à la raison pour laquelle Ice était là, c’était encore plus simple. Ice était très fort, et si nous devions en arriver à échanger des coups avec le Royaume de l’Orchidée Lunaire et le Monastère du Dieu de la Guerre et avions à nous enfuir, avoir Ice avec nous augmentait sensiblement les chances de nous en sortir vivants…

« Sun ! »

Leaf se précipita dans la caverne, attrapa mes épaules et commença à me secouer violemment : « Sun ! Sun ! Tout va bien ? Tu vas bien ? C’est merveilleux ! Oh, Oh ! La princesse Alice n’est pas blessée non plus… Merci, mon Dieu ! »

Il paraissait être dangereusement proche de l’évanouissement.

Cela me fit me sentir soudainement plutôt coupable. Il semblerait qu’il s’inquiétait de beaucoup de choses depuis que nous avions commencé notre voyage… Il était vraiment la mère de la Bonne faction au Grand Cœur…

« Ne pleure pas, je vais parfaitement bien », lui assurai-je. « Regarde, la princesse a été sauvée, elle aussi. »

Leaf dit, presque en pleurant : « Mais, tes yeux… »

Je roulai des yeux et lui répondis brusquement : « Mes yeux vont bien. Tu t’inquiètes trop, maman Leaf. »

« Capitaine-Chevalier du Soleil, j’espère que tu te portes bien depuis notre dernière rencontre. »

Je tournai la tête en direction de l’entrée de la caverne, d’où provenait la voix du Chevalier de la Pierre. Derrière lui suivait le Chevalier de Glace, qui restait, comme à son habitude, complètement silencieux, contrairement au Chevalier de la Pierre.

J’affichai un sourire typique du Chevalier-du-Soleil et répondis gracieusement : « Puisse l’éclat du Dieu de la Lumière toujours briller sur toi, mon frère Stone. »

Stone me fixa du regard et demanda ensuite : « Sun, combien de doigts ai-je levés ? »

« …Avec le Dieu de la Lumière comme témoin, la réponse est zéro, comme le contenu de ton cerveau ! » répliquai-je grincheusement. Il semblerait que Leaf leur eût déjà raconté l’histoire déchirante sur comment j’étais devenu « aveugle » ou quelque chose comme ça.

« En effet, c’est exacte. » répondit Stone avec un éclat de rire. Il déclara à Leaf : « Leaf, tu t’inquiètes trop. Sun va très bien. »

Après un très long silence, Leaf émit finalement un « hmm », mais je ne savais pas s’il croyait réellement que mes yeux allaient bien.

Peu de temps après, Mike, Anne et Austin arrivèrent à leur tour, suivis par une escouade de guerriers. Au moment où ils entrèrent, Anne s’écria « Alice ! », courut aux côtés de sa sœur, et lui demanda anxieusement : « Est-ce que cet ignoble scélérat méprisable t’a fait quelque chose ? Est-ce qu’il t’a frappée ? Est-ce qu’il a essayé de manger ton tofu4 ? »

« Anne, que racontes-tu là ? » lui reprocha gentiment Alice. « C’est grâce au Chevalier du Soleil, qui m’a sauvée des malfaiteurs et qui a scrupuleusement pris soin de moi depuis, que j’ai été capable de m’échapper indemne d’une situation dangereuse. C’est un noble chevalier. Tu ne dois pas l’insulter. »

Le silence tomba. Avec de grandes difficultés, Anne répéta lentement : « Sun est un… un noble chevalier ? »

L’effet éclaircissant des masques pour la peau avait vraiment eu un effet miraculeux : ils m’élevaient instantanément d’un ignoble scélérat méprisable à un chevalier au noble esprit.

« Oui. » Alice se leva, et d’un ton impérieux, appela : « Serviteurs ! »

À son appel, les dix personnes se tenant à l’entrée de la caverne la remplirent immédiatement. Il semblerait que certains des domestiques du palais fussent également venus.  Ils défilèrent jusqu’à la princesse et procédèrent à la présentation de serviettes, enroulèrent un manteau propre sur ses épaules et arrangèrent même ses cheveux.

Durant toute la session de maquillage d’Alice, Mike ne prononça pas un seul mot. Évidemment, je pouvais très bien comprendre pourquoi il ne disait rien. D’après ce que j’avais saisi de la conversation entre Anne et Leaf, j’avais appris qu’Alice les avait attaqués. Si j’étais Mike, je n’aurais probablement pas non plus arboré une expression très plaisante.

D’une manière extrêmement courtoise, le Chevalier de la Pierre me demanda : « Capitaine-Chevalier du Soleil, nous venons tout juste d’arriver et ne connaissons donc point la situation actuelle. Pourrais-tu partager toute pensée que tu aurais concernant la suite des événements ? »

Sans hésitation, je lui répondis : « Nous pourrons discuter de cela quand nous serons rentrés. »

Stone souligna : «  Le Capitaine-Chevalier du Soleil vise toujours dans le mille avec ses mots. Je pense que personne n’a d’objection ? »

Ça n’a rien à voir avec « viser dans le mille ». C’est juste que j’ai envie de prendre un bain… Comme ça pue ! Passé ce point, je commençais à haïr le Dieu de la Lumière pour ne pas avoir pris mon nez comme payement cette fois !

Retourner au palais royal se révéla être une tâche très simple, puisque, parmi ceux qui avaient accouru, se trouvaient les mages de la maison royale. Ils avaient emmené avec eux un cercle magique qui effectuait une téléportation instantanée, et ce cercle magique était relié à un autre se situant dans le palais royal. En insérant assez d’élément du vent, nous pouvions instantanément rentrer au palais.

 

 

Après être retourné au palais, il était essentiel de me rendre à nouveau présentable avant d’aller voir la reine, alors prendre un bain ne fut pas un problème. Cependant, après avoir pris un bain et mangé, je me sentais rafraîchi et content, et le lit moelleux semblait m’inviter de tous ses vœux…

Même si je savais que je devais aller demander audience à la reine pour lui raconter tout ce qu’il s’était passé, je fus incapable de résister à la tentation… Je rampai jusqu’au lit, me sentant comme si je n’avais pas eu une bonne nuit de sommeil depuis un mois, et commençai immédiatement à perdre connaissance…

« Sun… »

Dans le brouillard de mes pensées, j’entendis quelqu’un m’appeler, et je grognai en réponse : « Oh, qu’est-ce que vous voulez ? Je suis tellement fatigué, faites court… »

Après un moment, cette personne répondit : « Laisse tomber. Va et dors. »

Quelques jours plus tard, je reçus la gratitude de la reine.

La raison de cette gratitude était d’avoir secouru la princesse, et la récompense était une médaille d’honneur pour chevalier, qui m’était totalement inutile. En même temps, la Princesse Alice tenait en otage la dite-médaille, et demandait que je lui apporte les recettes pour les soins et l’éclaircissement de la peau en échange… Me prendrait-elle pour un idiot ? Quel intérêt cette médaille aurait-elle pour moi ?

Je refuse d’aller troquer. Je vais attendre qu’elle vienne me supplier pour accepter, hmph !

Néanmoins, cet après-midi-là, je fus informé que la médaille avait été ornée de pierres précieuses et valait donc une fortune… Par conséquent, je n’avais pas d’autre choix que d’aller rendre visite à la princesse pour compléter l’échange.

Le Fils du Dieu de la Guerre annula ses fiançailles avec la Princesse Alice.

Bien que la reine tentât d’empêcher l’annulation des fiançailles en proposant d’échanger la mariée avec Anne afin qu’elle épouse Mike à la place, les deux concernés se regardèrent mutuellement avec la même expression de dégoût et déclarèrent simultanément : « Si je devais l’épouser, ce serait à mon tour de trouver quelqu’un avec qui m’enfuir. »

La reine parut très troublée, mais juste à ce moment-là, la plus jeune princesse du Royaume de l’Orchidée Lunaire, qui avait à peine dix ans, s’avança devant sa mère, la reine, et, utilisant son adorable petite voix, annonça que « quand elle serait grande, elle voudrait être l’épouse de son grand frère, le Fils du Dieu de la Guerre ». Le problème fut donc réglé facilement.

Mike et la petite princesse conclurent l’accord et furent donc fiancés, et le mariage fut programmé pour quand la petite princesse atteindrait ses seize ans.

Parmi les masses, il y en eut inévitablement quelques-uns qui propagèrent des rumeurs du genre que « le Fils du Dieu de la Guerre était en réalité un pédophile ». Cependant, être capable d’échanger sa fiancée avec une qui avait dix ans de moins que soi valait totalement les accusations de pédophilie. Au moins, Mike lui-même était très enthousiaste à l’idée de planifier l’éducation de sa future femme.

 

 

Il semblait que le sort de Résurrection eût en effet laissé derrière lui quelques effets secondaires.

Après que Leaf eût remarqué, en un regard, qu’il y avait de petits trous dans les ailes d’une mouche à plus de dix mètres de distance, il découvrit que les choses étaient plutôt sérieuses.

Après avoir pratiqué et répété de nombreuses expériences (c’est-à-dire que je l’avais forcé à compter le nombre de mouches tournoyant autour d’une crotte de chien à plus de trente mètres de distance), il fut finalement confirmé que Leaf avait développé une vision surhumaine.

Pour un archer, posséder une vision surhumaine était la même chose que d’avoir des superpouvoirs… Pour résumer simplement, ses capacités extraordinaires avec un arc étaient devenues encore plus incroyables.

Qui plus est, quand je lui avais pointé du doigt la crotte de chien à trente mètres et lui avais fait compter le nombre de mouches, il avait enfin accepté d’admettre que je n’étais pas aveugle.

 

 

Après toute cette histoire, nous rentrâmes finalement à l’Église du Dieu de la Lumière.

Notes de bas de page

1 mon seigneur : Dans la version chinoise, Attendsun emploie le caractère 您, une forme du pronom « vous/tu » trahissant le respect. Néanmoins, on n’a pas cette nuance en Anglais ou en Français. Donc, ajouter le « mon seigneur » donne le sens du respect

2 les 29 kilomètres d’adieu : C’est une allusion à la légende chinoise 梁山伯與祝英台, qui est traduite en anglais par « Butterfly Lovers » (Les amants Papillon). Dans cette histoire d’amour, une jeune femme appelée Zhu se déguise en homme pour aller à l’école et finit par tomber amoureuse d’un de ses camarades, Liang. Plus tard, le père de Zhu lui demande de rentrer chez elle, et Liang l’accompagne sur les 29 kilomètres de son voyage, durant lesquels elle essaye de lui révéler sa véritable identité. La référence est utilisée pour exprimer les actes de deux amants qui ne peuvent supporter d’être séparés ; d’où l’exaspération de Sun.

3 囧 : Prononcé « jiǒng », c’est un caractère chinois qui ressemble au visage d’une personne. Il est fréquemment utilisé comme émoticon représentant des humeurs comme l’irritation, le choc, l’embarras, la gêne, etc. Il peut aussi être utilisé avec OTZ (une personne se prosternant de profil), pour remplacer le visage : 囧TZ.

4 manger ton tofu : Abuser sexuellement d’une femme.

La Légende du Chevalier du Soleil T3C8 : Le Point Incontournable Pour Chaque Aventure – Duel de Rois

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 – À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine par : 我 (Yu Wo)


Chapter 8: “The Must-Have Plot Point for Every Adventure – King vs King” – traduit du chinois à l’anglais par Evangeline[PR!]
Chapitre 8 : Le Point Incontournable Pour Chaque Aventure – Duel de Rois – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

Quand j’ouvris à nouveau les yeux, la première chose à laquelle je pensai fut… Pourquoi est-ce que je m’évanouis si souvent ces derniers jours ?

« Je le savais. Qui a dit qu’un témoin n’aurait pas à fuir pour sauver sa vie… Quand je rentrerai à la maison, j’irai définitivement voir le Pape pour lui demander une compensation ! »

Je me redressai lentement avec une expression pleine de rancœur, principalement parce que je n’avais rien mangé et que mon estomac était en train de me tuer. Même si je savais que je pouvais appeler quelqu’un, je n’avais pas bougé depuis si longtemps que mon corps était tout crispé. Je craignais que si je continuais ainsi, je ne serais plus un porc, mais plutôt un corps qu’on pourrait enterrer et laisser reposer en paix.

Je marchai jusqu’à la porte, mais alors que j’étais sur le point de la pousser, j’entendis des cris de l’autre côté. Je m’arrêtai et appuyai silencieusement mon oreille contre la porte. Immédiatement, je reconnus les voix de Leaf et d’Anne. Ils semblaient se disputer… Incroyable, dire que Leaf est en fait capable de se disputer avec quelqu’un ?

Leaf prit une voix grave et gronda : « Que se passe-t-il avec toi et la Princesse Alice ? La Princesse Alice nous a attaqués ce jour-là, et ta réaction était aussi très étrange. »

Ahhh ! Oh, comme mon cœur bat vite à cause de la peur. Qui aurait cru que Leaf pouvait crier sur quelqu’un, et une princesse qui plus est ? Est-ce qu’il a l’intention de changer sa profession et de ne plus être un type sympa ?

« Rien de tout cela ne te concerne ! » Le cri perçant d’Anne était encore plus fort que la voix de Leaf.

« Rien qui me concerne ? » La voix de Leaf se mit à trembler, et il semblerait qu’il était sur le point de craquer. « Comment peux-tu dire que ce ne sont pas mes affaires, quand Sun est resté inconscient aussi longtemps à cause de vous ? »

Anne répliqua : « Je parie qu’il ne fait que dormir ! »

Claque !

La voix d’Anne semblait indiquer qu’elle était stupéfaite : « Tu, tu m’as frappée… »

Pourtant la voix de Leaf était glaciale. « N’insulte pas Sun. La prochaine fois, ce ne sera pas juste une gifle. Je te provoquerai directement en duel. Je me fiche que tu sois même une princesse, Princesse Anne. »

J’étais tellement surpris que ma bouche s’étira pour former un « O »… Est-ce que Leaf vient juste… de gifler une princesse ? Oh mon Dieu de la Lumière ! Par pitié, ne me dites pas que l’effet secondaire de la résurrection est qu’il a été transformé en un homme méchant ?

Cela ne signifie-t-il pas que je ne peux plus me moquer de Leaf dans le futur ? Dieu de la Lumière, Vous êtes en fait vraiment trop cruel ! Harceler Leaf était l’un des rares plaisirs de ma vie, et pourtant Vous avez vraiment eu le cœur de me priver de cela !

« Je suis désolée Leaf, je ne voulais pas dire cela. » Anne éclata en sanglots et avoua tout en se mouchant : « Je ne savais pas que ma sœur Alice nous attaquerait, et qu’ils iraient aussi loin que de te tuer. Je voulais juste l’aider à s’enfuir avec son bien-aimé. Je n’ai jamais voulu vous blesser, toi et Sun, tu dois me croire. »

Les deux partis gardèrent le silence pendant un moment, silence uniquement interrompu par les pleurs d’Anne. Finalement, Leaf soupira et déclara : « Je comprends, et je suis désolé de t’avoir frappée tout à l’heure. J’étais juste trop inquiet à propos de Sun, alors j’ai agis impulsivement pendant un instant. S’il-te-plaît, pardonne-moi. »

Il lui a pardonné si facilement. On dirait que Leaf est toujours une bonne personne ! Je suis désolé, Dieu de la Lumière, je Vous ai mal compris.

À cela, Anne balbutia : « Le-Leaf, en fait, j’ai un dispositif magique pour pister ma sœur. On peut l’utiliser pour téléporter quelqu’un aux côtés de ma sœur une fois seulement… Je suis désolée ! Ne me réprimande pas ! »

Le silence tomba pendant un long moment de l’autre côté de la porte, puis Leaf bégaya : « C’est trop dangereux de les poursuivre. Mike et Austin sont partis chercher du renfort. Une fois que Sun et moi serons partis, dis-le-leur et laisse-les décider. »

« Pourquoi devrais-je attendre que toi et Sun soyez partis ? N’allez-vous pas venir avec nous ? » La voix d’Anne semblait complètement désespérée.

« Non ! » répondit Leaf avec une voix inhabituellement ferme. « Nous ne devons pas laisser Sun le découvrir, promets-le-moi ! »

« Pourquoi ? Si tu ne me le dis pas, alors je ne te promettrai rien. »

« Tu ne le connais pas… Ahhh ! Ta sœur et son compagnon n’auraient jamais dû me tuer. Si nous laissons Sun savoir que tu as un moyen de trouver Alice, il ne les laissera pas s’en tirer. Ta sœur sera en danger elle aussi, donc tu dois me le promettre, tu ne dois pas mentionner ce sujet devant Sun avant que nous soyons partis. »

Anne protesta avec une sorte de doute : « Nous n’avons même pas pu les battre, alors quelqu’un d’aussi faible que Sun… Je veux dire, il n’est pas si fort que ça, non ? Leaf, ne t’énerve pas. Je ne dis pas ça pour me moquer délibérément de lui ! »

« Il n’est pas si fort que ça, hahaha ! »

Leaf dit d’un ton totalement impuissant : « Si c’était le cas, alors pourquoi notre troisième règle partagée serait “Peu importe à quel point le Chevalier du Soleil paraît faible, ne le contrarie jamais” ?»

Ayant entendu cela, je réfléchis pendant un instant puis retournai m’allonger sur mon lit. Ensuite, frottant mes yeux et agissant comme si je venais de me réveiller, je criai : « Leaf ? Leaf ! Je meurs de faim ! »

Leaf ouvrit la porte et s’exclama joyeusement : « Sun, tu es réveillé ? »

« Suffisamment réveillé pour me sentir affamé, qu’est-ce que tu en penses ? » ronchonnai-je avec humeur.

Leaf gloussa et me demanda avec entrain : « Que dirais-tu de manger un peu de porridge ?  »

Je répliquai rapidement : « Non, je veux manger de la viande. »

« Mais, tu viens juste de te réveiller, et si tu manges quelque chose qui est difficile à digérer, j’ai peur que… »

Je levai les yeux au ciel et ne pus m’empêcher de répliquer : « Leaf, épargne-moi ton discours, tu n’es pas Judgment. Qui plus est, tu es un type sympa, donc je n’ai pas peur de toi. Si je dis que je veux manger de la viande, alors j’aurai de la viande. »

Leaf resta silencieux un petit instant avant de finalement déclarer avec inquiétude : « Très bien, je vais dire aux cuisiniers de te couper la viande en petits morceaux pour te faire une soupe à la viande. »

Leaf ne perdit pas un seul instant et revint en un clin d’œil, apportant la soupe. Alors que j’étais sur le point de festoyer, Leaf m’expliqua la situation, même si j’avais en réalité déjà tout entendu. Pour faire simple, Austin et Mike étaient partis chercher du renfort et, puisque j’étais inconscient, Leaf et Anne étaient restés derrière pour me protéger.

Leaf ajouta : « Sun, je leur ai aussi demandé de contacter l’Église du Dieu de la Lumière, donc je pense que l’Église va nous envoyer quelqu’un. »

J’espère que ce quelqu’un n’est pas Judgment. J’hochai la tête en direction de Leaf et avalai la dernière lampée de ma soupe à la viande.

Avec cet arôme sucré de soupe à la viande parti, je sentis vaguement une sorte d’odeur nauséabonde. Attendez, ça ne peut être… Je baissai la tête pour me sentir et manquai presque de mourir à cause de l’odeur. Je m’étais transformé en Chevalier de la Puanteur Suprême1.

Je fronçai les sourcils et m’exclamai : « Leaf, je sens vraiment mauvais ! Achète-moi de nouveaux vêtements. Aussi… Princesse Anne. »

Quand Anne, qui s’était tenue dans un coin en silence, m’entendit l’appeler, elle hésita un instant avant de demander : « Quoi ? »

« Est-ce que vous pouvez, s’il-vous-plaît, m’amener une bassine d’eau chaude ? » demandai-je platement.

Anne ne répondit pas, mais Leaf s’exclama immédiatement avec chaleur : « Désolé de t’embêter, Anne. Je vais aller acheter des vêtements pour Sun. »

À ce moment, Anne répondit enfin, quoiqu’avec une voix réticente. « Très bien ! »

J’ordonnai à Leaf : « Ils doivent être blancs et, aussi, demande à la couturière d’y broder l’emblème du Soleil. N’as-tu pas dit que quelqu’un de l’Église allait venir ? Je ne peux pas me permettre d’avoir l’air irrespectueux devant tout le monde. »

Leaf hésita, puis il acquiesça avec un hochement de tête : « D’accord. »

Leaf s’en alla acheter mes vêtements. Pas même un instant après, Anne revint avec une bassine d’eau chaude et la posa avec un bruit sourd. D’un ton mécontent, elle dit : « Voilà ! Je vais sortir à présent. »

« Attendez. » Je touchai l’eau et décrétai mollement : « L’eau est trop chaude. »

Anne se sentait probablement coupable, ou alors elle faisait cela pour le bien de Leaf. Dans tous les cas, même si elle avait l’air mécontente, elle resta complètement obéissante et s’agenouilla pour sentir l’eau après avoir entendu mes mots.

J’affichai un sourire narquois, et invoquai l’élément de l’eau…

Immédiatement, la bassine d’eau de bain se combina à l’élément d’eau que je venais de conjurer, s’enroulant autour du corps d’Anne comme une chaîne. Elle se figea momentanément, puis se mit à lutter immédiatement après, essayant de se libérer de ces chaînes d’eau. Cependant, l’eau n’avait pas de forme, donc tout ce qu’elle pouvait faire était de passer à travers les jets d’eau avec ses poings. Finalement, je gelai toute l’eau en un seul coup, avec Anne coincée au milieu de ces stalactites, incapable de bouger.

« Impossible ! Comment un sort de gel basique peut-il m’immobiliser ? » cria Anne, tandis qu’elle luttait férocement. Cependant, la glace autour de son corps ne montrait aucun signe d’affaiblissement.

Je répondis avec un sourire : « D’après mes connaissances en matière de magie, un sort d’un niveau basique ajouté à un autre sort basique est égal à un sort de niveau intermédiaire, aussi j’ai répété le même sort de gel encore et encore jusqu’à cinq fois. Je me demande, à quel niveau de magie est-il à présent ? Mais, quoi qu’il arrive, cette glace n’est pas plus fragile que l’épée que tu portes, aussi tu ne feras que te blesser si tu continues à lutter ainsi. »

Après avoir dit cela, je souris et passai ma main à l’intérieur des vêtements d’Anne…

« T-tu ! » La voix d’Anne trahissait le fait qu’elle était proche des larmes, alors qu’elle hurlait : « Arrête ça tout de suite ou je crie ! »

En entendant cela, je lançai nonchalamment le sort Tourbillon, laissant une spirale de vent tourner autour des murs afin de bloquer tous les sons. Je murmurai à Anne : « Ah ! Vas-y, mais c’est dommage, même si tu cries jusqu’à en perdre la voix, personne ne t’entendra. »

Sa voix trembla fortement lorsqu’elle parla : « L-Leaf sera bientôt de retour. Il ne te laissera pas faire ça ! »

Je répondis tranquillement : « Il va devoir attendre qu’ils brodent l’emblème du Soleil, donc il ne sera pas de retour avant un bon moment. »

« Tu as donc tout planifié à l’avance ! » hurla Anne. « Espèce d’infâme scélérat méprisable ! »

Pourquoi toutes les princesses aiment-elles me traiter d’infâme scélérat méprisable ?

J’ignorai ses cris et pris de sa proche secrète une boîte plate un peu plus petite que la paume de ma main. Une odeur parfumée s’échappa lorsque je l’ouvris, et quand je touchai l’intérieur de la boîte, cela avait l’air d’être une sorte de pommade. Peut-être que c’était une sorte de crème parfumée pour fille.

Immédiatement, Anne arrêta de crier, et elle sembla être complètement stupéfaite lorsqu’elle dit : « Comment as-tu su… »

Elle s’arrêta subitement, et je finis sa phrase pour elle : « Comment est-ce que j’ai su que c’était l’objet magique que tu utilisais pour suivre la Princesse Alice, n’est-ce pas ? »

« Tu, tu… » Anne semblait effrayée et bouleversée : « Ainsi, tu cachais tes capacités pendant tout ce temps. »

Je reniflai. Bien sûr. Quoi qu’il advienne, je reste toujours le Chevalier du Soleil, donc je ne pouvais pas vraiment être complètement inutile, non ?

« Tu es vraiment effrayant. » La voix d’Anne trembla, lorsqu’elle continua : « Tu as dissimulé ta façon de tenir l’épée et ton jeu de jambes si parfaitement, et tu as même prétendu que tu ne pouvais pas courir un kilomètre sans haleter à mort. Faire semblant d’être quelqu’un qui ne peut pas utiliser une épée, quelqu’un qui a une endurance terrible… tout cela n’était qu’une mascarade ! »

Anne rit et articula calmement : « Mais, tu ne pourras pas activer cet objet magique, héhéhé, héhéhé… Ah ! »

J’utilisai Lame de Vent pour trancher la peau d’Anne, laissant le sang goutter dans la boîte.

« C-comment as-tu su… ? » La voix d’Anne semblait indiquer qu’elle était sur le point de pleurer à nouveau.

Je roulai des yeux. Rose possédait presque autant d’appareils magiques qu’elle avait de sucettes, et j’avais simplement joué avec ceux-ci depuis que j’étais petit, donc un appareil simple comme celui-ci pouvait difficilement me poser problème.

Comme le sang d’Anne gouttait, j’entendis un « clic ». Le fond de la boîte s’ouvrit pour révéler un compartiment secret. Il y avait un tout petit cercle magique à l’intérieur. Je le touchai, remarquant qu’il était très détaillé et probablement très rare. Toutefois, Rose avait des tonnes de choses de ce genre dans sa maison.

Ensuite, je levai la tête et déclarai à Anne : « Ces chaînes se briseront une demi-heure après que je serai parti. Si tu ne veux pas qu’un étranger profite de toi, alors je te suggère de ne pas crier et attirer des gens ici ! Si jamais tu attires un mauvais gars, alors tu devras juste en supporter les conséquences ! Aussi, quand Leaf reviendra, dis-lui que j’ai vais obtenir justice pour lui. »

Sans attendre qu’Anne réponde, j’injectai l’élément du vent dans le cercle magique, qui s’étendit soudainement et m’engloutit tout entier, m’amenant à l’endroit où se trouvait la Princesse Alice.

 

 

Quand je sentis que je m’étais téléporté à ma destination, je criai immédiatement : « Brigandine Sainte du Dragon, au nom des descendants des Dragons, je te l’ordonne, Activation !  »

« Petite sœur2 ? »

C’était la voix d’une femme. Elle portait une robe, et l’élément du vent autour de son corps était en train de grimper. Il devait s’agir de la Princesse Alice, et elle était même un mage du vent.

Elle était très proche de moi, seulement à deux pas, alors je m’empressai de bondir en avant et l’attrapai, en hurlant : « Ne bouge pas ! »

Apparemment, elle n’était pas très obéissante et voulut immédiatement me contrer avec de la magie du vent. Malheureusement pour elle, j’interférai avec sa magie. Même si je ne connaissais pas de sort avancé, même Aldrizzt, ce mage d’une centaine d’années, avait carrément affirmé qu’il ne pouvait pas m’égaler en termes de capacité à rassembler les éléments.

Elle s’exclama avec surprise : « T-tu n’es pas un assassin, tu es un mage ! »

« Non aux deux. Je suis un Chevalier Sacré. » Je lui dis froidement : « Serais-tu aveugle ? Tu ne vois pas l’étincelante Épée Divine du Soleil dans mes mains ? Je suis le Chevalier du Soleil ! »

Après avoir déclaré tout cela d’un seul souffle, je devais admettre que j’avais attendu pendant un long moment de pouvoir crier : « Je suis un Chevalier Sacré ! Pas un prêtre, mais un Chevalier Sacré, Chevalier Sacré, Chevalier Sacré (insérez une centaine d’échos en plus) ! »

À présent que j’avais enfin pu le dire, je me sentais tellement bien que si la situation l’avait autorisée, j’aurais pu me laisser déborder par l’impulsion de pleurer !

« Le Chevalier du Soleil ? Comment est-ce possible ? » demanda Alice d’une voix faible.

« Alice ! »

À ce moment-là, le chevalier noir se précipita vers nous. La quantité d’élément de lumière dont je débordais avait dû attirer son attention. Il sprinta rapidement vers nous à la vitesse de la lumière.

« Arrête-toi tout de suite ! »

Je saisis fermement la princesse, appuyant bien fort l’Épée Divine du Soleil contre sa gorge. Puis, je m’adressai froidement au chevalier noir : « La vie de cette femme ne t’importe donc plus ? »

Les pas du chevalier noir ralentirent, mais il ne s’arrêta pas. Je pressai l’Épée Divine du Soleil un peu plus fermement contre le cou de la princesse, la faisant tressaillir.

« Arrête ! » Le chevalier noir finit enfin par s’immobiliser, et il cria : « Tu ne peux pas la blesser, c’est une princesse ! »

Je ris pendant un bon moment, puis je pressai ma lame encore plus durement contre la gorge de la princesse, cependant elle se retint d’émettre le moindre bruit cette fois. « En es-tu sûr ? » m’enquis-je d’un ton moqueur.

Le chevalier noir affirma d’une voix tremblante : « Tu es un chevalier, et tu es même le Chevalier du Soleil que tout le monde sur le continent connaît. Tu ne blesserais pas une femme. Cela ruinerait ta réputation. Tu ne ferais pas une chose pareille… »

Je ris à nouveau et lui demandai : « Dans ce cas, d’après “ce que tout le monde sur le continent connaît du Chevalier du Soleil” sais-tu ce que Le Chevalier du Soleil déteste le plus ? »

« Les créatures des ténèbres », répondit-il par réflexe.

J’aboyai : « Faux ! Ce que le Chevalier du Soleil déteste le plus est de voir ses chevaliers sacrés se faire tuer ! »

Après avoir crié, je repris le contrôle de mes émotions et décrétai calmement : « À partir de maintenant, je te préviens, si tu oses bouger, je couperai la main de cette femme. Et, plus tu bougeras, plus des parties de son corps se feront couper. »

Alice et le chevalier noir ne bougèrent pas d’un muscle, ils n’émirent même pas le moindre mot. Peut-être que je leurs avais fait peur ou quelque chose d’autre, mais cela importait peu. Ensuite, j’invoquai une grande quantité de l’élément de l’eau et la gelai en une douzaine de stalactites qui se mirent à flotter à proximité du chevalier noir. Sans surprise, il ne remua pas d’un cheveu malgré tout cela.

À la place, ce fut la Princesse Alice dans mes bras qui se mit à hurler : « Espèce d’ignoble scélérat méprisable ! Aigle, ne l’écoute pas ! Il n’oserait pas ! »

Je devins maintenant certain que toutes les princesses du monde ne possédaient qu’une seule façon d’insulter les autres et que c’était en les traitant d’ignobles scélérats méprisables. Il n’y avait pas d’autres insultes.

D’un ton neutre, je m’adressai au chevalier noir : « J’ai oublié de te le dire, mais activer ton aura de combat compte comme bouger. »

Après avoir dit cela, plus de dix stalactites flottèrent vers son torse et ses membres, provoquant une succession de craquements retentissants, mais il ne bougea pas d’un pouce, même sous une attaque aussi lourde. Il se força à supporter l’attaque sans bouger, ce qui en retour fit que ses blessures empirèrent. J’entendis le son de plusieurs os qui se brisaient.

« Aigle… » Alice perdit presque connaissance, ses jambes ne la portant plus. La seule chose qui la maintenait debout, c’était moi.

« Tu peux bouger à présent », lâchai-je avec indifférence.

À cet instant, finalement, le chevalier noir glissa lentement à terre. Je lançai alors la plus grosse stalactite et la fit se fracasser sur son dos sans aucune pitié.

« Umph ! » Il tenta d’étouffer un gémissement.

Quel fier chevalier. Je l’admirai un peu en quelque sorte, car j’étais sûr que ce dernier coup avait probablement brisé bon nombre de ses côtes, mais il ne laissa échapper qu’un seul cri.

Je libérai la Princesse Alice et l’avertis nonchalamment : « Ne pense même pas à utiliser ta magie sur moi, ou je t’aiderai à désinfecter et à stériliser ton chevalier noir en utilisant Feu des Enfers. Je te garantis qu’il sera si propre qu’il n’en restera même pas la moindre cendre par la suite. »

Alice me repoussa durement et courut immédiatement vers son chevalier noir, pleurant à chaudes larmes lorsqu’elle aperçut ses blessures. Malgré le fait que le chevalier noir fût gravement blessé et se trouvait probablement dans un état de semi-conscience, il essaya tout de même d’apaiser la princesse. Tout ce que j’entendis fut : « Je vais bien, ne pleure pas », encore et encore.

À cela, je ne pus m’empêcher de me mettre à glousser. Nous voulions la sauver, mais je ne pense pas qu’ils aient vu cette quête avec le même ressenti que nous. C’est bien trop absurde. Que veulent-ils dire quand ils racontent que les chevaliers sauvent les princesses… la princesse n’a peut-être même pas nécessairement envie d’être sauvée ! Pour elle, nous étions en fait les méchants qui essayaient de la séparer de son bien-aimé, n’est-ce pas ?

« Vous avez commis une seule erreur », leur annonçai-je froidement. « Et, cela a été de tuer Leaf ! Si vous ne l’aviez pas tué, j’aurais pu considérer le fait de ne pas vous séparer. Cependant, à présent, je ne prévois pas de vous forcer à rompre tous les deux. Vous pouvez aller en enfer ensemble ! »

Le silence tomba jusqu’à ce qu’Alice se murmure à elle-même : « Tu vas nous tuer ? Comment cela se peut-il… »

« Pourquoi pas ? » J’affichai un sourire narquois : « À la seconde où vous avez tué le Chevalier de la Forêt, vous auriez dû savoir que le Chevalier du Soleil vous poursuivrait jusqu’au bout du monde pour le venger ! »

Entendant cela, elle s’exclama avec panique : « Je suis une princesse ! »

« Oh, vraiment ? » la questionnai-je d’une voix douce et gentille. « Mais, je ne vois nulle princesse. Juste un kidnappeur et sa complice. »

La respiration d’Alice devint irrégulière, et elle trembla lorsqu’elle répliqua : « Chevalier du Soleil, si tu nous tues, ma mère ne laissera pas l’Église du Dieu de la Lumière s’en tirer ainsi ! »

Imperturbable, je rétorquai : « Oh ! Mais, je suis un assassin, et je ne vois aucun Chevalier du Soleil. Pas toi ? »

Alice éclata en sanglots et essaya de porter le chevalier noir proche de l’inconscience, comme si elle voulait s’enfuir avec lui.

Cependant, sa force était loin d’être suffisante pour pouvoir soulever un homme, et en particulier un homme qui portait une armure. Toutefois, elle refusa d’abandonner, essayant de le traîner en sécurité de toutes ses forces.

En les voyant ainsi, la fureur dans mon cœur diminua de moitié, et je trouvai difficile de poursuivre avec les tortures que j’avais en tête une seconde auparavant. Aurais-je su cela plus tôt, je n’aurais jamais autant blessé le chevalier noir. S’il avait eu la force de riposter, dans ce cas j’aurais probablement pu m’accrocher à ma fureur, mais à présent je ne pouvais même pas faire cela.

Avec mon enthousiasme qui déclinait, je déclarai : « Bien, je vous accorderai une mort légèrement moins douloureuse. »

Je rassemblai l’élément des ténèbres, prévoyant d’employer ce sort dont Aldrizzt s’était servi une fois, « L’Approche de la Mort », étant donné qu’il pouvait tuer quelqu’un silencieusement et sans douleur…

« Sun, arrête ! » Un cri s’éleva du ciel.

Au même moment, je sentis l’élément des ténèbres que j’avais invoqué dans ma main se faire dissiper.

Je levai la tête. L’opposant portait une sorte de vêtement en forme de cape, et même si l’aura noire qu’il émettait n’était pas très forte, elle me donna un sentiment de profond mystère. Cette aura, je ne l’avais sentie que sur une seule personne auparavant… Non ! Je ne devrais pas parler d’une personne. Elle n’était plus une personne depuis un très long moment.

Serrant mes poings, je forçai mes mots à sortir à travers mes dents serrées : « Rose, ainsi quand tu as dit que tu déménageais, tu voulais dire que tu venais t’installer à la Cathédrale du Dieu de l’Ombre ? »

Notes de bas de page

1 « Le Chevalier de la Puanteur Suprême » : Le début de Sun et de Suprême utilise le même caractère en chinois. Sun fait un jeu de mots sur son titre.

2« Petite Sœur » : Alice appelle Anne sa « seconde jeune sœur » à cet endroit. En chinois, on fait une distinction entre les sœurs plus âgées et plus jeunes.

LCS T3C7 : Un Indispensable pour Toutes Aventures – Sacrifice

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 : À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


A Must for Every Adventure: Sacrifice – traduit du chinois à l’anglais par dahlys[PR!]
Un Indispensable pour Toutes Aventures : Sacrifice – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

J’ouvris lentement mes yeux, uniquement pour me rendre compte que cette situation me semblait relativement familière… J’en vins presque à penser que je m’étais tellement enivré que j’avais encore perdu connaissance et que j’étais allongé dans une chambre à l’auberge, mais ensuite je me souvins que je n’avais bu aucune boisson alcoolisée.

Tandis que ma mémoire me revenait, je murmurai pour moi-même : « C’est vrai, je me suis évanoui parce que j’ai utilisé toute ma lumière sacrée pour accomplir la purification. »

Mes yeux commencèrent à faire le point, et les sensations revinrent graduellement dans mon corps. Je déduisis immédiatement que j’avais été abandonné dans une forêt et non une auberge. C’était parce que le soleil aveuglait mes yeux et que mon corps tout entier était endolori d’avoir dormis sur le sol dur !

Je me remis lentement en position assise avec mon dos qui me lançait terriblement et je regardai autour de moi. Excellent ! C’est une partie parfaitement normale de la forêt. J’étais entouré par des arbres, et le sol était couvert de terre. Par chance, je n’étais pas dans un palace majestueux, ou sur un sol blanc comme la neige… Cela m’aurait fait penser que j’étais retourné dans l’étreinte du Dieu de la Lumière.

Mais, où sont mon maître et Aldrizzt ?

Ayant toujours mal, je me levai et remarquai un morceau de papier qui flottait vers le sol après être tombé de mon corps. Je le ramassai et reconnus l’écriture de mon maître d’un seul coup d’œil. L’écriture de mon maître était tout simplement aussi élégante que lui-même, extravagante et pourtant précise, juste comme une plaisante œuvre d’art. Le seul inconvénient était que… c’était tellement beau que c’en était presque illisible.

L’écriture de mon maître est devenue encore plus gracieuse après ces trois dernières années… Est-ce que ce mot est « élève » ou « kebab » ? Puisque le message m’est adressé, il devrait s’agir du mot « élève », n’est-ce pas ?

Mais, une fois encore, si la purification avait échoué et que mon maître n’avait pas obtenu l’ « Éternelle Tranquillité », alors ce mot pourrait très bien être « kebab »… Mon maître aurait pu se mettre tellement en colère qu’il aurait laissé une note pour dire qu’il allait me transformer en kebab humain, et qu’il était parti chercher du bois pour le barbecue qui allait suivre.

Peu m’importe ! Je décidai que le mot était « élève » et continuai de lire.

Mon cher élève,

La purification a été un succès total, et le territoire de ténèbres est simplement devenu une caverne montagneuse ordinaire. L’ « Éternelle Tranquillité » a également été obtenue avec succès et est à présent suspendue autour de ton cou.

Stupéfait, je baissai la tête. En effet, je portais un collier fait d’une gemme couleur d’azur attachée solidement à un cordon noir… Pourquoi diable mon maître me fait-il porter l’Éternelle Tranquillité ? Se pourrait-il que cette gemme soit dangereuse ?

Je me mis immédiatement à lire la suite de la lettre.

Ne t’inquiète pas, cette gemme est parfaitement inoffensive.

…Mon maître me comprend si bien.

C’est simplement que cette gemme émet trop de pouvoir, alors, si ton maître la garde avec lui, il sera constamment ennuyé par une horde de mages qui voudront s’en emparer. Après de soigneuses considérations, j’ai déterminé que seul ton fort élément de la lumière pouvait dissimuler son puissant élément de l’eau. D’où le fait que je laisse temporairement cette gemme à ta bonne garde. Afin d’empêcher les mages de prendre connaissance de son existence, ne l’enlève jamais. S’ils la découvrent, les choses deviendront problématiques pour toi.

Grave Avertissement : NE VENDS PAS LA GEMME ! Je viendrai te retrouver quand j’en aurai besoin. Si elle est perdue, tu es mort.

Ton cher maître.

Et, il ose toujours prétendre que cette gemme est parfaitement inoffensive… Même si la gemme en elle-même ne va pas exploser, les mages qu’elle va attirer se spécialisent dans l’explosion de personnes.

J’avais vraiment envie de pleurer, mais aucune larme ne sortit. Je n’oserais jamais défier mon maître, donc je n’avais pas d’autres choix que d’enterrer l’ « Éternelle Tranquillité » sous mes vêtements et de la cacher de la vue des voleurs potentiels.

Après avoir rangé la gemme et la lettre, j’inspectai mes alentours uniquement pour découvrir que j’étais loin d’être près de la caverne. J’ignorais où mon maître m’avait emmené et j’étais entouré par des arbres, alors comment étais-je supposé retourner auprès de Leaf à présent ?

Ma seule option était maintenant de sentir les éléments. Je soupirai. C’était difficile de croire qu’une capacité aussi choquante et extraordinaire, quand elle était en ma possession, serait utilisée principalement pour me guider quand j’étais perdu.

Puisque je ne savais pas à quelle distance se trouvait Leaf, j’étendis mes sens au maximum. Après un court moment, je le trouvai. Le groupe n’était pas si loin ; donc je pouvais les rejoindre en voyageant pendant moins d’une demi-journée. C’était assez surprenant. Aldrizzt avait probablement utilisé le Sort de Vol pour me transporter sur une certaine distance pendant que j’étais inconscient.

Ce que je sentis après cela était encore plus choquant. L’élément des ténèbres était très fort près de Leaf et des autres… Avaient-ils en fait rattrapé le chevalier noir ?

Même si je savais qu’aucun chevalier noir ne pouvait vaincre le Fils du Dieu de la Guerre, j’éprouvais toujours un mauvais pressentiment à propos de cette histoire. Les éléments de tout le monde étaient inhabituellement faibles, un signe qu’ils avaient utilisé beaucoup de force. Seul le fait de se battre pouvait consumer à ce point la force d’un guerrier.

En particulier, l’élément de la lumière de Leaf était en train de se réduire beaucoup trop vite. Ce n’était pas à cette vitesse que quelqu’un perdrait du pouvoir en utilisant la lumière sacrée…

Un frisson me parcourut l’échine. Je mis ma main devant ma poitrine et criai : « Brigandine Sainte du Dragon, au nom des descendants des Dragons, je te l’ordonne, Activation ! »

Après avoir revêtu la Brigandine Sainte du Dragon, je fis un sprint en direction de Leaf et des autres à la vitesse du vent.

Mon mauvais pressentiment s’accrut quand je sentis que Leaf perdait de plus en plus de son élément de la lumière. Cela me poussa à accélérer, et je bondis par-dessus un bosquet d’arbres l’un après l’autre. Mon cœur battait si frénétiquement que j’avais l’impression qu’il allait éclater à n’importe quelle instant. Mes points de côtés me faisaient si mal que j’en devins engourdi. Je pris une profonde inspiration l’une après l’autre, parce que si je ne faisais pas cela, je ne pourrais pas continuer une activité aussi vigoureuse…

Dépêche-toi de rejoindre Leaf ! Vite !

 

 

Comme je portais la Brigandine Sainte du Dragon, je finis un voyage d’une demi-journée en seulement deux heures de course. Avant d’approcher Leaf et compagnie, je retirai la Brigandine Sainte du Dragon. Puis, je sautai hors des buissons et, bien que mes yeux eussent immédiatement compris la situation, mon cœur sombra tout de même…

C’était une large clairière depuis longtemps démunie d’arbres, entourée par des débris de forêt. Le sol était calciné et couvert de trous. Il était clair qu’une bataille très intense avait pris place ici.

Mike était couvert de blessures, son armure était rayée et cabossée. Il pouvait à peine tenir debout et devait s’appuyer sur un tronc d’arbre brisé pour se supporter. Il semblait être abasourdi.

Anne était assise sur le sol, et elle aussi avait le regard vide.

Austin faisait de son mieux pour jeter le sort de Soin, alors même que ce n’était pas dans son champ d’expertise. La personne qu’il essayait de soigner était Leaf… Leaf était allongé sur le dos, son arc à côté de lui. Mais, il ne le tenait pas.

À ce moment-là, Mike et Austin me repérèrent. Ils levèrent leur tête et me regardèrent avec des visages pâles. Austin ouvrit la bouche, mais ne dit rien. C’était comme s’il ne savait plus quoi dire.

Tandis que je m’approchais, je tournai mon attention vers le visage de Leaf. Ses yeux étaient fermés, et il était clairement inconscient.

« Leaf ? » Je l’appelai gentiment.

Il ne répondit pas, mais les trois autour de nous le firent. Anne eut un hoquet étouffé, puis s’effondra sur le sol, en essayant de son mieux de réprimer ses pleurs.

Pourquoi pleure-t-elle ? Il n’y a aucune raison de pleurer…

Je m’avançai jusqu’à être aux côtés de Leaf et sentis que l’élément de la lumière dans son corps s’écoulait petit à petit, se faisant graduellement remplacé par l’élément des ténèbres.

Soudainement, le bon sens me tomba dessus.

L’élément des ténèbres ne pouvait envahir le corps d’un chevalier sacré que lorsqu’il avait été corrompu ou après qu’il fût mort.

Leaf ! Une douleur vive parcourut mon corps, comme si tout mon être se désintégrait en commençant par mon cœur…

Incapable de continuer à regarder Leaf plus longtemps, je me retournai, marchai à grands pas vers Mike, et l’attrapai par les épaules. Je sentais même que je pouvais écraser ses épaulières. Je dis en tremblant : « Comment Leaf a-t-il pu mourir ? Avec toi, le Fils du Dieu de la Guerre, en première ligne, comment un archer à l’arrière a-t-il pu mourir ? »

Si, si je découvre que vous avez laissé mourir Leaf à dessein, je ne vous le pardonnerai jamais !

Le visage de Mike pâlit encore davantage après que j’eus parlé. Troublé, il répondit : « Nous avons rattrapé ce chevalier noir et l’avons affronté pendant un jour et une nuit, et nous n’arrivions toujours pas à le vaincre… À la fin, ils nous ont évités et ont seulement tué Elmy. »

Austin cria précipitamment : « Chevalier du Soleil, calmez-vous. Ils— »

Même s’il m’avait dit de me calmer, la voix d’Austin tremblait tandis qu’il racontait : « Quand ils sont partis, ils nous ont laissé un message pour vous… »

Je fixai Austin avec colère, mais ne pus ignorer les nombreuses blessures qui recouvraient tout son corps. Il était clair qu’ils s’étaient retrouvés tous les trois dans un dur combat. En fait, il y avait moins de blessures sur Leaf qu’il y en avait sur Mike et Anne.

Après qu’Austin eut pris plusieurs profondes inspirations, il continua : « Ils ont dit que même si vous les rattrapiez, vous ne pourriez jamais les vaincre après avoir utilisé la Résurrection. Donc, s’il-vous-plaît, n’allez pas à leur poursuite. »

Les couleurs se retirèrent de mon visage. Ainsi, la seule raison pour laquelle ils ont tué Leaf était pour me retarder.

Même si Mike et les autres avaient perdu, ils étaient suffisamment forts pour que l’ennemi fût aussi gravement blessé. Si j’allais à leur poursuite, je pourrais vraiment les rattraper… Attendez ! J’hésitai pendant un moment. Pourquoi l’ennemi me craindrait-il alors que j’ai feint d’être lâche ?

Je secouai violemment la tête. J’étais trop confus au moment présent pour penser clairement. Quoi qu’il arrive, ils n’auraient jamais osé tuer Leaf si je n’avais pas su lancer la Résurrection.

À en juger par la force de ce chevalier noir, il devait être une personne très importante dans la Cathédrale du Dieu de l’Ombre. Il avait osé tuer le Chevalier de la Forêt de l’Église du Dieu de la Lumière. Si Leaf restait vraiment mort, une guerre totale entre l’Église du Dieu de la Lumière et la Cathédrale du Dieu de l’Ombre débuterait inévitablement.

Maintenant, j’avais déjà perdu toute volonté. Je me mis à me demander… Pourquoi la Résurrection a-t-elle provoqué une autre crise ? La dernière fois, cela a failli coûter la vie à Adair, alors que cette fois-ci cela a directement causé la mort de Leaf.

Est-ce que la Résurrection… sauve des gens, ou est-ce qu’elle les tue ?

Une fois que les gens savent qu’ils peuvent être ressuscités, est-ce qu’ils cessent de respecter le fait d’être en vie ?

À cet instant, Anne, qui était restée silencieuse pendant un long moment, bondit soudainement et hurla : « Tu n’as absolument aucune raison de blâmer Mike. Où étais-tu quand nous nous battions si durement ? Où étais-tu ? Dis-le-moi ! »

Je lâchai Mike et reculai de deux pas, sidéré. Même si je les avais laissés pour partir en éclaireur, je n’étais pas revenu immédiatement pour clarifier la situation. À la place, j’avais traîné avec mon maître et Aldrizzt pendant plusieurs jours.

« Je pensais qu’il n’y aurait aucun problème… Avec la force combinée du Fils du Dieu de la Guerre, d’un prêtre-guerrier, et les talents d’archer de Leaf, il n’y avait pas moyen que vous puissiez perdre face à un simple chevalier noir et à un mage du vent. Comment avez-vous pu perdre ? Comment ? »

Je bredouillai pour moi-même ; me fabriquant des excuses, cherchant une raison. Si je ne faisais pas cela, la première personne que je devrais tuer pour venger la mort de Leaf serait plus que probablement… moi !

« Il y avait une autre personne avec eux, une personne incroyablement puissante… » Austin se mit à faire de l’hyperventilation, comme si, en se souvenant juste de cette personne, il devait consumer une infinie quantité d’énergie. Il articula faiblement : « C’était un prêtre de l’ombre. »

« Un prêtre de l’ombre. » Les mots frappèrent mon cerveau comme la foudre, et je compris instantanément.

Tandis que les prêtres étaient spécialisés dans la guérison et les prêtres de guerre étaient des experts pour apporter leur support à leurs alliés, les prêtres de l’ombre se focalisaient sur la magie offensive. Leurs styles d’attaque étaient très similaires à ceux d’un nécromancien. On pourrait même dire qu’un prêtre de l’ombre était une version évoluée du nécromancien. C’est-à-dire, des nécromanciens qui recevaient l’aide du Dieu de l’Ombre.

Par chance, les prêtres de l’ombre étaient très très peu nombreux. Ils étaient si rares que même la Cathédrale du Dieu de l’Ombre n’osait pas les laisser se promener à l’extérieur, à tel point que leur perte serait grande s’ils venaient à périr.

Austin murmura pour lui-même : « Ce prêtre de l’ombre était incroyablement fort. Comment un prêtre de l’ombre peut-il être si puissant ? Comment… »

Mike déclara d’un air grave : « Ce chevalier noir était aussi très fort. Peut-être qu’il était l’un des représentants du Dieu de l’Ombre ! »

Je jetai un coup d’œil au Fils du Dieu de la Guerre. Il n’était bel et bien pas impliqué dans la politique. Il ne savait même pas que le représentant du Dieu de l’Ombre n’était pas un chevalier noir. Mais, même s’il n’était pas le représentant, ce chevalier noir était définitivement une personne importante dans la Cathédrale du Dieu de l’Ombre. Autrement, il lui aurait été impossible d’affronter le Fils du Dieu de la Guerre pendant un jour et une nuit.

Mais, toutes ces questions étaient sans importance… pour l’instant.

Je pris une profonde inspiration et annonçai aux trois autres : « Je vais lancer la Résurrection. »

Les trois personnes restèrent immobiles, abasourdies. Austin me demanda poliment : « Doit-on partir ? »

Je secouai la tête et répondis : « Non. J’ai besoin de votre protection. Ne laissez rien s’approcher de moi, pas même une feuille ! »

« Très bien ! »

Ils hochèrent tous les trois leur tête avec résolution. Parmi eux, les yeux d’Austin étaient inhabituellement brillants. Mais, il n’y avait rien d’étrange à cela, parce que n’importe quel prêtre aurait cette expression sur son visage quand il saurait qu’il allait être témoin de l’exécution d’un sort sacré de haut-niveau comme la Résurrection. S’il y avait des prêtres de la Lumière ici, ils se seraient déjà mis à hurler et à crier d’excitation.

Je m’enquis méticuleusement : « Depuis combien de temps Leaf est-il mort ? »

« Approximativement deux heures », répondit Austin avec précision.

J’acquiesçai. J’avais amplement le temps de lancer le sort. Je dessinai un large cercle à l’endroit où Leaf reposait, puis me tournai pour leur faire face à tous les trois. Je décrétai : « À partir de maintenant, peu importe ce que je fais, ne me parlez pas. Aussi, ne laissez jamais rien entrer dans ce cercle. »

Ils hochèrent tous les trois leur tête une nouvelle fois. Ils se levèrent au même instant et formèrent un triangle en dehors du cercle, employant leurs actions pour exprimer leur détermination.

Voyant cela, je me détendis. Avec ces trois personnes dans les alentours, à moins que le chevalier noir et le prêtre de l’ombre n’attaquent à nouveau… J’hésitai. Est-ce que cela aurait pu être ça, leur plan ? Est-ce qu’ils attendent une opportunité de nous anéantir pendant que Leaf se fait réanimer ?

J’examinai Leaf. La cause de sa mort était une fine lame qui avait percée son cœur. La blessure était très petite et précise. Je fus un peu soulagé en voyant cela. Un prêtre de l’ombre saurait que plus un corps était endommagé, plus il serait dur de le ressusciter. Si leur réelle intention était de nous annihiler, ils n’auraient pas tué Leaf d’une blessure aussi précise.

Même si j’avais toujours de nombreux doutes, je n’avais plus le luxe de m’en tracasser. Je dégainai l’Épée Divine du Soleil qui était à ma taille et, me servant de l’épée comme d’un instrument pour écrire, je dessinai le cercle magique utilisé pour les résurrections.

Après avoir tracé le cercle, je regardai Leaf en silence. Bien qu’il fût mort d’une mort violente, il avait l’air d’être en paix. À part le fait que son visage était relativement pâle, on n’aurait pas pu dire qu’il n’ouvrirait plus jamais ses yeux à nouveau.

En fait, les coins de ses lèvres étaient relevés en un léger sourire…

Il avait toujours été une personne insouciante, à tel point qu’on aurait pu dire qu’il s’était résigné à ce que le destin lui gardait en réserve. Bien que le Chevalier de la Forêt fût censé avoir ce genre de personnalité, quel membre des Douze Chevaliers Sacrés n’était pas un hypocrite ? Earth n’était ni honnête ni sincère, et depuis quand avais-je jamais été un philanthrope bienveillant ?

« En parlant d’Earth… Quand nous étions enfants, chaque fois que nous nous disputions, tu étais toujours le médiateur. Tu courrais de l’un à l’autre, utilisant ton sourire pour contrer nos froncements de sourcils, jusqu’à ce que nous acceptions de nous reparler l’un à l’autre à nouveau. »

« Il y avait une fois où nous ne voulions pas nous réconcilier quoi qu’il arrive. En fin de compte, tu t’étais mis entre nous deux et tu avais braillé à t’en faire mal à la gorge. Tu avais pleuré de façon si misérable que même Judgment était venu et nous avait dangereusement foudroyés du regard Earth et moi. À cause de cela, nous avions oublié notre dispute et avions travaillé ensemble pour te consoler et te supplier d’arrêter de pleurer. »

Je continuai de me rappeler les événements passés, depuis le tout début…

« Je me souviens que la première fois que je t’ai vu, tu avais un sourire sur le visage. Je suis peut-être capable de sourire de façon plus lumineuse que toi, d’avoir l’air plus digne de confiance. Je suis peut-être capable de sourire de façon cent fois plus attirante que toi, mais je ne pourrais jamais sourire aussi sincèrement que toi. Ton sourire était comme une brise confortable… »

Je restai silencieux pendant un certain temps avant de dire : « En fait, je déteste vraiment ton sourire. Ton sourire a l’air de se moquer de moi, de se moquer et de montrer à quel point mon sourire est faux. N’est-ce pas ironique que les gens pensent que je suis une personne gentille, quand la personne réellement bonne c’est toi ? »

« Alors, j’adorais m’en prendre à toi. Même maintenant je te harcèle… Mais, tu as toujours refusé de t’énerver. Est-ce vraiment si difficile de me crier dessus ne serait-ce qu’une seule fois ? Finalement, la seule chose rebelle que tu aies faite dans ta vie a été d’enfoncer des clous dans des poupées vaudou ! »

Je grondai sans pouvoir me contrôler : « Pourquoi dois-tu être si gentil !? Espèce d’idiot ! »

Je continuai de me remémorer le passé, de me rappeler… jusqu’à ce que mon visage fût humide de larmes. Une par une, les larmes tombèrent sur le sol à côté des pieds de Leaf. Je pleurai jusqu’à ce que je n’eusse pas d’autre souhait que de voir Leaf ouvrir les yeux à nouveau.

Leaf, je ne te laisserai pas mourir. Je ne te laisserai pas non plus revivre avec le moindre défaut ! Je ne te laisserai jamais revivre avec la moindre imperfection. Jamais !

Je fermai les yeux et résistai à l’envie de pleurer. Je levai la tête pour regarder le ciel, le soleil intouchable et le Dieu de la Lumière invisible.

Lentement, j’ouvris la bouche. Chaque mot et chaque phrase que je prononçai étaient clairs et distincts.

« Oh, Dieu de la Lumière ! Je vous en prie, écoutez ma repentance, et écoutez ma stupidité. J’ai déclaré que les Chevaliers Sacrés étaient ce qu’il y avait de plus précieux aux yeux du Chevalier du Soleil. J’ai déclaré que tous les Chevaliers Sacrés étaient à moi, et que personne n’était autorisé à les blesser. Cependant, j’ai abandonné Elmairy Leaf quand il était en danger. J’ai échoué à accomplir mes responsabilités en tant que camarade, et je n’étais pas à ses côtés… »

Je pris une profonde inspiration et priai : « Tout cela est ma faute. Aucun mot ne peut exprimer la profondeur de mon péché. Je suis prêt à payer n’importe quel prix. Je vous implore seulement de ne pas rappeler Elmairy Leaf à vos côtés. »

« Oh, Dieu de la Lumière ! Je vous le jure, je suis prêt à payer n’importe quel prix pour voir Elmairy Leaf ouvrir ses yeux une nouvelle fois. S’il-vous-plaît, utilisez le sang dans mon bras gauche pour bouger son bras gauche. S’il-vous-plaît utilisez le sang dans mon bras droit pour bouger son bras droit… »

Je pressai le côté aiguisé de l’Épée Divine du Soleil sur mon bras gauche, laissant le sang couler le long de la lame pour finalement tomber sur le bras gauche de Leaf. Ensuite, ce fut son bras droit, ses deux jambes…

Ce ne fut que lorsque le corps tout entier de Leaf fut recouvert de mon sang que je passai à la prochaine étape du rituel… J’enfonçai l’Épée Divine du Soleil dans la blessure fatale dans son cœur.

Puis, je m’agenouillai et regardai le ciel avec mes deux bras levés, priant le lointain et invisible Dieu de la Lumière…

Je vous en prie, rendez-moi un Leaf complet et parfait. Pour cela, je suis prêt à payer n’importe quel prix.

Je vous en prie, rendez-moi un Leaf complet.

Rendez-le-moi !

J’inclinai la tête vers le bas et agrippai lentement l’Épée Divine du Soleil. De la lumière sacrée fut irradiée par mon corps et se concentra dans l’épée. Depuis l’Épée Divine du Soleil, la lumière sacrée se propagea à travers le corps de Leaf, chassant l’élément des ténèbres qui s’était rassemblé à l’intérieur de son corps. Enfin, le corps de Leaf fut remplit avec tellement de lumière sacrée qu’il pouvait à peine être aperçu à travers la sphère de lumière.

Je fis de mon mieux et maintins cette position pendant un long, long moment…

Afin de préserver ma conscience pour le rituel suivant, je terminai le transfert de lumière sacrée pendant qu’il m’en restait un peu. Je me levai et retirai lentement l’Épée Divine du Soleil. Alors que je tirais l’épée, la blessure fatale venait déjà d’être guérie par la lumière sacrée restante.

Finalement, quand l’Épée Divine du Soleil eut quitté le corps de Leaf, je la jetai sur le côté. Sans attendre, j’écrasai la lumière sacrée regroupée sur ma paume sur la poitrine de Leaf à l’endroit où se trouvait son cœur.

À cet instant-là, Leaf inhala vivement, et son corps s’arqua comme un arc. Son corps fut pris de convulsions répétées, tandis qu’il toussait violemment. D’après son expression, je pouvais dire qu’il éprouvait une grande douleur.

Voyant cela, je poussai un soupir de soulagement. Je faillis pleurer. Au moins, Leaf avait été ressuscité.

Après avoir toussé pendant un moment, Leaf rassembla suffisamment d’énergie pour me faire face et dit : « S-Sun… »

Je fixai Leaf du regard. Bien, il avait l’air d’être sauf, et sa voix semblait normale. D’après son apparence générale, rien ne semblait manquer.

C’est génial…

Ma vision devint noire et ma conscience s’estompa. La dernière sensation que je ressentis avant de m’évanouir fut de tomber sur le côté.

 

 

« Sun… »

Quand je repris connaissance, ma première impression fut que quelqu’un appelait mon nom. Cette personne m’aida à me redresser. Je tournai la tête pour voir de qui il s’agissait, mais tout était complètement noir. Peut-être que je n’ai pas encore ouvert les yeux ?

Je clignai. Non, mes yeux sont définitivement ouverts.

« Sun ? »

J’entendis la voix de Leaf. Elle était très proche… Je tournai la tête pour lui faire face, mais je ne pouvais l’apercevoir à travers les ténèbres. Merde ! Comment suis-je censé confirmer que Leaf n’a aucun effet secondaire à cause de la résurrection ?

Je fronçai les sourcils et cherchai la source de la voix avec mes mains. Je touchai le visage de Leaf. La sensation n’était pas différente du visage d’une personne normale. Je soupirai de soulagement. Au moins, il n’y a rien qui cloche avec la partie la plus importante : son visage.

« Sun… »

À ce moment-là, la voix de Leaf trembla, et il dit : « Tes yeux… »

Je restai stupéfait un instant. Seulement à cet instant-là me rappelai-je de mes yeux…

Un certain temps s’écoula pendant lequel Leaf haleta de nombreuses fois et lança même répétitivement le sort de Soin sur moi. Enfin, j’entendis le son de quelqu’un qui suffoquait. Il était clair qu’il paniquait tellement qu’il ne savait plus quoi faire…

Finalement, je lui souris et lui affirmai : « Je vais bien maintenant. Quand je me suis réveillé, ma vision s’est obscurcie momentanément. J’étais probablement trop fatigué. Désolé de t’avoir fait peur. »

En entendant mes paroles, Leaf se mit à respirer plus rapidement. Il me demanda anxieusement : « Sun, dis-moi combien de doigts ai-je de dressés ? »

Je gardai le silence pendant un moment.

Sur le point d’éclater en sanglots, Leaf gémit : « Sun…»

Je ricanai et ris. « Ahahah ! Deux. Regarde à quel point tu es anxieux. J’étais vraiment juste trop fatigué tout à l’heure, donc ma vision s’est noircie pendant une minute. »

Leaf resta confus un moment, puis il hurla sans pouvoir se contrôler : « Toi ! Tu as failli me faire mourir de peur ! Ne t’es-tu pas repenti de tes péchés ? Je pensais que tu n’allais plus jamais me harceler. »

Ainsi, il a entendu… Mince ! L’embarras se transforma en colère, et je répliquai : « Je me suis repenti, mais je n’ai jamais dit que je ne le ferais plus jamais ! »

Leaf renifla, tandis qu’il criait : « Tu es vraiment… Sais-tu à quel point j’étais inquiet ? Je suis vraiment en colère contre toi. »

Bien ! Cela devrait compter comme un hurlement de rage, n’est-ce pas ? Au fond de moi, j’étais ravi. Après tant d’années, le plan « Mettre Leaf en Colère » avait finalement porté ses fruits. C’était tellement touchant.

« Bon, cela suffit ! Arrêtons de jouer et mettons-nous en chasse de ce chevalier noir qui a osé te tuer. Mike et les autres, s’il-vous-plaît venez ici rapidement. Je vais soigner vos blessures ! »

Je ramassai l’Épée Divine du Soleil et ris avec entrain, tandis que je me levais avec l’intention de m’approcher de Mike et des autres. Cependant, je ne remarquai pas le nid-de-poule près de mes pieds. Je me pris les pieds dedans et trébuchai de deux pas en avant. Si je n’avais pas agrippé mon épée fermement, je serais tombé.

Un silence s’installa autour de moi.

Je me redressai rapidement et souris en disant : « Pourquoi est-ce que vous êtes tous si silencieux ? Jeter la Résurrection est très fatigant. Mes jambes ont juste faibli un peu, c’est tout. »

« Sun… »

Leaf m’interrompit et hoqueta : « Sun, tu ne peux plus voir du tout, n’est-ce pas ? Ne me mens pas. Et, ne poursuis pas le groupe du chevalier noir juste pour les laisser te lacérer les yeux afin de cacher ce fait. Je sais à quoi tu penses. Ne fais pas ça, je t’en prie… »

Je gardai le silence pendant un moment, puis je forçai un sourire et déclarai : « Quelles bêtises racontes-tu là ? J’ai vu que tu avais deux doigts ! Comment un aveugle pourrait-il voir cela ? Tu es vraiment bête, Leaf. »

Leaf attrapa soudainement mes mains et les serra étroitement. Il renifla et supplia : « S’il-te-plaît… »

Je répondis clairement : « Je ne suis pas aveugle, Leaf. Tu t’imagines des choses. »

« Arrête tes conneries. » À ce moment, Mike gronda impatiemment : « Sun, combien j’ai de doigts ? »

Je fis une pause pendant un instant avant de répondre : « Un. »

Mike me redemanda de nouveau : « Et maintenant ? »

« Me prendrais-tu pour un idiot ? » Agacé, je criai : « Aucune de tes mains n’est levée ! »

Mike marmonna plusieurs phrases dans sa barbe. Puis, il ajouta : « Elmy, cesse de pleurer. Il n’est vraiment pas aveugle ! »

Leaf semblait être confus, comme il répliquait : « Je ne comprends pas… »

Je le rassurai : « Tu viens juste d’être réanimé, donc on n’y peut rien si ton esprit est un tantinet désorienté. N’y pense pas trop et dors autant que tu le peux dans un premier temps. Ne t’inquiète pas, si tu ne veux pas que nous chassions le chevalier noir, alors nous ne le ferons pas. Retournons à la Ville de la Forêt Feuillue qui est toute proche pour nous reposer. »

Je n’entendis pas la réponse de Leaf, aussi je lui demandai : « Est-ce que cela te va ? »

Cependant, ils restèrent tous les quatre silencieux. Je ne parvenais pas à comprendre ce qui se passait, mais je n’osai pas ouvrir la bouche imprudemment. Après un moment, Leaf dit gentiment : « Sun, je viens juste d’hocher la tête. »

Je parlai clairement : « Mes excuses, je n’ai pas fait attention. J’ai couru comme un fou pour venir jusqu’ici, puis j’ai lancé la Résurrection, aussi je suis très fatigué. Arrête de te faire du souci à la moindre petite chose, autrement je vais m’inquiéter de savoir si oui ou non la Résurrection a entraîné des effets secondaires, comme des hallucinations par exemple. »

Leaf resta silencieux pendant un moment. Puis, il accepta : « D’accord, allons nous reposer avant de décider ce que nous allons faire ensuite. Laisse-moi te porter jusqu’à la ville. »

« Non. » Je dis avec lassitude : « Tu viens juste d’être réanimé. Ne te force pas à faire quoi que ce soit. Tu as plus besoin de repos que moi. »

À ce moment-là, Mike nous interrompit : « Je vais te porter. Laisse Anne porter Leaf. »

En entendant cela, mon impression de Mike s’améliora de manière significative. J’hochai la tête avec appréciation et lançai un Soin Mineur à la fois sur Mike et Anne. Même si cela ne fit qu’une petite différence, et qu’Austin était encore gravement blessé, j’étais impuissant pour ce qui était de faire plus.

Après avoir grimpé sur le dos de Mike, je dormis comme une bûche. Sur le chemin de la ville, je me réveillai plusieurs fois, mais j’étais tellement pris de vertige que je me rendormis rapidement après.

Finalement, nous atteignîmes la Ville de la Forêt Feuillue. Je descendis enfin du dos dur comme un roc et m’allongeai sur un lit douillet. J’eus la vague impression que Leaf et les autres me demandais quelque chose, mais je ne les entendis pas clairement. Avec désinvolture, je leur déclarai de décider par eux-mêmes et roulai sur le côté pour les ignorer. Ce fut uniquement quand je me sentis tellement affamé que je ne pouvais plus le supporter que je les appelai. Je fus confortablement nourri. Après cela, je me rallongeai pour dormir à nouveau.

La Légende du Chevalier du Soleil T3C6 : La Route Sur Laquelle Tout Aventurier Se Doit de Voyager – Une Caverne Souterraine

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 : À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : (Yu Wo)


The Road Every Adventurer Must Travel: An Underground Cavern – traduit du chinois à l’anglais par raylight[PR!]
La Route Sur Laquelle Tout Aventurier Se Doit de Voyager : Une Caverne Souterraine – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Yukomin

J’ouvris lentement les yeux et ne fus pas tout à fait capable de comprendre où j’étais. Après quoi, la douleur lancinante dans ma tête, comme un roulement de tambour, me rappela que… je m’étais soulé.

Je me suis soulé ? Quelle quantité d’alcool mon maître a-t-il commandé exactement ? On dirait que je n’ai pas besoin de risquer ma vie pour obtenir du Chevalier du Soleil Le Plus Fort de l’Histoire un autre dixième de la récompense… Juste en buvant hier, j’ai déjà dû boire l’équivalent d’un dixième de la récompense !

J’essayai de jeter un coup d’œil autour de moi, voulant savoir où je me trouvais. Qui aurait deviné que, avec ce coup d’œil, j’allais immédiatement ouvrir la bouche de façon très grande…

« Aaaahhhhhhhhhhhhhh !!! »

Sous mes jambes, il n’y avait rien d’autre que du vide, et la distance entre mes jambes et le sol était d’au moins vingt mètres ! Pourquoi étais-je encore plus grand que la tour du Temple Sacré ?

Je continuai de me lamenter : « Ahhhh ! Dieu de la Lumière ! Je ne veux pas devenir aussi grand, je n’oserai plus jamais boire autant en secret… »

« Pourquoi est-ce que tu beugles comme ça ? N’effraye pas les gens si tôt le matin. » C’était la voix de mon maître.

« En réalité, c’est déjà le milieu de la journée. » C’était le murmure d’Aldrizzt.

Quand je tournai la tête, je vis mon maître qui était également en train de flotter dans les airs. Il paraissait venir tout juste de se réveiller et était en train de s’étirer… Comme j’admire mon maître ! Même si nous sommes actuellement dans les airs, et qu’il n’y a absolument aucun support sous nos pieds, lui, le vieil homme, il peut quand même s’étirer très élégamment. C’est indubitablement digne de l’ancien Chevalier du Soleil, qui a dû être élégant pendant vingt ans.

En y regardant de plus près, je réalisai qu’il n’y avait pas que deux personnes dans les airs. Il y en avait une autre, qui était entièrement enveloppée dans un manteau. Il devait s’agir d’Aldrizzt.

Son corps irradiait d’un très fort élément du vent.

« Tu peux jeter le Sort de Vol !? » J’étais stupéfait, puisque je pensais qu’Aldrizzt, étant une créature de l’élément des ténèbres, pouvait très facilement apprendre des sorts de l’élément des ténèbres, mais que les autres types d’éléments étaient beaucoup plus difficiles à apprendre.

« Je ne savais pas le faire au début. » La personne cachée tourna sa tête vers moi et, comme je m’y attendais, j’aperçus le visage d’Aldrizzt. L’air désemparé, il ajouta : « Néanmoins, Neo a affirmé que la magie de l’élément du vent était très pratique pour voyager, et m’a forcé à l’apprendre. Seulement après de longs et douloureux efforts ai-je réussi à apprendre deux sorts de la magie de l’élément du vent : la Téléportation et le Sort de Vol. »

Je reconnaissais là un camarade de souffrance. Je le réconfortai en lui disant : « Oui, mon maître a toujours aimé forcer les gens à apprendre des choses très étranges. Une fois que tu y seras habitué, tout devrait bien aller. »

« Ça a dû être difficile pour toi. » Aldrizzt me fixait, plein de sympathie.

« Peu importe, je me suis déjà échappé de cet abysse de souffrance. Par conséquent, cela va être dur pour toi… »

« Vous deux, me traiteriez-vous comme si j’étais mort ? » demanda froidement mon maître.

Aldrizzt et moi supprimâmes nos fous rires et finîmes par nous taire.

Néanmoins, je ne pus m’empêcher de demander : « Maître, où allons-nous ? »

Mon maître me jeta un coup d’œil, et me demanda en retour, avec soupçons : « As-tu tellement bu que tu aurais oublié la mission dont je t’ai parlé précédemment ? »

« Bien sûr que non. »

Mon maître hocha la tête et expliqua : « Maintenant, nous nous rendons au lieu de la mission. Si nous utilisons le Sort de Vol, nous gagnerons beaucoup de temps. De plus, comme ça, tu ne rejoindras pas ton groupe trop tard. »

J’y réfléchis un moment, et en effet, si la mission ne prenait pas trop de temps, alors, il se pourrait que ce fût réellement plus rapide que de me dépêcher pour retrouver Leaf tout seul.

Après avoir réglé le problème du transport, je creusai d’avantage et demandai : « Quel est le but de la mission ? »

Mon maître m’adressa un sourire vague : « Tu n’as pas à t’inquiéter. C’est une mission très simple. Pour toi, elle sera même particulièrement facile. »

« Oh, haha ! » Je lâchai un rire feint aux côtés de mon maître. Quand mon maître avait commencé à m’apprendre à tomber avec élégance, il avait le même ton affable et détendu… Je jetai un regard vers Aldrizzt, et ce dernier paraissait déjà avoir rejeté toute prudence.

J’avais déjà commencé à considérer mes options. Entre suivre mon maître et sauter d’une hauteur de vingt mètres, pour ensuite être traqué par Le Plus Fort des Chevaliers du Soleil de l’Histoire, qu’est-ce qui aurait le taux de survie le plus important ?

Hmmm, aucun des deux ne semble très élevé.

 

 

Après avoir volé pendant un jour et une nuit entière, j’étais sur le point de féliciter l’endurance d’Aldrizzt, sur comment il pouvait voler pendant un long moment, quand il se posa et annonça alors très joyeusement : « Maintenant, ma force est épuisée, donc ce qui arrive après relève de vous. »

Elfe noir méprisable et sans vergogne…

Après avoir silencieusement maudit Aldrizzt durant un instant, je me tournai pour jeter un coup d’œil aux alentours. Dans mon dos se trouvait une grotte sombre autour de laquelle on ne voyait pas un brin d’herbe à plus de trente mètres de là. La grotte toute entière absorbait et émettait l’élément des ténèbres, telle une créature vivante qui aurait craint qu’il ne fît pas assez sombre. Il en provenait également des hurlements et des cris, et même le son d’os frottés les uns contre les autres.

Mon maître dégaina son épée et annonça joyeusement : « La mission est de se débarrasser une bonne fois pour toute des créatures des ténèbres présentes dans cette caverne. »

En entendant cela, je dis avec un visage sans expression : « Maître, c’est un territoire des ténèbres. »

« Je sais cela. »

« Maître, la définition d’un territoire des ténèbres est que, pour une raison inconnue, ce genre d’endroit engendre incessamment l’élément des ténèbres. En général, il coïncide avec d’anciens champs de batailles ou des cimetières, et c’est pourquoi les morts y sont aussi nombreux que les étoiles dans le ciel, et vont se relever en tant que créatures des ténèbres à l’infini. »

« Je sais cela ! Pourquoi es-tu si bavard ? Durant les trois ans où je ne t’ai pas vu, l’étendu de ta verbosité s’est encore allongée. » répondit mon maître, son visage exprimant une nette impatience.

Ne te fâche pas, ne te fâche pas… Même si tu te fâchais, tu ne serais de toute façon pas capable de le vaincre… J’essayai très fort de prendre plusieurs profondes inspirations et d’émettre un sourire crispé : « Puisque vous savez ceci, alors vous devriez également savoir que, même si toutes les créatures mortes-vivantes présentes sur le territoire des ténèbres étaient éliminées, au bout de deux jours, le territoire serait toujours à nouveau rempli de ces créatures ! Par conséquence, il est impossible de le purger une bonne fois pour toute. »

Mon maître révéla un sourire, en me répondant : « Bien sûr que je suis au courent, pourquoi crois-tu que je t’aie emmené ? »

Tout à l’heure, j’aurai dû choisir l’option de sauter de vingt mètres de haut, puis d’être pourchassé par mon maître ! Je le regrettai vivement, mais je me forçai quand même à rétorquer : « …Maître, peu importe à quel point ma lumière sacrée est puissante, elle est tout de même insuffisante pour purifier entièrement l’élément des ténèbres présent dans cette caverne. »

« En te servant de l’Épée Divine du Soleil, et avec mon aide, donne tout ce que tu as et essaye ! »

Bien que le ton de mon maître ne parût pas ému, et que son expression demeurât calme, je savais que plus mon maître se montrait calme, plus il était déterminé. Cela doit être fait !

« Maître, pourquoi tenez-vous tant à purifier cet endroit ? » Je sentais la curiosité grandir en moi, et ne pus m’empêcher d’ouvrir la bouche pour lui demander : « Il y a de si nombreux territoires des ténèbres dans ce monde, pourquoi celui-là en particulier ? »

Mon maître sourit faiblement et expliqua : « Sais-tu pourquoi cette caverne crée en permanence des créatures mortes-vivantes, mais que cela n’affecte pas les environs ? »

Je secouai la tête. En effet, je ne le savais pas.

« C’est parce que, dans le passé, un groupe de puissants mages a employé une gemme de l’élément aquatique d’une puissance considérable, “l’Éternelle Tranquillité ”, pour installer une barrière autour de la cave, afin d’empêcher les créatures des ténèbres d’aller au-delà d’une distance de trente mètres autour de la caverne. »

Je vois. J’hochai la tête pour montrer ma compréhension. Les territoires de ténèbres avaient toujours été une source de migraines pour tous les royaumes, et chaque royaume employait toutes les méthodes possibles et imaginables pour prévenir les dégâts causés par ceux-ci. Parmi ces options, s’associer avec un mage ou un prêtre pour créer une barrière qui pouvait sceller ces créatures monstrueuses était la méthode la plus simple et la plus rapide.

Mon maître eut un petit sourire et, avec une expression calme, fit une déclaration qui retentit comme une explosion : « Je veux cette “Éternelle Tranquillité”. »

J’étais stupéfait. C’est donc pour une telle chose. Mon maître désire obtenir cette Éternelle Tranquillité mais, une fois qu’il se sera emparé de la gemme, les barrières autour de la caverne vont s’effondrer. À ce moment-là, les créatures des ténèbres vont se ruer hors de la grotte pour blesser les autres créatures, en particulier les humains…

Néanmoins, je savais que mon maître n’autoriserait jamais ce genre de résultats. Par conséquent, il allait d’abord devoir purifier la caverne pour que, quand il prendrait la gemme, cela ne causât pas de dégâts.

Une fois que j’y eus songé, mon expression se rembrunit, tandis que je regardais mon maître, un éclat d’espoir dans le regard. « Devez-vous absolument mettre la main sur ce joyau ? Il n’existe aucune substitution possible ? »

Mon maître me répondit avec indifférence : « À moins que tu ne puisses trouver une gemme aussi puissante. Cependant, je me suis bien renseigné, et l’“Éternelle Tranquillité” est la plus appropriée. »

Je marmonnai dans ma barbe : « De toute façon, même s’il existait une gemme plus puissante que l’“Éternelle Tranquillité”, j’ai bien peur que la méthode pour l’obtenir soit encore plus compliquée ; sinon, elle aurait déjà été récupérée. »

Il semblerait que quel que soit mon avis, je serais forcé d’accompagner mon maître cette fois. Je tournai la tête pour contempler le trou noir, espérant simplement qu’il ne se révèlerait pas être ma tombe…

Cependant, j’avais la sensation que refuser ne serait pas un acte sensé, donc je demandai promptement au meneur de la troupe : « Maître, avez-vous un plan ? »

Mon maître répondit instantanément : « Oui. »

Voyant mon maître déborder de confiance, je fus momentanément pris d’un espoir sans borne. J’attendis avec impatience ce plan comme je le questionnais : « Alors, quels sont les détails du plan ? »

Mon maître leva mystérieusement son index, et pointa ensuite la caverne, expliquant : « Se battre jusqu’à atteindre les parties les plus secrètes et profondes de la grotte, se reposer une journée pour que tu récupères ta lumière sacrée à son maximum, purifier la grotte, prendre l’“Éternelle Tranquillité”, et la mission est finie ! »

À la vitesse de l’éclair, l’espoir s’éteignit dans mon esprit. Si cela est un plan, alors « Trouver l’ennemi, le vaincre, secourir la princesse, retourner au royaume et l’épouser » serait le  projet complet d’aventure d’un chevalier pour secourir une princesse depuis la nuit des temps et, même après mille ans, il ne serait pas nécessaire d’en changer un mot.

« Ce n’est pas mal du tout en fait. » À ce moment-là, Aldrizzt ajouta sereinement : « Tu ne connais pas l’histoire de la dernière fois, dans quelles circonstances nous avons dû nous aventurer dans le repère d’un dragon pour dérober une couronne… »

« Quel genre de circonstances ? » demandai-je immédiatement, ressentant le besoin de connaître des circonstances encore plus tragiques. De cette façon, je serais capable de considérer que les circonstances actuelles n’étaient pas si mauvaises, et je pourrais les affronter avec sérénité.

Les larmes aux yeux, Aldrizzt raconta en se lamentant : « Le guérisseur n’avait pas dormi la nuit précédente, car il était avec une prostituée, et sa lumière sacrée était à moins d’un quart de sa puissance habituelle. L’épée du guerrier était brisée et avait été envoyée en réparation, mais celui-ci ne l’avait toujours pas récupérée. En explorant, le voleur s’était enfui avec l’argent découvert dans un coffre au trésor. Pendant que le mage cuisinait, il avait accidentellement brûlé la moitié d’un parchemin magique. Le chevalier sacré avait bu trop d’alcool et était toujours en train de décuver… »

À cet instant précis, je sentis soudainement que quelque chose clochait. Je demandai : « Attends une minute, qui était le mage qui a été assez stupide pour brûler un parchemin magique ? »

« C’était moi. » Aldrizzt baissa la tête d’un air coupable.

« Et le chevalier sacré qui avait la gueule de bois ? » Je ne me sentais absolument pas rassuré.

« C’était moi. » me répondit mon maître en me jetant un regard froid. Menaçant, il continua : « Former  un groupe avec le plus fort Chevalier du Soleil de l’Histoire ne te pose pas de problème, n’est-ce pas ? Hein ? »

« Non, bien sûr que non ! » affirmai-je sincèrement. « Par contre, Maître, votre gueule de bois… »

Mon maître soupira, et agita la main impatiemment : « Je n’ai pas bu tant que ça la nuit dernière. »

Je suis soulagé.

« Ainsi, je n’ai qu’un peu la gueule de bois. »

« … »

Oh Dieu de la Lumière ! Mike, Austin, Anne et mon cher Leaf, vous êtes les meilleurs camarades du monde. Je me suis vraiment trompé, s’il-vous-plaît venez me sauver ! Dépêchez-vous de venir me chercher pour me reprendre dans votre équipe. Ça me va, même si vous voulez que je sois un guérisseur !

Malheureusement, ma relation avec Leaf n’était pas suffisamment bonne pour que nos pensées fussent liées, et donc, en fin de compte, il ne vint pas me sauver. Je pus seulement suivre mon maître, et m’enfoncer dans une grotte qui s’annonçait aussi sombre que mon futur…

Une fois que nous fûmes entrés dans la caverne, il y avait des rangées de squelettes qui se trouvaient de chaque côté de l’entrée. Ces squelettes provenaient probablement de cadavres récents, qui étaient fournis par ceux qui s’aventuraient ici et qui finissaient par s’y installer involontairement. Comme les cadavres devaient être relativement frais, il y avait même encore des bouts de « trucs » accrochés à la surface des os. Aussi, ils n’étaient pas entièrement pourris, alors leur effet terrifiant était également augmenté. À part l’effet visuel, je sentis que mon odorat avait également reçu des dommages irréparables.

Mon maître se tint le nez en s’exclamant : « Pourquoi ne te dépêches-tu pas de les exploser !? Je suis en train de mourir à cause de cette puanteur ! »

Je lâchai un « oh », et envoyai négligemment une explosion de lumière sacrée. Après cela, on entendit des os tomber au sol. Une fois que la lumière sacrée se fut dissipée, les squelettes qui s’étaient tenus en rangs d’oignons avaient déjà été transformés en une fine poudre couvrant tout le sol, comme si un « tapis blanc » avait été déroulé pour saluer notre arrivée.

Après cela, bien que mon maître eût affirmé qu’il avait encore la gueule de bois, quand nous rencontrâmes d’autres squelettes, il nous ouvrit un passage d’un coup d’épée comme à son habitude. Parfois, il usait accidentellement d’un peu trop de force et aidait à élargir la grotte. Même si, à ce moment-là, j’étais un peu inquiet à l’idée que le plafond pût s’écrouler, après y avoir soigneusement réfléchi, même si le plafond venait effectivement à s’effondrer, mon maître serait capable de se tailler un chemin dans la roche à coup d’épée, donc il n’y avait nul besoin de s’inquiéter.

Quant à Aldrizzt, malgré le fait qu’il eût précédemment annoncé avec joie qu’il n’avait plus de force en atterrissant, lorsque le squelette, que j’avais « par hasard » raté et pas réussi à arrêter, chargea droit sur lui, il le regarda avec dédain. Et ensuite, de la même manière qu’on se servait d’un marteau pour ouvrir une noix, il employa un sortilège avancé de la magie des ténèbres,  « Feu des Enfers », et le rôtit à la perfection.

Comme la portée du Feu des Enfers était trop importante, le feu se propagea de manière fortuite, brûlant un grand nombre de squelettes, le feu ne pouvant être contenu une fois allumé.

À ce moment-là, j’utilisai ma Lame de Vent… pour m’éventer. Quelle chaleur !

Par contre, je commençais à comprendre la force de mon maître et d’Aldrizzt. Il y avait une bonne raison pour laquelle ils avaient été capables de se faufiler dans le repère d’un dragon dans des circonstances aussi chaotiques et étaient quand même parvenus à s’en sortir vivants.

À cet instant, Aldrizzt me jeta un regard particulièrement hautain. Il me dit d’un air malheureux : « N’es-tu pas un peu laxiste ? »

Avant que je n’eusse pu parler, mon maître lui expliqua : « Aldrizzt, tu dois le traiter comme un guérisseur. »

« Oh ! » lâcha Aldrizzt, réalisant soudain la situation, et il me répondit en s’excusant : « Désolé, dans des moments comme celui-ci, les guérisseurs sont bel et bien sensés rester derrière et apprécier la brise d’air fraîche. Néanmoins, aurais-tu la gentillesse de me donner un petit coup de Lame de Vent ? Il fait en effet un peu chaud. »

« Bien entendu. » J’utilisai une faible Lame de Vent pour l’aérer et lui rappelai alors : « La prochaine fois, ne te sers pas de ce genre de magie dans un espace aussi confiné. La laisser blesser d’autres personnes n’est pas un problème, mais évite de finir par blesser notre groupe aussi. »

« Ouais ! » Mon maître commença à s’éventer avec son épaulière.

« Oui, oui. Je suis sincèrement désolé d’avoir réchauffé tout le monde. » Aldrizzt admit son erreur avec beaucoup de courage. Cet elfe noir sait vraiment comment rectifier ses erreurs !

Après cela, le feu semblait impossible à éteindre dans un court intervalle de temps… car les créatures des ténèbres continuaient à charger tête baissée dans celui-ci, venant des profondeurs de la caverne pour devenir du carburant… Donc, grâce à cela, nous pûmes nous asseoir tous les trois et commencer à préparer le repas, en faisant usage du « feu » présent pour rôtir notre viande.

« User d’un feu alimenté par des cadavres afin de rôtir de la viande ne parait-il pas un peu inapproprié ? » Aldrizzt fixait la viande qui grillait d’un air un peu dégouté. Inquiet, il ajouta : « Sans compter qu’il s’agit d’un feu confectionné à l’aide de la magie des ténèbres, alors il pourrait s’avérer néfaste pour le corps humain. »

« Même si c’était néfaste pour les humains, ce ne serait quand même pas ton problème ! » rétorquai-je avec confiance. « Tu n’es pas un humain. »

Aldrizzt y réfléchit un moment, avant de dire : « C’est vrai. » Il se détendit et commença à manger la viande lui aussi.

Après que nous nous fûmes rassasiés, le feu avait fini par rétrécir. Nous pûmes alors avancer tranquillement entre les tas de cendres, et continuer à nous enfoncer dans les profondeurs de la grotte. À cause du réseau de tunnels se déployant dans toutes les directions, nous n’avions aucune idée de la direction à suivre. Par conséquent, nous employâmes la méthode de mon maître : nous diriger dans la direction où les monstres étaient les plus forts, et dans ce cas on ne pouvait se tromper.

Nous passâmes des squelettes du niveau le plus bas aux goules à l’odeur nauséabonde. C’était un genre de cadavre à moitié décomposé, et dont des lambeaux de chair pourrissante étaient encore accrochés à ses os. Leurs mouvements étaient lents, mais un poison violent parcourait leurs corps. On était empoisonné par simple contact, et s’il n’y avait pas de guérisseur dans l’équipe ou pas d’antidotes pour se détoxiquer, alors on pouvait automatiquement commencer à creuser sa tombe juste après.

Cependant, s’inquiéter de l’empoisonnement par contact avec une goule n’était que peu pertinent, car ces dernières dégageaient une odeur tellement nauséabonde que j’étais sur le point de succomber à leur puanteur, même en me tenant à dix mètres de distance. Si j’étais assez près pour les toucher, je commencerais par me couper le nez, avant même de penser à m’inquiéter d’être empoisonné.

« Mon Dieu ! Bande de restes putrides de personnes décédées, dépêchez-vous de retourner auprès du Dieu de la Lumière pour vous repentir de ne pas vous laver ! »

Je pinçai mon nez d’une main, tandis que, de l’autre,  j’envoyais une Lame de Vent pour repousser l’odeur comme si ma vie en dépendait. Mon corps se mit alors à briller d’un éclat infini, illuminant la caverne entière comme si le soleil venait de se lever à l’intérieur. Une fois que la lumière sacrée se fut éteinte, la grotte entière était enfin propre, et même l‘air semblait frais et rafraîchissant.

Je descendis la main qui me tenait le nez, et affirmai, très satisfait de moi : « La lumière sacrée, comme on pouvait s’y attendre, est la méthode la plus efficace pour stériliser et désodoriser. »

Après cela, nous continuâmes à rencontrer des cadavres mutants, des chiens des enfers en décomposition, et des cadavres pouvant sucer le sang des humains. J’avais entendu dire que les gens avaient donné à ce genre de monstres le charmant nom de vampires. Nous vîmes également des démons oculaires, qui avaient l’apparence d’un œil géant, des ombres fantomatiques qui étaient noires de la tête aux pieds, etc.

Globalement, s’il n’y avait qu’un seul monstre avec une forme matérielle, il se faisait trancher en deux par mon maître après s’être montré. Si les monstres avec une forme matérielle faisaient partie d’un groupe de taille plus imposante, alors je pouvais assister aux différentes techniques d’Aldrizzt en termes de magie de l’élément des ténèbres et, dans le même temps, je sentais vaguement que j’avais secrètement appris certaines de ses techniques. S’il s’agissait d’un monstre sans forme matérielle, comme les ombres fantomatiques, il se faisait stériliser par ma lumière sacrée.

En cours de route, nous avions même rencontré un autre groupe qui s’était aventuré ici… Les cinq personnes le composant étaient dissimulées derrière un guerrier-squelette géant, et ce fut seulement après que mon maître eût tranché le guerrier-squelette d’un seul coup et qu’il fût tombé au sol avec un « boom » retentissant que nous découvrîmes ces cinq personnes.

C’était une équipe standard d’aventuriers, comprenant un guerrier, un archer, un voleur, un prêtre-guerrier, et une personne appartenant à une catégorie moins commune : un druide. Ce genre de personne est expert dans la métamorphose en divers animaux, et il existe un genre de druide spécialisé dans les soins et la détoxification.

Au moment où nous les aperçûmes, Aldrizzt attrapa immédiatement la capuche de son manteau et se couvrit entièrement.

Tous les cinq observaient mon maître, sans expression visible. Mon maître était également un peu abasourdi, et il révéla le sourire radieux caractéristique du Chevalier du Soleil et, d’une attitude délicate et élégante qui imprimait dans le cœur de chacun une impression favorable de lui, il dit : « Mes excuses, mes yeux se sont momentanément affaiblis, et il semblerait que je vous aie volé la mise à mort de votre monstre. Je vous prie de bien vouloir considérer ce guerrier squelette comme un monstre que vous auriez vaincu, et de garder le butin obtenu pour vous. »

Ils fixèrent tous les cinq mon maître, complètement stupéfaits. L’expression arborée par les deux femmes du groupe, l’archère et la prêtresse-guerrière, ressemblait à peu près à celle du « coup de foudre ». L’expression du guerrier pouvait être considérée comme une « adoration éperdue ». Le voleur fixait l’épée précieuse que mon maître avait à la main ainsi que l’armure et les accessoires extraordinaires qu’il portait sur lui, et son expression pouvait globalement être décrite par des « yeux brillants de convoitise ». En revanche, le druide paraissait beaucoup plus ordinaire. Il fronça légèrement les sourcils et adopta une position vigilante.

On dirait que, dans ce groupe d’aventuriers, le druide doit être le véritable chef, même si le guerrier en porte probablement le nom et se trouve en première ligne !

« Vous formez une équipe ? Un chevalier, un assassin et un mage ? » Le druide prenait notre mesure en fronçant les sourcils.

« Non, c’est un guérisseur », le corrigea mon maître en me pointant du doigt. « Je suis moi-même un chevalier sacré. »

« Un guérisseur ? » demanda le druide avec un soupçon de doute. « Mais, il porte des vêtements d’assassin. »

Mon maître fit paraître un sourire digne de confiance et répondit : « Oh, c’est parce que sa tenue de guérisseur a accidentellement brûlé pendant qu’on cuisinait, donc il n’a pu que se changer dans des vêtements d’assassin. »

À ce moment précis, je m’avançai, tandis que mes mains émettaient de la lumière sacrée, pour stériliser le guerrier-squelette gisant sur le sol. Il se transforma en une pile de poussière d’os blanche, laissant seulement  le butin intact, celui-ci consistant en une armure, des épées précieuses, et d’autres choses du même genre.

J’hochai la tête très satisfait de moi mais, lorsque je me tournai, je vis que les cinq personnes composant l’autre équipe me dévisageaient d’un air estomaqué.

À cet instant-là, Aldrizzt me murmura un rappel dans le creux de mon oreille : « Tu n’as pas récité d’incantation. »

Merde ! J’ai oublié.

Après avoir vu ce que j’avais fait, même le druide hocha la tête d’un regard vide, ne réfléchissant même pas une seconde à pourquoi un guérisseur mettrait des vêtements d’assassins, dans une équipe où il n’y a pas d’assassin.

Cependant, ce que j’avais sur le dos n’était en rien une tenue d’assassin, mais plutôt les vêtements qu’Aldrizzt portait sous ses robes de mages. Toutefois, puisqu’ils possédaient les caractéristiques d’être noirs et un peu moulants, ils ressemblaient vraiment à ceux qu’un assassin porterait.

Suite à cela, le druide jeta un regard aux restes du guerrier-squelette comme s’il ne pouvait pas supporter de s’en séparer, mais nous affirma quand même : « Ce guerrier-squelette vous appartient. En fait, si vous n’étiez pas venu, je crains que nous ne serions pas sortis vivants de cette caverne. »

En entendant cela, je les soupesai du regard. Comme je m’y attendais, ils paraissaient épuisés et abattus.

Je leur rappelai, faisant preuve de bonne volonté : « Dans ce cas, vous pouvez sortir maintenant. Nous nous sommes déjà débarrassés des monstres derrière nous, donc il ne devrait pas y avoir trop de danger sur votre route. »

Le druide eut un sourire amer en répliquant : « C’est impossible. Les monstres ici ne mettent que trois jours pour réapparaître complètement, alors j’ai bien peur que la route ne soit à nouveau pleine de monstres. D’ailleurs, nous ne sommes plus aussi bien préparés que quand nous sommes entrés. Je doute que nous soyons en mesure de sortir. »

À ce moment-là, le guerrier sembla frustré, tandis qu’il s’excusait auprès de ses camarades : « Je suis désolé, c’est seulement parce que je vous ai emmenés trop loin à l’intérieur que nous en sommes là. »

Ses camarades commencèrent à le réconforter : « Nous ne te blâmons pas. Personne ne se serait attendu à rencontrer soudainement un guerrier-squelette et des chiens des enfers, autrement, nous n’aurions pas eu de problèmes majeurs. »

Voyant une volonté de mourir dans leurs yeux, je ne pus m’empêcher de les interrompre pour leur apprendre : « Mais, nous venons tout juste de finir de massacrer les monstres à l’extérieur, ils n’ont probablement pas encore eu assez de temps pour revenir. »

L’autre équipe nous contempla d’un air ahuri. Le guerrier ne put s’empêcher de demander : « V-Vous, combien de temps avez-vous mis pour arriver jusqu’ici ? »

Mon maître resta silencieux, et Aldrizzt prétendit ne pas s’en préoccuper, alors je pus seulement réfléchir très fort à combien de temps une équipe d’aventuriers classiques aurait mis pour parvenir jusqu’ici. Je m’essayai avec précaution : « Environ trois… »

« Quoi ? Trois jours ? » L’autre groupe venait de se prendre un gros choc et s’exclama : « Nous sommes cinq, et ça nous a pris une semaine. »

« … » À la base, je voulais dire trois heures. Néanmoins, en réalité, on a seulement dû y passer trente minutes. Dieu merci, je n’ai pas été plus précis…

« Si vous y avez passé seulement trois jours, alors les monstres pourraient vraiment ne pas être complètement réapparus ! » L’équipe révéla une expression euphorique à cette idée.

« C’est ça ! Vous devriez vous dépêcher de récupérer le butin du guerrier-squelette qui traîne au sol et sortir en vitesse. Ne vous inquiétez pas, rien ne nous arrivera. » Mon maître agita la main dans leur direction et leur rappela même, en faisant preuve de « bonne volonté » : « Vous feriez mieux de sortir en courant car, si les monstres reviennent dans le cas contraire, cela pourrait s’avérer mauvais. »

Je contemplai le comportement perfide de mon maître, complètement sans voix. Après tout, l’équipe avait trois jours pour sortir. Même s’ils le faisaient en rampant, ils auraient amplement le temps.

Cependant, une fois que l’autre groupe eut entendu les paroles de mon maître, ils attrapèrent le butin et, après quelques remerciements, s’en furent précipitamment.

Voyant ce groupe courir à toute vitesse en direction de l’entrée, comme s’ils n’oseraient plus jamais mettre les pieds ici de toute leur vie, je murmurai pour moi-même, totalement incrédule : « Nous sommes vraiment si forts que ça ? »

Entendant cela, mon maître éclata de rire et me répondit, un peu taquin : « Qui crois-tu être ? Qui suis-je, au fait ? Aldrizzt est un mage de quel âge ? »

« Même si, honnêtement, cette équipe ne peut pas se comparer avec celle que tu as quittée momentanément. »

Aldrizzt réfléchit, pendant qu’il listait : « Les guerriers se constituent du Fils du Dieu de la Guerre et de la Princesse Anne, une héroïne parmi les femmes, qui est aussi connue que lui en terme de prouesses au combat. L’archer fait partie des Douze Chevaliers Sacrés et, en plus, il y a un prêtre-guerrier qui peut amplifier les capacités de ceux qui combattent. Le guérisseur est le Chevalier du Soleil connu pour posséder la plus puissante lumière sacrée de toute l’Histoire… Quand bien même vous nommeriez votre équipe “Le Groupe d’Aventuriers Tueur de Dragons”, ce ne serait pas qu’un nom, vous en auriez les capacités. »

Entendre cela me soulagea soudainement. Au début, j’étais toujours un peu inquiet à l’idée d’avoir quitté mon groupe, mais une fois que j’eus entendu que notre équipe avait la force écrasante d’abattre un dragon, dans ce cas quel que soit le danger, il ne devrait pas y avoir le moindre de problème !

À ce moment-là, le visage de mon maître s’effondra, comme il me réprimandait : « Mais, les choses de la vie ne sont jamais absolues, mon enfant, et tu ne sais jamais quand un groupe plus fort va apparaître devant toi. »

Je baissai la tête pour recevoir ses conseils, mais je n’étais pas tout à fait d’accord avec lui dans mon cœur. Ne me dites pas que, dans ce monde, il existe quelque chose d’encore plus terrifiant qu’un dragon ?

Mon maître se doutait probablement aussi qu’il réfléchissait trop sur la question mais, pour une raison quelconque, il fronça les sourcils en déclarant : « Allons-y ! Nous allons nous dépêcher de finir notre boulot ici, pour que tu puisses retourner auprès de ton équipe. Je n’arrête pas d’avoir ce pressentiment inquiétant… Quelle qu’en soit la raison, ce n’est jamais bon de se séparer de son groupe trop longtemps. Si nous n’avions pas absolument eu besoin de toi pour ça, je n’aurais pas retardé ton retour. »

J’hochai la tête mais, au fond de moi, je n’étais pas inquiet du tout. C’était parce que je savais déjà que la Princesse Anne essayait de nous ralentir pour que la fuite amoureuse de la Princesse Alice réussisse. Même si je revenais, elle ne me mènerait qu’à une chasse au dahu ! Donc, je n’étais pas pressé de rentrer.

En outre, je sentais que je ne voulais pas séparer un couple d’amoureux. Quand j’avais rencontré le chevalier noir, qui était si beau que les gens auraient envie de le battre à mort, il n’avait pas levé la main contre moi, et semblait être une personne relativement raisonnable. Par conséquent, je n’étais pas très enthousiaste à l’idée de le séparer de force de la princesse.

Finalement, mon maître soupira. « Allons-y ! Nous en rediscuterons quand ce sera fini. »

J’acquiesçai de la tête et suivis docilement mon maître.

 

 

En fin de compte, nous passâmes trois jours à tourner en rond dans la cave, à chercher l’« Éternelle Tranquillité ».

Ces trois jours s’avérèrent assez joyeux. Aldrizzt avait toujours une histoire à me raconter. Il me parlait de son pays d’origine, des aventures qu’il avait vécues depuis son départ de là-bas. Néanmoins, quand les histoires le concernaient, il n’était pas très enclin à me les raconter, mais cela ne me dérangeait point, puisque tout le monde possédait ses propres secrets.

En échange, je lui racontais les choses qui étaient survenues au Temple Sacré, et il écoutait toujours avec enthousiasme. Quand nous discutions des choses arrivées plus récemment, même mon maître ne put s’empêcher de rire de tout son cœur en les entendant.

Quand je mentionnai Roland, j’observai prudemment l’expression de mon maître, craignant qu’il ne me reprochât de tourner autour du pot et ne m’ordonnât de passer Roland sur le grill.

Qui aurait su que, quand j’aurais fini de parler, ce serait Aldrizzt qui éclaterait de rire. « Pas étonnant que tu n’éprouves même pas le plus petit préjugé envers un elfe noir malveillant comme moi. Tu es déjà amis avec un Chevalier de la Mort, et qu’est-ce qu’un simple elfe noir à côté de ça ? »

D’un autre côté, mon maître répliqua avec impuissance : « Tu ne te préoccupes vraiment pas des lois. »

« Maître, vous ne parlerez pas de Roland, n’est-ce pas ? » lui demandai-je, un peu nerveusement.

Mon maître se tut un instant, puis me regarda droit dans les yeux. « Tu dois me promettre de ne pas le laisser quitter le Temple Sacré. Qui plus est, avant de prendre ta retraite à quarante ans, détruis-le. »

J’étais juste sur le point de protester à propos de devoir détruire Roland, mais mon maître ajouta vivement : « Vivre environ dix ans de plus devrait être assez pour lui. Si tu ne veux pas le laisser mourir des mains de ton apprenti, alors tue-le avant de perdre la faveur du Dieu de la Lumière. Autrement, quand tu auras passé l’Épée Divine du Soleil à ton successeur, tu n’auras peut-être pas assez de forces pour t’en débarrasser. »

Je restai silencieux un moment, mais finis par hocher la tête. Bien que dans mon cœur, j’avais l’impression secrète que, à ce moment-là, je ne serais probablement toujours pas capable de le faire… Néanmoins, quelque chose qui se produirait dans dix ans dans l’avenir devrait être laissé aux inquiétudes du moi du futur !

« Mon enfant, tu as le cœur trop tendre. Tant que les gens ne t’ont pas offensé, peu importe à quel point ils peuvent représenter une menace potentielle, tu ne tenteras rien contre eux. »

Mon maître poussa un nouveau soupir et affirma en tapotant mon épaule : « Ta personnalité ne peut pas être considérée comme mauvaise. Si ce n’était pas à cause d’elle, Aldrizzt ne t’aurait pas traité comme un ami aussi vite. Toutefois, ta personnalité est également très dangereuse. J’ai peur que vienne un jour où tu devras payer pour cela. »

Je baissai la tête et prétendis écouter ses conseils sérieusement. Mon maître n’a en effet pas du tout changé ; il ne peut s’empêcher de continuer à me former, alors même qu’il est parti à la retraite.

« Mon enfant. »

Mon maître m’appela, et je levai la tête pour le regarder. Cependant, il commença à me caresser la tête comme si j’étais un gamin et me dit : « Quoi qu’il advienne, n’oublie pas que ton maître est toujours là. »

« Compte également sur moi, dans ce cas. » renchérit Aldrizzt avec indifférence.

En entendant les mots prononcés par mon maître et Aldrizzt, je sentis la chaleur envahir mon cœur. Pourtant, je ne pus m’empêcher de me plaindre : « Vous osez encore dire ça ! Maître, dès que vous avez pris votre retraite, vous avez disparu sans laisser la moindre trace. Plus tôt, quand le roi, la princesse et moi avons eu un différend, si vous aviez été présent, ils auraient probablement obéi à vos ordres sagement, et je n’aurais pas eu besoin de me surmener. »

En entendant cela, mon maître me frappa sur la tête, en grondant : « Sale petit morveux, tu es déjà grand maintenant. Serais-tu en train de me demander de rester à tes côtés afin de te servir de nourrice ? Pour ce genre de détails triviaux, débrouille-toi tout seul ! »

« Si ce genre de choses est considéré comme étant trivial, alors dans quel genre de situation puis-je aller demander de l’aide à mon maître ? Ne me dîtes pas que je ne peux venir vous chercher que pour aller abattre un dragon… »

Comme je me frottais la tête et me plaignais à voix basse, j’aperçus mon maître rouler des yeux et Aldrizzt rire doucement. Voyant la situation, je commençai à rire également. Si nous avions vraiment besoin d’abattre un dragon, alors le Temple Sacré mobiliserait forcément un grand nombre de personnes. À ce moment-là, avec les Douze Chevaliers Sacrés à mes côtés, et vu leur puissance, je n’aurais pas besoin d’aller chercher mon maître.

Nous continuâmes notre périple en bavardant. En fait, la personne qui était principalement responsable d’envoyer les monstres voler au loin était mon maître. Pendant ce temps, Aldrizzt et moi étions occupés à bavarder derrière.

« Neo est vraiment fort ! Même parmi les hommes de mon clan qui se spécialisent dans le combat, il n’y a personne qui soit aussi fort. »

Dans mon cœur, je ressentais la même chose, tandis que je lui répondais : « Oui. Mon maître est, après tout, le Plus Fort Chevalier du Soleil de l’Histoire. Il est déjà fort en ce moment, alors quand mon maître possédait encore la faveur du Dieu de la Lumière, tu peux imaginer à quel point il était puissant à l’époque… »

« Qu’il ait ou non la faveur du Dieu de la Lumière ne doit pas être si important que ça, n’est-ce pas ? » demanda Aldrizzt avec indifférence. « Même en ayant la faveur du Dieu de la Lumière, ce n’est pas comme si les capacités à l’épée de Neo en étaient améliorées, non ? »

« Oh… » Je regardai Aldrizzt. Il n’a pas l’air d’aimer soulever le sujet de la religion ? « Ses capacités à l’épée n’avaient pas été améliorées. Cependant, il y a d’autres bénéfices à être le représentant du Dieu de la Lumière. »

Ce sujet semblait dégouter un peu Aldrizzt. Il déclara : « Le bénéfice de renforcer sa lumière sacrée ne me parait pas suffisant pour que les gens placent leur foi dans le Dieu de la Lumière. »

Je penchai la tête et réfléchis un moment avant d’avancer ce qui était, à mon avis, l’exemple le plus percutant. « Je suis le trente-huitième Chevalier du Soleil, et aucun des trente-sept Chevaliers du Soleil précédents n’est mort durant l’exercice de ses fonctions. »

Aldrizzt afficha une expression extrêmement bizarre, tandis qu’il me questionnait avec incrédulité : « Le Chevalier du Soleil est immortel ? »

« Bien sûr que non. » Je roulai des yeux vers lui. Je lui répondis, d’un ton grognon : « C’est juste que c’est très difficile pour un Chevalier du Soleil de mourir. C’est parce que la lumière sacrée dans nos corps est extrêmement concentrée, et notre résistance est simplement trop importante. Tant que nous ne recevons pas un coup mortel, il n’y a pratiquement aucun risque pour nous de mourir. »

À ce moment-là, mon maître, qui était à l’avant, commença à rire. Pendant qu’il tuait les monstres, il dit : « On raconte que le dixième Chevalier du Soleil s’est fait transpercé le cœur par une épée une fois, mais au final il est quand même parvenu à survivre. »

Aldrizzt commença à secouer la tête, n’en croyant pas ses oreilles.

Je souris en poursuivant : « Donc, avec la force actuelle de mon maître, si vous ajoutez cette incroyable résistance, quelle force crois-tu qu’il… »

Je m’interrompis brutalement.

Aldrizzt me fixa du regard un peu bizarrement : « Grisia ? »

Je pris une profonde inspiration et pointai vers l’avant, en annonçant : « Je pense que nous avons débusqué notre cible. Là-bas, au bout de l’embranchement de la route, il y a un élément de l’eau incroyablement puissant ! »

En entendant cela, mon maître attaqua le monstre devant lui d’un coup d’épée, l’envoyant valser en pièces détachées. Après, il se figea en prenant une pose avant de brandir son épée et de garder cette pose pendant trois secondes. Et, alors, avec un balancement de son épée…

Les cheveux blancs d’Aldrizzt et mes cheveux blonds virevoltèrent dans une danse folle, induite par les courants d’air provoqués par le mouvement de l’épée. Nous observâmes tous les deux, sans expression apparente, l’embranchement de la route où un parchemin magique semblait avoir explosé. Toute la route fit « boum boum boum » et émit un « bang » final et bruyant, capable de provoquer un bourdonnement d’oreilles. En dernier, arriva un nuage de poussière qui flotta pendant un certain temps par la suite…

Mon maître était de bonne humeur, comme il se tournait vers nous pour nous dire : « Très bien, les monstres ont tous été éliminés. Mon enfant, une fois que nous serons entrés dans la salle, et que tu seras suffisamment reposé, exécutons le rituel de purification. Étant ton maître, je vais monter la garde devant l’entrée de la salle et empêcher les monstres de te déranger. »

Aldrizzt tourna la tête pour me regarder et, d’un ton sévère, décréta : « J’ai vraiment l’impression que Neo n’a pas besoin de la faveur du Dieu de la Lumière, et qu’il n’y ait rien au monde qui puisse le tuer. »

« Tu as raison. » Je n’aurais pu être davantage d’accord avec lui.

La Légende du Chevalier du Soleil T3C5 : L’Inévitable Maître Dans Une Aventure – Un Homme Sage

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 : À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : 御 我 (Yu Wo)


The Mandatory Mentor for an Adventure : A Wise Man – traduit du chinois vers l’anglais par raylight[PR!]
L’Inévitable Maître Dans Une Aventure : Un Homme Sage –  traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

Ma mémoire était, comme on pouvait s’y attendre, un don qui m’avait été accordé par le Dieu de la Lumière. Même si je n’avais vu la carte du Royaume de l’Orchidée Lunaire qu’une seule fois, j’avais déjà mémorisé à peu près tous les endroits dignes d’intérêts. Si la reine du Royaume de l’Orchidée Lunaire avait eu connaissance de mon don, elle n’aurait probablement pas osé dérouler devant moi cette carte détaillée même si cela lui avait coûté la vie.

Après avoir marché pendant une demi-journée, j’atteignis une petite ville nommée la Ville de la Forêt Feuillue sans faire le moindre détour. Cette ville était, sans surprise, spéciale parce qu’elle était complètement entourée par une forêt. Il n’y avait que sur cette parcelle de terre qu’on retrouvait une prairie traversée par une rivière. Sans la rivière, il n’y aurait eu absolument aucune chance qu’une ville puisse s’y développer.

Même ainsi, ce genre d’endroit ancré profondément dans une forêt n’était pas fait pour supporter une grande population. Importer des marchandises de l’extérieur était également difficile.

J’imagine que la raison pour laquelle il y avait une ville ici était qu’il y avait probablement trop de groupes d’aventuriers qui avaient besoin de refaire leurs stocks de provisions lorsqu’elles passaient à travers la forêt. Pour les marchands, tant qu’il y avait assez de bénéfices, ne parlons même pas d’une forêt, ils oseraient même charger dans l’antre d’un dragon !

Juste devant se trouvait un comptoir pour les créatures magiques et leurs produits. Même si les bêtes magiques étaient dangereuses, elles avaient une grande valeur commerciale. De leur peau et de leur viande jusqu’à leur sang, corne et autre, ils avaient tous leur propre utilisation. Ils étaient également la principale source de revenus des aventuriers.

Après que j’eus soigneusement utilisé un tissu pour envelopper le blason en forme de soleil sur mes manches, je marchai jusqu’à la Ville de la Forêt Feuillue. Bien que la ville ne fût pas grande, les bâtiments étaient disposés de façon assez chaotique. Après y être entré, je restai momentanément indécis quant à la direction à emprunter pour trouver la taverne.

J’arrêtai un aventurier et, en affichant un sourire aimable, je lui demandai : « Cher frère, puis-je te demander dans quelle direction se trouve la taverne ? »

L’aventurier me jaugea de haut en bas, puis marmonna quelques phrases : « D’où sort un chevalier aussi beau ? Je devrais vraiment… avoir un rival de moins. » Après une pause, il répondit : « Tu vois cette allée sur la gauche ? Prends-la, puis passe devant deux armureries et tourne à droite. Une fois que tu auras dépassé un bazar, tourne encore à droite. Ensuite, après être passé à côté de deux puits, tu arriveras à une intersection. Emprunte la route du milieu. Quand tu auras dépassé une boulangerie, tourne à gauche, et marche tout droit jusqu’au bout et tu atteindras l’endroit. Tu as tout compris ? »

« J’ai tout compris. » Souriant, je répétai : « Je vais dans cette allée à gauche, je passe devant deux armureries, tourne à droite, dépasse un bazar, puis tourne à droite. Ensuite, après être passé devant deux puits, il y a une intersection. Je choisis la route du milieu, et je dépasse une boulangerie, tourne à gauche, et enfin je vais tout droit jusqu’au bout. »

L’aventurier était profondément choqué. « Mon Dieu ! Tu arrives vraiment à te rappeler de tout ça ? »

Je souris à cet aventurier, ce qui lui fit perdre contenance. Ensuite, j’empruntai l’allée située sur la gauche. Hmph ! Si je peux même me souvenir d’une carte qui est plus grande que cinq tables alignées côte à côte, comment quelques simples tournants pourraient-ils me déconcerter ?

Je suivis la route que cette aimable personne avait mentionnée, mais je ne parvins pas à trouver les deux puits peu importe le nombre de temps que je passai à les chercher… Puis, je me rappelai brusquement que, à côté de cette ville, il y avait une rivière, donc on n’avait absolument pas besoin de creuser des puits pour avoir de l’eau.

Extrêmement agacé, je maugréai : « Je n’aurais vraiment pas dû demander mon chemin à un homme. Quels puits ? Il avait probablement envie d’en creuser un pour m’y enterrer, afin d’avoir un rival en moins ! »

On dirait que mon seul choix est de trouver quelqu’un d’autre à qui demander mon chemin.

J’étais sur le point de revenir sur mes pas pour aller questionner le propriétaire du bazar quand une personne, dont tout le corps était enveloppé par un manteau, me bloqua la route quelques mètres devant moi. Mon expression s’assombrit.

Contre toute attente, c’était quelqu’un qui possédait l’élément des ténèbres… Un nécromancien ? Mais, la composition de l’élément semblait être légèrement différente.

Avant que j’eus repris contenance, l’autre parti parla. Avec un ton gentil, il déclara : « Quel intense élément de la lumière ! Même moi, quelqu’un qui n’a pas la capacité de sentir les éléments, je parviens vraiment à sentir son incandescence. Comme c’est incroyable ! Est-ce la lumière du Chevalier du Soleil actuel ? »

Mon visage pâlit. Qui aurait cru que cet étranger devinerait que je suis le Chevalier du Soleil ? Qui plus est, “actuel” ? Ce détail a l’air un peu étrange…

J’étais encore en train d’essayer de deviner qui pouvait bien être la personne se tenant devant moi, mais je n’eus pas besoin de fournir plus d’efforts, puisque la personne mystérieuse défit lentement son manteau. Il tomba sur le sol, révélant la véritable identité de celui qui se trouvait dessous. Il possédait… une couleur de peau que même le soleil en plein après-midi serait incapable d’illuminer !

« Un elfe noir ! Pas étonnant que je n’arrivais pas à déterminer quel genre de métier une personne de cet élément occupait ! » Je ne pus m’empêcher de pousser un cri de surprise, puis je devins encore plus méfiant et dis : « Je n’aurais jamais imaginé que, de mon vivant, j’aurais la malchance de rencontrer un elfe noir, un membre d’une race qui est connue pour vivre sous terre ! Quel genre de plan sinistre comptes-tu accomplir en venant à la surface ? »

Ce qui restait inexprimé et qu’il fallait sous-entendre par-là était : Merde ! Récemment, je n’ai pas arrêté de jouer de malchance. Me balader la nuit m’a mené à rencontrer un chevalier noir, et marcher le long d’une allée résulte à me faire interpeller par un elfe noir. On dirait que la prochaine fois que j’irai aux toilettes, il est fort probable que je marche sur la queue d’un dragon… Je touche du bois, je touche du bois ! Je ne voulais pas dire ça. Oh Dieu de la Lumière ! Je vous en prie, ne prenez pas ce que je viens de dire au sérieux ! 

Bon, je pense ne pas avoir d’autre choix que d’expliquer quel genre de créature est un elfe noir, sinon personne ne sera en mesure de comprendre à quel point je suis malchanceux.

Dans ce monde, il n’y avait pas que la race humaine, même si la majorité de ce que les gens voyaient habituellement étaient des humains. Tout au plus, on pouvait apercevoir des nains dans les magasins de forgerons. Il n’y avait presqu’aucune différence entre l’apparence des nains et celle des humains, à l’exception du fait que, même s’il s’agissait d’un nain mâle adulte, il ne mesurerait que le deux tiers de la taille d’un homme. Leurs caractéristiques les plus distinctives, cependant, étaient que le nain mâle semblait toujours porter une longue barbe infestée de poux, et qu’ils étaient exceptionnellement doués pour travailler le métal quel que fût leur sexe.

Les elfes étaient une autre race connue des humains. Leur réputation était largement répandue, et pratiquement tout le monde savait que les elfes étaient une race fière mais extrêmement gentille. Cependant, presque personne n’en avait déjà vus. C’était parce qu’ils ne vivaient qu’à la périphérie du continent, dans les profondeurs lointaines des forêts. Les gens ordinaires n’étaient habituellement pas capables de visiter de tels endroits.

En plus de ces deux races, il y en avait d’autres qui étaient pratiquement à cheval entre les monstres et les humains. Par exemple, les gnomes étaient de petites créatures qui possédaient une peau verte de la tête aux pieds et qui avaient tendance à se rassembler en grands nombres. Les orcs appartenaient à une race qui paraissait posséder un corps mi-humain mi-animal.

Bien que ces races fussent légèrement civilisées, puisqu’elles avaient un langage simple et avaient la capacité de se servir du feu et des armes, leur style de vie n’était pas vraiment différent de celui d’une meute de loups. Généralement parlant, ils étaient rarement inclus dans les classements des races principales.

Les elfes noirs, cependant, étaient différents, puisqu’ils faisaient absolument partis des races principales. Leur apparence était très similaire à celle des elfes, avec une silhouette svelte et des oreilles pointues. Cependant, les elfes avaient la peau blanche, tandis que les elfes noirs avaient une couleur de peau semblable au charbon et qu’ils arboraient des cheveux blancs et des yeux rouges.

Contrairement aux elfes qui résidaient dans la forêt, ils vivaient dans les profondeurs du monde souterrain, et éprouvaient une haine sans borne vis-à-vis la lumière du soleil. Ils ne montaient presque jamais à la surface, et même en une centaine d’années, vous n’entendrez pas quelqu’un dire qu’il avait aperçu des elfes noirs à la surface. Toutefois, la chose la plus importante à propos d’eux était leurs caractéristiques raciales. Ils étaient une race notoirement connue pour être maléfique, et les elfes noirs — allant de l’enfant de huit mois dans son berceau jusqu’au vieil elfe noir de huit cents ans allongé sur son lit de mort — se conformaient tous à ce stéréotype du type machiavélique.

En plus d’être malveillants, ils possédaient une autre particularité importante : tous leurs citoyens étaient des soldats, faisant d’eux une race terrifiante avec des capacités de combats sans égales. Leur nombre n’était pas élevé mais, sans égard pour leur sexe ou leur âge, ils pouvaient tous être classés dans la catégorie d’élite au combat. Il était dit qu’aussi longtemps qu’un groupe d’elfes noirs attaquerait, une ville possédant une garnison militaire entière pour la défendre sera quand même détruite en une seule nuit.

Par chance, ils exécraient la lumière du soleil, d’où le fait qu’ils venaient rarement à la surface. S’ils daignaient jamais monter, de toute façon, ils iraient probablement chercher querelles aux elfes, dû à un ancien différend entre les deux races.

Et même alors que je racontais tout cela, en ce moment précis, en face de moi, se tenait un elfe noir malfaisant qui était situé à au moins cent huit mille kilomètres de chez lui.

En réalité, il afficha une expression d’appréciation, et déclara d’une voix pleine d’éloge : « Tu es seulement le deuxième humain à être parvenu à rester aussi calme après avoir découvert ma race. »

« Oh ? Dans ce cas, j’ai très envie de rencontrer le premier. »

Alors que je répondais, je réfléchis pour savoir si je devais, oui ou non, activer la Brigandine Sainte du Dragon. Cependant, j’avais entendu dire que la vitesse d’un elfe noir était particulièrement rapide. Si je venais à être tué pendant que je changeais de vêtements, perdre ma vie serait le dernier de mes soucis…

« Le Corps Nu Du Chevalier du Soleil A Été Retrouvé Dans Une Allée Obscure ! »

Quelles sortes d’associations sexuelles perverties seraient créées si ce genre de titre venait à paraître était une autre histoire ; toutefois, le problème principal résidait dans le fait que ce n’était définitivement pas une façon élégante de mourir. Si mon maître venait à découvrir que la façon dont j’étais mort était aussi embarrassante et pervertie, je tremble en imaginant quel genre de conséquences en découlerait… J’imagine que tout le monde ici présent a une idée de ce qu’elles seraient.

Plutôt que d’être envoyé à maintes reprises au septième ciel par mon maître… À quoi étiez-vous en train de penser ? Tss, tss, vos esprits sont si mal placés !

Je suis en train de dire que, plutôt que d’être ressuscité par mon maître après ma mort pour mourir de nouveau de façon élégante afin de le satisfaire, je pense que je vais proprement porter mon uniforme du Chevalier du Soleil et rencontrer la mort élégamment dès maintenant.

« Tu as l’air si sérieux. Serais-tu en train de te demander comment tu vas me tuer ? » questionna l’elfe noir avec un vague sourire légèrement amer.

Non, je suis seulement en train de considérer quelles poses et expressions seraient les plus élégantes à prendre pendant que je mourrais. Une petite allée n’est déjà pas un lieu approprié pour mourir avec élégance, c’est donc pourquoi je dois absolument inverser la situation en travaillant sur la pose et l’expression !

Voyant que je n’avais pas répondu, l’expression de l’elfe noir se fit encore plus attristée. Mais, cela n’élimait pas le doute qu’il aurait très bien pu jouer la comédie, puisque la rumeur racontait que sa race était fourbe de bien des façons. « Avant que tu n’attaques, j’ai encore un ami que j’aimerais te faire rencontrer », déclara-t-il.

L’ami d’un elfe noir ? On dirait vraiment que je suis sur le point de mourir…

Une autre personne portant un manteau émergea de l’angle de la rue. À en juger par sa taille, c’était probablement un homme. Sans rien dire, il retira immédiatement son manteau. Cependant, ce n’était pas un elfe noir, mais un magnifique homme aux cheveux blonds et aux yeux bleus. Il était âgé d’environ une trentaine d’années, et son visage affichait un doux sourire.

Bien que cette personne eût une apparence qui avait l’air très digne de confiance, quand je le reconnus, mes pupilles se dilatèrent abruptement, mon corps entier se raidit, mes mains et mes jambes devinrent glacées, mon cœur se mit à battre violemment, et des vagues de spasmes s’emparèrent de mon estomac et de mes intestins…

« Pourquoi… »

L’elfe noir tourna la tête pour regarder l’homme aux cheveux blonds, ne sachant pas s’il devait rire ou pleurer, puis il affirma : « Neo, quand ton élève m’a vu, moi, le maléfique elfe noir qui ne devrait se trouver nulle part à la surface, il est resté tellement calme que son visage n’a même pas changé. Mais, quand il t’a vu, toi, c’est… c’est comme si… »

Le magnifique chevalier aux cheveux blonds et aux yeux bleus afficha un éblouissant sourire franc, et continua la conversation. « C’est juste qu’il est enfin réuni avec le maître qu’il respecte plus que tout et qu’il n’a pas vu depuis belle lurette, et qu’il se sent très ému. Mon enfant, cela fait bien trois ans depuis la dernière fois où je t’ai vu. Dépêche-toi de t’approcher de quelques pas, que ton maître puisse bien t’examiner. »

Je reculai de plusieurs pas, et me mis même à prier pour que la mort vînt.

Dieu de la Lumière ! Vous êtes vraiment trop horrible ! Je préférerais encore marcher sur la queue d’un dragon plutôt que de rencontrer… « mon maître ».

Ah !

À cet instant-là, mon maître tourna la tête vers son bon ami, souriant tandis qu’il disait : « Cet enfant est vraiment timide, n’est-ce pas ? »

L’elfe noir sourit ironiquement et répliqua : « Au contraire, je n’ai pas vraiment eu cette impression. En fait, je dirais qu’il arbore la même expression que quelqu’un aurait eue s’il avait vu quelque chose ressemblant à un dragon… Ah ! “Ayant vu un dragon”, ce genre d’impression le décrit de la façon la plus appropriée. »

Tu as tort ! Même un dragon n’est pas aussi effrayant que mon maître !

Mon maître tourna la tête en continuant de sourire. « Mon cher Aldrizzt, cette blague que tu viens de faire est certainement intéressante. Cependant, ne dépasse pas les bornes avec ton humour. Regarde, tu as fait peur à mon apprenti. »

Aldrizzt lui retourna un léger sourire. « Il n’y a pas de doutes quant au fait qu’il soit effrayé, néanmoins, quant à savoir de qui il a peur, je crains que ce ne soit ouvert à la discussion. »

« Peut-être est-ce parce que ta peau est trop noire, voilà pourquoi il a pris peur ! Comme tu le sais, la couleur de peau du Chevalier du Soleil a toujours été aussi blanche que la neige. »

« Pour ton étudiant, c’est vrai. Mais, pour toi, au mieux tu ressembles à une miche de pain mal cuite », ne put s’empêcher de rétorquer Aldrizzt.

Les sourcils de mon maître se redressèrent. Il soupira et renchérit : « C’est toujours mieux que d’avoir l’air d’une bassine d’eau sale qui aurait servi à laver les pieds d’un guerrier… Mais, n’en sois pas si bouleversé, mon ami ! Un problème aussi trivial que la couleur de peau ne peut ruiner notre amitié. »

« Amitié ? » répéta Aldrizzt, choqué. « Ainsi, notre relation était en fait quelque chose comme ça… Hé ! Neo, ton élève donne l’impression de s’en aller. »

« Ahahah, Aldrizzt, cesse de plaisanter. Étant mon apprenti, il n’oserait définitivement pas “m’ignorer”, “ne pas me saluer”, et “partir sans permission”. »

Je me figeai sur place, et sentis mon visage se crisper plusieurs fois. En fin de compte, mon visage se durcit avec la résolution de celui qui s’apprête à aller occire un dragon, et je me retournai pour m’avancer jusqu’à mon maître. Au même moment, je me mis docilement à le saluer. « Mon cher maître, sous l’illumination du Dieu de la Lumière, comment vous portez-vous aujourd’hu— ? »

Le visage de mon maître devint sérieux, et sa voix devint plus grave. Employant un ton de commandant, il me coupa la parole : « Rentre le Dieu de la Lumière dans ton cœur, et dis-moi ce que tu fabriques dans un groupe d’aventuriers ! »

Je lui racontai immédiatement tout en détail.

Une fois que j’eus terminé mon histoire, mon maître continua de se marmonner à lui-même de façon indécise. En contraste, ce fut l’elfe noir, Aldrizzt, qui me critiqua, avec une expression froide : « En tant que membre de l’équipe, quitter le groupe de ta propre initiative est mal ! »

Je jetai un coup d’œil à l’elfe noir. En fait, j’ai envie de rétorquer qu’en dépit du fait que tu sois un elfe noir, tu ne me sembles pas le moins du monde maléfique, et c’est ça qui est mal ! Malheureusement, jusqu’à ce que je puisse proprement comprendre quel est ta relation avec mon maître, je n’ai pas l’intention de t’offenser.

Soudainement, mon maître sourit, compréhensif. « Tu as quitté ton équipe, parce que tu voulais enquêter sur moi et Aldrizzt, n’est-ce pas ? » demanda-t-il. « Une créature avec un élément des ténèbres et une avec un élément de la lumière qui voyagent ensemble, et qui maintiennent toujours une distance ni trop lointaine ni trop proche avec ton groupe par-dessus le marché, c’est terriblement suspicieux. »

Comme on pouvait s’y attendre de la part de mon maître, il est celui qui me comprend vraiment. J’ai bien peur que si je faisais ne serait-ce que lâcher un pet, il serait capable de déterminer ce que j’avais mangé au déjeuner.

J’acquiesçai et répondis : « Je vous avais déjà sentis à l’orée de la forêt, mais à ce moment-là je n’y avais pas vraiment prêté attention. Toutefois, par la suite, quand vous tourniez autour de la forêt mais gardiez toujours une certaine distance avec nous, j’ai commencé à devenir un peu nerveux. Mais, je ne pouvais pas en parler à mes coéquipiers, étant donné que j’aurais été obligé de révéler que j’avais la capacité de sentir les éléments. Donc, à la place, je n’ai pu que trouver une excuse pour quitter le groupe et aller explorer un petit peu. »

À cet instant-là, une expression de stupéfaction apparut sur le visage d’Aldrizzt.

Mon maître hocha la tête et fixa Aldrizzt tout en affichant une expression de fierté. « Je t’avais déjà averti à ce sujet auparavant ; tu ne peux pas prendre mon élève en filature et le lui cacher », lui rappela-t-il.

« C’est vraiment stupéfiant. » Aldrizzt se tourna vers moi et s’excusa : « Je suis vraiment désolé. J’ai eu tort de te critiquer. Je retire ce que j’ai dit. »

Je fixai cet elfe noir du regard. Tu ne pourrais pas être un peu plus dédié à ton travail, et montrer un comportement un peu plus malveillant ? En ce moment, cette personnalité complètement inoffensive, qui ne ferait pas de mal à une mouche, que tu es en train de montrer n’est-elle pas complètement en contradiction avec la description des elfes noirs que j’ai donnée plus tôt ?

« Pourquoi me dévisages-tu ainsi ? » questionna Aldrizzt, un peu perplexe.

Je le jaugeai de haut en bas, puis m’enquis avec méfiance : « Es-tu vraiment un elfe noir ? Se pourrait-il que tu sois un elfe resté trop longtemps sous le soleil et dont la peau aurait brûlé ? »

Aldrizzt resta stupéfait.

Ce fut mon maître qui se mit à rire. Comme il s’esclaffait, il administra une bonne claque dans le dos de l’elfe noir et beugla : « Aldrizzt, oh Aldrizzt ! J’ai encore deviné juste, n’est-ce pas ? Je te l’avais bien dit, même si tu étais un elfe noir si malfamé que tout le monde brûlerait d’envie de te tuer, tant que tu ne l’attaques pas, mon apprenti ne dégainerait même pas son arme, quand bien même il serait appuyé contre toi avec vos bras côtes à côtes… Quoique, qu’il tienne ou non une arme, il demeure toujours aussi faible. »

Une fois qu’Aldrizzt eut entendu cela, son regard envers moi s’adoucit beaucoup, et il me sourit même d’une manière totalement amicale.

L’humeur de mon maître était au beau fixe. Il me tapa dans le dos, en disant : « Mon enfant, c’est rare de te voir. Alors, viens boire un verre avec ton maître ! Ton maître a de nombreux récits d’aventures à te raconter, et il veut aussi entendre des histoires du Temple Sacré. »

Quand il eut terminé de parler, mon maître tourna la tête vers Aldrizzt, et rigola en disant : « Mon apprenti tient encore mieux l’alcool que moi ! Tu vas définitivement l’apprécier. Aujourd’hui, les gars, vous pouvez boire autant qu’il vous plaira ! »

« Oh ? » Aldrizzt semblait être euphorique.

En entendant cela, je pris une profonde inspiration, mon regard se déplaçant partout sans s’arrêter, tandis que je m’interrogeais quant à quel chemin emprunter pour avoir le moins de risque d’être rattrapé… Là !

« Hum… Neo, ton élève est en train d’escalader le mur. »

« …Reviens ! Nous payerons toutes les consommations. »

Je poussai un soupir de soulagement et sautai du haut du mur. Avec une sincérité qui ne pouvait être plus honnête, j’affirmai : « Ce sera avec plaisir, mon cher maître. Il est dit que le Chevalier du Soleil deviendrait probablement ivre en moins de trois verres, mais puisque mon maître en a fait la requête, votre apprenti vous suivra même jusque dans les profondeurs de l’enfer. »

Faisant face au regard d’Aldrizzt qui affichait un grand sourire, mon maître était un peu embarrassé alors qu’il se plaignait : « Faire sortir de l’argent de ta poche est encore plus difficile que de t’expédier en enfer. Je ne sais vraiment pas comment cette personnalité grippe-sou, qui est la tienne, a pu se développer. »

À l’évidence, elle m’a été enseignée par vous…

« Va et enfile les vêtements d’Aldrizzt, puis nous irons boire », continua mon maître. « Tu ne dois définitivement pas révéler que tu es le Chevalier du Soleil, puisque l’image du Chevalier du Soleil perdant connaissance au bout de trois verres ne doit pas être brisée ! »

Trouvant cela un peu étrange,  je demandai : « D’accord, mais pourquoi ne mettrais-je pas vos vêtements, maître ? »

« C’est parce que je porte un uniforme de chevalier, mais peu importe sous quel angle on te regarde, tu ne ressembles en rien à un chevalier. Tu peux tromper les ignorants gens du peuple, toutefois, dans un lieu comme une taverne où des experts se terrent, tu ferais mieux d’appartenir à une autre profession ! Ce n’est vraiment pas de bol qu’aucun de nous n’ait d’uniforme de prêtre avec lui, autrement, lorsque tu l’aurais porté, nous aurions tous les trois eu l’air d’un groupe complet composé d’un chevalier, d’un mage doublé d’un assassin, et d’un prêtre ! Sans l’ombre d’un doute, nous aurions reçu un nombre infini de missions ! Quel dommage… »

Allez vous faire ****** ! Je suis un Chevalier Sacré !

Mon maître me fixa sévèrement. « Tu ferais mieux de ne pas insulter ton maître dans ton cœur, sinon, plus tard, tu devras payer pour nos boissons. »

Je me mis presque à genoux et l’implorai pour son pardon. « Je suis désolé. Étant votre apprenti, je n’aurais pas dû maudire mon maître dans mon cœur… »

Aldrizzt roula des yeux. Le roulement d’œil contrastait grandement avec sa peau qui était aussi noire que le charbon, et ainsi paraissait particulièrement blanc. Quiconque recevant ce regard finirait par se mettre en colère en le voyant. Aldrizzt ne put s’empêcher de dire : « Chevalier du Soleil et ancien Chevalier du Soleil, quand vous parlez ensemble, pourriez-vous tous les deux ne pas vous montrer plus vulgaires que moi, un elfe noir ? »

« Bien qu’ayant été sous l’illumination du Dieu de la Lumière pendant de longues années, il réside toujours des ténèbres cachées à l’intérieur du cœur de mon enfant. Étant son maître, mon cœur en est peiné, et cet humble serviteur ne peut s’empêcher d’enraciner la radiance du Dieu de la Lumière dans ses mots, priant pour qu’ainsi les ténèbres soient chassées de l’intérieur du cœur de mon enfant, afin qu’il reprenne le chemin de la radiance. »

« La bienveillance du Dieu de la Lumière enveloppe le monde entier, sa radiance scintillant à travers l’air et illuminant toutes les créatures vivantes de ce monde. Cependant, des ténèbres se terrent à l’intérieur du cœur de votre apprenti, et il a dirigé ces ténèbres vers son maître. Ceci est véritablement un pêcher que même un millier de morts ne suffirait à repentir ! À présent que son maître fait appel à la radiance du Dieu de la Lumière pour réprimander son élève, votre apprenti est naturellement ravi de l’accepter, et a hâte d’assister à une renaissance de lui-même. »

« …Je suis désolé, cette fois c’est moi qui avais tort. Je vous en prie, redevenez vulgaires ! »

 

 

Après cela, nous ouvrîmes les portes de la taverne. Une fois que nous fûmes entrés à l’intérieur, toutes les serveuses de la taverne, qui pouvaient voir la porte, regardèrent vers nous et se mirent à appeler joyeusement en disant des choses comme : « Neo ! », « Neo, tu es de retour ! », « Neo, tu m’as tellement manqué. » Mon maître, lui aussi, répondit aux serveuses une par une par son regard. Si je n’avais pas mentionné lequel des Douze Chevaliers Sacrés précédents mon maître était, je parie que tout le monde aurait présumé qu’il était en fait l’ancien Chevalier de la Tempête.

En comparaison, Aldrizzt n’était pas vraiment populaire. Même s’il avait étroitement enveloppé son corps de tissu, un certain nombre de personnes lui jetèrent des regards remplis d’hostilité. Il paraissait évident qu’ils étaient au courant de sa race.

Je jetai un coup d’œil à la tenue d’Aldrizzt, et je compris immédiatement comment ils avaient su. Même s’il avait drapé tout son corps avec son manteau, il était quand même obligé de tendre sa main quand il mangeait ou buvait de l’alcool. Juste un aperçu de cette main noire comme du charbon suffisait pour que les gens devinent qu’il s’agissait de quelque chose de douteux.

Si ce n’était pas l’elfe noir des légendes, alors il serait un cadavre brûlé et réanimé, et aucune de ces deux options n’augurait quoi que ce soit de bon.

Bien que le public fût très inamical envers Aldrizzt, l’hostilité que ces « hommes » dirigeaient vers mon maître semblait aussi assez intense, et je n’avais pas non plus l’air d’être très populaire…

Parce que l’animosité de l’assemblée dirigée vers nous était très apparente, nous choisîmes des chaises dans le coin le plus éloigné du reste des occupants de la pièce.

Après cela, mon maître commanda joyeusement deux douzaines du plus fort alcool et plusieurs plats pour accompagner le vin. Puisque cela allait de soi, les serveuses les apportèrent les uns après les autres.

Aldrizzt semblait être un peu inquiet lorsqu’il conseilla : « Neo, nous ferions mieux de ne pas nous enivrer. »

Mon maître tourna la tête, et demanda curieusement : « Nous enivrer ? Si toi et moi nous en buvons une douzaine, comment pourrions-nous devenir ivres ? »

« Mais, tu en as commandé deux douzaines… »

Mon maître répondit sans aucune hésitation : « Bien sûr. Sinon, mon élève dira que je suis radin. »

Aldrizzt redressa la tête sous son manteau, en me scrutant avec une vague confusion. Je n’étais pas sûr de savoir si j’avais bien interprété correctement, mais je continuais de ressentir que sa perplexité contenait également un sentiment de plaisante surprise… On dirait qu’Aldrizzt est aussi un démon de la boisson. J’ai bien peur que ce que notre équipe de trois fasse de mieux ne soit point de pourfendre des monstres démoniaques, mais plutôt de pourfendre des bouteilles d’alcool à la taverne.

Une fois que l’alcool arriva, moi, le démon de la boisson au-dessus de tous les démons, j’ouvris sur-le-champ les bouteilles avec mes deux mains, et commençai à les descendre impitoyablement. Quand ma main gauche avait fini d’en verser une, j’alternais avec ma main droite… Après une minute, je pris mon mouchoir et essuyai la mousse de l’alcool qui collait aux coins de ma bouche. Hum, même si cette boisson n’est pas aussi forte que l’Ivre-En-Une-Bouteille de la Cité du Bourgeon, la teneur en alcool n’est pas si mal.   

Lorsque je redressai la tête, je remarquai qu’Aldrizzt me fixait avec un regard vide, et que mon maître s’était mis à rire à gorge déployée en frappant… pas sa cuisse mais celle d’une serveuse qui était en train de servir nos plats.

En apercevant le visage d’Aldrizzt, j’ouvris encore une autre bouteille, puis la levai et déclarai : « Je bois en ton honneur. »

Aldrizzt en resta stupéfait, et il s’enquit avec hésitation : « Pourquoi bois-tu en mon honneur ? »

Même si je n’étais pas ivre, je me sentais quand même un peu pompette. Notant que toute la taverne dévisageait Aldrizzt avec haine, j’employai un regard provocateur pour les fixer un par un, puis j’élevai délibérément la voix pour les défier : « Je célèbre le fait que tu sois assis ici avec nous ! »

« Bien dit, mon enfant. Buvons à la santé d’Aldrizzt, pour être assis ici avec nous ! » Mon maître leva également bien haut sa bouteille.

L’expression d’Aldrizzt se fit extrêmement sérieuse. Il retira lentement son manteau, révélant ses épais cheveux blancs et sa peau noire. Il leva haut sa bouteille, en décrétant : « Dans ce cas, je dois boire à votre santé en retour. Je bois en votre honneur, les gars, pour être assis ici en face de moi ! »

Quand il eut terminé, nous bûmes tous les trois nos bouteilles avec nos têtes renversées vers l’arrière. Lorsque je baissai la tête, je vis une bouteille d’alcool voler tout droit vers l’arrière du crâne d’Aldrizzt. Avant que je n’eusse pu pousser le moindre cri pour l’avertir, une ombre passa à la vitesse de l’éclair. Mon maître s’était en fait servi de sa jambe pour cogner dans la bouteille qui ne se brisa pas. Elle fut envoyée valser jusqu’à la personne qui l’avait lancée, et la bouteille explosa en mille morceaux sur cette personne, dont la tête se retrouva entièrement ruisselante d’alcool.

Cette personne était un guerrier, un guerrier lourdement musclé, avec un marteau géant posé à ses pieds. Avec sa tête ruisselante d’alcool et les veines sur son visage qui saillaient sauvagement, il était manifestement offusqué.

« Ah ! » Mon maître bondit pour se tenir dans le dos d’Aldrizzt, puis il tourna la tête, souriant tout en déclarant : « C’est parfait, je déteste les guerriers plus que tout. »

Sous l’influence de l’alcool, et en songeant à comment Mike et Anne m’avaient méprisé pendant la totalité du voyage, je me levai en lui retournant son sourire.

« Tel maître, tel apprenti ! Maître, moi aussi je crois que les guerriers sont les êtres les plus détestables. »

À cet instant-là, Aldrizzt se leva et s’exclama : « Neo, Grisia, n’entrez pas en conflit avec quelqu’un à cause de moi ! »

Mon maître et moi nous retournâmes simultanément et levâmes les yeux au ciel. Qui fait cela pour toi ?

Après s’être pris nos deux regards dédaigneux, Aldrizzt sembla un peu embarrassé. En nous observant, puis en regardant le guerrier enragé ainsi que l’atmosphère dangereuse qui avait l’air prête à exploser à n’importe quel moment dans la taverne, il demanda avec un peu d’impuissance : « Vous avez besoin de mon aide ? »

« Bois tes bouteilles. » répondit mon maître.

« Mange ta nourriture. » répliquai-je.

Aldrizzt s’assit, et j’ignorais s’il était en colère ou pas. Il tourna son corps, fit dos à toute la taverne, et s’employa à manger ses plats et à boire son alcool pour de vrai.

Tandis que le guerrier qui maniait un marteau s’approchait de nous, mon maître, toujours en affichant une attitude calme au milieu de ce chaos, me dit : « Mon enfant, tes compétences à l’épée sont médiocres. Il vaudrait mieux pour toi que tu ailles boire avec Aldrizzt ! »

« Maître, ce que je porte en ce moment n’est pas un uniforme de chevalier. » Alors que je lui répondais, je rassemblai l’élément de l’eau puis le solidifiai en glace dans mes mains.

« Oh, c’est vrai. »

Après avoir prononcé ces mots, il dégaina son épée et bloqua le marteau du guerrier, qui se dirigeait vers moi. Cela produisit un son métallique qui résonna très fort et qui me cassa les oreilles. D’un geste de la main, le gros morceau de glace que je tenais, et qui était aussi gros qu’une cocotte, fut expédié sur le guerrier, juste à temps pour le récompenser avec une joie rafraîchissante !

Le guerrier vola en arrière et percuta une table, la réduisant en pièces. Sa chute semblait avoir été relativement lourde, mais il s’agissait bien d’un guerrier à la peau épaisse et avec de la viande en trop sur son corps. Il rugit plusieurs fois, et ensuite se remit debout. Ses deux yeux injectés de sang, il regarda à droite et à gauche, puis attrapa une table qu’il nous jeta.

La table fit un vol plané en direction de mon maître, mais ce dernier ne silla même pas.

À ce moment-là, je tendis la main, et exécutai le Bouclier de la Terre, qui était une technique qui solidifiait la lumière sacrée en un bouclier pour parer les attaques… Cette technique était en vérité la capacité spéciale du Chevalier de la Terre, que j’avais secrètement apprise.

La table s’écrasa contre le Bouclier de la Terre, et se brisa en plusieurs petits morceaux devant mon maître. Cependant, parce que le bouclier sacré le protégeait, pas même une seule écharde n’écorcha son corps.

Avec ses deux yeux rouges, le guerrier hurla : « À en juger par tes actions, cela veut-il dire que tu veux protéger ce type à la peau noire ? Ne me dis pas que tu n’es pas conscient du fait que les elfes noirs appartiennent à une race maléfique ? »

Mon maître répondit froidement : « Si tu cherches à nous trouver des torts pour lancer un combat, vas-y. En t’inventant un tas d’excuses, tu auras prouvé que tu es encore moins convenable qu’un elfe noir. Si tu veux te battre, ramène-toi ! Je vais te laisser être le témoin de la force du plus fort chevalier… de l’histoire ! »

Oh merci, Dieu de la Lumière ! J’essuyai la sueur froide qui s’était formée. Par chance, mon maître a pensé à retirer les mots « du Soleil ».

Arrivé à ce stade, les gens dans la taverne se levèrent un par un et s’écrièrent : « Quel chevalier ? Tous ceux qui se liguent avec un elfe noir sont forcément des êtres pleins de mauvaises intentions ! »

« Foutez le camp d’ici, et ça vaut aussi pour l’elfe noir ! »

« Quittez la Ville de la Forêt Feuillue ! »

Voyant que la foule prenait son parti, la confiance du guerrier s’était évidemment gonflée. De toutes ses forces, il gronda : « Créatures maléfiques, et toi l’elfe noir, foutez-moi le camp ! »

« Oh ? Créature maléfique ? » Mon maître marmonna tout seul pendant un moment, puis il dit avec un sourire : « Intéressant, c’est bien la première fois qu’on m’appelle comme ça. Afin de seoir à ce nouveau titre… Dans ce cas, devrais-je devenir encore plus malveillant ? Hé hé hé… Hahahaha ! Me battre contre toi tout seul ? Tu n’es même pas qualifié pour une telle chose. Mon apprenti ! Viens en première ligne, et passe-moi ce chien à tabac ! »

Quand il eut terminé, il fit virevolter son manteau avec élégance, et vint se tenir derrière moi. Il s’assit calmement et entreprit de se mettre à manger et à boire avec Aldrizzt.

Ma-maître… Jouer le rôle du Chevalier du Soleil pendant vingt ans ne vous a pas suffi ? Maintenant, vous voulez changer de rôle et jouer le méchant ? Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer, mais en voyant que mon maître était de bonne humeur en ce moment, il valait mieux pour moi de docilement suivre ses instructions.

« Oui, monsieur ! »

Quand mon cri retentit, je ne récitai même pas d’incantation, tandis que je lançais ma magie… En fait, c’était uniquement parce que je n’avais pas assez de temps pour réciter. De toute évidence, la taverne toute entière m’avait pris pour un mage, et presque tout le continent savait que le meilleur moyen de tuer un mage était, pour un ennemi, d’en faire de la chair à pâté avant qu’il eût pu compléter ses incantations et exécuter ses sorts.

Ainsi, la vitesse à laquelle tout le monde se jeta sur moi était si rapide que cela me rappela un marié se jetant sur sa femme pendant leur nuit de noce. Je voulais jouer la comédie et réciter une incantation pour m’amuser à prétendre être un mage mais, à cause d’eux, je ne le pouvais pas. Tch !

Avec ma main gauche qui exécutait le Bouclier de la Terre, et après avoir confirmé que les diverses armes de toutes sortes devant moi n’atterriraient pas sur ma tête, j’effectuai une variété de sorts dépareillées avec ma main droite. Toutes les Lames de Vent, Boules de Feu et Tir de Glace que je parvins à produire, je les leur lançai aléatoirement. Même si je n’arrivais pas à toucher toutes les cibles que je visais, cela importait peu, puisqu’il y avait des gens partout. Quel que fût la façon ou l’endroit où je jetais mes sorts, je touchais forcément quelqu’un. Chaque sort était suivi d’un gémissement d’angoisse, ce qui était extrêmement satisfaisant.

Dans mon dos, provint même un soupir poussé par Aldrizzt. « Ton élève s’amuse vraiment. Clairement, un sort intermédiaire pourrait vaincre tous ses adversaires mais, à la place, il utilise seulement des sorts mineurs pour créer des problèmes. »

Mon maître faillit presque recracher l’alcool qu’il avait dans la bouche, et une fois qu’il eut toussé quelques fois en riant, il expliqua : « Tu as mal compris, Aldrizzt. C’est parce qu’il ne connaît que des sorts mineurs. N’oublie pas, mon apprenti n’est pas réellement un mage. Même ainsi, avec le Bouclier de la Terre combiné à sa liste de compétences, personne ne peut le battre. Cet “Apprenti Mage” est en fait encore plus problématique à affronter qu’un magicien, ou même un maître magicien. »

« Pourquoi est-ce qu’il n’apprend pas de sorts intermédiaires ? » La voix d’Aldrizzt était pleine de curiosité. « À en juger par ses capacités, il devrait être plus que prêt à en apprendre. »

« Oh, pendant tout le combat jusqu’à maintenant, as-tu entendu mon apprenti réciter la moindre incantation ? »

« Non. »

« Ce n’est pas un magicien, et il est incapable de comprendre la véritable incantation magique. Ainsi, il ne connaît même pas la moitié d’une vraie incantation. Au mieux, il ferait semblant de réciter : “Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi-sèches.” Et même lui ne serait pas capable de se servir d’un sort intermédiaire sans prononcer une incantation. »

Stupéfait, Aldrizzt s’écria : « Il ne connaît aucune incantation ? Mais alors, comment est-il parvenu à apprendre la magie en premier lieu ? »

Mon maître expliqua mystérieusement : « Pour te dire cela, je vais devoir parler d’un certain jour où je lui apprenais à manier l’épée et où il s’était entraîné pendant toute une journée. À cause d’une fatigue extrême, j’avais décidé de faire une pause, et il avait saisi l’opportunité pour aller vagabonder dans les rues pendant ce répit. »

« Il était fatigué, mais il est quand même aller flâner dans les rues ? »

« Non, j’étais celui qui était fatigué. Mon cœur avait reçu trop de coups, et était épuisé… »

« …Je t’en prie, continue. »

« Puis, il est rentré. Le jour suivant, je lui ai appris à monter à cheval, et nous avions chevauché toute la journée… »

« De nouveau fatigué ? »

« Oui, j’étais extrêmement épuisé à force d’avoir été rendu fou de rage. Je lui avais hurlé : “Dis-moi, pourquoi dois-je toujours tout t’enseigner aussi rigoureusement, espèce d’idiot bon à rien ! Quelle utilité pourrait-on jamais tirer de toi ? Je ne peux plus en supporter davantage, je veux te remplacer !” En fin de compte, cet enfant avait réfléchit pendant un moment, puis avait libéré une lame de vent pour m’éventer. Il s’était même rendu aux cuisines pour prendre un kebab, et il s’était servi d’une boule de feu pour me griller la viande. Et, pour terminer, il avait même fait apparaître un morceau de glace et avait étalé de la confiture dessus, pour en faire un dessert après le repas… Je lui avais demandé comment il était parvenu à apprendre tout cela, et il m’avait répondu que le jour d’avant, pendant qu’il se promenait dans les rues, il avait aperçu un groupe de jolies mages avec lesquelles des brutes essayaient de prendre des libertés. Elles étaient tellement en colère qu’elles avaient rassemblé leurs forces et utilisé des Lames de Vent, des Boules de Feu, et des Tirs de Glace pour repousser l’autre parti. »

« Par conséquent, à cause de l’éventail, du kebab grillé, et de l’en-cas après le repas, tu as décidé de garder cet élève ? »  

« Ou- NON ! Bien sûr que non ! Aldrizzt, n’as-tu pas une image trop superficielle de moi ? »

Aldrizzt éclata d’un rire réprimé.

La voix de mon maître, cependant, devint quelque peu mécontente. « Ces personnes étaient trois belles magiciennes, chacune d’entre elles utilisant différents éléments. À lui seul, il est parvenu à apprendre la magie des trois éléments, et cela n’inclut même pas l’élément de la lumière qu’il connaissait déjà. Avec ce genre de potentiel inconcevable, penses-tu que je pourrais le remplacer ? »

« Oui, oui, bien sûr que tu ne pouvais pas le remplacer. »

« Ta voix ne paraît absolument pas sincère. »

« Je suis un elfe noir dont la spécialité est les complots et les subterfuges ! Le fait que je ne t’aie jamais tendu de piège est déjà suffisant. Qu’attends-tu de plus de moi ? Je suis incapable de même trouver le mot “sincérité” dans la langue des elfes noirs ! »

Avec un « humph », mon maître se tut.

En entendant qu’ils avaient enfin terminé leur conversation, je pris immédiatement la parole : « Mon cher maître… »

Mon maître renifla froidement. « Si tu n’as rien à me demander, tu n’ajoutes pas “mon cher”. Dis-le ! Qu’est-ce que tu veux !? »

Il n’y a personne qui connaisse mieux l’apprenti que le maître. D’un air pince sans rire, je dis : « Concernant les compensations pour les dégâts causés à cette taverne… »

Avant que j’eusse pu terminer, mon maître avait déjà répondu avec mauvaise humeur : « Pendant les trois années où je ne t’ai pas vu, tu es devenu encore plus radin ! Tant que tu voyages avec nous, je ne te laisserai pas payer le moindre centime. Dans le futur, arrête de me parler des questions d’argent. Chaque fois que tu demanderas, je ferai en sorte que tu te rappelles comment le titre du plus fort Chevalier du Soleil de l’histoire m’a été donné. »

« Oui, monsieur. »

Je laissai la tranquillité envahir mon cœur et eus même un petit sourire machiavélique. Tout en maintenant le Bouclier de la Terre, je commençai à rassembler de larges quantités de l’élément de « l’eau ». Je remplis l’air de toute la taverne avec cet élément et, d’un autre côté, je commençai également à rassembler de l’électricité…

Lorsque la foule commença à sentir leurs cheveux se dresser, réalisant que quelque chose ne tournait pas rond, et se mit à frapper mon Bouclier de la Terre avec encore plus d’ardeur, je criai finalement : « Réseau d’Éclair ! »  Après cela, je relâchai une chaîne entière d’éclairs. Ils suivirent la vapeur d’eau dans l’air de la taverne et s’éparpillèrent. Immédiatement, des lamentations s’élevèrent de toutes parts.

Le Réseau d’Éclair est exactement comme son nom l’implique. Il s’agit en fait d’une magie formée par deux sortes d’éléments magiques : l’eau et la foudre. Un niveau élémentaire ajouté à un autre niveau élémentaire formera une magie intermédiaire. Les mystères de la magie me faisaient me sentir assez… désenchanté.

« De la magie intermédiaire ! Et c’est un sort qui utilise simultanément deux éléments différents », s’exclama Aldrizzt avec stupéfaction. « Néo, on dirait que tes informations sur ton apprenti sont à présent inadéquates. »

Quand mon maître entendit cela, non seulement il ne se mit pas en colère, mais il me demanda même avec bonne humeur une fois que je me fus assis : « Mon enfant, comment as-tu appris ce sort intermédiaire ? »

Je racontai honnêtement : « Après que vous ayez quitté votre fonction, maître, il y a eu une fois où je portais un manteau, cachant mon identité pour me promener dans les rues. Dans une avenue, j’ai vu… »

Avant même que je pus terminer ma phrase, mon maître avait déjà agité sa main avec impatience. « Oublie ma question, oublie-la. Tu as probablement encore vu une autre belle magicienne. Ce n’est même pas grave si je n’écoute pas ! »

Je trouvais cela extrêmement injuste, aussi je protestai : « Maître, cette fois, vous avez tort. La personne que j’ai vue était un vieux mage ! J’ai dû dépenser une grande quantité de patience avant de pouvoir voir ce vieux mage, dont le visage était couvert de rides, lentement terminer son incantation et lancer sa magie. Finalement, je suis secrètement parvenu à apprendre ce sort intermédiaire. »

À ce moment-là, le propriétaire de la taverne, bien qu’il eût une apparence fébrile, marcha vers nous nerveusement. Après quoi, il demanda tout en tremblant : « Seigneur Chevalier, concernant les objets endommagés… »

Mon maître constata paresseusement la situation derrière nous. Les dégâts ne s’étendaient qu’à des tables cassées, des chaises brisées, le parquet inondé et quelques fissures sur les fenêtres et les portes. Après qu’il eût jeté au tavernier quelques pièces d’or scintillantes, c’était tout juste si le propriétaire ne dit pas en souriant : « Continuez, s’il-vous-plaît, continuez à ruiner cet endroit ! »

Après cela, nous nous assîmes à l’unique table propre et rangée de la taverne, et nous continuâmes de boire nos bouteilles, de manger nos plats, et de discuter.

J’en profitai également pour expliquer à mon maître l’histoire du kidnapping de la Princesse Alice, aussi bien que les détails de ma rencontre avec le Chevalier Noir. Même si mon maître était à la retraite, il avait quand même été le Chevalier du Soleil pendant vingt ans. Son expérience était incomparable à la mienne. Peut-être que si mon maître écoutait mon histoire au moins une fois, il saurait immédiatement quel était le cœur du problème.

Lorsque j’en vins à la partie où le Chevalier Noir avait affirmé qu’il s’était enfui avec la princesse pour se marier mais que, en même temps, il n’avait pas connaissance de la lettre, Aldrizzt déclara en désaccord : « Comment peux-tu croire aux paroles d’un kidnappeur ? »

Je répondis franchement : « Parce qu’il avait l’air d’être extrêmement bel homme. »

« Bel homme à quel point ? » questionna mon maître avec un visage sérieux.

Je répondis également avec sérieux : « Le genre de bel homme qui, lorsque des hommes le verraient, leurs donnerait envie de le tuer et de découper son corps en morceaux. »

Quand ces mots sortirent, Aldrizzt en resta ébahit. Cependant, mon maître hocha la tête avec compréhension, en décrétant : « Dans ce cas, la situation est telle que tu l’as déclarée : c’est une fugue. »

Aldrizzt ne put s’empêcher de secouer la tête et de rétorquer : « C’est un petit peu trop arbitraire. »

Mon maître tapota le dos de l’elfe noir, et comme un vieil homme s’adressant à un enfant ignorant, il expliqua : « Fais-moi confiance, tu es encore jeune, et tu n’as pas vécu suffisamment d’expériences dans ta vie. »

Aldrizzt éclata de rire. « J’ai déjà cent trente-six ans. »

« Les elfes noirs peuvent vivre de cinq cent à huit cent ans. Ainsi, convertit en âge humain, tu n’es que dans la vingtaine. Tu es peut-être même plus jeune que mon apprenti. »

Aldrizzt roula des yeux sous son manteau, et répliqua en se moquant : « Les expériences vécues et la conversion de l’âge ne devraient avoir aucun lien, non ? J’ai longuement vécu des événements pendant cent trente-six ans. »

Mon maître lui adressa un léger sourire en répondant : « Et pourtant, tu es toujours un enfant. Cela me rend certainement envieux ! »

Aldrizzt dévisagea mon maître, ne comprenant pas vraiment ses mots.

Mon maître descendit une gorgée d’alcool, puis tendit la main pour essuyer la mousse au coin de sa bouche. Il possédait vraiment la vigueur et l’indiscipline d’un aventurier, il y avait une large différence entre maintenant et avant, quand il était toujours le Chevalier du Soleil. Il me donna une claque dans le dos. « Mon enfant, continue ton histoire. »

J’acquiesçai d’un signe de tête. « Cependant, j’ai en fait trouvé cela un peu étrange. La reine nous a forcés, Leaf et moi, à participer, parce qu’elle savait manifestement que le kidnappeur était un Chevalier Noir. Pour les guerriers, c’est un problème vraiment intraitable. Seulement avec notre participation pouvait-elle être assurée que nous récupérerions la princesse. Toutefois, d’un autre côté, Anne nous a fait emprunter des voies détournées. De toute évidence, elle ne souhaite pas que nous trouvions le kidnappeur. En ce moment, je ne comprends vraiment pas s’ils veulent que l’on sauve la Princesse Alice ou non. »

Mon maître afficha un léger sourire, comme s’il ne pensait pas que c’était très étrange. Il expliqua : « C’est simple. C’est parce que la reine du Royaume de l’Orchidée Lune et la Princesse Anne ont adopté des positions différentes sur la question. »

« Des positions différentes ? » Je ne comprenais pas. Elles sont mère et fille mais ont adopté des points de vue différents ?

Mon maître sourit de nouveau et alla plus en profondeur : « En tant que dirigeante d’un pays, la reine du Royaume de l’Orchidée Lunaire voudra absolument récupérer la Princesse Alice, afin de la marier au Fils du Dieu de la Guerre et de parvenir à son but de consolider l’influence du Monastère du Dieu de la Guerre à travers un mariage politique. Cependant, la Princesse Anne n’est pas à la tête d’un pays, et la Princesse Alice est sa sœur. Si elle était au courant que sa sœur n’aimait pas le Fils du Dieu de la Guerre, et qu’elle était amoureuse d’une autre personne, elle prendrait plus ou moins le parti de sa sœur. »

« Je vois. » Soudainement, je m’exclamai en réalisant : « Ainsi, la reine n’avait pas d’autres motivations et voulait vraiment récupérer la Princesse Alice ! La reine, afin de trouver une raison de ne pas envoyer ses soldats pour ramener la princesse, a plus que probablement fait forger la lettre que le “kidnappeur” a laissée. Et ainsi, elle a envoyé notre groupe d’aventuriers aller la chercher en secret. Après tout, le fait que sa fille fugue avec quelqu’un n’est pas quelque chose qu’elle peut se permettre de faire connaître au monde entier. La Princesse Anne, d’un autre côté, a intentionnellement rejoint notre groupe pour nous égarer. Cela donnerait à la Princesse Alice suffisamment de temps pour qu’elle puisse s’enfuir avec son bien-aimé. »

Mon maître hocha la tête, plein d’éloges, puis il ajouta : « Et elle ne pouvait pas complètement vous induire en erreur, sinon cela aurait probablement attiré vos soupçons sur le fait qu’elle collaborait avec la Princesse Alice. Si cela se produisait, il y aurait une forte possibilité que la reine intervienne de son côté pour récupérer la Princesse Alice. »

« Ainsi, nous avons toujours été en train de les poursuivre, jamais trop loin ni trop proche », continuai-je. « Occasionnellement, nous devions même rencontrer le kidnappeur. Malheureusement, celui qui l’a rencontré c’était moi, et je n’avais pas la capacité de le restreindre, donc il est encore parvenu à s’échapper. »

Un si bon plan orchestré par Anne ! Quand nous rentrerions au palais, moi, la seule personne a avoir rencontré le kidnappeur, et pourtant n’ayant pas été capable de le restreindre, je deviendrais assurément la cible de la critique publique.

Elle doit vraiment beaucoup me détester ! Autrement, laisser Austin rencontrer M. le Chevalier Noir n’aurait-il pas été une meilleure solution ? Il est tout à fait normal qu’un prêtre ne possède pas la capacité de restreindre l’ennemi, et personne n’aurait prétendu qu’il était en tort… Mais, il a fallu qu’elle me choisisse moi.

À cet instant-là, le visage de mon maître s’assombrit, et il me rappela : « Mon enfant, tu as dit que, quand tu as rencontré le chevalier noir, tu portais une tenue d’assassin ? »

Mon corps trembla, et mon expression faciale se figea. C’est mauvais ! Si le Chevalier Noir venait à raconter aux Princesses Alice et Anne que celui qu’il a rencontré n’était pas le Chevalier du Soleil, mais plutôt un assassin rempli par l’élément de la lumière… Ces deux femmes sauraient que quelque chose ne tourne pas rond, même si elles se servaient de leurs genoux pour penser.

« Trouve une façon d’étouffer l’affaire ! » Le ton de mon maître était déjà un peu mécontent.

« Compris, je scellerai leurs bouches… Si c’est nécessaire, les éliminer est impératif ! » répondis-je d’un air grave.

Aldrizzt afficha faiblement un sourire forcé, alors qu’il disait : « Vous deux, les “vertueux” Chevalier du Soleil et ancien Chevalier du Soleil, pourriez-vous ne pas parler de sujet comme éliminer des gens devant un elfe noir “malfaisant” comme moi ? Une telle situation qui enfreint les raisonnements conventionnels tente mon pauvre cœur si facile à corrompre. »

Mon maître et moi haussâmes les épaules et, par égard pour le cœur facile à corrompre d’un elfe noir, nous ne continuâmes pas à discuter de choses qui ressemblaient encore moins à ce dont un Chevalier du Soleil était supposé parler.

Mon maître changea donc le sujet de la conversation et s’enquit : « Mon enfant, quelle est la direction dans laquelle t’a mené ton périple jusqu’à présent ? »

Je réfléchis pendant un moment avant de répondre : « Bien que nous ayons fait des détours par-ci par-là durant notre voyage, il semblerait que nous allions vers le sud-ouest. »

« Le sud-ouest, donc ? » Mon maître marmonna pour lui-même pendant un instant, puis il révéla le sourire incomparablement lumineux du Chevalier du Soleil. « Nous avons une mission qui, juste par hasard, se passe dans le sud. Que dirais-tu de voyager avec Aldrizzt et moi, et de compléter la mission ensemble avec nous sur la route ? C’est d’accord ? »

« Pas d’accord… »

Mon maître sourit gentiment. « Qu’as-tu dit ? En tant que “Plus Fort Chevalier du Soleil de l’Histoire”, ton maître est juste devenu un peu dur de l’oreille à l’instant, et ne t’a pas entendu clairement ! »

« Extrêmement d’accord ! »

Une fois que j’eus fini de parler, je descendis sans pitié une bouteille entière d’alcool. Puisque je ne suis pas autorisé à refuser, dans ce cas je peux seulement profiter de cette occasion pour boire un peu plus d’alcool en guise de compensation.

Mon maître rigola et déclara : « Aussi, tu ferais mieux de ne pas me maudire à l’intérieur de ton cœur. Si cette mission est un succès, je te donnerai trois dixième de la récompense. Ensemble, tous les trois, nous pouvons effectuer des missions extrêmement difficiles et, pour les missions difficiles, la récompense n’est naturellement pas du tout maigre. »

En entendant cela, je posai immédiatement la bouteille d’alcool. Je n’aurais pas pu être plus sincère lorsque je répliquai : « Comment pouvez-vous dire cela ? Maître, étant votre apprenti, Grisia ne vous servira absolument jamais sans épargner la moindre once d’effort jusqu’à la toute dernière seconde de sa vie ! »

« Alors, je ne te donnerai aucune récompense. »

Instantanément, je changeai mes mots : « Toutefois, une petite récompense encouragerait toujours grandement le moral de quelqu’un ! »

« Alors, je te donnerai un dixième. »

Avec précipitation, j’expliquai : « Le moral est également divisé en divers degrés. Si la récompense est plus importante (d’un dixième), le moral de quelqu’un deviendra naturellement plus élevé ! Quand le moral d’un individu est haut, un chevalier sacré qui, à la base, “ne connaissait que” Soin Mineur pourra même utiliser Soin Modéré ! Si la récompense venait à être encore plus haute (d’un autre dixième), alors le moral deviendrait encore plus grand. Peut-être même qu’un Soin Avancé pourrait être utilisé ! Si la récompense était encore augmentée (d’un dixième)… »

« Il n’y a pas besoin de l’augmenter davantage », m’interrompit froidement mon maître. « En réalité, j’ai plus tendance à mettre mon épée contre la gorge de quelqu’un qu’à le laisser être témoin d’à quel point le Chevalier du Soleil le plus fort de l’histoire est vaillant. Je te garantis que le moral s’élèvera tellement que même un Soin Ultime pourra être effectué. »

Ma bouche se referma d’un coup sec. Bon, trois dixième de la récompense c’est mieux que rien. Il ne vaut pas la peine que je me batte avec celui qui porte le titre du « Chevalier du Soleil le Plus Fort de l’Histoire » pour augmenter la récompense d’un dixième.

Aldrizzt semblait souffrir d’incessants maux de tête, comme il lâchait : « Ce duo maître et élève… L’un de vous deux pourrait-il laisser aux autres une bonne image du Chevalier du Soleil pour qu’ils puissent rêver un peu ? »

La Légende du Chevalier du Soleil T3C4 : L’Inévitable Antagoniste Dans Une Aventure – Un Personnage Beau et Classe

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 – À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : 御 我 Yu Wo


Chapter 4: “The Mandatory Antagonist for an Adventure — A Cool and Handsome Character” – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Chapitre 4 : “L’Inévitable Antagoniste Dans Une Aventure — Un Personnage Beau et Classe” – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Nocta

Après nous être pressés pendant un voyage de deux semaines, nous montions une fois de plus le camp, mais cette nuit, l’atmosphère n’était pas détendue comme d’habitude : elle paraissait oppressante.

« Personne ne peut égaler notre vitesse de voyage, alors pourquoi ne les avons-nous toujours pas rattrapés ? » demanda finalement Mike à Anne. Bien qu’ils fussent des amis d’enfance, il était clair d’après son ton qu’il était mécontent.

En tant que chevalier, Leaf souscrivait au noble principe « les princesses ont toujours raison », donc il ne prononça pas un mot. Mais, le simple fait de voir qu’il n’était pas venu défendre Anne me permettait de savoir qu’il commençait lui aussi à être soupçonneux. Tandis que moi… je n’avais pas ouvert la bouche pour parler depuis approximativement trois jours, ainsi tout le monde faisait habituellement comme si je ne savais pas parler.

Confrontée à nos doutes à tous, Anne laissa seulement derrière elle les mots « Attendez-moi » avant de s’enfoncer dans la forêt. Elle prit un moment avant de revenir, pour dire à tout le monde : « Nous sommes déjà très près, mais je ne connais pas la distance réelle. »

L’objet permettant de localiser la princesse était quelque part sur le corps d’Anne, mais elle refusait de nous laisser savoir de quel objet il s’agissait, ce qui expliquait pourquoi elle s’était rendue dans la forêt.

Après avoir obtenu une réponse aussi vague, Mike était toujours quelque peu mécontent. Anne le consola rapidement d’une voix douce : « Mike, nous sommes vraiment tout près maintenant. Cela ne nous prendra pas très longtemps avant de les rattraper ! »

Mike acquiesça à contrecœur, laissant tomber le sujet.

Au moment de dormir cette nuit, je me tournais et me retournais… et n’arrivais toujours pas à m’endormir ! Ce n’était pas surprenant. J’avais dormi vingt-quatre heures et ne m’étais pas réveillé avant la tombée de la nuit. Si je pouvais m’endormir la nuit, je commencerais à me demander si je n’avais pas un gros porc paresseux parmi mes ancêtres.

Après m’être tourné et retourné pendant un moment sans succès, je décidai de sortir de la tente. Après avoir dormi aussi longtemps, je ferais mieux d’exercer mes muscles et mes os un peu. Si je continue à  dormir et à manger de cette manière, cela aura une conséquence fatale : je deviendrais obèse !

Mike était de garde cette nuit. Quand il se tourna pour me jeter un regard, je lui souris avant de m’avancer silencieusement vers la forêt. Son regard était froid, et il n’essaya même pas de m’arrêter en me parlant. On dirait qu’il me méprise beaucoup…

Je marchai dans la forêt. Après m’être servi de ma capacité à sentir les éléments pour vérifier qu’il n’y avait personne autour de moi, je sortis de ma poche un insigne en forme de dragon et le pressai contre ma poitrine. D’une voix basse, je prononçai : « Brigandine Sainte du Dragon, au nom des descendants des Dragons, je te l’ordonne, activation ! »

En un instant, un tissu noir et serré s’étendit depuis l’insigne posé sur ma poitrine pour recouvrir tout mon corps, tandis que la partie basse de mon visage et les points vitaux étaient couverts par des écailles argentées. Je réalisai à ce moment-là que, bien que les plaques fussent argentées, elles ne scintillaient pas, pas même au beau milieu de la nuit. Au contraire, elles attiraient les ténèbres. Quand je baissai la tête pour me regarder, je ne pouvais rien voir et pensai presque que je n’avais pas de corps. C’est flippant !

« Même si je t’ai dit de ne plus parler comme il te plaît, oublie cet ordre après tout. » dis-je, un peu impuissant.  Même s’il est « silencieux », j’étais toujours conscient qu’il pouvait parler, donc ne pas l’y autoriser n’avait pas beaucoup de sens.

Comme vous le voulez, mon seigneur.

Après, j’allai par-ci par-là, choisis l’arbre le plus près et le plus grand, et commençai à y grimper. En ayant mis la Brigandine Sainte du Dragon, escalader un arbre était presque aussi facile que de marcher. Quasiment tout de suite, j’atteignis le sommet de l’arbre.

Je baissai la tête pour contempler le terrain environnant. Je la levai ensuite pour observer le ciel étoilé et trouvai la constellation que je cherchais. Une fois que j’eus noté la position, je descendis de l’arbre et dessinai sur le sol les positions du terrain et des constellations que je venais d’observer.

Comme je le pensais… Je me mis sinistrement à rire tout seul.

Mon seigneur, quelqu’un utilise sa capacité à sentir les éléments pour vous observer.

J’étais surpris. J’avais toujours été celui qui espionnait les autres. Maintenant, il y avait quelqu’un d’autre qui m’espionnait ? Je demandai précipitamment à la Brigandine Sainte du Dragon : « Dans quelle direction se trouve la personne qui m’observe ? »

Votre serviteur ne le sait pas. Mon seigneur, l’observateur a déjà mis fin à sa capacité.

Ils se sont arrêtés aussi vite ? J’y réfléchis un moment. Le plus probable était que cette personne fût Leaf. Il était un archer, alors c’était possible qu’il ait reçu un entrainement pour sentir les éléments. Je l’avais peut-être réveillé en partant tout à l’heure, et il avait donc lancé un scan par réflexe. Puisque mon élément sacré était extraordinairement puissant, il aura sur-le-champ découvert que c’était moi et avait ainsi mis fin à son balayage

D’accord, j’ai fini mes affaires. C’est le moment de rentrer.

Tout d’abord, je voulus rentrer au campement. Néanmoins, en me rappelant de l‘acte sérieux de Leaf, qui avait songé à employer sa capacité juste après s’être réveillé, je pensai que je devrais moi aussi essayer de sentir s’il y avait du danger autour de nous. Sinon, je me sentirais coupable demain quand je monterais sur le dos de Leaf.

Je respirai profondément et étendis ma capacité à sentir les éléments jusqu’à ses limites…

Soudainement, je m’immobilisai. Je regardai au loin. À une distance assez proche, il y avait une forme de vie possédant une quantité non-négligeable de l’élément des ténèbres. Je n’avais senti une quantité aussi importante de l’élément des ténèbres qu’avec Roland, qui était un Chevalier de la Mort. Bien que l’élément des ténèbres de Rose ne fût pas moins imposant que celui de Roland, elle savait comment camoufler son aura…

Se pourrait-il que ce soit là celui qui a enlevé la princesse ? Je repensai à la requête de la reine. Était-ce une coïncidence, ou la reine savait-elle déjà que notre adversaire était une créature des ténèbres contre laquelle les guerriers étaient les plus inefficaces, et nous avait ainsi forcés, Leaf et moi, à rejoindre le groupe d’aventuriers ?

Hormis la forme de vie qui dégageait l’élément des ténèbres, je sentais une autre forme de vie avec un très fort élément du vent. C’était très probablement un mage de l’élément du vent.

Je fronçai les sourcils et me demandai : « Ma capacité à sentir les éléments serait-elle devenue plus forte ? »

Après avoir repris le flambeau du Chevalier du Soleil, l’élément sacré contenu dans mon corps était devenu tellement fort que je ne pouvais pratiquement plus sentir les autres éléments : à part l’élément opposé, l’élément des ténèbres. Cependant, très récemment, il m’avait semblé que je pouvais sentir les autres éléments sans chercher délibérément à les ressentir. De la même manière que, quand le loup avec l’élément du feu avait essayé de m’attaquer, j’avais ressenti sa présence juste avant.

« Se pourrait-il que j’aie utilisé trop de magie récemment, particulièrement la nécromancie, et cela aurait affaibli mon élément de la lumière ? »

Si c’était le cas, c’était mauvais signe. Je suis le Chevalier du Soleil. Mon élément sacré ne peut être que fort, pas faible. On dirait que je devrais faire plus attention. Je ne peux pas continuer à utiliser spontanément des sorts qui n’appartiennent pas à l’élément sacré.

Au début, étant donné que je dormais depuis pas mal de temps, je pensais sortir pour tracer notre position et exercer mes muscles en même temps. Néanmoins, si je ne pouvais pas employer la magie, je crois qu’il serait plus sûr pour moi de retourner dormir… Au moment où je me retournai, une puissante aura de vent se manifesta juste derrière moi.

Je tournai la tête pour regarder. Dans le sous-bois, à l’origine entièrement vide, se tenait une personne portant une armure légère noire et tenant une paire de rapières dans ses mains. L’aura de ténèbres émanant de cette personne était suffisamment abondante pour rivaliser avec celle d’un Chevalier de la Mort.

Toutefois, c’était sans aucun doute un être vivant. Pourrait-il être… ? Mon esprit se vida un instant avant que je ne lâche : « Un Chevalier Noir du Dieu de l’Ombre ? »

Mais, en y réfléchissant davantage, il semblait connaître le sort de La Téléportation Instantanée. Comment un chevalier pouvait-il connaître de la magie ? Je ne pus m’empêcher de lui demander : « Tu sais comment te téléporter. Es-tu vraiment un chevalier noir ? »

Le chevalier noir se figea aussi un moment, avant de lâcher : « Pour posséder une aura de lumière aussi forte, es-tu vraiment un assassin ? »

Réalisant que nous doutions tous les deux de l’identité de l’autre, les mots nous manquèrent. Après nous être tut quelques instants, le chevalier noir s’enquit : « Tu es un poursuivant ? »

Même si j’avais voulu le nier, je ne le pouvais. Dans les alentours, à l’exception du fugitif devant mes yeux, il n’y avait que notre groupe de poursuivants. Il n’y avait personne d’autre à proximité, alors je lui répondis froidement : « Si tu es un fugitif, alors je suis un de tes poursuivants. »

Bien que nous fûmes fugitif et poursuivant, nous restâmes un long moment immobiles sans nous battre. Je ne le voulais pas, car la manière dont il tenait son épée était aussi intimidante que celle de Judgment ou de Roland. Je n’avais pas pour habitude d’appeler la mort quand je n’avais rien d’autre à faire.

Je pense qu’il n’avait probablement pas envie de se battre avec moi non plus, vu que mon aura sainte était suffisamment intense pour masquer son aura de ténèbres. Il n’avait probablement pas non plus l’habitude de chercher la mort quand il n’avait rien de mieux à faire.

Si nous commencions à nous battre, la probabilité que je le bombarde à mort avec ma lumière sacrée, et la probabilité qu’il me hache en petit morceaux avec ses lames, étaient équivalentes. Comme j’avais pour principe de ne pas attaquer tant que je n’étais pas sûr à 100% de vaincre, je décidai de le laisser partir pour cette fois !

« Je ne veux pas me battre contre toi. » lui avouai-je franchement.

En entendant mes paroles, le chevalier plissa le front. Fort probablement pour montrer sa bonne volonté, il rangea ses armes, mais il s’attarda sans partir. Nous nous observâmes froidement… Claque !

Je lançai un regard glacial à la paume de ma main. Ce moustique était certainement courageux, pour oser voler par hasard autour de moi pendant que je portais la Brigandine Sainte du Dragon ! Ne savait-il pas qu’en ce moment mon corps était recouvert de tissu noir, et que je n’avais donc guère à m’inquiéter de salir mes gants blancs !?

Je me servis de mes doigts pour dégager le cadavre de ma main. Quand je tournai la tête, le chevalier noir me regardait avec un air stupéfait. D’un ton sans joie, je m’adressai à lui : « Qu’est-ce que tu regardes ? N’as-tu jamais vu quelqu’un tuer un moustique ? »

Le chevalier noir sourit, et répondit sur le ton de la plaisanterie : « J’ai souvent vu des gens tuer des moustiques, mais c’est la première fois que je vois un assassin le faire. »

Eh bien, je suis désolé de te le dire, mais tu n’as toujours pas vu un assassin tuer un moustique, car je suis un Chevalier Sacré, pas un assassin.

Je baillai. « Puisque nous n’allons pas nous battre, je vais retourner dormir. »

« Attends une minute. »

Mon visage s’assombrit. Il semblerait qu’il n’avait pas envie de me laisser partir. Dommage, étant donné que je voulais rentrer et hurler : le fugitif est près de nous, allons vite le capturer ! Une fois que nous l’aurions capturé, trouvé la princesse, et fini par assister au mariage, j’aurais pu rentrer au Temple Sacré et redevenir un ermite d’église. Alléluia !

Avec le front plissé, il me regarda et déclara, un peu hésitant : « La princesse m’a suivi de son plein gré. »

En entendant cela, mon cœur tressauta, mais en surface je me contentai de répondre froidement : « Tous les violeurs affirment toujours que la femme les a séduit. »

Le visage du chevalier noir s’assombrit, et il ajouta une autre déclaration alarmante : « Nous nous sommes enfuis pour nous marier ! »

Enfoiré !

Globalement, je le croyais, sans pour autre raison que le fait que ce chevalier noir était vraiment grand, beau et impressionnant. Il appartenait au genre « à partir du moment où un homme le voit, il veut le tuer pour avoir un rival en amour de moins ».

Il était particulièrement fait pour être un chevalier noir, car un chevalier noir était précisément quelqu’un de froid qui voyait tout le monde comme son ennemi… Quand un type était aussi beau que lui, il devait percevoir tous les hommes autour de lui comme ses ennemis, pour survivre jusqu’à cet âge.

« Si vous vous êtes enfuis, pourquoi avoir laissé une lettre derrière vous ? »

Je continuai d’hésiter, et me gardai d’accepter cette « vérité » trop vite… Avec un kidnappeur aussi beau, je croyais que même si la princesse avait vraiment été kidnappée, après avoir été avec ce type canon de jour comme de nuit pendant deux semaines, la situation aurait probablement tourné en fugue-pour-se-marier.

Le chevalier noir cilla et demanda avec perplexité : « Quelle lettre ? »

« … »

Je venais juste de découvrir que la situation était encore plus complexe que je ne le pensais. Quand je voulus demander des précisions, j’entendis de nombreux bruits de froissements provenant de derrière nous. Je me tus brutalement. Évidemment, le chevalier noir les entendit également.

Il me jeta un regard, sortit un parchemin magique, prononça « Téléportation Instantanée », fut entouré complètement par une tornade d’air et disparut de l’endroit où il se tenait avec un « swoosh ».

« Ainsi, il utilise un parchemin magique pour la Téléportation Instantanée. Je savais bien qu’il ne pouvait pas y avoir autant de personnes bizarres dans ce monde, qui ne correspondaient pas à leur emploi… »

Je murmurai cela pendant que j’annulais la Brigandine Sainte du Dragon. Je rassemblai un peu de lumière sacrée et attendis là où je me trouvais.

« Sun ! »

Leaf fut le premier à sortir des buissons. Il me regarda de haut en bas pour vérifier que j’allais bien. Une fois qu’il eut constaté que c’était le cas, il lâcha un soupir de soulagement, mais demanda quand même, préoccupé : « Est… est-ce que ça va ? »

« Je vais bien », répondis-je simplement.

Après cela, Mike, Anne et Austin arrivèrent tous ensemble. Je vis qu’ils me regardaient tous avec des yeux plein de doutes. J’ouvris calmement la bouche pour leur expliquer : « J’ai rencontré un chevalier noir. »

En disant cela, je prêtai attention à leur réaction. Mike lâcha, douteux : « Une chevalier noir ? Qu’est-ce qu’un type de la Cathédrale du Dieu de l’Ombre fait sur notre territoire ? »

Austin fronça les sourcils, paraissant être plongé dans ses pensées.

L’expression d’Anne devint momentanément paniquée, mais elle prouva qu’elle était une princesse. Elle récupéra son sang-froid en moins d’une seconde et m’adressa même un regard inquiet.

Comme je le faisais toujours, je lui souris. Ce sourire la rassura considérablement. Elle ne révéla pas plus de panique.

Leaf demanda, perplexe : « Se pourrait-il que ce chevalier noir soit l’homme qui a kidnappé la princesse ? »

J’offris un sourire éclatant à Leaf qui ouvrit de grands yeux, ressemblant à un élève d’école primaire qui ne savait pas ce qu’il avait fait de mal. Je pesai rapidement le pour et le contre, mesurant toutes mes possibilités, avant de décider de m’en tenir à agir comme un sot. Je répondis : « Sun ne le sait point. »

Mike rugit d’une voix basse, de manière agitée et indignée : « Ce doit être lui ! Où est-il maintenant ? »

« Il a utilisé un parchemin de Téléportation Instantanée pour s’enfuir. Je crains qu’il soit déjà loin », répondis-je honnêtement.

Après avoir entendu ce que j’avais dit, Mike atteignit presque son point d’ébullition et continua à crier qu’il allait pourchasser le kidnappeur sur-le-champ. Ses poings le démangeaient probablement, puisqu’il ne s’était pas vraiment battu depuis deux semaines, d’après mon estimation.

Austin attrapa promptement Mike et commença sérieusement ses leçons de père à fils, disant des choses comme le fait que la distance était incertaine, que même si nous partions le pourchasser dès maintenant, nous ne le rattraperions pas forcément, que nous n’avions pas du tout remballé notre équipement de camping, que si nous ne les rattrapions pas, nous aurions du mal à continuer la chasse.

 

 

Après être retournés au camp, sous l’insistance de Mike, nous décidâmes de lever le camp deux heures plus tôt, le jour suivant. Après cela, à part Mike qui décida de rester debout pour monter la garde jusqu’au matin, tout le monde retourna sous sa tente afin de dormir. Mais, qui sait si l’un d’entre nous fut réellement capable de se rendormir après les événements de cette nuit.

Leaf et moi étions justement un groupe de deux personnes qui ne parvenaient pas à se rendormir. Au moment où Leaf pénétra dans la tente, il me regarda comme s’il voulait me dire quelque chose. J’utilisai vite mes deux mains pour couvrir sa bouche, ne le laissant pas prononcer quoi que ce soit. Il ouvrit de grands yeux pour me fixer.

Je réfléchis un moment, avant de rassembler de la lumière sacrée au bout de mon index. Je me servis alors d’une ligne de lumière pour écrire des mots.

« Je pense que nous avons été trompés par la reine et la Princesse Anne. »

Après avoir vu cette ligne de mots, Leaf tenta avec beaucoup d’efforts de faire la même chose que moi : employer la lumière sacrée pour écrire des mots… Néanmoins, son écriture était disproportionnée et de travers. Il me fut difficile de reconnaître ce qu’il avait écrit : « Que veux-tu dire ? »

Je réfléchis un peu avant d’ajouter d’autres mots : « Je suis seulement certain qu’Anne nous fait faire des détours. »

En ce qui concernait la lettre, n’avoir que la parole du chevalier noir rendait la chose trop subjective, alors je me retins de la mentionner pour l’instant.

Leaf fronça les sourcils et écrivit : « Que devrions-nous faire du coup ? »

J’y réfléchis un moment avant d’ajouter : « Nous ne devons pas nous séparer, tous les deux. Pour le reste, continuons comme nous le faisons déjà. Tu n’as qu’à continuer à me porter sur ton dos quand nous nous dépêchons ! »

Leaf dessina très sérieusement six points brillants : « …… »

Après environ une heure, Mike commença à beugler et à rugir, réveillant tout le monde. Je ne m’en préoccupai pas trop puisque je ne m’étais pas endormi, mais Leaf se réveilla en sursaut. Quand il sortit du lit, son visage montrait son épuisement.

Dans cette situation, j’éprouvais une pointe de remords, alors quand vint le moment de grimper sur le dos de Leaf, j’hésitai pendant un court instant. Heureusement, je n’avais pas grand-chose en guise de conscience, donc je fus capable d’ignorer cette pointe de culpabilité et continuai de grimper sur le dos de Leaf.

En voyant nos actions, Mike cria immédiatement avec colère : « Elmy, arrête de perdre ton temps à le porter. Il est inutile dans tous les cas. Utilise ta pleine vitesse pour nous accompagner dans la poursuite du ravisseur. »

Leaf refusa sur-le-champ : « Non. Si ça avait été plus tôt, laisser Sun derrière aurait été possible. »

Hé…

« Mais, maintenant que nous savons que l’ennemi est un chevalier noir employant l’élément des ténèbres, nous devons emmener Sun avec nous. Lui seul est en mesure de contrer l’élément des ténèbres de l’ennemi. »

Mike rigola froidement : « Après nous avoir rencontré, qu’est-ce qui n’appartient pas aux ténèbres ? Les cadavres appartiennent bien à l’élément des ténèbres, non ? »

En entendant cela, même Leaf fut étourdi et silencieux pendant un moment. Avec une équipe telle que la nôtre, on pourrait dire que si un dieu nous bloquait la route, nous éliminerions le dieu ; si un démon nous bloquait la route, nous éliminerions le démon. …Pourtant, sur le chemin, il y avait seulement eu des bêtes démoniaques insignifiantes et des équipes d’aventuriers peu scrupuleuses, donc aucune vraie bataille n’avait réellement eu lieu. Leaf, Austin et moi n’avions même pas levé le petit doigt. Au moment où nous rencontrions les ennemis en face à face, ils tombaient tous en poussière sous les coups de Mike et d’Anne.

Aussi, nous nous hâtions depuis deux semaines déjà, à une vitesse inhumaine, et étions déjà entrés dans les profondeurs de la forêt, mais notre situation n’avait pas changée d’un poil. Mike se servait toujours de ses poings pour tout résoudre, ne dégainant pas une seule fois son épée. Anne utilisait toujours ses pieds pour répondre aux hommes qui ouvraient la bouche pour l’assaillir, et ses doubles haches uniquement pour disséquer le diner. Le seul boulot de Leaf était de me porter ; il ne manquait pas une seule flèche à son carquois.

Leaf hésita un peu avant de tourner la tête pour me demander : « Sun, c’est seulement pour une journée. Peux-tu courir avec nous ? »

Plus tôt, j’avais senti l’existence d’un magicien du vent près du chevalier noir. Les magiciens de l’élément du vent sont des experts dans le Sort de Vol et le Sort de Téléportation Instantanée. C’était probablement la raison pour laquelle, bien que notre vitesse fût très importante, nous n’arrivions pas à les rattraper. Comme nous n’arrivions pas à les rattraper, pourquoi devrais-je lutter pour soutenir le rythme ? Sans me presser, j’ouvris la bouche pour dire : « Afin de ne pas être un fardeau pour notre vitesse de déplacement, je vous en prie, ne vous sentez pas concernés par Sun. Sun vous rejoindra plus tard. »

« Sun ? » Leaf me regardait avec un air de totale stupéfaction.

J’agitai la main pour le faire taire, et souris tandis que j’ajoutais : « Le cœur de Sun s’est déjà résolu. Mon frère Leaf, je t’en conjure, n’arrête pas Sun à nouveau. Sun est sous la bénédiction du Dieu de la Lumière. »

Leaf hésita un moment, avant de répondre à contrecœur : « D’accord, dans ce cas. Sois prudent, Sun. »

« Dépêchons-nous », nous pressa Mike implacablement.

J’observai le dos de tout le monde lors de leur départ. Leaf ne pouvait s’empêcher de tourner la tête encore et encore, me jetant des regards inquiets, mais la jungle était dense, et leur avancée rapide, alors cela ne leur prit pas longtemps pour disparaître de ma vue.

L’instant d’après, je murmurai pour moi-même : « Bien, j’ai entendu dire qu’il y avait une petite ville isolée pas très trop loin dans la forêt. À l’intérieur… je devrais pouvoir trouver du bon alcool pour boire un coup, n’est-ce pas ? »

Cela faisait pratiquement un mois depuis la dernière fois que j’avais bu de l’alcool. Étant une personne possédant une cave à vin dans un souterrain sous sa chambre, mon sentiment de manque était suffisamment fort pour que je voulusse récolter les fruits d’un arbre, et utiliser la levure qui était dans mon sac pour brasser du vin.

Pardon ? Vous vous demandez pourquoi j’ai emmené de la levure ?

Euh…

Parfois, entre marchands de denrées alcoolisées, vous pouvez échanger votre levure avec d’autres types de levures. Comprenez-vous ?

Comment ? Ne suis-je pas un Chevalier Sacré ? Depuis quand suis-je devenu un marchand de vins ?

Évidemment, je reste un Chevalier Sacré. C’est que l’on prépare tôt son plan de retraite. J’ai déjà vingt-trois ans cette année. Je prendrai ma retraite à l’âge de quarante ans, mais peu importe comment dur je travaille, ma caisse de retraite demeureras minuscule. Si je veux passer mes dernières années dans le luxe, je dois bien sûr penser à une seconde profession. De plus, mes capacités pour fabriquer du vin sont déjà bonnes. Si je ne les développe pas et ne les promeus pas un peu plus, comment pourrais-je faire face à tous les ivrognes du monde entier ?

 

La Légende du Chevalier du Soleil T3C3 : Démarre l’Aventure

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 – À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : 御 我 Yu Wo


Chapter 3: Start The Adventure – traduit du chinois vers l’anglais par Lucathia[PR!]
Chapitre 3 : Démarre l’Aventure – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

« Sun, réveille-toi. C’est l’heure de monter le camp. »

J’étais en plein dans un rêve où j’étais allongé sur de l’herbe humide à cause de la pluie qui venait juste de tomber. Alors que j’étais en train d’envisager d’utiliser ma magie du feu pour sécher l’herbe parce que c’était inconfortable, je fus tiré de mon sommeil par Leaf, et je me laissai glisser de son dos, l’esprit encore embrumé. Quand m’a tête commença à s’éclaircir un peu, je réalisai soudain que Leaf était complètement trempé de partout… Donc l’herbe humide c’était Leaf.

Par chance, il m’avait réveillé. Autrement, même s’il était une personne sympa, une fois qu’il se serait retrouvé rôti à point, il se serait probablement mis dans une colère noire, n’est-ce pas ?

Pendant ce temps, Austin avait déjà commencé à assigner des tâches. « Mike, tu vas chasser avec Anne. Tout le monde est fatigué. Manger de la viande fraîche est très utile pour reprendre des forces. »

Mike hocha la tête pour montrer qu’il avait bien reçu l’ordre.

Je ne sais vraiment pas de quel genre de statut cet Austin dispose pour être en mesure d’appeler Mike directement par son nom. J’étais un petit peu perplexe. Dans le Monastère du Dieu de la Guerre, même les prêtres-guerriers dans les rangs les plus élevés devraient être hiérarchiquement en dessous du Fils du Dieu de la Guerre, aussi appeler le Fils du Dieu de la Guerre directement par son nom était très impoli.

Après avoir reçu leur assignement, Mike et Anne s’en allèrent promptement, tandis qu’Austin restait sur place et continuait de distribuer les tâches. Il se tourna vers Leaf et lui demanda avec courtoisie : « Elmairy, peux-tu m’aider à démarrer un feu et à cuisiner notre repas ? »

Avec un sourire, Leaf hocha la tête. « Pas de problème. »

« Dans ce cas, je vais monter les tentes. » Une fois qu’il eut fini de parler, il se tourna vers moi avec un sourire et m’annonça gentiment : « Chevalier du Soleil, vous êtes en charge de rassembler du bois pour le feu. Est-ce que cela vous convient ? »

« Bien entendu. »

Je souris en retour. J’étais sur le point d’appeler Leaf avant de partir pour la forêt afin de rassembler du bois, quand de multiples hurlements de loups nous parvinrent… Leaf et moi jetâmes un regard vers les fourrés. La nuit, les fourrés étaient tellement sombres que nous ne pouvions point voir ce qui s’y cachait. Parfois, les buissons bougeaient un peu, sans laisser transparaître aucun indice sur quel genre d’animal pouvait bien se trouver à l’intérieur, et de temps en temps retentissaient les appels d’animaux inconnus.

Le teint du visage de Leaf changea comme il se tournait vers moi avec inquiétude et me disait : « Laisse-moi aller rassembler le bois à ta place Sun. Tu peux rester là et allumer le feu. Quant à la cuisine… Attends que je revienne pour commencer. »

Bien entendu, j’acquiesçai d’un signe de tête, mais pas parce que j’avais peur des hurlements des loups qui venaient de retentir. Quand je parvenais à m’échapper des endroits peuplés, je pouvais utiliser la magie pour me protéger. Qui plus est, les loups n’étaient pas capables de protester et de dire qu’utiliser la magie allait à l’encontre des règles pour le Chevalier du Soleil.

Ce dont j’avais en fait peur était… les moustiques dans la forêt ! Il ne me restait plus qu’une seule paire de gants. S’ils venaient à être gâchés eux aussi, je serais obligé d’arracher ses gants des mains de Leaf.

J’acquiesçai d’un signe de tête vers Leaf, et il lâcha : « Je laisse la sûreté d’Austin entre tes mains. »

J’aperçus l’expression étrange qui apparut sur le visage d’Austin quand il entendit cela. Il pense probablement que je n’ai pas la capacité de le protéger !

Leaf ne partit pas aussi promptement que les deux autres avant lui. D’abord, il rassembla plusieurs branches qui traînaient dans les alentours. Ensuite, il prit sa corde d’arc de rechange et l’attacha à chaque extrémité d’une des branches. Puis, il rassembla le bois sec et les feuilles mortes en une pile. Après cela, il prit une autre branche… Ce procédé semblait compliqué, mais, pour le résumer simplement, il était en train de m’aider à rassembler les objets nécessaires pour que j’allume un feu. Tout ce qu’il me restait à faire était de m’approcher et de frotter les outils qu’il avait préparés pour moi.

Une fois que toutes les préparations furent complètes, il me remit les branches qui étaient liées ensembles par la corde d’arc et me demanda avec un peu d’inquiétude : « Tu sais comment utiliser cet outil pour allumer le feu, n’est-ce pas ? Tu dois simplement enrouler une fois la corde autour de l’autre branche, puis tu commences à les frotter… Tu ne devrais avoir aucun problème à faire cela, bien entendu ? »

Parfois, j’avais réellement l’impression que Leaf était la maman de la « Bonne Faction au Grand Cœur » des Douze Chevaliers Sacrés, alors qu’Ice était la maman de la « Cruelle Faction au Cœur de Pierre ». L’un est une personne qui adore aider les autres à résoudre chaque petit problème, alors que l’autre est une personne dont la cuisine superbe est sans égale. Ensemble, ils feraient la mère parfaite.

En prenant en compte le fait que Leaf m’avait porté pendant vingt-quatre heures, j’acquiesçai d’un signe de tête et répondis : « Je t’en prie, ne t’inquiète pas mon frère Leaf. Même si la nuit n’est pas bénie par  la gracieuse inquiétude du Dieu de la Lumière, Sun ne décevra néanmoins pas les attentes de son frère Leaf. »

Leaf hocha la tête et s’en alla, bien qu’il se retournât par trois fois avant de s’enfoncer réellement dans la forêt.

Après le départ de celui-ci, je baissai la tête pour regarder les outils pour le feu que je tenais dans mes mains, me sentant vraiment un peu frustré avec moi-même. Je veux dire, si j’utilisais la magie du feu, elle ne ferait pas qu’allumer un feu, elle serait même plus que suffisante pour provoquer un immense feu de forêt. Et pourtant, il fallait qu’un prêtre-guerrier soit là avec moi, ne me laissant pas d’autres choix que de jouer le rôle du Chevalier du Soleil… qui ne connaît pas de magie !

Puisque je ne pouvais pas me servir de la magie, je me résignai à employer les outils que Leaf m’avait remis. Après avoir pris une grande inspiration, je frottai, frottai encore et frottai, frottai, frottai encore plus… sans qu’il y eut la moindre volute de fumée. Mes paumes me faisaient mal après tous ces frottements… J’ai vraiment envie d’utiliser la magie !

Mais non, Austin était en train de me fixer du regard. Même si je trouvais vraiment suspecte la façon avec laquelle il montait une tente à une telle vitesse tout en me fixant du regard pendant tout le processus. Cela ne devrait-il pas être contre les règles qu’un prêtre-guerrier possède ce genre de compétence ?

Je continuai de frotter. Frotte… frotte… Oh, il y a un peu de fumée ! Il faut ajouter un peu d’enthousiasme et frotter plus rapidement… La fumée s’est éteinte…

« … » De ma vie, je n’avais jamais, jamais autant souhaité pouvoir utiliser la magie du feu.

Mais je ne le pouvais pas, parce qu’Austin continuait de me fixer du regard. Qu’il soit maudit ! Pourquoi ne peut-il pas simplement se concentrer sur son montage de tente à la place ? Ou avoir l’envie soudaine d’aller se soulager ? Même s’il ne fait que lever la tête pour regarder le ciel, ou pour admirer les étoiles, ce serait suffisant. Donne-moi juste une seconde, une seconde c’est tout ce dont j’ai besoin pour me servir de la magie du feu et allumer les branches détrempées qui sont devant moi !

Mais, il fallait qu’il continuât à me regarder fixement sans ne serait-ce que cligner des yeux !

Après tout ce temps, Austin avait déjà terminé de monter une tente, mais il ne poursuivit pas avec la seconde. Au lieu de cela, il posa les outils pour monter les tentes.

Très bien ! Est-ce qu’il a enfin besoin d’aller pisser ?

Cependant, il ne se dirigea pas vers la forêt, mais à la place il s’approcha lentement de moi, tendit sa main, et dit relativement à contrecœur : « Chevalier du Soleil, s’il-vous-plaît laissez-moi démarrer le feu. »

Sans un mot, je lui donnai les outils pour allumer le feu, et en rétribution ce fut mon tour de le regarder fixement sans interruption. Tu n’as pas intérêt à secrètement utiliser la magie pour allumer le feu ! Les prêtres-guerriers ne sont pas non plus supposés connaître la magie du feu !

Tout ce que je vis fut Austin frotter les outils calmement, et du feu apparut. Frotte, frotte, frotte, et des étincelles apparurent. Frotte un peu plus, et le feu prit.

« … » Ces outils doivent avoir une dent contre moi !

Après cela, Austin ramassa quelques branches et construisit des broches pour griller la viande en barbecue.

Bien que Leaf fût le dernier à avoir quitté le campement, il fut le premier à revenir. Quand il aperçut Austin en train d’allumer le feu et de construire les broches, il fixa la scène avec un regard vide avant d’apporter le petit bois qu’il avait rassemblé près du feu, et il entreprit d’en ajouter dans les flammes. Tout en faisant cela, il articula : « Merci pour tout, Austin. Désolé pour le dérangement. »

Austin sourit en réponse et affirma : « Ce n’est rien, simplement allumer un feu. On dirait que le Chevalier du Soleil ne part pas souvent à l’aventure. »

« Si je ne me trompe pas, c’est en fait la première fois que Sun quitte la Cité du Bourgeon ? » Tout en ajoutant du bois d’une main, Leaf tourna la tête pour me regarder. « C’est juste ? »

Maintenant mon sourire parfait sur mon visage, j’acquiesçai.

« Je vois. » La réalisation soudaine d’Austin s’afficha sur son visage.

Leaf s’empressa d’ajouter : « En tant que chef du Temple Sacré, Sun est occupé, aussi il n’a pas vraiment le temps de quitter le Temple. »

Austin sourit tout en disant : « C’est donc un peu différent de ce que nous faisons. Mike est celui qui possède le plus de pouvoir décisionnel, mais normalement il n’y a pas beaucoup d’affaires qui requièrent sa participation, aussi la plupart du temps Mike tient davantage le rôle de chef spirituel. »

En réalité, nous opérions également de la même façon. Je n’avais normalement pas grand-chose à faire… et même si c’était le cas, je refilais le travail à Storm ; je ne le faisais moi-même que quand on exigeait que je me montre en personne, comme cette fois où il avait fallu que je sois présent au mariage des familles royales.

« C’est donc ainsi que les choses fonctionnent. Pas étonnant que vous l’appeliez tous communément Mike. Très peu de personnes s’adressent directement à nous les Douze Chevaliers Sacrés par nos prénoms. » Leaf me jeta un regard et ajouta : « Et tout particulièrement Sun. Hormis pour le Capitaine-Chevalier du Jugement et le Pape, personne n’est autorisé à l’appeler directement par son vrai nom ! »

Austin sourit et expliqua : « Ce n’est pas le cas. Même dans le Monastère du Dieu de la Guerre, peu de gens osent s’adresser au Fils du Dieu de la Guerre par son nom. Anne a grandi avec Mike, donc en tant qu’amie d’enfance elle l’appelle directement Mike en privé, mais elle l’appelle toujours respectueusement “Fils du Dieu de la Guerre” en public. Quant à la raison pour laquelle je l’appelle également directement par son prénom, c’est parce que Mike est mon fils. »

En entendant cela, mes yeux et ceux de Leaf s’agrandirent de surprise, mais nous nous détendîmes rapidement. Même si Austin avait l’air d’avoir la trentaine, peut-être qu’il s’était servi de la magie pour maintenir son apparence, aussi nous ne pouvions pas savoir à coup sûr quel était son vrai âge. Puisque mon maître et le Pape avaient tous les deux fait de même, ce n’était pas si alarmant.

« Puis-je vous demander quel âge vous aurez cette année ? » s’enquit Leaf avec une certaine curiosité.

« Trente-cinq ans. » L’âge qu’Austin nous donna allait parfaitement de pair avec son apparence.

« … » Nous restâmes tous les deux silencieux. Leaf alla rapidement droit au but et le questionna : « Alors quel âge a Mike ? »

« Vingt-et-un ans. »

Bien que le Fils du Dieu de la Guerre eût deux ans de moins que moi, ce qui me surprenait un peu, ce qui me surprenait encore plus était le fait que quand on prenait trente-cinq et qu’on enlevait vingt-et-un, la somme restante n’était-elle pas égale à quatorze ? Ajoutez les neufs mois nécessaires pour la grossesse… Cela ne signifiait-il pas que l’homme devant moi avait en vérité conçu un enfant quand il avait treize ans ?

Faire ceci et cela avec une femme à seulement treize ans… Je pensais que c’était le privilège des nobles ! Depuis quand même les prêtres-guerriers, qui sont supposés être vertueux, font-ils de telles avances ?

Austin cligna des yeux et déclara : « Oh j’oubliais, c’est un secret, aussi ne le répétez à personne. »

L’expression que Leaf et moi étions en train d’afficher devait avoir l’air un peu étrange. Laisser d’autres Religions connaître leurs secrets est… un petit peu trop négligent, vous ne croyez pas ?

Quand il aperçut nos expressions, Austin se mit à sourire ouvertement. Son sourire ressemblait vraiment à celui du Fils du Dieu de la Guerre. Après un moment, il expliqua : « C’est un secret dont tout le monde a connaissance au Monastère du Dieu de la Guerre. Il vous suffit de poser quelques questions pour le découvrir, mais même si tout le monde est au courant, personne n’ira l’exposer, aussi vous n’avez pas besoin de vous inquiéter à ce sujet. »

Je vois. Cela ressemblait au « le Chevalier du Soleil est parfait ». Même si tout le monde savait plus ou moins que personne n’était parfait dans ce monde, ils vont complètement continuer d’y croire.

À ce moment, des échos de bruits épars nous parvinrent de la forêt non loin de l’endroit où nous nous trouvions. Nous regardâmes tous les trois vers les arbres, pas vraiment inquiets car nous étions à une distance relativement importante de l’intérieur de la forêt. Pour une équipe d’aventuriers de notre calibre, ce genre d’endroit n’était pas plus dangereux que d’être à l’intérieur de l’Église.

Mike et Anne en sortirent. Sur les épaules de Mike pendait le corps d’un loup.

Une fois qu’ils eurent atteint le camp, Mike donna le loup à Anne. Anne, avec une joie indescriptible, prit le loup et s’approcha du bord du lac. On dirait qu’elle est partie cuisiner cette partie du « dîner ».

Mike jeta un coup d’oeil à l’état actuel du camp et demanda avec ses sourcils froncés : « Les tentes ne sont pas encore dressées ? »

Austin sourit légèrement et répondit : « Je suis désolé, mes mains sont trop lentes. »

Après avoir entendu cela, Mike afficha une expression étrange. J’étais tout à fait capable de comprendre pourquoi. Juste avant, Austin avait seulement passé cinq minutes pour monter une tente. Il n’avait pas pris plus d’une minute pour allumer un feu, et avait été capable de construire les supports du barbecue en l’espace d’une autre minute. Il ne pouvait être décrit que par les mots « super rapides avec ses mains ».

On pouvait supposer que Mike devait plutôt bien connaître la façon d’agir de son père, aussi c’était pourquoi il affichait une telle expression de scepticisme.

Mike sortit une marmite de son sac et inséra une longue branche à travers les deux hanses.  Pendant qu’il faisait cela, Austin et Leaf continuèrent de discuter, et à l’occasion Mike lançait un mot en réponse.

J’avais peu d’intérêt pour une conversation entre trois hommes, aussi je me tournai pour regarder vers les rives du lac. Hé hé ! J’étais beaucoup plus intéressé par la femme mignonne et adorable… même si elle portait une armure et possédait deux haches qu’elle employait à une main… Comment diable va-t-elle préparer cet immense loup qui fait la moitié de la taille d’un humain… ?

Il se trouva par hasard que, au moment où je regardais, le loup était lancé dans les airs. Comme on pouvait s’y attendre avec sa force insensée, Anne était une guerrière dont l’élément du feu était puissant. Même si le loup était très large, on aurait dit qu’elle lançait un petit galet. Une fois qu’elle eut lancé le loup, elle mit ses mains dans son dos et récupéra ses deux haches. À cet instant-là, le loup avait déjà commencé à retomber d’une hauteur équivalente à deux personnes perchées l’une sur l’autre. D’un bond puissant, Anne sauta à la hauteur du loup. Coupe, coupe, coupe. Dans l’obscurité de la nuit, seules deux vives traînées de lumière argentée pouvaient être aperçues avant que le loup ne se désintègre tout à coup en différents morceaux, qui atterrirent sur le sol l’un après l’autre. J’entendis même un  “boum” ; un son qui ressemblait au poids massif de quelque chose qui tombait sur le sol. Avec le ciel crépusculaire, je n’y voyais pas très clairement, mais je pouvais m’aventurer à faire une supposition. C’était probablement le morceau des organes internes…

Sous la lumière de la lune, Anne rinça ses haches avec l’eau du lac. Les replaçant sur son dos, elle se mit à chantonner un ton joyeux, s’accroupit sur la rive dans une position qui n’en était pas moins élégante, et lava la douzaine de morceaux qui étaient rouges de sang. Après avoir lavé les bouts de viande, elle tira de la pile désordonnée d’organes internes une longue chose rouge et blanche en forme de ficelle et entreprit de la laver.

Je décidai alors… de tourner ma tête pour suivre la conversation entre les trois hommes à la place.

« Je me demande qui a kidnappé la Princesse Alice… » était en train de dire Leaf avec une expression pleine de doutes. Inquiet, il ajouta : « J’espère que quiconque ayant enlevé la princesse la traitera bien ! »

Austin dit d’une voix basse : « Puisse le Dieu de la Guerre protéger la princesse. Nous n’en savons pas vraiment plus nous non plus. La princesse a été enlevée sans que quiconque en ait eu connaissance. Quand la famille royale a découvert ce qu’il s’était passé, il ne restait qu’une simple lettre sur la scène du crime. »

Tout en parlant, il sortit la lettre qu’il venait de mentionner et eut l’air d’être sur le point de la tendre à Leaf. Cependant, quand il vit que je prêtais attention à la conversation, à la place il me la remit. Il est vraiment quelqu’un qui accorde de l’importance à l’étiquette.

« Puisse la radiance du Dieu de la Lumière prendre soin de la Princesse Alice », énonçais-je lorsque je pris la lettre et me mis à la lire. Leaf savait probablement que je n’aimais pas beaucoup parler en ce moment, aussi il vint simplement se placer près de moi et la lut avec moi, m’évitant d’avoir à lui en expliquer le contenu plus tard.

Le contenu de la lettre était très simple. Menaces, tentation, kidnapping pour une rançon… Rien de cela n’était présent dans la lettre. Elle expliquait très simplement qu’ « il » avait emmené la princesse et que, si nous voulions qu’elle revienne saine et sauve, nous ne devions ni faire appel à l’armée ni faire paraître un avis de prime sur sa tête. Nous étions seulement autorisés à laisser le Fils du Dieu de la Guerre mener personnellement un groupe d’aventuriers pour le poursuivre et, si nous le vainquions, nous pourrions alors ramener la princesse.

Se pourrait-il que le but de cette personne ne soit point la princesse, mais plutôt une conspiration dirigée contre le Fils du Dieu de la Guerre ? songeai-je en restant cependant soupçonneux. Pour quelle autre raison mentionnerait-il spécifiquement que le Fils du Dieu de la Guerre pouvait mener un groupe d’aventuriers ?

Mais si c’était le cas, pourquoi ne pas avoir demandé au Fils du Dieu de la Guerre de venir seul ? Pourquoi lui demander de former un groupe d’aventuriers ? Ou alors, il se peut qu’il se soit inquiété du fait que le Fils du Dieu de la Guerre refuse d’obtempérer si on lui avait demandé de venir seul, puisque son statut est égal à celui de la princesse ? Hum… Si cette lettre est authentique, alors ce n’est pas si étrange que la reine nous ait forcés Leaf et moi à l’accompagner.

En réalité, faire en sorte que nous les accompagnions pourrait même être une condition pour que le Monastère du Dieu de la Guerre accepte de laisser le Fils du Dieu de la Guerre secourir la princesse. Avec le Chevalier du Soleil et le Chevalier de la Forêt impliqué, dans ce cas, premièrement en tant que membres des Douze Chevaliers Sacrés notre force serait plus grande que la plupart, et deuxièmement si notre adversaire complote quoi que ce soit, il devrait également garder à l’esprit qu’il provoquerait l’Église du Dieu de la Lumière en même temps… Grrr !

Je réfléchis tellement que mon estomac protesta et clama famine, mais par chance le bruit n’était pas trop fort. Après avoir rendu la lettre à Austin, je lui demandai avec doutes : « Sun est de peu de talent et d’éducation superficielle, et par conséquent s’est montré incapable de comprendre comment cette lettre indiquait la localisation de la princesse. Et pourtant, les enfants du Dieu de la Guerre n’ont pas hésité un instant sur notre futur chemin. Serait-il possible que vous ayez déjà reçu les murmures du Dieu de la Guerre ? »

En voyant les visages de tout le monde après avoir entendu mes propos et ne pas les avoir compris, Leaf expliqua rapidement : « Sun veut dire que la lettre n’indique pas par où aller pour trouver la princesse, et pourtant aucun d’entre vous ne semble hésiter quant à la direction que nous devrions prendre… »

À cet instant, il se trouva qu’Anne marchait vers le camp en portant une pile de morceaux de viande. Elle intervint dans la conversation pour donner une explication : « C’est parce que les princesses du Royaume de l’Orchidée Lunaire portent toutes avec elles des objets enchantés qui permettent aux gens de les localiser. »

J’acquiesçai d’un signe de tête. Frappé d’une réalisation soudaine, Leaf dit : « Je vois. »

Bien que j’éprouvasse toujours de nombreux doutes, aucun n’était propre à être posé sous la forme de questions directes, donc je les gardai dans mon cœur, attendant une chance dans le futur pour continuer à exhumer des secrets.

Dans les instants qui suivirent, Leaf cuisina la viande pendant qu’Austin se servait de la marmite pour faire bouillir un tas noué — et rigoureusement rouge — d’organes internes. Quand nous aperçûmes cette marmite de choses rouges et blanches, Leaf et moi révélâmes tous les deux des expressions étranges.

En remarquant nos visages, Austin sourit et déclara : « Les organes internes sont pleins de nutriments. Les manger rendra vos corps sains et vigoureux ! »

Comparé à la façon de cuisiner du Fils du Dieu de la Guerre, qui consistait à simplement lancer les organes internes dans une marmite et à ajouter de l’eau, Leaf dépensa de bien plus grands efforts dans sa façon de cuire la viande. Il sortit une boîte entière d’assaisonnements. Le sel et le poivre étaient les plus basiques, mais la boîte, en plus de ces deux bouteilles, en contenait au moins dix autres.

Les yeux d’Anne, d’Austin et de Mike s’agrandirent, tandis qu’ils regardaient. Incapable de garder le silence, Mike le questionna : « Qu’est-ce que c’est ? »

« L’assaisonnement ! Comment peut-on manger sans assaisonner ? »

Leaf répondit d’une manière relativement surprenante, puis il prit une bouteille d’assaisonnement dans la boîte. Alors qu’il répandait l’épice sur la viande rôtie, il commenta : « C’est du romarin en poudre, qui est très bon pour retirer le goût acidulé de la viande. Une fois que la viande sera presque prête, elle aura juste besoin d’un peu d’absinthe, de poivre et de sel avant qu’elle puisse être dégustée ; ou peut-être pas de poivre, mais de l’ail en poudre à la place ? L’absinthe est bien pour la préservation, comme ça nous pourrons emporter avec nous sur la route la viande que nous n’aurons pas finie ; et elle ne pourrira pas pendant plusieurs jours. Cependant, la verveine de citron peut améliorer notre appétit et aider la digestion. Lequel préférez-vous ? »

Leaf avait l’air un peu secoué comme il se retournait délibérément pour demander son avis à tout le monde. Tous le fixèrent avec des yeux ronds et ne prononcèrent pas le moindre mot.

Quant à moi, j’avais l’habitude de cela. Même si Leaf n’était pas aussi doué qu’Ice pour la cuisine, il était un fan des épices. Même quand il mangeait du pain, il fallait qu’il le saupoudre d’au moins deux types d’assaisonnements. Sans épices, Leaf pourrait même mourir de faim.

Mais, les choses comme les assaisonnements n’étaient pas du tout bon marché, aussi il dépensait presque tout son salaire pour en acheter. En conséquence, on peut dire de Leaf qu’il est le plus pauvre parmi les Douze Chevaliers Sacrés ; pauvre au point que si la cuisine du Temple Sacré prenait des vacances pendant un jour, Leaf n’aurait rien à manger.

Par chance, même s’il n’avait rien à manger, il y aurait toujours les desserts d’Ice pour remplir son estomac.

Toutefois, chaque fois qu’Ice voyait Leaf ajouter des assaisonnements sur ses desserts, son visage devenait aussi froid que la glace — non attendez, Ice a toujours un visage semblable à un cube de glace, alors comment pourrais-je décrire cela  — ah, je devrais dire que son visage avait l’air d’exprimer « qu’il pourrait manger Leaf à l’instant et à cet endroit sans même ajouter d’assaisonnements ».

« Pas d’absinthe », dis-je simplement.

Leaf sourit et se rappela : « J’avais presque oublié. Sun, le goût amer de l’absinthe est ce que tu détestes le plus, alors dois-je utiliser la verveine de citron en remplacement ? »

Évasif, j’hochai la tête, puisque je ne savais pas ce qu’était la verveine de citron. En fait, je ne pouvais pas non plus dire quel goût avait l’absinthe1, mais puisque c’était aussi le nom d’un alcool, j’étais obligé de la rejeter pour toujours afin d’éviter tout rapprochement.

Lorsque Leaf eut terminé d’ajouter des épices, il refusa encore de se reposer. Il contempla la marmite d’organes internes, réfléchit pendant un moment, puis sortit une bouteille exquise de sa boîte. Alors qu’il saupoudrait gentiment et précautionneusement son contenu dans la marmite, il enseigna à tout le monde : « C’est du safran, une épice qui est vraiment très chère, mais qui est la meilleure pour ce qui est de faire mijoter la soupe. »

Ils semblèrent comprendre et ne pas comprendre alors qu’ils hochaient la tête, montrant même une certaine désapprobation. D’après leurs expressions, on aurait dit que savoir ou non quelle épice était ajoutée était le cadet de leur souci… Ha ha ! Je ricanai un petit peu.

La viande termina enfin de cuire, et la soupe d’organe interne finit de bouillir. Lorsque les trois prirent une bouchée de la viande grillée, une louche remplie à ras bord de soupe, et avalèrent les organes internes gluants, leurs expressions changèrent complètement !

Ce fut une bonne chose que l’absinthe, qui avait de très bons effets de préservation, ne fut pas utilisée pour ce repas… parce qu’il ne resta aucun morceau de viande qui aurait eu besoin d’être préservé.

Leaf n’est pas resté pauvre tout ce temps sans raison !

 

 

Avec ce genre de bosquet épais, quelqu’un devait monter la garde la nuit. Quand nous eûmes terminé de dîner, sous les répartitions d’Austin, Leaf et moi fûmes en charge du premier tour. Après nous, c’était le tour de Mike par lui-même, puis en dernier venaient Anne et Austin.

Une fois qu’ils furent tous les trois rentrés dans leurs tentes, je me tournai vers Leaf et déclarai : « Leaf, ce n’est pas si dangereux dans les alentours. Il n’y a pas de mal à aller t’allonger contre ce rocher et à faire une petite sieste. Je serai suffisant pour monter la garde. »

Pour une raison quelconque, Leaf eut l’air un peu effrayé. Il me mesura du regard très prudemment de la tête aux pieds avant de sourire et de répondre : « Très bien, alors tu peux prendre le début du tour et dormir plus tard ! »

Distrait, je murmurai : « Pas besoin, je pense que je vais être occupé pendant un bon moment. »

Leaf afficha une expression perplexe tandis qu’il me regardait.

« Va te coucher », le pressai-je avec un sourire.

Leaf s’adossa contre un grand rocher et s’endormit. Après environ une vingtaine de minutes, j’estimai que les personnes dans la tente avaient dû s’endormir elles aussi, aussi je demandai promptement d’une voix basse : « Leaf… Leaf, est-ce que tu dors ? »

Le corps de Leaf tressauta un petit peu, puis il ouvrit immédiatement ses yeux. Quand il découvrit que rien autour de lui n’était anormal, il demanda avec suspicion : « Quelque chose ne va pas, Sun ? »

« Donc, tu ne t’étais pas véritablement endormi. » Je lui ordonnai avec sérieux : « Une fois que tu te seras endormi, rappelle-toi de me le dire. »

« … »

Leaf ferma ses yeux une fois de plus et murmura rapidement : « Je suis endormi. »

« Ah, bien. » J’hochai la tête et dis sur le ton de l’évidence même : « Puisque tu dors, tu ne sauras pas ce que je fais. »

« … »

Je retournai à la tente et sortis une pile de bouteilles et de pots de mes bagages… mais ce n’était pas des assaisonnements, il s’agissait de mon matériel pour confectionner mon masque du visage.

Avant que Leaf m’ait porté, j’avais dû marcher pendant toute la journée. Même si j’avais essayé de mon mieux de marcher à l’ombre, ma peau avait quand même été trop exposée à la lumière du soleil. Si je ne me dépêchais pas de me servir de mon masque facial pour y remédier, j’aurais besoin de dépenser encore plus d’efforts dans le futur pour blanchir ma peau.

J’avais également beaucoup transpiré. Si je ne prenais pas de douche ce soir, je serais sûr de puer sans comparaison demain. Puisque j’étais le parfait et gracieux Chevalier du Soleil, pour émettre une odeur désagréable… Pourrais-je encore être appelé le Chevalier du Soleil dans ce cas ? On pourrait tout aussi bien me renommer le Chevalier de la Puanteur Suprême2 !

C’était pourquoi j’étais actuellement en train de sortir de mes bagages les objets dont j’avais besoin pour prendre un bain et protéger mon visage. Afin de pouvoir emporter tous ces objets, l’apparence extérieure de mes sacs elle-même faisait deux fois la taille de ceux de Mike et des autres. Si je n’en avais pas aussi fourré dans les bagages de Leaf, j’aurais probablement dû abandonner l’idée de mettre un pied dehors juste à cause du poids de mes bagages. Peu importe à quel point Anne pouvait être mignonne, elle ne serait pas parvenue à m’influencer.

Mais, à présent, obligé de me hâter, d’être sous la lumière durant toute la journée, tout en étant incapable d’allumer un feu, en plus d’avoir à appliquer un masque facial chaque jour… toutes ces choses étaient suffisantes pour me faire regretter d’avoir été momentanément possédé par « Anne »3, et de lui avoir promis de participer à cette aventure.

Je soupirai, mais en vérité j’étais obligé de partir à l’aventure au moins une fois éventuellement. Ce n’était pas simplement qu’Anne était mignonne. C’était aussi parce que j’avais autrefois promis à mon maître que je partirais à l’aventure au moins une fois… En y repensant, quand mon maître en était venu aux leçons sur comment le parfait Chevalier du Soleil devait mener sa gracieuse survie dans les étendues sauvages, le simple fait d’entendre que j’avais besoin d’appliquer le masque facial blanchissant chaque jour, d’apprendre comment trouver des ingrédients pour le masque dans les plaines une fois que j’aurais épuisé mon stock, comment allumer un feu avec élégance, comment me hâter sur la route avec élégance, comment me baigner en extérieur avec élégance… Avoir toutes ces choses m’être énumérées était suffisant pour presque me faire pleurer.

 

 

Quand mon maître vit que j’avais l’air d’être sur le point de pleurer, il sourit et dit : « Mon enfant, c’est une leçon nécessaire. En tant que Chevalier Sacré, il se peut qu’il te soit inévitable de partir à l’aventure un jour. En tant que Chevalier du Soleil, même si les membres de ton groupe sont tous sales et puants de la tête aux pieds, presque comme des sauvages, tu te dois d’être toujours exceptionnellement gracieux ! »

Je protestai : « Mais maître, “le continent tout entier” ne sait tout de même pas que le Chevalier du Soleil est un aventurier, n’est-pas ? »

C’était la première fois que je questionnais mon maître. Cela lui posa une colle, le fit y réfléchir un petit peu, puis il me donna à contrecœur une réponse : « Je pense que personne ne sait cela ! Qui aurait cru que tu détesterais à ce point les leçons sur l’aventure ? Très bien, tu n’es pas obligé d’apprendre comment devenir un aventurier. »

Louanges soient faites de la bienveillance du Dieu de la Lumière ! Je n’aurais pu être plus touché que je ne l’étais à ce moment-là. C’était la première fois de ma vie que j’avais prié le Dieu de la Lumière de ma propre initiative.

Mon maître soupira et ajouta : « Si tu continues ainsi, tu finiras par devenir un ermite d’église. »

« Maître, qu’est-ce qu’un ermite d’église? »

« Un homme chevalier qui se terre chaque jour dans les profondeurs du Temple Sacré et ne le quitte jamais, qui sait à peine comment jeter un coup d’œil de derrière une fenêtre aux femmes prêtresse du Sanctuaire de la Lumière d’à côté, et pire, qui a peur d’aller les draguer. La prochaine fois que tu auras un jour de repos, tu pourras aller dans les allées près du Sanctuaire de la Lumière et jeter un regard. Les fenêtres sont complètement occupées par les ermites d’églises ! Tu ne veux pas finir comme eux plus tard, pas vrai ? »

D’un ton un petit peu embarrassé, je marmonnai : « Mais… je… je trouve que vivre ainsi ne serait pas si mal ? »

Mon maître répliqua avec véhémence et colère : « Espèce d’idiot inutile ! Ton maître a au moins cinquante amantes, si ce n’est pas une centaine. Alors que tu es mon élève, tu veux vraiment devenir un ermite d’église ? Non ! Jure immédiatement au Dieu de la Lumière que tu quitteras assurément le Temple Sacré dans le futur pour partir à l’aventure. Si tu ne le fais pas, je scellerai toutes les fenêtres de l’allée près du Sanctuaire de la Lumière, puis j’annoncerai dans tout le Temple Sacré que j’ai scellé ces fenêtres à cause de toi. »

« … »

 

 

À cette époque, afin d’éviter la colère de tous les ermites d’église du Temple Sacré, je fus forcé de prêter serment devant le Dieu de la Lumière et de jurer que je partirais assurément à l’aventure, mais qui aurait cru que dès le premier jour de cette aventure j’aurais déjà envie de rentrer à la maison… ?

Maintenant, je ne pouvais qu’espérer que nous trouverions la Princesse Alice rapidement pour que je puisse rentrer au plus tôt au Temple Sacré pour y vivre ma vie d’ermite d’église. Alors que je mélangeais mon masque facial, j’implorai le Dieu de la Lumière du plus profond de mon cœur, laissez-moi retourner au Temple Sacré dès que possible pour Vous servir !

Une fois que j’eus fini mon mixage, je marchai jusqu’aux bords du lac, espérant appliquer mon masque facial et me baigner en même temps, mais lorsque j’atteignis la rive, je sentis que quelque chose était étrange. Il y avait en vérité quelque chose avec un élément du feu écrasant dans les fourrés. Normalement, les fourrés devraient être composés principalement d’éléments du bois et de l’eau…

Je tournai la tête pour regarder, juste à temps pour repérer une paire d’yeux écarlates à l’intérieur des fourrés sombres. Alors que je méditais pour savoir si oui ou non je devrais appeler Leaf, cette chose avec une paire d’yeux écarlates bondit habilement hors des fourrés : c’est un loup démoniaque !

L’apparence d’un loup démoniaque est semblable à celle d’un loup ou d’un chien, hormis qu’il avait en plus trois cornes rouges au sommet de sa tête. À cause de cela, il était appelé « loup démoniaque » ou « chien démoniaque ». C’était un type de bête démoniaque.

Ces pseudos-bêtes démoniaques étaient des animaux qui étaient capables d’employer la magie. Le dragon dont tout le monde a entendu parler est aussi un type de bête démoniaque, un animal démoniaque rare du plus haut niveau.

Cependant, les loups démoniaques n’étaient pas particulièrement dangereux. Leur agilité n’était pas très différente de celle d’un loup ordinaire, mais ils pouvaient utiliser les cornes sur leur tête pour envoyer des boules de feu afin de blesser leurs ennemis.

Comment se fait-t-il qu’il y ait une bête démoniaque capable d’utiliser la magie près de la forêt ? Même si les loups démoniaques sont des bêtes démoniaques relativement faibles… Je fronçai les sourcils en voyant que le loup démoniaque se jetait vers moi.

Avec la bassine pour mon masque facial dans la main gauche, je tendis ma main droite vers le loup démoniaque. Une traînée de glace bleue et d’air froid tourbillonna vers le loup démoniaque. Il s’agissait d’un sort avancé de la magie de l’élément de l’eau : la magie de glace. Comme son nom l’indiquait, c’était une magie qui pouvait transformer son adversaire en un gros morceau de glace… Je l’avais secrètement appris d’Ice. Après tout, lui aussi était assez occupé, donc il ne pouvait pas toujours me faire de la glace pilée à la myrtille pour que je puisse me régaler. Parfois, il faisait tellement chaud que je n’arrivais plus à supporter la chaleur, alors je devais avoir recours à mes propres stratagèmes. J’avais fourni quelques efforts pour apprendre cette magie de glace, puis je m’étais fabriqué moi-même de la glace pilée.

Même si le loup démoniaque cracha également des flammes vers moi, et que le feu triomphait en effet sur la glace, c’était uniquement quand les deux partis possédaient environ le même pouvoir que le feu l’emportait réellement sur la glace. Quant au combat présent… Ah ! Je souris froidement tandis que je regardai le loup démoniaque, qui était en train de sauter vers moi, se transformer lentement en un bloc de glace en plein air. Puis, avec un « caboum », il tomba sur le sol.

Crac !

C’est le son d’une branche sur laquelle on marche…

Alerté, je me retournai pour regarder, mais clignai des yeux. « Leaf ? »

Leaf se contenta de me fixer du regard et m’adressa un sourire d’excuse en disant : « Je me suis réveillé parce que j’ai senti quelque chose d’inhabituel. »

Ayant dit cela, il regarda le loup démoniaque sur le sol qui s’était transformé en glaçon géant.

J’expliquai avec sobriété : « Ce loup démoniaque a soudainement surgi. Il a jailli si rapidement qu’il a trébuché sur un rocher, est tombé, et est mort de la chute. »

« … » Leaf fut incapable de parler pendant un moment, puis il tenta de me rappeler : « Mais, il est gelé. »

« Ah ! » Je réalisai soudainement ce fait. Je secouai la tête et soupirai tout en parlant : « Avant qu’il ne meure, comme il ne voulait probablement pas finir mangé — digéré dans l’estomac de quelqu’un —  il a utilisé la magie pour se geler lui-même. »

Encore une fois Leaf ne put parler, et il ne continua pas à poser de questions pragmatiques comme : « Est-ce qu’un loup démoniaque de l’élément du feu sait comment utiliser la magie de… glace ? » ou « Quelque chose de gelé ne peut-il pas être dégelé pour être mangé ? » Il jeta simplement un regard vers la bassine de mon masque facial dans mes mains et, avec une sorte d’exaspération, il conclut : « Je vois. Je vais retourner me coucher. »

« Va vite te coucher. Le manque de sommeil est un immense tabou chez les belles personnes. »

« Quoi? »

Je révélai un sourire brillant et déclarai : « J’ai dit, le manque de sommeil nous empêchera de secourir la belle princesse. »

Leaf acquiesça d’un signe de tête et rentra docilement au camp, retournant près du gros rocher pour dormir.

Après cela, je pris tranquillement un bain, appliquai mon masque facial, puis échangeai avec Mike pour le prochain tour de garde avant de retourner à ma tente afin de dormir.

Pendant les quelques jours qui suivirent…

Chaque fois qu’il fallait se hâter sur la route, je montais sur le dos de Leaf et dormais vingt-quatre à quarante-huit heures d’affilée, cela dépendait.

Chaque fois qu’il fallait monter le camp, j’étais en charge de perdre mon regard dans l’espace.

Chaque fois qu’il fallait monter la garde la nuit, c’était le moment pour moi d’appliquer mon masque facial et de prendre un bain.

Excepté le fait qu’il y avait trop de moustiques, ce qui rendait agaçant l’applicage de mon masque facial chaque jour, le fait qu’après le repas les sucreries d’Ice me manquaient, et que je dormais trop pendant le jour, ce qui faisait que je n’arrivais pas à dormir la nuit, il n’y avait rien auquel je pouvais trouver à redire avec ce genre de style de vie d’aventurier.

Alors que nous étions en train de dîner, j’entendis Leaf mentionner le fait que nous étions tombés une fois sur des bandits, qu’une autre fois une équipe d’aventuriers avait assailli Anne, et que des bêtes démoniaques étaient venues nous attaquer pendant que nous étions sur la route. Cependant, tout fut facilement géré par Mike et Anne en personne, aussi il n’y avait eu nul besoin de me réveiller.

Je les entendis raconter que les bandits n’avaient même pas eu la chance d’ouvrir la conversation avec leurs habituelles phrases de menaces. Une fois qu’Anne, d’un seul pied, eut abattu sur le côté de la route un arbre sur lequel deux personnes s’étaient cachées, l’équipe d’aventuriers s’était enfuie et avait disparu sans laisser de trace. Quant aux bêtes démoniaques, elles s’étaient toutes transformées en dîner.

Tandis que je mangeais la viande des bêtes démoniaques et écoutais Leaf me raconter ce qu’il s’était passé pendant le jour, j’ignorai les regards plein de dédain que les trois autres personnes du Monastère du Dieu de la Guerre me lançaient.

En effet, la vie d’un aventurier n’est pas aussi terrible que je le pensais !

Notes de bas de page

1 « absinthe » : Le mot chinois pour absinthe, 苦艾, contient le caractère pour « amer ». À cause de cela, Sun rejette l’idée de manger ce genre d’assaisonnement sans même savoir ce dont il s’agit. Cependant, nous avons adapté la phrase en lui donnant un autre sens caché par souci de cohérence.

2 « Le Chevalier de la Puanteur Suprême » : Le début de « Sun » et de « Suprême » utilise le même caractère en chinois. Sun fait un jeu de mot sur son titre.

3 « Possédé par ‘Anne’ » : La phrase d’origine en chinois, 鬼迷心竅, veut dire quelqu’un qui se concentre tellement sur quelque chose qu’il perd de vue tout le reste. Le premier caractère de cette phrase est souvent remplacé par la personne ou l’objet sur laquelle/lequel quelqu’un est concentré pour signifier à quel point quelqu’un peut être possédé par cette personne ou cet objet. Ici, Sun remplace le premier caractère de la phrase avec le nom d’Anne「安」迷心竅.

La Légende du Chevalier du Soleil T3C2 : Forme Un Groupe d’Aventuriers

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 – À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : 御 我 Yu Wo


Chapter 2: Form an Adventurer Team – translated by Lucathia[PR!]
Chapitre 2 : Forme Un Groupe d’Aventuriers – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par Nocta.

Sauver une princesse est considéré comme un bon présage pour un chevalier. Non seulement il prend pour épouse une (riche) et jeune beauté, il peut aussi augmenter aisément sa réputation.

Néanmoins, voyager pour sauver la princesse de quelqu’un d’autre ne représente pas vraiment un bon présage pour un Chevalier du Soleil, puisqu’il doit non seulement faire de son mieux pour sauver la (riche) et jeune beauté, il doit aussi regarder avec impuissance la (riche) et jeune beauté épouser quelqu’un d’autre. De plus, la réputation d’un Chevalier du Soleil est déjà tellement retentissante qu’elle n’a plus besoin d’être augmentée.

Plus tard dans la nuit, après que la reine eut requis que je sauve sa fille, qui était la princesse de quelqu’un d’autre, Leaf me demanda avec inquiétude : « Sun, vas-tu décliner la proposition de la reine ? »

Je pris une profonde inspiration et au moment où j’allais divaguer sur le Dieu de la Lumière, Leaf força un sourire et ajouta : « Sun, j’espérais que tu puisses utiliser des mots simples. Ma capacité à décoder tes discours n’est pas aussi bonne que celle de Storm ou d’Adair ; donc je risque de ne pas comprendre ce que tu dis. »

Je relâchai mon inspiration et expliquai en termes simples et directs : « La situation est vraiment étrange. La princesse a été enlevée, mais la reine n’a envoyé personne à sa rechercher ou pour la sauver.  Au lieu de cela, elle veut que nous formions un groupe d’aventuriers pour aller la récupérer. Ce genre de méthode inefficace n’est pas ce qu’une mère inquiète pour la sécurité de sa fille emploierait. »

Leaf acquiesça en entendant mon raisonnement.

« Qui plus est, même s’ils voulaient former un groupe d’aventuriers, le Monastère du Dieu de la Guerre est rempli de guerriers. Même Judgment soutient qu’il ne peut pas vaincre le Fils du Dieu de la Guerre au combat. Qu’il parte seul sauver la princesse serait suffisant, alors pourquoi insistent-ils pour que nous y allions ? Nous sommes des chevaliers spécialisés dans les batailles de groupes. Dans une petite équipe d’aventuriers, nous n’avons qu’une utilité limitée. »

Et pour ce qui est du Fils du Dieu de la Guerre qui clame qu’il leur manque un guérisseur pour apporter des soins… Je vais faire comme si je ne l’avais pas entendu !

Leaf considéra cela et proposa, hésitant : « Peut-être doivent-ils s’occuper de créatures des ténèbres ? »

En entendant ces mots, je fronçai les sourcils. S’occuper de créatures des ténèbres ? Cela pourrait être une possibilité, puisque bien que les créatures mortes-vivantes eussent un point faible évident — elles étaient terrifiées par la lumière sacrée — les guerriers étaient incapables de produire ne serait-ce qu’une petite parcelle de lumière sacrée, alors ils ne pouvaient que frapper les créatures mortes-vivantes jusqu’à ce qu’elles fussent complètement réduites en miettes. C’était pourquoi même les guerriers les plus courageux attrapaient une migraine atroce lors de la mention d’une de ces créatures monstrueuses.

« Je ne sais pas… » dis-je avec hésitation.

Lentement, Leaf ajouta : « S’il faut s’occuper de créatures des ténèbres, alors nous avons l’obligation de nous joindre à leur équipe. »

Je fronçai les sourcils et demandai en retour : « Hormis nous deux, qui parmi les chevaliers sacrés que nous avons emmenés possède le plus haut rang ? »

Leaf prit un moment pour réfléchir avant de commencer à réciter une liste : « Nous avons emmené trente chevaliers sacrés et dix guérisseurs. Parmi les chevaliers sacrés, ceux avec le plus haut rang seraient deux membres de la Section du Chevalier de la Forêt, deux membres de la Section du Chevalier de Flamme, un membre de la Section du Chevalier du Jugement, un membre de la Section du Chevalier de la Terre… »

Je pris ma décision immédiatement : « D’accord ! Nous allons envoyer le membre de la Section du Chevalier de la Terre et un guérisseur afin de suivre le groupe d’aventuriers envoyé pour sauver la princesse ! »

« … »

On entendit tout à coup quelqu’un frapper à la porte. Je jetai un coup d’œil vers la porte, et affirmai avec ennui : « C’est probablement un beau parleur envoyé par la reine. Leaf, ne dis rien pendant que je m’occupe de lui. »

Leaf était une personne vraiment sympa. Peu importe le genre de requête quelqu’un lui ferait, il les acceptera toujours, donc la meilleure façon de gérer le problème était de le faire se taire. Il le savait aussi, donc il se tut très obligeamment.

Je remis mes vêtements en place, affichai mon sourire, et appelai avec bienséance : « Bien que Sun ne sache pas quel frère se trouve de l’autre côté de sa porte, Sun soutient l’amour généreux du Dieu de la Lumière et accueille tous ceux qui se présentent devant elle. »

La porte s’ouvrit, et la personne qui entra illumina immédiatement la pièce toute entière. La nouvelle personne présente n’était définitivement pas un frère. C’était en fait, une fille qui portait une robe bleu clair assez simple. Son visage était aussi doux et adorable qu’une pêche au miel, et elle possédait une paire d’yeux tendre de couleur verte, qui étincelaient comme la surface d’un lac sous les rayons du soleil. Ses lèvres étaient aussi roses que deux pétales réunis, et bien qu’elle semblât être une demoiselle d’environ dix-huit ans, sa silhouette était pleine de courbes aux bons endroits.  Particulièrement sa taille, qui paraissait si fine que c’était presque impossible de retenir un sifflement …

Dans tous les cas, même si la jeune femme devant mes yeux n’était pas une magnifique beauté à tomber raide mort, elle comptait définitivement comme une beauté. Elle appartenait à la catégorie des petites beautés radieuses, pleines de jeunesse et de vitalité !

Elle commença à se présenter timidement : « C’est un plaisir de vous rencontrer, Chevalier du Soleil, Chevalier de la Forêt. Je suis la troisième princesse du Royaume de l’Orchidée Lunaire, Anne Nalis Geoffroy… »

Anne… Quel joli nom, facile à se souvenir !

« Princesse Anne, comment allez-vous ? Sun est le porte-parole du Dieu de la Lumière, le Chevalier du Soleil.  » Je me présentai avec un sourire parfait, et mentionnai ensuite Leaf, comme en y repensant après coup, en disant : « Voici le frère de Sun, le Chevalier de la Forêt, qui est l’un des Douze Chevaliers Sacrés du Temple Sacré. »

Leaf salua la princesse en souriant largement.

« Chevalier du Soleil, Chevalier de la Forêt … » La Princesse Anne inclina la tête vers Leaf et moi. Après avoir retourné nos salutations, elle agrippa soudainement mon bras, de manière très abrupte et impromptue, et supplia : « S’il-vous-plait, vous devez aider ma grande sœur, Alice ! »

Choqué, j’ « oubliai » de repousser la main de la princesse et m’écriai, alarmé : « Sun ne comprend pas ce que la princesse veut dire ? La Princesse Alice serait-elle impliquée dans quelque danger ? »

« Ma sœur Alice est la fiancée du Fils du Dieu de la Guerre. Elle… elle a été enlevée, et maintenant son sort reste inconnu … »

Anne sembla enfin réaliser que son comportement était indécent. Elle lâcha brusquement mon bras et recula même de quelques pas avant de baisser la tête et de parler comme si elle était sur le point de pleurer : « Je suis très inquiète pour la sécurité de ma sœur Alice, alors j’ai supplié Mère de me laisser rejoindre le groupe d’aventuriers. Mère a accepté, sauf que… »

« Sauf que quoi ? » Je saisis cette opportunité pour m’approcher de deux pas. Je planifiai mon geste de telle manière qu’on aurait juré que je m’approchais plus près à cause de mon inquiétude.

Malgré le fait qu’Anne ne devînt pas suspicieuse, sa tête resta baissée, et sa voix était atterrée : « Sauf que… »

« Sauf que quoi, Votre Altesse ? »

Je me rapprochai à nouveau de deux pas. Maintenant, seule la robe en forme de lotus de la princesse nous séparait. Je pouvais même vaguement sentir l’odeur très rafraîchissante de pêche au miel provenant des pointes de ses longs cheveux. C’était vraiment une jeune femme semblable à une pêche au miel !

Anne ouvrit finalement la bouche pour avouer : « Sauf que Mère clame qu’il est inacceptable qu’une princesse se mélange à une bande de guerriers, alors si je souhaite y aller, je dois être escortée par des chevaliers. C’est pourquoi Mère vous a demandé de venir aujourd’hui pendant que vous étiez au palais, mais, mais, j’ai entendu dire que vous n’aviez pas envie de venir… »

Après avoir dit cela, Anne tourna ses yeux luisants vers moi. L’espoir brillait dans ces yeux verts comme des lacs remplis de larmes.

Avec un sourire, je répondis : « Sun n’a jamais affirmé une telle chose, Votre Altesse. Escorter une princesse fait partie des devoirs d’un chevalier. Même si nous devons nous rendre jusqu’au bout de la Terre, tant qu’il s’agit d’un endroit baigné par la radiance du Dieu de la Lumière, Sun acceptera de vous y escorter. »

« Dans ce cas, je vais aller prévenir Mère tout de suite ! » Les larmes d’Anne s’évanouirent, se changeant en un sourire. Probablement parce qu’elle était surexcitée, elle piétina presque sa robe. En atteignant la porte, elle tourna la tête et sourit en déclarant : « J’attends avec impatience de partir à l’aventure avec vous, Chevalier du Soleil. »

Je souris en la saluant de la main. Je vous attends aussi avec impatience ! Jolie Princesse Anne.

Après que la princesse eut refermé la porte de la chambre, je me tournai pour voir Leaf qui m’observait, donc je lui retournai son regard. Après nous être regardés les yeux dans les yeux pendant dix secondes, il alla silencieusement faire nos bagages.

Quel enfant prévenant, compréhensif et obéissant.

 

 

Et voici le processus complet qui m’avait amené dans cette étendue sauvage et désolée pleine de moustiques… Claque !

Dieu merci, je n’avais pas encore changé mes gants… J’ouvris la  main, et avec l’autre main, je donnai une pichenette au cadavre frais de moustique.

L’air préoccupé, Leaf demanda : « Sun, Mike et les autres ne sont toujours pas rentrés. Devrions-nous essayer de les suivre ? »

Je fronçai les sourcils, honnêtement trop paresseux pour les poursuivre, mais j’étais également inquiet à l’idée qu’ils eussent vraiment rencontré un problème. Après y avoir réfléchi, je décidai de simplement utiliser ma capacité à sentir les éléments pour les chercher… Pardon ? Vous dites que vous avez oublié ce qu’est cette capacité ?

D’accord, cela fait un certain temps depuis la dernière fois que je m’en suis servie, alors je vais vous la réexpliquer. Ne l’oubliez pas à nouveau.

Ce monde est rempli de nombreux éléments. Qu’il s’agisse d’une forêt, d’une ville, d’humains, ou même des créatures mortes-vivantes, tout possède un élément. En général, tout possède une combinaison des divers éléments. Sous certaines conditions, un objet peut contenir une quantité très élevée d’un élément en particulier.

Par exemple, les créatures des ténèbres possèdent un élément des ténèbres très fort. En comparaison, en tant que Chevalier du Soleil, je possède un très fort élément sacré, aussi connu sous le nom de l’élément de la lumière. Puisque l’élément sacré peut tenir à distance l’élément des ténèbres, ma seule existence est un anathème pour les créatures mortes-vivantes. Pour eux, tout chez moi – de la racine de mes cheveux à mes ongles de pieds – est un poison fatal.

Je suis né avec cette capacité à ressentir les éléments. Ce genre de capacité est rare et peut être considéré comme un genre de cadeau, puisque même s’il peut être appris plus tard, cela ne donne pas forcément de bons résultats. La capacité de sentir les éléments me permet de percevoir quels éléments chaque personne possède et, à partir de ces éléments, je peux en déduire leur profession. Ceux avec un fort élément sacré sont forcément des guérisseurs du Dieu de la Lumière ou des chevaliers sacrés.

Les guerriers ont souvent un élément du vent ou du feu plus important, mais seulement légèrement. Par rapport à des mages spécialisés en magie de type vent ou feu, ce n’est pas une quantité très important, donc ils restent facilement identifiables.

Les guerriers qui favorisent la force possèdent souvent l’élément du feu, tandis que ceux qui favorisent la vitesse possèdent souvent l’élément du vent. Pour ce qui est du Fils du Dieu de la Guerre, il est un peu trop impressionnant. Ses éléments du feu et du vent sont tous les deux très imposants, c’en est très alarmant. Ils sont presque aussi élevés que ceux d’un mage… Je vous demande pardon ? Vous vous rappelez de ma capacité maintenant ? Et vous vous rappelez même que mon maître m’avait ordonné de ne pas utiliser cette capacité devant d’autres personnes ?

Ahem ! Peu importe, il n’y a que Leaf à mes côtés, et c’est une personne sympa, donc pas de problème !

J’étendis ma capacité…

« Ah ! Ils sont de retour », souffla doucement Leaf.

Je n’avais rien vu, mais en tant qu’archer, la vue et l’ouïe de Leaf étaient tellement exceptionnels que s’il affirmait qu’ils étaient de retour, alors ils l’étaient.

Alors que je ramenais ma capacité de perception vers moi, je découvris accidentellement qu’il y avait quelque chose possédant l’élément des ténèbres pas très loin de nous.

Pourrait-ce être une créature des ténèbres ? J’étais un peu inquiet. Si c’en était une, étant le Chevalier du Soleil qui haïssait plus que tout les créatures mortes-vivantes, je serais obligé d’aller la chasser et de la détruire… Attendez, la chose avec l’élément des ténèbres se trouvait juste à côté de quelque chose avec l’élément sacré ?

Quel genre de situation est-ce là donc ? En général, ces deux éléments ne peuvent pas coexister… J’étais encore plus perturbé.

« Sun, Sun ? » cria Leaf à plusieurs reprises. Il regarda dans la direction à laquelle je faisais face et demanda : « Pourquoi est-ce que tu regardes dans cette direction ? Y a-t-il quelque chose derrière nous ? »

Je me tus un moment avant de sourire et de prononcer : « Mon frère Leaf, le Dieu de la Lumière nous a demandé à travers les anciens écrits de toujours regarder ce qui se trouve derrière nous, car il se peut qu’il y ait des ténèbres oubliées que nous devons illuminer. »

Cette fois, ce fut à Leaf de se taire. Je pensai qu’il n’avait probablement pas compris ce que je venais de dire, puisque je n’avais moi-même pas compris non plus.

C’était simplement que j’avais entendu du bruit témoignant du retour du Fils du Dieu de la Guerre et des autres, alors j’étais retourné au Chevalier du Soleil que « tout le continent connait », le mode dans lequel le Chevalier du Soleil devait parler du Dieu de la Lumière toutes les trois phrases. J’avais aussi commodément détourné l’attention de Leaf.

En ce qui concernait l’élément des ténèbres que je venais de sentir… Comme je l’avais dit, mon maître m’avait ordonné de ne pas employer ma capacité devant d’autres personnes. Étant donné que je n’étais pas sensé m’en servir, dans ce cas je ne pouvais pas savoir qu’il y avait quelque chose avec l’élément des ténèbres derrière nous, et vu que je ne le savais pas, je ne pouvais évidemment pas le pourchasser !

« Mike, Princesse Anne, Austin, vous êtes de retour ? » Leaf décida assez fermement de cesser de chercher un sens à mes paroles. À la place, il salua chaleureusement les trois personnes qui venaient juste de revenir.

Bang !

Je sursautai de surprise, agitant la tête pour regarder autour de moi, et découvris le corps d’un animal gisant au sol. Le corps faisait environ la taille d’un humain, et la poussière flottait toujours autour de lui, donc il devait avoir été jeté au sol avec pas mal de force.

« Hahaha ! Je pensais que tu n’étais pas capable de montrer d’autres expressions que ton sourire. Ainsi, même le Chevalier du Soleil peut être surpris ? »

Une guerrière sauta hors des buissons. Elle rit à gorge déployée, toutes ses actions pleines de vigueur. J’ignorais si c’était parce qu’elle avait couru pour revenir, ou si c’était parce qu’elle avait ri trop fort, mais son visage était tout rouge…  Anne est vraiment mignonne !

C’était vrai. La guerrière en armure, avec deux haches de guerre à une main dans le dos, et une quantité très élevée de l’élément du feu, était en réalité la jeune beauté mentionnée précédemment : la Princesse Anne.

Je lui souris, ne trouvant pas ses paroles très offensantes. Je croyais fermement que même si j’avais été surpris à l’instant, j’avais dû être surpris de manière élégante, donc aucun dégât n’avait nuit à la réputation du Chevalier du Soleil.

De plus, parmi les choses que tout le continent connaissait, il n’y avait rien sur le fait qu’un Chevalier du Soleil ne pût jamais être surpris.

Voyant ma réaction, Anne marmonna tout bas, probablement quelque chose tel que « comme il est ennuyeux ». Elle se retourna ensuite vers Leaf, et s’exclama, un peu agacée : « Elmy, ne t’ai-je pas dit que tu pouvais m’appeler Anne ? Tu veux bien utiliser le nom de Mike, mais tu n’es pas d’accord pour m’appeler par mon prénom ? »

« En fait, mon nom est Elmairy, mais oubliez, au moins Elmy est beaucoup mieux que Fraisary », répondit Leaf en me jetant un regard. Il dit ensuite à Anne : « Je comprends. Je t’appellerai Anne à partir de maintenant. »

Considérant leur statut en tant que Fils du Dieu de la Guerre et princesse, s’adresser à eux directement par leur nom ne respectait pas l’étiquette, mais comme je l’avais mentionné, Leaf était une personne sympa, alors il ne refuse aucune requête. Même quand j’avais changé son nom pour Fraisary et l’avais employé pendant trois ans pour l’appeler, il avait quand même continué à me répondre.

À cet instant-là, Leaf s’écria, alarmé : « Austin, tu es blessé ? »

Le Fils du Dieu de la Guerre, Mike, et son prêtre-guerrier sortirent tous les deux des buissons. Le prêtre-guerrier, qui était âgé de quelques années de plus que nous, était l’Austin dont Leaf parlait. Seule la moitié de sa manche était encore intacte, et elle était tâchée de sang.

« Laisse-moi te soigner ! » proposa Leaf, tandis qu’il s’avançait obligeamment vers lui et lui jetait un sort de Soin Mineur.

Avec un sourire, je dis : «  Mon frère Leaf, Sun craint que l’éclat du Dieu de la Lumière que son frère a sollicité ne soit point suffisant, sinon notre frère Austin se serait soigné lui-même sous la bienveillante sollicitude du Dieu de la Guerre. »

En entendant mon discours, Leaf fit une pause avant qu’il ne réalise son sens : « Ah… tu as raison. Si un Soin Mineur était suffisant, alors Austin aurait soigné ses blessures lui-même et ne serait pas rentré avec celles-ci. »

Après avoir eu fini de parler, il se tourna vers Austin et le questionna avec inquiétude : « Austin, est-ce que ta blessure est très grave ? Est-ce que tu as des os fêlés ou brisés ? S’ils sont simplement fêlés, un Soin Modéré suffira, mais s’ils sont brisés, alors Sun aura probablement besoin d’utiliser un sort de Soin Avancé. »

Austin secoua la tête et soupira : « J’ai bien peur que ce soit cassé. J’ai été trop négligeant, oubliant de rester avec mes compagnons quand j’ai aperçu des herbes rares. J’ai fini par être attaqué par cet animal. J’étais trop loin de Mike et de Anne, et donc ils n’ont pas été assez rapides pour empêcher cela de se produire. »

C’est cassé… J’aurai dû garder la bouche fermée, mais même si je ne le leur avais pas rappelé, la tâche de le soigner m’aurait quand même échu, puisque c’était très fatigant pour Leaf de jeter un sort de Soin Avancé.

Même si c’était tout aussi fatigant pour moi, puisque je devais raconter des tas d’âneries glorifiant le Dieu de la Lumière.

Attendez, pourquoi le prêtre-guerrier n’avait-il pas employé un sort de soin sur lui-même ?

Je voulais aussi lui dire de se soigner lui-même, mais le fait restait que les prêtres-guerriers n’étaient pas très doués pour les sorts de soin. On pouvait même affirmer que leurs sorts de soin étaient pires que ceux d’un chevalier sacré. Évidemment, je voulais dire pour un chevalier sacré normal. Ne me prenez pas en considération. Si j’étais la norme, alors même un guérisseur du Dieu de la Lumière serait pire qu’un « chevalier sacré ».

C’était fortement lié au dieu auquel vous croyiez. Soigner était considéré comme de la magie sacrée. Les prêtres qui croyaient au Dieu de la Lumière et les chevaliers qui étaient complètement couverts de « lumière » avaient beaucoup plus de facilité à se servir des sorts de soin que les autres types de croyants.

En dehors du dieu auquel ils croyaient, leur spécialisation était également différente. Comme le Dieu de la Guerre tenait les personnes fortes en haute estime, les prêtres-guerriers se spécialisaient plutôt dans des magies qui renforçaient leurs guerriers. Les sorts Ailes de Dieu et Bouclier de Lumière que j’avais utilisés précédemment appartenaient à ce genre de magie.

Mon esprit continuait de ressasser cela, tandis que je crachais un paquet de non-sens louant le Dieu de la Lumière : « L’amour gracieux du Dieu de la Lumière permet à tous Ses enfants de vivre dans la chaleur et l’affection et, en outre, garde la peine et la douleur à distance de Ses enfants. Ah ! Dieu de la Lumière ! Vos enfants ont maintenant besoin de votre radiance. Veuillez transmettre votre bienveillance à travers la terre, et accordez ces derniers un sort de Soin Avancé ! »

Un rayon de lumière blanche enveloppa la main d’Austin avant de disparaître dans un flash.

« Complètement guéri. Merci beaucoup, Chevalier du Soleil. » Austin bougea sa main, son expression devenant une d’émerveillement, comme il me remerciait, très reconnaissant.

À cette vue, Mike renifla et déclara froidement : « Le Chevalier du Soleil qui est connu pour être extrêmement fort en magie sacrée est loin d’être aussi fort que je le pensais, à raconter autant d’inepties pour un simple sort de soin. »

Je ne montrai pas tellement de réaction à ces paroles et continuai simplement de sourire. Je venais juste de raconter un tas d’âneries louant le Dieu de la Lumière, tellement que je préférais plutôt ignorer son dédain que de rajouter un mot !

Leaf, néanmoins, sourit maladroitement.

Avec une grimace, Anne remarqua : « Avec le Fils du Dieu de la Guerre, moi, le plus jeune prêtre-guerrier du Monastère de la Guerre, et deux des Douze Chevaliers Sacrés : un archer et un guérisseur du Dieu de la Lumière… Mon Dieu ! Peut-être que cette équipe d’aventuriers est suffisante pour occire un dragon ? »

Je suis un Chevalier Sacré !

Souriant faiblement, Leaf dit : « C’est… ce… Nous sommes ici pour sauver la Princesse Alice. Anne, tu ne peux pas avoir oublié ? N’es-tu pas très inquiète pour ta grande sœur ? »

Anne parut presque surprise. Elle s’exclama précipitamment : « Évidemment que je suis inquiète pour ma grande sœur. Je ne faisais que plaisanter. Tu es trop sérieux, Elmy. »

« Je vois. Je suis désolé », répliqua Leaf avec un petit rire, en passant la main derrière sa tête.

Je fronçai les sourcils. La nuit dernière, Anne paraissait être très inquiète pour sa sœur, et aujourd’hui elle agit comme ça. Que se passe-t-il ici ?

« Très bien, bougeons maintenant. Aujourd’hui, nous devons atteindre le lac, comme prévu. » rappela Austin, et tout le monde acquiesça. Étant le membre le plus âgé, il donnait plus ou moins l’impression d’être un capitaine sérieux. Bien qu’il ne parût pas si âgé que ça, il avait vraisemblablement dans la trentaine. Parmi ce groupe de personnes âgées dans la vingtaine, il avait le privilège d’être notre aîné, avec une différence d’âge d’au moins dix ans.

Puisque nous étions très en retard sur nos prévisions, Mike et Austin décidèrent que nous ne dormirions pas cette nuit et continuerions d’avancer deux jours de suite.

Attendez, attendez deux minutes. Continuer d’avancer pendant deux jours ? Mon visage se déforma un peu.

Leaf me jeta un regard avant de suggérer prestement : « Peut-être serait-il mieux de dormir un peu. Après tout, nous avons besoin d’énergie pour endurer la route à faire. »

« Monter le camp prendrait trop de temps. Nous sommes déjà très loin derrière », annonça Mike avec impatience. « C’est juste deux jours. Ce n’est pas grand-chose pour nous ! »

Leaf y réfléchit un peu avant d’avancer avec tact : « Mais Anne est une femme, et Austin est un prêtre-guerrier. Ils pourraient ne pas être assez endurants pour tenir deux jours. »

En entendant cela, Anne le fusilla du regard. Mike renifla froidement et regarda Leaf comme s’il était un enfant ignorant. « Et qu’est-ce que ça peut faire si c’est une femme ? Anne est l’un des meilleurs guerriers du Monastère du Dieu de la Guerre. Son endurance n’est en rien inférieure à la tienne. Tu penses que j’aurais accepté d’emmener du bagage inutile ? »

Austin sourit aussi en disant : « Elmairy, tu n’as pas à t’inquiéter pour ce prêtre. J’ai entraîné mon corps normalement, donc deux jours ne poseront pas de problèmes. »

« Ah… » Leaf me jeta plusieurs regards, mais il n’ajouta rien au final, car il était une personne sympa et ne déclinait jamais une requête.

Je ne pouvais ouvrir la bouche pour refuser. Puisque même une femme et un prêtre avaient affirmé que c’était bon, en tant que Chevalier Sacré, comment pouvais-je formuler que je pourrais ne pas être capable de le faire, que je ne pouvais pas voyager deux jours sans interruption ?

Sous la décision de la majorité, et comme la minorité ne pouvait pas refuser le compromis, nous commençâmes à nous dépêcher comme si notre vie en dépendait. Malgré le fait que nous ne courions pas à strictement parler, j’avais l’impression que les jambes des autres étaient toutes terriblement plus longues que les miennes. Chacun de leur pas semblait être cinq fois plus long que celui d’une personne normale, et leur rythme était rapide, donc c’était à peu près pareil à la course d’une personne normale.

C’est en train de me tuer ! Je ne portais qu’une armure légère, mais elle pesait quand même plus de dix kilogrammes ! Cela, sans prendre en considération le poids du paquetage.

Nous courûmes du matin à midi, mangeâmes rapidement un peu de bœuf séché et du pain, prîmes quelques inspirations avant de courir tout l’après-midi, nous arrêtâmes pour prendre quelque chose pour le dîner, digérâmes, et recommençâmes à courir de nouveau… Après qu’un jour entier se fût déroulé de cette manière, ma sueur imprégnait ma chemise, le vent séchait ma chemise, et ma sueur l’imprégnait à nouveau. Le processus se répétait à l’infini. Je me sentais comme si j’avais produit de la sueur pour un an.

À ce moment-là, j’avais déjà abouti en queue de troupe. Leaf ralentit ses pas pour rester épaule contre épaule avec moi. L’air terriblement inquiet, Leaf demanda doucement : « Sun, tu vas bien ? »

Avec une respiration laborieuse — il n’y avait aucun endroit de mon corps qui ne me faisait pas souffrir — je réussis à couiner une réponse entre mes dents serrées : « Non. »

En entendant cela, Leaf évalua à nouveau mon sale état. Il soupira alors doucement et suggéra : « Alors, laisse-moi te porter. Tu pourras dormir un peu sur mon dos et continuer à courir plus tard. »

« Leaf… » Je lui attrapai les mains, submergé par l’émotion. Touché, je lui dis : « Leaf, bien qu’il fasse nuit, et que le Dieu de la Lumière ne soit point témoin de tes actes, tu n’en demeures pas moins une personne sympa ! »

Avec un rire désabusé, Leaf s’accroupit devant moi, devenant un lit confortable… Non ! Je veux dire, il tourna son dos vers moi et me dit : « Grimpe. »

Effrayé à l’idée qu’il change d’avis, je sautai immédiatement sur son dos et me tortillai pour trouver une position confortable. Ce n’était pas facile, car Leaf était vraiment mince. Peu importe à quel point j’essayais, il n’était pas aussi confortable que mon lit.

Après cela, Leaf commença à courir. Pour rattraper les autres, il courait vraiment vite, donc l’amortissement était assez mauvais. Cela ne me satisfaisait guère, mais j’avais peur d’énerver même une personne sympa comme Leaf si je me plaignais, alors je décidai de me restreindre !

Une fois que Leaf eut rattrapé la troupe, les trois autres nous regardèrent et réagirent de manière assez similaire. D’abord, ils furent choqués, comme s’ils ne pouvaient pas en croire leurs yeux ; puis ils m’adressèrent tous des regards dédaigneux, avant de regarder Leaf avec sympathie.

« Il… » commença Anne avec stupeur.

Leaf interrompit vivement leurs questions et rappela : « Nous devrions avancer, ou sinon continuer toute la nuit perdra tout son sens. »

Ils se turent un instant et me jetèrent je ne sais combien de regards pendant ce temps, des regards principalement plein de mépris.

Tout le monde courait, et moi j’avais besoin que quelqu’un me porte. C’était un peu embarrassant pour moi, mais si je devais descendre et continuer à courir sans m’arrêter, je mourrais d’épuisement ! Je préférerais mourir d’embarras !

De plus, personne n’avait prétendu que le Chevalier du Soleil devait savoir courir, ou que le Chevalier du Soleil ne pouvait pas laisser quelqu’un le porter.

« D’accord, allons-y », trancha Mike en riant froidement. « Mais, tu dois rester fort. Si tu n’y arrives pas, personne ne t’aidera à porter “cette chose”. »

Il semblerait que Mike ne croyait pas Leaf capable de courir une journée entière en me portant, mais il avait tort. Même si les guerriers comme lui possédaient  réellement des capacités offensives très élevées, quand nous parlions d’endurance, aucune classe ne valait les chevaliers sacrés !

Pardon ? Et qu’en est-il de moi ?

Ahem ! Les chevaliers sacrés peuvent se diviser en différentes sous-catégories également. J’appartiens au type qui n’est pas très endurant, mais ma capacité à rassembler la lumière sacrée est inégalée. Même le Pape ne peut se comparer à moi. Non, vous n’êtes pas autorisés à m’appeler un guérisseur ! Je suis un Chevalier Sacré !

Dans tous les cas, ce qui suivit fut un marathon super ennuyeux. Je pense que personne ne voudrait m’entendre raconter cette partie, et je ne peux pas la raconter de toute façon, puisque j’ai dormi pendant vingt-quatre heures.

Impossible de faire autrement. Leaf avait affirmé que quand je me réveillerais, il faudrait que je descende pour courir, alors j’avais fait de mon mieux pour dormir pendant vingt-quatre heures pleines. Je dormis jusqu’à-ce que mon corps en devînt douloureux. Ce fut vraiment très fatigant.

Quand je me réveillai, le groupe avait déjà atteint le lac et commençait à monter le camp.

La Légende du Chevalier du Soleil T3C1: Une Princesse Disparue

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 – À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : 御 我 Yu Wo


Chapter 1: A Missing Princess – traduit du chinois vers l’anglais par Akakuroi[PR!]
Chapitre 1 : Une Princesse Disparue – traduit de l’anglais au français par Irina
+ Travail de vérification par LuluHime

Le Soleil brillait ardemment dans le ciel, transperçant même l’épaisse couche de feuillage, reflétant ses rayons tels de minuscules fleurs dorées poussant sur le sol. Marchant sur ce petit chemin à travers la campagne, l’arôme frais de la nature emplissait l’air. À côté de moi avançaient mes compagnons, chantant et paraissant aussi joyeux que possible… Claque !

Satanés moustiques stupides !

« Ah ! »

Perdant mon sang-froid, j’émis un petit cri tandis qu’une empreinte ensanglantée de moustique était laissée sur mon gant blanc immaculé. La marque était tellement nette que je pouvais même compter le nombre de pattes qu’il avait ; c’était juste comme un spécimen de moustique rouge.

J-J’ai seulement amené trois paires de gants blancs ! Je n’arrive pas à croire que j’ai gâché une paire juste en écrasant un moustique !

« Chevalier du Soleil ? »

Levant les yeux, je vis que toute l’équipe m’observait. À part le Chevalier de la Forêt, qui ne montrait aucun signe de surprise, le reste de l’équipe me fixait, avec des expressions très confuses et surprises. Presque immédiatement, un sourire parfait et impeccable apparut sur mon visage, tandis que je répondais : « Oui, Fils du Dieu de la Guerre ? Puis-je demander si, sous l’action d’un rappel du Dieu de la Lumière, votre Excellence s’est souvenue de quelque chose pour laquelle vous deviez consulter Sun ? »

« N’as-tu pas crié à l’instant ? Pourquoi appelais-tu ? » Un peu impatient, le Fils du Dieu de la Guerre ajouta : « Et, ne t’ai-je pas dit de simplement m’appeler Mike ? Qu’est-ce que tu as à répéter “Votre Excellence ceci, Votre Excellence cela” ? C’est irritant rien qu’à l’entendre ! »

« Votre Excellence, Mike, comme le soleil d’aujourd’hui brille ardemment dans le ciel, répandant ses rayons radieux jusqu’à la terre, Sun n’a pu s’empêcher de s’exclamer de surprise, comme pour saluer la bienveillance du Dieu de la Lumière envers ses gens, pour créer une scène pareille, si belle et si époustouflante, avec son éclat– »

Mike fronça des sourcils comme il écoutait, et avec une expression qui semblait résulter d’un mal de tête terrible, il cria : « Tais-toi ! »

« Comme vous voulez. »

Souriant, je fermai la bouche, pensant calmement, Plus tard, même si je crie, hurle ou sursaute, Mike va tout de même m’ignorer. Pas mal, pas mal ; maintenant je peux rester un Chevalier du Soleil silencieux durant tout le voyage.

J’enfilai une nouvelle paire de gants, pendant que je me réjouissais. Au moins, plus tard, je n’aurai pas à parler à qui ce soit, même s’il y a un moustique, ce sera toujours dans ma gamme de tolérance…

Bzz bzz bzz, bzz bzz…

Fronçant les sourcils, j’agitai la main vers le minuscule point noir voltigeant devant moi, tentant de le chasser, mais le satané moustique ne partait tout simplement pas. Il tourna lentement près de mes yeux, et se mit alors à danser devant mon visage… Claque !

Ah ! Ma seconde paire de gants…

Ahhhh !

Je ne peux plus le supporter ! Je veux revoir mon Temple Sacré propre et soigné ! Ma chambre où personne ne vient ! Mon cellier entier plein de vin ! Et plus important encore, un endroit où il n’y a absolument pas de moustiques ! Pourquoi, oh pourquoi suis-je maintenant à cet endroit plein d’insectes buveurs de sang, d’un soleil ardent, et d’une bande d’humains qui ne se lavent pas et sont dégoûtants ?

Je retournai deux semaines plus tôt, quand je vivais encore joyeusement dans le Temple Sacré, travaillant dur, attendant le jour où j’atteindrais quarante ans et serais alors capable de prendre glorieusement ma retraite…

 

 

« Le Fils du Dieu de la Guerre de notre pays voisin va bientôt se marier, et le Monastère du Dieu de la Guerre a invité spécialement un membre de notre Église du Dieu de la Lumière à  venir comme témoin. Par conséquent, en tant que porte-parole de l’Église du Dieu de la Lumière, la publicité ambulante de l’Église, je dois te déranger, Sun, pour que tu ailles à ce voyage d’affaires comme témoin. »

Me tenant dans l’étude du Pape, je fixai le Pape qui souriait largement et demandai, sans expression : « Combien de Fils du Dieu de la Guerre y a-t-il dans ce monde ? »

« Juste un », répondit le Pape en souriant.

« Celui qui est précédemment venu dans notre royaume pour demander en mariage notre princesse ? »

Frappant ses mains l’une contre l’autre avec un « aha », le Pape dit : « C’est celui-là même, quelle intelligence de ta part ! »

« Vous me flattez, mais n’est-il pas parti il y a seulement trois jours ? » Je continuai à ne manifester aucune émotion.

« C’est exact ! »

« Est-ce que trois jours sont suffisants pour retourner dans le royaume voisin afin d’effectuer une nouvelle demande en mariage ? »

Le Pape ouvrit les bras, paumes des mains vers le haut, puis répondit : « Pas même assez pour atteindre les frontières. »

Je devins silencieux pendant un moment. Est-ce que le Pape a eu tellement de temps libre ces derniers temps qu’il en vient à me jouer des tours pour s’amuser ?

Faiblement, je demandai : « Alors, pourquoi y a-t-il un mariage ? »

« Ah la la ! »

S’asseyant, détendu, le Pape prit une tasse de thé et me regarda avec une expression qui disait « tu restes vraiment trop enfermé » comme il expliquait : « Il y a le Monastère du Dieu de la Guerre tout entier pour faire une demande en mariage à sa place ; même s’il ne se trouve pas dans le pays, ce n’est pas du tout important ! De toute façon, la reine du Royaume de l’Orchidée Lunaire a déjà approuvé le mariage et planifie de lui donner sa fille aînée. Les préparations de la cérémonie ont déjà commencé, et les invitations ont déjà été envoyées il y a une semaine. Tout est prêt, mais le marié, le témoin du marié et les cadeaux de mariage de chaque pays doivent encore arriver. »

Il y a une semaine ? N’était-ce pas exactement le jour suivant notre confrontation à trois ?

J’étais totalement stupéfait par ces nouvelles soudaines. Vous êtes sérieux !? Ainsi, le Fils du Dieu de la Guerre avait déjà une mariée de secours prête ? S’il ne peut pas obtenir la main de la princesse de ce royaume, alors il a juste à rentrer chez lui pour en épouser une autre ? Bien, elles ont toutes le titre de Princesse de « XX », donc ce n’est pas important ce qu’est « XX », c’est ça ?

Cela rend vraiment quelqu’un jaloux… révolté par sa personnalité et ses actes honteux.

Cependant, il y a une grande chance pour que cette princesse soit une indésirable, et c’est pourquoi la reine du Royaume de l’Orchidée Lunaire a vendu sa fille… Je tentai de confirmer cette possibilité subtilement en demandant : « Est-ce que cette princesse est belle ? »

Le Pape leva le pouce comme il louait : « Une des plus belles femmes du Royaume de l’Orchidée Lunaire. »

Mon visage tressaillit avant de demander à nouveau avec espoir : « Souffre-t-elle d’une maladie en phase terminale ? »

« Autant en bonne santé que possible ! »

« Possède-t-elle une personnalité lamentable ? »

« Elle est populaire partout ! »

Comme c’est émouvant ! Je n’arrive pas croire qu’il y avait une beauté de qualité, 100% garantie, dans le pays voisin. Je n’en savais rien et, d’un coup, elle va maintenant devenir la femme d’un autre homme ! Même les invitations ont déjà été envoyées, et je suis le témoin du marié !

Regarder avec impuissance une beauté pareille épouser un autre… Mon cœur souffrait comme si quelqu’un le tordait. Ma voix était remplie de douleur comme je disais : « Belle, en bonne santé, une personnalité ouverte et, encore mieux, c’est une princesse (riche). Je n’arrive pas à croire qu’il y avait une femme de cette qualité dans ce monde… Pourquoi ne me l’avez-vous pas dit plus tôt !? »

Posant sa tasse lentement, le Pape répliqua calmement : « Calme-toi, Capitaine-Chevalier du Soleil. N’oublie pas que tu ne peux aimer que le Dieu de la Lumière, pas les femmes. Même si tu te mariais, tu pourrais seulement être “occupé par le travail”, et négligerais en permanence ta femme. Ce serait juste trop cruel à supporter pour l’autre moitié. »

« Quelles foutaises ! » Immédiatement après avoir coupé son bavardage désinvolte, je le corrigeai fermement : « Je peux passer une heure par jour à être occupé par le travail, une autre heure à négliger ma femme, et finalement passer le reste de mon temps à l’aimer. »

« Ton “reste du temps” est un peu exagéré… »

« Hmph ! Même Storm qui est en charge de tout mon travail ne se plaint pas, alors de quoi vous plaignez-vous ? »

Le Pape soupira : « Il ne se plaint pas ? Tu mens vraiment comme un arracheur de dents, non ? La rancœur qu’il a accumulée a déjà grimpé plus haut que celle du Capitaine-Chevalier des Enfers. Tu es sûr que tu ne vas pas aller te cacher et te faire discret au cas où tu te ferais assassiner par lui une nuit ? »

Je commençai à froncer des sourcils. Eh bien, il semblerait que, récemment, à chaque fois que je voyais Storm dans les couloirs, la pile de documents dans ses mains touchait vraiment le ciel… Un frisson courut dans mon dos, tandis que je poursuivais : « J’irai ! Mais, je dois emmener Judgment. »

« Emmener Judgment ? »

Le Pape, qui était assis jusqu’à maintenant, totalement détendu, sauta soudainement de sa chaise et cria d’une voix haut perchée d’enfant : « Tu pourrais aussi dire que tu vas emmener tout le Temple Sacré au loin ! »

C’est vrai ; si à la fois le Chevalier du Soleil et le Chevalier du Jugement partaient, alors le Temple Sacré n’aurait plus de chef. Après reconsidération, je changeai d’avis. « Alors, je vais emmener Storm, lui faire prendre l’air, et voir si je peux effacer un peu de sa rancœur. »

Le Pape rejeta immédiatement cette idée. « C’est bon pour le Temple Sacré de ne pas avoir de Chevalier du Soleil, mais pas sans Chevalier de la Tempête dans le même temps. »

Toi… Je ne vais pas me disputer avec toi, mais tu ferais mieux de croire que je vais m’en rappeler ! Après tout, j’ai un long voyage devant moi pour songer à ma vengeance ! Un peu agacé, je répondis : « Dans ce cas, je vais emmener Adair ; c’est bon de cette manière ? »

Le Pape rejeta l’idée à nouveau et déclara : « Je vais me répéter : la Section du Chevalier du Soleil peut supporter de ne pas avoir son capitaine – après tout, c’est comme s’ils n’en avaient pas la plupart du temps – mais ils ne peuvent pas survivre sans vice-capitaine. »

« Pardon ? » Haussant un sourcil, j’étais sur le point de rétorquer qu’Adair était mon vice-capitaine et que j’avais le droit de l’emmener où je voulais, ou quelque chose de ce style-là, quand le Pape m’interrompit.

« De plus, bien que plus de la moitié de ton boulot soit effectué par Storm, en réalité, trois cinquième retournent à Adair. Si tu emmènes Adair, tu dois te préparer à énerver Storm pour la onzième fois, et alors recevoir sa vengeance sans préavis », annonça-t-il.

J’étais totalement vaincu.

« …Alors je vais emmener Ice. »

Secouant la tête, le Pape commenta. « Ice n’appartient pas à la Bonne Faction au Grand Cœur. Si tu l’emmènes pour cette mission, un, ce n’est tout simplement pas approprié, et deux, si tu le prends, alors qui va préparer les desserts pour toute l’Église du Dieu de la Lumière ? Tu veux priver toute l’Église de dessert ? Tu tiens réellement à énerver l’Église toute entière ? »

« Non… Alors, je vais simplement prendre Cloud, d’accord ? » Je suis un peu fâché maintenant ; pas lui, pas lui : ils sont tous mes subordonnés, mais je ne peux même pas emmener l’un d’entre eux avec moi ! Suis-je toujours la tête du Temple Sacré ?

« Tu ne peux pas ! » Paraissant un peu frustré, le Pape expliqua : « Le rendement des cultures n’a pas été très prometteur récemment, ce qui a gravement affecté les donations que nous recevons. Et donc, afin de diminuer les dépenses de l’Église, je viens de renvoyer le bibliothécaire et j’ai chargé Cloud du maintien de la bibliothèque. Après tout, c’est là qu’il se cache la plupart du temps. Il sait même mieux que le bibliothécaire actuel où sont rangés chacun des livres, alors en faire le bibliothécaire était la chose à faire ! Si tu l’emmènes maintenant, la bibliothèque va devenir une ruine ; nous ne serons plus en mesure de trouver un seul livre ! »

Après mures réflexions, je levai les yeux et dis : « Dans ce cas, j’emmènerai Moon ! »

« Je n’ai pas d’objection, tant que tu peux le convaincre de quitter sa petite amie pendant environ un mois. »

« Très bien… » Après avoir pris une profonde inspiration, je beuglai : « D’accord, c’est juste trop difficile ! Moon chérit sa petite amie plus que sa propre vie ! Si j’essaye de la lui faire quitter, ne va-t-il pas me tuer ? »

Le Pape hocha la tête, totalement d’accord.

Je marchai en rond sans m’arrêter et demandai : « Alors, qui est-ce que je peux emmener ? Laisse-moi te dire, je préférerais mourir plutôt que d’y aller seul ; qui sait si le Fils du Dieu de la Guerre m’en veut encore à cause de l’incident précédent ? C’est quelqu’un dont même Judgment a dit qu’il ne pouvait pas le vaincre ! »

Le Pape me rappela gentiment : « Tu peux emmener Leaf ! »

« Leaf ? » J’arrêtai de tourner en rond, et après quelques délibérations internes, je rétorquai finalement : « Mais, mais Leaf, il… C’est une personne sympa ! »

Me regardant avec un air confus, le Pape répondit : « Non seulement c’est une personne sympa, c’est un enfant très sage et ne rejette aucune de tes requêtes bizarres. De faire des commissions en passant par acheter des myrtilles jusqu’à t’aider à battre un chien, il va toutes les prendre. De quoi n’es-tu pas satisfait ? »

« Mais c’est un archer », me plaignis-je.

Totalement déconcerté, le Pape s’enquit : « Et alors ? Ce n’est pas comme si tu n’avais pas vu ses capacités à l’arc. Même Judgment affirme qu’il n’est pas sûr de pouvoir vaincre Leaf. »

« Mais, je veux emmener quelqu’un qui sait se servir d’une épée… » Je luttai pour l’avouer.

Toujours confus et incapable de comprendre, le Pape répliqua : « Ce n’est pas que je veuille me plaindre, mais en ce moment, les carrières qui nécessitent de savoir utiliser une épée sont assez nombreuses. Chevaliers, guerriers : qui ne sait pas manier une épée de nos jours ? En fait, par comparaison, les archers sont beaucoup plus précieux. Maintenant, tu as un archer à emmener et tu vas non seulement ne pas le chérir, mais aller aussi loin que de ne pas l’aimer et l’éviter ? »

Sans expression, je répondis promptement : « Un archer ne peut pas me servir de bouclier humain et ne peut pas me défendre contre des attaques dans des combats rapprochés. De plus, sa vitesse de fuite est de loin supérieure à la mienne ! Quel est l’intérêt de l’emmener ? »

« … » Roulant des yeux dans ma direction, le Pape ne put s’empêcher de dire : « Je te demande d’être un témoin. Je ne te demande pas d’y aller et de risquer ta vie. Emmène juste Leaf ! »

« Avec la chance que j’ai récemment, même en tant que témoin je vais finir par risquer ma vie ! » Fermement, je poursuivis : « Laisse-moi emmener Hell. Sinon, tu peux trouver quelqu’un d’autre pour y aller et remplir le rôle de témoin ! »

« Hell ? »

Fronçant les sourcils, le Pape s’y opposa lentement : « Il n’est pas très adapté pour ça, non ? Après tout, son “identité” est un peu sensible et pas très appropriée pour apparaître à des célébrations comme un mariage. Si c’était un enterrement alors l’emmener serait une décision plutôt appropriée. »

Je reniflai. « Même s’il était découvert par quelqu’un, je peux simplement prétendre qu’il espionnait précédemment en tant que chevalier noir à la Cathédrale du Dieu de l’Ombre, et c’est pourquoi il est entouré d’une aura de ténèbres ! Ou je peux aussi affirmer qu’il a été transformé dans cet état par la Cathédrale du Dieu de l’Ombre pendant qu’il espionnait. Néanmoins, nous, l’Église du Dieu de la Lumière, n’abandonnerions jamais notre frère, et par conséquent, nous l’acceptons toujours ! »

Entendant ce raisonnement, qui est quasiment comparable à la théorie de « Le Chevalier du Soleil est parfait », le Pape haussa les épaule et dit : « Dans tous les cas, il est ta responsabilité, si tu penses que ça ira, alors ça va aller ! »

Puisque même le Pape n’émet plus d’objections, évidemment que je vais aller le dire au Capitaine-Chevalier des Enfers immédiatement et alors réserver une partie de son emploi du temps pour lui parler.

Il était très populaire maintenant. Les chevaliers qui voulaient pratiquer l’escrime avec lui s’alignaient du Temple Sacré au Palais Impérial. Parmi ces gens, il y en avait beaucoup avec qui je ne voudrais pas me fâcher, comme le Capitaine-Chevalier du Jugement, le fiancé de la Princesse, et même deux des chevaliers de confiance du Roi.

Sans mentionner le Capitaine-Chevalier de la Tempête. Toute cette semaine, comme il y avait maintenant une « personne » avec qui partager sa charge de travail, il avait paru si heureux et béni. Sa rancœur vertigineuse envers moi était un peu redescendue, et même les cernes noirs sous ses yeux étaient devenus beaucoup plus clairs.

Néanmoins, je me demande quelle expression il va faire s’il entend que je vais emmener Hell ? Après y avoir beaucoup réfléchi, j’arrivai à la conclusion que comme il y avait encore Adair pour l’aider avec sa charge de travail, cela ne devrait pas être assez mauvais pour qu’il ait besoin de se venger de moi sans prévenir !

Ceci résout le problème, je vais donc emmener le Capitaine-Chevalier des Enfers.

 

 

Comme prévu, j’allai chercher Hell pour planifier le voyage, mais je fis seulement quelques pas en dehors de l’étude du Pape que je rencontrai le Capitaine-Chevalier du Nuage, celui qui était toujours en lévitation. C’est rare. D’habitude quand je le cherche, ce serait considéré comme normal de passer quelques heures à le chercher ; si je ne le cherche pas, alors les chances de le croiser sont encore plus basses. Maintenant que je l’ai vu sans le chercher, je me demande si c’est une bonne ou une mauvaise chose…

« Hein ? »

Sans dire un mot, Cloud m’attrapa soudainement, et à une vitesse stupéfiante, me traina, glissant dans les couloirs tout le long du trajet. Si je ne savais pas que c’est exactement comment Cloud bouge d’habitude, j’aurais définitivement pensé qu’il avait des roues attachées à ses pieds. Toujours surpris qu’il m’ait attrapé, je réalisai que nous avions déjà traversé tout le couloir.

Mais, où m’emmène-t-il ?

« Cloud … »

Juste quand j’étais sur le point de le lui demander, Cloud leva difficilement une main pâle et pointa devant lui, plaçant l’autre main devant sa bouche, en faisant « shh ».

J’hochai la tête avec discrétion… Mais, tout ce que je vis fut le Capitaine-Chevalier des Enfers et sa section de chevaliers.

Bien que le fait que le Chevalier des Enfers et sa section s’arrêtant dans le couloir ne fût pas quelque chose d’étrange, quand le Chevalier des Enfers se tient d’un côté et que sa section se tienne à son opposé, les deux s’observant sans dire un mot, la situation devient plutôt bizarre.

Celui dirigeant la section maintenant était le Capitaine-Chevalier des Enfers… Non ! C’était le Vice-capitaine de la Section du Chevalier des Enfers. Pendant toutes ces années, il avait toujours été celui qui dirigeait, me faisant presque oublier qu’il n’était pas réellement le Chevalier des Enfers, mais plutôt le vice-capitaine assurant temporairement la régence, et il s’appelait… S’appelait comment ? Ty… Tailleur ?

Juste à l’instant où je voulais me retourner pour poser la question à Cloud, je réalisai soudainement qu’il n’y avait personne autour de moi. J’en eus immédiatement des sueurs froides, pensant déjà que je devais avoir rencontré le fantôme de Cloud, ou quelque chose comme cela. Mais, en reconsidérant les choses,  je rationnalisai que puisqu’on était dans l’Église du Dieu de la Lumière, et que les présences obscures comme les fantômes énervés ne pourraient définitivement pas apparaitre ici. Cloud doit s’être remis à dériver.

« Vous êtes Tyler ? » demanda Roland, me rappelant dans le même temps que je m’étais mal rappelé du nom.

L’autre personne hocha la tête et, d’une voix froide, répondit : « Oui, je suis Tyler, Chevalier Suprême Dragon. »

En entendant qu’on s’adressait à Roland de cette manière, je fus choqué, et dans le même temps je vis que d’autres membres de la Section du Chevalier des Enfers froncèrent des sourcils également. Quoique, malgré leurs froncements de sourcils, ils ne paraissaient pas surpris du tout. Dans les faits, aucun d’entre eux ne corrigèrent Tyler dans sa manière de s’adresser à Roland.

En tant que Chevalier des Enfers, l’adresse d’un citoyen à Roland serait « Chevalier des Enfers », ou au plus il faudrait ajouter un titre honorifique comme « Votre Excellence » pour s’adresser à lui. Quant aux chevaliers sacrés ou aux guérisseurs de l’Église du Dieu de la Lumière, ils s’adresseraient à lui comme « Capitaine-Chevalier des Enfers », exactement comme Adair s’adressait habituellement à moi en tant que « Capitaine-Chevalier du Soleil », et seulement quand l’occasion était moins formelle, il allait s’adresser à moi comme « Capitaine ».

En résumé, Tyler devrait s’adresser à Roland uniquement comme « Capitaine-Chevalier des Enfers » ou « Capitaine ». Même si, comme les citoyens ordinaires, il l’appelait simplement « Chevalier des Enfers », ce serait quand même acceptable. Mais, il s’était en fait directement adressé à Roland par son nom « Chevalier Suprême Dragon ».

C’est une allocution entre chevaliers du même rang, ou même pour un chevalier de rang inférieur… La situation est devenue délicate maintenant !

Avec cela, je fronçai des sourcils. Ne me dites pas que le vice-capitaine de la Section du Chevaliers des Enfers essaye de prendre la position du Capitaine-Chevalier des Enfers ? Est-ce que je devrais sortir et le réprimander ?

Toutefois, juste le décourager en surface par une réprimande n’amènera pas de changements constructifs. Cela pourrait même amener toute la Section du Chevalier des Enfers à penser que Roland ne fait qu’exploiter le pouvoir du Chevalier du Soleil. Peut-être que je devrais tout simplement laisser Roland résoudre cette situation lui-même ?

Mais, Roland peut-il vraiment gérer cette situation ? Cela me paraissait un peu improbable. Après tout, d’après ce que j’avais entendu d’Elijah, même quand Roland travaillait comme chevalier du roi, il n’était déjà pas très sociable. Roland ne pouvait pas sentir la tension dans l’air et dit calmement : « Alors, tu es mon vice-capitaine ? »

En entendant cela, une expression furieuse apparut sur le visage de Tyler, et il hurla : « Prenez-vous pour acquis que c’est ainsi que les choses devraient être ?  »

Calme-toi ! Tyler, tu dois te calmer ! Roland n’insinuait rien, il voulait juste confirmer que tu étais bien son vice-capitaine Tyler, et pas juste quelqu’un qui avait le même nom. Il n’y a pas de signification cachée derrière ! Me cachant sur le côté, je voulus expliquer à la place de Roland, mais je ne pouvais pas simplement sauter dans l’arène spontanément, donc j’attendais anxieusement hors de vue.

Roland le regarda. Comme il portait actuellement le costume de Suprême Dragon, le bas du visage de Roland était couvert et personne ne pouvait voir son expression.

Ce type ne sait absolument pas du tout ce qu’il est en train de se passer et paraît très confus… Je le connais juste trop bien !

Un peu hésitant, Roland ouvrit la bouche et déclara : « En effet, ce n’est pas ainsi que ça devrait être… »

Avec un reniflement froid, Tyler renchérit froidement : « Donc, vous le comprenez également ? »

Je roulai des yeux. Allons, vous ne parlez même pas de la même chose tous les deux. Roland veut dire que ça ne devrait être comme ça, vu qu’il n’est pas le vrai Chevalier des Enfers. Mais, Tyler tente de dire que le Capitaine-Chevalier des Enfers a été absent pendant treize ans et qu’il est réapparu maintenant uniquement pour reprendre la position de capitaine, et ce n’était pas comment les choses devraient être.

Non ! Je ne peux plus le supporter. À l’instant où j’allais m’avancer pour résoudre la situation pour Roland, je vis un visage familier apparaître du coin de l’œil et retournai immédiatement dans ma cachette.

« Capitaine-Chevalier des Enfers. »

Après avoir salué respectueusement Roland, Adair se tourna pour faire face à Tyler, son camarade vice-capitaine, et le salua comme un vieil ami : « Hey, Tyler, on s’est pas vu depuis longtemps, comment vas-t… »

S’arrêtant au milieu de sa tirade, Adair remarqua la tension dans l’air. Regardant Roland, puis Tyler et le reste de la Section du Chevalier des Enfers qui s’opposaient à lui, il devint soudainement extrêmement sérieux. Se retournant, il s’enquit d’un ton critique : « Tyler, qu’est-ce que tu es en train de faire ? Tenterais-tu de franchir les limites ici ? Essayerais-tu d’outrepasser ton autorité et de faire ce que tu n’es pas supposé faire ? »

C’est bien mon vice-capitaine ! En quelques secondes, il comprend toute la situation. J’ai totalement eu une bonne intuition lorsque je l’ai choisi !

« Adair. » Paraissant misérable, Tyler cria : « Pendant treize ans, j’ai été le Capitaine-Chevalier des Enfers, mais maintenant… ! »

« Tu veux dire, le Capitaine-Chevalier de substitution ! » Adair le coupa et le corrigea, pas du tout affecté par Tyler. Il ajouta alors froidement : « Depuis le début, tu savais que tu serais seulement le vice-capitaine, et que le capitaine rentrerait un jour. Maintenant qu’il est de retour, c’était ce qui était prévu, non ? De quoi est-ce que tu te plains ? »

« Mais, je ne savais pas que le Capitaine-Chevalier des Enfers était une personne aussi bizarre », répondit Tyler avec entêtement.

« Ne cherche pas d’excuses, Tyler ; tu ne t’es jamais préoccupé de l’apparence extérieure des gens. Par ailleurs… » Après avoir observé autour de lui, Adair continua d’un ton plus doux : « Parmi les Douze Chevaliers Sacrés, y a-t-il même ne serait-ce qu’une personne de normale ? »

« Ouais ! » Ed, qui se tenait derrière lui, entra soudainement dans la conversation. «  Peu importe à quel point il est étrange, il ne peut pas l’être autant que notre capitaine ! »

…Cela fait-il vraiment si longtemps que je n’ai pas jeté quelqu’un du haut d’une falaise ?

Toute la Section du Chevalier des Enfers ne put s’empêcher d’admettre : « C’est plutôt vrai… »

Même Tyler resta silencieux un moment avant de pouvoir continuer. « Mais, au moins le Capitaine-Chevalier du Soleil sait comment maintenir son apparence et se comporter correctement. Regarde ce qu’il porte… Ce style vestimentaire n’est-il pas excessivement suspicieux ? »

Bien qu’il entendît des gens critiquer son style vestimentaire, Roland continua à rester silencieux.

Heureusement, personne ne sait que moi, le Chevalier du Soleil, je l’ai porté aussi. Je me sens très chanceux maintenant.

Sous l’insistance de Tyler, Adair jeta un coup d’œil aux vêtements de Roland. Néanmoins, il ne dit rien et continua simplement à harceler Tyler. « Tyler, fais-moi une faveur, accepte-le s’il-te-plaît et traite-le comme le vrai capitaine à partir de maintenant. »

L’expression de Tyler changea, juste comme il était sur le point de rétorquer. « Mais… »

Adair le força à s’arrêter, leva un doigt, et annonça alors : « Juste pendant un mois. Si après un mois tu crois toujours qu’il ne convient pas au rôle du Capitaine-Chevalier des Enfers, alors je prendrai ton parti, quel que soit ce que tu décideras de faire ! »

Tyler fixa Adair avec suspicion.

Adair toussa légèrement et s’exclama alors, d’une voie forte et déterminée : « À ce moment-là, même si notre Capitaine nous ordonne de ne pas t’aider, je prendrai quand même ton parti ! »

« Oh ! » s’étonna tout le monde, manifestant bruyamment leur surprise.

Face à cela, Tyler ne put rien répondre. Il put seulement continuer sa tirade sur le même thème. « Mais, il ne nous montre même pas son visage. »

Ed murmura : « Et alors ? Il est juste sans visage, notre capitaine est sans vergogne… »

Adair se tourna immédiatement et grogna doucement : « Ed, ne raconte pas d’âneries ! »

« Ce n’est pas important, non ? Le Capitaine n’est pas là, dans tous les cas ! » répondit Ed, pas du tout troublé.

« Il est là », dit soudainement Roland, qui était resté silencieux tout le temps. Et, une fois qu’il eut ouvert la bouche, tout le monde dans la place se figea dans un silence glacé.

Tout le corps d’Ed commença à trembler, mais il continua à tenter de paraître aussi calme que possible, comme il répliquait : « Arr-Arrêtez de plaisanter, Capitaine-Chevalier des Enfers. Je viens d’entendre que le Pape avait demandé au Capitaine de venir le voir, alors comment le Capitaine pourrait-il être ici maintenant ? Hahaha, c’est tellement drôle, tellement, tellement drôle, totalement hilarant ! Vous avez vraiment le sens de l’humour. »

En entendant cela, Roland pointa du doigt un recoin du couloir et dévoila : « Il est là depuis le début. Je ne sais pas pourquoi il n’est pas venu. »

« Haha… ha… » Le rire terrible d’Ed se transforma en un cri encore plus terrible, comme il hurlait : « Capittttaaaaaiiiiiinnnnneee, écoutez mon explication, je vous en prie ! »

Mais, je n’avais pas le temps de m’occuper de lui en ce moment. À la place, je commençai à réfléchir. Adair venait de convaincre Tyler de donner à Roland une « période d’essai » d’un mois. Je ne suis absolument pas inquiet sur ce qu’il va se passer durant ce mois, avec les compétences, le sérieux et les capacités naturelles à diriger de Roland, Tyler ne pourra définitivement pas pleurnicher. Ce qui m’inquiète maintenant… Si Roland va être à l’essai le mois prochain, alors qui va m’accompagner au Royaume de l’Orchidée Lunaire pour être témoin ?

Je fronçai des sourcils pendant que je continuais à réfléchir. Il semblerait que je n’aie pas d’autre choix que d’emmener Leaf à présent. Bien qu’il soit un archer, ses compétences à l’épée ne peuvent pas être pires que les miennes, n’est-ce pas ? Mais même si elles ne sont pas aussi mauvaises que les miennes, elles ne sont probablement pas non plus extraordinaires… Il vaudrait mieux que je pose la question tout de suite !

Tandis que je sortais du coin où je m’étais caché, je fis face à tout le monde avec un sourire étincelant et déclarai : « En voyant comment les frères de Sun s’étaient réunis ici et échangeaient dans la bienveillance du Dieu de la Lumière, le cœur de Sun s’est immédiatement rempli de chaleur et de bonheur. Par conséquent, avoir à couper tout le monde au milieu de cet échange fait se sentir Sun extrêmement horrifié et amer. Ah ! Sun devrait réellement recevoir la punition du Dieu de la Lumière pour cela, mais je devais vous interrompre, espérant que tout le monde ici présent comprendra et pardonnera mon intrusion et autorisera Adair à quitter ce merveilleux échange pour suivre Sun à la place. Plus tard, Sun viendra assurément, au nom du Dieu de la Lumière, échanger pleinement et partager la bienveillance du Dieu de la Lumière avec tout le monde ici présent en guise d’excuses. »

« Adair, de quoi parle le capitaine ? Ne me dis pas que c’est à propos de me tuer ! » questionna Ed avec un visage lugubre.

« Non, ne raconte pas plus d’âneries. Le capitaine souhaite seulement que je le suive. » Après avoir répondu doucement, Adair me répondit immédiatement haut et fort avec un : « Oui, Capitaine. »

J’hochai la tête, souris à tous ceux qui étaient présents et remarquai à quel point ils étaient terrifiés. Ce fut seulement quand ils réalisèrent que je n’allais rien ajouter qu’ils parurent soulagés.

Souriant, je saluai la foule et partis le premier, pendant que Adair me suivait étroitement derrière. Quand nous atteignîmes un endroit désert, je me retournai et m’enquis directement : « Comment sont les compétences à l’épée de Leaf ? Sois franc. »

En entendant cette question étrange, Adair fronça un peu les sourcils et répondit avec euphémisme : « Juste un peu meilleures que les vôtres… »

« Ne le compare pas à moi ! » J’étais un peu agité à présent.

Si les capacités à l’épée de Leaf sont réellement juste un peu meilleures que les miennes, alors elles sont vraiment, vraiment pourries. À un moment comme celui-ci, je ne veux pas envisager des choses telles que si je vais perdre la face ou non. Emmener quelqu’un qui a vraiment des capacités lamentables à l’épée serait vraiment mauvais, puisque c’est relié au sujet important de rencontrer très tôt le Dieu de la Lumière ou non !

Adair répondit alors fermement : « Oui, les capacités avec une épée du Capitaine-Chevalier de la Forêt ne sont pas mauvaises. »

Cette réponse était un peu trop vague. Fronçant les sourcils, je continuai de demander : « Comment est-ce comparé à toi ? »

« Un peu moins bon que moi, mais la différence n’est pas très grande. »

Oh ! J’arrêtai immédiatement de froncer les sourcils ; Si c’est le cas alors elles doivent être vraiment bonnes. Les capacités d’Adair à l’épée devraient être classées dans le top dix du Temple Sacré au moins ! Il semblerait que je puisse me rassurer et emmener Leaf avec moi maintenant…

« Capitaine. »

« Hmm ? » répondis-je simplement.

Précautionneusement, Adair plaida : « À propos de ce qu’Ed a dit tout à l’heure, je vous en prie, ne le prenez pas à cœur. Il parle toujours sans réfléchir, sa bouche allant plus vite que son cerveau. Il ne le pensait pas réellement. Comme vous le savez, il vous a toujours respecté et admiré. »

« Oh ! »

Lui adressant soudain un sourire lumineux et brillant, je regardai Adair qui semblait être perdu sur ce qu’il devrait dire ou faire. « Je l’aurais oublié si tu ne l’avais pas mentionné. Puisque toi, en tant que vice-capitaine, me l’as rappelé, dans ce cas, avant que Sun ne parte, puissent mes chers frères de le Section du Chevalier du Soleil recevoir une session spéciale d’entraînement qui soit aussi dure que l’éclat lumineux du Dieu de la Lumière durant l’été ! »

« … »

L’expression d’Adair laissait présager qu’il considérait se repentir de ses péchés devant toute la Section du Chevalier du Soleil.

 

 

« Sun ? Sun ? »

Sortant de mes pensées, j’aperçus un petit point noir voleter devant mes yeux, accompagné d’un bzzz agaçant. Sans un mot, je balançai ma main droite…

Claque !

Leaf me fixa avec des yeux exorbités.

Avec un visage extrêmement calme, j’éloignai ma main du visage de Leaf. La main ouverte, j’expliquai alors à Leaf, qui venait juste de recevoir une claque délicate de ma part : « Il y avait un moustique. »

Leaf baissa le regard vers le spécimen rouge de moustique sur mon gant blanc, tandis que je jetais un coup d’œil à sa joue gauche. Non seulement sa joue a évidemment tourné au rouge vif, elle est aussi gonflée, et il y a même des traces de sang près de sa bouche… Peut-être suis-je sur le point d’être la première personne à réussir à énerver le Chevalier de la Forêt ?

« Je vois. »

Après un long moment, Leaf leva les yeux et articula avec un sourire : « Heureusement, Sun a tué le moustique pour moi ; dans le cas contraire, je crains qu’il y aurait eu une piqûre de moustique sur mon visage maintenant. »

« … »

Il n’y a pas de trace de piqûre de moustique, mais toute la moitié de son visage est enflée Avec un sourire gentil, je répondis : « Mon frère Leaf, tu es vraiment trop courtois, c’est une partie des responsabilités de Sun. »

« Hehe ! » Plaçant sa main au-dessus de sa tête pour atténuer la lumière du soleil, Leaf loua ensuite : « La lumière du soleil est tellement intense aujourd’hui, la manière dont les rayons se reflètent sur les cheveux de Sun les font briller magnifiquement, comme s’ils étaient fait d’or. Peux-tu m’en donner quelques mèches ? »

« Si je me rappelle bien, mon frère Leaf n’a-t-il pas souvent déjà pris des cheveux de Sun auparavant ? »

« Je les ai tous utilisés… Non ! Je veux dire, je les ai accidentellement tous perdus », répondit Leaf, l’air penaud.

« Je vois. Dans ce cas, cette fois, Sun va en donner un peu plus à son frère Leaf ! »

Afin que Leaf oubliât totalement la claque que je venais de lui donner, je décidai d’être super généreux ! Après tout, mes cheveux allaient repousser, ce n’était pas quelque chose de précieux… Bien que le fait que Leaf aimât toujours autant me demander une mèche de mes cheveux fût vraiment étrange, j’avais déjà entendu parler de pédophilie, de fétichisme et autres, mais les cas de fétichisme envers les cheveux étaient plutôt rares. Oh, c’est vrai ! Pas seulement les cheveux, il me demandait aussi des ongles parfois.

Comme la plupart du temps, il me demandait mes cheveux ou mes ongles peu de temps après que j’eusse fait quelque chose qui aurait pu l’énerver, je ne pouvais qu’y complaire docilement.

Je saisis mon Épée Divine du Soleil, la sortis de son fourreau et plaçai la lame étincelante près de ma tête, prêt à couper…

« Sun ! Tu vas te décapiter ! » Criant soudainement, Leaf était horrifié et m’arracha l’épée des mains. « Je vais le faire, donc ne prends pas l’épée. Tu m’as presque fait mourir de peur… » dit-il en maniant rapidement l’épée.

Je n’avais rien senti, mais une mèche de cheveux était soudainement dans sa main. Tenant soigneusement la mèche, il demanda : « J’en ai pris un peu plus. Est-ce que c’est bon ? Je pense que sur le chemin je vais avoir besoin de les utiliser souvent… Je veux dire, sur la route sur laquelle la lumière du soleil étincelle vivement, je vais fréquemment ressentir le besoin de les sortir et de les tenir sous le soleil. Ça va être vraiment joli en brillant au soleil. »

Je secouai la tête pour montrer que cela ne m’importait pas. À en juger par ce qu’il vient de se passer, il semblerait que les capacités à l’épée de Leaf soient bien aussi bonnes qu’Adair les avait décrites. Même si quelque chose devait survenir, je serais en sécurité si je pousse Leaf devant moi pour bloquer les attaques ! Alors, couper quelques mèches de mes cheveux n’est pas très important ; ce serait acceptable même si tu voulais me couper tous les cheveux !

Gardant les quelques mèches, Leaf lança un sort de soin sur son visage contusionné. Après tout, c’était uniquement une blessure externe. Bien qu’elle parût être plutôt sérieuse, juste avec un sort de soin mineur, le visage enflé de Leaf était retourné instantanément à son état normal.

C’est alors que je réalisai soudainement qu’il n’y avait plus personne autour de moi. Précipitamment, je m’enquis : « Où est Son Excellence, le Fils du Dieu de la Guerre ? »

Leaf expliqua prudemment : « Le prêtre-guerrier vient juste de trouver quelques personnes attendant en embuscade devant, donc  Mike a emmené tout le monde vers cette zone. Avant de partir, il a mentionné que l’archer et le guérisseur devaient simplement rester ici. »

Oh, je vois…

Attendez, par « archer », il se référait forcément à Leaf. Avec un arc aussi grand dans son dos, et les quelques carquois de flèches, seul un aveugle ne serait pas capable de le reconnaître comme un archer. Mais, à qui se référait-il par « guérisseur » ?

Sans expression manifeste, je regardai autour de moi. Le prêtre-guerrier n’était pas là, il ne restait que Leaf et moi.

Je fixai Leaf du regard, et Leaf me fixa en retour. « Je pense qu’il doit s’agir d’un lapsus quand Mike se référait à toi comme guérisseur », essaya-t-il d’expliquer évasivement. La voix de Leaf devenait de plus en plus faible comme il parlait : « Ou peut-être a-t-il fait une erreur sur ta carrière ? Hé, peut-être qu’il croit que quiconque pouvant soigner est un guérisseur ? Ou alors peut-être… »

Je roulai mentalement des yeux. Tu as aussi utilisé le sort de soin tout à l’heure, alors pourquoi ne t’a-t-il pas confondu avec un guérisseur ? Le Fils du Dieu de la Guerre l’a évidemment fait exprès !

 

 

Quand Leaf et moi fûmes enfin arrivés au palais du Royaume de l’Orchidée Lunaire, nous perçûmes une morosité ambiante, imprégnée dans tout le palais, à partir du moment où nous fûmes entrés. Cela me conduisit presque à penser que les nouvelles que nous avions reçues étaient fausses et que nous étions là en réalité pour assister à l’enterrement d’une princesse, pas à un mariage. Si je l’avais su plus tôt, j’aurais emmené le Chevalier des Enfers malgré tout !

Le Fils du Dieu de la Guerre se tenait d’un côté de la salle, sans guerrier à ses côtés.

La reine du Royaume de l’Orchidée Lunaire était assise sur le trône, sans bouger d’un pouce… Si je portais cette robe qui semble être plus lourde qu’une armure, moi non plus je ne bougerais pas d’un pouce. En plus, elle a sur la tête une couronne qui semble être faite seulement pour être exposée dans une vitrine, pas pour être mise sur la tête de quelqu’un.

Un fin voile recouvrait le visage de la reine. Le voile était très fin, on pouvait donc entrapercevoir les traits de la reine. Bien qu’elle possédât une fille suffisamment âgée pour se marier, elle paraissait n’être que dans le début de la trentaine. Elle s’occupe bien de sa peau.

La reine est comme notre roi ; elle n’a quasiment pas besoin de prononcer un mot. Mais, évidemment, la capacité de cette femme à gouverner est définitivement meilleure que celle d’un homme. Mon roi doit au moins faire un signal à ses chevaliers de confiance avec ses yeux avant que l’un d’eux ne s’avance pour transmettre le message pour lui. Cette reine n’a même pas bougé un cil avant que deux femmes chevaliers surgissent de son dos et commencent à expliquer la situation à ceux d’entre nous qui viennent de l’Église du Dieu de la Lumière.

La femme chevalier était très bavarde, ainsi répéter ses paroles serait ennuyant. Sans mentionner le fait que j’oubliais immédiatement ce qu’elle disait, alors je n’étais pas en mesure de les répéter dans tous les cas. En résumé, la princesse qui était sur le point d’épouser le Fils du Dieu de la Guerre avait été enlevée.

« La princesse a été enlevée ? »

Bien que je parusse choqué en surface, je me sentais plutôt méfiant envers l’ensemble de la situation. Si un prince était enlevé, ce serait plus compréhensible. Après tout, les princes partent toujours à l’aventure, courtisent des femmes sublimes, défient d’autres personnes, etc. quand ils n’ont rien d’autre à faire, les rendant très vulnérables ! Mais comment une princesse, qui ne met jamais un pied au-delà de la porte d’entrée, peut-elle être enlevée aussi facilement ?

Aussi, que pouvait-on obtenir de l’enlèvement d’une princesse ?

Si c’était pour le trône… À condition qu’il y eût un prince, la princesse n’avait pas du tout de droit de succession, alors l’enlever était pratiquement inutile.

Si c’était pour mettre la main sur une belle femme, dans ce cas on pouvait définitivement trouver quelqu’un de plus joli que la princesse juste en faisant deux tours de la cité. Après tout, il y avait plein de femmes sublimes dans ce monde. Peu importe à quel point les rumeurs décrivaient une princesse comme une beauté, c’était seulement « parmi toutes les princesses » qu’elle était considérée comme étant belle. Si on comparait réellement les princesses avec toutes les beautés dans ce monde, probablement pas une princesse de tout le continent ne serait capable de se classer dans le top 100.

Si l’argent était la cible, pourquoi le coupable n’avait-t-il pas simplement volé l’or du palais, puisqu’il avait visiblement la capacité d’enlever une princesse ? Kidnapper un humain est beaucoup plus ennuyeux !

Par conséquent, normalement, le seul qui s’ennuierait suffisamment pour enlever une princesse serait le soi-disant roi démon des légendes.

Selon moi, la seule raison pour laquelle un roi démon voudrait effectuer ce genre de tâches difficiles et lamentables serait parce qu’il aurait oublié qu’il possédait un cerveau, ou qu’il voulait simplement devenir plus célèbre !

Ne me dites pas que c’est vraiment l’œuvre d’un roi démon ? Mais, je n’ai rien entendu au sujet de l’apparition d’un roi démon récemment.

Comme j’émettais toutes sortes d’hypothèses folles dans ma tête, la reine, qui n’avait pas bougé du tout, parla. « Chevalier du Soleil, j’ai une requête à vous formuler. »

Je fus choqué. La reine avait ouvert la bouche pour me demander quelque chose personnellement, et cela ne signifiait qu’une chose : quelque chose de mauvais était sur le point de m’arriver !

Néanmoins, même si je savais que quelque chose de mauvais était sur le point de m’arriver, je devais tout de même maintenir une expression imperturbable et répondre sérieusement. « Votre Majesté, si moi, Sun, je peux vous offrir le moindre rayon du Dieu de la Lumière, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, en y consacrant toute mon énergie. »

Toujours sans expression, la reine déclara : « Je veux que vous alliez secourir ma fille. »

En entendant cela, je me tournai immédiatement, confus, vers le Fils du Dieu de la Guerre qui fulminait. J’étais à deux doigts de lâcher quelque chose comme : « Qu’est-ce que l’enlèvement de ta femme a à voir avec moi ? »

Alors, avec un « Humph » glacial, ce foutu Fils du Dieu de la Guerre me regarda et admit : « Je n’ai pas le choix, il manque un guérisseur à l’équipe de secours de la princesse. »

Pour l’amour du Dieu de la Lumière, je suis un Chevalier Sacré !

La Légende du Chevalier du Soleil T3Prologue : Le Sceau de l’Épée que Porte le Chevalier

La Légende du Chevalier du Soleil Tome 3 – À La Rescousse d’Une Princesse

Roman d’origine en chinois par : 御 我 Yu Wo


Prologue: The Seal of the Sword on the Knight – traduit du chinois vers l’anglais par Evangeline[PR!]
Prologue : Le Sceau de l’Épée que Porte le Chevalier – traduit de l’anglais au français par Nocta
+ Travail de vérification par Yukomin

 

Deux voyageurs avançaient le long d’un chemin de campagne, vêtus de manteaux à grande capuche, l’un d’un vert clair et l’autre d’un blanc grisâtre. Leurs capuches étaient toutes les deux rabaissées, ne laissant entrevoir qu’une infime partie du bas de leurs visages.

Les deux voyageurs marchèrent un long moment en silence.

Après un certain temps, ils croisèrent un groupe d’aventuriers composé de cinq membres. L’autre groupe contenait plus de personnes, aussi les deux voyageurs se rangèrent sur le côté et les laissèrent passer. Le guerrier qui marchait en tête hocha calmement la tête, ayant l’air un peu fier mais sincère, alors cela restait tolérable.

Il n’y avait pas beaucoup de personnes dans l’équipe, mais il y en avait deux qui ressortaient du lot. Les deux voyageurs les examinèrent avec intérêt. Le guerrier qui menait l’équipe possédait des cheveux noirs bouclés, et il avait l’air fort mais souple comme une panthère noire.

Le chevalier sacré qui marchait derrière le guerrier possédait des cheveux dorés tombant en cascade, qui étaient aussi brillants que le soleil, et une paire d’yeux bleus chaleureux. Son sourire rayonnant aveuglait presque tous ceux autour de lui.

Quand le groupe fut passé, le voyageur au manteau vert dit : « Quelle équipe énergique ! Je ne sais pas qui ils sont mais ils ont vraiment l’air forts. Peut-être qu’ils sont l’un des trois meilleurs groupes d’aventuriers du continent ? Auquel penses-tu qu’ils appartiennent ? »

Celui qui portait un manteau gris sourit. « Je ne pense pas qu’ils soient membres d’une équipe connue. »

« Pourquoi penses-tu cela ? » demanda le voyageur au manteau vert.

« Parce que j’ai vu quelqu’un que je connais. »

« Quelqu’un que tu connais ? »

Le voyageur au manteau gris hocha la tête. « Oui, celui avec les cheveux dorés et les yeux bleus, c’était mon apprenti, mais il n’a pas la moindre chance de figurer dans l’une des trois meilleures équipes. »

Le voyageur au manteau vert s’exclama : « Ton apprenti ? Alors, c’est vraiment un Chevalier Sacré ? Mais, il n’a même pas la façon correcte de marcher, ou la position de main adéquate. C’est incroyable ! C’était ton apprenti ? Je m’étais demandé, l’espace d’un instant, s’il s’était juste habillé comme un chevalier sacré, mais en fait il est celui que ce groupe d’aventuriers protégeait ! »

« …C’est un Chevalier Sacré, et d’un grade avancé en plus », affirma le voyageur au manteau gris, alors que ses lèvres étaient prises d’un tic.

L’incrédulité était inscrite sur tout le visage du voyageur au manteau vert.

Le voyageur au manteau gris toussa bruyamment plusieurs fois, puis expliqua : « Mais, c’est parce que l’armure et l’épée ne sont pas son équipement, mais plutôt ses sceaux. »

« Ses sceaux ? Je ne suis pas sûr de comprendre ce que tu veux dire. »

Le voyageur au manteau gris sourit faiblement. « Si un magicien manie une épée et porte une armure, lui sont-elles d’une quelconque utilité ? »

« Donc, en tant que Chevalier Sacré, tu es parvenu à faire de ton élève un magicien ? » plaisanta le voyageur au manteau vert.

« Ce n’était juste qu’un fait. Mon élève est un chevalier sacré… Ou, du moins, il pense qu’il est un Chevalier Sacré. »

Le voyageur au manteau vert fixa du regard l’équipe qui s’éloignait. Après un moment, il déclara : « Ton apprenti est vraiment intéressant. Pourquoi ne les suivons-nous pas, pour voir ce qu’ils vont faire ? »

« Non, non, nous serons sûrement découverts si nous essayons de les suivre en catimini. »

Le voyageur au manteau gris protesta : « Pourquoi ? Ils n’ont pas de voleur qui pourrait s’approcher furtivement de nous, seulement l’archer, et avec nos capacités je ne crois pas qu’il nous découvrira. »

Le voyageur au manteau gris rigola et secoua sa tête. « Il n’y a pas de voleur, mais il y a mon élève. Crois-moi, mon ami, mon élève excelle dans tous les moindres domaines à part ceux requis pour être un chevalier. »

« Et, il est chevalier ? » Le voyageur au manteau vert regarda son compagnon voyageur avec une étrange expression sur son visage.

« Ouais, je remercie les dieux qu’il soit un chevalier… »

Le voyageur au manteau gris observa le groupe d’aventuriers qui était au loin. « Si ce n’était pas pour son identité de chevalier et l’épée qui le scelle, quel genre de grandes choses pourrait-il accomplir ? C’est véritablement une pensée bien curieuse. »

« Si tu es tellement curieux, pourquoi l’avoir scellé ? »

« Parce que dans ce monde paisible, il n’y a pas besoin de grandes choses », répondit, dans un soupir, le voyageur au manteau gris.

« Oh, c’est pour ça. » Le voyageur au manteau vert hocha la tête pour montrer son accord.

Le voyageur au manteau gris fixa l’horizon et déclara : « Aussi, quant à pourquoi j’étais si déterminé à entraîner un lanceur de sorts pour qu’il devienne chevalier, il y a une autre raison très importante. »

En entendant cela, le voyageur au manteau vert demanda avec curiosité : « Pourquoi donc ? »

Le voyageur au manteau gris se retourna et regarda son compagnon avec gravité. Il expliqua lentement et douloureusement : « Parce que, à l’époque, j’avais oublié de choisir un chevalier de rechange ! »